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Goodbye to Language

The idea is simple: a married woman and a single man meet. They love, they argue, fists fly. The seasons pass. The man and woman meet again. The other is in one, the one is in the other. The former husband shatters everything. A second film begins.



Réalisateur: Jean-Luc Godard
Acteurs: Eloise Godet, Alexandre Païta, Jessica Erikson
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

Texte narratif :
Tous ceux qui manquent d'imagination se réfugient dans la réalité


Texte narratif :
Adieu


Texte narratif :
Reste à savoir si de la non pensée contamine la pensée


Texte narratif :
Adieu


Texte narratif :
Oui, c'est ce que nous avons eu de meilleur, dit Deslauriers


Générique d'ouverture


Texte narratif :
133501


Texte narratif :
3D 2D


Des images de guerre dans des couleurs criardes précèdent un extrait de vieux film en noir et blanc.


UNE FEMME sort en criant.


LA FEMME

Hey!

Hey Jack!


Un chien regarde au loin assis sur un tapis.


NARRATEUR

Non pas nos

sentiments

ou nos expériences vécues...

... mais la ténacité

silencieuse

avec quoi nous les affrontons.


Texte narratif :
1 La nature


Un traversier arrive près d'un quai.


UNE FEMME

Et puis, je reprends

bientôt une pièce

à Vienne, à côté de Lyon.


Des fleurs de tournesol se découpent sur le bleu du ciel.


UNE FEMME

C'est sur le Cantique

des Cantiques.


Une femme boit à une fontaine.


UNE FEMME

Monsieur, est-il possible

de produire un concept

de... d'Afrique?


Près d'une usine à gaz, ISABELLE passe à bicyclette et salue un homme et la JEUNE FILLE ROUSSE.


La JEUNE FILLE ROUSSE est debout devant une table de livres d'occasion.


ISABELLE revient à pied et embrasse une jeune fille qui installe un parasol au dessus d'une autre table.


UN PASSANT vient près de la table.


LE PASSANT

Hé! Hé!


M. DAVIDSON est assis devant les tables avec un livre.


M. DAVIDSON

"L'archipel du Goulag".

Le sous-titre du livre

de Solzhenitsyn.

Il y a quoi d'écrit?

Si vous savez pas, Isabelle,

pas la peine d'aller sur Google.

Solzhenitsyn a trouvé tout seul.

Isabelle?


ISABELLE

"Essai d'investigation

littéraire."


M. DAVIDSON ouvre un autre livre.


M. DAVIDSON

Il fait quoi?


ISABELLE

Je comprends pas.


M. DAVIDSON

Le pouce. Il fait quoi?


ISABELLE

Il pousse.


M. DAVIDSON

Et avant, qu'est-ce qu'il faisait?


ISABELLE

Il poussait aussi.


M. DAVIDSON

Alors, c'est le petit Poucet.


ISABELLE

Oui. On peut dire ça.


M. DAVIDSON

Et les icônes, ça sera quoi?


ISABELLE

Des cailloux.


DES HOMMES

Youhou!

Ouais, ouais.


M. DAVIDSON

Et l'ogre, il est où?


Tout devient noir.


ISABELLE fait une recherche sur son téléphone.


Un homme échange son téléphone avec un autre homme à la table des livres.


Les deux hommes essaient le téléphone de l'autre.


Les deux hommes échangent de nouveau leurs téléphones pendant qu'une femme fouille dans les livres sur la table.


UNE FEMME

Hé, les gars, vous avez vu?

"Essai d'investigation

littéraire."


M. DAVIDSON

(En lançant un livre sur la table)

Allez. En examen. Tous.


UNE VOIX D'HOMME

L'ogre, il nous tient par la main.


LA FEMME

Tous.


Tout devient noir.


M. DAVIDSON] [Narrateur

En 1933, un Russe, Zworykin,

invente la télévision.

1933, ça vous dit

quelque chose?


Hitler serre des mains, dans un extrait d'archives.


UN HOMME (Narrateur)

Hitler est élu chancelier

du Reich démocratiquement.


UNE FEMME (Narratrice)

J'ai des doutes.


Tout devient noir.


JOSETTE (Narratrice)

Tout ce qu'Hitler avait dit,

il l'a fait.

Ce n'est pas la première fois

que le vaincu par les armes

arrive à vaincre politiquement

son vainqueur.

Par exemple,

les armées de la Révolution

et de l'Empire

furent en définitive vaincues.

Mais elles avaient porté

dans toute l'Europe

l'idée de République.


M. DAVIDSON tient un téléphone cellulaire entre ses mains.


JOSETTE (Narratrice)

Hélas, à Potsdam...


M. DAVIDSON

Vous avez entendu parler

de Jacques Ellul?


Tout devient noir.


JOSETTE (Narratrice)

... les alliés déclarent:

"Nous allons faire la paix,


M. DAVIDSON (Narrateur)

Allez taper, Isabelle.

C'est un ordre.


JOSETTE (Narratrice)

... comme nous avons fait

la guerre."

Que voyons-nous aujourd'hui?


Le visage de JOSETTE qui lit apparaît.


JOSETTE (Narratrice)

La mobilisation totale

a pour conséquence

que les femmes

accomplissent une tâche

pour laquelle

elles ne sont pas faites.

Et surtout, le fait

que l'État est couronné

de la toute-puissance absolue.


Tout devient noir.


M. DAVIDSON (Narrateur)

1945, Jacques Ellul.


M. DAVIDSON retourne son I Phone et montre l'image de Jacques Ellul.


M. DAVIDSON

Il avait tout prévu.

Presque.

Le nucléaire.


JOSETTE (Narratrice)

Il doit placer à la tête

de tous les techniciens...


M. DAVIDSON

Les OGM.


JOSETTE (Narratrice)

... qui deviennent

les premiers de la nation.


M. DAVIDSON

La publicité.


JOSETTE (Narratrice)

L'État prend tout.

Et tout ce qu'il conquiert

comme pouvoir...


M. DAVIDSON

Les nanotechnologies.


JOSETTE (Narratrice)

... il ne le rend jamais.


M. DAVIDSON

Le terrorisme.


JOSETTE (Narratrice)

C'est là la deuxième

victoire d'Hitler.


Tout devient noir.


JOSETTE (Narratrice)

On a pris l'habitude

que l'État fasse tout.

Et sitôt que

quelque chose va mal,

on rend l'État responsable.


M. DAVIDSON (Narrateur)

Le chômage.


JOSETTE (Narratrice)

On lui demande

de prendre l'habit

de la nation toute entière...


M. DAVIDSON (Narrateur)

Le chômage.


JOSETTE (Narratrice)

... à sa charge.

Les démocraties modernes

qui feront de la politique...


M. DAVIDSON (Narrateur)

Le chômage.


JOSETTE (Narratrice)

... un domaine

de pensées séparées

vont prédisposer

au totalitarisme.


La pluie tombe sur le bitume mouillé.


JOSETTE (Narratrice)

Si l'on songe

que réagir suppose

que l'on réagisse

contre l'économie dirigée,


Des extraits d'archives montrent des avions larguant des bombes pendant la deuxième guerre mondiale.


JOSETTE (Narratrice)

contre la police,

contre l'assistance sociale.

On voit que l'on dresse

la totalité de la nation

contre soi.


Les images deviennent floues. Seules des taches subsistent.


JOSETTE (Narratrice)

En fait, Hitler

n'a rien inventé.


Un homme accroupi se signe à plusieurs reprises.


JOSETTE (Narratrice)

Il y a une longue tradition

qui a préparé cette crise.


Tout devient noir.


JOSETTE (Narratrice)

Machiavel, Richelieu,


Un nouvel extrait d'archives montre une foule saluant Hitler.


JOSETTE (Narratrice)

Bismarck.

Et la Terreur, Alain,

on en fait quoi?


Sur l'image d'une femme tirée d'un film muet du début du 20e siècle, les mots : quelque chose apparaissent.


ALAIN (Narrateur)

En 93, pendant la Terreur,

la Convention a produit

le Code civil,

le nouveau calendrier,

le système décimal,

le Musée du Louvre...


Tout devient noir.


M. DAVIDSON (Narrateur)

La victoire d'Hitler,

les enfants.


HITLER défilent en voiture dans un extrait d'archives.


ALAIN (Narrateur)

... la fabrication de l'acier,


Un extrait d'archives du Tour de France.


ALAIN (Narrateur)

le Grand Livre des Comptes

de la Nation,

le Conservatoire de musique...


UN COMMENTATEUR

... Avec le

nombreux public

toujours présent sur les

routes du Tour de France.


Tout devient noir.


UNE FEMME (Narratrice)

Monsieur!


Des asters et d'autres fleurs forment une haie sous la pluie.


UNE FEMME (Narratrice)

Est-ce qu'il possible

de produire un concept

de.. d'Afrique?


Tout devient noir.


UNE FEMME (Narratrice)

Monsieur! Est-ce qu'on peut-


Une voiture arrête près de la table de vente des bouquins usagés. Là où la chaise de M. DAVIDSON est maintenant vide.


Un homme sort de la voiture et s'allume une cigarette en restant debout près de la portière ouverte.


Le visage de JOSETTE qui lit, tête penchée, apparaît.


LA JEUNE FILLE ROUSSE et le JEUNE HOMME sont côte à côte, debout devant la table. LE JEUNE HOMME lit.


LA JEUNE FILLE ROUSSE

De fait, la loi triche.

La loi qui nie

sa propre violence triche.

La loi qui nie

ce qui fait d'elle

un appareil d'État triche.

Et la loi qui prétend

ne se fonder que par elle-même

triche doublement.


LE JEUNE HOMME

Je crois que dans

la société primitive,

ce n'était pas le cas.


LA JEUNE FILLE ROUSSE

Et quand il y avait

une guerre?


JOSETTE est assise sur la chaise.


M. DAVIDSON (Narrateur)

Elle est une guerre, mais

de la société contre l'État.


MARCUS arrive et empoigne JOSETTE, la soulève de la chaise .


MARCUS

(Propos en allemand)


JOSETTE

Ça m'est égal.


MARCUS

(Propos en allemand)


MARCUS relâche JOSETTE.


JOSETTE sursaute en entendant un coup de feu. Un homme tient un journal en marchant le long de la rue, s'arrête et se retourne.


MARCUS

(Propos en allemand)


Des hommes courent en passant près de JOSETTE qui reste debout près de la chaise.


La voiture passe.


JOSETTE s'en va.


L'homme traverse la rue et s'arrête près de la chaise.


Quelqu'un se lave les mains dans un bassin où flottent des feuilles mortes.


UN HOMME (Narrateur)

Je suis à vos ordres.


Texte narratif :
2 La métaphore


Des images floues de quelqu'un qui se noie précèdent d'autres images floues de gens qui fuient un énorme incendie.


Un extrait de film noir et blanc est présenté.


LA FEMME

Moi, il faut que j'arrive

à tenir jusqu'à la fin.

Et la fin traîne

et je dois la vivre.

Ce n'est pas commode.


LE CHIEN boit au bord d'un lac.


Une nouvelle image floue laisse entrevoir une main aux doigts écartés qui avance. [JOSETTE (Narratrice)

J'ai soif.

La langue rentre dans...

La bouche se referme.


Tout devient noir.


Texte narratif :
Oh


JOSETTE (Narratrice)

Elle doit faire

une ligne droite maintenant.


Texte narratif :
Langage


JOSETTE (Narratrice)

C'est fait. J'ai fait l'image.


Un traversier arrive au quai.


M. DAVIDSON est assis sur le quai. Il ouvre un livre : La mesure de Nicolas de Staël


M. DAVIDSON

Que se passe-t-il?

Continuation vaille que vaille

d'un monde fatigué.

Fin de ce monde?

Avènement d'un autre monde?

Que nous arrive-t-il donc

à l'orée du siècle

dans ce qui semble n'avoir

aucun nom clair

dans aucune langue tolérée?


La JEUNE FILLE ROUSSE et LE JEUNE HOMME arrivent près de M. DAVIDSON.


LE JEUNE HOMME

On vient vous dire au revoir.


M. DAVIDSON

Alors, vous allez

aux Amériques?


LE JEUNE HOMME

Hé, oui, M. Davidson.


M. DAVIDSON

Vous avez de la pacotille?


LE JEUNE HOMME

Juste un peu de philo.


M. DAVIDSON

Et la philosophie,

vous leur direz ce que c'est.


LE JEUNE HOMME

La philo--


Sur de vieille souches poussent de nouvelles tiges.


LE JEUNE HOMME (Narrateur)

La philo est un être,

pour lequel il est dans son être

question de son être,

en tant que cet être implique

un autre être que lui.


Une voiture roule dans un quartier résidentiel, mais l'image est inversée.


M. DAVIDSON (Narrateur)

Et vous, Marie? Et vous, Marie?

Vous croyez aussi qu'en Europe

le bonheur n'est pas

une idée neuve?


Toujours dans une image inversée, MARCUS descend de la voiture en criant.


MARCUS

(Propos en allemand)


MARIE (Narratrice)

Non, moi, c'est l'Afrique.


MARCUS tire un coup de feu et un canard s'envole.


On revient sur le quai où LA JEUNE FILLE ROUSSE salue M. DAVIDSON qui tient toujours son livre ouvert. LA JEUNE FILLE ROUSSE se met à courir vers le traversier tandis que une autre femme arrive et reprend la position de la JEUNE FILLE ROUSSE avant son départ.


M. DAVIDSON

Bonne chance!


JOSETTE

(Propos en allemand)

Rebonjour.


M. DAVIDSON

J'appelle la police.


JOSETTE

Non. Il est malade.

Juste une question.


M. DAVIDSON

C'est les vacances.

On reprend en septembre.


JOSETTE

Alors, deux questions.


Au bout du quai, le traversier accoste.


JOSETTE (Narratrice)

Alors, deux questions.

Est-ce que la société

est prête d'admettre le meurtre

comme moyen de faire

reculer le chômage?


Tout devient noir.


M. DAVIDSON (Narrateur)

Deuxième question.


La pluie tombe sur la chaussée mouillée.


JOSETTE (Narratrice)

(En hésitant en début de phrase)

Quelle différence il y a...

entre une idée et une métaphore?


M. DAVIDSON (Narrateur)

Métaphorée.


JOSETTE regarde le ciel.


M. DAVIDSON (Narrateur)

Faut demander aux Athéniens

quand ils prennent le tramway.

Commençons par le commencement.


M. DAVIDSON et JOSETTE sont assis côte à côte sur un banc public. Ils portent tous les deux le même imper et le même chapeau. M. DAVIDSON feuillette un livre.


M. DAVIDSON

L'expérience intérieure

est désormais interdite.

Par la société en général

et par le spectacle

en particulier.

Vous parliez de meurtre.

Ce qu'ils appellent

les images...

... devient le meurtre

du présent.


JOSETTE

Le présent est

un drôle d'animal.


Un homme arrive et agrippe JOSETTE par les épaules en la tirant vers lui, l'obligeant à se lever. L'homme entraîne JOSETTE avec lui. M. DAVIDSON se lève.


JOSETTE (Narratrice)

Ça m'est égal.


MARCUS pointe un révolver sous le nez de JOSETTE.


MARCUS

(Propos en allemand)


JOSETTE

(En repoussant le revolver)

Ça m'est égal!


JOSETTE revient auprès de M. DAVIDSON qui tient toujours son livre ouvert.


M. DAVIDSON

Prenez la vérité.

Platon déclare que la beauté

est la splendeur

de la vérité.

Là, il y a l'idée.

Une métaphore de la vérité...


Une voiture quitte un stationnement derrière en klaxonnant.


M. DAVIDSON

Regardez.


JOSETTE et M. DAVIDSON regardent dans la même direction.


M. DAVIDSON

Un enfant qui joue aux dés.

(En saluant avec son chapeau)

Madame.


M. DAVIDSON s'en va.


Deux enfants jouent au dés sur les pavés.


JOSETTE s'agrippe à une grille. Derrière elle, un lac immense.


La main d'un homme se pose sur la grille devant JOSETTE.


UN HOMME

Je suis à vos ordres.


Texte narratif :
1 La nature


Un tableau de bord de voiture brille dans le noir.


Deux voitures se suivent sur une route enneigée. On se trouve dans la position du conducteur de la voiture qui suit. Le pare-brise est glacé.


GÉDÉON (Narrateur)

Une fille ou une femme?


Dans la position d'un conducteur de voiture on aperçoit la lueur des phares dans la nuit.


GÉDÉON (Narrateur)

Une femme ou une fille?


JOSETTE (Narratrice)

Vous allez le voir.


GÉDÉON (Narrateur)

Si j'y suis.


Sur une route enneigée, les voitures s'arrêtent à un feu de circulation où des barrières son érigées pour des travaux routiers. Il pleut et les essuie-glaces balaient le pare-brise.


GÉDÉON (Narrateur)

J'y suis encore jamais arrivé.

Passer au moment où ça change.


On entre dans un appartement.


JOSETTE (Narratrice)

Abracadabra,

Mao Tsé-Tung, Che Guevara.


On passe par une chambre, puis on se retrouve dans une salle à manger vide.


GÉDÉON (Narrateur)

Vous l'avez connu.


Ensuite on passe au salon.


GÉDÉON (Narrateur)

Où ça?


JOSETTE descend un escalier, toute nue.


JOSETTE (Narratrice)

À Kinshasa.

Dans la courbe du fleuve.


Derrière JOSETTE, une autre personne nue descend l'escalier.


JOSETTE s'éloigne de l'escalier. GÉDÉON nu, reste debout dans l'escalier.


GÉDÉON (Narrateur)

Ça me dit quelque chose.


Un papillon butine sur une fleur.


GÉDÉON (Narrateur)

Un titre de...


JOSETTE se tient debout de dos, dans la cuisine.


GÉDÉON (Narrateur)

Un titre de... roman.


L'image tourne, passe de la verticale à l'horizontale. Dans un miroir JOSETTE regarde GÉDÉON derrière elle.


JOSETTE

Oui. Prix Nobel de Littérature.


GÉDÉON

Il n'y a jamais de Nobel

pour la peinture.

Ni la musique.


GÉDÉON enfile un imper noir pendant qu'on revient à un axe vertical.


JOSETTE

Oui. Je sais.


JOSETTE prend son imper. JOSETTE et GÉDÉON regardent la table dans la cuisine.


GÉDÉON

Et dans quelle banque

il travaillait?


JOSETTE

Hélas.


JOSETTE enfile son imper.


JOSETTE et GÉDÉON sont assis au salon. Sur un écran de télé, un film joue derrière eux. [JOSETTE

Il ne faudra pas rester là...


GÉDÉON se lève et va plus loin.


JOSETTE

... Gédéon.


GÉDÉON revient et offre une cigarette à JOSETTE.


Le film qui joue à la télé est un vieux film anglais.


GÉDÉON s'assoit sur le sol.


JOSETTE

Je vous dis que c'est dangereux.


GÉDÉON

Je n'ai pas peur,

Josette. Absolument pas.


Un ciel bleu s'ennuage et devient gris.


JOSETTE (Narratrice)

Bien sûr que si.

Aujourd'hui,

tout le monde a peur.


GÉDÉON (Narrateur)

Les Indiens Apaches,

la tribu des Chicahuas,

ils appellent le monde:

la forêt.


Tout devient noir.


On devine les silhouette d'une femme qui court en forêt poursuivie par un homme.


JOSETTE (Narratrice)

Cette matinée est un rêve.

Chacun doit penser

que le rêveur, c'est l'autre.


GÉDÉON (Narrateur)

Une femme ne peut pas

faire de mal.

Elle peut vous gêner,

elle peut vous tuer, c'est tout.


JOSETTE (Narratrice)

Vous me dégoûtez tous

avec votre bonheur.

La vie qu'il faut aimer

coûte que coûte.

Moi, je suis là

pour autre chose.

Je suis là pour vous dire non.

Et pour mourir.

Pour vous dire non.

Et pour mourir.


L'image s'assombrit.


On revient à l'appartement, des fleurs captent la lumière près d'une fenêtre.


Dans la cuisine GÉDÉON est près d'un lave-linge. Il quitte la cuisine en retirant son chandail.


GÉDÉON

Mes affaires sont

sur une des chaises.


JOSETTE entre dans la cuisine à demie-nue. Elle porte un long peignoir ouvert. [JOSETTE

Oui, monsieur.


JOSETTE prend le linge et le met dans le lave-linge. Ensuite elle retire les quelques vêtements qu'elle porte et les mets aussi dans le lave-linge.


JOSETTE

Faut que je fasse aussi.

Dépêchez-vous!

On peut pas dire

qu'il y a égalité.


GÉDÉON

La sculpture de Rodin,

Le Penseur, vous connaissez?


Une fois nue, JOSETTE s'assoit à table.


JOSETTE

Je sais pas.


GÉDÉON

Voilà l'image de l'égalité.


On tente d'ouvrir une porte mais la poignée ne tourne pas.


GÉDÉON est assis sur le siège de la toilette dans la salle de bain. JOSETTE est face à lui et le regarde.


GÉDÉON

Une fonction, une position.

Un instant qui appartient

à tout le monde

dans le temps et dans l'espace.

Le seul, le b.a.-ba

de l'égalité.

Parce que la pensée de chacun

dans cette situation donnée,

la pensée retrouve sa place

dans le caca.


JOSETTE

Eh bien, oui,

vous êtes jeune.

Vous êtes dans votre beauté,

dans votre force.

Essayez donc.

Moi, je vais mourir. Adieu.

Adieu.

Je ne veux pas vous quitter.

Je ne veux pas vous reprendre.

Je ne veux rien.

Rien.

J'ai les genoux par terre

et les reins brisés.


Dans la baignoire un jet de douche lave du sang.


JOSETTE (Narratrice)

On ne parle de rien.

Vous m'aviez blessée

et offensée.

Et je vous l'avais dit, aussi.


LE CHIEN marche sur un sentier dans la forêt.


JOSETTE (Narratrice)

Nous ne nous aimons plus.

Nous ne nous sommes

jamais aimés.


Sur le lac le traversier s'éloigne vers l'autre rive.


M. DAVIDSON (Narrateur)

Dans les mythes relatifs

à la naissance des héros

que Rank a soumis

à une analyse comparée...

l'immersion dans l'eau

et le sauvetage de l'eau,

jouent un rôle analogue aux

représentations de la naissance

qui se manifestent dans le rêve.


Le traversier arrive au quai.


Des voyageurs débarquent pendant que d'autres embarquent. Certains voyageurs flânent sur le quai.


De l'eau s'écoule dans un drain.


LA JEUNE FEMME ROUSSE est assise sur un parapet. Une autre femme est debout près d'elle. On ne voit pas leurs visages.


L'AUTRE FEMME (Narratrice)

J'entends rien.


LA JEUNE FILLE ROUSSE se penche vers le sol.


LA JEUNE FILLE ROUSSE

Il dit qu'il meurt.


La JEUNE FILLE ROUSSE touche le sol et se relève en regardant sa main couverte de sang.


L'AUTRE FEMME prend la main de la JEUNE FILLE ROUSSE.


L'AUTRE FEMME

Eh bien, qu'il meure.


Une voiture passe près de l'usine à gaz.


Texte narratif :
Ah Dieux


Les nuages couvrent partiellement le ciel au coucher du soleil.


LE CHIEN erre sur le sentier dans la forêt.


M. DAVIDSON (Narrateur)

Il existe, vous le savez,

depuis 20 ou 30 ans,

une déclaration universelle

des droits de l'animal.

Elle comporte dix articles,

et fut mise au point

200 ans après 1789.


Une mère corbeau nourrit ses oisillons.


LE CHIEN lève la tête en direction des cris d'oiseaux, puis revient sur ses pas.


LE CHIEN patauge dans un ruisseau.


Des images du CHIEN près de l'eau se succèdent au ralenti.


M. DAVIDSON (Narrateur)

Personne ne pourrait penser

librement si ses yeux ne pouvaient

quitter d'autres yeux

qui le suivraient.

Dès que les regards se prennent,

on n'est plus tout à fait deux.

Il y a de la difficulté

de rester seul.


LE CHIEN quitte le bord d'un lac.

L'eau s'écoule sur un terrain inondé. Il pleut. LE CHIEN reste immobile sous la pluie.


Dans une gare un TGV arrive.


LE CHIEN attend sur le bitume.


Dans une gare un TGV arrive.


LE CHIEN attend sur le bitume.


Les deux images se superposent. La silhouette du CHIEN regarde le train qui passe.


LE CHIEN fouille dans la neige. Après un moment, LE CHIEN se roule dans la neige.


C'est l'automne, les feuilles des arbres ont pris des teintes orangées.


LE CHIEN est debout dans la neige et regarde autour de lui.


M. DAVIDSON (Narrateur)

Il y a de la difficulté

de rester seul.


LE CHIEN marche dans un champ et rejoint le bord d'une route.


M. DAVIDSON (Narrateur)

Ce n'est pas l'animal

qui est aveugle.

Mais l'homme,

aveuglé par la conscience

et incapable de regarder

le monde.

"Ce qui est dehors,"

écrivait Rilke,

"nous ne le savons que

par le regard de l'animal."

Et Darwin, citant Buffon,

affirme que le chien est

le seul être sur Terre

qui vous aime plus

qu'il ne s'aime lui-même.


L'ombre de JOSETTE s'allonge sur la route.


JOSETTE

L'ombre de Dieu.

Ne l'est-elle pas pour une

femme qui aime son homme?


L'ombre de GÉDÉON rejoint celle de JOSETTE.


GÉDÉON

Tout le monde peut faire

qu'il n'y a pas de Dieu,

mais personne ne le fait.


JOSETTE

Je suis désolée.


GÉDÉON

Ah non, pas vous, Josette.


JOSETTE

Rien n'est épuisé.


Les deux ombres s'allument des cigarettes.


JOSETTE

Rien n'était même abordé

à ce moment de l'histoire.


Les deux ombres se superposent et soudain un flash lumineux mène complètement ailleurs.


C'est la réflexion de puissants phares dans la nuit sur un pare-brise dans une averse.


La voiture avance dans la nuit croisant les lumières distorsionnées des feux d'autres véhicules qui circulent sur une route sombre.


JOSETTE

La cause, même, qui les réunit,

semblait, encore qu'ils

affirment le contraire...

... pour l'un et l'autre,

sans avenir.

Ils entrent

dans un domaine obscur.


GÉDÉON fait le plein à une station d'essence libre-service.


JOSETTE

Ils ont que des Lucky.


GÉDÉON

Ça va.


JOSETTE

Oh, regardez!


GÉDÉON regarde à l'intérieur de la voiture.


GÉDÉON

Ah, non. Allez, dégage.


JOSETTE

Il a l'air gentil.


GÉDÉON

Mais non, allez.

Faites le dégager. Allez.


JOSETTE

Ça nous ferait du bien,

je vous assure.


GÉDÉON

Allez, dégage,

sac à puces. Allez.


GÉDÉON appuie sur le klaxon.


La voiture a repris la route. Il fait nuit, la route chaussée est mouillé et une fine couche de neige couvre le sol.


ll pleut dans une petite ville.


LE CHIEN marche dans le salon et s'arrête en regardant autour de lui. Sur l'écran de télé, un vieux film anglais joue.


Les images disparaissent, mais le son se poursuit.


JOSETTE (Narratrice)

Tu habites cette maison

depuis longtemps?


LE CHIEN est étendu sur un divan.


GÉDÉON (Narrateur)

Pourquoi tu dis

"depuis longtemps"?

"Tu habites

cette maison" suffit.


GÉDÉON (Narrateur)

Si le face-à-face...


C'est la nuit sur la petite ville. Dans la rue déserte, des traces de pas de chien côtoient des traces laissées par le passage d'une voiture dans la neige. Sur le trottoir les pas d'une personne sont encore visibles.


Soudain un couple arrive et marche sur le trottoir, laissant à son tour des traces de pas.


GÉDÉON (Narrateur)

Si le face-à-face...


JOSETTE s'habille devant le téléviseur allumé qui projette un vieux film anglais.


GÉDÉON

Si le face-à-face

invente le langage...

Si.


JOSETTE

Do, ré, mi, fa, sol, la, si.


GÉDÉON

La.


Le son du téléviseur emplit la pièce. JOSETTE s'assoit sur le fauteuil et masque ainsi la lumière de la lampe.



GÉDÉON

La.

La.

Gauche et droite

ont été inversés...

... mais pas le haut et le bas.

Pourquoi?


JOSETTE se lève et quitte la pièce, laissant le film continuer de jouer.


JOSETTE et GÉDÉON sont dos à dos.


JOSETTE

Lorsqu'il entra

dans la chambre à gaz,

un enfant demanda...

..."pourquoi" à sa maman.

Et un SS cria:

"Hier ist kein warum!"

(En se retournant vers GÉDÉON)

Pas de pourquoi.


GÉDÉON

Quand je faisais des maths,

on nous apprenait la courbe

de Laurent Schwartz-Dirac.

Infinie en tous ses points

sauf en "1" où elle est nulle.


JOSETTE

Ou le contraire.


GÉDÉON

Les deux grandes inventions,

infini et zéro.


JOSETTE

Mais non.

Le sexe et la mort.


LE CHIEN attend assis dans une voiture.


Tout devient noir.


GÉDÉON (Narrateur)

Seuls les êtres libres

peuvent être étrangers

les uns des autres.

Ils ont une liberté commune.

mais précisément,

cela les sépare.


LE CHIEN marche sur le gazon, puis dans un sentier. Ensuite LE CHIEN marche dans un champ. Dans tous ces lieux les couleurs sont exacerbées.


Une croix marque un lieux sur le bitume à moitié couvert de glace.


Dans la maison, JOSETTE monte l'escalier, nue.

JOSETTE

Il y a quatre ans, vous m'avez

donné un coup de couteau.

Vous avez oublié.


Dans la chambre, LE CHIEN est à moitié dissimulé sous le lit.


JOSETTE

Faites en sorte que

je puisse vous parler.


GÉDÉON

Je dois quoi faire?


UN HOMME prend une FEMME par derrière.


Tout devient noir.


JOSETTE (Narratrice)

Persuadez-moi

que vous m'entendez.


Le ciel bleu perce les nuages.


GÉDÉON (Narrateur)

Je ne dirai presque rien.

Je cherche la pauvreté

dans le langage.

"De" la pauvreté.


Une voiture roule en pleine nuit sur une chaussée mouillée. Les phares des autres voitures se réfléchissent sur le bitume mouillé et l'effet est amplifié par la pluie sur le pare-brise.


JOSETTE

Mais où tu vas, bordel?


GÉDÉON

Je vais te montrer.


JOSETTE

Il n'a pas pu faire de nous...

Il n'a pas pu faire de nous...

des humbles.


GÉDÉON

Qui ça?


JOSETTE

Ou pas su.

Ou pas voulu.

Alors, il a fait de nous...

des humiliés.


LE CHIEN marche sur le sentier sous la pluie.


GÉDÉON (Narrateur)

Qui ça?


JOSETTE (Narratrice)

Dieu.


Des vagues déferlent sur la rive pendant l'orage.


GÉDÉON (Narrateur)

Voilà. C'est là.


JOSETTE (Narratrice)

On revient. On va

voir Frankenstein.


LE CHIEN est au bout du quai. LE CHIEN veut partir, mais il est attaché au quai.


GÉDÉON (Narrateur)

On revient!


Les vagues frappent le quai violemment.


Un hélicoptère vole dans le ciel.


L'hélicoptère explose en touchant le sol.


Des images surexposées laissent croire qu'on avance sur le gazon.


GÉDÉON (Narrateur)

Dans ton cirque de bois,

de coteaux,

de vallons,

la pâle mort

mêlait les sombres bataillons.


Texte narratif :
2 La métaphore


Des gens circulent devant un kiosque touristique.


Un traversier s'approche du quai.


Dans le ciel partiellement couvert, un trait blanc évoque le passage d'un avion.


IVITCH est devant une grille et regarde vers le ciel. Derrière IVITCH se trouve le lac immense.


Une main d'homme se pose sur la grille devant IVITCH.


MARCUS (Narrateur)

Je suis à vos ordres.


Un phare éclaire violemment la nuit. Il pleut


MARCUS (Narrateur)

Où allez-vous?


IVITCH (Narratrice)

Là où il faut.


Les cadrans lumineux d'une voiture éclairent à peine l'habitacle.


IVITCH (Narratrice)

Où allez-vous?


MARCUS (Narrateur)

Là où il faut.


IVITCH (Narratrice)

À Kinshasa,

un journaliste m'a raconté

une histoire

à propos de Mao Tsé-Tung.

On lui demandait

ce qu'il pensait

de l'influence de la

révolution de 1989.

Ha! Un grand silence.

Il répondit que c'était

trop tôt pour le savoir.

Et vous savez qu'en russe,

"caméra" veut dire "prison"?


IVITCH (Narratrice)

Et vous saviez que

les cigarettes russes

sont meilleures pour la santé

que les Américaines?


MARCUS (Narrateur)

Pourquoi ça?


Une voiture dépasse à gauche. Des phares au loin annoncent la venue de voitures en sens inverse.


IVITCH (Narratrice)

Parce qu'elles ne contiennent

presque pas de tabac.


MARCUS (Narrateur)

La Russie ne fera jamais

partie de l'Europe.


IVITCH (Narratrice)

Non. Si les Russes

deviennent des Européens,

ce ne sera plus jamais

des Russes.


MARCUS (Narrateur)

J'y suis encore jamais arrivé.

Passer au vert sans ralentir.


Le feu d'intersection est rouge.¿ [IVITCH (Narratrice)

Il y a qu'à employer une formule

d'autrefois.

Abracadabra, Mao Tsé-Tung,

Che Guevara.


Tout devient noir.


Le feu d'intersection reste au rouge, mais passe au vert en même temps.


Les feux des voitures prennent s'étirent sous l'effet de la pluie sur le pare-brise.


IVITCH (Narratrice)

Pourquoi vous êtes là?


Le son d'un téléviseur joue. Dans la nuit noire, la pluie magnifie la lumière d'un feu vert.


MARCUS (Narrateur)

Parce qu'il n'y a pas

d'autres personnes.

En Afrique,

vous sortiez de quoi?


Tout devient noir.


IVITCH (Narratrice)

Du silence.

Il y a 1000 sons.

Il y a la guerre.

Il y a les animaux.


IVITCH marche nue dans une cuisine. On ne voit que la partie inférieure de son corps. Ensuite MARCUS entre , nu, lui aussi.


IVITCH

Le silence arrive, et puis...

un autre pays.


MARCUS fait les cent pas autour de IVITCH qui reste immobile.


IVITCH

Ils sont à la porte.

Ils te parlent.


MARCUS

Avec le langage, il va

se passer quelque chose.


MARCUS se penche et frotte les jambes de IVITCH. On ne voit plus que le bas de leurs jambes.


MARCUS

Quelqu'un de gênant dans

notre commerce avec le monde.


Le visage de MARCUS est à auteur des fesses de IVITCH pendant qu'il continue de lui masser les jambes.


MARCUS (Narrateur)

Il agit contre la liberté pure.


IVITCH s'allume une cigarette et s'assoit.


MARCUS lui tend un imperméable.


MARCUS

Je parle... sujet.


IVITCH

Il faut pas que je reste là.


MARCUS et IVITCH enfilent la moitié de leur imperméable.


MARCUS

J'écoute...

objet.

Vous avez renoncé à tout.

Faites un pas de plus.

Renoncez à la liberté elle-même,

et tout vous sera rendu.


MARCUS tend des roses à IVITCH.


IVITCH

(En riant)

Il va falloir qu'on engage

un interprète.

(Hume les fleurs.)


MARCUS

Pourquoi vous dites ça?


IVITCH

Bientôt,

tout le monde aura

besoin d'interprètes.

Pour comprendre les mots

qui sortent de sa propre bouche.


MARCUS lance un bouquet de fleurs variées à IVITCH. IVITCH plonge son nez dans le bouquet.


Dans la cuisine, on aperçoit les jambes de IVITCH croisées sous la table.


IVITCH

C'est à vous de trouver.


MARCUS

Votre mari, il fait quoi?


IVITCH

Ah. Il organise des évènements.

C'est juste un individu.


IVITCH passe de la cuisine au salon, où le téléviseur diffuse encore des images et du son.


Tout devient noir.


MARCUS

Alors, Ivitch?


MARCUS

C'est n'est pas à moi

de répondre.

Vous savez mieux

que moi, Marcus.


Tout devient noir.


IVITCH (Narratrice)

Que vouliez-vous dire?

Quand vous avez déclaré:

"Je suis à vos ordres"?


MARCUS se jette aux pieds de IVITCH qui est assise sur un fauteuil dans le salon, devant le téléviseur qui diffuse des images de mer agitée.


MARCUS

Tout ça n'a plus d'importance.


L'image du téléviseur disparaît et fait place à l'image absente.


MARCUS

Il s'agit de quelque chose

d'infiniment plus grave.


On avance dans un champ de fleurs.


MARCUS (Narrateur)

Pas de simples pensées

et de simples regards.


IVITCH (Narratrice)

Déjà l'été.

Vous n'avez pas encore répondu.


MARCUS (Narrateur)

Il y avait ma voix.

Je voudrais appeler

"prolétaire" le roi des choses.


IVITCH (Narratrice)

Question d'entente, alors.


Une femme court à travers bois poursuivie par un homme.


MARCUS (Narrateur)

à propos de quoi?


IVITCH (Narratrice)

Pour laisser l'autre aimer.


Dans une salle sombre, une fenêtre ouverte donne sur un champ de fleurs ensoleillé.


IVITCH (Narratrice)

Vous faites encore de la photo?


MARCUS (Narrateur)

Montrer une forêt, facile.

Mais montrer une chambre

dont on sait que la forêt

est à dix pas...

Difficile.


La pièce sombre s'éclaire sans laisser présumer de l'état de la pièce.


MARCUS (Narrateur)

Et c'est comme ça

que les années ont passé.


La pièce redevient sombre.


IVITCH (Narratrice)

Vous me dégoûtez. Tous.

Avec votre bonheur.


La pièce redevient partiellement éclairée.


IVITCH (Narratrice)

Oui.


Un lever de soleil d'été est visible d'une porte-fenêtre.


IVITCH (Narratrice)

Je suis là pour dire non.


MARCUS (Narrateur)

Cette matinée est un rêve.


Un flot de sang surgit sous l'eau. Puis émerge le corps ensanglanté d'une femme à la surface d'une eau tumultueuse.


MARCUS (Narrateur)

Chacun pense que c'est

l'autre le rêveur.


IVITCH (Narratrice)

Une femme ne peut pas

faire de mal.

Elle peut ennuyer.

Elle peut tuer.

C'est tout.


Tout devient noir. Puis des traits hachurés défilent sans ordre.


MARCUS (Narrateur)

Je ne sais pas. Vous...

Mais quand j'étais petit,

on jouait aux Indiens.

Les Apaches, c'est mes préférés.

Pour dire le monde,

ils disent: "la forêt".


Une forêt d'automne au couleurs exacerbées apparaît. On avance dans les feuilles mortes.


LE CHIEN est derrière un rocher, dans la forêt. Quelque chose attire son attention. LE CHIEN court jusqu'à la route. Deux vélos sont stationnés près d'une clôture.


IVITCH se dirige à demi nue vers la salle de bain.


IVITCH

(En s'adressant à quelqu'un dans la salle de bain)

Dépêchez-vous, hein.

J'ai pas envie d'attendre.

Allez. Allez!


IVITCH se dévêt.


Un flash. Un homme assis sur le siège de la toilette.


Tout devient noir.


MARCUS (Narrateur)

Il faut toujours--


IVITCH (Narratrice)

Ah oui. Je vous parle

d'égalité,

et chaque fois,

vous parlez de caca.


MARCUS (Narrateur)

Parce qu'enfin, là,

nous sommes égaux à tous.


IVITCH (Narratrice)

Je sais ce que vous regardez.


MARCUS (Narrateur)

Oui, dommage. Plus de forêt.


IVITCH (Narratrice)

Ah non.

Fini la guerre, on a dit.


MARCUS (Narrateur)

Vous avez fait tout pour ça.


Un personnage en fonte représentant un guerrier tenant une lance est déposé sur une tablette aux côtés d'un cheval et d'un chat.


IVITCH (Narratrice)

Alors?

Et après tout?


IVITCH est nue, debout devant MARCUS assis sur le siège de toilette. Le bras de IVITCH masque à moitié le visage de MARCUS.


IVITCH remonte ses cheveux, révélant ainsi le visage de MARCUS.


Un jet de douche coule sur les épaules d'une personne.


IVITCH et MARCUS sont ensemble dans la douche. MARCUS tente d'embrasser IVITCH qui se débat en tentant de le repousser.


IVITCH

Priez Dieu que tous

nous veuille absoudre.


MARCUS fait une seconde tentative.


IVITCH

Non.


MARCUS

Parfait. Partez maintenant.


IVITCH sort de la douche.


MARCUS

Et essayez de sourire

en partant.


Une voiture roule sur une petite rue enneigée dans un quartier résidentiel.


Sur une table, un couteau ensanglanté et une cuillère sont déposés.


Texte narratif :
OH Langage


Des tranches d'agrumes tachés de sangs traînent dans le fond d'un évier. Sous les tranches le couteau ensanglanté est lavé par un filet d'eau.


Texte narratif :
AH Dieux


Le traversier arrive au quai par beau temps. Les gens attendent en ligne sur le quai pour monter sur le traversier. La JEUNE FILLE ROUSSE est dans la foule.


On suit le remous de l'eau produit par un bateau.


Des gens mangent à une terrasse.


Sur une place publique, un homme est penché au-dessus d'un bassin. Une femme est dans le bassin, penchée sur l'homme. L'homme est blessé.


L'eau teintée de sang s'écoule par un drain.


La femme prend la main de l'homme.


L'HOMME

Évite... et vite...

les souvenirs brisés.


IVITCH est accroupie, la tête sur les genoux et fume une cigarette.


UN HOMME (Narrateur)

La police va venir.

Il faut partir, madame.

Et vite.


IVITCH (Narratrice)

Les mots.


Tout devient noir.


On revient à l'écume sur l'eau dans un torrent.


IVITCH (Narratrice)

Les mots.

Je ne veux plus

en entendre parler.


L'eau coule dans une rivière. Sous l'eau, un banc de poissons passe. [LE CHIEN est sur le bord de la rivière, à l'orée de la forêt.


LE CHIEN dérive dans la rivière, emporté pare un fort courant.


(ruissellement d'eau

et crépitement du son)


M. DAVIDSON (Narrateur)

Il n'y a pas de

nudité dans la nature. Et...

L'animal, donc, n'est pas nu

parce qu'il est nu.


LE CHIEN est de retour sur la rive.


Un train entre en gare.


LE CHIEN traverse une passerelle..


Le train passe.


LE CHIEN descend l'escalier de la passerelle.


UNE VOIX AU LOIN

Dégage!

Va t'inscrire au chômage!

Dégage! Va t'inscrire

au chômage!


LE CHIEN retourne au bord de l'eau et défèque sur le sol.


MARCUS (Narrateur)

Maintenant que j'ai

vu ce qu'était la guerre...

... je sais que si

elle finissait,

tout le monde devrait

se demander:


Tout devient noir


MARCUS (Narrateur)

"Qu'allons-nous faire

des morts?"


LE CHIEN marche dans un sentier couvert de feuilles mortes.


MARCUS (Narrateur)

Mais il n'y a peut-être que pour

eux que la guerre est finie.


LE CHIEN se retrouve près d'une route de campagne.


MARCUS (Narrateur)

Le philosophe est celui qui...

Le philosophe est

celui qui se laisse inquiéter

par la figure d'autrui.

Celui qui aperçoit la force

révolutionnaire des signes.


Une onde frappe le rivage, sous les branches lourdes d'un arbre sans feuille. Le sol est à peine couvert de neige.


C'est l'été, LE CHIEN est au bord d'une rivière aux eaux tourmentées.


LE CHIEN est au bord d'une rivière au lit peu profond. Les rochers qui sortent de l'eau sont entourés de glace. C'est le début de l'hiver.


MARCUS (Narrateur)

L'eau lui parlait d'une voix

profonde et grave.


C'est le printemps au bord de la rivière.


MARCUS (Narrateur)

Alors, Roxy se mit à penser.


LE CHIEN Roxy, écoute la rivière en tournant en rond sur la rive.


MARCUS (Narrateur)

Elle essaie de me parler

comme elle a toujours essayé

de parler aux gens

à travers les âges.

Dialoguant pour elle-même quand

il n'y a personne pour écouter.

Mais qui essaie.

Qui essaie toujours

de communiquer aux gens

les nouvelles qu'elle a

à leur donner.


Tout devient noir.


MARCUS (Narrateur)

Quelques-uns d'entre eux

ont tiré de la rivière

une certaine vérité,

mais aucun d'eux...


Les feuilles colorées de l'automne se reflètent dans l'eau calme d'un lac.


LE CHIEN attend dans la forêt dénudée. LE CHIEN bouge la tête de gauche à droite.


MARCUS (Narrateur)

Quand le soleil perçant, déjà,

la rivière dort encore

dans les songes du brouillard.

Nous ne la voyons pas plus

qu'elle ne se voit elle-même.

Ici, c'est déjà la rivière.

Mais là, la vue est arrêtée.

On ne voit plus rien

que le néant.

Une brume qui empêche

qu'on ne voie plus loin.


Dans l'habitacle d'une voiture, les lumières sur la route sont sont magnifiées par le pare-brise mouillé, comme de grosses taches de lumières.


MARCUS (Narrateur)

« À cet endroit de la toile,

peindre ni ce qu'on voit,

parce qu'on ne voit rien...

... ni ce qu'on ne voit pas,


Les essuie-glaces balaient l'eau abondante laissée par la pluie.


MARCUS (Narrateur)

puisqu'on ne doit peindre

que ce qu'on voit.

Mais peindre qu'on le voit pas.»

Claude Monet.


LE CHIEN avance sous la pluie dans une forêt luxuriante.


IVITCH est nue dans le salon, devant le téléviseur ouvert qui diffuse un le film Metropolis.


MARCUS (Narrateur)

Et le temps...


IVITCH enfile une robe.


IVITCH

(En parlant du personnage qu'elle voit sur l'écran de télé.)

Je déteste les personnages.

Dès la naissance,

on nous prend pour un autre.


IVITCH s'assoit sur le fauteuil et enfile des sandales.


IVITCH

On le pousse.

On le tire.

On le force à entrer

dans son personnage.


MARCUS

Vivre ou raconter.


IVITCH

Oui.

On dit qu'il n'y a pas le choix.


MARCUS

Regardez, Ivitch,


IVITCH se lève.


IVITCH fait face au miroir, tandis que MARCUS est de dos. Ils sont côte à côte.


MARCUS

Regardez dans le miroir, Ivitch.

Il y a les deux.


IVITCH

Vous voulez dire...

les quatre.

(En se tournant vers MARCUS)

En fait...

... un fait ne traduit pas

ce que l'on fait, Marcus...

... mais ce que

l'on ne fait pas.


MARCUS

Nous ferons des enfants.


IVITCH

Non. Pas encore.

Un chien, si vous voulez.


Deux personnes joue au piano, une pièce à quatre mains.


Deux enfants marchent dans un champ.


IVITCH (Narratrice)

Imaginez que vous êtes

un petit garçon encore.


Une silhouette de chien couché se dessine dans les nuages.


IVITCH (Narratrice)

On regardait la forme

des nuages.


On revient aux deux enfants qui avancent vers les arbres au bout du champ.


IVITCH (Narratrice)

Petite fille,

je voyais partout

des chiens.


MARCUS

Dans le bleu ou le blanc?


Les enfants circulent entre les arbres, dans un verger.


IVITCH (Narratrice)

On est ensemble. Les deux.


MARCUS

Il faudra des enfants.


Tout devient noir.


IVITCH (Narratrice)

Pas sure.

Un chien, oui.


Un feu de grève finit de se consumer par une belle journée ensoleillée.


MARCUS (Narrateur)

Voilà le récit

que racontent les chiens.

Quand le feu brûle clair

dans l'âtre...


LE CHIEN marche sur un tapis de feuilles à l'automne.


MARCUS (Narrateur)

... et que le vent

souffle du nord,

la famille, alors,

fait cercle autour du feu.


Au-dessus des maisons, le soleil luit dans un ciel orangé.


MARCUS (Narrateur)

Les jeunes chiots écoutent

sans mot dire.

Et quand l'histoire est finie,


Tout devient noir.


On avance lentement dans un stationnement où plusieurs voitures sont garées.


MARCUS (Narrateur)

ils posent maintes questions.

"Qu'est-ce que l'homme,"

demandent-ils.

Ou bien: "Qu'est-ce

qu'une cité?"

Ou encore: "Qu'est-ce

que la guerre?"


Dans un lavabo, le sang est lavé par l'eau qui coule.


LE CHIEN est dans la cuisine. LE CHIEN gémit en reculant. LE CHIEN s'énerve et jappe, puis LE CHIEN gémit de nouveau.


MARCUS (Narrateur)

Fais en sorte

que je puisse parler.


IVITCH est assise nue dans le salon. Elle tient un plateau sur lequel un bol rempli de fruits est posé.


IVITCH

Je peux savoir

ce que pense

quelqu'un d'autre.

Mais pas ce que je pense.


IVICTH est debout dans la porte. Un imper enfilé par une manche pend sur son épaule. IVITCH tient une carpette fleurie.


IVITCH laisse tomber l'imper et tient la carpette à deux mains devant elle.


IVITCH

Fais en sorte

que je puisse parler.


MARCUS (Narrateur)

Je peux savoir ce

que pense quelqu'un d'autre.

Mais pas ce que je pense.


IVITCH

Fais en sorte

que je puisse parler.

Parler.


Sur le bord d'un lit, les pieds d'un couple dépassent de l'édredon.


IVITCH (Narratrice)

C'est justement

parce que cette douceur

a été nécessaire

pour enfanter la douleur.


MARCUS se redresse dans le lit. IVITCH fait de même. [MARCUS (Narrateur)

Et reviendra du reste,

la calmer par intermittences...


IVITCH manipule les couvertures.


MARCUS aide IVITCH à remettre la couette dans sa housse.


MARCUS (Narrateur)

... c'est que les hommes

peuvent être sincères

avec autrui...

... et même avec eux-mêmes.


IVITCH (Narratrice)

(En chuchotant)

Quand ils se glorifient

de la beauté d'une femme

envers eux.

Quoique, à tout prendre,

au sein de leur liaison

circule constamment

d'une façon secrète...

inavouée aux autres.


MARCUS (Narrateur)

Ou révélée

involontairement

par des questions, des enquêtes.


Dans l'habitacle d'une voiture, on avance sur une route de campagne enneigée. Le pare-brise est mouillé.


MARCUS (Narrateur)

Une inquiétude douloureuse.


Dans un parc, un vélo est stationné au soleil.


IVITCH (Narratrice)

Mais celle-ci

n'aurait pas pu naître

sans la douceur préalable.


Au travers des feuillages, on devine l'inscription rouge : usine à gaz.


Dans la nuit, les phares et les feux des voitures qui circulent dans les deux sens sur une autoroute forment des traits de lumière rouge et blanche.


MARCUS et IVITCH sont dehors, près de l'autoroute.


MARCUS

Ils veulent toujours

être à l'heure.

D'où ça vient?


IVITCH

Non.

Ils veulent être les premiers.


MARCUS

Un mathématicien

allemand, Riemann...


IVITCH

Encore un Allemand!


MARCUS

À propos des nombres premiers,

Riemann arriva

dans un paysage...

où chaque point

se transforme en musique.

Une ligne de zéros

le long de la mer.


IVITCH

Une ligne de zéros

le long de la mer.


LE CHIEN marche dans la neige et avance sur le quai. Les vagues frappent le rivage.


Tout devient noir


Des traces de pas et de bicyclette sont restées sur un trottoir enneigé.


LE CHIEN marche sur la grève. L'eau du lac est agité.


LE CHIEN creuse le sol enneigé avec ses pattes avant.


LE CHIEN est attaché en laisse, assis sur le bitume mouillé. [UNE VOIX DE FEMME

(Propos en anglais)


LE CHIEN suit du regard les pas des gens qui passent devant lui.


MARCUS (Narrateur)

On peut imaginer

que Frankenstein est né ici.


UNE VOIX DE FEMME

(Propos en anglais)

Obey!


IVITCH (Narratrice)

Oui.

On peut imaginer.


Le lac est agité. L'eau effleure le quai.


Un hélicoptère explose.


MARY SHELLEY est assise dans un parc et écrit dans un cahier avec une plume.


PERCY SHELLEY marche près de MARY dans le parc. MARY lève le bras en tenant sa plume.


PERCY SHELLEY s'approche et tend l'encrier à MARY qui trempe sa plume.


NARRATEUR

En 1800...

En 1816,

Lord Byron et Shelley,

chassés d'Angleterre,

se réfugient au bord

du lac de Genève.

Avec Mary Shelley

qui se met à écrire

un roman d'épouvante.


MARY SHELLEY tourne les pages d'un cahier manuscrit. À la prochaine page blanche, MARY reprend son écriture.


MARY SHELLEY

(Propos en anglais)


Sur le bord du Lac Leman, LORD BYRON et PERCY SHELLEY sont dehors.


LORS BYRON

(Propos en anglais)


MARY SHELLEY s'approche de PERCY avec son livre ouvert. PERCY prend un objet déposé sur le livre. [MARY s'éloigne en donnant son livre à LORD BYRON.


PERCY SHELLEY

(Propos en anglais)


Une barque s'éloigne du rivage avec à son bord le couple SHELLEY, LORD BYRON et un rameur.


Tout devient noir.


MARCUS (Narrateur)

Cette histoire

n'a rien de tragique.

Ni le rire des géants,

aucun détail indifférent

ne dit leur amour pathétique.


Texte narratif :
3D malheur historique


Une femme trempe une plume fontaine dans un encrier.


UNE FEMME (Narratrice)

Mais vous êtes

au lit, professeur.

Vous dormez.


Une main peint des taches de couleurs avec de la peinture à l'eau.


UNE FEMME (Narratrice)

Seulement...

vous ne nous rêvez pas.


La femme écrit à la plume fontaine dans un cahier.


UNE FEMME

Vous ne le savez pas?


UN HOMME

Non, je ne sais pas.


UNE FEMME

Je ne vous crois pas.


Les pastilles de couleurs ont séché dans le boitier.


Un pinceau trace un trait délavé sur le cahier de la femme.


UNE FEMME

J'arrive en bas.


UN HOMME

Oui, par la profondeur.

Moi, je pense qu'il faut

partir d'en bas.


UNE VOIX MASCULINE

C'est ce que disait

Kiriloff dans le roman

de Dostoïevski.


Le pinceau est trempé dans la pastille humide.


UN HOMME

Remontez à la surface.


UNE VOIX MASCULINE

Deux questions:

une grande et une petite.

Céline disait...

Mais la petite est grande aussi.


UN HOMME

Ce qui est difficile,

c'est de faire entrer le plat...


UNE FEMME

C'est quoi la petite?


UN HOMME

... dans la profondeur.


UNE VOIX MASCULINE

La souffrance.


UNE FEMME

Et l'amour?


UNE VOIX MASCULINE

L'autre monde.

L'autre monde.


Des hommes portant des toges de Croisés marchent lentement.


Un groupe d'écolier marche.


Dans une gare les gens circulent sur le quai.


UN HOMME (Narrateur)

Roxy!


UNE FEMME (Narratrice)

Je te dis

que c'est lui.

Fais la grosse voix.


UN HOMME (Narrateur)

Ma parole.


C'est la nuit dans un quartier animé de la ville, près d'un arrêt de bus.


UN HOMME (Narrateur)

Coquin. Quoi toi faire ici?


UNE FEMME (Narratrice)

Moi, très fâchée!


Les feuilles d'un arbre ont pris leurs teintes d'automne qui tranchent avec le bleu du ciel.


LE CHIEN se roule sur le divan. LE CHIEN dort sur le divan.


Le vent souffle dans un arbre vert.


Dans la cuisine, des assiettes sales sur la table laissent croire que deux personnes ont pris un repas.


GÉDÉON

Roxy, tu sors!


LE CHIEN se tient sur le seuil de la cuisine.


C'est la nuit dans la rue déserte.


(absence de sons)


Dans un salon, un homme lit.


Le livre apparaît : La fin du A de A.E. Van Vogt


Le téléviseur est ouvert, mais ne diffuse rien, l'écran est enneigé.


LE CHIEN est couché.


MARCUS (Narrateur)

Il a l'air mélancolique.


IVITCH (Narratrice)

Non.

Pas du tout.

Il rêve aux îles Marquises.


MARCUS (Narrateur)

Comme dans le roman

de Jack London.


LE CHIEN marche dans les hautes herbes. Puis on se retrouve devant deux fleurs sur le bord d'une route.


MARCUS (Narrateur)

Exactement.


Les babillements d'un bébé se font entendre.


Tout devient noir.


Début générique de fermeture


UNE VOIX

(En hurlant)

Malbrough s'en va-t-en guerre!

Mironton, mironton, mirontaine!

Malbrough s'en va-t-en-guerre!


Le chien avance sur un sentier en forêt en été.


UNE VOIX

(En hurlant)

Ne sait pas quand reviendra!


Fin générique de fermeture



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