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Les smattes - OVEST

It all happens in Gaspésie, a Québec region to which large groups of people are relocated in the 70s to get a weak economy back up on its feet. But people are not as easy to uproot as trees, especially when their only possession is their very freedom. Two men refuse to leave their hometown and have to live in hiding after an accident.



Réalisateur: Jean-Claude Labrecque
Acteurs: Daniel Pilon, Donald pilon, Louise Laparé
Production year: 1972

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Titre :
Les smattes


Générique d'ouverture


Texte narratif :
Il était une fois, appuyé aux contreforts des monts Chics-Chocs dans la haute Gaspésie, un pays dur et aride où s'échelonne une dizaine de villages que le gouvernement a décidé de fermer. Mais on ne déracine pas les hommes comme les pierres surtout quand ceux-ci n'ont pour toute richesse que leur liberté.


Dans le noir, on entend les voix de deux hommes.


AGENT

Comme ça,

tu sors de l'université?


JEAN-ROBERT

Oui. J'ai

terminé il y a trois mois.


AGENT

Je me demande...

qu'est-ce qui peut bien

t'avoir amené dans ce pays?


JEAN-ROBERT

Pour moi c'était...

un moyen de vivre pleinement

une réalité sociale.


AGENT

Regarde autour de toi.

Là, t'en as une,

"réalité sociale".


Une petite voiture roule sur une route de campagne.


AGENT

Il y a 40 ans,

on leur avait dit...

"Regagnez votre liberté.

"Venez en Gaspésie.

"Coupez le bois

comme vous l'entendez.

"Cultivez la terre.

Élevez des familles.

"Implantez-vous.

On vous 'donne' le pays."

Puis, aujourd'hui on leur dit:

"Excusez-nous,

on s'est trompés."


Dans une église, M. BÉRUBÉ est devant un microphone. Il se tient sur une scène en compagnie de musiciens. Il s'adresse à une foule.


M. BÉRUBÉ

Mesdames, messieurs.

Mesdames, messieurs. Pourriez

vous me donner un peu de

silence, s'il vous plaît?

... un peu de silence.

Chers concitoyens,

la fête du Souvenir,

c'est une fête à la fois

gaie et triste.

Ce soir,

nous fêtons le départ joyeux.

Et pour l'occasion,

nous avons le grand plaisir

de vous présenter

celui que vous attendez

depuis si longtemps,

et dont la musique fait

le tour de la province.

Mesdames, messieurs, je vous

ai nommé M. Marcel Martel.


MARCEL MARTEL arrive sur la scène avec une guitare et chante devant le microphone. Des musiciens commencent à jouer de la musique western.


♪♪♪


MARCEL MARTEL

♪J'entendais parler

dans le monde ♪

♪ D'un bien joli

et gentil pays ♪

♪ Je ne savais pas

que tout ce monde ♪

♪ Parlait de la belle Gaspésie ♪

♪ J'ai fait le tour

et à la ronde ♪

♪ J'ai vu des pêcheurs

comme on le dit ♪

♪ J'ai vu des brunes

j'ai vu des blondes ♪

♪ Dans mes voyages en Gaspésie ♪

♪ Ah! Qu'elle est belle

ma province ♪

♪ Et qu'il fait bon

d'y voyager ♪

♪ J'ai vu des vallées

et des plaines ♪

♪ Aussi la mer à haute marée ♪

♪ Les villes les villages

s'enchaînent ♪

♪ Et dans mon coeur

reste gravée ♪

♪ L'image de cette belle scène ♪

♪ Que j'ai vue là-bas à Gaspé ♪

Yah!


♪♪♪


On voit des images de femmes qui arrachent des clous des murs d'une maison détruite.


MARCEL MARTEL

♪ Si vous avez

un jour la chance ♪

♪ Allez voir

ce coin enchanteur ♪

♪ La musique le chant

et la danse ♪

♪ Vous feront passer

des moments charmeurs ♪

♪ Grâce à tous

ces beaux paysages ♪

♪ Que possède cette Gaspésie ♪

♪ La beauté

de ses vastes plages ♪

♪ Vous voudrez rester

toute la vie ♪


♪♪♪


Le public applaudit le groupe de musique qui termine la chanson.


MARCEL MARTEL

Merci infiniment.

Merci pour la fleur aussi.

Merci beaucoup.

Et voici maintenant...

Voici maintenant,

mesdames, messieurs,

en place pour un Paul Jones.

On y va, là!


La petite voiture des agents de relocalisation s'arrête devant la maison des Drouin. M. DROUIN s'approche des agents qui sortent de la voiture.


AGENT

Hé! Vous êtes

bien chic, M. Drouin.


M. DROUIN

C'est la fête du Souvenir.

C'est pour ça que vous

êtes venus?


AGENT

Oui. Je vous présente

mon nouvel assistant. M. Drouin.


JEAN-ROBERT serre la main à M. DROUIN.


JEAN-ROBERT

Jean-Robert Beaupré,

sociologue. Bonjour, monsieur.


M. DROUIN

Monsieur.


AGENT

On a des bonnes nouvelles

pour vous, M. Drouin.


DROUIN

Oui?


AGENT

On est passés par

Cap-Chat avant de venir ici.

Les logements sont prêts.

Il n'y a plus de problème.

Vous allez pouvoir

déménager bientôt.

Vous allez voir. Ça va être bien

plus facile pour vous là-bas.


DROUIN

Vous pensez?


AGENT

Je passerai vous voir demain.


JEAN-ROBERT

Au revoir.


M. DROUIN

Puis... Ti-Pierre?


AGENT

Ah, bien... Pour lui aussi,

ça devrait marcher.

Mais je vous expliquerai ça

quand je viendrai demain.

Bonjour.


M. DROUIN

Salut.


JEAN-ROBERT

À bientôt.


AGENT

On se verra ce soir.


L'AGENT et JEAN-ROBERT entrent dans la voiture.


Sur le bord d'une route, l'AGENT et JEAN-ROBERT discutent avec GINETTE et RÉJEAN.


RÉJEAN

Voici Monsieur...


JEAN-ROBERT sert la main de GINETTE.


JEAN-ROBERT

Jean-Robert Beaupré,

mademoiselle.

Je suis sociologue. Très

heureux de vous rencontrer.


GINETTE

Bonjour, monsieur. Enchantée.


AGENT

Puis, quand est-ce

qu'on se marie, la belle fille?


GINETTE

Bien, ça dépend.


JEAN-ROBERT

J'espère que

j'aurai l'opportunité d'assister

à vos noces, Mlle Ginette.


RÉJEAN

Certainement.

Compte sur moi, mon noir.

Salut.


RÉJEAN et GINETTE s'éloignent bras dessus bras dessous.


JEAN-ROBERT

Au revoir.


RÉJEAN

GINETTE)

Beau numéro, hein?

T'aurais du fun avec lui.


L'AGENT et JEAN-ROBERT montent dans la voiture et partent.


Dans une grande salle, des couples dansent sous le rythme rapide d'un violon.


À l'extérieur, RÉJEAN et son père M. CARDINAL sont assis et discutent.


M. CARDINAL

Comme ça,

Réjean, tu pars pas?


RÉJEAN

Non.


M. CARDINAL

Pourquoi tu t'en viens pas

avec nous autres?

Moi et puis ta mère,

t'sais, on est vieillis.

Il me semble que ça

nous ferait plaisir.

Te laisser tout seul

dans ces grandes forêts.

Qu'est-ce que tu vas faire?


RÉJEAN

Ça m'appartient, tout ça.

Qu'est-ce que je vais faire,

je vais m'en aller en ville?

Je vais m'en aller en bas.

Je vais avoir une petite

chambre, pas de job. Il

y a pas de job ici-


M. CARDINAL

Crois-tu que c'est une vie

de vivre ici, là, en plein bois?


RÉJEAN

Chômeur ici ou chômeur en

bas, c'est pareil. C'est

mieux ici, pas pareil.


M. CARDINAL

Rendu en bas, tu peux

suivre des cours de recyclage

et puis tu peux prendre des...

des compétences qui te

permettront de gagner-


RÉJEAN

Non, mais ceux... Ceux qui ont

suivi les cours de recyclage,

qu'est-ce qu'ils font?

Ils sont tous revenus chômeurs.

Il y en pas d'ouvrage. De

toute façon, c'est pas

ça qui m'intéresse.

Je veux pas travailler,

je veux rester ici.


M. CARDINAL

Ça te déplaît parce que

j'ai changé d'idée. C'est

ça qui te déplaît.


RÉJEAN

T'étais le premier il y a

six ans, t'étais le premier.

T'étais le premier qui

s'est opposé. Vous avez

même formé des comités.

Personne voulait partir.

Là, vous êtes obligés.

OK, ils vous ont donné

500 piasses, 1000 piasses.

Bon, tout le monde part.

Qu'est-ce qu'ils ont fait avec

leurs 500, leurs 1000 piasses?

Ils s'achètent des chars

chromés. Ils vont revenir dans

six mois, ils vont être cassés.

Ils vont être comme avant,

pareils comme avant.

Ça a rien changé.

Ils ont juste perdu leur

liberté. Ils ont

perdu leur paye.

Moi, je la perds pas.

Je reste libre, c'est tout.

C'est pas que je veux pas

partir, je veux rester libre.

Puis si t'avais 20 ans

maintenant, qu'est-ce que

tu ferais? Tu resterais.

Tu resterais avec moi. Si

t'étais tout seul, tu

resterais avec moi.

S'il y avait pas maman,

tu resterais avec moi.


M. CARDINAL

C'est vrai.


RÉJEAN

T'y penserais même pas.

Il y a six ans, tu voulais pas.

T'étais un des premiers à

dire non. T'as dit non

pendant tout le temps.

Là, tu peux plus rien faire.

Je sais qu'il y a pas d'avenir.

Ils vont fermer les routes,

il y aura plus d'électricité,

il y aura plus rien.

C'est pas grave ça.

C'est ici que je suis bien.


M. CARDINAL

J'ai aimé cette vie-là aussi.


RÉJEAN

Je m'en vais pas.


M. CARDINAL

Tu t'en vas.


Dans la salle, des personnes dansent. GINETTE s'approche de M. CARDINAL et l'invite à venir danser. M. CARDINAL refuse.


Des villageois sont réunis devant une maison. Un camion rempli de meubles est stationné dans la cour. Un homme s'approche de la maison avec une longue torche.


M. CARDINAL

Minute, monsieur!

Je m'en occupe.


M. CARDINAL entre dans la maison et examine chacune des pièces vides. Il regarde dans les garde-robes. Il décolle des photographies d'un mur. Il examine des objets dans la cuisine. Il dispose un drap sur un escalier et l'asperge d'essence. Il jette une allumette sur le drap.


À l'extérieur, M. et MME CARDINAL regardent la maison brûler. RÉJEAN s'approche de son père.


RÉJEAN

Viens-t'en, papa. C'est fini.


RÉJEAN et sa mère s'embrassent.


MME CARDINAL

Bonne chance, Réjean.


M. et MME CARDINAL s'éloignent. RÉJEAN regarde la maison brûler. Il arrache une boîte à lettres et la jette dans l'incendie.


Dans le noir, RÉJEAN regarde les restes de la maison qui brûlent.


Dans une petite barque sur un lac, RÉJEAN et PIERRE pêchent.


Dans une chambre, GINETTE agence un bouquet de fleurs. Elle se regarde dans un miroir.


RÉJEAN et PIERRE accostent sur une rive et courent dans la forêt.


Dans la chambre, GINETTE regarde un magazine. Elle détache quelques boutons de sa chemise et prend une pause de mannequin.


RÉJEAN et PIERRE entrent dans la maison en compagnie d'un chien.


PIERRE

Beau chien, beau chien.

RÉJEAN)

Veux-tu une bière?


PIERRE se prend une bière.


RÉJEAN

Non, merci.


PIERRE

(Au chien)

Ah, mon chien, hein.

Ça fait du bien, mon chien?


PIERRE indique une chambre de son doigt.


PIERRE

(D'une voix forte)

Coudonc, sais-tu

où est Ginette?


RÉJEAN

(D'une voix forte)

Je sais pas. Pour moi,

elle est pas arrivée encore.


PIERRE

(D'une voix forte)

Veux-tu bien me dire

où elle est passée, elle?

Toujours la même chose.

Chaque fois qu'on en a besoin,

elle est jamais là.


RÉJEAN emplit une bassine d'eau.


RÉJEAN

Chicane-la pas,

c'est une bonne petite fille.


PIERRE

(D'une voix forte)

Je la chicane pas,

mais elle est jamais là

quand on en a besoin.

En tout cas, je te le dis,

on va être bien chanceux

s'il mouille pas.


PIERRE ouvre un rideau derrière lequel GINETTE se tient. RÉJEAN arrose GINETTE avec la bassine d'eau.


PIERRE

Hé!


GINETTE crie et se jette sur RÉJEAN. Ils tombent au sol. PIERRE les arrose avec sa bière.


PIERRE

Youhou!


RÉJEAN embrasse GINETTE puis fait tomber PIERRE. RÉJEAN chatouille PIERRE qui rit. GINETTE se lève et s'essuie le visage. RÉJEAN et PIERRE se bousculent et rient. RÉJEAN s'assoit près de GINETTE sur un lit. Il enlève son chandail. GINETTE l'embrasse.


RÉJEAN

PIERRE)

T'avais pas une commission

À faire au village,

Ti-Pierre?


PIERRE caresse le chien.


PIERRE

Moi? Non.


RÉJEAN

Tu m'avais pas dit que tu

devais rencontrer Alphonse

Nadeau après-midi?


PIERRE

Ah oui, c'est vrai.

Ça presse pas.

J'irai une autre fois.


RÉJEAN soupire.


RÉJEAN

Oui...

Ça fait deux fois qu'on se fait

saisir tous nos agrès.

Je commence à être

tanné de ça, moi.

Est-ce qu'il reste des lignes

dans la cache au bord de l'eau?

Ti-Pierre, je te parle.

Ti-Pierre,

Sainte Viarge, es-tu sourd?


PIERRE

Quoi? Qu'est-ce qu'il y a?


RÉJEAN

"Ce qu'il y a..."

J'vais t'en faire

des "ce qu'il y a",

moi, maudite tête d'orignal!


PIERRE

Pas si fort.

Je suis pas sourd.

(Au chien)

Viens, pitou. Viens.


RÉJEAN

GINETTE)

Retiens-moi.


PIERRE

Viens, pitou, viens.

T'es trop jeune pour voir ça.


PIERRE sort.


RÉJEAN et GINETTE s'embrassent sur un lit.


RÉJEAN

T'as changé de rouge à lèvres?


GINETTE

Pourquoi qu'on se marie pas,

tous les deux?


RÉJEAN

Je te l'ai déjà dit, pourquoi.

Je suis pas en mesure

de faire vivre une famille.

En tout cas, pas en ce moment.


GINETTE

Je peux pas attendre, Réjean.

Je vais venir folle.

Des fois, j'ai assez

envie de toi...


Ils s'embrassent.


RÉJEAN

Un jour, moi puis Ti-Pierre,

on va être propriétaires

de toutes les terres ici.

Ça va être le plus beau

puis le plus grand territoire

de chasse puis de pêche

de toute la Gaspésie.

Puis nous autres....

Toi puis moi...

On aura une belle maison

sur le bord du fleuve.

Puis un chalet,

ici dans les bois.

Avec une grande galerie

tout le tour,

tout entourée de moustiquaires.


GINETTE

Arrête de rêver, Réjean.

Ils ferment

les paroisses partout.

Ils vous laisseront jamais

ici tout seuls.

Tu serais mieux d'accepter

la prime de déménagement,

puis de faire comme Claude.

On pourrait se marier au moins.


RÉJEAN

Laisse faire Claude, OK?

C'est un licheux de cul. Il

a fait des courbettes

toute sa vie.

Moi, je veux être libre.


GINETTE

Pauvre Réjean.

Tu comprendras donc jamais.

Pour être libre par ici,

il faut en avoir les moyens.


RÉJEAN

Je les ai, les moyens.

J'ai une tête.

Puis j'ai deux bras.

Il y a pas un tireur comme moi

dans toute la Gaspésie.

Je piège depuis

que je suis haut de même.

Je peux même élever

du caribou si je veux.


GINETTE rit.


GINETTE

Je le sais, ça.

Je sais aussi que t'es bien fin.

Mais il y a autre chose

dans la vie.

Moi, j'ai peur que les années

qui s'en viennent

soient bien dures

pour nous autres.

On a rien, Réjean.

On est dépendants

de tout le monde.

On est même pas instruits.

Je sais pas.

Je dis pas ça pour t'ennuyer.

Mais il me semble

que si t'avais un métier...

... ce serait plus facile.


Elle soupire.


GINETTE

Oh, Réjean.


Une camionnette roule dans un village et s'arrête devant la maison des Drouin.


PIERRE, RÉJEAN et GINETTE sortent de la camionnette. PIERRE s'approche de son père, M. DROUIN, qui sort de la maison.


M. DROUIN

Salut.


PIERRE

Bonjour.


M. DROUIN

Comment ça a été?


GINETTE

On s'est encore fait prendre.

Il y a plus moyen de pêcher

nulle part. Tout appartient

aux Américains.


M. DROUIN

Oui. Eille, éloigne-toi pas.

Les agents du gouvernement

s'en viennent.


PIERRE

Oui, oui.


M. DROUIN

Hé, je veux que tu sois là

quand ils vont venir.

C'est pour ton cours

de recyclage.


PIERRE

Bien oui.

RÉJEAN et GINETTE)

Le ministère s'en vient,

puis il veut nous recycler.


RÉJEAN

Ça fais-tu bien mal?


PIERRE

Je sais pas si ça fait mal,

mais j'en ai rencontré un hier,

puis il avait pas l'air

bien fort.


GINETTE

Vous êtes pas drôles.


PIERRE et RÉJEAN courent dans une prairie avec des carabines. RÉJEAN s'amuse à faire trébucher PIERRE. RÉJEAN rit.


PIERRE

Tu trouves ça drôle, hein?


RÉJEAN

T'as les cartouches?


PIERRE

Oui, monsieur.


Les deux amis disposent des bouteilles sur un accessoire de labourage. Ils lisent les étiquettes des bouteilles.


RÉJEAN

Une marinade Habitant

croustillante sucrée

sweat mixed pickles.


PIERRE

Un petit beurre de peanut

Boomerang crunchy.

Je vais le faire "cruncher"

tout à l'heure, lui.


RÉJEAN

Un White Petroleum Jelly.


PIERRE

Un petit Cordon Bleu

meatballs ragoût de boulettes.

Quel côté, monsieur?


RÉJEAN

Meatballs s'il vous plaît.


PIERRE

Une meatballs.


RÉJEAN

Un Old City confiture de

fraises strawberry jam with--


PIERRE

Une belle petite cannette

que j'adore. Smack!


PIERRE embrasse une canette de bière et la dépose.


PIERRE

Toi, je te manquerai pas.


PIERRE place une boîte de conserve.


PIERRE

Un petit bâtard pas de nom.

Un autre petit beurre

d'arachides peanut

butter Old City.


RÉJEAN

Et puis... Hot-dog relish.


PIERRE

Une grosse Velco.

Je pense qu'on a

tout ce qu'il faut.


RÉJEAN

Oui.


PIERRE

Qui est-ce que c'est,

ton cowboy favori?


RÉJEAN

Gene Autry.


PIERRE

Tom Mix.


PIERRE et RÉJEAN marchent vers l'arrière les jambes écartées.


PIERRE

Ils marchaient-tu aussi mal

que ça dans ce temps-là?


RÉJEAN

Ils marchaient de reculons

souvent, en tout cas.


PIERRE

Un... deux... trois...


PIERRE et RÉJEAN tirent sur les bouteilles avec leurs carabines.


Plus loin, derrière les bouteilles, la voiture des agents du gouvernement roule sur la route. PIERRE donne un coup sur le canon de la carabine de RÉJEAN.


PIERRE

Tire pas, Réjean,

voilà une auto!


La voiture s'arrête.


PIERRE

Ah! T'en as attrapé un.


RÉJEAN

Viens-t'en, il faut

sacrer le camp.


PIERRE

On a pas fait exprès

après tout.


RÉJEAN

Ils me croiront jamais, ils

vont me mettre dedans. Viens!


PIERRE

Fais pas le fou, Réjean, ils

vont penser que t'es coupable.


RÉJEAN

Ils m'auront pas,

je te dis. Viens-t'en!


PIERRE

Réjean, fais pas le fou.


RÉJEAN s'éloigne en courant.


PIERRE

Réjean.

Attends-moi, Réjean, voyons!


PIERRE et RÉJEAN courent dans la forêt.


Dans une maison, JEAN-ROBERT est assis sur une chaise. L'AGENT examine son bras qui saigne. GINETTE met de l'eau chaude dans une bassine. MME DROUIN et la sœur de GINETTE examinent le blessé. M. DROUIN arrive.


JEAN-ROBERT

Il faut que je voie

un médecin.


AGENT

Vous devriez juste mettre un

linge propre dessus, Mme Drouin,

puis on va descendre

tout de suite aux Méchins.


M. DROUIN

Je m'en vais les retrouver

moi-même, ces deux-là.


GINETTE

C'est un accident,

c'est certain.


JEAN-ROBERT

Accident ou

pas, il faut voir un docteur.


AGENT

Si vous voyez Réjean

puis Ti-Pierre,

dites-leur qu'on voudrait

leur dire deux mots.


MME DROUIN

Ti-Pierre?


AGENT

Je vais aller dans l'auto,

puis je reviens tout de suite...


M. DROUIN

Je me demande bien où

ils sont rendus eux autres.


RÉJEAN et PIERRE entrent dans leur camp. Ils sont essoufflés.


RÉJEAN

On va se faire oublier

pendant quelque temps.


RÉJEAN hésite.


RÉJEAN

Je t'ai pas forcé à me suivre.

À part de ça, c'était un

accident, puis toi tu le sais.

Puis si tu m'avais pas poussé,

ça serait peut-être pas arrivé.

J'ai pas le goût de t'entendre

brailler tout le temps.


PIERRE

J'ai rien dit.


RÉJEAN

C'est ça, t'as rien dit.

Bien ostie, parle!

Dis-le ce que t'as à dire!


Dans un bureau, JEAN-ROBERT porte un bandage autour du bras. Il discute avec M. DROUIN et GINETTE devant le policier LAFRANCE, le CURÉ et le CAPORAL DEMERS.


JEAN-ROBERT

Je les accuse pas.

Mais j'aimerais bien avoir

une explication, par exemple.


M. DROUIN

En tout cas, moi,

je suis sûr que c'est

pas mon fils qui a tiré.


GINETTE

Mais non, papa. Vous savez

bien que Réjean puis Ti-Pierre

tirent pas sur le monde.

C'est un accident.


CURÉ

Les niochons.

Pourquoi qu'ils se sont

sauvés aussi?


CAPORAL DEMERS

Moi, il faut

que je fasse mon devoir.

Et c'est pas la première

fois qu'ils font du trouble.


LAFRANCE

Non.


JEAN-ROBERT

Mais je porte pas plainte.

C'est pas... une blessure grave.


CAPORAL DEMERS

Grave ou pas,

la loi c'est la loi.


GINETTE

Donnez-leur donc une chance.

Avec tout ce qui se passe ici,

tout le monde est

un peu nerveux.


M. DROUIN

Ah, je le savais bien

que ça finirait de même.


GINETTE

Si jamais Réjean

a du trouble avec ça...


CURÉ

Bien écoutez, il faudrait tout

de même pas s'énerver, hein.

Il y a même pas de charge

portée contre eux autres.


CAPORAL DEMERS

Vous voulez pas m'empêcher

de faire mon devoir, M. le curé?


CURÉ

Non, mais faut pas être

plus catholique que le pape.


CAPORAL DEMERS

Il y a pas encore eu de

concile dans la police,

M. le curé.

J'ai un mandat,

je vais le remplir.

Si vous êtes pas content,

essayez-vous à Québec.


CURÉ

Essayez juste de--


CAPORAL DEMERS

Vous allez voir qui mène

dans la province depuis octobre.


JEAN-ROBERT

Oui,

on commence à le savoir.


CURÉ

Essayez juste d'être humain.

On vous demande pas la Lune.


CAPORAL DEMERS

Il faut que je fasse

mon devoir.

C'est tout ce que je sais.


LAFRANCE acquiesce.


Le CAPORAL DEMERS et LAFRANCE s'approchent d'une maison en tenant des revolvers. Ils entrent.


CAPORAL DEMERS

Haut les mains, là-dedans!


À distance, PIERRE et RÉJEAN se cachent dans la forêt.


RÉJEAN

(À voix basse)

On est plus

fins qu'eux autres, c'est clair.


PIERRE

(À voix basse)

On est jamais passés par là.

On a même pas laissé de traces.


RÉJEAN

(À voix basse)

Ils vont s'en retourner,

puis ils reviendront pas ici

avant un bon bout de temps.


PIERRE

(À voix basse)

Puis nous autres, on

va s'en aller au petit

camp chez Beaucage.


RÉJEAN

En plein ça, mon Ti-Pierre.

Tu t'en viens bien. Lâche pas.


RÉJEAN et PIERRE s'éloignent.


LAFRANCE et le CAPORAL DEMERS sortent de la maison.


CAPORAL DEMERS

Retourne dans le char.


Le CAPORAL DEMERS urine sur le bord de la route. LAFRANCE essaie sans succès de faire démarrer la voiture.


CAPORAL DEMERS

Qu'est-ce qu'il y a?


LAFRANCE

Il y a plus rien.


CAPORAL DEMERS

Ouais...

Ça doit être la batterie

qui est à terre.


LAFRANCE

C'est bien ça.


Les hommes remarquent la batterie de la voiture posée sur la route.


CAPORAL DEMERS

Oh, les maudits.


LAFRANCE

Les pneus aussi.


CAPORAL DEMERS

Maudit joual vert.


Le CAPORAL DEMERS soupire.


CAPORAL DEMERS

Oui, bien mon gars...

On va faire une petite marche.


LAFRANCE et le CAPORAL DEMERS marchent sur une route. Une camionnette les dépasse sans s'arrêter.


PIERRE et RÉJEAN entrent chez eux. La maison est saccagée.


RÉJEAN

Hé, Ti-Pierre.

Viens voir ça.


PIERRE

Sacrament!


RÉJEAN

Ils ont tout reviré

à l'envers.


PIERRE

On est recherchés pour vrai.

Ils nous prennent

pour des vrais bandits.


RÉJEAN

Hé, les carabines.


RÉJEAN soulève la cheminée du poêle. Deux carabines sont glissées à l'intérieur.


RÉJEAN

Ils ont oublié les recoins.


PIERRE

Qu'est-ce qu'on fait?


RÉJEAN

On peut pas rester ici.


PIERRE donne une couverture à son frère.


PIERRE

Ça a pas de bon sens.


RÉJEAN

Maudits chiens.


Sur le bord d'un lac, PIERRE se réchauffe près d'un feu. RÉJEAN regarde le lac. Ils s'allument des cigarettes.


RÉJEAN chante.


RÉJEAN

♪ Je suis fier de mon pays ♪

♪ Et je l'aime ♪

♪ Chez nous on peut

toujours bien s'amuser ♪

♪ Rien ne peut égaler

nos Canadiennes ♪

♪ Et les chaperons sont

les premiers à flirter ♪

♪ Rien ne peut égaler

nos Canadiennes ♪

♪ Hum hum hum hum ♪


PIERRE

J'ai froid.


Chez les Drouin, M. DROUIN boit une bière et discute avec les agents du gouvernement.


M. DROUIN

Je pars pas.


AGENT

Vous pouvez pas nous faire ça.

Tous les papiers sont signés.


M. DROUIN

Ça fait rien, je pars pas.


AGENT

Vous êtes pas raisonnable.

C'est pas de votre faute

ce qui est arrivé.


M. DROUIN

Je vous dis que je pars pas.

Si mon fils est recherché

par la police,

c'est à cause de lui.


JEAN-ROBERT

Vous y allez un peu fort,

M. Drouin.

J'ai rien à voir là-dedans.

J'ai même pas porté plainte.

Mais si vous ne respectez pas

vos engagements,

c'est vous qui allez

en souffrir.


Dans la maison, GINETTE regarde par la fenêtre.


M. DROUIN

Engagement ou pas engagement,

moi, je reste ici.

Mon fils est recherché

par la police

et il va revenir.


GINETTE sort de la maison.


AGENT

Écoutez, M. Drouin.

Vous avez déjà loué

votre logement à Cap-Chat.

Vous avez accepté

la prime, aussi.

Les Travaux publics vont être

ici lundi matin.


GINETTE sort de la maison et rejoint RÉJEAN. Ils s'embrassent.


GINETTE

Venez. Papa vous attend.


RÉJEAN

C'est un accident,

c'est pas ma faute.


GINETTE

Je le sais. Mais pourquoi

vous vous cachez?


RÉJEAN

Ils m'auraient pas cru.


GINETTE

La police peut-être,

mais pas nous autres.

M. Beaupré a même pas

porté plainte.

C'est le caporal

qui veut rien savoir.


PIERRE s'approche.


PIERRE

Le gars a-tu été blessé

gravement?


GINETTE

Bien non. Rien qu'une

égratignure au bras.

Vous devriez vous expliquer.

Autrement, vous risquez

d'aggraver les affaires.

Venez.

On a même décidé de pas

déménager tant que ce serait

pas réglé, cette histoire-là.


RÉJEAN

Mais je viens de te dire

qu'ils me croiront pas.

Ils vont en profiter

pour me descendre en ville.

Puis ça, je veux pas.

Tu leur diras qu'on est pas

coupables. On va revenir.


PIERRE

Va nous chercher à manger,

Ginette. On a besoin

de provisions.

Et arrange-toi pas

pour que ça paraisse.


GINETTE

Jamais de la vie. Venez,

papa vous attend.


PIERRE

Laisse faire.

Occupe-toi de nous rapporter

des provisions puis ma

petite veste rouge.

C'est pas chaud dans le camp.


RÉJEAN

Fais ce qu'il te dit, Ginette.

C'est la seule solution qu'on a.

Dis à tes parents

de déménager, puis..

quand tout le monde

sera parti, bien...

nous autres, on s'arrangera

pour sortir d'ici.


GINETTE et RÉJEAN s'enlacent.


Dans une grange, RÉJEAN et PIERRE regardent par une fenêtre.


PIERRE

La petite Lavoie

va rejoindre Joachim.

Si sa mère la voyait...

Regarde-la se trémousser.

Une vraie folle.


RÉJEAN

Elle était pas si folle

que ça l'an dernier.


PIERRE

Qu'est-ce que tu veux dire?


RÉJEAN

Ça bardassait pas mal dans

la grange à Cornellier,

à ce qu'il paraît.


PIERRE

C'est tout du placotage.


RÉJEAN

Hum-hum.


PIERRE

Elle m'a jamais

fait un pli sur le

différentiel, la minouche.


RÉJEAN

Ouais, ouais.


PIERRE

Eille, ça m'en

prend plus que ça.


RÉJEAN

Correct, correct.

J'ai rien dit.


PIERRE

(En souriant)

La petite maudite.


RÉJEAN

Le petit clos au bout

du village, le vois-tu?


PIERRE

Oui.


RÉJEAN

Sais-tu combien de temps ça

y a pris, lui puis sa femme,

pour essoucher ça?


PIERRE

Non.


RÉJEAN

Dix ans.


PIERRE

(Étonné)

Dix ans?


RÉJEAN

Dix ans.


PIERRE

Il y a un camion

qui monte d'en bas.


RÉJEAN

Ça doit être Roland Côté.

Il déménage à Rivière-du-Loup.


PIERRE

Quelle maison qu'est la plus

grosse dans le village?


RÉJEAN

Le presbytère.


PIERRE

Comment ça se fait? Le curé

a pas d'enfant, pourtant.


RÉJEAN

C'est au cas où il en aurait.


PIERRE

Sérieusement, c'est-tu rien

que pour recevoir l'évêque

à tous les trois ans?


RÉJEAN

Ça doit être ça.

Ça fait cher de la réservation.


RÉJEAN et PIERRE se couchent sur de la paille.


RÉJEAN

Connais-tu le test pour rentrer

dans la police provinciale?


PIERRE

Non.


RÉJEAN montre sa main à PIERRE.


RÉJEAN

Choisis un doigt,

puis retiens le bien.


PIERRE indique un doigt.


RÉJEAN

Mais non, dans ta tête,

tu choisis.


PIERRE

OK. Efface.


RÉJEAN cache sa main et la montre de nouveau.


PIERRE

Il est là.


RÉJEAN

Tu l'as comme il faut, là?

Là, je les mélange tous.


RÉJEAN agite des doigts.


PIERRE

Je m'en souviens plus.


RÉJEAN

Parfait. Ils vont te nommer

capitaine en rentrant.


PIERRE

Pourquoi?


RÉJEAN

(En riant)

Continue de même,

puis tu vas être nommé chef.


PIERRE

As-tu faim?


RÉJEAN

J'ai toujours faim.


PIERRE

À c't'heure-ci, il doit y

avoir du ragoût sur le poêle,

puis Ginette doit

mettre la table.


RÉJEAN regarde par la fenêtre.


RÉJEAN

Tiens. Voilà ton père

qui rentre chez vous.


PIERRE

Sais-tu qu'il a l'air

encore capable?

Regarde-le donc marcher.

On va-tu y parler?


RÉJEAN

Es-tu fou?


PIERRE

N'empêche que

si on y expliquait,

je suis sûr qu'il comprendrait.

Il en avait compris des choses,

dans sa vie, le bonhomme.

Je me souviens, quand

on était jeunes, il nous

disait, à nous autres...

(Avec la voix de son père)

"Quand on coupe un arbre..."

"... on doit toujours

en planter un autre à côté."

(Avec sa voix normale)

Il avait comme une sorte

de respect pour les arbres.

Pour lui, c'est comme s'il était

en train de tuer la forêt.

On avait bien ri de lui

dans le temps,

mais aujourd'hui, on voit bien

qu'il avait raison.

Je suis certain que lui,

bien instruit, il aurait

fait quelque chose.

Quelque chose de bien à part ça.

Il nous l'a déjà dit.

C'est son père qui l'a sorti

de l'école trop jeune.

Le gars que t'as blessé...

il est pas laid, hein?


RÉJEAN

Il est pas laid.


PIERRE

Il est bien instruit, aussi.


RÉJEAN

Il est bien instruit.


PIERRE

Ça ferait un beau parti

pour ma soeur.

Quelle heure qu'il est?


RÉJEAN regarde sa montre.


RÉJEAN

7h30.


PIERRE regarde par une fenêtre.


PIERRE

Ça ne sera plus long. Bérubé

ferme la porte de son hangar.

On peut même commencer

à descendre.


PIERRE se lève.


RÉJEAN

Wô, doucement.

Attends qu'il fasse noir.


Dans le noir, RÉJEAN et PIERRE s'approchent d'un magasin général. RÉJEAN force la serrure cadenassée d'une porte. Ils entrent.


PIERRE s'adresse à un gros chien dans le magasin.


PIERRE

Allô, mon beau Jumbo.

RÉJEAN)

Ferme les rideaux.


PIERRE ferme les rideaux d'une fenêtre.


PIERRE

Allume la lumière. Allume!


RÉJEAN allume une lumière.


PIERRE joue avec le chien.


PIERRE

Allô, mon beau Jumbo. Viens.

Viens, regarde donc ça.

Il a faim, ce chien-là.

Tiens, tiens,

des beaux biscuits.


PIERRE donne des biscuits au chien.


PIERRE

Regarde ça. Rien que pour toi.

Tiens, mon beau pitou.

Tiens, mon beau chien.

RÉJEAN)

Prends le sac

qu'il y a en dessous.


PIERRE et RÉJEAN prennent des marchandises dans le magasin.


PIERRE

Tiens, les cigarettes.

Des cigarettes...

Des cigarettes.

Des balles.

Je reprends du tabac, tiens.

Une vraie mine d'or, mon ami.


RÉJEAN

Chut!


PIERRE

Il dort comme une bûche.

Viens-t'en,

on va faire le marché.

Envoye, viens-t'en.


PIERRE met des boîtes de conserve dans le sac que RÉJEAN tient.


PIERRE

Oh, du fromage. Du fromage.

C'est du fromage.


PIERRE ouvre un pot et y trempe le doigt.


PIERRE

Goûte à ça.


RÉJEAN goûte au fromage.


PIERRE

C'est pas bon, ça?


RÉJEAN

Mmm.


PIERRE

On prendra pas celui-là,

il a déjà été ouvert.


PIERRE prend un autre pot de fromage.


PIERRE

Tiens.

Tiens.

Hum. Oh!

Du homard de chez nous.

2,29 piasses.

On le prend tout.

À ce prix-là, hein.

Betteraves.

Oh, du poulet.

Quessé qui est bon avec ça?


RÉJEAN

Des petits oignons.


PIERRE

Des petits oignons,

puis des petites betteraves.

Tiens.


RÉJEAN

Hé, Ti-Pierre.


RÉJEAN montre une boîte à PIERRE.


RÉJEAN

Ça, je le prends.


PIERRE

Oh oui, tiens. Oh oui.

Mets ça dedans.

Hé, viens voir ça. Viens ici.


RÉJEAN

Minute.


PIERRE regarde des vêtements sur une étagère. Il enlève son manteau et le donne à RÉJEAN. [PIERRE

Tiens ça.


PIERRE essaie une chemise.


PIERRE

C'est pas beau, ça?


RÉJEAN

Hum-hum.


PIERRE

Hein?

Sais-tu qu'il y en a bien

trop pour nous autres?


RÉJEAN

T'as raison.


PIERRE

Bérubé est bien trop riche.


RÉJEAN

C'est quasiment scandaleux.


PIERRE

Il n'y a plus de justice.


RÉJEAN

Non, il n'y a plus de justice.


PIERRE

Eille. J'ai une idée.


Au matin, des villageois découvrent des boîtes de marchandises devant les portes de leurs maisons.


M. BÉRUBÉ regarde avec désarroi les étagères vides son magasin dévalisé. Le CAPORAL DEMERS entre.


CAPORAL DEMERS

Avez-vous vu ça?


M. BÉRUBÉ

Oui. On voit plus rien,

justement.


CAPORAL DEMERS

Laissez nous faire,

M. Bérubé, on s'en occupe.


M. BÉRUBÉ

Bien, c'est à peu près

le temps, calvaire!


CAPORAL DEMERS

J'avais pas le temps...


Sur le comptoir du magasin, quelqu'un a écrit « Salut Bérubé » dans du sucre renversé.


Dans un camp, RÉJEAN et PIERRE jouent aux cartes. GINETTE arrive avec un sac.


GINETTE

Avoir su que vous aviez

autant de nourriture,

je serais pas venue

jusqu'ici en pleine nuit.


PIERRE

Voyons, petite soeur.


GINETTE dépose de la nourriture sur la table.


RÉJEAN joue une carte.


RÉJEAN

Carreau.


RÉJEAN et PIERRE jouent aux cartes.


GINETTE

Papa a des pressions

du ministère.

On est obligés de déménager.

Qu'est-ce que vous allez faire?


RÉJEAN et PIERRE restent silencieux.


GINETTE

Personne sait que je suis venue.

Il faut que je m'en retourne.

On se revoit demain?

Viens-tu me reconduire?


RÉJEAN prend une lampe et se lève.


PIERRE

Oui, bien moi,

je vais me coucher.


GINETTE

Salut.


PIERRE

Salut.


Dans un bureau, GINETTE parle avec le CAPORAL DEMERS et LAFRANCE.


GINETTE

Ils sont pas coupables.

Ils ont eu peur.

C'est pour ça

qu'ils se sont sauvés.


CAPORAL DEMERS

Tu parais bien sûre

de toi, Ginette.

On dirait presque que t'étais là

quand ils ont tiré.


GINETTE

Non, j'étais pas là.


CAPORAL DEMERS

Puis à part ça, maintenant,

ils sont devenus

des voleurs, des bandits.


GINETTE

Mais ils ont pas

fait exprès, voyons!


CAPORAL DEMERS

Ils vous l'ont dit,

je suppose?


GINETTE

Non. Mais je connais Réjean

puis mon frère.

C'est pas des tueurs.

Vous le savez bien.


LAFRANCE

Non, mais des bandits.

On peut bien dire

que l'amour rend aveugle.


GINETTE

Ils sont pas coupables,

je vous le dis.


CAPORAL DEMERS

Oui, mais pourquoi ils

viennent pas me le dire à moi?


GINETTE

Ils ont eu peur, c'est tout.


CAPORAL DEMERS

Va donc raconter ça

à ta grand-mère.


GINETTE

Elle est morte.


CAPORAL DEMERS

Écoute, Ginette.


Le CAPORAL DEMERS montre un livre.


CAPORAL DEMERS

C'est écrit là-dedans.

Celui qui tient le sac est aussi

coupable que celui qui vole.

Tiens, article 23.

"Complicité après le fait."

C'est grave.

On pourrait t'arrêter

tout de suite si on voulait.


GINETTE s'assoit avec le CURÉ sur un balcon.


GINETTE sort de chez elle et rejoint RÉJEAN et PIERRE.


RÉJEAN

Papa puis maman sont là?


Elle enlace RÉJEAN.


GINETTE

M'aimes-tu encore, Réjean?


RÉJEAN

Bien sûr que je t'aime,

Ginette.


GINETTE

Amène-moi avec toi.


RÉJEAN

Je voudrais bien, mais...

je suis pas capable.


GINETTE

Il faut que tu m'amènes

avec toi, Réjean.

Ils commencent à se douter

de quelque chose.


RÉJEAN

T'as rien dit, j'espère?


GINETTE

Bien non, voyons.

Je veux partir avec toi.

J'ai peur pour toi.


Deux voitures de police arrivent sur la route avec leurs sirènes en marche.


PIERRE

Va-t'en! Vite.

RÉJEAN)

Viens-t'en, vite. Viens-t'en.


PIERRE et RÉJEAN s'éloignent.


GINETTE

Réjean.

Réjean!

Attends-moi!

Voyons, Réjean!


GINETTE poursuit PIERRE et RÉJEAN. Une voiture de police les poursuit. LAFRANCE et le CAPORAL DEMERS sortent de la voiture.


LAFRANCE

Arrêtez!


Le CAPORAL DEMERS dégaine son arme et tire dans la forêt où PIERRE, RÉJEAN et GINETTE se sont enfuis. GINETTE tombe après être touchée par une balle.


Chez les Drouin, LAFRANCE porte GINETTE ensanglantée. M. DROUIN indique une chambre.


M. DROUIN

Par ici. La chambre est là.


LAFRANCE dépose GINETTE sur un lit.


LAFRANCE

Une couverture

s'il vous plaît.


M. et MME DROUIN s'approchent de leur fille.


LAFRANCE

MME DROUIN)

Pleurez pas, madame.

C'est pas si grave.


M. DROUIN

Lucie, va chercher

une couverture.


LAFRANCE

Pleurez pas.


M. DROUIN

MME DROUIN)

Allez, allez. Prends pas

les nerfs, prends pas les nerfs.


LAFRANCE

C'est pas si grave.

On va la soigner.


M. DROUIN

Appelez le docteur.

Mais non, mais non. Mais non.


Le CAPORAL DEMERS compose un numéro sur un téléphone.


CAPORAL DEMERS

LAFRANCE)

Va chercher le curé.

(Au téléphone)

Oui, mademoiselle?

Une ambulance, Sainte

Anne-des-Monts. Urgent.


On entend GINETTE qui gémit.


CAPORAL DEMERS

Oui. Ici R. Demers à l'appareil.

Sûreté du Québec.

Envoyez-moi une ambulance

tout de suite

chez Thomas Drouin,

Saint-Paulin, rang numéro 1.

Pardon?

J'ai dit tout de suite.

Merci.


Le CAPORAL DEMERS raccroche.


CAPORAL DEMERS

(À des policiers)

Personne ne rentre.


Sur le lit, GINETTE gémit de douleur.


Des villageois sont attroupés devant la maison. Le curé arrive dans une voiture de police.


CURÉ

Laissez passer.


Le CURÉ entre.


On entend la voix de GINETTE.


GINETTE

J'ai... mal...


Un policier sort de la maison.


POLICIER

S'il vous plaît, un passage.

Attention, s'il vous plaît.


Le CAPORAL DEMERS et la sœur de GINETTE sortent de la maison. [POLICIER

(À la foule)

Reculez encore un petit peu.

Attention, mon petit bonhomme.


Des ambulanciers sortent en portant GINETTE sur une civière. MME DROUIN et le CURÉ entrent dans une ambulance. Les ambulanciers font entrer la civière dans l'ambulance. L'ambulance et deux voitures de police s'éloignent. Les villageois regardent les voitures s'éloigner. M. DROUIN se tient dans sur le balcon de la maison. Il pleure. On entend des voix provenir d'une télévision.


Dans le magasin général, M. BÉRUBÉ se tient derrière son comptoir. Des clients regardent une télévision. Sur l'écran de la télévision, un annonceur parle.


ANNONCEUR

(Sur la télévision)

Le secrétariat d'État vient

d'approuver plusieurs projets

soumis par des étudiants

de l'Est-du-Québec,

dans le cadre du programme

Perspectives Jeunesse.

Trois étudiants de Mont-Joli

effectueront une enquête

sur les services au public

du comté de Matane.

À Rimouski-


Une cliente dépose des produits sur le comptoir devant BÉRUBÉ.


M. BÉRUBÉ

C'est pour marquer?

Ton chèque du Bien-être social,

tu vas le recevoir bientôt?

J'espère.


ANNONCEUR

(Sur la télévision)

... pour les jeunes de

14 à 18 ans dans la ville.

Toujours à Rimouski,

une association coopérative

regroupera les mouvements

et organismes de jeunes

pour assurer l'exécution

de projets communs.

Ce qu'il est maintenant convenu

d'appeler l'affaire

Cardinal-Drouin

a connu hier soir

un épisode tragique.


BÉRUBÉ monte le volume de la télévision.


ANNONCEUR

(Sur la télévision)

En effet, Mlle Ginette Drouin,

de Saint-Paulin Dalibaire

a été grièvement blessée d'une

balle des forces policières.

On se rappelle que Réjean

Cardinal et Pierre Drouin

sont recherchés

depuis déjà plusieurs jours

par les milieux provinciaux.

Les fuyards sont

toujours recherchés

en rapport avec les événements

pour le moins inusités

survenus à Saint-Paulin

Dalibaire au cours de

la dernière semaine.

La victime des circonstances

déplorables d'hier,

Mlle Ginette Drouin,

est hospitalisée

à l'hôpital

Saint-Rédempteur de Matane,

et son état est considéré

comme critique.

Réjean Cardinal et Pierre

Drouin sont toujours au large

et tous renseignements

concernant leur aller et venue

peuvent être communiqués

à la Sûreté du Québec

la plus rapprochée

de chez vous.

M. Emmanuel Roy de Saint-Fabien

a été réélu président

de la Commission-


BÉRUBÉ

(À un client)

Pour moi, c'est

de l'arnaque tout ça.

Euh... Je pense

que Ginette est morte.

Thomas Drouin est descendu

à Matane cette nuit.


ANNONCEUR

(Sur la télévision)

... et M. Roy qui oeuvrent

dans cet organisme depuis 1960,

entreprendront un septième

mandat à la présidence.


Un policier entre et s'adresse à M. BÉRUBÉ.


POLICIER

Un Export.


ANNONCEUR

(Sur la télévision)

Pour nos régions,

Rimouski, Matane, Mont-Joli,

Baie-Comeau, Rivière-du-Loup,

Côte-Nord, Saguenay...


M. BÉRUBÉ éteint la télévision et pose un paquet de cigarettes devant le policier. Le policier paie les cigarettes.


LAFRANCE

Merci.


Dans une église, des personnes chantent. Une voiture de police arrive devant l'église. Le CAPORAL DEMERS et LAFRANCE sortent et se dirigent vers la maison du CURÉ.


Dans l'église, M. DROUIN, MME DROUIN et la sœur de GINETTE sont agenouillés devant un cercueil. Une foule se recueille. Un homme chante, accompagné d'un orgue. Des hommes ferment le cercueil et le porte vers l'avant de l'église.


CHANTEUR

♪ Dieu d'amour ♪

♪ Dieu d'amour ♪

♪ Quand m'appellerez-vous ♪

♪ Au céleste séjour ♪

♪ Quand appellerez-vous ♪

♪ Au céleste séjour ♪

♪ Ô mort ♪

♪ Viens finir mes alarmes ♪

♪ Et viens m'unir ♪

♪ à mon Sauveur ♪

♪ La peine nous conduit

au bonheur ♪

♪ Et le Ciel ♪

♪ Doit sécher nos larmes ♪


Dans l'église, les villageois chantent en choeur.


CHOEUR

♪ Dieu d'amour ♪

♪ Dieu d'amour ♪

♪ Quand m'appellerez-vous ♪

♪ Au céleste séjour ♪

♪ Quand m'appellerez-vous ♪

♪ Au céleste séjour ♪


À côté du cercueil, le CURÉ s'adresse aux fidèles.


CURÉ

Assoyez-vous.


Les gens s'assoient.


CURÉ

Je reconnais ici

beaucoup de visages

que j'ai pas vus

depuis longtemps.

Il y a des habitants

de notre village, Saint-Paulin.

Il y a aussi

quelques anciens de la place

qui habitent les villages

avoisinants.

À tous vous autres,

je dis bonjour

pour la dernière fois.

Comme on dit bonjour pour

la dernière fois à Ginette.

Comme on...

Comme on dit bonjour pour la

dernière fois à cette église...

... qui va être détruite, comme

les autres maisons du village.


Il soupire.


CURÉ

Je sais pas quoi dire.

J'aurais envie

de rien vous dire.

Mais si on parle pas,

peut-être que...

Peut-être que Ginette

aura l'impression...

qu'elle est morte pour rien.

Hein?

Tu vas nous quitter.

Comme on se va quitter, tous,

dans les jours à suivre.

Mais tout seuls en exil...

... chacun de son côté...

... il faudra pas lâcher.

Peut-être que c'est ce

que Ginette veut nous dire.

De pas lâcher.

Ginette...

on va t'enfouir.

On va t'enfermer dans une terre

où on a jamais rien pu

faire pousser.

Mais je suis sûr

que pour la première fois,

on aura pas semé en vain.

Je suis sûr que sous les arbres

qui envahissent peu à peu les

terres qu'on avait défrichées...

... qu'au milieu des ours

et des chevreuils...

... qui reviennent se montrer

la tête dans notre village...

Que dans la sauvagerie rétablie

sur les cendres des maisons,

qui seront brûlées..

Je suis sûr que tu seras...

Tu seras un signe...

qu'il y a déjà eu du monde ici.

Pas beaucoup au début.

Une poignée.

Puis cent.

Et puis, dans le meilleur

temps du village...

... tout près de 600.

Puis un club de hockey.

Puis une fanfare.

Puis des séances

dans la salle paroissiale.

Hein, Manon?

La Dernière Cène.

Manon, elle prononce

"la dernière cenne".

Puis... le Retour du croisé.

Puis bien d'autres.

Mais on s'était acharnés à

nous faire cultiver une terre

où il y a juste le bois

de cultivable.

Où il a juste l'eau

de cultivable.

Alors, on s'est tannés.

Alors, on est partis.

Le village a bientôt

été réduit à...

une poignée de maisons,

habitées par une poignée

de chômeurs.

Plein de coeur au ventre.

Mais de chômeurs.

Puis d'assistés sociaux.

C'est cette poignée de monde-là

aujourd'hui, Ginette,

qui meurt un peu en toi.

Du monde qui va s'en aller.

À Québec,

À Rimouski.

À Matane, à Cap-Chat.

Oui...

On déménage.

On nous avait dit de cultiver

et on a cultivé.

À c't'heure, on nous dit

de déménager, on déménage.

On suit les ordres

des gens en place.

Les gens d'en haut.

On est dociles.

Bien dociles.

Peut-être trop.

Peut-être qu'un jour...

Et je le souhaite presque...

Peut-être qu'un jour, on nous

demandera de cultiver...

... mais on aura

autre chose à faire.

Et on nous demandera

de déménager.

Puis on aura autre chose

à faire.

Et peut-être que ça plaira pas

à tout le monde.

Et c'est de Ginette,

plantée dans une terre

inutile...

... que va pousser cette autre

chose qu'on aura à faire.

Puis à Cap-Chat, à Matane,

à Québec, à Rimouski,

c'est là qu'on va avoir besoin

de s'appuyer sur toi, Ginette,

de se rallier à toi.

(D'une voix forte)

Pour pas lâcher

ce qu'on aura à faire.

Il faut pas lâcher!

(D'une voix normale)

Si je pouvais vous dire...

... ce que je ressens.


RÉJEAN et PIERRE entrent dans l'église et se dirigent vers le cercueil. Des villageois se lèvent. PIERRE pose une main sur le cercueil. RÉJEAN dépose des fleurs sur le cercueil.


RÉJEAN et PIERRE sortent de l'église.


À l'extérieur, une voiture de police prend feu. Des villageois sortent de l'église et regardent la voiture brûler.


VOIX MASCULINE

Reculez-vous! Plus loin!


Plus tard, LAFRANCE et le CAPORAL DEMERS s'adressent à dix policiers.


LAFRANCE

Vous allez être cinq par auto.

Personne tire sans mon ordre.


CAPORAL DEMERS

OK, OK, les gars. Ça fait

assez longtemps que ça dure.

Il faut les pincer, ce coup-là.

Assez vite avant qu'il mouille.

Allez, les gars.


Un hélicoptère se pose près des policiers. Le CAPORAL DEMERS parle au conducteur de l'hélicoptère.


CAPORAL DEMERS

(Aux policiers)

Suivez mon auto.


Des voitures de police et des villageois roulent sur une route. Le CAPORAL DEMERS est dans l'hélicoptère qui survole les voitures.


CAPORAL DEMERS

(Par radio)

Demers à Lafrance.

Demers à Lafrance.

M'entends-tu? À vous.


LAFRANCE

(Par radio)

Lafrance à Demers.

J'entends très bien. À vous.


CAPORAL DEMERS

(Par radio)

Lafrance, au nord.

Lafrance, m'entends-tu?

Au nord.


LAFRANCE

(Par radio)

Lafrance à Demers.

Bien capté. Je change

de direction. À vous.


Les policiers arrivent au camp de RÉJEAN et PIERRE.


LAFRANCE sort de sa voiture et se cache derrière un arbre. Il parle dans un mégaphone aux autres qui arrivent.


LAFRANCE

Restez pas à découvert.

Vous autres, couvrez l'arrière.

Vérifiez le châssis.

Venez. Venez les aider.

Attention.


Des villageois et des policiers arrivent et entourent la maison.


LAFRANCE

Dans le sous-bois.

Allez vers la droite.

J'ai vu du monde

en haut, des civils,

aller vers le bois.

Vers la droite.

Descendez en bas!


L'hélicoptère se pose près de la maison. Le CAPORAL DEMERS sort de l'hélicoptère et parle à LAFRANCE.


CAPORAL DEMERS

Veux-tu bien me dire

ce qui se passe?


LAFRANCE

Je peux pas faire

des miracles. Demande

pas l'impossible.

Ils nous ont vus d'en haut.

Ils ont pris le bord du bois.


CAPORAL DEMERS

On va retourner en arrière

pour les pogner là-bas.


L'hélicoptère du CAPORAL DEMERS survole la forêt.


CAPORAL DEMERS

(Par radio)

Demers à Lafrance

On vient de les voir en bas.

Ils courent. Attention.

Nous, on les lâche pas.


LAFRANCE

(Par radio)

OK, OK. Je vais suivre.


Les voitures de police roulent sur des chemins dans la forêt.


CAPORAL DEMERS

(Par radio)

Lafrance à ta droite.

Les autres, montez devant.

Allez, vite!

Entends-tu? Dépêche-toi.

OK, les gars.

Attendez-moi, j'arrive.

J'arrive.

Je suis là.


RÉJEAN et PIERRE courent dans la forêt. L'hélicoptère les survole.


CAPORAL DEMERS

(Par radio)

Attention, à l'approche,

ils essaient de tirer

sur nous autres.

Il faut les cerner. Il faut

pas lâcher. On les tient.

Lafrance. Lafrance,

m'entends-tu?


LAFRANCE

(Par radio)

OK, OK. J'ai compris.

Ils sont en bas.


CAPORAL DEMERS

(Par radio)

Il faut pas qu'ils nous

échappent. Prépare tes hommes.


LAFRANCE

(Par radio)

Compris.


Des voitures de police roulent sur une prairie.


CAPORAL DEMERS

(Par radio)

... des voitures.

Grouillez-vous!

Lafrance.

Lâche les chiens!

S'il recommence à mouiller,

ils vont nous échapper.

Suivez-moi!


Les policiers et des villageois entrent dans une forêt.


Il se met à pleuvoir. RÉJEAN et PIERRE se cachent dans la forêt.


CAPORAL DEMERS

(Par radio)

Demers à Lafrance.


LAFRANCE

(Par radio)

Qu'est-ce qu'il y a?


CAPORAL DEMERS

(Par radio)

On rentre. Il mouille trop.


LAFRANCE

(Par radio)

Quoi?

J'entends rien.


CAPORAL DEMERS

(Par radio)

On retourne au village.


LAFRANCE

(Par radio)

Quoi?


RÉJEAN et PIERRE sont couchés dans la forêt avec leurs carabines.


CURÉ (Narrateur)

Peut-être qu'un jour

on nous demandera de cultiver.

On aura autre chose à faire.

On nous demandera de déménager.

On aura autre chose à faire.

Et peut-être que ça plaira pas

À tout le monde.

Et c'est de Ginette,

plantée dans une terre

inutile...

... que va pousser cette autre

chose qu'on aura à faire.

Puis à Cap-Chat, à Matane,

à Québec, à Rimouski,

c'est là qu'on va avoir besoin

de s'appuyer sur toi, Ginette,

de se rallier à toi.

(D'une voix forte)

Pour pas lâcher

ce qu'on aura à faire.

Faut pas lâcher!

(D'une voix normale)

Si je pouvais te dire...

ce que je ressens.


RÉJEAN et PIERRE sortent de la forêt avec leurs carabines.


Texte narratif :
À suivre


Générique de fermeture

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