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La maudite galette

Roland and Berthe are a middle class couple living in Montreal with their children and an employee, Ernest. One day, rich Uncle Arthur pays them a visit and offers them a cash gift, but the visit soon goes sour and he rescinds his offer and leaves. The couple then makes a plan to rob Uncle Arthur´s home in the middle of the night and get their hands on an even larger chunk of his fortune. But Ernest gets involved, and he turns out to be far more ruthless than Roland and Berthe thought.



Réalisateur: Denys Arcand
Acteurs: Marcel Sabourin, René Caron, Gabriel Arcand
Production year: 1972

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VIDEO TRANSCRIPT

Générique d'ouverture


Titre :
La maudite galette


Plusieurs images de gares de triage défilent.


ERNEST pellette du gravier, puis du sable.


ERNEST mange son lunch assis sur une pile de bois.


ERNEST continue sa journée de travail dans une cour remplie de différents matériaux de construction.


Dans la cabane qui abrite les bureaux, un téléphone sonne. ROLAND appelle ERNEST qui est toujours à l'extérieur dans la cour.


ROLAND

(Appelant vers la porte)

Ernest! Viens ici, un peu.

(À son amie)

Puis? Qu'est-ce qu'il a dit?


AMIE DE ROLAND

Il m'a demandé qu'est-ce

que j'avais affaire à venir ici

tous les jours.


ERNEST s'approche du bureau où ROLAND est assis avec son AMIE.


ROLAND

Continue, continue.


AMIE DE ROLAND

Je lui ai pas dit que c'était pour toi.

J'ai que tu m'avais demandé

de faire une petite job de bureau.

J'ai pas dit que--


ROLAND

Puis il t'a crue?


AMIE DE ROLAND

C'est pas moi qui vais lui

demander s'il m'a crue.

Tu peux être sûr de ça.

Je voudrais bien le voir

venir se mettre le nez

dans mes affaires.

Lui, il coucherait avec toutes

les maudites minounes du bout,

puis moi, j'aurais pas

le droit de coucher

avec un autre que lui. Voyons!


ROLAND

Mais ce que je comprends pas

avec cette histoire-là, là,

comment est-ce qu'il a pu savoir

que c'est ici que tu viens?


AMIE DE ROLAND

Fouille-moi. Ça doit être

quelqu'un de la rue, je suppose.


ERNEST donne de l'argent à ROLAND qui le met dans sa poche.


AMIE DE ROLAND

Qu'est-ce que c'est que ça?

C'est lui qui te paie, asteure?


ERNEST

C'est pour ma pension.


ROLAND

Hé, Ernest, quand tu sortiras,

oublie pas de mettre le cadenas

sur la barrière.


ERNEST

OK.


ERNEST sort de la cabane.


ROLAND

Pourquoi faire que quelqu'un

serait allé dire ça à ton mari?


ERNEST sort de la cour avec son vélo. Derrière lui, ROLAND et son AMIE sortent aussi.


ROLAND et son AMIE montent dans un camion identifié : Métal Scrap. ERNEST ferme la barrière et enfourche son vélo.


AMIE DE ROLAND

Hé, Ernest! Veux-tu

que je monte sur ta barre?


ROLAND a garé son camion et embrasse son AMIE sur la banquette.


AMIE DE ROLAND

Tu vas être là lundi?


ROLAND

Oui, oui. Je t'attends. Salut.


AMIE DE ROLAND

Salut.


L'AMIE DE ROLAND descend sur une rue déserte. ERNEST arrive à vélo.


AMIE DE ROLAND

Achète-toi un char

si tu veux m'avoir.

J'en veux pas de ta barre, moi.


ROLAND gare sa voiture derrière la maison située en bordure d'une autoroute.


ROLAND entre par la cuisine où les enfants mangent pendant que BERTHE cuisine.

SOPHIE

Allô papa.


ROLAND

Qu'est-ce qui se passe?

Ils mangent bien de bonne heure,

eux autres.


BERTHE

Va dans le salon.

Ton oncle Arthur est là.


ROLAND

Mon oncle Arthur?

(Chuchotant)

Pas si fort.

Vas-y, laisse-le pas tout seul.


ROLAND

Qu'est-ce qu'il vient faire?


BERTHE

Tu lui demanderas.

Je le sais pas plus que toi.


ROLAND

C'est la meilleure.

Il reste-t'y avec nous autres

pour souper?


BERTHE

Pourquoi tu penses que les

enfants sont en train de manger?

Vas-y, là. Il t'attend.


ROLAND

C'est la meilleure.

Qu'est-ce que je vais lui dire?

Ça fait à peu près 100 ans

que je l'ai pas vu.


BERTHE prend le lait dans le réfrigérateur et le pose sur la table.


BERTHE

Donnes-en à ta soeur.


BERTHE écoute la radio et boit du gin directement à la bouteille.


CHRONIQUEUR À LA RADIO

Ça retarde énormément le convoi

dans lequel nous nous trouvons

présentement.


ANIMATEUR RADIO

Merci, Daniel.

Vous nous rappelez

dès que vous avez du nouveau.


ANIMATEUR RADIO

Dès que j'arriverai là-bas,

j'aurai d'autres nouvelles.


BERTHE

(Aux enfants)

Vous avez fini, là?


ANIMATEUR RADIO

Il est 5h22.

Dire que dans six jours,

on sera à Acapulco.


STÉPHANE

(À sa mère)

C'est-y bon ce que tu bois là?


BERTHE

Mêle-toi de tes affaires, toi.


ANIMATEUR RADIO

On a vraiment toutes

les raisons du monde

d'aller se faire bronzer

au soleil.


BERTHE

(Aux enfants)

Vous irez jouer dehors

quand vous aurez fini.


ROLAND

(Voix au loin)

Berthe!


BERTHE

Qu'est-ce qu'il y a, là?


SOPHIE finit son verre de lait et sort dehors.


ROLAND

(Voix au loin)

Amène-moi une bière.


BERTHE

Minute!


ROLAND

(Voix au loin)

Amène la bière, on attend.


ANNONCEUSE

Dis donc, t'as bien acheté

les billets de CP Air?


ANNONCEUR

Mais évidemment.

Pour aller au Mexique,

j'ai pensé que c'était normal

d'y aller avec CP Air.


ANNONCEUSE

Oh, tant mieux.

J'aime tellement CP Air.


ANNONCEUR

Tu me diras quand même pas

que tu voulais voyager par CP Air

quand t'étais toute petite?

Non. Mais j'ai toujours aimé

la couleur orange.

Puis, c'est merveilleux!

Les avions de CP Air sont

de cette couleur-là!


BERTHE

STÉPHANE)

Je veux pas vous voir la face

avant qu'on ait fini de manger.



STÉPHANE

OK.


BERTHE

Tu le diras à ta soeur.


ANNONCEUR

Seulement 298$ de Montréal.

C'est une autre raison...


Au salon, ROLAND est assis avec l'ONCLE ARTHUR.


ROLAND

Ça fait bien cinq ans

qu'on vous a pas vu.


ONCLE ARTHUR

Tant que ça?


ROLAND

Bien, d'après moi...

la dernière fois

qu'on vous a vu, c'était...

au baptême de la petite.


ONCLE ARTHUR

C'est vrai.

Je pense que t'as raison.

Je viens pas souvent en ville.


ROLAND

En tout cas.

Vous avez pas trop changé.

Vous êtes pareil comme avant.


ONCLE ARTHUR

Ton frère Édouard dit ça, lui aussi.


ROLAND

Édouard?

Y allez-vous souvent chez Édouard?


ONCLE ARTHUR

J'y vais... des fois.

Comme ci, comme ça.


BERTHE

(Tendant un verre à l'ONCLE ARTHUR)

J'en ai mis juste un petit peu.


ONCLE ARTHUR

Merci. Attends.


BERTHE

Qu'est-ce qu'il y a?


ONCLE ARTHUR

Attends, reste là.

Tiens.

(Donnant un paquet à BERTHE)

Ça, c'est pour vous autres.


BERTHE

Qu'est-ce que c'est que ça?

Regarde, tu vas voir.


BERTHE déplie le paquet qui en fait est une enveloppe qu'elle entrouvre.


BERTHE

Oh!

C'est-y pour nous autres?


ROLAND

Tabarnouche.

Merci, mon oncle.


BERTHE retire les billets de l'enveloppe et compte.○3 [ONCLE ARTHUR

Je vous avais pas fait

de cadeaux depuis le baptême

de la petite. Ça fait que...

J'aime autant en donner

un petit brin, comme ça,

avant que je meure.

Autrement, le gouvernement

va tout prendre.


ROLAND

C'est vrai, ça.

Comment est-ce qu'il y en a?


BERTHE

500.

Merci.


ONCLE ARTHUR

C'est pas la fin du monde,

mais ça peut... ça peut aider.


ROLAND

Je comprends donc

que ça peut aider.

Hé, c'est quelque chose!

500$, ça pousse pas dans les

rues, ça. C'est quelque chose.

Je pensais jamais ça de vous,

mon oncle.

On vous a pas vu pendant

5 ans, puis vous arrivez

avec 500$.

C'est quelque chose!


ONCLE ARTHUR

Bon, j'aime autant en finir

tout de suite. J'ai jamais eu

confiance au gouvernement,

aux notaires,

toutes ces affaires-là.

Ça fait que j'ai dé...


ERNEST passe dans le salon avec son vélo.


ONCLE ARTHUR

Qui c'est, ça?


ROLAND

Ça, c'est Ernest,

mon homme engagé.


ONCLE ARTHUR

Il reste icitte?


ROLAND

Oui. Il loue une chambre.


ONCLE ARTHUR

Il me fait penser à un homme

engagé que j'ai déjà eu.

C'est vrai, celui qui m'avait

tué une vache à coups de pied?


ROLAND

Un grand blond?


ONCLE ARTHUR

Non, non. Le petit noir, là.

Lui était pas bien, bien futé.


BERTHE

Ernest, c'est pas le diable

futé non plus.

On va aller souper,

ce sera pas long.


BERTHE retourne à la cuisine et surprend STÉPHANE qui est en train de goûter au gin.


BERTHE

Mon petit verrat!



LECTEUR DE NOUVELLES

Il prendrait les mesures nécessaires

pour mater une insurrection

appréhendée.


PIERRE ELLIOT TRUDEAU

Je ne vois pas d'autres,d'autres...

éventualités que je pourrais

envisager. Il s'agissait...

d'établir avec fermeté que

le premier rôle des gouvernements,

c'est de gouverner.

Nous avons, nous avons...

utilisé la loi qui était

à notre disposition

pour gouverner.


LECTEUR DE NOUVELLES

M. Trudeau a d'autre part

ajouté qu'il y a pas mal longtemps

que le Canada est sorti

de la crise d'octobre dernier.


ERNEST est assis seul dans sa chambre, il regarde la télé. BERTHE entre.


BERTHE

On a de la visite.

Tu vas souper dans ta chambre.

Le programme est-tu bon?

(Tendant une assiette)

Tiens, prends ton assiette.


ERNEST

Qu'est-ce que c'est?


BERTHE

Du porc frais.


VOIX TÉLÉ

Faudra pas avoir peur!


BERTHE

Mets pas ta TV trop fort, hein?


ERNEST

Non.


VOIX TÉLÉ

Toi, quel sauvage!


ROLAND, BERTHE et l'ONCLE ARTHUR sont à table dans la salle à manger. Ils rient aux éclats.


ROLAND

Ah, j'aime bien ça raconter

celle-là.


BERTHE

Hé, conte-lui celle

de la police avec son chien.


ONCLE ARTHUR

Arrête, arrête!

Je vais mourir un petit brin,

moi, là!


BERTHE

Je vais vous réchauffer

votre café, là.

(Versant du gin dans la tasse)

Buvez ça. Ça va vous

faire du bien.


ERNEST entrouvre sa porte pour écouter la conversation.


BERTHE

(Voix au loin)

Ah bien,qu'est-ce que t'attends?

Je vais lui conter, moi.


ROLAND

(Voix au loin)

Envoye! Envoye!


ONCLE ARTHUR

(Voix au loin)

J'ai chaud.


ROLAND

(Voix au loin)

Écoute, là.


Dans la salle à manger, ROLAND continue de raconter ses histoires.


ONCLE ARTHUR

Réchauffe-toi, Berthe. Après

ça, tu réchaufferas Roland.


BERTHE verse des verres de gin.


ONCLE ARTHUR

OK, OK, conte-la,

conte-la. Je t'écoute.


ROLAND

Hé, mon oncle...

Il y a des gars qui ont

des défauts de langue,

faut pas rire du sujet vraiment.

BERTHE

Hein?


ROLAND

Il y a des gars qui ont

des défauts de langue, j'ai dit.

Tu vois, il y a un gars

qui parlait comme ça.

(En imitant un bégaiement)

Il parlait de même.

Il se promenait, il se promenait

à la montagne.

Tu sais, un beau soir.

Une belle grosse police juteuse

sur un beau cheval juteux.

Puis, il était bien. Je veux

dire: c'était une belle vache.

Le gars s'approche, il dit...

Il regarde les deux,

la police puis le cheval.

(Bégayant)

"Maudit que c'est un beau chien."

Le policier, il dit: "Un instant."

Il regarde le gars, il a bien vu

qu'il avait un défaut de langue.

Et il dit au gars: "Hé! Quelle

sorte de boisson t'as bue, toi?"

Le gars, il dit:

"Toi, tais-toi. C'est

à ton cheval que je parle!"


BERTHE et l'ONCLE ARTHUR s'esclaffent.


ROLAND

Elle est toujours bonne.


ONCLE ARTHUR

Pourquoi est-ce que tu parles

mal de la police, toi?


ROLAND

Hum?


ONCLE ARTHUR

Pourquoi est-ce

que tu ris de la police?


ROLAND

Faut bien rire un peu.


BERTHE

Ton oncle a raison.

C'est aussi bien de pas rire

de la police.

Hé, conte-lui celle du gars

qui couche avec sa vache.

Comment est-ce qu'elle va,

celle-là?


ONCLE ARTHUR

Non, non, arrête. Arrête un peu.

Non, non, arrête tes histoires

un peu, là. Arrête tes histoires

un peu, là.


ERNEST porte une attention particulière à la conversation.


ONCLE ARTHUR

(Voix au loin)

Qui c'est le gars

qui a passé tout à l'heure?

Qui habite icitte, là?


BERTHE

Ernest?


Dans la salle à manger, ROLAND et l'ONCLE ARTHUR poursuivent leur conversation.


ONCLE ARTHUR

C'est ça, Ernest, ouais.


ROLAND

Bien, je vous l'ai dit, ça,mon oncle.

C'est mon homme engagé.


ONCLE ARTHUR

Tu dis qu'il est pas

bien, bien futé, toi?


ROLAND

Bien, l'année passée, là,

on avait un maudit beau chat.


BERTHE

Hum! C'est une des voisines

d'Édouard qui nous les avais eus.


ROLAND

Ah, un beau chat. Un beau chat

brun avec des taches blanches.

Un frère, on s'en va veiller

chez le frère de Berthe.

Ernest est resté icitte tout seul.

Croyez-le, croyez-le pas.

Savez-vous ce qu'il a fait?

Il s'est en allé dans la cuisine,

puis il a mangé toute la viande

à chat qu'il y avait

dans le frigidaire. Toute!


ONCLE ARTHUR

Il a pas été malade?


BERTHE

Il est assez cave.


ROLAND

Il s'en est même pas aperçu.


BERTHE

Mieux que ça.

(Riant)

Écoutez, écoutez.


BERTHE

Le lendemain matin, là,

pour lui jouer un tour,

je lui ai fait des sandwiches

avec de la viande à chat

puis des cornichons.

(Très fort)

Il a trouvé ça assez bon, là!

Chut, chut.

(Chuchotant)

Il m'en a demandé d'autres,

le jour d'après.


ONCLE ARTHUR

Ça doit pas vous coûter cher

pour le nourrir. Ça fait que là,

changement d'à-propos, là,

vous avez pas peur de le laisser

tout seul avec les enfants?

Je sais pas, moi, des fois...


ROLAND

Tant qu'il leur pogne pas le cul...


ONCLE ARTHUR

Bien, tu penses qu'il y a pas

de danger, toi?


BERTHE

Il a assez peur de ça.

Hé, je peux-tu lui conter?


ONCLE ARTHUR

Bien, voyons.


BERTHE

J'ai rien à cacher.

Des fois, ça m'arrive,

sans faire exprès,

de me promener devant lui

en petite culotte et en brassière.

Puis une fois,

pas de petite culotte pantoute.

(Ricanant)

Mais au lieu de se rincer

l'oeil, comme tout le monde,

lui est allé se cacher

dans sa chambre,

puis il a braillé

comme un veau.


ONCLE ARTHUR

Bien, moi, j'aurais pas braillé.


BERTHE

Vous, c'est pas pareil.


ERNEST écoute toujours sur le bord de la porte, dans la pénombre.


BERTHE

Sers ton oncle.


ROLAND

Avez-vous déjà fini?

(Servant du gin)

Tiens, mon oncle.

Merci. Et il vous

coûte-tu cher?


BERTHE

Qu'est-ce que vous voulez dire?


ONCLE ARTHUR

Bien, vous devez bien

lui donner un salaire.

C'est ton employé, toujours?


ROLAND

Oui. Oui, je lui donne

50$ par semaine.


BERTHE

Moi, j'en prends 20$ là-dessus

pour sa pension.


ONCLE ARTHUR

Pas une mauvaise affaire.


BERTHE

C'est vous qui le dites.

Hé, si vous saviez ce qu'il fait

avec cet argent-là.

Il s'est acheté un bicycle,

une TV, un habit neuf.


ROLAND

Un habit? "Deux" habits.


BERTHE

Roland, il a pas ça, lui,

deux habits neufs.


ROLAND

Non.


BERTHE

Puis aux enfants,

il donne des bonbons,

des bébelles, des cochonneries.

Mais jamais rien à nous autres.


ROLAND

C'est un ostie de sans-coeur.


ERNEST entend tout de son côté de la porte.


BERTHE

Ça fait six ans qu'il vit

avec nous autres.

Retenez bien ça. Six ans.

Dans tout ce temps-là, il m'a

jamais fait un maudit cadeau.


ROLAND

Puis moi non plus.


ONCLE ARTHUR

Qu'est-ce qu'il y a

de pas correct là-dedans?


BERTHE

(Très fort)

Vous trouvez ça correct?

Je le lave, je le torche,

puis je lui fais à manger

trois fois par jour.

Puis lui, monsieur, là,

jamais un cadeau.

Même pas un petit merci.


ROLAND

Il sait pas vivre.


BERTHE

Il sait pas vivre,

tu l'as dit.


ONCLE ARTHUR

Voyons, voyons,"il sait pas vivre."

Il peut quand même pas

vous donner la lune

avec 30$ par semaine!


BERTHE

30$, 30$!

C'est plus que ce que fait Roland!

Hein? Hein?


ROLAND

À peu près ça.


ONCLE ARTHUR

Vous êtes bien menteurs,vous autres.


BERTHE

Comment ça, "menteurs"?

Pourquoi vous dites qu'on est

des menteurs, vous?


ONCLE ARTHUR

30$ par semaine?

Faites-moi pas rire!

Vous lui donneriez pas 50$

à lui si Roland valait rien que 30$.


BERTHE

Je vais vous le montrer, moi,

c'est qui est le menteur icitte!

Regardez ça, là.

C'est mon cahier de budget,

puis mes comptes.

Vous allez voir!


ROLAND

Berthe, calme-toi.


BERTHE

Regardez, là!

Je sais ce que je dis.

J'ai pas besoin de regarder

dans tes affaires.


BERTHE

Ça parle au maudit.

Vous me traitez de menteuse,

puis vous me laissez même pas

dire le contraire.

Je vous montre

mon cahier de budget, là.

Dis-lui, Roland.

Dis-lui à ton oncle

comment tu fais par semaine.


ROLAND

Bien, tu l'as dit, toi.

30$ par semaine. 30$.


BERTHE

Hein! Qu'est-ce

que vous dites, là, hein?

C'est pas une preuve, ça?


ONCLE ARTHUR

Puis? Pour quoi c'est faire

que tu le traites de sans-coeur, chose...

Comment il s'appelle?


BERTHE

Ernest.


ONCLE ARTHUR

C'est ça, Ernest.

Pour quoi c'est faire que

tu le traites de sans-coeur, Ernest?

Moi, je vous ai jamais fait

de cadeau avant aujourd'hui,

puis vous me traitez pas

de sans-coeur.


BERTHE

C'est vous qui le dites.

Vous savez pas ce qu'ils disent

dans votre dos.

Vous vous fourrez le doigt

dans l'oeil jusqu'au cou, hein?


ONCLE ARTHUR

Moi, je me fourre le doigt

dans l'oeil?


BERTHE

Vous savez pas

ce qu'ils disent, hein?

Ah, pas nous autres!

Eux autres.

Ils disent, là,

que c'est à cause de vous,

s'ils crèvent de faim.

Puis qu'un riche comme vous, là,

il aurait bien pu faire

quelque chose pour sa famille

avant aujourd'hui.

Prenez : nous autres, par exemple.

Où c'est que vous voulez

qu'on aille avec l'argent

que Roland gagne?

C'est ça qu'ils disent.

Puis il y a pas seulement

nous autres, eille!

Il y a Édouard, puis Yolande,

puis Ronald, sa femme, ses enfants.

Ma tante Florence, là.

Tout le monde dit ça,

tout le monde dit ça.

Pourquoi pensez-vous qu'ils vous

appellent "manche de pioche"?


ONCLE ARTHUR

Ça parle au verrat.

Je viens icitte pour leur donner 500$,

puis c'est pour me faire

traiter d'écoeurant.


BERTHE

Parlons-en de votre 500$.

Où c'est que vous voulez

qu'on aille avec 500$?


ONCLE ARTHUR

C'est mieux que rien.

Je suis pas obligé

de rien vous donner, moi!

Je vous dois rien, moi.


ROLAND

Je suis votre héritier légal,

mon oncle, oubliez pas ça.


ONCLE ARTHUR

Qu'est-ce que tu veux

que ça me fasse?

Mon argent, c'est mon argent.


BERTHE

Vous dites ça comme si c'est

vous qui l'aviez gagné,

cet argent-là!


ONCLE ARTHUR

Veux-tu dire que mon argent

est pas à moi asteure?


BERTHE

Si votre femme était pas morte

à temps, juste à temps, là,

je me demande

ce qui serait arrivé, hein.

Vous seriez peut-être

dans la rue, vous aussi.


ONCLE ARTHUR

Écoute, la grosse--


BERTHE

Eille, traitez-moi pas

de grosse icitte, vous, là.

Votre femme était plus grosse

que moi!


ONCLE ARTHUR

Ma femme!? Grosse!?


BERTHE

(Criant)

Elle était grosse,

puis elle était riche!

Si ça avait pas été d'elle,

vous auriez pas une chemise

à vous mettre sur le dos.

Bon, bien dans ce cas-là,

allez donc lui demander

à elle qu'elle vous couche

sur son testament.


ROLAND

Elle est morte.


BERTHE sort la liasse de billets de son tablier et la met violemment sur la table.


ROLAND

Voyons, qu'est-ce que fais là?

J'en veux pas de son argent.


ROLAND

Oui, mais il nous l'a donné.


BERTHE

J'en veux pas.

Donne-lui! Donne-lui!

J'en veux pas!

Qu'il aille le mettre

avec l'argent de sa femme.

Puis qu'il sorte. Je veux plus

le voir icitte, moi.

(Criant)

Dehors!

(Hurlant)

DEHORS!


BERTHE reste seule au salon.


Dehors, l'ONCLE ARTHUR s'en va, suivi de ROLAND.


ROLAND

Envoyez donc, mon oncle,

je vais aller vous mener.


ONCLE ARTHUR

Touche-moi pas!

Mon truck est là,

ça prendra pas de temps.

T'es trop saoul!


ROLAND

Hé, mon oncle!

C'est vous qui êtes saoul.

Montez donc.


ONCLE ARTHUR

Tu veux venir me mener, toi?


ROLAND

Oui, oui.


ONCLE ARTHUR

Pourquoi tu veux venir

me mener chez nous?


ROLAND

C'est normal. Je peux bien

vous rendre service, moi.


ONCLE ARTHUR

Tu veux fouiner, toi aussi.


ROLAND

Envoye! Envoye!


ONCLE ARTHUR

T'auras pas une cenne

de moi! Pas une cenne,

retiens bien ça.


ROLAND

J'ai jamais rien demandé,

moi, mon oncle.


ONCLE ARTHUR

Toi, peut-être bien.

Mais ta femme, la grosse vache.


ROLAND

Elle est saoule, oubliez ça.


ONCLE ARTHUR

Que c'est qu'elle avait

affaire à me parler de l'argent

de ma femme, elle?


ROLAND

Aboutissez, là, mon oncle.

Envoyez.

(Faisant monter l'ONCLE dans le camion.)

Aboutissez, mais cassez-vous pas

la gueule, par exemple!


ROLAND ferme la portière et monte du côté du conducteur.


Dans la cuisine, BERTHE continue de boire pendant que ERNEST donne des bonbons aux enfants en pyjama.


ERNEST

C'est ça.Il y a des jelly beans, là,

des jelly dots, puis

il y en a à la réglisse.

Prends-les. Toi, t'aimes mieux

les petits roses, hein?


BERTHE

Couchés.


STÉPHANE

Moi, je veux un verre de lait.


SOPHIE

Moi aussi.


BERTHE

J'ai dit "couchés".


STÉPHANE

Ernest, lui, il va pas

se coucher.


BERTHE

Ernest, il va y aller

se coucher. Après la vaisselle.


ERNEST

J'y vais.


BERTHE

Pas de train, hein?

Je veux pas en entendre un.


Les enfants sortent de la cuisine pour aller dormir.


BERTHE prend la bouteille de gin sur le dessus du frigo et boit à même le goulot.


ERNEST lave la vaisselle.


BERTHE

En veux-tu une shot?


ERNEST boit au goulot.


ERNEST

Il est parti vite votre oncle.


BERTHE

Roland est allé le mener.


ERNEST

Il reste loin d'icitte?


BERTHE

Non, pas tellement.


ERNEST

Où c'est qu'il reste?


BERTHE

À quelque part en campagne.

Je suis jamais allée.


BERTHE continue de boire et offre une gorgée à ERNEST.


ERNEST

Non. J'ai pas soif.

C'est-tu un homme

qui travaille?


ONCLE ARTHUR

C'est un riche.

Il travaille pas.


ERNEST

Il y en a pas bien,

bien gros des riches.


BERTHE décroche le téléphone au mur et compose un numéro.


BERTHE

(Au téléphone)

Ouais.

Qui c'est qui parle?

Non, non, c'est à toi

que je veux parler.

Tu viens-tu garder à soir?

OK. OK, je t'attends.


BERTHE raccroche et compose un autre numéro.


BERTHE

C'est Berthe.

Rosaire est-tu là?

Quelle taverne?

OK. Non, non,

pas nécessaire.

C'est ça, salut.


BERTHE compose un autre numéro.


Dans une taverne, le téléphone sonne.


SERVEUR DE TAVERNE

Rosaire! Téléphone.



ROSAIRE se dirige vers la cabine téléphonique de la taverne.


ROSAIRE sort de la cabine téléphonique et va s'asseoir avec TI-BI.


ROLAND est de retour chez lui et discute avec BERTHE dans la cuisine.


BERTHE

De quoi elle a l'air sa maison?


ROLAND

Il a déménagé.

Il reste trois maisons plus loin

d'où il restait avant.


BERTHE

Quelle sorte de maison

que c'est?


ROLAND

Maison de bois, à peu près

comme celle qu'il avait avant.


BERTHE

C'est-tu une maison

toute seule ou s'il y a bien

du monde autour?


ROLAND

J'ai pas bien, bien vu.

Il faisait noir.

Pour moi, le prochain voisin

doit être au moins à un demi-mille

de chez eux.


BERTHE

(Tout bas)

Ouais.


ROLAND

À quoi tu penses?


BERTHE

Je pense à rien.

Il a pas dit d'autre chose?


ROLAND

Ah. Il m'a demandé

de quoi que t'as eu d'affaire

à lui parler de son argent.


BERTHE

Puis toi tu lui as pas

parlé d'argent?


ROLAND

Mais non. Moi, je faisais

des farces.

Il dit qu'une petite maison

de bois comme ça, en campagne,

ça brûlait comme rien.

Il m'a dit que ça lui faisait

pas peur. Que ça lui ferait rien

si sa maison brûlait.


BERTHE

Tu sais à quoi je pense?


ROLAND

Non?


BERTHE

Il doit avoir une cachette

à l'abri du feu.


ROLAND

Peut-être bien.

Ah bien... je lui ai dit

aussi que... il avait une petite

maison parfaite pour les voleurs.


BERTHE

Continue.


ROLAND

Il a juste dit: "Qu'ils viennent,

qu'ils viennent, les crisses."


BERTHE

T'as pas vu de chien?


ROLAND

Ah, il a un chien. Je l'ai vu.


BERTHE

Puis?


ROLAND

Il a dit qu'il avait quelque

chose encore mieux que ça.


BERTHE

Quoi?


ROLAND

Bien, voyons.

Il a pas voulu le dire.


BERTHE

C'est un fusil qu'il a.


ROLAND

Tu penses?


BERTHE

Ça prend-tu un écoeurant.

Il vient nous passer 500$

en dessous du nez,

puis repartir avec.


ROLAND

Eille, écoute, Berthe.C'est toi qui--


BERTHE

Ça fait rien.

C'est un écoeurant pareil.


ROLAND

Ah! puis il a dit, à part ça...

"Vous recevrez pas une cenne

de moi. T'entends ça, là?

Pas une cenne."


On sonne à la porte


ROLAND

Qui c'est ça?


BERTHE

Tu sais à quoi je pense?

On devrait lui parler dans le

tuyau de l'oreille à ton oncle.

Je vais aller répondre.


BERTHE se lève et va ouvrir. La GARDIENNE s'installe dans le salon avec un journal.


BERTHE

Sois à ton aise, là.

Il reste des chips

puis de la liqueur

dans le frigidaire.

Tu connais les airs?


MARIETTE

Oui, oui, merci.


ROLAND

Qui c'est que c'était?


BERTHE

C'est Mariette.


ROLAND

Qu'est-ce qu'elle voulait?


BERTHE

Elle vient garder.


ROLAND

Comment ça? Elle vient garder?


BERTHE

J'ai dit : elle vient garder.


ROLAND

Elle est là, là?


BERTHE

Dans le salon.


ROLAND

Qu'est-ce qui te prend?

Où c'est que tu vas à cette heure?


BERTHE

Écoute-moi, toi.


ROLAND

Il y a pas de "écoute-moi".

Où c'est que tu vas?


BERTHE

(Doucement)

J'ai dit tout à l'heure :

Qu'on ferait mieux

de lui parler dans le tuyau

de l'oreille à ton oncle.

On va lui parler dans le tuyau

de l'oreille.


ROLAND

Puis tu penses

qu'il va t'écouter?

Rien qu'à lui parler, tu penses

qu'il va changer d'idée,

qu'il va te donner

tout son argent?


BERTHE

Qu'est-ce que tu gages

qu'il va m'écouter?

Puis bien comme il faut.


ROLAND

(Riant)

Ça paraît

que tu le connais pas.


On frappe à la porte arrière.


BERTHE

Avec Rosaire, puis Ti-bi,

je suis sûre que ton oncle,

il va nous écouter.

(Ouvrant la porte)

Salut, Rosaire.

Comment ça va, mon homme?


ROSAIRE

Salut.


BERTHE

Salut, Ti-bi.


TI-BI

Salut.


ROSAIRE

Salut, le beau-frère.


ROLAND

Salut.


TI-BI

Salut, Roland.


ROLAND

Salut.

BERTHE)

Qu'est-ce que t'as dans la tête?

Qu'est-ce que tu veux faire?


BERTHE

ROSAIRE)

As-tu ce qu'il faut?


ROSAIRE tend un revolver à BERTHE.


BERTHE

Passe-moi donc ça, là.

Avec ça puis le reste,

ton oncle, il a besoin

d'être fin avec nous autres.


ROLAND

T'es folle, t'es folle!


TI-BI

T'as entendu ça, Berthe?

Il te traite de folle, cet ostie-là.


BERTHE

T'as peur, mon Roland?


TI-BI

Chicken, mon gros?


ROLAND

Moi, j'y vais pas.

Vous me verrez pas là.



ROSAIRE

Pas besoin de toi.

On est capables de lui parler

tout seuls. Hein, Berthe?


BERTHE

Ouais.

Le pick-up est-tu

dans la ruelle?


ROSAIRE

Oui.


BERTHE

Restez pas icitte, vous autres.

Allez nous attendre dedans.

C'est mieux que la gardienne

vous voie pas trop.


ROSAIRE et TI-BI sortent par la porte arrière.


ROLAND

Eille, Berthe,

écoute-moi bien.

Ça a pas de maudit bon sens!


BERTHE

T'as besoin de venir.

Donne-moi les clés.


ROLAND

Qu'est-ce que tu vas lui dire

à mon oncle?


BERTHE

J'ai mon idée.

Passe-moi les clés.


ROLAND

Je pense que...

je suis aussi bien d'y aller

avec vous autres.


BERTHE

Si c'est comme ça,

dépêche-toi.


ROLAND

Bien oui, attends.


ROLAND met un coupe-vent avant de sortir avec BERTHE par la porte arrière.


BERTHE

T'es prêt?

(Plus fort)

Bonsoir, Mariette!


ROLAND

(Pour lui-même)

Bonsoir, Mariette.


MARIETTE ouvre le rideau, mais tout le monde est déjà parti.


MARIETTE

Bonsoir.


BERTHE et ROLAND arrivent près du camion.


BERTHE

Eille, c'est Ti-bi

qui conduit.

Donne-moi les clés.

(Lançant les clés à TIB-BI sur le siège du conducteur)

Conduis, Ti-bi.


BERTHE et ROLAND s'entassent sur la banquette unique du camion.


ROSAIRE

T'es sûr du chemin?


BERTHE

Roland, Rosaire te parle!


ROLAND

Hein? Quoi?


ROSAIRE

T'es sûr du chemin?


ROLAND

Je pense bien, oui.Je pense bien.


ROSAIRE

T'es mieux de pas te tromper.

C'est moi qui te le dis.


Le camion démarre et quitte la cour.


Le camion roule sur des routes de campagne.


À une croisée de chemins, TI-BI ralentit.


TI-BI

Là, qu'est-ce que je fais?


BERTHE

Où c'est qu'on va?


ROLAND

À gauche.


ROSAIRE

T'es sûr?


ROLAND

À gauche.


Il fait nuit noire. Le camion circule sur de petites routes sans éclairage. Un chien aboie.


Le camion arrête dans une allée.


TI-BI et ROSAIRE enfilent des cagoules noires et des gants.


TI-BI

Qu'est-ce qu'on fait

avec le chien?


ROSAIRE

Laisse-le faire, le chien.

Viens-t'en.


ROSAIRE et TI-BI sortent du camion, laissant derrière eux BERTHE et ROLAND.


BERTHE enfile sa cagoule noire. [BERTHE

ROLAND)

Envoye.


ROLAND enfile aussi une cagoule.


TI-BI vient chercher BERTHE et ROLAND.


TI-BI

Envoye, venez-vous-en.

Pas de traîne.

Passez par ce côté-ci.


BERTHE et ROLAND sortent du côté conducteur.


Dehors le chien continue d'aboyer pendant que le groupe pénètre dans la maison par une fenêtre.


Dans la maison, TI-BI guide les autres avec sa lampe de poche. Le groupe monte l'escalier qui mène à la chambre de l'ONCLE ARTHUR.


À l'étage, ROSAIRE prend le relais avec la lampe de poche et s'approche d'une porte. ROSAIRE ouvre la porte, mais la pièce est complètement vide.


ROSAIRE s'approche d'une autre porte. Aussitôt, un coup de feu retentit dans le noir.


ROSAIRE

Sacrament!


Dans le noir, l'ONCLE ARTHUR crie.


ONCLE ARTHUR

Oh mon Dieu! Mon Dieu!

Ah non! Ah non, ah non, ah non!

(Affolé)

Écoutez, lâchez-moi!

Je suis cardiaque, moi.

Je vais mourir!


ROSAIRE

La lumière!


BERTHE allume sa lampe. ROSAIRE est assis sur l'ONCLE ALBERT dans son lit.


ONCLE ARTHUR

(Paniqué)

Je vais mourir!Ah non!

Je suis pas riche, moi.

J'en ai pas d'argent.

Je suis pauvre.

Pauvre, pauvre.

Mon voisin, lui,

il est riche.

Pourquoi vous allez pas là?!

Ah mon Dieu!

Ah mon Dieu! Mon Dieu!

Mon Dieu!

(Pleurnichant)

Aaah! Défendez-moi, Seigneur!

Défendez-moi!


ROSAIRE et TI-BI saisissent l'ONCLE ARTHUR et le transportent dans le corridor.


ONCLE ARTHUR

(Gémissant)

Vous allez m'échapper!

Vous allez m'échapper!(cris)

Lâchez-moi, lâchez-moi!


ROSAIRE

Arrête de gigoter,

on va te crisser en bas.


ONCLE ARTHUR

Ah non.

Non, non, non.

Pourquoi moi? Hein?

Pourquoi moi?!


Dans la cuisine, ROSAIRE et TI-BI déposent l'ONCLE ARTHUR sur une table de bois.


ONCLE ARTHUR

Je vais mourir!


ROSAIRE s'assoit sur le bord de la table et pose sa main gantée sur la gorge de l'ONCLE ARTHUR.


ROSAIRE

Ça va faire, là.

Ferme-la, ta gueule.

Comme ça, t'es pauvre?


ONCLE ARTHUR

Pauvre, je suis pauvre

comme du sel.

J'ai jamais rien eu, moi.


ROSAIRE

Arrête de niaiser.

Où est-ce qu'il est ton argent?


ONCLE ARTHUR

J'en ai pas d'argent.


ROSAIRE

On le sait qu'il est icitte.

Où c'est que tu le caches?

Il est-tu en bas

ou bien s'il est en haut?


ONCLE ARTHUR

(Sanglottant)

Mon coeur, mon coeur.


BERTHE empoigne la tête de l'ONCLE ARTHUR et la secoue en la cognant sur la table.


TI-BI

Pas trop fort!


BERTHE s'arrête.


ONCLE ARTHUR

(Sanglottant)

Oh mon Dieu.

Ah, Seigneur.


ROSAIRE allume un cigare et envoie la fumée au visage de l'ONCLE ARTHUR.


ROSAIRE

(Tenant le visage de l'ONCLE ARTHUR à main nue)

T'as encore une chance.

Une. Si tu me dis pas

où est l'argent,

je te brûle.


ONCLE ARTHUR

J'en ai pas d'argent.


ROSAIRE

Eille!]

J'en ai jamais eu.

(Criant)

J'en ai pas d'argent...


Dehors le chien aboie frénétiquement.


L'ONCLE ARTHUR gémit, ligoté sur la table.


ROSAIRE

Ça va prendre le temps

qu'il faudra, mais tu vas finir

par parler. T'es aussi bien

de le dire tout de suite.

C'est pour toi, c'est pas

pour nous autres.

Nous autres,

on n'est pas pressés.


ONCLE ARTHUR

Non, non...


TI-BI

On a toute la nuit

devant nous autres.


ROSAIRE

Puis?

(Se rassoyant sur la table)

Il est-tu en haut?

Ou bien s'il est en bas?


ONCLE ARTHUR

(Paniqué)

Quoi? Quoi?

Non-


ROSAIRE

Eille!

(Doucement à BERTHE)

Va chercher le douze.


BERTHE sort en courant. On frappe à une porte.


ONCLE ARTHUR

(Appelant)

Eille! Eille!

Eille.


BERTHE revient avec un fusil à la main.


Un bruit alerte BERTHE, puis la maison tombe dans l'obscurité totale.


BERTHE

Come back t'es tout seul.

Je suis tombée

sur quelque chose.


ROSAIRE allume sa lampe de poche.


Par terre, un corps git.


BERTHE

Eille, c'est Ti-bi.


ROSAIRE

Il y a quelqu'un

qui a assommé Ti-bi.

Il lui a volé son gun.


BERTHE

T'es sûr, t'es sûr?


ROSAIRE

Calme-toi.

On va le traîner

dans la cuisine.


ROSAIRE éteint sa lampe et traîne TI-BI sur le sol, aidé de BERTHE.


ROLAND, resté seul avec son oncle dans la cuisine, allume le plafonnier.


ONCLE ARTHUR

Écoutez, je vous donne 10 000$

si vous les tuez tous les deux.


ROLAND

Chut!


ROLAND sort un mouchoir de sa poche et l'enfonce dans la bouche de l'ONCLE ARTHUR.


ROSAIRE revient en traînant TI-BI. BERTHE suit en tenant le fusil.


ROSAIRE

Qui c'est qui était icitte

avec toi?


L'ONCLE ARTHUR marmonne.


ROSAIRE

Qui c'est qui était icitte

avec toi?


ROLAND

C'est moi qui lui ai mis

un mouchoir dans la gueule.


ONCLE ARTHUR

(Reconnaissant la voix)

Roland. C'est toi, Roland?


ROSAIRE

Qui c'est qui est icitte?


ONCLE ARTHUR

Personne.


ROSAIRE

Qui c'est qui est icitte? Qui?


Un bruit sec attire l'attention du groupe. ROSAIRE éteint la lampe de la cuisine qui replonge dans l'obscurité.


ROSAIRE monte à l'étage. Le chien aboie au loin


ROSAIRE fouille la chambre de l'ONCLE ARTHUR.


À l'extérieur, une échelle mène à la fenêtre de la chambre. ROSAIRE sort par la fenêtre, descend l'échelle et s'éloigne pour faire le tour de la maison.


Une silhouette arrive et se dirige vers le côté opposé de la maison. Après un moment, la silhouette entre par la fenêtre.


Une détonation accompagne une étincelle éclairant la pièce.


Une lampe s'allume dans le salon.


BERTHE

Rosaire, je l'ai eu!

Je l'ai eu, Rosaire!


BERTHE s'approche et constate qu'elle a tiré sur ROSAIRE qui s'est affalé dans un coin du salon.


BERTHE

Rosaire?

Rosaire?


ROLAND, resté dans la cuisine avec son oncle, panique.


ROLAND

Berthe! Berthe!


Un homme descend l'escalier. BERTHE revient à la cuisine en brandissant son fusil.


ROLAND

Manque-le pas!

Manque-le pas!


L'ONCLE ARTHUR pousse des cris étouffés.


ERNEST apparaît une arme à la main.


ROLAND

Ernest?

Qu'est-ce que tu fais icitte?


ERNEST tire sur ROLAND et avance dans la cuisine. BERTHE retire sa cagoule. L'ONCLE ARTHUR continue de gémir.


ERNEST

TI-BI couché sur le plancher de la cuisine)

Debout, toi.

Envoye! Envoye!

Debout.


TI-BI

Tire pas, je me lève.


TI-BI enlève aussi sa cagoule.


ERNEST

BERTHE)

Ôte-lui le mouchoir

de dedans la bouche.


ONCLE ARTHUR

Vous allez payer ça,

vous autres.


ERNEST

Déboutonne-lui

sa combinaison.


ONCLE ARTHUR

Non. Non, non. Non.


ERNEST

Toi, le grand,

vide-lui du café

sur l'estomac.


ONCLE ARTHUR

Ah non! Non, non, non!

Non, c'est chaud ça. Non!

Non, non, non!


TI-BI verse du café bouillant sur la poitrine de l'ONCLE ARTHUR.


L'ONCLE ARTHUR hurle en se faisant ébouillanter.


ERNEST

Envoye! encore.


L'ONCLE ARTHUR se tord de douleur et tombe au sol en hurlant.


ONCLE ARTHUR

Je vais vous

laisser mon argent.

Il est dans la cinquième

marche de l'escalier.


ERNEST

TI-BI et BERTHE.)

Sur le ventre, tous les deux.

Envoye! Envoye vite.


ERNEST défait l'escalier et trouve une poche remplie d'argent.


ERNEST revient vers la cuisine avec l'argent en brandissant son arme.


ERNEST

Debout.

TI-BI)

Le grand, tire-le dehors.


TI-BI saisit l'ONCLE ROLAND sous les bras et le tire à l'extérieur de la maison.


ERNEST

Envoye! Envoye! Envoye, vite!


ERNEST suit TI-BI à l'extérieur et l'abat aussitôt qu'il a déposé l'ONCLE ARTHUR.


BERTHE observe la scène.


ERNEST

BERTHE)

Tire-le dans la maison.

Envoye, grouille! Dépêche-toi!


BERTHE traîne le corps de TI-BI dans la maison. Le chien aboie sans arrêt.


ERNEST va vers le camion et revient avec un jerrycan rempli d'essence.


La silhouette d'ERNEST déambule dans la maison en renversant l'essence sur tout ce qui brûle.


ERNEST

BERTHE)

Va chercher le truck.

C'est toi qui chauffes.


Dans l'obscurité, deux coups de feu puis des gémissements de chiens laissent croire qu'il a été visé.


BERTHE qui a pris le volant s'approche d'ERNEST qui attend devant la porte. ERNEST dépose le sac dans le camion avant de mettre le feu à la maison de l'ONCLE ARTHUR.


La maison brûle.


Sur un pont au-dessus d'un torrent, le camion s'arrête. BERTHE et ERNEST prennent le corps de l'ONCLE ARTHUR et le balancent dans les rapides.


Plus tard, le camion s'arrête au motel du Lac. BERTHE et ERNEST descendent.


RÉCEPTIONNISTE

Qu'est-ce que tu veux?


ERNEST

On veut dormir.


RÉCEPTIONNISTE

C'est 5$ pour la nuit.


ERNEST donne cinq dollars au RÉCEPTIONNISTE qui prend une clé.


RÉCEPTIONNISTE

Venez avec moi.

(À son chien)

Viens, Rex.


ERNEST

BERTHE)

Envoye, monte.


BERTHE et ERNEST suivent le RÉCEPTIONNISTE à l'étage.


Le RÉCEPTIONNISTE guide BERTHE et ERNEST à leur chambre.


RÉCEPTIONNISTE

(Donnant la clé à ERNEST)

Monsieur. Faut-y qu'on vous

réveille?


ERNEST

Non.


Le RÉCEPTIONNISTE quitte la chambre.


BERTHE

Ça prendra pas de temps.


BERTHE entre dans la salle de bain.


ERNEST met son manteau dans la penderie et y trouve une valise laissée là.


ERNEST ouvre la valise et enlève le manteau qu'il dépose dans la penderie. Ensuite, il verse le contenu du sac dans la valise.


ERNEST enlève une barre à clou de son pantalon et s'étend sur le lit en prenant soin de déposer son pistolet sur la tête de lit.


BERTHE se couche dans le lit avec ERNEST. Puis elle monte sur ERNEST. Dans la pénombre, on devine des ébats.


Au matin, ERNEST dort, mais BERTHE le regarde dormir.


BERTHE se lève doucement en silence. Elle prend la barre à clous et s'approche du lit. ERNEST tire sur BERTHE avant qu'elle n'ait le temps de frapper.


BERTHE gémit couchée sur le lit.


Très vite, ERNEST ramasse ses affaires et sort par la fenêtre sur un petit toit.


ERNEST descend un

escalier derrière le

motel et s'enfuit dans la

campagne.]


Sur le bord d'une route de campagne, ERNEST s'arrête pour manger un peu puis continue son chemin en portant sa valise.


Un couple arrête dans une décapotable à un restaurant-bar. ERNEST entre au même endroit.


L'HOMME À BAGUES

Petite Mol tablette.


Une serveuse en tenue légère prend la commande et revient avec la commande qu'elle sert à ERNEST.


L'HOMME À BAGUES

Hé, Jeannine, c'est moi qui paye.


ERNEST

Merci bien.


La serveuse va au jukebox et met de la musique puis se met à danser en bikini pour les clients.


ERNEST

Santé.


L'HOMME À BAGUES

Santé.

ERNEST)

Tu bois le matin, toi?


ERNEST

C'est la première fois

que ça m'arrive.


LE CLIENT

ERNEST)

Qu'est-ce que t'aurais fait

si j'avais pas été là

pour payer pour toi?

Réponds.

Qu'est-ce que t'aurais fait?


ERNEST

J'aurais payé.

J'ai de l'argent.


L'HOMME À BAGUES

T'as pas vu mes bagues?

(Montrant ses bagues)

Tiens.

La moins chère vaut 300$.


ERNEST

(Montrant une autre bague)

Celle-là, comment ça vaut?


L'HOMME À BAGUES

C'est des diamants, ça.

Je l'ai payée 1000$.

As-tu vu mon char?


ERNEST

Ouais. Il est beau.


L'HOMME À BAGUES

Tu sais combien je l'ai payée?

9400$.

Un char comme ça,

(Parlant de la fille avec lui)

puis une « plotte » de même, là,

ça vaut 20 000$.


Au loin, le téléphone sonne.


L'HOMME À BAGUES

Ça prend 20 000$

dans tes poches chaque année.

T'en as pas de char, toi, hein?

Puis pas de « plotte », non plus.

Hum?


ERNEST

Non.


L'HOMME À BAGUES

Pourquoi?

Je m'en vais te le dire, moi.

T'en as pas, parce que t'es un crotté.

À part de ça...

t'auras jamais rien.

T'es né crotté,

puis tu vas mourir crotté.


ERNEST

20 000$?


L'HOMME À BAGUES

Mets-moi 20 000$

sur la table...

... puis le char est à toi,

puis la « plotte » avec.


ERNEST prend sa valise, l'ouvre et compte 20 000$ qu'il met sur la table.


ERNEST prend les clés de la voiture et sort avec la fille.


ERNEST monte dans la voiture et quitte l'endroit.


Au motel, le RÉCEPTIONNISTE aide BERTHE à s'habiller par-dessus son pansement.


RÉCEPTIONNISTE

C'est grand, Montréal.


BERTHE

Je sais ça.


RÉCEPTIONNISTE

En tout cas, le gars

va « sacrer son camp ».


BERTHE

Prends-moi pas pour une folle,

je le connais.

(Souffrant)

Il est resté à Montréal.


RÉCEPTIONNISTE

Tu veux pas que je t'aide?

C'est encore le temps.


BERTHE

Mets-moi mes bas, là,

je suis pas capable.


RÉCEPTIONNISTE

Où c'est qu'il peut se cacher?


BERTHE

Inquiète-toi pas.

Moi, je le sais.


RÉCEPTIONNISTE

Je veux bien le croire.


BERTHE enfile son chandail.


Au centre-ville de MONTRÉAL, ERNEST laisse sa voiture au valet, devant un hôtel chic.


Un employé guide ERNEST et la BLONDE à leur chambre.


L'EMPLOYÉ D'HÔTEL

Merci, monsieur.


La BLONDE visite la suite et revient s'asseoir sur le canapé.


BLONDE

C'est bien plus beau

qu'un motel.


ERNEST

Eille, on va manger

dans la chambre.

(Prenant le téléphone)

Ça va être bon.

Je te dis que j'ai envie

de me paqueter, moi, à soir.


BLONDE

Moi, je me suis paquetée hier.


ERNEST

(Au téléphone)

Pour une commande.

Du rosbif pour deux...

Avec du champagne.

Ah, puis montez

donc de la bière, aussi,

en même temps.

Oui. Euh, de la Molson.

La chambre...


BLONDE

1203?


ERNEST

(À la BLONDE)

Non, non, on est au 14e.

(Au téléphone)

C'est 14... 1403.

Ouais. Merci.


BLONDE

C'est quoi ton nom?


ERNEST

Ernest.

Toi?


BLONDE

Hélène.


ERNEST

C'est un beau nom, ça.


HÉLÈNE

Veux-tu fumer?


ERNEST

Non, je fume pas.


HÉLÈNE

Où c'est que tu l'as pris

ta valise?


ERNEST

Pourquoi tu me demandes ça?


HÉLÈNE

Combien est-ce

qu'il y a dedans?


ERNEST

(Ricanant)

J'ai même pas eu le temps

de compter.


HÉLÈNE

L'as-tu volée?


Une voiture amène L'HOMME À BAGUES devant un hôtel chic de MONTRÉAL.


L'HOMME À BAGUES

(À son FIER-À-BRAS)

Va demander à Tony

s'il est là.


LE FIER-À-BRAS entre dans l'hôtel et revient. La voiture démarre et quitte la façade de l'hôtel. Puis le même manège devant un autre hôtel.


Devant la réception d'un troisième hôtel, le FIER-À-BRAS descend de la voiture.


LE FIER-À-BRAS s'adresse à un valet et retourne vers la voiture.


La voiture s'arrête devant l'hôtel où ERNEST et HÉLÈNE sont descendus. Le FIER-À-BRAS descend en apercevant HÉLÈNE et ERNEST qui arrivent les bras chargés de paquets devant l'hôtel.


L'HOMME À BAGUES attend sur le trottoir devant l'hôtel.


Le groupe est ensemble dans l'ascenseur.


UNE CLIENTE

(Propos en anglais)

Third floor.


ERNEST

Quatorzième.


FIER-À-BRAS 1

Quatorzième.


FIER-À-BRAS 2

Quinzième.


LA CLIENTE sort à son étage.


ERNEST

HÉLÈNE)

On y retournera demain

pour le manteau.

T'as raison, c'est mieux

des fois, tu sais,

pour sortir le soir.


HÉLÈNE et ERNEST sortent de l'ascenseur. Un des FIERS À BRAS fait de même.


HÉLÈNE et ERNEST entrent dans leur chambre, mais HÉLÈNE a remarqué le FIER-À-BRAS dans le corridor qui fait mine de renouer son lacet.


Le second FIER-À-BRAS rejoint le premier dans le corridor. Les deux hommes échangent quelques mots avant de se séparer de nouveau.


LE FIER-À-BRAS 2 frappe à la porte de la chambre d'ERNEST. ERNEST est au téléphone.


ERNEST

Une minute, je vous rappelle.


ERNEST, n'étant pas dupe se cache derrière la porte et assomme le FIER À BRAS 2 lorsqu'il pénètre dans la chambre.


ERNEST sort dans corridor pour voir s'il y a quelqu'un d'autre, mais ne voit personne. Il retourne dans la chambre. LE FIER-À-BRAS 1 choisit ce moment pour approcher de la chambre.


ERNEST regarde par la fenêtre et voit l'HOMME À BAGUES qui attend près de sa voiture.


HÉLÈNE

(Anxieuse)

Ernest.


ERNEST se retourne. HÉLÈNE est face au FIER-À-BRAS 1 qui a fait irruption dans la chambre. ERNEST les tue tous les deux et s'enfuit dans le corridor avec sa valise.


ERNEST roule à toute vitesse à bord de sa décapotable dans le garage de l'hôtel. Au guichet de sortie, le préposé au stationnement l'arrête.


ERNEST

Envoye, ouvre ta porte.


PRÉPOSÉ AU STATIONNEMENT

Avez-vous un ticket?


ERNEST

J'en ai pas de ticket.


PRÉPOSÉ AU STATIONNEMENT

Vous avez pas de ticket,

vous pouvez pas sortir.


ERNEST pointe son arme sur le PRÉPOSÉ.


ERNEST

Ouvre pareil.


ERNEST sort du garage en roulant normalement.


Dans la chambre d'hôtel, des policiers constatent le massacre.


ERNEST gare la voiture sous le tablier du pont Jacques-Cartier et actionne le soulèvement du capot de la décapotable. Puis, ERNEST sort de la voiture.


ERNEST entre dans un casse-croûte du quartier.


La serveuse discute avec deux clients.


CLIENT 1

Dimanche?


SERVEUSE

Je peux pas dimanche.


CLIENT 2

Si Lise vient, vas-tu venir?


SERVEUSE

Je peux juste vendredi.


ERNEST

Mademoiselle?


SERVEUSE

Oui?


CLIENT 1

Faudrait appeler Lise.



SERVEUSE

Oui, je vais l'appeler.

Ouais?


ERNEST

Me donneriez-vous

des jelly beans?


ERNEST paie et prend le sachet de bonbons sans prendre sa monnaie.


SERVEUSE

Eille, ton change!


Le CLIENT 2 sort dehors et regarde ERNEST partir à toute vitesse. Dans le casse-croûte, la serveuse compose un numéro de téléphone.


ERNEST marche dans une ruelle, transportant sa valise.


Des voitures de police se dirigent vers le casse-croûte.


ERNEST entre dans un appartement par la porte de la cuisine. Un homme et une femme sont assis à la table.


ERNEST

Allô, maman.

Allô, papa.

Vous aimez-vous encore

les jelly beans, maman?

J'en ai acheté.

J'ai d'autres choses

pour vous autres.

C'est une surprise.

Fermez vos yeux.

Envoyez, fermez vos yeux.


Le PÈRE et la MÈRE d'ERNEST ferment leurs yeux.


ERNEST

Puis trichez pas, là, hein?


ERNEST vide le contenu de sa valise sur la table.


ERNEST

OK, vous pouvez les ouvrir,

asteure.

C'est tout à vous autres.

(Poussant les billets vers sa mère et son père)

Tiens, maman.

Tiens, papa.


La porte de la cuisine se referme, BERTHE brandit un fusil en direction d'ERNEST.


ERNEST

Bien, voyons.

Vous êtes pas contents?

Hein, vous riez pas.

Envoyez, riez!

Envoyez. C'est tout

de l'argent-


BERTHE tire deux coups sur ERNEST.


Les policiers parlent aux clients du casse-croûte.


ERNEST est par terre, défiguré dans un bain de sang, dans la cuisine de ses parents.


Le corps de BERTHE gît aussi sur le sol.


MÈRE

Ernest.

Ernest.


PÈRE

Braille pas. Braille pas.

Aide-moi.


Le PÈRE prend les billets sur la table est les mets dans la laveuse à linge.


MÈRE

Aide-moi.


Très vite, les policiers se rendent chez les parents de ERNEST. Un des policiers prend le téléphone.


POLICIER 1

(À la MÈRE)

Madame.

(Au PÈRE)

On va l'amener en arrière.

(À la MÈRE)

Madame, venez-vous en.

Restez pas là.


PÈRE

Viens te reposer.


POLICIER 1

On va l'amener en arrière.


Le PÈRE d'ERNEST aide son épouse à se coucher.


Dans la maison des parents, des enquêteurs font des photos des corps d'ERNEST et de BERTHE.


Les ENQUÊTEURS mesurent la distance entre les deux corps.


ENQUÊTEUR 1

8 pieds.


Le PÈRE d'ERNEST est dans le salon.


Dans la chambre, la MÈRE se réveille.


MÈRE

Jérôme.

Jérôme.


PÈRE

Ils sont partis.


MÈRE

Je pense que j'ai dormi.


PÈRE

(Donnant des cachets et un verre d'eau)

Tiens.

Après l'enterrement...

on devrait faire un tour

en Floride.


La MÈRE se retourne sur le lit.


Plus tard, le PÈRE et la MÈRE roulent dans la décapotable en route vers la Floride.


Générique de fermeture





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