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J.A. Martin Photographer

Every summer, a photographer sets out by himself to explore turn-of-the-century Quebec and take and sell photographs. For the first time in fifteen years of marriage, his wife will tag along. It will be the perfect opportunity for them to rediscover each other and discover other people.



Réalisateur: Jean Beaudin
Acteurs: Monique Mercure, Marcel Sabourin, Marthe Thiéry
Production year: 1976

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VIDEO TRANSCRIPT

L'action se déroule au Québec, au début du vingtième siècle.


Dans sa cuisine, ROSE-AIMÉE joue avec un bébé, son plus jeune enfant.


ROSE-AIMÉE

Agaga! Guili guili!

Coucou! Coucou!

Coucou! Coucou!


Dans son atelier au sous-sol, JOSEPH-ALBERT ouvre une petite boîte et en sort une plaque utilisée sur les appareils photo de l'époque. Il applique une couche de produit chimique dessus.


Plus tard, ROSE-AIMÉE fait la lessive dans la cuisine. Elle regarde par le fenêtre et voit que son bébé dort dans son landau, à côté de MÉMÈRE, qui somnole sur une chaise.


Dans son atelier, JOSEPH-ALBERT prépare des solutions chimiques pour le développement des photographies.


ROSE-AIMÉE épluche des pommes de terre. DOLORÈS, sa fille, entre dans la cuisine. Elle s'est blessée aux genoux.


ROSE-AIMÉE

Comment tu t'es fait ça?


DOLORÈS

Je suis tombée

en bas de l'arbre.


ROSE-AIMÉE

Mais combien de fois

il va falloir que je te le dise

de pas grimper

dans l'arbre, Dolorès?

Assieds-toi sur la chaise

que je regarde ça.

Ça fait-tu mal?


JOSEPH-ALBERT sort une autre plaque d'une boîte remplie de produit chimique.


Un peu plus tard, MATHIEU et DAVID traversent la cuisine en courant.


ROSE-AIMÉE

(Autoritaire)

Hé, là!

Combien de fois je vous ai

dit de pas courailler

dans la maison?

(Souriante)

Envoye, dehors. Dehors!


MATHIEU et DAVID sortent de la cuisine en courant.


JOSEPH-ALBERT installe la plaque dans une petite boîte et monte jusqu'à son bureau, où un homme prend une pose pour se faire photographier. JOSEPH-ALBERT insère la plaque dans son appareil photo et s'adresse à l'homme.


JOSEPH-ALBERT

Maintenant, ne bougez plus

pendant 14 secondes.

Merci.


Titre :
J.A. Martin photographe


Plus tard, JOSEPH-ALBERT, ROSE-AIMÉE, MÉMÈRE et les enfants sont réunis autour de la table. Ils disent le bénédicité.


JOSEPH-ALBERT

Au nom du Père et du Fils

et du Saint-Esprit.

Ainsi soit-il.

Bénissez-nous, ô mon Dieu,

ainsi que la nourriture

que nous allons prendre.


ENSEMBLE

Ainsi soit-il.

Au nom du Père et du Fils

et du Saint-Esprit.


La famille commence à manger.


Le soir venu, JOSEPH-ALBERT travaille à son bureau. ROSE-AIMÉE le regarde un moment de la cuisine, puis vient le rejoindre.


ROSE-AIMÉE

T'as hâte de partir,

hein, mon J.A.?


JOSEPH-ALBERT

Tu penses pas qu'il serait

l'heure de coucher les enfants?


ROSE-AIMÉE retourne à la cuisine sans rien dire.


Plus tard, lampe à l'huile à la main, ROSE-AIMÉE éteint une à une les lampes de la maison. Elle entre dans la chambre de ses enfants, qui sont en pleine conversation.


MATHIEU

Papa l'a dit, hier.

Oncle Alcide, il en a

déjà 12 enfants.


ROSE-AIMÉE

(Souriante)

Taisez-vous. Vous allez

réveiller vos petites soeurs.


ROSE-AIMÉE se rend dans sa chambre et s'assoit sur le lit, où dort déjà JOSEPH-ALBERT.


ROSE-AIMÉE

J.A..

Cette année, je pars avec toi.


JOSEPH-ALBERT

(Endormi)

Hum?


ROSE-AIMÉE

Cette année, J.A.,

je pars avec toi.


JOSEPH-ALBERT

Oui, c'est ça.

Puis t'oublieras pas d'amener

Mémère puis les enfants.


JOSEPH-ALBERT se retourne et se rendort.


Le lendemain, JOSEPH-ALBERT installe une lampe sur sa roulotte. HORMIDAS, un voisin, vient à sa rencontre.


JOSEPH-ALBERT

Tiens, salut, Hormidas.


HORMIDAS

Salut.

Oui, t'es pas mal prêt,

mon Joseph-Albert.

T'es pas mal prêt.


JOSEPH-ALBERT

Eh oui.


HORMIDAS

Maudit torrieu! Tu dois avoir

tout ce qu'il te faut

depuis le temps

que tu travailles

après cette waguine-là.


JOSEPH-ALBERT

Il faut le temps qu'il faut.


HORMIDAS

Si tu travaillais sur ta femme

autant que sur ta charrette...

(S'esclaffant)

Maudit torrieu!


HORMIDAS rit.


HORMIDAS

Eille, t'es un vrai

artiste, toi, J.A.

Des fioles par icitte,

des bébelles par-là.

Comment tu fais

pour te souvenir de tout ça?


JOSEPH-ALBERT

C'est l'habitude.


HORMIDAS

Tu prends combien de temps...

pour te rendre jusqu'au Maine?


JOSEPH-ALBERT

Voyons donc, Lambert,

tu le sais bien.

Je sais pas. L'année passée,

ça m'a pris... cinq semaines?

Ça dépend.


HORMIDAS

Cinq semaines. Hum.

(Soupirant)

Moi aussi, j'aimerais ça partir.


Plus tard, ROSE-AIMÉE et MÉMÈRE plient des draps.


ROSE-AIMÉE

Tenez-le en l'air

pendant que j'avance.

Tenez l'autre bout, là,

pendant que je recule.


DOLORÈS

Maman, j'aimerais ça

plier les draps, moi aussi.


ROSE-AIMÉE

Mais non, t'es trop petite.

Ça traîne tout à terre

quand tu le fais.


DOLORÈS

Maman, j'aimerais ça.


DOLORÈS veut prendre le drap.


ROSE-AIMÉE

(Criant)

Veux-tu bien lâcher ça?!


De son bureau, JOSEPH-ALBERT entend ROSE-AIMÉE crier.


MÉMÈRE

C'est pas grave.

DOLORÈS)

Va jouer dehors.


ROSE-AIMÉE

Je le sais,

Mémère. J'ai plus de patience.


MÉMÈRE

Il y a des jours de même.


JOSEPH-ALBERT se lève et écoute la conversation.


ROSE-AIMÉE

Des jours?

Ça fait des années.


MÉMÈRE

Bien voyons!


ROSE-AIMÉE et MÉMÈRE plient un autre drap.


ROSE-AIMÉE

(Impatiente)

Avancez pas!

C'est moi qui avance.

(Se calmant)

Moi, je le sais.

Vous êtes comme J.A.

Vous trouvez pas ça correct

que je parte.

Il y a plus rien de vrai

entre nous deux.

C'est juste si on se regarde.


MÉMÈRE

Je te comprends pas.

Pourtant, il est travaillant.

Puis, il boit pas.


ROSE-AIMÉE

Peut-être s'il prenait

un coup, il parlerait plus.

Oh, je sais bien.

Il nous fait vivre.


MÉMÈRE

Qu'est-ce que t'espères

d'un voyage comme ça?


ROSE-AIMÉE

Peut-être juste

qu'on se parle.


MÉMÈRE

J.A., il est comme son père.

C'est pas un parleux.


ROSE-AIMÉE

Pourtant, au début

de notre mariage...


ROSE-AIMÉE reste pensive.


ROSE-AIMÉE

Des fois, je me demande

si c'est pas les enfants.


MÉMÈRE

De toute manière,

ça sert à rien de se tracasser

pour un voyage que tu feras

peut-être même pas.

T'arrives même pas

à placer les enfants.


ROSE-AIMÉE

En tout cas,

les filles sont placées.

C'est Émilie qui va les garder.


JOSEPH-ALBERT retourne s’asseoir.


JOSEPH-ALBERT

(En pensée)

Émilie...

Émilie Lambert...

Elle est même pas capable

d'élever ses propres enfants.


Plus tard, ROSE-AIMÉE est à l'extérieur et discute avec ÉMILIE. MÉMÈRE est sur le balcon et s'occupe des plantes.


ÉMILIE

Tu peux pas savoir comment

ça me fait de la peine, tu sais.

Mais tu vois bien

que je peux pas les garder.

Avec mon Éphrem qui travaille

sur les chemins de fer,

il faut que je m'occupe

de la ferme.

J'ai même plus le temps

de m'occuper de ma maison.

Puis je voudrais pas négliger

les petites filles.

Ça, tu comprends.


ROSE-AIMÉE

C'est

correct, Émilie.

Je vais m'arranger autrement.


ÉMILIE

Bien, bien, à...

à plus tard.


ROSE-AIMÉE retourne à l'intérieur. Elle s'adresse à ses enfants.


ROSE-AIMÉE

Bon, vous

pouvez sortir, maintenant!


DAVID

C'est pas moi

qui ai commencé, c'est lui.


ROSE-AIMÉE

Je le sais pas, j'ai rien vu!

Mais la prochaine fois

que vous allez vous battre,

c'est toute la journée que

vous allez être en pénitence!


Plus tard, ROSE-AIMÉE et DOLORÈS s'approchent de la maison d'HORMIDAS, qui est dans la grange avec sa femme. Ils voient ROSE-AIMÉE et DOLORÈS s'approcher.


LA FEMME D'HORMIDAS

Elle s'en viennent.


HORMIDAS

Puis?

C'est oui ou bien c'est non?


LA FEMME D'HORMIDAS

C'est non.


HORMIDAS

Mais on a l'air beau joual,

nous autres.

Avant-hier, tu lui dis

que c'est oui

puis là, tu dis non.


LA FEMME D'HORMIDAS

(Amère)

J'y ai bien repensé.

C'est fatigant, trois filles.

Puis... Elles sont tannantes,

à part de ça.

Qu'est-ce qu'elle a d'affaire

aussi à y aller avec lui?

Est-ce que je pars, moi?


Plus tard, ROSE-AIMÉE est seule à la maison. Elle couche son visage contre une table et empoigne la nappe en serrant très fort les mains.


En soirée, ROSE-AIMÉE est dans la cuisine et rédige une lettre. MÉMÈRE la regarde en se berçant.


ROSE-AIMÉE

(En pensée, lisant sa lettre)

"De plus,

"J.A. part encore,

"cette année...

comme par le passé..."

"... pour aller photographier

ses clients."

"Eh bien,

"j'ai décidé

"de partir avec lui,

"même si je sais

qu'il n'est pas d'accord."


MÉMÈRE se lève de sa chaise et passe derrière ROSE-AIMÉE.


ROSE-AIMÉE

(En pensée, lisant sa lettre)

"Après avoir tout essayé

pour placer les enf..."


ROSE-AIMÉE se rend compte que MÉMÈRE essaie de lire par-dessus son épaule. Elle se tourne pour l'en empêcher.


ROSE-AIMÉE

(En pensée, lisant sa lettre)

"J'ai pensé,

chère matante..."

"... de vous demander

"de les garder.

"Vous êtes

mon seul recours."


Quelque temps plus tard, ROSE-AIMÉE lave les planchers de la maison. TANTE ALMA se tient debout devant la porte.


ROSE-AIMÉE

Ma tante?

Mémère.

Ma tante est arrivée.

J.A.!

Ma tante Alma est arrivée!


JOSEPH-ALBERT

Bien, fais-la rentrer.


ROSE-AIMÉE

Oh, c'est vrai.

Je suis-tu niaiseuse.


MATHIEU

Matante, passez-moi

vos valises.


TANTE ALMA

Mais c'est

des beaux garçons, ça.


ROSE-AIMÉE

Oh, eux autres, c'est mon

oncle Alcide qui va les garder.

Il doit venir

les chercher demain.


TANTE ALMA

Ah, c'est Alcide?


ROSE-AIMÉE

Bien, entrez.

Venez vous asseoir.

Vous devez être fatiguée.

Les enfants vont s'occuper

de vos valises. Entrez.

Oh, ça fait rien, ça, entrez.

J.A.. C'est ma tante Alma.


JOSEPH-ALBERT

Bonjour, Mlle Lachapelle.


TANTE ALMA

Bonjour, M. Martin.


JOSEPH-ALBERT s'en va dans son bureau.


JOSEPH-ALBERT

(En pensée)

Bon, bien, ça y est.

Il va falloir que je parte

faire de la photographie

avec une femme sur les bras.


Plus tard, la femme d'HORMIDAS regarde par sa fenêtre et voit la roulotte de JOSEPH-ALBERT.


LA FEMME D'HORMIDAS

(Amère)

Elle a fini par gagner.


JOSEPH-ALBERT conduit sa roulotte sur le chemin. ROSE-AIMÉE est assise à côté de lui.


JOSEPH-ALBERT

(Aux chevaux)

Allez, allez, allez!

Allez, allez! Ho!


Le soir venu, JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE mangent leur repas à l'extérieur, à côté d'un feu de camp.


ROSE-AIMÉE

Mon Dieu, je lui

ai dit de donner deux

cuillerées pour le bébé.


JOSEPH-ALBERT

Puis? C'est pas ça

que ça prend?


ROSE-AIMÉE

Oui.

Mais la cuillère à soupe,

elle fait deux ordinaires.


JOSEPH-ALBERT

Ah.


ROSE-AIMÉE

Mais c'est-à-dire pas tout

à fait deux ordinaires, mais...

un petit peu plus qu'une.


ROSE-AIMÉE termine son assiette.


JOSEPH-ALBERT

T'en veux-tu encore?


ROSE-AIMÉE donne son assiette à JOSEPH-ALBERT, qui lui sert une autre portion du repas.


ROSE-AIMÉE

Merci.

Les enfants doivent bien

être couchés à cette heure-ci.


JOSEPH-ALBERT

Oui, ils doivent bien.


Un loup hurle au loin.


ROSE-AIMÉE

Mon Dieu, qu'est-ce que

c'est ça?


JOSEPH-ALBERT ne répond pas. Le loup hurle de nouveau.


Le lendemain, ROSE-AIMÉE se réveille, sort de la roulotte et admire le paysage.


ROSE-AIMÉE

Oh, c'est beau.

Ça sent le bon café.


JOSEPH-ALBERT offre un café à ROSE-AIMÉE.


ROSE-AIMÉE

Oh, C'est chaud.

Oh, qu'il est bon.

Oh...

Je pense que c'est la première

fois en 15 ans que je fais

pas le café le matin.

Oh, il est bon.

Mon Dieu, c'est donc bien calme.

J'espère que la tante Alma a pas

trop de misère avec le bébé.


JOSEPH-ALBERT retourne à sa besogne sans répondre.


Plus tard, la roulotte traverse un petit sentier. Ils rencontrent deux habitants du coin à un embranchement. Ils ont avec eux une jeune fille assise sur un cheval. JOSEPH-ALBERT fait arrêter ses chevaux.


JOSEPH-ALBERT

(Aux chevaux)

Wô!

(À L'HABITANT)

Bonjour, monsieur!


L'HABITANT

Oui!

On en a attrapé

une collante, aujourd'hui!


JOSEPH-ALBERT

Oui...

Dites donc, pour aller à Scott,

le pont, ça a-tu abouti?


L'HABITANT

Le pont pour le chemin de fer

ou le pont pour les voitures?

Parce que...

le pont pour les voitures,

il est pas encore fait.


JOSEPH-ALBERT

Bon...


ROSE-AIMÉE sourit à la jeune fille.


L'HABITANT

Coudon...

Qu'est-ce que vous faites avec

ça? Migrez-vous pour les États?


JOSEPH-ALBERT

Ah non, non.

Merci pour

le renseignement, hein!

Salut bien!


L'HABITANT

Bonne route!


JOSEPH-ALBERT

(Aux chevaux)

Hue! Hue! Ensemble!


La roulotte repart.


ROSE-AIMÉE

T'as-tu remarqué

la petite fille?


JOSEPH-ALBERT

Quoi?


ROSE-AIMÉE

Elle ressemblait à Dolorès

comme deux gouttes d'eau.


JOSEPH-ALBERT

Ah.

Non.

Oui, bien, je pense que

je vais prendre mon raccourci.

(Aux chevaux)

Hue!


La nuit tombée, la roulotte est coincée dans un trou d'eau. JOSEPH-ALBERT pousse la roulotte pendant que ROSE-AIMÉE commande aux chevaux.


ROSE-AIMÉE

Envoyez! Hue!

Encore!

Hue donc!


JOSEPH-ALBERT

Hue!

C'est pas compliqué!

Maudit gériboire!


ROSE-AIMÉE

Hue!


JOSEPH-ALBERT

Envoye!

Hue! Hue!

Maudit gériboire!

C'est pas compliqué!

Qu'est-ce que t'attends?


ROSE-AIMÉE

Oh, arrête de crier

comme ça! Tu m'énerves!


JOSEPH-ALBERT

T'as juste à les

fouetter! T'es bien simple!


ROSE-AIMÉE

Oh, si on avait pas pris

de raccourci, on serait

pas là non plus!


JOSEPH-ALBERT

J'aurais dû être seul,

dans cette maudite charrette!

Si t'es pas capable de mener

les chevaux comme du monde,

on sortira pas!


ROSE-AIMÉE

Si t'es si fin que ça,

prends-les donc, les guides!

Puis mène-les donc,

tes maudits chevaux!


ROSE-AIMÉE saute en bas de la roulotte et tombe dans la boue. JOSEPH-ALBERT veut lui venir en aide, mais il s'enfonce dans l'eau jusqu'à la taille. Rageur, il arrose ROSE-AIMÉE, qui lui lance une poignée de boue. ROSE-AIMÉE éclate de rire. JOSEPH-ALBERT rit à son tour. Il aide ROSE-AIMÉE à se lever.


ROSE-AIMÉE

(Riant)

Aïe!


JOSEPH-ALBERT trébuche et tombe dans la boue. ROSE-AIMÉE rit de plus belle.


Le lendemain, JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE font sécher leurs vêtements sales. La roulotte est sortie du trou d'eau.


ROSE-AIMÉE

À quoi tu penses?


JOSEPH-ALBERT

À rien.

Toi?


ROSE-AIMÉE

Bien, moi, c'est à cause

de la bouette.

Tu sais, à Pâques,

quand on s'est rencontrés...


JOSEPH-ALBERT

Pâques?


ROSE-AIMÉE

Mais tu sais bien.

J'étais avec Adhémar.


JOSEPH-ALBERT

Adhémar, le vieux garçon?

Je sais pas de quoi tu parles.


ROSE-AIMÉE

J.A. Martin,

tu sais très bien.


JOSEPH-ALBERT

Non, je sais pas.


ROSE-AIMÉE

(Riant)

Joseph-Albert Martin,

tes yeux te trahissent.


JOSEPH-ALBERT

(Riant)

Oh, je le sais pas.


JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE rient.


JOSEPH-ALBERT

(Riant)

J'étais tombé.


ROSE-AIMÉE

(Riant)

Oui, puis t'étais pas

beau à voir.


JOSEPH-ALBERT

(Riant)

J'avais a glissé par en arrière.


ROSE-AIMÉE

(Riant)

Tu sentais pas bon.


JOSEPH-ALBERT

(Riant)

Va donc laver la chemise

au lieu de... de niaiser.


ROSE-AIMÉE va laver la chemise au ruisseau. JOSEPH-ALBERT retourne à la roulotte et prépare des solutions chimiques.


ROSE-AIMÉE

J.A.?

J.A.!


JOSEPH-ALBERT

Quoi?


ROSE-AIMÉE

(Criant)

Je t'aime!


JOSEPH-ALBERT

Moi aussi!


Plus tard, JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE poursuivent leur route.


ROSE-AIMÉE

Je sais bien que

je parle toujours des enfants,

mais c'est plus fort

que moi. Ils sont là.

Mais au fond, je suis bien

heureuse d'être avec toi.

C'est la première fois

qu'on est tout seuls.

Toi...

es-tu heureux?

J.A.?


JOSEPH-ALBERT

Hum?


ROSE-AIMÉE

T'écoutes pas, J.A.


JOSEPH-ALBERT

Bien oui, j'écoute.


ROSE-AIMÉE

De quoi je te parlais?


JOSEPH-ALBERT

Bien... tu parlais

des enfants.


ROSE-AIMÉE

Bien non, J.A.

Je te parlais de nous deux.


JOSEPH-ALBERT

Bon, bien, on va arriver

à l'Hôtel Gagnon bientôt.

J'espère que Raoul va être là.


ROSE-AIMÉE

Ah...

Il faudrait bien

que je me change.


JOSEPH-ALBERT

Voyons, tu feras ça à l'hôtel.


ROSE-AIMÉE

J.A., tu sais-tu

la dernière fois

que je suis allée

dans un hôtel?

C'était pendant

notre voyage de noces.


JOSEPH-ALBERT

Wô...

Bon, bien, on va en profiter

pour décrocher le linge.


JOSEPH-ALBERT arrête la roulotte. Plus tard, JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE sont vêtus de vêtements chics.


JOSEPH-ALBERT

T'es belle, ma femme.


ROSE-AIMÉE

Je suis toute froissée.

Regarde le faux pli, là.


JOSEPH-ALBERT

Ça va aller. Il y a personne

qui va remarquer ça.


ROSE-AIMÉE

Mais moi, je le vois.


JOSEPH-ALBERT

Puis?

Comment tu me trouves?


ROSE-AIMÉE

T'es beau.

T'es toujours beau, J.A.


Plus tard, ROSE-AIMÉE discute avec la patronne de l'hôtel.


LA PATRONNE

Mon Dieu, Mme Martin,

ça me fait donc plaisir

de vous avoir.

Depuis le temps

qu'on entend parler de vous.

Puis, vous faites un bon voyage?

Oh, euh, par là, c'est le bar.

Ah, bien, ce soir,

c'est un petit peu bruyant,

mais c'est pas

comme ça tous les soirs.

C'est parce que c'est samedi.


On entend le bruit d'un verre qui se brise.


LA PATRONNE

Ah, je vais être obligée de

vous laisser quelques minutes.

Excusez-moi, je reviens

tout de suite.


ROSE-AIMÉE reste seule à la réception. Un vieil homme sommeille sur un banc.


De son côté, JOSEPH-ALBERT se fait entraîner dans une pièce par le patron de l'hôtel.


LE PATRON

Viens voir ça.


De son côté, ROSE-AIMÉE s'approche du mur pour y regarder les photographies qui y sont accrochées. RAOUL entre à l'hôtel et aperçoit ROSE-AIMÉE. Il réveille le vieil homme.


RAOUL

(Tout bas)

Hé, Pépère.

Il y a des belles

créatures icitte à soir.


VIEIL HOMME

C'est toi, Raoul?


RAOUL

C'est-tu une créature

de passage?

Je sais pas si elle prendrait

un verre de bière avec moi.

Je te dis, petit vieux,

que je lui ferais pas mal.

As-tu vu les belles boules?

Saint-câliboire!


RAOUL s'approche de ROSE-AIMÉE, confiant. ROSE-AIMÉE observe une photo de JOSEPH-ALBERT, en compagnie de RAOUL et d'une jeune femme


RAOUL

Puis? Il est-tu à votre goût,

ce portrait-là?

C'est un poseur de Québec.

C'est moi, ça.

Lui, c'est le poseur.


ROSE-AIMÉE

Vous le connaissez?


RAOUL

Bien, je comprends!

Il vient icitte tous les ans.

Bien, justement, il doit venir

prendre des portraits demain.

Il est pas parleux,

mais il voit clair.


ROSE-AIMÉE

C'est sa femme

qui est avec lui?


RAOUL

Ah non. Ça, c'est Valentine,

ma grande amie.

Enfin, c'était. Ha ha!

Vous prendrez bien un petit

verre de bière, hein? Oh...


La patronne de l'hôtel est de retour.


LA PATRONNE

Mon Dieu, Raoul.

Tu connais Mme Martin?


RAOUL

Mme Martin?

(Mal à l'aise)

Ah... Vous êtes

la femme de J.A.,

puis vous me laissiez parler.

Depuis quand vous êtes arrivés?

Vous êtes bonne, vous. Moi,

j'étais là, je parlais, puis...

J.A.! Où est-ce qu'il est donc?


LA PATRONNE

Dans le salon de barbier.


RAOUL

Excusez-moi. J.A.!

Excusez-moi, Mme Martin.

J.A.?


JOSEPH-ALBERT et le patron de l'hôtel sont dans l’autre pièce, à côté d'une chaise de barbier.


LE PATRON

Moi, je l'ai fait

rembourrer à neuf.


RAOUL rejoint les deux hommes.


RAOUL

J.A.! Mon saint-câliboire!


JOSEPH-ALBERT

Ah bien. Salut, Raoul!


RAOUL

Eille, toi, tu me dois

une game de pool, puis

c'est à soir que tu la joues.


JOSEPH-ALBERT

Ah, bien là,

je sais pas. Je suis

venu avec ma femme, tu sais.


RAOUL

Je le sais. Je la connais.

Je l'ai rencontrée

dans l'entrée.

C'est une belle créature

en saint-câliboire.


RAOUL et le patron ricanent.


ROSE-AIMÉE et la patronne discutent à la réception.


LA PATRONNE

Ça vient ici, ça touche

à rien, ça dérange rien,

c'est propre,

c'est impeccable...

Des vraies petites

cartes de mode.

Ils sont assez jolis,

ces enfants-là!


Des rires proviennent du salon. M. BEAUPRÉ et une femme en sortent.


M. BEAUPRÉ

Eille, la patronne,

vous nous donnez le...

Bien, comme d'habitude.

ROSE-AIMÉE)

Madame.


FEMME

Dépêche-toi!


La patronne remet la clé d'une chambre M. BEAUPRÉ.


M. BEAUPRÉ

Merci.

ROSE-AIMÉE)

Madame.


M. BEAUPRÉ et la femme montent dans une chambre.


LA PATRONNE

Ça, c'était M. Beaupré.

C'est un voyageur de

commerce qui a l'habitude

de venir ici avec sa...

(Mal à l'aise)

Avec Mme Beaupré.


JOSEPH-ALBERT

Rose-Aimée?

Tu peux monter tout de suite.

Je vais aller te rejoindre

dans une minute.

J'ai encore des choses

à discuter avec M. Gagnon.


RAOUL

Il nous prépare des beaux

portraits pour demain.


LA PATRONNE

Venez!

Je vais vous montrer les airs.


ROSE-AIMÉE et la patronne montent à la chambre.


LA PATRONNE

Bon! Puis?

Comment aimez-vous

notre tapisserie? Hein?

Si vous voulez vous laver,

il y a tout ce qu'il faut,

là, dans le coin.

Il y a de l'eau dans le pot.

Vous regretterez pas

votre séjour ici.

Vous allez voir.

C'est très confortable.

Oh mon Dieu, je suis là

qui parle, parle, parle, puis

vous devez être fatiguée, hein?

Vous voulez vous reposer.

Je vous laisse.


ROSE-AIMÉE

Oui, je suis un peu fatiguée.

Merci beaucoup, madame.


LA PATRONNE

Bonsoir!


De son côté, JOSEPH-ALBERT discute avec le patron.


LE PATRON

Oui, ça fait que...

ça va être comme l'année passée.

Les gens vont venir

après la grand-messe.


JOSEPH-ALBERT

Ah, bien, c'est parfait, ça.


ROSE-AIMÉE s'assoit sur son lit. Elle entend M. BEAUPRÉ et la femme faire l'amour dans l'autre chambre. JOSEPH-ALBERT entre dans la chambre.


JOSEPH-ALBERT

Puis? Comment tu trouves ça?


ROSE-AIMÉE

Ah, la chambre,

c'est correct, mais...

T'entends-tu ça?


JOSEPH-ALBERT tend l'oreille.


JOSEPH-ALBERT

Qu'est-ce que tu veux?

C'est un hôtel.


ROSE-AIMÉE

On n'est pas pour passer

la nuit ici, certain.

Écouter des affaires comme ça!


JOSEPH-ALBERT

Ça durera pas toute la nuit.


ROSE-AIMÉE

Je veux pas coucher ici.


JOSEPH-ALBERT

(Soupirant)

Bon.


JOSEPH-ALBERT sort de la chambre. ROSE-AIMÉE continue d'écouter les cris provenant de l'autre chambre. La patronne entre dans la chambre.


LA PATRONNE

Oh, excusez-moi, Mme Martin.

Mais vous comprenez, M. Beaupré,

c'est un voyageur de commerce

puis il travaille

tellement fort que...

quelques fois,

il est un peu bruyant.

Venez, je vais

vous installer ailleurs.

Je vais vous donner le numéro 9.

Vous allez voir, vous allez

être très confortable.


La patronne emmène ROSE-AIMÉE dans une autre chambre.


LA PATRONNE

Voilà, Mme Martin!

Ici, vous allez voir,

vous allez être très bien.

Il y a personne à gauche.

Il y a personne dans

la chambre de droite.

Vous allez dormir comme un ange.


ROSE-AIMÉE

Je m'excuse, Mme Gagnon.


LA PATRONNE

Oh, bien, voyons donc!

Ça m'a pas dérangée une minute!

Au revoir!

Bonne nuit, Mme Martin!


ROSE-AIMÉE

Bonsoir!


Au salon de l'hôtel, JOSEPH-ALBERT joue au billard avec RAOUL.


Dans la chambre, ROSE-AIMÉE s'assoit sur le lit et pousse un long soupir.


Au salon, c'est au tour de RAOUL de jouer.


RAOUL

Il en reste encore une.

Pour moi, tu vas perdre

ton 50 cennes, mon J.A.


RAOUL frappe la boule et réussit son coup.


RAOUL

On reprend ça, J.A.?

Quitte ou double?


JOSEPH-ALBERT

Non, ça sera pas

possible pour à soir.

J'ai bien des choses

à préparer pour demain matin.


RAOUL

Pour moi, t'es moins nerveux

quand ta femme est pas là.


JOSEPH-ALBERT

Oui. Peut-être bien.

Bonsoir! Salut!


UN CLIENT

Bonsoir.


JOSEPH-ALBERT

Salut!


JOSEPH-ALBERT passe devant la réception pour monter à sa chambre.


LE PATRON

Bonsoir, J.A.!


JOSEPH-ALBERT

Bonsoir, Télesphore.


En entrant dans sa chambre, JOSEPH-ALBERT trouve ROSE-AIMÉE endormie sur le lit tout habillée.


Le lendemain, JOSEPH-ALBERT est auprès d'un groupe de personne sur le point de se faire photographier.


JOSEPH-ALBERT

Alors, il y a vous,

M. Lamontagne.

Et...

Euh...

Madame, vous êtes avec monsieur?


DAME

C'est ça.


JOSEPH-ALBERT

Hum-hum...

Ensuite, les enfants,

vous êtes tout seuls, là-bas,

dans le fond, hein?


ENFANTS

Oui.


JOSEPH-ALBERT

Bon...

Ça fait trois. Et puis...

Ah... Harvey. Bonjour!

Bonjour, madame!

Hum... Bon.

Ensuite...

Ah, bien, c'est

les Forcier. Bonjour!

Bon. Alors, vous...


Un premier couple et leur enfant se placent devant l'appareil photo.


JOSEPH-ALBERT

(À la femme)

Appuyez-vous sur le fauteuil.

Comme ça. C'est ça.

La petite fille, là, hein?

Assieds-toi, s'il te plaît.

Tu regardes la lentille. Hein?


LA FEMME

C'est pas trop

dangereux pour les enfants,

toujours, M. Martin?


JOSEPH-ALBERT

Oh.

Non, Mme Gendron.


ROSE-AIMÉE aide l'homme à enfiler un veston de fourrure.


JOSEPH-ALBERT

(Sévère)

Pas ce costume-là,

il va mourir de chaleur!


ROSE-AIMÉE

Je le savais pas.


JOSEPH-ALBERT

Je te l'ai

dit tout à l'heure.


ROSE-AIMÉE

C'était pas clair.


JOSEPH-ALBERT

Là, c'est clair?

On va prendre cinq minutes,

après, à essuyer la sueur!

Rose-Aimée, viens donc

tenir la toile.

Il y a une petite réflexion.


ROSE-AIMÉE s'en va tenir la toile.


JOSEPH-ALBERT

Un petit peu plus en arrière.


L'HOMME

Est-ce que je paye

tout de suite ou après?


ROSE-AIMÉE

Tout de suite.


L'HOMME

Où est-ce que je mets ça?


ROSE-AIMÉE

Là, dans la boîte.


JOSEPH-ALBERT

ROSE-AIMÉE)

Bien, vas-y donc. Il a

peut-être besoin de monnaie.


ROSE-AIMÉE

Je peux pas tenir la toile

de fond puis encaisser

le client en même temps.


JOSEPH-ALBERT

(Impatient)

Va d'abord chercher l'argent,

tu tiendras la toile après.

Puis dépêche-toi,

la lumière baisse.


L'HOMME

C'est correct.

J'ai ce qu'il faut.


L'HOMME dépose de la monnaie dans la petite boîte. JOSEPH-ALBERT soupire.


Le soir, dans la chambre d'hôtel, JOSEPH-ALBERT travaille sur un petit bureau, tandis que ROSE-AIMÉE coud un bas, couchée sur le lit.


ROSE-AIMÉE

Je peux-tu t'aider?


JOSEPH-ALBERT

Non, non. J'en ai juste

pour un petit moment.


ROSE-AIMÉE

J'ai pas été bien,

bien utile, cet après-midi.

C'est la première fois

que je faisais ça.


JOSEPH-ALBERT

Oui, je sais bien.

Avec la chaleur

qu'il faisait là

puis tout le monde qu'il y

avait, je deviens impatient.


ROSE-AIMÉE

Pour moi aussi

il faisait chaud puis

il y avait bien du monde.


JOSEPH-ALBERT

T'as raison.


ROSE-AIMÉE

Viens te coucher.

Tu finiras ça demain.


JOSEPH-ALBERT

Ah, non, non. Demain, il faut

que j'aille porter les photos.


ROSE-AIMÉE s'endort.


Plus tard, ROSE-AIMÉE ouvre les yeux. JOSEPH-ALBERT travaille toujours au bureau. ROSE-AIMÉE referme les yeux.


Quelque temps plus tard, JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE sont dans un champ, à côté de la roulotte. ROSE-AIMÉE fait les cent pas, tandis que JOSEPH-ALBERT prépare du bois pour faire un feu.


JOSEPH-ALBERT

Il y a quelque chose

qui te chicote depuis

quelques jours. Hum?

Qu'est-ce que c'est?

C'est-tu les enfants?


ROSE-AIMÉE

(Criant)

Je suis tannée

de rester toute seule!


JOSEPH-ALBERT

T'es pas toute seule.

On est ensemble.


ROSE-AIMÉE

Fais pas l'imbécile,

Joseph-Albert Martin.


JOSEPH-ALBERT

Oui...


JOSEPH-ALBERT s'approche de ROSE-AIMÉE.


JOSEPH-ALBERT

(Criant)

Puis approche-moi pas!


JOSEPH-ALBERT tourne le dos à ROSE-AIMÉE.


ROSE-AIMÉE

(Criant)

Puis sauve-toi pas!


JOSEPH-ALBERT

Je me sauve pas.

J'ai rien à cacher.


ROSE-AIMÉE

T'as rien à cacher,

t'as rien à dire.

Il y a rien que ta maudite

photo. Il y a rien que ça

qu'on entend parler

depuis 15 ans!


JOSEPH-ALBERT

Puis toi, il y a rien

que des enfants

qu'on entend parler

depuis 15 ans!


ROSE-AIMÉE

Oui, mais les enfants,

j'étais pas toute seule

quand je les ai faits.

C'est à toi aussi.

Si tu t'en occupais

un peu plus, peut-être

que j'en parlerais moins.


JOSEPH-ALBERT

Je m'en occupe. À ma manière.


ROSE-AIMÉE

Tu t'en occupes?

T'es jamais là.


JOSEPH-ALBERT

(Criant)

Je suis jamais là?

Je suis toujours là! Il y

a personne dans le canton qui

est plus à la maison que moi!


ROSE-AIMÉE

Bien, justement!

J'aimerais bien ça, des fois,

que tu partes travailler

aux champs comme tout le monde!

Quand tu reviendrais

à la maison, peut-être que

tu serais un petit peu plus là!

Au lieu de te fourrer la tête

toute la journée

en dessous de ton maudit

voile noir à rien entendre

puis à rien voir!


JOSEPH-ALBERT donne un coup de pied à son bois. JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE vont bouder chacun de leur côté.


Plus tard, JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE préparent la roulotte pour repartir. JOSEPH-ALBERT prend les rênes et ROSE-AIMÉE s'assoit à l'arrière.


JOSEPH-ALBERT

Es-tu prête?

(Aux chevaux)

Ensemble!


La roulotte repart.


Plus tard, JOSEPH-ALBERT arrête la calèche devant une maison. JOSEPH-ALBERT descend de la roulotte et cogne à la porte.


JOSEPH-ALBERT

Il y a-tu quelqu'un?

Pour moi, ils sont pas là.

On s'arrêtera en revenant.


ROSE-AIMÉE descend rapidement de la roulotte et court à l'arrière de la maison.


ROSE-AIMÉE

Mon oncle Joseph!

Mon oncle Joseph!


La voix de L'ONCLE JOSEPH provient d'une grange.


ONCLE JOSEPH

Bien, voyons

donc! Qui c'est que c'est ça?

Viens-t'en!


ROSE-AIMÉE entre dans la grange.


Plus tard, ROSE-AIMÉE et JOSEPH-ALBERT sont à la table de l'ONCLE JOSEPH, qui sert un verre d'alcool à ROSE-AIMÉE.


ROSE-AIMÉE

Oh, juste une petite

goutte, mon oncle.


TANTE DÉMERISE

Oh, je pense que j'ai

quelque chose, là, Rose-Aimée,

qui va te faire plaisir.


ROSE-AIMÉE

Qu'est-ce que c'est, ma tante?


TANTE DÉMERISE

Oh, quelque chose

que vous connaissez bien,

tous les deux.


ONCLE JOSEPH

À votre santé!


JOSEPH-ALBERT

Santé, mon oncle.


TANTE DÉMERISE montre une photographie à ROSE-AIMÉE.


ROSE-AIMÉE

Ah...

Une photographie

de notre mariage.


TANTE DÉMERISE

C'était donc

une belle journée.


ROSE-AIMÉE

Ça dure pas longtemps.


TANTE DÉMERISE

Vous avez pas changé.

Vous avez l'air encore

des jeunes mariés.


ONCLE JOSEPH

Je crois bien

qu'ils ont pas changé.

Ça fait juste 15 ans.

Nous autres, ça va faire

50 ans betôt.


TANTE DÉMERISE

Hum-hum.


ONCLE JOSEPH verse un autre verre à JOSEPH-ALBERT.


ROSE-AIMÉE

Oh, Adhémar.


ONCLE JOSEPH

Il est resté vieux garçon.

(Riant)

Puis il parle pas

plus qu'il parlait.

Eille, vous allez rester

à souper, hein?

Puis à coucher.


ROSE-AIMÉE

Oh, j'aimerais bien ça.


ROSE-AIMÉE regarde JOSEPH-ALBERT, qui pousse un long soupir.


Plus tard, JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE mangent à la table de l'ONCLE JOSEPH.


ONCLE JOSEPH

ROSE-AIMÉE)

Puis?

Tu fais-tu toujours tes petites

séances comme dans le temps, là,

où est-ce que tu chantais?

Qu'est-ce que tu chantais

donc? Euh...

TANTE DÉMERISE)

Tu sais, l'affaire

avec les souliers, là.


TANTE DÉMERISE

Oh,

Mes souliers sont rouges!


ROSE-AIMÉE

♪ Mon amour mon amour ♪


ROSE-AIMÉE ET TANTE DÉMERISE

♪Mes souliers sont rouges ♪

♪ Mon amour de mes beaux jours ♪


ONCLE JOSEPH

C'est ça!


ROSE-AIMÉE

Ça me revient, là.

Ça fait longtemps

que je chante plus.


ADHÉMAR entre dans la maison.


ONCLE JOSEPH

Ah, bien, Adhémar.

Bien, tu tombes bien.


ADHÉMAR repart aussitôt.


ONCLE JOSEPH

Hé, Adhémar! Adhémar...

Qu'est-ce qui lui prend

donc, lui? Il est-tu soûl?

Voyons! Adhémar!

Qu'est-ce qui te prend

d'être gêné de même, là, toi?


ONCLE JOSEPH sort et va chercher ADHÉMAR.


ONCLE JOSEPH

Rentre! Rentre!

Tu déranges personne.

Qu'est-ce que c'est que ça?

Hé! Hé!

Tous des gens que tu connais.

Tu connais J.A.

Celle-là, là, tu la connais?


ADHÉMAR

Oui, je la connais.


ONCLE JOSEPH

Ah. As-tu mangé?


ADHÉMAR

J'ai pas faim.


ONCLE JOSEPH

Viens t'asseoir.

On va te servir une bonne

petite tranche de porc frais.


ADHÉMAR

Non merci.


ADHÉMAR s'assoit à table avec les autres.


ROSE-AIMÉE

Ah, bien, Adhémar,

je pensais pas te voir.


ADHÉMAR sourit timidement.


ROSE-AIMÉE

Te souviens-tu du petit Gagné?


ONCLE JOSEPH

Ah, Ti-Pit?


ROSE-AIMÉE

Oui!


ADHÉMAR

Bien oui, je m'en souviens.


ROSE-AIMÉE

Oh, on était pas bien,

bien vieux.

On devait avoir... 11 ans

ou 12 ans, hein, ma tante?


TANTE DÉMERISE

Oh, pas plus.


ROSE-AIMÉE

C'était pendant l'école.

Bien, Adhémar, il m'attendait

toujours après la classe.

Puis cet après-midi-là,

le petit Gagné, voilà-tu pas

qu'il se met

à me lancer des roches.

Adhémar, il se met

à courir après

puis il lui donne une mornifle!

Bien, le petit petit Gagné,

quand il est revenu à l'école,

il lui manquait une dent!


ONCLE JOSEPH

Eh bien,

elle lui manque toujours, cette

dent-là. Elle a jamais repoussé.


TANTE DÉMERISE rit.


TANTE DÉMERISE

ADHÉMAR)

Euh, es-tu sûr?

Tu voudrais pas un petit brin

de graisse de rôti? Envoye donc.


ADHÉMAR

(Timide)

Non.


ONCLE JOSEPH

Elle est bonne.


ADHÉMAR

Je le sais,

mais j'ai pas faim.


ONCLE JOSEPH

Euh... Une petite

shot de blanc?


ONCLE JOSEPH sert un verre à ADHÉMAR.


ROSE-AIMÉE

Puis qu'est-ce que

tu fais, maintenant?


ADHÉMAR

Bien, l'hiver...

je travaille dans les chantiers.


ONCLE JOSEPH

(Riant)

Hum! Il fait la cuisine.

Il y a personne

qui engraisse, là.


TANTE DÉMERISE

Oh, oh.


ONCLE JOSEPH

Oh, puis l'été, bien,

il attend que l'hiver revienne

pour retourner aux chantiers.


TANTE DÉMERISE

Euh, pas cet été.

Là, il est en train

de se construire

une belle petite cabane

dans le bois.


ROSE-AIMÉE

Tu t'en souviens-tu

de la petite cabane qui

était dans l'arbre?

On avait été y dire

notre rosaire, puis...

entre chaque grain,

on se donnait un petit bec,


ADHÉMAR

(Mélancolique)

Oui, puis t'avais une...

une belle boucle bleue

dans les cheveux.


Un petit silence s'installe.


ONCLE JOSEPH

Rose-Aimée a toujours

été bien pieuse.

Oui, mais...

les prières, c'est pas ça

qui rafraîchit le gosier.


ONCLE JOSEPH vide sa bouteille dans le verre d'ADHÉMAR.


ONCLE JOSEPH

Eh bien!

En voilà une de morte.

Je vais aller

en chercher un autre.


ADHÉMAR

Laisse faire.

Je vais y aller.


ADHÉMAR se lève de table et se rend à la remise. Il ouvre une armoire, prend une bouteille d'alcool et la boit à même le goulot.


ADHÉMAR

(Tout bas)

Maudit crisse!


ADHÉMAR prend une autre grosse gorgée. Autour de la table, le repas se poursuit en silence.


Le soir, JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE sont au lit. ROSE-AIMÉE regarde le plafond.


JOSEPH-ALBERT

À quoi tu penses?


ROSE-AIMÉE

À rien.


ROSE-AIMÉE se retourne pour faire dos à JOSEPH-ALBERT. Elle sourit.


Le lendemain, JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE se promènent en roulotte, l'un à côté de l'autre. ROSE-AIMÉE chante gaiement.


ROSE-AIMÉE

♪ Mon amour de mes beaux jours ♪


JOSEPH-ALBERT

T'as bien donc l'air

de bonne humeur, à matin.


ROSE-AIMÉE

♪ Si j'avais le beau jupon

que mon amour m'a donné ♪

♪ La la la dilili dililili ♪

♪ Dilili dilili ♪

♪ La la la dilili dililili ♪

♪ La la la la ♪

♪ La la la dilili dililili ♪

♪ La la la dilili dililili ♪

♪ Dilili dili la ♪


JOSEPH-ALBERT fait arrêter la roulotte plus loin.


JOSEPH-ALBERT

Bon, bien, on va coucher ici.


JOSEPH-ALBERT descend de la roulotte et détache les chevaux.


JOSEPH-ALBERT

Tu descends pas?


ROSE-AIMÉE

Je te plais-tu encore, J.A.?


JOSEPH-ALBERT

Bien, pourquoi tu demandes ça?


ROSE-AIMÉE

Parce que.


JOSEPH-ALBERT

Bien...

Bien sûr.


ROSE-AIMÉE

Je veux dire...

physiquement.


JOSEPH-ALBERT

T'es drôle.

Certain.


ROSE-AIMÉE

C'est-tu vrai

que les hommes aiment ça,

des femmes cochonnes?


JOSEPH-ALBERT

Qu'est-ce qui te prend,

toi, donc, à soir?


ROSE-AIMÉE reste pensive.


Plus tard, ROSE-AIMÉE prépare le repas au-dessus du feu de camp. JOSEPH-ALBERT est dans la roulotte.


JOSEPH-ALBERT

Ça sent bon, Rose-Aimée!


ROSE-AIMÉE

Bien, viens-t'en! Ça va être

prêt, ça sera pas long.


ROSE-AIMÉE se plie en deux et pousse un gémissement de douleur. Elle a mal au ventre. La douleur finit par passer. ROSE-AIMÉE se redresse et pose la marmite sur la table. JOSEPH-ALBERT sort de la roulotte.


JOSEPH-ALBERT

Oh, j'ai faim!


Plus tard, JOSEPH-ALBERT arrête la roulotte devant une cabane devant laquelle sont assis un homme et une femme.


JOSEPH-ALBERT

Vous êtes bien M. Blanchette?


On voit une photographie de l'homme et de la femme.


Plus tard, JOSEPH-ALBERT conduit la roulotte sur un petit chemin. ROSE-AIMÉE se crispe de douleur. JOSEPH-ALBERT fait arrêter les chevaux.


JOSEPH-ALBERT

Ça barouette pas mal, hein?


ROSE-AIMÉE hoche la tête.


JOSEPH-ALBERT

(Aux chevaux)

Ensemble! Allez!


La roulotte repart.


Plus tard, JOSEPH-ALBERT est assis au bord d'un lac. ROSE-AIMÉE est couchée sur le dos dans la roulotte. Elle a les jambes écartées, elle gémit de douleur et sanglote. JOSEPH-ALBERT la regarde sans réagir. ROSE-AIMÉE se rassoit et regarde entre ses jambes. Elle pleure. Mal à l'aise, JOSEPH-ALBERT se tient debout et regarde le lac. ROSE-AIMÉE se recouche sur le dos. Elle regarde JOSEPH-ALBERT en pleurant. JOSEPH-ALBERT prend une pelle et creuse un trou au sol.


Quelque temps plus tard, JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE sont devant un manoir. JOSEPH-ALBERT s'apprête à photographier un couple et leur enfant. JOSEPH-ALBERT s'adresse à l'enfant.


JOSEPH-ALBERT

(Propos en anglais)

Peter, please, uh...

go to your left a bit.

Thank you.

Mrs Wilson,

come forward.

Oh. No, that's good.

Thank you very much.


ROSE-AIMÉE

Je savais pas que tu parlais

anglais comme ça.


JOSEPH-ALBERT

Oh, c'est le métier

qui veut ça.


ROSE-AIMÉE contemple le manoir.


ROSE-AIMÉE

C'est beau.

J'aimerais ça vivre

dans une maison de même.


JOSEPH-ALBERT

Pour ça, il faudrait

que tu parles l'anglais.


Plus tard, JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE sont dans la roulotte et s'apprêtent à repartir. JOSEPH-ALBERT et l'homme s'échangent quelques paroles en anglais. L'homme leur souhaite bon voyage.


ROSE-AIMÉE

Bonjour, M. Wilson.


M. WILSON

(Avec un accent anglais)

Au revoir!


JOSEPH-ALBERT

(Aux chevaux)

Ensemble!


La roulotte repart.


Plus tard, JOSEPH-ALBERT est auprès d'un groupe d'ouvriers qui prennent leur repas. Le groupe est constitué d'hommes et de quelques enfants. Ils sont vêtus de vieux vêtements et sont couverts de saleté de la tête au pied. JOSEPH-ALBERT discute avec M. SCOTT, leur patron.


M. SCOTT

(Propos en anglais et en français)

Sorry, Mr. Martin.

Si vous pas faire

les photographs now,

there'll be no photographs.

You understand?

Pas de

photographs.


JOSEPH-ALBERT

Ils ont juste 15 minutes pour

dîner. Je suis certainement pas

pour leur en enlever cinq

pour faire de la photographie!


M. SCOTT

(Propos en anglais et en français)

Well, j'ai mes ordres.

Mr. Wilson.

He's gonna be back

in five minutes.


JOSEPH-ALBERT

(Maugréant)

M. Wilson.


JOSEPH-ALBERT se dirige vers sa roulotte.


ROSE-AIMÉE

Je pense que tu déçois

bien du monde.


JOSEPH-ALBERT croise le regard de JULIEN, un jeune garçon près des chevaux. JULIEN lui sourit. JOSEPH-ALBERT retourne vers les ouvriers.


M. SCOTT

(Propos en anglais et en français)

OK, boys! En place!

Tout le monde devant le moulin!

Come on! Move it! Quickly!

Vite, vite, vite!

Tout le monde en place

pour la

photograph!


JOSEPH-ALBERT

(Fâché)

Si ça vous fait rien,

je vais les placer moi-même.


M. SCOTT

(Propos en anglais)

Suit yourself. I was

just trying to help.


JOSEPH-ALBERT lance un regard glacial à M. SCOTT.


JOSEPH-ALBERT

(Aux ouvriers)

Bon, bien... les plus

grands en arrière, là,

puis les enfants,

ramenez-vous donc par en avant.

C'est ça.

Non, toi, t'es trop grand, là.

C'est ça. Ramène... Allez.

Pousse-toi un petit peu. Laisse

de la place. Laisse de la place.

Ceux d'en haut, là, prenez-vous

donc par l'épaule.

C'est ça. Bien, faites

la même chose de l'autre côté.

Oh, la rangée du milieu, là,

tassez-vous un peu.

Voilà.

Les enfants,

vous oubliez pas, hein?

Quand je vous dis "bougez plus",

vous bougez plus. Hein?

JULIEN)

Toi aussi. Va prendre ta place.


M. SCOTT

(Propos en anglais)

Not him, he was slacked

a couple of days ago!


Sans se soucier des propos de M. SCOTT, JOSEPH-ALBERT prend JULIEN par l'épaule et le fait prendre place avec le reste du groupe.


JOSEPH-ALBERT

Tassez-vous un petit peu.

C'est ça.


JOSEPH-ALBERT se place derrière son appareil.


JOSEPH-ALBERT

Attention, là, il faut plus

bouger pendant 8 secondes.

Attention!


JOSEPH-ALBERT prend la photo.


JOSEPH-ALBERT

Merci beaucoup, tout le monde!


En anglais, M. SCOTT ordonne aux ouvriers de retourner travailler. Un des ouvriers s'approche de JOSEPH-ALBERT avec JULIEN.


OUVRIER

M. Martin...

C'est un petit Tremblay,

ça, puis il a été slacké

il y a deux jours.

Puis il attend une occasion

pour retourner chez eux,

puis j'ai entendu dire

que vous passiez dans le bout

de Saint-Côme. Je sais pas

s'il y aurait moyen de...


JOSEPH-ALBERT

Bien sûr.


OUVRIER

Merci.


JOSEPH-ALBERT emmène JULIEN avec lui.


Plus tard, JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE sont dans la roulotte. JULIEN est assis entre eux et dort sur l'épaule de ROSE-AIMÉE.


ROSE-AIMÉE

Il est mort de fatigue.

Il me semble

que ça a pas de bon sens

que M. Wilson fasse

travailler ces enfants-là

dix heures par jour

à 10 cennes de l'heure.


JOSEPH-ALBERT

Cinq manoirs,

des écuries propres

comme un presbytère...

Il faut bien qu'il fasse

son argent à quelque part.

(Aux chevaux)

Hue!

Hue! Hue!


Plus tard, JULIEN est de retour chez lui. Accompagné de son père, il entre dans la chambre de ses parents. Sa mère dort profondément.


JULIEN

Eille, maman.

C'est Julien.


PÈRE DE JULIEN

On reviendra un petit peu

plus tard. Elle sera

peut-être réveillée.


JULIEN

Eille, papa. J'aimerais ça

qu'ils restent à souper.


Plus tard, JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE soupent en compagnie de la famille de JULIEN. Le repas se déroule en silence. Le père de JULIEN se lève de table et s'en va dans sa chambre.


Le soir, JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE dorment chez les Tremblay. Ils consultent une carte géographique au lit.


JOSEPH-ALBERT

Tu vois, là, on est ici.

Il faut se rendre

jusqu'à Saint-Côme.


ROSE-AIMÉE

Hum.


JOSEPH-ALBERT

Ça fait bien

une trentaine de milles.

Il a falloir partir

de bonne heure demain matin.

J'ai une grosse noce

à photographier samedi.


ROSE-AIMÉE

J'aime autant partir de

bonne heure demain matin

que de voyager la nuit.


JOSEPH-ALBERT éteint la lampe pour dormir.


Le lendemain, JOSEPH-ALBERT aperçoit ROSE-AIMÉE sortir de la chambre des parents de JULIEN.


JOSEPH-ALBERT

Qu'est-ce que tu fais là?


ROSE-AIMÉE

(Chuchotant)

Chut!

Parle pas trop fort.

T'as pas entendu, cette nuit?


JOSEPH-ALBERT

Non.


ROSE-AIMÉE

Elle se plaignait.

Ça m'a réveillée.

Fait que M. Tremblay a décidé

d'aller chercher le curé.


JOSEPH-ALBERT

Quand est-ce qu'il va

être de retour?


ROSE-AIMÉE

Il a dit qu'il serait ici

avant la fin de la journée.


JOSEPH-ALBERT

On peut pas passer

la journée ici.

On doit être à Saint-Côme

pour le souper.


ROSE-AIMÉE

Je sais bien.

Mais on peut pas

la laisser comme ça.

Viens la voir.


JOSEPH-ALBERT

Non.

Non.


JOSEPH-ALBERT s'éloigne.


Plus tard, JOSEPH-ALBERT est à l'extérieur avec JULIEN.


JULIEN

Qu'est-ce que vous faites,

là, M. Martin?


JOSEPH-ALBERT

Hum, je nettoie ma lentille.


JOSEPH-ALBERT fait regarder JULIEN à travers la lentille.


JULIEN

Eille, on voit gros!


JOSEPH-ALBERT

C'est ça.


ROSE-AIMÉE

Julien!

Ta mère voudrait te voir.


JULIEN rentre chez lui.


Un peu plus tard, JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE sont sur le perron de la maison. ROSE-AIMÉE caresse la joue de JOSEPH-ALBERT. Elle entre dans la maison avec l'appareil photo.


Plus tard, JOSEPH-ALBERT attend dans la cuisine. Il entend la voix de ROSE-AIMÉE en provenance de la chambre.


VOIX DE ROSE-AIMÉE

Tenez, regardez, Mme Tremblay.

C'est le pape, ça.

Ça vient de Rome.

Et c'est là qu'il reste.

C'est en Italie.

Oh, puis ça. Regardez, ça,

c'est la France.

C'est le château de Versailles.

Il paraît que là-dedans, là,

c'est plein de miroirs, puis...

il y a des tapisseries,

des meubles tout dorés.

C'était là que les rois

de France, ils restaient.

Oh, puis ça...


Plus tard, ROSE-AIMÉE fait la lessive dans la cuisine. JOSEPH-ALBERT fait les cent pas autour d'elle.


JOSEPH-ALBERT

Ils devraient revenir bientôt.

Il est 4h15.


ROSE-AIMÉE

Chut!


JOSEPH-ALBERT

Hum?


ROSE-AIMÉE

Il me semble que je viens

d'entendre quelque chose.

Jette donc un coup d'oeil

dans la chambre.


JOSEPH-ALBERT

(Mal à l'aise)

J'aimerais mieux

que tu y ailles toi-même.


Dehors, JULIEN est avec son frère et sa sœur. Avec un morceau de bois brûlé, il maquille son frère comme un Amérindien.


JULIEN

Bouge pas.

Ça chatouille-tu?


ROSE-AIMÉE sort de la maison, l'air attristé. JULIEN se lève et regarde tristement au sol.


Plus tard, JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE sont au mariage. ROSE-AIMÉE danse gaiement avec les invités. JOSEPH-ALBERT reste assis, l'air absent. Les violons jouent un air entraînant, accompagné d'un CALLEUR.


CALLEUR

Swinguez

votre compagnie!

Tout le monde rentre

et tout le monde danse!

La promenade! Promenez-la

chacun à votre place!

Le premier couple, se présenter

au deuxième couple!

Virez en rond!

La passe des dames!

La passe des hommes!

La chaîne des dames!

La chaîne des hommes!

Changez votre compagnie!

La chaîne des dames!

Reprenez votre compagnie!


ROSE-AIMÉE

(Joyeuse)

Viens donc, J.A.!


JOSEPH-ALBERT reste assis et sourit timidement.


CALLEUR

Le premier couple

au troisième couple!


La nuit tombe. Assises à une table, trois femmes discutent en regardant ROSE-AIMÉE danser.


FEMME

Il paraît qu'elle a même

des enfants, celle-là.

Elle les a laissés

tous seuls à la maison

pour venir se promener

avec son mari.


ROSE-AIMÉE chante devant les invités.


ROSE-AIMÉE

♪ Si j'avais

la belle chemise ♪

♪ Que mon amour m'a donnée ♪


INVITÉS

Ouh...


ENSEMBLE

♪ Si j'avais la belle chemise ♪

♪ Que mon amour m'a donnée ♪


ROSE-AIMÉE

♪ Ma chemise de contre-biche ♪

♪ Mon corset en peau de navet ♪

♪ Mes culottes de contre-bas ♪

♪ Mes jarretières par derrière ♪

♪ Mes bas de tabac ♪

♪ Mes souliers de papier ♪


ROSE-AIMÉE et les invités rient. ROSE-AIMÉE poursuit sa chanson.


JOSEPH-ALBERT est assis à côté d'un invité, qui est visiblement ivre.


INVITÉ

Oui...

Je pense qu'on va aller voir

ça d'un peu plus près.

Hein, mon J.A.?


L'INVITÉ se lève en titubant. JOSEPH-ALBERT reste assis.


INVITÉ

Je vais y aller

tout seul, d'abord.


ROSE-AIMÉE

♪ Mon jupon en édredon ♪

♪ Ma chemise à contre-biche ♪

♪ Mon corset de peau de navet ♪

♪ Mes culottes de contre-bas ♪

♪ Mes jarretières par derrière ♪

♪ Mes bas de tabac ♪

♪ Mes souliers de papier ♪

♪ Mes souliers sont rouges ♪

♪ Mon amour mon amour ♪


INVITÉ

Eille! J'ai ce qu'il

faut... ce qu'il faut

pour l'inspiration!


L'INVITÉ tend sa bouteille à ROSE-AIMÉE, qui en prend une grosse gorgée.


INVITÉS

♪ Mon amour mon amour ♪

♪ Mes souliers sont rouges ♪

♪ Mon amour de mes beaux jours ♪


ROSE-AIMÉE termine sa gorgée et rit de bon cœur.


ROSE-AIMÉE

Excusez, là, hein!

Oui, bien... Où est-ce que

j'étais rendue donc, là, moi?

(À L'INVITÉ)

Avec ton petit coup

d'inspiration, tu m'as

fait perdre ma chanson!


VIOLONISTE

Le jupon! Le jupon!


ROSE-AIMÉE

Le jupon? Ah, oui, c'est

vrai. J'étais rendu au jupon.

Qu'est-ce qui

vient après, donc?

La robe!


INVITÉS

Oui!


ROSE-AIMÉE

♪ Si... J'a...

vais la belle robe ♪

♪ Que mon amour m'a donnée ♪


INVITÉS

♪Si j'avais la belle robe ♪

♪ Que mon amour m'a donnée ♪


ROSE-AIMÉE

♪ Ma robe de contre-lobe ♪

♪ Mon jupon en édredon ♪

♪ Ma chemise à contre-biche ♪

♪ Mon corset en peau de navet ♪

♪ Mes culottes de contre-bas ♪

♪ Mes jarretières par derrière ♪

♪ Mes bas de tabac ♪

♪ Mes souliers de papier ♪


ROSE-AIMÉE titube. Tout le monde rit.


ROSE-AIMÉE

♪ Mes souliers sont rouges ♪

♪ Mon amour mon amour ♪

♪ Mes souliers sont rouges ♪

♪ Mon amour de mes beaux jours


INVITÉS

♪Mes souliers sont rouges ♪

♪ Mon amour mon amour ♪

♪ Mes souliers sont rouges ♪

♪ Mon amour de mes beaux jours


ROSE-AIMÉE

♪ Si j'avais le beau foulard ♪

♪ Que mon amour m'a donné ♪


INVITÉS

♪Si j'avais

le beau foulard ♪


Une petite fille s'approche de JOSEPH-ALBERT.


JOSEPH-ALBERT

Fatiguée?


PETITE FILLE

Oui.


JOSEPH-ALBERT fait signe à la petite fille de s’asseoir sur ses genoux.


ROSE-AIMÉE

♪ Mon foulard

en peau de castor ♪

♪ Ma robe de contre-lobe ♪

♪ Mon jupon en édredon ♪

♪ Ma chemise à contre-biche ♪

♪ Mon corset en peau de navet ♪

♪ Mes culottes de contre-bas ♪

♪ Mes jarretières par derrière ♪

♪ Mes bas de tabac ♪

♪ Mes souliers de papier ♪

♪ Mes souliers sont rouges ♪

♪ Mon amour mon amour ♪

♪ Mes souliers sont rouges ♪

♪ Mon amour de mes beaux jours ♪


INVITÉS

♪ Mes souliers sont rouges ♪

♪ Mon amour mon amour ♪

♪ Mes souliers sont rouges ♪

♪ Mon amour de mes beaux jours


ROSE-AIMÉE

♪ Mais mon amour

n'est pas venu ♪

♪ Alors je suis restée

toute nue ♪


La foule éclate de rire.


ROSE-AIMÉE

♪ En attendant les violoneux ♪


Tout le monde danse.


CALLEUR

Swinguez

votre compagnie!

Tout le monde balance

et tout le monde danse!


Les mariés sont assis l'un à côté de l'autre. Le marié se lève pour aller danser, laissant sa femme seule.


CALLEUR

La promenade!

Promenez-la tout

à l'entour de la salle!

Attention, tout le monde!

Tenez-vous par la main!

Par la main!

Encore une fois!

Les femmes! Les femmes

dans le milieu!


Le lendemain, JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE font le chemin du retour en roulotte.


JOSEPH-ALBERT

(Aux chevaux)

Hue!


ROSE-AIMÉE

Joseph-Albert Martin,

t'es rien qu'un maudit cochon.

Pour une fois que je reste pas

pognée dans ma cuisine

en train de préparer

de la mangeaille puis de

laver la vaisselle. Je te dis.


JOSEPH-ALBERT

(Aux chevaux)

Wô...


La roulotte ralentit.


ROSE-AIMÉE

J'ai été ridicule,

hier soir, hein?


JOSEPH-ALBERT

C'est pas la première fois.


ROSE-AIMÉE

Je pense que c'est toi

qui avais raison. J'aurais

bien dû rester à la maison.

Pour ce que ça a donné.


JOSEPH-ALBERT

Tu penses?

Tiens, prends ça.

Ça va te faire du bien.


JOSEPH-ALBERT tend une bouteille à ROSE-AIMÉE.


ROSE-AIMÉE

Oh non. Pas de la boisson.


JOSEPH-ALBERT

Un vieux truc d'ivrogne.

C'est bien bon pour

les lendemains de la veille.

Allez.

Envoye.


ROSE-AIMÉE prend une gorgée et grimace. JOSEPH-ALBERT prend une gorgée à son tour.


JOSEPH-ALBERT

C'est pas facile, hein?

Ah, bien... On devrait être

à la maison dans trois jours.


ROSE-AIMÉE

(Souriant)

Mon Dieu!

Les enfants...

Ça fait des jours

que j'ai pas pensé à eux autres.


Plus tard, la roulotte passe devant la maison d'HORMIDAS.


LA FEMME D'HORMIDAS

Hormidas!

Voilà les Martin qui reviennent.


HORMIDAS

Ah, bien, maudit torrieu!

Voilà J.A. qui revient.

Eille, je suis content

de le voir revenir, celui-là.

Je commençais à m'ennuyer, moi.


JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE arrivent devant leur maison.


ROSE-AIMÉE

Arrête.


JOSEPH-ALBERT

(Aux chevaux)

Wô!


ROSE-AIMÉE

Regarde la maison.

Il me semble qu'elle était pas

si grande que ça.

Ah, les petites filles

jouent, là-bas.

Elles nous ont pas vus.

Oh, l'arbre, il est-tu beau!

Regarde comme

la galerie est blanche.


JOSEPH-ALBERT

Tiens, Dolorès nous a vus.

Elle s'amène en courant.

(Aux chevaux)

Hue!

Wô!

Wô.


ROSE-AIMÉE descend de la roulotte et serre ses enfants dans ses bras.


La nuit venue, ROSE-AIMÉE éteint les lumières de la maison et va dans sa chambre. JOSEPH-ALBERT est couché sur le lit.


ROSE-AIMÉE

Puis, toi...

Tu dors pas?


JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE s'étreignent et s'embrassent passionnément. Le bébé pleure dans l'autre chambre.


ROSE-AIMÉE

Ah, laisse-la faire.

(Chuchotant)

Elle va se rendormir.


JOSEPH-ALBERT et ROSE-AIMÉE se caressent. Le bébé pleure toujours.


Générique de fermeture

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