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FRED

Fred, an unemployed crane operator, lives in a new city with his younger girlfriend Lisa, a receptionist at a medical analysis lab, and her son. Being out of a job weighs Fred down more and more each day, and his love for Lisa is the only thing that keeps him afloat. When his neighbour and friend Michel, a truck driver, asks him a favour, Fred immediately says yes. Little does he know he´s in for some shady business.



Réalisateur: Pierre Jolivet
Production year: 1997

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VIDEO TRANSCRIPT

Générique d’ouverture


Titre :
Fred


FRED est au lit avec LISA. Celle-ci dort, tandis que FRED est réveillé. Un semi-remorque s’arrête devant sa fenêtre. FRED se lève, ferme la porte et éteint la lumière de la chambre de KEVIN et entre chez son voisin, MICHEL.


FRED

Michel?


MICHEL

Oui. Monte.


FRED

J’arrive.


FRED se prend une bière dans le réfrigérateur et monte rejoindre MICHEL qui, monté dans un escabeau, insère un tournevis dans une fissure du plafond.


FRED

Mais qu’est-ce que tu branles?


MICHEL

Tu dors pas, toi?


FRED

Pour ce que j’ai

à faire demain.


MICHEL

Regarde cette merde.

Avec la chaleur, ça joue un max.


FRED

Mais je te signale que même

sans la chaleur, ça joue un max.

On n’a pas construit

Versailles, je te rappelle.

C’est pas l’époque.


MICHEL

Ah, notre époque à nous, c’est

"Prends le pognon et tire-toi."

Hein?


MICHEL prend la bière de FRED et la boit.


FRED

Oui. Prends ma bière

si tu veux.

Bon, bien, je vais

en prendre une autre.


Entre-temps, CORINNE, la fille de MICHEL, se réveille et vient les rejoindre.


FRED descend pour aller se chercher une bière.


FRED

Salut, Corinne.


CORINNE

Salut.


MICHEL

Je t’ai réveillée, ma puce?

Tu es pas chez ta mère?


CORINNE

Je me suis dit

que tu allais rentrer.


MICHEL

Bien, tu vois.


CORINNE

Qu’est-ce que tu fous?


MICHEL

Rien.


CORINNE

Tu seras là demain matin?


MICHEL

Je pense pas.

Bon, tu vas te coucher,

ma belle, maintenant.


CORINNE

Hum.


MICHEL reconduit CORINNE à sa chambre.


MICHEL

Ça va, ta mère?


CORINNE

Elle est un peu chiante

en ce moment.


MICHEL

Ah, ça.


CORINNE

Bonne nuit, papa.


FRED remonte l’escalier.


FRED

Tu viens jamais

me voir d’habitude.


MICHEL

Oui, mais je pars

tout de suite.


FRED

Tu vas où?


MICHEL

Tu es de la police?


FRED et MICHEL descendent au salon.


MICHEL

Et toi, mon pote?

Le boulot, quoi de nouveau?


FRED

Bien, je reçois beaucoup

de courrier.


MICHEL

Ah, oui?


FRED

Oui. Surtout des impôts

et les télécoms. Ils sont

d’accord pour que je les paye.


MICHEL

Les enculés!


FRED

Si tu pouvais attendre

aussi un petit peu pour les

3000 balles, ça m’arrangerait.


MICHEL

Tu les fileras à la

môme. Je dois déjà deux mois

de pension à sa mère, alors.


FRED

Oui, d’accord.


MICHEL

Oui, d’accord.

Et putain! Des grutiers comme

toi, ça court pas les rues, non?


FRED

Oui, il paraît.

En plus, ça me travaille parce

que la nuit dernière, je...

j’ai rêvé que j’étais aux

manivelles et tout, là.

Toi, ça va?


MICHEL

Je me démerde.

J’ai pas vraiment le choix.

Ah, et puis c’est pas nouveau.

Dans la famille, ça fait

trois générations qu’on

se démerde. Alors...


Le téléphone sonne.


MICHEL

Allô.


Il n’y a personne au bout du fil. MICHEL raccroche.


MICHEL

Et toi, Lisa, ça va?


FRED

Je crois que j’ai du bol.


MICHEL

Oui, je crois.


FRED

Bon, bien, si tu dois partir,

je vais te laisser.


MICHEL

Tiens. Je t’ai acheté un truc.


MICHEL donne à FRED un tube cylindrique.


FRED

C’est quoi?


MICHEL

Regarde dedans.


FRED dirige le cylindre vers une source lumineuse et regarde à l’intérieur.


MICHEL

Tu vois la petite

lumière au fond?

Dans le Nord, ils appellent ça

le bout du tunnel.

Bien, moi, ça me botte.


FRED

C’est gentil.


Le téléphone sonne de nouveau. MICHEL décroche et raccroche aussitôt.


FRED

Ça va?


MICHEL

Impeccable.


FRED

J’y vais.

Tu as besoin de rien?


MICHEL

Bien, si j’ai besoin,

je t’appelle.


FRED

Bien oui.


MICHEL

Salut, mon pote.


FRED

Ciao.


FRED retourne chez lui. MICHEL, de son côté, décroche le téléphone et appelle BRUNO.


MICHEL

Bruno?

C’est toi qui viens d’appeler?

Hum hum. Et dis-moi pour 8000

balles, tu me prendrais pas

un peu pour un con, non?


FRED revient s’allonger derrière LISA.


LISA

(Endormie)

Hum.

Tu étais où?


FRED

J’étais...

chez Michel. C’est son bahut

qui m’a réveillé.


LISA

Son bahut?


FRED

Oui.


FRED commence un mouvement de va et viens derrière LISA.


LISA

Ah, Fred!

Qu’est-ce que tu fais?


FRED

Je te dévore.


Le lendemain matin, LISA se réveille et ouvre les rideaux.


LISA

Dis-moi, tu étais pas un peu

bourré, toi, hier soir?


FRED

Bien, non. Qu’est-ce qu’on

mange ce soir?


LISA

Il faut que ce

soit clair. T’es pas là

que pour mon cul et ma bouffe.


FRED

Bien, justement,

c’est pas clair.


LISA

Ferme ta gueule ou

je t’en colle une. Ça te

fait rire? Ça te fait rire.


FRED

(Riant)

Non.


LISA

Tu es con.


LISA rejoint FRED dans le lit et l’embrasse. Peu de temps après, KEVIN, le fils de LISA, fait irruption dans la chambre.


KEVIN

Fred, tu viens

finir les Legos?


FRED

J’arrive.


LISA

Tu embrasses

la maman, d’abord?


FRED

Je suis très demandé

ce matin, hein?


LISA

Bon, il faut que j’y aille.

Tu as pas un peu de liquide?


FRED

Si. J’ai... Je dois

avoir 15 francs dans

mon pantalon. Prends-les.


LISA

Non. C’est bon. Je me démerde.


FRED

Mais non, prends-les.


LISA

Non. Je te dis, je me démerde.


LISA quitte la pièce avec KEVIN.


LISA

Kevin, ton père vient

te chercher.


KEVIN

Maman, il vient à

quelle heure, papa?


LISA

Fred?


FRED enfile ses sous-vêtements et ouvre la fenêtre pour répondre à LISA qui l’appelle depuis l’extérieur.


FRED

Qu’est-ce qu’il y a?


LISA

Si son père est pas là à 10 h --


FRED

Oui, si son père est pas là

à 10 h, je le dépose à la

garderie. C’est ça?


LISA affiche un large sourire, retire sa petite culotte et la lance à FRED.


LISA

À ce soir.


LISA marche dans la rue. CORINNE passe à côté d’elle en vélo.


CORINNE

Bonjour.


LISA

Salut, Corinne.


Plus tard, FRED et KEVIN sortent de la maison.


FRED

Tiens.

Attends-moi une seconde.


KEVIN

Où tu vas, Fred?


FRED

Je reviens. J’arrive.


FRED sonne à la porte de MICHEL. Comme il n’y a pas de réponse, il cogne à sa fenêtre.


FRED

Michel?


Peu de temps après, FRED et KEVIN marchent dans la rue. Une camionnette bleue passe près d’eux et faisant crisser ses pneus et s’arrête chez MICHEL. FRED observe d’un regard suspicieux la camionnette. Il y a deux hommes à bord, des CONNARDS DE JUVISY. Un des CONNARDS DE JUVISY va voir si MICHEL est chez lui et revient annoncer à l’autre qu’il n’y a personne.


CONNARD DE JUVISY 1

L’enfoiré est pas là.


Tandis que FRED et KEVIN continuent de marcher, MICHEL arrive au volant de sa camionnette.


MICHEL

Je m’excuse encore une fois.


FRED

Pas de problème.


MICHEL

Ça va ma puce? Fais le tour.


KEVIN monte dans la camionnette de MICHEL.


MICHEL

Après le déjeuner, je le dépose

au jardin. Est-ce que

vous pourriez...


FRED

Bien, tant qu’on y est.


MICHEL

Merci.


KEVIN

Au revoir, Fred.


Plus tard, FRED gare son vélo et s’arrête au guichet automatique pour y retirer de l’argent, mais l’écran lui indique que l’opération est annulée.


FRED

Chier de merde!


FRED rend donc visite à une CONSEILLÈRE à l’intérieur de l’institution financière.


CONSEILLÈRE

Bon, d’accord. Votre chômage

a deux mois de retard.

Alors, je vais vous

accorder encore un petit

découvert, mais tout petit.


FRED

Pas trop petit quand même.


Après sa rencontre, FRED remonte sur son vélo et, tandis qu’il roule tranquillement, un cycliste le dépasse. FRED accélère donc et dépasse à son tour le cycliste qui accélère de plus belle. Au bout d’un moment, essoufflé, FRED s’arrête en bordure de la route. À travers une clôture, il aperçoit au loin un stade de soccer.


ENTRAÎNEUR

Allez! Allez!

On fait claquer les

ballons, les gars!

Allez! Allez!


FRED remarque le semi-remorque qu’il a aperçu devant chez lui plus tôt. Il est garé près du stade. Plus tard, FRED rend visite à LISA au laboratoire où elle travaille. Elle est derrière un comptoir à l’accueil.


FRED

Bonjour.


LISA

Bonjour.


FRED sort de son manteau une bouteille de bière.


FRED

Je voudrais faire analyser

ce produit.

On m’a dit que c’était

dangereux. Enfin, ma gonzesse-


LISA

Ma gonzesse?


FRED

Ma petite amie?

Ma femme m’a dit

que c’était dangereux.


LISA

(Souriant)

Elle a raison. Il y a

Michel qui a appelé. Il te

rappellera à la maison à 13 h.


FRED

Hum. OK. Tiens.

(Lui remettant de l’argent)

Je t’ai amené ça

pour les courses.


LISA

Tu ne peux pas les faire?


FRED

Si, mais je prends quoi?


LISA

Eh bien, du petit salé.


FRED

Bien, oui. Petit salé.


FRED sort à l’extérieur. Le patron de LISA, JACQUARD attend que FRED soit plus loin pour s’avancer derrière LISA, se pencher au-dessus d’elle et récupérer un papier sur le comptoir.


JACQUARD

Je vais le prendre moi-même.


LISA

Merci.


JACQUARD

Que ne ferais-je

pour vous faire plaisir?

Allez. Dites-moi.


LISA

M’augmenter.


JACQUARD

L’argent.

Vous n’avez que ça en tête?


De retour chez lui, FRED fait une construction en blocs Lego sur la terrasse. Le téléphone sonne.


FRED

Ah! Merde!

Merde!


FRED va chercher le téléphone à l’intérieur et revient dehors.


FRED

Allô?


MICHEL

C’est Michel.


FRED

Oui, Michel. Ça va?


MICHEL

Oui. Ça va. Euh...

J’ai un petit boulot pour toi.


FRED

Allez! Tu déconnes?


MICHEL

Non, non, non. J’ai besoin

que tu me rendes un service.


FRED

Là. Tout de suite?


MICHEL

Tu es libre?


FRED

Bien, oui. Je fais que ça

d’être libre.


MICHEL

Bon.

Tu sais, le camion

de l’autre soir?


FRED

Oui.


MICHEL

Je l’ai laissé à Vantille.


FRED

Près du stade?


MICHEL

Comment tu sais ça, toi?


FRED

Bien, je suis passé

devant par hasard.


MICHEL

Ah. Bon, bon, justement,

j’aurais besoin

que tu l’emmènes

là où je vais te dire.


FRED

C’est pas trop loin? Parce que

moi, il faut que je sois de

retour à 4 h pour le môme.


MICHEL

Non, non, non.

Ça ira. Tu arriveras à

conduire un gros cul comme ça?


FRED

Euh... Tu rigoles?

T’inquiète.


MICHEL

Bon.

Tu vois la penderie

dans ma chambre?


FRED

Hum hum.


MICHEL

En bas, il y a une

paire de chaussettes rouges et

les clés du camion sont dedans.


FRED

Dans les chaussettes?


MICHEL

Bien, oui. Bien, oui. Et

je te donne l’itinéraire.


Après son appel, FRED va chercher les clés du semi-remorque dans les chaussettes rouges de MICHEL. FRED démarre ensuite le semi-remorque. Il éprouve une certaine difficulté à embrayer, mais finit par y arriver. Il emprunte l’autoroute, roule un moment et arrive finalement à destination. Il s’agit d’un hangar. FRED y stationne le semi-remorque et en descend, avant de rentrer en train et à pied. Tandis qu’il marche, il croise la camionnette bleue qu’il a aperçue plus tôt rôder près de chez MICHEL. Peu de temps après, FRED retrouve KEVIN à la sortie de l’école.


FRED

Ah! Ça va?


KEVIN

Oui.


FRED

Qu’est-ce que tu as fait?


KEVIN

J’ai fait un dessin.


FRED

C’est quoi?


KEVIN

Un éléphant.


FRED

C’est pas un éléphant, ça.

C’est un cheval?


KEVIN

Mais si, c’est un éléphant.


FRED

Ah, oui. Que je suis bête!

Évidemment que c’est

un éléphant.


KEVIN

Et toi, qu’est-ce

que tu as fait?


FRED

Moi, j’ai conduit

un gros camion.


KEVIN

Aussi gros que les Legos?


FRED

Beaucoup plus gros.

Cent fois plus gros

que les Legos.

C’est un camion comme il y a

sur l’autoroute.


KEVIN

Ah, oui.


FRED

Les gros camions.

Avec un volant grand comme ça...


Plus tard, à la maison, FRED et KEVIN mangent ensemble. KEVIN lance une croustille à FRED qui réplique aussitôt en lui renversant le bol de croustilles sur la tête.


FRED

Viens ici.


KEVIN éclate de rire et lui et FRED se lancent d’autres aliments, quand LISA, revenue de la cuisine, intervient.


LISA

Ça suffit, là!


FRED

Attends. T’énerve

pas. Ça va. On se marre.


LISA

Kevin, monte dans ta chambre.

Il est l’heure d’aller

se coucher.


KEVIN monte. LISA et FRED desservent la table.


LISA

Si tu crois que ça m’amuse de

refaire le ménage à 10 h le

soir, je te remercie.


FRED

Enfin, maintenant,

c’est moi qui le fais le ménage.


LISA

Et à part, ça,

tu as fait quoi?


FRED

Bien, rien. Comme d’habitude.


LISA

Non, dis pas "rien". J’ai

téléphoné. Il y avait personne.


FRED

Je donnais un coup de main

à Michel.


KEVIN est assis dans l’escalier et épie la conversation.


KEVIN

Il a conduit un gros camion.


LISA

Tu as conduit un camion?


FRED

Oui.


LISA

Qu’est-ce que

c’est que ces conneries?


FRED

Eh bien, c’est de conneries.

Alors, pourquoi tu me demandes?


LISA

Kevin, tu montes

dans ta chambre.


FRED se débouche une bière.


LISA

Bravo!


FRED

Et arrête de me casser

les couilles.

Il y a six mois, c’est toi

qui avais pas de boulot. Je

te faisais pas chier comme ça.

C’est comme ça.

On oublie quand on bosse.


LISA

Eh bien, moi, je picolais pas.


FRED

Quoi? Deux ou trois bières,

c’est picoler?

Mais tu es d’une mauvaise foi,

Lisa. C’est incroyable.

Quoi? Tu attends tes machins?


LISA

(Soupirant)

N’importe quoi. C’est toi

qui disparais toute la journée

et c’est moi

qui attends mes machins?

Facile, non?


FRED

Bon, bien. Tu es

fatiguée, c’est tout.


FRED dépose sa bière et se rend chez MICHEL. Il se prend une bière dans le réfrigérateur et s’assoit dans le salon de MICHEL pour fumer une cigarette, quand le téléphone sonne. FRED ne répond pas et le répondeur s’enclenche, avec la VOIX DE MICHEL.


VOIX DE MICHEL

Bonjour,

vous êtes bien chez Michel.

Vous pouvez laisser

un message. Merci.


La personne ne laisse pas de message. LISA vient rejoindre FRED chez MICHEL.


LISA

Tu as les clés de chez Michel?


FRED

Bien non, c’était ouvert.


LISA

Il a des emmerdes?


FRED

Non.


LISA

Bon, tu me le dis, hein,

si je te dérange.


FRED

Oh, arrête un peu.


LISA

(Soupirant)

Oh, je sais. Je suis chiante.

Ma mère, elle a pas arrêté

de faire chier mon père.

Quand il rentrait tard, elle

pensait toujours qu’il

était avec une autre.

En fait, c’était pire.

Il décollait pas

d’avec ses potes.


FRED

Tu as raison. C’est pire.


LISA

Mais il y a un truc qu’aucun

pote ne saura jamais faire.

Tu veux que je te montre?


LISA lève sa robe et chevauche FRED.


FRED

Oh, fais gaffe. Ma clope.


LISA

Il a l’air bien ce sofa.

Il est plus dur

que le mien, non?


FRED

C’est le tien qui fait

du bruit, c’est tout.


LISA

Oh, c’est pas tout.


FRED

Attends.

Fais attention.

Si Corinne arrive.

Éteins la lumière.

Éteins la lumière.

(Riant)

Éteins la lumière.

Tu es folle.


LISA rit à son tour.


FRED

Attends. Ça coince.

Aïe, aïe!


Plus tard, FRED et LISA font l’amour. À un moment, FRED jette un coup d’œil par la fenêtre et remarque une présence à l’extérieur. Il remonte rapidement son pantalon et sort dehors.


LISA

Tu vas où?


FRED

Je vais voir un truc.


FRED aperçoit une camionnette qui s’éloigne. Son premier réflexe est d’aller voir dans la chambre de KEVIN pour s’assurer qu’il s’y trouve toujours.


FRED

C’est moi qui t’ai réveillé?


KEVIN

Non.


FRED

(Chuchotant)

Allez, dors.


KEVIN

À demain.


FRED

À demain.


LISA

Fred?

Ça va?


FRED

Oui, oui. Ça va.


LISA

Mais qu’est-ce qu’il y a?


FRED

Mais rien... Non, j’ai cru

entendre le petit pleurer.


Le lendemain, FRED entre dans un restaurant et se rend directement au bar.


FRED

Salut, Jacky. Martini.


JACKY

Et Michel, on le voit pas

en ce moment?


FRED

Non.


FRED prend son verre.


FRED

Merci.


FRED, en se rendant à une banquette, pour y lire le journal, salue quelques clients attablés, dont YVAN.


FRED

Salut, les guerriers.


FRED s’assoit à la banquette derrière ces clients et commence à lire le journal.


YVAN

Les guerriers? Très drôle.

Tu es un militant, toi.

Tu lis Libé et tu te prends

pour un révolutionnaire?


FRED

Ça va. Je plaisantais.

Arrête, Yvan. Ça va.


YVAN

Hé! Je peux te parler, non?


FRED

Oui, oui. Je devine de quoi.


YVAN

Bien, justement.

Plus j’y pense et plus je me dis

que si tu nous avais pas poussés

à occuper l’usine, on en aurait

peut-être encore, du boulot.


FRED

Mais tu rêves!

Au contraire. Quand on

s’engage, il faut tenir.


YVAN

Bien, c’est facile pour toi

de donner des leçons.

Tu bosses.


FRED

Ah, oui? Où tu as vu ça, toi?


FRED se lève et se rend au bar. YVAN le suit.


YVAN

Comment ça

où c’est que j’ai vu ça?

Mais c’est que monsieur est

chauffeur maintenant.

Il a un beau camion blanc.


FRED

Jacky, dis-lui de me lâcher.


YVAN

Hé!

C’est pas vrai? On t’a pas vu

passer avec un gros cul hier?

Un peu frime et tout?


FRED

Mais si c’était un gros cul,

ça devait être ta femme.


YVAN et FRED s’empoignent et commencent à se bousculer.


JACKY

Mais arrêtez, tous les deux.


CLIENT

Mais ils sont malades.


YVAN et FRED sont maintenant au sol et en viennent au coup.


JACKY

Maintenant, vous arrêtez

ou j’appelle la police.


YVAN

Putain d’enculé! Je saigne.


FRED

Fais voir.


YVAN

Tiens.


YVAN se rue sur FRED.


CLIENT

Ah, ils recommencent.


Le CONNARD DE JUVISY 1, qui est dans l’établissement, jette un coup d’œil à YVAN et à FRED avant de sortir.


Plus tard, deux JEUNES sont dans un bureau au poste de police. FRED s’y trouve également, un peu plus loin.


JEUNE 1

T’avais qu’à te planquer.


JEUNE 2

C’était à toi de me prévenir.


Deux policiers, NOUCHI et BARRÈRE, entrent dans le bureau.


NOUCHI

Tu me laisses faire, hein?


BARRÈRE

À chacun sa tribu.


NOUCHI s’assoit entre les deux JEUNES, pendant que BARRÈRE demeure dans le cadre de porte.


NOUCHI

Bon, alors. Ces joints-là.

C’est pas à vous, ça, bien sûr?


JEUNE 2

Je te jure que non, monsieur.


BARRÈRE

Tu te balades souvent avec des

100 balles de liquide sur toi?


JEUNE 2

Bien, c’est le chômedu

celui de ma mère.


NOUCHI

Oui, je la connais ta mère.

Elle a jamais bossé.

Alors le chômage?


JEUNE 2

Bien, elle a le droit de

le toucher. Je te jure que oui.


BARRÈRE

S’il dit que c’est le chômage

de sa mère, je ne vois pas

ce qu’on peut faire.


NOUCHI

Bon. Je les descends au frigo.

Je reviens tout à l’heure.


BARRÈRE s’assoit à son bureau et s’allume une cigarette. Il s’occupe finalement de FRED.


BARRÈRE

Je vous connais? Hein?

On s’est déjà vus?

Il y a six mois.

Même endroit, même motif.


FRED

Possible.


BARRÈRE

Hein?


FRED

C’est possible.


BARRÈRE

Bon, vous avez rien

d’autre à foutre

que de vous foutre

sur la gueule?


FRED

Eh non. C’est ça le truc.

On n’a rien d’autre à foutre.


BARRÈRE

Vous portez plainte?


FRED

Non.


BARRÈRE

L’autre non plus.

Là, c’est moi qui vais porter

plainte contre vous.

Plainte pour nous

faire chier, pour nous

faire perdre notre temps.

Encore, des gamins, je

comprends. Vous étiez bourrés?


FRED

Pas encore.


BARRÈRE

Bon. Eh bien, je vais vous

garder jusqu’à minuit.

Comme ça, pour... pour vous

faire chier, pour vous faire

perdre votre temps. Hein?

Chacun son tour.

Allez. Bonne soirée.


Plus tard ce soir-là, FRED rentre à vélo et entre dans la maison de MICHEL, voyant que la porte est demeurée entrouverte.


FRED

Michel?

Corinne?


FRED raccroche le téléphone qui est sur le plancher et fouille ensuite dans le frigo.


FRED

Il y a plus rien dans ce frigo.


FRED s’attarde quelques instants au babillard de MICHEL. Une photo montre MICHEL et FRED, une autre MICHEL devant un semi-remorque et une dernière montre MICHEL et des hommes de la construction. FRED s’allume une cigarette et s’étend dans le lit de MICHEL quand une JEANNE entre dans la maison et se présente à la porte de la chambre.


JEANNE

(Apercevant FRED)

Mais qu’est-ce

que tu fous là?


FRED

Je suis passé comme ça.


JEANNE

Il est où Michel?


FRED

Je sais pas.

Tu l’as pas vu ce soir?


JEANNE

Non. Hier non plus.


JEANNE se couche dans le lit, à côté de FRED.


JEANNE

J’étais au Pote Choubin.

C’est ma Vespa qui m’a ramenée.

Putain! C’est d’un ringard,

cette boîte. T’y vas jamais, toi?


FRED

Non. C’est où?


JEANNE

(Riant)

"C’est où?"


JEANNE prend la main de FRED et la glisse entre ses cuisses.


JEANNE

(Surprise)

Oh, la vache!

T’as les mains froides.


FRED

C’est le vélo. Je mets

toujours des plombes

à me réchauffer.


FRED essaie de sortir du lit, mais JEANNE l’en empêche. Il doit l’enjamber.


JEANNE

Oh! Ça tourne.


FRED

Je dirai

bonsoir à Lisa pour toi.


JEANNE

T’es même pas marrant.


FRED rentre chez lui. LISA dort.


LISA

(Endormie)

Fred.


FRED

Oui.


LISA

(Endormie)

Tu étais où?


FRED

Hein?


LISA

Tu étais où?


FRED

Mais nulle part.

J’ai reçu un courrier

de l’ANPE pour un boulot.

Il faudra que j’y passe.


LISA

Génial, mais tu étais où?


FRED

J’étais au commissariat.

Voilà.


LISA

Commissariat?

(Soupirant)

Avec qui tu t’es encore battu?


FRED s’assoit au bout du lit pour se déchausser.


FRED

Avec Yvan. Rien de grave.


LISA

(Allumant la lumière)

Regarde-moi.


FRED

J’ai rien.

Bien, non.


LISA

Vous en avez pas marre,

tous les deux?

C’est nul, je te jure.


FRED

Tu t’es jamais battue?


LISA

Pas comme ça.

Un jour, j’ai donné un coup de

pied dans les couilles à un

mec qui me suivait.

(Riant)

Ça m’a fait bizarre sur le pied.

En fait, je suis contente

d’être une femme.

Je comprends que vous ayez peur

de vous balader avec ça

entre les jambes.

C’est fragile.


FRED

C’est pour ça qu’il faut

les caresser souvent.

Eh oui!


Le lendemain, LISA et KEVIN sont partis. FRED passe l’aspirateur dans la maison, quand on sonne à la porte. FRED ouvre la fenêtre pour voir qui est à la porte.


FRED

Mais qu’est-ce que tu fous là?


YVAN

Je te dérange?

Tu fais le ménage?


FRED

Bien, oui.


YVAN

Moi, c’est fait. J’ai plus

que l’aspirateur à passer.


FRED

Qu’est-ce que

tu as comme marque?


YVAN

Un Hoover.

Il y a que ça de vrai.


FRED

Bien, entre.


YVAN

Je voulais m’excuser pour

hier. Je crois que j’ai

été très con.


FRED

Mais non,

c’est moi qui ai commencé.


YVAN

Tu sais,

depuis que l’usine a fermé,

on doit être 200

à se sentir souvent très cons.


FRED

C’est sûr.

Mais reste pas là. Entre.


YVAN

Tu veux pas plutôt

aller boire un pot?

Une limonade, hein?

Ça te va, une limonade?


FRED

Je me fais une beauté

et puis j’arrive.


Plus tard, FRED et YVAN discutent en marchant.


FRED

Tu te rends

compte qu’ils m’ont

lâché à minuit, ces enculés.


YVAN

Moi, j’ai deux mômes. Ils

m’ont fait la leçon du père

de famille et ils m’ont lâché.


FRED

Évidemment, un célibataire,

ils peuvent le faire chier à

volonté. Tu parles!


YVAN

Tu es pas célibataire, toi?


FRED

Ah, non? À ton avis

pour la police?


YVAN

Avoue que tu es pas le dernier

pour faire chier le monde.


FRED

Attends, Yvan.

Si tu me casses les couilles,

tu vas aller la boire seul

ta limonade. C’est clair?


YVAN

Oui.

On ne te changera pas, toi?


FRED

Ah, non. Bien, pas toi

en tout cas. Pas toi.


FRED et YVAN, au bout d’un moment, arrivent à la voiture de YVAN, stationnée devant chez lui. La FEMME D’YVAN, qui est dans la maison, les aperçoit par la fenêtre.


FEMME D’YVAN

Yvan, où vous allez?


YVAN

Comment ça où on va?


FEMME D’YVAN

Bien, oui. Où vous allez?


YVAN

Bien, on va voir une grue

que je voudrais montrer

à Fred. Ça te va?


FRED

Hé! Où on va? Chez Jacky?


YVAN

Arrête. Il va

nous faire la morale.


FRED

Mais tu es fou, toi.


FRED et YVAN roulent à bord de la voiture et passent devant un chantier où plusieurs maisons sont en construction.


YVAN

C’est nous qui aurions dû

le construire celui-là aussi.


FRED

Avec ce qu’il a plu cet hiver,

ils ont dû se faire chier, hein.


YVAN

Tu sais que l’usine a été

rachetée, finalement?


FRED

Ah, oui?


YVAN

Oui. Le syndic

l’a affiliée un centre de

loisirs ou un truc comme ça.


Au bout d’un moment, YVAN arrête la voiture.


FRED

Mais qu’est-ce que tu fous?

Pourquoi tu t’arrêtes?


YVAN

(Indiquant le chemin de l’usine)

On y passe?


FRED

Pour faire quoi?


YVAN

Je sais pas. Comme ça.

Enfin, je veux

pas te faire chier.


FRED

Ah, non. Vas-y.


Quelques instants plus tard, YVAN est devant l’usine à présent laissée à l’abandon. FRED est un peu en retrait.


YVAN

Là-haut, c’était mon atelier.

Tu as vu comment

ils ont éventré tout ça?


YVAN montre à FRED l’énorme trou dans le mur.


YVAN

Tu me diras que ça

fait de l’aération parce

qu’au niveau des fenêtres,

on n’était pas gâtés.

Tu viens?

On va jeter un coup d’œil.


YVAN et FRED longent les murs extérieurs de l’usine.


FRED

Hé! C’est pas chic?

On fait le tour du propriétaire.


YVAN

C’est con. Ça va te miner.


YVAN

Pas plus qu’autre chose, hein.


À l’intérieur de l’usine, YVAN tape dans ses mains.


YVAN

Oh!

Ça part en couille, hein?

C’est par là mon atelier.

Quel binz!

Tu parles des fourmis

qu’on était. Et c’était quand

même autre chose que

de faire le ménage, non?


YVAN est sur le bord de ce qui était auparavant une fenêtre, dorénavant une grande ouverture dans le mur.


FRED

C’est sûr, oui.

Oui, bien, t’approche

pas trop, hein.


YVAN

Tu as le vertige?


FRED

On va le boire ce coup,

ou quoi? Allez, viens.

Viens.


FRED jette un coup d’œil à l’extérieur et remarque alors la même camionnette bleue qu’il a déjà aperçue.


FRED

On y va, Yvan.

Tu viens ou quoi?


YVAN

Oui, oui.


FRED

Allez, magne.


Le CONNARD DE JUVISY 1 arrive à ce moment.


CONNARD DE JUVISY 1

Qu’est-ce que

vous branlez là, les mecs?


YVAN

Comment? Qui c’est celui-là?

Mais je t’emmerde,

moi, mon pote.


CONNARD DE JUVISY 1

Mais moi aussi, je t’emmerde!


YVAN assène un coup de poing au visage du CONNARD DE JUVISY 1.


CONNARD DE JUVISY 1

Oh!


FRED veut intervenir, mais le CONNARD DE JUVISY 2 s’interpose et le saisit par-derrière.


CONNARD DE JUVISY 2

Où tu te barres, toi?


CONNARD DE JUVISY 1

Arrête.


YVAN assène de violents coups de pied à répétition au visage du CONNARD DE JUVISY 1 qui est au sol.


CONNARD DE JUVISY 2

Bouge pas, putain!


Le CONNARD DE JUVISY 1 réussit à renverser YVAN, à le saisir par la jambe et à le tirer au sol.


FRED

Arrête. Mais laisse-le, merde!


Le CONNARD DE JUVISY 1 entraîne YVAN vers l’endroit où se trouvait une fenêtre, maintenant un énorme trou dans le mur.


FRED

NON! Non!


Le CONNARD DE JUVISY 1 laisse tomber YVAN en bas du deuxième étage.


CONNARD DE JUVISY 2

Putain!

Mais t’es malade, merde!


Le CONNARD DE JUVISY 1 prend alors une barre de fer qui traîne au sol et se dirige vers FRED qui réussit à se défaire de son emprise. Il le confronte alors, mais reçoit un coup au visage.


Le CONNARD DE JUVISY 2 prend le CONNARD DE JUVISY 1 par les épaules et le raisonne un peu.


CONNARD DE JUVISY 2

Viens. On se casse.

Merde. Laisse-le.


Les CONNARDS DE JUVISY prennent la fuite. FRED saisit une barre de fer et se lance à leur poursuite. Rendu à l’extérieur, il les voit monter à bord de la camionnette bleue et s’en aller. Il retrouve le corps de YVAN qui gît inanimé au sol. FRED rentre chez lui à pied. Il a le visage ensanglanté. Rendu à la maison, il prend le téléphone et appelle au poste de police. Une VOIX ENREGISTRÉE lui répond.


VOIX ENREGISTRÉE

Vous êtes en relation avec la

police. Ne quittez pas.

Vous êtes en relation

avec la police. Ne quittez pas.


FRED se regarde dans un miroir.


FRED

Oh, putain.


Un POLICIER finit par répondre, au bout d’un moment.


POLICIER

Oui, le 17. J’écoute.


FRED raccroche aussitôt.


Quelques instants plus tard, FRED sort de la douche et réfléchit à voix haute.


FRED

Un sac.

Mes chaussettes. Merde!

Oh, putain.


FRED entre ensuite chez MICHEL et y trouve CORINNE.


FRED

Mais qu’est-ce que

tu fais là, toi?

Tu es pas chez ta mère?


CORINNE

Oh, la vache. Tu as vu

ta tronche? Tu fais peur, hein.


FRED

Tu prépares tes affaires.

Tu vas chez ta mère.


CORINNE

Comment tu me parles?

Tu es pas mon père.


FRED

(Criant)

Bon, écoute.

Je suis peut-être pas ton père.

Tu prépares tes affaires

et tu vas chez ta mère. OK?


CORINNE

OK.


FRED

Allez. Vite.

Il y a personne

qui l’a appelé ton père?


CORINNE

Ma grand-mère.

Pourquoi? Ça te regarde?


FRED

À part ta grand-mère,

personne d’autre?


CORINNE

Il y a un mec qui s’appelle

Bruno. C’est tout.


FRED

Il voulait quoi?


CORINNE

Bien, je sais pas, moi.

Qu’est-ce qui se passe?


FRED

Mais rien, rien. Allez.


FRED met CORINNE à la porte. Il fouille ensuite dans les affaires de MICHEL quand il entend JEANNE arriver en scooter. Elle est avec une COPINE.


COPINE

Je t’avertis. Je veux pas

être à la bourre demain.


JEANNE

Bien, arrête,

fais pas la tronche.

Je vais voir s’il est là.


JEANNE entre dans la maison de MICHEL. À ce moment, FRED s’enfuit par-derrière.


JEANNE

Michel?


La COPINE de JEANNE vient la rejoindre à l’intérieur.


COPINE

Bien, il est pas là.


JEANNE

Je sais pas ce qu’il fout.

Il déconne en ce moment.

Il laisse tout ouvert.


Pendant ce temps, FRED roule à vélo. Il s’arrête près d’une cabine téléphonique et laisse tomber le sac, dans lequel se trouvent ses vêtements souillés, en bas d’un pont. Il entre ensuite dans la cabine téléphonique et appelle MICHEL. Son répondeur s’enclenche et on entend la VOIX DE MICHEL.


VOIX DE MICHEL

Salut, c’est

Michel. Vous pouvez laisser

un message. Merci.


FRED

Allô, Michel. C’est Fred.

J’espère que tu écoutes ton

putain de répondeur.

Il faut absolument que je te

parle. Il faudrait qu’on se

retrouve au babill'.

Tu vois lequel? Il faut que tu

viennes. Viens absolument.

Je t’attendrai là-bas.

OK? Ciao.


FRED appelle ensuite au travail de LISA.


FRED

Je voudrais parler à Lisa,

s’il vous plaît.


Quelques instants plus tard, LISA et FRED discutent derrière le laboratoire où travaille LISA.


FRED

Mais il voulait pas le tuer.

C’est ce con d’Yvan qui

est devenu barje.


LISA

D’accord. Mais c’est quoi

cette histoire de camion?


FRED

Mais rien. C’était un petit

boulot. Ça a peut-être

même rien à voir.


LISA

Mais Fred, tu te rends

compte de ce que tu dis?

Il y a un mec qui est mort.

Et je comprends pas pourquoi

tu vas pas voir les flics.

Tu as rien fait.


FRED

Pour qu’ils m’emmènent en

tôle? Et je ressors quand, moi?

Ce qu’il faut, c’est que

je trouve un minimum d’infos

pour que les flics me croient.

Après, ça ira.


LISA

Et moi, je fais quoi?

Bien, tu as qu’à leur dire

que je suis parti pour

trouver du boulot.

Tiens. Le truc

à l’ANPE. Bien, je vais me

démerder pour y aller demain.

Voilà. Tu vois,

j’en ai peut-être du boulot.


JACQUARD sort dehors.


JACQUARD

Tout va bien?


FRED

Ça se voit pas?

Qu’est-ce qu’il a à nous

casser les couilles, celui-là?


JACQUARD

Je voulais seulement

savoir si --


FRED

(Haussant le ton)

Tu veux rien. Tu nous casses

les couilles.

Alors, tu vas jouer avec

tes éprouvettes. Dégage.

Dégage!


JACQUARD retourne à l’intérieur. FRED s’approche de LISA.


FRED

Il te fait

toujours chier, lui?


LISA

Mais non, ça va.

C’est un patron.


FRED

Viens.


FRED entraîne LISA plus loin et ils s’enlacent longuement.


FRED

Oui, comme ça.


FRED et LISA s’embrassent ensuite.


LISA

Tu as de l’argent?


FRED

T’inquiète pas. Je ferai avec.


LISA enlace FRED.


LISA

Tu bandes?


FRED remonte à vélo et s’en va. Plus tard, tandis qu’il marche vers l’entrepôt où il a garé le semi-remorque, une voiture de sécurité s’arrête près de lui. Un AGENT DE SÉCURITÉ descend de voiture et interpelle FRED.


AGENT DE SÉCURITÉ

Et il va où comme ça.


FRED

E-4.

J’ai déposé un

camion là-bas avant-hier.


AGENT DE SÉCURITÉ

Non, non.

Personne ici sauf les camions.


FRED

Justement, je voulais

vérifier le chargement.


AGENT DE SÉCURITÉ

C’est interdit,

je vous ai dit.

Oh, tu es sourd

ou tu me prends pour un con?


FRED

Tu me touches, là?


L’AGENT DE SÉCURITÉ s’adresse à un COLLÈGUE en utilisant sa radio.


AGENT DE SÉCURITÉ

Intervention.

E-4, E-5 demande des renforts.


COLLÈGUE

Oui, oui. J’arrive.


AGENT DE SÉCURITÉ

Il fait moins le malin, hein?


FRED s’en va en lui faisant un doigt d’honneur. Plus tard, FRED est dans un bistrot. NOUCHI y entre et salue l’homme derrière le bar, JEAN-PAUL.


NOUCHI

Salut, Jean-Paul.


JEAN-PAUL

Bonjour.


NOUCHI

Un demi.


JEAN-PAUL

C’est parti.


NOUCHI aperçoit FRED seul à une table et va le rejoindre.


NOUCHI

Salut, Fred. Ça va?


FRED

Tu as pas vu Michel?


NOUCHI

Non. Pourquoi?

C’est lui qui t’a fait ça?


GENEVIÈVE, une femme qui travaille au bistrot, passe près d’eux et les salue.


GENEVIÈVE

Salut, les hommes.


NOUCHI

Salut, Geneviève.

Bon, on fait une partie, là?


FRED

Non.


NOUCHI

Allez viens. Une petite.

T’as les jetons ou quoi?


FRED

Non. J’ai pas envie, j’te dis.


NOUCHI

Allez. Viens prendre ta leçon.


FRED

Bon, allez. Une mort subite.


NOUCHI

Une mort subite?

Putain! Tu es dur, hein.


NOUCHI met une pièce dans la table de babyfoot. La partie commence et FRED marque rapidement un but.


NOUCHI

Subite, subite. Pas trop

subite quand même, hein.


Le téléphone du bistrot sonne et GENEVIÈVE interrompt la partie de babyfoot.


GENEVIÈVE

Fred? Michel

au téléphone pour vous.


FRED prend le téléphone.


FRED

Allô. Tu es où?


MICHEL

Pourquoi?

Qu’est-ce qu’il y a?


FRED

Yvan est mort.


MICHEL

(Surpris)

Yvan? Il est mort?


FRED

Je sais pas ce qui se passe,

mais depuis que j’ai bougé

ton putain de camion,

c’est l’enfer.


MICHEL

Et comment ça il est mort?


FRED

On a été faire un saut

à l’usine lui et moi

parce que ce con-là

voulait revoir son atelier.

On s’est castagnés avec deux

salopards. Ces enculés ont

tué Yvan. Tu comprends?

Le problème,

c’est que tout le monde

va croire que je l’ai buté.

Parce que hier, lui et moi,

on s’est foutus sur

la gueule. Allô?

Allô? Michel?


MICHEL

Mais c’est qui ces mecs?


FRED

Mais j’en sais rien

qui c’est ces mecs.

Ils étaient devant chez toi

dans une estafette.


MICHEL

Oh, putain! Fred.

Tu vas voir les flics.


FRED

Mais comment "les flics"?

Pour leur dire quoi?


MICHEL

Bien, ce que tu sais.


MICHEL raccroche. FRED quitte aussitôt le bistrot et va voir JEANNE qui referme la grille du restaurant où elle travaille.


FRED

Salut, Jeanne. Ça va?


JEANNE

Et toi?

Ça a pas l’air, hein.


FRED

Si, si. Ça va. Dis-moi.

Tu as vu, Michel?


JEANNE

Il est passé ce matin.

Il était aussi gnasse que toi.

Vous faites la fête ensemble

la nuit, ou quoi?


FRED

Euh... Il t’a rien dit

de spécial?


JEANNE

En tout cas,

il m’a pas parlé de toi.


FRED

Oh... Qu'est-ce

qu'il a fait exactement?


JEANNE

Ah, mais tu es bizarre.

Je sais pas. Il a mangé un

morceau. Il a passé un

coup de fil. Voilà.


FRED

Tu sais qui l’a appelé?


JEANNE

Un mec.


FRED

Mais quel mec?

Tu sais comment il

s’appelait ce mec?


JEANNE

Ouais.

Pourquoi?


FRED

Et pourquoi tu me

le dis pas, alors?


JEANNE

Parce que vous faites

des cachotteries comme des

gamins et que j’en ai marre.

Il veut rien me

dire non plus comme si je

pouvais pas comprendre. Putain!

C’est chiant à la fin!


FRED

Y’a rien à comprendre. Je

veux savoir son nom, c’est tout.


JEANNE

Mandor.

Mandor, il s’appelle

le mec. Ça te va?


FRED

Bruno Mandor?


JEANNE

Oui.

C’est bon?

Tu as ce que tu voulais?

Tu veux que je te dépose

en scoot'?


FRED

Non, ça va.

Je vais me démerder.


JEANNE

Bien, tu rentres pas chez toi?

Tu dors où?


FRED

Va-t’en. Ça va, je t’ai dit.

Je vais me démerder.


JEANNE

Tu sais, hier soir,

j’étais bourrée, hein.

Tu peux venir chez moi si

tu veux. Je vais pas te manger.

Hum... C’est ça. Fais-moi tes

yeux de chien battu. J’adore ça.


JEANNE lui remet la clé du restaurant.


FRED

Merci.


JEANNE

Évite les sandwichs au thon.

Ils sont périmés.


JEANNE s’en va.


JEANNE

Demain matin, tu laisseras

les clés au tabac.

Dis bonjour à Lisa de ma part.


Peu de temps après, FRED appelle LISA.


LISA

Il faisait quoi ce mec-là?


FRED

Mandor? Bien, il bossait

pour l’usine.


LISA

Mais quel genre de boulot?


FRED

Bien, tout et n’importe quoi.

Je sais que Michel a travaillé

pour lui. Enfin, je crois.


LISA

Le truc de l’ANPE,

tu y penses?


FRED

Ah, oui, oui.


LISA

Vas-y demain.


FRED

Hum


LISA

Mais ça serait trop con

de pas y aller.

Surtout dans

la merde dans laquelle tu es.


FRED

Oui. OK.


LISA

Sûr, hein?


FRED

Hum.


LISA

Bon, bien...

Je te dis plein de trucs.


FRED

Moi aussi.

Plein, plein, plein.

Ciao.


LISA

(S’adressant à KEVIN)

Tu vas aller te coucher, hein?

C’est bientôt l’heure.


KEVIN

Mais oui.


LISA

Kevin, tu l’as mis où

ton vélo?


KEVIN

Dehors.


De son côté, FRED entre dans le restaurant où travaille JEANNE pour y passer la nuit. Pendant ce temps, LISA va voir dehors et tombe nez à nez avec BARRÈRE, l’agent de police.


BARRÈRE

Ah! Je vous ai fait peur.

Excusez-moi.


LISA

Non.


BARRÈRE

Non, mais ces maisons,

elles sont toutes pareilles.

Vous êtes Lisa Mondini?


LISA

Oui?


BARRÈRE

Votre... Votre ami, enfin,

votre compagnon, Frédéric

Cadbert, il est chez vous?


LISA

Non. Il est parti

chercher du travail.


BARRÈRE

Il est parti quand?


LISA

Ce midi.


BARRÈRE

Vous savez qu’un collègue à

lui est tombé ce matin du

haut de son usine?


LISA

Oui. J’ai entendu dire.


BARRÈRE

Vous savez qu’il est mort?

Et vous savez aussi que lui et

M. Cadbert se sont battus hier?


LISA

Oui, bien,

c’était pas si grave.


BARRÈRE

Non, bien sûr que non.

Enfin, c’est embêtant

qu’il soit pas là, quoi.

Vous trouvez pas?

Hein? Non?


LISA

Mais qu’est-ce que

vous voulez que j’y fasse, moi?


LISA range le vélo de KEVIN près de la maison et entre.


BARRÈRE

Vous ne m’invitez pas

à entrer?


LISA

Non. Il y a le petit qui dort.


BARRÈRE

Ah, bien, de toute façon,

à cette heure-ci,

on n’a plus le droit

d’entrer nulle part, alors.

Bon, écoutez. Votre copain, je

le prends pas pour l’ennemi

public numéro 1, hein.

Mais j’aimerais bien

qu’il passe me voir.

(Lui tendant une carte)

Ah, il y a même

mon adresse personnelle.

Bien, quoique le commissariat,

il en a l’habitude.

Allez. Au revoir, madame.


LISA

Bonsoir.


Le lendemain, FRED est sur un chantier de construction. Un CONTREMAÎTRE arrive.


CONTREMAÎTRE

Frédéric Cadbert.

Bonjour. J’ai rien

pour un grutier, mais...

vous avez déjà travaillé sur

la 7-88, la nouvelle Poclain?


FRED

Non, mais je vois à

peu près. Il paraît

qu’elle est souple.


CONTREMAÎTRE

Oui. J’ai lu votre CV.

Ça devrait aller.

On lance un nouveau chantier.

On n’a pas le droit à l’erreur.

Vous allez me montrer

ce que vous savez faire.

Vous avez intérêt à être bon.


FRED

Ah, bon? Pourquoi?


CONTREMAÎTRE

J’ai lu que vous

avez occupé les locaux

de vos derniers employeurs.


FRED

Ça a le droit de figurer

sur le dossier ça?

Je vous signale que c’est pas

le genre de truc qu’on fait

pour le plaisir.


CONTREMAÎTRE

Les dossiers, je les lis.

C’est pas moi qui les écris.

Vous allez me prendre

trois, quatre chapeaux

là, les poser sur la pile,

bien alignés sans rien casser.

Un par un.


FRED

OK.


FRED monte à bord d’une petite grue et s’exécute, sous le regard attentif du CONTREMAÎTRE.


De son côté, LISA marche dans la rue, quand une voiture s’arrête près d’elle.


NOUCHI

Bonjour.


LISA

Bonjour.


NOUCHI

Mon collègue aimerait

que vous l’appeliez.


LISA

C’est ça, ce qu’on appelle

mettre de la pression?


NOUCHI

Avouez que

c’est pas bien méchant.

Vous oublierez pas

de le rappeler?


LISA

J’oublie jamais rien.

Votre feu avant, là,

il est cassé.


Plus tard, LISA sonne à la porte de l’ÉPOUSE d’YVAN. Il n’y a pas de réponse. Quand LISA s’en va, elle remarque qu’elle est à sa fenêtre à l’étage.


De son côté, FRED se rend chez MADAME MANDOR.


FRED

Bonjour, madame.


MADAME MANDOR

Bonjour.


FRED

J’espère que

je vous dérange pas. Je suis --


MADAME MANDOR

Vous êtes de Vantille,

c’est ça?


FRED

Oui. Comment vous savez?


MADAME MANDOR

Par hasard.

Ici, je sais les choses...

que par hasard.

Du thé?


FRED

Je cherche M. Mandor.


MADAME MANDOR

Mais c’est qu’il est parti,

M. Mandor.

Envolé dans la nuit.


FRED

Vous connaissez ce type?


FRED lui montre la photo sur laquelle on voit FRED et MICHEL.


MADAME MANDOR

Il aurait pas volé

un camion votre copain?


FRED

Oui, c’est possible.


MADAME MANDOR

Hum.

Très fort M. Mandor pour

couvrir les conneries

des grands patrons.


FRED

Et dans ce cas, il ferait pas

appel à types en camionnette?


MADAME MANDOR

Les connards de Juvisy...

feraient n’importe

quoi pour 2000 balles.


FRED

C’est qui ces types?


MADAME MANDOR

Je sais pas leurs

noms puis pour tout

vous dire, je m’en fous.


FRED

Oui et moi, je m’en fous pas.

Ils ont tué quelqu’un

et je compte pas

aller en tôle à leur place.


MADAME MANDOR

Je sais pas tout, mais je sais

où M. Mandor planque ses trucs.


FRED

Quel genre de trucs?


MADAME MANDOR

Oh, j’en sais rien.

J’ai jamais osé regarder

de peur de tomber sur les

photos d’une de ses pétasses.


FRED suit MADAME MANDOR dans le bureau de son mari. En entendant des crissements de pneus, MADAME MANDOR jette un coup d’œil à la fenêtre. FRED l’imite. Tous les deux reconnaissent les CONNARDS DE JUVISY.


MADAME MANDOR

Partez, je vous en prie.

Derrière la cuisine, l’escalier.


FRED

Là?


FRED prend cet escalier, mais arrivé à mi-chemin, il aperçoit le CONNARD DE JUVISY 1 au bas des marches. Il passe par une porte qui se trouve tout près et aboutit dans une pièce, au rez-de-chaussée, en rénovation. Les CONNARDS DE JUVISY, qui ont pris des chemins différents, s’y rencontrent, alors que FRED s’est sauvé.


CONNARD DE JUVISY 2

Il est où, merde?


CONNARD DE JUVISY 1

Retourne là-bas.


CONNARD DE JUVISY 2

Enculé de sa mère!


FRED, pris en chasse par le CONNARD DE JUVISY 1 se fraie un chemin jusqu’à la rue. Il remarque la camionnette bleue stationnée plus loin. FRED appelle ensuite LISA qui est déjà au téléphone.


LISA

Oui. Ne quittez pas.

Allô, Laboratoire Jacquard.

J’écoute.


FRED

Lisa, c’est moi.


LISA

Fred?


FRED

Tu peux me rejoindre

dès que tu as fini?


LISA

Oui, d’accord, mais où?


FRED

Dans un motel.

Tu notes l’adresse?


LISA

Oui. Vas-y.


FRED

Tu sais, l’hôtel près de

la 86? On était passés

devant une fois.


CLIENTE

(S’adressant à LISA)

Mademoiselle,

s’il vous plaît.


LISA

(Répondant à la CLIENTE)

Oui. Un instant.

(S’adressant à FRED)

Et le boulot de l’ANPE, alors?


FRED

Bien, je suis allé.


LISA

Oui?


FRED

Bien, j’ai fait un essai.

Ça s’est bien passé,

mais c’est le genre

"On vous écrira, quoi."

Je crois qu’on était sept

sur le coup.


LISA

Mais je peux

pas te parler là.


FRED

Tu viens, hein?

Je t’attends.


LISA

Oui, j’arrive.

Euh... Vendredi à 15 h 30,

ça vous ira? D’accord.

Au revoir.

Merci.


Plus tard, un taxi dépose LISA au lieu de rencontre. Elle frappe à la porte. FRED, qui était sous la douche, vient lui ouvrir.


FRED

Tiens, rentre.

Je suis trempé. J’arrive.


LISA

Je t’ai ramené

des affaires propres.


FRED

Oh, merci.

Où est Kevin?


LISA

Son père le ramène à 10 h.


FRED

Ça va?


LISA

Ça va.


FRED

Comment tu es venue?


LISA

En taxi, 50 balles.

Tu vois le genre?

Et toi, tu l’as payé

comment l’hôtel?


FRED

Bien, j’ai fait péter

ma carte. Grave.


LISA retire son chemisier. Plus tard, LISA et FRED sont allongés dans le lit et discutent.


FRED

Non. J’ai pas vraiment eu peur.

Tu te souviens de la tempête

il y a trois ans.


LISA

Hum hum.


FRED

J’étais sur ma grue

à 30 mètres du sol et

tout d’un coup, ça...

ça s’est mis à souffler,

un truc de dingue.

J’ai jamais fait de bateau,

mais ça doit ressembler

à ça une tempête.

J’aurais dû être mort

de trouille.

Seulement,

j’avais quelque chose à faire.

Je devais déposer cette

poutre de trois tonnes qui était

accrochée au bout de mon levier.

J’avais tout dans les poignets.

J’ai déposé la poutre comme

si c’était une plume.

Il y a pas à chier, c’est...

c’est quand tu as

rien à faire que tu as peur.


LISA

Tu sais que c’est la première

fois que tu m’invites à l’hôtel?


FRED

Bien, tu es pas difficile.


LISA

Au contraire.

Je suis très difficile.

Je le sens pas trop

ton copain Michel.

Et quand je t’ai rencontré,

tu veux pas savoir ce que

j’ai entendu sur toi

et ta grande gueule.

Mais il y en a qu’un seul

qui t’a défendu.

C’était Michel.


FRED

Je sais.


FRED se lève et va regarder à la fenêtre.


LISA

Qu’est-ce que tu vas faire?


FRED

Je sais pas.

(Remarquant une voiture)

Tu as dit à quelqu’un

que j’étais là?


LISA

Non. À personne.


FRED

Putain!


LISA

Ça doit être un coup

de cet enfoiré de Jacquard.

Ce connard est toujours en train

de fouiller sur mon bureau.


FRED

Comment ça?


LISA

Bien, j’ai dû laisser

traîner l’adresse du motel.


FRED

Merde!

Tu parles d’une connerie!

J’ai bien fait

de planquer ma bécane.

Putain! Je le sentais.

Ah, les enculés!

Donne-moi mon blouson.

Mon blouson, vite.

Où est-ce qu’on se retrouve?

La gare. On se retrouve

à la gare, OK? Ciao.


FRED sort rapidement de la chambre. Quelques instants plus tard, LISA quitte la chambre. Elle croise BARRÈRE.


BARRÈRE

Il est là?


LISA

Non, il est parti.

Il a rien fait, alors,

il a peur d’aller en prison,

c’est normal, non?


BARRÈRE

Bien, voyons.


LISA

C’est Jacquard

qui vous a prévenu?

Vous avez de beaux complices.


BARRÈRE

Attendez, là. C’est vous

qui parlez de complice?

Très drôle. Ce que je

vais trouver marrant si vous

continuez à jouer ce petit jeu,

c’est de vous balancer

en garde à vue. Ça vous dirait?

Il y a deux cyclistes qui l’ont

aperçu hier à côté de l’usine.

Maintenant, j’arrive ici,

il se barre.

Il m’oblige à

lui courir aux fesses

comme s’il était coupable.

Ça joue contre lui, ça.

Vous savez?


LISA

Bien, ça joue toujours contre

les mêmes. C’est pas nouveau.


BARRÈRE

Hé! Moi, je suis flic.

Je suis pas Dieu.


LISA

Bien, ça tombe bien parce

que moi, Dieu, je l’emmerde.


BARRÈRE

Moi aussi.


LISA lui donne la clé de la chambre et s’en va. BARRÈRE entre dans la chambre d’hôtel. De son côté, FRED attend LISA plus loin. Quelques instants plus tard, elle vient le rejoindre.


FRED

Alors, tu l’as vu ce flic?


LISA

Oui, je l’ai vu.


FRED

Alors?


LISA

Je t’avais dit qu’il

m’avait filé son adresse perso.


FRED

Je vois pas ce que ça change.


LISA

Ça change qu’un flic, ça donne

jamais son adresse perso.

Il a l’air bien ce mec, Fred.


FRED

Peut-être, mais c’est un flic.

Les flics, ça fout en tôle.

C’est ce qui me fout le plus les

jetons au monde. Tu comprends?

Nous, quand on se fait niquer,

on se fait niquer grave.

Ça va pas faire les journaux

si j’y reste un bail.


LISA

Et moi, je préfère savoir

que tu es en tôle plutôt

qu’au cimetière.

C’est une histoire dégueulasse

et je veux que tu en sortes.

Tu peux comprendre ça,

toi aussi? Fred?

J’ai peur que tu finisses

par faire une connerie.


FRED

Bon, qu’est-ce que tu crois?

Que je fais seulement m’amuser?


LISA

J’y ai pensé, oui.


FRED

Vas-y, allez.

Dis-moi. Qu’est-ce

que tu veux que je fasse?


LISA

Je veux que tu ailles

voir ce flic.

Pas au commissariat.

Chez lui. Tu risques moins.

Tu lui parles. C’est tout.


Ce soir-là, FRED se rend chez BARRÈRE à vélo. Au moment de garer son vélo, il aperçoit NOUCHI qui sort de l’immeuble. FRED se cache et attend qu’il passe. Il sonne ensuite à la porte de BARRÈRE.


BARRÈRE

C’est pourquoi?


FRED

(Surpris)

Hein?


BARRÈRE

Ah, oui, oui, oui.

Entrez, entrez.


BARRÈRE le fait entrer et se rend à la salle de bain pour vomir. Il revient ensuite voir FRED et se sert un verre.


BARRÈRE

Avec moi?


FRED

Euh... Non.


BARRÈRE

C’est bien que vous soyez là.

Enfin, c’est mieux pour vous.

Bon, bien... on pourrait parler.

Hein?

Asseyez-vous.


FRED

(Pointant le canapé)

Là?


BARRÈRE

Oui, là.


FRED

Bien, voilà. Je suis là.

C’est ça que vous vouliez.

C’est Lisa qui --


BARRÈRE l’interrompt en lui demandant de se taire à l’aide de son doigt. Un TGV passe à ce moment.


BARRÈRE

Ah!

Formidable, le TGV.

Le monde moderne qui passe

sous le nez du Moyen Âge.

Avec ses tribus, ses vandales,

ses fonctionnaires.

C’est pas la ville,

c’est pas la campagne.

C’est de la merde.

Pour vous aussi, hein.

C’est la merde.


BARRÈRE rejoint FRED sur le canapé.


BARRÈRE

Alors...

c’est quoi l’histoire?


FRED

Comment ça,

c’est quoi l’histoire?

C’est une histoire de...


BARRÈRE lui passe alors les menottes.


FRED

(Surpris)

Oh!


BARRÈRE

Bon, oh. Vous pouvez me

raconter ce que vous voulez,

dans une heure,

j’aurai tout oublié.


FRED

Allez. Détachez-moi.


BARRÈRE

Alors, je dors un peu

et on reprendra tout à zéro.


BARRÈRE s’assoupit légèrement.


FRED

OK. Détachez-moi.


BARRÈRE

Oui.


FRED

Oh!


BARRÈRE

Oh.


FRED

Allez.


BARRÈRE

(Soupirant)

Je dors là.


FRED

Oh!


Le téléphone sonne. Comme personne ne répond, le répondeur s’enclenche.


VOIX DE BARRÈRE

Bonjour,

vous êtes bien chez moi.

Laissez un message

après le top, merci.


LISA

Allô? C’est Lisa.

Euh... On s’est vus

au motel tout à l’heure.

Vous êtes là?

Je voulais savoir si Frédéric

Cadbert était bien chez vous.

Bon, bien, rappelez-moi. Merci.


Le lendemain, FRED, qui est détaché de ses menottes, appelle au travail de LISA. C’est JACQUARD qui répond.


JACQUARD

Allô?


FRED

Allô. Lisa est là?


JACQUARD

Non. Elle est

pas encore arrivée.


FRED

Qui est à l’appareil?


JACQUARD

Antoine Jacquard.


FRED

Ah, c’est toi? Connard.


JACQUARD, insulté, raccroche.


BARRÈRE

Vous l’avez eue?


FRED

Non. Elle doit être

entre la maison et le labo.


BARRÈRE

Ah, dommage.


FRED

(Indiquant les menottes)

Je fais quoi avec ça, moi?


BARRÈRE

Hum. Gardez-les.

Elles vous vont pas trop mal.


FRED

Oui. C’est pile ma taille.


De son côté, LISA arrive à son travail. Elle est accueillie par JACQUARD.


LISA

Bonjour.


JACQUARD

Bonjour.


LISA

Personne n’a appelé pour moi?


JACQUARD

Non. Pourquoi?


LISA

Non. Pour rien.


Pendant que JACQUARD s’en va dans le laboratoire, LISA dépose ses effets personnels sur son bureau et va le rejoindre. Au passage, elle récupère une fiole.


LISA

Vous savez, il y a le jeune

Weber qui est revenu hier

pour son contrôle HIV.


JACQUARD

Ah, bon.


LISA

(Indiquant sa coupure au menton)

Vous vous êtes coupé?


JACQUARD

Oh, c’est rien.

C’est en me rasant.


LISA prend la fiole remplie de sang et la lance au visage de JACQUARD, l’aspergeant.


JACQUARD

Mais vous êtes folle!


JACQUARD se rince immédiatement le visage à grande eau.


LISA

C’est mieux

que d’être une ordure.

Vous avez du bol parce que

c’est pas du sang contaminé.

La prochaine fois que vous

vous mêlez de mes histoires,

je vous file le sida

et l’hépatite C réunis.

Alors, foutez-nous la paix.


JACQUARD

Mais vous êtes

des vrais malades!


LISA

Non. On va très bien. Merci.


JACQUARD

Virée, vous êtes virée!


LISA

J’appuie sur une touche de

ce machin et faudra un an

pour tout retrouver.

Alors, laissez-moi travailler.

Allez.


Pendant ce temps, BARRÈRE et FRED sont en voiture et discutent.


BARRÈRE

Et il a une famille

votre pote Michel?

Une petite amie?


FRED

Je crois qu’il en a plusieurs.


BARRÈRE

OK. Recommencez depuis le début.


FRED

Putain, je viens de la

raconter deux fois, cette

histoire. Ça va maintenant.


BARRÈRE

Oui, mais j’en veux encore.


FRED

Je vous la fais en verlan

ce coup-ci?


BARRÈRE

Voilà. Vous dormez

et un camion vient se garer

sous votre fenêtre. C’est ça?


Au bout d’un moment, BARRÈRE et FRED arrivent au poste de police. BARRÈRE stationne sa voiture.


BARRÈRE

Et après?


FRED

Après...

Bien, après, je suis venu

chez vous et vous étiez

complètement bourré.


BARRÈRE

Pas mal. Non, c’est pas

mal, mais je suis pas sûr que

ce soit assez pour vous libérer.

Ça ressemble quand même

plus à une bagarre de poireaux

qui a mal tourné, franchement.

Dommage.

J’aurais aimé qu’elle

me plaise complètement,

la putain d’histoire.

Bon, allez. On y va.


BARRÈRE descend de sa voiture. Il se penche à la fenêtre pour adresser quelques propos à FRED.


BARRÈRE

Si seulement vous me donniez

une bonne vraie grosse raison

de vous croire, hein?


FRED

OK. Si je vous dis que je

suis trop con pour avoir

inventé tout ça?

Ça vous va?


BARRÈRE remonte dans sa voiture. Il démarre. FRED et BARRÈRE se rendent sur les lieux du crime, à l’ancienne usine où MICHEL a été tué. BARRÈRE va inspecter sommairement les lieux et il revient à sa voiture. Il prend sa radio.


BARRÈRE

Sentinelle 1 de sentinelle 4.


VOIX MASCULINE

80, j’écoute.


BARRÈRE

Vous avez la vérif d’un

Ford Transit 1989 Golf, Alfa,

Roméo, 91 de couleur bleue?


VOIX MASCULINE

Affirmatif.

1989 Golf, Alfa, Roméo, 91.

Véhicule Ford immatriculé au

nom d’une société de Juvisy

en faillite depuis 3 ans.


BARRÈRE

Bien reçu. Terminé.


BARRÈRE et FRED remontent en voiture et s’en vont, quand ils arrivent nez à nez avec une autre voiture.


FRED

Voyez. Je vous avais dit que --


BARRÈRE

Je sais. Vous me l’avez

raconté trois fois.

Je picole le soir,

mais dans la journée,

je fonctionne normalement.


FRED

Bien, j’espère.


BARRÈRE descend de sa voiture et va voir l’AGENT DE SÉCURITÉ qui s’avance vers lui et lui montre son badge de policier.


BARRÈRE

Vous êtes le responsable?


AGENT DE SÉCURITÉ

Affirmatif.


BARRÈRE

Vous savez si quelqu’un est

passé prendre un camion au

hangar 4 dernièrement?


AGENT DE SÉCURITÉ

Hé, moi, je fais

ce que je peux.

J’ai 40 entrepôts

à surveiller. On est que deux.


BARRÈRE

Il appartient à qui, le 4.


AGENT DE SÉCURITÉ

J’en sais rien.


FRED

Attendez. Les camions

rentrent et sortent. Vous

surveillez quoi, au juste?

Je vais vous coller un procès

au cul, moi. Eh oui.


BARRÈRE et FRED s’en vont et s’arrêtent devant la maison de MADAME MANDOR.


BARRÈRE

C’est quel genre,

la femme de Mandor?


FRED

Genre belle femme

un peu fatiguée, quoi.

Elle a pas l’air bien.


BARRÈRE

Et moi, j’ai l’air comment?


FRED

Qu’est-ce que vous voulez

que je vous dise?


BARRÈRE

Rien.

Dites rien.


BARRÈRE et FRED fouille dans les papiers de BRUNO MANDOR.


FRED

Je vous dis, quand je suis

rentré dans la piaule de Michel,

il râlait contre des fissures

dans le plafond.


BARRÈRE

Et alors?


FRED

Bien, peut-être

que ça a un rapport.

(Trouvant un document)

Voilà.


BARRÈRE

C’est ça?


FRED

"C’est ça. C’est ça."

Je suis pas ingénieur, moi.


BARRÈRE

Non, mais c’est quoi?


FRED

C’est des formats

de panneaux de construction

ou quelque chose comme ça.


BARRÈRE

Bon. Allez, en route.


De son côté, LISA se rend au poste de police et s’adresse à un POLICIER à l’accueil.


LISA

Bonjour, je voudrais

voir Frédéric Cadbert.

Je pense qu’il est chez vous.


POLICIER

(Consultant un registre)

Je vois personne de ce nom-là.


LISA

Il doit être avec l’inspecteur

Barrère. Je voudrais le voir.


POLICIER

L’inspecteur Barrère,

on ne l’a pas vu aujourd’hui.


LISA

(S’impatientant)

Ça veut dire quoi? Mon copain

est allé chez lui hier soir.


POLICIER

Qu’est-ce que j’en sais?


LISA

Moi, ce que j’en sais,

c’est que mon mec est ou ici

ou avec l’inspecteur Barrère.

Je bougerai pas tant

que j’aurai pas de nouvelles.


POLICIER

Oh, il faudrait vous calmer.


LISA

(Criant)

Renseignez-vous

si vous voulez que je me calme!

Je vous ai fait confiance.

Alors, assumez, bordel!

Il est où l’autre inspecteur

dont je sais pas le nom?

Il est un peu arabe.


NOUCHI

(Arrivant derrière elle)

Bonjour.

Si vous voulez bien me suivre.


LISA

Ça fait dix fois que j’essaie

de joindre l’inspecteur Barrère.

Ça répond pas.


LISA suit NOUCHI dans son bureau.


NOUCHI

Je sais. Asseyez-vous.

Nous non plus, on arrive

pas à le joindre.

On sera plus au calme ici, non?

Qu’est-ce qu’il fait, votre ami?


LISA

Il fait rien.


NOUCHI

Non. Je veux dire "avant".


LISA

Il est grutier.

Je crois que c’est un bon.


NOUCHI

Il travaillait à l’usine, non?


LISA

Hum.


NOUCHI

Ça fait longtemps

que vous habitez là?


LISA

Un an.


NOUCHI

Et votre enfant, là,

il a quel âge?


LISA

5 ans.

(Souriant)

J’ai commencé jeune.


NOUCHI

Moi, j’ai un bébé de 3 mois.


LISA

3 mois?


NOUCHI

Oui.


LISA

Il fait ses nuits?


NOUCHI

Non, c’est un cauchemar.

Vous avez appelé Barrère

finalement.


LISA

Hum.

C’est moi qui ai dit

à Fred qu’il fallait

qu’il aille chez lui.

J’ai bien fait?


NOUCHI

Oui, bien sûr.


La porte s’ouvre et un POLICIER intervient.


POLICIER

Excuse-moi. Deux jeunes cons

viennent de tomber du toit

du centre commercial.

T’en connais un des deux.


NOUCHI

J’arrive.


NOUCHI ne bouge pas.


LISA

Allez-y.


NOUCHI

J’y vais.


De leur côté, BARRÈRE et FRED se rendent sur un chantier et discutent avec un ENTREPRENEUR.


ENTREPRENEUR

(S’adressant à BARRÈRE)

Dis donc, toi.

Tu m’as pris 3 ou 4 kilos.


BARRÈRE

Je te les rendrai

dès que je peux.

Expliquez-lui.


FRED entreprend de lui le dossier qu’ils ont trouvé plus tôt.


FRED

Ça, là, par exemple.


ENTREPRENEUR

Oui.


FRED

Je sais pas ce que c’est.


ENTREPRENEUR

Bien ça, c’est...

C’est des codes de

panneaux de construction.

C’est du fibrociment

à 60 % d’amiante.

Venez.


L’ENTREPRENEUR, FRED et BARRÈRE se déplacent, parce qu’il y a trop de bruit.


ENTREPRENEUR

Ça fait longtemps

que c’est interdit.

D’ailleurs, normalement,

on utilise ça que pour

les grandes structures.


BARRÈRE

Là, ce sont pour

des maisons individuelles.


ENTREPRENEUR

Bien ça, il y aura toujours

des rigolos qui utiliseront

du matos de récup'

pour faire n’importe quoi.


BARRÈRE

Tu gagnes combien avec ça?


ENTREPRENEUR

Avec une merde pareille,

tu peux gagner jusqu’à

40 % de marge.

Mais alors,

si tu te fais choper, là,

t’as du souci à te faire.


Plus tard, BARRÈRE et FRED discutent entre eux.


BARRÈRE

Et vous avez manipulé

des panneaux de ce genre?


FRED

C’est possible.


BARRÈRE

Elle va devenir quoi,

votre usine?


FRED

Un centre de loisir et nature.

Quelque chose comme ça.


BARRÈRE

S’il y traîne des panneaux

d’amiante et que les écolos

débarquent, ça fera pas propre.


FRED

Peut-être que Mandor

était chargé de tout virer.


BARRÈRE

Et il a demandé à

votre copain Michel de

s’occuper du nettoyage.


FRED

Sûrement.


BARRÈRE

Et il veut faire

chanter Mandor.

Hé. Je suis flic, quand même.


Plus tard, alors qu’ils sont en voiture, FRED demande à BARRÈRE d’arrêter celle-ci. Il remarque un vélo, qu’il semble reconnaître, stationné près d’un restaurant.


FRED

Attendez.

Arrêtez, arrêtez.

Quel jour on est?


BARRÈRE

Vendredi.


FRED

C’est le vélo de Corinne.

Elle devrait être au collège.


BARRÈRE

C’est qui, Corinne?


FRED

C’est la fille de Michel.

Il faut que je lui parle

une minute. C’est possible?

Hein?


FRED entre dans le restaurant et va voir CORINNE.


FRED

T’attends quelqu’un?


CORINNE

Mon père. Ça te dérange?


FRED

Tu sais à quelle heure

il arrive?


CORINNE

Il savait pas trop.

Il a rendez-vous dans le coin.

Mais après, on part directos

en voyage, je te préviens.


FRED

Tu sais où il a rendez-vous?


CORINNE

Bien, non, pas vraiment.

Enfin, je crois que

c’est à l’usine. Pourquoi?


FRED

Bon, il faut que j’y aille.


CORINNE

On l’attend pas ensemble?


FRED

Non, je peux pas.


BARRÈRE et FRED retournent en voiture vers l’usine.


BARRÈRE

(Arrêtant sa voiture)

Je croyais qu’il avait pas

de famille, votre pote Michel.


FRED

La petite a rien à voir

là-dedans, je vous signale.


BARRÈRE indique à FRED qu’il veut lui retirer les menottes qui pendent à son poignet, sauf qu’au lieu de les lui enlever, il en profite pour attacher FRED à la poignée intérieure au-dessus de sa portière.


FRED

Putain, merde!

Mais c’est pas vrai ça. Ça va!


BARRÈRE

Oui, mais au cas où vous

m’auriez caché autre chose,

je me sens mieux de

vous savoir ici en train

de m’attendre tranquillement.


FRED

Mais vous téléphonez pas

à votre commissariat, là?


BARRÈRE

Vous savez à quoi

on reconnaît un bon flic?

À sa liberté de mouvement.


BARRÈRE se dirige vers l’usine.


FRED

Merde! Pauvre con.


BARRÈRE remarque que la porte principale est cadenassée. Il jette un bref coup à l’intérieur, par l’interstice, puis longe le mur extérieur pour se rendre derrière l’usine. Il aperçoit une camionnette bleue. Il plante son couteau dans l’un des pneus. FRED entend des coups de feu. Il sort la tête dehors et aperçoit le CONNARD DE JUVISY 2 qui s’enfuit en courant en se tenant le bras. FRED prend la radio dans la voiture de BARRÈRE et essaie de rejoindre quelqu’un.


FRED

Allô. Allô.


BARRÈRE revient alors vers sa voiture. Sauf qu’il s’effondre au sol et laisse tomber son arme. FRED essaie de se défaire de ses menottes, quand il aperçoit le CONNARD DE JUVISY 1 qui vient vers lui. Le CONNARD DE JUVISY 1 récupère l’arme de BARRÈRE qui est tombée au sol.


FRED

Merde!


CONNARD DE JUVISY 1

(Tirant un coup)

Ouf!


Le CONNARD DE JUVISY 1 tire ensuite plusieurs coups de feu à répétition et fait voler en éclats les vitres de la voiture. FRED parvient à s’échapper et à se cacher plus loin. Le CONNARD DE JUVISY 1, qui entend la VOIX D’UN POLICIER répondant à l’appel radio du véhicule, tire un coup de feu sur la radio.


VOIX D’UN POLICIER

... Appelez unité 1.


FRED, blessé à la main, regarde de loin le CONNARD DE JUVISY 1 qui fait exploser le cadenas de la porte principale. Au bout d’un moment, FRED retourne à l’usine et entre à l’intérieur. Il entend alors un coup de feu, puis les cris d’un HOMME.


VOIX D’UN HOMME

Non!


FRED trouve une barre de fer au sol et se dirige vers l’endroit d’où provenaient les cris. FRED trouve un HOMME à l’agonie au sol. Il se prépare à le frapper, mais se ravise au dernier moment. Il envoie plutôt l’arme de l’HOMME, qui est en fait le CONNARD DE JUVISY 1, plus loin, en la frappant du pied. FRED sort ensuite, au moment où un semi-remorque s’en va, laissant sa cargaison derrière. Le semi-remorque s’arrête un peu plus loin. FRED s’en approche doucement et ouvre la porte du côté du conducteur.


MICHEL

Putain, Fred.

J’ai tout merdé.

Tu peux conduire?


FRED

Allez, pousse-toi.


FRED monte dans le semi-remorque et démarre. MICHEL prend le siège du passager. En route, MICHEL compte de l’argent.


FRED

Allez, tu les as bien

niqués, va.


MICHEL

Il faut appeler Corinne

chez sa mère.


FRED

OK, on va faire ça.


MICHEL

60 42 09 66.

Ma mère:

60 32 15 11.

Sa sœur:

60 17...

25 48.

Il faut appeler Fred.

60 12 15 32.

Louis:

60 12 15...

58.

Jacky: 60...


MICHEL finit par mourir, sans terminer sa phrase.


Plus tard, FRED s’arrête dans une station-service pour faire un appel. Il prend ensuite une bouteille d’eau et va la payer auprès du CAISSIER.


FRED

Une bouteille.


CAISSIER

4,90.


FRED

Vous avez pas plus petit?


FRED

Non, gardez.

Je voudrais m’asseoir.

J’attends quelqu’un.


CAISSIER

Allez-y.


Le CAISSIER lui libère une chaise encombrée de divers objets qui sont à vendre.


CAISSIER

Vous attendez qui,

si c’est pas indiscret?


FRED

L’ambulance, les flics,

ma femme.

Personne en particulier.


Générique de fermeture

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