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Jean-Philippe

Fabrice is a hardcore Johnny Hallyday fan—maybe even the biggest. But one day he wakes up to a different reality, in a parallel universe where Johnny doesn´t exist! Lost, practically an orphan, he goes on a search to find Jean-Philippe Smet in order to figure out what has happened in this alternate dimension. When he finally does find him, he discovers a bowling alley manager, an average Joe who never became a star. Fabrice has only one goal: to bring his idol back to life and wake the “Johnny” who sleeps within Jean-Philippe.



Réalisateur: Laurent Tuel
Acteurs: Fabrice Luchini, Johnny Hallyday
Production year: 2006

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VIDEO TRANSCRIPT

Générique d'ouverture


CHANSON L'envie, Johnny Hallyday


On se promène dans une banlieue peuplée de cottages proprets.


JOHNNY HALLYDAY

♪ Qu'on me donne l'obscurité

puis la lumière ♪

♪ Qu'on me donne la faim

la soif puis un festin ♪

♪ Qu'on m'enlève

ce qui est vain et secondaire ♪

♪ Pour que je retrouve

le prix de la vie enfin ♪

♪ Qu'on me donne la peine

pour que j'aime dormir ♪

♪ Qu'on me donne le froid

pour que j'aime la flamme ♪

♪ Pour que j'aime ma terre

qu'on me donne l'exil ♪

♪ Et qu'on m'enferme un an

pour rêver à des femmes ♪

♪ On m'a trop donné

bien avant l'envie ♪

♪ J'ai oublié

mes rêves et mes mercis ♪

♪ Toutes ces choses qui... ♪


On s'arrête devant la porte d'un cottage.


FABRICE entre dans une pièce remplie d'objets de collection concernant ou représentant JOHNNY HALLIDAY. On entend la chanson de JOHNNY HALLYDAY qui joue au loin.


BABETTE

(Voix au loin)

Laura?

Laura!


LAURA

Quoi?


BABETTE

(Voix au loin)

Dépêche-toi, tu vas être

en retard à l'école.


LAURA

(Voix au loin)

Non, j'ai pas cours.

Il y a mon prof qui est malade.


FABRICE entre dans sa pièce dédiée à JOHNNY HALLYDAY et prend un objet.


BABETTE

(Voix au loin)

Bon bien, moi, je me sauve.

Chéri, je prends la voiture.

À ce soir.


FABRICE se regarde dans un miroir JOHNNY HALLYDAY, ajuste sa cravate et replace une photo collée sur le miroir.


FABRICE sort de la maison et place ses écouteurs sur sa tête. La voix de JOHNNY dans les oreilles, FABRICE reprend son chemin.


JOHNNY HALLYDAY

♪ Qu'on me donne de la haine ♪

♪ Qu'on me fasse des discours ♪

♪ Et toucher la misère

pour respecter l'argent ♪

♪ Pour que j'aime être sain,

vaincre la maladie ♪

♪ Qu'on me donne la nuit

pour que j'aime le jour ♪

♪ Qu'on me donne le jour

pour que j'aime la nuit ♪

♪ Pour que j'aime aujourd'hui,

oubliez-les toujours ♪


Des extraits d'archives montrent JOHNNY dans différents spectacles.


JOHNNY HALLYDAY

♪ On m'a trop donné

bien avant l'envie ♪

♪ J'ai oublié mes rêves

et les mercis ♪

♪ Toutes ces choses

qui avaient un prix ♪


FABRICE est assis dans le train et sourit en écoutant L'envie, de JOHNNY HALLYDAY.


JOHNNY HALLYDAY

♪ Qui font l'envie de vivre et

le désir et le plaisir aussi ♪


De nouveau, on présente des extraits d'archives de JOHNNY HALLYDAY en spectacles.


FABRICE est dans la foule qui acclame JOHNNY.


JOHNNY HALLYDAY

♪ Qu'on me donne l'envie ♪

♪ L'envie d'être en vie ♪

♪ Qu'on rallume ma vie ♪


FABRICE écoute sa musique dans le train.


D'autres extraits des spectacles de JOHNNY défilent. Dans l'un des extraits, JOHNNY lance ses lunettes noires à la foule et c'est FABRICE qui les attrape.


FABRICE est dans un ascenseur vitré en écoutant JOHNNY et en revoyant à tous ces spectacles qu'il a vus.


JOHNNY HALLYDAY

♪ On m'a trop donné

bien avant l'envie ♪

♪ J'ai oublié mes rêves

et les mercis ♪

♪ Toutes ces choses

qui avaient un prix ♪

♪ Qui font l'envie de vivre et

le désir et le plaisir aussi ♪

♪ Qu'on me donne l'envie ♪

♪ L'envie d'avoir envie ♪

♪ Qu'on rallume ma vie ♪


D'autres extraits de spectacles de JOHNNY défilent.


FABRICE marche dans les couloirs de l'immeuble ou il travaille. La chanson se termine.


Titre :
JEAN-PHILIPPE


FABRICE entre dans un bureau où ÉDITH est déjà. FABRICE s'assoit à sa place en gardant ses écouteurs sur sa tête.


ÉDITH

Bonjour.


FABRICE retire ses écouteurs.


FABRICE

Bonjour, Édith.


ÉDITH

Je vous ai mis le rapport pour

la réunion sur votre bureau.


FABRICE

À quelle heure est

la réunion, déjà?


ÉDITH

9h30.


FABRICE

Édith, s'il vous plaît.

Vous voulez bien aller

me chercher un café?


FABRICE arrive dans la cuisine des employés.


FABRICE

Salut, les gars.


MICHEL

Ça va, Fabrice?


JEAN-PAUL

Salut. Alors, ça s'est

bien passé, cette réunion?


FABRICE

Champagne, courtiseuses,

débauche. Classique.


JEAN-PAUL

Dis-moi, tu as

ton portefeuille sur toi?

Parce que j'ai parlé

à Michel de ton autographe.


FABRICE

Tu veux le voir?


MICHEL

Oui, fais-moi voir ça, oui.


FABRICE

T'as du bol, toi.


MICHEL

(Lisant l'autographe que FABRICE garde dans son portefeuille)

"Pour Fabrice, amitié,

Johnny Hallyday."

C'est un vrai?


FABRICE

Mais évidemment,

qu'est-ce que tu crois?


MICHEL

Non, je demande

juste parce que j'ai

un copain dans la banque

qui voit passer pas mal de gros

dossiers, dont Johnny Hallyday,

et il paraît qu'il signe de son

vrai nom, Jean-Philippe Smet.


FABRICE

Ça, je vais te dire un truc,

je demande à voir.


MICHEL

Bien, passe à la banque voir

mon copain, il te montrera.


MISSONNIER

Salut, les gars.


JEAN-PAUL

Ah, Missionnier,


MISSONNIER

Un petit café.


MISSONNIER va à la machine à café et dépose de la monnaie. Aussitôt, JEAN-PAUL appuie sur le bouton Potage tomates.


JEAN-PAUL

Oh, pardon!


MICHEL

Oh...


MISSONNIER

Vous êtes vraiment cons,

les gars.


FABRICE

C'est pas Johnny

qui ferait un truc pareil.


LAURA regarde la télé avec un air blasé, avachie sur le canapé, en mangeant des croustille.


FABRICE entre chez lui.


FABRICE

Salut!

Oh-oh! Salut.

C'est moi.

(S'adressant à LAURA qui ne bronche pas)

Dis donc, tu pourrais dire

"bonsoir", quand même.


LAURA

'Soir.


FABRICE va à la cuisine où BABETTE prépare le repas.


FABRICE

Ça va?


BABETTE

Hum-hum.

La banque a appelé.


FABRICE

Hum-hum.


BABETTE

Ils ont rejeté

l'un de tes chèques.


FABRICE

Je les appellerai demain.


BABETTE

Je croyais

qu'on s'était mis d'accord.

On a pas les moyens d'aller

en vacances à Saint-Tropez.


FABRICE

Mais enfin, on peut

se faire plaisir.


BABETTE

Et tu peux

me faire plaisir aussi.

Ça fait dix ans que tu

me promets un voyage

en Italie.

Non, tu préfères aller

à Saint-Tropez. Tout

ça pour une villa soi-disant

voisine de la villa voisine

de celle de Johnny.


FABRICE

Mais la villa, c'est

pour toi aussi.


BABETTE

Pour moi?

Pourquoi tu fêtes son

anniversaire alors que tu

le mien, tu l'oublies

tout le temps?

Il faut que tu choisisses.

C'est lui ou moi.


BABETTE sort de la cuisine.


FABRICE est assis dans un pub et discute avec un vieil HABITUÉ.


FABRICE

Il y a des jours, j'ai envie

de tout foutre en l'air,

en commençant par moi.


HABITUÉ DU PUB

Faut pas dire

des trucs pareils.


FABRICE

Mon boulot m'emmerde,

ma femme est jalouse de Johnny

et j'ai une fille

qui est une punk autiste.


HABITUÉ DU PUB

Ha!


FABRICE

Des fois, je me dis:

Fabrice, tu t'es planté de vie.

Moi, normalement,

j'aurais dû être acteur.

Si, si. J'ai fait du

théâtre avec des copains

quand j'étais plus jeune.

J'avais un potentiel comique,

hein. Il paraît...


HABITUÉ DU PUB

On dirait pas, comme ça.


FABRICE

Si, si. J'y croyais,

j'avais la pêche.

Et puis, je me suis marié.

Bien, il a fallu que

je trouve un vrai travail,

alors j'ai abandonné le théâtre.


HABITUÉ DU PUB

Vous n'avez jamais

eu envie de... de revenir?


FABRICE

Si.

Mais il fallait que je nourrisse

ma femme et ma punk.

Heureusement qu'il y a Johnny.

(Soupirant)

C'est lui qui me donne

la force de me lever le matin.

Attention, je suis pas

le seul comme ça.

On est des milliers.

On pourrait soulever une armée.

Qu'est-ce qu'on ferait

s'il était pas là?


FABRICE sort du pub assez éméché avec son nouveau copain, l'HABITUÉ.


FABRICE

C'est bon.


HABITUÉ DU PUB

Allez, bonsoir.


FABRICE

Allez, bonsoir. Merci.


FABRICE marche en titubant et en chantant dans les rues de sa banlieue.


FABRICE

♪La la la la la la la la ♪

♪ Je le chante

quand je le chante ♪

♪ Et je le chanterai toujours ♪

(Plus fort)

♪ Il y a longtemps

sur des guitares ♪

(Encore plus fort)

♪ Des mains noires

lui donnaient le jour ♪

♪ Pour chanter les peines

et les espoirs ♪

♪ Pour chanter Dieu

et puis l'amour ♪

♪ La musique vivra ♪

♪ Tant que vivra le blues ♪


Des voix proviennent des maisons. Un homme ouvre sa fenêtre.


VOISIN

Ta gueule!


FABRICE

(Hurlant sa chanson)

♪ Le blues, ça veut dire ♪


VOISIN

Hé!


FABRICE

Quoi?


VOISIN

Ta gueule!


FABRICE enchaîne avec : Ma gueule qu'est-ce qu'elle a ma gueule, de JOHNNY HALLYDAY.


FABRICE

(Chantant)

♪ Quoi ma gueule ♪

♪ Mais qu'est-ce

qu'elle a ma gueule? ♪


VOISIN

Tu vas la fermer, ta gueule.


FABRICE

(Chantant)

♪ Elle ne te revient pas ♪

♪ Je sais tu n'as rien dit ♪

♪ Un seul regard suf... ♪


Le VOISIN mécontent approche de FABRICE.


FABRICE

Tu vas la fermer

ou je t'en colle une.


FABRICE enchaîne avec la chanson La bagarre.


FABRICE

(Chantant)

♪ Si vous cherchez

la bagarre ♪

♪ Vous êtes venus

à la bonne place ♪

♪ Si vous cherchez la bagarre ♪

♪ Regardez-moi bien en face ♪

♪ Mais avant il faudra

passer par moi ♪

♪ Je vous prends un par un ♪

♪ Ou tous les trois-♪


Le VOISIN dévisage FABRICE et cogne de toutes ses forces en plein visage, puis rentre chez lui.


FABRICE est assommé, étendu dans la rue. À son réveil, FABRICE voit un ventilateur de plafond tourner.


Un ronflement attire son attention. FABRICE tourne la tête.


Dans le lit voisin, un vieil homme dort.


BABETTE est au chevet de FABRICE.


BABETTE

Ça va?


FABRICE

Qu'est-ce que je fais ici?


BABETTE

On t'a retrouvé

inanimé dans la rue.


FABRICE

Ah bon?


BABETTE

Tu te souviens

de ce qui s'est passé?


FABRICE

Non, je sais pas. Non.

Le trou noir.


BABETTE

Bon, écoute,

repose-toi un peu,

c'est pas grave.

Par précaution,

ils te gardent

en observation

pour la journée.


FABRICE

Mais oui, mais moi,

il faut que j'aille au bureau.


BABETTE

T'inquiète pas, ils sont

prévenus. Je file travailler.

(Embrassant FABRICE sur le front.)

Hein? à ce soir.


FABRICE est songeur. Le VIEUX lit un journal dans son lit en écoutant de la musique classique sur un poste de radio.


FABRICE remarque que le vieux s'est endormi. FABRICE s'assoit dans son lit et prend le poste de radio pour syntoniser une autre chaîne.


FABRICE

Merde, il doit bien y avoir

du Johnny quelque part.


FABRICE marche dans les couloirs de l'hôpital, vers la sortie.


FABRICE est dans le train.


FABRICE rentre chez lui. LAURA est avachie sur un fauteuil et discute avec une copine qui tient un rat blanc dans sa main.


LAURA

Et à boire, tu donnes quoi?


COPINE

Du coca.

Il adore, hein.


FABRICE

Salut.


LAURA

Salut.


COPINE

Il faut trop que je lui fasse

des bébés.


FABRICE observe les filles dans son salon d'un air interrogateur.


LAURA

Si tu lui donnes du Nutella,

tu crois qu'il va devenir

marron, ton rat?


FABRICE

(Montant à l'étage)

Je vais me faire le coffret

collector Olympia 2000.

J'espère que ça ira mieux.


FABRICE ouvre sa pièce fétiche de JOHNNY et se retrouve en face d'une collection de bouteilles et de cannettes de bière. Une petite musique chante du yodle.


FABRICE entre dans la pièce pour s'assurer qu'il n'a pas la berlue.


FABRICE

Ça, ça...

Ça pue la blague de punk.


FABRICE descend l'escalier en hurlant.


FABRICE

Laura! Laura!

Laura!

Laura! Laura! Laura!


FABRICE entre dans la chambre de LAURA, complètement paniqué.


LAURA

Quoi? Mais ça va pas

de crier comme ça?


FABRICE

Ma pièce, dans le grenier,

c'est une blague?

Dis-moi que c'est toi.


LAURA

Mais cette pièce a

toujours été une blague.


FABRICE

Te fous pas de ma gueule!

C'est toi ou merde!


LAURA

Mais de quoi? Je comprends

rien à ce que tu racontes.

Complètement taré!


FABRICE

Laura, reviens ici.


LAURA

Je m'appelle Marion!


FABRICE

Depuis quand tu t'appelles

Marion? Laura,

reviens ici!


LAURA

Je m'appelle Marion!


FABRICE

(Hurlant)

Qui a fait ça?!

Qui a osé faire ça?!

Où est ta mère?


FABRICE se présente à la préfecture.


POLICIÈRE

Bonjour.


FABRICE

Bonjour, madame.


POLICIÈRE

Je peux vous aider?


FABRICE

Oui, je viens pour déclarer

un cambriolage chez moi.


POLICIÈRE

Ça a eu lieu quand?


FABRICE

Cette nuit, en fait,

je sais pas.

J'ai eu un accident,

j'ai passé la nuit aux urgences.


POLICIÈRE

Hum, je vois. Et vous avez

constaté une effraction?


FABRICE

Pas vraiment, c'est bizarre.

Bon, dans mon grenier, j'ai

une collection de Johnny.


POLICIÈRE

Une collection de quoi?


FABRICE

Une collection consacrée

à Johnny Hallyday.

La plus importante

du département, d'ailleurs.

Et ce matin-


POLICIÈRE

Qui ça?


FABRICE

Une collection consacrée

à Johnny Hallyday.

Je suis un très grand fan.


POLICIÈRE

C'est un auteur américain?


FABRICE

Vous vous foutez de moi, là.


POLICIÈRE

Non.


FABRICE

Je suis en train de vous

parler de Johnny Hallyday.

Le plus grand chanteur français

de tous les temps, là.

Désolée, je sais pas qui c'est.


POLICIÈRE

Vous ne savez pas qui c'est?

Je sais pas ce qui m'arrive

depuis ce matin, mais je crois

que ça va rentrer dans l'ordre.

D'abord, je voudrais

parler à un homme. Un

fonctionnaire de police

avec une matraque,

un képi, un homme.


FABRICE

Je vous conviens pas?


POLICIÈRE

Non, pas vraiment.

C'est une affaire d'homme.

Soyez gentille.

Excusez-moi.

Bonjour, monsieur.


POLICIER

Bonjour, monsieur.

Quel est votre problème?


FABRICE

On m'a volé mes disques

de Johnny Hallyday,

sans compter la collection

complète d'objets collectors.


POLICIER

Les disques de qui?


FABRICE est interloqué.


FABRICE

Vous... vous le faites

exprès, là. Non?

(Riant nerveusement)

Vous le faites exprès.

Mais c'est quoi ce bordel?

(Hurlant)

Je vous parle

de Johnny Hallyday!

Le plus grand chanteur français!


POLICIER

Je vous conseille

de vous calmer, monsieur.


FABRICE

Bon, je reviendrai,

une fois que...

vous aurez arrêté

de vous foutre de ma gueule.

D'accord? Deux dingues, quoi.

Deux dingues.


FABRICE se trouve dans un magasin de disques.


FABRICE

Excusez-moi, monsieur. Je ne

trouve pas les disques de Johnny

Hallyday. Vous les avez mis où?



DISCAIRE

De qui?


FABRICE

De qui?

Johnny, bordel.

Johnny, Johnny Hallyday!

Le rocker de tous les Français!


DISCAIRE

Vous confondez pas plutôt

avec Chris Summer?


FABRICE

De qui?


DISCAIRE

Chris Summer.


FABRICE

Mais c'est qui, ça?


DISCAIRE

Vous vous foutez de moi, là?

C'est la plus grosse

star en France.


FABRICE

Mais depuis quand?


DISCAIRE

Depuis toujours.

Si vous voulez, il y a

son dernier album juste là.


FABRICE voit alors des panneaux à l'effigie de CHRIS SUMMER et un mur complet réservé à son nouveau disque.


FABRICE

Il faut que je sorte...


FABRICE marche dans la rue et interpelle les passants.


FABRICE

Excusez-moi, monsieur.

Excusez-moi, vous connaissez

Johnny Hallyday, hein?


PASSANT

Non, désolé. Non.


FABRICE

Monsieur, excusez-moi. Vous

connaissez Johnny Hallyday,

n'est-ce pas?


PASSANT 2

Non, connais pas.


FABRICE

Vous connaissez

Johnny Hallyday, n'est-ce pas?


PASSANT 3

Ah, pas du tout.


FABRICE

C'est pas possible.

Mais vous me faites de la folie!

Monsieur, excusez-moi.

Vous connaissez Johnny Hallyday?


PASSANT 4

Pas du tout, non,

je suis désolé.


FABRICE

Non, arrêtez, vous connaissez

Johnny Hallyday.


PASSANT 4

Absolument pas, non.

Je suis désolé, monsieur.


FABRICE

Oh non... Oh non!


FABRICE se retrouve dans un parc assis avec un SDF.


SDF

(Offrant de partager sa bière)

Vous aussi, vous avez

tout paumé?


FABRICE

On dirait, oui.

C'est un cauchemar, je vais me

réveiller. Il suffit d'attendre.


SDF

Ça m'est arrivé,

moi aussi, je me disais:

C'est un cauchemar,

je vais me réveiller.

Le problème, c'est que ça fait

une éternité que ça dure.


Le téléphone de FABRICE sonne dans sa poche.


FABRICE

Pardon. Merci de me

remonter le moral.

Excusez-moi.


SDF

Vous, au moins, vous

avez encore des gens

qui vous appellent.


FABRICE

(Répondant au téléphone)

Oui? Oh, je suis

content de t'entendre.


SDF

C'est qui?


FABRICE

(Répondant au SDF)

Ma femme.

(Parlant au téléphone)

Tu devineras jamais

ce qui m'arrive.


SDF

Pauvre vieux.


FABRICE

(Parlant au téléphone)

Faut que je te raconte.

L'hôpital?

Non, non, non.

Je suis dans un square.

Il faut que je te raconte,

il faut que je te raconte.

Quoi? Qui?

Aller au... Au lycée de qui?

Mais enfin, bordel, depuis

quand Laura s'appelle Marion?

Je te dis: "Depuis quand Laura

s'appelle Marion?"

Depuis toujours?

Mais vous me prenez

pour un braque ou quoi?


FABRICE entre dans une salle de classe, au Lycée de MARION.


FABRICE

Bonjour, monsieur.


PROF DE PHYSIQUE

Oui, bonjour, monsieur.


FABRICE

Oui, excusez-moi

de vous déranger.

Je suis le papa de...


PROF DE PHYSIQUE

Vous êtes le père de Marion.


FABRICE

Oui, si vous voulez. Oui.


PROF DE PHYSIQUE

Si je vous ai convoqué,

c'est parce qu'avec

l'ensemble des professeurs,

nous avons décidé

d'exclure Marion du

lycée pendant une semaine.


FABRICE

Excusez-moi, vous êtes

professeur de quoi, au juste?

Sciences physiques.


PROF DE PHYSIQUE

Mais c'est la chimie,

les atomes, le E=MC2, tout ça?


FABRICE

Oui. Si vous voulez, oui.

Einstein?

Oui. Le retour vers le futur?

Il a émis une théorie sur

le voyage dans le temps, oui.

Ah oui, c'est ça.

Le voyage dans le temps,

la quatrième dimension.

Tous les phénomènes

bizarres. Écoutez.

Il m'arrive quelque chose

de vraiment très bizarre.


PROF DE PHYSIQUE

Je suis désolé, mais nous

sommes ici pour parler

de votre fille, Marion.


FABRICE

Non, ma fille s'appelle Laura.


PROF DE PHYSIQUE

Comment ça?


FABRICE

Voilà.

J'ai l'impression

qu'entre hier et aujourd'hui,

le monde a changé.


PROF DE PHYSIQUE

Qu'est-ce que vous dites?


FABRICE

Hier encore, j'étais fan

de Johnny Hallyday.

Ce matin, je me réveille,

plus personne ne le connaît.


PROF DE PHYSIQUE

Qui?


FABRICE

Bon, vous voyez,

plus personne ne le connaît.

Tout est pareil,

sauf que Johnny a l'air

de ne jamais avoir existé.


PROF DE PHYSIQUE

Un présent différent,

c'est ça?


FABRICE

Un présent différent, vous

croyez que c'est possible, ça?


PROF DE PHYSIQUE

Selon certains

scientifiques, l'univers

serait comme un mille-feuille,

composé d'une multitude infinie

de dimensions distinctes les

unes des autres et parallèles.

Vous auriez donc basculé

de votre dimension

vers notre dimension.

Un monde où votre

fille ne s'appelle

pas Laura, mais Marion.

Et où ce Jimmy n'existe pas.


FABRICE

Pas Jimmy, Johnny.

Johnny.


FABRICE retourne dans sa pièce fétiche et retrouve la collection de bouteilles et cannettes de bière.


FABRICE prend une des cannettes, l'ouvre et prend une gorgée qu'il recrache aussitôt. Il regarde la date de fabrication : 6 mai 1973.


FABRICE jette la cannette.


Puis il s'empare d'une bouteille géante de Corona et démolit à grands coups de Corona gonflable, la pièce consacrée à la bière.


MARION et sa COPINE entrent dans la pièce.


COPINE

Wow.

Pourquoi il brise tout?


MARION

J'en sais rien, moi.

Je sais pas.

Il a pété un plomb.


FABRICE

(Continuant de tout démolir)

Qu'est-ce que

je vais devenir sans lui, merde!


COPINE

Il parle de qui, là?


MARION

Comment tu veux

que je le sache?


FABRICE

Je n'en peux plus.


COPINE

Tu sais quoi?

Ton père est peut-être homo

et il vient de se faire larguer

par son mec.


FABRICE est en crise et lance tout ce qu'il touche en criant.


FABRICE

Je le reverrai jamais.


MARION

Allez, vas-y. Viens,

on se casse.

Moi, ça me saoule.


FABRICE est dans le train, en direction du travail.


FABRICE entre dans son bureau. ÉDITH est assise au bureau qu'il occupe normalement.


FABRICE

Enfin, Édith, qu'est-ce

que vous faites là?


ÉDITH

Mais qu'est-ce qui

vous arrive, Fabrice?

Je suis à mon bureau.


FABRICE

Mais où je suis, moi?


ÉDITH

(Montrant ce qui était la veille son bureau.)

Bien, là.


FABRICE

Ah. Je suis là, moi.


ÉDITH

Bien, oui. Vous êtes là.


FABRICE s'assoit.


ÉDITH

Fabrice, s'il vous plaît,

vous pouvez aller me

chercher un café?

J'ai ma réunion

dans cinq minutes.


FABRICE

Un café?


ÉDITH

Bien, oui, un café.

Dépêchez-vous.


FABRICE entre dans la cuisine des employés et va à la machine à café. Les collègues sont [JEAN-PAUL

La natation, c'est en piscine,

c'est pas la mer.

Oui, comme la course à pied.

Mais moi, la course à pied,

avant j'en faisais.

Mais je suis trop

fragile, maintenant.

Je ne peux plus en faire.


JEAN-PAUL fait le coup du potage tomates à FABRICE.


JEAN-PAUL

Et un potage, un.


MISSONNIER

Mais vous êtes cons,

hein, les mecs.

Oh là là.

C'est pas Chris Summer

qui ferait un truc pareil.


JEAN-PAUL

Tiens, à propos

de Chris Summer, tu as

ton portefeuille sur toi?

Parce que j'ai parlé à

Michel de ton autographe.


MICHEL

Oui, fais-moi voir ça.

"À l'ami, Chris Summer."

C'est vrai?


MISSONNIER

Bien sûr, voyons!

Non, mais je demande juste.

J'ai un copain à la banque

qui voit passer pas mal de gros

dossiers, dont Chris Summer.

Et il paraît qu'il signe de

son vrai nom: Christian Saumon.


FABRICE

(Pour lui-même)

Son vrai nom.

Pourquoi j'y ai pas pensé?


FABRICE est de retour à son bureau et fait une recherche sur JEAN-PHILIPPE SMET.


FABRICE

(Pour lui-même)

Pourquoi j'y ai pas pensé?


FABRICE note les résultats de sa recherche.


FABRICE fait le tour des adresses de JEAN-PHILIPPE SMET. En commençant par une maison en campagne.


FABRICE

(Appuyez sur la porte de jardin.)

Bonjour, madame.


Une dame travaille dans son jardin en écoutant de la musique très forte.


FABRICE

(Très fort)

Je voudrais parler

à M. Jean-Philippe Smet.


LA FEMME

Milou, c'est pour toi,

mon grand.


Un gros barbu sort de la maison.


FABRICE se rend à l'évidence et reprend la route vers la prochaine adresse.


Courant dans un champ de blé, FABRICE cherche JEAN-PHILIPPE.


FABRICE

M. Smet?


Un homme se retourne, il a un fusil sur son épaule.


M. SMET 2

Qu'est-ce qu'il veut,

celui-là?


FABRICE

(Voyant qu'il n'a pas trouvé le bon.)

Non, non, non. Rien.


FABRICE rebrousse chemin.


FABRICE entre dans un bar de quartier.


FABRICE

Bonsoir, messieurs.

Excusez-moi de vous déranger.

Je cherche Jean-Philippe Smet.


VIEUX BARMAN

C'est moi, pourquoi?


FABRICE rebrousse chemin et passe au prochain SMET.


FABRICE se trouve dans une arrière-cour bétonnée.


FABRICE

(S'adressant à M. SMET)

Merci beaucoup.


Une succession de rencontres infructueuses défile.


FABRICE

(Dans un silo à grain)

M. Smet! M. Smet!


FABRICE

(Dans un atelier de mécanique automobile)

M. Smet?


M. SMET 3

Oui, c'est pour quoi?


M. SMET 3 est Africain.


Devant la porte d'un appartement situé dans un immeuble, FABRICE attend. Une femme ouvre la porte.


FABRICE

Bonjour, madame.

Je cherche

M. Jean-Philippe Smet.


LA FEMME

C'est moi.


FABRICE

Ah.

Au revoir, madame.


LA FEMME

Au revoir.


La voiture de FABRICE est garée de travers devant la maison de banlieue.


BABETTE

Fabrice.


BABETTE se tient devant une porte fermée.


BABETTE

Tu sais, Jean-Claude Portier

non plus, il allait pas fort

à une époque.

Eh bien, il est allé

voir un psychanalyste.

Ça lui a fait un bien énorme.

(De l'autre côté de la porte.)

Bon. Bien, je vais au pressing.


FABRICE complètement abattu regarde un revolver déposé sur le comptoir du lavabo.


BABETTE

(De l'autre côté de la porte)

Et n'oublie pas d'amener

Marion au bowling.


FABRICE conduit MARION dans sa voiture.


FABRICE

Je le regrette.

Je ne le reverrai...


MARION

Ah putain, c'est pas vrai.


FABRICE

Johnny.

Je le reverrai plus jamais.


FABRICE gare la voiture dans le stationnement du salon de quilles. À la radio, on annonce la prochaine chanson.


ANNONCEUR RADIO 

Voilà, c'est tout pour l'info.

Et on enchaîne

tout de suite avec le

dernier succès de Chris Summer.


MARION

(Avant de descendre de voiture.)

Bon. Bien, merci...

Pour tout à l'heure,

tu t'inquiètes pas.

J'ai un copain

qui me ramènera.


CHRIS SUMMER

(Chanson à la radio)

♪ Les blessures d'amour

ravivées ♪

♪ Passaient sur ma peau ♪


FABRICE démarre la voiture.


MARION

(Se penchant sur la portière passager)

Papa? Euh...

Ça te dit d'aller boire

un verre, ou...

Enfin, je sais pas. Peut-être

qu'on pourrait discuter?

Qu'est-ce que tu en dis?


FABRICE

Non, j'ai pas envie de te

faire honte devant tes amis.


MARION

T'inquiète,

c'est déjà fait, hein.


FABRICE accompagne MARION dans le salon de quille.


Quelques jeunes aux allures punk jouent déjà dans une allée.


JOUEUR 1

Oui.


MARION

Coucou!


JOUEUSE 1

Salut, Marion.


MARION

(Voix au loin)

Ça va?


JOUEUSE 1

Oui.


MARION

J'en ai pour deux secondes.

J'arrive, je...


JOUEUSE 1

T'inquiètes, on t'attend.


MARION

(S'adressant à FABRICE)

Tu viens?


MARION et FABRICE prennent une bière du bar du salon de quille.


MARION

Alors, c'est avec maman.

C'est ça? Vous allez divorcer.


FABRICE

Non, non.


MARION

Bien, alors, c'est quoi?


FABRICE

Je peux pas.

Non, tu prendrais

ton père pour un cinglé.

Non, si c'est pas

déjà fait, déjà.


MARION

Mais moi, je veux bien ne pas

te prendre pour un cinglé,

mais avoue quand même

qu'en ce moment, tu es bizarre.


FABRICE est aux toilettes devant les urinoirs.


Un homme chante dans les cabines de toilettes.


L'homme sort de la cabine et va aux lavabos.


JEAN-PHILIPPE

(Chante au loin)

♪ Oh my baby ♪

♪ I tell you tonight ♪

♪ Since I know you ♪

♪ Everything is alright ♪

♪ She's the one ♪

♪ The one I love ♪

♪ Peggy Sue ♪


FABRICE reconnaît la voix tranquillement et se retourne.


JEAN-PHILIPPE

♪ She's back to me ♪

♪ Back to marry me ♪


FABRICE regarde bêtement JEAN-PHILIPPE qui se retourne.


JEAN-PHILIPPE

Mais ça va pas, là, non?


FABRICE continue d'uriner par terre sans s'en rendre compte.


FABRICE

Oh!


FABRICE se fait mettre dehors par un videur.


FABRICE

Non! Il faut absolument

que je lui parle.

Laissez-moi vous parler. Puisque

je vous dis qu'on se connaît!

On s'est serré la main

en 1981 à La Cigale.


VIDEUR

Allez, dégage.


JEAN-PHILIPPE marche vers le stationnement.


FABRICE

(Voix au loin provenant du stationnement)

S'il vous plaît, j'ai quelque

chose de capital à vous dire.


VIDEUR

Vous le connaissez, patron?


JEAN-PHILIPPE

Non, pas du tout.


FABRICE

Je sais qui vous êtes

réellement.

Vous êtes...

(À voix basse)

Johnny Hallyday.


JEAN-PHILIPPE

Johnny Hallyday?

(Avançant vers FABRICE)

Mais d'où tu sors ça, toi?

Tu es qui?


FABRICE

Je suis votre plus grand fan.


JEAN-PHILIPPE

Te fous pas de ma gueule, là.


FABRICE

Mais je vous jure

que c'est vrai.

Mais je vais vous expliquer.


JEAN-PHILIPPE

Je m'en fous de tes

explications.

Je ne veux plus te voir ici.

Jamais. D'accord?


VIDEUR

Allez, dégage.


FABRICE

De toute façon,

vous finirez bien par

savoir qui vous êtes vraiment.

C'est pas par hasard

si vous avez appelé

votre bowling comme ça.

Vous avez toujours

rêvé d'y être.


JEAN-PHILIPPE agite la main comme pour dire : Cause toujours. Et disparaît derrière les portes du salon de quilles L'Olympia.


Plus tard dans la soirée, JEAN-PHILIPPE sort du salon de quilles. FABRICE attends dans sa voiture toujours garée dans le stationnement.


Une jeune femme rejoint JEAN-PHILIPPE près de sa voiture.


JEAN-PHILIPPE monte dans sa voiture et laisse la jeune fille dans le stationnement.


FABRICE

(Répétant ce qu'il va dire en suivant JEAN-PHILIPPE)

D'accord. D'accord, je sais que

tout ça est complètement fou.

Mais vous pouvez m'écouter

deux minutes, non?

Moi, ça fait 40 ans

que je vous écoute en boucle.

Non, je l'ai fait... Je l'ai

pas fait assez bien. Je vais

arriver et je vais lui faire:

D'accord, je sais que tout ça

est complètement fou.

Mais vous pouvez m'écouter

deux minutes, non?

Un homme qui chante

comme vous ne peut pas

être froid et insensible.

Regardez-moi bien.

Je vous préviens, je

suis au bord du gouffre.

Quoi? Vous ne voulez pas?

Vous ne voulez pas?

Moi, ça fait 40 ans

que je vous écoute en boucle!


JEAN-PHILIPPE gare devant sa maison et descend de sa voiture. Au moment de traverser la grille, JEAN-PHILIPPE remarque qu'il y a quelqu'un dans la rue.


JEAN-PHILIPPE

Hé! Vous, là-bas!


VOIX D'HOMME

Quoi?


JEAN-PHILIPPE

Qu'est-ce que vous faites?


VOIX D'HOMME

Je t'emmerde.


JEAN-PHILIPPE

Bon, allez,

barrez-vous maintenant.


DEUX VOYOUS avancent en tenant des barres de métal dans les mains.


VOYOU

Toi, tu vas vider tes poches.

Et tu vas nous donner

ce que t'as.


JEAN-PHILIPPE

Je crois pas, non.


FABRICE arrive en courant en pointant son revolver sur les voyous.


FABRICE

Arrêtez! Arrêtez ou je tire!

Je tire!


Aussitôt les deux voyous s'enfuient. FABRICE se retourne vers JEAN-PHILIPPE sans baisser son arme.


JEAN-PHILIPPE

Encore vous.

Qu'est-ce que vous faites là?

Vous êtes venu

pour me descendre ou quoi?


FABRICE

Ah non, non.

Il est pas chargé.


JEAN-PHILIPPE

Bon, bien je préfère

que vous le rangiez, quand même.

(Se retournant pour rentrer chez lui.)

Pour l'Olympia,

vous pouvez revenir.

Je vous offre même

dix parties de bowling.


FABRICE

J'échange

les dix parties contre

deux minutes de votre temps.

J'ai quelque chose de très

important à vous révéler.



JEAN-PHILIPPE

Bon, vous avez une minute.

Moi, j'ai besoin d'aller dormir.


FABRICE

Je viens d'un autre monde.

Enfin, d'un monde parallèle,

plus exactement.

Et je sais des choses sur vous

dont vous ignorez l'existence.


JEAN-PHILIPPE

C'est pas vrai,

c'est ma fête aujourd'hui.


FABRICE

D'où je viens, vous êtes

une immense star de la chanson.

Depuis 40 ans,

vous avez vendu des

dizaines de millions d'albums.


JEAN-PHILIPPE

Mais qu'est-ce

que je suis censé répondre?


FABRICE

Je sais pas.

Vous devriez être content.


JEAN-PHILIPPE

Content? Mais content de quoi?

Où est-ce que vous voyez

une immense star de la chanson?

Et pourquoi je vivrais

dans cette baraque si j'avais

vendu des millions de disques?


FABRICE

Bien, elle est quand même un

peu plus grande que la mienne.


JEAN-PHILIPPE

Bon, allez, ça va. Moi,

je veux aller dormir. Vous

devriez faire la même chose.

Bonne nuit.


FABRICE

Vous êtes né

le 15 juin 1943, à Paris.

Vous avez été élevé

par votre tante, Hélène Mar,

une cantatrice.

Dans les débuts des années 1950,

vous prenez des cours de danse

et vous apprenez

à jouer de la guitare.

En 1954, vous faites

une brève apparition dans

Les diaboliques de Clouzot.

En 1957, vous avez

une révélation en voyant

Loving you,

au cinéma, avec Elvis Presley.

C'est là que vous

décidez de devenir

chanteur de rock and roll.

Le 30 décembre 1959,

vous participez à

l'émission Paris-Cocktail,

une émission télévisée,

et vous êtes découvert

par Jacques Wolfsohn,

qui produira votre premier

45 tours.

Il y a quatre titres:

Aimer follement; Oh Oh baby;

Laisse les filles; J'étais fou.


FABRICE et JEAN-PHILIPPE sont maintenant assis dans le salon de JEAN-PHILIPPE.


JEAN-PHILIPPE

Tout ça me paraît

tellement loin.

Ah, je donnerais cher

pour revivre cette période.

C'était le début du rock,

en France.

Je traînais avec la bande

de la Trinité.

Pendant les bagarres,

notre seul souci,

c'était de ne pas

esquinter nos fringues.

C'était important, les fringues.

On était tous sapés

à la James Dean,

à la Marlon Brando.

On avait la panoplie complète.

Et puis, on allait draguer

les filles au Golf-Druot.


FABRICE

Oui, situé à l'angle

de la rue Montmartre

et de la rue Druot.


JEAN-PHILIPPE

Oui. Oui, oui.

C'est ça, oui.

C'est là-bas

que j'ai commencé à chanter.


FABRICE

Oui, vous vous êtes fait

offrir une guitare par

Lee Halliday, le mari de votre

cousine.


JEAN-PHILIPPE

Oui, effectivement, oui.

Et à la même période,

j'enregistre une

maquette de plusieurs titres.


FABRICE

Cinq titres, exactement.

Que vous enregistrez

sur le magnéto du père

d'un ami en juin 1959.


JEAN-PHILIPPE

Vous voulez raconter

à ma place?


FABRICE

Excusez-moi,

je vous demande pardon.


JEAN-PHILIPPE

De toute façon,

qu'est-ce que ça peut faire?

Tout ça, c'est du passé.


FABRICE

Mais, si tout ce

que je raconte est vrai,

qu'est-ce qui

n'a pas marché, alors?


JEAN-PHILIPPE

Tout ne s'est pas passé

comme vous l'avez décrit.

Je n'ai pas participé

à l'émission Paris-Cocktail.

J'ai eu un accident

de V-Sport en m'y rendant.

Je n'avais plus de freins.


FABRICE

(Pour lui-même)

C'est donc ça.

Ne participant pas

à l'émission Paris-Cocktail,

vous n'avez pas été découvert

par Jacques Wolfsohn,

qui n'a donc... jamais produit

votre premier 45 tours.


JEAN-PHILIPPE

En tout cas, il y en a

un qui peut me dire merci.


FABRICE

Qui ça?


JEAN-PHILIPPE

Il se faisait appeler

Chris Summer.

C'est lui qui m'a remplacé

à Paris-Cocktail.

Ce petit con prétentieux

se prenait pour un dur

parce qu'il s'était

fait virer des Petits Chanteurs

à la croix de bois.

C'était pathétique. Et l'année

suivante, quand il a mué,

le morveux est devenu

Chris Summer.


FABRICE

Et vous n'avez jamais

retenté votre chance?


JEAN-PHILIPPE

Mon accident m'a immobilisé

plusieurs mois.

Quand j'ai voulu reprendre,

c'était trop tard.

On était trop nombreux

sur le marché du rock.

Alors, j'ai fait autre chose.

J'ai eu un bar dans

les années 1960,

un sex shop

dans les années 1970,

et, en 1982, j'ai ouvert le

premier vidéoclub de la région.

Le Las Vegas Video,

ça s'appelait.

Et puis, j'ai monté l'Olympia.

Voilà. En tout cas,

il y a une chose qui est sûre:

j'ai jamais été

une star de la chanson.

Et je n'ai jamais

vendu un disque.


Les deux hommes restent silencieux en buvant leur verre.


JEAN-PHILIPPE entre dans sa chambre. CAROLINE est déjà couchée.


CAROLINE

Tu étais avec qui?


JEAN-PHILIPPE

Personne.


CAROLINE

Alors, tu veux bien

éteindre la lumière?


JEAN-PHILIPPE

Oui, bonne nuit.


CAROLINE

Bonne nuit.


FABRICE allume sa lampe de chevet et s'assoit dans son lit.


BABETTE

Qu'est-ce que tu fais?


FABRICE

J'ai une idée.


BABETTE

Oh, tu es chiant.


FABRICE

Allez.


FABRICE se lève et sort de la chambre.


FABRICE écrit dans sa pièce fétiche remplie de sacs poubelles pleins de bouteilles et de cannettes de bière.


JOHNNY HALLYDAY

♪ Oh my baby ♪

♪ I will tell you tonight ♪

♪ Tonight ♪

♪ Since I know you ♪

♪ Everything is alright ♪

♪ Alright ♪

♪ But if I can't go out ♪

♪ With you ♪

♪ It's because I'm still

in love with Penny Sue ♪

♪ She's the one ♪

♪ The one I love ♪


À l'aube chez CAROLINE regarde JEAN-PHILIPPE dormir avant de partir.


JEAN-PHILIPPE

(Se réveillant)

Qu'est-ce que tu fais?


CAROLINE

Je vais chez mon père.


JEAN-PHILIPPE

Encore?

Bien, pourquoi?

Qu'est-ce que j'ai fait?


CAROLINE

(Lançant un bout de papier sur le lit)

J'ai trouvé ça.

Ça te va, comme explication?


La note dit : Je t'aime comme je respire, Gabrielle.


JEAN-PHILIPPE

Mais c'est rien, ça.

C'est des conneries.


CAROLINE

Arrête.

Évite de laisser ce genre

de choses dans tes pantalons.


JEAN-PHILIPPE

Mais c'est des conneries, ça.


CAROLINE pleure. JEAN-PHILIPPE se lève et la prend dans ses bras.


JEAN-PHILIPPE

Hé... Viens là,

écoute.

Tu sais bien que je t'aime.


CAROLINE

(Repoussant JEAN-PHILIPPE)

Non, je sais pas, justement.


JEAN-PHILIPPE

Caroline...


JEAN-PHILIPPE sort de chez lui.


FABRICE attend appuyé sur la barrière.


JEAN-PHILIPPE

Ah, c'est pas vrai.

Vous avez passé

la nuit ici ou quoi?


FABRICE

J'ai beaucoup réfléchi.

Je dois vous parler.


JEAN-PHILIPPE

Ah non. Ce matin,

j'ai pas le temps.


FABRICE

C'est très, très important.

Je vous en supplie.


JEAN-PHILIPPE

Qu'est-ce que vous allez

m'annoncer, cette fois?

Que j'ai raté

une carrière de footballeur?


FABRICE

Je veux devenir votre manager.

Je veux faire de vous

celui que vous auriez dû être.


JEAN-PHILIPPE

Ah non.

Vous avez encore

votre regard de cinglé.


FABRICE

Johnny sommeille

en vous depuis toujours.

Et ne demande qu'une chose

pour être réveillé.

Ensemble, on peut rattraper

le temps perdu.


JEAN-PHILIPPE

Quel temps perdu? Ça fait

40 ans que c'est trop tard.


FABRICE

Non, il est jamais trop tard

pour accomplir son destin.

Le vôtre... le vôtre,

c'est d'être Johnny Hallyday.

De chanter pour les gens,

de leur donner du bonheur.


JEAN-PHILIPPE

Tout ça, c'est des conneries.

J'ai d'autres soucis.


FABRICE

(Montrant les textes des chansons de JOHNNY)

Et ça, c'est des conneries?


JEAN-PHILIPPE

Qu'est-ce que c'est?


FABRICE

En tant que fan numéro un,

je connais la plupart

de vos chansons

par coeur. Il y en a 967.

J'en ai écrit une

cinquantaine de mémoire.


JEAN-PHILIPPE

De mémoire, oui.


FABRICE

J'en prends une au hasard.

Le 7 juin 1976.

Requiem pour un fou, sorti

de l'album, Derrière l'amour.

Johnny s'adresse

directement au public.

(Avec fougue)

Tout le public est là,

absolu, sublime.


FABRICE

(Chantant)

♪ Je vous préviens

n'approchez pas ♪

♪ Que vous soyez flic

ou badaud ♪

♪ Je tue celui qui fait un pas ♪

♪ Non je ne ferai

pas de cadeaux ♪

♪ Éteignez tous

les projecteurs ♪

♪ Et baissez

vos fusils braqués ♪


Un homme prend des notes sur le capot de sa voiture.


FABRICE

(Chantant)

♪ Non je ne m'envolerai pas

sans elle ♪

♪ Si un fou mais par amour ♪

(Plus fort)

♪ Un fou d'amour ♪


JEAN-PHILIPPE

Bon. C'est très bien,

maintenant tout le voisinage

est au courant.


FABRICE

Bon, soyez gentil.

Jetez un oeil sur tout ça.

Il y a que des tubes.

C'est de l'or en barre.


JEAN-PHILIPPE

Je les regarderai

quand j'aurai un moment.


Le téléphone de FABRICE sonne. JEAN-PHILIPPE se dirige vers sa voiture.


FABRICE

Merci beaucoup.

(Répondant au téléphone)

Allô? Excusez-moi, Johnny.

Oui, non! Non, je

ne collectionne plus

les cannettes de bière.

Non, non, non.

Ma passion à moi,

c'est Johnny Hallyday.

Oui, c'est Johnny Hallyday.

Johnny Hallyday, vous ne

savez pas ce que c'est?

Eh bien, vous allez pas

être long à le comprendre.

Allez, merci beaucoup.

Au revoir!

(S'adressant à JEAN-PHILIPPE qui est déjà dans sa voiture.)

Non, mais c'est dément.

C'est des barjots, les

collectionneurs de cannettes.

Bon, il y a mon nom

sur la couverture,

il y a mon téléphone.

Je compte sur votre appel.

(Propos en anglais)

Anytime. Anytime.


JEAN-PHILIPPE démarre sa voiture pendant que FABRICE reprend sa chanson où il l'avait laissée.


FABRICE

(Chantant)

♪ Un fou d'amour ♪

♪ J'étais un fou

mais par amour ♪

♪ Un fou d'amour ♪


JEAN-PHILIPPE regarde FABRICE d'un air blasé et part dans sa voiture.


À la station de nettoyage de voiture du coin, GABRIELLE monte dans la voiture de JEAN-PHILIPPE et s'avance pour l'embrasser.


JEAN-PHILIPPE

Attends, attends.


GABRIELLE

Quoi?


JEAN-PHILIPPE

Ma femme est partie.

Elle a trouvé un de tes mots.


GABRIELLE

Ah bon?


JEAN-PHILIPPE

Gabrielle, ce serait

bien que tu arrêtes

de m'en mettre partout

dans les fringues.

C'était pour te faire plaisir.

Je te l'ai déjà dit,

hier soir.

On a passé

une nuit ensemble, mais

ne t'imagine pas des choses.


GABRIELLE

Si je comprends bien,

je fais partie de ton

programme "Une nuit, un coup"?


JEAN-PHILIPPE

Mais quel programme?

Et c'est toi qui as voulu.


GABRIELLE

Évidemment.

Tu es bien un mec, toi.

Quand il s'agit de s'engager,

une vraie gonzesse.

(Trouvant les textes des chansons)

Qu'est-ce que c'est?


JEAN-PHILIPPE

C'est rien.


GABRIELLE

C'est des poèmes?


JEAN-PHILIPPE

Non, des chansons.


GABRIELLE

C'est toi qui as écrit ça?


JEAN-PHILIPPE

Bon, allez. Rends-moi ça.


GABRIELLE

Laura? C'est qui,

cette Laura?


JEAN-PHILIPPE

J'en sais rien.


GABRIELLE

Tu veux pas me dire?


JEAN-PHILIPPE

Bon, allez. Sors,

il faut que j'y aille.


GABRIELLE

(Lisant la chanson)

"Laura."

"Le temps passe

et me remplit de toi."

"Je n'avais besoin de personne

et tant de place pour toi."

(S'adressant à JEAN-PHILIPPE)

Mais c'est carrément

une déclaration d'amour!

(Frappant JEAN-PHILIPPE)

Espèce de salaud.

Dis-moi qui c'est.


JEAN-PHILIPPE

J'en ai assez. Allez, sors.


GABRIELLE

(Sortant en claquant la porte.)

Va te faire foutre.

Vieux schnock!


GABRIELLE monte dans sa voiture et démarre.


JEAN-PHILIPPE

Vieux schnock?


JEAN-PHILIPPE est de retour chez lui et fouille dans un placard pour trouver une vieille boîte.


Dans la boîte, JEAN-PHILIPPE retrouve son vieux cahier de chansons.


JEAN-PHILIPPE compare ses paroles à celles que FABRICE lui a donné.


JEAN-PHILIPPE

(Pour lui-même)

Ah, c'est dingue, ça.


LAURENT, le fils de JEAN-PHILIPPE arrive dans la chambre.


LAURENT

P'pa?


JEAN-PHILIPPE

Ah, Laurent, tu es là.


LAURENT

Elle est pas encore

rentrée, maman?


JEAN-PHILIPPE

Non, elle est allée dormir

chez ton grand-père. Il se

sentait pas très bien.


LAURENT

Ah bon?


JEAN-PHILIPPE

Mais rien de grave,

t'inquiètes pas.


LAURENT

C'est quoi, ça?


JEAN-PHILIPPE

C'est un texte que

j'ai écrit pour ta naissance.


LAURENT

Ah ouais?


JEAN-PHILIPPE

Oui.


LAURENT

Je pourrais lire?


JEAN-PHILIPPE

Si ça te fait plaisir. Tiens.


LAURENT lit en silence.


JEAN-PHILIPPE

Hé, Laurent.


LAURENT

Hum-hum?


JEAN-PHILIPPE

Tu me le ramènes, hein?


LAURENT

Oui.


FABRICE grignotte dans la cuisine.


MARION

Papa, décroche pas!

C'est pour moi.

(Tendant le téléphone à FABRICE.)

C'est pour toi.


FABRICE

Merci.

(Répondant au téléphone)

Oui?


JEAN-PHILIPPE

(Voix au téléphone)

Excusez-moi,

j'appelle un peu tard.


FABRICE

Jean-Philippe.

Comment allez-vous?


JEAN-PHILIPPE

(Voix au téléphone)

Voilà, je vais être franc.

(Faisant les cent pas en parlant au téléphone)

J'ignore qui vous êtes,

comment vous savez

certaines choses.

Et je pense que vous êtes

complètement allumé.

Mais j'ai réfléchi.


FABRICE

(Parlant au téléphone)

Oui, et alors?


JEAN-PHILIPPE

(Voix au téléphone)

Bien, je me suis dit

que j'avais...

j'avais pas

grand-chose à perdre.

Alors, d'accord.

Faisons un essai.


FABRICE

C'est merveilleux.

Il faut fêter ça.

Venez dîner avec votre

femme à la maison demain.


JEAN-PHILIPPE

Non, je viendrai seul.


FABRICE

(Voix au téléphone)

Comme vous voulez.


BABETTE se fait les ongles de pieds pendant que FABRICE se douche à côté de la chambre.


BABETTE

Manager? Pff!

C'est quoi, cette histoire?

Tu veux arrêter ton travail?


FABRICE

Non, pas dans un premier

temps, en tout cas.


BABETTE

Et c'est qui ce type,

Johnny "Hollyday"?


FABRICE

Hallyday!

C'est un grand chanteur

qui va devenir célèbre.


BABETTE

Ah oui.

Et tu l'as rencontré où?


FABRICE

Euh...Où je l'ai rencontré?


BABETTE

Oui.


FABRICE

Je l'ai rencontré

dans le métro, dans le métro.

Il jouait de la guitare. Tu vas

voir, il est très talentueux.


BABETTE

Tu abandonnerais

ton travail pour ça, toi?

Tu te rends compte

que tu as une famille?

En ce moment, je te comprends

pas, Fabrice.


FABRICE

Tu m'as jamais

très bien compris, Babette.


BABETTE

Il a quel âge?


FABRICE

Quel âge il a? Il a 60 ans.


BABETTE

Quoi? 60 ans!


FABRICE

Oui, 60 ans.

Voilà, il a 60 ans.

Bien, quand tu vas voir ce mec

À 60 ans, tu vas te dire:

C'est même pas concevable

que 60 ans veuille dire ça.

Il a 60 ans, 60 ans,

ça veut rien dire chez lui.

Soixante ans, c'est 15 ans.

C'est 10 ans, il a 100 ans,

200 ans, 500 ans.

Il a rien, il est rien. Il est

la quintessence. Tu vas voir.


BABETTE

Ouf...

Bon, tant que tu lâches pas

ton travail, tu verras bien.


BABETTE

Ça ressemble à quoi,

ce qu'il fait?


FABRICE

À du Johnny.


BABETTE

À du Johnny...


FABRICE prépare des amuse-gueule.


FABRICE

C'est lui.



On sonne à la porte. FABRICE va ouvrir.


FABRICE

Jean-Philippe.


JEAN-PHILIPPE

Bonsoir.


FABRICE

Merci d'être venu.

Entre, je t'en prie.


FABRICE

Ça va?


JEAN-PHILIPPE

Ça va bien.


FABRICE

Euh... Babette!

Laura! Descendez.

Jean-Philippe est arrivé.


MARION

(Voix provenant de l'étage)

Je m'appelle Marion!


FABRICE

Voilà notre...

voilà notre chez-nous.


JEAN-PHILIPPE

C'est très sympa.

(Tendant une bouteille de vin)

Tiens.


FABRICE

Non, fallait pas.


JEAN-PHILIPPE

Oh, c'est rien.


FABRICE

Merci infiniment. Ah bien,

voilà ma femme, Babette.

Babette, Jean-Philippe.


JEAN-PHILIPPE

Enchanté.


BABETTE

Bonsoir.


FABRICE

Faites-vous la bise,

on est entre nous.


BABETTE a un petit mouvement de recul, puis s'avance pour faire la bise.


FABRICE

Oh, c'est idiot. J'aurais

tellement aimé te montrer

ma collection de Johnny.

Viens, entre. Je t'en prie.


FABRICE, sa famille et JEAN-PHILIPPE sont assis à table.


BABETTE

Encore un peu de gigot?


JEAN-PHILIPPE

Non, merci.

C'était délicieux.


BABETTE

Merci. Fabrice?


FABRICE

Avant d'attaquer le dessert,

j'aimerais vous faire

part de ma stratégie

pour lancer Johnny, ici présent.


MARION

Est-ce que je peux

sortir de table?


FABRICE

Non.

Ça te concerne aussi.

Johnny s'adresse même aux punks.


MARION

Ah bon? Pour quoi faire?


FABRICE

Parce que les punks,

Johnny, il était là avant,

pendant et après.

C'est le patron.


MARION

OK...


JEAN-PHILIPPE

Alors, vous êtes punk?


MARION

Bien, oui. Oui, genre.


JEAN-PHILIPPE

En tout cas, ça

vous va très bien.


MARION

Euh, merci.


FABRICE


Bon, alors, la première chose.

Changer le look

de Jean-Philippe

pour reconquérir le public.

J'ai quelques croquis ici pour

vous montrer l'esprit Johnny,

que je définirais

en quelques mots très simples:

noir, virile, animal.


FABRICE montre un collage d'animaux prédateurs.


MARION

Et dis-moi, pourquoi

il y a pas de phoques?


Tous rigolent sauf FABRICE.


FABRICE

Si c'est pour

dire des conneries,

tu montes dans ta chambre.


MARION

Non, mais finalement,

je me marre bien avec vous.


FABRICE

On est pas là pour se marrer.

On a 40 ans de Johnny

à rattraper.

Ça, c'est ton look

des années 2004.

Combinaison cuir noir,

cheveux tirés en arrière, bouc.

Moi, j'ai un tout

petit faible pour ton

look des années fin 1970.

Je vous jure, c'est de la folie.

C'est possible de voir?


FABRICE montre ses croquis à MARION qui éclate de rire avec les autres.


JEAN-PHILIPPE

(Aidant BABETTE avec les couverts sales)

Où voulez-vous que je pose ça?


BABETTE

C'est gentil, il fallait pas.

Mettez-les là.


JEAN-PHILIPPE

Ici, là.


BABETTE

Oui, merci.


FABRICE

(Voix au loin)

Jean-Philippe!

Sors de la cuisine. Tu vas pas

faire la vaisselle, non plus.


BABETTE

(Soupirant)

C'est à se demander

s'il est pas amoureux de vous.


BABETTE donne le dessert à JEAN-PHILIPPE pour qu'il l'apporte.


JEAN-PHILIPPE

Arrêtez, vous me faites peur, là.


JEAN-PHILIPPE rejoint FABRICE dans la salle à manger.


FABRICE

J'ai tapé tes textes

À l'ordinateur, hein.

On verra ensuite

celles que tu préfères.

Écoute celle-là, par exemple.

Elle s'appelle

Que je t'aime.

Attention, j'y vais.

Babette, assieds-toi.

Vous êtes prêts?

C'est parti.

(Récitant)

"Quand tes cheveux

"s'étalent comme

un soleil d'été.

"Et que ton oreiller

"ressemble aux champs de blé.

"Quand l'ombre et la lumière

"dessinent

"sur ton corps

des montagnes, des forêts"

(Chantant)

♪ Et des îles au trésor ♪

♪ Que je t'aime ♪

♪ Que je t'aime ♪

♪ Que je t'aime que je t'aime ♪


FABRICE saisit sa chaise en la renversant comme s'il tenant un pied de micro.


FABRICE

(Chantant)

♪ Que je t'aime ♪

♪ Mon amour ♪

(S'adressant à JEAN-PHILIPPE)

Tu la chantes mieux, hein.

Mais c'est ta meilleure.


Dans le garage, JEAN-PHILIPPE frappe sur un sac d'entraînement et FABRICE le motive.


FABRICE

Chris Summer a volé ta

place, il a volé ta vie.

Il a volé ta gloire.

En l'honneur de tous

tes fans, je t'ordonne

de lui rentrer dedans.


La chanson Eye of the Tiger, Survivor accompagne l'entraînement.


FABRICE

Rentre-lui dedans.

Rentre-lui dedans. C'est bon.

C'est bon. C'est bon.


FABRICE est assis dans son bureau au travail et parle au téléphone.


FABRICE

(Parlant au téléphone)

Oui, c'est pour

une coupe de cheveux.

Peut-être aussi une couleur.

D'accord.

Eh bien, entendu.

Entendu comme

ça, alors à demain, à 18h.

D'accord, merci beaucoup.


JEAN-PHILIPPE est chez le coiffeur. FABRICE surveille l'opération.


FABRICE

Oh, oh!

Je te jure, il y a aucun

regret à avoir.

(S'adressant au coiffeur)

Vous auriez la gentillesse

de faire les pattes?


JEAN-PHILIPPE

Pourquoi, les pattes?


FABRICE

Mais... très peu.


FABRICE et JEAN-PHILIPPE joggent sur un sentier.


JEAN-PHILIPPE

Ah, putain.

J'en peux plus. Je suis mort.

Jésus aussi était mort.

Si tu crois qu'il a ressuscité en

deux coups de cuillères à pot,

tu te mets le doigt dans l'oeil.


FABRICE et JEAN-PHILIPPPE poursuivent la mise en forme sur des appareils de musculation.


JEAN-PHILIPPE

Comment tu fais pour

avoir autant la pêche?

Je pense à Rocky.


JEAN-PHILIPPE et FABRICE sont de retour dans le garage.


JEAN-PHILIPPE

Qui?


FABRICE

Rocky Balboa. Tu sais,

le film Rocky,

quand il s'entraîne.

Il y a la musique et

tout. Ah, cette séquence!

Ça donne la pêche, ça.

C'est bon!

Vas-y!


JEAN-PHILIPPE

Je connais pas ce film.


FABRICE

Ah bon? Pour Stallone

non plus, ça a pas marché?


FABRICE et JEAN-PHILIPPE courent dans un sentier.


FABRICE

Encore une borne.


Retour chez le coiffeur


JEAN-PHILIPPE

Pas besoin de couper

les pattes, non?


FABRICE

Si, les pattes.


FABRICE présente JOHNNY HALLYDAY à LAURENT, MARION et BABETTE.


FABRICE

Mesdames et messieurs,

j'ai l'immense plaisir,

j'ai l'honneur, le privilège,

de vous présenter la star

du troisième millénaire...

Vous entendez? La star

du troisième millénaire,

j'ai nommé le grand, l'unique,

le grand, le très grand

Johnny Hallyday!

Johnny! Johnny!

Johnny! Johnny!

Johnny!


LAURENT

Aïe, aïe, aïe,

la touche!

Vas-y, tourne-toi un peu,

papa, pour voir?


MARION

Moi, ceci dit, je trouve que

les franges, ça apporte

pas mal, hein?


BABETTE

Pas mal, la chemise, aussi.



JEAN-PHILIPPE

Je te l'avais dit,

ils se foutent de moi.


FABRICE

Mais pas du tout.

Pas du tout!

Tu es extraordinaire.

(S'adressant à BABETTE)

Tiens, toi, tu es

pris en flag, là.


BABETTE

Quoi?


FABRICE

Oui, je te répète.

Pris en flag!


BABETTE

Bien, quoi?


FABRICE

Tu crois que je vois

pas ton regard? Tu es en

train de craquer sur Johnny.


BABETTE

Mais n'importe quoi, toi!

Je vais faire du café.


FABRICE

Mais avoue-le. Assume

tes pulsions sexuelles, chérie.

Assume-les.


JEAN-PHILIPPE

Bien, en attendant,

je vais me changer, moi.


FABRICE

Bon, alors? Alors,

vous en pensez quoi?


MARION

Bien... Oui, c'est marrant.


LAURENT

Oui, oui. C'est pas mal.


FABRICE

Non, mais vous pourriez

faire un effort.

C'est Johnny, quand même.


MARION et LAURENT sont assis sur à l'extérieur de la maison. LAURENT joue des bongos.


FABRICE sort de la maison en portant des sacs de voyage.


FABRICE

(S'adressant à MARION)

Sois gentille, Laura.

Laisse Laurent se concentrer

pour qu'il progresse.

Tu vas voir, l'air de la mer

va te faire un bien énorme avant

de commencer tes répétitions.


JEAN-PHILIPPE

(Mets les bagages dans le coffre de la voiture)

Je me sens pas

spécialement fatigué.

Et puis, Quiberon,

ça a quoi de si spécial?


FABRICE

Tu adores Quiberon.


JEAN-PHILIPPE

J'ai jamais mis

les pieds à Quiberon.

Ah oui, j'adore Quiberon...

dans mon autre vie.


FABRICE

Voilà.


JEAN-PHILIPPE

Ha!


FABRICE

(S'adressant à MARION et LAURENT)

Allez, les enfants.

Soyez gentils.

Vite, vite!


La voiture démarre et le groupe est en route pour Quiberon.


FABRICE et JEAN-PHILIPPE sont assis sur la terrasse d'une villa à Quiberon.


LAURENT et MARION sortent ensemble de la maison.


FABRICE

Vous dînez pas avec nous?


LAURENT

Non, on va se débrouiller.


MARION

À plus tard!


FABRICE s'assoit près de JEAN-PHILIPPE et joue quelques accords à la guitare.


FABRICE

(Chantant)

♪ On a tous quelque chose

en nous de Tennessee ♪

♪ Cette volonté

de prolonger la nuit ♪

♪ Ce désir fou de vivre

une autre vie ♪

♪ Ce rêve en nous

avec ses mots à lui ♪


JEAN-PHILIPPE

Elle est jolie, cette chanson.

Je savais pas

que tu jouais de la guitare.

Quand j'étais jeune,

j'ai vaguement gratté

pour épater trois pauvres nanas.

Tiens, je te laisse essayer.

J'ai noté la grille d'accords.

Voilà.

Alors...


JEAN-PHILIPPE joue la succession d'accords puis entame la chanson.


JEAN-PHILIPPE

(Chantant)

♪ On a tous quelque chose

en nous de Tennessee ♪

♪ Cette volonté

de prolonger la nuit ♪

♪ Ce désir fou de vivre

une autre vie ♪

♪ Ce rêve en nous

avec ses mots à lui ♪

♪ Quelque chose de Tennessee ♪

♪ Cette force qui nous pousse

vers l'infini ♪

♪ Il y a peu d'amour

avec tellement d'envie ♪

♪ Si peu d'amour

avec tellement de bruit ♪

♪ Oh quelque chose ♪

♪ de Tennessee ♪


FABRICE est sans voix.


JEAN-PHILIPPE

Ça va pas?


FABRICE

Et tu déchiffres comme ça?

Bien oui, c'est écrit.


JEAN-PHILIPPE et FABRICE sont en peignoir dans les couloirs d'un centre de Thalassothérapie.


JEAN-PHILIPPE

Quand est-ce qu'on mange?


FABRICE

Plus tard.


JEAN-PHILIPPE

Ah, j'ai faim, moi.


FABRICE

Avoue qu'on est

bien, quand même.


JEAN-PHILIPPE

Oui, bon.


FABRICE

Un, deux, trois. Lutte

pour écrire ton histoire.

Lutte pour garder ta mémoire

et pour garder en toi une...


JEAN-PHILIPPE

♪ Une rock and roll attitude ♪


FABRICE

Bien. Ne reste pas

chez toi avec...

Et...


JEAN-PHILIPPE

Oh...


JEAN-PHILIPPE s'éloigne, excédé.


FABRICE

Ne reste pas chez toi...

S'il te plaît.

Lutte pour écr...

Lutte pour écrire

ton histoire.

Lutte, s'il te plaît.

Lutte pour écrire ton hist...

Lutte pour écrire...


Le soir dans les rues animées de QUIBERON, FABRICE et JEAN-PHILIPPE se dirigent vers un bar.


FABRICE

(Regardant au loin)

C'est pour ça

que je t'ai emmené ici.


JEAN-PHILIPPE

Ha! Non...


Il s'agit d'un bar karaoké.


JEAN-PHILIPPE

Je le crois pas.


FABRICE

Ne te ferme pas,

ne te ferme pas.


FABRICE et JEAN-PHILIPPE sont assis à une table.


FABRICE

Je te jure, il y a rien

de mieux qu'un karaoké pour

te remettre dans le circuit.

Il y a un micro,

il y a la musique, et

surtout, il y a un public.


JEAN-PHILIPPE

Je déteste le karaoké.


FABRICE

Pourquoi tu détestes

le karaoké?

Mais enfin, tous les plus grands

ont commencé par le karaoké.


JEAN-PHILIPPE

J'aimerais bien savoir qui.


FABRICE

Brel, Brassens.

Avant de démarrer,

c'était des rois du karaoké.


JEAN-PHILIPPE

Tout ça, c'est des conneries.


FABRICE

Ah, tu vas pas te dégonfler.


JEAN-PHILIPPE chante Teenage Idol de Ricky Nelson. Une jeune fille semble le trouver séduisant.


FABRICE regarde JEAN-PHILIPPE chanter, près de quelque s autres spectateurs.


FABRICE

Lâche pas Johnny.


FABRICE s'adresse aux autres personnes dans le bar.


FABRICE

C'est Johnny qui chante.

C'est Johnny qui chante.


Plus tard, JEAN-PHILIPPE et FABRICE sont assis sur la plage.


JEAN-PHILIPPE

Mais si je me suis marié

quatre fois, j'ai eu combien

d'enfants?


FABRICE

Trois. Un garçon, deux filles.


JEAN-PHILIPPE

D'accord.


FABRICE

Laisse-moi deviner.

J'ai eu une fille avec...

Madonna.


JEAN-PHILIPPE

Nathalie Baye.


FABRICE

Non. Nathalie Baye?

C'est mon actrice préférée.

J'ai eu une fille avec elle.


JEAN-PHILIPPE

Laura.


JEAN-PHILIPPE

Laura...


FABRICE

Bon, je te raconte ou quoi?


JEAN-PHILIPPE

Vas-y, dis-moi.


FABRICE

Alors, je commence par quoi?

Par tes amis du showbiz?

Ta femme Laeticia?

Ton concert au Parc des Princes?


JEAN-PHILIPPE

Au Parc des Princes?

Pourquoi pas le Stade de

France, pendant que tu y es.

Ah parce que

j'ai aussi chanté au...

Non.


FABRICE

J'y étais.

Tu peux pas imaginer

ce que c'était.

Tu regardes Camus et tu dis:

"Je veux rentrer sur scène

en traversant la foule."

Camus te regarde dans les yeux,

livide, et te dit:

"Tu peux pas faire ça, Johnny.

Tu peux pas faire ça,

ça pourrait mal tourner."

Et là, tu as répondu: "Ces gens

sont là parce qu'ils m'aiment.

Pourquoi ça tournerait mal?"


JEAN-PHILIPPE (Narrateur)

Au fait, tu m'as pas dit.


La voiture roule sur une route au bord de la mer.


FABRICE (Narrateur)

Quoi?


JEAN-PHILIPPE (Narrateur)

Qu'est-ce que j'ai comme

bagnole?


FABRICE (Narrateur)

Tu es pas croyable, toi.

Je te parle d'un moment énorme

de ton existence

et tu me demandes

quelle est ta bagnole?


JEAN-PHILIPPE (Narrateur)

D'accord, d'accord.


JEAN-PHILIPPE (Narrateur)

Et il y une autre...


JEAN-PHILIPPE est chez lui et chante, accompagné d'un groupe de très jeunes musiciens, dont LAURENT.


JEAN-PHILIPPE

(Chantant)

♪ Et rien ne sera

jamais plus pareil ♪

♪ J'ai vu plus d'horreur ♪

♪ Que de merveilles ♪


FABRICE

Attends, Johnny, Johnny.

Pardonne-moi.

Johnny, excuse-moi. Alors,

la version reggae est bonne...

mais c'est pas bon, quand même.

Je pense qu'il faut faire

une version plus classique,

pour que l'émotion...


LAURENT

Salut, maman.


UN MUSICIEN

Bonjour, madame.


CAROLINE

Ça va pour vous?

La vie est belle?


JEAN-PHILIPPE

Écoute, si tu avais téléphoné,

j'aurais un peu rangé.


CAROLINE

Je prends juste

quelques affaires et je repars.

Tu t'es coupé les cheveux.


JEAN-PHILIPPE

Attends, je vais t'expliquer.


CAROLINE et JEAN-PHILIPPE discutent dans la chambre.


CAROLINE

C'est qui, ce type?



JEAN-PHILIPPE

Fabrice, un ami.

On travaille ensemble.

Je vais reprendre la musique.


CAROLINE

Tu plaisantes, j'espère.


JEAN-PHILIPPE

Non, c'est sérieux.


CAROLINE

Reprendre la musique à ton

âge. Non, mais, tu es

tombé sur la tête.


JEAN-PHILIPPE

Qu'est-ce que ça

peut faire? De toute

façon, tu es déjà parti.


CAROLINE

C'est vrai.


CAROLINE ferme sa valise et sort de la chambre.


FABRICE et JEAN-PHILIPPE sont seuls dans la cuisine.


FABRICE

Bon, admettons

qu'elle ne te désire plus,

qu'elle ne désire plus le

Jean-Philippe qu'elle connaît,

je ne donne pas cher de sa peau

quand elle rencontrera Johnny.

Aucune femme

ne résiste à Johnny.

Tu veux que je te dise?

Johnny, ta femme,

il va la récupérer.


FABRICE travaille de son bureau.


FABRICE

(Parlant au téléphone)

Johnny est un jeune talent

plein d'avenir.

Il n'interprète

que des futurs tubes.


FABRICE

(Parlant au téléphone sur le quai d'une gare)

Allô, oui? Bien, je vous

envoie un CD, vous allez adorer.

Comment? Ah non,

il y a aucun problème de dates.


FABRICE

(Parlant au téléphone de son bureau)

Vous ressentez un vide

dans votre vie?

Oui, c'est normal.

C'est normal,

vous devez être un fan de

Johnny qui s'ignore.

(Parlant à une quelques personnes au téléphone)

Non, mais même

en première partie, hein.

Ah bon, tout est

complètement... complet.

Ce serait juste pour un cachet.

Allô? Allô?


FABRICE entre dans le salon de quilles de JEAN-PHILIPPE.


FABRICE

Johnny?


JEAN-PHILIPPE

Ça va?


FABRICE

On a décroché un contrat.

Bon, ça reste modeste,

mais ça va te permettre de

t'échauffer avant ta tournée.


JEAN-PHILIPPE

Ma tournée?


JEAN-PHILIPPE est dans une salle attenante au lieu où il va jouer.


FABRICE

(S'adressant à JEAN-PHILIPPE)

Alors, il y a un truc qui va te

rassurer. Ils ont un super son.

D'accord, c'est

pas le Parc des Princes,

mais tu vas être content.


JEAN-PHILIPPE

Je me sens pas cuir, moi.


FABRICE

Qu'est-ce que tu dis?

Tu te sens pas cuir?


JEAN-PHILIPPE

Enfin, tu délires.

Tu as toujours été cuir.

Mais Johnny sans cuir,

c'est comme un été sans soleil,

c'est une pizza sans olives.

C'est une voiture sans roues.


JEAN-PHILIPPE

Ça va, j'ai pigé.


FABRICE

Oublie pas de

mettre tes santiags

avant de monter sur scène.


JEAN-PHILIPPE

Elles me font

mal aux pieds. Je suis

mieux dans mes chaussures.


FABRICE

Vas-y en chaussons

pendant que tu y es.


JEAN-PHILIPPE

Je vais voir où

ils en sont, j'arrive.

Je compte sur toi, hein.


FABRICE sort de la loge et JEAN-PHILIPPE se regarde dans le miroir.


JEAN-PHILIPPE

(Se parlant à lui-même)

Allez, Johnny. à toi.


JEAN-PHILIPPE joue devant un groupe de retraités dans un jardin de maison de retraite.


JEAN-PHILIPPE

(Chantant)

♪ Toute la musique que j'aime ♪

♪ Elle vient de là

elle vient du blues ♪

♪ Les mots ne sont

jamais les mêmes ♪

♪ Pour exprimer

ce qu'est le blues ♪

♪ J'y mets mes joies,

j'y mets mes peines ♪

♪ Et tout ça

ça devient le blues ♪

♪ Je le chante

autant que je l'aime ♪

♪ Et je le chanterai toujours ♪

♪ Il y a longtemps

sur des guitares ♪

♪ Des mains noires

lui donnaient le jour ♪

♪ Pour chanter les peines

et les espoirs ♪

♪ Pour chanter Dieu

et puis l'amour ♪

♪ La musique vivra ♪

♪ Tant que vivra le blues ♪

♪ Le blues, ça veut dire ♪

♪ que je t'aime ♪

♪ Et que j'ai mal à en crever ♪


Une dame baisse la tête sur son fauteuil roulant.


UNE INFIRMIÈRE

(S'approchant de la dame)

Ça va pas, madame?


FABRICE

(À voix basse)

Continue, continue.


JEAN-PHILIPPE

(Continuant de chanter)

♪ C'est ma prière

pour te garder ♪

♪ Toute la musique que j'aime ♪


La dame redresse la tête.


UNE INFIRMIÈRE

Vous êtes sûre?

Bon, d'accord.


JEAN-PHILIPPE

(Chantant)

♪ Elle vient de là

elle vient du blues ♪


Dans une école, des enfants regardent un spectacle de marionnettes. FABRICE s'approche d'un homme à l'extérieur de l'école.


FABRICE

Excusez-moi.


L'INSTITUTEUR

Bonjour, monsieur.


FABRICE

Je suis le mari de Babette,

la maîtresse de CP.

Vous savez pas où elle est?


L'INSTITUTEUR

Vous êtes pas allé voir

dans sa classe?

Parce que le spectacle

des CP, c'était ce matin.


FABRICE

Non, non, non.

Ils ont l'air d'aimer

les chansons, vos gamins?


L'INSTITUTEUR

En effet, oui.


FABRICE

Ah.


FABRICE tente de vendre le spectacle de JOHNNY à Mme RICHER la directrice de l'école.


FABRICE

Mme Richer, réfléchissez bien.

Ce sera parfait pour

les enfants, vous entendez?

Parfait, parce qu'au même titre

que Henri IV, que De Gaule,

que Jeanne d'Arc, Johnny

Hallyday fait partie intégrante

de l'histoire de France.

Vous comprenez ça,

Mme Richer?


BABETTE entre dans le bureau de la directrice.


FABRICE

Ah, Babette! Tu tombes bien.

Justement, j'étais en train

d'expliquer à Mme Richer

à quel point

c'était important pour

les enfants de connaître Johnny.


BABETTE

(Quittant le bureau, outrée)

Ah! C'est pas possible!


FABRICE

Babette!


BABETTE

Il changera jamais.

Il changera jamais!


FABRICE

Je vous rappelle.

(Courant derrière BABETTE)

Babette! Babette!


BABETTE sort de l'école et FABRICE tente de la rattraper.


FABRICE

Babette. Babette, attends-moi.


BABETTE

Partout où tu vas, il faut que

tu la ramènes avec tes délires

obsessionnels. Partout!


FABRICE

Mais je te répète

que si je suis là,

c'est parce que

je venais te chercher

pour t'inviter au resto.

Enfin, j'avais pas

du tout prévu que madame-


BABETTE

Et laisse donc tranquille

ce pauvre type.

T'es en train de lui donner

de faux espoirs, là.


FABRICE

Qu'est-ce que t'as dit?

J'ai pas bien compris, là.

Johnny? Johnny, pauvre type?

Et dis donc, tu crois

que j'ai pas vu comment

tu le regardais l'autre jour?

Hein? Tu avais pas l'air

du tout de le prendre

pour un pauvre type.


BABETTE

Oui, tu as raison. C'est toi

le pauvre type dans l'histoire.


FABRICE

Tu vas voir,

Babette. Tu vas voir.

On va aller très,

très loin, avec Johnny-


BABETTE

Eh bien, bonne route!


BABETTE monte dans sa voiture et laisse FABRICE seul dans la cour d'école.


FABRICE travaille à son bureau.


FABRICE

Ah, ça y est. Il répond, là.


FABRICE remplit une fiche à l'écran.


Dans la salle d'entraînement FABRICE et JEAN-PHILIPPE discutent.


JEAN-PHILIPPE

C'est un casting pour quoi?


FABRICE

La nouvelle idole.

C'est un prime time.

Inspiré de

L'École des fans,

mais avec des adultes.


JEAN-PHILIPPE

Bonjour l'originalité.


FABRICE

Oui, mais attends.

Tu sais qui est l'invité

à la prochaine émission?


JEAN-PHILIPPE

J'en sais rien.


FABRICE

Chris Summer.


JEAN-PHILIPPE

Décidément, il est

partout celui-là.


FABRICE

On s'en fout!

Tu sais ce qui est important?

C'est ce que tu gagnes.

Chanter avec Chris Summer

en duo au Stade de France.


JEAN-PHILIPPE

Ça m'emballe pas.


FABRICE

Putain. Comment ça,

ça t'emballe pas?

Ça t'emballe pas?

Mais tu es dingue ou quoi?

Il y a pas à réfléchir.

Ton grand retour

au Stade de France.

Des dizaines de milliers

de fans en transe, à tes pieds.


BABETTE

Arrête un peu. Tu crois pas

que tu en fais beaucoup, là?


FABRICE

Johnny, il faut faire cette

émission. On a pas le choix.


Dans une grande salle, des dizaines de personnes sont rassemblées pour faire les auditions de L'École des fans.


Un CONCURRENT chante pour se préparer avant l'audition.


LE CONCURRENT

(Chantant)

♪ Il y a ce moment

très précis ♪

♪ Où tu m'as dit

je vais partir ♪

♪ Et puis tu es parti

chercher le repos ♪

♪ J'ai vécu comme un robot ♪

♪ Mais aucune autre

n'est venue ♪


FABRICE passe devant l'homme et rejoint JOHNNY dans une section plus tranquille en portant deux verres.


FABRICE

Il n'y a que de l'eau.


JEAN-PHILIPPE

Merci.


LE CONCURRENT

(Chantant)

♪ Mais aucune autre

n'est venue remonter ma vie ♪


JEAN-PHILIPPE

Il est saoulant, celui-là.


LE CONCURRENT

(Chantant)

♪ Mes mots d'amour

tu comprendras ♪

♪ Au jeu des passions

qu'on jure ♪

♪ Mais tu verras d'aventure ♪

♪ Le grand... ♪


FABRICE

(S'adressant au CONCURRENT)

Excusez-moi de vous déranger.

Vous pourriez avoir la

gentillesse d'imiter Cloclo un

ton un tout petit peu plus bas.

Parce que vous êtes pas

tout seul, quand même.


LE CONCURRENT

Je n'imite pas Cloclo.

Je le transforme.

Je l'adapte, je le transcende.

Tu es qui, toi?


FABRICE

Manager de Johnny Hallyday.


LE CONCURRENT

C'est qui?

Regardant vers JOHNNY Ah ouais? Connais pas. [FABRICE

Peu importe.

Alors, un conseil.

Arrêtez les imitations, devenez

acteur. Ça peut être énorme.


LE CONCURRENT

(Reprenant sa chanson)

♪ Ça s'en va et ça revient ♪

♪ C'est fait de tout petits riens ♪


Un VUS arrive dans une allée.


CHRIS SUMMER descend de voiture, accompagné par trois personnes.


UN GARDIEN

Hé, Chris, comment ça va?


CHRIS SUMMER

Bien et toi?


UN GARDIEN

Cassandra, toujours

aussi belle, hein.


JEAN-PHILIPPE

Ah, il manquait

plus que lui, tiens.


VOIX À L'INTERPHONE

Numéro 73!

Johnny Hallyday.


CHRIS SUMMER

(À voix basse)

Johnny Hallyday.


LE CONCURRENT

Acteur? Oui, c'est pas con.

Acteur, pourquoi pas?


JEAN-PHILIPPE et FABRICE se dirigent vers la salle d'auditions.


JEAN-PHILIPPE

(S'adressant à une ASSISTANTE)

J'aurais besoin d'aller

aux toilettes. J'ai le temps?


UNE ASSISTANTE

Oui, bien sûr.

C'est juste au fond du couloir.


JEAN-PHILIPPE

Je reviens.


Dans le couloir qui mène aux toilettes, JEAN PHILIPPE croise CHRIS SUMMER et son groupe suivant un ASSISTANT DE PRODUCTION.


ASSISTANT DE PRODUCTION

Tu vas voir,

ça va être une super émission.


CHRIS SUMMER

Oui, mais il y a encore

pas mal de boulot.

(Voyant JOHNNY)

Johnny.

Johnny Hallyday.


CHRIS SUMMER

Salut, Chris. Comment ça va?


J'ai entendu ton nom

dans la cour tout à l'heure.

Alors, qu'est-ce que tu deviens

après tant d'années de mystère?


ASSISTANT DE PRODUCTION

M. Summer, on vous

attend pour les photos.


CHRIS SUMMER

Je parle, là. Tu vois pas?

Alors, reviens plus tard.


JEAN-PHILIPPE

Bon, tu m'excuseras,

il faut que j'aille me préparer.


CHRIS SUMMER

Après 40 ans de préparation,

tu es plus à deux minutes près.


CASSANDRA, la femme de SUMMER ricane.


CHRIS SUMMER

Au fait, ton accident de scooter...

t'as jamais su pourquoi

il y avait plus de freins?


CASSANDRA, la femme de SUMMER ricane.


JEAN-PHILIPPE

Mais qu'est-ce

que tu me racontes, là?


FABRICE se verse de l'eau à la fontaine quand il entend des bruits de bagarre.


FABRICE et JEAN-PHILIPPE sont dans une cellule à la préfecture.


POLICIER 

(Ouvrant la grille de la cellule.)

Allez, c'est bon. Dehors.

Dehors.


BABETTE soigne une blessure de FABRICE dans leur chambre.


BABETTE

Tu sais ce que ça me rappelle?

Quand tu faisais

du théâtre de rue.

Un passant t'avait pris

pour un forcené.

Il poussait des grands cris.

Tu te souviens?

Tu étais rentré

couvert d'hématomes.


FABRICE

Tu te souviens

de ça, toi, dis donc?


BABETTE

Ah oui. Ça fait du bien?

Aïe. Ça brûle.


BABETTE

Où ça?


FABRICE

(Pointant le dessus de sa lèvre)

Là.


BABETTE

(Se penchant pour mieux voir)

Il y a rien là.


FABRICE

Regarde, ça brûle, là.

(ATTIRANT tranquillement BABETTE vers lui.)

Ça brûle, là.


MARION regarde la télé dans le salon.


FABRICE

(Entrant dans le salon)

Je t'en supplie, non.

Pas le matin, la télé.

Pas le matin.

Ça abrutit complètement,

ton truc.


UN ANIMATEUR

(Voix provenant de la télé)

L'heureux gagnant de l'émission

La nouvelle idole...


MARION prend la manette pour éteindre.


FABRICE

(Pour arrêter le geste de MARION)

Non!


UN ANIMATEUR

(Voix provenant de la télé)

Ce chanteur amateur

aura l'immense privilège

de chanter en duo

avec Chris Summer...


FABRICE

Ne touche à rien.


UN ANIMATEUR

(Voix provenant de la télé)

... le 22 septembre

prochain, au Stade de France.


Des extraits diffusés dans le reportage montre DENIS LEMAN faire du Karaoké et dans une studio d'enregistrement.


UN ANIMATEUR

(Voix provenant de la télé)

Denis Leman est connu

pour avoir été vice-champion

de France de karaoké en 2003.


UN ANIMATEUR

(Voix provenant de la télé)

Un duo cet été avec Chris

Summer au Stade de France?


FABRICE est assis devant la télé et écoute l'entrevue.


DENIS LEMAN

(Dans l'entrevue télé)

Voilà. Un duo

devant 80 000 personnes.


BABETTE

C'est dommage qu'il

se cache derrière ses lunettes.

On voit pas son visage.


MARION

Regarde ça, il se prend

déjà pour une star, alors que

ça pourrait être n'importe qui.


FABRICE

Tu as raison, dis donc, Laura.


MARION

Quoi?


FABRICE

Tu as raison.

Ça pourrait être n'importe qui.


DENIS LEMAN

(Dans l'entrevue télé)

Ça risque de faire

quelque chose. Des étincelles.


Chez JEAN-PHILIPPE, on frappe à la porte.


LAURENT ouvre la porte à FABRICE.


FABRICE

Salut. Excuse-moi

de te déranger, ton père est là?


LAURENT

Oui, dans son atelier.


FABRICE

Très bien.

(Entrant dans la maison)


FABRICE

Son atelier?


LAURENT

En bas.


FABRICE

Ah, d'accord.


FABRICE avance vers l'atelier de JEAN-PHILIPPE.


FABRICE frappe sur le mur avant d'entrer dans l'atelier.


FABRICE

Salut.

Dis donc, tu m'avais caché ça?


JEAN-PHILIPPE

Alors, qu'est-ce qui t'amène?


FABRICE

J'ai une idée,

tu vas pas en revenir.


JEAN-PHILIPPE

Je crains le pire.


FABRICE

Chris Summer.

Le concert de Chris Summer.

Le Stade de France,

je sais comment faire.


JEAN-PHILIPPE

Tu sais que tu es fatigant

comme mec?

On te l'a jamais dit?


FABRICE

Mais je suis sérieux.

J'ai un plan.


JEAN-PHILIPPE

Écoute, ouvre les yeux.

On a perdu.

Le monde dans lequel on vit,

c'est celui de Chris Summer.

C'est lui, l'idole.

Johnny Hallyday,

c'est personne.


FABRICE

Pourquoi tu dis ça?

Pourquoi tu dis ça?

Si tu avais pas pété les plombs

avec Chris Summer,

c'est toi qui gagnais

le concours.


JEAN-PHILIPPE

Qu'est-ce que tu en sais?


FABRICE

Qu'est-ce que j'en sais?

Je le sais, je suis

ton plus grand fan.

Enfin, tu vas pas

me dire que ça,

tu n'y crois pas, quand même.

Enfin, tu es pas motivé?

C'est ça. Allez, dis-le tout

de suite. T'es pas motivé.

Moi, j'aime mieux le savoir

parce que j'ai autre chose

à faire de ma vie.


JEAN-PHILIPPE

Ah oui? Et quoi?

Est-ce que tu te rends compte

que j'imite un type

que personne ne connaît?

J'imite un inconnu.

Et tout le monde s'en fout.


FABRICE

Si tu crois en toi,

le public croira en toi.

C'est pas compliqué.

Tu es Johnny, t'entends?

Tu es Johnny, bon dieu!


JEAN-PHILIPPE

Non, c'est pas moi!

En ce cas,

pas dans cette vie-là et

c'est la seule que je connaisse.

Avant que tu débarques,

j'étais peut-être

pas une superstar, mais au

moins, je savais qui j'étais.


FABRICE

Si, c'est pitoyable.

Regarde tes maquettes.

Mais je te jure,

Johnny te verrait,

il aurait honte.


JEAN-PHILIPPE

Johnny, je l'emmerde.


FABRICE regarde les tablettes de l'atelier remplies de modèles réduits de motocyclette.


FABRICE

Au moins, lui,

il collectionne les vrais, hein.


JEAN-PHILIPPE et CAROLINE sont devant la maison. LAURENT sort en tenant un sac.


LAURENT

Tiens, maman.


CAROLINE

Il y a encore

un carton dans la cave.

Tu veux aller

me le chercher, mon chéri?


LAURENT

Oui, pas de problème,

j'y vais.


JEAN-PHILIPPE

Je viens t'aider.


Dans la cave, LAURENT cherche le carton demandé par sa mère.


LAURENT

(S'adressant à JEAN-PHILIPPE.)


LAURENT

C'est celui-là, je crois.


JEAN-PHILIPPE

Fais voir.


LAURENT

Oui, je crois, oui.

OK.


JEAN-PHILIPPE prend le carton et sort de la cave. LAURENT continue de chercher sur les tablettes.


LAURENT ouvre une valise et trouve des souvenirs de son père. Dans la valise, LAURENT trouve aussi un article de journal titrant : JOHNNY HALLYDAY, le futur espoir du rock n'roll français victime d'un accident de scooter.


JEAN-PHILIPPE revient à la cave pendant que LAURENT lit l'article de journal.


LAURENT

Alors, toute cette histoire,

c'est pas des conneries?

Tu as vraiment fait tout ça?


JEAN-PHILIPPE

Tout ça quoi?


LAURENT

Bien, du rock,

Johnny Hallyday.

C'est vraiment toi?


JEAN-PHILIPPE

Oui.


FABRICE se saoule au pub.


FABRICE

Non. Un double, plutôt.

(S'adressant au VIEUX CLIENT DU PUB)

Mais vous êtes encore là, vous?

C'est effrayant.

Je suis sûr que si

je retournais d'où je viens,

vous seriez encore là.


VIEUX CLIENT DU PUB

Vous venez d'où?


FABRICE

Je viens d'un monde meilleur,

un autre monde.

J'ai rien compris

à ce qui m'est arrivé.

J'étais complètement bourré.

Le trou noir.

Qu'est-ce que j'ai dit?


VIEUX CLIENT DU PUB

Le trou noir.


FABRICE

(À voix basse)

Trou noir...

(S'adressant au VIEUX CLIENT DU PUB)

Excusez-moi.

(Se dirigeant vers la sortie)

Le trou noir.


Le téléphone de FABRICE sonne.


FABRICE

Allô?


JEAN-PHILIPPE

(Parlant au téléphone dans sa voiture)

Fabrice, il faut

qu'on se voit.

C'est très important.

Où es-tu?


FABRICE

Au pub irlandais...

Tu sais, je vais repartir,

Johnny.

Je te dis au revoir.

Là où je vais,

tu me connais pas.

Bon, fais pas

de conneries, j'arrive.


FABRICE est devant la maison où il a eu sa commotion.


FABRICE

(Chantant à tue-tête)

♪ Je le chante

autant que je l'aime ♪

♪ Et je le chanterai toujours ♪


Le VOISIN vient à sa fenêtre.


VOISIN

Non, mais c'est pas vrai!


FABRICE

♪ Il y a longtemps

sur des guitares ♪


VOISIN

Ta gueule!


Des éclairs fendent le ciel.


FABRICE

(Chantant)

♪ Quoi ma gueule ♪

♪ Mais qu'est-ce

qu'elle a ma gueule ♪

♪ Quelque chose ne va pas ♪

♪ Elle ne te revient pas ♪


VOISIN

Attends, mais c'est pas vrai.


FABRICE

(Chantant)

♪ Souvent

un seul regard suffit ♪

♪ Ma gueule et moi

on est d'sortie ♪

♪ On cherchait plutôt des amis ♪

♪ Quoi ma gueule ♪


Le VOISIN assène un coup de poing au visage de FABRICE qui tombe sur le bitume.


Il pleut des cordes et FABRICE est toujours étendu dans la rue. Une voiture arrive.


JEAN-PHILIPPE sort de sa voiture et s'approche de FABRICE.


JEAN-PHILIPPE

Fabrice, ça va?


FABRICE

Mais où suis-je?

Mais pourquoi?

Pourquoi?

Pourquoi tu m'as pas laissé

rejoindre ma réalité?


JEAN-PHILIPPE

Arrête tes conneries.

Tu as raison.

J'ai toujours été

Johnny Hallyday.

Je suis Johnny.


FABRICE

Mais je m'en fous,

moi. Mais je m'en fous.

Il n'y a plus rien

qui me retient ici.

Dans ce monde de merde

où Johnny collectionne

les maquettes de motos.


JEAN-PHILIPPE

Comment ça, il n'y a rien

qui te retient ici?

Et ta femme? Et ta fille?

Elles ont besoin

de toi et t'aiment.

Et puis, moi aussi,

j'ai besoin de toi.


FABRICE

(Se redressant)

C'est vrai?


JEAN-PHILIPPE

Oui.


FABRICE

Alors, fais-moi confiance.


JEAN-PHILIPPE et FABRICE montent un escalier qui mène au stade de France.


JEAN-PHILIPPE

J'ai vraiment

l'air d'un con, comme ça.


FABRICE

Mais pas du tout. Et d'abord,

il y a pas d'autres moyens.


FABRICE

Tiens, viens.


Sur l'esplanade menant au stade, les deux hommes avancent. FABRICE tient une housse à vêtements.


FABRICE

Nous y voilà.

Sympa, non?


FABRICE et JEAN-PHILIPPE avancent près de l'arrière-scène.


UN CONTRÔLEUR

S'il vous plaît.

Contrôle des billets.


DENIS LEMAN

Je suis Denis Leman.

J'ai gagné le concours

de: La nouvelle idole.

Je dois chanter avec

Chris Summer ce soir.


FABRICE et JEAN-PHILIPPE avancent vers une autre barrière.


FABRICE

Suis-moi.

(S'adressant à un contrôleur)

Bonjour.


UN CONTRÔLEUR

(Voix au loin)

Pas de passe,

on vous laisse pas rentrer.


DENIS LEMAN

(Voix au loin)

On m'a cassé ma boîte

aux lettres, je vous dis!


RÉGISSEURE DE SCÈNE

Parfait, oui. Je suis au courant

Je vous attendais.

Je vais vous demander

de porter ça tout le temps.

(Distribuant des laissez-passer)

Et de me suivre, il va falloir

se dépêcher un petit peu.


À l'autre poste de contrôle, DENIS LEMAN argumente avec le CONTRÔLEUR. Pendant que JEAN-PHILIPPE passe en usurpant l'identité de DENIS LEMAN et se dirige vers les loges.


RÉGISSEURE DE SCÈNE

Donc, je viendrai vous chercher

dans votre loge à 22h05.


JEAN-PHILIPPE

D'accord.


RÉGISSEURE DE SCÈNE

À 22h15, vous rejoindrez

Chris sur scène pour chanter

avec lui : Électrifié.

À la fin du morceau,

il vous donnera une accolade.

À ce moment-là, vous quittez

la scène. D'accord?


JEAN-PHILIPPE

Entendu, oui.


RÉGISSEURE DE SCÈNE

Ça va, vous êtes au point?


JEAN-PHILIPPE

Oui, ça peut aller.


RÉGISSEURE DE SCÈNE

Bon, bien, si vous avez besoin

de quelque chose, demandez-moi.


JEAN-PHILIPPE

Merci.

Excusez-moi, il y a

combien de spectateurs?


RÉGISSEURE DE SCÈNE

Environ 80 000.


JEAN-PHILIPPE

Ah, quand même.


RÉGISSEURE DE SCÈNE

Bon, voilà.

Ça, c'est votre loge.


RÉGISSEURE DE SCÈNE

(Parlant dans son casque micro)

Oui, c'est bon, je suis

sur le coup. J'arrive.


FABRICE

Merci beaucoup.


JEAN-PHILIPPE regarde la loge.


FABRICE

On va être bien, là, non?

Tu as besoin de quelque chose?


JEAN-PHILIPPE

Rien, merci.


FABRICE

Bon, d'accord. J'arrive, hein.


Plus tard, le stade est bondé, FABRICE s'avance de la console.


FABRICE

C'est marrant, tous ces boutons.


ÉCLAIRAGISTE

Tu cherches quelque chose?


FABRICE

Ça sert à quoi?


ÉCLAIRAGISTE

Ça, c'est le système

de mise à feu pour la finale.


FABRICE

C'est énorme, hein.

Bon, bien. Bon concert.


Le spectacle lest commencé, CHRIS SUMMER chante sur scène.


FABRICE marche dans les loges réservées et regarde le spectacle sur un écran.


JEAN-PHILIPPE est dans sa loge et regarde sur un écran le spectacle.


FABRICE

(Entrant dans la loge)

Je t'ai apporté deux,

trois petits trucs.

Je te les pose là.

Il a mis le paquet, l'enfoiré.


Sur la scène CHRIS SUMMER poursuit son spectacle.


CHRIS SUMMER

(Chantant)

♪ Dans ton regard

j'ai vu que je... ♪


Dans la loge, JEAN-PHILIPPE est toujours vêtu en DENIS LEMAN.


JEAN-PHILIPPE

Ça va?


FABRICE

Excuse-moi. Juste, ça...


RÉGISSEURE DE SCÈNE 

(Faisant irruption dans la loge)

Mais qu'est-ce

que vous faites encore là?


La RÉGISSEURE marche rapidement suivie de JEAN-PHILIPPE et FABRICE.


RÉGISSEURE DE SCÈNE

Ils sont là-bas. Je suis

avec eux. Ils arrivent.

Ne vous inquiétez pas, oui.

On est là, sur le coup.

Ils sont avec moi, je te dis.


UN CONTRÔLEUR empêche FABRICE de continuer avec JEAN-PHILIPPE.


UN CONTRÔLEUR

Non, monsieur. S'il

vous plaît, on passe pas.


JEAN-PHILIPPE

Mon ami peut pas venir?


RÉGISSEURE DE SCÈNE

Sur scène, ça va être

compliqué. On y va,

là, maintenant.


FABRICE

(S'adressant à JEAN-PHILIPPE)

C'est ton destin, d'être là.

Quoi qu'il arrive,

c'est ton destin.


RÉGISSEURE DE SCÈNE

Bon, il faut

y aller, maintenant.

On vous attend. Allez.

On n'a plus de temps là,

allez!


DENIS LEMAN

(Arrive pour monter sur scène)

C'est pas possible,

on m'a fait poireauter

pendant une heure à la grille!

J'ai l'air de quoi?


UN CONTRÔLEUR

Désolé, M. Leman,

mais nous, on a des ordres.


SÉCURITÉ

Messieurs, vous allez où?


DENIS LEMAN

Je suis Denis Leman!


SÉCURITÉ

Comment ça?

PC, on a un deuxième gars

qui prétend être Denis Leman.


DENIS LEMAN

Pas la peine de vérifier,

on a vérifié pendant une heure!


Sur scène CHRIS SUMMER chante, des hommes de la sécurité avance près de la scène.


CHRIS SUMMER

Comme un loup blessé ♪


RÉGISSEURE DE SCÈNE

(S'adressant à JEAN-PHILIPPE)

Allez vous mettre

derrière la batterie.

Ne bougez pas avant que

Chris Summer vous appelle.


DENIS LEMAN

Ce type, c'est l'imposteur!

Je suis Denis Leman.


RÉGISSEURE DE SCÈNE

Merde. Non, c'est trop tard.


FABRICE est dans la régie d'éclairage.


ÉCLAIRAGISTE

Didier pour Fred.

J'ai la 14, la 16 et la 18

qui déconnent. Tu peux vérifier?


FRED dans l'interphone

Ne quitte pas.


CHRIS SUMMER

(Chantant)

♪ Je suis je suis ♪

♪ Je suis ♪

♪ Qu'un loup blessé ♪


JEAN-PHILIPPE retire ses lunettes noires et regarde la foule dans le stade.


CHRIS SUMMER

(Approchant de JEAN-PHILIPPE sans le reconnaître)

Hé, l'homme de L'Idole.

T'avise pas de commencer

avant le deuxième couplet

et tu restes bien derrière moi.


CHRIS SUMMER

Et maintenant,

pour chanter avec nous,

j'ai le plaisir d'accueillir

le vainqueur de

l'émission La nouvelle idole!


CHRIS SUMMER

♪ Pour se sentir vivant... ♪


À la régie des éclairages, l'ingénieur s'énerve à l'interphone.


ÉCLAIRAGISTE

Qu'est-ce que vous foutez,

j'ai rien là, moi.

Hé bien, je crois pas.

Testez les allumages.

Quoi?

Les all... Bon, j'arrive.

Tiens, prends-moi ça.


L'ÉCLAIRAGISTE sort de la régie donne quelque chose à FABRICE qui s'avance pour mieux voir ce qui se passe sur scène.


FABRICE échappe l'objet assez lourd sur la console. Le bouton mise à feu clignote et indique 7 secondes restantes.


CHRIS SUMMER chante sur l'écran, une voix crie dans l'interphone.


FRED

(Dans l'interphone)

Mets les ponts!

C'est trop tôt, arrête tout!


Des feux d'artifice s'allume sur la scène et CHRIS SUMMER prend feu.


FABRICE

(Voyant ce qu'il a déclenché)

Oh merde.

Oh merde!


Dans la foule et sur scène c'est la panique générale.


FABRICE s'enferme dans la régie.


Des ambulanciers transportent CHRIS SUMMER sur un brancard.


JEAN-PHILIPPE est seul sur scène et attend.


CHRIS SUMMER

(Se lamentant sur son brancard)

Ah! C'est comme du poivre!

Qu'est-ce que j'ai?

J'ai peur des flammes,

je suis comme un loup blessé!

J'ai du feu en moi.


RÉGISSEURE DE SCÈNE

Ça va?


CHRIS SUMMER

J'ai mal, je sens plus

mes cheveux.

Calme-toi, calme-toi.


CHRIS SUMMER

C'est grave?


AMBULANCIÈRE

A priori, c'est superficiel.


LE PRODUCTEUR DU SPECTACLE est près du brancard et donne des indications à la RÉGISSEURE.


PRODUCTEUR

Alors, garde

les musiciens en scène.

Pas de photographes.

Virez les photographes.



CHRIS SUMMER

(Voyant JOHNNY sur un écran de télé)


CHRIS SUMMER

Je le connais!

C'est Johnny Hallyday!

C'est lui qui a pris ma place!


PRODUCTEUR

Calme-toi, calme-toi.


La foule est en délire et réclame un spectacle.


Dans la régie, FABRICE regarde la scène avec fascination. Quelqu'un frappe à la porte.


ÉCLAIRAGISTE

Oh! Il y a

quelqu'un là-dedans?

(Frappant à la porte)

Grouille.


JOHNNY avance sur scène et s'apprête à jouer.


Dans la maison de FABRICE, LAURENT, MARION et BABETTE regardent le spectacle en direct.


LAURENT

Qu'est-ce qu'il va faire?


BABETTE

Ils ont réussi

à y aller, dis donc.


JOHNNY retire la casquette qu'il utilisait pour imiter DENIS LEMAN.


FABRICE

(Voix dans la tête de JOHNNY)

Vous êtes né

le 15 juin 1943, à Paris.


JEAN-PHILIPPE

(Voix intérieure)

Tout ça me paraît

tellement loin.


FABRICE

(Voix dans la tête de JOHNNY)

Vous avez été élevé

par votre tante, Hélène Mar...


JEAN-PHILIPPE

(Voix intérieure)

De toute façon, qu'est-ce

que ça peut faire?

Je vais reprendre la musique.


CAROLINE

(Voix dans la tête de JOHNNY)

À ton âge, tu es tombé

sur la tête.


FABRICE

(Voix dans la tête de JOHNNY)

Le public croira en toi.

Vous finirez pas savoir

qui vous êtes.


LAURENT

(Voix dans la tête de JOHNNY)

C'est des poèmes?


JEAN-PHILIPPE

(Voix intérieure)

Non, des chansons.


FABRICE

(Voix dans la tête de JOHNNY)

On rattrape le temps perdu.


JEAN-PHILIPPE

(Voix intérieure)

Ça fait 40 ans que

c'est trop tard.



FABRICE

(Voix dans la tête de JOHNNY)

Il est jamais trop tard

pour accomplir son destin.

Le vôtre, c'est de chanter pour

les gens, leur donner

du bonheur.


LAURENT

(Voix dans la tête de JOHNNY)

Cette histoire,

c'est pas des conneries?


JEAN-PHILIPPE

(Voix intérieure)

Quoi?


LAURENT

(Voix dans la tête de JOHNNY)

Du rock. Johnny Hallyday.

C'est vraiment toi?


JEAN-PHILIPPE

(Voix intérieure)

Oui.


JEAN-PHILIPPE regarde la foule en colère. Joue quelques notes pour s'assurer de la justesse de ses cordes et commence à chanter.


JOHNNY HALLYDAY

(Chantant)

♪ Tourner le temps à l'orage ♪

♪ Revenir à l'état sauvage ♪

♪ Et sortir le loup

de sa cage ♪

♪ Sentir le vent

qui se déchaîne ♪

♪ Battre le sang

dans nos veines ♪

♪ Monter le son des guitares ♪

♪ Et le bruit des motos

qui démarrent ♪

♪ Il suffira d'une étincelle ♪

♪ D'un rien d'un geste ♪

♪ Il suffira d'une étincelle ♪

♪ Et d'un mot d'amour ♪

♪ Pour allumer le feu ♪

♪ Allumer... ♪


Dans la régie, FABRICE jubile pendant que l'éclairagiste tente de défoncer la porte à coups de hache.


JOHNNY HALLYDAY

(Chantant)

♪ Allumer le feu ♪

♪ Allumer le feu ♪

♪ Et voir grandir ♪

♪ La flamme dans vos yeux ♪

♪ Pour allumer le feu ♪


Le PRODUCTEUR regarde ce qui se passe sur scène et n'en revient pas.


PRODUCTEUR

C'est qui, celui-là?


RÉGISSEURE DE SCÈNE

Qu'est-ce qu'on fait?


PRODUCTEUR

Qu'est-ce qu'on peut faire?

C'est parti, non?


La foule est conquise. JOHNNY donne son spectacle.


FABRICE approche de la scène subjugué.


JOHNNY HALLYDAY

(chantant)

♪ Laisser derrière

toutes nos peines ♪

♪ Nos haches de guerre

nos problèmes ♪

♪ Se libérer ♪

♪ De nos chaînes ♪

♪ Lâcher le lion dans l'arène ♪

♪ Je veux la foudre

et l'éclair ♪

♪ L'odeur de poudre

le tonnerre ♪

♪ Je veux la fête et les rires ♪

♪ Je veux la foule en délire ♪

♪ Il suffira d'une étincelle ♪

♪ Et d'un rien d'un contact ♪


Dans le salon de FABRICE, BABETTE, LAURENT ET MARION assistent à la scène diffusée en direct.


BABETTE

J'y crois pas.


JOHNNY HALLYDAY

(Chantant)

♪ Oui pour... ♪

♪ Allumer le feu ♪

♪ Allumer le feu ♪

♪ Et faire danser ♪

♪ Les diables et les dieux ♪


Tous sont conquis, y compris le producteur regardant le spectacle depuis sa loge.


JOHNNY HALLYDAY

(Chantant sur scène)


♪ Allumer le feu ♪

♪ Allumer le feu ♪

♪ Et voir grandir ♪

♪ Oui la flamme de vos yeux ♪

♪ Allumer le feu ♪


Les gens dans la foule chantent. BABETTE, LAURENT et MARION chantent et dansent dans leur salon.


JOHNNY HALLYDAY

(Chantant sur scène)

♪ Il suffira ♪

♪ D'une étincelle ♪

♪ D'un rien d'un geste ♪

♪ Il suffira d'un étincelle ♪

♪ D'un mot d'amour ♪

♪ Pour allumer le feu ♪

♪ Allumer ♪

♪ Allumer le feu ♪

♪ Et voir grandir ♪

♪ La flamme dans vos yeux ♪


CAROLINE entre dans un bar et voix que tout le monde regarde la télé. Elle voit JEAN-PHILIPPE sur scène.


CAROLINE

Mais qu'est-ce qu'il fait là?


JOHNNY HALLYDAY

(Chantant)

♪ Allumer le feu ♪


CLIENT DU BAR

Vous le connaissez?


CAROLINE

C'est mon mari.


JOHNNY HALLYDAY

(Chantant)

♪ Les diables et les dieux ♪

♪ Allumer le feu ♪

♪ Allumer ♪

♪ Allumer le feu ♪

♪ Et voir grandir ♪

♪ La flamme de vos yeux ♪

♪ Allumer le feu ♪


CHOEURS

♪ Allumer allumer ♪

♪ Allumer allumer ♪

♪ Allumer allumer ♪

♪ Allumer allumer ♪

♪ Allumer le feu ♪


JOHNNY HALLYDAY

(Chantant)

♪ Allumer le feu ♪

♪ Et voir brandir

la flamme de vos yeux ♪


L'ÉCLAIRAGISTE réussit à entrer dans la régie et frappe violemment FABRICE.


Une série de flash-back défilent dans la tête de FABRICE.


JOHNNY HALLYDAY

(Terminant sa chanson)

Ouais!


La foule est en délire et les feux d'artifice éclatent dans le stade.


FABRICE se réveille à l'hôpital.


INFIRMIÈRE

(Apportant un plateau de nourriture.)

Ça va, monsieur?

Pas trop chaud?


FABRICE

Qu'est-ce que je fais là?


INFIRMIÈRE

Vous avez eu un petit accident

et vous avez perdu connaissance.


FABRICE

Quelle heure est-il?


INFIRMIÈRE

8h20.

C'est pas vrai!


FABRICE

Je suis encore en retard.


FABRICE marche dans les couloirs de l'hôpital en se dépêchant.


FABRICE voyage dans le train et se rend compte que les gens l'observent.


FABRICE est assis à son bureau. ÉDITH arrive au bureau.


ÉDITH

Bonjour.


FABRICE

Bonjour, Édith.


ÉDITH est sous le choc, FABRICE LUCHINI est assise à son bureau.


ÉDITH sort du bureau sans rien dire. FABRICE est interloqué.


MISSONNIER vient voir à la porte. JEAN-PAUL vient voir à son tour. FABRICE le regarde, encore plus interloqué.


FABRICE est dans la cuisine des employés, seul.


Tous les employés du bureau le regardent sans l'approcher.


MICHEL

Va lui demander

ce qu'il fait là.


JEAN-PAUL

Vas-y.


MICHEL

Vous pouvez me signer

un autographe, s'il vous plaît?

C'est pour mon fils, Frank.

Il fait du théâtre.

Vous êtes son modèle.

Il vous aime beaucoup.


UNE FEMME

Est-ce que je peux en avoir

un aussi pour ma fille?


MICHEL

Juste un autographe.


FABRICE

Un autographe?

Bien, d'accord.


UN EMPLOYÉ

M. Luchini.

M. Luchini!


Tous les employés de l'immeuble se ruent pour rencontrer FABRICE LUCHINI.


FABRICE

Excusez-moi,

parce que je vais pas y arriver.


EMPLOYÉ 2

M. Luchini!

Je peux en avoir

un aussi, M. Luchini?


FAN 1

Si vous pouvez mettre

"Avec toutes mes amitiés".


Le téléphone de FABRICE sonne.


FABRICE

Je vous demande pardon.

(Répondant au téléphone)

Allô?


FAN 2

M. Luchini?


FABRICE

Une seconde.


JOHNNY HALLYDAY

(Voix au téléphone)

Allô, Fabrice?


FABRICE

Oui?


JOHNNY HALLYDAY

(Voix au téléphone)

C'est Johnny.


FABRICE

Johnny?


JOHNNY HALLYDAY est dans un studio et parle au téléphone.


JOHNNY HALLYDAY

Johnny Hallyday.


JOHNNY HALLYDAY

(Enregistrant dans un studio)

♪ Que faut-il

avoir dans le sang ♪

♪ De déchirure et de folie ♪


FABRICE

C'est Johnny. C'était Johnny.


DES EMPLOYÉS

Johnny qui?


FABRICE

Mais Johnny Hallyday.


JOHNNY HALLYDAY

(Chantant dans un studio)

♪ L'amour le danger,

les défis ♪

♪ C'est fait de blanc de noir ♪

♪ De blues de désespoir ♪


FABRICE rejoint JOHNNY au studio.


JOHNNY HALLYDAY

(Chantant dans un studio)

♪ Une rock and roll star ♪

♪ Hum une rock and roll star ♪


FABRICE

(Chantant dans le studio)

♪ Que faut-il garder

dans le coeur ♪

♪ Toutes les blessures

de l'enfance ♪

♪ Ce mal de vivre d'adolescent ♪

♪ Et des océans de violence ♪

♪ C'est fait de rouge de noir ♪

♪ De peur et puis de gloire ♪

♪ Une rock and roll star ♪


JOHNNY HALLYDAY

(Chantant dans un studio)

♪ Hum une rock and roll star ♪

♪ Être une rock and roll star ♪

♪ Hum une rock and roll star ♪


JOHNNY ET FABRICE

Chantant en duo

♪ Et que la musique

que j'aime coule encore ♪

♪ Dans mes veines

et l'acier des guitares ♪


FABRICE

(Chantant dans le studio)

♪ Être une rock

and roll star ♪


JOHNNY HALLYDAY

(Chantant dans un studio)

♪ Une rock and roll star ♪


Début générique de fermeture


Dans un encadré FABRICE et JOHNNY continue d'enregistrer la chanson dans un studio.


FABRICE

(Chantant dans le studio)

♪ Tout en haut ♪

♪ Tout en cuir ♪


JOHNNY HALLYDAY

(Chantant dans un studio)

♪ Tout en noir ♪

♪ Combien faut-il

vendre mon âme ♪

♪ Pour que la gloire

soit toujours mienne ♪

♪ Oh c'est le pire

même en dollars ♪

♪ Jusqu'à la rupture

oh l'extrême ♪

♪ C'est fait de blanc de noir ♪


FABRICE

(Chantant dans le studio)

♪ De blues de désespoir ♪


JOHNNY HALLYDAY

(Chantant dans un studio)

♪ Une rock and roll star ♪


FABRICE

(Chantant dans le studio)

♪ Rock and roll star ♪


JOHNNY HALLYDAY

(Chantant dans un studio)

♪ Être une rock

and roll star ♪


JOHNNY ET FABRICE

Chantant en duo

♪ Une rock and roll star ♪

♪ Et que la musique que j'aime

coule encore dans mes veines ♪

♪ Et l'acier des guitares ♪


FABRICE

(Chantant dans le studio)

♪ Être une rock

and roll star ♪


JOHNNY HALLYDAY

(Chantant dans un studio)

♪ Oh une rock and roll star ♪


FABRICE

(Chantant dans le studio)

♪ Tout en haut ♪

♪ Tout en cuir ♪


JOHNNY HALLYDAY

(Chantant dans un studio)

♪ Tout en noir ♪

♪ Une rock and roll star ♪

♪ Rock and roll star ♪

♪ Être une rock and roll star ♪


JOHNNY ET FABRICE

Chantant en duo

♪ Une rock and roll star ♪

♪ Tout en haut ♪

♪ Tout en cuir ♪

♪ Tout en noir ♪


FABRICE

(Chantant dans le studio)

♪ Être une rock

and roll star ♪


JOHNNY HALLYDAY

(Chantant dans un studio)

♪ Être une rock and

roll star ♪


JOHNNY ET FABRICE

Chantant en duo

♪ Et que la musique que j'aime ♪

♪ Coule encore dans mes veines ♪

♪ Et l'acier des guitares ♪


FABRICE

(Chantant dans le studio)

♪ Être une rock

and roll star ♪


JOHNNY HALLYDAY

(Chantant dans un studio)

♪ Une rock and roll star ♪


JOHNNY ET FABRICE

Chantant en duo

♪ Tout en haut ♪

♪ Tout en cuir ♪

♪ Tout en noir ♪

♪ Tout en haut ♪

♪ Tout en cuir ♪

♪ Tout en noir ♪


FABRICE regarde JOHNNY avec admiration.


Fin générique de fermeture



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