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Live Flesh

A few days after meeting Elena for the first time and spending the night with her, Victor Plaza shows up at her place for their second date. But it´s not him she´s waiting for—it´s her dealer. When two hot-headed cops enter the picture to complicate matters even more, all of their lives are turned upside down.



Réalisateur: Pedro Almodovar
Acteur: Javier Bardem
Production year: 1997

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VIDEO TRANSCRIPT

Ce film est en langue originale espagnole sous-titré en français.


Générique d'ouverture


Texte narratif :
L'état d'exception est déclaré sur tout le territoire national. La défense de la paix, le progrès de l'Espagne et les droits des Espagnols contraignent le gouvernement à suspendre les privilèges relatifs aux libertés d'expression, de résidence, de réunion et d'association, ainsi que l'article 18 selon lequel aucun Espagnol ne peut être détenu en dehors des cas et des formes fixés par les lois. Madrid, janvier 1970.


Sur la rue, un homme sur une échelle installe des ampoules dans une structure décorative lumineuse en forme d'étoile. Il s'adresse à un garçon au bas de l'échelle.


HOMME

T'es dans la lune, petit?


Plus loin dans un appartement sur la rue, une femme hurle.


À l'intérieur de l'appartement, une femme dans la soixantaine, DOÑA CENTRO, fait de la couture en écoutant la télévision.


VOIX À LA TÉLÉVISION

Des actions minoritaires, destinées à perturber

la paix de l'Espagne et son ordre public,

ont été menées récemment. Elles sont liées

à une stratégie internationale visant

de nombreux pays. La défense de la paix

et l'exercice des droits civiques, souhaités par tous,

obligent le gouvernement à prendre des mesures

pour mettre fin aux troubles. Par conséquent,

nous aurons recours aux articles 35...


DOÑA CENTRO entend à nouveau des plaintes venant d'une des chambres. Elle se dirige en direction du son. Une jeune femme dans une autre chambre sort dans le corridor, inquiète.


JEUNE FEMME

Qu'est-ce qui se passe?


DOÑA CENTRO

Rien, retourne bosser.

Je m'en occupe.


DOÑA CENTRO entre dans la chambre d'ISABEL qui est enceinte et couchée sur son lit. Elle se plaint.


DOÑA CENTRO

Arrête de crier, tu vas réveiller tout le quartier.


ISABEL

J'en peux plus. J'ai l'estomac tout retourné.


DOÑA CENTRO

Tu exagères toujours.


DOÑA CENTRO observe entre les jambes de ISABEL.


ISABEL

Quoi?


DOÑA CENTRO

Rien, rien.

T'exagères pas du tout.

T'es à deux doigts d'accoucher.

Viens on s'habille.

Tu m'as menti, Isabel.

Tu étais déjà enceinte en arrivant.


DOÑA CENTRO et ISABEL sortent dehors de l'appartement. ISABEL pousse des cris de douleur.


DOÑA CENTRO

Attends que je referme la porte.

Doucement. Accoucher cette nuit...

Fallait prévenir!


ISABEL

Je savais pas, moi.


DOÑA CENTRO

Si toi, tu sais pas...


ISABEL

Je sais pas compter.


DOÑA CENTRO

L'ignorance, c'est terrible!


DOÑA CENTRO hèle une voiture sur la rue.


DOÑA CENTRO

Arrêtez-vous!


La voiture passe tout droit.


DOÑA CENTRO

Fumier!


DOÑA CENTRO et ISABEL s'appuient contre une voiture stationnée.


DOÑA CENTRO

Appuie-toi là. Doucement.


DOÑA CENTRO s'arrête au milieu de la rue pour arrêter un autobus en marche.


ISABEL

Attention, Centro!


DOÑA CENTRO

(S'adressant au chauffeur d'autobus)

Arrête-toi, bordel !


DOÑA CENTRO s'agenouille et le chauffeur crie. Il arrête l'autobus juste devant elle. DOÑA CENTRO fait monter ISABEL dans l'autobus.


DOÑA CENTRO

Viens. Dépêche-toi.


CHAUFFEUR

Vous êtes folle!

J'aurais pu vous tuer.


DOÑA CENTRO

Pas vous, plutôt mes talons.


CHAUFFEUR

Je ne prends personne,

je vais au dépôt.


DOÑA CENTRO

Mon amie va accoucher.


CHAUFFEUR

Et alors? Je vous ai dit

de ne pas monter.


DOÑA CENTRO

(S'adressant à ISABEL)

Installe-toi.


CHAUFFEUR

Vous ne pouvez pas me faire ça.


DOÑA CENTRO

Je vous demande pas d'adopter le gosse !


CHAUFFEUR

Je vous dit que je vais au dépôt.

Le bus n'est pas à moi.


ISABEL hurle de douleur.


DOÑA CENTRO

Retiens-toi. Serre les cuisses.

Respire!


DOÑA CENTRO et ISABEL respirent très fort à l'unisson.


CHAUFFEUR

30 000 conducteurs à Madrid

et il faut que ça tombe sur moi!


Le CHAUFFEUR démarre


ISABEL pleure de douleur.


DOÑA CENTRO

Pleure pas. S'il n'y avait pas

des toquées comme nous pour accoucher,

le monde serait vide ou rempli de vieux.

(Lui essuyant le visage avec un tissu)

L'eau de Cologne te fait du bien.


Un peu plus tard, toujours dans l'autobus, ISABEL semble délirer.


ISABEL

Il tombe.


DOÑA CENTRO

Serre les cuisse


ISABEL

L'ange... On dirait qu'il va se jeter.

Comme s'il voulait se tuer.


ISABEL perd ses eaux sur le plancher de l'autobus.


ISABEL

Centro, je me suis faite pipi dessus.


DOÑA CENTRO

C'est pas ça. Tu perds tes eaux.

(S'adressant au CHAUFFEUR)

Arrête-toi, mon amie a perdu ses eaux.


CHAUFFEUR

Je me gare pour ne pas gêner.


DOÑA CENTRO se lève et s'installe face à ISABEL.


DOÑA CENTRO

Tes jambes, mets-les ici. Là, allez!

L'autre, maintenant. Calme-toi.

Je suis avec toi. Allez.


ISABEL crie.


DOÑA CENTRO

Vas-y, pousse. Pousse!

Continue! Très bien, très bien!

Chauffeur, viens m'aider!

Vas-y, pousse!

Ça y est.


Le CHAUFFEUR immobilise l'autobus. On entend des cris d'enfant.


DOÑA CENTRO

C'est un garçon. Il est tout content.

Ça tombe bien. D'abord, il faut

attacher le cordon.

(S'adressant au CHAUFFEUR)

T'as de quoi l'attacher?

Le lacet de tes chaussures, donne!

(S'adressant à ISABEL)

Tu as été très bien.


ISABEL

Il a tout ce qu'il faut ?


DOÑA CENTRO

Tout! C'est un gosse archi complet!

(S'adressant au CHAUFFEUR)

L'autre lacet...

Maintenant, il faut couper le cordon.

T'as des ciseaux?


CHAUFFEUR

Moi? Non.


DOÑA CENTRO

T'as vraiment rien!

C'est pas grave, je le fais avec mes dents.

Ça fait pas mal.

(S'adressant au CHAUFFEUR)

Donne-moi quelque chose

pour envelopper le petit.


ISABEL

Mon bébé!


DOÑA CENTRO

Qu'il est mignon!

Tiens, voilà ton fils.


ISABEL

Mon petit bébé!

Ce que tu es beau!


CHAUFFEUR

Où on va, maintenant?


DOÑA CENTRO

À l'hôpital. Je ne peux pas

la ramener à la maison.


Le CHAUFFEUR retourne à son siège.


DOÑA CENTRO

(S'adressant à ISABEL)

Tiens-le bien. T'es faible.

Le laisse pas tomber.

Ne t'endors pas.


CHAUFFEUR

Attention, je démarre.


DOÑA CENTRO se blottit contre ISABEL.


DOÑA CENTRO

Comme il est beau...

Ne t'endors pas!


L'autobus démarre.


ISABEL

J'ai encore mal.


DOÑA CENTRO

C'est le placenta. Donne-moi le petit.

Faut que tu pousses.


ISABEL

Encore?


DOÑA CENTRO

Oui. Tout doit sortir.

Après, c'est fini. Vas-y, pousse.


ISABEL pousse.


DOÑA CENTRO

(S'adressant au CHAUFFEUR)

Grouille, elle perd du sang.


CHAUFFEUR

Je fonce!


DOÑA CENTRO

(S'adressant à ISABEL)

Repose-toi.

(S'adressant au bébé)

Tu pouvais pas attendre,

petit emmerdeur ? T'étais pressé d'arriver

à Madrid ? Tu y es !

(S'adressant à ISABEL)

Comment tu vas l'appeler ?


ISABEL

Victor.


DOÑA CENTRO

(Tenant le bébé à la hauteur des fenêtres de l'autobus)

Regarde, Victor ! Madrid !


Défilent des images de Madrid la nuit.


Titre :
En chair et en os


Alors qu'une voix à la radio décrit la situation, ISABEL reçoit la visite du maire à l'hôpital, puis elle reçoit les cadeaux du directeur général de la Régie Madrilène.


VOIX À LA RADIO

En plein Madrid, défiant le mauvais temps,

une jeune femme a accouché

dans un autobus de la Régie Madrilène.

La nouvelle de l'heureux événement

a été accueillie avec sympathie.

Le Maire de Madrid a offert au nouveau-né

son premier trousseau, le nommant

''Fils adoptif de la ville''. Le Directeur général

de la régie Madrilène n'a pas voulu être en reste.

Accompagné d'un conseiller et de leurs épouses respectives,

il a offert à la mère et à l'enfant des titres de transport

à vie qui leur permettront de voyager en autobus

gratuitement et aussi souvent qu'ils le voudront.

Avec de telles perspectives, nous souhaitons à l'impatient bambin

que sa vie roule comme sur des roulettes.


Texte narratif :
20 ans après


VICTOR, dans la vingtaine maintenant, se promène en motocyclette dans Madrid. On entend une chanson en arrière-plan.


VOIX FÉMININE

(Chantant)

Dans la réserve on a tué,

on a tué mon chien.

Dans les verts taillis,

il suivait une biche.

Dans toute l'Andalousie,

il n'y avait pas de chien

comme le mien.


SANCHO et DAVID sont assis dans une voiture stationnée, le soir.



SANCHO

Des chiens, voilà comment on nous traite

et c'est ce qu'on est!


SANCHO boit à une flasque d'alcool.


SANCHO

Vise le troupeau de brebis

qu'on est censé garder!


SANCHO démarre la voiture.


La chanson continue en arrière-plan.


VOIX FÉMININE

(Chantant)

Il était si joyeux quand il revenait

et me ramenait les brebis.

Il était la clé de ma ferme,

la sentinelle de mon troupeau.

Pas un loup n'osait s'approcher

des agneaux sur la berge.

C'était le plus vaillant

et le plus noble de tous.


SANCHO et DAVID circulent dans la ville en voiture en observant des gens sur le trottoir.


SANCHO

Regarde-les. Voler, trafiquer

et se trahir les uns les autres.


VICTOR, le jeune homme en motocyclette aperçu plus tôt, entre dans le magasin de pizza où il travaille. Il vole de l'argent dans la caisse.


SANCHO et DAVID roulent toujours en voiture.


SANCHO

On est les sentinelles d'un troupeau malade.

(Lui tendant sa flasque d'alcool)

Tiens, bois pour fêter ça.


DAVID

Non, merci. Tu bois pour nous deux.


CLARA, une femme avec un œil au beurre noir, arrose ses plantes puis le téléphone sonne. Elle répond au téléphone dans son appartement. C'est SANCHO qui l'appelle depuis sa voiture.


SANCHO

Salut, c'est moi.

Tu fais quoi?


CLARA

Rien, j'arrose.


SANCHO

T'es fâchée?


CLARA

Non, esquintée.


SANCHO

Excuse-moi. Je regrette

d'être parti comme ça.


DAVID toujours dans la voiture avec SANCHO, regarde ailleurs pour cacher son malaise.


CLARA

Je n'aime pas parler de ça au téléphone.


SANCHO

On en parlera plus tard.

Je rentre le plus vite possible.

À tout à l'heure, mon amour.


SANCHO raccroche le téléphone et continue de boire en conduisant.


SANCHO

Ma femme me trompe.


DAVID

Quoi?


SANCHO

Clara couche avec un autre.


DAVID

Sancho, dis pas de conneries.


SANCHO

Je ne sais pas quoi faire.


DAVID

Picole moins.


SANCHO

Tu crois que tout s'arrange en ne picolant pas.


DAVID

Je ne crois pas que l'alcool t'aide.


SANCHO

Si je ne bois pas, je la tue.


DAVID

Arrête tes conneries!


SANCHO

C'est le meilleur moyen

de ne pas être cocu.

Je pourrais le tuer, lui.

Mais je ne sais pas qui c'est.

(Regardant des hommes sur la rue)

C'est peut-être un de ceux-là.

Dire qu'un de ces connards

baise ma femme pendant

que je bosse... Ça me fout la haine!


Sur la rue,VICTOR tient un papier avec le nom d'HELENA inscrit dessus et une empreinte de rouge à lèvres. Il embrasse le papier.


VICTOR

Ma belle.


VICTOR fait un appel sur son cellulaire, mais la ligne sonne engagée.


HELENA parle au téléphone dans son appartement.


HELENA

Mon père n'est pas là,

sinon je t'aurais pas rencardé ici.

Apprendre à attendre? Rien à secouer

de Lou Reed! Si t'es pas là

dans un quart d'heure,

j'appelle un autre. C'est mieux que rien!

Rapporte-moi du chocolat.

J'ai la flemme de descendre.


HELENA raccroche le combiné. Le téléphone sonne aussitôt. HELENA répond. C'est VICTOR qui l'appelle d'une cabine téléphonique.


VICTOR

HELENA?


HELENA

Oui. Qui c'est?


VICTOR

C'est Victor.


HELENA

Quel Victor?


VICTOR

Le mec de samedi dernier.


HELENA

Quel mec?


VICTOR

celui avec qui t'as tiré

dans les chiottes.


HELENA

J'étais pétée.


VICTOR

Tu m'as donné ton téléphone.


HELENA

J'allais sortir.


VICTOR

Où ça?


HELENA

J'ai rencard. Rappelle-moi.


VICTOR

C'est pas possible, t'avais

rendez-vous avec moi.


HELENA

J'ai oublié!


VICTOR

Je t'ai apporté une pizza.

Tu m'as dit que t'aimais.


HELENA

Quel idiot.


VICTOR

Elle est encore chaude.


HELENA

Bouffe-la! Et ne m'appelle plus, d'accord?


HELENA raccroche. Elle regarde à la télé ''La vie criminelle d'Archibald de la Cruz''.


VICTOR monte dans un autobus.


Plus tard, VICTOR est toujours assis dans l'autobus. Le CHAUFFEUR s'adresse à lui.


CHAUFFEUR

Prochain arrêt : Eduardo Dato.

On aura fait le tour de Madrid.


VICTOR

Je le sais.


CHAUFFEUR

Tu ne descends pas?


VICTOR

Non, je continue.


CHAUFFEUR

Tu vas où ?


VICTOR

Je ne sais pas. Nulle part.


CHAUFFEUR

Comment ça? Tu vas bien quelque part?


VICTOR

(Impatient)

Non, ça te gêne ?


CHAUFFEUR

Tu comptes passer la nuit ici?


VICTOR

Je descendrai.


CHAUFFEUR

Quand?


VICTOR

Plus tard.


CHAUFFEUR

Pas trop tard. Je t'ai à l'oeil.


VICTOR

(Pour lui-même)

Connard!


Plus tard, VICTOR descend de l'autobus devant l'immeuble où HELENA habite. Il la voit sur son balcon.


VICTOR

(Pour lui-même, fâché)

Elle devait sortir, hein?


HELENA, à l'intérieur de son appartement, parle au téléphone.


HELENA

Il y a longtemps qu'il est parti?

Arrête tes bobards!


On sonne à la porte.


HELENA

Ça doit être lui.


HELENA raccroche. VICTOR attend à l'entrée de l'immeuble. HELENA, ne sachant pas que c'est lui, lui parle au travers de l'interphone et lui débarre la porte.


HELENA

(À l'interphone)

Pas trop tôt! Monte!


VICTOR entre dans son appartement et remarque les nombreux éléments de décoration. HELENA lui parle de la pièce à côté.


HELENA

Attends-moi dans le salon et touche à rien.


HELENA rejoint VICTOR au salon.


HELENA

Qu'est-ce que tu fous là?


VICTOR

Tu m'as ouvert.


HELENA

Je ne t'ai pas ouvert.

Je croyais que c'était quelqu'un d'autre.


VICTOR

C'est moi! Je te rappelle

qu'on avait rendez-vous.


HELENA

Pour qui tu te prends?


VICTOR

T'attendais un dealer?


HELENA

Qu'est-ce que ça peut te foutre?

Dégage!


VICTOR

Attention! Je suis resté poli, moi.

Je partirai quand j'aurai eu une explication.


HELENA fait signe que non et quitte la pièce.


VICTOR

C'est pas si grave. Je voulais

seulement causer un peu.

On se connaît depuis une semaine.

On a tiré un coup génial.

Pour moi, c'était la première fois.

Tu te rends compte?


VICTOR regarde des photos d'HELENA enfant dans son salon.


VICTOR

C'est aussi le première fois que je vole

dans une pizzeria. Je l'ai fait pour être avec toi.


VICTOR a prononcé ses paroles seul dans la pièce. HELENA revient, elle braque un revolver sur lui.


HELENA

Va-t'en! Tu ne vois pas

que je pointe mon revolver sur toi?

Casse-toi! C'est pas parce que t'as déchargé

entre mes cuisses que ça te donne

le droit de débarquer chez moi!

D'où tu sors, abruti?


VICTOR

M'insulte pas!


VICTOR s'approche d'HELENA.


HELENA

Un coup génial!

T'as pas été foutu de me la mettre!

T'en as des trucs à apprendre!


VICTOR

Tais-toi.


VICTOR pousse HELENA au sol. Dans la chute, le revolver tire une balle par la fenêtre. En même temps, dans un film à la télévision, une femme reçoit une balle provenant d'une arme. On entend la narration de la télévision.


VOIX D'HOMME À LA TÉLÉVISION

J'étais convaincu que c'était moi

qui l'avais tuée. Ce sentiment morbide

me procurait un certain plaisir.


DAVID et SANCHO sont assis dans leur voiture. Une collègue leur parle via un émetteur radio.


VOIX DE LA COLLÈGUE

On a reçu un appel d'une femme qui a entendu

un coup de feu. Rue Eduardo Dato, numéro 18.

Elle habite au deuxième.


DAVID

C'est tout près d'ici.


SANCHO prend l'émetteur radio.


SANCHO

Ka nuit à H-50.


VOIX DE LA COLLÈGUE

Je vous écoute Ka nuit.


SANCHO

Appel reçu. On est sur le pont d'Eduardo Dato.

Nous allons intervenir.


VOIX DE LA COLLÈGUE

La femme qui a appelé n'était pas sûre d'elle.

Après, faites-nous un rapport.


SANCHO

Bien reçu.


Alors que HELENA est étendue sur son fauteuil de salon et semble endormie. VICTOR écoute le film à la télévision. On y voit un homme transporter un mannequin féminin et le brûler.


HELENA ouvre les yeux.


HELENA

T'es encore là?


VICTOR saisit le revolver sur la table pour l'écarter d'HELENA.


VICTOR

J'allais pas te laisser toute seule.

Pour qui tu me prends?


HELENA se lève difficilement en se touchant la tête.


HELENA

J'ai mal. Tu m'as fendu le crâne.

Tire-toi ou j'appelle les flics.

De l'héro, merde!


HELENA regarde par la fenêtre.


VICTOR

Quelqu'un a sonné.

Je lui ai dit que t'étais pas là.

Il est reparti un peu furax.

Il t'apportait du chocolat.


HELENA se jette sur VICTOR pour le blesser.


VICTOR

Qu'est-ce qui te prend?

T'es malade?

T'en veux un autre.


VICTOR l'immobilise.


DAVID et SANCHO arrivent devant l'immeuble de HELENA.


SANCHO

Voilà le 18.


Au travers de la fenêtre, SANCHO aperçoit VICTOR et HELENA qui se battent. DAVID et SANCHO se précipitent et sonnent à l'interphone. La voisine répond.


VOISINE

(À l'interphone)

Qui c'est?


SANCHO

Police. On nous a appelés.


VOISINE

(À l'interphone)

Mon amie dit que je suis folle.

Je jure que c'était un coup de feu.


VOISINE DE LA VOISINE

(À l'interphone)

C'était la télé.


VOISINE

(À l'interphone)

C'était pas la télé!


SANCHO

Madame, ouvrez-nous.


VOISINE

(À l'interphone)

Madame est en voyage.

On est les bonnes.


SANCHO

Ouvrez cette putain de porte!

Un maniaque armé veut violer votre voisine.


VOISINE

(À l'interphone)

Un violeur!


La VOISINE ouvre la porte. SANCHO et DAVID entrent. SANCHO a son arme à la main.


DAVID

Donne-moi le talkie-walkie.


SANCHO

Lâche-ça, bordel!

Je passe devant, tu me couvres.


DAVID

Il faut appeler le Central.

C'est une descente!


SANCHO

Tu veux qu'il la viole?


DAVID

J'ai pas dit ça, mais c'est

pas comme ça qu'on agit.


SANCHO

En crevant de trouille non plus.


DAVID et SANCHO montent l'escalier.


DAVID

Peut-être, mais je ne suis pas bourré

et personne se tape ma femme!


SANCHO prend DAVID par le collet.


SANCHO

Ne me parle pas de Clara!


DAVID

Allez, Sancho, merde!


SANCHO le relâche.


DAVID

La porte est là.

On entre comment?

Laisse-moi appeler le Central.


SANCHO

Faut qu'on entre.


DAVID

Comment?


SANCHO

On frappe.


VICTOR s'apprête à sortir de l'appartement d'HELENA.


HELENA

Prends pas le flingue, c'est à mon père.


VICTOR dépose le revolver sur un meuble dans l'entrée.


VICTOR

Tiens, ton flingue.


VICTOR sort de l'appartement. Puis, il voit les hommes armés et il rentre rapidement dans l'appartement à nouveau en tentant de fermer la porte. DAVID et SANCHO entrent. VICTOR saisit le revolver et le braque sur HELENA.


VICTOR

Bougez pas ou je tire!


DAVID

Du calme! Lâche la fille!


VICTOR

Pourquoi vous êtes là?

J'ai rien fait!

(Pointant l'arme sur HELENA)

Dis-leur, toi.


SANCHO

Vraiment, merdeux?


DAVID

Sancho!


VICTOR

J'ai rien fait!


SANCHO

Et la blessure, là?


VICTOR

Je suis désolé.

(S'adressant à HELENA)

Je t'ai blessée?

(S'adressant aux policiers)

Elle se l'est faite!


SANCHO

Lâche-la ou je t'arrache les couilles!


DAVID

(S'adressant à SANCHO)

Arrête de le provoquer, putain!


SANCHO

(S'adressant à DAVID)

C'est toi qui me provoques.


DAVID

(S'adressant à VICTOR)

Ton nom?


VICTOR

Victor Plaza.


DAVID

Victor, je sais qu'il y a une explication.

Pose ton arme et donne-moi la fille.

Après, on cause. D'accord?


VICTOR

Oui, mais dis-lui de pas braquer mes couilles.


SANCHO

(Pointant toujours son arme sur les testicules de VICTOR)

Si tu ne la lâches pas,

je m'en fais une omelette.


DAVID

Ça suffit.


DAVID pointe son revolver sur la tête de SANCHO.


DAVID

(S'adressant à SANCHO)

Donne ton flingue.


SANCHO

Qu'est-ce que tu fous?

Tu déconnes?

Tu braques un supérieur.


DAVID

Non, un malade et un ivrogne.

Donne ton flingue.


DAVID met la main sur le revolver de SANCHO et braque à nouveau son arme sur VICTOR.


DAVID

Victor, on va faire un marché.

Mon collègue me rend son arme

et tu poses la tienne. Et tu me donnes...

(S'adressant à HELENA)

C'est quoi votre nom?


HELENA

Helena.


DAVID

Enchanté.

(S'adressant à VICTOR)

D'accord?


VICTOR

D'accord.


DAVID

Sancho, donne ton flingue

une fois pour toutes.


DAVID prend le revolver de SANCHO.


DAVID

Victor, garde ton calme.

On a fait un marché.

À toi, maintenant.


VICTOR

Oui, mais après?


DAVID

Il ne t'arrivera rien.

Baisse ton arme.

Baisse-la, s'il te plaît.

Doucement.


VICTOR baisse son arme et laisse partir Helena qui sort lentement de l'appartement en regardant DAVID. SANCHO se jette sur VICTOR. Ils se battent tous les deux au sol. DAVID les tient en joue. DAVID sort sur le pallier pour dire à HELENA de s'éloigner.


DAVID

Restez pas là, partez!


Un coup de feu est tiré. DAVID est atteint et tombe dans les marches. HELENA le regarde longuement.


DAVID

(S'adressant à HELENA)

Va-t'en!


En prison, VICTOR joue à un jeu sur table dans un local communautaire. Il regarde la télévision qui est allumée et montre des images des Jeux paralympiques de Barcelone. Nous sommes en 1992.


VOIX À LA TÉLÉVISION

Aux Paralympiques de 92,

l'Espagne a remporté une autre médaille.

Au basket, en fauteuil roulant,

la sélection espagnole a battu l'Argentine.

David de Paz, maillot numéro 5, s'empare du ballon.

Trompant la défense argentine, il marque un panier.

Dans le public, une spectatrice fête la victoire,

sa femme Helena Benedetti.

David de Paz, ancien policier

devenu paraplégique au cours de son service,

a fait un excellent tournoi avec une moyenne

de 20 points.


VICTOR fixe l'écran en colère, les larmes aux yeux. Il regarde DAVID en fauteuil roulant recevoir les félicitations des joueurs et serrer HELENA dans ses bras. Une chanson se fait entendre en arrière-plan.


VOIX MASCULINE

(Chantant)

Je veux que tu souffres autant que moi.

J'apprendrai à prier pour cela.

Je veux que tu te sentes aussi dérisoire

qu'un verre vide qu'on tient à la main.

Je veux que tu sentes battre dans ta poitrine

le cœur d'un autre et que tu souffres.

Je ne souhaite que ta mort,

où que tu sois. J'apprendrai à prier

pour cela.


À la télévision, défilent des images de DAVID célébrant.


VICTOR est maintenant dans sa cellule. Il lit une lettre de sa mère.


VOIX DE ISABEL

(Contenu de la lettre)

Mon fils, j'ai un cancer. Je ne crois pas

que je vivrai jusqu'à ta sortie.

Je te laisse la maison de la Ventilla,

si elle n'a pas été rasée, et des économies,

si cette maladie n'engloutit pas tout.

Je n'ai pas été une bonne mère, je le sais.

Ce que j'avais, je l'ai partagé avec toi.

Mais la rue ne m'a apporté que de la misère.

Je t'envoie la photo et la coupure de journal.


VICTOR lui écrit une lettre à son tour. Sur son bureau, il a conservé le papier avec le nom d'HELENA et l'empreinte de rouge à lèvres. Il a aussi conservé une coupure de journal montrant une photo de sa mère à l'hôpital lors de la visite du maire après son accouchement.


VOIX DE VICTOR

(Contenu de la lettre)

Maman, je n'ai pas viré toxico

et je n'ai pas attrapé le sida.

Je passe mes journées à prendre des cours :

pédagogie, menuiserie métallique,

artisanat et même théologie.

Avec les cours, on a une remise de peine.

Un copain m'apprend le bulgare.

Je m'intéresse à la Bible.

J'en suis à la Genèse.

Tu dois penser que je suis taré.

Si je ne veux pas devenir fou,

je dois occuper ma tête

pour ne pas penser.


VICTOR fait la chandelle en se tenant sur les mains dans sa cellule. Puis, il fait quelques mouvements d'arts martiaux.


Texte narratif :
4 ans après


À sa sortie de prison, VICTOR aperçoit sur la rue une affiche géante sur laquelle figure DAVID, maintenant champion paralympique en fauteuil roulant.


Chez lui, DAVID accroche des cadres de photos au milieu de nombreuses décorations et honneurs. Ensuite, il joue au basketball en fauteuil roulant dans son salon.


VICTOR entre dans la maison abandonnée par sa mère. C'est le désordre et plusieurs objets sont encore en place. Sur le plancher, il trouve une petite figurine de guerrier.


VICTOR se recueille maintenant sur la tombe de sa mère.


VICTOR

Bonjour, maman. Je suis sorti

il y a deux jours. J'ai pas pu venir avant,

je nettoyais la maison. C'était dans un état!

Ce matin, je suis allé à la banque

toucher mon héritage : 150 000 pesetas.


VICTOR tient une liasse de billets.


VICTOR

En venant ici, j'essayais de calculer

combien de coups tu as dû tirer

pour économiser ça. Au moins mille.

J'ai ramassé tout ça sans tirer une seule fois.

C'est pas juste, vraiment pas juste.


VICTOR détourne la tête, en larmes. En se retournant, un cortège funéraire dont fait partie DAVID et HHELENA. HELENA porte le deuil. Plusieurs personnes offrent leurs condoléances à HELENA. VICTOR se joint à la file et lui chuchote quelque chose ne l'embrassant sur la joue. HELENA semble troublée. D'autres personnes offrent leurs condoléances. Une femme plus âgée, aux côtés de HELENA, lui demande qui est VICTOR.


[FEMME:] Qui est-ce?

HELENA regarde au loin, troublée.


Alors que deux hommes terminent de recouvrir de ciment la tombe, la pierre tombale indique que c'est quelqu'un de la famille d'HELENA qui est décédé. VICTOR s'approche des deux hommes.


VICTOR

Chef?


CHEF

Quoi?


VICTOR

Je peux prendre des fleurs

pour la tombe de ma mère?


CHEF

Vas-y, ça ne dérangera pas M. le Consul.


VICTOR

Merci, chef.


CHEF

De rien.


VICTOR prend une des gerbes de fleurs. Il trouve une carte qui y est rattachée. La carte provient d'un centre pour enfants. VICTOR lit ce qu'elle contient.


VOIX DE VICTOR

Courage, Helena. On t'aime et on a besoin de toi.


CLARA s'approche de la tombe.


CLARA

C'est l'enterrement de M. le Consul?


CHEF

C'est sa tombe. La famille est déjà partie.


CLARA

Ça fait une demi-heure que je tourne en rond.


VICTOR

C'était plutôt minable.

Et ils sont partis comme ça!

Je suis très déçu.


CLARA marche maintenant dans le cimetière avec VICTOR.


CLARA

Tu es un ami de la famille ?


VICTOR

D'Helena, surtout. Je sais seulement

que son père était diplomate

et qu'il avait une arme. Et vous?


CLARA

Celui que je connais, c'est David.


VICTOR

Ils sont heureux?


CLARA

Les morts ? Peut-être.

Moi aussi, je me le demande.


VICTOR

Non, je parle de David et Helena.


CLARA

Ah. Je n'en sais rien.

Pose-leur la question.


VICTOR

(Indiquant une direction)

Par là.


CLARA et VICTOR sont maintenant devant la tombe de ISABEL, la mère de VICTOR. VICTOR y dépose les fleurs.


CLARA

Tu la connais?


VICTOR

Pas beaucoup, c'était ma mère.


CLARA replace les fleurs.


VICTOR

Merci.


CLARA

Si tu m'aides à retrouver ma voiture,

je te dépose où tu veux.


VICTOR

Ça marche!


CLARA et VICTOR marchent en direction du stationnement.


CLARA

Je n'ai aucun sens de l'orientation.

Je pourrais me perdre dans 1 m carré.


VICTOR

Tu te souviens au moins de la couleur ?


CLARA

Je ne suis pas tarée à ce point-là.


CLARA et VICTOR sont devant la maison de ce dernier. La bâtisse se trouve dans un champ désaffecté.


CLARA

Mon Dieu! On se croirait à Sarajevo.


VICTOR

Ils vont tout raser.


CLARA

Quand ça?


VICTOR

Je ne sais pas.

Ils vont construire une avenue.

Ça s'appellera ''Prince des Asturies''.

Tu bois quelque chose?


CLARA

D'accord. Ça m'aidera à me réchauffer un peu.


Ils entrent chez VICTOR.


VICTOR

Je n'ai pas encore de meubles.


CLARA

Un autre jour...


VICTOR

J'ai de l'argent pour t'inviter.


VICTOR lui montre sa liasse de billets, héritage de sa mère.


VICTOR

Regarde, 150 000 pesetas.


CLARA fait non de la tête.


CLARA

Tu m'inviteras un autre jour.


VICTOR

Je ne l'ai pas volé.

C'est un héritage.

Tu comprends? Un héritage.


CLARA

Ça va, ça va...


CLARA sort de la maison.


CLARA

Je m'appelle Clara.

Ne te fâche pas,

on se verra un autre jour.


VICTOR

Excuse-moi.

Moi, c'est Victor.


CLARA

À un de ces jours, Victor.


CLARA s'en va.


DAVID est dans le bain et garde la tête sous l'eau. HELENA lui fait un massage de dos. DAVID fait des sons sous l'eau.


HELENA

Quoi?


DAVID sort la tête de l'eau.


DAVID

C'est bon.


HELENA se colle sur lui.


DAVID

C'est encore meilleur.


DAVID lui fait un cunnilingus.


HELENA

J'ai vu Victor Plaza au cimetière.


DAVID s'arrête.


DAVID

Victor? Tu es sûre.

Je ne l'ai pas vu.


HELENA

Tu avais le dos tourné.

Tu repartais avec Sancho.


DAVID

Le salaud!

Il t'a dit quelque chose?


HELENA

Il m'a présenté ses condoléances.


DAVID

Ce mec est un psychopathe.

Comment il a su ?


HELENA

Je n'en sais rien.


DAVID

Il a dû te suivre.

Il faut le dénoncer aux flics.


HELENA

S'il te plaît, David, ne fais pas ça.


DAVID

Je ne veux pas que ce cinglé te suive.


HELENA

On ne peut pas l'accuser d'avoir

présenté ses condoléances.


DAVID soupire.


VICTOR se tient maintenant devant un centre pour enfant. Il tient dans ses mains la carte de condoléances du même centre pour enfants qu'il avait trouvée dans la gerbe de fleurs au cimetière. Il observe par la fenêtre. CLEMEN, une éducatrice se parle toute seule en empilant des vêtements.


CLEMEN

Les gens croient que la charité

c'est donner ce qu'on a de plus tarte.

N'importe quoi! Il n'y a

que des maillots usés!

Et les anoraks, alors ?

Il faudra que je tape encore Helena.


VICTOR observe HELENA qui surveille un groupe d'enfants qui mangent. Une petite fille le voit. VICTOR lui fait signe de garder le secret. La petite fille fait signe qu'elle a compris.


Plus tard, DAVID se rend seul en fauteuil roulant dans le terrain désaffecté où se trouve la maison de VICTOR. DAVID descend de son fauteuil roulant et se traîne pour monter les trois marches qui mènent chez VICTOR.


VICTOR

C'est une violation de domicile!


DAVID

J'en ai rien à battre!

Tu foutais quoi au cimetière?

Tu espionnais ma femme ?


VICTOR

J'espionnais personne.

Ma mère est morte

pendant que j'étais en taule.

Je me suis trouvé là par hasard.


DAVID

T'es toujours là où il ne faut pas.


VICTOR

C'est vrai. J'ai pas ta chance.

Tu sors toujours gagnant.


DAVID

Si tu t'approches de ma femme,

je t'étripe.


VICTOR

Ah, oui? Et comment ?

(Regardant ses jambes)

Comment ?


DAVID donne un coup de poing dans les testicules de VICTOR qui se tord de douleur. Puis, DAVID réagit à un but qu'il aperçoit dans un match de soccer qui joue à la télévision chez VICTOR.


DAVID

But!


VICTOR

Quel but!


DAVID

(Regardant la télévision)

Regarde... T'as vu

comment il lui prend?


VICTOR

Ce Caminero, il est génial!

Bravo, Caminero!


VICTOR rit de bon cœur. DAVID reprend son sérieux et se dirige vers la porte.


DAVID

Victor, je t'aurai prévenu.


VICTOR commence à s'entraîner en fixant DAVID. DAVID fait rouler sa chaise à reculons dans les marches pour sortir de la maison. Il monte ensuite dans sa voiture, démonte sa chaise roulant et la dépose sur le siège du passager. De sa voiture, il aperçoit CLARA qui arrive chez VICTOR. Elle lui amène un futon.


CLARA et VICTOR sont maintenant dans le salon de celui-ci.


CLARA

Regarde. Comme ça, c'est un canapé.


VICTOR

C'est super.


CLARA

Si tu l'ouvres, ça fait un lit.


VICTOR

Merci beaucoup.


VICTOR lui tend un papier.


VICTOR

Tiens, lis ça. C'est ma Bible.


CLARA

C'est quoi?


VICTOR

Lis-le.

Vas-y.


CLARA

(Lisant)

Amygdalectomie,

pas d'accoutumances toxiques.


VICTOR

Aucune.


CLARA

(Lisant)

Hémoglobine, hema...quoi?


VICTOR

Hématies.


CLARA

​[Lisant]

Fer. Test VIH négatif.

Tu vois, je suis en bonne santé.


CLARA

En très bonne santé.

Je vois ça.


CLARA lui touche le bras.


VICTOR

Je te l'ai pas encore dit,

mais je viens de sortir de prison.


CLARA le regarde en souriant.


VICTOR enlève son chandail.


VICTOR

Il fait chaud, non?


VICTOR lui dit quelque chose en langue étrangère.


CLARA

Qu'est-ce que ça veut dire ?


VICTOR

C'est du bulgare. Ça veut dire :

si tu veux, on déplie le futon.


DAVID, toujours devant la maison dans sa voiture, voit VICTOR en caleçons fermer les volets. Il est troublé.


À l'intérieur, VICTOR observe le sexe de CLARA.


CLARA

Arrête de regarder,


VICTOR

J'ai jamais vu un truc pareil.


CLARA

Moi non plus. Allez, viens.


VICTOR

J'arrive.


VICTOR se rapproche d'elle. Ils font l'amour.


VICTOR

C'était comment?


CLARA

Je n'ai rien senti.


VICTOR

J'ai pas beaucoup d'expérience.

Apprends-moi.


CLARA

Ça ne s'apprend pas.


VICTOR

Si je m'applique, je peux apprendre.

Très, très vite. Je veux être

le meilleur baiseur du monde.


CLARA rit.


VICTOR

Dis-moi ce que tu aimes faire,

à quoi tu penses quand tu te masturbes,

à quoi tu fantasmes.

J'ai tout mon temps pour apprendre.


CLARA

Écoute, tu m'as prise comme un trou.


VICTOR

Putain!


CLARA

D'abord, ne te jette pas sur ma chatte

si vite. Ni avec ta langue ni avec ta queue.

Avant, tu dois la préparer. Elle te dire

quand elle sera prête.


VICTOR

Comment?


CLARA

Elle te le dira, tu verras.


VICTOR

On va voir.


CLARA rit.


CLARA

La première leçon, tu la connais :

l'amour, ça se fait à deux.


VICTOR

Et la deuxième?


Au gymnase, DAVID s'entraîne au basketball en fauteuil roulant.


HELENA entre au centre pour enfants. Elle s'adresse à CLEMEN, une collègue.


HELENA

Salut Clemen. Ça va?


CLEMEN

J'ai dû renvoyer Josep chez lui,

sinon il nous refilait la grippe.


HELENA

Les enfants?


CLEMEN

Très bien. On a un volontaire.


HELENA

Il a des références?


CLEMEN

Il s'y connaît en chaudière.


HELENA

Il a réparé la nôtre?


CLEMEN fait signe que oui.


HELENA

Très bien. Mais d'où il vient?


CLEMEN

Il a étudié la pédagogie.

Il compte rester toute l'année.

Je le trouve plutôt bien.


HELENA

Je vois ça.


CLEMEN

Il a vu que j'étais débordée,

il a proposé de m'aider.

Les gosses s'amusent comme des fous.


CLEMEN et HELENA arrivent à la pièce de jeux. L'homme est de dos, il joue avec les enfants.


CLEMEN

Loup, viens ici.


L'homme se retourne. Il porte un masque de loup. Il enlève son masque, c'est VICTOR.


CLEMEN

Je te présente Helena.

C'est elle qui commande ici.

(S'adressant à un enfant)

Miguel, lâche-lui les jambes, enfin!


VICTOR

Enchanté.


HELENA et VICTOR sortent de la pièce pour se retrouver seuls dans le couloir.


HELENA

Qu'est-ce que tu veux?


VICTOR

Moi? Aider.


HELENA

En me suivant comme un psychopathe?


VICTOR

Je ne te suis pas.


HELENA

Depuis que tu es sorti de prison,

je te vois partout.


VICTOR

Je suis désolé, on vit

dans la même ville.


HELENA

Tu ne peux pas rester.


VICTOR

Pourquoi?

Clemen m'a dit

que mon diplôme suffisait.


HELENA

Tu as étudié la pédagogie, toi?


VICTOR

En prison, par correspondance.


HELENA

Tu l'as dit à Clemen?


VICTOR

C'est à cause de toi

que j'ai fait de la prison.

On est dans une ONG

ou un ministère?


HELENA

Dans un foyer qui accueille

des enfants qui ont souffert.

Je ne veux pas que nos problèmes

retombent sur eux.


VICTOR

Maudit tu seras à la ville

et maudit aux champs.

Maudit sera le fruit de ton sein

et de ton sol.

Maudit tu seras dans tes allées

et venues.

Deutéronome, chapitre 28.


HELENA s'en va.


VICTOR

Moïse devait penser

à moi en écrivant ça.


Dans sa chambre maintenant décorée avec soin, VICTOR déshabille CLARA.


VICTOR

Leçon numéro 11.

C'est quoi aujourd'hui?


CLARA

Ce que tu voudras.


VICTOR

Ah, non... pas ce que je veux.


DAVID assis dans sa voiture devant la maison de VICTOR prend des photos à distance de CLARA et VICTOR en sous-vêtements.


CLARA

Leçon 11 :

une femme amoureuse

ne trouve son plaisir

qu'en voyant jouir

l'homme qu'elle aime.


VICTOR

Tombe pas amoureuse de moi!


CLARA

Il fallait me le dire avant.


Plus tard, CLARA rentre chez elle. Son mari SANCHO prépare un repas.


CLARA

Qu'est-ce que tu fais là?


SANCHO

J'habite ici. Je t'ai épousée

bien avant ton Alzheimer!

D'où tu viens?


CLARA

De mes cours.


SANCHO

De danse?


CLARA

Oui. Tu fais de la queue de bœuf?


SANCHO

De la queue de taureau au brandy.


CLARA

On fête quelque chose?


SANCHO

Nos douze ans de mariage.


CLARA

J'avais complètement oublié!

Je suis désolée.


SANCHO

Je vois ça. Va dans le salon.

Je m'occupe de tout.


CLARA

Tu me sers un verre?


CLARA est étendue sur le fauteuil du salon. SANCHO lui apporte un verre.


SANCHO

Tu t'affales sur le canapé

comme un mec.


CLARA

Je ne savais pas

que c'était un truc d'homme.


SANCHO

Ça l'est.


CLARA

Je suis fatiguée.


SANCHO

Vu la façon dont

tu te démènes pour danser!

Ça fait 7 ans que tu as arrêté.

Pourquoi reprendre?


CLARA

Pourquoi pas?

J'ai besoin de m'occuper.


SANCHO

Occupe-toi de nous.


CLARA

Pourquoi on ne se sépare pas?


SANCHO ne répond rien.


CLARA

Dis, pourquoi?


SANCHO la gifle violemment.


SANCHO

Tant que je t'aimerai,

tu ne me quitteras pas.


CLARA

Un jour, tu ne me feras plus peur.

Et ce jour-là n'est pas très lointain.


SANCHO

J'y retourne, ça doit être prêt.


CLARA

Ne me frappe plus jamais.


SANCHO

J'ai encore plus mal que toi.


CLARA

Raison de plus.


SANCHO

Reste ici, je mets la table.


SANCHO essaie d'embrasser CLARA sur la tête, mais elle résiste.


SANCHO

Pardonne-moi.


VICTOR sort de chez lui. DAVID l'observe depuis sa voiture et le suit. VICTOR prend l'autobus. DAVID suit l'autobus. Il voit VICTOR en descendre au centre pour enfants où travaille HELENA.


Dans le centre, une CUISINIÈRE discute avec CLEMEN.


CUISINIÈRE

Tous les poulets que tu veux,

mais tu me dois deux mois!


CLEMEN

On n'a pas encore été payés.


CUISINIÈRE

L'Italienne est pleine aux as,

qu'elle raque un peu!


Un HOMME quitte le centre pour enfants, avec deux enfants.


HOMME

On va chez le dentiste.


CLEMEN

Pour la facture,

tu fais l'innocent.


DAVID entre.


DAVID

Bonjour.


CLEMEN

David, quelle surprise!


DAVID

Ma femme est là?


CLEMEN

Je vais la chercher?


DAVID

Non, j'y vais, merci.


CLEMEN

(S'adressant à la CUISINIÈRE)

Laisse-moi encore deux jours.


DAVID: roule jusqu'à une pièce où travaille HELENA.


HELENA

T'en fais une tête.

Qu'est-ce que tu as?


DAVID

J'ai vu Victor entrer ici.


HELENA

Il travaille comme volontaire.

Ne me fais pas une scène.


DAVID

Comment tu as pu l'engager?


HELENA

Ce n'est pas moi.

Je suis arrivée, il était déjà là.


DAVID

Je ne comprends pas.


HELENA

Ce n'est pas l'armée ici.

Je ne peux pas condamner

cette démarche sans me justifier.

Et Victor travaille bien.


DAVID

C'est le comble!


HELENA

Qu'est-ce que je peux faire?


À ce moment-là, VICTOR ouvre la porte du bureau d'HELENA. DAVID se précipite vers la porte.


HELENA

Tu ne vois pas que je suis occupée!

VICTOR

Excuse-moi.

(S'adressant à DAVID)

J'aimerais te parler

avant que tu partes.


DAVID

Moi aussi.

(S'adressant à HELENA)

Ça t'ennuierait de nous laisser?


HELENA

Oui, beaucoup!


DAVID

Ne t'en fais pas, mon amour.

Il ne va rien se passer.


HELENA

C'est le dernier endroit

où vous auriez dû

vous rencontrer.


HELENA quitte son bureau et les laisse seuls.


DAVID

On va mettre les choses au clair.

La femme qui sort d'ici,

c'est ma femme. Je suis fou d'elle.

Je suis prêt à tout pour elle.

Je n'ai plus qu'elle. Et j'ai un caractère

de chiottes!


VICTOR

J'en doute pas, ni que tu aimes ta femme,

mais j'ai rien à y voir.


DAVID

Pas qu'un peu! Avant de te connaître,

je regardais le soleil, les étoiles...

Depuis que je t'ai rencontré,

je dois regarder le sol,

les merdes de chien pour ne pas me salir

les mains, les dégueulis, les trottoirs...

Tu m'as condamné!


VICTOR

Je ne t'ai pas condamné!


DAVID

Je m'en branle que ce soit un accident.


VICTOR

C'était pas un accident!


DAVID saisit VICTOR par le collet.


DAVID

Tu l'as fait exprès!


VICTOR

C'est pas moi qui ai tiré.

C'est Sancho!

Clara me l'a dit.


DAVID

C'est toi qui tenais le flingue.


VICTOR saisit un pistolet en jouet sur le bureau. Il s'élance contre DAVID, le fait tomber de son fauteuil roulant et lui saisit les poignets.


DAVID

Lâche-moi! Lâche-moi, s'il te plaît!

J'ai pas voulu appuyer, j'ai pas voulu tirer.

Prends le pistolet! Mets ton doigt, sans appuyer.


Toujours en l'immobilisant au sol, VICTOR tient le doigt de DAVID sur la gâchette du pistolet jouet et appuie sur son doigt.


VICTOR

J'avais le doigt sur la détente, mais

c'est Sancho qui a appuyé.


VICTOR se relève et laisse DAVID au sol.


VICTOR

Il l'a fait parce que tu te tapais sa femme.

Clara voulait le quitter pour toi.

Il le savait. C'est pour ça qu'il a tiré.


VICTOR quitte la pièce.


DAVID s'entraîne maintenant au basketball chez lui. HELENA entre.


HELENA

J'ai parlé avec les Messagers de la Paix.

Ils ont un foyer pour les enfants atteints

du sida. Je vais les voir demain. Si ça

marche. Je laisse le Fontanar.

J'en ai parlé au boulot.


DAVID

Tu ne peux pas faire ça.


HELENA

Victor n'aura plus d'excuses.

Ça ne te fait pas plaisir?


DAVID

Non et je déteste que tu te martyrises.

Tes collègues te laissent partir?


HELENA

Je continuerai à les aider financièrement.


DAVID

Et tes enfants?


HELENA

Je ne sais pas....

Je ne dois pas penser à moi.


DAVID

Viens, Helena. On va fumer un joint.

Ça va nous détendre. On a eu

une sale journée tous les deux.


HELENA s'assoit dans les bras de DAVID.


HELENA

Tu as l'air plutôt détendu.


DAVID

J'en ai déjà fumé un.


HELENA

De quoi avez-vous parlé Victor et toi?


DAVID

Il ne te l'a pas dit?


HELENA

Je ne lui ai pas demandé.

C'est à toi que je le demande.


HELENA et DAVID entrent dans le bureau de DAVID. Celui-ci cache les photos qu'il a prises de CLARA et VICTOR, puis, il allume un joint qu'ils fument tous les deux.


HELENA

De quoi vous avez parlé ?


DAVID

Du coup de feu.

Il dit que ce n'est pas lui.


HELENA

(Calmement)

C'est lui qui tenait le revolver.


DAVID

Helena... il y a des choses

que tu ne sais pas, qui se sont passées

avant qu'on se connaisse.

J'étais très ami avec Sancho

et aussi avec Clara. Surtout avec Clara.


HELENA ne dit rien.


DAVID

Défoule-toi, insulte-moi,

mais dis quelque chose.

(Les larmes aux yeux)

Dis quelque chose.


HELENA se lève et s'en va.


Au centre pour enfants, le soir, VICTOR couche les enfants dans leurs lits. Il aperçoit HELENA qui fume sur un banc dehors et il va la rejoindre.


VICTOR

Fais attention, tu vas prendre froid.


HELENA

J'avais besoin d'air.

David m'a raconté pour le coup de feu.


VICTOR

Et alors?


HELENA

Tu as dû me haïr

et tu dois me haïr encore.


VICTOR

Qu'est-ce que tu dis?

J'ai l'air de te haïr?


HELENA fait non de la tête. VICTOR s'assoit à côté d'elle.


VICTOR

Je reconnais que j'avais l'intention

de me venger. J'avais même un plan.


HELENA

Pour te venger?


VICTOR

Un plan ridicule. Ce qui m'a fait

le plus mal, c'est que tu m'insultes

et que tu dises que je ne savais pas baiser.

Je me suis juré de te faire ravaler tes paroles.

Le pire, c'est que c'était vrai.

Quand je suis sorti de prison,

j'ai décidé de devenir

le meilleur baiseur du monde.

Mon plan consistait à passer

une nuit avec toi. Cette nuit-là,

je t'aurais baisée jusqu'à te fendre en deux.

Je t'aurais fait jouir plus que tu n'en as rêvé

toute ta vie. Tu serais devenue

complètement accro. Mais je t'aurais

laissé tomber. Je ne t'aurais plus revue,

même si tu me l'avais demandé à genoux.

C'était ça, ma vengeance.

(Chuchotant)

C'était ça mon plan.


HELENA se lève.


HELENA

Au revoir, Victor.


VICTOR

(Doucement)

Ne pars pas.


HELENA

Je pars dans quelques jours.

On ne se verra plus.


HELENA s'en va.


Plus tard VICTOR transporte des caisses de poissons qu'il décharge d'un camion.


VICTOR (Narrateur)

Pour ne plus penser à Helena,

je me suis remis à travailler

et à lire la Bible comme en prison.

Le premier jour : Dieu a créé la nuit

pour empêcher les amoureux de dormir.

Il a créé l'eau pour qu'elle dégouline

des toits des marchés. Il a créé le poisson,

non pas pour en remplir les océans,

mais pour me permettre de le décharger

et m'empêcher de penser à Helena

et de devenir fou.


VICTOR rentre chez lui. CLARA y est, en train de cuisiner.


CLARA

Tu m'as fait une de ces peurs!

Embrasse-moi.

Embrasse-moi, merde!


VICTOR l'embrasse.


CLARA

Serre-moi fort.


VICTOR la soulève.


VICTOR

Où t'étais pendant tout ce temps?


CLARA

Au Portugal.

Tu sens autre chose.


VICTOR

Le poisson. Qu'est-ce que

t'as fait au Portugal?


CLARA

Du tourisme et une cure.

Tu n'as pas reçu ma carte?


VICTOR

Non.


CLARA

Je n'ai pas pu te prévenir.

Sancho se doute de quelque chose.

Il a décidé de me reconquérir.

On était dans une clinique.

Le crétin a arrêté de boire.


VICTOR

Et toi?


CLARA a un verre de vin à la main.


CLARA

Je bois plus que jamais.

Tu ne vois pas?


VICTOR

Je vais prendre ma douche.


CLARA

Ça va pas?


VICTOR

Je suis fatigué. Je travaille

aux Halles et au Foyer.

Je charge et je décharge des caisses.

Pourquoi tu te tues à travailler?

Tu ne vas pas m'entretenir toute ma vie.


CLARA

Pourquoi pas?


VICTOR

Tu dis de ces trucs...


VICTOR s'en va. CLARA le retient.


CLARA

Attends.


VICTOR

Clara.

Il ne faut plus se revoir.


CLARA

Ne dis pas ça.

Je ne te demande rien,

seulement te voir de temps en temps.


VICTOR se déshabille pour entrer dans la douche.


VICTOR

On doit tous les deux faire notre vie,

mais chacun de son côté.


CLARA

(Pleurant)

Pourquoi? Je ne te demande pas

d'être amoureux de moi.


VICTOR entre sous la douche. CLARA s'agenouille.


CLARA

J'aime pour deux.


VICTOR

Tu ne sens pas quelque chose?

Je sens une odeur bizarre.


CLARA secoue la tête en pleurant.


VICTOR

Putain, la poêle!


CLARA va à la cuisine. Le feu est pris. Elle verse un liquide sur le feu qui semble s'embraser davantage et regarde la scène, pétrifiée. VICTOR la rejoint en criant.


VICTOR

Clara,tu es folle!

Qu'est-ce qu'il te prend?


VICTOR tasse CLARA hors de la cuisine et éteint le feu. Quand il revient vers elle, elle est partie.


VICTOR

Clara! Clara? Clara.


C'est le soir, VICTOR entre au centre d'aide pour enfants. Un employé l'accueille.


EMPLOYÉ

Je m'attendais plus à te voir.


VICTOR

J'ai eu une galère.


L'EMPLOYÉ donne des clés à VICTOR.


EMPLOYÉ

Ils dorment tous.


VICTOR

Passe une bonne soirée avec ta nana.

Embrasse-la pour moi.


L'EMPLOYÉ part en le saluant.


VICTOR dépose sur un bureau les choses qu'il a amenées: Une structure bricolée avec des boîtes d'allumettes, des revues et la petite statuette de guerrier qu'il avait trouvée sur le plancher.


VICTOR lit couché sur un lit au travail. HELENA entre, il est surpris.


VICTOR

Je ne savais pas que tu étais ici.


HELENA

Je suis venue chercher mes affaires.


VICTOR

Si quelqu'un doit partir, c'est moi.


HELENA

Tais-toi.


HELENA se déshabille.


HELENA

Promets-moi de ne pas me chercher

et qu'on ne se reverra pas.


VICTOR reste muet.


HELENA

Promets-le-moi.


VICTOR

Je te le promets.


DAVID dispute un match de basketball en fauteuil roulant et se fait siffler par l'arbitre en raison d'une prise de bec avec un autre joueur.


HELENA et VICTOR font l'amour longtemps et dans diverses positions. Une musique se fait entendre.


VOIX FÉMININE

(Chantant)

Nous sommes un rêve impossible

qui cherche la nuit pour oublier

dans son ombre le monde et le reste.

Nous sommes dans notre chimère

plaintive et chérie.

Deux feuilles réunies par le vent d'automne.

Nous sommes deux êtres en un

qui meurent en s'aimant

pour garder le secret de leur amour fou.

Mais qu'importe la vie s'il faut nous séparer.

Nous ne sommes que deux sanglots

de la même chanson.


HELENA

Le jour se lève.


VOIX FÉMININE

(Chantant)

Rien d'autre.

Nous ne sommes rien d'autre.

Non, rien d'autre.


Au matin, HELENA entre chez elle. Elle se déshabille sous la douche et respire le parfum de VICTOR sur sa peau.


DAVID revient à son tour en taxi. HELENA s'est couchée les cheveux mouillés. DAVID monte à l'étage sur un escalier roulant adapté à sa chaise et se couche près d'elle.


DAVID

Je t'ai réveillée?


HELENA

Je ne t'attendais pas si tôt.


DAVID

Je suis revenu de Séville en taxi.

Je ne voulais pas attendre les autres.


HELENA

Viens dormir.


DAVID lui embrasse les cuisses.


DAVID

Je ne suis pas fatigué.


DAVID embrasse son sexe, HELENA gémit de douleur.


DAVID

(Riant)

T'as pas envie?


HELENA

C'est pas ça, ça me fait mal.


DAVID

Ça te fait mal. Pourquoi?


HELENA

J'ai baisé toute la nuit.


DAVID cesse de l'embrasser.


Chez lui, SANCHO dort. CLARA ramasse ses affaires dans la salle de bain. SANCHO la rejoint.


SANCHO

Tu fais quoi?


CLARA

Je pars.


SANCHO

Où ça?


CLARA

Loin.


SANCHO

Ne commence pas.

J'ai la tête qui va éclater.


CLARA

Laisse-moi passer.


SANCHO

Oublions ce qui s'est passé.


CLARA presse une bobonne de fixatif dans ses yeux. SANCHO se plie en deux de douleur et CLARA s'enfuit de la salle de bain. SANCHO se nettoie les yeux dans le lavabo tandis que CLARA ramasse un revolver dans la chambre. Ils se croisent dans le corridor.


SANCHO

Calme-toi, Clara.


CLARA

Donne-moi les clés.


SANCHO

On mérite une autre chance.


CLARA

On en a déjà eu trop. Pousse-toi!


CLARA pointe l'arme sur SANCHO.


SANCHO

Je peux changer.

Je te l'ai prouvé la semaine dernière.


CLARA lui fait signe de se tasser.


SANCHO

Pardonne-moi, bordel!


CLARA

Je te pardonne.


CLARA lui tire dans le ventre. SANCHO s'écroule. Elle prend les clés et débarre la porte.


Chez lui, DAVID rejoint HELENA à la cuisine.


DAVID

C'était qui?


HELENA

Ça ne te servirait à rien de le savoir.


DAVID

De toute façon, tu l'as fait.


HELENA

Victor.


DAVID jette par terre tout ce qu'il y avait sur la table.


DAVID

Le salaud! Je le savais!


HELENA

C'est ma faute.

Ça ne se reproduira plus.


DAVID

Pourquoi je te croirais?


HELENA

Je ne mens jamais.


DAVID

C'est vrai. Tu es

d'une sincérité insultante.

Qu'est-ce que tu vas faire?


HELENA

Rester avec toi, si tu veux de moi.


DAVID

Ça ne t'a pas plu?


HELENA

Je n'ai pas dit ça.


DAVID

(Criant)

Pourquoi tu resterais avec moi, bordel!


HELENA

Tu as plus besoin de moi que lui.


DAVID

Je continuerai donc à exploiter

ton sentiment de culpabilité.


DAVID sort de la pièce. HELENA le suit et se bute à une porte fermée.


HELENA

David! David! Ouvre!


Au même moment, à l'intérieur de son bureau, DAVID raccroche le téléphone.


HELENA

(De l'autre côté de la porte)

David, ouvre, s'il te plaît!


DAVID sort.


HELENA

Où vas-tu?


DAVID

M'entraîner.


HELENA

Tu es sûr?


DAVID

Oui, je suis sûr.

Tu te fais du mouron

pour lui ou pour moi?


HELENA

Pour nous trois.


DAVID s'en va. HELENA ramasse la vaisselle éparpillée sur le sol.


HELENA

(Pour elle-même)

Avec qui il parlait?


Sur le téléphone du bureau de DAVID, HELENA actionne le bouton qui recompose le dernier numéro. C'est SANCHO qui répond.


SANCHO

Clara? Clara, c'est toi?

Réponds-moi. Où que tu sois,

je te retrouverai!


SANCHO s'essuie la bouche avec un mouchoir.


HELENA raccroche.


DAVID arrive chez SANCHO.


DAVID

Salut David!

Cette fois, c'est du sérieux.


SANCHO

Penses-tu, ça allait mieux que jamais.

J'avais arrêté de boire.


SANCHO tient un verre d'alcool fort qu'il boit.


SANCHO

Elle a pris le coup de sang

et m'a balancé le vanity dans la gueule.


DAVID remarque sa blessure au ventre.


DAVID

Elle t'a tiré dessus?


SANCHO

Elle ne voulait pas.

C'est seulement une éraflure.


DAVID

Tu ne lui tournais pas le dos.

Sinon, tu finissais comme moi.


SANCHO

Je m'en foutrais de finir comme toi,

pourvu que je la récupère.


DAVID

(Chuchotant)

Enfoiré!


SANCHO

Quoi?


DAVID

Rien.


SANCHO se rend à la salle de bain et nettoie une plaie qui saigne sur son visage.


SANCHO

T'as de la coke?


DAVID

Non, pourquoi?


SANCHO

Je ne veux pas pleurer.

La cocaïne ça sèche les larmes,

ça te refroidit.


DAVID

Laisse-moi faire.


DAVID désinfecte la plaie au ventre de SANCHO.


SANCHO

Merci David.

Qu'est-ce que tu es venu me dire?

C'est Clara qui t'envoie?


DAVID

Non.


SANCHO

Comment ça, non?


DAVID

Il y a longtemps qu'elle ne me voit plus.

Mais moi, je la vois. Regarde.


DAVID sort quelque chose de son sac.


Chez elle, HELENA fume une cigarette et fait unj appel téléphonique.


Au centre pour enfants, CLEMEN s'occupe d'un groupe d'enfants à table.


CLEMEN

Je ne comprends pas, tu adores les céréales!

Et toi, qu'est-ce que tu as?

Tu sais manger tout seul.


Le téléphone sonne. CLEMEN répond. C'est HELENA au bout du fil.


HELENA

Bonjour, c'est Helena.


CLEMEN

Bonjour.


HELENA

Victor est là?


CLEMEN

Non.


HELENA

Où est-il ?


CLEMEN

Tu ne voulais plus le voir.


Tout en parlant au téléphone, HELENA découvre l'arme de DAVID ainsi que les photos qu'il a prises de CLARA et VICTOR.


HELENA

C'est très important.


CLEMEN

Tu nous as demandé de ne pas

lui donner ton adresse et...


HELENA

Et maintenant, je te demande la sienne.


CLEMEN

Helena, ça marche pas.

Si tu crois que l'argent

te donne des droits,

tu te trompes.


HELENA regarde les photos de CLARA et VICTOR, elle a les larmes aux yeux.


HELENA

Ne me torture pas s'il te plaît.


CLEMEN

Bon, d'accord. Il habite à la Ventilla,

dans un préfabriqué.


HELENA raccroche et regarde les photos.


Chez SANCHO, DAVID et SANCHO regardent eux aussi des photos de CLARA et VICTOR.


DAVID

Non seulement elle lui décore la maison,

en plus, ce salaud se la fait

depuis sa sortie de prison!


SANCHO

T'as son adresse?


Chez VICTOR, CLARA lit la Bible. Entre les pages, elle découvre des photos de VICTOR enfant et de sa mère.


CLARA

Mon petit...


CLARA embrasse une photo. Elle découvre ensuite le papier que HELENA lui avait donné il y a des années avec son numéro et l'empreinte de rouge à lèvres. CLARA rédige une lettre pour VICTOR.


CLARA

(Voix partageant le contenu de la lettre)

Cher Victor,

J'aimerais que tu gardes ce mot

entre les pages de ta Bible,

avec les choses que tu aimes.

Quand tu le liras, je serai morte ou en fuite.

Ne te sens pas responsable

et n'aie pas pitié de moi.


On montre VICTOR dans un autobus.


CLARA

(Voix partageant le contenu de la lettre)

Je savais que je finirais comme ce quartier,

expropriée et en ruine.

Mais je ne regrette rien,

je ne te reproche rien.

Avant de te connaître,

j'étais déjà condamnée à disparaître.

Je te laisse ta clé et un peu d'argent.

Je n'ai pas pu prendre plus,

car j'ai été obligée de fuir Sancho.

Quitte Madrid. Je sais que tu as

de bonnes raisons de rester,

mais Helena comprendra.


On montre HELENA se déplaçant en voiture.


CLARA

(Voix partageant le contenu de la lettre)

Sauve-toi, fuis Sancho.

Ne t'oppose pas à lui.


On montre SANCHO et DAVID se déplaçant dans une voiture.


CLARA

(Voix partageant le contenu de la lettre)

Les gens comme toi et moi

ne sont pas nés pour tuer.

On est capable de blesser les autres,

je dirais même qu'on a un don pour ça,

mais pas de les tuer.


On cogne à la porte chez VICTOR. CLARA continue de rédiger sa lettre.


CLARA

(Voix partageant le contenu de la lettre)

Il est là. Je suis sûre que c'est lui.

Je reconnais sa façon de cogner aux portes.

Adieu, Victor.


CLARA saisit son arme et le pointe vers la porte. SANCHO entre. Il pointe son revolver vers CLARA.


SANCHO

Où est-il ?


CLARA

Il n'est pas là.

Il n'habite plus ici.


SANCHO

Où ça, alors ?


CLARA

Je ne sais pas.


SANCHO

Qu'est-ce qu'on va faire?

Se tirer dessus?


CLARA fait oui de la tête.


CLARA

Tu vois une autre solution?


SANCHO

Ça dépend de toi.


CLARA aperçoit VICTOR par la fenêtre. Il s'approche de la maison. SANCHO ne l'a pas vu. CLARA arme son revolver.


VICTOR entre dans sa cour, il entend deux coups de feu et se précipite à l'intérieur. CLARA est étendue, vraisemblablement morte, SANCHO est blessé au sol. VICTOR saisit un revolver échappé au sol. SANCHO rampe vers CLARA.


SANCHO

C'est toute ma vie, ça,

de ramper pour être près de toi.

(S'adressant à VICTOR)

J'aurais dû t'arracher les couilles,

cette nuit-là.


SANCHO se couche sur CLARA.


SANCHO

Tire. Qu'est-ce que tu attends?

Je vais encore devoir tirer

à ta place.


VICTOR

Tu m'as volé six ans de ma vie.


SANCHO

Toi, tu m'as volé bien plus que ça.


VICTOR

Clara ne t'appartenait pas.


SANCHO

Ta vie, non plus.

Ni notre jeunesse,

ni les femmes qu'on aime.


HELENA arrive près de la maison de VICTOR. Elle voit DAVID dans sa voiture. Leurs fenêtres respectives sont ouvertes. Elle lui parle et il l'entend.


HELENA

C'est pas vrai.

David, qu'est-ce que tu fais là?


DAVID s'en va.


À l'intérieur, VICTOR pointe toujours son arme sur SANCHO. SANCHO saisit la main de CLARA qui tient toujours le revolver et le pointe sur VICTOR.


HELENA court vers la maison de VICTOR. Elle entend un coup de feu et crie.


Plus tard, HELENA a reçu une carte postale de DAVID. On entend la voix de DAVID qui en révèle le contenu.


VOIX DE DAVID

Helena, je suis à Miami.

Je suis venu passer les fêtes avec des amis.

C'est la première fois que je passe Noël

au soleil et la première fois en six ans

que je le passe sans toi.

Même si ça me coûte de le reconnaître,

maintenant je comprends ton manque de gaieté.

Je suis seul coupable de ce qui s'est passé

chez ton père et du massacre chez Victor.

Reçois cet aveu de culpabilité

comme une déclaration d'amour

et comme mon cadeau de Noël.


VICTOR fait une crèche de Noël avec les enfants du centre pour enfants. HELENA le rejoint, elle est enceinte et semble sur le point d'accoucher.


HELENA

Victor!


VICTOR

Ça y est?


VICTOR et HELENA partent en voiture. Un homme les reconduit.


VICTOR

(S'adressant au chauffeur)

On va à la Maternité O' Donnell.


HELENA

Évite les embouteillages.


CHAUFFEUR

Et comment?


VICTOR

Prends par le centre.


HELENA

On n'y arrivera jamais.


VICTOR

Si, ils sont tous en train

de regarder le match de foot.


HELENA crie de douleur.


VICTOR

Respire. Tiens bon, ma chérie.

(S'adressant à l'enfant dans son ventre)

Toi, ne sois pas si pressé.

(S'adressant HELENA)

Tiens bon. Pense au petit phoque !


VICTOR et le CHAUFFEUR respirent comme un petit phoque.


L'auto est prise au milieu de la circulation et HELENA hurle de douleur.


HELENA

Les contractions!


VICTOR

(S'adressant à l'enfant dans son ventre)

Ne sois pas si pressé.

Attends encore un peu.

(S'adressant à HELENA)

J'essaie de le convaincre.

(S'adressant à l'enfant dans son ventre)

Je sais comment tu te sens.

Il y a 26 ans, j'allais naître, moi aussi.

Mais toi, tu as plus de chance que moi.

Ça a drôlement changé.

Regarde le trottoir, il est noir de monde.

Quand je suis né, les rues étaient désertes.

Les gens crevaient de trouille.

Tu as de la chance : en Espagne,

on n'a plus peur depuis longtemps.


Sur une rue décorée pour Noël, la circulation reprend et redevient fluide. On aperçoit la même structure décorative lumineuse en forme étoile, aperçue au début du film.


Générique de fermeture

























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