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Louise-Michel

Somewhere in Picardy, the boss of a textile company empties his factory in the dead of night to relocate. The next day, the workers unite and put what little money they have together for a shared project: take out a contract on their ex-boss´s life.



Réalisateur: Benoit Délépine
Acteurs: Yolande Moreau, Bouli Lanners, Benoit Poelvoorde
Production year: 2008

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VIDEO TRANSCRIPT

Dans un salon funéraire, en employé manipule avec difficulté un cercueil pour le faire entrer dans un incinérateur. La famille du défunt le regarde tristement. L'employé fait entrer le cercueil dans le four. L'employé met en marche un appareil radio qui émet une musique.


CHOEUR

♪ Debout

les damnés de la terre ♪

♪ Debout les forçats

de la faim ♪

♪ La raison tonne

en son cratère ♪

♪ C'est l'éruption de la faim ♪


L'employé appuie sur un bouton et met en marche l'incinérateur.


CHOEUR

♪ Du passé faisons table rase ♪

♪ Foule esclave debout debout ♪

♪ Le monde va changer de base ♪

♪ Ne ne sommes rien

soyons tout ♪


L'incinérateur s'éteint. L'employé ouvre la porte du four et entre dans le four. Il sort et s'adresse à la famille qui assiste à l'incinération.


EMPLOYÉ

Quelqu'un aurait du... du feu?

Non?


Générique d'ouverture


Dans une usine, des ouvrières travaillent avec des machines à coudre.


Titre :
Louise-Michel


Des ouvrières emballent des vêtements.


Dans un bureau, FLAMBARD et le DIRECTEUR de l'usine jouent à roche, papier, ciseaux.


FLAMBARD

Pierre, feuille, ciseaux.


Le DIRECTEUR joue « papier » et FLAMBARD joue « roche ».


FLAMBARD

Pierre, feuille, ciseaux.


Le DIRECTEUR gagne six batailles de suite au jeu de roche, papier, ciseaux. FLAMBARD soupire de découragement.


FLAMBARD

Ah, mais c'est toujours vous

qui gagnez.


DIRECTEUR

C'est bien pour ça

que je suis le patron.

Bon allez, au boulot.


FLAMBARD

Ah non, c'est toujours moi.

Déjà, l'année dernière,

le plan social...


DIRECTEUR

Bien oui, mais c'est ça,

les ressources humaines.

Flambard, surtout,

vous leur dites que je les aime.

Que je les aime profondément.


FLAMBARD

Ah oui, tu parles.


FLAMBARD répète son discours en marchant.


Dans l'usine, FLAMBARD s'adresse aux ouvrières rassemblées. Elles le regardent avec hostilité.


FLAMBARD

Je sais que beaucoup

d'entre vous

pensent que l'usine va fermer.

On peut pas empêcher

les mauvaises langues

de répandre leur fiel.

Certes, ne nous voilons pas

la face,

nous traversons en ce moment

un passage un peu difficile.

La conjoncture est mauvaise.

Un euro hélas trop fort,

des commandes en berne,

je comprends que vous ayez

le moral dans les collants.

Mais notre société,

votre société,

a toujours su affronter

le vent mauvais.

Alors, bon, courbons

une nouvelle fois l'échine,

laissons passer l'orage...

Et puis surtout,

ne vous en faites pas:

vous avez su refuser

les 35 heures,

vous avez su refuser

les augmentations de salaire,

vous avez su refuser

les tickets restaurants.

Alors aujourd'hui,

ne refusez pas

le cadeau que

l'entreprise vous fait.

Fabienne...


FABIENNE s'avance en poussant un chariot de vêtements.


FLAMBARD

Eh oui, vous ne rêvez pas,

ce sont bien des blouses neuves.

Ces blouses sont, croyez-moi,

le symbole du renouveau.

Comble du chic,

elles sont siglées à vos noms.

Comme quoi, un grand

groupe international,

souvent trop décrié,

peut aussi avoir

de petites attentions.

Alors, mes amies, désormais,

ne cédez plus au misérabilisme

ambiant. Battez-vous!

Face au péril

de la concurrence,

montrez que vous êtes

déterminées à lutter!

Et pour finir,

n'oubliez jamais que vos petits

problèmes, vus de la Lune,

c'est peanuts!

Ne nous remerciez pas,

c'est pas la peine.

Est-ce qu'on a déjà vu

des enfants

serrer la main du père Noël?

Allez, allez, Fabienne.


FABIENNE distribue des blouses aux ouvrières.


Plus tard, les ouvrières se précipitent pour étamper leurs cartes de temps et pour sortir de l'usine.


Sur une rue du village, LOUISE marche seule. Un groupe de femmes s'approche derrière elle.


OUVRIÈRE1

Hé, Louise!

Tu viens avec nous?


LOUISE

Non, je préfère rentrer.


OUVRIÈRE1

Allez, viens avec nous

pour une fois.

Tu fais jamais rien avec nous.


OUVRIÈRE2

Allez viens, on va fêter ça.

On va fêter

nos nouvelles blouses.


Dans une salle de réunion, les ouvrières dansent en rond en portant leurs nouvelles blouses. Des hommes chantent et les encouragent.


HOMMES

Ouais ouais ouais ♪

♪ C'est formidable ♪

♪ Ouais ouais ouais ♪

♪ C'est formidable ♪

♪ Ouais ouais ouais ♪

♪ C'est formidable ♪

♪ C'est fort ♪

♪ C'est fort ♪

♪ C'est formidable ♪

♪ Ouais ouais ouais ♪

♪ C'est formidable ♪


L'OUVRIÈRE1 s'approche de LOUISE qui est assise à l'écart.


OUVRIÈRE1

Alors, tu viens t'amuser

avec nous?


LOUISE

J'ai pas eu ma blouse.


OUVRIÈRE1

Bon, tu viens boire un coup,

une bière?


LOUISE

Jamais d'alcool.


OUVRIÈRE1

Bon, bien tant pis.


L'OUVRIÈRE1 rejoint ses collègues qui dansent.


HOMMES

Ouais ouais ouais ♪

♪ C'est formidable ♪

♪ Ouais ouais ouais ♪

♪ C'est formidable ♪

♪ Ouais ouais ouais ♪

♪ C'est formidable ♪

♪ C'est formidable ♪


La nuit, LOUISE marche sur la rue.


LOUISE monte des escaliers. Elle rencontre un GARÇON qui lui tend un cahier.


LOUISE

Quoi?


GARÇON

Tu as vu l'heure?

J'ai corrigé ton devoir, Louise.

Je t'ai mis un 12.

Le "A", le "I", le "O",

ça va encore,

mais les "É", tu fais

encore plein de fautes d'accent.


LOUISE

On en a marre

des voyelles, moi.


GARÇON

Tu rentres trop tard, Louise.


LOUISE

Oh!


GARÇON

Il faut pas t'étonner.

Si tu veux progresser...


Chez elle, LOUISE récupère le corps d'un pigeon qui s'est pris la tête dans un piège à rats.


LOUISE

Ah...


Quelqu'un frappe à la porte.


LOUISE

Qui toque?


On en entend une voix derrière la porte.


FLAMBARD

C'est Flambard.

Laissez-moi entrer,

j'en ai pour cinq minutes.


LOUISE ouvre la porte à FLAMBARD.


FLAMBARD

Je viens pour mon petit

pourcentage sur votre salaire.

Mais j'ai aussi

une petite surprise.


FLAMBARD entre et pose un cahier sur une table. LOUISE lui donne de l'argent.


FLAMBARD

C'est bien, mon petit.

Et vous voyez,

je suis honnête, hein?

Je biffe votre dette mensuelle.


FLAMBARD écrit dans son cahier.


FLAMBARD

Ceci dit, excusez-moi encore.

Je sais qu'il est tard,

mais enfin...

conscience professionnelle

oblige, hein?

Nous, on compte pas nos heures.

Vos 45 heures par semaine,

ça nous fait doucement rigoler.


FLAMBARD rit.


FLAMBARD

Je vous avais dit

que j'avais une surprise.

Voilà votre nouvelle blouse.


FLAMBARD donne une blouse à LOUISE.


FLAMBARD

Par contre, avec vous, il y a

toujours ce petit quiproquo.

Je savais pas quoi mettre

comme prénom.

Je suis tout tourneboulé.

Alors, comme je savais pas,

il a bien fallu que je tranche.

Alors là, j'ai mis Jean-Pierre.

J'espère que ça vous va?


LOUISE regarde la blouse.


LOUISE

Bien, je crois

qu'il y a une bourde.


FLAMBARD

Ah oui...

C'est vrai

qu'il y aura un problème...

Bon, je ferai retoucher.

Par contre, pour la taille, ce

serait bien que vous l'essayez.

Hein?

Je vous laisse vous la...


FLAMBARD fait signe à LOUISE de mettre la blouse. Il sort une bouteille de son sac.


FLAMBARD

Je nous ai ramené

un petit remontant, hein?

Pour nous mettre en train.

Bien sûr,

vous m'accompagnez, hein?


LOUISE

Je prends jamais d'alcool.


FLAMBARD

Ah, attendez, c'est la mienne!

Hé, une petite goutte

pour fêter ça,

ça peut pas faire de mal.

Et puis, ça désinhibe.


FLAMBARD verse deux verres de vin et en présente un à LOUISE.


LOUISE

Je...


LOUISE prend le verre et s'éloigne.


LOUISE

C'est ça.

Allez...


Dans la salle à manger d'une maison de ferme, un représentant de banque s'adresse à M. FERRAND.


REPRÉSENTANT

Jean-Pierre Ferrand, je suis le représentant de votre banque.


M. FERRAND

On a tout payé.

Je suis honnête.


REPRÉSENTANT

Tout le monde dit ça,

M. Ferrand.

C'est fou ce qu'il y a

comme gens honnêtes.

Oh bien, si c'était comme ça,

l'argent coûte pas cher.

L'argent coûte pas cher?

Bon, écoutez...

Pour l'instant, en tout cas,

vous devez de l'argent.

Alors, j'ai pas rêvé, regardez.

Regardez...


Le REPRÉSENTANT montre un document à M. FERRAND.


REPRÉSENTANT

Voici le double

de votre contrat.

J'imagine que vous avez dû

égarer votre exemplaire?

Bon, il y a pas mort d'homme.

Regardez. C'est écrit là,

noir sur blanc, là.


Le REPRÉSENTANT indique un endroit sur le document.


M. FERRAND

Euh...


REPRÉSENTANT

Bien quoi,

vous savez pas lire?


M. FERRAND rit.


M. FERRAND

Oui, évidemment,

évidemment que je sais lire.


REPRÉSENTANT

Bien, vous lisez quoi alors?


M. FERRAND

Attendez, je vais chercher

mes lunettes.


REPRÉSENTANT

Oui, c'est ça, faites.


M. FERRAND se lève et s'éloigne.


REPRÉSENTANT

Vous les trouvez?


M. FERRAND

Oui, oui, j'ai trouvé.


REPRÉSENTANT

À la bonne heure.


Le canon d'un fusil s'approche du REPRÉSENTANT. M. FERRAND fait feu. La tête du REPRÉSENTANT éclate.


Dans sa toilette, LOUISE verse le vin que lui a donné FLAMBARD dans un évier. Elle commence à se déshabiller. Dans la salle à manger, FLAMBARD attend.


FLAMBARD

C'est pour aujourd'hui

ou pour demain?

Moi, je dois aller à l'usine

toute cette nuit

pour faire l'inventaire, là.


LOUISE

Oui, j'arrive.


FLAMBARD

Oui, bon, c'est bon, ça ira

comme ça. Venez, venez.


LOUISE s'approche en portant la blouse.


LOUISE

Comme ça, ça va?


FLAMBARD

Ah oui, oui, oui, c'est bien.

Oui, oui.


FLAMBARD tient une poignée reliée à une serrure dans sa main. Il positionne le trou de la serrure devant LOUISE comme s'il la regardait de l'autre côté d'une porte.


FLAMBARD

Bon, faites pas attention à moi,

vaquez à vos occupations.


LOUISE

Je peux plumer mon pigeon?


FLAMBARD

Oui, oui, vous pouvez

plumer votre pigeon.

Allez-y.

Allez-y.

Ah oui...

C'est bien, là.

Écoutez pas ce que je dis,

allez-y.


Dans la cuisine, LOUISE plume le pigeon. FLAMBARD la regarde à travers le trou de la serrure qu'il tient.


FLAMBARD

Maman...

Maman...

Maman...

Papa...

Papa, maman...

Maman!

Maman!

Papa! Maman!


LOUISE

Bon, c'est bientôt fini,

votre affaire?


FLAMBARD

Oui, là, c'est bon, là,

Jean-Pierre, c'est bon.


LOUISE

On aime pas trop qu'on

m'appelle comme ça, moi.


FLAMBARD

Bien quoi? Jean-Pierre,

c'est un joli prénom,

pourtant, pour un taulard.

C'est sûr que pour être

embauché comme ouvrière,

vaut mieux s'appeler Louise.


LOUISE frappe sur la table avec un pain. FLAMBARD rit.


FLAMBARD

Oui, oui.

Bon, allez, du calme,

du calme, Louise.

Vous êtes un peu soupe au lait.


LOUISE

Va-t'en!


FLAMBARD s'éloigne.


FLAMBARD

Non, non. Bon, allez,

écoutez, j'y vais.

Demain, tout sera oublié, de

toute façon. Tout sera évaporé.

Allez, je me sauve, je me sauve.


FLAMBARD sort.


Le matin, LOUISE sort de son immeuble et lit une affiche sur un mur.


LOUISE

Hum?

"I"...

"E"...

"A"...

"I"...

"A"

"A"...

"E"... "É"...

"A"...

"U"...

"A"... "I"... "O".


LOUISE s'éloigne.


Sur l'affiche, on peut lire « Dernier avis avant évacuation ».


Une grande porte s'ouvre et des ouvrières entrent dans l'usine. Elles sont estomaquées de constater que l'usine a été vidée de ses machines. Les ouvrières marchent dans l'usine vide.


OUVRIÈRE1

Bande de salauds!


LOUISE entre dans une épicerie. On entend la voix d'un animateur de radio.


ANIMATEUR

De notre

semaine internationale

de la pizza en fête.

Oui, déjà trois jours.

Comme le temps passe vite.

Que de bons moments

vécus ensemble.

Alors, je vous rappelle

le nom de toutes les...

Dans la catégorie feu de bois...


Dans l'épicerie, LOUISE prend une bouteille de vodka et la pose devant la caisse.


CAISSIER

12,90 euros.


LOUISE hésite et reprend la bouteille qu'elle replace sur l'étagère. Elle va chercher une bouteille de liquide « allume-feu » et la pose sur le comptoir devant la caisse.


CAISSIER

2,60 euros.


Dans un bar, les ouvrières boivent et discutent autour d'une table.


OUVRIÈRE3

J'ai appelé le syndicat

et ils ont dit qu'ils allaient

envoyer un délégué.

Et bon, ils vont donner

100 euros d'indemnité par année.


OUVRIÈRE4

Les fumiers!

2000 euros pour se crever

20 ans au boulot?


OUVRIÈRE5

2000 euros, ça fait combien

en francs?


OUVRIÈRE1

Euh... 6 X 2 = 12...

7 X 2 = 14...

Ça fait 13 000.


OUVRIÈRE6

Mais c'est ridicule.


Les ouvrières acquiescent.


OUVRIÈRE3

Ce qu'on pourrait

peut-être faire,

c'est mettre l'argent ensemble.


OUVRIÈRE7

Pourquoi faire?


OUVRIÈRE3

Comme ça, on...

On peut justement

faire quelque chose.

Sinon, on est seule

et ça mène nulle part.


OUVRIÈRE1

Mais 20 000 euros à dix,

c'est une belle somme.


Les ouvrières acquiescent.


OUVRIÈRE3

Donc, euh...

On va faire des propositions,

on vote après.

Mais avant ça, je voudrais être

sûre, sûre que... Qu'on...

Que tout le monde est d'accord.

Tout le monde est d'accord

pour mettre l'argent ensemble?


Les ouvrières acquiescent et lèvent leurs mains.


OUVRIÈRE3

Super!


OUVRIÈRE4

Si on "ouvrirait"

une pizzéria?


Les ouvrières ne semblent pas d'accord avec l'idée.


OUVRIÈRE3

Une autre idée, hein?


OUVRIÈRE8

Bien, euh...

On pourrait peut-être...

Pourquoi pas

un calendrier à poil?


OUVRIÈRE1

Oh!


Les ouvrières ne semblent pas d'accord avec l'idée.


OUVRIÈRE4

C'est pas une bonne idée.


OUVRIÈRE8

Bon, c'était juste une idée.


OUVRIÈRE3

Ah oui. C'est rigolo, mais

je crois pas que ça va marcher.


OUVRIÈRE8

Non.


OUVRIÈRE9

Et dans l'immobilier?


LOUISE

On a peut-être une idée, moi.


OUVRIÈRE3

On t'écoute, Louise.


LOUISE

Parce qu'avec 20 000 euros,

on pourrait faire buter

le patron par un professionnel.


OUVRIÈRE3

Tu es folle?


LOUISE

Pas tant que ça.


OUVRIÈRE8

En fin de compte...


Les ouvrières lèvent leurs mains pour signifier leur accord.


OUVRIÈRE8

Après tout...


OUVRIÈRE4

Oui, c'est une bonne idée.


OUVRIÈRE9

On le trouve où,

le professionnel?


LOUISE

Il peut s'en charger, moi.


OUVRIÈRE8

Oui, ça semble bien.


OUVRIÈRE4

Bravo Louise.

Tu as de bonnes idées.


LOUISE marche seule sur une rue.


On entend la voix d'un animateur de radio.


ANIMATEUR

... bien,

redynamiser le tissu social

de la ville, et ils y sont

pour beaucoup

dans l'organisation de cette...


Dans un bar, GARANCE discute avec un client.


GARANCE

Une panthère passe.

Il tire la panthère et la tue.

Il s'approche de la panthère,

il la prend par la queue,

il lui fait faire un cercle

au-dessus de sa tête.

Un cercle, c'est 2 pi,

"2 pi-panthères".

Il prend une pipe en terre

et la met dans sa poche.

La deuxième pipe en terre,

il la met par terre.

Il l'écrase. Ça fait un tas

haut, un tas bas.

Le "tabac", il le prend

et le met dans sa pipe.

Mais il a toujours besoin de feu

pour allumer sa pipe.


LOUISE entre et s'approche de la serveuse au comptoir.


SERVEUSE

Bonjour, madame.


LOUISE

Il est là, Luigi?


La serveuse lève les épaules pour indiquer qu'elle ne sait pas.


SERVEUSE

Luigi?

(S'adressant à GARANCE)

Garance, Luigi?


GARANCE lève les épaules pour indiquer qu'elle ne sait pas.


La SERVEUSE s'adresse à différentes femmes dans le bar.


SERVEUSE

Lumir, Luigi?


LUMIR lève les épaules pour indiquer qu'elle ne sait pas.


SERVEUSE

Virginie, tu sais

où est Luigi?


VIRGINIE lève les épaules pour indiquer qu'elle ne sait pas.


SERVEUSE

Je ne sais pas.

Au revoir.


LOUISE sort.


GARANCE continue son histoire.


GARANCE

Il tire une deuxième panthère,

il la loupe.

Avec la loupe et le soleil

qui culmine, il allume sa pipe.


SERVEUSE

D'accord, c'est pas mal.

Franchement,

il fallait y penser.


Dans un café, un SERVEUR discute avec un client.


SERVEUR

Mais il t'a pas mordu

quand tu l'as rasé?


CLIENT

Non, non.


SERVEUR

Tu es sûr?

Dis donc, il arrête pas,

le chico.


LOUISE entre et s'adresse au SERVEUR.


LOUISE

Il est là, Luigi?


SERVEUR

Qui c'est qui le demande?


LOUISE

Matricule 1253.


SERVEUR

OK, je vais voir.


LOUISE s'assoit à une table et regarde un dessin animé qui joue sur une télévision. Le SERVEUR décroche un téléphone.


SERVEUR

(Parlant dans un téléphone)

Luigi? Ça va ou quoi?

Oui, dis-moi, il y a matricule

1253 qui te demande.

Bon...

Je lui dis quoi?

OK.

OK.


LOUISE rit en regardant la télévision.


LOUISE

(En riant)

Connard!

Il a mis une perruque!

Il a mis une...

Ah! Ah, c'est pas mal, le

renard, il a mis une perruque!


LOUISE rit bruyamment.


LOUISE

Ah, ils sont forts, les gars.

Ah, c'est pas banal!

C'est pas banal.

Il a mis une perruque, le

renard, il a mis une perruque!


LOUISE rit. Le SERVEUR prend une télécommande et éteint la télévision.


LOUISE

Ah...


SERVEUR

Luigi vous passe le bonjour.


LOUISE

Ah!


SERVEUR

Il vous dit

qu'il est

clean, maintenant.

Il fait un boulot honnête.

Il est agent immobilier.

Qu'est-ce que je vous sers?


LOUISE

Euh...

Un verre d'eau du robinet.


Le SERVEUR sert un verre d'eau à LOUISE.


LOUISE

Merci.


SERVEUR

De rien.

(S'adressant au client)

Tu disais?


CLIENT

Ton boulot, c'est mieux....


SERVEUR

Mouais.


LOUISE remarque un homme qui échappe un pistolet sur la rue. Elle sort du café et ramasse le pistolet.


LOUISE rejoint l'homme sur la rue. Elle brandit l'arme en sa direction.


LOUISE

Monsieur!


L'homme se retourne et lève les mains devant LOUISE.


LOUISE

Vous avez perdu quelque chose.


MICHEL

Ah, mon Dieu.


MICHEL prend l'arme et la glisse dans sa veste.


On entend la voix d'un animateur de radio.


ANIMATEUR

Il vous

permettra peut-être, mesdames,

de gagner votre poids

en parmesan.


MICHEL

Merci.


Dans une vieille camionnette qui roule sur une route de campagne. MICHEL conduit en compagnie de LOUISE.


LOUISE

Louise.


MICHEL

Michel.


MICHEL indique une carte d'affaires disposée en évidence sur le tableau de bord. Sur la carte on peut lire : « Michel Pinchon Chef gestionnaire de sécurité ».


MICHEL

Vous ferez attention parce que

le numéro de téléphone

et le numéro de fax

ne sont plus valables.

Et l'adresse mail non plus

n'est plus valable.

J'ai résilié mes abonnements:

trop surveillés.

Comme mon portable,

j'en veux plus.

Je pourrais en avoir un,

mais je veux plus.

C'est mieux

pour la confidentialité

de mes clients, je veux dire.

Moi, je travaille avec

les cabines téléphone.

Et encore,

cabines à pièces uniquement.

Et encore en France.

Et encore,

pas plus de 30 secondes

sinon, on est repéré.

Eh bien, des cabines comme ça,

il y en a plus qu'une en France.

Mais je dis pas où.

Il faut pas m'en vouloir.

On est bien placé dans

la sécurité pour savoir tout ça.

Vous pouvez pas savoir le nombre

de micros que j'ai placés

rien que le mois dernier.


LOUISE

Ah bon?


MICHEL

Incroyable.

Et puis,

c'est comme les voitures,

elles ont toutes

un GPS intégré maintenant.

Toutes. Il y a plus

de filatures.

N'importe quel crétin

peut vous suivre comme ça

sur son ordinateur.

Moi, je veux pas de ça.

Ah non, je veux pas de ça.


LOUISE

Oui, oui...


MICHEL

Bien, je pourrais avoir

une dernière Mercedes,

dans le dernier cri,

mais je veux pas.

Je préfère celle-ci.

Vous savez pourquoi?


LOUISE

Non. Sais pas, moi.


MICHEL

Il y a pas d'électronique.

Ça a pas de prix, ça,

pas d'électronique.

Dans mon métier,

il faut rien laisser au hasard.

Il faut tout prévoir. Tout.

Et en gros, votre proposition,

c'est quoi?


LOUISE

Euh... Buter un patron.


La voiture de MICHEL a des problèmes d'embrayage.


MICHEL

Ah oui, quand même.


MICHEL arrête la voiture devant un regroupement de maisons mobiles et de caravanes.


MICHEL

Voilà.


MICHEL et LOUISE sortent de la voiture.


MICHEL

Par ici.

Venez, par ici. C'est au bout.


MICHEL guide LOUISE parmi les maisons mobiles.


MICHEL

Je suis le

security manager du site.

Et puis alors,

j'ai pris un bureau.

J'aurais pu, attention,

comme tout le monde,

prendre un bureau

dans un quartier d'affaires,

mais c'est

un piège grossier, ça.

Parce qu'entre la

vidéosurveillance et les indics,

c'est pas possible

de travailler discrètement.

Ici, au moins,

je suis tranquille.


LOUISE

Ah oui, c'est tranquille.


MICHEL

Oui, je suis tranquille.

Attendez, c'est ici à droite.

Hop là! Voilà.


LOUISE

Je vous suis.


MICHEL

J'ai un voisin.

Il s'appelle Guy.

Un ingénieur métallurgiste.

Il avait une belle place

chez Midas.

Il a quitté pour pouvoir

écrire un bouquin.


LOUISE

Je n'aime pas trop ça,

les livres, moi.


MICHEL

Non, mais c'en est un,

ça va faire du bruit.


LOUISE

Ah oui?


MICHEL

Ah oui.

À un moment,

j'ai eu la possibilité

d'avoir un très beau bureau

à la Défense, mais non.


MICHEL et LOUISE marchent entre des caravanes.


MICHEL

Attendez,

parce que maintenant...

Oui, c'est là.

Ça se ressemble, hein?


LOUISE

Ah oui.


MICHEL

Et encore,

c'est pas la nuit.

Voilà, c'est là.

C'est l'autre bout à droite.

Attendez, parce que...

Ah non, voilà. Juste...

Non, c'est pas là.

On va faire le tour par là.

Normalement, il y a moyen

de passer là,

mais ils ont remis les caravanes

un peu près

l'une de l'autre, là.

Voilà, c'est ici.


MICHEL et LOUISE reviennent sur leurs pas.


MICHEL

Ici.


Un homme est assis au sol.


MICHEL

Bonjour, Guy.


GUY se lève et salue MICHEL.


MICHEL

Voilà, ici à gauche.

On y est.

Voilà les bureaux

security service.


MICHEL montre sa caravane à LOUISE.


LOUISE

Ah, mais vous êtes bien, là.


MICHEL

Ah, on est bien, hein?

Et puis ici, ma petite résidence

privée. Mon petit jardin secret.

Venez.


LOUISE

Je vous suis.


MICHEL et LOUISE entrent dans une caravane.


MICHEL

Entrez.

Asseyez-vous.

Asseyez-vous.


LOUISE s'assoit devant une table.


MICHEL ouvre un rideau sur un mur qui laisse voir un étalage de pistolets.


MICHEL

Hop!

Vous comprenez pourquoi

je garde les volets fermés

toute la journée?


LOUISE

Oui.


MICHEL

Ce sont toutes des répliques

fabriquées à l'unité

par mon ami l'ingénieur.

Comme ça, il y a pas de trace

dans les fichiers

de la préfecture.


MICHEL prend un pistolet.


MICHEL

Réplique du Mauser .54,

mon préféré pour les gros coups.


MICHEL s'assoit et examine l'arme à feu.


MICHEL

Il est discret.

Il est précis.

Facile à armer.

Un bel engin.

Il s'est jamais enraillé

avec moi.

Hein?

Il s'est pas enraillé...

Bel engin... Hum...

Mon tout bel engin...

Bon, évidemment,

tout ça a un coût.

Alors, avant de parler du qui,

du pourquoi, du comment...

Il faudrait peut-être bien

qu'on parle du combien?


LOUISE

Euh, 20 000 euros?


MICHEL est étonné.


MICHEL

Laissez-moi réfléchir

un petit peu.

C'est d'accord.

Euh... Et il est où, ce patron?


LOUISE

Bien, je sais pas.


MICHEL

Ah.


LOUISE

Tout ce que je peux

vous donner, c'est ça.


LOUISE sort un cahier de son manteau et le donne à MICHEL.


LOUISE

Son sous-directeur

l'a oublié chez moi.


MICHEL

Il y a des choses

intéressantes là-dedans?


MICHEL feuillette le cahier.


LOUISE

Bien, je sais pas.


MICHEL

Bon...

Je verrai ça plus tard,

je m'en occupe.

Eh bien,

on va signer le contrat.


MICHEL dépose des verres sur la table.


LOUISE

Je prends jamais d'alcool.


MICHEL

Ah bon? Bon,

c'est pas très grave.

On va faire comme ça.


MICHEL verse deux verres. Il en boit un.


MICHEL

Hop! Et puis là,

j'imite votre signature.


MICHEL boit l'autre verre.


MICHEL

Ah! Et puis, peut-être

un petit pour le notaire.

Comme ça, on est sûr.


MICHEL verse et boit un autre verre.


MICHEL

Voilà, c'est réglé, c'est signé!

Je vais vous ouvrir

la porte. Voilà.


LOUISE sort de la caravane. MICHEL sort à sa suite. Il tient un pistolet.


MICHEL

Ha! Il fait déjà noir.


LOUISE

Oui, oui.


MICHEL

Ça tombe vite, hein?


LOUISE

Oui.


MICHEL

Je suis désolé, je vais pas

pouvoir vous ramener en voiture.

J'ai encore un gros contrat

à assurer ce soir.


LOUISE

Bof, c'est pas grave.

On a des chaussures, moi.


MICHEL

En tout cas, vous pouvez

vous dire une chose:

Vous avez frappé

à la bonne porte.


LOUISE

Oui, c'est sûr.


MICHEL

Allez, je vous ramène

quand même jusqu'à la route.


MICHEL lève le pistolet vers le ciel et tire. LOUISE sursaute.


MICHEL

La Grande Ourse.

Aux Comores, avec Bob,

on faisait ça aussi

quand on était content,

on tirait sur les étoiles.


MICHEL et LOUISE marchent parmi les caravanes. MICHEL tire un coup de feu vers le ciel.


MICHEL

La Petite Ourse.

Bob Denard, vous connaissez?


LOUISE

Oui.


MICHEL

C'était quelqu'un, hein?

Je suis le parrain de son fils.


LOUISE

Ah bon?


MICHEL

Oui. Sacré môme.

Ah, l'étoile du Berger, là.


MICHEL tire vers le ciel.


Dans une cabine téléphonique sous les étoiles, LOUISE parle au téléphone.


LOUISE

Oui, c'est Louise.

C'est pour vous dire

que j'ai trouvé le bestiau.

Non, c'est pas un code,

j'ai trouvé le bestiau.

Oui.

Oui, il est bien. Il est bien.

Hein?

Mais... Non!

Puisque je vous dis

que j'ai trouvé l'oiseau rare.


MICHEL pointe son pistolet vers un petit chien qui grogne. Il hésite à tirer. Le chien jappe. MICHEL ferme les yeux et tire. Le chien est toujours vivant. MICHEL déroule une bande de papier collant. Il se penche vers le chien.


MICHEL

Tsk, tsk!

Le chien...

Viens ici, viens.

Tsk, tsk, viens.

Viens, le chien, viens.


MICHEL capture le chien et lui entoure le museau avec du papier collant.


MICHEL

Voilà.


MICHEL remet le chien dans son enclos.


Dans une chambre, MICHEL s'adresse au BELGE qui est couché sur un lit avec un collet de plastique conique autour de sa tête.


LE BELGE

Merci, monsieur.

Merci pour le silence.

Vous voulez un verre d'eau?


MICHEL

Non, non, jamais

pendant le service.

Je passais pour le paiement,

moi. 20 euros.


LE BELGE

Je vous en prie.

Le docteur m'a donné

qu'un mois à vivre.

Et puis...

Pas de chance.

Je viens juste

de terminer mon chéquier.

Envoyez-moi une facture.

Je vous paierai

dès que je le recevrai.


MICHEL agite la tête avec impatience.


MICHEL

Non, une facture, c'est pas

possible pour ma comptabilité.

Moi, il me faut du liquide.


On entend le jappement d'un chien qui provient de l'extérieur.


MICHEL

Bon, euh...

Cinq euros en liquide

et tout de suite, ça va?


LE BELGE

Cinq euros?

Cinq euros?


Un chien jappe. Le client rit.


LE BELGE

Pour un contrat, c'est pas cher.

Mais pour un contrat raté,

c'est très cher.


MICHEL

1 euro?

S'il vous plaît.

J'ai engagé des frais.

C'est pour mon rouleau

de papier collant.


LE BELGE

Minable.

Espèce de clochard.

Voler un euro à un mourant.


Le BELGE soupire. Il prend une pièce dans un porte-monnaie et le jette sur le sol. MICHEL se précipite pour ramasser la pièce.


Sur la rue, MICHEL examine d'un air satisfait sa pièce d'euro. Il la jette en l'air et l'échappe en voulant la rattraper. MICHEL cherche la pièce sur le sol. Il se met à genoux pour chercher.


Dans un édifice, LOUISE frappe à une porte.


LOUISE

Terence?


Personne ne répond.


Sur une rue, LOUISE s'éloigne de son immeuble résidentiel. Une explosion souffle la base de l'édifice qui s'effondre. LOUISE sursaute et se retourne vers l'explosion. LOUISE et les alentours sont recouverts de poussière.


Dans une maison, LOUISE parle avec ses anciennes collègues, assises autour d'une table.


LOUISE

Ils m'ont cassé

tout mon immeuble.

Ma bouilloire et tout.


OUVRIÈRE9

Ah, tu étais pas au courant?

Ça fait au moins six mois

que c'est prévu, ça.

Qu'ils en parlent

dans le journal.


LOUISE

On n'aime pas trop ça,

le journal, moi.


OUVRIÈRE1

Tu veux dormir à la maison?


LOUISE

Non, non.


OUVRIÈRE3

Dis-nous des nouvelles

du tueur professionnel.


LOUISE

Ah, oui, oui.

Euh, c'est un gars,

il a fait plein de trucs.

Le "Cochonchine", euh...

La Corée du Sud.

Kennedy, c'est lui.

Mais bon,

il faut pas trop le dire.

Et il a plein de fusils faits

par un autre type, un ingénieur,

qui a aussi fait

des cubes en béton.

Non, c'est un gars...

Fort comme une charrue.

Ha!

Et il a des cartes de visite

avec euh...

Enfin, il a une société, quoi.


OUVRIÈRE1

Et pour l'argent?


LOUISE

Un quart maintenant,

le reste à la livraison du mort.


VOIX FÉMININE

Oui, c'est bien.


VOIX FÉMININE 1

C'est correct.


LOUISE

C'est correct.


OUVRIÈRE4

Mais tu es sûre?

Parce qu'on a mis

tout notre argent là-dedans.


LOUISE

Bien oui, je suis sûre!

Bien, je suis sûre...

Bien oui, je suis sûre.


LOUISE soupire.


Dans un pâturage, MICHEL s'amuse à tirer des ennemis imaginaires avec des armes à feu imaginaires.


MICHEL

Ta ra ra ra! Ta ra ra ra!


MICHEL lance une grenade imaginaire.


MICHEL

(Propos en anglais)

Hands up!

(Prenant une voix d'ennemi)

"Pitié! Pitié!"

Allah akbar.


MICHEL tire sur des ennemis imaginaires.


Derrière MICHEL, une cible en bois se redresse. MICHEL parle avec la voix d'un ennemi qui le tient en joue.


MICHEL

"Bouge pas!"

"Laisse ton flingue!

Laisse ton flingue par terre!"


MICHEL pose son arme imaginaire.


MICHEL

"Repousse-le avec le pied!"


MICHEL pour son arme imaginaire avec son pied.


MICHEL

"Lève les mains!"

"Plus haut!"


MICHEL lève les mains.


MICHEL

"Retourne-toi."

"Doucement!"

"Doucement."

"Doucement."


MICHEL se retourne, sort un pistolet de sa veste et tire sur la cible. Derrière la cible, une vache s'écroule.


MICHEL

Oh putain...


MICHEL range son arme, prend la cible en bois et s'éloigne.


Dans un champ, LOUISE cueille et mange des petits fruits.


Devant une caravane, MICHEL s'approche de LOUISE.


MICHEL

Bonjour.


LOUISE

M. Michel, on a l'argent, moi.


LOUISE donne un sac en plastique à MICHEL.


LOUISE

À part ça, vous avez pas

un endroit pour dormir au sec?


MICHEL

Je vais voir ça.


MICHEL marche dans la cour d'un immeuble résidentiel. Il porte un sac de vêtements sales. MICHEL sonne à la porte d'un appartement. Ses parents répondent à la porte. Ils n'ont pas l'air heureux de voir MICHEL.


MICHEL

C'est moi!

Bonjour, p'pa, bonjour, m'man.


MICHEL entre dans l'appartement. Un système d'alarme se déclenche.


MICHEL

Ah, c'est bien, il fonctionne

mon cadeau de Noël.

Ça fait plaisir:

c'était pas donné, donné.


Le père arrête l'alarme en appuyant sur un bouton d'un panneau de commande. MICHEL donne un cadeau à sa mère.


MICHEL

Tiens, m'man, ouvre.


La sonnerie du système d'alarme se met en marche.


MÈRE

Ah, c'est le chat!


Le père arrête l'alarme.


MICHEL

Bon, c'est rien,

je vais le faire.


MICHEL déballe le cadeau.


MICHEL

Un agenda. Qu'est-ce que

tu en dis, m'man?

C'est bien pour organiser

votre retraite, non?


MICHEL montre l'agenda que LOUISE lui a donné à sa mère.


MICHEL

Regarde. Celui-là,

il commence à juin.

Je me suis dit

comme on est au mois de juin...

Les premières pages servaient à

rien, donc je les ai arrachées.

Tu as vu? C'est du chevreau.

Ça coûte des sous.


PÈRE

Qu'est-ce que tu veux?


MICHEL

Bien rien, je passais comme ça

pour mon linge à laver.


Une alarme se déclenche que le père arrête aussitôt.


MÈRE

C'est les mouches.


MICHEL

Puis je me suis dit, la

dernière fois, vous m'avez dit

que la cousine Jennifer était

gravement malade, c'est ça?


PÈRE

Qu'est-ce que tu lui veux?


MICHEL

Bien rien,

je serais passé comme ça,

lui dire bonjour,

lui remonter le moral.


PÈRE

Elle en a plus pour longtemps.


MICHEL

Raison de plus. Comme ça, je

peux lui raconter des blagues.

Elle aimait bien

les blagues, non?

Bon, je vais chercher

des trucs dans ma chambre.


PÈRE

C'est pas possible.

Je m'y habituerai jamais.


MÈRE

Qu'est-ce que tu veux?

C'était ça ou le chômage.

Il faut accepter.


Dans une chambre, MICHEL regarde dans un coffre de jouets. MICHEL regarde un trophée qui représente un lanceur de poids.


MICHEL se remémore un moment de jeunesse alors qu'il s’exerçait à lancer un poids en suivant les directives d'un instructeur. MICHEL est une fillette dans ses souvenirs.


INSTRUCTEUR

Allez-y, Pinchon. Allez.

Allez, Pinchon. Allez.

Allez, Pinchon. Allez.

Respirez.

Allez, tournez.

Lâchez!


MICHEL lance le poids à une très courte distance.


INSTRUCTEUR

Bel effort, Pinchon.


Les élèves de la classe rient.


INSTRUCTEUR

Il faudra penser aux hormones.


Dans la chambre, MICHEL porte un chapeau de princesse. Il place une robe devant lui. Sa MÈRE entre dans la chambre et embrasse MICHEL.


MÈRE

Ah, Cathy!

Ah, ma Cathy! Ma Cathy!

Ma petite...

Ah, ma Cathy!


La MÈRE pleure de joie.


Au parc de caravanes, GUY se déplace sur l'herbe en tenant un parapluie de la même couleur que l'herbe. Il prend un autre parapluie qui ressemble à de la pierre et continue son chemin sur un chemin de pierres. Il s'adresse au ciel.


GUY

(Criant)

Bien essayé! Bien essayé!

Vous ne m'aurez jamais! Jamais!


LOUISE se tient dans une caravane au milieu d'herbes hautes. Une forte explosion se fait entendre. LOUISE sort et s'approche de GUY qui manipule une machine en tenant un parapluie.


LOUISE

Bonsoir.


GUY

Chut!


GUY actionne une manivelle. Sur le terrain, un modèle réduit d'avion glisse le long d'une corde en direction d'une petite tour. La tour explose lorsque l'avion la percute.


LOUISE

Ah, c'est beau.


GUY fait partir un autre avion qui fait exploser une autre tour.


LOUISE

Top.

Ah!


GUY

Chut!

La nébuleuse.


GUY indique le ciel pour indiquer que quelqu'un les espionne. Il fait signe à LOUISE de ne pas parler.


Dans un hôpital, MICHEL s'approche d'une femme âgée couchée sur un lit.


MICHEL

Bonsoir.


MICHEL frappe de ses mains au-dessus du visage de la malade pour vérifier qu'elle dort. MICHEL prend des fleurs dans un pot à côté de la malade et sort. MICHEL entre dans une chambre où la jeune JENNIFER repose sur un lit.


MICHEL

Jennifer?


JENNIFER tourne la tête vers MICHEL qui se penche vers elle.


MICHEL

Jenny.

C'est moi, c'est Cathy.


MICHEL pose les fleurs sur le lit de JENNIFER qui semble faible et confuse.


MICHEL

Je t'ai apporté des fleurs

parce que maman m'a dit

que tu digérais mal

les chocolats.

Eh bien, tu es bien, là.

Tu es bien.

Avec la télé, et tout.

Une fenêtre.

C'est important,

une bonne fenêtre.

Et puis sans vis-à-vis,

ça devient rare de nos jours.

Bon bien, moi, ça va.

Je bricole, je me lance.

Non, le sport, j'ai arrêté.

Trop de concurrence.

Ça devenait un peu dur.

Bon...

Bien, je vais y aller.

Ça m'a fait bien plaisir

de te revoir. Vraiment.

Et puis, tu as l'air bien.

Vraiment, vraiment.

Eh bien, je suis parti.


MICHEL ferme un rideau pour isoler le lit de JENNIFER. Il se penche vers l'oreille de JENNIFER.


MICHEL

(Chuchotant)

Écoute, Jenny, tu vas crever.

Sois sympa, il faut que tu me

donnes un gros coup de main là.

Avant de partir.

Il faut que tu butes quelqu'un.

Un salaud. Un patron voyou.

Toi, ça te fera

une belle sortie et puis...

Et puis moi,

ça va changer ma vie.


MICHEL montre un petit pistolet à JENNIFER. Il pose la main de JENNIFER sur le pistolet.


MICHEL

Si c'est oui, tu appuies

deux fois sur la gâchette.

Si c'est non, tu appuies

qu'une seule fois.

Et puis, si tu es déjà cuite,

tu appuies pas du tout.


JENNIFER appuie deux fois sur la gâchette. MICHEL soupire de soulagement.


MICHEL

Merci.

Merci, Jenny.


MICHEL embrasse JENNIFER.


La nuit, au parc de caravanes, GUY verse du métal en fusion dans un baril. LOUISE le regarde faire avec des lunettes fumées. GUY s'assoit à côté de LOUISE.


GUY

Vous avez vu?

Je prétends que ce métal

liquide et incandescent

absolument identique

au métal jaune et chaud

dégoulinant de la tour nord

du World Trade Center...

... est la preuve

d'une réaction aluminothermique.

Aluminothermique,

vous voyez ce que c'est?

L'aluminothermie:

les petites boules d'aluminium

qui provoquent une chaleur

effrayante comme sur la poutre.

Vous voyez la caravane, là?


LOUISE se tourne pour regarder une caravane que GUY indique.


GUY

En moins de trois minutes,

je la fonds.

Sauf les... Sauf les pneus.


On entend un hululement.


GUY

Ah!

C'est... C'est un...

un Japonais?


LOUISE

Une chouette.


GUY

Une chouette? Oui.

Qui...

Qui peut nier la présence

de ce métal fondu

dans les ruines

du World Trade Center? Qui?

Personne. Personne!

Per-sonne.

Chut...

(Parlant à voix basse)

De plus, la couleur

du métal jaune

indique clairement une

température de plus de 1000 degrés.

Impossible!

Même avec le kérosène contenu

dans l'avion: impossible!

Et c'est le sujet de mon livre.

C'est le sujet de mon livre.


Dans sa camionnette. MICHEL discute avec JENNIFER qui porte la robe de princesse. MICHEL montre une photographie à JENNIFER.


MICHEL

Regarde encore, hein?

Regarde bien la photo.

Tu vois quelque chose?

Regarde, c'est lui.

Tu as que deux balles,

ma chérie.

Rien que deux balles.

Te trompe pas.

Viens doucement.


MICHEL aide JENNIFER à sortir de la camionnette. JENNIFER arrive à peine à se tenir debout. MICHEL la dirige sur la rue.


MICHEL

Tu peux y arriver.

Tu vas y arriver.

Fais-le pour moi.

Fais-le pour tante Youki

qui s'est fait virer comme

une malpropre de chez Radiola.

Vas-y, va.

Va.


MICHEL laisse marcher JENNIFER d'elle-même. JENNIFER s'effondre sur la rue.


MICHEL

Jenny...

Allez. Encore 50 mètres

et tu y es, c'est bon.

Viens.


MICHEL relève JENNIFER.


MICHEL

Je suis avec toi. Vas-y.

Je suis avec toi!


JENNIFER marche avec difficulté vers une demeure luxueuse.


Dans la demeure, des invités mangent et discutent. FLAMBART indique des fromages à un serveur que le sert.


FLAMBART

Une petite lichette

de pont-l'évêque.


FLAMBART indique un fromage. Le serveur dépose des morceaux de fromages sur l'assiette.


FLAMBART

Là. Une petite lichette.

Et un peu de brie.

Un petit bout de brie.

Du brie, du brie.

Le brie.

J'ai pris du Rochefort?


SERVEUR

Non.


FLAMBART

Bon, un petit peu

de Rochefort.

C'est quoi, ça?


FLAMBART indique un fromage.


SERVEUR

Et voilà. Du Corse.


FLAMBART

Ils font du fromage en Corse?

Je vais essayer.


Le SERVEUR hésite à rajouter du fromage sur l'assiette.


FLAMBART

Oui, un petit peu...

Je vais essayer.

Un petit peu de Corse. Voilà.


SERVEUR

Du Corse?


FLAMBART

J'ai... J'ai pas

fait attention,

vous avez aussi

du Saint-Marcellin.

Il a l'air bon, pas trop fait.


FLAMBART indique un fromage.


SERVEUR

Ah oui, oui.


FLAMBART

Je vais en prendre

un petit peu.

Bon, du Saint-Marcellin...


SERVEUR

Et de la tomme de Savoie?


FLAMBART

Non, il y a pas de...


JENNIFER s'avance parmi les invités avec le petit pistolet.


Le DIRECTEUR de l'usine où travaillait LOUISE discute avec un invité.


DIRECTEUR

Les vraies valeurs,

c'est l'immobilier.

À Londres, c'est 10 000 euros

le mètre carré.

Ça, je suis sûr,

ça, c'est certain,

ça bougera jamais.

Au contraire, ça montera.

Par contre, moi,

avec mes

stock options,

oui, et mon

golden parachute,

franchement, je peux me payer

quoi, un 300 mètres carré?


JENNIFER s'approche et tire vers le directeur avec son arme. Les invités de la réception s'éloignent en panique. JENNIFER pose le pistolet contre sa tempe et tire.


Dehors, MICHEL entend les coups de feu. MICHEL sert les poings de satisfaction.


MICHEL

(Propos en anglais)

Yes!


MICHEL hésite. Il est triste.


Dans le local de l'usine qui a déménagé, les ouvrières sont rassemblées.


OUVRIÈRE10

Vous avez vu dans le journal?

Le directeur qui est mort,

c'est pas lui qui a décidé

de fermer l'usine.

En fait, c'est son patron,

à Bruxelles.


OUVRIÈRE11

Ah bon?


OUVRIÈRE2

Qu'est-ce qu'on fait,

on continue?


OUVRIÈRE11

Bien sûr qu'on continue.


OUVRIÈRE12

Oui, on continue.


Dans un cabanon, les ouvrières sont réunies autour d'une table en compagnie de MICHEL.


OUVRIÈRE12

Moi, je trouve qu'il y a trop

de notes de frais.


MICHEL

Trop de notes de frais?

Oui, sur un diesel,

mais c'est une estafette,

ça consomme plus,

c'est pour ça que ça fait cher.

Si vous êtes pas contentes,

achetez une Prius

et aller buter

le patron vous-mêmes.

Il y en a marre.

Je suis pas Robocop.

Je peux pas faire un contrat

à l'autre bout de l'Europe

en mangeant des limaces.

Il me faut un minimum.

Je veux qu'on paye mes frais. Et

puis en plus, c'est pas exagéré.


LOUISE

C'est pas

un mauvais gars, hein?

J'étais là, et il a pris

qu'un seul repas chaud.


MICHEL

Ah!


OUVRIÈRE3

Bon, OK pour Bruxelles,

mais il faut buter le patron.

Sinon, pas de sous.


OUVRIÈRE9

Et butez le bon

parce que nous,

on n'a pas la fortune

de Bill Gates, hein?


OUVRIÈRES

C'est vrai, ça.


MICHEL

Écoutez, vous êtes

des professionnelles,

je suis un professionnel.

Et ensemble, on va faire

du bon business.

D'accord?


OUVRIÈRES

D'accord.


Dans la camionnette, MICHEL et LOUISE roulent sur une route de campagne.


MICHEL

Vous savez quoi, Louise?

On va prendre les petites routes

parce que je me rends compte

que j'ai oublié ma carte

d'identité.


LOUISE

Ah, moi pareil.


MICHEL

Jamais de papiers.

Vieux truc de légionnaire, ça.

De toute façon, j'égorgeais

qui on me disait d'égorger,

je regardais pas les papiers.

Une vraie machine à tuer.

Une bête.

Vous pouvez pas savoir.


LOUISE

Je sais pas.


MICHEL lâche le volant et montre ses mains à LOUISE.


MICHEL

Vous voyez

ces mains-là, Louise?

Elles en ont volé des vies.


LOUISE avance les mains pour saisir le guidon de la camionnette. MICHEL rattrape le guidon.


MICHEL

Oui.

Au Chemin des Dames,

c'était encore pire.

Dans l'obscurité,

dans l'humidité...

J'avais plus de munition,

j'avais plus de fusil.

J'avais même plus de poignard.

J'ai tué un Allemand

avec mon péroné

arraché par un éclat d'obus.


LOUISE

Ah bon?


MICHEL

Oui.

Bon, maintenant, je rigole,

mais à l'époque,

je savais pas que ça repoussait,

moi, le péroné.

Ah, la guerre, Louise.

C'est une belle saloperie,

mais c'est une bonne école.

Tu apprends beaucoup au front.

C'est pas comme aujourd'hui.

Tu trouves plus

que des lopettes mythomanes.


LOUISE

Euh...

On aimerait bien s'arrêter là,

moi, deux minutes.


LOUISE et MICHEL marchent parmi les bâtiments d'une ferme.


MICHEL

Qu'est-ce qu'on

vient faire là, Louise?


LOUISE

On a habité là, moi.

Un...

Deux...


Dans une maison, MICHEL et LOUISE sont assis à une table et discutent avec un FERMIER.


FERMIER

Donc, pour un peu moins

de 100 euros,

vous avez une chambre pour deux,

petit déjeuner compris.

Nous faisons le pain

à la maison.

Le vin est du vin

au chocolat biologique.

Aussi fait à la maison.

Le café, c'est du café

commerce équitable, à volonté.

Oméga-3.

Petites gélules d'aspartame,

mais biologiques.

Et nous avons une exclusivité

dans la région,

c'est que nous avons

des mini fruits biologiques

importés du Gabon par avion.


Le FERMIER montre un plat de fruits sur la table.


FERMIER

Donc, si vous aimez...


LOUISE se lève.


FERMIER

Pour les toilettes sèches,

c'est en sortant à gauche.

(S'adressant à MICHEL)

Et si vous avez des enfants,

ici, c'est le paradis,

parce qu'on a des chevals,

des moutons à lait et des...

des poules à oeufs.


MICHEL

Ah, ça, c'est le miracle

de la nature.


FERMIER

En parlant de miracle

de la nature, avec ma femme,

nous avons...


Le FERMIER frappe sur la table pour réveiller une femme qui dormait, penchée sur la table. La femme semble épuisée.


FERMIER

Nous nous chauffons

avec nos propres excréments.

C'est un système qui nous permet

d'être en autarcie complète.

C'est un système de régulation

qui marche très bien.


MICHEL

Ah, vous avez raison.

Je vois ma villa à Saint-Tropez,

5000 litres de fioul par an,

je commence sérieusement à

me poser la question du solaire.


Par une fenêtre, on voit LOUISE qui examine un tracteur.


FERMIER

Nous aussi, on a le solaire,

mais on a pas de soleil.


MICHEL

Ah oui.

Et pourquoi vous avez choisi

chambre d'hôtes finalement?


FERMIER

C'est un peu un coup du destin

parce qu'on a pu acheter

avec ma femme cette ferme

pour une poignée de pain.

Ah non, c'était

une occasion en or.

C'était suite au départ

de l'ancien propriétaire.

Enfin, c'est un peu ça,

aussi, en ce moment:

le malheur des uns

fait le bonheur des autres.

Donc, voilà, c'est un peu

le cycle de la vie.

Assimilé au business, en fait.


Par une fenêtre, on voit LOUISE qui monte sur un tracteur.


MICHEL

Vous êtes bien, ici.


FERMIER

On est bien.


MICHEL

Ça va marcher, c'est sûr.

Et puis, être son propre

patron, quand même,

il y a rien de mieux.


FERMIER

C'est exactement

ce que je disais à ma femme.

Même si on a des charges...


Dehors, LOUISE met en marche le tracteur.


Dans la maison, le FERMIER regarde nerveusement par la fenêtre.


MICHEL

Moi aussi, un jour...

Un jour, je...


FERMIER

Votre femme, euh...?


MICHEL

C'est pas ma femme.


FERMIER

Elle sait conduire le...?

(En appelant)

Madame?


Le FERMIER sort. MICHEL continue à parler à la femme endormie.


MICHEL

Oui, je disais, moi aussi,

un jour, je me suis dit:

Tiens, je vais être

mon propre patron.

Parce que plus de comptes

à rendre,

c'est quand même ça

la vraie liberté, finalement.


Dehors, le FERMIER s'approche de LOUISE qui avance sur le tracteur.


FERMIER

Madame!


Dans la salle à manger, MICHEL parle à une femme qui bâille.


MICHEL

C'est vrai qu'on a

des charges.

J'imagine que vous aussi,

vous avez des charges.

Mais dans votre cas,

ce qu'on peut dire, quand même,

c'est que les gens auront

toujours faim,

les gens auront

toujours soif.

C'est un commerce

qui marchera toujours.

Moi, je me dis:

Les gens auront toujours peur.

Parce que, personnellement,

je suis dans la sécurité.

Sécurité rapprochée,

sécurité dans le sens

large du terme aussi.


LOUISE et MICHEL roulent en camionnette.


LOUISE

Premier coup de démarreur.

Ce Ferguson,

ça, c'était une marque!


Dans la boîte de la camionnette, LE BELGE qui avait engagé MICHEL pour tuer un chien s'assoit.


LE BELGE

Ah!

On est où, là?


MICHEL

On arrive, on arrive.


LE BELGE

Ah, j'en ai assez de rouler.

Moi, je veux bien

mourir pour vous,

mais là où je suis né,

à Bruxelles,

pas en Picardie!


MICHEL et LOUISE entrent dans un hôtel. MICHEL pousse LE BELGE qui est assis sur une chaise roulante. Ils s'approchent d'un employé derrière un comptoir.


MICHEL

Bonsoir.


LOUISE

Bonsoir.


MICHEL

On a réservé une chambre hier.

Pour deux personnes et demie.


L'EMPLOYÉ2 donne des clés à MICHEL.


EMPLOYÉ2

Si vous rentrez après minuit,

il y a un code.


MICHEL note le code sur un papier.


EMPLOYÉ2

857...


MICHEL

857...


EMPLOYÉ2

H2...


MICHEL

H2...


EMPLOYÉ2

Étoile...


MICHEL

Étoile...


EMPLOYÉ2

Septante...


MICHEL

Septante...


EMPLOYÉ2

Re étoile...


MICHEL

Re étoile...


EMPLOYÉ2

Nonante-quatre...


MICHEL

Nonante-quatre...


EMPLOYÉ2

22...


MICHEL

22...


EMPLOYÉ2

JA..


MICHEL

JA...


EMPLOYÉ2

De nouveau nonante-deux...


MICHEL

De nouveau nonante-deux...


EMPLOYÉ2

71.


MICHEL

D'accord.

C'est par là?


Dans la ville, LOUISE et MICHEL marchent sur une rue.


LOUISE

Le petit monsieur, qu'est-ce

qui vient faire là-dedans?


MICHEL

Bien lui, ce sera

mon Lee Harvey Oswald.

Tu vois ce que je veux dire?


LOUISE

Ha! Non.


LOUISE et MICHEL arrivent devant un grand immeuble.


MICHEL

Regardez, c'est ici, Louise.


LOUISE

Où ça?


MICHEL

Numéro 4.

(Chuchotant)

Restons pas là,

restons pas là!

Caméra de surveillance!

Par ici, venez, Louise.

Ne regardez pas en l'air!

Les cheveux devant le visage.

Les cheveux devant le visage.


MICHEL et LOUISE se cachent le visage avec leurs mains.


MICHEL

Ça va, on est passé.

On irait pas boire une petite

bière avant d'aller à l'hôtel?


LOUISE

Ah, jamais d'alcool.


Au comptoir d'un bar, LOUISE et MICHEL boivent chacun une bière. Un chanteur s'avance sur le comptoir et chante.


CHANTEUR

♪ Jésus-Christ mon amour ♪

♪ Comme les femmes sont belles ♪

♪ Dans les rues les faubourgs ♪

♪ Dans les quartiers

résidentiels ♪

♪ Jésus-Christ mon amour ♪

♪ Les caresses du vent ♪

♪ C'est comme un chant d'amour ♪

♪ Pour les malentendants ♪

♪ Jésus-Christ mon amour ♪

♪ Si tu savais comment ♪

♪ Le monde vit toujours ♪

♪ Comme au soleil levant ♪

♪ Les maisons se dessinent ♪

♪ Comme font les usines ♪

♪ Aux visages fumants ♪

♪ Comme c'est beau la machine ♪

♪ Quand un homme la reprend ♪

♪ Jésus-Christ mon amour ♪

♪ Si tu savais comment ♪

♪ Le monde vit toujours ♪

♪ Jésus-Christ mon amour ♪

♪ Je me sens dans le monde ♪

♪ Comme c'est beau

tous ces visages ♪

♪ Sur des corps immobiles ♪


Dans la chambre d'hôtel, LE BELGE regarde une télévision. On entend la voix d'un journaliste qui parle sur l'écran de télévision. LE BELGE respire avec difficulté.


JOURNALISTE

La profonde erreur

d'appréciation, cette fois,

est du côté américain.

À peine le régime de dictature

est-il tombé

qu'une guérilla irakienne

se développe

sur les décombres de l'armée

irakienne démilitarisée,

du parti Baath, mis au chômage,

et d'un État irakien démantelé

par les administrateurs

américains

qui s'installent à Bagdad.

Alors, depuis l'intervention

de la coalition en 2003,

l'Irak a donc été libéré

d'une atroce dictature.

Il y a eu les premières

élections libres dans ce pays

où les femmes irakiennes

ont pu voter.


LE BELGE se lève de sa chaise et examine le poste de télévision. Il se penche pour suivre le câble de la télévision avec ses mains. Il sort de la chambre en suivant le fil.


JOURNALISTE

Un renversement du pouvoir

qui était tous

entre les mains des sunnites.

Élaboration d'une constitution.

Une majorité politique chiite

s'est dessinée,

qui était le reflet de la majorité

démographique du pays.

Sauf que, du point de vue

d'un Irakien,

c'est là, tout de même,

une production occidentale:

un schéma importé.

Parce qu'en tant que nation,

l'Irak, aujourd'hui,

est désintégré

et la sécurité

de ses populations

dépend beaucoup plus des

pouvoirs locaux ou régionaux,

acceptés par les tribus,

les clans, les chefs religieux,

que par un pouvoir central

considérablement affaibli.

En intervenant militairement

en Irak

pour lutter, en principe,

contre le terrorisme,

en fait, les États-Unis n'ont

fait qu'accroître cette menace

au lieu de la traiter

par des mesures non militaires.

Alors, dans un prochain numéro,

je vous parlerai justement

de la tactique américaine

en Irak,

qui est difficile à comprendre,

et ce qui peut advenir

de ce pays

sur le plan des

institutions et de la vision

d'un grand Moyen-Orient

démocratique.


Dans le bar, LOUISE et MICHEL regardent un danseur presque nu qui se dandine autour d'un poteau sur le comptoir.


CHANTEUR

♪ La mer roulait ses galets ♪

♪ Allongé tu me disais ♪

♪ Puis de crème je t'enduisais ♪

♪ Alors on recommençait ♪

♪ Je suis sentimental ♪


MICHEL

Louise?


LOUISE

Hum...


MICHEL

On devrait y aller, non?


LOUISE

Oh, hé, je me sens bien, là.


LOUISE regarde avec attention le danseur.


MICHEL

J'ai quelqu'un

à tuer demain, Louise.


Le serveur dépose une facture sur le comptoir.


LOUISE

Ah, c'est pour moi.

C'est combien?


SERVEUR

Vous savez pas lire?


LOUISE

Si, je sais lire, connard!


LOUISE frappe la tête du serveur avec son verre de bière qui éclate.


LOUISE

Tu l'as cherché, quand même.

Ah! Han...


Le soir, LOUISE et MICHEL titubent en marchant sur une rue. LOUISE pousse sur un poteau comme si elle voulait le faire tomber.


MICHEL

Laisse tomber, Louise, viens.

Allez viens, c'est des cons.

Allez, viens.


Sur un lit, LOUISE et MICHEL dorment. LOUISE place sa main sur le visage de MICHEL. MICHEL se réveille et déplace la main de LOUISE. MICHEL se lève.


Le matin, MICHEL marche sur une place publique. MICHEL a l'air confus.


MICHEL

Je crois que je deviens folle.


Dans un restaurant, LOUISE mange seule à une table. MICHEL arrive et s'assoit à une autre table. LOUISE parle à MICHEL à voix haute.


LOUISE

Tu m'as bien eu, hein?

Menteuse,

tu es qu'une menteuse,

voilà ce que tu es.


MICHEL

C'est vrai,

je suis pas la seule.

J'en connais un autre,

de menteur.


LOUISE

C'est pas pareil.

C'est pour trouver du boulot.

C'est pas pour faire...

le mariole.

Pas pour mon plaisir.

Sale bête. Je lis en toi.


MICHEL

Pour une fois

que tu lis quelque chose.


LOUISE parle la bouche pleine.


LOUISE

Oui, ça va, fais le malin.

De toute façon, c'est tout

ce que tu sais faire.

Tiens, je parie

que tu as jamais tué, toi.

Nous, on a tué, moi.

15 ans, j'ai pris pour ça.

Tu fais moins le fier, hein?


LE BELGE arrive sur sa chaise roulante.


LE BELGE

Alors, les fous du cul?

En fin, de compte, on y va

aujourd'hui ou demain?


MICHEL, LE BELGE et LOUISE sont devant l'immeuble du groupe NBHO. MICHEL d'adresse au BELGE qui attend devant la sortie de l'immeuble.


MICHEL

Tu bouges pas de là,

on te l'envoie.


LE BELGE

OK.


LOUISE et MICHEL entrent dans l'immeuble et s'approchent d'une réceptionniste.


RÉCEPTIONNISTE

Bonsoir.


MICHEL

Bonsoir.


LOUISE

Bonsoir.


MICHEL

M. Beaudoin-Lafargue, PDG

du groupe Nin-Nin International.

C'est pour lui remettre

le trophée du manager de l'année

offert par le magazine

Argent.


LOUISE dépose un trophée sur le comptoir.


RÉCEPTIONNISTE

Ah, mais M. Lafargue

ne fait plus partie du groupe

depuis la semaine dernière.

Il a été débarqué

par le pool d'actionnaires.


MICHEL

Ah bon?

Et on le donne à qui, alors?

Il y a bien un patron?

Nin-Nin International.


Dehors, LE BELGE regarde une photographie de M. Lafargue.


LE BELGE

Toi, tu peux dire adieu

à ta paye de milord.


Dans un corridor, la RÉCEPTIONNISTE guide LOUISE et MICHEL. La réceptionniste avance sur un Segway, un appareil électrique à roues.


RÉCEPTIONNISTE

Business Trade, non,

je me trompe toujours.

That Freedom Company, non plus.

Business... Non.

Non, non.

Pas de Nin-Nin International.

Attendez-moi ici.

Il y a quelqu'un qui va venir...


Le petit véhicule de la réceptionniste émet une alarme.


RÉCEPTIONNISTE

Oh là là! Je vais chercher

au lobby. Attendez-moi!


Dehors, LE BELGE examine les personnes qui sortent de l'immeuble.


La RÉCEPTIONNISTE rejoint LOUISE et MICHEL dans l'immeuble.


RÉCEPTIONNISTE

Ah, voilà.

J'ai ce qu'il vous faut.


La réceptionniste indique des noms sur un document.


RÉCEPTIONNISTE

Donc là, c'est Nin-Nin

International, hein?

Là, c'est nous,

Nin-Nin Incorporated,

la maison-mère à Bruxelles.

Là, c'est le pool, le fonds

de pension, World Fund,

à Jersey,

avec l'adresse du siège.


La RÉCEPTIONNISTE offre le document à MICHEL.


MICHEL

C'est pour nous?


RÉCEPTIONNISTE

Euh, oui, oui.


MICHEL

Merci. Nous sommes venus

récompenser tous ces gens.


RÉCEPTIONNISTE

Bien sûr.

Bonsoir.


MICHEL

Bonsoir.


La RÉCEPTIONNISTE s'éloigne.


Dehors, LE BELGE dirige une arme à feu en direction d'un homme qui sort de l'immeuble.


LE BELGE

Crève, charogne!


LE BELGE fait feu, mais manque sa cible. Sa chaise roulante recule sous l'impact du coup.


LE BELGE

Merde.


LE BELGE fait feu de nouveau et manque encore une fois. Sa chaise roulante recule jusqu'à la rue. Un train le frappe.


Dans la chambre d'hôtel, MICHEL est assis sur un lit. LOUISE sort de la toilette.


MICHEL

J'arrête. Je suis trop nul.

Chacun à sa place.

On échange nos fringues

et on rentre chacun chez soi.


LOUISE

Écoute-moi bien, Michel.

C'est pas question d'arrêter.

Il faut aller

jusqu'au bout, maintenant.

Quand on a signé, on a signé.

C'est comme pour un tracteur

ou autre chose,

eh bien, quand tu as tapé

dans la main,

tu as tapé dans la main!


MICHEL

Non, Louise.

Tu te rends pas compte,

je te jure.

D'abord ma cousine,

puis le petit Belge,

c'est trop pour moi.

Ils avaient rien à voir

là-dedans.

OK, ils étaient en fin de vie,

mais quand même,

ils étaient vivants.

Ah non, j'arrête.


LOUISE

(Parlant avec colère)

Ils étaient en vie,

ils étaient en vie...

Et nous, les pauvres gens,

qui crèvent la faim

à cause de ces pourritures?

On est en vie?

Tu parles d'une vie!

Tu as vu cette vie? Hein?

Se mettre en rang

pour aller au boulot!

Manger des limaces, marcher

à pied pour économiser ton car!

Boire des fonds de café,

fumer des mégots!

Chasser le rat

ou mouiller ton doigt

pour aller

au fin fond du placard

pour avoir quelques miettes!

Tu appelles ça vivre, toi?

Mais, bon Dieu, Michel,

soit un homme

au moins une fois dans ta vie!


LOUISE frappe MICHEL.


LOUISE

Connard!


Dans les locaux vides de l'usine, les ouvrières discutent.


OUVRIÈRE3

J'ai eu un appel de Louise

et il paraît qu'il s'est

encore foiré à Bruxelles.

Le vrai, vrai patron

est à Jersey.


VOIX FÉMININE

Merde!


VOIX FÉMININE

C'est où, Jersey?


Dans la cabine d'un bateau qui avance sur l'eau, un SECOND s'approche du CAPITAINE.


SECOND

Bon, je vais les chercher.

T'inquiète pas, d'accord?


Le SECOND embrasse le CAPITAINE. Il se dirige sur le pont. Il ouvre une trappe. Plusieurs personnes se tiennent dans la cale du bateau.


SECOND

Jersey.


Dans la cale, MICHEL lève sa main. Le SECOND lui indique de sortir.


SECOND

Venez.


MICHEL et LOUISE nagent jusqu'à une rive. MICHEL porte une valise.


LOUISE et MICHEL se font sécher sur un quai.


LOUISE et MICHEL marchent sur une rue. MICHEL s'approche d'un passant.


MICHEL

(Propos en anglais)

Excuse me, sir,

Eh, Trafalgar Street.

World Fund.

World Fund, Trafalgar Street.


Le passant ignore MICHEL et continue son chemin.


MICHEL

(Propos en anglais)

Sir?


LOUISE

(Propos en anglais)

Sir?


MICHEL

(Propos en anglais)

Sir?


Dans l'entrée d'un immeuble, MICHEL et LOUISE consultent un tableau sur lequel sont écrits des noms d'entreprises.


MICHEL

Là, World Fund.


LOUISE

World Fund.


MICHEL indique une boîte postale.


MICHEL

World Fund.


LOUISE

World Fund.

Pas de sonnette?


MICHEL

Bien oui, pas de sonnette.

Je suis con.

Il y a pas de sonnette,

il y a pas de porte,

il y a pas de bureaux,

il y a personne.

On est dans un paradis fiscal.

Ça, c'est des boîtes aux

lettres, mais il y a personne.

Les vrais patrons

non plus sont pas là.


MICHEL soupire.


Un HOMME D'AFFAIRES entre et prend le courrier de la boîte du World Fund.


LOUISE

World Fund?

World Fund?


L'HOMME D'AFFAIRES ignore LOUISE. LOUISE et MICHEL sortent à la suite de l'homme qui monte dans une voiture luxueuse. LOUISE et MICHEL courent à la poursuite de la voiture.


Plus loin, la voiture luxueuse franchit les barrières d'un domaine. Un GARDE s'approche de l'HOMME D'AFFAIRES qui sort de sa voiture.


HOMME D'AFFAIRES

Bonsoir.


GARDE

Allô, bonjour.


HOMME D'AFFAIRES

Il est où?


GARDE

(Propos en anglais)

At the gym.


Le GARDE offre des couvre-pieds à l'HOMME D'AFFAIRES.


Dans une salle d'exercice, le PATRON marche sur un tapis roulant et parle dans un téléphone.


PATRON

Buy.

Sell.

Buy.

Sell.

Buy.


L'HOMME D'AFFAIRES entre et s'approche du PATRON. Il lui présente des documents que le PATRON signe.


PATRON

Buy.

Buy.

Sell.

Buy.

Sell.

Sell.

Buy.

Buy.

Buy.

Sell.

Sell.

Buy...


L'HOMME D'AFFAIRES active une commande sur le tapis roulant qui roule de plus en plus vite.


PATRON

Hé, wô!

No, not for you, for him!

Wô!

Hé,

not run! Wô!


L'HOMME D'AFFAIRES essaie sans succès de faire ralentir le tapis roulant.


PATRON

(S'adressant à l'HOMME D'AFFAIRES)

Dégage!

(Parlant au téléphone)

Sorry.

(S'adressant à l'HOMME D'AFFAIRES)

Dégage.

Tu as pas compris?


HOMME D'AFFAIRES

Demain?


PATRON

Il y a pas de demain.

Il y a plus de demain.

Tu me fais perdre

3 millions de dollars

et tu me parles de demain?

Va ouvrir un camping.


L'HOMME D'AFFAIRES sort de la pièce. Le PATRON court sur le tapis roulant.


PATRON

(Parlant au téléphone)

Sorry.

Run... Eh, no, sell.

Buy.

Buy.


Accroupis derrière un buisson, LOUISE et MICHEL observent la demeure du PATRON.


LOUISE

Qu'est-ce qu'on fait, on y va?


MICHEL

Mais bien sûr qu'on y va.

J'ai un dernier détail

à régler en ville,

et puis après,

on passe tous à l'attaque.


LOUISE

Tous? Comment ça, tous?


Dans un champ, LOUISE porte la valise de MICHEL.


Dans un bar, MICHEL parle avec STEVE, un homme âgé.


MICHEL

Non, non, ne dites rien.

C'est le larynx?

Le cancer du larynx, c'est ça?

C'est ça. Je me trompe

jamais là-dessus.

Ah puis, à vous voir comme ça,

il vous reste quoi, un mois?

Deux à tout casser.

Et encore, si vous arrêtez tout.

À quoi bon vivre comme ça?

Il faut être réaliste,

mon vieux, vous êtes cuit.


STEVE fume une cigarette.


MICHEL

Vous pouvez plus parler,

vous pouvez plus marcher...

Bientôt, vous pourrez

même plus respirer.

Et puis, vous allez vous faire

dessus, vous humilier...


Dans le champ, LOUISE ouvre le couvercle de la valise et l'attache à une corde. LOUISE se cache derrière un buisson. Un lapin entre dans la valise. LOUISE ferme le couvercle en tirant sur la corde.


Dans le bar, MICHEL parle à STEVE.


MICHEL

Vous valez mieux que ça, non?

C'est quand même mieux de mourir

avec dignité, avec panache.

J'ai une petite idée pour vous.


Une FEMME s'approche de STEVE.


FEMME

(Propos en anglais)

Steve, sound check.


STEVE se lève, s'approche d'un microphone et chante une chanson en jouant de la guitare. MICHEL sort.


Dans le champ, LOUISE mange le lapin.


Sur le bord d'une piscine à l'extérieur de sa maison luxueuse, le PATRON parle au téléphone.


PATRON

Oui, oui. Hum-hum.

Hum-hum.

Non, non, non. Moi, j'ai tout

allégé en Chine. Tout allégé.

En dessous de 15%,

je bouge plus.

Non, non, non, je reste

sur mes positions, je te dis.

Non. Non.

Non, non, je bouge plus.


REBECCA s'approche. Elle tient un bébé dans ses bras.


REBECCA

Coucou, papa.


PATRON

Excuse-moi.

(S'adressant à REBECCA)

Tu vois pas

que tu me fais chier?

(Parlant dans le téléphone)

Excuse-moi, c'est Rebecca,

je sais pas ce qu'elle a.

Depuis qu'on a adopté

la petite, merde...

Attends, son prénom,

il y a un "A" dedans...

Ah...

Ah, ça me reviendra.

Tu te rends compte,

j'ai engagé deux nounous.

Une pour le jour et une pour

la nuit, elle est débordée.

Attends, j'ai un double appel.

Je t'embrasse, ma poule,

je t'embrasse.

Tu vends tout,

tu vends tout, putain.

La Pologne, c'est pourri.

Tout le monde

est au Viêt Nam maintenant.

Salut.


À distance, MICHEL et LOUISE observent la demeure du PATRON.


MICHEL

Je le sens pas.

Je le sens pas, Louise, ça.

Il faut être très professionnel.

On aurait dû venir avant:

repérer l'endroit,

(Propos en anglais)

side by side...


LOUISE

Ah, allez.


LOUISE s'avance vers la demeure.


MICHEL

Les occupants,

(Propos en anglais)

body by body...

(Propos en français)

Il faut effacer les traces

d'ADN... C'est pas prévu.

Il faut aussi préparer

la fuite, il faut...

(En appelant)

Louise.

Louise!

Louise!


LOUISE se tient devant une affiche sur laquelle est écrit en anglais : « Privé, n'entrez pas ». Le GARDE s'approche d'elle.


GARDE

(Propos en anglais)

Can't you read?

(Propos en français)

Vous savez pas lire?

Vous ne savez pas lire?


LOUISE dirige un pistolet vers le GARDE et fait feu. L'homme s'écroule. LOUISE tire sur un homme qui tond la pelouse. Elle se dirige vers la maison. LOUISE tue une gardienne, un enfant et un homme.


Sur le bord de la piscine, le PATRON parle au téléphone.


PATRON

Viens à Jersey, je te dis.

Il y a que 2% sur les bénéfices,

tu trouveras pas mieux.

Les îles Sandwich, les îles

Sandwich, d'accord,

mais tu as pas intérêt

à avoir un AVC, là-bas.

Moi, je suis à une heure

d'hélico de Londres.

Je commande tout sur internet

et ils me livrent

dans moins de 24 heures.


LOUISE s'approche du PATRON.


PATRON

Justement, voilà un coursier,

je te rappelle.

(S'adressant à LOUISE)

C'est pour quoi exactement?


LOUISE

Nin-Nin International,

ça vous dit quelque chose?


PATRON

Non.


LOUISE

Une usine en Picardie.


Le PATRON rit. MICHEL rejoint LOUISE.


PATRON

(Riant)

Une usine en Picardie.

Ça fait au moins deux ans qu'il

y a plus d'usines en France.


MICHEL prend le pistolet des mains de LOUISE et tire sur le PATRON.


LOUISE

Bravo, Cathy!


MICHEL

Pas de quoi, Jean-Pierre.


Dans le salon de la demeure du PATRON, MICHEL fait des pas de claquettes.


LOUISE

Oui, c'est pas mal.

Oui, c'est pas mal...

Je savais pas que tu savais

faire des claquettes, moi.


MICHEL

Si, j'ai appris

chez Mme Chaumont.


LOUISE

Ah oui, oui.


MICHEL fait de la claquette.


LOUISE

Oui! Haha!


LOUISE et MICHEL dansent.


LOUISE

Hé! Ha, ha, ha!

Hé! Ha, ha, ha!

Vas-y, Cathy!

Hé!

Hé!


Un policier en combinaison s'approche de la fenêtre du salon. On entend une voix qui communique par radio.


VOIX MASCULINE

(Propos en anglais)

Five bodies down in the garden.

The target is apparently

totally drunk.

Two subjects totally drunk.

One male, one female. One gun.

Move in, number 3.

Targets dancing, not very well.


Un policier entre dans le salon. LOUISE et MICHEL dansent joyeusement. Ils s'enlacent sur un fauteuil. Des policiers cernent la pièce.


Texte narratif :
Quelques mois plus tard


Dans une prison, un ABBÉ marche dans un corridor.


VOIX MASCULINE

Dépêchez-vous, l'abbé,

il y en a plus pour longtemps.


Une prisonnière crie de douleur. L'ABBÉ s'assoit sur un siège.


ABBÉ

Merde alors!

J'en ai marre d'attendre!

Moi aussi, je veux voir!


L'ABBÉ regarde dans la pièce d'où proviennent les cris. Sur un lit, MICHEL est en train d'accoucher avec l'aide d'une médecin.


MÉDECIN

Allez-y, madame, on pousse,

on pousse!

C'est la fin, c'est bon,

c'est bon, je vois la tête.

Allez, on pousse, on pousse,

on pousse, on pousse.

Je vois la tête... Génial!

Encore une fois, plus fort.

Oui, super, le voilà.

Très bien. Bravo, madame, super.


Les ouvrières sont réunies devant une cabine téléphonique. L'OUVRIÈRE4 parle dans un téléphone.


OUVRIÈRE6

Oui, c'est bien.


OUVRIÈRE4

Dis, c'est une fille

ou un garçon?


Dans la prison, l'ABBÉ parle dans un téléphone.


ABBÉ

Une fille ou un garçon?

Bien ça, c'est les patrons

qui décideront.


MICHEL prend son bébé dans ses bras. LOUISE caresse MICHEL et le bébé.


Citation : Maintenant que nous savons Que les riches sont des larrons, Si notre père, notre mère N'en peuvent purger la terre, Nous, quand nous aurons grandi, Nous en ferons du hachis - Louise

-Michel


Générique de fermeture


Dans le local vide de l'usine, les ouvrières discutent.


OUVRIÈRE3

À Jersey, pareil.

C'était pas encore le bon.

Le vrai, vrai, vrai patron,

c'est un fonds de pension

en Floride.


OUVRIÈRE4

Qu'est-ce qu'on fait,

on continue?


OUVRIÈRE5

Bien sûr qu'on continue!


OUVRIÈRE3

Moi, j'ai peut-être

une solution.

J'ai un cousin serbe.

Il a fait la guerre,

Srebrenica, tout ça.


OUVRIÈRE6

Impeccable.


Dans un restaurant, trois ouvrières discutent avec le COUSIN SERBE.


OUVRIÈRE4

Tu parles un peu français?


Le COUSIN SERBE ne répond pas.


OUVRIÈRE3

Euh... On t'a fait venir ici

pour le boulot.

On te donnera les détails

tout à l'heure.

Mais...

Et l'argent,

on en parlera après.


OUVRIÈRE4

Oui, parce que l'usine

est fermée,

le patron a foutu le camp.

Pchit! Comme ça.


Le COUSIN SERBE fait mine d'attraper une mouche en vol.


OUVRIÈRE4

Et alors, on a payé quelqu'un

pour le tuer,

mais c'était pas le bon.

Tu comprends?


Le COUSIN SERBE frappe dans sa main en acquiesçant.


OUVRIÈRE4

Alors, on a cru

qu'il était à Bruxelles,

eh bien, c'était pas

le bon non plus.

Mais maintenant, on est

à la recherche du vrai.

Et alors là, on compte sur toi.


Le COUSIN SERBE se lève et se frappe la tête contre un mur. Il s'effondre.


OUVRIÈRE3

Je sais pas.


OUVRIÈRE4

Non, on peut pas.

Non, on va pas le prendre.

Bon, je crois

qu'on va le faire nous-mêmes.

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