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Video transcript

An Impudent Girl

Thirteen-year-old Charlotte says she´s ready to grow up; she knows what she doesn´t want to be anymore, but now she must decide what path her life will take. Six-year-old neighbour Lulu´s attentions drive Charlotte crazy, and she is fascinated by Clara Bauman, a child prodigy and piano virtuoso the same age as Charlotte.



Réalisateur: Claude Miller
Acteurs: Charlotte Gainsbourg, Bernadette Lafont, Clothilde Baudon
Production year: 1985

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Début générique d'ouverture


Dédicace : Pour Olga et Léon Miller


Le mécanisme d'un ancien juke-box cherche un disque. Le disque de format 45 tours est placé sur la platine et commence à jouer la chanson «Sara perché ti amo» de Richi e Poveri.


Fin générique d'ouverture


Un professeur de gymnastique, MONSIEUR GAZIER, donne un coup de sifflet près des gradins d'une piscine extérieure.


MONSIEUR GAZIER

Hop!


Les plongeurs et plongeuses plongent du haut du trois mètres, à la file indienne.


MONSIEUR GAZIER

(Donnant du sifflet)

Hop!


CHARLOTTE CASTANG, une adolescente fait la file. Elle tient ses bras levés sur sa poitrine, comme si elle avait peur ou froid.


MONSIEUR GAZIER

(Donnant du sifflet)

Hop!


CHARLOTTE voit son tour arriver. Elle a peur.


MONSIEUR GAZIER

(Donnant du sifflet)

Hop!


CHARLOTTE monte l'échelle qui mène au tremplin de trois mètres.


MONSIEUR GAZIER

(Donnant du sifflet)

Hop!


CHARLOTTE avance sur le tremplin.


MONSIEUR GAZIER

Bien.

(Donnant du sifflet)

Hop!


Le plongeur qui précède CHARLOTTE plonge. C'est maintenant son tour de plonger.


MONSIEUR GAZIER

(Donnant du sifflet)

Hop!


CHARLOTTE ne bouge pas.


MONSIEUR GAZIER

(Donnant du sifflet)

Hop!

Respire bien. Décontracte-toi.

(Pliant légèrement les genoux)

Les genoux comme ceci.

Tu respires bien, décontractée.

(Montrant ses genoux)

Bien pliés ici, hein. Comme moi.

(Mimant de plonger)

Et hop! Tu plonges.


CHEVALIER

Allez, Charlotte,

te dégonfles pas!


Les autres élèves rigolent derrière.


MONSIEUR GAZIER

Assez, Chevalier!

Bon, on a assez rigolé.

Tu plonges

ou je viens te chercher?


Les rires des élèves traumatisent encore plus CHARLOTTE qui reste au bout du tremplin sans broncher.


MONSIEUR GAZIER

Mais plie! Plie les genoux!

Je compte jusqu'à trois. 1, 2...


CHARLOTTE se cache le visage avec ses mains et saute à l'eau les pieds devant. Puis, elle surgit de l'eau et nage jusqu'au bord de la piscine.


MONSIEUR GAZIER

Doucement. Ne t'énerve pas.

Respire bien. Donne-moi la main.

Là, allez. Hop! Allez!


CHARLOTTE sort avec l'aide de monsieur GAZIER, mais elle s'érafle la jambe au passage.


CHARLOTTE

Aïe!


MONSIEUR GAZIER

Ah là là! Qu'est-ce qu'on

s'est fait?


L'ENTRAÎNEUR regarde la jambe de CHARLOTTE.


MONSIEUR GAZIER

C'est rien, ça. C'est un petit

bobo de rien du tout.


CHARLOTTE traverse la ligne d'élèves qui attendent leur tour au tremplin. Ceux-ci crient et huent CHARLOTTE quand elle passe pour sortir de l'enceinte de la piscine.


MONSIEUR GAZIER

Les enfants, les enfants,

on se tait! On se tait!

Allez, on continue.

Tu avances, tu te mets

en position, s'il te plaît.

(Donnant du sifflet)

Allez hop!


CHARLOTTE est toute recroquevillée dans les vestiaires. Au loin, on entend l'entraîneur qui continue l'exercice de plongée avec les autres.


Une jeune femme nue sort des douches en se séchant. Elle aperçoit CHARLOTTE dans les vestiaires et s'approche.


FEMME DU VESTIAIRE

Qu'est-ce qu'il y a

qui va pas?

Tu t'es fait mal?


CHARLOTTE

C'est rien. C'est pas grave.


FEMME DU VESTIAIRE

Je te connais, toi.

Je t'es pas entraînée au tennis

l'année dernière?


CHARLOTTE

Si.


FEMME DU VESTIAIRE

C'est comment ton nom?


CHARLOTTE

Castang, Charlotte Castang.


FEMME DU VESTIAIRE

Tu étais bonne, je crois.

Pourquoi tu ne viens plus?

Tu es membre d'un autre club?


CHARLOTTE

Non.

Je suis membre

de rien cette année.

Je sais pas. Cette année,

ça me dit rien.

Peut-être que j'ai pas envie

de voir les autres.


FEMME DU VESTIAIRE

Tu pars pas en vacances?


CHARLOTTE

Si. Le mois prochain

dans le Doubs avec mon père.


FEMME DU VESTIAIRE

Et ta mère? Elle a pas droit

à des vacances, elle?


CHARLOTTE

Elle est morte, ma mère.

Ah, mais c'est rien.

C'est pas grave.

C'était il y a longtemps.

Elle est morte

quand je suis née.


Dans l'auditorium de l'école, les élèves écoutent un concert diffusé sur un écran de téléviseur au milieu de la scène. Pendant ce temps, CHARLOTTE sort de l'infirmerie de l'école.


INFIRMIÈRE DE L'ÉCOLE

C'est rien, mais tu changeras

ton pansement deux fois par jour.


CHARLOTTE se dirige vers la sortie. Elle a un pansement sur le genou. Elle regarde par la fenêtre de la porte de l'auditorium et porte une attention particulière aux images du concert diffusé sur le petit écran. Quelques personnes dans l'assistance remarquent la présence de CHARLOTTE derrière la vitre. Un homme se lève. CHARLOTTE s'éloigne en voyant que l'homme vient vers elle.


PROFESSEUR

Et alors, tu veux rentrer?


CHARLOTTE

Je peux pas, j'ai sport.


PROFESSEUR

T'es dans quelle classe?


CHARLOTTE

5e B.


PROFESSEUR

Allez, viens.

C'est qui, ton prof de gym?


CHARLOTTE

Monsieur Gazier.


PROFESSEUR

Tu expliqueras à Monsieur Gazier.

Un dernier jour avant les

vacances, c'est pas bien grave.


Le PROFESSEUR entraîne CHARLOTTE dans l'auditorium. Elle va s'asseoir et écoute le concert. Sur l'écran une jeune fille, CLARA, joue au piano avec l'orchestre. Elle porte une robe de bal rouge. CLARA regarde vers le public. On dirait qu'elle peut voir CHARLOTTE dans son auditorium. CHARLOTTE regarde sur le siège près d'elle et voit des programmes. Sur la couverture, il est écrit: «Musique en Dauphiné, Clara Baumann, récital, deuxième concerto pour piano de Mendelssohn». Une photo de CLARA fait la moitié de la page couverture.


Plus tard, CHARLOTTE est endormie dans son lit. Elle a la tête sur un cahier. Elle est en sueur. Le feuillet annonçant le concert de CLARA est resté sur l'édredon.


JACKY, le frère de CHARLOTTE, entre en trombe dans la chambre de CHARLOTTE.


JACKY

Qu'est-ce que t'as foutu

de ma raquette?


CHARLOTTE

J'aime pas que tu entres

comme ça. Qu'est-ce que tu veux?


JACKY

Récupérer ma raquette.

Qu'est-ce que t'en as foutu?


JEAN cherche dans la chambre.


CHARLOTTE

Fouille pas,

je l'ai oubliée à l'école.

Je te la ramènerai demain.


JACKY

Ce que tu peux être chiante.

T'as intérêt à pas oublier.

Je pars dans trois jours, moi.


JACKY trouve un cahier.


JACKY

C'est quoi, ça?

Tes oeuvres complètes?


CHARLOTTE

Laisse ça.


JACKY

C'est ta pièce de théâtre.


CHARLOTTE

Ouais, mais touche pas à ça.


JACKY

(Lisant quelques lignes)

Commandant Cousteau.

Il y a le commandant Cousteau

dans ta pièce de théâtre?

Qu'est-ce que c'est

que ces conneries?


CHARLOTTE

Qu'est-ce que

ça peut te foutre?


JACKY

Ah, c'est une pièce de théâtre

avec le commandant Cousteau.

Il meurt frigorifié

dans un iceberg. Super.

Qu'est-ce que t'as à dormir

l'après-midi maintenant?


CHARLOTTE

J'avais chaud.

Hé, t'as déjà entendu parler

de Clara Bauman, toi?


JACKY

Non.


CHARLOTTE

Bien, c'est une pianiste. Elle

est célèbre et elle a mon âge.


JEAN

Ah bon. «Formidouble».

Oublie pas ma raquette.


Devant la grille d'entrée, une affiche indique «A. CASTANG outillage et décolletage». ANTOINE CASTANG, le père de CHARLOTTE travaille dans son atelier devant la maison.


Dans la maison, LÉONE coiffe CHARLOTTE avant une sortie.


CHARLOTTE

Encore un jour.


LÉONE

Un jour de quoi?

Finis tes phrases.

Tu finis jamais tes phrases.


CHARLOTTE

Bien, un jour d'école.


LÉONE

Un jour d'école, c'est vite passé.


CHARLOTTE

On voit bien

que c'est pas toi qui y vas.


LÉONE

Et puis, le dernier jour,

c'est pas vraiment l'école.

Ils ont pas dit

qu'ils feraient une fête?


CHARLOTTE

Oui, mais leur fête,

c'est toujours raté.

T'as vu ce qu'elle a écrit,

cette vache-là?


CHARLOTTE prend une feuille sur la table, parmi les restes du dîner. JACKY se sert un plateau de nourriture.


CHARLOTTE

(Lisant)

Intervention orale

déconcertante,

voire insaisissable...


LÉONE

Ah, mais arrête de gigoter.


CHARLOTTE

(Lisant)

... voire insaisissable

ou dépourvue d'intérêt.

En 4e, Charlotte

devrait modérer

son comportement fantasque.

(Commentant)

Comportement fantasque?

Mais elle est complètement

défoncée cette pauvre femme.

De toute façon,

j'en ai rien à cirer.


LÉONE

Si tu bouges tout le temps,

j'arriverai jamais.


CHARLOTTE

T'es sûre que c'est comme ça?


LÉONE

Qu'est-ce que t'as ce soir?

T'as avalé un sac de puces?


JACKY

C'est la croissance.

Elle a grandi de neuf centimètres

en dix mois.

Je sais pas

si tu te rends compte.

Attends. Voilà, si tu continues,

à 18 ans, tu mesureras

exactement 2,25 mètres.

2,25 mètres.

Tu sais ce que c'est qu'une

fille qui mesure 2,25 mètres?

Phénomène de cirque.

Tu seras un phénomène de cirque.


CHARLOTTE

Pauvre type, va. Je te plains.


ANTOINE entre dans la maison.


ANTOINE

Bon, alors, je mange pas, moi?

(S'adressant à CHARLOTTE)

C'est quoi que t'as sur la tête?

Une crotte de chien?


CHARLOTTE

Une natte.


ANTOINE

Ah... Quand vous aurez fini,

vous m'en ferez une aussi.

Hein, Léone?


CHARLOTTE regarde avec un miroir l'allure de sa natte.


CHARLOTTE

Mais c'est pas comme ça!

Tu me dis que tu sais

et puis, tu sais pas!

Je suis sûre que c'est pas

comme ça! C'est pas croyable!

On peut rien demander

à personne dans cette maison.

On peut rien avoir de bien,

on peut rien avoir de beau.

Je me demande comment

vous pouvez vivre ici.

Tout est moche, ici!

Tout est petit!

C'est petit, c'est moche

et c'est tout! Salut!


CHARLOTTE sort de la maison. ANTOINE et LÉONE sont étonnés de la réaction de CHARLOTTE. ANTOINE va voir JACKY au salon.


ANTOINE

T'as pas fini d'embêter

ta soeur, hein, Jacky?


JACKY ne répond pas. Il met le son de la télévision avec la télécommande.


CHARLOTTE est assise par terre, dans le jardin devant la maison. Elle défait ses cheveux. ANTOINE sort. ANTOINE entre dans l'atelier de son père, elle allume une lampe.


ANTOINE

T'oublieras pas

d'éteindre, hein?

Parce que c'est moi

qui douille et ça fait mal.


CHARLOTTE démarre une perceuse et commence à faire des trous dans des plaques de métal.


Il fait nuit. ANTOINE entre dans son établi et éteint la lumière. LÉONE prend son vélo et embrasse ANTOINE au passage.


LÉONE

Allez, bonne nuit, petit.


ANTOINE

Bonne nuit, Léone.

(Soupirant)

Bon.


CHARLOTTE marche dans un jardin. Des chaises et une table sont à l'abandon. Plus loin, il y a une vieille balançoire. Sur un arbre, un écriteau annonce le «Bar des amis». LULU, une fillette, est assise à une autre table.


CHARLOTTE

Mais qu'est-ce que tu fais là?


LULU

Ma maman, elle a dit

que je couche chez toi ce soir.


CHARLOTTE

Elle est de garde

à la clinique?


LULU

Oui, exactement.

Elle est partie en trombe.

J'ai pris tous mes médicaments.


CHARLOTTE

Pourquoi t'es pas

venue directement?


LULU

J'ai eu les jetons.


CHARLOTTE

(Prenant la main de LULU)

Il faut pas passer

par le jardin

si t'as peur du noir.

Passe par la rue.


LULU

Oui, mais j'aime mieux passer

par le jardin, ça sent bon.


ANTOINE sort dans le jardin.


ANTOINE

Ah, tu es là, Charlotte.

Il faut venir te coucher, ma fille.


CHARLOTTE

Lulu dort à la maison.


LULU

Maman est partie en trombe.


CHARLOTTE et LULU entrent dans la maison. ANTOINE les suit.


Dans la chambre de CHARLOTTE, LULU prépare seule ses médicaments avant d'aller dormir.


CHARLOTTE

L'infirmière, elle a dit

qu'elle avait jamais vu

un sang aussi rouge

et aussi beau que le mien.

Elle a dit que

quand j'aurai 18 ans,

je devrai en donner

pour les hôpitaux.


LULU

Non, garde-le ton sang.

Faut pas le donner

pour les hôpitaux.


LULU boit un mélange d'eau et de médicaments liquide.


LULU

Ark!


CHARLOTTE

Pourquoi tu prends ça

si c'est mauvais?

Fous-moi ça en l'air.


LULU

Ça va pas, non?

C'est pour ma maladie.


LULU regarde par la fenêtre. Dehors, il y a une fête au «Roule-Roule». Des jeunes arrivent en patins à roulettes.


LULU

Il y a plein de monde

au Roule Roule.


CHARLOTTE

Je m'en fous.


LULU

Il y a peut-être tes copines.

Oh, il y a Caroline Stefanini!


CHARLOTTE

Mais je m'en fous!

(mot_etranger=EN)

Shut up![/mot_etranger]

Parle jamais de cette tordue

devant moi.


LULU

Il y a des filles

et des garçons

qui s'embrassent sur la bouche.


CHARLOTTE lève la tête puis se rabat.


CHARLOTTE

Que ça me dégoûte, ce patelin.

Je vais me casser.


LULU

Pourquoi t'y vas pas, toi,

au Roule Roule?


CHARLOTTE

Ça me ferait mal.

De toute façon,

j'ai rien à leur dire.

Je leur plais pas, il paraît

que je suis trop moche.


LULU

C'est pas vrai,

t'es pas moche, t'es belle.


CHARLOTTE

Elles pensent qu'à

se maquiller, ces vaches-là.


LULU

Tu es très, très, très jolie.

Tu sens très bon.


CHARLOTTE

Mais non, c'est ça

qui sent bon. C'est pas moi.


CHARLOTTE montre une bouteille de parfum.


LULU

Si, c'est toi.


CHARLOTTE

C'est du «Blue Moon».

J'aime bien, c'est rafraîchissant.

T'en veux?


LULU

Ouais.


LULU lève sa camisole et CHARLOTTE lui met un peu de parfum sur le ventre.


LULU

Je te remercie beaucoup.


Le matin se lève sur le jardin. ANTOINE appelle depuis la maison.


ANTOINE

Oh, Charlotte, où que t'es?


LULU et CHARLOTTE sont assises le long de la remise dehors.


ANTOINE

(Sortant de la maison)

Hé, Charlot.


CHARLOTTE

Je veux pas

que tu m'appelles comme ça.


ANTOINE

Quand on t'appelle Charlotte,

tu réponds pas.

Puisque je dois arranger le

rangement, pendant ce temps-là,

tu vas me livrer ça chez Fernat.


ANTOINE tend un sachet à CHARLOTTE.


ANTOINE

Et pendant que tu y seras,

il y a la facture,

tu le feras raquer.

Oui, les sous. Il faut

qu'il les allonge.

Tu comprends?


LULU

Moi aussi, je peux

y aller chez Fernat?


ANTOINE

Oui, c'est ça, allez-y

toutes les deux.

Ça va l'impressionner.


CHARLOTTE et LULU marchent ensemble vers la ville.


CHARLOTTE

Comment tu trouves, toi,

ici la ville?

Le lac, tout ça,

c'est beau, non?


LULU

L'autre jour, t'as dit

que c'était moche,

que tu voulais partir.

Il faut choisir dans la vie.


Un jeune homme avance vers CHARLOTTE et LULU. Il porte des bouteilles d'orangeade gazeuse. Il dépose les bouteilles et serre la main de CHARLOTTE.


PIERRE-ALAIN

Ça va, toi?

(Se tournant vers LULU)

Enchanté. Pierre-Alain Galabert.


LULU

Lulu.


PIERRE-ALAIN

(S'adressant à CHARLOTTE)

Ça va comme tu veux?

On te croyait morte.


CHARLOTTE

Ah oui? Pourquoi?


PIERRE-ALAIN

Bien, t'as

complètement disparu

de la circulation

depuis la fin de l'école.

On ne te voit plus.

Tu sais ce qu'elle dit,

Rose-Marie Salachas?

Elle dit que c'est parce qu'on

est pas assez bien pour toi.

Au fait, tu vas à la boum

de Marion cet aprèm?


CHARLOTTE

Sûrement pas.


PIERRE-ALAIN

Oui, moi non plus, en général,

je suis pas très boum,

mais là, je me suis laissé tenter.


CHARLOTTE

Bien, chacun ses goûts,

mon vieux.


LULU frappe PIERRE-ALAIN avec le sachet qu'elle tient.


PIERRE-ALAIN

Bon, je m'attarde pas.

On se téléphone, hein. Salut.


PIERRE-ALAIN reprend ses bouteilles et continue son chemin.


LULU

Je l'aime pas.


CHARLOTTE

Oui, t'as raison.

Il arrête pas de raconter

des saloperies sur moi,

ce gros naze.


LULU

Oh!


CHARLOTTE

Mais ça va pas se passer

comme ça, moi, je te le dis.

C'est un vrai dégueulasse.

L'autre jour, je l'ai filé

à un de ses aller-retour.


LULU

Qu'est-ce qu'il faisait,

ce gros dégueulasse?


CHARLOTTE

T'as pas fini

de me poser des questions?

J'en ai ras le bol, moi,

de répondre à tes questions.

À partir de maintenant,

je ne réponds plus.

Si tu sais pas,

tu sais pas. Tant pis.


LULU

Qu'est-ce que je fais alors?


CHARLOTTE

Bien, tu te débrouilles.

Il y a un moment, dans la vie,

on ne pose plus de questions.

C'est tout.


Plus tard, CHARLOTTE est dans un parc. Elle tient les yeux fermés et compte à voix haute.


CHARLOTTE

46... 47...

48... 49... 50.


LULU est suspendue par les bras à une branche d'arbre.


LULU

Je peux arrêter? Ça fait mal.


CHARLOTTE

Tu tiens pas longtemps, hein?


LULU

Je suis petite.


CHARLOTTE

Oh, «Je suis petite.»

T'as trouvé ça toute seule?

Bon, allez, j'ai pas

que ça à faire, moi.


CHARLOTTE tend le sachet qu'elle n'a pas encore livré à LULU et reprend la route. Devant une brocante à ciel ouvert, CHARLOTTE regarde une gravure ancienne. Sur une table sont aussi étalés des livres.


LULU

Tu dis que

t'as pas que ça à faire,

tu t'arrêtes tout le temps.


CHARLOTTE

Oui, bien laisse-moi regarder.

J'aime bien ça, la brocante.


LULU

Bien, t'es pas

difficile, hein.


Une voiture cabriolet passe près de CHARLOTTE et LULU. Au volant de la voiture, c'est SAM, l'impresario de CLARA. Sur le siège du passager, CLARA est assise sagement.


SAM

Mademoiselle. Mademoiselle.


CHARLOTTE se retourne et reconnaît CLARA.


SAM

Nous sommes perdus.

Nous cherchons

le tourneur sur métaux Fernat.

Ça vous dit quelque chose?


CHARLOTTE

Oui, c'est là que je vais.

(Se tournant vers CLARA)

Ah! C'est là qu'elle va.

C'est épatant.


CLARA

Ça vous ennuierait pas

de nous y conduire?


CLARA sourit à CHARLOTTE qui est charmée.


CHARLOTTE

C'est juste là,

au bout de la rue.


CHARLOTTE et LULU marchent devant la voiture qui les suit tranquillement.


Dans l'atelier de Fernat, CHARLOTTE se fait payer la facture pour son père. Au loin, elle observe CLARA qui explique une réparation à faire sur son banc de piano. Une sonnerie résonne. Il est midi. Tous les employés s'arrêtent pour le déjeuner. Les employés de l'atelier de soudure s'arrêtent et se dirigent vers la sortie.


EMPLOYÉ

On va bouffer au Perroquet?


AUTRE EMPLOYÉ

Oui, si tu veux.


JEAN, qui s'occupe de servir CLARA et SAM reste un peu avec CLARA.


CLARA

Il me le faut absolument

pour demain.

Vous croyez que c'est possible?


SAM

Ah oui! Il faut que

ce le soit. Nous recevons.

Clara joue pour ses amis,

un mini concert.

Et sans tabouret, mon vieux,

il y a pas de piano.


JEAN

Bien d'accord, je vais

vous le livrer demain.


SAM et CLARA se dirigent vers la sortie.


JEAN

Ça va? Vous me laissez

votre adresse?


CLARA

Où est-ce qu'on habite déjà?


SAM

Bien, nous avons loué

près du lac.


JEAN

Euh, près du lac, mais le...


SAM

Ah oui! 1, avenue du Lac.

Oui, c'est plus facile à retenir

que les «Psaumes de César Franck».


SAM et CLARA passent devant CHARLOTTE. CLARA s'arrête.


CLARA

Merci.


CHARLOTTE

C'est rien.


CLARA

C'est comment, votre prénom?

Charlotte.


CLARA

Oh, tu te souviens,

Sam? À Baden,

on avait une habilleuse

qui s'appelait Charlotte.


SAM

Ah oui, c'est vrai.


CLARA

Moi, c'est Clara.

On était perdu,

on ne savait plus quoi faire.

Merci, Charlotte, vraiment.


CLARA embrasse CHARLOTTE.


À l'extérieur, LULU attend debout sur la banquette avant de la voiture cabriolet. SAM ouvre la portière et soulève LULU pour la faire descendre. CLARA prend place dans la voiture et SAM démarre. CHARLOTTE et LULU suivent la voiture.


LULU

Au revoir! Au revoir!


JEAN sort de l'atelier en poussant un chariot. Il dévisage CHARLOTTE en retournant vers l'atelier avec un meuble qu'il vient d'embarquer.


LULU

T'as vu sa figure?

On dirait qu'il est en colère.


CHARLOTTE

Ça doit être sa mère.

Quand elle était enceinte,

elle a dû penser à du sang.


CHARLOTTE et LULU courent ensemble pour rentrer.


Le soir, à la maison, ANTOINE sort à la fenêtre du deuxième étage. Des voix proviennent du jardin.


JACKY ET SES AMIS

Fais gaffe.

Il manque pas trop

de sardines à l'intérieur?

Et les tendeurs?


ANTOINE

(Se penchant sur le jardin)

Bon, bien on se couche pas

trop tard, hein?


JACKY prend sa barre de planche à voile et l'embarque sur le toit d'un camping-car. Ses amis sont en train de finir de monter les bagages et les vélos. LÉONE est sur le balcon, elle observe la scène. CHARLOTTE, elle est assise sur un banc, un peu boudeuse.


LÉONE

Bien toi aussi, un jour,

tu partiras en vacances

avec tes copains.

Ça t'arrivera.

Tu sais, les choses, elles

finissent toujours par arriver.


CHARLOTTE

Quelles choses?

Mais quelles choses?


LÉONE

Les choses!


CHARLOTTE

Ah, s'il y a bien quelque

chose qui me gonfle,

c'est quand quelqu'un

commence à parler,

puis après, qui s'arrête.

Là, c'est vraiment lourd,

tu vois?


JACKY embrasse une fille qui vient d'arriver.


CHARLOTTE

Remarque, je m'en fiche.

Crois pas que ça

m'intéresse tant que ça.

Bien tiens, tu devineras jamais

qui j'ai rencontré ce matin.


LÉONE

Non, mais tu vas me le dire.


CHARLOTTE

Tu sais pas qui c'est,

toi, Clara Bauman.


LÉONE

Si, parfaitement,

mademoiselle,

que je le sais.

Clara Bauman,

c'est une pianiste prodige.

Elle a 13 ans et elle vient

donner un concert dimanche.


CHARLOTTE

D'accord, t'as lu

les affiches.

Elle a mon âge,

tu te rends compte?

Bien, figure-toi que ce matin,

je vais chez Fernat avec Lulu

et qui je vois dans une voiture

super qui va chez Fernat aussi?


LÉONE

Clara Bauman.


CHARLOTTE

Ouais. Elle était avec

un type de sa troupe.

Alors, attends,

écoute le plus dingue:

elle aussi, elle allait chez Fernat

pour faire réparer

son siège de piano.


LÉONE

Et alors?


CHARLOTTE

Bien quoi, «Et alors?»

Je sais pas ce qu'il te faut.

Tu trouves pas ça dingue?

Elle a loué avenue du Lac.

Remarque, ça m'étonne pas

qu'elle ait loué avenue du Lac,

c'est ce qu'il y a de plus beau.


LÉONE

Mais qu'est-ce

qu'elle t'a dit?


CHARLOTTE

Oh, rien, des trucs.

On a fait connaissance.

Je crois que je lui ai fait

une très bonne impression.


LÉONE sourit tendrement.


CHARLOTTE reprend son air triste. Les amis de JACKY partent avec l’autocaravane. JACKY les regarde partir.


JACKY

Et puis demain,

c'est les vacances!


JACKY rentre dans la cour en sifflant. Il pisse le long de la clôture.


CHARLOTTE

Je trouve ça dégoûtant

de pisser dans le jardin.


JACKY

Ah bon.


CHARLOTTE

En tout cas, quand Béatrice

est là, tu le fais pas.


JACKY

Ah, ça, oui.

J'attends qu'elle soit partie.


CHARLOTTE

Qu'est-ce que tu dirais

si je pissais dans le jardin

sous ton nez? Ça te plairait?


JACKY

Je m'en foutrais complètement.

Par contre, il y a un truc qui me gène.


CHARLOTTE

Quoi?


JACKY

C'est quand tu te grattes

le cul devant tout le monde.


CHARLOTTE

Ça, c'est vraiment dégueulasse

ce que tu viens de dire.

Et ça m'étonne pas de toi!


JACKY

T'attaques, j'attaque.

Normal, ma vieille.


CHARLOTTE

Grand con, va!


LULU arrive avec son sachet de médicaments.


LULU

Charlotte!


CHARLOTTE

Lulu...

Ta mère est de garde ce soir?

Je te demande si ta mère est

de garde à la clinique ce soir!


LULU

Non, elle est pas de garde

ce soir à la clinique.


LÉONE a pris son vélo, elle s'apprête à partir.


LÉONE

Charlotte, sois gentille.


CHARLOTTE

Oui, alors non, ras-le-bol!

J'avais bien prévenu,

j'ai pris personne en traite.

J'avais bien dit

que si on était pas obligé,

parce que sa mère était

de garde à la clinique,

moi, je la fous dehors!

Je peux pas dormir avec elle.

Elle arrête pas de me causer

toute la nuit

de ses médicaments, ses bidules.


LULU

C'est pas vrai. C'est elle

qui me cause toute la nuit.


CHARLOTTE

Et puis, elle sent mauvais,

elle se lave jamais.


LULU

Si, je me lave.

C'est pas vrai!


CHARLOTTE

Si, c'est vrai! Tu pues,

je te dis! Tu sens la moule!


JACKY

(Criant depuis la cuisine)

Ah, Charlotte, arrête, merde!

Ça me fait chier, les filles

qui parlent mal, merde!


LULU

Je vais le dire à ma mère

que tu m'as dit

que je puais les moules.


LULU s'en retourne.


CHARLOTTE

Bien, c'est ça, rentre chez

toi. Je ne veux plus te voir.


LÉONE reste là à regarder CHARLOTTE d'un air désolé.


CHARLOTTE

Me regarde pas comme ça,

tu vas m'user.


LÉONE

Des mauvaises comme toi, j'en

ai pas vu des paquets, hein.

Des mauvaises et des jalouses.

Jalouse parce que ton frère

a bien organisé ses vacances.

Jalouse de la joueuse de piano.


CHARLOTTE

Mais je peux pas être jalouse

de Clara Bauman,

je l'aime, Clara Bauman.


LÉONE

Mais si, tu es jalouse.

Mais va, va te regarder

dans une glace.

Et qu'est-ce que tu verras?

Une jalouse!


CHARLOTTE

Ah, mais tu m'énerves!

Va-t'en.

Laisse-moi réfléchir.


LÉON s'en va.


CHARLOTTE et JACKY regardent le bulletin de nouvelles à la télé. Deux fillettes tentent de se réfugier sur le bord d'un mur.


VOIX DE L'ANNONCEUR TÉLÉ

Regardez bien ces images.

Il y a quelques instants,

une bombe vient d'exploser

dans cette école maternelle.

L'engin meurtrier va causer

la mort de 12 personnes,

dont six enfants.


Des gens sortent de l'école avec des enfants blessés dans leurs bras.


VOIX DE L'ANNONCEUR TÉLÉ

L'attentat n'a pas

encore été revendiqué.


CHARLOTTE

Quels salauds.


JACKY

Tu les connais, toi, ces mecs?

Tu sais pourquoi

ils ont fait ça?


CHARLOTTE

Bien non.


JACKY

Alors?


Les images de la télé montrent des gens qui crient en sortant d'une école.


CHARLOTTE

Tu trouves ça bien, toi, de

lancer des bombes sur les gens?


JACKY

Je trouve ça ni bien ni mal.

Ça dépend pourquoi

on s'en sert, ma vieille.


CHARLOTTE

Ça se discute.


JACKY

Bon, laisse-moi regarder

ou va-t'en.


CHARLOTTE

Bon, je m'en vais.


JACKY

Et tu reviendras quand t'auras

quelque chose d'intelligent

à dire sur la question.


CHARLOTTE marche dans la rue. LULU marche en équilibre sur un muret de béton.


CHARLOTTE

Ça va comme tu veux?


LULU

Pas mal et toi?


CHARLOTTE

Tu veux venir dormir

à la maison?


LULU

Oh, ça non.

Je ne suis pas très en forme.

Puis, ma maman, elle a dit

que si je continue

à m'énerver contre toi,

ça irait mal.

Alors, je me garde toute seule.


CHARLOTTE

Bien, tant pis.

J'avais plein de trucs super

à te raconter pourtant.


LULU

Oui, mais après,

tu finis toujours

par me dire des insultes.


CHARLOTTE

Tu t'embêtes, là, toute seule.

Tu crois que je le vois pas?


LULU

Je m'embête pas

et de toute façon,

je ne dormirai pas

chez toi ce soir.


CHARLOTTE entre dans la chambre de son père qui dort. La porte qui grince réveille ANTOINE.


ANTOINE

Quelle heure il est?


CHARLOTTE tient son oreiller.


CHARLOTTE

Je peux?


ANTOINE

Ah, tu nous emmerdes,

Charlotte. Ah, vraiment.

Qu'est-ce qu'elle veut dormir

avec son père

à 13 ans avec

ses jambes de sauterelles?

C'est vrai, t'es insupportable

en ce moment.

T'es pas gentille avec Léone,

t'es pas gentille avec Lulu.

Elle est malade, Lulu, tu sais.

Il faut être gentille avec elle.

Et puis Léone, si tu continues

à la faire tourner en bourrique,

elle va nous donner

ses huit jours.

Tu la fatigues.

Qu'est-ce que t'as à être

chiante cet été comme ça?

T'es là à rôder

autour des portes.

Qu'est-ce que t'as,

mon petit bout?


CHARLOTTE

Je rôde pas autour des portes.


ANTOINE

Tu fais le nez parce que

ton frère part en vacances

et pas toi, hein, c'est ça?

Mais il a travaillé

pour ça, ton frère.

Il a fait 15 jours de tri aux

PTT à Pâques.

C'est normal, non?

Et tes copines?

T'as pas de copines?

Ta Martine Busato,

qu'est-ce que t'en as fait?

Elles sont quand même pas

toutes parties en vacances.


CHARLOTTE

Mais elles sont nazes

celles qui restent.

Puis Busato,

je ne m'entends plus avec elle.


ANTOINE

Avant, tu savais

toujours t'occuper.

Inscris-toi à un truc,

à un club, je sais pas.

Tu t'intéresses à rien?


CHARLOTTE

J'ai des ennuis, c'est tout.


ANTOINE

Des ennuis? C'est grave, ça?


CHARLOTTE

Bien non, c'est pas grave.

C'est personnel.


ANTOINE

Si...

Si c'est des choses

de jeunes filles,

tu peux en parler avec Léone.


CHARLOTTE

Bien, Léone,

tu parles d'une conversation.

Tu trouves pas que la vie,

elle est brusque?


ANTOINE

Brusque?


CHARLOTTE

Oui, brusque.

Moi, ça me fait peur.


Au matin, tous les amis de JACKY sont de retour avec l’autocaravane. ANTOINE s'approche de son fils.


JACKY

Hé, je vais dire

au revoir à Charlotte.


ANTOINE

Oui.

(S'adressant aux amis de JACKY)

Alors, ça va?


JACKY vient voir CHARLOTTE dans sa chambre. Elle est encore endormie.


CHARLOTTE

Qu'est-ce que tu veux?


JACKY

Je suis venu

te dire au revoir.


CHARLOTTE

Emmène-moi.


JACKY embrasse tendrement CHARLOTTE. Dehors, on klaxonne pour sonner le départ.


CHARLOTTE traîne une vieille machine à coudre à pédale dans la cuisine. La radio joue. Toute la vaisselle est empilée sur une table. Les chaises et une autre table sont entassées devant l'évier de la cuisine.


VOIX DE L'ANNONCEUSE RADIO

Il est 9 heures.

Les informations, Michel Pascal.


VOIX DE MICHEL PASCAL

Toujours la sécheresse...


ANTOINE entre dans la cuisine et observe CHARLOTTE.


ANTOINE

Bon, d'accord.

Dès que Léone n'est pas là,

les conneries commencent.

Tu vas voir ce qu'elle va dire.


CHARLOTTE

Ça te plaît pas, hein?


ANTOINE

Mais qu'est-ce que tu veux

que ça me plaise? Hein?

Je peux même pas

me laver les mains!

C'est un vrai capharnaüm!

Tu me fous tout en l'air.

Tu me déranges tout, là!


CHARLOTTE

Bien, je dérange

et puis après je range.


ANTOINE

Mais c'était très bien avant!

Il y a quelqu'un

qui t'a demandé quelque chose?


ANTOINE monte à l'étage d'un pas lourd.


ANTOINE

(Trébuchant dans l'escalier)

Ah! Aïe!

(Redescendant)

Tu nous fais chier,

Charlotte, vraiment!

C'est ton deuxième jour

de vacances,

et tu commences déjà

à foutre ta merde.

C'est ça, hein? Bien,

puisque tu sais pas t'occuper,

tu vas jouer avec l'autre

bout de cul, là.


ANTOINE prend CHARLOTTE par le bras et la fait sortir violemment.


ANTOINE

Allez hop! Dégagez!


CHARLOTTE

(Trébuchant)

Aïe! Mon genou!


CHARLOTTE est devant la grille du 1 avenue du Lac. Elle regarde au loin le chemin qui mène quelque part, mais elle ne voit personne. Déçue de n'apercevoir personne, elle s'éloigne de la grille. Un bruit mécanique attire son attention, c'est une caméra qui suit ses mouvements. CHARLOTTE s'en va.


CHARLOTTE passe à l'atelier Fernat. Elle regarde par la fenêtre et voit JEAN qui travaille encore sur le banc de piano. Plus tard, JEAN transporte le banc tout emballé vers sa jeep. Il charge le banc et remarque CHARLOTTE qui traîne. JEAN traverse la rue et se dirige vers le petit resto-bar «Le Perroquet». CHARLOTTE regarde la jeep. JEAN se retourne pour l'observer. CHARLOTTE marche dans la ville. Elle s'arrête devant un salon de coiffure, puis elle revient sur ses pas. Elle prend une boisson à l'orange à la terrasse du Perroquet tout en observant JEAN qui prend un pot avec les d'autres hommes.


CLIENT DU PERROQUET

Bon, allez, les mecs,

on doit y aller.

Allez, salut.


Le client et quelques ouvriers de chez Fernat sortent, ils observent CHARLOTTE en rigolant. CHARLOTTE se lève pour partir. JEAN sort du Perroquet.


JEAN

Vous allez de quel côté?

Vous allez de mon côté

ou moi du vôtre?


CHARLOTTE

Et vous?


JEAN

Quoi, moi?


CHARLOTTE

Vous allez de quel côté, vous?


JEAN

Du vôtre.


CHARLOTTE est avec JEAN dans sa voiture.


JEAN

Vous étiez pas au Roule Roule

l'autre samedi?


CHARLOTTE

Quel samedi?


JEAN

Samedi de la semaine

dernière.


CHARLOTTE

Non, pas la semaine dernière.

Vous alliez livrer, là?


JEAN

Hum-hum. Cet après-midi,

après déjeuner.


CHARLOTTE

Mais je vous avais

jamais vu chez Fernat avant.


JEAN

Il y avait pas de danger.


CHARLOTTE

Ah bon?


JEAN

Oui, j'étais à l'étranger.


CHARLOTTE

Ah oui?


JEAN

Je suis marin.

Dans le coin où je naviguais,

il y avait la guerre.

Alors, on a laissé tomber.


CHARLOTTE

Mais il y a pas

de guerres en ce moment.


JEAN

Ah? Vous croyez ça, vous?

Il y en a tout le temps,

des guerres.


CHARLOTTE

Mais vous êtes marin

ou vous êtes tourneur?

Vous êtes marin alors.


JEAN

Oui. Marine marchande.

Marine de commerce.

C'est mon parrain, Fernat.

C'est lui qui m'a appris tourneur.

Quand je débarque, je vais

lui donner un coup de main.

Mon premier métier,

c'est tourneur.

Une connerie, il y a deux ans,

il a fallu que je voyage.

Je me suis pris un congé, là.

Dans trois jours,

il faut que j'y retourne.


CHARLOTTE

Vous avez dû voir

beaucoup de pays alors.


JEAN

Oui, un peu d'Afrique.

Dites, c'est où chez vous?

Parce que si je continue

tout droit, on arrive en Suisse

et je tiens pas

à me faire piner.


CHARLOTTE

C'est à droite

après le carrefour.


JEAN

Ah, c'est pas loin

du Roule Roule.


CHARLOTTE

Non, c'est pas loin.

Mais c'est pas compliqué,

la maison la plus moche,

c'est la mienne.


JEAN

De toute façon, c'est sûrement

mieux que chez moi.

Bon, bien je vous arrête

au coin.


CHARLOTTE

Mais non, chez moi,

c'est le pavillon là-bas.


JEAN

Oui, d'accord,

mais je vous arrête au coin.


La jeep s'arrête.


JEAN

Comment vous vous appelez?


CHARLOTTE

Charlotte.


JEAN

Vous avez quel âge?

Quatorze, quelque chose

comme ça.


CHARLOTTE

Quinze.

Bien ouais.


JEAN

Et moi, vous voulez savoir

comment je m'appelle?


CHARLOTTE

Hum-hum.


JEAN

Je m'appelle Jean.

Attention, Charlotte,

je vais vous embrasser.


JEAN embrasse CHARLOTTE.


JEAN

On pourrait se revoir?


CHARLOTTE

Oui.


JEAN

Quand?


CHARLOTTE

Bien, je peux pas venir

livrer avec vous?

J'ai rien à faire

cet après-midi.

JEAN


Bien, d'accord. à cet «aprèm».


CHARLOTTE

Oui.


JEAN

À 2 heures 30 devant le Perroquet.

Soyez pas en retard.


CHARLOTTE descend et court vers la maison.


ANTOINE et LÉONE sont en train de manger. ANTOINE fait des avances à LÉONE.


ANTOINE

On t'a pas attendu.

On s'excuse, hein, ma fille.


CHARLOTTE

C'est pas grave,

j'ai pas faim.


Plus tard, CHARLOTTE fait un brin de toilette et se change. Elle cherche dans ses vêtements quelque chose à mettre.


Dans l'après-midi, la jeep roule en direction du lac.


JEAN

Vous avez mis

du rouge aux lèvres.


CHARLOTTE

C'est pas du rouge,

c'est du brillant.

Ça me va pas bien?


JEAN

Si, si.


CHARLOTTE

C'est terrible, hein?


JEAN

Quoi?


CHARLOTTE

À supporter.

Bien, cet été, la chaleur.


JEAN

Il y a eu pire.


CHARLOTTE

Ça va leur faire drôle,

à vos clients,

de me voir arriver avec vous.


JEAN

C'est-à-dire

qu'ils vous verront pas.

Vous m'attendrez

dans la voiture.


CHARLOTTE

Je vais pas

passer l'après-midi

à attendre dans la voiture, non?


JEAN

J'en ai pas pour

longtemps chez la pianiste.

Dix minutes, un quart d'heure.

Après, j'ai pensé, on pourrait

aller au bord du lac.


CHARLOTTE

Pour quoi faire?


CHARLOTTE tire sa jupe vers le bas.


JEAN

Je sais pas, manger une glace.


CHARLOTTE

Fernat, alors,

il va vous étendre.


JEAN

Il faut pas qu'il vienne

me brouter, Fernat.

Si je travaille

pendant mon congé,

c'est pour m'occuper les mains.

Il faut pas me les brouter à moi.


CHARLOTTE

Oui, bien en attendant,

je vais pas poireauter

dans la voiture, non?

Je vais crever de chaud,

moi, là-dedans.


La jeep s'arrête devant la barrière.


JEAN

Vous êtes avec moi

et puis c'est tout.

Vous m'accompagnez,

c'est sans problème.

Vous aurez qu'à porter

le tabouret.

Je dirai que vous êtes

ma petite soeur.

(S'adressant à un interphone)

Oui, c'est la maison Fernat.


La caméra tourne en direction de la jeep.


JEAN

C'est pour le tabouret de piano.


La jeep avance sur le chemin vers la maison du lac.


JEAN

Ça va? Vous êtes plus triste?


CHARLOTTE

Je suis pas triste.


JEAN

Non, mais vous êtes

toute pâle. Ça va pas?


CHARLOTTE

J'ai rien mangé

à midi. J'ai faim.


Un laquais guide JEAN et CHARLOTTE dans la maison du lac qui est immense. CHARLOTTE s'arrête un moment pour regarder le lac majestueux.


CHARLOTTE

Il fait frais ici.


JEAN et CHARLOTTE sont menés jusqu'au piano à queue qui donne sur la piscine. Sur une table il y a des revues sur lesquelles CLARA fait la une. JEAN s'avance et prend le banc que CHARLOTTE tient toujours. Il le déballe et l'installe.


JEAN

On y va.


Le laquais paye JEAN. CHARLOTTE le suit à contrecoeur.


LAQUAIS

Mademoiselle.


Le laquais donne un pourboire à CHARLOTTE.


CHARLOTTE

Merci.

Je reste là.

Je vais pas avec lui.

Il faut que je reste là.

Je suis obligée.


Près de la jeep, JEAN semble confus.


JEAN

Vous mettez pas

dans des états pareils.

On peut peut-être

se voir une autre fois.

C'est pas grave.


CHARLOTTE

D'accord.

(Tenant la pièce reçue en pourboire)

Vous la voulez?


CHARLOTTE est seule autour de la maison du lac. Elle la contourne et arrive sur la terrasse où SAM lit allongé sur une chaise près de la piscine.


SAM

On ne voit plus que vous ici.

(langue_etrangere=EN)

You want to be

where the action is?

Don't you?[/langue_etrangere]

CHARLOTTE

Je comprends pas

bien l'anglais.


SAM

Non. Je voulais dire

que vous êtes la vraie groupie.

Alors, la vraie de vraie.


CHARLOTTE remarque un plateau avec deux verres.


CHARLOTTE

Elle est pas là, Clara Bauman?


SAM

Eh non.


CHARLOTTE

Ah bon.


SAM

Ah là là, la tête!

Mais bien sûr

qu'elle est là, Clara.

Seulement, je sais pas si elle

aura le temps de vous recevoir.

Regardez là-bas

comme elle s'amuse.


Sur le lac, trois bateaux à moteur font la course. SAM prend des jumelles pour mieux voir.


SAM

Ah, les vaches!

Ah, ils mettent la gomme, hein!

Un pari qu'elle les enfonce tous?

Tiens! Qu'est-ce que

je vous disais?


CLARA conduit un des bateaux. Quelqu'un est avec elle.


SAM

Ah, elle est pas vraie,

cette gamine.

Pour tout ce qu'elle touche,

c'est pareil.

Elle a... un truc

qui s'invente pas.

On l'a ou on l'a pas, hein?

Je vais me taper...

... une petite pêche.


SAM prend un fruit sur le plateau. Le ventre de CHARLOTTE fait des borborygmes.


SAM

Oh, mais c'est vrai.

On s'est pas présenté.

Je m'appelle Sam.

C'est moi qui organise

les concerts de Clara.

Je suis son «manager»,

si vous aimez mieux.

Avant, j'étais dans la variété.

Alors, le niveau,

je vous dis pas.

Vraiment, bas de gamme.

Ils m'appelaient

(mot_etranger=EN)

Fruit of the.[/mot_etranger]

C'est-à-dire,

(mot_etranger=EN)

Fruit of the loom,[/mot_etranger]

À cause de mes t-shirts.

Vous voyez le genre.


Un groupe arrive du quai. La majorité des gens sont des adultes. CLARA est parmi eux.


SAM

Ici, avec Bauman,

c'est du sérieux.

Je découvre, je découvre.

Il y a que celui-là, là-bas.

Le sbire aux dents longues,

je peux pas le blairer.

C'est le seul

point noir au tableau.

C'est le comédon, hein?


SAM se lève et s'essuie la bouche avec son peignoir avant d'accueillir le groupe.


SAM

Alors, tout le monde est là?

Rien n'est cassé?

Ah, ma chérie, tu as été

magnifique! Magnifique!


SAM soulève CLARA et la balance en l'air comme un bébé.


CLARA

Oh là là! Sam, enlève tout

de suite ces lunettes ridicules!


SAM

Oh, des lunettes à mille

balles, il faut pas pousser.

(S'adressant à celui qu'il appelle le sbire)

Alors, Franck, pour les tempos...


FRANCK

Les [mot_etranger]tempi[/mot_etranger]!

SAM

Oui, enfin, les [mot_etranger]tempi[/mot_etranger]... Alors, pour contrôler les [mot_etranger]tempi[/mot_etranger],

très bien, mais pour faire

du bateau, vous êtes nul.

Clara vous a encore enfoncé!


FRANCK

Dépêchons-nous. Nous n'avons

pas travaillé aujourd'hui.


SAM

Ah, mais laissez-la

tranquille.

C'est une enfant. Il faut bien

qu'elle prenne l'air.


FRANCK

Très bien. Nous avons

un concert le 9.

Je m'en fous!

Je m'en fous, je m'en fous!

Je m'en lave les doigts!


CLARA

J'arrive, Franck! Je vais

travailler, c'est promis!


CLARA chuchote à l'oreille de SAM après avoir remarqué CHARLOTTE. SAM dépose CLARA par terre et elle rit. Puis elle se dirige vers CHARLOTTE.


CLARA

Ça va bien?

Vous avez bien fait de venir.

Il y a une fête aujourd'hui.


CHARLOTTE

Bien oui,

j'avais envie de vous voir.

Comme j'ai eu l'occasion, voilà.


CLARA

Vous pouvez pas mieux tomber.

Vous restez, hein?


CHARLOTTE

Bien, faudrait

que je prévienne chez moi.


CLARA prend un fruit.


CLARA

Bien sûr.

Vous n'avez qu'à téléphoner.

Vous verrez, il y aura

plein de gens très sympas.

Bon, bien maintenant,

il faut que je vous quitte.

Je dois aller travailler.

Vous n'avez pas faim

ou soif au moins?


CHARLOTTE

Ah non, pas du tout.


CLARA

Tant mieux, il faut

se garder pour le cocktail.

Allez, au revoir,

à tout à l'heure.


SAM se prépare à plonger.


SAM

(S'adressant à CHARLOTTE)

Hé! Venez piquer une tête.

Il y a des maillots dans

les cabines. J'ai déjà le mien.

Regardez, regardez.

(Sautant à l'eau en faisant le bouffon)

Hop!

Ah! Elle est super!

Venez! Ah, elle est bonne.


Plus tard, une bonne retire le plateau de nourriture. CLARA joue du piano au loin et CHARLOTTE a enfilé un maillot.


SAM

Alors, vous venez pas

vous baigner? Elle est super!


CHARLOTTE

Pas tout de suite.


SAM

Bien, allez, venez, quoi!


La voix de FRANCK perturbe l'ambiance.


VOIX DE FRANCK

(Criant)

Non, Clara!

Non, non, voyons!

C'est ridicule!


SAM

(S'adressant à CHARLOTTE)

Bon, allez, venez.

Je compte jusqu'à dix.

Allez, un... deux...

trois... quatre... cinq...

(Voyant le manque d'enthousiasme de CHARLOTTE)

Ah! Elle est super! Super!

sept... huit... neuf...


CHARLOTTE s'approche de l'eau et ne peut que se rappeler son dernier exercice de plongeon à l'école.


VOIX DE MONSIEUR GAZIER

Hop!


SAM

Allez! Dix!


CHARLOTTE s'évanouit et tombe à l'eau.


SAM

Ah, merde!


Tout de suite, SAM nage pour sauver CHARLOTTE de la noyade. Une fois hors de l'eau, tout le groupe s'est rassemblé autour de CHARLOTTE. SAM la tient encore. CLARA se penche près d'elle.


CLARA

Ça va pas, ma vieille?


SAM

Mais enfin,

qui êtes-vous exactement?


CHARLOTTE

Personne.

Je rapporte

le tabouret de piano.

Je pourrais avoir

quelque chose à manger?


SAM

Elle a faim.


SAM se tourne vers les autres qui se tournent vers la bonne.


SAM

Vite, elle a faim!

Elle a faim!


HOMME

(S'adressant à la bonne)

Allez vite chercher

de quoi manger à cette petite.


Plus tard, CHARLOTTE est étendue dans une chambre d'invité. CLARA est assise au pied du lit.


CLARA

Qu'est-ce que je suis contente

de te connaître.

Comment tu t'appelles déjà?


CHARLOTTE

Charlotte Castang.


CLARA

Qu'est-ce que je suis contente

de te connaître, Charlotte.

Ça me fait un bien fou

de parler avec toi.


Plus tard, CHARLOTTE est à la fenêtre de la chambre, elle regarde les bateaux amarrés au quai.


CHARLOTTE

Je sais bien

que c'est pas possible,

mais ce que je voudrais,

c'est rester là toute ma vie.


CLARA est dans sa chambre, elle se change. Sa valise est pleine de vêtements blancs.


CLARA

Tu sais, il y a

des endroits mieux qu'ici.

Si tu connaissais Côme ou Baden.

Ah, Côme, je te dis pas,

c'est sublime.


CHARLOTTE

Non, je parle pas

de l'endroit. C'est l'ambiance.

C'est tellement calme ici.


CLARA

Calme? Je sais pas

ce qu'il te faut.


CHARLOTTE

On peut réfléchir ici.

Enfin, je veux dire,

des fois, c'est difficile

de réfléchir quand les choses

sont pas bien rangées.


CLARA

Tu trouves

que c'est bien rangé ici?

J'ai appelé chez toi, tu sais.

J'ai eu une dame très gentille.

C'est ta mère?


CHARLOTTE

Non, c'est Léone.

C'est la bonne.


CLARA

Je lui ai dit

que tu restais pour la fête

et qu'on te ramènerait vers 11 heures.


CHARLOTTE

Ah non, c'était pas la peine.


CLARA

Ah, mais si.

Pas de discussion.

Je vais te prêter

une de mes robes.

Tu vas voir, tu vas être super.


CLARA amène CHARLOTTE dans la penderie.


CLARA

Regarde, laquelle tu veux?


CHARLOTTE montre la robe de concert que portait CLARA sur l'affiche.


CHARLOTTE

Celle-là.


CLARA

Tu pousses, dis donc.

C'est ma robe de concert.


CLARA décroche la robe et l'apporte dans la chambre.


CLARA

Attends.


Devant le miroir, CLARA tient la robe devant CHARLOTTE.


CLARA

Fais voir.

C'est pas mal.

Elle est un peu courte,

mais ça te donne un genre.

T'es vachement grande.

Bon, bien t'as qu'à

la mettre si elle te plaît.


VOIX DE FRANCK

Clara, tout le monde

vous attend,

(mot_etranger=EN)

dear.[/mot_etranger]

CLARA

J'arrive, Franck!


CLARA

Dis donc, qu'est-ce que

tu fais cet été?

Tu pars pas en vacances?


CHARLOTTE

Si, avec mon père

le mois prochain.

On va chez mes grands-parents

À Saint-Julien-Grandvaux

dans le Doubs.


CLARA

Ah bon.


CHARLOTTE

Pourquoi?

Parce que j'ai drôlement

besoin d'un bon impresario.

Et toi, je crois que

t'en ferais un épatant.


CHARLOTTE sourit.


Le soir venu, une grande fête a lieu dans les jardins de la maison du lac. Des jeunes font du patin à roulettes. CLARA joue du piano pour les invités qui se rassemblent autour du piano. Sur une terrasse, CHARLOTTE arrive dans la robe de concert de CLARA. Elle s'arrête pour savourer la musique. Les convives applaudissent la concertiste et SAM s'approche pour l'embrasser.


INVITÉS

Bravo! Bravo!


CHARLOTTE va se servir un jus. Des invités lui font des compliments. CLARA sourit.


Plus tard, CHARLOTTE a remis ses vêtements, elle cherche ses chaussures dans la grande maison. CLARA sort devant la maison où des voitures de luxe sont garées. Elle part à pied.


CHARLOTTE est chez elle, dans la cuisine. Elle discute avec LULU qui dessine. CHARLOTTE prépare attache un pétard de feu d'artifice à un bâton. LÉONE lave des haricots dans l'évier.


CHARLOTTE

C'était beau,

c'était comme du théâtre.


LULU

Du théâtre, c'est pas beau.


LÉONE

En tout cas,

c'était une pièce triste.

Quand t'en parles,

t'as l'air de souffrir.


CHARLOTTE

Ça t'es déjà arrivé

de voir quelqu'un

pendant toute la journée,

puis après, quand tu veux

te rappeler de sa figure,

tu y arrives pas bien?


LÉONE

T'as qu'à sortir,

traverser le boulevard

et regarder les affiches.

Tu la verras, sa figure.


CHARLOTTE

En plus, elle a un

de ces humours.

À un moment,

elle parlait avec je sais

pas qui, puis, elle a dit:

«Je ne jouerai pas

pour cet imbécile

même s'il était capable

de rattraper un paralytique

à la course.»

J'étais écroulée.


LÉONE vient s'asseoir à la table.


LÉONE

Rattraper un paralytique

à la course, c'est pas rigolo.

Et puis toi, tu vas faire des

«nouilleries» avec ce bidule.


CHARLOTTE

D'abord, c'est pas un bidule,

et ensuite,

je fais ce que je veux

avec ce pétard qui est à moi.

Je l'ai piqué à Mammouth.


LÉONE

Alors, comme ça,

tu t'es trimballée

toute la journée

chez ces gens-là?


CHARLOTTE

Je me suis pas trimballée,

figure-toi, j'étais invitée.


LÉONE

Oh! Ça, c'est

une histoire très bizarre.


CHARLOTTE

Tu trouves tout bizarre, toi.


LÉONE

Que tu t'en sois pas

vantée avant.

C'est ça que je trouve

très bizarre.


CHARLOTTE

J'ai pas besoin

de tout vous raconter, hein.

En tout cas, j'ai passé

l'après-midi

avec des gens merveilleux

et plein de savoir-vivre.


LÉONE

Ça, il en faut du savoir-vivre

pour supporter

une cinglée comme toi.


CHARLOTTE plante un clou dans la base de son bâton.


LÉONE

Charlotte, arrête de taper sur

cette table, elle t'a rien fait.


CHARLOTTE

Elle m'a proposé

d'être son impresario.

Elle m'a dit qu'elle avait

besoin d'un impresario

pendant le mois de juillet et

qu'elle voulait que ce soit moi.


LÉONE

Elle sera bien lotie,

la Clara Bauman.


CHARLOTTE

Je lui tournerai les pages

de ses partitions

pendant son concert.


LÉONE

À mon avis, pour faire ça,

il faudrait d'abord

que tu apprennes

à lire la musique.


LULU

Et c'est quand tu t'en vas?


CHARLOTTE

Dimanche, après demain.

Après son concert.


LÉONE

C'est ça, oui.


CHARLOTTE

Ouais, parfaitement.

Elle donne son concert

après demain, dimanche.

Puis, à la fin,

je vais la rejoindre.

Et puis après, pfuit!

Bon voyage, messieurs, dames.


LULU

Et après, je te reverrai?


CHARLOTTE

Bien ça...


LÉONE

(S'adressant à LULU)

Tu vois pas qu'elle te fait

marcher, cette grande seringue?

(S'adressant à CHARLOTTE)

Tu pourrais pas

lui parler d'autre chose?

Tu vois pas

que tu lui fais de la peine?


LULU

Oui, tu pourrais

me parler d'autre chose.


LÉONE

De toute façon,

elle peut pas s'en aller

parce qu'au mois d'août,

elle va en vacances

dans le Jura avec son père.


CHARLOTTE

Mais je viens de te dire

que la tournée de Clara,

c'était au mois de juillet.

Mais elle devient

complètement sourde-dingue,

cette bonne femme, ma parole.


CHARLOTTE recommence à donner de grands coups de marteau.


LÉONE

Je t'ai déjà dit

d'arrêter avec ce marteau!


CHARLOTTE regarde la définition du mot «impresario» dans le dictionnaire.


Texte narratif :
impresario ou impresario Celui qui est chargé des intérêts d'un acteur, d'un groupe d'artistes.


CHARLOTTE referme son dictionnaire. Elle est dans sa chambre avec LULU.


LULU

C'est loin où tu t'en vas?


CHARLOTTE

J'espère. Je sais pas.

Peut-être qu'après le concert,

je ne voudrai plus revenir ici.

Je voudrais gagner des millions

et pouvoir

m'en aller pour de bon

et ne plus jamais revoir ici.


CHARLOTTE s'approche de la fenêtre. Dehors, c'est désert au «Roule Roule», l'enseigne clignote.


CHARLOTTE

Oh là là! L'angoisse!

C'est dimanche le concert.

Demain, c'est seulement samedi.

Tu vois pas

que dimanche arrive jamais?


LULU

Oh là là! Patience!


L'enseigne du «Roule Roule» est éteinte et les portes de l'enceinte sont fermées.


JEAN marche seul sur un muret. Il se tourne vers CHARLOTTE.


JEAN

Bonsoir.


CHARLOTTE

Bonsoir.


JEAN

Ça va?

Vous en faites pas, hein,

je reste pas.

Je voulais seulement

vous dire bonsoir.


CHARLOTTE

Merci.


JEAN

Il y a pas de quoi.

Comment ça s'est passé,

cet après-midi?

Chez la pianiste?


CHARLOTTE

Super!


JEAN

Vous viendrez

me raconter tout ça.

Bon, bien bonne nuit, Charlotte.

Bonne nuit, ma Charlotte.


CHARLOTTE reste au bord de la fenêtre à contempler la nuit. Ensuite, elle s'approche de son lit et s'étend à côté de la petite LULU.


LULU s'amuse à baisser son pantalon et s'asseoir nu fesse sur le trottoir devant la maison des Castang. Puis elle remonte son pantalon et recommence.


LULU

Un, deux, trois, soleil!

Un, deux, trois, soleil!


Après quelques essais qui n'attirent l'attention de personne, LULU traverse la rue et grimpe sur la grille du portail.


CHARLOTTE entre dans la chambre de son père et fouille dans un tiroir pour trouver un coffret. Dans le coffret, il y a les boucles d'oreilles de sa mère. Dans la cuisine, ANTOINE prend son petit-déjeuner. CHARLOTTE descend l'escalier qui mène à la cuisine. Elle trouve son père qui pleure.


CHARLOTTE s'assoit devant son père. Il remarque les boucles d'oreilles.


CHARLOTTE

Tu sais, demain, il y a

un concert au théâtre.

J'ai des places.

C'est une pianiste.

Elle a mon âge.

On a fait connaissance,

elle s'appelle Clara Bauman.

Elle m'aime beaucoup

et elle voudrait

que je l'accompagne

pendant sa tournée d'été.


ANTOINE

Tu sais que j'ai besoin

d'avoir bu trois bols de café

avant d'affronter la moindre

discussion avec toi, ma cocotte.


CHARLOTTE

Alors, ce matin, j'ai décidé

de m'acheter des affaires.


ANTOINE

Tu t'amuses à lancer

des pétards et des marteaux

dans la cuisine à présent?

Tu prépares plein d'air?


ANTOINE se lève et se verse un autre café.


CHARLOTTE

Alors ça, c'est même pas vrai.


ANTOINE

Ah bon. Tu prépares pas d'air?

Je croyais que c'était

du théâtre que tu voulais faire

quand tu seras grande.

Mais si c'est du cirque...

Remarque, je crois

que t'as des dispositions.

(Buvant son café)

Tu peux m'expliquer

quelque chose?


CHARLOTTE

Quoi?


ANTOINE

Tu peux me dire où sont passés

mon tournevis, ma clé anglaise

et ma perceuse «Black & Decker»

qui étaient dans les cabinets?


CHARLOTTE

J'en ai eu besoin.


ANTOINE

Hein?


ANTOINE

Et où ils sont à présent?


CHARLOTTE

Chez le frère

de Martine Busato.


ANTOINE

Chez le frère

de Martine Busato...

Écoute bien

ce que je vais te dire.

Je m'énerve pas.

Mais si t'as pas

assez de bon sens

pour remettre

les choses à leur place,

je me charge de t'en donner,

moi, ma petite fille.

Bon, tu veux de la confiture?


CHARLOTTE

Oui.


ANTOINE

Griotte ou reine-claude?


CHARLOTTE

Griotte.


ANTOINE s'éloigne.


CHARLOTTE

(Pour elle-même)

Je m'en fous,

demain je pars avec la pianiste.


À la maison du lac, la voix de SAM résonne dans le répondeur téléphonique.


VOIX DE SAM

Bonjour. Nous ne sommes pas là,

mais nous prenons les messages.

Veuillez attendre le bip sonore,

puis laissez votre nom,

votre numéro de téléphone

et la raison de votre appel.

Attention, c'est à vous.


Un signal sonore résonne. CHARLOTTE laisse un message avec un téléphone de cabine téléphonique.


CHARLOTTE

Bonjour. Euh, je voudrais...

Euh, excusez-moi, mais Clara,

je fais un gros bisou à Clara.

Et je voudrais dire

à Clara que je l'aime.

Euh, c'est Charlotte,

la petite fille d'hier.

Je voudrais bien

qu'elle m'aime aussi

et je voudrais bien

être amie avec elle.

Je serai là à son concert

du dimanche

et je suis d'accord

pour être son impresario

ou tout autre travail qu'elle

aurait à me donner à faire.

J'espère qu'elle le saura

et que...


Un autre timbre annonce la fin de l'enregistrement.


CHARLOTTE descend un escalier qui longe une voie ferrée. Elle remarque un papier par terre. C'est de l'argent. Elle le ramasse et le met dans son porte-monnaie. CHARLOTTE est devant le «Perroquet». Elle voit JEAN qui boit une bière. JEAN la remarque. Il change de place et va vers un présentoir de livres de poche. CHARLOTTE entre dans le bistro et s'approche du comptoir.


CHARLOTTE

Monsieur? Je peux avoir

une boîte d'allumettes

familiale, s'il vous plaît?


BARMAN

Oui.


CHARLOTTE

Merci.


CHARLOTTE se tourne vers JEAN et sourit.


CHARLOTTE

Bonjour.


Plus tard, CHARLOTTE est assise avec JEAN à une banquette.


JEAN

Vous m'avez drôlement laissé

tomber, hier après-midi.

Vous êtes culottée.

Enfin, c'est quand même gentil

d'être passée me voir.

Remarquez, j'en étais sûr.


CHARLOTTE

Ça m'étonnerait.

Il y a cinq minutes, je savais

même pas que j'allais venir ici.

C'est pour vous dire au revoir.


JEAN

Ah bon?


CHARLOTTE

Oui. Je vais m'en aller.

Je quitte la région.

Je pars avec Clara Bauman,

la pianiste.

C'est elle qui me l'a demandé.

Elle veut que

je lui serve d'impresario.

Enfin, elle veut

que je m'occupe de ses affaires.


JEAN

Elle a besoin

d'une bonniche, quoi.


CHARLOTTE

Mais non, ses affaires,

de son travail, pas ses affaires

qu'elle porte sur elle.

Ce qu'il est bête.

En tout cas, je pars demain.

Après son concert.

Puis aujourd'hui,

c'est terrible.

J'ai un tas de problèmes

à régler.

C'est comme s'il fallait

que je fasse

tout ce que j'avais

à faire en une seule journée.

Alors, il faut que je m'achète

une robe, des chaussures,

un maillot de bain.

Puis, en plus, je n'ai plus

une seule paire

de collants convenables.


JEAN

Ça a l'air de vous faire

plaisir de partir.


CHARLOTTE

Ouais. Très.

Parce que vous comprenez,

ma vie ici,

ce n'est plus possible.

Si je comptais les gens

avec qui je me suis disputé

depuis le dernier trimestre,

bien alors, c'est vrai,

autant changer carrément, hein.

Puis, peut-être même que

je reviendrai plus jamais.


JEAN

Les voyages,

on en revient toujours.


JEAN tente d'approcher sa main de celle de CHARLOTTE, une serveuse s'approche.


JEAN

(Offrant à CHARLOTTE)

Une bière?


CHARLOTTE

Oui, je veux bien.


JEAN

(S'adressant à la serveuse)

Tu nous apportes

deux autres cannettes, Lili?


CHARLOTTE

Non, euh... Je pourrais pas

avoir un thé glacé?


LILI

Non, on fait pas ça, nous.


CHARLOTTE

Ah bon. Alors, euh...

Un diabolo grenadine.

Non, non! Euh, un Fanta.

Ah, non.

Euh... Un diabolo.


LILI

(Se tournant vers JEAN)

Bon, alors, qu'est-ce

qu'elle veut, pépette?


JEAN

Un diabolo grenadine.

Tu nous apportes deux autres

bières. Je les boirai.


CHARLOTTE

Excusez-moi. J'arrive jamais

à dire ce que je pense.

Je décide un truc, et puis

après, je fais autre chose.

Peut-être que

je suis pas normale.

Dites...

Je voudrais

vous demander quelque chose.

Est-ce que...

Est-ce que vous croyez...

Est-ce que vous croyez

ce que je vous dis?

Bien ouais, est-ce que

ça a l'air sérieux?

Est-ce que j'ai pas l'air

d'une folle ou d'une menteuse?


JEAN

Non.

Quand quelqu'un ment,

je le vois tout de suite.

Quand quelqu'un ment,

il y a une lumière qui...

... qui s'éteint dans les yeux.


JEAN regarde CHARLOTTE intensément.


CHARLOTTE

Quoi?


JEAN

Rien. Je vous regarde.


CHARLOTTE

Vous allez vous user les yeux.

Il y a des gens

qui aiment pas ça du tout,

les mains d'outilleurs.

Moi, j'aime bien.

Il y a autre chose

que j'aime bien aussi.

C'est que quand je vous parle,

on dirait que vous m'écoutez.


JEAN prend la main de CHARLOTTE.


JEAN

(Montrant une porte qui mène à l'hôtel au-dessus)

C'est là-haut que j'habite.


LILI sert les verres et s'en retourne. Son pantalon rose laisse voir sa culotte blanche.


JEAN

Vous avez vu? On voit son slip.


CHARLOTTE

Ça lui va bien.


JEAN

Vous trouvez pas

que ça fait vulgaire?


CHARLOTTE

Ça la marque un peu.


JEAN

Moi aussi, je pars demain.


CHARLOTTE

Quoi?


JEAN

À Marseille.

J'y rentre demain.

J'embarque.

Vous ne me verrez plus.

Vous serez débarrassée de moi.

Bon. On se décide

pour ce soir alors?

7 heures, ça va?


CHARLOTTE

Bien, je sais pas.


JEAN

Mais si.


JEAN montre l'affiche du film «L'Exorciste» sur le mur près de la banquette.


JEAN

On pourrait aller voir ça.

Il paraît que ça fait peur.


CHARLOTTE

Oui, mais moi,

je suis trop jeune.

Et puis, c'est sûrement

interdit...


JEAN

C'est interdit

aux moins de 13 ans.


CHARLOTTE

Ah bon.

Bon, bien il faut que j'y aille.

Je n'ai plus soif,

finalement. Merci.


CHARLOTTE sort du bistro, un peu mal à l'aise. Elle traverse la rue sans regarder. Un automobiliste doit la contourner.


AUTOMOBILISTE

Zut!


CHARLOTTE retourne vers le bistro au moment où JEAN en sort avec les autres hommes qui travaille cher Fernat. Ils rigolent tous.


Plus tard, à la maison, LÉONE et LULU s'amusent et dansent dans le jardin au son de la radio. Pendant ce temps, CHARLOTTE se confectionne une robe. CHARLOTTE ferme la radio. Dehors, LULU s'arrête de danser.


CHARLOTTE approche de la fenêtre.


CHARLOTTE

Regardez pas

avant que j'arrive

et ouvrez pas les yeux

avant que je vous le dise, hein.


LULU et LÉONE ferment les yeux.


CHARLOTTE arrive dans sa nouvelle robe.


CHARLOTTE

Coucou!


LULU

Ah, que c'est joli!


LÉONE se redresse de sa chaise.


LÉONE

C'est ça que tu voulais acheter?


CHARLOTTE

Tu la trouves pas super?

Moi, je la trouve super, non?

Donne-moi ton avis sérieusement

sans te foutre de moi.


LÉONE

Mon avis sérieusement,

c'est que c'est pas

mon avis sérieusement

que tu veux.

Tu voudrais que je trouve bien

un truc que je trouve

pas bien et tu m'embêtes.


CHARLOTTE

Alors, tu l'aimes pas?


LÉONE

Bien non.


CHARLOTTE

Mais qu'est-ce

qu'il y a qui va pas?

Moi, je vois pas

ce que tu veux dire.


LÉONE

Tu vois pas? Mais tes cheveux

avec cette queue de rat.

Et toi, tu te mets

un gros noeud.


CHARLOTTE

Un bandeau.

Et puis, tes genoux

avec cette croûte.


LÉONE

Mais c'est pas beau, des genoux

comme ça avec une robe pareille.

Je vais peut-être pouvoir faire

quelque chose à la taille.


CHARLOTTE

Évidemment. Tu vois jamais

les gens bien habillés.

T'es pas habituée.


LÉONE

Je suis pas habituée

à voir au mois de juillet

des gens déguisés

en arbre de Noël.


LULU

C'est beau,

les arbres de Noël.


CHARLOTTE

Mais je suis un oeuf de Pâques

ou un arbre de Noël?

Faudrait savoir.


LÉONE

Recule en arrière.


CHARLOTTE

Ah ouais, recule en arrière.

Tu pourrais parler français.

Je voudrais être

n'importe qui sauf moi.


LÉONE

Qu'est-ce que tu dis, là?


CHARLOTTE

Je dis: Je voudrais

être bien, c'est tout.


LÉONE

Les choses que tu voudrais,

ça fait beaucoup.

De toute façon,

tu seras toujours assez bien

pour aller au théâtre municipal.

C'est quand même pas

à l'opéra que tu vas.


JEAN est dans sa chambre. Il essaie des lunettes de soleil devant son miroir. Ensuite, il les enlève pour dévoiler ses yeux bleus.


CHARLOTTE mange de la confiture avec ses doigts avant d'apporter un plateau déjeuner au jardin. LULU transporte un panier de fruits.


LULU

Pourquoi t'as pas pris

du Vittel Délice?


CHARLOTTE

Du thé glacé,

c'est plus rafraîchissant.


LULU

Du Vittel Délice aussi,

c'est plus rafraîchissant.


CHARLOTTE

Bon, bien reste pas

dans mes jambes.

Qu'est-ce que tu veux faire?

M'aider ou faire autre chose?


LULU

Faire autre chose.


CHARLOTTE

Quoi?


LULU

À courir partout

en faisant les dingues.


CHARLOTTE

Oui, bien non.


LULU

L'été, tout le monde

court partout.

Les autres étés,

tu le faisais bien.


CHARLOTTE

Mais t'as des oreilles,

t'as entendu ce que je t'ai dit.

J'ai dit non. Courir et gueuler,

c'est tout ce que tu sais faire.

Après, t'iras te plaindre que

t'es malade, on dira que c'est

de ma faute et moi, je ne

pourrai plus partir avec Clara.


LULU

(Se bouchant les oreilles)

Ah! Ras-le-bol avec ta Clara!

Tu nous casses la tête!


À la maison du lac, CLARA court avec son chien.


CLARA

Allez, viens! Allez.


FRANCK

(Depuis un balcon)

Clara. Clara!

Viens, ma chérie, nous devons

encore travailler aujourd'hui.

Allez, monte! Allez!


CLARA court vers la maison.


Dans le jardin des CASTANG, LÉONE prend un thé glacé.


LÉONE

C'est pas mal, ton truc,

mais ça vaut pas

un panaché bien blanc.


CHARLOTTE

Hé, imagine que tu rencontres

quelqu'un qui te paraît

très bizarre et t'arrives pas

à dire pourquoi.


LÉONE

Bizarre comment?


CHARLOTTE

Disons que tu rencontres

quelqu'un qui te fait

des yeux de merlan frit

et il veut que tu ailles danser

avec lui, qu'est-ce que tu fais?


LÉONE

Mais danser où?


CHARLOTTE

Je sais pas, au Roule-Roule.


LÉONE

J'irais peut-être danser avec

lui en me méfiant quand même.

Et peut-être qu'au Roule-Roule,

je rencontrerai un autre

qui me plaira davantage

et que je partirai avec.

Mais pourquoi

tu me demandes ça?


LULU s'approche de LÉON et observe son épaule.


LULU

Elle bronze jamais,

ta cicatrice?


LÉONE

Bien, ça peut pas, c'est

de la peau morte à cet endroit.


LULU

T'as réussi à avoir

un mari avec ta peau morte?


LÉONE

Eh comment et quel mari!

Jamais aucune femme,

dans le monde entier,

n'a été aussi heureuse que moi.

Et je compte même les reines

et les milliardaires.

La Grace de Monaco,

tout le tintouin.


CHARLOTTE

Et un homme,

il peut tomber amoureux

d'une fille pas jolie,

tu crois?


LÉONE

Bien sûr.

J'ai rencontré des hommes

qui tombaient amoureux

de filles tellement moches

qu'on pouvait se demander

si leurs yeux voyaient clair.


CHARLOTTE

C'est vachement bizarre,

hein, l'amour.


LÉONE

Ah oui, ça, tu l'as dit.

Mais la chose la plus bizarre,

c'est quand même

une grande seringue

de bientôt 14 ans

qui se croit obligée

de raconter des bobards

à tout va

pour faire l'intéressante.

Mais pourquoi tu penses

tout le temps à elle?


CHARLOTTE

Bien, tu te trompes carrément.

Je pensais pas du tout à Clara.


LÉONE

Mais si, tu y penses tout le

temps. Pourquoi t'arrêtes pas?


LULU

(Se balançant plus loin)

Elle nous fait une fixette!


CHARLOTTE s'éloigne.


LÉONE

Te sauve pas. Viens par là que

je vois de quoi ça a l'air, ça.


LÉONE tient la robe.


CHARLOTTE

Mais c'est nul.

Ça m'ira jamais!

Tu verrais les affaires

de Clara, t'y croirais pas!


LÉONE

Moi, je crois que ta Clara

t'a rien promis du tout

et tout ça, c'est des rêveries

dans ta petite tête de folle.


CHARLOTTE

Bien, attends

et tu verras. Attends.


LÉONE

Pourquoi tu discutes avec moi?

Je sais tout

ce qu'il y a dans ta tête.


LULU

Elle voit tout dans ta tête!


LÉONE

Demain, au concert,

tu imagines

qu'un miracle va arriver,

que ta Clara va te dire:

«Mais bien sûr

que je t'amène avec moi.»

Mais tu sais bien que c'est pas

possible. Tout le monde

se moque de toi.

Et toi, tu veux,

tu veux, tu veux

et tu pries même

le Bon Dieu pour ça.


CHARLOTTE

Je prie pas le Bon Dieu,

ça me ferait mal.

De toute façon,

je suis pas croyante.


LÉONE

Qu'est-ce qui va t'arriver?

Toute ta vie tu seras

comme ça, une rêveuse?

Ce sera quoi ta vie?

Une souffrance?

C'est ça? Tu veux souffrir?


CHARLOTTE

Quand j'entends

les gens dire n'importe quoi,

je flippe complètement.

On dirait que tu fais tout

pour me dégoûter, mais

je m'en fous de ce que tu dis.

Pour une fois que j'avais un but

dans la vie, tu gâches tout.

T'arrêtes pas de te moquer

de moi, mais je m'en fous.

Et de toute façon, si Clara

m'emmène pas, je me tuerai.


LÉONE

Tu te tueras comment?


CHARLOTTE

(Pointant sous son menton)

Je me tirerai une balle là.

Pan!


LÉONE

Charlotte, tu sais

ce que ton père a dit

si on touchait à son revolver.


CHARLOTTE prend sa robe et la lance par terre.


CHARLOTTE

Merde, merde, merde!

Vous me faites chier!

Vous me faites chier à la fin!

Elle m'emmènera avec elle,

je vous dis!

(Pleurant)

Elle m'emmènera avec elle

et je ne vous verrai plus,

vous et vos sales gueules!


CHARLOTTE renverse la table avec les plateaux de déjeuner et part en courant.


CHARLOTTE

Eh bien voilà!

T'as gagné le cocotier!


CHARLOTTE s'accroupit près d'un tronc d'arbre. LÉONE la rejoint.


LÉONE

Regarde-moi ça,

mais regarde-moi ça

comme elle transpire.

On dirait une vieille mule.


LÉONE sèche les larmes de CHARLOTTE qui lui caresse le visage en retour.


CHARLOTTE

Je vais te scalper,

vieille doudoune.


LÉONE

Allez, calme-toi, folle.

Allez, repose-toi, petite belle.


CHARLOTTE s'appuie sur l'épaule de LÉONE.


LULU

(S'appuyant sur l'autre épaule de LÉONE)

J'ai mal à la tête

à cause d'elle.

Mais c'est pas vrai,

elle a rien fait, Charlotte.

Elle est juste là

à se reposer. Allez.


CHARLOTTE

Pourquoi j'arrive jamais

à dire ce que

je veux dire?

Jamais!


JEAN et CHARLOTTE sont au cinéma. Ils regardent le film «L'EXORCISTE».


VOIX DE REGAN

Maman! Maman! Vite!


Des râles et des grognements accompagnent les cris.


VOIX DU PÈRE KERRAS

Eh bien, nous allons voir

ce qui se passe.


VOIX DÉMONIAQUE

N'approchez pas!

La truie est à moi!

Baise-moi!

Baise-moi! Baise-moi!


Plus tard, JEAN et CLARA jouent au «PinBall» dans le bistro «Le Perroquet».


CHARLOTTE

Quand je serai avec Clara

au bord de la mer,

je penserai à vous.


JEAN

Non, pense à moi

tout de suite.

Fais-moi gagner des parties.


JEAN frappe la machine qui marque «tilt», puis il s'éloigne de CHARLOTTE avec rage. CHARLOTTE affiche un air de déception. JEAN boit au bar. Un jeune met la chanson en vogue de l'été.


JEAN

(S'adressant au BARMAN)

Dis donc, vieille tanche,

pourquoi il s'appelle

le Perroquet, ton rade?


BARMAN

Parce que j'avais

un perroquet,

qu'il est mort et qu'il valait

bien deux connards comme toi.


JEAN rit.


JEAN

Il est chié, lui, hein!


Un homme s'approche de CHARLOTTE. Ça la rend inconfortable. L'homme s'en va. JEAN regarde CHARLOTTE.


JEAN

T'es une drôle, toi.


CHARLOTTE

Je sais pas.


JEAN

Charlotte...

Dis donc, Charlotte,

si on y allait?


CHARLOTTE

Je croyais

qu'on allait au Roule-Roule.


JEAN

On a le temps. Le Roule-Roule,

c'est jamais marrant avant 11 heures.


CHARLOTTE

Oui, mais de toute façon, moi,

il faut que je sois rentrée

avant 11 heures.


JEAN

Bien oui.


JEAN monte à l'hôtel. CHARLOTTE suit JEAN.


CHARLOTTE

C'est bizarre

comme hôtel, ici, non?


JEAN fait entrer CHARLOTTE dans sa chambre.


JEAN

Attendez, je vais

vous montrer un truc.

(Fouillant dans son armoire)

Je me suis payé ça.


JEAN sort un globe terrestre qui s'allume.


JEAN

Je la laisse pas traîner

parce que l'autre jour,

ils ont fouillé

dans mes affaires.

Ils feraient mieux

de faire le ménage.

Ça fait lampe.

Éteignez. Je vais

vous faire voir.


CHARLOTTE éteint le plafonnier et le globe s'allume en tournant.


JEAN

C'est beau, non?


CHARLOTTE

Oui.


JEAN

Ça tourne et ça tourne.


JEAN

Et plus ça tourne, plus les gens

restent dans leur coin.

C'est ça qui cloche.

Vous êtes pas d'accord?

Je vais peindre en rouge

tous les pays où je suis allé.

La Malaisie, le Liban.

Je peux vous dire, dans

ces coins-là, ça rigole pas.

Un jour, je vous raconterai.

Ça vous fera pleurer.

Mais non, je le ferai pas.

Je suis pas méchant.

(Parlant une langue étrangère)

C'est de l'espéranto.

C'est bien foutu comme truc.

Je commence à m'y mettre.

C'est l'avenir.

On y viendra tous un jour.

D'ailleurs, les frontières,

ça devrait pas exister.

Tous citoyens du monde.

(Montrant une place près de lui sur le lit)

Viens.


CHARLOTTE

Je voudrais m'en aller.


JEAN approche de la porte.


CHARLOTTE

Qu'est-ce qui doit être tard.

Je me demande l'heure qu'il est.


JEAN

(Caressant la joue de CHARLOTTE)

Tu veux me quitter, mon coeur?

Tu veux déjà t'en aller?


JEAN s'agenouille et appuie son visage sur le ventre de CHARLOTTE. Elle le repousse, mais il la tient serré.


CHARLOTTE

Non, monsieur...


JEAN soulève CHARLOTTE et s'écrase sur elle dans le lit. Il commence à l'embrasser.


JEAN

Tu m'aimes?


CHARLOTTE

Non.


JEAN

Tu m'aimes, Charlotte?


CHARLOTTE

Arrêtez... Non!

(Tentant de se dégager)

Non!


JEAN insiste et reste couché sur CHARLOTTE qui est trop petite pour se dégager.


CHARLOTTE

Non!!


CHARLOTTE mord l'oreille de JEAN qui hurle. Elle se lève et JEAN lui barre la route vers la porte. CHARLOTTE prend la lampe globe terrestre et la lance sur lui. La lampe se fracasse. CHARLOTTE sort en courant de la chambre.


JEAN

(Hurlant)

Non!


Une fois chez elle, CHARLOTTE avale un litre de liquide pour se réhydrater. Elle est en sueur. Puis elle remarque un vêtement plié sur la table avec une note pour elle. C'est une jolie robe fleurie. Sur la note, c'est écrit: «Si elle te plait, je te la donne, elle m'allait très bien dans le temps... Léone».


CHARLOTTE va voir son père qui s'est endormi devant le téléviseur encore allumé. Elle laisse la porte du réfrigérateur toute grande ouverte. L'écran du téléviseur grésille.


CHARLOTTE

Hé?


ANTOINE

(Somnolant)

Hein?


CHARLOTTE

Je peux te poser une question?


ANTOINE

Oui.


CHARLOTTE

Si quelqu'un frappe quelqu'un

avec un objet lourd en verre

puis qu'il meurt pas

tout de suite,

est-ce qu'il peut mourir

le lendemain?


ANTOINE

(Ouvrant les yeux)

Qu'est-ce que tu dis?


CHARLOTTE

Si quelqu'un frappe quelqu'un

avec un objet lourd en verre

puis qu'il meurt pas

tout de suite,

est-ce qu'il peut mourir

le lendemain?


ANTOINE

Oui.


CHARLOTTE est désemparée.


Le lendemain, la voix de SAM se répercute dans le vide de la pièce du piano à la maison du lac.


VOIX DE SAM

Bonjour. Nous ne sommes pas là,

mais nous prenons les messages.

Veuillez attendre le bip sonore

puis laissez votre nom,

votre numéro de téléphone

et la raison de votre appel.

Attention, c'est à vous.


Un signal sonore annonce le début de l'enregistrement.


VOIX DE CHARLOTTE

Bonjour, c'est Charlotte,

la copine de Clara

qu'est venue l'autre jour

et puis qui a eu

un malaise dans la piscine.

J'espère que vous vous rappelez.

J'espère que Clara a pas oublié

sa proposition

de me prendre avec elle

dans son équipe.

Des ennuis personnels

qui seraient trop longs à expliquer

font que ça devient urgent.

Enfin, c'est important

qu'elle oublie pas

à cause de ces ennuis.

Alors, je voulais lui dire

que j'irai la voir

à la sortie des artistes

après le concert d'aujourd'hui,

que ma valise sera prête

et puis moi aussi.

Je l'embrasse bien fort

et je l'aime toujours autant.


CHARLOTTE est dans sa chambre. Elle regarde sa valise posée sur une armoire.


LÉONE gare sa voiture devant le portail de la maison CASTANG. Elle klaxonne. CHARLOTTE descend pour aller voir. ANTOINE voit sa fille en robe.


ANTOINE

Eh bien, dis donc.

Qu'est-ce donc que tu caches là?

Mais t'as rien à cacher.

Oh, mais ça y est,

t'as des petits nénés!

Allez, à ce soir, ma fille.

Amuse-toi bien.


LÉONE fait un salut de la main à ANTOINE. CHARLOTTE monte dans la voiture. LULU est assise derrière sur la banquette.


CHARLOTTE

Bon, allez, on y va.


LULU

On y va.


LÉONE démarre.


LULU

(S'adressant à CHARLOTTE.)

T'as pas pris ta valise?


CHARLOTTE

Je vais pas aller à

un concert avec une valise, non?

Je passerai la prendre plus tard.

Avec Clara.


LÉONE

Elle te plaît, la robe?


CHARLOTTE

Ah, oui, oui.

Merci beaucoup.

Merci pour tout.


LÉONE

Lulu, t'as pris

tes ampoules au moins?


LULU

Hum-hum.


La salle de concert est vide. Les gens affluent dans le hall. Au loin, des copines de lycée de CHARLOTTE lui font des saluts en haut des escaliers. [OUVREUSE

Le programme, monsieur?

Demandez le programme.


COPINES DE CHARLOTTE

Charlotte!

Charlotte! Charlotte!


LULU

S'adressant à LÉONE

Il y a plein d'enfants.


Lentement la salle se remplit. CHARLOTTE prend sa place au parterre. Les musiciens de l'orchestre jouent quelques notes pour s'accorder. L'éclairage baisse. Le chef d'orchestre entre sous les applaudissements. Le chef d'orchestre salue. LULU regarde CHARLOTTE.


CHARLOTTE

Bien, arrête de me regarder.

Regarde là-bas.

C'est là que ça se passe.


CLARA entre dans sa robe de concert et salue le public sous les applaudissements. Elle prend place au piano et fait signe au chef d'orchestre qu'il peut commencer. Le «Concerto pour piano numéro 2» de Félix Mendelssohn commence.


LULU regarde CLARA et CHARLOTTE. Elle semble très perturbée, sa respiration s'accélère.


LÉONE

(Se penchant vers LULU)

Ça va?


LULU

Non. Je veux pas que Charlotte

s'en va avec la pianiste.


LÉONE

Chut! Tais-toi.


LULU se lève et commence à crier.


LULU

Je veux pas que Charlotte

s'en va avec la pianiste!

Je veux pas que Charlotte

s'en va avec la pianiste!

Je veux pas que Charlotte

s'en va avec la pianiste!!

Je veux pas que Charlotte...


LÉONE met sa main sur la bouche de LULU pour la faire taire. Le public, le chef d'orchestre et même CLARA sont perturbés. CHARLOTTE, LÉONE et LULU sortent de la salle de concert.


LULU

Elle t'aime pas, la pianiste.

Je suis sûre qu'elle t'aime pas,

la pianiste!


CHARLOTTE

Alors ça, je lui pardonnerai

jamais!

Jamais, jamais!

Elle a sa crise.

Je suis sûre qu'elle a pas pris

ses ampoules rien que

pour m'emmerder.


LULU

Si, j'ai pris mes ampoules!

Si...


LÉONE

Mais taisez-vous!

Sinon, moi,

j'en prends une

pour taper sur l'autre.


LULU

Je veux pas que Charlotte

s'en aille.


CHARLOTTE

Mais merde! Je peux même pas

voir la fin du concert.

Elle va me faire crever!


LÉONE

Eh bien, crève.


LULU

Eh bien, crève!

J'ai mal à la tête.

Mais c'est même pas vrai.

Tu vois bien qu'elle simule!

J'en étais sûre que ça allait

être gâché. J'en étais sûre!


CHARLOTTE retourne vers la salle de concert. Une ouvreuse se présente et repousse CHARLOTTE.


CHARLOTTE

Non, non, non.

Vous restez dehors.

Vous attendez

la fin du spectacle.

Vous dérangez tout le monde!


CHARLOTTE grimpe un escalier qui mène aux toilettes. Elle pleure pendant tout le spectacle.


À la gare, JEAN tient son sac de marin pour attendre le train vers Marseille.


CHARLOTTE finit par descendre des toilettes. L'OUVREUSE surveille pour ne pas laisser CHARLOTTE rentrer dans la salle. CHARLOTTE monte vers le balcon, puis elle fait le tour de l'arrière-scène et trouve le chemin des coulisses pour regarder CLARA jouer. Le concerto se termine et la salle explose en applaudissements et en bravos. CLARA se lève pour saluer et embrasser le chef d'orchestre. Puis elle salue de nouveau. Une fillette lui apporte des fleurs et CLARA se dirige vers les coulisses où déjà des admirateurs se ruent pour obtenir un autographe.


SPECTATEURS

(Scandant)

Clara! Clara!


CHARLOTTE suit le groupe d'admirateurs de CLARA vers les loges. CLARA arrive dans la direction opposée. Elle est accompagnée de FRANCK et d'autres personnes. Les admirateurs se ruent.]


ADMIRATEURS

Moi! à moi!

Clara, un autographe!

Clara!

S'il vous plaît,

un autographe.

Merci.


CLARA signe des autographes. CHARLOTTE reste à l'écart. CLARA la remarque et lui sourit. Après avoir signé les autographes, CLARA se dirige vers sa loge avec FRANCK qui ferme la porte. SAM approche de CHARLOTTE.


SAM

Vous avez vu?

Elle s'est pas pris les pieds

dans les touches, votre copine.

Bon, le chef a laissé partir

les cordes sur le final,

mais elle s'en est bien sortie.

Ah, elle est fortiche.

Elle est très fortiche.


CHARLOTTE

Vous croyez

qu'elle m'a reconnue?

Je suis pas sûre.


SAM

Bien sûr qu'elle vous a reconnue.

Elle est toujours comme ça

à la fin d'un concert.

On a l'impression

qu'elle n'est plus avec nous.

Qu'elle est à tout le monde.

À tous les inconnus

qui viennent la voir.

Parce qu'ils viennent

pas l'écouter.

Ils viennent la voir.

Seulement la voir.


CLARA ressort de sa loge. D'autres admirateurs l'attendent pour des autographes.


ADMIRATEURS

Clara! Clara!


SAM

La musique, ils s'en foutent.

Et pourtant, la musique,

c'est ce qu'il y a de plus beau.


ADMIRATEURS

Clara! Clara!


CLARA se dirige vers la sortie des artistes.


CHARLOTTE

Elle devait

m'emmener avec elle.


SAM

Non, sans blague, mais où?


CHARLOTTE

Bien, je sais pas,

pour l'aider.

Elle m'avait dit impresario.


SAM

Impresario?


CHARLOTTE

Vous avez pas reçu

mes coups de téléphone?


SAM

Écoute, t'as une minute, là?

Je vais aller lui parler.

On se retrouve à la sortie.

Je reviens. J'en ai pas

pour longtemps.

À la sortie, hein?


Devant la salle de concert, LULU pleure à chaudes de larmes. LÉONE et elle cherchent CHARLOTTE parmi les spectateurs qui sortent de la salle.


LULU

Tu vois qu'elle est partie,

Charlotte.

Tu vois que c'est pas

une menteuse.


À la sortie des artistes, CHARLOTTE aperçoit CLARA qui monte dans une voiture taxi. SAM reste derrière. CHARLOTTE la regarde partir et voit le groupe d'admirateurs qui courent derrière la voiture. SAM s'approche de CHARLOTTE, il lui tend un papier. LULU est en pleurs. Elle cherche partout dans la foule.


LULU

(Criant)

Charlotte!

Charlotte!

Charlotte!

(Courant vers CHARLOTTE)

T'es pas partie, Charlotte!


La petite LULU court et commence à saigner du nez en se tenant la tête. Puis elle s'effondre. LÉONE court vers LULU.


Plus tard, LULU salue des gens qui arrivent dans les jardins d'un hôpital. Elle rentre dans un dortoir où CHARLOTTE l'attend. Il y a un cadeau des cadeaux sur son lit d'hôpital.


LULU

Je te remercie beaucoup.


LULU retire un flacon de «Blue Moon» de sa boîte.


LULU

Tu sais quoi? Cette nuit,

j'ai rêvé de la pianiste.

Qu'est-ce qu'elle avait maigri.


CHARLOTTE

Ouais, elle m'a laissé

une lettre assez gentille.

J'ai pas encore eu

le temps de lui répondre.


LULU

Pourquoi t'es pas partie

avec elle?


CHARLOTTE

Oh, mais tu sais,

jamais j'ai voulu partir

avec Clara Bauman.

C'était pour me foutre de toi.

T'as rien compris.

Puis, il fallait me faire

un passeport, tout ça.

Quitter la France,

ça m'aurait contrariée.


LULU

Moi aussi, ça m'aurait contrariée.

Tu peux me dire pourquoi

ça t'aurait contrariée?


CHARLOTTE

Quand est-ce que t'arrêteras

de dire pourquoi?


LULU

Je m'arrêterai jamais.


CHARLOTTE

Bien, arrête-toi

provisoirement.

Tu sais ce que ça veut dire,

«provisoirement»?


LULU

Ça veut dire

«pas tout le temps».


CHARLOTTE

C'est ça, ça veut dire

«pas tout le temps».


CHARLOTTE tient la main de la petite LULU en regardant les gens dans les jardins de l'hôpital.


VOIX DE MONSIEUR GAZIER

Hop!


La chanson «Sara perché ti amo» de Richi e Poveri joue pendant que la présentation des comédiens principaux se fait en images.


Générique de fermeture

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