Universe image Droit comme un F Universe image Droit comme un F

Droit comme un F

En 1982, avec l´adoption de l´article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, la Constitution canadienne reconnaît aux minorités linguistiques le droit à l´éducation dans leur propre langue. Mais les minorités francophones hors Québec font alors face à une dure réalité : les infrastructures nécessaires pour recevoir une éducation française étaient presque inexistantes.

Share

Video transcript

Our Rights, Our Battles

With the 1982 adoption of the Canadian Charter of Rights and Freedoms, the Canadian Constitution recognized the right of linguistic minorities to education in their own language, provided for in Section 23 of the document. However, Francophone minorities outside of Quebec still face a harsh reality: the infrastructure needed for French education is lacking or entirely nonexistent. Parental committees are undertaking legal battles against their provincial governments to ensure that their rights are recognized and respected.



Production year: 2012

Accessibility
Change the behavior of the player

video_transcript_title-en

[NARRATRICE:]
La question
des droits linguistiques
remonte à 1867,
au tout début de la
Confédération du Canada.
Malheureusement, le principe
de dualité linguistique
est vite oublié.
L'anglais est imposé
dans les écoles,
et à partir de 1920,
l'enseignement du français
devient clandestin.
Ce n'est qu'avec
l'arrivée au pouvoir
de Pierre Elliott Trudeau,
50 ans plus tard,
que le bilinguisme reviendra
sur le devant de la scène.
Puisque les provinces
refusent le bilinguisme,
Trudeau ripostera avec la Loi
sur les langues officielles,
et surtout, en 1982,
il fera inscrire dans
la Charte des droits et libertés
le fameux article 23,
qui protège les droits
linguistiques des minorités.
C'est une immense victoire
pour les minorités.
Mais le plus dur reste à faire:
obtenir le respect
de ces droits.
Ainsi débute une longue
histoire de combats juridiques.
Ce sont de rudes batailles,
menées par des hommes
et des femmes
qui ne reculeront
devant aucun sacrifice
pour écrire en français
l'histoire de leur pays.
[Titre:] [Droit comme un F
Deuxième partie
Nos droits, nos batailles]
[Générique d'ouverture]
[Texte informatif:] [Montmartre,
Saskatchewan]
[NARRATRICE:]
Plus de 30 ans après
l'avènement de l'article 23,
la lutte se poursuit,
mais les enjeux changent.
Car s'il y a maintenant
des écoles,
c'est souvent le financement
adéquat qui manque.
Un des acteurs majeurs
de cette histoire
est l'avocat Roger Lepage.
Il a dévoué sa carrière
à défendre les droits
des minorités francophones,
aussi bien en Saskatchewan
que dans d'autres provinces.
[ROGER LEPAGE,
avocat, témoigne.]
[ROGER LEPAGE:]
J'ai vécu, moi,
l'assimilation.
Ça fait que j'ai parti
où ma première langue apprise,
c'était le français.
On parlait en français
à la ferme.
Mais lorsque
j'ai commencé l'école,
en très peu de temps,
ma langue dominante
était devenue l'anglais.
Par le temps que
j'ai fini la 12e année,
je me sentais beaucoup plus
à l'aise à parler en anglais.
[NARRATRICE:]
D'un bout à l'autre du pays,
la situation est la même.
Les minorités francophones
se heurtent
à des gouvernements provinciaux
hostiles au bilinguisme
et réticents à financer
des écoles pour les minorités.
C'est le combat de
David contre Goliath.
[ROGER LEPAGE:]
Faut avoir un équilibre
entre des procédures en cour
et le résultat.
On prend pour acquis
que t'as le droit à un
plein procès conventionnel.
Et puis nous, on dit non!
À un moment donné, maintenant,
le système mène à des procès
de tellement longue durée
et tellement coûteux
que le parent hésite
de faire valoir même
son droit à l'article 23.
[NARRATRICE:]
Aujourd'hui,
la plupart des membres de
la famille de Roger Lepage
ne parlent plus le français.
Avec son frère Hervé, qui vit
toujours sur la ferme familiale,
il revient sur les traces
de sa jeunesse,
dans le petit village de
Montmartre en Saskatchewan.
[Sur la cour d'une ferme,
ROGER LEPAGE
et HERVÉ LEPAGE,
un cultivateur, discutent.]
[ROGER LEPAGE:]
On est déménagés ici en 1960.
[HERVÉ LEPAGE:]
60.
[ROGER LEPAGE:]
Ça fait qu'on est
allés à l'école.
Moi, j'avais 7 ans,
toi, t'avais 10 ans, je pense,
quand t'as commencé ici.
Et puis, justement,
ç'a été un gros choc
culturel pour nous.
Moi, je me rappelle
toujours, parce qu'à Vonda,
on était habitués
à une petite école
avec des religieuses qui
enseignaient tout en français
sauf une heure d'anglais.
Et à ce moment-là,
c'était illégal de faire ça.
Ils étaient supposés
d'enseigner toujours en anglais,
mais ils permettaient
une heure de français.
Mais lorsqu'on est arrivés
à Montmartre, c'était l'inverse.
Là, ici, ils
suivaient la loi.
[Ils rient.]
[ROGER LEPAGE:]
Ils enseignaient
tout en anglais,
sauf pour une heure
de français.
Ben, il y avait
30 minutes de français
puis 30 minutes
de catéchisme en français.
[HERVÉ LEPAGE:]
Puis le français,
c'était pas pour tout le monde.
Et c'était le français
de l'ACFC.
[NARRATRICE:]
Dès 1918,
lorsque l'anglais avait été
imposé dans les écoles,
l'Association catholique franco-
canadienne de la Saskatchewan
avait mis en place un programme
de français parallèle
pour lutter
contre l'assimilation.
[ROGER LEPAGE:]
Il fallait qu'on achète
nos propres livres,
et puis on écrivait
nos examens le samedi.
Pour nos notes de français,
il fallait lire le
journal pendant l'été.
Tu voyais le nom
d'Hervé Lepage,
combien il avait fait
en littérature et en grammaire,
et puis moi aussi.
Tous les petits villages
francophones faisaient ça.
C'était mes parents
qui voyaient
que c'était important
d'avoir les 2 langues.
Et je me rappelle,
au déjeuner,
maman avait toujours
la radio française.
Et nous autres, on voulait
écouter des postes en anglais.
Ça fait qu'on allait
changer le poste.
Et puis maman disait:
"Non, vous gardez ça
sur le poste en français!"
Mais Montmartre,
c'était un gros village,
et puis c'était
vraiment francophone.
Ils avaient tous
des noms francophones.
Lorsqu'on est arrivés
à la paroisse,
la grande messe
se faisait en français,
et puis la basse messe
se faisait en anglais.
[ROGER LEPAGE
et HERVÉ LEPAGE
marchent dans le village
devant une église.]
[ROGER LEPAGE:]
C'est une très belle église,
ça, ici, Hervé.
[HERVÉ LEPAGE:]
Oh oui!
[ROGER LEPAGE:]
Vous êtes chanceux d'avoir ça.
J'aime l'architecture
là-dessus, c'est beau.
Malheureusement, tout se fait
juste en anglais maintenant.
[HERVÉ LEPAGE:]
Oui!
[ROGER LEPAGE
indique une affiche
en anglais devant l'église.]
[ROGER LEPAGE:]
"Sacred Heart of Jesus."
Et puis, en fin de compte,
je veux dire,
c'était la paroisse
Sacré-Coeur-de-Montmartre.
[ROGER LEPAGE
indique un mur de l'église.]
[ROGER LEPAGE:]
Puis ici, tu vois,
l'église bâtie...
Regarde qu'est-ce
que ça dit. Ah...
Regarde dans le coin
de l'église:
"A.D. 1918,
S.-C.-de-Montmartre."
Tu sais,
"Sacré-Coeur-de-Montmartre".
Puis ici, regarde:
"Coeur de Jésus, protégez-nous.
"1903 à 1928."
Ça fait que tout se faisait en
français, à cette paroisse ici.
C'est des francophones
qui l'ont bâtie.
[HERVÉ LEPAGE:]
Oui!
[ROGER LEPAGE:]
Puis malheureusement,
ils respectent même
pas les 2 langues.
Mais c'est ça,
l'assimilation.
Ha! On en a passé,
des messes, ici!
[ROGER LEPAGE
et HERVÉ LEPAGE
entrent dans l'église.]
[HERVÉ LEPAGE:]
... changements il y a
10 ans. Ça fait 10, 12 ans.
[ROGER LEPAGE:]
Tu vois? Tous...
[HERVÉ LEPAGE
lit sur des toiles
accrochées au mur.]
[HERVÉ LEPAGE:]
"... saintes femmes.
Jésus console..." Oui.
[ROGER LEPAGE:]
Tous les chemins de croix
sont juste en français.
"Jésus console
les saintes femmes."
On venait ici en 1960.
Nous autres, on était
le 3e banc, je pense.
[HERVÉ LEPAGE
indique un banc.]
[HERVÉ LEPAGE:]
Ou ben droit là, à côté.
[ROGER LEPAGE:]
Ici, oui.
[HERVÉ LEPAGE:]
On était
droit à côté.
[ROGER LEPAGE:]
Ah oui, c'est vrai.
Un, deux, trois.
On avait 2 bancs
parce qu'on était dix.
Et puis ç'a pas
pris grand temps.
Après 1963, ils ont commencé
à changer les messes.
Au lieu de la grande messe
de 10h30 en français,
il fallait venir à 9h00
pour la messe en français.
[ROGER LEPAGE
indique un confessionnal.]
[ROGER LEPAGE:]
Hé! La confession!
[HERVÉ LEPAGE:]
La confession
dans le coin en arrière!
[ROGER LEPAGE:]
Le confessionnal!
[HERVÉ LEPAGE:]
Oui!
[ROGER LEPAGE:]
C'était toujours
plus facile
de se confesser
en français, hein?
[HERVÉ LEPAGE:]
Oui!
[ROGER LEPAGE rit.]
[ROGER LEPAGE:]
Venez voir la statue
ici justement.
[ROGER LEPAGE lit
un écriteau sous une statue
de vierge.]
[ROGER LEPAGE:]
"En reconnaissance
pour faveur obtenue."
Pour démontrer comment,
dans très peu de temps,
une communauté peut être une
communauté francophone à 100%,
et puis ça disparaît: "poush"!
[NARRATRICE:]
Le village de Montmartre
est à l'image
de bien d'autres villages
francophones en Saskatchewan
qui ont vu leur
population s'assimiler,
faute d'avoir accès
à l'instruction en français.
Souvent, il aurait suffi
d'une génération
pour que le français disparaisse
complètement dans ces villages.
[ROGER LEPAGE
et WILFRID DENIS,
un sociologue, discutent.]
[ROGER LEPAGE:]
Ouais, c'est ça,
vraiment, c'était en 1971,
après que j'avais
fini ma 12e année,
qu'on s'est connus.
Parce qu'à ce moment-là,
toi, tu travaillais à l'ACFC,
l'association porte-parole
des francophones.
Et puis un de tes collègues
de travail, René-Marie Paiement,
était venu à la ferme.
Et puis il avait
proposé à mon père
d'organiser à Montmartre
un voyage-échange.
Parce qu'il disait:
"Ça ferait du bien si
les jeunes pouvaient voir
"que ça parle le français
"à l'extérieur de
notre petit village."
On était partis en train.
On a visité Ottawa,
on a visité Montréal,
on est restés à Moncton
pour un peu de temps.
Et puis, moi,
je me rappelle,
ça m'avait vraiment
ouvert les yeux.
J'ai dit: "Wow, il y a du monde
qui vit en français!"
Puis nous, on n'avait
jamais vécu ça.
On n'avait jamais
vu ça vraiment.
[WILFRID DENIS:]
Il faut comprendre
qu'en Saskatchewan,
les francophones
sont dans 2 bandes.
Il y a une ceinture
qui part de Régina,
qui va jusqu'à la
frontière américaine;
il y a 7, 8...
une dizaine de communautés, là.
Et ensuite,
il y a 150 milles
où il y a pas de
communauté francophone.
Et après ça, de Saskatoon
à Prince Albert,
là, il y a une autre ceinture
avec à peu près une quinzaine
de villages francophones.
Donc, on avait organisé
des voyages-échanges comme ça
dans différentes
communautés.
[ROGER LEPAGE:]
Puis c'est là où je pense
que j'ai eu la piqûre de dire:
"Écoute, il y a quand même
une communauté francophone.
"On a des droits, et puis il
faut qu'on se responsabilise,
"il faut qu'on fasse
des activités en français."
Ça fait qu'une fois que
ç'a été créé, ce groupe,
ce ralliement jeunesse là
dans le sud,
j'en étais devenu le premier
employé pour un an.
[Texte informatif:] [Régina,
Saskatchewan]
[NARRATRICE:]
Roger Lepage décide alors
de poursuivre des études
bilingues en droit
à l'Université de Régina,
une démarche qui lui permet
de retrouver son français.
[ROGER LEPAGE:]
Qu'est-ce qui s'est passé
dans l'Ouest canadien?
Comment ça se fait
qu'on est passés
d'une situation où on était
majoritaires à maintenant,
où on est tellement minoritaires
qu'ils ne veulent même plus
nous donner nos écoles?
Je suis un minoritaire
puis on respecte pas mes droits.
Il me semble
que c'est pas juste.
[NARRATRICE:]
Jeune avocat, il apprend
l'existence de l'article 110
de l'Acte des Territoires
du Nord-Ouest,
selon lequel
le français et l'anglais
sont des langues officielles
que l'on peut utiliser
devant les tribunaux.
Et en faisant ses recherches,
il découvre que cet article
est toujours en vigueur
en Saskatchewan,
mais qu'il n'est pas respecté.
En 1980, entre en scène
le père Mercure,
un curé de campagne
du nord de la Saskatchewan
qui passe beaucoup de temps
sur les routes
et reçoit une contravention
pour excès de vitesse.
Le père Mercure
est un fier francophone
dévoué au développement
du français en Saskatchewan.
Il demande un procès en français
pour obtenir une cause type
devant les tribunaux.
Mais l'opinion publique
n'est pas de son côté,
et le religieux recevra un grand
nombre de lettres haineuses
pendant le déroulement
de son procès.
[Dans un vidéo d'archives,
le PÈRE MERCURE
lit les lettres dans un cahier.]
[PÈRE MERCURE:] [Propos traduits de l'anglais] Ces français ne sont
pas canadiens.
Ils ne parlent pas
la langue du Canada.
Cessez d'ennuyer les blancs
du Canada. Quelle honte!
[Dans un vidéo d'archives,
le PÈRE MERCURE
conduit une voiture.]
[PÈRE MERCURE:]
Je suis tanné!
Ça fait 40 ans
que je suis ici
puis qu'on se bat
puis qu'on se bat
pour une petite école,
puis ci, puis ça.
On est toujours au ban.
Nos gens sont tannés!
Puis je trouve qu'on respecte
pas assez nos droits,
comme Canadiens français.
On a des droits,
nous autres aussi, au pays.
[NARRATRICE:]
Le père Mercure
était loin de penser
que cette affaire
se rendrait
jusqu'à la Cour suprême
du Canada.
[PÈRE MERCURE:] [Sur un vidéo d'archives] On va jusqu'au bout.
Avez-vous déjà vu un cas
d'un Français
qui va pas jusqu'au bout?
[NARRATRICE:]
Le procès s'étire
sur 8 longues années
au cours desquelles
le père Mercure
est emporté par la maladie.
La Cour suprême
accepte néanmoins
d'entendre cette cause,
car d'autres francophones
ont repris le combat
et le mèneront à la victoire.
[ROGER LEPAGE:]
L'aide juridique m'avait
approché en 1984, disant...
Il y avait un dénommé
Michel Tremblay,
qui avait été accusé d'une
infraction au Code criminel,
et puis qui parlait
très peu l'anglais.
Donc, eux savaient
que j'étais bilingue,
et puis ils m'ont demandé
si j'acceptais de prendre
ce dossier.
Puis j'ai accepté.
[Dans une cuisine,
MICHEL TREMBLAY
témoigne.]
[MICHEL TREMBLAY:]
Oui, c'est le fun de dire
"quand j'étais jeune".
Oui, c'est vrai.
Malheureusement, je me suis fait
arrêter en Saskatchewan
après m'être évadé du Québec.
J'étais déjà dans
une prison fédérale.
Je m'étais évadé parce que
la liberté, pour moi, c'est...
Malgré les délits
que j'avais commis,
la liberté,
c'était primordial.
Puis je savais que
j'en avais pour un bout.
Ça fait que là, je me suis
ramassé en Saskatchewan.
Puis n'ayant pas un sou,
n'ayant absolument rien
pour manger, ces choses-là,
il a fallu que je commette
un vol à main armée.
Mais comme c'était pas
ma province d'origine,
c'était pas mon endroit,
j'avais aucun repère,
ben, ç'a pas été trop, trop long
qu'ils m'ont repéré
et qu'ils m'ont arrêté.
J'étais comme
un petit peu recherché.
À ce moment-là, moi,
on m'a mis dans une...
aile de la prison qui était
l'aile super maximum,
justement parce que je revenais
d'évasion et tout, et tout.
Et puis j'ai demandé,
à ce moment-là,
de pouvoir bénéficier
d'aide juridique
au niveau de la province.
J'ai attendu, j'avais aucun
service au niveau de ma langue.
On me parlait en anglais.
On voulait pas du tout
s'occuper de mes choses,
parce que, pour eux autres,
j'étais comme un intrus.
En tout cas, c'est ce
qu'on me faisait sentir.
[ROGER LEPAGE:]
J'ai rencontré Michel Tremblay
et je lui ai dit:
"Écoute, en Saskatchewan,
"on n'a pas le droit d'avoir
des procès en français encore."
[MICHEL TREMBLAY:]
Je lui ai expliqué
ma situation,
il a refait les démarches
lui avec de son côté.
Mais Roger, à ce moment-là,
était membre
de la Fédération des
francophones de la Saskatchewan.
Déjà là, en partant,
ça me donnait
un super bon coup de main.
Puis là, après avoir eu quelques
discussions avec Roger,
c'est là qu'il m'a expliqué.
Il a reculé dans le temps.
Il m'a parlé du temps
de Louis Riel.
Là, j'ai dit: "Woh!
Tu vas chercher ça loin!"
Il dit: "Non, non!
"Regarde, t'es celui,
quelque part, qu'on attendait."
Là, il m'a parlé du père
Mercure, son histoire à lui.
[ROGER LEPAGE:]
Mais je lui ai dit:
"Écoute, si tu veux,
"il y a quand même eu
le dossier du père Mercure
"qui est en cour d'appel.
"Mais ça fait 2 ans et demi
qu'on attend la décision,
"on l'a toujours pas.
"Si tu veux, on pourrait répéter
les mêmes arguments
"sur ton dossier,
"et puis aller de l'avant."
Michel a accepté:
"À faire avancer
vos droits linguistiques,
"ça me ferait plaisir."
Ça fait que j'ai argumenté
en cour provinciale
que l'article 110
des Territoires du Nord-Ouest
était en vigueur,
que la décision Mercure avait
statué que ça existait toujours,
et puis qu'on attendait toujours
la décision de la cour d'appel.
J'ai présenté mes arguments
et puis j'ai perdu
en cour provinciale.
Le juge a dit:
"Non, l'article 110 existe,
"mais ça garantit juste
un droit d'interprète.
"Tout se fait en anglais ici."
[Dans un vidéo d'archives,
MICHEL TREMBLAY
parle à des journalistes.]
[MICHEL TREMBLAY:]
... pour pouvoir
défendre mes droits
avec ma langue maternelle,
et non avec l'anglais,
que je comprends environ
juste à moitié.
[ROGER LEPAGE:]
Le 17 avril 1985,
l'article 15 de la Charte
des droits et libertés
était entré en vigueur.
Puis ça, c'était
le droit d'égalité,
l'égalité de toute personne
devant la loi.
Ça fait que moi,
j'ai argumenté:
"Il y a pas d'égalité
devant la loi au Canada ici!
"Au Manitoba,
s'il avait été arrêté là,
"il aurait eu
un procès en français.
"S'il était à Whitehorse,
il aurait un procès en français.
"Mais pour une raison
ou une autre,
"la Saskatchewan a choisi
de pas le donner.
"Puis pourtant, c'est une loi
fédérale, le Code criminel."
Le juge a statué en ma faveur,
puis là, moi, j'ai commencé
à présenter une base factuelle.
J'avais de la documentation
du Manitoba qui démontrait
qu'avant, dans la
province du Manitoba,
il y avait des procès
en français.
Deux semaines plus tard,
le juge a dit:
"On accepte tes arguments.
"M. Tremblay a droit
à un procès en français."
Ils ont accéléré le processus.
On a fait le procès
à Gravelbourg
devant juge et jurés.
Il y avait un juge bilingue.
Et puis on a réussi
à faire le premier procès
criminel en français
en Saskatchewan.
Et puis on a pu démontrer
que ça fonctionnait bien.
[Dans un vidéo d'archives,
ROGER LEPAGE
et MICHEL TREMBLAY
parlent à un journaliste
à la sortie d'une cour.]
[ROGER LEPAGE:]
... n'est pas habitués.
Mais quand même,
c'est un moment de fierté
pour moi personnellement.
Je trouve que c'est
beaucoup plus facile
que je m'y attendais.
Il y a pas tellement
de mots techniques,
et puis d'ailleurs,
avec un petit lexique,
une couple de jours avant,
c'est pareil comme si
on le faisait en anglais.
[JOURNALISTE:] [À MICHEL TREMBLAY] Es-tu satisfait du déroulement
du procès en français?
[MICHEL TREMBLAY:]
Oui, ça va bien!
Du côté traducteur,
ça va très bien.
Je comprends tout exactement
ce qui arrive. Ça va bien.
[JOURNALISTE:]
C'est le plus important,
comprendre ce qui arrive?
[MICHEL TREMBLAY:]
Oui, exactement,
pour savoir où je m'en vais.
[JOURNALISTE:]
Merci!
[Sur le vidéo d'archives,
MICHEL TREMBLAY
entre dans une voiture
de police.]
[ROGER LEPAGE:]
Tu sais,
le dossier de Michel Tremblay
a quand même débloqué
des grands changements à travers
pas seulement la Saskatchewan
mais toutes les provinces
n'ayant pas encore adopté
les modifications nécessaires
pour avoir des procès
criminels en français.
[Dans un parc,
MICHEL TREMBLAY
s'assoit avec sa famille
autour d'une table à pique-nique.]
[ROGER LEPAGE:]
Il y a peut-être 3 ans,
j'ai reçu un courriel d'un
Michel Tremblay qui me disait:
"Est-ce que c'est toi,
le Roger Lepage qui m'a défendu,
"premier procès criminel
en français?"
J'ai répondu:
"Ben oui, c'est moi!"
[MICHEL TREMBLAY:]
Juste pour lui dire, écoute...
et c'était muet comme message:
"Ce que t'as fait pour moi,
ç'a été utile.
"Regarde où je suis
rendu aujourd'hui."
Puis ça me faisait plaisir
de le faire aussi,
parce que Roger,
c'est un chic type.
[ROGER LEPAGE:]
Et là, il m'a informé,
tu sais, qu'il est à Montréal,
qu'il est marié
et qu'il a 3 enfants.
Et moi, j'étais
vraiment content de voir
qu'il avait pu changer sa vie,
et puis qu'il semblait
faire très bien.

[ROGER LEPAGE
promène sa mère,
GABRIELLE LEPAGE,
qui est sur une chaise roulante.]
[ROGER LEPAGE:]
Ça fait qu'aimes-tu
ça, dehors?
[GABRIELLE LEPAGE:]
Oui. Mais c'est froid.
[ROGER LEPAGE:]
T'as froid, là?
[GABRIELLE LEPAGE:]
Oui.
[ROGER LEPAGE:]
Veux-tu rentrer?
[GABRIELLE LEPAGE:]
Non, je vais faire
un tour puis c'est tout.
[ROGER LEPAGE:]
OK! Où est-ce que tu veux
aller pour ta dernière tournée?
[GABRIELLE LEPAGE:]
Droit là, là.
Droit là.
[ROGER LEPAGE:]
Tu veux qu'on passe ici?
[GABRIELLE LEPAGE:]
Oui.
[ROGER LEPAGE:] [Narrateur]
Une des choses qu'on a vues
aussi en Saskatchewan,
c'est que les petits villages
francophones se sont assimilés,
et les francophones ont déménagé
de plus en plus dans les villes.
Ça fait qu'il y a eu
l'urbanisation des francophones.
En puis,
en fin de compte,
c'est ça qui nous
a sauvés aussi,
parce que dans les villes,
c'était plus facile
de revendiquer
nos écoles francophones.
Et puis, après 1982,
avec l'article 23 de la Charte,
on a pu justement dire:
"On a un droit constitutionnel
maintenant à nos écoles."
Et puis, moi, je sais que même
avant que j'aie des enfants,
je me suis affairé
à revendiquer
pour créer des
écoles françaises.
Et puis c'était en 1978
qu'en Saskatchewan,
ils ont rendu légal qu'on puisse
enseigner le français
comme langue seconde.
[Dans une chambre,
ROGER LEPAGE
et GABRIELLE LEPAGE
regardent un album
de photographies.]
[ROGER LEPAGE:]
Ça, c'était papa puis
nous autres, ça, ici.
[GABRIELLE LEPAGE:]
Oui. Ça faisait
de l'ouvrage, hein?
[ROGER LEPAGE:]
Oui, on travaillait
fort, n'est-ce pas?
[GABRIELLE LEPAGE:]
Oui, mais
vous aimiez ça.
[ROGER LEPAGE:]
Oui, on aimait ça, c'est vrai.
[GABRIELLE LEPAGE:]
Oui.
[ROGER LEPAGE:]
Est-ce que t'aimais ça,
être fermière, toi?
[GABRIELLE LEPAGE:]
Oh oui, j'ai aimé ça!
J'ai adoré ça.
[ROGER LEPAGE:]
Oui... T'adorais ça, hein?
Qu'est-ce que t'aimais faire
le mieux, le plus à la ferme?
[GABRIELLE LEPAGE:]
D'être dehors!
[ROGER LEPAGE:]
D'être dehors?
Et toi, tu nous emmenais
les repas dans le champ.
[GABRIELLE LEPAGE:]
Oui.
[ROGER LEPAGE:]
Tu te rappelles de ça?
[GABRIELLE LEPAGE:]
Oh oui, si je me
rappelle de ça!
[ROGER LEPAGE:] [À la caméra] En 1979,
je me suis marié.
Et j'ai marié
une anglophone unilingue,
mais on avait discuté
d'avoir des enfants
et qu'on voudrait que
les enfants soient francophones.
Et puis on s'est rendu compte
que c'était difficile
de le faire sans l'école.
Je me suis impliqué
avec un mouvement de parents
ici, à Régina,
où on revendiquait justement
l'ouverture
d'écoles francophones,
même avant l'article 23.
Et puis je me rappelle,
parce que j'étais jeune avocat
à ce moment-là,
le groupe de parents
m'avait dit:
"Pourrais-tu être porte-parole?"
On est allés rencontrer
le Catholic School Board,
puis on a demandé
au Catholic School Board
de nous créer une école
française langue première.
Puis ils ont dit:
"Non, pas besoin.
Vous avez pas ce droit-là."
On a continué à revendiquer,
puis finalement,
ils ont accepté de créer
une école bilingue pour nous
dans 3 portatives
qu'ils ont mises derrière
une école anglophone.
[WILFRID DENIS:]
On a été obligés
d'ouvrir notre école
sous la gestion des écoles
catholiques anglophones.
On savait déjà,
à ce moment-là,
que ça allait nous créer
plein de problèmes,
et que ça répondait pas
à nos besoins.
Et c'est là que l'article 23
était fondamental pour
nous dans la Charte.
Finalement, on allait
peut-être ouvrir une porte
qui allait nous permettre
de gérer nos écoles.
[ROGER LEPAGE:]
Ça fait que là, on a commencé
à devenir plus revendicateurs.
Non seulement on voulait
des écoles françaises
langue première,
mais on voulait
qu'elles nous appartiennent.
On est allés voir le ministre
de la Justice en 1984,
et puis on a demandé
la création d'une commission
scolaire provinciale
et puis la mise sur pied
d'écoles francophones
un peu à travers la province.
Le ministre de la Justice
de l'époque a dit:
"Non, l'article 23
veut pas dire
"que vous avez le droit
"à des écoles françaises
langue première.
"Les écoles d'immersion, les
écoles bilingues, ça suffit.
"Ça dit nulle part que vous avez
le droit de gérer vos écoles.
"Si vous êtes pas d'accord,
allez en cour."
On a dit: "Si c'est ça que
tu veux, on va aller en cour."
On est allés en procès en 1987.
Mais par ce temps-là,
Mahé avait déjà passé
la première étape.
Et puis on a gagné.
J'ai fait témoigner Wilfrid
comme un expert, un sociologue,
sur l'importance de l'école
comme une institution-clé
de la communauté
pour la transmission
de la langue, de la culture,
le sens identitaire.
Et puis on a gagné
ce procès-là.
Ils nous ont dit qu'on avait
le droit de contrôler,
d'avoir une
commission scolaire.
Nous, on voulait une
commission scolaire provinciale.
Et puis eux
insistaient qu'on ait
des commissions scolaires
locales pour chaque école.
Mais ça nous...
On était
chacun éparpillé.
Ça nous permettait pas
de regrouper nos forces.
Mais on a trouvé un moyen
quand même de vivoter là-dessus.
[WILFRID DENIS:]
En Saskatchewan, la Cour
suprême a fait une nuance.
Elle a déterminé
que c'était pas dans
la Constitution comme tel,
mais c'était dans les lois
de la Saskatchewan.
Donc, c'était législatif,
ce qui donnait l'autorisation
ou l'autorité à la province
de changer ses lois
si elle le voulait.
Et dans l'espace
de quelques mois,
la province, comme si
c'était une surprise...
Probablement qu'ils étaient
préparés à l'avance,
ils avaient prévu
cette éventualité-là.
Dans l'espace de quelques mois,
ils ont adopté une loi
pour rendre la province
de la Saskatchewan
unilingue anglophone,
mais avec certaines permissions
pour le français
à certains égards.
Donc, c'était permissif,
mais pas obligatoire
d'avoir certains services
en français en Saskatchewan.
Et là, après, ça ouvre
tout un autre genre de lutte.
Il faut se battre pour avoir des
services, un service à la fois,
plutôt que d'avoir
une base constitutionnelle
à la langue française
en Saskatchewan.
Et c'est là que
tout tombait en place:
le jugement Mercure, le jugement
sur la gestion scolaire,
l'entente pour financer
les écoles,
l'entente pour ce qui est
devenu l'Institut français.
On avait du pain
sur la planche.
[ROGER LEPAGE:]
Oui, il y avait
beaucoup de travail.
[ROGER LEPAGE
se tient devant
l'École Monseigneur de Laval.]
[ROGER LEPAGE:]
Et puis, en 1995,
on est déménagés ici,
parce que là, l'autre école
était beaucoup trop petite.
Ils nous avaient ajouté
plein de portatives,
mais encore là,
ça répondait pas à nos besoins.
Et puis là, c'était beaucoup
trop petit, comme de raison.
Ça fait que là,
il a fallu qu'on agrandisse.
On a dépensé plusieurs
millions de dollars
qu'on avait reçus
du gouvernement fédéral
pour en faire un centre
scolaire communautaire.
[NARRATRICE:]
Il faudra attendre 2005
pour que les Fransaskois
obtiennent un premier conseil
scolaire francophone.
Suivra la bataille pour obtenir
davantage d'écoles primaires,
une école secondaire
et les financements nécessaires.
[ROGER LEPAGE:]
Et on a demandé
une injonction
pour obtenir une autre
école abandonnée.
Ça faisait 3 ans
qu'elle était abandonnée
dans le nord de la ville.
Une école secondaire,
pour nous,
ç'aurait été le paradis,
tu sais.
Et puis, le jour avant
que le juge tranche,
le gouvernement a annoncé:
"OK, on vous la donne, l'école.
On va vous la passer."
[NARRATRICE:]
Les Fransaskois de Régina ont
enfin gagné une école secondaire
avec tous les locaux
et les programmes équivalents
à ceux des écoles anglophones.
En Saskatchewan,
toutes les demandes scolaires
aboutissent en cour,
car le gouvernement ne bouge
qu'à coups d'injonctions.
Aujourd'hui,
c'est encore le cas.
[ROGER LEPAGE:]
Ce qui m'a motivé le plus,
c'est une fois que
j'ai eu des enfants.
Parce que là, euh...
Hum... [Ému] Il y a tout le côté émotionnel
de ça parce que...
une fois que t'as des enfants,
c'est là où tu veux
leur transmettre...
... la langue, la culture,
le sens d'identité.
Et puis si les services
sont pas là
lorsque tes enfants
en ont besoin, ben...
Il y a juste une année où ton
enfant est en première année,
et ainsi de suite.
Ça fait que si t'as pas
les services, ils manquent.
Ça fait que...
je veux dire, c'est...
Et c'est pas juste pour moi.
C'était mes frères,
mes soeurs, mes amis,
toute la communauté, tu sais,
tous les jeunes parents.
Si t'avais pas les services,
ben, on savait
qu'est-ce qui se passerait.
Il n'y aurait plus
de communauté francophone.
Les réunions de famille
se feraient en anglais
parce que les gens
comprennent pas.
[HERVÉ LEPAGE
et ROGER LEPAGE
se tiennent devant
une reproduction
de la tour Eiffel.]
[ROGER LEPAGE:]
Ben, je trouve ça un peu
ironique! N'est-ce pas?
[HERVÉ LEPAGE:]
Oui!
[Ils rient.]
[ROGER LEPAGE:]
C'était un
village francophone,
et après nous
avoir assimilés,
après ça, ils viennent bâtir une
tour Eiffel en notre honneur.
C'est un peu bizarre!
[HERVÉ LEPAGE:]
Oui!
[ROGER LEPAGE:] [Narrateur]
C'est pas juste
un côté juridique,
c'est aussi tout ce côté
communautaire, émotionnel.
Tu sais, tu luttes pour
plusieurs années pour ça.
Tu luttes une vie pour ça.
[WILFRID DENIS:]
Je peux comprendre,
on adopte l'article 23 en 82.
Les premiers 10 ans,
il faut aller devant les
tribunaux clarifier l'article.
On obtient la
gestion scolaire.
Ça devrait être réglé
une fois pour toutes!
Mais au fil des années,
dans les derniers 10 ans,
il y a plus de décisions
que dans les premiers 10 ans.
Donc, comment se fait-il
qu'on n'arrive pas
à régler ces questions
une fois pour toutes,
et puis que
les francophones,
leurs droits se fassent
respecter par leur gouvernement
de façon automatique,
sans avoir à toujours
recourir devant les tribunaux
pour faire "patcher"
une mautadite toiture.
Pour avoir accès à un système
d'autobus qui fonctionne,
avoir accès à une
salle de menuiserie
ou avoir accès à ce
qui est équivalent
aux élèves anglophones?
Ç'a pas de sens!
[ROGER LEPAGE:]
L'article 23 de la Charte,
qui garantit le droit d'accès
aux écoles françaises
pour la minorité francophone,
c'est un outil que
si on ne l'avait pas,
on serait pas
où on est aujourd'hui.
L'article 23 nous a permis
de revendiquer.
Les gouvernements, eux,
vont pas passer à l'action
pour faire respecter tes droits.
Le droit existe seulement
dans la mesure où tu assumes
la responsabilité,
tu prends en charge
la responsabilité
de le faire respecter.
[ROGER LEPAGE
discute avec des jeunes
avocats.]
[NARRATRICE:]
Des avocats de la
relève se préparent
à continuer le combat des causes
linguistiques avec Roger Lepage.
Ils sont en train de travailler
sur la cause du Yukon,
une autre cause importante
qui se rendra jusqu'en
Cour suprême du Canada.
[Autour d'une table,
ROGER LEPAGE
et d'autres avocats
sont en réunion.]
[AVOCAT:]
J'ai le dossier
pour la Commission scolaire
francophone du Yukon.
Et puis il faut
avoir une réunion
pour commencer à se
répartir le travail,
parce que ça
s'en vient vite.
On a juste quelques semaines
pour déposer nos documents.
[ROGER LEPAGE:]
Toutes les pièces
de preuves
puis la transcription,
les affidavits,
peut-être que Romain,
tu pourrais faire ça?
Là, il va y avoir du travail
à faire là-dessus.
Romain, je pense qu'il faudrait
que tu dormes au bureau.
[ROMAIN:]
Je pense qu'on va
tous dormir au bureau.
[PIERRE FOUCHER,
professeur à la Faculté de droit
de l'Université d'Ottawa,
témoigne.]
[PIERRE FOUCHER:]
L'évolution
des droits linguistiques,
c'est comme tous
les autres droits.
Ça passe par les tribunaux et ça
connaît des phases, des vagues.
On a eu la première phase,
comme je le disais,
dans les années 80, 90.
Maintenant, on est
dans une 2e vague
où on commence à clarifier,
à entrer dans des questions plus
techniques, plus profondes,
sur les ayants droit,
sur qui décide,
sur les formules de financement.
Alors, une fois que
cette vague-là va être passée
et qu'on aura des jugements
qui nous expliqueront comment
travailler avec l'article 23,
quel est son impact,
quelle est son application,
ben, on aura peut-être d'autres
questions qui vont surgir,
qui sont difficiles
à prévoir pour le moment,
et qui vont faire en sorte que
les ministères de l'Éducation
et les conseils scolaires
ne s'entendront pas
sur la dimension qu'il faut
donner à l'article 23.
Il faudra retourner
devant les tribunaux.
C'est comme un édifice auquel
on pose des briques une par une.
C'est comme ça que
le système fonctionne.
Et parfois, on n'a pas besoin
d'aller devant les tribunaux
lorsque les gouvernements
prennent leur responsabilité
au sérieux
et interviennent rapidement.
D'autres fois,
malheureusement,
il faut aller se battre
devant les tribunaux
lorsque les gouvernements
résistent.
[Texte informatif:] [Whitehorse, Yukon]
[NARRATRICE:]
Le Yukon possède
une petite communauté
d'environ 33 000 personnes,
dont 1200 francophones,
qui ont obtenu leur commission
scolaire en 1996.
Il y a une seule école
francophone à Whitehorse,
et devant l'augmentation
du nombre d'élèves,
les ressources manquent.
La commission scolaire
francophone réclame,
depuis plusieurs années,
la création d'une
école secondaire.
Devant les refus du ministère
de l'Éducation,
elle fait appel à l'avocat
fransaskois Roger Lepage
pour porter la cause en cour.
[ROGER LEPAGE:]
Parce qu'en 1996,
le gouvernement
avait bâti une école,
l'école Émilie-Tremblay,
très belle école.
Mais encore là, il y avait
vraiment pas de côté secondaire.
Donc, on prévoyait plus ou moins
que les gens enverraient
leurs enfants jusqu'en 9e année,
puis après ça,
ils transféreraient leurs jeunes
à une école anglaise.
Même si la commission
scolaire existait,
la réalité était que c'était
le ministère de l'Éducation
qui gérait l'éducation
en français.
[ANDRÉ BOURCIER,
président sortant
de la Commission scolaire
francophone du Yukon,
témoigne.]
[ANDRÉ BOURCIER:]
En 2009, on est arrivés
à la conclusion que, vraiment,
ce qui nous était donné
comme pouvoir
par le ministère de l'Éducation
ne pouvait pas répondre
aux besoins de la
communauté francophone.
[ROGER LEPAGE:]
Puis je voyais
qu'eux croyaient vraiment
à la nécessité d'avoir
une vraie gestion scolaire,
où il y aurait un budget
qu'eux administreraient,
qu'eux feraient
les embauches des enseignants,
qu'ils revendiqueraient
la création d'une école.
Donc, finalement,
on a décidé en 2009
de déposer
un recours judiciaire.
[Dans une classe,
MARC CHAMPAGNE,
enseigne à des élèves.]
[NARRATRICE:]
Marc Champagne est enseignant
à l'école Émilie-Tremblay,
et vit au quotidien
les problèmes d'espace.
[Dans la classe,
une élève prend un papier
dans une boîte.]
[MARC CHAMPAGNE:]
Veux-tu lire la question?
[ÉLÈVE1:] [En lisant sur le papier] "Ma plus grande
peur, c'est...?"
[MARC CHAMPAGNE:]
Qu'est-ce qui te fait
le plus peur dans la vie?
[ÉLÈVE1:]
Oh!
[Les élèves lèvent
la main pour répondre
à la question.]
[NARRATRICE:]
Il était également directeur
de l'école par intérim
au moment du procès.
Il devient alors un témoin
majeur dans la cause,
et y consacre 2 ans de sa vie
aux côtés d'André Bourcier.
[Dans un corridor
de l'école,
ANDRÉ BOURCIER
et MARC CHAMPAGNE
regardent des photographies
sur un mur.]
[ANDRÉ BOURCIER:]
C'est l'année où moi, je suis
arrivé à la commission scolaire.
Puis là, il y avait
un gros groupe
qui a été diplômé
cette année-là.
[MARC CHAMPAGNE:]
Mais aussi, dans certaines
des grosses années,
il y avait
certains élèves
qui ne passaient pas
beaucoup de temps à l'école.
[ANDRÉ BOURCIER:]
Non. Puis il y en a
d'autres ici aussi.
[MARC CHAMPAGNE:]
Ils faisaient
des cours ailleurs.
[ANDRÉ BOURCIER:]
De là l'académie Parhélie
puis toutes ces affaires-là,
de dire: "On va
essayer de trouver..."
[MARC CHAMPAGNE:]
Oui. Ben, c'est arrivé
dans ce temps-là.
[ANDRÉ BOURCIER:]
La rétention, c'est
un drôle de problème.
C'est pas de les diplômer,
c'est de les garder
dans l'école.
Dans le système de
confrontation d'un procès...
[MARC CHAMPAGNE:]
C'est pas le
meilleur forum.
[ANDRÉ BOURCIER:]
... qu'est-ce qui compte,
qu'est-ce qui compte pas?
C'est ça, les questions
venaient tout le temps:
"Ça va aider la rétention?"
[MARC CHAMPAGNE:]
Oui.
[ANDRÉ BOURCIER:]
Ben, on a fait toutes
les autres affaires.
Si là, on a un édifice
pour le secondaire,
ben oui, ça va aider
la rétention.
[MARC CHAMPAGNE:]
Hum-hum!
[NARRATRICE:]
Le procès de première
instance est terminé,
mais l'expérience a été
marquante pour les demandeurs,
et elle demeure très présente
dans les esprits.
[MARC CHAMPAGNE:]
La vie n'arrête pas
pour un procès.
On n'était pas
en congé de travail.
Alors, j'étais directeur d'école
avec un programme allant
de la maternelle, 4 ans,
jusqu'à la 12e année,
avec un rôle important
dans la communauté,
avec l'Association
franco-yukonaise
avec la commission scolaire.
Il y avait beaucoup encore,
à ce moment-là, de rencontres,
de réunions avec
le ministère de l'Éducation.
Alors, c'était un gros travail
juste durant un temps normal,
mais en plus, on rajoutait
des heures et des heures
avec le procès.
Alors, c'était énorme.
[ANDRÉ BOURCIER:]
J'ai des droits.
J'étais là avant
le Canada, j'existe.
On a toujours été là,
on a toujours été francophones,
et à la grandeur du territoire.
Et tout d'un coup, on va en
cour, et on se fait demander:
"Oui, mais pourquoi
t'aurais droit à ça?
"Pourquoi il faudrait
qu'on t'écoute?
"Pourquoi il faudrait
que tu sois différent?"
C'est comme ça tous les jours,
8 heures par jour,
5 jours par semaine.
À toutes les fois
qu'on dit quelque chose,
il faut le justifier.
Il faut justifier
notre existence.
Il faut justifier notre droit
de pouvoir éduquer nos enfants
dans notre langue ancestrale.
[MARC CHAMPAGNE:]
J'ai des opinions très fortes
par rapport à la valeur
d'une éducation en français,
spécialement du fait
que je viens de l'Alberta.
J'ai vu ce qui arrive
quand on n'a pas accès
à une école en français.
J'ai vu des amis qui
ont perdu leur langue,
qui ont perdu leur culture.
[ANDRÉ BOURCIER:]
Du nombre de gens
qui nous ont fait confiance,
qui sont venus,
à qui on a dit:
"Écoute, il faut mettre
des visages là-dessus.
"Viendrais-tu nous
raconter ton histoire?
"Et on te le dit d'avance,
ça sera pas de la tarte!
"La personne en face
"va essayer de complètement
détruire ton histoire.
"On le sait que c'est ton
histoire, que t'as vécu ça.
"Mais ils vont te mettre
en doute, te questionner.
"Ils vont suggérer que peut-être
c'est pas ça qui est arrivé,
"peut-être t'as
une mauvaise vision,
"peut-être que dans le fond,
c'est toi, le problème,
c'est pas eux autres."
[MARC CHAMPAGNE:]
Quand on se fait
contre-interroger,
on se fait poser
toutes sortes de questions.
Puis parfois,
on a l'impression
qu'on tente de
tendre des pièges.
Alors, c'est pas une expérience
facile, c'est certain.
[ANDRÉ BOURCIER:]
Tu peux pas te faire remettre
en question comme ça sans arrêt
sans que ça réussisse,
jusqu'à un certain point,
que tu te remettes en question
pour vrai et te dises:
"Ben là, oui, peut-être
que je mérite pas ça."
Puis là, tu te couches,
puis tu te dis:
"Voyons, c'est ben
une drôle de pensée."
Puis là, tu dors pas
puis tu te dis:
"Non, non, je le mérite."
Puis là, tu le refais,
le procès.
Tu refais le procès
pour toi dans ta tête.
Puis tu repars
le lendemain matin,
puis tu te présentes en cour
à 8h30 puis tu dis:
"Non, j'ai droit à ça."
[MARC CHAMPAGNE:]
Je veux dire, le témoignage
a été très difficile.
Ç'a occupé 2 années
de ma vie. [Ému] J'étais très chanceux.
J'avais 2 jeunes enfants
à la maison.
Alors, j'étais chanceux d'avoir
une épouse qui était prête à...
... à faire le travail
que je ne pouvais pas faire
à la maison,
à se libérer un peu plus
de son travail
pour être plus présente
auprès des enfants.
Alors, il y a certainement eu
beaucoup de sacrifices.
[ANDRÉ BOURCIER:]
On a gagné
en première instance.
On a gagné le gros des points,
les points qui étaient
les plus importants
pour la gestion scolaire.
On a gagné l'école secondaire.
On a gagné beaucoup de points.
On a gagné les services
en français du gouvernement.
[ROGER LEPAGE:]
Malheureusement, le
gouvernement est allé en appel.
On a eu une décision
de la cour d'appel.
Ils ont statué qu'il y avait
une crainte raisonnable
de partialité de la part
du juge du procès.
C'était un Franco-Albertain
qui semblait trop favorable
à la commission
scolaire francophone
plutôt qu'aux arguments
du gouvernement.
[NARRATRICE:]
La Cour suprême a accepté
d'entendre la cause
des francophones du Yukon
sur la question
de la partialité du juge,
mais aussi sur
l'ensemble des demandes
faites par la
commission scolaire.
En attendant,
la vie continue à l'école,
mais les élèves sont
de plus en plus à l'étroit.
[MARC CHAMPAGNE
visite l'école où il travaille
en compagnie de MARK MUCKLER,
le directeur de l'école.]
[MARC CHAMPAGNE:]
On a une très belle école.
Elle était construite
avec 3 ailes.
Alors, une aile primaire,
une aile intermédiaire,
une aile secondaire, avec des
salles de classes qui rayonnent.
Et au centre,
on avait une salle d'art,
on avait la bibliothèque,
un laboratoire informatique,
on avait une salle de musique,
on avait une salle
d'économie familiale.
Auparavant, une des choses
qu'on avait tenté de faire
ici à l'école,
c'était de garder un espace
pour nos grands du secondaire.
[MARK MUCKLER:] [À des élèves dans le corridor] Alors, bonjour, les élèves!
Ça va bien?
[ÉLÈVE:]
Oui!
[MARC CHAMPAGNE:]
Alors, nous avions,
auparavant,
vraiment toute
une aile ici
qui était réservée
pour le secondaire.
Au fil des ans,
année après année,
on rajoutait des classes,
et il a fallu couper.
Alors, maintenant, ce n'est plus
du tout une aile du secondaire.
On a une classe
de 6e année,
on a 2 classes
de 5e année maintenant.
À part ça, le secondaire
occupe 2 portatives.
[MARK MUCKLER
et MARC CHAMPAGNE
entre dans une classe
où se trouve des élèves
et une enseignante.]
[MARK MUCKLER:]
Bonjour!
Bonjour, Mme Vézina! Ça va bien?
[MME VÉZINA:]
Oui, merci!
[MARK MUCKLER:]
Comme vous pouvez
le constater,
il y a des appareils ménagers
au fond de la salle.
Du fait que c'est devenu
une salle de classe,
on n'a plus les facilités
pour faire le bistrot,
qui répondait à des besoins pour
nos jeunes sur l'heure du midi
pour les dîners chauds,
finalement.
Alors, pour le moment,
c'est des boîtes à lunch
pour tout le monde.
[MARK MUCKLER
fait visiter un laboratoire.]
[MARK MUCKLER:]
Ici, on a le laboratoire
de sciences.
C'est un local tampon
pour accommoder tout le monde.
L'aile qui était ici,
c'était pour mieux répondre
à la programmation
de l'académie Parhélie,
qui comprenait les élèves
de la 7e à la 12e année.
Le fait qu'on manque d'espace,
je suis au courant que certains
élèves nous ont quittés
parce qu'ils n'avaient
plus le sentiment
qu'ils étaient
dans un vrai secondaire.
[Dans la cour de l'école,
une INTERVIEWEUSE
interroge deux adolescents.]
[INTERVIEWEUSE:]
Peux-tu me dire
pourquoi tu as choisi
de terminer ton secondaire ici,
à l'école Émilie-Tremblay?
[ADOLESCENT:]
Première raison, c'est
qu'on a un diplôme bilingue,
ce qui aide beaucoup
dans le futur, dans l'avenir.
Hum... J'ai plein d'amis ici.
C'est une plus petite école.
J'aime un petit peu plus ça,
être moins dans le monde
que dans les plus
grosses écoles,
les autres écoles au Yukon.
[INTERVIEWER:]
Lara, je vais passer à toi.
[LARA:]
Hum?
[INTERVIEWER:]
Est-ce que t'as l'intention
de terminer ton secondaire ici?
[LARA:]
Je sais pas encore.
À chaque année,
tu sais, on...
on se demande un peu si
on reste, si on part ou...
[INTERVIEWER:]
Vous êtes combien
dans ta classe?
[ADOLESCENT:]
On est une classe de 2 années,
11e et 12e années,
et on est seulement
9 élèves.
[LARA:]
On a 2 profs.
Toute l'année,
on reste avec ces profs-là.
Ils séparent les 9e
pendant que l'autre va faire
un autre cours avec les 10e.
Fait que ça,
c'est difficile,
parce que si, admettons,
tu veux devenir, je sais pas...
tu veux aller dans les langues,
ou comme dans la politique,
tout ça, tu sais,
c'est vrai qu'ils vont pas
t'offrir tous les cours pour ça.
[ADOLESCENT:]
On a un grand aspect
plein air ici.
Donc, on fait beaucoup
de camps dans la nature
et on fait des voyages.
À chaque année, il y a un grand
voyage à la fin de l'année.
Moi, j'aime beaucoup
qu'est-ce qu'on fait.
[ANDRÉ BOURCIER:]
Les 2 systèmes,
primaire et secondaire,
sont très distincts
quand on en fait la gestion.
Ça devient très, très clair d'un
point de vue de gestionnaire.
Au primaire, on a un enseignant,
on a une salle de classe
et on a des enfants.
Quand on arrive au secondaire,
tout d'un coup,
il y a des économies d'échelle
qui apparaissent
avec les nombres
qui permettent d'avoir
une programmation plus riche,
d'avoir plus d'enseignants,
d'avoir plus de salles
de cours spécialisées.
Quand les systèmes francophones
arrivent pour "compétitionner"
contre les systèmes anglophones,
leurs nombres sont très petits
et ils sont pas capables
de mettre à l'horaire
autant de cours.
Ils sont pas capables d'offrir
autant de salles spécialisées.
Ils sont pas capables d'offrir
autant de diversité aux jeunes.
C'est vrai qu'on
n'a pas de nombre.
Mais si on n'a pas de nombre,
on pourra pas avoir
d'enseignants.
Si on n'a pas d'enseignants,
on pourra pas mettre
de cours à l'horaire.
Si on met pas
de cours à l'horaire,
on n'aura pas de jeunes!
Donc, la revendication
de l'école secondaire,
c'est profond.
Ça va directement dans le sens
de pouvoir avoir
une communauté vibrante.
Si on n'est pas capables
d'avoir des installations
pour être capables d'offrir
des services comparables,
on pourra jamais
garder nos jeunes.
[Dans un corridor
de l'école,
ANDRÉ BOURCIER
et MARC CHAMPAGNE
regardent des photographies
sur un mur.]
[ANDRÉ BOURCIER:]
C'est ça.
[MARC CHAMPAGNE:]
Oui.
[ANDRÉ BOURCIER:]
Puis encore une fois,
c'est une affaire de cohorte.
[MARC CHAMPAGNE:]
Parce que ça,
c'était le premier groupe
qui a fait toutes ses études
secondaires à l'école ici.
[ANDRÉ BOURCIER:]
On reconnaît
les familles aussi,
les familles qui étaient là
depuis le début
puis qui se sont battues
pour l'éducation francophone.
[MARC CHAMPAGNE:]
... d'avoir un
nouvel édifice.
Ce qui était bien,
l'autre jour,
c'est Jasmine Forget, elle est
arrivée avec son enfant.
[ANDRÉ BOURCIER:]
Son bébé.
[MARC CHAMPAGNE:]
Oui, oui, qui est maintenant
en maternelle, 4 ans.
Alors, c'est bien
d'avoir des diplômés...
[ANDRÉ BOURCIER:]
Ça boucle la boucle.
[MARC CHAMPAGNE:]
... qui reviennent
avec leurs enfants, oui.
[ANDRÉ BOURCIER:] [Narrateur]
Quand on est arrivés ici,
on voulait absolument élever
nos enfants en français.
Et là, on pouvait pas se fier
à nos référents culturels,
parce que
nos référents culturels
étaient à 8000 kilomètres
vers l'est.
Donc, c'est pas une question
de sirop d'érable,
c'est pas une question
de pommiers.
C'est pas ça qu'il y a ici.
Qu'est-ce qu'il y a ici?
Ben, ici, il y a de l'eau,
il y a des grandes rivières,
il y a des lacs.
Ici, il y a des montagnes.
[DANIEL arrive
en voiture près d'un lac
avec ses deux enfants.
Ils s'apprêtent à faire du canot
sur le lac.]
[ANDRÉ BOURCIER:]
Donc, ça va être ça,
la réalité.
Donc, il faut
trouver une façon,
il faut s'intéresser
à ce que les gens font ici,
le transposer
dans notre langue
et être capable de faire
des activités familiales
qui vont utiliser cet aspect-là.
Ça, c'est difficile.
C'est pas aussi évident
que ça en a l'air.
Parce qu'évidemment,
nous aussi, on est dans
le milieu anglophone.
À un moment donné, ce serait
tellement simple de juste dire:
"OK, ben, regarde,
on est ici puis c'est tout."
Puis ça, c'est
"paddle",
puis ça, c'est
"canoe",
puis on s'en va,
puis on
"paddle around"!
Ce serait facile!
Tout le monde est bilingue,
on a juste à le faire.
Mais en quelque part,
il faut dire:
"Non, c'est pas ça
qu'on va faire.
"On va le faire dans cette
langue-là, qui est la nôtre.
"On va prendre tous
les moyens nécessaires
"pour être capable
de permettre aux enfants
"de devenir des Yukonais
"et de maintenir
la langue française."
[ANDRÉ BOURCIER
s'approche de DANIEL
et ses enfants devant leur canot.]
[ANDRÉ BOURCIER:]
Salut, Daniel!
[DANIEL:]
Salut, André!
Comment ça va?
Ça va bien?
Content de te voir!
[Ils se serrent la main.]
[ANDRÉ BOURCIER:]
Ben oui! Maudite
belle journée!
[DANIEL:]
Mets-en!
Il était temps!
[ANDRÉ BOURCIER:]
Oui, il était
temps pas mal!
Ça fait que là, tu pars
avec tes enfants?
[DANIEL:]
Ben oui.
[ANDRÉ BOURCIER:]
Cool!
[DANIEL:]
On allait profiter
du beau temps.
[ANDRÉ BOURCIER:]
Ç'a ben du bon sens.
[DANIEL:]
Oui, une belle soirée pour ça.
[ANDRÉ BOURCIER:]
Oui.
[DANIEL:]
Ben, salut, André!
[ANDRÉ BOURCIER:]
Salut!
Bonne randonnée!
[DANIEL et ses enfants
partent en canot.]
[ANDRÉ BOURCIER:] [Narrateur]
Toute la question
de la structure des programmes
au secondaire,
qu'est-ce qu'on fait pour avoir
un programme secondaire
quand on a peu de ressources
pour permettre aux jeunes
d'avoir un programme engageant
qui va les maintenir
dans une école secondaire?
Ici, la plupart des enfants
sont très actifs très tôt
avec les sports extérieurs.
S'ils font ça,
à ce moment-là,
pourquoi on n'intègre pas ça
dans nos programmes?
Et ce qu'on va faire,
c'est qu'on va les certifier
pour faire ces choses.
Donc, on le sait qu'ils vont
faire de la montagne.
Si on les certifiait
pour des cours d'avalanche?
On sait qu'ils font du canotage.
Si on les certifiait
pour le canotage qu'ils font,
puis, à ce moment-là,
leur permettre d'avoir
des cartes de compétence
qui vont leur permettre d'aller
dans des camps de vacances,
d'être des enseignants, etc.?
[Des jeunes entrent
dans un autobus
avec de l'équipement de camping.]
[NARRATRICE:]
Puisque l'école
manque de ressources
pour les élèves du secondaire,
les enseignants ont développé
le programme Parhélie,
un projet original qui utilise
les grands espaces extérieurs
comme lieux d'expérimentation.
Les jeunes font
beaucoup de sorties
pour approfondir
ce qu'ils apprennent en classe.
Par exemple, pour leur cours
de sciences humaines,
ils font le sentier Chilkoot,
une randonnée qui leur permet
de marcher sur les traces
des premiers francophones.
[ANDRÉ BOURCIER:]
Dans le cas
de la piste Chilkoot,
où les jeunes partent
de Skagway en Alaska,
montent la chaîne de montagnes
pour redescendre
de l'autre côté au Yukon,
c'est la piste
des chercheurs d'or.
Quand le Klondike
a été découvert,
qu'il y a eu une ruée vers l'or,
il y a eu énormément de
chercheurs d'or francophones.
La première femme à avoir
traversé cette piste-là,
c'est Émilie Tremblay,
dont le nom est utilisé
pour l'école,
qui s'est établie à Dawson,
qui était quelqu'un d'important
dans cette communauté-là.
Il y a eu beaucoup
de francophones
qui sont venus au Yukon.
Beaucoup sont restés.
L'histoire de l'éducation
au Yukon est intéressante
parce que l'éducation
a toujours été bilingue
jusqu'en 1910, 1912.
Et c'était des soeurs
qui s'occupaient de l'éducation,
des soeurs francophones.
Puis ça, en ayant nos jeunes
qui font cette piste-là,
on est capables
de réintroduire cet aspect-là.
[CHRISTIAN BRIDEAU
et ses élèves
sortent d'un autobus,
dans un parc.]
[CAMÉRAMAN:]
Donc, vous partez
combien de jours?
[CHRISTIAN BRIDEAU:]
Cinq jours.
Dimanche jusqu'au jeudi.
La philosophie,
c'est d'amener l'éducation
à l'extérieur
de la salle de classe.
On veut donner
à l'élève l'expérience
de vivre autre chose qu'être
assis sur les bancs d'école.
En même temps, les élèves
ont leur journal de bord,
il y a des exercices
à faire le soir,
par exemple, prendre la distance
qu'ils ont parcourue,
on va faire des mathématiques,
on va tracer des
graphiques avec ça
qui vont répondre au curriculum.
Et aussi, en français,
en sciences humaines,
il y aura des exercices
à compléter.
Puis c'est à chaque soir.
Ils vont être fatigués, il va
faire froid, les mains trempes,
il faut qu'ils sortent
leur crayon et leur papier.
[JEAN-FRANÇOIS BLOUIN,
enseignant, se prépare
à partir en randonnée.]
[JEAN-FRANÇOIS BLOUIN:]
Le réseau est fini,
on n'a plus d'accès.
Ça fait que c'est de se
reconnecter avec la nature
plutôt qu'avec l'Internet.
C'est une bonne ascension.
Il y a des parties
très abruptes.
La température peut
y faire pour beaucoup.
Le col est toujours
imprévisible.
C'est nuageux, c'est venteux.
J'ai jamais vu
le col au beau soleil,
je pense une fois seulement.
Habituellement, quand on est
rendus de l'autre côté,
c'est la grosse fête.
Ils sentent vraiment
qu'ils ont fait quelque chose
de difficile ensemble,
et qu'ils ont réussi,
et là, c'est la fête.
[Devant l'autobus,
DANIEL GIROUARD
assiste au départ
de la classe.]
[DANIEL GIROUARD:]
Moi, je suis
le chauffeur d'autobus.
Moi, je viens les porter,
leur dire au revoir.
[FEMME:]
Il est paralysé
en haut du cou.
[DANIEL GIROUARD:]
Oui. J'aimerais ça,
y aller, par exemple.
Je l'ai jamais fait. Non.
Un jour!
Il y a plein de monde qui vient
de partout dans le monde
qui vient faire ça,
puis eux autres...
c'est un privilège!
[CHRISTIAN BRIDEAU
ajuste le sac à dos
d'un élève.]
[CHRISTIAN BRIDEAU:]
Il faut enlever du poids
ici, c'est ça qui arrive.
On va enlever
du poids là. Grrr!
Ça fait du bien?
[ÉLÈVE2:]
Ah oui!
[CHRISTIAN BRIDEAU:]
Ok! On va juste ça serrer ça
un petit peu plus.
[Les enseignants et élèves
prennent une photographie
de groupe avant de partir.]
[CHRISTIAN BRIDEAU:]
On y va ou on n'y va pas?
[EN CHOEUR:]
On n'y va pas!
[La classe part en randonnée.]
[ANDRÉ BOURCIER:] [Narrateur]
Ça, je pense
que c'est quelque chose
qui est extrêmement important
sur l'ensemble de la
francophonie canadienne.
Il faut amener
nos jeunes à comprendre
qu'ils sont pas d'ailleurs.
Ils sont d'ici,
ils sont d'où ils sont,
et ils sont francophones.
[Dans un corridor
de leur école,
ANDRÉ BOURCIER
et MARC CHAMPAGNE
discutent.]
[ANDRÉ BOURCIER:]
On le savait,
l'académie Parhélie,
c'était quelque chose
qui était un peu transitoire
en attendant de se rendre
à l'école secondaire.
Puis là, c'est là qu'on en est.
On va croiser les doigts.
On va espérer que ça va
fonctionner en Cour suprême
puis qu'on va finir par
avoir ce qu'on a gagné.
[MARC CHAMPAGNE:] [En riant] Oui!
[ANDRÉ BOURCIER:]
Qu'on va finir par l'obtenir.
Parce que là, pour
l'instant, on l'a pas.
[MARC CHAMPAGNE:]
Quand on dit qu'on n'a pas
assez d'élèves au secondaire,
ben, on nous disait
la même chose
quand on a ouvert
les portes de l'école,
qu'on pouvait pas
justifier un édifice
pour les quelques élèves
dans le programme francophone.
Mais là, on a
230 élèves.
[ANDRÉ BOURCIER:]
On n'en sort
pas, hein!
Il faut tout le
temps recommencer
à expliquer
ces affaires-là,
puis réussir
à les faire marcher!
[Dans la cour de l'école,
des élèves témoignent.]
[ÉLÈVE2:]
Je trouve que c'est
une bonne école.
Je trouve qu'on manque un peu de
place, qu'on est pas mal tassés,
mais il y a beaucoup d'élèves,
il y a beaucoup d'amis,
les profs sont vraiment gentils
puis ils sont vraiment
des bons profs.
Donc, j'aime
vraiment mon école.
[ÉLÈVE3:]
Je veux
vraiment avoir
une vraie école
secondaire francophone.
[ÉLÈVE2:]
Whitehorse, c'est plus
anglophone que francophone.
Donc, ils hésitent
parce qu'ils sont plus nombreux.
[ÉLÈVE3:]
On pense pas qu'on doit aller
dans une école d'immersion.
[ÉLÈVE2:]
Oui.
[NARRATRICE:]
Les francophones du Yukon
et leurs avocats
ont encore un long chemin
à parcourir.
La cause a été entendue
en Cour suprême du Canada
et la Cour suprême
a décidé de confirmer
qu'il y a eu apparence de
partialité de la part du juge.
Le procès de première instance
devra donc être repris
depuis le début.
[ROGER LEPAGE:]
Ce que je voulais
dire à la Cour, c'est:
"Pensez à l'enfant!"
Parce que l'article 23
est là pour l'enfant.
Et puis l'enfant,
il est en première année
seulement une fois,
en 2e année
seulement une fois.
Si ça prend 15 ans pour régler
le droit à une équivalence
en éducation,
c'est pas une forme de
réparation juste et équitable.
Ça remet en cause aussi
toute la question
de la primauté du droit.
Les tribunaux sont supposés
donner accès aux
citoyens ordinaires.
Si ça coûte tellement cher,
le citoyen ordinaire va
tout simplement
laisser l'article 23
dans les livres,
et ça veut rien dire
dans sa vie.
Ça fait que c'est ça,
le message, en gros,
que je voulais passer.
[PIERRE FOUCHER:]
La question du financement est
cruciale dans tous les enjeux,
et c'est le grand débat à
l'heure actuelle, effectivement,
devant les tribunaux
autour du financement,
de ce que ça prend,
de ce que ça coûte,
et aussi de comment on relie
la question du financement
avec la question des nombres
qui le justifient.
Les formules de financement,
à l'heure actuelle,
ont tendance à traiter les
conseils scolaires minoritaires
comme ceux de la majorité.
On leur alloue
un petit peu plus
parce qu'on admet
que ça coûte un peu plus cher,
mais c'est jamais suffisant
pour rencontrer tous les besoins
pertinents à l'instruction
dans la langue de la minorité.
Voilà pourquoi
les conseils scolaires
sont obligés de se battre
avec les gouvernements
pour recevoir les ressources
qu'ils estiment nécessaires
à la mise en oeuvre
de l'objectif
du droit constitutionnel
et de l'article 23.
[MARC CHAMPAGNE:]
C'est décourageant
de vivre ce qu'on a vécu
avec l'appel,
où on s'est faire dire
qu'il fallait tout recommencer.
Alors, moi, j'ai espoir
que peut-être on aura gain
de cause à la Cour suprême.
Mais je pense aussi
que tout ce qu'on a fait,
même à ce point-ci,
a déjà fait avancer les choses.
Je trouve qu'il y a
une plus grande ouverture
auprès du gouvernement.
On a vu certains progrès,
alors c'est pas du temps perdu.
Mais c'est pas quelque chose
qui se fait rapidement.
Il faut être patient,
très patient,
et se dire que peut-être que
ce sera pas pour nos enfants,
mais pour nos petits-enfants
ou d'autres générations.
[Dans une classe,
MARC CHAMPAGNE
joue de la guitare
devant ses élèves
qui chantent.]
[MARC CHAMPAGNE:]
On est prêts?
[EN CHOEUR:]
♪♪ On m'envoie au champ ♪
♪ C'est pour y cueillir ♪
♪ On m'envoie au champ ♪
♪ C'est pour y cueillir ♪
♪ Je n'ai point cueilli ♪
♪ J'ai cherché des nids ♪
♪ Au chant de l'alouette ♪
♪ Je veille et je dors ♪
♪ J'écoute l'alouette ♪
♪ Et puis je m'endors ♪
♪ Je n'ai point cueilli ♪
♪ J'ai cherché des nids ♪
♪ Je n'ai point cueilli ♪
♪ J'ai cherché des nids ♪
♪ J'ai trouvé la caille ♪
♪ Assise sur son nid ♪
♪ Au chant de l'alouette ♪
♪ Je veille et je dors ♪
♪ J'écoute l'alouette ♪
♪ Et puis je m'endors ♪
♪ Au chant de l'alouette ♪
♪ Je veille et je dors ♪
♪ J'écoute l'alouette
et puis je... ♪♪
[Générique de fermeture]