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French en Amérique

Know What I Mean? is a series of vignettes about the funniest, most far-fetched North American French expressions. Share them with your friends!

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Part 1

Vincent Leclerc discovers the importance of the media in the Penetanguishene community and goes on to follow the trail of famous American author Jack Kerouac, who was born to French parents. The role of Francophiles and immigrants in the spread of the French language is particularly obvious in Winnipeg. Vincent then discovers why the American Midwest still has French sing-along songs.



Réalisateur: Martin Cadotte
Production year: 2017

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VIDEO TRANSCRIPT

Des images de différents lieux de la ville de Québec défilent. Vincent Leclerc marche dans la vieille ville de Québec.


VINCENT LECLERC

Bonjour, je m'appelle Vincent

Leclerc. Aujourd'hui, je suis

dans le Vieux-Québec. C'est ici

que Samuel de Champlain a fondé

Québec en 1608. J'ai donc les

2 pieds dans le plus ancien

établissement français en

Amérique. Pour moi, il y a pas

de doute, c'est ici que je dois

commencer ma quête pour

«French en Amérique»,

sur ce territoire peuplé

pendant des milliers

d'années par les

Premières Nations et

qui avant d'être occupé

par l'Empire britannique,

avait été largement parcouru,

cartographié et métissé par les

Français, puis les Canadiens

français. J'ai la chance d'être

parfaitement bilingue, je suis

donc véritablement un enfant de

l'Amérique. Mais je suis

profondément attaché à mes

racines francophones. C'est

pourquoi j'ai envie d'aller à

la rencontre de cette partie

oubliée de notre histoire,

celle qu'on raconte pas dans les

livres d'histoire justement.

Je veux découvrir l'héritage

oublié des Canadiens français en

Amérique. Et pour y arriver,

je vous propose un voyage en

2 épisodes, des dizaines et

des dizaines de milliers de

kilomètres et des rencontres

avec des gens passionnants.

Je m'apprête à remettre les

pendules de notre histoire à

l'heure. Suivez-moi.


Titre :
French en Amérique


Intertitre :
L'importance des médias pour exister


Sur une carte, Penetanguishene en Ontario est marqué par un point. Une icône du visage de MAXIME PRONOVOST apparaît au-dessus du nom de la ville.


MAXIME PRONOVOST (Narrateur)

C'est Maxime Pronovost en

ondes jusqu'à 13h00. Vous

écoutez Midi Simcoe

à CFRH 88,1, partout

dans le comté de Simcoe.


MAXIME anime son émission de radio dans un petit studio.


MAXIME PRONOVOST

106,7 pour les gens à Barrie. On

a de la très grande visite

aujourd'hui en studio: Vincent

Leclerc, acteur, comédien,

animateur, il porte plusieurs

chapeaux. Vincent Leclerc,

bienvenue!


VINCENT LECLERC

Allô!


MAXIME PRONOVOST

Jusqu'où est-ce que l'équipe

va se promener dans le cadre de

cette émission-là?


Pendant la nomenclature, des images des villes mentionnées défilent.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Euh, écoute, on arrive de...

juste les derniers jours, on

était à Boston, Lowell, qui est

pas très loin, Whitehorse pis

Penetang, qui est tout... tout

dans le même coin, tu vois.


MAXIME PRONOVOST

Tout le même genre de villes.


VINCENT LECLERC

Oui, toujours le même genre de

villes! Peu de gens sont au

courant, malheureusement, mais

le Canada et les États-Unis et

une partie du Mexique ont été

cartographiés et explorés avec

l'aide de guides francophones et

d'interprètes francophones. Et

c'est un peu le point de départ

de la série, qui veut explorer

les communautés francophones un

peu moins connues de... de

l'Amérique. On parle de certains

personnages historiques, mais on

parle aussi de gens qui font

bouger les choses en français et

qui gardent le français en vie

et sain dans des plus petites

communautés, comme

vous, monsieur.

Euh... donc, c'est... c'est

ce qu'on explore!


MAXIME PRONOVOST

Eh ben, c'est très bien, parce

que de un, ça fait redorer la

langue française, mais aussi les

particularités de chacun

des endroits.


Des images de différents lieux de la ville de Penetanguishene en Ontario défilent.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Il y a pas juste à Québec où

on parle français depuis plus de

400 ans. Il y a ici aussi, à

Penetanguishene, ville située

au sud-est de la magnifique baie

georgienne.


VINCENT est dans le port de Penetanguishene en hiver.


VINCENT LECLERC

(S'adressant au public de l'émission)

À Penetanguishene,

c'est 11% de la population qui

parle français. Et ici, les

médias traditionnels et les

médias sociaux jouent un rôle

de premier plan.



NARRATRICE

Âgé de 32 ans,

Maxime Pronovost

est animateur et chef

de l'équipe de radio de CFRH.

Originaire d'un petit village

situé près de Trois-Rivières

au Québec, il a toujours voulu

faire de la radio. Déjà, à l'âge

de 5 ans, un simple crayon

devenait entre ses petites mains

un micro imaginaire. En

décrochant un emploi à la radio

de Penetanguishene, il réalise

plus qu'un rêve. Il a compris

que son micro avait un super

pouvoir, celui de combattre

l'assimilation. Il lui manque

juste une cape aux couleurs de

la station pour compléter son

look de superhéros. Explorateur

des temps modernes, il repousse

les frontières en naviguant entre

les ondes hertziennes et

l'espace numérique. Son but...

faire rayonner la langue française.


VOIX DE MAXIME PRONOVOST

Eh bien, c'était Damien Robitaille,

«Tout feu tout flamme»,

première chanson franco-

ontarienne de l'heure à CFRH

88,1 et 106,7. Il est midi...


VINCENT converse avec MAXIME dans un bureau attenant aux studios de radio.


VINCENT LECLERC

Je vois que t'as

un ordinateur devant toi. Il n'y

a plus juste la ligne ouverte,

là, pour être en contact avec

les auditeurs. Tu peux voir les

commentaires qui sont écrits en

temps réel sur Facebook.


MAXIME PRONOVOST

La question que je me pose,

c'est: est-ce que la nouvelle

ligne ouverte est devenue le

média social?


VINCENT LECLERC

C'est pas juste une écoute

de musique, il y a aussi une

communauté qui vit, qui parle,

qui a des besoins, qui a des

aspirations. Vous avez pas juste

un mandat de diffuser de la

musique francophone, là.

C'est... c'est beaucoup plus

large, je pense, non?


MAXIME PRONOVOST

C'est de donner une

prolongation à ce que réfléchit

la population.


VINCENT LECLERC

Ça me semble bi...

bidirectionnel, en fait.

C'est vraiment...


MAXIME PRONOVOST

On est 2.0.

On est totalement 2.0.


Pendant que les multiples tâches de MAXIME au poste de radio local sont présentées en images, MAXIME explique le contexte linguistique.


MAXIME PRONOVOST (Narrateur)

Il y a absolument rien d'évident

de se parachuter ici et

d'essayer de prendre racine dans

la communauté. C'est pas quelque

chose qui est facile. La

communauté est très petite,

et faut faire sa place en se

prouvant, alors montrer qu'ils

peuvent avoir confiance en nous.

J'avais promis un an à mes

patrons, en disant: «Je m'en

viens ici, j'essaie pendant

un an, puis...»


VINCENT LECLERC

Il te reste deux mois?


MAXIME PRONOVOST

Je travaille extrêmement fort

à m'intégrer.


VINCENT LECLERC (Narrateurj)

L'avenir de Maxime

à la radio communautaire

de CFRH est encore incertain.

Son départ serait une grande

perte. Son habileté à jongler

avec les médias sociaux et à

les intégrer dans son travail

quotidien est un précieux atout

pour toute la communauté

francophone de la région.


NARRATRICE

Saviez-vous que l'on

compte près de 33 millions de

francophones à travers les

Amériques? 9,6 millions au

Canada, 11 millions aux États-Unis,

plus de 200 000 au Mexique,

9,7 millions dans les

Caraïbes et 2,6 millions en

Amérique centrale et du Sud.


Des images de différents lieux de la ville de Lowell au Massachusetts aux États-Unis défilent.


Intertitre :
L'importance d'assumer sa francophonie


Sur une carte, un trait marque le déplacement de VINCENT vers Lowell pour rencontrer JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER. Ensuite, VINCENT se trouve dans une maison immense.


VINCENT LECLERC

L'auteur Jack Kerouac est

une icône de la littérature

américaine, qui a laissé dans

ses archives personnelles de

nombreux écrits dans la langue

de Molière. Fils de parents

canadiens-français, Kerouac

aimait bien rêver, mais aussi

dire des gros mots dans sa

langue maternelle.

Franco- Américain d'adoption

Jean-Christophe Cloutier a

développé un lien particulier

avec Kerouac en devenant un

spécialiste de ses écrits

francophones. Il s'est reconnu

dans la crise identitaire de cet

auteur américain qui naviguait

entre 2 langues, entre 2 mondes.

Et c'est en rencontrant

Jean-Christophe que j'ai découvert

que le monde de Kerouac,

c'est aussi un peu...

parfois beaucoup le mien.


Devant un auditoire, JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER lit un texte. VINCENT est dans la salle.


Texte narratif :
«Se dur pour mue parle l'Angla parse je toujour parle le Francas Canadian chenou dans ti-Canada. Encore plus dur s'écrire en Angla; je se comment mai je peu pa, je veu pas; jveu mexplique pi conte mon histoire pour tous me chum su ma rue peuve comprende cosse jdi. Sa's plu important que toul restant. »


JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER

(Lisant le texte)

«C'est dur pour moi de parler l'anglais,

parce que j'ai toujours parlé

le français canadien chez nous

dans le Petit Canada. Encore

plus dur, c'est écrire en anglais.

Je veux m'expliquer pis conter

mon histoire pour que tous mes

chums sur ma rue peuvent

comprendre que c'est que je

dis. Ça, c'est plus important

que tout le restant.»


Ensuite, VINCENT discute avec JEAN-CHRISTOPHE.


JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER

Kerouac, son oeuvre amène

une intimité entre auteur

et lecteur.

Il te parle directement. C'est

pour ça qu'il y a des

générations de lecteurs qui

se sentent tellement proches

et s'identifient tellement avec

Kerouac. Pas juste des Canadiens

français, tu sais, des Américains!

Il est honnête avec

le lecteur d'une façon qu'on est

souvent seulement honnête avec

nos amis les plus proches.


NARRATRICE

Jean-Christophe Cloutier,

37 ans, a grandi à Beauport,

pas loin de Québec. C'est un

passionné de littérature et

un expert de l'oeuvre de

Jack Kerouac. À l'adolescence,

pendant que ses amis traînent

au centre d'achats, lui, il a

la tête plongée dans l'oeuvre de

Kerouac. C'est une révélation!

Il s'est reconnu dans la crise

identitaire de l'auteur, lui qui

passe aussi d'une langue à

l'autre sans même y réfléchir.

Habitant aux États-Unis depuis

2005, il reste très fier de ses

racines francophones, une fierté

qui ne l'empêche pas de

s'inquiéter pour sa petite

fille, à qui il aimerait

beaucoup transmettre sa langue

maternelle. En attendant, il

s'est donné comme mission de

faire revivre le franco-américain

oublié de Kerouac, ce français qui

jadis résonnait aux quatre

coins de la ville de Lowell.


Les vitrines de «Harvard Book Store» se trouvent tout près du Hutchins Center où JEAN-CHRISTOPHE se rend, un jour de pluie.


JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER

Je suis au Hutchins Center ici,

qui fait partie de Harvard

University. J'ai fait le recueil

de ses écrits en français, que

j'ai édité.


Ensuite, JEAN-CHRISTOPHE travaille à son ordinateur dans son petit bureau de l'université.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Jean-Christophe a publié

en 2016 un recueil des

écrits en français de Jack

Kerouac: «La vie est d'hommage».

Ce livre démontre clairement

comment la langue

canadienne-française

a eu un impact sur

le style du célèbre auteur. Son

travail de recherche a aussi

permis de mettre en lumière le

rapport ambigu de Kerouac

vis-à-vis sa langue maternelle.

Mais surtout, il a permis aux

lecteurs de plonger dans ces

écrits inédits en français.


Le livre «La vie est d'hommage» est présenté de face et de dos. Ensuite, des photos contenues dans le livre défilent.


JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER (Narrateur)

C'est un livre plutôt de Jack

Kerouac, dans le sens que moi,

je suis celui qui a préparé et

établi les textes. Je les ai

transcrits des archives, je les

ai reconstitués et j'ai écrit

l'introduction, mais... c'est...

c'est son livre à Kerouac,

à Ti-Jean.



NARRATRICE

L'homme qui prend la route,

c'est un peu comme ça qu'on

pourrait présenter Jack Kerouac.

Né Jean-Louis Lebris de Kérouac

le 12 mars 1922 à Lowell, il est

considéré comme l'un des auteurs

américains les plus importants

du 20e siècle. S'il marque la

littérature américaine, ses

origines se situent au nord,

ses 2 parents étant Canadiens

français. Son père, Léo-Alcide

Kérouac, était originaire de

Saint-Hubert-de-Rivière-du-Loup,

et sa mère, Gabrielle Lévesque,

était une cousine germaine de

l'ancien premier ministre René

Lévesque. Avec des noms comme

ça, on peut difficilement cacher

un ascendant francophone.

Pourquoi il va se retrouver aux

États-Unis alors? Parce qu'à la

fin du 19e siècle, les Canadiens

français sont nombreux à mettre

le cap vers le sud, notamment au

Massachusetts, dans l'espoir d'y

décrocher un emploi dans l'une

des nombreuses usines de

textile. Vers 1900, ils sont

déjà plus de 24 000 Canadiens

français à Lowell, qui est alors

surnommé le Petit Canada.

Kerouac parle juste français

jusqu'à l'âge de 6 ans. Il

grandit dans les quartiers

de Centralville et de

Pawtucketville, avec des amis

qui ont pour patronymes

Fournier, Beaulieu ou Houde.

Il dira plus tard que s'il écrit

en anglais, il rêvera toujours

en français. C'est en 1950 que

sa carrière littéraire prend son

envol avec la publication de son

premier roman : «The Town and the

City». Mais c'est son livre :

«On the Road», «Sur la route»,

publié en 1957, qui lui vaut un succès

instantané. Kerouac a marqué

plusieurs générations de

lecteurs avec son style

d'écriture unique,

qu'il surnommait sa prose instantanée.

Romancier, poète, père de ce

qu'on va appeler

la «Beat Generation»,

il va laisser un riche héritage

d'une quinzaine de romans,

et ils seront plusieurs

à vouloir prendre la

route après avoir lu du Kerouac.


Des pages du livre «La vie est d'hommage» défilent.


JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER (Narrateur)

La langue qu'il a réussi à

créer sur papier, c'est pas un

français normatif, c'est un

français phonétique. Donc, quand

on le lit tout haut, on entend

la langue de notre enfance, dans

mon cas. J'ai commencé à

apprendre l'anglais à 11 ans.


Des photos d'archives de JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER défilent.


JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER (Narrateur)

Mon père a eu un emploi à

Ottawa, et c'est là que j'ai

commencé à apprendre l'anglais,

malgré le fait que j'allais

toujours à l'école en français.

Donc, ç'a commencé comme ça à

travers les amitiés.


VINCENT LECLERC

J'ai vécu la même affaire! Ha!


JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER

Oui? OK.


VINCENT lit devant une fenêtre pendant qu'il pleut dehors.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Mon parcours ressemble

beaucoup à celui de

Jean-Christophe. Moi aussi, j'ai

grandi dans la région de la

capitale nationale. Et je passe

aussi aisément du français à

l'anglais.


VINCENT visite un musée dédié à Kerouac où JEAN-CHRISTOPHE autographie un livre à un lecteur.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Jean-Christophe est

un passionné de littérature. La

découverte des écrits français

de Kerouac lui a permis de

comprendre que son auteur

préféré vivait une profonde

crise identitaire.

Kerouac aurait voulu

pouvoir s'épanouir

dans ses 2 langues, mais comment

pouvait-il assumer sa

francophonie dans une

Amérique anglophone?


VINCENT se promène dans la salle dédiée à Kerouac.


VINCENT LECLERC

Plus je découvre l'oeuvre de

Jack Kerouac, plus je comprends

la fascination de Jean-Christophe

pour cet auteur de

la «Beat Generation». Malgré une

certaine gêne, Kerouac était

fier de ses origines

francophones et se désolait de

voir son quartier s'assimiler au

fil des ans. Et l'assimilation

est d'ailleurs aussi au coeur

des préoccupations de

Jean-Christophe.


VINCENT est maintenant dans une bibliothèque. Il y converse avec JEAN-CHRISTOPHE.


VINCENT LECLERC

J'ai lu quelque chose au sujet

de la honte qu'il avait envers

sa langue maternelle pis sa

culture maternelle.


JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER

Mais il en parle souvent,

d'un genre de honte.

Il explique qu'il a changé son nom

à Jack Kerouac, et il dit...

(Propos traduits de l'anglais)

Si on change de nom,

c'est qu'on a honte

de quelque chose.

(Propos en français)

Et il dit aussi...

(Propos traduits de l'anglais)

Dans la marine marchande,

«Jean» c'est un nom de fille.

(Propos en français)

Parce qu'il s'appelait

Jean-Louis. Moi, je connais ça,

Jean-Christophe, chaque fois

que je vais au dentiste,

quelque chose, c'est...

(Avec un accent anglais)

Jean! Jean-Christophe Cloutier!

Tu sais, c'est toujours des...

de cette façon-là que mon

nom est prononcé. Donc, ça te

rappelle que t'es pas à la bonne

place ou ça te rappelle que t'es

pas chez vous, tu sais.

(Avec l'accent anglais)

Jean-Christophe,

t'es pas chez vous.


NARRATRICE

Entre 1840 et 1930, près d'un

million de Canadiens français

ont émigré aux États-Unis pour

travailler dans les usines de

textile de la Nouvelle-Angleterre.


Intertitre :
L'importance des francophiles et des immigrants


Un nouveau trait se trace sur la carte de la côte est américaine. Il part de Lowell, Massachusetts et se rend à Winnipeg, au Manitoba à la rencontre de MICHELLE KELLER.


Dans une cuisine, MICHELLE s'assoit avec ses parents pour manger. En alternance, MICHELLE parle d'elle en entrevue.


MICHELLE KELLER (Narratrice)

Je suis d'origine canadienne,

qui a des racines polonaises,

qui a la langue anglaise comme

langue dominante et qui a une

passion pour la langue française

aussi. Mes parents ont joué un

très, très grand rôle dans mon

parcours, d'abord en m'inscrivant

dans des programmes

d'immersion de la maternelle à

la 12e année, ici, au Manitoba.


MICHELLE discute avec ses parents.


MÈRE DE MICHELLE

(Propos traduits de l'anglais)

On voulait t'ouvrir des portes.


PÈRE DE MICHELLE

(Propos traduits de l'anglais)

Pour te permettre de vivre ici

en te servant des deux langues.


MÈRE DE MICHELLE

(Propos traduits de l'anglais)

Tout à fait.


Différentes images représentatives du Manitoba défilent.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Quand on pense

au Manitoba francophone, c'est

presque impossible de pas penser

à Louis Riel, Gabrielle Roy ou

encore Daniel Lavoie et ses

plaines. Les colons francophones

ont été les premiers à

s'installer ici auprès des

Premières Nations.


VINCENT LECLERC s'adresse au public de l'émission au cœur de Saint-Boniface.


VINCENT LECLERC

Saint-Boniface, presque

entièrement francophone

à l'époque, était le centre

de la colonie de la Rivière Rouge,

qui allait devenir la province

du Manitoba en 1870.

Aujourd'hui, c'est un peu moins

de 4% de la population

qui déclare le français comme

langue maternelle, mais le

français demeure une langue

parlée par 10% de la population,

si on inclut les immigrants et

les francophiles, comme

Michelle Keller,

qui est convaincue que

l'héritage français est la

responsabilité de tous.


La présentation de MICHELLE KELLER est illustrée d'animations.


NARRATRICE

Fille d'immigrants polonais,

Michelle Keller est une voix

forte de la communauté

francophone de Winnipeg.

Elle est convaincue qu'elle serait

pas devenue la femme qu'elle

est aujourd'hui si ses parents

avaient pas eu la bonne idée de

l'inscrire à l'école en français.

Michelle se doute bien

que l'amour démesuré de sa mère

pour Joe Dassin a aussi joué

un rôle dans cette décision-là.

Michelle a une facilité pour les

langues. Elle parle couramment

l'anglais, le français et le

polonais, et comme si ce n'était

pas assez, elle prend ces temps-ci

des cours d'espagnol. Âgée de

29 ans, elle est étudiante au

doctorat à l'Université du

Manitoba. Elle fouille les

archives à la recherche de

pistes de solution pour amener

les jeunes manitobains à renouer

avec leur fierté de parler

français. Un objectif bien

personnel qu'elle est déterminée

à atteindre et dont le résultat

pourrait profiter à bien

d'autres communautés

francophones au pays.


MICHELLE entre dans son bureau à l'université.


MICHELLE KELLER

Le titre provisoire de ma

thèse de doctorat, c'est:

«La refrancisation des jeunes

dans l'Ouest canadien par des

associations culturelles, des

journaux, au 20e siècle». Je me

concentre surtout sur la période

des années 30 aux années 60. En

étant à l'école secondaire

et constatant qu'il y a un genre

de désintérêt pour le français,

je me demandais souvent: comment

intéresser les jeunes? Je pense

qu'il y a beaucoup qu'on peut

apprendre du passé. Donc, ce que

je fais, c'est que je remonte

dans le temps et j'essaye de

voir comment on a intéressé la

jeunesse au français pendant une

période qui était vraiment très

peu propice à l'épanouissement

du français. Et j'espère pouvoir

éventuellement faire des liens

entre ce qui se passait dans les

années 30, les années 60, et ce

qui se passe maintenant aussi.

Je trouve que ce que je fais est

d'une originalité, est d'une

importance qui peut aider les

communautés francophones

aujourd'hui.


MICHELLE fait des recherches à la bibliothèque.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Bien des amis de Michelle, qui

ont laissé tomber les programmes

d'immersion, ont aussi perdu

leur capacité à parler français.

Michelle aimerait voir changer

les choses. Elle espère que son

travail de recherche pourra

amener des pistes de solution.

Elle aimerait comprendre comment

amener les jeunes à renouer avec

leur fierté de parler français.


Sur une carte, un point marque l'emplacement de Grand Teton au Wyoming.


NARRATRICE

Situé au nord-ouest

de l'État du Wyoming, le parc

national de Grand Teton, oui,

oui, Grand Teton, comme dans

« grand toton », doit son nom très

peu subtil aux voyageurs

canadiens-français de la

Compagnie du Nord-Ouest.

Ces jeunes aventuriers, qui

exploraient la région au début

du 19e siècle, ont été fort

inspirés par le relief

des montagnes.


Des musiciens jouent des airs traditionnels au Festival de l'héritage français, à Sainte-Geneviève, Missouri, aux États-Unis. VINCENT LECLERC est devant un micro, il attend son tour pour chanter avec le musicien qui chante dans un français très coloré.


VINCENT LECLERC

(Chantant)

(Propos traduits d'un patois)

Les deux pieds contre la muraille

Et la tête sous le robinet

Et la tête!

Oui-oui!

Et la tête!

Non-non!

Et la tête sous le robinet.

S'il est bon,

S'il est agréable,

j'en boirai jusqu'à mon plaisir


Pendant que VINCENT continue de chanter «Chevaliers de la table ronde» sur un air méconnu, il s'adresse au public de l'émission en narration.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Bon, vous vous demandez sûrement

comment je me suis retrouvé sur

une scène à chanter une version

de la Table ronde dont

j'ignorais, euh... plusieurs

paroles. Et vous vous demandez

sûrement aussi pourquoi on

chante des chansons à répondre

en français dans le

Midwest américain. Dennis m'a

fait découvrir une tradition

que je ne connaissais pas.


En animation, un trait se dessine sur la carte de l'Amérique, partant de Winnipeg, Alberta pour se rendre à Sainte-Geneviève, Missouri, aux États-Unis pour rencontrer DENNIS STROUGHMATT.


Une courte visite de Sainte-Geneviève est présentée. En voguant sur la Rivière Mississippi, VINCENT raconte.


VINCENT LECLERC

Les colons canadiens-français

ont pas juste redéfini les

frontières en Amérique, ils ont

aussi apporté avec eux leurs

coutumes, leurs chansons et leur

fameuse joie de vivre, qu'on

retrouve encore dans certaines

régions de l'Illinois et

du Missouri.

C'est d'ailleurs la musique qui

a poussé Dennis Stroughmatt à

vouloir explorer et célébrer son

héritage français, et ce, même

s'il avait jamais tenu un

instrument de musique de sa vie.


La plaque de la voiture de DENNIS STROUGHMATT se lit comme suit : 1 CREOL.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Bon, Dennis a pas eu besoin de

me convaincre de l'importance de

la culture et des arts, mais il

m'a quand même initié à une

nouvelle idée: et si la musique

pouvait garder en vie l'invisible?


DENNIS amène VINCENT sur une route de campagne. Un panneau indique «French village» sur le bord de la route.


DENNIS STROUGHMATT

Quand j'étais jeune, quand

j'ai décidé de apprendre plus

d'histoire de notre français...


VINCENT LECLERC

Qu'est-ce qui est venu avant?

Ton intérêt pour la musique ou

ton intérêt pour l'histoire?


DENNIS STROUGHMATT

Oui, à la même... les deux!


VINCENT LECLERC

En même temps.


DENNIS STROUGHMATT

En le même temps! En le même

temps. Parce que c'est le «music»,

c'est la musique qui était le

plus intéressant pour moi.


VINCENT LECLERC

Donc, t'as appris la langue

pour comprendre les chansons?


DENNIS STROUGHMATT

Oui, j'ai commencé d'apprendre

les paroles...


VINCENT LECLERC

Ah, juste les sons.


DENNIS STROUGHMATT

Oui, mais... je compris

pas les paroles.

(Riant)

Pas du tout! Si tu connais pas

les histoires, tu peux pas

chanter. Donc, ça, c'est

la raison j'ai commencé

d'apprendre.


NARRATRICE

Dennis Stroughmatt a

grandi à Vincennes. Ancien poste

de traite français, cette ville

est la plus ancienne de

l'Indiana. Dennis a toujours

eu un intérêt pour ses racines

francophones. à 18 ans,

il décide d'apprendre

non seulement

la langue, mais aussi les

vieilles chansons folkloriques

qui bercent encore la région.

Pas mal pour un gars qui avait

jamais tenu un violon entre ses

mains! Aujourd'hui, son talent

pour mettre de la vie dans les

bouillons est reconnu de tous.

Mais au-delà des chansons à

répondre, Dennis veut surtout

rappeler que son coin de pays

a de profondes racines francophones...


Un timbre commémoratif apparaît. Il s'agit du 150e anniversaire de la bataille de Vincennes. Ensuite, des gravures et des illustrations montrent l'histoire de cette bataille.


DENNIS STROUGHMATT

(Propos traduits de l'anglais)

Un des aspects qui m'intrigue

de notre héritage français

ressort de la grande bataille

de Vincennes.

Les Américains y ont

vaincu les Britanniques

à l'époque de la Révolution

américaine.

Et cette victoire a toujours été

qualifiée «d'américaine».

Et pourtant, j'ai découvert

que l'armée de George Rogers Clark

était composée aux trois quarts

de … Français.


DENNIS continue son propos en discutant avec VINCENT dans un parc.


DENNIS STROUGHMATT

(Propos traduits de l'anglais)

Alors, je me suis demandé

d'où venaient ces soldats,

et ce qu'ils étaient devenus.

S'ils sont ici, ou s'ils étaient ici...

où sont-ils allés?


La voiture de DENNIS roule dans une petite ville.


VINCENT LECLERC

Là, on est en direction de

Old Mines, Vieille Mine...


DENNIS STROUGHMATT

Hum, hum!


VINCENT LECLERC

C'est quoi, Vieille mine?

Pourquoi ç'a été fondé?


DENNIS STROUGHMATT

Ah, pour des mineurs, en 1723,

par Philippe Renault.


VINCENT LECLERC

Donc, par des Français.


DENNIS STROUGHMATT

Oh ouais!


Pendant la visite de Old Mines, VINCENT s'arrête devant une enseigne qui dit : «Bienvenu a la Vieille mine».


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Old Mines est un endroit

précieux pour Dennis.

C'est ici qu'il a appris à parler

français. Il avait 18 ans à

l'époque, et une envie folle

d'explorer cet héritage. Il

s'est donc mis à fréquenter

les anciens du coin.


DENNIS marche avec MARY NORBUT, résidente de Old Mines, dans le cimetière de Old Mines.


DENNIS STROUGHMATT

(Propos retranscrit pour la compréhension)

C'est mon amie Mary Norbut.

C'est avec sa mère que j'ai appris

à parler le français et à chanter des

chansons. Annie Pagé, c'était sa mère.


MARY NORBUT

(Propos traduits de l'anglais)

Mes arrières-grands-parents

et ma grand-mère sont enterrés

un peu plus haut ici.

Le français a été interdit en 1934.

Le gouverneur du Missouri

ne voulait pas que le Français

soit parlé à la maison.

Mon père s'est conformé à la loi.

Qu'on soit d'accord ou non,

il fallait obéir à la loi.

Parfois, ma mère nous traduisait

quelques mots en français.

Je sais dire «lapin» et «oignon»,

mais c'est l'étendue de mon

français!

Le gouverneur ne voulait

pas qu'on parle français

parce que trop d'enfants

à l'école ne parlaient que cette

langue, alors que les professeurs

ne parlaient pas en français.

Ils parlaient seulement anglais.

Plusieurs religieuses sont venues

d'Irlande et elle ne parlaient

pas français. Nous avions

un prêtre irlandais à l'époque.

Lui non plus ne connaissait

pas le français.


Dans une église, un vitrail a été fait à la mémoire de Lucy et Zeno Pashia.


MARY NORBUT

(Propos traduits de l'anglais)

On a changé l'épellation

de plusieurs noms pour

les rendre plus faciles à dire

et à comprendre.


Sur une pierre tombale, le nom de famille est Thebeau, pour Thibeau. Sur une autre, on peut lire Declue. Une autre pierre tombale datant de 1932 est érigée au nom de la famille Pashea.


MARY NORBUT

(Propos traduits de l'anglais)

Ici, «Pagé» est devenu «Pashea».

Et ceux-l, «Pashia».

J'aurais aimé qu'on apprenne

le français, car on aurait pu

perpétuer la tradition ici,

à Old Mines.

Mais c'est perdu maintenant.

La plupart des gens savent

à peine quelques mots

et encore moins de gens

parlent la langue couramment.


NARRATRICE

Quand on pense aux

Canadiens français, on pense

plus à la figure du coureur des

bois qu'à celle du cowboy. Eh

bien, on a tort, parce que l'un

des plus grands cowboys de

l'histoire des États-Unis est

né en 1824

à Saint-Justin-de-Maskinongé

au Québec.


Le nom de FRANÇOIS-XAVIER AUBRY apparaît.


NARRATRICE

En 1843, à 19 ans, il part pour

Saint-Louis au Missouri. à cette

époque, ce qu'on appelle le Far

West fait tourner bien des têtes

dont celle d'Aubry, d'autant

plus qu'un des aventuriers les

plus connus est un Canadien

français, un certain Antoine

Leroux. François-Xavier va

marquer l'imaginaire du Far West

en devenant à 21 ans le cowboy

le plus rapide du Sud-Ouest,

assurant la livraison de

marchandises entre Saint-Louis

et Santa Fe. Il reste cependant

bien attaché à ses racines

canadiennes-françaises. Il va

envoyer de l'argent durant toute

sa vie à sa mère et à ses

6 frères et soeurs, qui devaient

se débrouiller seuls après le

décès de son père en 1845.

Aubry ne fera pas qu'être rapide.

Il va aussi se démarquer par son

intelligence et va instaurer un

code de la route qui ordonne à

ses hommes de toujours venir en

aide aux gens qu'ils croisent

sur les pistes.


Un album genre bande dessinée apparaît. Sur la couverture il est écrit : «Cowboy d'aujourd'hui. L'entrevue François-Xavier Aubry. Plus rapide qu'un train...»


NARRATRICE

La rapidité de ses convois

devient légendaire

et il se retrouve régulièrement

dans les médias de l'époque. Il

meurt assassiné dans un saloon

pendant une bagarre.


Un titre apparaît : «Aubry : un décès prématuré.


NARRATRICE

Le New York Daily Times

dira de lui :

«Il a vécu 10 vies dans

la moitié d'une...»


Devant une vieille bâtisse en bois rond, une affiche indique : «La société historique de la région de Vieille Mine». À l'intérieur, DENNIS chante.


DENNIS STROUGHMATT

(Chantant)

(Propos traduit du français coloré)

C'est la belle Blondine,

malheur, elle en a

C'est la belle Blondine,

qui fait une chanson

♪ Qui fait une chanson

Qui fait une chanson ♪


Pendant que Dennis chante devant une grande majorité de personnes âgées francophiles, VINCENT raconte.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Même si la

langue française n'est plus

aussi parlée qu'à l'époque, les

traditions sont restées.

Les résidents de Old Mines

nous ont invités, Dennis et moi, à

participer à leur

fameux bouillon.


DENNIS STROUGHMATT

(Chantant)

son père, elle a tué.


Pendant une conversation à l'extérieur, DENNIS explique le bouillon.


VINCENT LECLERC

Le bouillon, c'est une fête?


DENNIS STROUGHMATT

Oui, c'est une fête, c'est une

soirée. Dans la Louisiane, ils

appellent ça une «fiddle»,

peut-être au Québec une soirée.

Ici, c'est un bouillon, bouillon.

Bouillon poule. Parce que tu

peux pas avoir un bouillon sans

os de poule. Un poule,

«chicken».


DENNIS joue et chante avec MADAME NATHALIE, une dame d'un certain âge.


DENNIS ET MADAME NATHALIE

(Propos transcrits du français)

J'ai vu un carrosse passer

Quatre crapauds bien attelés

Un gros ouaouaron qui conduisait...


DENNIS STROUGHMATT (Narrateur)

Quand le premier jour que j'ai

arrivé dans la Vieille Mine,

Madame Natalie était là avec sa

mère. Et Madame Natalie, elle a vu

un garçon qui a eu un intérêt

dans la culture.


DENNIS STROUGHMATT

(Propos traduits de l'anglais)

Je vais jouer et toi, tu chantes.


MADAME NATHALIE

(Propos traduits de l'anglais)

Dennis est arrivé sur le perron

en disant «Bonjour!».

Ma mère, qui restait avec nous

à l'époque, lui a alors débité

toute une réponse en français...

et ça l'a époustouflé!

Lui qui cherchait quelqu'un

qui parlait français, il est

bien tombé!


DENNIS joue pendant le bouillon.


DENNIS STROUGHMATT (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

J'étais d'abord très intéressé

à jouer du violon et je voulais

en savoir un peu plus

sur les chansons.

Sauf que je n'avais pas vraiment

compris que pour bien chanter

une chanson, c'est utile d'en

comprendre les paroles!


Pendant le bouillon, DENNIS rencontre des gens qu'il connait.


MONSIEUR

Hé! Dennis!


DENNIS STROUGHMATT

Comment ça va? Bonjour!


MONSIEUR

Comment allez-vous, mon ami?


DENNIS STROUGHMATT

«Well» ...Ça va fa... fatigué!


MONSIEUR

Fatigué!

(Riant)

C'est bon, ça!


DENNIS STROUGHMATT (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

On m'a clairement fait

comprendre que je devais ralentir

et me donner la peine

d'apprendre un peu la langue.


DENNIS fait le tour de la salle pour dire bonjour.


DENNIS STROUGHMATT

Hé, comment c'est ça va?


VIELLE DAME

Ça va ben, toi?


DENNIS STROUGHMATT

Moi, je suis fatigué

un petit brin.


VIELLE DAME

Un petit brin, oui, oui.

Yeah, yeah.


DENNIS STROUGHMATT

Oui. Et toi?


DENNIS STROUGHMATT (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Jouer cette musique entraîne

une part de responsabilité.


DENNIS discute avec VINCENT à l'extérieur dans un jardin.


DENNIS STROUGHMATT

(Propos traduits de l'anglais)

Car en apprenant ces chansons,

j'ai découvert que j'étais

le seul à le faire.


À Winnipeg, Manitoba, MICHELLE KELLER est au Centre du Patrimoine.


MICHELLE KELLER

(S'adressant à un petit public)

Je vous remercie tous vivement

d'être venus. Je suis Michelle

Keller, je suis un membre du

conseil d'administration de la

Société historique

de Saint-Boniface.

Je fais aussi partie

du comité de la programmation et

de la gestion des collections

avec la Société. Notre mandat,

c'est vraiment de mettre en

valeur les archives. On a plein

de choses dans les voûtes, et

c'est vraiment dommage que les

personnes ont pas l'occasion de

voir ce qu'il y a là. Donc, je

suis très contente qu'il y a

parmi nous des archivistes

en herbe qui...

qui s'intéressent beaucoup

aux archives. C'est super!


NARRATRICE

Le destin de Louis

Riel a durablement marqué les

Canadiens, mais on oublie

souvent l'histoire extraordinaire

de sa grand-mère,

Marie-Anne Gaboury. Elle se

marie en 1806 à un certain

Jean-Baptiste Lagimodière, un

coureur des bois employé par la

Compagnie de la Baie d'Hudson.

Elle embrasse l'expression

« Qui prend mari, prend pays », et

ce pays, eh bien, il est grand.

Contrairement à la coutume de

l'époque, elle décide de suivre

son mari dans ses expéditions et

devient la première femme de

descendance européenne à voyager

et à coloniser l'Ouest canadien.

La vie qu'elle mène est marquée

par les conflits entre les

compagnies du Nord-Ouest et de

la Baie d'Hudson, mais aussi

entre les Premières Nations, les

Métis et les Blancs. Sa vie est

parfois rocambolesque. Elle

accouche de son 2e enfant dans

une prairie après qu'un cheval

ait eu la mauvaise idée de

charger un troupeau de bisons,

le tout dans des conditions loin

d'êtres idéales pour accoucher:

pas de médecin, pas de

médicaments, rien! Ouf!

Elle réussira même quelques années

plus tard à défendre sa petite

tribu en abattant un grand ours.

Elle vit parmi les Premières Nations

et participe à l'établissement

de la colonie qui deviendra

le Manitoba. C'est sa fille Julie

qui sera la mère de Louis Riel,

meneur des insurrections

de 1869 et de 1885

pour faire valoir les droits des

Métis. Marie-Anne Gaboury décède

en 1875. Elle pourra donc voir

la naissance du Manitoba en 1870

ainsi que son petit-fils Louis

en devenir le père.


GILLES LESAGE, directeur général du Centre du Patrimoine sort des documents anciens rédigés en français et les montre à MICHELLE.


GILLES LESAGE

Alors, ça, c'est un dossier

pour une des écoles de campagne.


MICHELLE KELLER

C'est un livre qui montre les

rapports des inspecteurs qui

venaient dans les écoles.


GILLES LESAGE

En tout cas, c'est en mars

1916 que la loi Thornton est

passée. Et ça, c'est une loi

qui, en fin de compte, abolit

l'enseignement du français

au Manitoba.


MICHELLE KELLER

La loi Thornton, ça fait

en sorte que le français et

d'autres langues n'avaient plus

de prestige. Je pense que quand

un gouvernement impose une loi

comme ça, la collectivité finit

par penser que... l'anglais,

c'est dominant, et toute autre

langue, bon, ça... c'est inférieur, là.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Avant la loi, on comptait

126 écoles françaises

au Manitoba. Un siècle plus

tard, ce nombre est tombé à

24 établissements. Cette loi a

permis à la langue anglaise de

gagner rapidement du terrain,

influençant au passage plusieurs

générations d'enfants privés

d'un enseignement dans leur

langue maternelle.


MICHELLE KELLER

(S'adressant aux gens venus l'écouter)

Cette loi Thornton a été aussi

la cause des campagnes de

refrancisation qui ont eu lieu,

qui est le sujet de ma thèse

doctorale. C'est un mot qui est

devenu assez courant.

La refrancisation implique une

perte, une perte quasi ou totale

de la langue, ce qui la distingue

de la francisation,

où une perte n'a pas eu lieu.

Donc, la loi Thornton,

ç'a été...


À Penetanguishene, en Ontario, VINCENT est dans les couloirs de la station CFRH, radio où travaille MAXIME PRONOVOST.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Les médias sont très

importants pour faire rayonner

la musique francophone, que ce

soit à Penetanguishene ou

ailleurs au pays. Et pour

plusieurs artistes de la relève,

les radios communautaires jouent

un rôle essentiel pour les faire

connaître auprès de leur public.

Et la radio CFRH ne diffuse que

de la musique francophone,

ce qui manque pas d'épater les

artistes de passage dans le

coin. Quelle grande radio franco

peut en dire autant?


CÉLESTE LÉVIS chante en direct dans le studio de radio.


CÉLESTE LÉVIS

(Chantant)

♪ Et peut-être

♪ Après tout, il restera

♪ Que des draps entrenoués

♪ Demain quand la pluie va tomber ♪


VINCENT LECLERC (Narrateur)

La chanteuse franco-ontarienne

Céleste LÉVIS a fait beaucoup

jaser d'elle depuis qu'elle a

atteint la demi-finale de la

populaire émission «La Voix»

dans l'équipe d'Éric Lapointe.


MAXIME fait une entrevue avec CÉLESTE LÉVIS.


MAXIME PRONOVOST

Céleste LÉVIS,

bienvenue! Bienvenue!


CÉLESTE LÉVIS

Merci! Salut!


MAXIME PRONOVOST

Une fille de Timmins, quand

même, dans le royaume de la

reine Shania Twain!


CÉLESTE LÉVIS

Oh,yeah!


MAXIME PRONOVOST

Quel est ton attachement quant

à la culture franco-ontarienne?


CÉLESTE LÉVIS

(Propos en anglais)

Oh, my God!

C'est sûr... non, mais c'est

quand même une grosse question

pour moi. D'où je viens, à

Timmins, c'est à peu près 50-50.

Moi, je viens d'une famille

francophone, mais j'ai étudié en

français tout. C'est sûr, avec

les amis, ben, on parle beaucoup

en anglais, pis tu commences à

perdre ta culture, ta langue.

Pis moi, j'ai vraiment fait une

décision au secondaire, que si

je continue pas en français, je

vais le perdre. Pis ça me tente

pas de le perdre, tu sais! Donc,

là, je... je vis à 100% en

français, pis ça me fait

vraiment du bien.


MAXIME PRONOVOST

Comment une radio comme CFRH,

qui diffuse 100% en français,

peut t'aider à appuyer ta carrière?


CÉLESTE LÉVIS

Je trouve ça super que vous

êtes différents en juste jouant

de la musique francophone.

Moi, c'est ce que je fais dans la

vie, de la musique francophone.

Pis vraiment, les radios, je

trouve, en ce moment, c'est une

des choses les plus importantes,

à côté des spectacles. Tu sais,

les albums, on les vend pas

autant, donc les radios sont

super importantes pour

faire découvrir.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Ce soir, Céleste sera en

spectacle à Borden. Est-ce

que la radio CFRH réussira à

convaincre la communauté de

remplir la salle de spectacle?


Penetanguishene est situé sur la carte près des Grands Lacs.


NARRATRICE

La ville de Penetanguishene

est très fière de ses origines françaises.

C'est le mythique coureur des

bois Étienne Brûlé qui a été le

premier colon à mettre les pieds

sur ce territoire. On a tous en

tête l'image du coureur des bois

pour incarner le Canadien

français, et celui qui

représente le mieux cette

figure, c'est Étienne Brûlé.

Imaginez, il a à peine 16 ans

quand il quitte la France pour

s'embarquer avec le grand

navigateur Samuel de Champlain.

Le premier hiver est rude.

On s'alimente difficilement.

Plusieurs hommes de Champlain

décèdent. En fait, 16 des 24

hommes verront pas le printemps.

Le jeune Étienne survit parce

qu'il passe l'hiver en forêt.

Il est débrouillard, son instinct

le guide, il est malin. Il

s'arrête pas là. À 18 ans, il

accepte d'aller passer une année

auprès des Hurons. Il adopte

leur mode de vie, mais plus

impressionnant encore, il

apprend le montagnais et il va

même jusqu'à devenir un membre à

part entière de la tribu huronne

de l'Ours. Il devient le modèle

de celui qui s'adapte pour

survivre. Ce continent est aussi

à découvrir pour les Européens.

Brûlé devient par la force des

choses un grand explorateur. Il

se rend jusqu'à la jonction des

lacs Érié et Ontario, et devient

une source d'information sur le

territoire de la région des

Grands Lacs. Il devient le

premier Européen à parcourir

l'État actuel de la Pennsylvanie.

Mais son esprit rebelle

et aventureux commence

à lui nuire. Champlain finit par

le désavouer quand il apprend

qu'il a fait des affaires avec

les marchands de fourrures.

Sa légende se termine abruptement

quand il est assassiné et dévoré

par des membres de la tribu

huronne de l'Ours pour une

raison encore inconnue. Ouch!

Il reste un personnage marquant

à qui revient le prestigieux

titre de premier Franco-Ontarien,

mais aussi de premier

Métis culturel.


Sur la devanture de la bâtisse de CFRH, une affiche indique d'autres organismes: «La clé de la Baie en Huronie», «Centre d'activités françaises» et l'ACFO-Huronie en plus de CFRH 88,1.


Dans les bureaux de la bâtisse, SYLVIA BERNARD travaille.


SYLVIA BERNARD (Narratrice)

Les radios francophones

de l'Ontario n'ont pas de

financement de base pour

survivre, donc on dépend des

ventes commerciales. On dépend

aussi des projets.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Directrice des programmes

et des services de La

Clé, l'organisme qui chapeaute

la radio CFRH, Syvlia Bernard

fait face à plusieurs défis.


SYLVIA BERNARD, directrice des programmes et services de la CLÉ discute avec VINCENT.


SYLVIA BERNARD

Nous, on a vraiment la chance

d'avoir un appui considérable

d'une radio commerciale du

secteur. Donc, il y a quelques

années, on a signé une entente

avec Rock 95, qui voulait avoir

une portion du 88,1 parce qu'il

voulait augmenter sa puissance.

Alors, il nous a offert une

nouvelle fréquence avec un

montant d'argent récurrent,

qu'on a, là, pour les 15 prochaines

années. On est une des rares

radios francophones

à avoir l'appui d'une radio

commerciale anglophone.


De retour à LOWELL, Massassuchetts, la nuit est tombée sur le Zorba Music Hall qui affiche: «Jack Kerouac B D Jam II Boombox 70s 80s.»


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Ce soir, on fête l'anniversaire

de Jack Kerouac à Lowell.

Le public est invité à

lire des extraits de ses livres

entre 2 chansons. Je compte bien

y participer, question de faire

revivre à mon tour la langue

franco-américaine de Kerouac.


VINCENT choisit son texte avec JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER.


VINCENT LECLERC

Tant qu'à lire quelque chose,

j'aimerais beaucoup lire un de

ses textes les plus métissés,

là, tu sais, où on surfe de...

Justement, je le fais moi-même,

là, tu sais...


JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER

Ben, ben, une chose que je

dirais tout de suite, c'est que:

va chercher le texte qui... qui

vient te chercher, Vincent, plus

que d'autre chose.


VINCENT LECLERC

OK.


JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER

Ça, ça va être toujours... si

c'est pas mon moment préféré

de «La vie est d'hommage»,

c'est un de mes poèmes préférés.

Moi, je me mets un accent, un

gros accent de «mononcle», pis

je roule mes «R», parce qu'il

roulait ses «R» quand on

l'entend parler.


VINCENT LECLERC

Mais je le fais... donc,

je le fais pas avec un accent

américain. C'est pas...

«J'ai parti pour New York avec

2,50$ dans mes poches. En tout

cas, la police m'arrêta.» Ou...


JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER

Tu peux le faire comme ça,

c'est bon, ça, c'est correct!


VINCENT LECLERC

C'est quasiment comme du

franco-ontarien!


JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER

Moi, moi, je...

(Roulant ses «R»)

«J'ai parti pour New York

avec deux et cinquante

dans mes poches. En

tout les cas, quand la police

m'arrêta.»

Moi, je le lis de même

parce que c'est... Quand

j'étais dans les archives, il

fallait que je me donne cet

accent-là souvent pour savoir

c'était quoi, la maudite phrase

qu'il avait écrite.


VINCENT LECLERC

Pour comprendre, OK.


JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER

Hum...


À la soirée hommage, VINCENT s'adresse au public avant de lire.


VINCENT LECLERC

(Propos traduits de l'anglais)

En 2005, on a trouvé

dans ses archives plusieurs

textes écrits en français et

jamais publiés.

J'ai choisi un extrait

d'un court texte intitulé :

(Propos en français)

«Je suis tu capable

d'écrire avec mon doigt bleu?»

(Propos traduits de l'anglais)

J'imagine qu'il s'était blessé

ou quelque chose du genre.

(Lisant en français de Kerouac)

«Y'a passez un truck avec un driver

qui était si fin que il voya pas

l'apparence du monde,

seulement leu corps sur la terre.

C'était un vieux truck,

y amena des sackes de blackeyed peas

a Baltimore. »


La conversation se poursuit entre JEAN-CHRISTOPHE et VINCENT.


JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER

Une de mes choses que j'ai

découvert pendant mes recherches

aussi, c'est que 35 à 40% du

roman Maggie Cassidy, qui est

des «Lowell novels» de Kerouac,

a été composé en français.

Mais ça, il l'a pas dit à personne.

C'est ça qui me fascine en me

l'imaginant à sa machine à

écrire, tu sais. Il a tous ses

manuscrits qu'il écrit à la

main, tu sais, il les traduit

quand il tape pour l'envoyer à

la maison de publication et il

se lance des «jokes» en plus.

Il dit, en anglais

- il vient de traduire

un long passage en

français - pis là, il dit...

(Propos traduits de l'anglais)

«Pensées en français pratiquement

intraduisables.»


On retourne à la soirée Kerouac.


VINCENT LECLERC

(Lisant)

(Propos traduits de l'anglais)

«Embarque, l'ami, je t'emmène

jusqu'où je peux. »

(Poursuivant en français de Kerouac)

«Il parla comme ça, moi

j'dorma. Le pauvre bon cœur,

sil conta pas des mentri,

yeta pour ce cossez'l cou, bien vite.

La folie dains bon comme

dans les mauva j'weya ça.»

(Propos en anglais)

«Thank you very much, have

a nice evening.»


Avec MICHELLE KELLER, VINCENT assiste au Festival du Voyageur, à Winnipeg au Manitoba.


MICHELLE KELLER

On est au festival du

Voyageur, la plus grande fête

de l'hiver de l'Ouest canadien.

Je pense que je suis connue

comme la «go-to»

francophone parmi

mes amis anglophones. Je pense

que c'est super d'initier les

anglophones à assister à un

spectacle en français. Je trouve

que c'est par la musique qu'on

peut le faire.


MICHELLE entre dans une tente où des musiciens traditionnels jouent. Les gens dansent.


ANTHONY SPITAËLS, un ami de MICHELLE s'exprime sur l'engouement pour le français.


ANTHONY SPITAËLS

On a une francophilie en fait,

comme ça existait auparavant. Et

aujourd'hui, ça revient parce

que les gens s'intéressent de

plus en plus à la francophonie

en général. Il y a une

résurgence de ça. Et puis, je

pense que le succès du festival

en témoigne! On a énormément

de personnes qui viennent ici

pour découvrir la communauté

francophone, et au-delà de ça,

ben, la culture francophone.

Bon, si on partage pas

nécessairement l'identité

francophone, on partage au moins

la culture. Donc, il y a quelque

chose qui vient du coeur.


MICHELLE rencontre INGRID MOEHLMANN, ancienne enseignante de MICHELLE, sur le site du festival.


MICHELLE KELLER

Ingrid!

Salut, toi!


INGRID

Hé, ça va bien?


MICHELLE KELLER

Ça fait longtemps!


INGRID

Ça fait longtemps.

(S'adressant à VINCENT)

Moi, je pense que les jeunes

francophones d'ici, ils sont

très engagés, ils s'intéressent

beaucoup à leur culture.

Et puis, il y a énormément de gens

comme Michelle qui apprennent la

langue ici et qui... à un très

haut niveau, hein! Donc, il faut

pas... il faut pas nier

l'importance de cela, puisqu'il

y a énormément de personnes

bilingues ici au Canada, et

de plus en plus, hein!

Donc, moi, j'ai jamais eu autant

d'élèves au niveau secondaire

que maintenant, par exemple.

(S'adressant à MICHELLE)

Qu'est-ce que tu fais de beau?


MICHELLE KELLER

Je fais mon doctorat!


INGRID

Toujours?

Tu n'en finis jamais, ma fille!

(S'adressant à VINCENT)

Déjà, quand elle était très

jeune, je savais bien qu'elle

allait faire du français quelque

part. Ça m'étonne pas du tout

qu'elle fasse son doctorat.


MICHELLE KELLER (Narratrice)

Je sens que la langue

française reprend son prestige

grâce aux francophiles, grâce

aux immigrants et grâce aussi

aux francophones de souche, qui

travaillent ensemble pour faire

en sorte que la langue française

s'épanouit au Manitoba.

Ça agrandit vraiment l'espace

francophone.


À Sainte-Geneviève, au Missouri, États-Unis, une femme chante en français devant un petit public, dans un jardin.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

À Sainte-Geneviève, c'est le

festival de l'Héritage français

qui bat son plein.


Une procession de gens déguisés en colons français défile dans les rues de Sainte-Geneviève.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Même si on n'entend pas

beaucoup la langue de Molière,

c'est quand même

incroyable qu'à plus de

2000 kilomètres du Québec,

on se souvienne encore des traditions

françaises. Si le festival a

réussi à survivre aussi

longtemps, c'est en partie grâce

à la musique.


VINCENT marche dans les rues avec les gens qui célèbrent. Ensuite, PAUL HASSLER, maire de Sainte-Geneviève témoigne.


PAUL HASSLER

(Propos traduits de l'anglais)

Il est bon de se rappeler

ses origines et sa culture.

C'est ce qu'on veut faire.

On ne veut pas oublier

comment Sainte-Geneviève

a été fondée et notre lien

avec ces aventuriers

descendus de Québec et de Montréal

par le Mississippi, et qui ont abouti

en Illinois et en Indiana

avant de traverser le fleuve et

de fonder la ville, ici.


Une affiche raconte : «Le Seigneur Jean Stephan Chicoine Chirurgien».


PAUL HASSLER

(Propos traduits de l'anglais)

Il est important de ne jamais

oublier nos origines et de les

célébrer. En 2006, nous avons

demandé que cette région

devienne un parc national

afin de célébrer, préserver

et faire la connaître cette culture

et pour promouvoir notre

collectivité.


VINCENT visite le site historique.


PAUL HASSLER (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Plus les gens en entendront

parler, plus ils viendront

à Sainte-Geneviève pour

découvrir et faire l'expérience

de cette culture.


DENNIS STROUGHMATT s'adresse au public dans une cour.


DENNIS STROUGHMATT

«So...» combien de vous parlent

français à soir? OK... Oui, je

connais, tu parles français, tu

parles français.

(Propos traduits de l'anglais)

On va vous chanter une chanson...

(Propos chantés en français)

Toutes choses sur les cochons

Toutes choses sur les cochons,

c'est bon

Toutes choses sur les cochons

Toutes choses sur les cochons

c'est bon

Mais les yeux sont pas...

Les yeux sont pas bons,

pas bons


DENNIS continue sa conversation avec VINCENT.


DENNIS STROUGHMATT

(Propos traduits de l'anglais)

J'apprenais cette langue

en croyant que des milliers,

ou au moins des centaines

d'autres personnes la parlaient.

Mais j'ai découvert que dans mon

groupe d'âge, j'étais le seul à la parler.


VINCENT LECLERC

(Propos traduits de l'anglais)

Tu serais donc un des derniers,

sinon le dernier?


DENNIS STROUGHMATT

(Propos traduits de l'anglais)

Sinon le dernier.

Je ne veux pas que les gens

oublient que nous avons

des traditions françaises,

une histoire et une langue

françaises, enfin ce qui en reste,

que nous avons une

culture française.


VINCENT marche dans la ville et retrouve des noms de rue francophone. Il s'arrête à la rue «Séraphin». Ensuite, plusieurs sites portant des noms francophones défilent.


DENNIS STROUGHMATT

(Propos traduits de l'anglais)

Je ne veux pas que les gens oublient.

Cette culture a été invisible,

et maintenant je veux

qu'elle reste visible pour toujours.


DENNIS STROUGHMATT

(Chantant en français coloré)

Moi, j'aime les vieux temps

boucheries

Moi j'aime les vieux temps rôtis,

Moi j'aime les vieux temps

fromages de tête

Moi j'aime les vieux temps

andouilles.


La conversation se poursuit entre VINCENT et DENNIS.


DENNIS STROUGHMATT

(Propos traduits de l'anglais)

Si je ne fais pas l'effort

de transmettre le peu que je sais

alors je suis responsable.

Ce sera ma faute...

si je ne le fais pas.


VINCENT LECLERC

(Propos traduits de l'anglais)

C'est ce que tu appelles :

«garder l'invisible vivant»?


DENNIS STROUGHMATT

(Propos traduits de l'anglais)

Oui. Ouais...!

Il n'y a aucune raison que

je sois le dernier.

Aucune raison.

Alors, je fais ce qu'il faut

pour ne pas être le dernier.


À Lowell, Massachusetts, dans la bibliothèque de la ville, VINCENT consulte certains ouvrages. Ensuite, VINCENT s'entretient avec JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER.


VINCENT LECLERC

Un des plus grands auteurs

américains, certainement du

20e siècle, selon toi, il y a

pas le Kerouac qu'on connaît

sans le français?


JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER

Non, absolument pas. La

traduction, le passage d'une

langue à l'autre, est un aspect

fondamental de sa poétique.

Que... C'était inévitable pour lui.

Il était toujours en moment

de traduction, que ce soit d'un

bord ou de l'autre. C'est la

façon dont il créait.


Plus tard, JEAN-CHRISTOPHE est chez lui.


VINCENT LECLERC

T'as des enfants?


JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER

Oui, j'ai une fille, Aimée.


VINCENT LECLERC

Est-ce qu'elle parle français?

Est-ce que tu veux qu'elle parle

français? Est-ce que

c'est important?


JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER

Oui, c'est très important pour

moi qu'elle parle français. Un

des gros défis qu'on a, en tant

que famille vivant ici aux

États-Unis: de trouver une façon

qu'elle puisse connaître cette

moitié-là de son héritage, et la

langue française. Donc, je lui

parle, j'essaie de lui parler le

plus souvent en français. Comme,

je lui passe des émissions de

Passe-Partout,euh...


VINCENT LECLERC

La base.


JEAN-CHRISTOPHE CLOUTIER

La base!

Alakazou et... Au niveau

personnel, c'est très important

pour moi qu'elle... qu'elle soit

fière et qu'elle comprenne son

héritage. Mais aussi, écoute, je

veux qu'elle puisse parler avec

sa grand-mère, tu sais!


VINCENT LECLERC (Narrateurj)

Contrairement à Kerouac,

Jean-Christophe assume

pleinement sa francophonie

en Amérique. Et l'icône

de la «Beat Generation»

aurait sûrement lui aussi été

plus en mesure de vivre avec sa

dualité linguistique s'il avait

vécu aujourd'hui.


MICHELLE KELLER se rend dans un journal s'appelant «La Liberté», quelque part à Winnipeg au Manitoba.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Michelle a rendez-vous avec

le journal local. Elle a été

invitée à donner son avis sur la

nouvelle loi 5, qui redéfinit la

description d'un francophone

au Manitoba.


MICHELLE rencontre MANELLA VILA NOVA, journaliste à La Liberté.


MANELLA VILA NOVA

Et donc, justement, avec la

loi 5 du 30 juin 2016, qui

protège les services en français

par une loi provinciale, et

puis, qui appuie

l'épanouissement de la

francophonie manitobaine.


MICHELLE KELLER

Oui.


MANELLA VILA NOVA

C'est un peu une redéfinition

de la francophonie.


MICHELLE KELLER

Oui.


MANELLA VILA NOVA

Où est-ce que tu te places

par rapport à ça?


MICHELLE KELLER

Donc, j'utilise « francophile »,

parce que je sais que

« francophile », c'est normalement

le mot qu'on utilise pour

quelqu'un qui aime le français,

mais qui n'a pas forcément le

français comme langue

maternelle.

J'ai vu qu'en ce moment, la

loi 5 définit un francophone

comme quelqu'un qui a soit le

français comme langue

maternelle, soit a une affinité

spéciale avec le français, si...

si je me trompe pas.


MANELLA VILA NOVA

Donc, selon cette définition,

toi, tu es francophone?


MICHELLE KELLER

Oui.


MANELLA VILA NOVA

Donc, tu ne devrais plus

utiliser le terme « francophile ».


MICHELLE KELLER

(Riant)

Oui! Techniquement, oui. Oui,

oui, je suis francophone. Wow...


MANELLA VILA NOVA

Tu l'as dit!


MICHELLE KELLER

Enfin!


MICHELLE marche sur l'esplanade Louis-Riel.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Michelle est satisfaite du

succès de son activité portes

ouvertes au Centre du

patrimoine. À l'instar de

l'Esplanade Louis Riel où elle

se trouve, elle croit qu'il faut

multiplier les lieux de

rencontre et de partage entre

les différentes communautés.


MICHELLE poursuit sa discussion avec VINCENT.


MICHELLE KELLER (Narratrice)

D'un côté, il y a le centre-ville

de Winnipeg, qui est majoritairement

anglophone.

Et puis, de l'autre côté, il y a

Saint-Boniface, qui est

majoritairement francophone.

L'Esplanade Riel, c'est l'union

entre les deux cultures, les deux langues.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Michelle s'identifie un peu à

ce pont. Comme elle, il fait le

lien entre deux langues,

deux cultures. Elle est convaincue

que l'avenir du français est la

responsabilité de tous, et non

pas seulement celle des

francophones dits « de souche ».

Selon elle, les francophiles et

les immigrants sont des

alliés importants.


VINCENT fait un retour sur sa visite à Penetanguishene, en Ontario.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Dans les années 80,

Penetanguishene est devenu

un symbole fort pour les

Franco-Ontariens. Pendant que les

Québécois vivaient un

référendum, ici, c'est le droit

de recevoir une éducation

secondaire en français qui se

jouait. On a même ouvert une

école de la résistance.


Un livre portant le titre: «Penetang: L'école de la résistance» écrit par Paul-François Sylvestre apparaît.


CLAUDETTE PAQUIN témoigne.


CLAUDETTE PAQUIN

Il faut dire qu'en Ontario, à

ce moment-là, d'avoir une école

secondaire française, c'était

laissé au bon vouloir des

conseils scolaires anglophones.

Ben, évidemment, il y en a pas

un qui voulait, là, parce que ça

enlevait des élèves francophones

des écoles anglaises.


De vieilles pancartes de revendications de l'époque défilent pendant le témoignage. Par exemple, un aspirateur portant le mot «Assimilation» ou une autre disant : «Nous sommes appauvris en éducation à Penetanguishene».


CLAUDETTE PAQUIN

C'était très difficile d'être

francophone et d'être là en même

temps. Tu pouvais cacher que

t'étais francophone, ça, il y en

a plusieurs qui ont été obligés

de le faire. Il y en a plusieurs

qui ont changé leur nom parce

que c'était trop difficile

d'être francophone à Penetang.

À un moment donné, les élèves en

ont eu assez, et là, on a ouvert

une école illégale au Centre

d'activités françaises.


Des photos du centre d'activités françaises sont gardées dans un album. Ensuite, on aperçoit la devanture de la bâtisse qui abrite entre autres la radio francophone.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Aujourd'hui, le bâtiment

aux briques rouges abrite les

principaux organismes

francophones de la région, dont

la radio CFRH, qui est un peu le

coeur, mais surtout le poumon de

la communauté francophone.


Des photos d'archives de la prise de possession des lieux par les francophones. Ensuite, CLAUDETTE PAQUIN continue sa conversation avec VINCENT.


CLAUDETTE PAQUIN (Narratrice)

D'abord, tout le monde pensait

que ça durerait 3 semaines, là,

pis que le gouvernement

lâcherait le ballon un moment

donné. Ha! Maintenant, à

l'époque, la ministre voulait

juste pas lâcher, le conseil

scolaire non plus. Donc, ç'a

duré presque un an, au lieu de

durer 3 semaines. En même temps,

il y avait le référendum au

Québec, et vers la mi-avril, on

savait qu'il y avait un grand

rassemblement au Forum à

Montréal, organisé par Claude

Ryan et les forces fédéralistes.

Et tout d'un coup, Bill Davis

s'en va dire à tous les médias:

« Moi, je vais aller là pis je

« vais défendre le Canada. C'est

« une place où on peut vivre

en français. »

Et là, on s'est dit: « Pardon? »

Nous autres, on se bat pour une

petite école pour nos jeunes!


VINCENT LECLERC

Fait que vous dites que le

référendum a aidé la situation.


CLAUDETTE PAQUIN

Absolument! Parce que nous, on

a envoyé un télégramme

immédiatement à M. Davis et

M. Ryan pour dire: «Nous, on a

57 élèves qui vont aller en

autobus au Forum de Montréal

avec leurs pancartes, et qui

vont dire la vérité aux gens

par rapport à ce que c'est que

vivre en français à

Penetanguishene.» La ministre de

l'Éducation est venue au conseil

scolaire de Simcoe et leur a

dit: «Pour des intérêts

nationaux plus larges, là,

on va bâtir cette école-là.»

Alors, pour nous, il y a aucun

doute: notre école, c'est à

cause du référendum de 80 qu'on

l'a eue. Il y a aucun doute

là-dessus.


À Borden, en Ontario, CÉLESTE LÉVIS donne un spectacle.


VOIX DU PRÉSENTATEUR

Mesdames et messieurs,

Céleste Lévis!


Les gens applaudissent CÉLESTE qui chante devant eux.


CÉLESTE LÉVIS

(Chantant)

On partage le goût de vivre

♪ Sans savoir

Ce qui va survivre ce soir ♪


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Le spectacle est un succès.

La musique de Céleste

a attiré des spectateurs de tous

les âges et d'un peu partout

dans la région. Sylvia

est encouragée.


SYLVIA BERNARD, la directrice des programmes et services de la CLÉ témoigne après le concert.


SYLVIA BERNARD

C'est vraiment super, on a

une belle foule aujourd'hui.


VINCENT LECLERC

Oui, un petit peu plus

que prévu?


SYLVIA BERNARD

Oui, on a été obligés

d'ajouter des tables et des

chaises à la dernière minute!


VINCENT LECLERC

Voyons donc!


SYLVIA BERNARD

Oui, oui! C'est... c'est

un peu comme ça ici. Les

francophones, on sait pas s'ils

vont rester dans leurs salons ou

s'ils vont sortir. Pis aujourd'hui,

ils étaient au rendez-vous.


VINCENT LECLERC

Nous autres, on est venus de

Penetang, c'est à peu près à une

heure. Fait que les gens, ils se

déplacent pour les événements

francophones.


SYLVIA BERNARD

Oui, les gens se déplacent.

Ils sont au rendez-vous. Depuis

deux ans, on voit une hausse de

vente de billets. Les gens en

veulent plus, les gens en

demandent, les gens sont là,

fait qu'on en organise plus!


CÉLESTE continue de chanter.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Les médias ont joué et jouent

un rôle d'unificateurs dans la

communauté. L'engouement pour

ces prestations en français,

pour ces artistes que les

animateurs de la radio se

plaisent à faire tourner en

ondes, a quelque chose de fort

rassurant pour la petite équipe

de CFRH. Si la radio n'était pas

là, qui ferait jouer et

découvrir le talent de Céleste

aux jeunes de Penetanguishene?


MAXIME travaille à son bureau de la radio. Il est en compagnie de GUILLAUME DUBÉ, étudiant du secondaire et stagiaire à la radio.


GUILLAUME DUBÉ

Les médias sociaux, c'est

vraiment ma façon de communiquer

avec les gens. C'est comme ça

que je peux recevoir des

invitations à des événements

francophones. Si je suis la page

de CFRH, il va avoir les

annonces de qu'est-ce qui se

passe. Donc, si c'est quelque

chose qui m'intéresse, je vais

aller mettre le poste pour

écouter ça.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

Maxime croit en la relève

locale. Il a d'ailleurs pris

Guillaume sous son aile, un

jeune qui s'intéresse à la

radio. Maxime a aussi pris une

grande décision: il reste dans

la région.


MAXIME discute avec VINCENT.


MAXIME PRONOVOST

J'avais dit: « Je l'essaie

pendant un an », pis je vais

rester beaucoup plus longtemps.


VINCENT LECLERC

Oui?


MAXIME PRONOVOST

Oui. Oui, oui. Ben, j'ai

adopté l'endroit.


VINCENT LECLERC

Des amis... femme, enfant...?


MAXIME PRONOVOST

Une blonde.


VINCENT LECLERC

OK.


MAXIME PRONOVOST

Donc...


VINCENT LECLERC

Du coin?


MAXIME PRONOVOST

Oui, puis, il y a tout, tout,

tout qui m'intéresse dans la vie

de tous les jours que je peux

retrouver ici. Et ça, c'est la

beauté de la chose.


De retour dans la ville de Québec, province de Québec, VINCENT contemple le fleuve. Une chanson du groupe Ponteix joue. Un retour sur les personnes rencontrées et les lieux visités accompagne les propos.


VINCENT LECLERC (Narrateur)

C'est quand même fascinant

de prendre conscience du rôle

qu'ont joué les francophones

dans le développement de

l'Amérique. Et aujourd'hui, je

suis touché de voir comment les

gens continuent de se battre

pour la survie de la langue,

comment les gens de

Penetanguishene travaillent fort

pour maintenir leurs services en

français. Pis il y a Michelle à

Winnipeg qui m'a ouvert les yeux

sur l'importance de partager

notre héritage français avec les

francophiles et les immigrants.

Pis j'ai été très surpris

d'apprendre qu'à une certaine

époque, il y avait tout un

quartier de Lowell au

Massachusetts qu'on appelait

le Petit Canada. Pis finalement,

armé de son violon, Dennis m'a

fait découvrir une grande partie

de l'histoire oubliée des

États-Unis, celle des colons français.

(S'adressant au public de l'émission)

Bon, la langue a peut-être pas

survécu partout, mais la culture

est encore au coeur de bien des

célébrations. Voilà, on est à

mi-chemin de notre voyage au

coeur de l'Amérique francophone,

et en ce moment, je me sens, à

parts égales, fier d'être

francophone, surpris de ce qu'on

a appris, puis... curieux d'en

apprendre davantage.

Heureusement, il nous reste

un deuxième épisode.


Générique de fermeture

Episodes of French en Amérique

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