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Mercy Beet

A local beet company´s stocks go through the roof when the Toronto Maple Leafs´ Darcy Tucker publicly proclaims his love of their juice. Mercy´s inhabitants think about all the ways they can get rich with this. With Sarah´s help, Mayor Popowicz even tries to rebaptize the town as Canada´s beet capital. Beet fever has hit Mercy!



Production year: 2007

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VIDEO TRANSCRIPT

Un journaliste sportif se trouve dans le vestiaire des Maple Leafs de Toronto pour une entrevue avec DARCY TUCKER.


JOURNALISTE SPORTIF

Rebonjour! Je suis

avec Darcy Tucker.

Darcy, vous enchaînez

les succès en ce moment.

Vous avez marqué

le point décisif ce soir.

D'où vient cette

fabuleuse réussite?


DARCY TUCKER

Tout est dans le jus,

mon vieux.


JOURNALISTE SPORTIF

Qu'entendez-vous par là? Vous

voulez parler de gnaque?


DARCY TUCKER

Non, le jus de betterave. Je

le fais venir d'une petite ville

dans les Prairies. Les jus

de betterave de Mercy.


JOURNALISTE SPORTIF

Donc, vous diriez que

c'est une boisson qui a du jus?


DARCY TUCKER

Non. C'est du jus.


JOURNALISTE SPORTIF

Non, non. Je veux dire,

c'est une boisson

qui ne manque pas de jus.


DARCY TUCKER

Bon, on a fini, là?


Dans le restaurant de FATIMA, quelques clients regardent la télé, dont YASIR et BABER.


YASIR

Il a bien dit les jus

de betterave de Mercy?


FATIMA

Pourquoi ces hommes

transpirent-ils autant?


YASIR

J'ai des actions

dans ces jus.


FATIMA

Il est en sueur.

Il devrait se couper

les cheveux.


YASIR

Je les ai achetées

trois fois rien.

Elles vont crever le plafond.


BABER

Il pourrait s'agir d'une hausse

temporaire.


YASIR

Une hausse temporaire, mais

qui va me payer un hors-bord.


FATIMA

Si je devais passer à la télé,

moi, j'utiliserais

au moins une serviette.


BABER

En fait, tu fais référence

à une bulle spéculative,

et s'il y a une chose qu'on sait

sur ces bulles spéculatives-


YASIR

Tu as raison! Elles ne font

que grossir! Et grossir!

Et grossir!


BABER

Oh non! Tu y crois, toi?


FATIMA

Ce qu'il est bête!

Hé hé hé! Hé, tu crois que

si j'investis maintenant,

je pourrais m'offrir

moi aussi un hors-bord?


BABER

Hum...


Titre :
La petite mosquée dans la prairie Le train de la betterave


YASIR est chez lui. Il consulte le marché de ses actions sur son ordinateur. RAYYAN le rejoint dans la cuisine.


YASIR

Oui!


RAYYAN

Tu as encore gagné

au Solitaire?


YASIR

Mieux que ça.

Tu te souviens des actions

que j'ai achetées?


RAYYAN

Celles des dentiers jetables?


YASIR

Non.


RAYYAN

La radio 3D?


YASIR

Non.


RAYYAN

Pas cette idiotie de

plantation hydroponique de

betteraves dans laquelle

maman t'a interdit d'investir?


YASIR

Les jus de betterave de Mercy.

Leur cours a pris trois points.

Merci, Darcy Tucker!


RAYYAN

Qui est Darcy Tucker?

L'inventeur de la betterave?


YASIR

Un joueur de hockey.

Il en a fait la pub hier.

C'est dans tous les journaux.


RAYYAN

Il doit pas

se passer grand-chose.


YASIR

C'est fantastique.

Je savais que ça arriverait.


RAYYAN

Tu savais qu'un joueur

de hockey passerait à la télé

et parlerait d'une fabrique

de jus de betterave,

trois ans après ton investissement?


YASIR

Ça faisait partie

d'une de mes hypothèses, oui.

Pendant que j'y pense, il faut

que ça reste entre toi et moi.

Je veux faire la surprise

à ta mère.


RAYYAN

Lui faire la surprise

ou ne rien lui dire du tout?


YASIR

Ni l'un ni l'autre.

C'est juste de la sémantique.


AMAAR sort de son bureau et croise le RÉVÉREND MCGEE dans le couloir.


AMAAR

Oh, euh... Je vais

chez Fatima pour déjeuner.

Vous pourriez

me prêter 2$ ou 3$?


RÉVÉREND MCGEE

On est à court de liquide?


AMAAR

L'année a été plutôt maigre.


RÉVÉREND MCGEE

Pas la peine

de vous justifier.

On est tous du clergé.

On est tous pauvres.

Et c'est pour ça que je vais

à la maison de retraite.


AMAAR

Révérend, vous avez quelques

bonnes années devant vous.


RÉVÉREND MCGEE

Pas pour m'y installer.

Juste une petite visite.

C'est jour de viande.


AMAAR

Hum?


RÉVÉREND MCGEE

Petit, vous ratez un

des grands avantages du clergé.

La tradition veut que les hommes

de foi aillent prêcher

en échange... de nourriture.


AMAAR

La tradition du mendiant.


RÉVÉREND MCGEE

Mendiant qui vient

du latin «flemmard».


AMAAR

Et vous allez là-bas souvent?


RÉVÉREND MCGEE

J'aime bien varier.

Baptêmes, mariages,

Alcooliques anonymes.


AMAAR

Ces retraités accepteraient

du réconfort spirituel

venant d'une autre

obédience religieuse?


RÉVÉREND MCGEE

Désolé, petit. Va falloir

trouver vos propres combines.


Au café de FATIMA, YASIR entre et s'assoit avec BABER à une table.


YASIR

Fatima, sers-moi ce qu'il y a

de plus cher dans ton menu.


FATIMA

Steak avec des oeufs. 8$.


YASIR

Oh, mais c'est...

désespérément raisonnable.


BABER

Donc, tu n'as pas encore

tout perdu avec tes actions.


YASIR

Non. Je t'ai même écouté

en achetant plus.


BABER

Je n'ai jamais dit ça.


Une sonnerie de notification indique à Yasir de consulter son téléphone.


YASIR

Elles ont grimpé d'un point.


BABER

C'est nouveau, ça?


YASIR

Oui. Les investisseurs

actifs comme moi

ont besoin d'outils pour...

prendre des photos

de leurs braguettes...

... et les «emailer»

à toute leur liste de contacts.


BABER

Yasir, je suis un économiste.

Écoute mon avertissement.

Trois choses prévisibles

vont se produire

avant que le cours

ne s'effondre.


YASIR

Et l'une d'elles, c'est toi

qui ruines ma bonne humeur.


BABER

Primo, quelqu'un va prédire

que ce n'est pas une bulle.


YASIR

C'est pas une bulle.


BABER

Et d'une.

Deuxio, les politiciens

vont s'en mêler.


YASIR

Calme-toi. J'imprime pas

assez vite.


BABER

Et tertio, juste avant

l'arrivée du krach,

les docteurs vont investir.


YASIR

Les docteurs?


BABER

Les gens très instruits

sont souvent de vrais idiots

en dehors de leur

domaine d'expertise.


YASIR

Mais toi, tu es très instruit.


BABER

Oui, c'est vrai.


FATIMA rapporte le plat commandé à YASIR.


FATIMA

Et voilà.


YASIR

Mais c'est un steak

et un oeuf.


FATIMA

Les cours ont grimpé.


À la mairie, SARAH travaille pendant que ANN, la mairesse, cherche dans le réfrigérateur.


ANN

Sarah, je ne trouve pas

ma Pizza Pocket.


SARAH

Vous avez regardé

dans le frigo?


ANN

Il est rempli de ces machins

violets bizarres.


SARAH

Du jus de betterave.


ANN

Du jus de betterave? Comme

dans le film de Buster Keaton?


SARAH

Michael Keaton.


ANN

Non. Lui, il était

dans Ghostbusters.

Qu'est-ce que ce truc?


SARAH

Du jus de betterave.

Tout le monde imite un joueur

de hockey qui en boit.


ANN

Vraiment? Les joueurs

de hockey se font pousser

les cheveux dans le dos,

mais personne ne fait comme eux.


SARAH

On voit que vous vous êtes pas

baladée récemment dans Mercy.


ANN

Le produit est fabriqué ici.


SARAH

Oui, oui.


ANN

Écoutez, si ce truc

est populaire,

je veux être associée

à son développement.

Je veux être la reine

de la betterave.


SARAH

Mais vous détestez ça.


ANN

Tout le monde aime

les vainqueurs.

Et puis cette mode n'est pas

arrivée par hasard.

Je l'ai initiée.


SARAH

Et le public doit le savoir.


ANN

Euh, en fait, c'est pas

vraiment moi qui l'ai initiée.


SARAH

Et le public ne le saura pas.


ANN

Il y a un truc

qui me paraît bizarre.


SARAH

Ah, c'est normal.

Au lieu de limiter les dégâts

et d'avoir à faire face

à une catastrophe,

là, nous essayons

de prendre les devants.


ANN

Bingo!


YASIR parle au téléphone dans son bureau.


YASIR

Oui, et avant

que je vienne chez vous

pour l'emmener,

est-ce que vous pourriez

polir les chromes

et faire le plein avec

votre meilleur carburant?

Merci.


AMAAR entre dans le bureau.


AMAAR

Vous avez acheté une voiture?


YASIR

Mieux que ça. Un barbecue.


AMAAR

Je ne vois pas trop

en quoi c'est mieux?


YASIR

C'est mieux pour la cuisine.


AMAAR

Un barbecue?

Vous allez le ramener chez vous,

le mettre dans votre jardin

et vous en servir pour cuisiner?


YASIR

Wow. Vous êtes fort.

C'est impressionnant.


AMAAR

C'est un gros barbecue?


YASIR

Écoutez, on va faire simple.

Est-ce que les mots Magnum 5500

vous évoquent quelque chose?


AMAAR

Non. Mais ils sous-entendent

une certaine idée de grosseur.

Connaissez-vous la coutume qui

veut que les leaders spirituels

offrent leurs bonnes paroles

en échange de-


YASIR

Amaar, vous voulez

venir dîner à la maison?


AMAAR

Oui, s'il vous plaît.


À la mairie, ANN fait un conférence de presse autour du jus de betterave.


ANN

J'ai toujours été

à l'avant-garde du progrès.

Et c'est pour cela que je suis

à 100% derrière

ce produit betteravier

et les industries qu'il amènera

à notre communauté.

Les betteraves sont-elles

l'avenir de Mercy?

C'est trop tôt pour le dire,

mais la réponse...

est oui.


JOURNALISTE

Madame le maire, on peut

avoir une photo de vous

buvant le jus de betterave?


ANN

Je suis désolée.

Je ne vous suis pas trop.


JOURNALISTE

Est-ce que vous pouvez boire

un verre de jus de betterave?

Il y en a plusieurs

juste là devant vous.


ANN

Ah oui. Ce serait

une bonne idée.


JOURNALISTE

Bon. On peut

le faire maintenant?


ANN

Oh, je ne crois pas

que nous ayons le temps.

(Se tournant vers SARAH)

On a pas le temps, n'est-ce pas?


SARAH

Si.


ANN

Oui. Nous avons le temps.

(Levant son verre)

Bon, très bien. Cul sec, alors.


ANN prend une gorgée et la recrache aussitôt en aspergeant le visage et la chemise du journaliste pendant que le photographe prend sa photo.


ANN

Oh, beurk!

Oh, c'est immonde!

C'est vraiment immonde!

Vous avez goûté ce truc?

C'est vraiment immonde.

C'est un produit

vraiment immonde.


SARAH fait des signes à ANN d'arrêter d'en rajouter.


ANN

Oh, vous avez raison.

Je préfèrerais me couper la tête

plutôt que d'avaler ce truc.


Le lendemain, la mairesse fait la une du journal local. BABER se félicite d'avoir eu raison en sortant de la mosquée. RAYYAN marche à ses côtés.


BABER

J'avais prédit

que ça arriverait.


RAYYAN

Que le maire allait recracher

du jus de betterave partout?


BABER

Je savais que les politiciens

prendraient le train en marche.


RAYYAN

Mais elle n'est pas

montée à bord.

J'ai pas lu tout l'article,

mais j'ai eu l'impression

qu'elle n'avait pas du tout aimé.


BABER

Oh, mais elle voulait

monter à bord.

Ensuite viendront

les docteurs et ensuite...

(Rigolant)

... ce sera le krach.


RAYYAN

Moi, je suis docteur

et je n'ai pas envie

d'acheter ces actions

de betterave.

Sauf si, bien sûr, c'était

pour un festival folklorique.


BABER

Vraiment?


RAYYAN

Non, je plaisante.

Qui voudrait aller

à un festival folklorique?


Un ouvrier nettoie le tapis dans le bureau de la mairesse pendant que SARAH discute stratégie avec ANN.


SARAH

D'accord, je crois savoir

ce qui a mal tourné.


ANN

C'est quand j'ai recraché

le jus de betterave.


SARAH

On a essayé de faire

quelque chose de proactif,

mais ce n'est pas nous, ça.

On est des réactifs.


ANN

Oui, je crois que

c'était quand j'ai recraché

le jus de betterave.


SARAH

On a beaucoup de chance. On

est doué pour faire face

aux catastrophes après coup.

Regardez ce qui vient d'arriver.

Une vraie cata.

C'est exactement

ce qu'il nous fallait.


ANN

Nous sommes exactement

là où nous voulions être.


SARAH

Nous allons laver notre image

comme nous laverons cette tache

de betterave sur notre moquette.


OUVRIER

Eh bien la tâche,

elle part pas.


ANN

Aucune importance.


SARAH

En tout cas, ça n'en aura plus

quand le monde verra...

votre nouvelle publicité.


ANN

Une publicité?


SARAH

On va attirer les touristes,

de nouveaux investisseurs.

Ce que la Silicon Valley

est à l'informatique,

Détroit aux voitures,

Mercy le sera à la betterave.


ANN

Oh! Je pourrai porter

une tenue violette.


SARAH

Oui. Vous porterez

une tenue violette.


ANN

(Se tournant vers l'ouvrier)

Plus fort, Cendrillon.

Plus fort.


Le soir venu, YASIR rentre avec des cuisses de poulet très grillées sur son nouveau gril et dépose le plat sur la table de la cuisine.


YASIR

La soupe est prête.

Cadeau du Magnum 5500!


AMAAR

Wow!

La température n'est pas un

problème pour cette merveille.


RAYYAN

Peut-être qu'avec

le Magnum 4500,

on aurait pu deviner

ce qu'on allait manger.


AMAAR

Je me sers moi-même?


YASIR

Vous vous êtes invité

tout seul.


AMAAR

Je ne fais que

mon devoir spirituel.

Le pain à l'ail,

s'il vous plaît.


RAYYAN

Vous savez, Baber dit

que deux de ses prédictions

se sont réalisées.


AMAAR

Quelles prédictions?

Vous parlez de ces stupidités

de betteraves?


YASIR

Je vous laisserai pas insulter

mes betteraves. Excusez-vous!


AMAAR

Je ne vais pas m'excuser

auprès des betteraves.


YASIR

C'est grâce à elles

que vous mangez.


AMAAR

D'accord. Dites aux betteraves

que je m'excuse.


SARAH arrive avec les légumes grillés. Toute la nourriture est très, très grillée.


SARAH

Bon, les plus fines sont

les carottes, je crois.


AMAAR

Oh...

Non, non... Merci.


Le lendemain à la mosquée, AMAAR est devant son ordinateur.


AMAAR

Pourquoi Yasir m'envoie-t-il

un email de sa braguette?


Le RÉVÉREND frappe à la porte ouverte du bureau.


RÉVÉREND MCGEE

Quoi de neuf?


AMAAR

Oh rien! J'enlève

de ma bouche les restes

de charbon de bois.

Yasir a fait un barbecue.


RÉVÉREND MCGEE

Pourquoi êtes-vous

allé là-bas?


AMAAR

J'essayais votre coup

de la mendicité.


RÉVÉREND MCGEE

Amaar! Mais quelle idée!

C'est de l'amateurisme.

On ne va jamais

chez les particuliers.


AMAAR

Ah bon?

Il faut laisser la nourriture

aux professionnels.

Je pensais que vous pourriez

vous débrouiller tout seul,

mais je vais devoir

vous prendre sous mon aile.


AMAAR

Vous feriez ça?


RÉVÉREND MCGEE

Je déteste voir un homme

utiliser du fil dentaire.


AMAAR

(Tenant du fil dentaire)

Pourtant le fil dentaire,

c'est très bon.


RÉVÉREND MCGEE

Non. Je ne crois pas

une seconde que ce soit vrai.

C'est une arnaque.

Les marques de fil dentaire

et les dentistes sont complices.


BABER est debout près du bureau et semble éberlué par ce qu'il entend.


RÉVÉREND MCGEE

On verra ça plus tard.


Le RÉVÉREND quitte le bureau.


AMAAR

(S'adressant à BABER)

Merci de débarquer maintenant.


BABER

Rayyan n'a pas acheté

d'actions.

Je pensais qu'elle le ferait.

Et si ma prédiction

était fausse?


AMAAR

Oh, eh bien...

Une petite seconde.

Jusque là, vous ne m'avez

jamais demandé conseil.


BABER

Je suis si désespéré.

Non seulement

je vous demande un conseil,

mais je pourrais

peut-être même le suivre.


AMAAR

Bien. Voilà. Baber,

depuis que je vous connais,

vous avez toujours été

très indépendant.

Vous ne tenez pas compte

de ce que les gens pensent.

Si vous commencez, vous serez

malheureux. Tout le temps.


BABER

Donc, je devrais rester ferme

et ne pas investir?


AMAAR

Exactement.

Prenez votre temps.

Écoutez votre coeur.

Ne faites rien dans l'urgence.


BABER serre la main d'AMAAR. Avant même de sortir de la mosquée, il prend son téléphone.


BABER

Je veux acheter 5000 actions

de la compagnie

des jus de betterave Mercy.

Par pitié, en urgence!

Oui, j'attends.


Différents aspects de la ville de Mercy défilent, comme dans un reportage.


NARRATEUR

Au coeur

de la vallée des betteraves

bat le coeur du XXIe siècle.


ANN est assise derrière son bureau dans une tenue violette. Sur le bureau, des paniers de betteraves sont étalés.


ANN

Bienvenue dans la ville

des betteraves.


NARRATEUR

Un pôle industriel...

Un centre décisionnel...

Mercy est la capitale mondiale

de la betterave

et de ces nombreux

produits dérivés.

Mais Mercy, c'est bien plus

que la betterave.


Des animations s'ajoutent pour illustrer le propos.


NARRATEUR

C'est la betterave en conserve.

C'est le jus de betterave.

C'est le bioéthanol,

le carburant de l'avenir.


ANN s'adresse au public de l'infopub.


ANN

Bonjour,

investisseurs potentiels.

Plantez le bulbe

de votre réussite ici.


ANN prend une gorgée de jus de betterave.


NARRATRICE

Mercy : Paradis des légumes

à pulpe et du développement

économique.


NARRATEUR

C'était un message

de la ville de Mercy

et de l'Association

des cultivateurs

de betteraves de Mercy.


ANN et SARAH sont dans le bureau pour regarder la vidéo. ANN ferme l'écran.


ANN

C'est réussi!


SARAH

On peut vraiment

voir l'argent à l'écran.


ANN

Dommage. Les camions poubelles

passeront pas le mois prochain.


SARAH

Ils manqueront à personne.


SARAH sort du bureau et ANN redémarre l'infopub.


NARRATEUR

Au coeur de la vallée

des betteraves...


Chez FATIMA, RAYYAN et AMAAR sont attablés. RAYYAN mange et AMAAR ne boit qu'un café. FATIMA arrive avec l'assiette de RAYYAN.


FATIMA

Qu'est-ce que tu en dis?


RAYYAN

Oh! Très joli hijab, Fatima.


FATIMA

De la pure soie.

Et c'est grâce au boum

de la betterave.


RAYYAN

Hum...


FATIMA

Et toi, tu t'es offert quoi?


RAYYAN

Un sandwich au poulet.


FATIMA

Oh! Régale-toi.


RAYYAN

Quand j'ai entendu parler

d'actions de jus de betterave,

j'ai pensé que je devais

surtout pas y toucher.


AMAAR

Oh, islamiquement parlant,

investir, c'est limite.

Si on prête de l'argent, on ne

peut pas facturer d'intérêts

parce que ce serait

profiter de quelqu'un.

Mais on peut investir

dans une compagnie.

Notre prophète,

que la paix soit sur lui,

était d'accord

avec les profits.


RAYYAN

Je sais. J'ai juste trouvé

que ça paraissait débile

d'investir dans des betteraves.

Vous pensez que

j'aurais dû en acheter?


AMAAR

Non, pas nécessairement.

Et puis, d'ailleurs,

vous n'êtes pas la seule à avoir

résisté. Il y a aussi Baber.


RAYYAN

Oui. Baber et moi.

Il faut que je m'achète

des actions.


AMAAR et le RÉVÉREND mangent dans une fête de départ à la retraite.


RÉVÉREND MCGEE

Bon sang!

Ce chou est fantastique.


AMAAR

Pas aussi bon que la salade

grecque d'hier soir

au banquet de la Légion,

mais bien meilleur

que la salade de haricots

du banquet des éleveurs.


RÉVÉREND MCGEE

En général,

ils ont une très bonne

purée de pommes de terre ici.


AMAAR

Oui, j'en ai pris.


RÉVÉREND MCGEE

J'en ai pas trouvé là-bas.


AMAAR

Parce que je l'ai fini.


RÉVÉREND MCGEE

Vous avez pris toute la purée?


AMAAR

Oh, il n'en restait plus

qu'une part et demie.

Je pensais que je pouvais

la finir.


RÉVÉREND MCGEE

J'aurais bien mangé la moitié.


AMAAR

D'accord. Désolé.


RÉVÉREND MCGEE

Je peux en avoir un peu là?


AMAAR

Hum... J'aime pas trop l'idée

de manger de la nourriture

dans l'assiette

de quelqu'un d'autre.


RÉVÉREND MCGEE

Mais c'est moi qui mangerais

dans votre assiette.


AMAAR

Oui, mais je ne suis pas plus

à l'aise à cette idée.


RÉVÉREND MCGEE

Faites tourner la purée! C'est

grâce à moi si vous êtes ici.


AMAAR

Bon, vous voulez de la purée?


AMAAR prend sa fourchette et catapulte de la purée en direction du RÉVÉREND qui l'évite. La purée atterrit sur le complet d'un vieil homme.


AMAAR

Alors, en voilà de la purée.


RÉVÉREND MCGEE

Oh!


Plus tard, au restaurant de FATIMA, YASIR ne quitte plus son téléphone des yeux.


FATIMA

Tu es au courant?

Darcy Tucker donne

une conférence de presse.

Il va encore faire des

compliments sur les betteraves.


YASIR

Fatima, je le sais déjà.

C'est le dernier cri. Je reçois

les nouvelles instantanément.

Comment tu l'as su, toi?


FATIMA

Par la presse.

Le journal d'hier.

C'est pas compliqué.


YASIR

Oui, d'accord.

Je comprends mieux.

Enfin, bref. Je vais encore

m'acheter des actions.

Cette technologie

est incroyable.


FATIMA

Je peux te poser une question?

Pourquoi sur ton gadget,

tu appuies sur «vente»

quand tu veux acheter?


YASIR

Non, j'appuie sur «achat».


FATIMA

Tu as appuyé sur «vente».


YASIR

Oh!


FATIMA

Incroyable cette technologie!


YASIR

Ça fait rien! Je les

rachèterais avant la clôture.

Et elle vient juste de fermer!


FATIMA

Et ça donne aussi l'heure!


YASIR

Oh non, ne me fais pas ça.

Ne me fais pas ça!

Dis pardon aux betteraves.

Dis pardon aux betteraves.


AMAAR est dans son bureau. Le RÉVÉREND passe dans le couloir.


RÉVÉREND MCGEE

Attention.

Je vais me présenter

devant vous.

Je ne suis pas armé.

N'envoyez pas de purée sur moi.


AMAAR

Je vous ai déjà dit

que j'étais désolé.


RÉVÉREND MCGEE

Par moment, alors même

qu'on guide le troupeau,

il nous arrive de nous égarer.

Et c'est alors

une autre brebis qui s'occupe

de nous ramener vers le troupeau

dans la vallée où se trouvent

toutes les autres brebis.


AMAAR

Une autre brebis? Je croyais

que c'était vous le berger.


RÉVÉREND MCGEE

Non, je suis à la tête

du troupeau.

Le chef des brebis.

Le boss des brebis.


AMAAR

Donc, il y a des brebis

qui courent, égarées,

et vous êtes la brebis

dominante.


RÉVÉREND MCGEE

Oui, il faut croire.


AMAAR

D'accord.


RÉVÉREND MCGEE

Écoutez, Amaar,

ce que j'essaie de vous dire...

on ne pourra pas continuer

cette histoire de nourriture.


AMAAR

Nous nous sommes égarés.

Comme votre brebis.


RÉVÉREND MCGEE

Arrêtons de parler de brebis,

s'il vous plaît!

C'est une impasse.


AMAAR

La prochaine fois,

assurez-vous d'être le berger.


RÉVÉREND MCGEE

C'est ce que j'aurais dû faire.


AMAAR bêle.


AMAAR

Pardon.


Le restaurant de FATIMA est plein. Elle s'adresse à tous ses clients.


FATIMA

Excusez-moi! Darcy Tucker

va passer à la télévision.

Et après, il y aura

des parts de gâteau

à la betterave

pour tout le monde.


Les clients applaudissent. FATIMA montre son gâteau.


FATIMA

Fait avec de vraies betteraves.


RAYYAN arrive et s'assoit près de BABER.


RAYYAN

Baber, qu'est-ce que

tu fais là?

Tu viens pavoiser

devant le grand krach.


BABER

Non, il n'y aura pas

de krach parce que toi,

Dr Hamoudi, tu n'as pas investi.


RAYYAN

Oh, mais si, j'ai investi.


BABER

Quoi?


RAYYAN

Je suis devenu actionnaire.

Même si je ne sais pas

trop de quoi.

Je pensais qu'ils me donneraient

un sac plein

de leurs grands billets

en forme de diplôme.


BABER

Attends, t'es dans le coup?


RAYYAN

Oui.


BABER

Les médecins

se mettent à investir?


RAYYAN

Juste moi. Et le Dr Wallace

à la clinique. Et le Dr Schmidt.

Je crois aussi que j'ai entendu

un truc comme quoi

ça ferait partie

de notre plan de retraite.

Donc, oui, les autres

médecins aussi.


BABER

Non, c'est pas possible.


RAYYAN

C'est excitant, non?


YASIR

(Se tournant vers BABER)

Les actions vont crever

le plafond et moi,

j'en ai aucune

parce que je sais pas

faire marcher ce truc.

Je suis un idiot.


FATIMA

Mes très chers clients, ça va

commencer, alors fermez-la.


DARCY TUCKER

(Parlant dans le téléviseur)

Après en avoir parlé avec

ma famille et mon agent,

j'ai le plaisir de vous annoncer

que j'ai décidé de signer

un contrat de dix ans

avec les boissons

énergétiques Étalon Sauvage.


BABER

Je suis sûr qu'il y a

de la betterave dedans.

Il y a de la betterave,

hein? Hein?


DARCY TUCKER

(Parlant dans le téléviseur)

J'adore leurs quatre parfums.

Orange... myrtille...


BABER

Il va dire «betterave» maintenant.

Je le sens par tous mes pores.


DARCY TUCKER

Citron...


CLIENTS

Betterave! Betterave!


DARCY TUCKER

(Parlant dans le téléviseur)

Et enfin, mon parfum

préféré...

Bé... bé...

Oui!

Bé... bergamote.

Délicieuse bergamote.


C'est la consternation dans le restaurant. Tous désespèrent, sauf YASIR qui sourit à pleines dents.


JOURNALISTE SPORTIF

(Parlant dans le téléviseur)

Darcy, nous sommes ravis

de votre décision

qui ne nous regarde pas,

mais, Darcy, il y a

quelques semaines, vous parliez

des fabuleuses propriétés

énergétiques des betteraves.


DARCY TUCKER

C'est vrai?

Je dis des tas de choses.

Enfin, bref.

Le plus important

maintenant, c'est:

buvez les boissons énergétiques

Étalon Sauvage.


BABER

Il y a 6,6 milliards

de personnes dans le monde

qui ne sont pas Darcy Tucker.

Et elles adorent toutes

les betteraves.


YASIR

Les actions vont s'effondrer

et moi, j'en ai aucune

parce que je ne sais pas

faire marcher ce truc.

Je suis un idiot.

Un idiot extrêmement...

chanceux.


BABER

Une minute!

Ça veut dire que

ma théorie était la bonne.

C'était une simple bulle.

Oh, oh! Je suis un génie!

Je suis stupide, mais génial!


Le restaurant se vide lentement.


RAYYAN

Combien valent

les actions maintenant?


FATIMA

À peu près autant

que ce gâteau.


FATIMA jette le gâteau aux poubelles.


FATIMA

Hum...


BABER

Moi, j'en aurais bien mangé.

Hum...


Le lendemain, ANN est dans son bureau et SARAH fait le bilan.


SARAH

Bien, donc, la fabrique

de jus de betterave est fermée,

le boum de la betterave

est derrière nous

et je vous ai estampillée

«maire de la betterave»

juste avant le plus grand krach

du marché des produits végétaux

de toute l'histoire.

Mais pour ce qui est

du positif, on a réussi

à enlever la tache

sur la moquette.


ANN

Non pas du tout.

Elle est toujours là-bas.


SARAH

Je croyais qu'elle était là.


ANN

Non.


SARAH

(Parlant des produits de betterave qui jonchent le bureau)

Vous voulez que je jette

tout ça aux ordures?


ANN

On ne peut pas.

Et il n'y a pas de camions

poubelles ce mois-ci.


Au loin, un téléphone sonne.


YASIR est chez lui, il fait les cent pas dans la cuisine.


RAYYAN

Bonjour.


YASIR

Grande nouvelle.


RAYYAN

Tu as acheté un barbecue

qui ne brûle pas tout.


YASIR

Non.

Je vais être un homme

et je vais avouer

à ta mère que j'ai investi

contre sa volonté.


RAYYAN

Bonne idée.


YASIR

Quand elle saura

que j'avais raison,

je manquerai pas une occase

de lui rappeler.


RAYYAN

Mauvaise idée.


SARAH

(Entrant dans la cuisine)

Bonjour, vous deux.

Quoi de neuf?


YASIR

Oh, rien. Rien du tout.

On parlait juste du désastre

de la betterave.


SARAH

Je suis heureuse que tu n'aies

pas investi.

Désolée, mais je te l'avais dit.


YASIR

Oh, ma petite opposante

systématique chérie!

Ma tendre sceptique.

J'avais investi!

C'est vrai. Mais j'ai vendu

juste avant le krach.


SARAH

Comment as-tu pu me faire

une chose pareille?


YASIR

On a gagné un paquet.


SARAH

Non, non, non. N'enlève pas

mon «je te l'avais dit!»

J'adore mon

«je te l'avais dit!»

Tu t'es révélé

une source inépuisable

de «je te l'avais dit!»

depuis un quart de siècle.

Donne-moi ta carte de crédit.


YASIR

Pourquoi?


SARAH

Quoi? On est riches, non?


YASIR

Oui, mais pas à ce point-là.


SARAH

(S'adressant à RAYYAN)

Viens chérie, on va faire

du shopping!


RAYYAN

D'accord.


YASIR

(S'adressant à RAYYAN)

T'avais raison

sur la mauvaise idée.


RAYYAN

Je te l'avais

bien dit. À plus.


Une nouvelle infopub de Mercy commence.


NARRATEUR

Au coeur de la vallée

de la rue bat le coeur

du XXIe siècle.


L'infopub est identique à la première avec quelques modifications au texte et quelques ajout en infographie.


ANN

Bienvenue à la ville de la...


NARRATEUR

... Rue.


SARAH et YASIR regardent la nouvelle version de l'infopub.


SARAH

(Expliquant à YASIR)

On a changé «betterave»

en «rue».


YASIR

Très futé.


NARRATEUR

Mercy est bien davantage

que des rues.

Ce sont...

... de petites rues.


ANN

(Tenant une fausse ampoule)

Bonjour, investisseurs

potentiels.

Plantez votre bulbe

du succès ici.


NARRATRICE

Mercy : Ville de la Route 23

et du Développement économique.


L'infopub se termine.


SARAH

Quelqu'un va remarquer?


YASIR

Que tu es un génie? Oui!


YASIR embrasse SARAH.


Le RÉVÉREND MCGEE mange seul à une table de la maison de retraite de MERCY. AMAAR arrive.


AMAAR

Révérend...


RÉVÉREND MCGEE

Hum?


AMAAR

Qu'est-ce que vous faites là?


RÉVÉREND MCGEE

Amaar...

Je suis venu prêcher.

Oui... Ils m'en ont proposé.

Je ne voulais pas

être mal élevé.


AMAAR

Vous m'avez parlé de brebis

juste pour ne pas partager.


RÉVÉREND MCGEE

Amaar, je ne vais pas

inventer des histoires débiles

juste pour manger

une salade de choux.

Mais pour votre gouverne,

il y a aussi des raisins secs

dedans et c'est délicieux.


AMAAR

(S'assoyant)

Je peux en avoir?


RÉVÉREND MCGEE

Je croyais que vous n'aimiez

pas manger dans

l'assiette de votre prochain.


AMAAR

(Tendant une assiette vide)

C'est une invention

de ma part.


RÉVÉREND MCGEE

(Partageant son plat)

Pour ma part, j'avais deviné.

(Regardant au fond de la salle)

Oh...

Oh! Oh!


AMAAR

Quoi?


RÉVÉREND MCGEE

C'est pas un rabbin

près des chips?


AMAAR

On y va!


Les deux hommes se lèvent rejoindre le rabbin.


Générique de fermeture.

Episodes of The Little Mosque