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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Roger Lord : pianiste

Un quotidien chinois l’a surnommé le Prince du piano du Canada. En 1990, le pianiste acadien Roger Lord met les pieds en Chine pour la première fois. Là, il découvre la musique et les compositeurs chinois. Il reçoit en cadeau plusieurs livres de musique. Il apprivoise le répertoire chinois et de là, commence sa carrière fulgurante en Asie. En 2013, il a fait partie du spectacle télévisé des célébrations du Nouvel An chinois – un spectacle qui va chercher quelques 700 millions de téléspectateurs. Roger Lord est sans doute plus connu en Chine qu’au Canada. Mais une chose est certaine : quand il rentre chez lui pour donner un spectacle à Moncton, il fait toujours salle comble.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2016

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VIDÉO TRANSCRIPTION

ROGER LORD entre en scène sous les applaudissements, puis s'assoit au piano pour jouer « Valse op. 64 no2 » de Chopin.


Titre :
Carte de visite


Pendant qu'on le voit en concert, ROGER LORD se présente.


ROGER LORD (Narrateur)

Le piano, c'est un instrument

extraordinaire. C'est un peu

l'orchestre sous les doigts. Et on a

un répertoire fabuleux, vaste.

Un répertoire d'une très grande

variété. Ma carrière m'a amené,

en fait, sur six continents.

Donc, j'ai été très, très choyé

d'avoir toutes ces occasions

presque inespérées et vraiment

exceptionnelles. Je pense

que chaque maison

devrait avoir un piano.

C'est un instrument, je pense,

porte-bonheur et c'est comme

une âme dans une maison.


GISÈLE QUENNEVILLE rencontre ROGER LORD, pianiste, dans une salle de spectacle déserte.


GISÈLE QUENNEVILLE

Roger Lord, bonjour.


ROGER LORD

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Roger, moi, quand je vois

un pianiste sur scène,

ça a l'air tellement facile.

Comment vous rendez ça facile?


ROGER LORD

Bien, je pense que d'abord,

c'est des heures et des heures,

je dirais même des années

de travail. Mais c'est important,

je pense, que ça ait l'air facile.

C'est sûr qu'en fait, il y a

toujours du travail. Même

les pièces qui nous semblent

vraiment élémentaires, de base,

il y a souvent un travail que

peut-être le public ne soupçonne

pas. Alors, il y a toute une

dimension... Moi, par exemple,

je suis professeur en plus

d'être pianiste de concert,

donc quand j'ai des élèves qui

viennent, parfois, ils ont déjà

fait huit, neuf ans de piano

puis là, tout à coup, je leur

enseigne des choses puis ils me

disent: "Mais je pensais pas

que le piano, c'était aussi complexe."

Alors, il y a toutes sortes

de dimensions, mais je pense que

c'est la discipline, le travail,

la confiance en soi... C'est

très important quand on joue de

se dire... Bon, de pas se sentir

trop intimidé par l'instrument.

Puis, je pense aussi, ce qui est

important, c'est de jouer des

oeuvres, des pièces qu'on est

capable de jouer. Parce que

c'est possible de se sentir

attiré par des oeuvres

gigantesques qui sont

impressionnantes parfois, et là,

ça va peut-être sembler

un peu moins facile.


GISÈLE QUENNEVILLE

Au niveau où vous êtes, avec

toutes ces années d'expérience,

combien d'heures est-ce que vous

pratiquez par semaine, par jour?

Est-ce que vous pratiquez?


ROGER LORD

Bien ça, c'est une bonne

question. En fait, je vais

vous dire. Moi, dans mon cas,

je suis peut-être exceptionnel.

C'est-à-dire que ma carrière

n'est pas uniquement sur scène.

Je passe une partie de mon année

à jouer des concerts, à faire

des voyages. Et j'ai une autre

partie importante de ma vie

qui est l'enseignement

à l'université et aussi à des jeunes

dans un programme qu'on a

à l'université, en fait,

qui s'appelle le programme

de l'École préparatoire. Alors,

quand j'arrive à jouer pour moi,

c'est un peu comme, je dirais,

la cerise sur le gâteau. C'est

comme le dessert. Alors, je

deviens pas comme ennuyé à aller

jouer parce que je le fais

pendant 12 mois par année. Alors

finalement, bien, je pratique,

moi, dans mon cas, quand j'ai

besoin de pratiquer. Alors, si

j'ai une tournée qui s'en vient,

c'est sûr que deux mois avant,

je vais me mettre au travail.

Si j'ai besoin de pratiquer, je

vais pratiquer beaucoup. Il y a

des moments où je peux pratiquer

dix heures dans une journée.


GISÈLE QUENNEVILLE

Étiez-vous un prodige au piano?

Vous savez, on voit des fois

ces enfants de 10-11 ans qui font

des concerts incroyables.

Étiez-vous comme ça?


ROGER LORD

Non, vraiment pas. J'avais

une certaine facilité,

mais je suivais les années

avec tout le monde: les examens

de deuxième, troisième,

quatrième année. Puis, je pense

qu'il y a eu un déclic, dans

mon cas, quand je suis entré à

l'université à l'âge de 17 ans.

Il faut dire que dans les deux

ou trois années précédentes,

j'ai commencé à jouer

de la musique par oreille.

Donc, à cette époque-là,

c'était de jouer les pièces

de Beau Dommage...


GISÈLE QUENNEVILLE

C'était pas du classique.


ROGER LORD

C'était pas du classique.

De jouer Harmonium, de jouer Elton

John... Je sais pas, les succès

qui jouaient à la radio. Mais

ça, je dirais que ça a allumé

une espèce de feu. Et ensuite,

je suis entré à l'université et

là, ça a été la découverte, en

fait, de tout un monde. Il faut

dire que j'avais peut-être fait

déjà neuf ans de piano avant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


ROGER LORD

Alors, j'arrive à l'université,

mais là, je fais la connaissance

de compositeurs comme Prokofiev,

je sais pas, moi, même

Telemann, que je connaissais pas.

Alors, il y a tout un monde

qui s'est ouvert à moi et même,

bon, je connaissais Chopin,

mais toutes des nouvelles

oeuvres de Chopin et Debussy,

Ravel. Alors, la magie,

tout à coup, du piano,

de la musique, a opéré sur moi

et je dirais que j'ai été,

un peu, un converti. Et en fait,

je pense que je me suis fixé des

buts à cet âge-là. J'entendais

des concertos puis je me disais:

Ah, j'aimerais ça au moins une

fois dans ma vie jouer avec un

orchestre symphonique. Et là, je

m'étais dit: « Bien, probablement

que ça arrivera pas avant

l'âge de 30 ans, mais je me mets

au travail puis j'y vais. »

Mais finalement, je suis ensuite

allé à Montréal, j'ai fait

un concours puis j'ai joué avec

orchestre symphonique le premier

concerto de Brahms à l'âge de 20

ans à Montréal. Alors, c'est

arrivé beaucoup plus tôt que

ce à quoi je m'attendais. Et là,

par la suite, je me suis dit:

Ah bien, peut-être que si je me

forçais un peu, je pourrais

peut-être gagner le Concours de

musique nationale, le Festival

national de musique.

Alors là, je me suis attelé,

puis j'ai mentionné Prokofiev,

j'aimais beaucoup les oeuvres

de Prokofiev. J'ai appris

le deuxième concerto pour piano,

qui est une oeuvre vraiment

très, très exigeante

et gigantesque. Et vraiment,

j'ai gagné le Festival national.

Alors, je m'étais fixé

des objectifs et pour moi,

ça a fonctionné.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais pensiez-vous,

à ce moment-là, que vous alliez

faire carrière comme pianiste?


ROGER LORD

Non. Bien en fait, je pense

que probablement comme tout le

monde... Il y en a peut-être qui

espèrent faire carrière. Moi, je

pense que c'était un rêve auquel

j'osais pas espérer parce que...

Il me semble que c'est tellement

inatteignable. C'est presque un

facteur de chance. Mais je pense

que dans la carrière, il y a

plusieurs facteurs qui entrent

en ligne de compte. Bien sûr, il

faut être capable de jouer les

oeuvres, mais je dirais l'aspect

personnalité aussi. Moi, je suis

quelqu'un qui hésite pas

à parler aux gens. J'ai pas été

limité dans mon enfance

à mon petit studio de piano

avec très peu de contact social.

Moi, j'avais des amis,

je faisais du sport, j'ai joué

dans des équipes de hockey, des

équipes de baseball, j'ai fait

du théâtre... J'ai pas été limité.

Alors, je pense que

je me suis développé socialement

et je pense que c'est important.

J'ai réalisé à travers

les années que quand

je vais quelque part, les gens

doivent aimer ma musique,

mais ils doivent m'aimer aussi.

Et ça, souvent, c'est que ça a eu

des répercussions vraiment

positives, c'est-à-dire que ça a

fait un peu boule de neige.

Une chose en a amené

une autre et ainsi de suite.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que ça prend un certain

tempérament pour être pianiste?

Parce que vous parliez...

Bon, jeune, vous aviez plein

d'intérêts, vous étiez très

sociable. Mais l'idée qu'on se

fait de ces pianistes, de ces

prodiges, c'est que c'est des

gens qui sont toujours au piano.

Qu'est-ce que ça prend

pour développer ça?


ROGER LORD

Oui, bien souvent, ça peut

être une recette qui fonctionne

pendant un certain temps. Mais

par la suite, je pense qu'il

faut un petit peu plus que juste

la dextérité digitale. Je pense

qu'il faut effectivement un

tempérament. Je pense qu'il faut

être d'abord... On dit parfois,

il y en a qui ont des tempéraments

peut-être d'accompagnateur

et d'autres des tempéraments

de soliste. Je pense

que si on veut vraiment

faire une carrière de soliste,

il faut être capable d'assumer

le poste de soliste puis ça

semble peut-être un peu vantard

ou prétentieux, mais d'être

capable de s'asseoir là,

puis de dire: "Vous êtes

venus m'écouter moi."

OK? Puis moi, j'essaie

d'inculquer ça à mes élèves

parce qu'il y en a qui sont

très disciplinés, très dociles,

très obéissants, mais je trouve,

parfois, qu'ils manquent

un petit peu de panache.

Et je trouve que c'est

important d'aller sur scène

puis de faire, on dirait, faire

son show. Et d'être capable

d'assumer ça. Je pense qu'on

peut être timide, mais on peut

arriver aussi au piano ou sur

scène et assumer les planches

à 100%. Puis ça, je pense

que c'est important. Et souvent,

moi, je pense qu'on laisse

notre première impression

avant même de jouer une note.

C'est notre entrée sur scène,

notre façon de regarder le

public, de marcher, de s'asseoir

au piano, et déjà, les gens

ont une idée de ce qu'on

va faire ou de qui on est.


Un extrait d'archive montre DEBORAH PARK et ROGER LORD jouant « Petite Suite:1. En Bateau » de Claude Debussy, au piano à quatre mains.


On retourne à GISÈLE QUENNEVILLE qui s'entretient avec ROGER LORD.


GISÈLE QUENNEVILLE

Roger Lord, vous avez joué un peu

partout dans le monde. Je pense

que vous étiez un des premiers

à jouer en Mongolie. Vous avez

joué au Brunei également.

Comment ça s'organise,

des spectacles comme ça?


ROGER LORD

Souvent, c'est pas moi qui

les organise, forcément, mais

en fait, ça vient souvent de...

Comme je disais un peu plus tôt,

de fil en aiguille. Souvent,

c'est un événement qui fait

boule de neige. Des gens nous

connaissent, nous entendent,

nous invitent quelque part.

Moi, en fait, je dirais

que mon aventure asiatique

a commencé d'abord au Japon.

Et j'allais au Japon, je pense

peut-être pour la deuxième fois.

Et là, quelqu'un a su que

j'allais jouer là et il y avait

un festival Canada-Shandong.

Shandong, c'est une province

dans l'est de la Chine qui a

une population de près de

100 millions d'habitants. Et donc,

on m'a invité à aller jouer

là, on a proposé mon nom et moi,

j'ai joué avec l'orchestre

symphonique là-bas, à Tsingtao.

Donc ça, ça a été ma première

visite en Chine, mon premier

concert en Chine, ça a

été dans cette ville-là.

Et ensuite, bon, dans la même

tournée, il y a eu d'autres

villes qui se sont ajoutées.

Et par la suite, j'ai été invité

de nouveau en Chine et quelqu'un

m'a entendu et a dit: "Ah, mais

il faudrait que tu viennes jouer

à Brunei en Asie du Sud-est."

Alors là, je suis allé là,

j'ai été le premier musicien

classique canadien à jouer à

Brunei. Il y a eu une semaine

de la culture canadienne

à Oulan-Bator, la capitale

de la Mongolie en 2005 et moi,

j'étais en tournée en Chine à ce

moment-là. Alors, les gens des

affaires extérieures du Canada,

ou des Affaires étrangères

en fait, savaient que j'étais

en Chine ont dit, ont communiqué

avec moi ou avec la personne

qui me représentait à Shanghai

et ont dit: "Est-ce que M. Lord

pourrait, dans sa tournée,

ajouter Oulan-Bator, la Mongolie?"

Et ça a été vraiment fantastique

d'aller dans un endroit comme ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien justement, parlons de

salles. Parce que vous avez joué

un peu partout dans le monde:

où est la meilleure

salle selon vous?


ROGER LORD

Bien, il y a plusieurs salles

dans lesquelles j'ai pas

joué encore, mais bon,

moi, j'ai beaucoup aimé

jouer dans la salle

de la Cité interdite à Pékin.

J'étais en tournée en Chine.

J'avais fait, en fait, je pense,

six concerts ou cinq... En fait,

je devais faire six concerts, je

pense que c'était mon cinquième

et je jouais en solo dans cette

salle-là. Et j'étais un peu

épuisé parce que depuis, je

pense, les six derniers jours,

j'avais fait cinq concerts dans

trois différentes provinces.

Alors, ça avait été assez épuisant.

Et il me semble que quand

je suis entré... En fait,

j'appréhendais le pire,

je dois le dire. Je me disais...

Il me semble que j'avais plus

l'énergie mentale... Et c'était

à guichet fermé. Et j'arrive

et il me semble que j'ai joué

et le son, le piano, la salle,

l'énergie du public, je sais

pas, il y a eu une espèce

de synergie qui s'est produite,

une espèce de magie, je dirais.

Là, je suis entré dans ma bulle.

Et vraiment, ça a été

un moment fantastique.

Alors ça, j'ai beaucoup aimé

jouer là. Et aussi, sachant

que c'est un lieu qui a toute

une histoire. Bon, la salle est

neuve de 1999, mais par contre,

le lieu est millénaire.

Alors ça, ça a été vraiment

un beau moment.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous là-bas, en Chine,

vous êtes connu comme étant

le Prince du piano du Canada.

Alors, c'est tout un titre.


ROGER LORD

Bien, disons qu'ils ont dit ça

dans le China Daily, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous avez déjà joué

à la télé au Nouvel An chinois.

Il y avait un public de

700 millions de téléspectateurs.

C'est pas une petite chose, là.

Comment vous avez développé

cette relation avec la Chine, le

public chinois en particulier?


ROGER LORD

Il y a peut-être le facteur chance.

J'ai peut-être réussi aussi

à bien jouer mes cartes.

Moi, en fait, la première fois

que j'ai été invité à jouer

en Chine, à Tsingtao, je le

mentionnais tout à l'heure,

j'avais envoyé un message

demandant s'il y avait de

la musique pour piano chinoise.

Alors, on m'a envoyé

deux morceaux par fax

et on m'a dit: "Bien,

on te donne le choix

entre deux morceaux, mais

peut-être un des morceaux

que tu pourrais jouer,

ça s'appelle « Lune d'automne

au-dessus d'un lac calme ».

Alors, j'ai appris ça, j'avais

deux semaines, je suis parti,

puis je l'ai joué là-bas et ça a

énormément touché les gens. Je

l'ai joué ailleurs. Et ensuite,

les Chinois m'ont donné

en cadeau des livres de musique

chinoise pour piano. Alors, j'ai

appris des morceaux et là, j'y

suis retourné l'année suivante

en l'an 2000 et là, j'en jouais

quatre ou cinq et là, on me disait:

"More, we want more."

"On en veut plus." Et là,

j'en ai appris sept ou huit.

Et ensuite, j'ai rencontré

une personne à Shanghai qui a

travaillé pendant des années

pour moi comme imprésario là-bas

puis elle me disait: "Bien là,

les gens, ils voudraient

un disque. Il faut que tu fasses

un disque de musique chinoise."

Alors, sans le savoir vraiment,

j'ai été le premier musicien

non chinois dans le monde

à faire un disque chinois.

On a organisé ce disque à Pékin

avec un réalisateur chinois,

un producteur chinois dans les

studios de la radio chinoise,

de la radio centrale, en fait,

de Chine, à Pékin. Je pense que

le fait que je me sois intéressé

à leur culture, je pense qu'ils

ont été touchés par le fait

que je me sois intéressé

à eux et à leur musique.


ROGER LORD interprète « Lune d'automne sur un lac calme » de Chen Peixun.


BERNARD LORD, premier ministre du Nouveau-Brunswick de 1999 à 2006 et frère de ROGER LORD, témoigne.


BERNARD LORD

On est tous les deux bien

connus dans nos propres milieux.

La politique fait en sorte

que je suis bien connu, j'ai été

bien connu au Nouveau-Brunswick

et au Canada. Mais Roger est

bien connu à l'extérieur du

Canada. Et il a joué beaucoup,

souvent, à l'extérieur du

Canada. Il est souvent invité

à aller faire des concerts.

J'oublie, il est allé jouer en

Chine au moins une vingtaine de

fois. Il est allé en Malaisie,

il est allé en Amérique du Sud,

il va en Europe, il

va partout dans le monde.

Combien de fois des amis

venaient le voir l'été

pour aller jouer dehors, aller

à la plage. Puis Roger, non,

il allait au sous-sol chez nous

puis il pratiquait son piano.

Puis il pratiquait pas

simplement parce qu'il voulait

se perfectionner. Roger, c'est

un perfectionniste. C'est un

perfectionniste dans tout

ce qu'il fait. Mais c'est par

passion. Roger a toujours aimé

la musique. Pour nous,

des fois, ça pouvait être:

"OK, on l'a entendu, la gamme.

Passe à autre chose." On restait

dans une petite maison, on avait

une télévision dans la maison.

Quand Roger jouait au piano,

on l'entendait partout, puis

c'était pas toujours le produit

fini que nous, on entendait.

Il y avait beaucoup de pratique.

Mais parce que c'était

une passion, puis dans

notre famille, nos parents

nous ont toujours appuyés dans

ce qu'on faisait. Et ils ont

toujours appuyé Roger,

ils l'ont toujours encouragé.

Ils ont reconnu le talent

qu'il avait. Ils l'appuyaient.

Lorsqu'il était jeune, il jouait

au hockey puis il était le

meilleur compteur de la ligue de

hockey. Puis un soir, il avait

le choix entre aller chercher

le trophée pour le meilleur

compteur de la ligue de hockey

ou d'aller chercher le trophée

pour l'étoile du Festival

de musique de Moncton la même

soirée. Comme j'aime dire,

Roger avait décidé d'aller

chercher le trophée...

du tournoi de hockey.

Parce que je pense qu'il s'est dit

qu'il allait gagner plus de trophées

plus tard en musique.

Mes parents ont vu, même plus

que moi ou mon frère Frank,

ma soeur Marie-Linda,

les sacrifices que Roger a faits

pour pouvoir perfectionner

son art. Oui, Roger a un talent

naturel, mais même ceux qui ont

un talent naturel,

comme Thomas Edison avait dit:

"Le succès, c'est 90%

transpiration, 1% inspiration."


GISÈLE QUENNEVILLE continue son entrevue avec ROGER LORD, dans la salle de spectacle déserte.


GISÈLE QUENNEVILLE

Roger Lord, vous avez fait, je pense,

14 ans d'université pour

maîtriser le piano. Est-ce que

c'est normal? Est-ce que

ça prend 14 ans d'université

pour maîtriser le piano?


ROGER LORD

Peut-être que j'ai...

Peut-être que j'avais

des difficultés d'apprentissage.

En fait, oui, c'est vrai.

Je pense que ça prend plusieurs

années, mais il faut ajouter

à ça, j'avais fait neuf ans de

piano auparavant aussi. Alors,

on additionne, c'est dans les 20

ans de piano. Bon, je dirais

que c'est sûr qu'à l'université,

tout à coup, il faut apprendre

l'histoire de la musique,

il faut apprendre la théorie,

il faut apprendre l'harmonie,

il faut apprendre... Moi,

j'ai fait des cours de fugue,

des cours d'analyse, des cours

de solfège, fait que tu sais,

il y a toutes sortes de choses,

en fait, que le grand public

ne soupçonne pas dans ce qu'est

l'apprentissage de la musique.

Mais, je peux peut-être

mentionner par contre que

pendant mes études doctorales,

ça s'est étiré sur à peu près

six ans, mais à ce moment-là,

j'ai fait beaucoup de concerts.

J'ai fait beaucoup de choses.

En fait, je suis même allé jouer

aux Jeux olympiques de Séoul.

Je suis allé en tournée

Jeunesses Musicales.

J'ai fait 120 concerts pour les

Jeunesses Musicales. Alors, il y

a certains moments où j'ai dû

me retirer des études pendant

un semestre deux ou trois fois.

Alors, ça a un petit peu étiré

le processus. Mais je pense

que c'est dans la normalité.

Pour se rendre à la fin

d'un doctorat, c'est assez long.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez étudié ici, au

Canada, et également en France.

Bon, vous avez voyagé un peu

partout. Est-ce que la formation

est différente

d'un pays à l'autre?


ROGER LORD

Oui, puis je dirais que l'attitude

aussi des professeurs. J'ai aussi fait

des cours d'été à Moscou

et je dirais que l'attitude est

différente. En fait, en France,

je dirais qu'à ce moment-là,

on parle d'il y a 25 ans,

il y avait encore, je pense,

la position du professeur un peu

là et l'étudiant là. Alors que

nous, ici, on essaie un petit

peu d'avoir un rapport un petit

peu plus d'égal à égal. Je pense

qu'on fonctionne avec un petit

peu plus de renforcement

positif. Somme toute, je

pourrais dire que pour moi, ça a

été un petit peu dur sur mon

ego, mais peut-être bénéfique.

C'est-à-dire que j'étais

continuellement remis en doute.

En fait, je dirais que ça a été assez

dur même. Il y a des moments

où je me disais: Bien, je pense

que je vais devoir abandonner.

Parce que ma confiance en moi

a vraiment descendu. Par contre,

ça m'a remis en question et ça

m'a fait découvrir des choses.

Ça m'a fait penser et écouter

ma propre musique, c'est-à-dire

ma propre façon de faire de

la musique de façon un petit peu

plus attentive et minutieuse.

Alors, je pense qu'en bout de

ligne, ça a été une bonne chose,

mais ça a pas été facile

sur le coup. Alors, pour moi,

ça a été un peu un choc d'aller

étudier en France parce qu'à

ce niveau-là, c'était différent.


GISÈLE QUENNEVILLE

Aujourd'hui, vous,

vous êtes professeur...


ROGER LORD

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ici, à l'université de Moncton.

Est-ce qu'il y a beaucoup d'étudiants

en musique à l'université?


ROGER LORD

Je dois vous avouer qu'on est,

en ce moment, je pense comme à

peu près toutes les universités,

dans un creux de vague,

c'est-à-dire une baisse.

Par contre, on a aussi à mon

université un programme qu'on

appelle le programme de l'École

préparatoire, c'est-à-dire

que c'est pour les enfants d'âge

scolaire de deuxième année

jusqu'à douzième année scolaire

et là, on a beaucoup d'étudiants.

Et étonnamment, on a beaucoup...

Bien, étonnamment...

C'est peut-être devenu normal,

on a beaucoup d'étudiants

asiatiques, chinois et coréens,

qui réussissent très, très bien.

Je pense que le métier de

musicien et l'attrait des études

en musique a peut-être besoin

d'un petit peu de se faire

renouveler. Alors ça, je trouve

que c'est un petit peu triste

de constater que depuis quelques

années, on a un petit peu évacué

cette culture qu'on jugeait

peut-être trop d'élite,

mais qui est si riche.

Et qui est riche de centenaires

et qui fait partie

du patrimoine de l'humanité.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment changer ça?


ROGER LORD

Je pense d'abord, même à l'école.

Je pense que c'est important,

ce serait important

qu'à l'école, on expose

les jeunes à différents styles

de musique. Moi, je me souviens,

j'avais 9 ans peut-être, en

quatrième année à l'école, à un

moment, si on veut, la maîtresse

d'école, comme on l'appelait

à l'époque, est venue, notre

enseignante, elle a fait jouer

Pierre et le loup où il y a un

texte et chaque personnage est

représenté par un instrument.

Je me souviens de ce moment-là

vraiment clairement 40 ans après.

Et je pense que déjà,

c'est venu sonner quelque chose.

Et cette enseignante-là, c'était

pas une enseignante de musique,

mais elle nous a fait jouer ça

en classe. Donc déjà, on m'a

exposé à une sorte de musique

qui était peut-être

pas la musique populaire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y a des orchestres

symphoniques qui ont commencé à

ajouter de la musique populaire,

par exemple, à leur répertoire.

Est-ce que vous êtes d'accord

avec cette philosophie-là de

rendre la musique plus populaire

pour attirer un autre public?


ROGER LORD

Moi, j'ai participé souvent

à des galas de remise de prix

et certains de mes collègues

musiciens classiques aussi,

et souvent, le numéro peut-être

le plus applaudi de la soirée,

c'est le numéro de musique

classique par un public de profanes.

Mais ils entendent une chanteuse

d'opéra et tout à coup,

ils sont ébahis et ils trouvent

ça extraordinaire.

Ou ils vont m'entendre

jouer au piano quelque chose

de virtuose et ils vont

trouver ça fantastique aussi.

Alors souvent, quand

on les expose, ils apprécient.


GISÈLE QUENNEVILLE

Eh bien, Roger Lord, merci

beaucoup pour cet entretien.


ROGER LORD

Bien, merci à vous.


Générique de fermeture


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