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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Joe Fafard - sculpteur

Il est un des artistes visuels les plus connus au Canada. Ses sculptures font partie du paysage visuel de Toronto, Ottawa, Regina et Edmonton. Joe Fafard est né dans la petite communauté agricole de Ste-Marthe en Saskatchewan. Très jeune, il découvre une passion pour le dessin, une passion qui est encouragée par sa famille et ses enseignants. Après des études à Winnipeg et en Pennsylvanie, Joe Fafard décide d’enseigner la sculpture à l’Université de Régina. Mais, en 1974, il quitte l’enseignement pour se consacrer à la sculpture. L’art de Joe Fafard a toujours été influencé par son environnement – des sculptures iconiques de vaches, grandeur nature aux portraits sculptés de ses voisins.



Réalisateurs: Charles Pepin, Joanne Belluco
Année de production: 2016

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Titre :
Carte de visite


JOE FAFARD, sculpteur, se présente pendant qu'on montre des détails de son atelier de sculpture.


JOE FAFARD (Narrateur)

Mon nom, c'est Joe Fafard. Je

suis d'ici, de la Saskatchewan.

J'ai grandi ici, mes parents

aussi. C'est mes

arrière-grands-parents qui sont

venus en Saskatchewan au début

du XXe siècle comme francophones

minoritaires. Mais on garde

toujours notre langue.


Quelques sculptures réalisées par JOE FAFARD défilent.


JOE FAFARD (Narrateur)

Moi, je suis sculpteur.

Je fais des oeuvres en bronze

présentement, mais j'ai déjà

travaillé beaucoup en céramique.

Je suis un artiste qui fait

des choses qui sont plus

représentatives, plutôt

que de l'abstrait.

J'ai commencé avec des portraits

de ma famille, mon père,

ma mère, et puis des voisins.

En même temps, j'ai un grand

intérêt dans la vie animalière,

des chevaux, des vaches,

des animaux sauvages.


Pendant la présentation, on montre JOE FAFARD à l'oeuvre sur une de ses sculptures.


JOE FAFARD (Narrateur)

Quand j'ai grandi sur la ferme,

on avait beaucoup d'animaux.

C'était une façon de vivre,

c'était comme une relation

symbiotique. On se sentait liés

à ces animaux-là et puis, il me

semble qu'on est des animaux

nous-mêmes. On prend un intérêt

dans les autres animaux.


Titre :
Joe Fafard


LINDA GODIN rencontre JOE FAFARD dans une salle d'exposition.


LINDA GODIN

Joe Fafard, bonjour.


JOE FAFARD

Bonjour.


LINDA GODIN

Vous êtes réputé pour vos

sculptures d'animaux, les vaches

en particulier. Qu'est-ce qui

vous intéresse chez elles?


JOE FAFARD

Surtout, pour moi, les

animaux, ça représente de la

sculpture pure et simple. Mais

aussi ça représente une relation

des humains, qui sont des

animaux, avec d'autres animaux,

qui sont aussi des animaux

de la Terre.

Je pense qu'on est tous des

terriens et qu'on devrait se

soutenir ensemble. Il me semble

que dans la sculpture d'une

vache, surtout une vache

laitière, on peut voir toute la

forme de l'animal, le squelette,

les muscles, les nerfs, la peau

étirée sur tout ça qui englobe

une grosse panse pleine

de liquide et un gros pis

aussi plein de liquide.

Ça me semble très intéressant

comme sculpture. Ça a une

forme et on voit aussi la raison

d'être de cet animal à travers

ça. Mais encore, c'est pas

seulement des vaches, mais aussi

les autres animaux. Il y a des

animaux, comme les chevaux,

qui ont une très belle forme

et qui sont très intéressants

à sculpter, plutôt qu'un mouton,

qui a l'air d'une grosse

boule de laine.

J'ai fait des moutons aussi.


LINDA GODIN

Oui. Mais vous avez dû les

observer beaucoup, longtemps

pour réussir à les représenter

aussi bien que ça.


JOE FAFARD

Quand j'avais 3, 4 ans, je

regardais par la fenêtre, puis

on était sur une basse-cour,

on voyait tous les animaux

de la cour. Il y avait les coqs

d'Inde, les poules, les oies,

aussi les vaches, les cochons

et les chevaux. J'ai commencé

à dessiner comme ça, de la

fenêtre, parce que ma mère me

trouvait un crayon, des papiers,

des choses comme ça. J'ai

commencé à dessiner très jeune,

puis j'ai toujours observé. Un

esprit d'observer, je sais pas

pourquoi. Mais quand j'étais

jeune, à l'âge de 8 ans, j'ai

commencé à traire des vaches.

Et puis on est toujours assis

longtemps dans une étable à

traire comme ça, fait qu'on a la

chance de regarder, de s'amuser

à étudier la forme de la vache

qui est de l'autre côté,

en travers de l'allée. Comment

est-ce que la vache se couche,

comment est-ce qu'elle se met

debout, comment est-ce qu'elle

se déplace et tout ça. J'ai

tout ça comme une mémoire dans

la tête et je peux pas m'en

débarrasser, sauf en sculptant.

C'est peut-être pour ça que

je veux toujours faire remarquer

ces choses-là, en faisant

de la sculpture.


LINDA GODIN

Vos animaux, vos sculptures,

les vaches, les chevaux se

retrouvent dans des milieux

urbains, là où on les retrouve

pas d'habitude. Ça, vous aimez

ça, que vos animaux, vos

sculptures se retrouvent

dans des milieux où on les

retrouve pas d'habitude.


JOE FAFARD

Oui, je pense que pour

vraiment mettre une emphase

sur l'animal, il faut le mettre

dans un environnement un peu

"contrasté de" sa nature. On se

sent un peu plus calme à cause

de cette présence dans la ville

plutôt que tout le brouhaha

qui se passe, du trafic et

du bruit et tout ça.


LINDA GODIN

Qu'est-ce que vous voulez

montrer ou démontrer

en faisant ça?


JOE FAFARD

Eh bien, qu'on a une origine

et puis cette origine-là,

elle remonte à des "milles

et milles" d'années qu'on a

domestiqué des autres animaux

plutôt que juste faire

la chasse.

On a appris à prendre soin des

animaux, à les apprivoiser et

puis à les faire travailler pour

nous comme les taureaux et les

chevaux qui ont défriché toute

cette grande terre qu'est

l'Ouest aujourd'hui. Parce que

quand on a tout défriché ça,

il y avait pas de tracteurs,

c'était des...


LINDA GODIN

C'était des chevaux.


JOE FAFARD

C'était des chevaux qui

ont fait ce travail. Puis aussi,

c'est la même chose, comment

est-ce qu'on s'est transportés

depuis des centaines et des

"milles" d'années avec des

chevaux. Les Romains se

servaient beaucoup de chevaux

pour aller d'un bout de leur

royaume à l'autre. Et puis ça,

c'est une partie de l'humanité.

Même si on a su les

"supplémenter", inventer

d'autres façons de se déplacer,

les voitures, les avions et tout

ça, on a encore cette histoire

et il me semble important de

toujours se souvenir que...

de cette relation qu'on a eue

avec ces animaux.


LINDA GODIN

On peut dire que,

en les sculptant comme ça,

sous différents angles,

avec différents matériaux,

c'est le respect que vous avez

à l'endroit de ces animaux-là,

que vous montrez aussi

d'une certaine façon?


JOE FAFARD

J'essaie de montrer leur

présence, leur façon d'être,

puis que ça se présente vivant,

plus vivant qu'un animal

empaillé et tout ça, parce que

si on leur donne le vrai geste

de leur façon d'agir, leur façon

de se déplacer, il me semble

que ça donne une vie, comme

une présence, qu'on peut

se sentir comme si on était

dans la présence de cet animal.

Je cherche à toujours donner une

vie à la pièce, qui donne là

aussi, une "semblance" de vie.


Un cheval sculpté au milieu d'un champ apparaît, puis on retourne à la salle d'exposition pour l'entrevue avec JOE FAFARD.


LINDA GODIN

M. Fafard, vous dites

que les années 1980 sont

vos années de bronze. Pourquoi?


JOE FAFARD

Avant l'année 1985,

je travaillais seulement

en céramique, mais je faisais

mes pièces de terre cuite,

puis je les peignais comme ça.

Puis à un moment donné,

on m'a demandé

de faire une pièce, ou de

compétitionner pour faire

une pièce à Toronto, au

Toronto-Dominion Centre.

Là, on nous a dit qu'ils

voulaient du matériau

non ferreux, pour pas

que ça rouille et tout ça.

Fait que j'ai pensé, faire ça en

céramique, ç'a pas de bon sens.

Ça sera trop grand et tout.

Et puis ça sera cassant.

J'ai pensé faire ça en bronze.

Je leur ai proposé de faire sept

vaches couchées sur le parterre

au centre-ville. Et puis ils ont

aimé l'idée. Fait que là, j'ai

commencé à faire des recherches

sur le bronze. Ça m'a intéressé.

J'ai commencé à voir que si

je travaillais en bronze, je

pourrais faire d'autres choses

que juste des animaux couchés.


LINDA GODIN

Sauf que le bronze, c'est

compliqué. Il faut trouver

une fonderie, c'est pas évident.


JOE FAFARD

Oui, j'ai pas voulu travailler

dans une fonderie. Je veux pas

être un fondeur, mais je veux

être un artiste. J'ai pas

commencé par aller travailler

dans la fonderie, couler mes

pièces et toutes ces choses-là.

Après que j'ai vu comment est-ce

que ça marchait la fonderie,

j'ai décidé de monter une

fonderie, puis d'engager

des gens pour travailler dans

la fonderie, des gens compétents

qui pourraient m'aider

là-dedans. Maintenant, ça fait

31 ans que ça marche et puis...


LINDA GODIN

Et vous avez toujours

votre fonderie?


JOE FAFARD

J'ai toujours ma fonderie à

Pence. J'ai sept employés qui

travaillent à plein temps, qui

font presque juste mes pièces.


LINDA GODIN

Donc là, vous avez quand même

une réputation internationale,

peut-être plus nord-américaine,

mais là, peut-être, le marché

européen s'ouvre à vous.

C'est arrivé quand, vous diriez,

que vous soyez plus connu

sur la scène internationale?


JOE FAFARD

Je pense que c'est venu avec

l'Internet. Sur l'Internet,

on peut aller loin, loin, vite,

vite. Et puis c'est comme

ça que les gens...


LINDA GODIN

C'est quoi, votre

nom s'est propagé?


JOE FAFARD

Oui, puis quelqu'un va cliquer

là-dessus, puis ils veulent...

Même s'ils sont en Hollande,

ils peuvent voir qu'est-ce qu'on

fait. S'ils sont en Chine,

ils peuvent voir qu'est-ce qu'on

fait, après ça, le copier.


LINDA GODIN

Non, il faut pas faire ça.


JOE FAFARD

C'est comme ça qu'une galerie

de Paris nous a contactés

pour voir si on était intéressés

d'être représentés par eux. Puis

c'est comme ça qu'une galerie

dans le sud des États-Unis

aussi nous a contactés pour voir

s'ils pouvaient représenter

nos oeuvres et puis comme ça.

Aujourd'hui, c'est un marché

très différent de quand j'ai

débuté aux années 1970, parce

que, à cette époque-là, les

galeries prenaient un "stable"

d'artistes et puis c'étaient

leurs artistes. Les autres

galeries respectaient ça, ils

se volaient pas entre

eux autres même.

On pouvait mettre une

pièce là, puis c'était là plutôt

qu'ailleurs. Mais aujourd'hui,

avec l'Internet,

les collectionneurs sont toujours

sur l'Internet en train de

regarder: "Bien, qu'est-ce

qu'il y a dans la Galerie de

Bellefeuille, qu'est-ce qu'il

y a dans la galerie Slate,

qu'est-ce qu'il y a dans la

galerie..." Après ça, ils vont

essayer de jouer les galeries

l'une contre l'autre et tout

ça. Fait que c'est un gros

désavantage pour les galeries,

parce qu'ils ont plus le même

monopole qu'ils avaient avant.

Mais peut-être que c'est un

avantage pour l'artiste, parce

que la galerie est moins...

On est moins esclave...


LINDA GODIN

De la galerie.


JOE FAFARD

C'est ça qui arrive,

je pense, sur la grande scène

internationale. Un artiste comme

David Hirst peut être dans

une galerie à Londres et puis...


LINDA GODIN

Vendre partout dans le monde.


JOE FAFARD

Vendre partout au monde. Ça,

c'est pas pour les plus petits

artistes comme moi.


LINDA GODIN

Ce qui a changé aussi avec

les années, c'est les différents

outils avec lesquels vous

travaillez et la technologie.

vous utilisez un scanner 3D

depuis quelque temps. Qu'est-ce

que vous faites en fait...?


JOE FAFARD

Le scanner 3D, c'est pour

élargir une pièce. Disons que

je veux faire une grande pièce

ou j'ai une commande pour une

grande pièce. Je veux la faire,

mais je veux pas avoir toute la

misère au monde pour la faire.

Je vais commencer par faire

le modèle, la maquette de cette

taille-là, ensuite la couler en

bronze, ensuite la passer à une

business ici, en Saskatchewan,

Silver Fox, puis leur demander

de faire un scan en 3D

de cette pièce-là,

et ensuite de la tailler

en styromousse à l'échelle

que je veux. Puis après ça,

l'ordinateur va instruire la

machine pour la faire tailler en

styromousse la pièce à l'échelle

qu'on veut. Et puis c'est comme

ça que je peux faire une grande

pièce comme celle en arrière

de moi qui est en styromousse,

et le grand cheval aussi.

Mais j'ai commencé par faire une

petite pièce grande comme ça.

Puis quand je fais la pièce de

cette taille-là, il faut que

j'aie la capacité de voir ce que

ça va faire quand ça va être

élargi, parce que chaque

erreur va être élargie aussi.


LINDA GODIN

Exact.


JOE FAFARD

Faut que tu fasses

quelque chose de bien, même

à cette taille-là, pour

que ça paraisse bien.


LINDA GODIN

Mais qu'est-ce que ça, cette

technologie-là, comment dire,

vous permet de faire?

Ça vous permet de faire...


JOE FAFARD

Ça me permet de travailler

moins fort sur une pièce...


LINDA GODIN

OK.


JOE FAFARD

Une pièce qui me prendrait

4 mois à construire, cette pièce

en styromousse, c'est comme

mon armature, qui me permet

de construire, de finir

la pièce dans un mois

plutôt que quatre mois.


LINDA GODIN

Wow.


JOE FAFARD

Et puis ça me permet aussi

d'avoir une vision de la pièce

que je fais à cette taille, que

je pense que c'est plus naturel

pour moi de travailler à cette

taille que de travailler à

la grande, grande échelle,

pour toujours être en train de

calculer les choses à la grande

échelle. L'ordinateur fait ça

très bien, parce que tout ce

que l'ordinateur fait, c'est

de répéter la forme que je lui

ai donnée déjà. Ensuite,

je pourrais faire une grande

sculpture qui serait aussi haut

que le plafond ici dedans, si je

voulais faire ça. S'il y avait

un client qui voulait ça,

on pourrait s'en reparler.


On présente la sculpture « Le jardin de l'esprit qui se situe au centre d'un grand terrain à l'université de Régina.


JOE FAFARD (Narrateur)

Le jardin de l'esprit est une

grande sculpture à l'Université

de Regina. J'ai conçu cette

pièce pour faire en sorte qu'on

montre le chaos et la faillite

de la diplomatie que les guerres

représentent, puis le prix

énorme qu'on a payé en termes

de trésors et de chair pour

ces guerres. Alors j'ai conçu

une pièce assez imposante,

une grande pièce où on pouvait

rentrer à l'intérieur et voir le

paysage à travers des tableaux,

des coupures de chaos

et des choses comme ça.

Je me suis inspiré un peu de

Guernica de Picasso, ensuite

aussi de Stonehenge,

en Angleterre, qui est un rond

comme ça avec des ouvertures.

Il y a huit ouvertures et huit

tableaux, huit panneaux, comme

ça. Et puis toute la couronne,

c'est comme le chaos,

les explosions, toutes ces

choses-là. Je voulais montrer

d'un panneau à l'autre qu'il

pouvait y avoir de l'ordre et

puis il pouvait y avoir un chaos

énorme. Fait qu'il y en a qui

sont tout plein d'action,

puis d'autres qui sont très

réguliers, comme un qui

représente les arts, les

ingénieurs, les scientifiques,

aussi bien que la brutalité

de la guerre.


On retourne dans la salle d'exposition où LINDA GODIN s'entretient avec JOE FAFARD.


LINDA GODIN

Joe Fafard, vous êtes né

en Saskatchewan.

Vous avez pratiquement toujours

habité ici. Vous êtes un fier

francophone, vous manquez pas

une occasion de le spécifier.

Ça aussi, le fait que vous êtes

francophone en Saskatchewan,

ça définit beaucoup ce que

vous faites, n'est-ce pas?


JOE FAFARD

Je crois que oui, parce que

"je suis élevé" dans un petit

village de Sainte-Marthe.

C'était un petit village

Métis, une quinzaine de

familles. Il y avait très peu

de familles qu'on disait non

métisses. C'était surtout des

familles comme le grand-père, la

grand-mère venaient directement

du Québec. à cause, je crois,

qu'on était dans une petite

communauté, on a appris à

observer vraiment les gens

autour de nous, puis on les

connaissait pas juste comme ça,

mais on connaissait toute

leur histoire, leur vie, leurs

chagrins, leurs joies et tout

ça. On se tenait tous ensemble,

puis quand il arrivait

quelque chose à un,

tout le monde le ressentait.

Fait que c'était pour moi, une

façon d'élargir mon monde au fur

et à mesure. Quand on

commence à sortir

de sa petite communauté,

on absorbe un peu plus,

on absorbe un peu plus. Puis

finalement, ça, ça devient notre

centre et c'est ça qui nous

définit dans le fond. Mais ça

veut pas dire qu'on est ignorant

ou qu'on ignore qu'est-ce qui se

passe ailleurs ou qu'on veut pas

participer à qu'est-ce qui

se passe ailleurs, ou qu'on veut

pas savoir. On est toujours

curieux. Puis dans le fond,

c'est la curiosité qui nous

définit, parce que si on veut

savoir, on a plus de chances

d'être créateur que si on veut

rien savoir. C'est comme ça que

ça nous définit en Saskatchewan,

je pense, la communauté

francophone, parce qu'on sait

comment s'intégrer aussi à

la plus grande communauté,

y participer, mais de se

retirer aussi dans notre petite

communauté pour célébrer

certaines choses. On a des

artistes comme la famille

Campagne, ici, en Saskatchewan,

qui est très intéressante, et

puis qui nous tient ensemble

avec leur musique et tout.

Fait que c'est bien d'être...

On s'est donné un nom,

on s'appelle Fransaskois.


LINDA GODIN

Donc, c'est ça, ça fait,

on dirait peut-être, une

quarantaine d'années que vous

faites ça. Est-ce que c'est

une profession qui est très

solitaire? Est-ce que vous,

vous êtes quelqu'un de

très solitaire aussi?


JOE FAFARD

J'aime beaucoup ma solitude,

puis il me faut de la solitude,

je peux pas vivre sans ça.

Mais j'aime beaucoup aussi

rencontrer les gens, puis

de... La question, c'est

une balance, il faut pas avoir

juste un côté, puis juste

un autre côté. Moi, je trouve

que c'est la balance...


LINDA GODIN

Qu'est-ce que vous faites,

justement, pour maintenir cet

équilibre-là entre votre travail

qui est très solitaire et l'être

social que vous êtes aussi?


JOE FAFARD

Bien, je participe beaucoup

à la communauté francophone,

puis la communauté artistique

de Regina, puis j'aime voyager,

j'aime rencontrer des gens. Puis

j'ai une grande famille de mon

côté, puis une autre grande

famille du côté de mon épouse,

on participe beaucoup à toutes

ces choses-là. Puis aussi,

on a une "extension au Cuba".

On a une connaissance "au" Cuba,

puis présentement, ils sont ici,

qui vivent avec nous pour

un mois. Toutes les années,

tous les hivers, on va passer

du temps à Cuba pour connaître

l'espagnol, puis connaître

les gens de la vie cubaine

et tout ça. On est maintenant

trilingues, puis ça fait du bien

de pouvoir jaser en espagnol

aussi bien qu'en français,

puis l'anglais.


LINDA GODIN

Comment décririez-vous

l'évolution de votre art

au cours des années?


JOE FAFARD

Je commencerais par dire

que, si je voulais décrire mon

évolution artistique, que j'ai

toujours suivi ma curiosité.

Qu'est-ce que je voulais savoir?

Qu'est-ce qui arriverait si

j'essayais ça? Qu'est-ce qui

arriverait si je changeais ça?

Qu'est-ce qui arriverait si on

introduisait ça? Au fur et à

mesure, comme j'ai commencé

pour moi, à travailler en

plâtre, à faire des sculptures

en plâtre, qui étaient très

difficiles à faire... Puis

j'ai rencontré un type qui

travaillait en céramique, en

terre cuite, et puis j'ai essayé

ça, et puis ça m'a pris goût.

J'ai commencé à développer un

certain style, une certaine

forme en terre cuite, en

céramique. Puis finalement,

j'arrivais à un point

où je sentais qu'il y avait

plus vraiment beaucoup d'autres

choses que je pouvais faire avec

ça, puis c'est juste au moment

où est-ce que j'ai commencé à

découvrir le bronze. Le bronze,

puisque c'est un métal si fort,

on peut faire des choses

beaucoup plus allongées,

beaucoup moins compactes

et des choses comme ça qui

m'intéressaient. Puis là,

j'ai découvert le laser. J'ai

commencé à faire des dessins

qu'on pouvait ensuite découper

au laser, puis faire des petites

sculptures en deux dimensions,

mais qui puissent se tenir

debout comme si c'était des

dessins dans l'espace. De là,

j'ai commencé à remettre cette

idée dans le bronze, puis à

faire des plus grandes pièces en

lignes, comme ça, que je pouvais

faire avec le bronze, qui

m'avait "instruit" du laser. Et

puis partir du laser, après ça,

j'ai commencé à comprendre que

c'était possible de faire des

choses en trois dimensions avec

le laser, mais je voulais pas

faire juste des choses avec

du laser, je voulais pouvoir

y mettre une main humaine

là-dessus. Je fais l'armature en

styromousse découpée au laser,

mais ensuite, je travaille avec

de la terre glaise au-dessus

de la styromousse pour finir

la pièce, comme si c'était

une pièce faite à la main,

pour dire.


LINDA GODIN

Pour un sculpteur, vous

utilisez beaucoup vos mains,

vous les maltraitez probablement

aussi parfois. Est-ce que

vous pensez que vos mains

vont vous permettre de sculpter

encore longtemps?


JOE FAFARD

Oui, je pense que c'est pas

mes mains trop le problème,

malgré qu'elles sont pas aussi

habiles qu'elles étaient. J'ai

plutôt des problèmes avec mes

pieds, parce que j'ai travaillé

debout toute ma vie, sur du

ciment, sur des "terres" comme

ça. Et puis il a fallu que je me

fasse remplacer une hanche,

remplacer les deux chevilles.

J'ai des chevilles de métal.


LINDA GODIN

Wow.


JOE FAFARD

Des mains de métal,

je pense pas que ça va aller.


LINDA GODIN

Mais est-ce que vous allez

continuer à créer

encore longtemps?

JOE FAFARD

Oh oui, j'ai pas l'intention

jamais d'arrêter ou de me

retirer. Si possible, je vais

continuer à travailler, parce

que si je me retirais, je ferais

la même chose que je fais

maintenant. Ça fait depuis

40 ans que je suis "retiré".


LINDA GODIN

Ça a jamais été un travail

à proprement parler?


JOE FAFARD

Non, ça a pas été un travail,

non. C'est un plaisir, puis

c'est toujours un bon défi.

J'aime ça travailler aussi avec

des gens comme les gens de la

fonderie, puis on travaille bien

ensemble, en harmonie. Et puis

on prend plaisir de se faire

des défis comme, j'arrive avec

une autre pièce très difficile.

Mon neveu Philippe Tremblay

est pas mal excité de voir

qu'il y a un nouveau défi.

On travaille ensemble.

Les autres sont

à la fonderie qui est à une

demi-heure d'ici, mais ici, j'ai

un assistant qui travaille bien

avec moi. J'ai pas de bon boss.


LINDA GODIN

Je vous souhaite

de créer encore longtemps.

Merci beaucoup, Joe Fafard.


JOE FAFARD

Merci beaucoup. Merci.


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