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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Vidéo transcription

Marc Brunet : pomiculteur et formateur en vins

Adolescent, Marc Brunet travaillait comme serveur dans les restaurants de l’Outaouais. Un jour, on lui propose un poste au CNA à Ottawa et, de fil en aiguille, il monte les échelons pour devenir le « butler » privé de Brian Mulroney. Mais Marc Brunet a le sens de l’aventure. Lui et son épouse décident donc d’élever leurs filles à l’Île-du-Prince-Édouard. Ici, Marc Brunet est professeur à l’Institut culinaire du Canada. Et, dans ses temps libres, il s’occupe de son verger et célèbre des mariages.



Réalisateur: Charles Pepin
Année de production: 2016

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Titre :
Carte de visite


On présente différents aspects de l'Institut culinaire du Canada pendant que MARC BRUNET, pomiculteur et formateur en vins, se présente.


MARC BRUNET (Narrateur)

Mon nom est Marc Brunet.

Je suis enseignant, ici, à

l'Institut culinaire du Canada

à l'Île-du-Prince-Édouard à

Charlottetown. J'enseigne dans

deux programmes. J'enseigne

en hôtellerie restauration

comme maître d'hôtel et gestion

de salle à manger, et aussi,

j'enseigne dans le programme

de l'art culinaire. Je suis

le sommelier pour le

Collège Holland, ici, à

l'Île-du-Prince-Édouard.

L'enseignement répond

à un besoin en moi,

un besoin sincère.

C'est que je communique et

puis je prépare les élèves

de la prochaine génération.

C'est un grand bonheur pour moi.


Des images de la pommeraie de MARC BRUNET complètent le tableau.


MARC BRUNET (Narrateur)

Je suis également pomiculteur,

ici, à l'Île-du-Prince-Édouard.

Si on regarde le croissant de

l'île, la silhouette, on est

en plein milieu de l'île.

J'ai 650 pommiers et

c'est un passe-temps,

un hobby, à temps plein.

Je trouve que c'est un bel

équilibre, apprendre à faire

pousser des pommes dans un

arbre. Je trouve que c'est un

bel équilibre entre mon travail

ici en enseignement et

aussi comme pomiculteur.


Intertitre :
Marc Brunet


GISÈLE QUENNEVILLE rencontre MARC BRUNET à l'Institut culinaire du Canada, à Charlottetown.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marc Brunet, bonjour.


MARC BRUNET

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marc Brunet, vous enseignez

à l'Institut d'art culinaire

du Canada, ici, à Charlottetown.

C'est connu comme une des bonnes

écoles du genre au pays.

Comment une école

comme ça s'est retrouvée

à l'Île-du-Prince-Édouard?


MARC BRUNET

L'histoire a commencé... Le

Collège Holland a vu le jour en

1969 et ils ont organisé

six programmes.

Et maintenant, en 2016, on a

72 programmes. C'est surtout

pour les métiers. Alors, on a

la soudure, on a la menuiserie,

l'art culinaire, en

hospitalité, la restauration.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous, vous enseignez en art

culinaire, bien sûr, en gestion

de salle à manger, en vin,

qu'est-ce que vous enseignez

aux étudiants ici?


MARC BRUNET

Ce que j'enseigne?

Je suis pas sûr si

j'enseigne quoi que ce soit.

Je communique de l'information.

Et la magie de l'enseignement

aux adultes, c'est un petit

différent. Puis, d'ailleurs, ça

rentre bien dans ma personnalité

à moi. C'est que l'adulte comme

tel arrive en classe et ils ont

bagage d'expérience de vie...

Et je suis un des premiers,

vraiment, à apprendre d'eux.

Parce que c'est une relation.

Ce que, moi, j'aime communiquer

à mes élèves pour la salle

à manger, c'est surtout

être soi-même.

Et c'est d'être naturel.

D'apprendre leur menu. Tu dois

apprendre ton menu. Je compare

ça souvent à un comédien en sur

les planches. Le serveur, c'est

ça. J'ai appris d'un de mes

anciens professeurs quand

j'étais tout jeune. Je l'entends

dire ça. Il dit: "Un serveur,

c'est comme un comédien.

Tu dois apprendre ton texte."

Alors, ton texte, c'est quoi?

C'est ton menu. Alors, je

demande aux élèves: "Apprends

ton menu par coeur. Apprends-le

par coeur. Ta carte des vins.

Apprends ta carte des vins par

coeur. Apprends ta mixologie,

tes recettes de cocktails par

coeur. Et une fois que tu l'as

appris dans ta tête, descends-le

un peu plus bas. Et ensuite ça,

communique l'information

avec une émotion."

En salle à manger, comme

serveur, et aussi comme

cuisinier, c'est le même

principe. Parce que dans une

assiette qu'on voit devant soi

chez nous, chez soi, ou au

restaurant, l'élève qui

travaille en art culinaire, je

leur dis: "Mais pourquoi qu'on

écrit le mot 'art' à ton

programme culinaire? Ça veut

dire quoi pour toi, ça?"

On peut reconnaître qui est dans

la cuisine juste de la façon que

la nourriture a été cuisinée,

préparée, sa couleur, sa finition.

C'est extraordinaire.

Moi, ce que je veux communiquer

aux élèves, c'est surtout

d'être original, d'écouter

leurs élans, leur élan, leur

passion. "Sois toi-même."


GISÈLE QUENNEVILLE

L'école ici a des partenariats

avec des écoles en Chine, entre

autres, et je sais que vous

aviez eu l'occasion d'aller

travailler... Je pense,

c'était à Shanghai.


MARC BRUNET

Shanghai.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c'est très

différent là-bas d'ici?


MARC BRUNET

Oui, c'est vraiment... Moi,

ce que je souhaite à n'importe

qui est dans le domaine de la

pédagogie ou andragogie...

Androgogie, c'est plus

l'enseignement aux adultes.

C'est ce que je souhaite à tout

le monde, c'est d'aller vivre

une expérience internationale.

C'est très différent en

Chine d'enseigner la cuisine

canadienne, parce que c'est très

différent. Tu pars vraiment à

zéro. J'ai été là pendant...

deux mois. Et puis, je

communiquais de l'information

en anglais et c'était traduit,

ensuite de ça, par mon

assistant-professeur à

l'université. C'était une

expérience extraordinaire.

Quand on découvre un type de

cuisine, on découvre aussi une

culture, on découvre aussi

un peuple, et on découvre

aussi leur histoire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous enseignez le programme

de vin ici aussi. Qu'est-ce que

c'est, un bon vin, pour vous?


MARC BRUNET

Bien, moi, j'aime les vins

rouges, les vins blancs, les

vins rosés, le vin mousseux. Et

ça dépend l'heure de la journée,

avec qui on est. On est où? En

salle à manger? Sur un bateau?

Sur la plage? Au chalet?

Au verger? Un bon vin, ça se

partage avec les gens, avec

des amis qu'aime. C'est simple

à découvrir. Je veux dire, si on

l'aime ou on l'aime pas.

Et puis, pour le mariage de la

nourriture, c'est la même chose.

Si tu aimes ce plat, puis

t'aimes le vin, que ça soit

n'importe quoi, si, toi, tu

l'aimes, tu vas le faire

fonctionner. Mais il y a quand

même aussi des stratégies

de base quand on communique

l'accord de saveurs entre les

vins et puis la nourriture. Il y

a des principes de base qu'on

doit communiquer et à apprendre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ici, à l'Île-du-Prince-Édouard, bon,

c'est le pays de la patate, de

la pomme de terre, des fruits de

mer. Est-ce qu'il y a un terroir

à l'Île-du-Prince-Édouard?


MARC BRUNET

Oui, absolument. Bonne

question. Il y a un terroir

sur l'eau, il y a un terroir

sur la terre. Quand on

parle d'agriculture,

on parle évidemment de la pomme

de terre, mais on parle aussi de

céréales, de soja. Et ensuite de

ça, on a des légumes, des

légumes : tout réussit quand

même, ici, avec les carottes,

les choux, des oignons.

Le terroir sur l'eau, on

retrouve... On est bien connus

pour les huîtres de Malpèque.

D'ailleurs, les huîtres

qu'on retrouve, ici, à

l'Île-du-Prince-Édouard, font

toutes parties d'une grande

famille qu'on appelle les

huîtres de Malpèque. Et

chaque petit terroir a leur

appellation. Alors, par exemple,

on a the Raspberry Point.

Ce sont des huîtres qui sont

à Cavendish. Mais toutes les

huîtres qu'on retrouve ici,

ce sont ce qu'on appelle des

huîtres de Malpèque. Ça, c'est

la grande famille des huîtres

qu'on a. On a le homard,

qu'il faut pas oublier. C'est

assez intéressant, parce que

l'Île-du-Prince-Édouard joue le

rôle d'hôte ou hôtesse à plein

de compétitions culinaires qui

sont maintenant des compétitions

internationales, ici, à

l'Île-du-Prince-Édouard.

Et nous avons les terroirs

pour coordonner tout ça.

Quand on compétitionne, quand on

va en compétition où on visite

une autre province ou un autre

pays, la première chose que le

chef qui est en Australie, comme

c'est là, qui va se demander:

"Mais c'est quoi, leur terroir?

Qu'est-ce qu'ils ont sur l'eau?

Qu'est-ce qu'ils ont sur terre?"

À partir de là, ils vont dire:

"OK, allez, hop! L'équipe,

on embarque, puis on y va."


On visite North Rustico avec MARC BRUNET, particulièrement la plage.


MARC BRUNET

Mon endroit préféré, c'est une

petite communauté de pêcheurs

qu'on appelle North Rustico, qui

est à 15 minutes de chez moi,

15 minutes du verger. C'est

tout près. C'est un endroit

où on est sur le bord de l'eau.

Souvent, j'arrête et puis je

passe un 15, 20 minutes assis,

puis juste d'entendre les vagues

qui font juste mourir sur la

plage, le son des vagues, puis

le vent... C'est un endroit que

j'aime beaucoup me retrouver.

Il y a plusieurs endroits

où on peut acheter des fruits

de mer frais. Et les amis

qui débarquent, ici, à

l'Île-du-Prince-Édouard, des

copains de Montréal, d'un peu

partout, on va acheter nos

fruits de met là. On retrouve,

évidemment, tout ce qu'on

préfère. On retrouve

les huîtres, le homard,

les crevettes, les pétoncles,

les moules. C'est un endroit

qui est une petite communauté

de pêcheurs qui est toute

sympathique. C'est

un endroit qui est sécuritaire,

c'est un endroit qui a plein de

jeunes familles. C'est ma place

à moi favorite, qui est

le North Rustico.


GISÈLE QUENNEVILLE et MARC BRUNET poursuivent leur entretien dans la salle à manger de l'Institut culinaire du Canada.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marc, comment vous vous êtes

retrouvé dans le milieu de la

restauration, de l'hospitalité?

Parce que c'est quand même pas

donné à tout le monde, ça.


MARC BRUNET

Oui. Je me suis retrouvé

dans ce merveilleux monde

de l'hospitalité, de la

restauration, service à la

clientèle... Ça a commencé,

j'avais 15 ans. Je travaillais

dans un petit restaurant

à Buckingham. Et--


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, vous venez pas d'une

famille de restaurateurs.


MARC BRUNET

Je viens pas d'une famille

dans la restauration, non,

mais j'ai commencé tout jeune en

salle à manger. Mais je me suis

quand même posé la question:

Mais ça vient d'où, ce talent

naturel? Je sais pas si c'est un

talent, mais c'est une passion.


GISÈLE QUENNEVILLE

En fait, ce désir, finalement,

de servir les autres.


MARC BRUNET

C'est ça. Et moi, ce qui

m'allume, c'est de voir les

autres qui sont heureux

qui sont contents. Et puis, en

salle à manger, comme garçon

de table, c'était ça. Et le tout

s'est développé à partir de là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais d'où est venu ce désir?


MARC BRUNET

La grande histoire a commencé

en 1887. Oui, c'est spécial.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça fait longtemps.


MARC BRUNET

Oui, c'est ça. Je parais bien

pour cet... En 1887, l'histoire

de ma famille, la famille

Brunet, à Rockland en Ontario...

... il y a un premier salon

funéraire qui est ouvert

en 1887, qui est d'ailleurs

toujours en opération

aujourd'hui en 2016.

Et moi, j'ai grandi dans un

salon funéraire. On habitait

en haut du salon funéraire

à Gatineau dans l'Outaouais.

Tu sais, quand il est 2h du

matin, puis il y a quelqu'un qui

frappe à la porte... Parce que

C'était ça dans ce temps-là.

Le propriétaire habite en haut,

puis le service est ouvert tout

le temps. Quand quelqu'un frappe

à ta porte, puis il dit: "On a

besoin de ton aide, parce que ma

grand-mère est décédée", bien,

t'arrêtes tout ce que tu fais,

tu réveilles ton équipe,

puis tu dis: "OK, on prend

soin de vous autres."

Et moi, tout jeune, j'ai grandi

là-dedans un peu, bien, mon

père, mon grand-père, mes

oncles, mes tantes. Ma mère a

été impliquée aussi dans le

salon funéraire. Tu regardes

les gens qui sont proches de

toi, tout ce qu'ils font, c'est

d'aider les gens. Bien, moi, mon

inspiration est partie de là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous avez commencé

où dans ce domaine-là?

Vous avez commencé plongeur,

garçon de table?


MARC BRUNET

J'ai commencé plongeur, 15

ans, au petit café qui s'appelle

le Café de l'âtre. Café de

l'âtre, c'était à Buckingham.

Claudine et André Robillard,

qui étaient propriétaires. Et

ensuite de ça, j'ai poursui...

Je suis allé travailler

au Café Henry Burger à...


GISÈLE QUENNEVILLE

À Hull à l'époque, oui.


MARC BRUNET

À Hull. Bien oui. J'étais

jeune garçon, là. J'ai fait

un an au Café Henry Burger.

Puis ensuite, en 1984, 1985, je

suis rentré au Centre national

des Arts. Alors, au Centre

national des Arts, ça, c'est

après avoir suivi un cours de

base de restauration hôtellerie

à Buckingham. Le Centre national

des Arts à Ottawa avait le

contrat de prendre soin du 24

Sussex, prendre soin du neuvième

étage au Lester B. Pearson

Building, ce qu'on appelait le

Hospitality Centre. Et aussi--


GISÈLE QUENNEVILLE

Aux Affaires étrangères.


MARC BRUNET

Les Affaires étrangères.

Et aussi, juste en face du 24

Sussex, où il y a bien des

gens qui le savent pas, là,

mais juste en face du 24 Sussex,

il y a une rue qui a plusieurs

résidences privées. Et je pense

que ça s'appelle Rideau Gate.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui.


MARC BRUNET

Et puis, il y a Rideau Hall,

où il y a le gouverneur général.

Mais Rideau Gate, juste en face.

Et j'ai travaillé dans ces

maisons-là pour prendre soin

de certaines personnes

qui visitaient le Canada.


GISÈLE QUENNEVILLE

Des dignitaires?


MARC BRUNET

Oui. Des princes, des

princesses, la famille royale...


GISÈLE QUENNEVILLE

OK, là, vous m'avez donné

beaucoup d'information. Le

24 Sussex. Alors, vous avez

travaillé au 24 Sussex.

Qu'est-ce que vous avez fait

et qui y résidait à cette époque-là?


MARC BRUNET

Mais à Ottawa, pour... Juste

avant qu'on parle du 24 Sussex,

j'étais aux affaires étrangères

et j'étais maître d'hôtel et

garçon privé pour M. Clark,

Joe Clark.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qui était ministre à l'époque.


MARC BRUNET

Qui était ministre à l'époque.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, c'est le

gouvernement de Mulroney.


MARC BRUNET

Exactement. Et ensuite,

en même temps, mon capitaine du

Centre national des Arts, Peter

Freitas, il dit: "Écoute, Marc,

tu serais pas intéressé de venir

travailler au 24 Sussex?

On a des petites fonctions."

Puis, c'était juste une poignée

de serveurs qui avaient

le droit d'y aller.


GISÈLE QUENNEVILLE

On dit pas non à ça, hein?


MARC BRUNET

Puis, là, j'ai dit: "Bien,

why are you asking me?"

Pourquoi tu me le demandes à

moi? Il dit: "T'es passionné,

tes souliers sont toujours

shiny, t'es toujours bien rasé,

t'as toujours la boucle."

J'ai dit OK. Et là, c'est ça

que l'histoire a commencé.

Fait qu'en 1985, j'ai commencé

à travailler au 24 Sussex une

fois par semaine, deux fois par

semaine, trois fois par semaine.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que vous faisiez?


MARC BRUNET

J'ai commencé garçon de table

et j'ai pris la relève pour

plusieurs fonctions comme maître

d'hôtel et j'ai travaillé

avec la famille Mulroney.

Alors, Brian, Mila, puis

toute la famille, Ben.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, dites-moi, est-ce que

M. Mulroney ou des membres de

sa famille avaient des caprices

ou des habitudes particulières?


MARC BRUNET

Oui, il y en a beaucoup.

Il y en a beaucoup, mais c'était

bien. M. Mulroney, une fois

que la soirée était terminée,

puis les invités étaient partis,

moi, je passais un 15, 20

minutes avec lui sur la véranda

en avant, où c'était un endroit privé.

Il lisait son journal même s'il

était 10h le soir et il buvait

un café décaféiné instantané

avec une petite pilule de sucre.

C'était vraiment... Je lui ai

dit: "Hé, il faut que j'essaye

ça, à un moment donné." J'ai pas

trouvé ça bon. Mais M. Mulroney,

c'était ça, c'était son

breuvage chaud qu'il aimait.

Et puis, c'est drôle, parce

que M. Mulroney, il est super

comique, super gentil. On

parlait toujours en français.

Tout le temps, tout le temps.

Et il connaissait Vincent,

mon grand-père. Il m'a demandé

au début: "T'es qui, toi?"

Bien, évidemment, il faut que

tu aies le .security clearance..

Il faut que tu aies un profil

parfait pour entrer là. Alors,

j'avais pas fait de connerie

encore, mais j'en ai

pas fait non plus.

Et puis, il dit: "Mais..." Il

dit: "Alors, ton grand-père,

fait que Vincent, salon

funéraire à Rockland?" J'ai dit:

"C'est ma famille." Fait

qu'il connaissait ma famille.

C'est vraiment un petit monde.

Cette expérience-là au 24

Sussex m'a nourrie et me nourrit

encore. Moi, si j'ai quelque

chose que je communique à mes

élèves avec mon expérience,

parce que je l'utilise, je

communique avec mon expérience

à Ottawa, je leur dis:

"M'as vous raconter une

histoire: la première chose que

j'ai faite quand j'ai travaillé

comme garçon de table privé pour

M. Clark. Je me rappelle,

j'avais un cabaret dans mes

mains et je devais rentrer

dans la pièce pour aller servir

trois cafés. J'attendais la

secrétaire de M. Clark pour me

dire: « OK, Marc, go ahead. »

Elle était pour ouvrir la porte.

Je suis rentré dans la pièce,

j'ai posé le cabaret, j'ai servi

le café, je suis ressorti,

j'étais mouillé. Je tremblais

comme ça, parce qu'il y avait

des gens de l'autre côté de la

porte qui m'avaient beaucoup

impressionné. Je savais

qu'ils étaient pour être là.

Conclusion.

Pour le restant de ma vie, cette

journée-là, je me suis dit:

« Plus jamais, plus jamais je

vais être dans cet état-là.

Je vais servir tout le monde

comme famille royale dans

ma vie. Que je travaille dans un

bistro, que je travaille dans un

petit restaurant simple ou dans

la fine gastronomie, je vais

adopter la philosophie de dire

"on sert tout le monde comme

une famille royale" et sois

naturel.» Et puis, c'est ça que

j'ai fait toute ma vie, puis

ça m'a amené dans les

meilleures tables au pays.


On retrouve GISÈLE QUENNEVILLE et MARC BRUNET dans le verger de MARC BRUNET.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marc, on a quitté le

restaurant de l'Institut

culinaire pour se retrouver

chez vous, dans votre verger...


MARC BRUNET

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

... ici, à l'Île-du-Prince-Édouard,

l'Île-du-Prince-Édouard, la

capitale de la pomme de terre.

Vous, c'est la pomme.

Pourquoi la pomme?


MARC BRUNET

Je pense que c'est... Le fruit

joue un rôle important, mais

c'est plus le passe-temps

de développer le fruit

comme tel. Ça s'adonne

que c'est la pomme.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous vouliez être pomiculteur?

Vous êtes arrivé ici pour

cultiver la pomme?


MARC BRUNET

Non. Ha, ha! C'est...

Le verger comme tel où on

se situe, le Olde Towne Orchard,

à 1 kilomètre d'ici, j'ai acheté

une maison là en 2001. Et en

2001, il y a un monsieur qui a

pris sa retraite et il a réalisé

son rêve. C'était de construire

le verger qui est ici. En 2008,

je l'ai acheté de lui. Et en

connaissant rien, mais vraiment,

là, rien sur la pomme! Et le

monsieur, son nom, c'est Jim.

Il m'a dit: "Tu sais, si t'aimes

l'horaire, travailler dehors,

dans le silence, si t'aimes

parler avec les gens, tu vas

être heureux." Mais les deux.

C'est ça, c'est pas... Je

pense que c'est pour ça que ça

fonctionne bien. On commence

notre neuvième année

et on a aussi l'autocueillette

à l'automne qui amène une

énergie extraordinaire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, décrivez-moi le verger.

Qu'est-ce qu'on retrouve ici?


MARC BRUNET

Le verger Olde Towne Orchard,

on retrouve... Bien, on a

650 pommiers. Ils sont plantés

sur 3 acres de terrain. Alors,

il y a de l'espace en masse.

On retrouve cinq variétés de

pommes. Là, ma pomme signature,

c'est la fameuse Honeycrisp.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qui est très bonne et très

populaire, hein, de ce temps-ci?


MARC BRUNET

Oui. Oh oui. 80% des pommiers

qui sont plantés dans les

Maritimes, on regarde

la Nouvelle-Écosse,

le Nouveau-Brunswick,

l'Île-du-Prince-Édouard,

c'est la Honeycrisp.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi elle est

si populaire? Elle se

garde bien? C'est ça?


MARC BRUNET

Elle est jeune. Elle a vu

le jour en 1979 sur le marché.

Elle a été développée aux

États-Unis. Elle se conserve

bien, elle se développe bien,

avec un minimum

d'application de pesticides.


GISÈLE QUENNEVILLE

Elle est très croquante, hein?


MARC BRUNET

Elle est croquante, elle est

juteuse. Sa peau est mince,

alors ça facilite toutes les

mâchoires au monde, que t'aies

2 ans ou que t'aies 79 ans.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, c'est juste de la

Honeycrisp que vous avez ici?


MARC BRUNET

On a de la Honeycrisp. On a

aussi la Ginger Gold.

La Ginger Gold,

c'est une des premières

qui va atteindre sa maturité

dans la troisième semaine du

mois de septembre. C'est une

pomme jaune qui est absolument

délicieuse. Elle a un goût de...

Elle a un petit goût de litchi,

elle a un petit goût de fruit

tropical. C'est une pomme, mais

il y a un petit peu de poire.

C'est vraiment extraordinaire.

On a aussi la Pioneer MacIntosh.

On a aussi la Royal Cortland.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marc, je pense aussi que vous

faites des mariages ici. Mais

pas juste vous faites des

mariages dans le sens vous

accueillez des gens pour

célébrer des... C'est vous qui

êtes le célébrant des mariages.

Comment c'est arrivé, ça?


MARC BRUNET

Oui, je le sais bien!

Tu sais, quand on dit qu'on

porte plusieurs

chapeaux dans la vie?


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien, vous avez plusieurs

têtes, en tout cas, parce

qu'avec le nombre de

chapeaux que vous avez...


MARC BRUNET

Puis, tu sais, dans le fond,

il faut avoir du fun dans

la vie. Il faut avoir du fun.

Et puis, moi, bien, c'est ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais comment est-ce qu'on

devient célébrant de mariage?


MARC BRUNET

Bien, c'est tout nouveau.

Le 6 juin 2016, j'ai obtenu

ma licence pour être ce qu'on

appelle Prince Edward Island

Marriage Commissioner.

C'est ça qui est le titre.

Et puis, je suis le 71e

dans l'histoire de

l'Île-du-Prince-Édouard à

obtenir ma licence. C'est un

cours. C'est... On doit lire un

peu, préparer des documents,

soumettre des documents.

Et ensuite de ça, on prend un

cours, et puis on obtient notre

licence. J'ai déjà deux noces

qui vont avoir lieu à l'automne.

D'ailleurs, c'est le fun,

ça va se produire juste ici, là.

Et puis, là, on imagine les

feuilles qui changent un peu de

couleurs. Il y a des pommes dans

les arbres. On est à l'automne.

On est dans la deuxième,

troisième fin de semaine

du mois d'octobre, et on va

avoir deux noces ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais pourquoi vouloir faire ça?


MARC BRUNET

Ça a commencé avec un de mes

amis qui m'a dit... C'était

des clients, puis il m'a dit:

"Je me marierais bien ici, moi."

Puis, là, je le regarde. Je dis:

"Bien, Elliot, ça serait génial!

Ça serait le fun!" Puis,

mais il dit: "Une raison.

J'aimerais me marier ici avec

Meghan, mais si, toi, tu nous

maries." Là, j'ai dit: "Moi?"

Puis, j'étais pas au courant

que je pouvais faire ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah.


MARC BRUNET

Alors, lui, Elliot, il a

commencé ça. Puis, ça, c'est des

amis proches de nous autres.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marc, bon, ici, à

l'Île-du-Prince-Édouard, vous

avez une belle vie. Ça fait

une bonne quinzaine d'années que

vous êtes ici. Mais pourquoi

vous avez choisi de venir

vous établir ici?


MARC BRUNET

Nous autres, on cherchait...

On cherchait peut-être d'aller

vivre ailleurs au Québec,

peut-être aller vivre ailleurs

au Canada, de vivre notre

francophonie ailleurs. À

l'extérieur du Québec,

peut-être. Puis, à un moment

donné, l'amie de mon épouse,

Josée, elle passait ses fins

de semaine ici l'été. Et ils ont

commencé à discuter ensemble.

Les deux travaillaient dans la

même école francophone dans

l'Outaouais. Et Josée est

arrivée avec de l'information

à la maison, puis elle dit:

"On voulait aller vivre ailleurs.

Euh... Qu'est-ce que t'en penses

de l'Île-du-Prince-Édouard?"

J'ai dit: "Où?"

Et en sachant aussi, Josée a

fait ses devoirs, puis ses

recherches, puis elle savait que

l'Île-du-Prince-Édouard était

pour développer dans un

court terme d'autres écoles

francophones à travers de

la Commission scolaire

de langue française.

Ce qui est intéressant, c'est

que ce qui nous a inspirés, ce

qui nous guidait, c'était en

premier lieu de vivre notre

francophonie ailleurs. Et

c'est pour ça qu'on est ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y a beaucoup de Canadiens

qui rêvent de vivre à

l'Île-du-Prince-Édouard. Vous,

vous avez réalisé votre rêve?


MARC BRUNET

Absolument. Moi, je pense que

oui. Mon premier rêve, moi,

c'était tout simplement d'avoir

une famille, puis de réussir,

d'être en santé.

Puis depuis qu'on est à

l'Île-du-Prince-Édouard,

depuis déjà 15, 16 ans, il y a

l'Institut culinaire qui a vu le

jour pour moi. Il y a le verger

aussi. à 51 ans, je trouve que...

Je pense que je vieillis bien.


GISÈLE QUENNEVILLE

Eh bien, Marc Brunet,

merci beaucoup.


MARC BRUNET

Mais merci à vous,

puis vous êtes bienvenue

en tout temps chez moi.


GISÈLE QUENNEVILLE

D'accord. Merci!


MARC BRUNET

Merci!


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