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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Louise Moyes - artiste multidisciplinaire

Les Terre-Neuviens sont connus comme étant des conteurs hors pair. Des gens qui aiment des histoires, et qui aiment raconter des histoires. Après avoir fait des études au Québec, Louise Moyes a le mal du pays. Elle aime beaucoup le Québec, mais elle rêve de faire carrière chez elle, à Terre-Neuve. Elle décide de monter des spectacles uniques, des spectacles où elle raconte ses histoires à travers la danse, le théâtre, le film et la performance. Ses thèmes sont variés ? de la guerre à la pêche à la morue. Mais le point de départ est toujours le même : des récits personnels de Terre-Neuviens qu’elle a elle-même rencontrés.



Réalisateur: Charles Pepin
Année de production: 2016

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Titre :
Carte de visite


LOUISE MOYES, artiste multidisciplinaire se présente.


LOUISE MOYES (Narratrice)

Je m'appelle Louise Moyes

et je suis artiste

multidisciplinaire basée

en danse et je fais un genre

de forme d'art que j'appelle

"docu-danse".


Un extrait de docu-danse est présenté. Dans l'extrait, LOUISE bouge et parle et par des procédés cinématographiques, elle se dédouble ou se rassemble pour créer des mouvements de danse.


LOUISE MOYES

Mon mari était

à St. John's pour 15 mois.

Il vomissait le sang.

Il faisait du TB, there.

Oui, oui. Il vomissait le sang.

Puis il avait pas de tabac

pour fumer puis pas de

blades pour se raser. Il avait pas

d'argent pour l'acheter et puis

moi non plus. So, the only

thing que je faisais, je

faisions de la bière. Moonshine,

for the sell it, vois-tu.

Puis elle a entendu ça, elle.

Puis elle est venue me voir.

Moi, j'étais dans la porte. Elle

dit: "J'entends que tu fais de

la bière, puis je pense que tu

vends." J'ai dit: "Oui, je vends

de la bière, but there is no

one from your house. Il y a pas

de tes hommes qui viennent

chez nous. But anyway,

she wasn't teased about it.

No, my son.



Un autre extrait montre LOUISE sur scène avec une multi-instrumentiste, pendant qu'un film est projeté sur un écran sur la scène.


LOUISE MOYES (Narratrice)

Moi, je travaille à partir des

histoires des vraies gens, des

entrevues, avec leur permission.

Et j'ajoute de la danse ou du

film ou des photos et le conte

à leur vie pour rendre ça sur scène.


Dans l'extrait, LOUISE reprend la parole.


LOUISE MOYES

Puis je l'ai vue. Elle était

dehors quand les cops

sont arrivés. Puis elle

pointait où j'étais.

Les cops sont venus chez moi.

J'ai pas "mindé" ça,

pas "mindé" ça, rien.

And they searched. Toutes les

jarres de toute la bière que

j'avions, ils l'aviont pris

now. Now, le cop a dit:

(propos en anglais)

"Après a month, in 30 days,

we're gonna come see you. You're

gonna have to give us 20$."

Moi, j'ai pas "mindé" ça,

pas "mindé" ça, rien.


Un nouvel extrait montre des projections de danseuses sur différentes textures : béton, brique, rampe d'escalier.


LOUISE MOYES (Narratrice)

J'essaie de mettre sur scène des

histoires des gens plus connues,

peu entendues, et c'est vraiment

de mettre leur coeur sur scène.

J'aime ça quand les gens disent

À la fin: "J'ai ri et j'ai

pleuré. Et j'ai compris

quelque chose."


On revient à l'extrait où LOUISE raconte en dansant. [LOUISE MOYES

(Propos en anglais)

Thirty days? I forgot about

that, me. Next thing I know,

les cops qui arrivent

puis disiont tout bas:

"You owe us the 20$."

Moi, je trouvais ça curieux

pour des cops.

(Propos en anglais)

Something else should've

happened there, hein.

Qu'est-ce qu'ils ont fait avec?

Ils l'ont mis dans leurs poches.

Et ma bière?

Ils l'avont bue!

(Propos en anglais)

They had a gosh tang

go drunk on that.

Quand je suis au lit, là, le

soir. Là, les gigues viennent

dans mon idée.


De nouveau on a l'impression que LOUISE se dédouble comme dans un miroir.


LOUISE MOYES

Puis je les chante dans mon

idée. Puis quand je chante

les gigues dans mon idée,

là, je vois quelqu'un danser

les quatre. Puis j'entends

les pieds. Ah, oui.


Titre :
LOUISE MOYES Carte de visite


L'animatrice GISÈLE QUENNEVILLE rencontre en entrevue LOUISE MOYES dans un studio de danse.


GISÈLE QUENNEVILLE

Louise Moyes, bonjour.


LOUISE MOYES

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Louise, vous racontez des

histoires. Pourtant, vous êtes

pas écrivaine, vous faites

pas des documentaires. Alors,

qu'est-ce que vous faites?

Comment vous racontez

vos histoires?


LOUISE MOYES

Hum... Je dirais que je suis une

artiste qui va peut-être être

un jour écrivaine ou peut-être

faire un documentaire.

Je suis en train de faire

un documentaire, mon premier.

Et je travaille sur les

documentaires des autres.

Mais moi, je suis comme un de

ces oiseaux qui pigent ici et là

qu'est-ce qu'on veut pour conter

une histoire. J'aime conter

des histoires, ça, c'est sûr

et certain. Mais les méthodes

que j'utilise pour conter,

ça dépend des histoires même.

Puis on peut voir danse,

film ou monologue

ou des places où j'imite

des gens comme une comédienne.

On voit un peu de tout.


GISÈLE QUENNEVILLE

Commençons avec vos histoires.

Vous les trouvez où,

vos histoires?


LOUISE MOYES

La façon dont je trouve les

histoires, ça dépend. Des fois,

je rencontre une personne, puis

ils vont me conter quelque chose

qui est arrivé dans leur vie ou

de quelqu'un qu'ils connaissent,

puis je vais demander la

permission d'explorer plus

pour voir s'il y a une histoire

là qui peut aller sur scène.

Des fois, c'est un sujet.

Et là, je vais chercher

les gens que je peux interviewer.

Mais des fois, c'est une place.

Des fois... J'ai fait un spectacle

qui parle du Québec

et de Terre-Neuve,

et j'ai voyagé de Montréal

jusque sur la Basse-Cote-Nord

du Québec, dans des places où on

peut seulement aller par bateau,

côte ouest de Terre-Neuve, côte

sud de Terre-Neuve aussi qu'on

peut seulement faire, Francois

et Grey River, par bateau.

Et j'ai fini à Saint-Jean.

Alors, j'arrive dans une place

et je vais dire aux gens:

"C'est qui dans votre village qui

aime conter? Qui peut dire, même

pour faire le lavage, là? Ils

vont rendre ça intéressant."

Puis tout le monde connaît

quelqu'un comme ça. Tout le

monde a une tante ou un oncle.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que ça aide d'être

Terre-Neuvienne quand vient le

moment de raconter une histoire?


LOUISE MOYES

La chose, le problème

ou la chose, la force des

Terre-Neuviens, c'est que

c'est difficile pour nous

de s'empêcher de parler.

On a une culture orale.

Ça fait juste depuis 1949

qu'on fait partie du Canada.

On a à Terre-Neuve,

c'est 900 kilomètres de

Saint-Jean à Port-aux-Basques,

mais on a 10 000 miles de côte.

C'est tellement... Alors,

les places étaient tellement

isolées. Quand mes parents sont

arrivés ici de l'Angleterre

en 1964, les gens disaient

toujours: "thee" and "thou".

Du vieux anglais de Shakespeare

du sud de l'Angleterre.

Nous, on dit toujours

"ye", "ye guys". "Ye",

le pluriel ancien de "you".

Alors, on a une culture orale.

On a une culture orale.

La plupart des gens qui

se considèrent artistes

de danse ici parlent aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment vous savez qu'une

histoire va se traduire

en un spectacle?


LOUISE MOYES

Hum! Je pense... Quand je fais

des entrevues avec des gens,

c'est comme quand quelqu'un qui

fait un documentaire de film.

Des gens parlent et là, on

entend quelque chose qui résume

quand c'est... Oui, ça, ça

résume la chose bien puis c'est

bien dit et il y a de l'émotion

et... Même quand je fais

des entrevues, des choses qui

ressortent que je sais que ça,

ça pourrait bien travailler.

Mais des fois, c'est en écoutant

en rentrant que je vais "taper"

Je tape même les conversations.

Je transcris. Là, les choses

vont sortir. C'est là

que je sais que la danse, c'est

la base de mon travail. C'est

que j'improvise avec des textes

dans le studio. Et c'est là que

ça me vient, si c'est danse pure

ou si c'est mieux qu'on entende

juste la voix de la personne.

Il y a une photo sur scène. Là,

c'est vraiment quand le corps

est impliqué que ça ressort.


Pendant l'entrevue, on présente quelques extraits de spectacles pour illustrer le propos.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous incarnez plusieurs

personnages sur scène. Dans

un même spectacle, vous pouvez

incarner un vieux pêcheur

terre-neuvien ou une jeune ado

en shorts qui écoute son iPod

en mangeant des chips.

Comment est-ce que vous vous

préparez à vos spectacles?


LOUISE MOYES

Quand je suis avec la

personne, je l'étudie beaucoup

et là, je regarde des vidéos

après aussi. Et c'est aussi

leurs voix qui me donnent la

personne aussi. Les rythmes

de la voix me donnent

le rythme du corps.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais est-ce que c'est

difficile d'incarner autant de

personnages dans un spectacle?


LOUISE MOYES

C'est difficile, mais c'est

en répétitions. Peut-être... Et

je pense que des fois, les gens

regardent des spectacles et ça

paraît facile. Mais c'est la

répétition. Il y a un spectacle

qui s'appelle « Taking in Strangers ».

C'est là que j'ai commencé

à Montréal, puis j'ai fini

à St. John's. Là, j'ai commencé

à faire ce spectacle-là

en 2000 et j'ai fait des petits

bouts ici et là. J'ai fait des extraits.

Mais l'année passée, c'est mon

père qui m'a dit: "Tu devrais

reprendre ce spectacle-là." Et

j'avais pas pensé le pourquoi.

Et ma mère aussi, elle a dit:

"Je veux voir ce spectacle-là

encore." Premièrement,

je me suis rendu compte

que beaucoup des sujets

sont toujours pertinents, encore

plus, d'une certaine façon,

d'avoir le contrôle sur nos

ressources naturelles. C'est

l'un des thèmes principaux.

Mais aussi, qu'en faisant

ce spectacle 15 ans plus tard

et que j'ai maintenant 50 ans,

je joue mieux et je

comprends mieux.

Des fois, quand je le faisais à

30, 35 ans, je me disais: Est-ce

que je comprends vraiment ce que

cette personne dit?

C'est comme si c'était

plus profond en moi.

Ça vient de plus profondément en

moi. J'ai eu une enfant depuis,

j'ai eu des hauts et des

bas comme la vie. Alors,

je comprends plus et c'est

plus facile et plus le fun

de les jouer aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Louise, il y a des

francophones ici à Terre-Neuve.

En fait, je pense que si

on regarde l'histoire de

Terre-Neuve, les Français

étaient ici pendant un petit

bout de temps, n'est-ce pas?


LOUISE MOYES

Oui. Terre-Neuve a une longue

histoire avec la France

en fait qui a pas fini,

mais qui a fini en 1904.

Mais dès le début... Mais de

1662 à 1713, jusqu'aux traités

d'Utrecht, Plaisance, Placentia

maintenant, à côté d'Argentia,

Louis XVI l'avait nommée

Plaisance, était la capitale

française du nord-est

de l'Amérique de Nord.

Alors, il y avait des Français

là. Même quand les Anglais

n'avaient pas le droit de rester

à Terre-Neuve, il y avait un

village français à Terre-Neuve.


Pendant l'entrevue, on montre le site historique de Castle Hill, qui témoigne de la présence des Français à Terre-Neuve.


GISÈLE QUENNEVILLE

Les Français étaient ici.

C'étaient des pêcheurs? Ils

étaient venus ici pour la pêche?


LOUISE MOYES

C'étaient des pêcheurs.

Ils pêchaient sur la plage

À Plaisance qui est énorme, une

énorme grève. Puis ils séchaient

le poisson directement sur les

roches que les Terre-Neuviens

anglais feront pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il y a des vestiges

de cette époque française

à Terre-Neuve aujourd'hui?


LOUISE MOYES

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui?


LOUISE MOYES

Il y a un château, Castle

Hill, à Plaisance, il y a

un parc national et il y a

des vestiges. Oui,

il y a des vestiges.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais Plaisance ne s'appelle

plus Plaisance aujourd'hui.


LOUISE MOYES

Non, Placentia.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il y a d'autres noms

comme ça, des noms français

qui se retrouvent à Terre-Neuve?


LOUISE MOYES

Oh, il y en a partout, partout

si on regarde la carte. Quand

j'enseigne dans les écoles

dans les programmes d'immersion

française, je leur fais

connaître l'histoire française

de Terre-Neuve. Et on prend

la carte, puis on remarque les

places. Puis il y a des places

qui savent même pas. Il y a

une place ici qui s'appelle

Bay Despair. "Despair"

en anglais, le désespoir.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui.


LOUISE MOYES

Mais en fait, c'est Baie "d'Espoir".


GISÈLE QUENNEVILLE

Oh. C'est le contraire

de ce que c'était.


LOUISE MOYES

Alors, l'anglicisme,

c'est le contraire.

C'est le contraire et les gens

rigolent avec ça. Il y a aussi

L'Anse aux Meadows où il y avait

les Vikings. Il y a un super bon

parc ici aussi, puis il y a

une reconstitution

d'une maison viking.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais ça s'appelait

L'Anse aux Meadows?


LOUISE MOYES

On l'appelle L'Anse aux

Meadows, mais c'est un mélange

d'anglais et de français. Il y a

des gens qui acceptent que

c'était anglais et français,

"meadows" comme "champ".

Mais c'était L'Anse

aux Méduses...


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


LOUISE MOYES

Oui. Il y a François sur la

côte sud. Les gens de François

disent "Fransway".

We comme from Fransway.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais c'est François?


LOUISE MOYES

C'est François. C'est écrit

"François". Puis ils disent: "On

sait qu'il y a la prononciation

"François", mais

for us it's a stuck-up

city version. Pour nous,

c'est la version snob.

Mais moi, je me demande si ça

vient de... Tu sais, on dit

"moé" puis "toé". Est-ce que

c'était "Françoé" avant?


GISÈLE QUENNEVILLE

Dites-moi, vous avez grandi

à Saint-Jean, mais vous avez...

Bon, vous avez vécu quand même

un certain nombre d'années

au Québec. Est-ce que vous

connaissiez les francophones

d'ici avant d'aller

vivre au Québec?


LOUISE MOYES

Non. No. Il y a beaucoup

de gens qui savent pas

toujours qu'il y a des

Franco-Terre-Neuviens. Alors, la

première fois que je suis allée

au Québec, c'était en 1983 avec

un programme d'immersion de six

semaines. Mais la première fois

que j'ai su qu'il y avait

des Franco-Terre-Neuviens,

c'était en 1990, je pense.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez... Bon, dans vos

recherches, vous rencontrez

des gens un peu partout à

Terre-Neuve et je pense qu'à un

moment donné, vous avez fait

la connaissance... Je pense

que ce sont des Acadiens

de Terre-Neuve. Une certaine

Florence Le Prieur.

Qui était-elle?


LOUISE MOYES

Oui. Alors, Florence,

je faisais un projet avec son

petit-fils qui s'appelle

Romano DiNillo.

Son père était Italien.


GISÈLE QUENNEVILLE

Italien. Sans doute.


LOUISE MOYES

Et son cousin, Dougie Benoit.

Alors, je savais que Dougie

était un Benoit, mais il parle

pas le français. Et doucement,

j'ai rencontré leur famille.

Mais ils ont dit: "Il faut

que vous rencontriez

notre grand-mère."

On est allés au centre pour

les personnes âgées rencontrer

Florence. On lui a dit qu'il y

avait une fête ce soir, puis...

bon, bien, elle était partante.


GISÈLE QUENNEVILLE

Elle avait quel âge

à l'époque, Florence?


LOUISE MOYES

90 ans. Alors, c'était: "Bonjour,

madame." Et elle: "Bonjour,

bonjour." On est allés

chez Dougie, puis il y avait

une fête. Ils ont joué de la

musique. Puis moi j'étais assise

à côté d'elle sur le sofa,

puis notre amie Christina Smith

qui vient de Saint-Jean et qui a

étudié avec Émile Benoit,

qui est le violoneux le plus

connu de Terre-Neuve.

Christina jouait, puis à la fin

de la gigue, Florence me dit:

"Ça, c'est la gigue d'Émile?"

J'ai dit: "Oui." Elle dit:

"Elle joue comme Émile." J'ai

dit: "Oui." Elle dit: "Elle joue

exactement comme Émile.

Est-ce qu'elle sait qu'Émile

a été mon boyfriend?"


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah...


LOUISE MOYES

J'ai dit: "Pas encore, Mais

j'ai le feeling que dans deux

minutes, elle va savoir."

Alors, c'est comme ça. C'est la

première conversation, vraiment,

que j'ai eue avec Florence. J'ai

appris qu'elle était vraiment...

Ils avaient le même âge.

Ils sont nés en 1913 et ils

étaient copain et copine.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que vous vouliez

raconter sur Florence?


LOUISE MOYES

Florence était tellement fière

de sa musique. Elle chantait

les gigues. Elle connaissait

une centaine, 200 gigues.

Elle disait: "Moi, là, quand

je suis couchée dans mon lit

dans la nuit, c'est là que

les gigues viennent, mesdames,

dans mon idée. Puis je les

chante dans mon idée.

Puis je vois quelqu'un danser

les quatre dans mon idée.

Je vois quelqu'un danser sur

le plancher. Puis j'appelle

Dougie." Elle appelle son

petit-fils qui est violoneux

pour lui chanter la gigue

pour qu'il apprenne la gigue.

Alors, c'était sa fierté de son

art et aussi de sa force comme

femme. Parce que son mari

était parti des mois de suite.

Il était bûcheron.

Puis elle a élevé sa famille.

Mais en plus, quand il revenait,

son mari, elle dit: "Lui,

quand il revenait, là, je m'en allais.

Jouer les gigues avec Émile."


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment s'est manifesté

ce spectacle-là? Bon, parce que

vous faites de la danse, vous

faites du théâtre, vous faites

du multimédia. Comme vous avez

raconté l'histoire de Florence?


LOUISE MOYES

Je dirais que Florence,

c'était vraiment ma première

vraie docu-danse où j'ai

vraiment intégré et la parole

et le mouvement et le son. J'ai

travaillé avec son petit-fils,

Romano DiNillo, qui maintenant

fait le tour du monde avec

Wicked, le spectacle de

Broadway, qui joue aussi avec

Toronto Symphony Orchestra. Et

là, c'était la première fois que

j'ai osé avoir quelqu'un dans le

studio avec moi. J'étais timide

de faire ça avant. Et elle...

J'ai su qu'elle pourrait faire

ressortir les histoires.

Alors, on avait des bouts

d'histoires. L'histoire de la

farine. La farine, c'est son

histoire fameuse, Florence.

La farine. Il y en a d'autres:

comment elle a élevé, il y a

la musique. Et on a conté

les petits bouts, puis elle m'a

demandé: "On va faire

Dance of the Day."

So, j'improvise dans le studio.

Mais elle a pas pensé

ce qui va venir, puis elle

va me dire les images

qu'elle voit sortir.

Puis après, on a pris les

histoires de Florence, puis

on les a mises sur le plancher.

Puis on a dit: "Quelles petites

histoires pourraient être

tissées ensemble?" Puis on a

pensé: "On a cette image de

Florence. Là, ça irait bien avec

quand elle a presque accouché de

son enfant sur le chemin. Puis

là, cette partie-là, c'est mieux

que Florence le conte que moi."

Alors, on va avoir sa voix,

puis moi, je vais bouger, mimer.

Oui, c'est comme ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est quoi l'histoire

de la farine? Vous avez

piqué ma curiosité.


LOUISE MOYES

L'histoire de la farine, c'est

que son beau-père, le capitaine

Prieur, il a... Son bateau a pas

coulé, mais il a été pris sur un

banc de sable. Puis pour alléger

le bateau, ils ont garoché

la farine par-dessus bord. Oui,

ils ont garoché la farine. Puis

c'est venu que les vents ont

donné que la farine est venue

à terre. Elle dit: "Moi,

j'ai garoché mon siau,

puis j'ai "grabbé" les sacs

de farine. Puis c'était tout,

tout... J'avais tout grafigné

mes bras. Mes bras étaient

pleins de sang, là." Alors,

elle m'a conté cette histoire,

puis tu vois, c'est les rythmes

de la voix, puis les images.

"J'ai garoché mon siau.

I forgot about the cow milk."

(Riant)

Puis il y a un peu d'anglais

là-dedans. Parce que c'était

une histoire et de communauté et

imagée. Ce bateau, ce voilier.

La femme qui "grabbe" les sacs

de farine qui pèsent 100 livres.

Puis qu'il a fallu le faire.

Il fallait le faire. Parce

qu'ils l'ont mangée. Même que

c'était pas bon. Elle a fait

son pain pour l'hiver.

Elle était fière. Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum...


Un extrait du specacle avec Florence est présenté. Pendant que LOUISE est sur scène, elle fait apparaître une projection de FLORENCE.


LOUISE MOYES

Je vous présente Florence,

granny. Ses pieds.

Elle vient de L'Anse-aux-Canards

ou plus précisément Long Point,

Terre-Neuve. Elle n'est pas

ma vraie grand-mère. Si tu

la connaissais, elle serait

ta grand-mère à toi aussi.

Elle est mon amie.


FLORENCE

Yeah, anyway.

La farine, là.

Ça m'a donné de la misère. Oui.


LOUISE MOYES

Mais pourquoi la

farine était là?


FLORENCE

Bien, le vieux Prieur

était capitaine, lui,

sur une goélette.

Là, c'est là qu'il a mis

la goélette sur un banc de sable

à Sandy Point, là. Bien, ils

saviont pas quoi faire avec la

farine. Ils avaient été obligés

de garrocher la farine dans

l'eau. See. La goélette a

resté là, puis la farine a

tout mis à terre.

C'est ça qui est arrivé. Tout

le monde a tout bien fait avec

la farine. Oui. Il y avait

toute une crowd de monde là

à ramasser la farine. Yeah.

LOUISE MOYES

Puis tu avais combien de sacs, toi?


FLORENCE

Moi, j'en avais 18.

18 sacs de farine. Yeah.


LOUISE MOYES

Mais toi, tu travaillais seule,

granny?


FLORENCE

Hein?


LOUISE MOYES

Toi, tu travaillais seule?


FLORENCE

Hein...


LOUISE MOYES

Ton homme?


FLORENCE

Non, il était pas chez nous,

lui. Il était à Corner Brook, lui.


LOUISE MOYES

Hum-hum.


FLORENCE

Il était dans le bois.

Oui.


LOUISE MOYES

Puis comment tu l'as

"grabbé" par en haut?


FLORENCE

Mais c'est Émile.

Émile avait un cheval, puis

il allait les mettre en bas

de chez nous. Oui.


LOUISE MOYES

Puis qu'est-ce que tu as

fait avec la farine?


FLORENCE

Bien, la farine...

Tu devais vider un sac,

laver le sac, le sécher,

mettre la farine back dedans.

C'est de l'ouvrage, je te dis.

De l'ouvrage, oui.

Mais je l'ai pris pareil.

Je l'ai pris. Yeah.

T'as ça en english,

t'as ça en français.]


L'image de FLORENCE disparaît et LOUISE danse. Puis une nouvelle projection montre FLORENCE jouant de l'accordéon et LOUISE l'accompagne en direct de la scène.


FLORENCE

(Propos en anglais)

In my feet!

I want to hear my feet going.


L'image disparaît à nouveau.


LOUISE MOYES

Fallait entendre

ses pieds quand elle jouait.


On entend la turlute de FLORENCE pendant que LOUISE danse.


LOUISE MOYES

Les sauvages.

Sauvages.


Un nouvel extrait d'un autre spectacle est présenté. LOUISE danse.


La danse s'arrête et les applaudissements fusent.


GISÈLE QUENNEVILLE reprend sont entretien avec LOUISE MOYES.


GISÈLE QUENNEVILLE

Louise, est-ce que vous saviez

toute jeune que vous vouliez

faire des spectacles?

Que vous vouliez être sur scène?


LOUISE MOYES

Pas du tout.

Mais dans ma famille, c'était

mon père le comédien.

Mon père était ingénieur marin.

C'est pour ça qu'il est venu

à Terre-Neuve. Mais il a vite

découvert qu'il était comédien

aussi comme son père,

de façon amateur, avant lui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


LOUISE MOYES

Alors, il a commencé à faire

des spectacles et de la

télévision. Il a fait, pour

Radio-Canada, des personnages

historiques importants de

Terre-Neuve. Et de la radio et..

Moi, j'étais plus timide.

J'étais beaucoup plus timide.

Mais j'ai commencé à faire

partie du club de théâtre

à l'école secondaire,

mais je dansais.

Et je voulais être médecin. Je

voulais être médecin. Je voulais

aider les gens, écouter leurs

histoires de cette façon-là. Et

j'ai commencé la médecine. J'ai

réussi, été acceptée à l'école

de médecine ici, à Terre-Neuve.

J'ai fait deux ans. Mais

j'allais voir des spectacles

de danse et je pleurais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum.


LOUISE MOYES

Parce que je dansais pas. Et...

c'était difficile. J'ai demandé

un an off pour y penser, mais

ils ne voulaient pas me laisser.

J'ai été les trouver maintes

fois. Mais à la fin de la

deuxième année, j'ai trouvé

un professeur qui m'a dit: "Oui,

tu peux partir et revenir si tu

veux." Mais je suis pas rentrée.

Je suis pas retournée.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez étudié au Québec,

vous avez vécu à Montréal,

vous avez fait de la danse

à Montréal. Est-ce que vous

pensiez faire votre carrière

là-bas au Québec? Non?


LOUISE MOYES

Non. Il y avait toujours

quelque chose qui me retirait

vers Montréal, mais j'ai

vraiment fait 15 ans. Deux

mois ici, trois mois là, six

mois ici. Il y avait un bout où

j'étais plutôt à Montréal parce

que mon chum était là aussi.

Mais mon inspiration venait

toujours d'ici, mais j'avais pas

assez d'atout pour survivre ici

financièrement. Il y avait des

spectacles que je voulais voir

à Montréal. Je savais pas où

j'allais finir. Vraiment,

je savais pas où j'allais finir.

Mais je savais qu'il y aurait

quelque chose qui allait

le décider pour moi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum. Et c'était important

pour vous de faire votre

métier ici chez vous?


LOUISE MOYES

En 2003, je suis revenue faire

un projet pour 2004 qui était

le 400e de l'Acadie. Puis pour

nous, ici à Terre-Neuve,

on disait 500e parce que les

Français pêchaient au large

d'ici en 1450. Alors, je suis

revenue faire de la recherche et

j'étais tellement dans le projet

qui parlait de Plaisance et tout

ça. Quand je suis rentrée

à Montréal, je savais plus

pourquoi j'étais là. C'était

comme, je savais, c'était fait,

c'était beau. C'était un super

beau trajet, mais c'était fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il y a des sacrifices

à faire carrière ici, à Terre-Neuve,

plutôt quede faire carrière à Toronto,

Montréal, même Halifax?


LOUISE MOYES

Oui. Il y a des sacrifices

de faire sa carrière ici parce

qu'on est loin des producteurs.

Il y a pas d'agent d'artistes.

Puis je pense que je suis rendue

à un moment où ça serait

très utile d'avoir un agent d'artistes.

Euh... Il y aurait...

Ça serait plus pratique de

certaines façons de me baser là.

Mais mon inspiration

vient d'ici. Alors,

je crée mieux ici.

Et je ne suis pas francophone

non plus à Montréal, puis

ça fait une différence

même si je parle bien.

Euh... Et aussi dans ma vie, mon

travail, c'est aussi un mélange

de travail de scène et de

communauté. Et je peux faire

les deux très bien ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

Votre garçon a 10 ans.


LOUISE MOYES

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il va raconter

des histoires comme maman

raconte des histoires?


LOUISE MOYES

Sûr et certain que Gabriel va

raconter des histoires aussi.

Il le fait déjà. Il est très

conscient du sens de l'histoire,

et quand ça vient à donner une

présentation à l'école, pour un

enfant de 9, 10 ans, déjà, c'est

très épeurant. Les profs sont

emballés parce qu'il emballe

les gens avec ça. Je sais pas

si ça vient de moi ou mon père.


GISÈLE QUENNEVILLE

Louise Moyes, merci beaucoup.


LOUISE MOYES

Merci à vous.


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