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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Pascal Pelletier : sculpteur

Pascal Pelletier a grandi à Maniwaki au Québec, tout près d’une réserve autochtone. Jeune, Pascal ne pensait pas trop à la culture cri de ses ancêtres – son grand-père avait renié ses origines autochtones. À l’âge de 16 ans, Pascal se rend en Colombie-Britannique sur le pouce. Pour lui, c’est le coup de foudre. La culture autochtone y est partout. Il se sent chez lui. En voyant les totems de la Côte Ouest, le jeune artiste s’initie à la sculpture. Aujourd’hui, ses peintures et sculptures se retrouvent autant dans les collections privées que publiques. Pascal Pelletier est retourné dans l’Est du pays pour constater que les Autochtones occupaient une place plus importante qu’autrefois. Mais pour lui, la Colombie-Britannique demeurera un bastion de culture autochtone. Les Autochtones y sont fiers de vivre et partager leur culture.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2016

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Titre :
Carte de visite


Des images de totems et de sculptures sculptés par PASCAL PELLETIER se succèdent.


PASCAL PELLETIER (Narrateur)

Mon nom est Pascal

Pelletier. Je suis artiste,

sculpteur, peintre. Mon art,

c'est surtout dans la sculpture.

Je travaille beaucoup avec

le bois surtout, le cèdre,

le vieux cèdre ancien

de la Colombie-Britannique,

c'est mon médium de choix.

Tous les sens qui sont

allumés quand on sculpte...

Encore aujourd'hui, c'est

l'odeur du bois, sa texture.

La richesse de l'art autochtone,

pour moi, c'est la richesse

d'une culture en général. La

richesse d'un pays, collective.

Pas juste pour les Autochtones.


GISÈLE QUENNEVILLE INTERVIEWE PASCAL PELLETIER dans une salle d'exposition.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pascal Pelletier, bonjour.


PASCAL PELLETIER

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pascal, parlez-moi de votre

art, décrivez-moi votre art

et ce que vous faites.


PASCAL PELLETIER

Mon art, c'est un art

qui est... qui est un art

culturel au premier plan.

Des sculptures qui représentent

des masques, des totems,

des objets culturels,

et puis, aussi beaucoup

rattachés à des légendes,

des histoires, des visages,

des gens.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce qui vous inspire?

Est-ce qu'un jour, vous vous

assoyez et vous dites:

"Bon, bien, là, aujourd'hui,

je vais faire ça."


PASCAL PELLETIER rit.


PASCAL PELLETIER

Je me rappelle pas du moment

exact, mais je dirais

que c'était presque

un moment comme ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pour chaque oeuvre?


PASCAL PELLETIER

Pour le choix de me décider

de me risquer, de me lancer,

de m'essayer. Mais aussi pour...

pour l'émerveillement, hein?

La première fois que j'ai vu

un totem en vrai dans un musée

à Ottawa en fait, j'étais tout

jeune, je me rappelle. Dans ma

tête de petit garçon, il y avait

quelque chose qui était surréel,

qui était plus grand que moi,

qui était magique. Que quelqu'un

ait pu faire... ou que

des personnes, parce qu'à ce

moment-là, je ne pouvais pas

comprendre la fabrication

d'une oeuvre comme ça, mais...

de voir un totem du haut de

mes petits 4 pieds, de regarder

et de tout de suite comprendre

qu'il y avait un message...

Il y avait quelque chose que

je devais comprendre, mais je

pouvais pas lire, je ne pouvais

pas comprendre le vocabulaire

encore. Mais déjà, je savais

qu'un jour, je voulais

essayer de faire ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Aujourd'hui quand vous faites

une sculpture, un totem, un

masque, par exemple, est-ce que

vous partez avec une idée de ce

que vous voulez faire ou est-ce

que l'idée, l'inspiration

vient en travaillant?


PASCAL PELLETIER

Les deux. Je dirais que

souvent, dans la majorité

des cas, l'inspiration va venir

soit d'une histoire qui se

développe et qui devient une

pièce, ou d'une pièce qui se

développe et qui devient une

histoire. Mais une est toujours

attachée à l'autre. Il y a

toujours une histoire

à chaque pièce et une pièce

à chaque histoire, donc...


GISÈLE QUENNEVILLE

Quel genre d'histoire

est-ce que vous racontez

dans vos oeuvres?


PASCAL PELLETIER

Ouf, des histoires...

des histoires qui sont...

données, si on veut, qui sont

passées de génération

en génération.


GISÈLE QUENNEVILLE

Des histoires traditionnelles?


PASCAL PELLETIER

Des histoires traditionnelles.

Ça, j'en ai reçu beaucoup

avec les années, que ce soit

des aînés, que ce soit de

grands-parents ou de proches,

de gens avec qui j'ai travaillé.

Des histoires qui sont

transmises, et puis

dont tu deviens porteur.

Donc, tu dois transporter

cette histoire-là et la faire

continuer, la faire partager.

Moi, de parler en avant des gens

en public et tout ça, ça n'a pas

toujours été ma... ma force,

si on veut. C'est quelque chose,

c'est plus un travail donc,

de transformer cette histoire-là

en un objet ou des objets

et d'être capable ensuite

d'utiliser ces objets-là

pour perpétuer cette

histoire-là. C'est vraiment

ce qui me fascine.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et quel genre d'histoire

est-ce que ça peut raconter?

On a beaucoup de vos oeuvres ici

aujourd'hui. Est-ce qu'il y en a

parmi celles qui sont ici

aujourd'hui qui racontent

des histoires?


PASCAL PELLETIER

Oui, elles racontent

toutes des histoires.


PASCAL PELLETIER désigne des sculptures en forme de saumon.


PASCAL PELLETIER

Que ce soit des hochets... Ici,

on voit les saumons, qui sont

venus d'une histoire, celle-là

qui n'est pas une histoire

transmise. C'est une histoire

qui m'a été donnée par

la nature, par la vie,

par le fait d'être attentif.

Donc, je me rappelais, durant

une marche où je demeurais...

Puis, il y avait une petite

rivière où est-ce que

les saumons, chaque année,

remontent la rivière, et c'est

là qu'ils vont terminer leur

vie. Et puis, ces saumons-là,

durant tout leur trajet,

partis de cette même rivière-là,

d'aller voyager pendant 10, 15

ans, puis de faire un grand tour

sur la côte jusqu'en Alaska,

parfois même encore plus

loin, puis de revenir

à cet endroit-là,

déjà, ça, c'est magique. Déjà,

ça, de pouvoir être là quand

ils reviennent, de pouvoir les

accueillir... Il y a beaucoup

de cérémonies qui sont faites

à partir du retour des saumons.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous faites aussi beaucoup

de masques. Qu'est-ce que les

masques symbolisent pour vous?


PASCAL PELLETIER

Il y a vraiment, pour moi, une

entité, un pouvoir, un esprit

dans chaque pièce de bois.

Il y a des masques qui sont plus

des masques de cérémonies, des

masques qui sont utilisés depuis

longtemps pour représenter

certaines cérémonies,

des masques qui sont passés

de famille en famille,

de génération en génération,

qui ne seront jamais vus

aux yeux du public, qui sont

seulement utilisés pour

certaines choses. Par contre,

on a la chance, le privilège

d'avoir beaucoup d'oeuvres, de

masques qui, aujourd'hui, sont

ouverts à tous. Puis, d'être

capable de prendre un masque,

une histoire qui existe déjà,

de l'interpréter moi-même, avec

mon background, mon vécu, mes

influences, puis de donner un

autre angle à cette histoire-là,

ma touche personnelle à ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Votre art est très côte ouest,

je pense, qu'on peut dire.

Pourtant, vous, vous êtes

Québécois, vous êtes du Québec.


PASCAL PELLETIER

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que les techniques

que vous utilisez ici sur vos

oeuvres très côte ouest, est-ce

que ce sont des techniques

apprises? Est-ce que ce sont

des techniques typiques

de la côte ouest?


PASCAL PELLETIER

Absolument, oui. Il n'y a

pas d'histoires, de sculptures

reliées à la côte Est.

C'est très, très, très rare.

On parle peut-être un peu

plus... C'est vers le Manitoba

que ça commence, ou dans le nord

de l'Ontario où est-ce qu'il y a

des peuples inuits cris qui

faisaient déjà des masques, mais

qui étaient vraiment primitifs.

C'est une différente technique.

Il n'y a pas d'histoire,

de sculpture vraiment de la côte

Est. Donc, oui, c'est tout de la

côte ouest. C'est une technique

que j'ai apprise en commençant

par apprendre la lecture

de la sculpture. Donc,

à comprendre chaque élément dans

la sculpture. Qu'est-ce que cet

élément-là représente? Pour être

capable de mettre toutes ces

lettres-là ensemble et de faire

une pièce qui va être... qu'une

personne, un Autochtone,

qui a ce savoir-là va être

capable de reconnaître, va

être capable de dire: "Bien, ça,

c'est tel artiste, ou tel clan,

ou telle personne. Ce masque-là

porte tel nom." Donc,

il y a tout un vocabulaire.

Puis, c'est la première chose

que j'ai apprise, moi,

en venant ici. C'est d'apprendre

le vocabulaire de la côte ouest.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et une fois qu'on a appris ce

vocabulaire-là, comment est-ce

qu'on fait pour se différencier

des autres artistes autochtones?


PASCAL PELLETIER

Rester soi-même.


Dans un autre segment, on nous présente PASCAL PELLETIER faire une sculpture à l'extérieur.


PASCAL PELLETIER (Narrateur)

L'endroit où est-ce que je

demeure, il y a une baie où

est-ce qu'on a beaucoup de

baleines qui viennent, parfois

s'échouer, mais souvent, elles

viennent nous faire un petit

spectacle. Celle-là représente

la baleine qui sort complètement

de l'eau, jusqu'au moment

où elle entre. Elles font ça

une fois de temps en temps.

Elles sortent complètement

de l'eau, elles tournent

complètement et elles rentrent

dans l'eau, le nez en premier.

Et c'est ce mouvement-là,

c'est cette légèreté-là

dans le gros animal que

j'ai voulu représenter.

Au départ, c'est que je vais

trouver le sens du grain. Je

vais trouver comment mon grain

voyage par rapport à la pièce,

s'il y a des noeuds, s'il y a

des endroits qui vont me donner

plus de fil à retordre. Il faut

toujours essayer de travailler

avec le grain, pas à

contregrain. De me faire un

centre, de me faire une ligne,

parce qu'on ne voit pas les deux

côtés en même temps, hein? Donc,

c'est toujours de travailler

un peu sur un côté, travailler

un peu sur l'autre côté. Essayer

toujours de... l'équilibre.

Au départ, je vais utiliser

beaucoup une

adze, qui est

comme une petite machette, une

petite hache. Il y a différentes

sortes de... Ce sont tous des

outils faits à la main. Puis,

ça, ça va être pour commencer,

pour enlever le plus gros

du bois. Ensuite de ça,

plus on rapetisse la surface,

plus le couteau devient petit.

Dans les détails de la fin,

bien là, c'est vraiment avec

des petits couteaux. Il y a

peut-être cinq, six différents

couteaux, outils qui vont

être utilisés pour

une pièce comme ça.

On va faire un moule avec

cette pièce-là et on va faire

une reproduction en bronze.

Ça va aller dans une

galerie à Vancouver.


PASCAL PELLETIER termine sa sculpture.


L'entrevue entre GISÈLE QUENNEVILLE et PASCAL PELLETIER se poursuit.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pascal, vous êtes né

à Maniwaki au Québec, mais

pas dans la réserve, juste

à l'extérieur de la réserve.

Est-ce que la culture autochtone

était présente dans votre

vie, dans la famille,

quand vous étiez jeune?


PASCAL PELLETIER

Non, pas du tout. Non, euh...

C'était... quelque chose

qu'on savait, mais c'était pas

quelque chose qui était

vécu, ou discuté, ou...


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand on vous demandait

vos origines, par exemple, quand

vous étiez petit, qu'est-ce

que vous répondiez?


PASCAL PELLETIER

Euh... avec beaucoup

de confusion.


PASCAL PELLETIER rit.


PASCAL PELLETIER

Euh... Ma mère est d'origine

irlandaise, première génération.

Mon père est cri. Je parle

français. J'ai l'air blanc.

Ma tête est rouge. Il y avait

beaucoup de confusion.

Je m'identifiais comme un petit

Québécois. Je savais qu'il y

avait quelque chose

qui était louche un peu.


PASCAL PELLETIER rit.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c'était mal vu

d'être autochtone

à cette époque-là,

dans ce coin-là du Québec?


PASCAL PELLETIER

Ah oui. Oui.

Surtout quand on a déménagé

encore... dans la région de

Québec, Québec et les environs.

Pour moi, je dirais qu'il n'y

avait pas autant d'impact...

de ce que j'ai l'air.

Les stéréotypes qu'on a des

Autochtones m'affectaient pas.

Par contre, ma soeur qui était

plus vieille a tous les traits:

les yeux bruns, les cheveux

bruns, le teint brun.

Elle a vraiment, vraiment

les traits autochtones.

Puis, elle, elle subissait...

des choses que je comprenais

pas. On est de la même famille

et je ne pouvais pas associer

les insultes à ma personne.

Puis, j'entendais beaucoup

ce qui se disait autour.

Mais c'était normal.

C'était vraiment normal dans

l'environnement dans lequel j'ai

vécu, un jeune garçon dans les

années 70... Être Autochtone,

c'était pas quelque chose

que tu voulais vraiment dire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que, bon... C'est votre

père qui est Autochtone, est-ce

que lui, il en parlait? Votre

père, votre grand-père, est-ce

qu'on en discutait même?


PASCAL PELLETIER

Très rarement. Mon père... On

a eu des discussions à propos de

notre origine, de nos origines,

de notre culture plus vers

la fin de sa vie. Mon père vient

de décéder il y a pas longtemps,

mais c'est vers la fin de sa vie

où est-ce qu'il a vraiment vu,

par mon travail, avec les

années, que... ça voulait dire

quelque chose pour lui aussi.

Mon père s'est reconnu

et a reconnu une fierté

de ses origines avec

le travail que j'ai fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et donc, vous, comment

est-ce que c'est arrivé dans

votre vie, ça, de valoriser

cette culture-là, d'apprendre

sur cette culture-là?


PASCAL PELLETIER

Bien, c'est bizarre, mais

beaucoup ma mère. Ma mère

qui avait beaucoup d'intérêt

pour la culture autochtone,

qui était elle-même une conteuse

incroyable, mais qui elle,

allait faire des recherches.

Elle amenait des éléments.

Puis, j'ai toujours fait

des toiles et mes toiles ont

toujours été à 95% des visages

autochtones. Malgré le fait que

j'étais pas entouré de visages

autochtones, c'était toujours

comme ça. C'était

naturel comme ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Au début des années 90,

vous êtes venu en

Colombie-Britannique pour

la première fois. Vous étiez

à la recherche de quoi

à ce moment-là?


PASCAL PELLETIER

De tout ça.


GISÈLE QUENNEVILLE rit.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous saviez que ça existait?


PASCAL PELLETIER

Ah oui. Oui, oui. Je savais

que ça existait depuis

la quatrième, cinquième année,

où est-ce que j'ai commencé à

prendre des livres de géographie

et que je voyais que dans le

reste du Canada, il y avait des

endroits où est-ce qu'il y avait

encore des peuples autochtones.

Dans ma tête à moi, je savais

pas que tout autour de moi, il y

en avait. Mais j'étais affecté

par les stéréotypes moi-même, de

me dire: Bien, il devrait avoir

les cheveux longs, brun foncé.

Tous les stéréotypes. Donc,

je les voyais pas autour de moi,

mais dans ces livres-là,

je commençais à voir qu'il y

en avait dans... et spécialement

dans l'ouest du pays. Puis, des

vieilles images de totems, ça

m'a vraiment attiré. Je savais

déjà à ce moment-là que dès

que je pourrais, je partirais

vers l'Ouest, que j'avais

besoin d'aller...


GISÈLE QUENNEVILLE

Et qu'est-ce que vous avez

découvert? Qu'est-ce que

vous avez trouvé ici?


PASCAL PELLETIER

Tout. Moi. Euh...

J'ai découvert que je pouvais

être moi. Que c'était correct,

que c'était normal. Que

je n'étais pas différent ici.

Que la culture était valorisée,

était normalisée même. Partout

où est-ce que je regardais, il y

a une rue, il y a un building,

il y a un parc, il y a une

oeuvre qui nous rappelle qui

sont les premiers habitants de

ce territoire-là ici où on vit.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il est plus facile

d'être Autochtone, même

aujourd'hui, en Colombie-

Britannique qu'il ne l'est

ailleurs dans le reste du pays?


PASCAL PELLETIER

Absolument. Oui.


Dans un autre segment, on nous présente des grands totems dans la ville de Victoria. Différents sculpteurs entretiennent les totems.


PASCAL PELLETIER (Narrateur)

Comment se construit un totem?

Il y a différentes étapes.

Il y a la consultation.

On consulte avec... dépendamment

où est-ce que le totem va être

installé, où est-ce que

le totem... Pour quelle raison

ce totem-là va être fait.

On va consulter avec les aînés

de cette région-là.

Si on parle d'ici, à Victoria,

je vais rencontrer certains

aînés qui sont ici. Il y a une

consultation où est-ce qu'il y a

un protocole qui doit être

suivi. Il y a certaines

cérémonies qui doivent être

suivies, qui vont amener au

dessin final, qui est recommandé

souvent par les aînés. Ensuite

de ça, il y a... aller chercher

l'arbre. Encore là, c'est la

communauté, c'est les aînés.

Il y a une cérémonie. On va

chercher un arbre, on donne

À la forêt. On prend, on donne.

On reconnaît l'arbre

dans sa richesse.

On lui accorde une cérémonie.

Cette cérémonie-là, ensuite

de ça, se déplace dans le studio

de l'artiste ou dans un endroit.

Et puis là, c'est l'artiste qui

fait son travail jusqu'à la fin

où est-ce que là encore, il y a

cérémonie protocolaire où est-ce

que l'artiste a vraiment moins

sa place dans cette partie-là.

Pour moi, le concept du totem

vient avec la concentration

du moment, si on veut. C'est

impossible de voir la pièce

terminée jusqu'au jour où est-ce

qu'elle est terminée et qu'on

la lève debout. Et c'est là

qu'on peut voir si vraiment,

ça marchait.

Quand on sculpte, la pièce

est toujours sur son dos,

donc on voit jamais le résultat

final avant le dernier jour.

Donc, c'est de se concentrer sur

chacune des parties du totem

jusqu'à la fin du totem.


L'entrevue entre GISÈLE QUENNEVILLE et PASCAL PELLETIER se poursuit.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pascal, en 2010, vous êtes

retourné vous installer dans

l'est du pays, à Moncton.

Pourquoi retourner dans l'Est et

pourquoi Moncton en particulier?


PASCAL PELLETIER

J'ai pas choisi Moncton.

Encore là, c'est les événements

qui m'ont amené à Moncton.

Je m'en allais plus pour

la Nouvelle-Écosse. Puis,

quand je suis arrivé

en Nouvelle-Écosse, ça a été

vraiment un choc culturel

de voir que... Moi, je pensais

qu'après presque 20 ans, 15,

20 ans à pouvoir gagner ma vie

en tant qu'artiste, après

l'effervescence des Jeux

olympiques, l'inclusion des

peuples autochtones partout.

Moi, j'ai participé pendant

les cinq années qui ont mené aux

Jeux olympiques, à tout plein

d'événements, tout plein

de pièces d'art publiques

ou encore des démonstrations.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous aviez ouvert, en fait,

votre propre galerie à Moncton.

Comment est-ce que ça

a été accueilli, ça?


PASCAL PELLETIER

Ça a été très bien accueilli.

Ça a été... Les gens de Moncton

et des environs, des Maritimes

en général parce qu'on s'est

retrouvés à faire la première

galerie d'art autochtone dédiée

seulement à l'art autochtone.

La première dans les Maritimes

en 2010. Mais c'est la force des

choses. C'était comme ça. Je me

suis ramassé avec la réalité

où est-ce que moi, en tant

qu'artiste, maintenant,

j'avais pas de place

dans cette communauté-là.

J'avais deux choix:

de retourner ici, de revenir

en Colombie-Britannique, ou de

dire: "Bien non, moi, je vais

le faire. J'y crois."

J'y croyais assez.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que ça a marché?

Est-ce que c'était viable, une

galerie autochtone à Moncton?


PASCAL PELLETIER

Oui, c'était viable.

Les gens en redemandaient.

C'était vraiment, vraiment une

expérience qui était incroyable.

J'ai fait une quinzaine

d'expositions d'artistes locaux,

des artistes qui sont reconnus

au niveau international, mais

qui n'avaient jamais eu de

reconnaissance dans leur propre

territoire, qui n'avaient jamais

eu d'exposition de leurs oeuvres

dans leur propre territoire.

Et ça a changé des choses.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, pourquoi

vous n'êtes pas encore

à Moncton aujourd'hui?


PASCAL PELLETIER

(Riant)

Pourquoi? Euh...

C'était difficile. Ça a été deux

ans et demi où est-ce que...

Premièrement, j'ai dû mettre

mon travail à moi, ma carrière

à moi de côté. Je travaillais

constamment à la galerie,

donc je travaillais

à l'administration, à l'accueil

des gens, à tous les aspects de

la galerie. J'étais propriétaire

et employé. J'ai mis

mon travail de côté, ce qui

n'était pas l'idée principale.

L'idée principale, c'était

de créer un lieu où est-ce que

je pourrais exposer des artistes

locaux et vendre mes oeuvres. Ça

a pris un tournant complètement

différent. Et puis... Mais qui

était une école incroyable.

C'était une expérience... Donc,

j'apprends encore aujourd'hui.

Puis, j'ai l'impression que

je vais apprendre le restant de

ma vie de cette expérience-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais la Colombie-Britannique

vous attirait quand même, hein?


PASCAL PELLETIER

La Colombie-Britannique

m'attirait beaucoup. Pour moi,

c'est ma maison. Puis, ce qui

a fait vraiment le déclic, c'est

ma conjointe de l'époque...

On ne s'attendait pas à avoir un

enfant, rien de ça, et elle est

devenue enceinte. Puis, quand

est venu le temps du bébé.

"Vraiment, j'ai un enfant qui

s'en vient. Donc, maintenant, il

faut que je me recentre sur ce

que je fais pour gagner ma vie."

Puis, la perspective de gagner

ma vie dans l'Est était pas

possible, pas comme artiste.

Donc, j'avais le choix

de vraiment me lancer galeriste,

me concentrer seulement sur ça

et d'en faire un métier,

ou de revenir ici où est-ce

que je savais que je pouvais...

Et c'était... Le choix n'a

pas été très, très long.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez deux jeunes enfants

aujourd'hui. Comment est-ce

que leur jeunesse sera-t-elle

différente de la jeunesse que

vous avez eue? Leur jeunesse

en Colombie-Britannique par

rapport à la vôtre au Québec?


PASCAL PELLETIER

C'est ma mission. C'est ma

fierté. Mes enfants... Les deux

portent un nom autochtone,

un nom de descendance crie.

Les deux grandissent dans cette

culture-là, dans la connaissance

de cette culture-là, dans

la fierté d'être descendant

de cette culture-là.

Ils grandissent dans mon studio,

ils grandissent autour des

oeuvres. Non, c'est totalement

différent. C'est l'envers de la

médaille, si on veut. C'est le

retour. Ça a été prédit de toute

façon, il y a plusieurs années,

que ce serait les artistes qui

ramèneraient cette fierté-là

aux peuples autochtones.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous savez comme moi qu'on

entend beaucoup parler de la

pauvreté chez les Autochtones,

de la misère des communautés

autochtones, des injustices,

de la violence, des perceptions,

des réalités et dans beaucoup

de cas également. Quel est votre

rôle en tant qu'artiste pour

estomper ces perceptions-là

ou même ces réalités-là?


PASCAL PELLETIER

Oui... L'éducation. C'est

vraiment l'éducation à chaque

opportunité. Je me rappelle d'un

aîné qui m'a ramené à ça. Chaque

opportunité qui t'est offerte,

que ce soit de corriger

quelqu'un. Je donne un exemple:

l'autre jour, il y a quelqu'un

qui m'a dit: "Bien, t'as

pas l'air d'un Indien."

Moi, j'ai dit: "T'as raison.

Je ne suis pas un Indien.

Je suis né au Canada,

je ne suis pas né en Inde."

(Riant)

Donc, par l'humour, par

l'éducation, mais de toujours

briser les stéréotypes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez de l'espoir?


PASCAL PELLETIER

Oui. Ah oui, beaucoup

d'espoir. On a une relève

incroyable qui s'en vient. Il y

a des jeunes qui vont changer

le Canada. Oui, il y a un peuple

autochtone, mais le jour

où les gens vont comprendre

que le peuple autochtone,

c'est le peuple du pays ici

et que c'est notre peuple...

Qu'on arrête de dire "ton

peuple", "mon peuple". Quand ça,

ça va se fondre ensemble, quand

on va devenir un peuple, on ne

laissera pas les Autochtones

encore aujourd'hui avec des

dizaines de réserves sans

eau potable en 2016,

qui n'ont aucune voie d'accès,

ou qui n'ont aucun service

médical, où est-ce que des gens

qui ont encore des maladies qui

sont anciennes. Il y a aucune

raison aujourd'hui, même

économique, pour une réalité

comme ça. Il faut arrêter

de se fermer les yeux, mais

il faut arrêter de se distancier

de l'autre, de notre voisin.

Faut arrêter d'espérer voir la

différence. La différence, elle

ne se voit pas nécessairement

dans le physique. Oui, j'ai

beaucoup d'espoir parce que

j'y crois. J'y crois vraiment.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien, Pascal Pelletier,

merci beaucoup.


PASCAL PELLETIER

Merci.


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