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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Annie Jacques : guide touristique (Tofino, C.-B.)

Le petit village de Tofino est situé sur la côte ouest de l’Île de Vancouver. L’hiver, environ 2000 personnes y habitent. L’été, il y en a dix fois plus. Annie Jacques est arrivée ici il y a une quinzaine d’années. Depuis, elle vit et elle travaille sur l’eau. Sa maison est une maison flottante, construite sur pilotis, et qui fait face au village. Et son travail fait en sorte que le gros de sa journée est passé sur l’eau aussi. Annie et son conjoint sont propriétaires d’une compagnie de bateaux-taxis. En bateau, Annie et son équipe transportent les locaux de Tofino aux îles de la région. Elle fait aussi des excursions avec les touristes les emmenant voir les baleines, les loutres et les arbres centenaires.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2016

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Titre :
Carte de visite


ANNIE JACQUES conduit un bateau, en bordure du village de Tofino, en Colombie-Britannique.


ANNIE JACQUES (Narratrice)

À Tofino,

on retrouve tout. On retrouve

les montagnes, on retrouve

l'océan, la forêt avec

des arbres millénaires.

C'est vraiment à l'état pur

aussi. Ça a pas été transformé,

ça a été protégé.

Ici, les gens se mêlent.

Ils sont fiers de leur culture.


Le bateau accoste à un petit port.


ANNIE JACQUES (Narratrice)

Je suis venue pour la première

fois dans l'Ouest canadien

pour planter des arbres.

Je m'appelle Annie Jacques. Je

viens de Sherbrooke au Québec.

Ça fait 14 ans que j'habite

à Tofino. C'est la nature

qui m'a guidée dans ma vie.


GISÈLE QUENNEVILLE est sur un quai en compagnie d'ANNIE JACQUES, guide touristique à Tofino.


GISÈLE QUENNEVILLE

Annie Jacques, bonjour.


ANNIE JACQUES

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Annie, on est à Tofino. Toi,

tu y habites à Tofino depuis

quand même plus de dix ans,

une bonne douzaine d'années

maintenant. Comment est-ce

que tu décrirais Tofino?


ANNIE JACQUES

Tofino, c'est une petite

ville au bout du monde.


ANNIE JACQUES rit.


ANNIE JACQUES

C'est vraiment à la fin de la

route! C'est un petit village,

mais qui est quand même assez

international en fait, puisqu'on

reçoit au-delà d'un million

de personnes par année ici. Donc

beaucoup, beaucoup de visiteurs,

mais il y a environ 3000

habitants qui vivent

ici à l'année.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et qui sont ces gens qui

vivent ici? Qu'est-ce qu'ils

font? D'où ils viennent?


ANNIE JACQUES

Il y a des gens de partout,

vraiment beaucoup

de francophones en fait,

de l'Allemagne, beaucoup

d'Amérindiens aussi. Vraiment,

je te dirais le tiers de la

population qui est autochtone.

Et puis, je te dirais qu'il y a

peut-être cinq familles que

je connais que leurs parents

sont nés à Tofino.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et comment ils gagnent

leur vie ici?


ANNIE JACQUES

Bien, la pêche s'estompe,

c'est comme partout. Ils ont

arrêté de la pêche commerciale

dans les années 90. Donc, c'est

vraiment le tourisme, vraiment

le tourisme qui apporte

un gagne-pain aux gens ici.

Le surf, les compagnies

de surf, les compagnies

de pêche commerciale,

d'excursions en bateau.


GISÈLE QUENNEVILLE

Moi, je suis venue à Tofino

il y a peut-être... Ouh, il y a

un bout de temps, une bonne

quinzaine, 18 ans à peu près.

C'était pas du tout comme c'est

aujourd'hui. C'est une ville

qui a beaucoup changé au cours

des dernières années?


ANNIE JACQUES

Bien oui. Il y a un boum

économique qui se fait justement

parce qu'avec la venue du surf,

on a... Maintenant, je pense

qu'on est rendu à quatre

compétitions nationales

et locales aussi. Ça apporte

vraiment, un sport, un intérêt

aux gens. C'est une activité que

les gens viennent essayer. Il y

a beaucoup d'activités qui sont

offertes. Je pense que c'est ça

qui apporte beaucoup les gens

ici. L'autre chose, c'est

vraiment, on peut regarder la

nature: c'est à l'état pur. Il y

a pas d'usines, il y a pas de...

En fait, on a les fermes

de poissons, là, mais ils sont

cachés. Mais quand tu viens ici,

c'est vraiment, les gens

viennent ici puisque c'est

à l'abri du bruit, t'es dans la

nature, t'es capable de trouver

un petit coin pour être sur la

plage. Les plages qu'on a sont

comme... Donc, c'est pas

une surprise que les gens

veulent venir ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu parles d'un boum économique

à Tofino, souvent, un boum

économique, ça vient avec

ses défis également. Est-ce que

Tofino fait face à des défis

à cause de ce boum-là?


ANNIE JACQUES

Très gros défis.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui.


ANNIE JACQUES

Très gros défis parce que

les gens voudraient habiter ici.

Étant donné qu'il y a plus

de gens qui viennent, donc on a

plus besoin d'employés pour les

restaurants, pour accueillir les

gens. Mais il y a pas d'endroit

pour les travailleurs.

Il y a pas "d'accommodation".

Il y a vraiment une pénurie

"d'accommodation" et ça, c'est

vraiment un très gros problème.


GISÈLE QUENNEVILLE

Toi, ça fait combien

de temps que t'es là?


ANNIE JACQUES

Que je suis à Tofino?


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui.


ANNIE JACQUES

Moi, ça fait 14 ans que

je suis arrivée. Mais au début,

j'habitais dans mon bateau.

J'ai jamais vraiment habité...

J'ai loué une place peut-être

pour trois mois dans ma vie.

Sinon, j'ai habité sur une île.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce qui t'a amenée

à Tofino? Comment tu t'es

retrouvée ici?


ANNIE JACQUES

Bien, c'est l'amour. Il m'a

invitée à venir ici, donc, on...


GISÈLE QUENNEVILLE

Toi, t'es du Québec.


ANNIE JACQUES

Moi, je viens du Québec, oui,

mais je venais ici depuis déjà

quatre ans tous les étés pour

planter des arbres. Donc, j'ai

planté environ un demi-million

d'arbres dans ma carrière.

J'étais: OK, j'en ai assez

planté, des arbres, c'est le

temps de passer à autre chose.

J'ai décidé de rester ici, puis

je suis devenue maman. Donc, on

a commencé à penser: Qu'est-ce

qu'on ferait pour faire grandir

ces enfants-là d'une bonne

façon? Puis on a commencé

notre compagnie.


GISÈLE QUENNEVILLE

T'es francophone, t'as même

mentionné qu'il y a beaucoup

de francophones ici, à Tofino.

Est-ce que c'est possible

de vivre en français

quand même ici?


ANNIE JACQUES

Je te dirais que je parle

quand même assez souvent en

français et puis je découvre

toujours des nouveaux

francophones qui décident

de rester ici, non seulement

qu'ils viennent pour l'été. Ils

viennent travailler, puis là,

ils aiment tellement ça

qu'ils se disent: Qu'est-ce que

je pourrais faire? Puis

finalement, même à Ucluelet...


GISÈLE QUENNEVILLE

Qui est une petite

ville pas loin ici.


ANNIE JACQUES

C'est notre soeur jumelle.

Même avec ça, les gens décident

de rester. Mais quand même, le

noyau est anglophone parce que

tu retrouves des gens de toutes

les nationalités à Tofino

quand même. Donc, l'anglais,

c'est la langue pour quand

on se retrouve, puis qu'on

puisse parler ensemble.


GISÈLE QUENNEVILLE

Toi, t'as parti une

association de francophones ici,

à Tofino. Tout récemment,

ça fait pas longtemps?


ANNIE JACQUES

Ça fait seulement quatre ans.

Donc, on est vraiment

une petite graine,

puis là, on met de l'eau...


GISÈLE QUENNEVILLE

Puis qu'est-ce qui

t'a poussé à faire ça?


ANNIE JACQUES

Parce que moi, le français,

c'est moi, c'est mes racines.

J'ai rencontré beaucoup de

francophones que je savais même

pas qu'ils étaient francophones

parce qu'ils parlaient en

anglais tout le temps, puis ils

savaient que j'étais francophone

parce que j'ai un accent.

Mais ça me choquait parce

qu'à chaque fois, j'étais comme:

"Bien, voyons. T'aimes pas ton

français?" Tu sais, je posais

des questions, puis les gens:

"Bien oui, on aime ça, mais

ça fait 20 ans que j'habite ici.

Moi, je parle plus français."

Alors, je me suis dit: Faudrait

qu'on organise des activités

pour réunir les gens, puis qu'on

pratique notre français. Faire

des soirées de jeux ou des trucs

simples, tu sais. Des spectacles

aussi. Je pense que c'est

important de garder ses racines.


GISÈLE QUENNEVILLE

Toi, t'as deux filles, 11 ans

et 13 ans, je crois. Est-ce que

tes filles ont eu l'occasion

ou ont l'occasion d'aller

à l'école en français ici?


ANNIE JACQUES

Non, malheureusement, avec

une école d'environ 130 élèves,

c'est très délicat étant donné

qu'il y a environ, je te dirais,

comme, un tiers des élèves

qui sont Amérindiens. C'est

très délicat d'emmener une autre

langue coloniale dans notre

communauté. Mais on a parti

un programme préscolaire. Donc,

c'est deux jours semaine ici,

deux jours semaine à Ucluelet.

Que les jeunes... On a une

petite école... On utilise le

centre communautaire évidemment.

On a un professeur, une

enseignante, puis ils font

des activités avec les 3 à

5 ans. Donc, c'est un début.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et en tant que présidente de

l'Association des francophones

de Tofino, est-ce qu'il y a

des projets? Est-ce que c'est

possible, est-ce qu'on peut

envisager éventuellement

d'avoir une école en français

ou des programmes en français

ici, à Tofino?


ANNIE JACQUES

Ça va être difficile. Je pense

que ça va prendre des gens qui

vont être vraiment... qui vont

avoir beaucoup de volonté et de

temps à s'impliquer pour aller

voir les possibilités. Mais ce

que je pense qui fonctionnerait

plus, c'est justement avoir

un programme trilingue.

Donc, en fait, j'ai déjà

entamé un peu ce projet-là.

J'ai dirigé une pièce de théâtre

de marionnettes l'année passée

qui était faite avec des débris

et puis qui était trilingue.

Donc, on avait une partie

anglophone, une partie

francophone, une partie

nuu-chah-nulth, qui est le

langage autochtone d'ici. Puis

les gens ont adoré. Donc, je

pense que si t'embrasses toutes

les cultures, t'en mets pas

une de côté, ça va fonctionner.


Dans un autre segment, des images d'une île nommée Meares Island se succèdent.


ANNIE JACQUES (Narratrice)

Meares Island, c'est une île

qui est à environ cinq minutes

de bateau de Tofino.

C'est une énorme île.

C'est environ 45 000 hectares.

La beauté de cette île-là a été

préservée il y a environ 30 ans.

En 1981, ça a été déclaré

un parc tribal, un des

premiers dans le monde.

C'est un endroit qui est géré

par les Amérindiens et qui

est territoire autochtone.

La végétation, c'est une forêt

pluviale tempérée. Donc,

on retrouve moins d'espèces

que dans l'Amazonie ou dans les

forêts tropicales, sauf que tu

retrouves... En grande partie,

tu vas retrouver le cèdre rouge

de l'Ouest, qui est une espèce

qui vit probablement jusqu'à

2000 ans. Ça fait 30 ans

qu'il y a aucune coupe

qui s'est faite sur l'île.

C'est un signe d'espoir pour moi

à chaque fois que je vais sur

Meares Island ou que j'amène des

gens. Je fais passer le message

que c'est possible de faire

une économie sans prendre les

ressources. Mais on est dans

ce stade-là dans la société,

je pense, où est-ce qu'on a

pris assez de ressources, on

apprend à gérer les ressources

naturelles. Et puis, maintenant,

on est chanceux, on peut

se baser sur l'économie

pour pouvoir développer

l'écotourisme.

Puis je trouve que c'est

de l'espoir parce qu'on garde

la nature en tant que telle,

on la préserve.


ANNIE JACQUES se promène sur un sentier de Meares Island.


ANNIE JACQUES (Narratrice)

Je viens ici presque tous les

jours de l'hiver, quand il y a

moins de visiteurs qui viennent.

Je viens prendre des marches

juste pour moi. Je pense

que c'est un endroit où

est-ce que c'est serein.


L'entrevue de GISÈLE QUENNEVILLE avec ANNIE JACQUES se poursuit devant la maison d'ANNIE JACQUES.


GISÈLE QUENNEVILLE

Annie,

ici, à Tofino, il y a des gens

qui vivent au bord de l'eau.

Toi, tu habites sur l'eau,

dans une maison flottante. C'est

quoi, une maison flottante?


Des images intérieures et extérieures de la maison flottante d'ANNIE JACQUES se succèdent.


ANNIE JACQUES

C'est

une maison qui est construite

sur des quais. La nôtre, on a

vraiment construit avec les

moyens du bord, comme on peut

dire en québécois. Ça vient

des fermes de poissons.

C'est des vieux docks qu'ils

allaient jeter, puis qu'on a

recyclés, qui étaient quand même

assez bons. Il y a plusieurs

façons de structurer un quai.

Tu peux prendre le ciment. Nous,

ce qu'on a, c'est du styrofoam,

puis c'est enrobé de plastique.

On en a 75 qui sont en dessous

de notre maison, ce qui fait que

ça flotte depuis maintenant...

je dirais dix ans.

Que ça tient le coup.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, tu commences

avec les quais, puis

après ça, tu bâtis là-dessus?


ANNIE JACQUES

Oui. C'est dur à expliquer,

mais c'était comme juste

des trucs de métal avec pas de

bois par-dessus, rien. C'était

recyclé, tu vois. Donc, on avait

déjà des structures, des

flotteurs en dessous, mais il y

en avait pas assez pour un poids

comme ça, pour avoir une grosse

maison. Donc, on en a rajouté.

On en a acheté de bonne qualité,

puis on les a mis en dessous

de notre structure, du quai,

pour que ça flotte mieux. Mais

tu peux l'acheter complètement

fait, mais nous, on a fait

avec les petits moyens.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et quand t'es dans la maison,

est-ce que tu sens

que ça flotte?


ANNIE JACQUES

Bien, moi, je suis habituée,

là, mais quand j'ai des amis

qui viennent, ils sont comme...

S'il vente, ça... Parfois,

c'est complètement calme, c'est

comme un lac, tu t'en rends pas

compte. Mais quand il y a

des gros vents, puis il y a des

vagues, bien là, ça va bouger.

T'es toujours en mouvement, en

fait, tu le sens pas, mais t'es

toujours en mouvement parce que

t'es pas sur un lac, t'es sur

la mer. La marée monte et baisse

tout le temps. Il y a

très peu de... Mais moi,

je m'en rends pas compte.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c'est cher

construire une maison comme ça?


ANNIE JACQUES

Ça dépend. Ça peut coûter

cher, ça dépend de la façon que

tu le fais, puis le temps que tu

prends pour le faire. Mais nous,

on a pris environ huit ans,

puis un an que c'est mon mari

qui a construit tout seul.

Puis on a fait, avec des

gros morceaux de bois, bien,

des troncs d'arbres, des arbres

qui flottaient littéralement

dans la mer quand on habitait

sur l'île, après les tempêtes.

On a trouvé des trucs

incroyables dans la mer. Ça nous

a apporté des trésors, mais

entre autres, ces gros arbres-là

qu'on a apportés, qu'on a

remorqués sur une île, dans

l'eau avec notre bateau. Puis

notre ami faisait les planches.

On remettait ça dans le bateau,

on ramait, puis on a monté

la structure de la maison.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, c'est vraiment

de la récupération.


ANNIE JACQUES

Je pense que ça a dû

coûter moins de 20 000$

pour faire toute la maison.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais on peut mettre

plus que ça si on veut.


ANNIE JACQUES

Mais là, c'est sûr. Si tu

regardes les maisons à côté

de chez moi, il y a des maisons

probablement que ça a été

fait par des constructeurs

professionnels.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il faut un permis en

quelque part? Bon, évidemment,

il y a pas besoin de terrain,

mais est-ce qu'il faut avoir

une permission pour construire

une maison flottante?


ANNIE JACQUES

La façon légale de le faire,

c'est d'appliquer pour

un permis au gouvernement.

Habituellement, si t'es sur

la mer, tu voudras pas être

n'importe où. Tu vas vouloir

avoir au moins une ligne

d'attache avec un point

ferme de terre.

Donc, il faut que t'ailles

la permission. Mais ici, on est

au bout de la route. Les gens,

je veux dire, ils construisaient

des maisons dans la forêt

il y a 20 ans sans permission.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce qui arrive pour

l'électricité, l'eau, etc.?


ANNIE JACQUES

Comme nous on est attachés à

Strawberry Island, donc, on paie

une allocation à tous les mois.

Donc, on reçoit l'eau qui vient

directement de la ville parce

qu'on est près. Donc, il y a

des câbles souterrains pour

l'électricité et l'eau. Mais si

tu t'en vas plus loin, bien là,

faut que tu sois autosuffisant.

Donc, les panneaux solaires, la

génératrice. Tu peux avoir des

réserves de pluie, si tu veux,

collecter l'eau de pluie

ou tu vas te mettre près

d'un ruisseau, puis aller

chercher avec des tuyaux.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi vous avez pris

cette décision-là, de construire

une maison flottante?


ANNIE JACQUES

Hum... Je te dirais parce

qu'on vient d'un milieu...

On était pas très riches, on

faisait pas beaucoup d'argent.

Puis Tofino, bien, on aime ça,

mais pour habiter à Tofino, tu

sais, ça prend vraiment beaucoup

d'appui financier. Si t'as pas

des parents qui t'aident

ou un bon, bon travail.

Alors, c'était une bonne façon

pour nous de vivre ici.


WAYNE ADAMS et CATHERINE KING, les propriétaires d'une île flottante nommée Freedom Cove, en Colombie-Britannique, sont interviewés.


WAYNE ADAMS

(Propos traduits de l'anglais)

Je construis des choses depuis

l'âge de sept ans.

La nature m'inspire depuis

que je suis petit garçon.

J'ai grandi en Australie

et on m'amenait dans la nature.

J'ai trouvé un immense nid d'oiseau

à berceau au travers duquel

je pouvais marcher. Je voulais

construire mon propre nid.

Quand vous entrez ici

vous entrez dans mon modèle.

C'est une installation artistique.

Vous êtes dans mon œuvre.


CATHERINE KING

(Propos traduits de l'anglais)

Quand j'étais une petite fille

je savais que je voulais vivre

dans la nature. Je ne savais pas

que je flotterais ni que je serais

le plus à l'ouest possible

sur la côte ouest.


WAYNE ADAMS

(Propos traduits de l'anglais)

Je sculpte du bois depuis

très longtemps. Je voulais

un petit studio et je voulais

vivre dans un endroit où

j'étais inspiré par la nature.


CATHERINE KING

(Propos traduits de l'anglais)

Il y a 24 ans, Wayne et moi

savions que nous voulions

vivre dans la nature.

Nous avons choisi de flotter

parce que quand on flotte

on est dans la nature,

sans la déranger. Nous avons

exploré la région et cette anse

était la plus protégée. Il y avait

une source d'eau donc le choix

était facile. Nous avons commencé

la construction de la maison

au large là-bas. Nous l'avons

construite de manière

à ce que nous soyons à l'abri

et confortables. Nous l'avons

remorquée jusqu'ici.

C'était la moitié de la superficie

que vous voyez aujourd'hui.


WAYNE ADAMS

(Propos traduits de l'anglais)

Nous avons installé un système

d'énergie solaire pour que nous soyons

éclairés et confortables l'hiver.


CATHERINE KING

(Propos traduits de l'anglais)

Ensuite nous avons créé

ma piste de danse. Je suis danseuse.

J'avais besoin d'un endroit pour

me faire mouvoir. Je voulais aussi

faire pousser mes propres aliments.

Au fur et à mesure que mon jardin

prenait de l'ampleur, tout le domaine

s'agrandissait.


WAYNE ADAMS

(Propos traduits de l'anglais)

La couleur était importante.

Magenta est la couleur

de l'épilobe. J'ai passé 12 ans

de ma vie comme garde forestier.

Je me souviens d'un grand incendie

en Colombie-Britannique.

L'épilobe est l'une des premières plantes

qui réapparaît après un incendie.

Un an ou deux après l’incendie,

toute la vallée était de la couleur magenta.

C'est une couleur naturelle, symbole

de la régénération.


CATHERINE KING

(Propos traduits de l'anglais)

L'hiver, il y a beaucoup de tempêtes.

Le ciel est très gris.

Tu dois pouvoir tolérer ça.

Nous, ça ne nous dérange pas.

Nous sommes toujours occupés

avec nos projets créatifs.


WAYNE ADAMS

(Propos traduits de l'anglais)

L'idée, c'est d’être inspiré

par la personne avec qui je suis.

C'est un projet à deux.

C'est quelque chose qui

nous passionne. Notre petite fille

est ici en ce moment.

Nous avons créé ceci pour les enfants

de notre famille, pour qu'ils apprennent

ce que l'on apprend plus à l'école:

des compétences, des métiers,

de l'indépendance.


CATHERINE KING

(Propos traduits de l'anglais)

C'est un sentiment de paix

et de satisfaction. On vit

au rythme de la nature ici.


WAYNE ADAMS

(Propos traduits de l'anglais)

L'endroit s'appelait déjà Freedom Cove

avant que nous arrivions et

nous l'avons gardé. Il y a un nom

autochtone mais je ne suis pas capable

de le prononcer.


CATHERINE KING

(Propos traduits de l'anglais)

Je me sens libre dans mon âme

et dans mon vieux cœur

en vivant ici. Je ne pourrais plus vivre

autrement ou ailleurs. Je ne serais pas

comblée.


WAYNE ADAMS

(Propos traduits de l'anglais)

Apprendre en faisant, c'est

ce qu'on enseigne sur la côte ouest.

Il faut juste s'y mettre.


GISÈLE QUENNEVILLE et ANNIE JACQUES sont à Freedom Cove.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ici, en

ce moment, on est à un endroit

qui s'appelle Freedom Cove.

C'est un endroit où tu aimes

amener les visiteurs à Tofino.

Pourquoi cet endroit-ci

en particulier? Qu'est-ce

qui t'inspire? Qu'est-ce

qu'il y a à partager ici?


ANNIE JACQUES

Bien, tout de suite,

quand t'arrives dans la baie,

je ralentis le bateau.

Puis là, c'est comme... il y a

plus de temps. Pour moi, en tout

cas. Parce que je travaille...

j'ai travaillé beaucoup,

beaucoup, puis avec la compagnie

de taxi, c'est un point à

l'autre, il est quelle heure?

OK, là, là, là. Mais là,

je viens ici, c'est comme...

T'entends pratiquement pas

la ville. Tu peux entendre

les avions, mais c'est un monde

silencieux, de paix. Donc,

le temps arrête. Puis, aussi,

tu rencontres ces deux personnes

qui ont monté tout cet

environnement-là et puis

c'est quand même inspirant

pour beaucoup de gens.

C'est des gens qui ont, selon

moi, une expérience de vie,

puis ils partagent ça avec toi

quand tu viens ici. Je pense que

beaucoup de gens qui viennent

ici repartent avec un grand

sourire, ils sont tellement

contents. Ça change un peu

leur vie, ça leur donne

une inspiration.


GISÈLE QUENNEVILLE

Annie, Tofino, c'est une

ville, une région touristique.

Toi, tu fais partie de

l'industrie touristique ici.

Ça fait un bout de temps que

vous avez parti une compagnie

de taxi sur l'eau.


ANNIE JACQUES

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, parlez-moi des débuts

de cette compagnie-là.


ANNIE JACQUES

Oh mon Dieu! On a commencé

notre compagnie il y a

environ... C'est la

neuvième année qu'on entame

et puis on a commencé avec

un bateau, un capitaine.

C'est mon mari qui conduisait

le bateau. Moi, je m'occupais

des enfants, puis des appels

et tout ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y avait un besoin

pour un taxi d'eau à Tofino?


ANNIE JACQUES

Bien, en fait, il y a beaucoup

de taxis, mais ils étaient

non officiels. On a fait

partie, en fait, d'une aide

gouvernementale. On a appliqué

pour... Ça s'appelle

Community Futures ici, en

Colombie-Britannique. Et puis

c'est comme un peu

Dragons'

Den. Vous connaissez cette

émission-là? Donc, tu rencontres

un "panneau" de gens qui vont

t'accepter ou pas avec ton plan

d'affaires. Donc, on a été

acceptés. On est partis avec ça,

300$ par semaine pour un an.

Et puis on a travaillé,

on a travaillé. On a mis nos

brochures. On n'avait même pas

d'office en ville, c'était

juste au téléphone, comme un

taxi. Puis la troisième année,

on a trouvé un

office,

on a acheté deux bateaux,

on en a loué un pour un été

pour faire des destinations qui

sont plus loin. Mais c'est ça.

On a grossi au fil des années,

on a toujours investi pour

offrir plus de choses aux gens.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c'est rentable,

un taxi sur eau ici?


ANNIE JACQUES

C'est très rentable.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui?


ANNIE JACQUES

Bien, je dirais parce que

ça fait seulement que huit ans,

puis à toutes les années,

on fait du profit. Bien, on

le réinvestit, c'est sûr. Mais

on arrive à très bien vivre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous faites également

autobus scolaire, je pense.

Jusqu'à un certain point.


ANNIE JACQUES

Oui, on a maintenant,

depuis... C'est la troisième

année. On a un contrat pour

apporter les jeunes Autochtones

qui habitent sur Meares Island,

justement, juste

en face de Tofino.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bon, ça fait... Votre

compagnie fait le taxi,

mais vous faites également des

visites, des visites guidées.

Des touristes qui viennent,

qui veulent voir quoi exactement

quand ils viennent ici?

Quand ils arrivent à Tofino?


ANNIE JACQUES

Moi, je te dirais, que les

gens, quand ils arrivent juste

à Tofino, puis la plupart des

gens, je te dirais la plupart,

sont contents de juste être là.

Qu'est-ce qui est le fun avec

Water Taxi, avec le Tofino Water

Taxi, c'est que les gens ont pas

d'exigences nécessairement.

C'est juste d'être dans

la nature. Mais bon, on offre

les excursions de baleines,

ce qu'on est un peu moins

populaires parce qu'il y a

des gens qui vont vraiment

juste viser d'autres compagnies

en ville. Mais on l'offre,

puis on a des gens qui sont

passionnés par les baleines.


GISÈLE QUENNEVILLE

L'année dernière, l'été

dernier, il y a eu accident

d'une compagnie de tourisme

qui amenait des gens pour voir,

justement, les baleines.

Le bateau a chaviré, basculé

finalement, il y a eu des morts.

Quel impact est-ce que ça a eu

sur la communauté et sur

votre industrie en particulier?


ANNIE JACQUES

Je te dirais que sur

la communauté, ça a été une

très grosse semaine noire, là.

Je veux dire, les gens...

... les gens ont eu

de la difficulté pendant

un petit bout de temps.

C'était vraiment morose,

c'était très triste. Je veux

dire, la vie se poursuit.

Puis je sais pas à quel point

ça affecte ma compagnie en tant

que telle. Il y a des gens...

Je me rappelle qu'il y a des

gens qui me l'ont rappelé et

qui ont dit: "Ah, on avait pensé

aller voir les baleines, mais on

a décidé d'aller plus faire une

excursion aux ours." Mais c'est

rare. Je pense que la plupart

des gens comprennent que c'est

un accident qui arrive à, quoi,

tous les dix ans peut-être.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça fait déjà presque dix ans

que, toi et ton mari, vous

avez cette compagnie-là. Elle

grossit un petit peu d'année

en année. Vous voulez l'amener

jusqu'où, cette compagnie?


ANNIE JACQUES

Moi, je suis une personne

de plein air. Donc, conduire des

bateaux, puis amener des gens

pour faire des excursions,

je suis contente, mais

personnellement, conduire un

bateau... J'aime ça, j'aime ça,

mais j'aimerais... Le prochain

volet, c'est vraiment,

peut-être, d'inclure des

randonnées en kayaks, mais pas

à partir de Tofino. Ce serait

de transporter les kayaks

environ vers les

hot springs

ou même ici, à Freedom Cove.

Puis de partir de là, puis là,

tu vas voir plus loin.


GISÈLE QUENNEVILLE

Eh bien, Annie Jacques,

merci beaucoup.


ANNIE JACQUES

Au plaisir.



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