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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Carole Ducharme : agente immobilière à Vancouver

Carole Ducharme est une femme aux multiples talents. Avocate de formation, elle a fait sa marque dans le monde de la télévision et du cinéma, en tant que productrice, réalisatrice et scénariste. Après un séjour de travail à Paris, cette Montréalaise d´origine décide de s’envoler pour Vancouver. En Colombie-Britannique, Carole Ducharme poursuit sa carrière en production télévisuelle, mais découvre un autre monde qui l’intéresse : l’immobilier. Depuis 20 ans, elle achète et vend des maisons pour ses clients. Elle a été témoin d’un marché en pleine ébullition, un marché où la plus modeste des maisons se vend à plus d’un million de dollars.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2016

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VIDÉO TRANSCRIPTION

​[CAROLE DUCHARME,

agente immobilière, se présente

pendant qu'on fait un tour

des propriétés à vendre

et de la ville de Vancouver.]


CAROLE DUCHARME (Narratrice)

L'immobilier, c'est une

troisième carrière pour moi.

J'ai commencé comme avocate dans

le domaine du financement de

films. Ensuite, j'ai travaillé

comme productrice, réalisatrice,

scénariste dans le domaine

du cinéma, de la télé et du

documentaire. Et finalement,

maintenant, je suis agente

immobilière. J'ai choisi

l'immobilier parce que, habitant

Vancouver, ça m'a toujours

fascinée, le marché immobilier,

les prix, l'achat, la vente.

Surtout depuis que j'ai acheté

ma maison, il y a dix ans,

et j'ai vu les prix augmenter

de façon fulgurante.

Je trouve qu'il y a beaucoup

de similarités entre le domaine

du droit, du film, la télé et le

domaine de l'immobilier. Parce

qu'en tant qu'avocate, je

travaillais avec des contrats,

la négociation, les lois, les

règlements. C'est beaucoup ça

dans l'immobilier aussi. Si

j'ai un conseil pour quelqu'un

qui veut acheter une maison à

Vancouver, c'est de commencer

à économiser de l'argent dès

la naissance. Parce que ça coûte

cher, l'immobilier, à Vancouver.


Titre :
Carte de visite


GISÈLE QUENNEVILLE

Carole Ducharme, bonjour.


CAROLE DUCHARME

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE et CAROLE DUCHARME sont assises sur la terrasse d'un édifice pour une entrevue.


​[GISÈLE QUENNEVILLE:]

​​On est à Vancouver. Autrefois,

quand on pensait à Vancouver,

on pensait à la mer et les

montagnes, mais de nos jours,

Vancouver, on se dit: les

maisons, ça coûte cher, à

Vancouver. Toi, t'es agente

d'immeubles. Peut-être nous

donner un aperçu du marché

de l'immobilier ici, combien

ça coûte acheter une maison ici?


CAROLE DUCHARME

Oui. Acheter une maison

à Vancouver, c'est très, très

cher. Et de plus en plus cher.

Et surtout depuis l'an dernier.

Les prix ont augmenté

de façon fulgurante.

Par exemple, dans un quartier

dans Vancouver Est, les prix

ont augmenté de 30% au niveau de

l'évaluation foncière seulement.

Et l'évaluation foncière,

c'est une chose, mais le prix du

marché, c'est une autre chose.

C'est un peu plus cher. Oui.

Alors, juste pour vous

donner une idée, en 2014,

à Vancouver Est, qui était

un peu plus abordable que

Vancouver Ouest, on arrivait

à trouver des maisons à moins

d'un million de dollars.

Environ 36% du marché à

Vancouver Est était en dessous

d'un million de dollars.

Maintenant, aujourd'hui,

seulement 9% des maisons de

Vancouver Est sont de moins

d'un million de dollars. Et ce

sont des taudis. Vancouver Est,

pendant de nombreuses années,

n'arrivait pas à dépasser

la barre d'un million. Mais

maintenant, c'est la barre de

1,5 et maintenant, on arrive

à la barre de deux millions pour

une maison dans Vancouver Est.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et qu'est-ce qu'on a pour

un million ou deux millions

de dollars dans Vancouver Est?

Une maison...


CAROLE DUCHARME

OK, pour un million, on a une

maison qui a besoin de beaucoup

de rénovations, cinq chambres

à coucher, deux salles de bain.

Pour 1,5 million, c'est

classique à Vancouver Est.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum!

Est-ce que les condos sont moins

chers? Parce que des condos,

il y en a beaucoup ici aussi.


CAROLE DUCHARME

Il y a des condos quand même

à Vancouver dans les 300 000$.

Ça commence, disons, à 325 000,

350 000. On peut avoir un

bachelor qu'on appelle.

Une chambre à coucher, c'est

dans les 400 000 maintenant.

Et il y a une grosse différence

par rapport à l'an dernier. L'an

dernier, on pouvait acheter une

chambre à coucher à Vancouver

dans le centre-ville pour

325 000. Cette année, ce même

condo-là se vend presque

100 000$ de plus.

Alors, depuis un an, les

prix ont monté en flèche.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qui peut s'acheter une maison

à Vancouver? C'est qui,

les acheteurs ici?


CAROLE DUCHARME

Bien, c'est ça. Pour les

maisons unifamiliales, qui

sont au-dessus d'un million

de dollars, premièrement, la

mise de fonds doit être de 20%

maintenant avec les nouvelles

règles. Donc, sur une maison

d'un million de dollars, la mise

de fonds, c'est 200 000$.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pas facile, quand on est

jeune, à ramasser cet argent-là.


CAROLE DUCHARME

Exactement! Alors qui achète?

C'est souvent des premiers

acheteurs, mais avec l'aide

des parents qui ont déjà,

qui ont vendu leur maison

et qui s'achètent un condo,

qui downsize, comme on dit.

GISÈLE QUENNEVILLE

Les parents.


CAROLE DUCHARME

Les parents. Et puis, les

parents aident leurs enfants à

acheter une maison ou un condo.

Parce que c'est une grosse

mise de fonds. Ou ce sont des

gens qui ont déjà une maison,

qui vendent une maison, qui ont

beaucoup d'équité, donc qui ont

une grosse mise de fonds, et

qui rachètent une autre maison.

Ou ce sont des riches immigrants

qui viennent au Canada et

qui achètent une maison.

Ou ce sont des développeurs,

des promoteurs immobiliers

qui achètent une maison pour la

détruire et en reconstruire une

plus grande pour la revendre

à un plus haut prix.


GISÈLE QUENNEVILLE

J'imagine qu'il y a des

gagnants dans ce marché

immobilier aussi. Des gens

qui ont acheté des maisons

une vingtaine, 25 ans.

Ils sont riches, là,

eux autres, aujourd'hui.


CAROLE DUCHARME

Premièrement, ils n'ont plus

d'hypothèque, la plupart. S'ils

ont eu leur maison pendant 25 ou

30 ans. Et ils la vendent deux

millions de dollars. C'est deux

millions comptant non imposable.

Alors, c'est comme gagner

à la loto. C'est fantastique pour eux.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais il faut quitter la ville

pour acheter un autre,

pour avoir un autre toit.


CAROLE DUCHARME

Effectivement! C'est ça.

Il faut vendre, mais il faut

soit acheter un condo ou acheter

plus petit. Ou acheter à

l'extérieur de Vancouver. Mais

même les prix à l'extérieur

de Vancouver commencent

aussi à augmenter.

Comme à une heure de route de

Vancouver, les prix augmentent

aussi de façon fulgurante.


GISÈLE QUENNEVILLE

Les jeunes, dans ce marché-ci,

est-ce qu'ils sont capables

de s'acheter une maison

ou même un condo?


CAROLE DUCHARME

Je travaille avec beaucoup de

premiers acheteurs, des jeunes,

et puis c'est très difficile

pour eux. Premièrement, une

maison, c'est hors de question.

Alors, on regarde vraiment les

condos. C'est une façon d'entrer

dans le marché immobilier.

On regarde les condos, une

chambre à coucher, pour un

couple ou une personne seule. Et

à l'extérieur de Vancouver comme

à New Westminster, par exemple.

J'ai des clients qui ont acheté

un condo pour environ 250 000$.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça, c'est les gens, les

jeunes qui décident de rester.

Qu'est-ce que ça veut dire

pour une ville à long terme si

les prix des logements demeurent

aussi élevés? Qu'est-ce que ça

peut représenter pour une ville?


CAROLE DUCHARME

Bien, ça change un peu la

démographie, puis la topographie

de la ville, éventuellement,

à long terme. Parce qu'il y a

beaucoup de jeunes qui ne

peuvent pas se permettre

d'acheter et qui ne veulent

pas louer. Et même les loyers

aussi sont très élevés ici.

Alors donc, ils quittent la ville.

Donc, si ça continue, la tendance

se maintient, ça va peut-être

devenir une ville, comme on dit,

un resort town. Une ville

touristique pour les riches

retraités ou les riches

touristes. Ça s'en vient

comme ça un peu.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'on a une idée

du pourquoi? Pourquoi

les prix des maisons sont

si élevés à Vancouver?

Il y a d'autres villes

où les maisons sont chères,

mais vraiment, au Canada,

c'est Vancouver qui bat tous les

scores depuis quelques années.


CAROLE DUCHARME

Oui. Il y a beaucoup, beaucoup

de facteurs qui entrent en

jeu. Premièrement, Vancouver,

géographiquement, où elle est

située, c'est la mer, les

montagnes, c'est la nature.

Tout le monde est attiré

vers ça. Il y a aussi le

faible taux d'intérêt en

ce moment qui favorise les

hypothèques. Il y a aussi

beaucoup d'immigrants, beaucoup

d'immigrants riches qui viennent

ici non seulement pour y vivre,

mais aussi pour simplement

investir. Les promoteurs

immobiliers aussi qui achètent

beaucoup, beaucoup de terrains,

qui achètent beaucoup

de terrains un à la suite

de l'autre et qui détruisent

les maisons unifamiliales

pour bâtir des tours à condos.


GISÈLE QUENNEVILLE

On a l'impression que c'est

récent comme phénomène. Je sais

pas, dans les cinq, six, sept

dernières années. Mais est-ce

que c'est quelque chose qu'on

voyait venir? Vous, ça fait une

trentaine d'années que vous êtes

à Vancouver, peut-être pas tout

à fait. Est-ce que c'est quelque

chose qu'on voyait venir?


CAROLE DUCHARME

C'est drôle parce que l'immobilier,

il y a personne qui peut

prédire où ça va. Il y a beaucoup

de gens qui disent:

"Ah, il y a une bulle, ça va

éclater. Non, ça va continuer".

Bon. Mais historiquement,

Vancouver a toujours été,

au niveau immobilier,

un endroit de spéculation.

Ça a commencé au début du siècle

et ça a un peu commencé

à exploser en 1986,

avec l'Expo 86, qui a attiré

beaucoup de gens d'à travers le

monde ici. Par la suite, il y a

un riche promoteur de Hong-Kong

qui a acheté le site d'Expo 86,

qui a fondé Concord Pacific

et qui ont commencé à bâtir

des tours de condos sur

le site de l'Expo 86.

Et aussi, dans les années 90,

quand Hong-Kong est retournée

à la Chine, il y a beaucoup

d'investisseurs chinois de

Hong-Kong qui sont venus ici, à

Vancouver, pour investir ou pour

y demeurer. Donc, à chaque comme

décennie, il y a eu un événement

qui a fait qu'il y a beaucoup

d'immigrants qui sont arrivés

avec beaucoup d'argent et qui

ont investi dans l'immobilier,

d'une part. Et aujourd'hui, on

se retrouve avec un acheteur qui

est en compétition avec d'autres

acheteurs locaux, des acheteurs

riches étrangers et des

promoteurs immobiliers. Alors,

quand une maison unifamiliale

arrive sur le marché,

il y a tous ces gens qui

compétitionnent pour l'acheter.

Alors, ça fait monter

les enchères et ça fait

monter les prix.


GISÈLE QUENNEVILLE

Souvent, on pointe du doigt

ces acheteurs étrangers comme

étant le gros problème.

Est-ce que c'est le gros

problème, selon vous? Je sais

qu'on a eu des études là-dessus.

C'est pas clair si oui ou non.

Quelle est votre lecture

de ce marché-là?


CAROLE DUCHARME

C'est encore difficile

à savoir c'est quoi le gros

problème. Je pense qu'il y a

un ensemble de facteurs qui

rentrent en ligne de compte.

Et puis lorsque tous ces

facteurs-là sont ensemble,

ça crée la situation qu'on est

en ce moment. C'est comme

les bas taux d'intérêt.

Le taux du dollar canadien qui

est très bas comparé à d'autres

devises étrangères. Tous ces

facteurs-là qui rentrent en

ligne de compte. Mais c'est

sûr que les riches investisseurs

étrangers sont une grosse partie

de l'équation, mais jusqu'à quel

point? Je pense que personne

le sait parce qu'on n'a pas

de statistiques vraiment

détaillées là-dessus.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous, en tant qu'agent

d'immeubles, ça doit être

très rentable pour vous en ce

moment. Vous vendez des maisons,

j'imagine, rapidement

et à des prix qui sont

vraiment extraordinaires.


CAROLE DUCHARME

Oui. J'avoue que quand je

représente des vendeurs, ça va

bien. Pour des condos et des

maisons unifamiliales. Souvent,

on met la maison en vente

le lundi. On fait des maisons,

des open houses le samedi

et dimanche et puis le mardi, on

accepte les offres. Tout se fait

à l'intérieur d'une semaine. Et

on vend la propriété au-dessus

du prix demandé avec

des offres multiples.


On montre les traversiers qui naviguent en mer en partance et en direction de Vancouver.


CAROLE DUCHARME

Une chose que j'aime, ce sont

les traversiers. Beaucoup

de traversiers à Vancouver et en

Colombie-Britannique en général.

Je prends le traversier pour

aller des fois visiter l'île de

Vancouver, Victoria ou Gibson.


On se trouve sur un traversier.


CAROLE DUCHARME

Une petite traversée

d'une journée aller-retour.

Juste le fait d'être sur un

traversier et de voir la mer

et d'être sur l'eau, j'ai

l'impression d'être en vacances.


L'entrevue se poursuit avec CAROLE DUCHARME.


GISÈLE QUENNEVILLE

Carole, avant d'être agent

d'immeubles, dans une autre vie,

tu travaillais dans l'industrie

du cinéma, de la télévision

en tant que productrice,

réalisatrice. Même,

je crois, comédienne.


CAROLE DUCHARME

Oh ho! Ha! Ha! Ha!


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que tu

faisais comme films?


CAROLE DUCHARME

Hum... Bien, j'ai commencé

par faire des courts-métrages.

Des courts-métrages de fiction.

Ensuite, j'ai fait des documentaires,

des séries réalité.

J'ai écrit des scénarios aussi

de longs-métrages. Donc, j'ai

touché à un peu de tout en tant

que productrice, scénariste,

réalisatrice. Et même

d'ailleurs, au début,

j'ai mon bac en droit. Donc,

j'ai pratiqué le droit dans

le domaine du financement

de films à Montréal.

Et ensuite, j'ai habité deux ans

à Paris, travaillé pour

des maisons de production,

en charge de coproductions

internationales. Et ensuite, je

me suis retrouvée à Vancouver,

à travailler pour des

maisons d'animation.

Alors, j'ai touché à un peu

de tout dans différentes

provinces, différents pays.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce qui t'a attirée

à ce milieu-là?

À la production en particulier?


CAROLE DUCHARME

J'ai grandi dans un milieu

de télé, de radio, de cinéma.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ton papa était comédien.


CAROLE DUCHARME

Oui, c'est ça. Alors donc,

c'est ce que j'ai appris...


GISÈLE QUENNEVILLE

Yvan Ducharme.


CAROLE DUCHARME

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pour ceux qui le connaissent.


CAROLE DUCHARME

Alors donc, c'est ce que

j'ai appris quand j'étais jeune.

Alors, j'ai automatiquement

gravité vers ce milieu-là.

Euh... donc, pour moi, c'est ça.

C'était comme naturel, c'est ce

que je connaissais à la maison.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu as travaillé

autant en français

qu'en anglais, je pense.


CAROLE DUCHARME

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et ça, c'est important

de faire ça, dans ce milieu-là?


CAROLE DUCHARME

C'est que ma mère vient de

Timmins, en Ontario. Donc, ma

mère est anglophone, mon père,

francophone. J'ai grandi un peu

dans les deux langues. Alors,

je suis à l'aise dans les deux

langues. Puis étant à Vancouver,

j'ai travaillé beaucoup en anglais

dans des productions.

Mais aussi beaucoup en français,

parce qu'il y a beaucoup

de productions francophones hors

Québec à travers le Canada.

Donc, à Vancouver, j'ai

travaillé sur des productions

anglophones et francophones.

Ce qui me plaît beaucoup,

de travailler dans

les deux langues.


GISÈLE QUENNEVILLE

Un autre que j'ai vu,

« Straight from the suburbs. »

Ça, c'est en anglais, oui,

c'est un film en anglais,

mais c'est au Québec avec

des comédiens québécois.

Alors, des gros accents un peu

partout. Et c'est un peu

le monde à l'envers.


CAROLE DUCHARME

C'est un monde à l'envers.

C'est un monde où tout

le monde est normalement

gai ou lesbienne.

Et puis, quelques fois, il va

avoir des hétéros ici et là,

mais ils vivent en cachette

parce que c'est pas acceptable,

c'est pas accepté à l'époque.

Alors, ça se passe au Québec.

Tout le monde parle anglais

parce que la langue française

s'est perdue au fil des années.

Mais ils ont gardé leur accent

francophone et puis c'est

l'histoire de deux mères

qui ont une fille.

Et la fille découvre...


GISÈLE QUENNEVILLE

Et toi, t'es une des mères.


CAROLE DUCHARME

Oui, je suis une des mères.

Les deux mères découvrent que

leur fille est hétérosexuelle.

Alors là, c'est le drame.

C'est ça, l'histoire.

Alors, à l'époque, en 1996,

c'était vraiment, c'est ça,

avant-gardiste parce que le

mariage gai était pas encore

légal. Il y avait encore des

tabous, de la discrimination,

tout ça. Alors, c'est un film

qui a fait vraiment fureur

dans les festivals de films.

Et je repensais aux films que

j'ai faits, aux documentaires,

puis tout ça, puis je trouvais

qu'il y avait, comme, deux trucs

importants: l'humour et aussi

un peu la justice sociale,

l'acceptation et tout ça.

Donc, ce sont deux thèmes qui se

mélangent souvent dans mes films

puis qui font... qui font des

petites comédies comme ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu parles de justice sociale,

ça me fait penser, t'as fait un

documentaire sur les jeunes de

la rue ici à Vancouver. C'est un

peu à ça que tu fais allusion.


CAROLE DUCHARME

Oui. J'ai fait un documentaire

qui s'appelle

« Les enfants du quartier »,

qui se passe dans

le Downtown East Side, qui est

le quartier de Vancouver le plus

pauvre et où il y a un taux de

drogue et de prostitution très,

très élevé, le plus élevé

en Amérique du Nord.

Et je voulais faire un

documentaire sur les enfants qui

habitent dans ce quartier-là,

leur point de vue sur leur

quartier, comment ils trouvent

leur quartier? Est-ce qu'ils

trouvent ça dangereux? Qu'est-ce

qu'ils pensent quand ils voient

des drogués ou prostituées?

Est-ce qu'ils savent

qu'est-ce que c'est?

Donc, on a interviewé trois

familles qui habitent

dans le quartier et puis

ça a donné ce film-là,

Les enfants du quartier.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment tu choisis

tes projets? Ou comment

tu choisissais tes projets?


CAROLE DUCHARME

Bien, mes films de fiction,

c'est soit des sujets qui

m'intéressent socialement. Si je

vois qu'il y a des inégalités.

Comme par exemple

« Straight from the suburbs »,

je me disais: Bien, les gais

sont pas acceptés par les

straights, mais si

c'était l'opposé, tu sais,

qu'est-ce que ça donnerait?

Puis la meilleure façon de

comprendre quelqu'un, c'est

de se mettre dans ses souliers.

Alors, c'est pour ça que j'avais

renversé les rôles comme ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et est-ce que tu préférais

être productrice, réalisatrice,

scénariste ou comédienne?


CAROLE DUCHARME

Ha! Ha! Ça dépend des jours,

ça dépend des projets.

Hum... Ce que j'aime beaucoup,

c'est l'écriture. La

scénarisation. J'aime beaucoup

me retrouver, avoir le temps de

"focusser", puis de réfléchir.

Ça, j'aime ça, j'aime beaucoup

ça. La réalisation, c'est le fun,

mais c'est beaucoup de travail.

C'est des longues heures.

Non, l'écriture. Je pense

que c'est ça que je préfère,

l'écriture.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que ça vous manque?


CAROLE DUCHARME

Euh... non, pas en ce moment

parce que je suis très occupée,

mais, je veux dire, peut-être

que je vais y revenir un jour,

parce que l'écriture, une fois

que t'écris, tu peux toujours

écrire. Alors, c'est pas quelque

chose qui se perd. C'est juste

quelque chose que j'ai mis

de côté pour le moment.


On présente un extrait du documentaire : Les enfants du quartier.


NARRATRICE

Le Downtown

East Side à Vancouver est le

quartier le plus pauvre au

Canada. Ce quartier est aussi

synonyme de drogues, maladies,

crimes et prostitution. Environ

10 000 personnes habitent le

Downtown East Side. Plus de la

moitié sont dépendants de la

cocaïne et de l'héroïne. 40%

des drogués sont séropositifs.

Le taux de propagation du sida

dans le Downtown East Side

est le plus élevé parmi

les pays développés.

Vancouver est aussi la ville

au Canada où les loyers sont

le plus élevés. Les familles

à faible revenu sont souvent

obligées d'habiter dans les

coopératives d'habitation

à loyer modique du quartier.


GISÈLE QUENNEVILLE poursuit son entretien avec CAROLE DUCHARME.


GISÈLE QUENNEVILLE

Carole, t'as eu une très belle

carrière en production

de cinéma et télévision


CAROLE DUCHARME

Merci.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi laisser tomber ça?


CAROLE DUCHARME

J'ai fait ça pendant une

vingtaine d'années. Puis un

moment donné, j'étais en train

de développer mes propres

projets de longs-métrages

de fiction, j'avais écrit

le scénario, j'étais en

coproduction avec le Québec.

On avait un distributeur, on

avait tout en place, mais on

n'arrivait pas à le financer

avec la SODEC et Téléfilm.

Puis on a essayé plusieurs fois

et tout ça. Un moment donné,

je me suis rendu compte:

OK, le financement de film,

c'est pas juste basé sur le créatif,

c'est très politique aussi.

Surtout quand il y a peu

de fonds et les fonds sont

attribués à peu de films.

Puis au Québec, je suis

en coproduction avec le Québec,

donc, je suis en compétition

avec les Denys Arcand

du Québec, les Villeneuve,

tous les cinéastes établis

du Québec. Et Téléfilm

et la SODEC ne peuvent

financer que quelques

films par année. Donc, l'argent

va en premier à ces gens-là.

Même si c'est une règle

non écrite, mais tout le monde

le sait. Donc, je me suis dit:

Wow! En tant que francophone

hors Québec, essayer

de financer et compétitionner

avec ces gens-là, c'est

virtuellement impossible.

Et puis, avec le gouvernement

Harper à l'époque, qui coupait

les subventions dans le domaine

des arts, de la culture et tout

ça, donc, ça devenait de plus en

plus difficile de financer mes

propres projets. Aussi, j'avais

pas envie d'attendre des années

et des années pour produire

un projet. J'avais envie

de gratification immédiate

un peu plus. Alors, je... Puis,

l'immobilier, ça a toujours été

comme intéressant pour moi,

une passion, surtout depuis

que j'avais acheté ma première

maison. Avant d'acheter

ma première maison, j'avais

même pris un cours intensif

d'immobilier de trois jours,

parce que je voulais savoir

dans quoi je m'embarquais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, ça a toujours été là.


CAROLE DUCHARME

Donc, j'avais pris le cours

intensif. J'ai dit: OK, c'est

comme ça que ça fonctionne,

l'immobilier, l'achat, tout

ça. OK, j'achète ma maison.

On fait des rénos. On fait ci.

On fait ça. Et donc, donc, tous

ces éléments-là mis ensemble,

un moment donné, je me suis dit:

Bien, je vais faire mon cours

d'agent immobilier, puis je vais

aider les gens à acheter et

vendre. Puis je l'ai fait,

et ça a super bien été dès le

départ. Je connaissais beaucoup

de gens dans l'industrie

du film, de la télé, de

la radio ici, à Vancouver.

Donc, ça a été mes premiers

clients en immobilier. Et puis

d'une chose à l'autre, c'est

ces gens-là qui me connaissent

me réfèrent leur famille, leurs

amis. Et puis j'ai même pas

besoin de faire de marketing.

Les gens viennent à moi parce

que j'aide les gens et ils

aiment comment je les aide,

comment je travaille. Et puis,

d'une chose à l'autre, bien,

je me retrouve... Je suis

tellement occupée maintenant.

J'ai même pas le temps

d'écrire d'autres scénarios.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il y a des choses

que tu as apprises en tant

que productrice ou des qualités

que tu as utilisées, des talents

que tu as utilisés en tant

que productrice ou réalisatrice

de films ou de télévision

que tu utilises aujourd'hui

en tant qu'agent d'immeubles?


CAROLE DUCHARME

Oui, beaucoup. Beaucoup,

beaucoup. Puis, c'est

intéressant parce qu'on

penserait pas que le domaine

du film, du cinéma, puis

l'immobilier, ça se joint,

mais j'ai beaucoup de choses

que je faisais dans le cinéma

que je fais dans l'immobilier.

Premièrement, en documentaire,

j'interviewais des gens. Donc,

je suis très à l'aise avec les

gens. Je mets mes clients très à

l'aise. Je suis capable de leur

poser des questions pour essayer

de comprendre leur situation,

puis les aider du mieux

possible. Au niveau marketing,

quand je devais faire des

one sheets qu'on appelle, pour

"pitcher" mes projets, pour

vendre mes projets, maintenant,

bien, je vends des maisons, des

condos. Je fais mon marketing

moi-même, mes brochures,

tout ça. J'ai un background

en droit. Donc, les lois,

les règlements, la négociation

de contrat, je faisais ça dans

le domaine du cinéma. Je fais ça

maintenant dans le domaine

de l'immobilier. Hum...

Alors, c'est plein, plein

de choses comme ça qui sont

transférables, des talents

qui sont transférables comme ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce qui t'a

amenée à Vancouver?


CAROLE DUCHARME

Bien, moi, j'ai toujours

voulu aller vivre ailleurs et

travailler ailleurs, explorer,

voyager. Donc, c'est pour ça

que je suis allée travailler et

vivre à Paris. Puis ensuite...

vivre et travailler à Vancouver.

J'ai eu une offre d'emploi pour

venir ici, à Vancouver, dans une

compagnie de films d'animation.

C'est pour ça que je suis venue.

Et d'une chose à l'autre,

bien, ça fait 20 ans que

je suis ici maintenant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c'est une ville

qui a beaucoup changé en 20 ans?


CAROLE DUCHARME

Ah oui! Énormément.

Énormément. Il y a 20 ans,

quand je suis arrivée,

j'habitais sur la 19e, près

de Cambie. Donc, je prenais

le pont Cambie pour venir

travailler dans le centre-ville.

Et puis lorsque je prenais le

pont, avant de prendre le pont,

je voyais les montagnes, c'était

fantastique. Maintenant, on voit

que des tours de condos.

Les montagnes ont disparu

derrière les tours de condos.

Ça fait que ça, c'est un petit

peu moins joli visuellement,

le paysage. Et puis il y a

beaucoup plus de gens. Les rues

commencent à être beaucoup plus

congestionnées. C'est ce qui

vient avec le développement

urbain, le surdéveloppement urbain.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, si je t'entends,

c'est une ville qui a changé

pour le pire plutôt que

pour le meilleur?


CAROLE DUCHARME

Oui. C'est trop urbain. C'est

trop... Maintenant, il faut

sortir de la ville. Avant, moi,

j'habitais dans le West-End,

à English Bay, quand je suis

arrivée ici aussi. J'ai habité

pendant dix ans, mais c'était

fantastique. Je marchais sur

la plage. Je prenais mon vélo,

j'allais faire de l'aviron.

Mais maintenant, c'est

beaucoup trop congestionné.

Il faut vraiment sortir

de Vancouver pour apprécier

la Colombie-Britannique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça fait une vingtaine d'années

que t'es ici. Est-ce que t'es

ici pour rester maintenant?


CAROLE DUCHARME

Non. Je vais dans les Caraïbes

bientôt, là.

C'est mon but ultime.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pour vrai?


CAROLE DUCHARME

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Eh bien, je te le souhaite,

Carole Ducharme. Merci beaucoup.


CAROLE DUCHARME

Merci.


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