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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Nicole Dextras - artiste visuelle

Nicole Dextras a grandi à Alexandria en Ontario, où sa mère était propriétaire d’un magasin de vêtements. Intéressée par la mode, Nicole a suivi les traces de sa mère…..jusqu’à un certain point. Après des études en Colombie-Britannique, Nicole a commencé à confectionner des vêtements son atelier à Vancouver. Mais les robes de Nicole ne sont pas faites avec du fil et du tissu. Ses matériaux sont plutôt des plantes, des fleurs et des brindilles. Les oeuvres de Nicole Dextras sont d’une beauté exceptionnelle, mais elles sont éphémères. Et c’est le message écologique que l’artiste espère partager avec ceux et celles qui contemplent son travail.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2016

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Titre :
Carte de visite


Des images d'un port à Vancouver défilent.


NICOLE DEXTRAS (Narratrice)

Je m'appelle Nicole Dextras.

Je suis originaire d'Ontario,

d'un petit village qui s'appelle

Alexandria, et puis maintenant,

je vis à Vancouver.

Je suis artiste visuelle

et je fais de la sculpture

et de la photo.

Mon travail comme artiste,

c'est de travailler

avec des éléments naturels

et aussi de faire référence

à l'environnement aujourd'hui.

Moi, je fais ça parce que c'est

un peu le cheminement de mon art

d'avoir passé à travers

le costume, le théâtre,

la sculpture, la photo,

ça m'a amenée à cette place-là.


GISÈLE QUENNEVILLE interviewe NICOLE DEXTRAS dans son atelier.


GISÈLE QUENNEVILLE

Nicole Dextras, bonjour.


NICOLE DEXTRAS

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Nicole, moi, quand je vois

votre travail, je vois de la

sculpture. Je vois de la mode.

Je vois du paysagisme.

Je vois de la performance. Quand

les gens vous demandent ce que

vous faites, qu'est-ce que

vous leur répondez?


NICOLE DEXTRAS

(Riant)

Oh mon Dieu! C'est tellement

difficile de répondre

à cette question-là. Je leur dis

que je fais de la photo

puis de la sculpture.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais c'est pas

de la photo puis c'est pas

de la sculpture non plus.


NICOLE DEXTRAS

Non, non. C'est ça parce que

c'est nouveau. Donc, c'est

difficile à mettre ça dans une

boîte puis dire: OK, je fais ça.

Parce que la plupart du temps,

ils disent: "Ah, vous êtes

artiste, vous faites de

la peinture". Là, quand je dis

"sculpture", là, il faut que je

dise: "Non, non, non! C'est pas

du marbre. Je fais des robes."

"Ah, OK!" "Je fais des robes,

mais avec des fleurs." "Ah, OK!"


GISÈLE QUENNEVILLE

Et on ne les porte pas.


NICOLE DEXTRAS

On ne les porte pas.

On les porte pour une journée.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, comment vous

décririez ce que vous faites?


NICOLE DEXTRAS

Bien, c'est de l'art

environnemental. Donc, ça a

rapport à l'environnement.

Et c'est de la sculpture

qui a rapport à la mode.

Mais c'est aussi des pièces

qui sont éphémères. C'est fait

avec des matériaux naturels.

Donc... ça se dit pas dans

un mot. C'est ça, l'affaire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quel genre de matériaux

est-ce que vous utilisez,

avec lesquels vous travaillez?


Des images des créations de NICOLE DEXTRAS défilent durant l'entrevue.


NICOLE DEXTRAS

Je me sers de toutes sortes

de choses, autant que

c'est naturel. Disons que c'est

quelque chose qu'on trouve dans

la nature. Donc, je me sers de

feuilles, d'écorce, de branches.

L'hiver, je me sers de la neige,

de la glace. Je prends aussi

des tissus que je gèle

ou que je fonds ou que je fais

différentes choses avec.


GISÈLE QUENNEVILLE

Moi, en quelque part, je vous

vois en train de vous promener

dans un bois avec un gros panier

en osier en train de ramasser

des affaires. Comment est-ce que

vous vous approvisionnez?


NICOLE DEXTRAS

Bien, c'est vrai que je fais

ça. J'ai un panier. Mais il faut

dire que des fois, je fais ça

tard le soir. Puis c'est pas

dans la forêt. C'est comme

dans mon quartier. Euh...


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est vous qui piquez les

fleurs des jardins du quartier?


NICOLE DEXTRAS

Non, je prends pas des fleurs

des jardins, mais s'il y a

une maison qui est abandonnée

et puis il y a une grosse plante

pleine de fleurs, bon, bien là,

oui, pas de problème. Mais j'ai

beaucoup de choses dans mon

jardin aussi. J'ai des choses

que je pousse. Donc, l'osier,

je le pousse moi-même.

Je le fais... C'est ça,

je fais la récolte moi-même.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum hum. Est-ce que vous

savez, quand vous dites: "Bon,

je vais faire un projet", est-ce

que vous savez les matériaux

que vous allez utiliser

pour faire une robe

ou un morceau quelconque?


NICOLE DEXTRAS

La plupart du temps,

le matériel vient en premier.

Disons que c'est quelque chose

que je vais voir en me

promenant. Je vois un genre de

feuille, je dis: Ah ouah! C'est

intéressant ça. Que c'est que

je pourrais faire avec ça? Donc,

je la cueille. Après ça, je vois

comment elle va. Donc, est-ce

qu'elle va faner tout de suite?

Est-ce que je peux la garder?

Elle va-tu changer de couleur?

Puis après ça, là,

je fais mon design alentour

de ça, avec le matériel.

Puis, avec les années, bien,

je viens à connaître les plantes

un peu qui poussent ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand vous faites un morceau,

bon, moi, j'ai vu beaucoup des

robes que vous avez faites par

exemple. Il y a une base à ça?


NICOLE DEXTRAS

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous attachez des feuilles

et des fleurs à une base?


NICOLE DEXTRAS

Oui. Pour moi, le défi,

c'était de faire une robe qui

était complètement organique.

Ce qui veut dire que c'est

différent un peu de qu'est-ce

que les fleuristes feraient.

Eux autres feraient une base

de robe, mais avec, tu sais, des

machins en métal puis du

foam, des affaires de mêmes.

Moi, c'est tout organique.

Donc, je me sers des matériaux

que je peux comme tisser

puis défaire assez pour rentrer

comme la tige d'une feuille.

Je mets les feuilles ensemble

avec des épines au lieu des

épingles. Je me sers des épines.

Donc, c'est un peu

comme la couture.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pour vous, ça doit être

la course contre la montre

quand vous faites un projet.

C'est-à-dire, surtout

quand vous utilisez des fleurs

ou des choses qui peuvent faner.


NICOLE DEXTRAS

Oui, oui, oui, oui, c'est ça.

Ça a pris bien du temps pour que

je m'organise assez pour être

capable de le faire sans que

la robe fane avant la journée

qu'on prenne la photo.

Donc, les premières robes

que j'ai faites, bien,

on pouvait pas les porter

parce que je pouvais pas

les enlever du mannequin.

C'était trop pesant. Là, j'ai

commencé à faire la forme. Après

ça, j'ai vu: Ah, OK, bien là,

il me faudrait un modèle.

Puis elle, il faut

qu'elle soit disponible

la journée où les plantes

vont être à leur maximum.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais du moment que vous avez

choisi les plantes

et les fleurs, ça prend combien

de temps avant que le produit

final soit terminé?


NICOLE DEXTRAS

Tout le processus peut

prendre à peu près un mois.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum hum.


NICOLE DEXTRAS

Parce que... il faut

que je trouve la plante.

Après ça, il faut que je fasse

le design. Donc... Puis après

ça, il faut que je découvre

l'histoire derrière la robe,

le modèle. Moi, j'aime avoir

une histoire qui va avec

la personne. à quoi elle pense?

D'où elle vient? C'est quoi

sa relation avec la nature?

Puis après ça, où poser.

Donc, si c'est en ville

ou si c'est dans la nature.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça, c'est vos mannequins.


NICOLE DEXTRAS

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui.


NICOLE DEXTRAS

Puis après ça, bien, c'est

sûr, c'est de trouver le site.

Ça, c'est pas toujours évident

à Vancouver parce qu'on n'a pas

comme des vieux buildings.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, votre oeuvre finale,

est-ce que c'est la robe ou

c'est la photo de la robe dans

un environnement quelconque?


NICOLE DEXTRAS

En général, c'est la photo qui

est la dernière chose. La photo,

c'est juste ça qui reste.

Parce que, après ça, la robe va

dans le jardin puis elle reste

là. Puis, des fois, je vais

continuer à la photographier

pendant qu'elle décompose.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi vous choisissez

de faire des vêtements comme ça,

des vêtements de feuilles, de

fleurs, de matériel biologique?


NICOLE DEXTRAS

Bien, pourquoi? Je sais pas

exactement pourquoi, là. J'ai

pas une vraie réponse pour ça,

excepté que, bien, j'ai grandi

dans un magasin. Donc, j'ai--


GISÈLE QUENNEVILLE

En Ontario, Alexandria.


NICOLE DEXTRAS

En Ontario, oui. Ma mère avait

un magasin de vêtements.

Donc, j'ai grandi là. J'ai aussi

travaillé dans une usine à faire

de la couture. J'étais toujours

intéressée à la couture, à

la mode, mais plus sur la marge.

J'étais pas comme à la mode.


GISÈLE QUENNEVILLE

Designer de mode, ça vous

aurait pas intéressée?


NICOLE DEXTRAS

Non. Non.

Pas la vraie mode. Parce que ça,

je trouve que c'est... moi, je

suis plus artiste. Donc, j'aime

la haute couture. Parce que là,

c'est vraiment très créatif,

qu'est-ce qu'ils font. Mais de

faire des vêtements qu'il faut

que tu vendes, non. Ça,

ça m'intéresse pas tellement.

Mais, après que je suis allée

à l'école, j'ai tombé

à être costumière en théâtre.

Puis ça, ça m'intéressait

beaucoup parce que j'aime avoir

la connexion avec une personne4

puis de la façon qu'ils sont

habillés: qu'est-ce que

ça dit de la personne?


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes originaire

d'Alexandria. Ça fait un bout

de temps déjà que vous êtes

à Vancouver. Qu'est-ce qui

vous a amenée ici?


NICOLE DEXTRAS

Je suis venue au BC pour

aller à l'école. En premier,

je suis allée à Nelson. Nelson,

c'est à l'intérieur du BC.

Je suis allée à une école là

pour un an. Après ça, j'ai

décidé d'aller à Emily Carr.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qui est une université

d'arts visuels, je crois?


NICOLE DEXTRAS

Oui, oui, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous avez décidé de rester.


NICOLE DEXTRAS

J'ai décidé de rester. Puis,

je dirais que le travail que

je fais maintenant, ça a rapport

à Vancouver. Parce que je pense

que l'abondance de nature

qu'on a à Vancouver, j'aurais

peut-être pas fait ça si je

vivais à Ottawa ou à Montréal.


Des images de l'île Granville défilent.


NICOLE DEXTRAS (Narratrice)

L'île Granville, c'est au centre

de la ville, mais c'est pas

le downtown, parce que

c'est vraiment une île,

une petite, petite île.

Ça fait à peu près 30 ans que

je suis dans mon atelier ici sur

l'île Granville. C'est vraiment

une place fantastique pour

être artiste, parce qu'il y a

tellement de choses qui sont

à la portée. Premièrement,

on a des places qui vendent des

matériaux d'artiste, juste ici.

Il y a aussi des places

où ils vendent des tissus.

Aussi, il y a le marché

où on peut aller chercher

toutes sortes de bouffe.

Puis, en plus, vous le savez,

je suis allée à l'école ici.

Donc, pour moi, c'est comme

mon petit village.


GISÈLE QUENNEVILLE et NICOLE DEXTRAS sont dans l'atelier.


GISÈLE QUENNEVILLE

Nicole, vous avez beaucoup

fait parler de vous il y a

quelques années pour

une série de robes que vous avez

confectionnées, une série

qui s'appelait Weedrobes

à l'époque. Quel était

le but de cette série-là?


NICOLE DEXTRAS

Bien, le but de la série,

ça a commencé par vouloir faire

des robes qui étaient éphémères

et de... de connaître

la construction de ça.

Il a fallu que je fasse de la

recherche. Le but était vraiment

de faire une robe que je

pourrais avoir quelqu'un qui la

portait et puis qu'on pourrait

aller dans la rue puis parler

aux gens puis là,

parler de la mode.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et? Qu'est-ce que ça a donné

en bout de ligne? Il y avait

effectivement une mannequin qui

l'a portée. Peut-être, avant de

parler de la réaction des gens,

comment est-ce qu'on porte

une robe faite de fleurs?


NICOLE DEXTRAS

La construction de la robe,

ça, ça vient de mes années

de théâtre où il fallait que...

Parce qu'on faisait du théâtre

pour enfants, il fallait faire

des trucs qui se défaisaient,

parce que c'était de la tournée.

Donc, j'étais devenue assez

habile à faire des choses

en morceaux qu'on pourrait comme

remettre ensemble. Puis, c'est

exactement ça qu'on fait avec

la robe. La jupe est séparée. Le

bustier est séparé. Les manches

sont séparées. J'amène tout ça

en morceaux puis là, on arrive

sur le site ou en place

puis là, j'attache tout.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et donc, la mannequin

se promenait un peu partout

dans les rues. Quelle a été

la réaction des gens? Ça doit

être spécial en fait de voir

quelqu'un se promener

avec une belle robe en fleurs.


Des images du mannequin portant la robe défilent.


NICOLE DEXTRAS

Oui. Bien, on est allées

sur la rue Robson parce que

la rue Robson, à Vancouver,

c'est notre rue de mode.

On a commencé de la Galerie

d'art de Vancouver,

puis on a traversé toute

la rue Robson d'un côté

puis après ça de l'autre.

Puis là, on avait des foules de

gens qui étaient autour de nous,

mais on avait une façon...

Parce qu'on voulait parler avec

les gens à propos de la mode

puis leur demander: "Bon, bien,

tu sais, votre linge, ça vient

d'où?" C'était la question que

la mannequin demandait aux gens.

Puis là, les gens savaient pas.

"Ton chandail est bien beau. Ça

vient d'où, ça? C'est fait où?"

"Ah, bien..." On regarde

l'étiquette. Puis là,

en regardant l'étiquette,

on pouvait commencer à avoir

une conversation sur, tu sais,

l'industrie du textile, d'où

vient ton linge? Est-ce que tu

achètes du linge qui va durer?

Est-ce que t'achètes du linge

qui est fait bien, bien cheap,

qui dure pas, mais...

Donc, on a eu toutes sortes

de conversations avec des gens.

On a eu aussi juste

bien du monde qui voulait

prendre une photo.

Mais ça, ça fait partie

de se promener avec une robe

faite en fleurs. C'est ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et les gens, comment est-ce

qu'ils ont réagi? Qu'est-ce

qu'ils ont... Est-ce qu'ils

savaient où étaient faits

leurs vêtements? Est-ce que

les gens sont conscients

de cette industrie du textile?


NICOLE DEXTRAS

On a eu tout un mélange.

C'était très, très intéressant.

On a eu des gens qui disaient:

"Ah oui, moi, j'achète juste

du linge organique". Ou on avait

d'autres comme un jeune gars qui

disait: "Bien moi, là, t-shirt,

je l'achète le plus cheap

possible. Je m'en fous d'où ça

vient. Bla, bla, bla." Tu sais.

Puis lui, c'était ça qu'il

croyait puis il défendait ça.

Puis après ça, on avait

d'autres gens qui y avaient pas

pensé. On a eu bien des gens

qui y avaient pas pensé. Puis ça

leur faisait penser. Puis je

trouvais que c'était une bonne

façon d'engager des gens à une

conversation sans leur faire

peur, sans se tenir debout puis

leur prêcher quelque chose.


GISÈLE QUENNEVILLE

D'où vient votre inspiration

pour vos morceaux?


NICOLE DEXTRAS

Surtout la haute couture,

c'est ça qui m'inspire, quand

ils font des choses complètement

capotées, des affaires

que, tu sais, c'est vraiment pas

portable. Moi, je me dis:

Bien, je suis pas bien, bien

différente d'eux autres.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, vos vêtements, on peut

les porter. On peut les manger.

Et vous avez même une robe

dans laquelle on pouvait

habiter, n'est-ce pas?

Qui s'est transformée en tente.


Des images de mannequins portant les robes défilent.


NICOLE DEXTRAS

Oui, j'en ai trois robes qu'on

peut habiter. Oui. Elles vont

ensemble. Elles font une petite

communauté ensemble. Ça, ça

s'appelait The Urban Foragers

et puis chaque robe est basée

sur une grande, grande jupe.

Et puis la jupe comme telle,

elle est comme une tente.

Donc, on peut rentrer dedans

et c'est comme une tente qu'on

peut dormir dedans le soir.

Et puis chacune a des éléments

de bouffe qu'on peut manger. Il

y en a une que c'est juste des

choses pour faire de la salade.

Une autre, c'est des légumes

et des fruits. On peut faire

une soupe avec ça. Puis l'autre,

c'est des noix puis des graines,

différentes choses.

Donc, avec les trois,

on peut faire un mets complet.


GISÈLE QUENNEVILLE

Où est-ce que vous vous situez

par rapport à l'environnement?


NICOLE DEXTRAS

Pour moi, c'est important

d'avoir quelque chose dans

lequel on peut embarquer, au

lieu d'avoir quelque chose qui

est complètement négatif. Parce

que je dirais que le mouvement

de l'environnement, en premier,

il y avait beaucoup de peur.

C'était les baleines, c'était

ci, c'était ça. On dirait que

c'était une chose après l'autre.

Puis c'était: Oh my God! Le

monde se sentait comme: "Je peux

rien faire. Je peux rien manger.

Je peux pas aller nulle part".

Puis, il faut être plus créatif

que ça. Puis, comme être humain,

on est créatif. On peut trouver

des solutions. Donc, moi,

je vois mon art comme une façon

d'embarquer et puis qui va faire

penser les gens à peut-être

trouver des solutions.


NICOLE DEXTRAS crée un manteau pour homme.


NICOLE DEXTRAS (Narratrice)

Je suis en train de faire

un manteau pour un homme qui est

tissé avec de l'écorce. L'écorce

vient de l'osier. J'ai enlevé

l'écorce au printemps. Ça a

séché et puis là, je suis prête

à le tisser ensemble. Le design,

c'est un peu genre steampunk,

qui est comme un peu d'éléments

anciens, victoriens.

Je suis pas complètement

certaine encore. Des fois,

j'aime que le design va évoluer.

Je fais un peu comme la couture.

Je fais un patron. Et puis

pour ça, je prends des morceaux

de patrons puis je fais

des morceaux à la fois.

Parce que c'est trop difficile

de travailler tout dans un grand

morceau parce qu'il faut que

l'écorce soit toujours trempe ou

humide pendant qu'on travaille.

Parce qu'une fois que ça sèche,

c'est moins flexible.

Donc, qu'est-ce que je fais avec

ceux-là, c'est qu'après que j'ai

fini un panneau, je le mets dans

de l'eau puis de la glycérine.

La glycérine aide à garder

la flexibilité et puis il va

aussi durer plus longtemps.

J'utilise pas d'épingles

ou d'aiguilles, de colle.

Mais qu'est-ce que j'utilise

souvent, c'est d'autres genres

de matériaux comme un fil de lin

ou des fils qui sont faits aussi

avec d'autres genres d'herbes

que je peux comme tisser

ensemble pour faire un fil.

Et il y a beaucoup de choses qui

ont plus rapport à la technique

de panier ou de création

comme ça qu'aux vêtements,

mais moi, je me sers de ça

pour créer mes vêtements.

C'est la première fois que je me

sers de l'écorce. Donc, c'est

une expérimentation. On sait pas

comment longtemps que ça va

durer, mais j'imagine que ça va

durer au moins un an ou deux.

Puis lui, son personnage, ça va

être Chronos, qui est un peu

relié au personnage grec

qui était Father Time.

Donc, il va être en train

de refaire des... je sais pas,

des trucs. Je sais pas encore,

là, mais il va faire comme des

choses qui prennent le temps,

donc, comme des montres

ou différentes choses qu'il va

être en train de faire.

Dans mon imagination, je vois le

personnage déjà dans le décor.

Donc, j'imagine le décor

et qu'est-ce qu'il va porter et

un peu le personnage comme ses

traits de personnalité. Mais ça,

c'est pas tellement développé.

Je vois plus surtout l'image

déjà toute faite dans ma tête.


Une femme portant une des créations de NICOLE DEXTRAS est assise sur une chaise recouverte d'herbe et défait une pomme grenade.


GISÈLE QUENNEVILLE et NICOLE DEXTRAS sont dans l'atelier.


GISÈLE QUENNEVILLE

Nicole, vos oeuvres, qui sont

magnifiques, se décomposent,

certaines plus rapidement

que d'autres.


NICOLE DEXTRAS

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que vous,

vous ressentez quand vous voyez

une de vos oeuvres d'art

si colorée, si vivante,

qui commence à faner?


NICOLE DEXTRAS

Moi, j'ai pas de problème

avec le fait que ça fane.

J'ai pas de problème

avec le fait que ça fonde.

C'est pour moi quelque chose

de très naturel et je trouve que

même le processus de faire ça

me donne la chance d'accepter

cette séquence de la vie.

Parce que la vie,

c'est comme ça. Tu sais, il y a

beaucoup de changements dans

la vie. Il faut être capable de

rouler avec ça, de l'accepter.

C'est quelque chose

qu'on trouve très,

très difficile dans la vie,

c'est d'accepter le changement.

Donc, pour moi, juste de voir

le fait que ça va fondre

ou que ça va changer de couleur,

ça me fait rappeler que

c'est le processus de la vie.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est important pour vous

d'exposer ce processus-là

de décomposition?


NICOLE DEXTRAS

Oui. C'est ça. J'essaie de

faire, avec la photo, souvent,

c'est que je vais prendre

plusieurs photos et que je vais

même comparer une à l'autre.

Un des projets que j'ai fait

qui était très intéressant,

c'était au jardin botanique

ici à Vancouver,

le VanDusen Botanical Garden.


Des images des robes défilent.


NICOLE DEXTRAS

Et puis là, j'avais fait

une série de robes, il y en

avait 21. J'ai passé l'été

dans le jardin à les créer, ces

robes-là. Et puis avec le temps,

les robes changeaient. On les

voyait à chaque jour changer.

On a eu des grosses pluies.

Ça a commencé à tomber,

à tourner brun, à même moisir.

Puis qu'est-ce que j'ai trouvé

intéressant, c'est qu'après

les deux mois, il y avait encore

des gens qui disaient: "Ah, wow!

C'est bien intéressant.

C'est bien beau". Puis là, je me

disais: Bien, s'ils avaient vu

la robe avant, quand elle était

pleine de couleurs, ils

l'auraient trouvée plus belle.

Non, pas nécessairement.

Donc, c'est le contexte d'être

capable de voir les deux puis

de comprendre que, OK, on est

un peu comme la fleur.

On est toujours belle.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum hum.


NICOLE DEXTRAS

Même quand on est plus

vieille, euh... Tu sais,

on s'ajuste à la vie comme ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

On a beaucoup parlé

de plantes, mais l'hiver, quand

les plantes se font, j'imagine,

un peu plus rares, vous, ça vous

arrive de vous tourner vers

la glace pour faire des espèces

de sculptures de glace,

mais des sculptures de glace qui

vont fondre. Parlez-moi un peu

de ce processus de création-là.


NICOLE DEXTRAS

Bien moi, la glace, j'aime la

glace parce que c'est vraiment

un élément qu'on connaît, qui

est partout, bien, au Canada,

disons, OK. Qu'on connaît

et qui est assez commun,

mais qu'on sait qu'il passe

à travers de ce processus-là,

qu'on voit que c'est de l'eau

qui se gèle puis après ça

redevient de l'eau.

Puis quand je fais

des sculptures avec de la glace,

la personne qui la voit

sait que ça va fondre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum hum. C'est peut-être

plus facile à accepter

qu'une robe en fleurs.


NICOLE DEXTRAS

Hum... non. Je dirais que non.

Non, non! Il y a des gens qui,

ah my God, ils regardent ça

puis ils disent: "Comment est-ce

que tu peux faire? Tu sais, t'as

passé des mois à créer ça puis

là, le soleil va sortir puis ça

va fondre! Fais quelque chose.

Il faut pas que ça fonde".

Puis, je dis:

"Non. C'est correct. Ça fond."

C'est comme, c'est fait pour ça.

Puis, le fait que ça va fondre

puis que tu vas être là puis

que tu vas le voir pendant

que ça fond, ça fait partie

du processus. Donc, la personne

qui regarde fait aussi

partie du processus.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vos sculptures, c'est pas des

sculptures traditionnelles qu'on

voit dans des bals de neige,

etc. Vous sculptez des mots.


NICOLE DEXTRAS

Souvent, je fais des mots.

Souvent, je fais des mots

en glace parce que ça, j'aime ça

encore plus parce que c'est...

Je choisis un mot qui va

changer avec l'idée qu'il fond.

Donc, tu sais, parce que

des mots, c'est la langue.

C'est quelque chose qui

quand même... qui est flou,

qui change. Et puis là,

le mot lui-même peut

prendre d'autres genres

de signifiances en fondant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Par exemple?


Des images de la sculpture défilent.


NICOLE DEXTRAS

Bon, bien, le mot "ressource".

Que j'ai fait à North Bay.

Bien le mot "ressource", c'était

gros. C'était comme sept pieds

de haut. Ça prenait beaucoup

de place puis c'est en glace

puis ça a l'air comme solide.

Puis là, tout d'un coup,

la ressource commence à fondre.

Puis on est dans un lac plein

de neige. Puis là, on se pose

la question: mais où est

la ressource? Où est-ce qu'elle

s'en va? à qui ça appartient ça?

Nos ressources, on les a

peut-être pas pour toujours.

Donc, ça, c'est un mot qui

change avec... avec, c'est ça,

le cheminement de la glace.


GISÈLE QUENNEVILLE

Un message sur les changements

climatiques aussi, j'imagine.


NICOLE DEXTRAS

Oui. Puis même, avec celui-là,

j'avais fait des petits mots

qui disaient comme "global",

"local", pour faire penser les

gens aussi à, quand tu regardes

l'environnement, tu regardes

la nature, bien, ça appartient

à qui ça? Tu sais, c'est nos

montagnes, c'est notre soleil.


GISÈLE QUENNEVILLE

Un artiste va vendre une toile

pour gagner sa vie. Vous,

ce que vous faites, c'est très

éphémère. On peut pas amener la

robe chez nous puis l'exposer.

Bien, on pourrait, mais

ce serait pas très longtemps.

Et un investisseur en art, c'est

peut-être pas ça qu'il cherche,

ni une sculpture en glace.


NICOLE DEXTRAS

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment vous faites alors

pour gagner votre vie?


NICOLE DEXTRAS

Bien, je fais pas beaucoup

d'argent. Premièrement. Je dis

toujours aux gens: j'ai pas de

maison. J'ai pas d'auto. C'est

beaucoup plus difficile à créer

des oeuvres comme ça qui sont

pas... pas quelque chose qui se

vend facilement, qui va être

sur un mur. Mais c'est pour ça

que je produis des photos aussi.

Parce que je fais de la photo,

mais aussi ça me donne quelque

chose que je peux encadrer, je

peux mettre dans une exposition.


GISÈLE QUENNEVILLE

Une citation, je pense

que vous aimez, est la suivante:

"Le plus grand atout

d'un artiste n'est pas

le talent, mais le courage".


NICOLE DEXTRAS

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que ça signifie

pour vous, cette citation-là?


NICOLE DEXTRAS

Premièrement, dans les arts,

il faut s'attendre qu'il y a

des choses qui vont pas marcher.

Donc, il y a beaucoup, beaucoup

de défis. Il y a beaucoup de

"rejections". Il y a bien de ces

affaires-là. Puis, il faut avoir

le courage de foncer quand même.

Il faut avoir le courage de

dire: Bien, OK, je vais essayer

quelque chose d'autre. Ou:

Non, ça, c'est une bonne idée.

Je vais continuer avec ça puis

je vais voir où ça s'en va.

Puis ça, c'est pas facile parce

qu'on est plus habitué à faire

un métier et puis soit on fait

de l'argent ou on n'en fait pas.

Puis si tu fais pas d'argent,

bien, tu changes de métier.

Tu fais quelque chose d'autre.

Mais comme artiste, si tu

décides d'être artiste, il faut

que tu y ailles jusqu'au bout.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous allez jusqu'au bout?


NICOLE DEXTRAS

Oui. Je suis prête à ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Nicole Dextras,

merci beaucoup.


NICOLE DEXTRAS

C'est moi qui vous remercie.


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