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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Stéphane Oystryk : réalisateur

Stéphane Oystryk ne s’est jamais reconnu dans les films français qu’il voyait au cinéma ou les émissions québécoises qu’il regardait à la télé. Alors, le jeune cinéaste franco-manitobain a décidé de faire un film qui lui parlait. FM Youth nous fait vivre 24 heures dans la vie de trois jeunes franco-manitobains; deux qui sont sur le point de quitter St-Boniface pour Montréal, et l’autre qui choisit de rester chez lui. Un film en « franglais » comme le dit Stéphane qui raconte la réalité des jeunes comme lui. Le film est sans doute un brin autobiographique. Stéphane Oystryk est lui-même allé tenter sa chance à Montréal. Mais, après huit mois, le Manitoba l’appelait. Il est rentré à St-Boniface pour faire sa vie, et son cinéma… chez lui.



Réalisateur: Charles Pepin
Année de production: 2016

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Titre :
Carte de visite


STÉPHANE OYSTRYK, réalisateur, se présente pendant que des extraits du film « FM Youth » sont présentés.


STÉPHANE OYSTRYK (Narrateur)

Je m'appelle Stéphane Oystryk.

Je suis un artiste, réalisateur

de films, musicien.

Je suis un cinéaste qui

s'intéresse au réalisme, puis

je suis un cinéaste très DIY,

on pourrait dire. Je suis

vraiment « do it yourself ».

C'est comme t'attends pas

ton budget, t'attends pas les

circonstances parfaites. Tu as

un film en tête et tu le fais.

Comme cinéastes, comme artistes,

je pense qu'on est tous en train

de chercher un moment véritable,

quelque chose qui peut nous

étonner, ou même quelque chose,

des fois, de très petit.

C'est pas ça qui importe

et c'est ça que je trouve

intéressant en cinéma, c'est

qu'il y a tellement de cinéastes

qui ont différentes approches,

différents styles pour

aboutir à cette même vérité.

Je pense que dans la réalité,

il y a des choses qui semblent

presque surréelles aussi.

J'essaie d'intégrer ces

choses-là dans mon cinéma aussi.

Alors, je pense qu'on cherche

juste quelque chose

d'authentique et de vrai,

d'exprimer quelque chose de vrai.


LINDA GODIN rencontre STÉPHANE OYSTRYK dans une salle de cinéma.


LINDA GODIN

Stéphane Oystryk, bonjour.


STÉPHANE OYSTRYK

Bonjour.


LINDA GODIN

FM Youth, ton premier film,

qu'est-ce qu'il raconte?


STÉPHANE OYSTRYK

FM Youth, c'est comme

un 24 heures entre trois amis

Franco-Manitobains

qui habitent à Saint-Boniface.

C'est deux filles, Natasha

et Charlotte, et puis un gars,

Alexis. Les deux filles vont

quitter Saint-Boniface pour

Montréal le lendemain. C'est un

peu leur dernière chance d'être

ensemble avant le grand départ.

C'est trois meilleurs amis.

Alors, ils passent la nuit

ensemble, ils vont à une fête.

Ça raconte un peu cette

histoire-là, mais ça raconte

en plus grand. C'est un aperçu

de la francophonie de Saint-Boniface,

puis surtout, chez la jeunesse

de Saint-Boniface.


LINDA GODIN

Jusqu'à quel point Alexis,

un des personnages

principaux, te ressemble?


STÉPHANE OYSTRYK

Bien, c'est certain

qu'il me ressemble pas mal,

mais je dirais même que les trois

personnages sont un peu une

extension de moi-même. Ils ont

certains de mes traits et c'est

aussi mélangé avec deux de mes

amies, Mylène et Françoise. On a

un peu vécu cet été-là ensemble.

Je me suis inspiré d'un été

où est-ce que ces deux amies-là

allaient quitter pour la Thaïlande

pour un an. Moi, je restais

à Saint-Boniface, alors

je trouvais ça un peu plate.

Mais... C'est ça. Alors,

je me suis un peu inspiré

de cette histoire-là pour conter

l'histoire de FM Youth.


LINDA GODIN

Et "FM" pour Franco-Manitobain,

n'est-ce pas?


STÉPHANE OYSTRYK

Oui, exactement.


LINDA GODIN

C'est ton premier long métrage,

celui-là. Est-ce que c'est

un film important, ça, pour toi?


STÉPHANE OYSTRYK

Oui, c'est un film

extraordinairement important.

C'est un film que j'essayais de

réaliser depuis 2006. Je venais

juste de graduer de l'université

en cinéma, puis je me suis dit:

Je vais déménager à Montréal et

je vais écrire un scénario pour

un film. Ça va être FM Youth,

ça va être à Saint-Boniface

et ça va être un long métrage.

J'avais toute cette ambition-là

et puis là, tout de suite,

je me suis rendu compte que

c'était pas si facile que ça,

faire un long métrage. Alors...

Alors, j'ai écrit, je sais pas,

70 pages. J'ai écrit un bon

chunk d'un scénario. Puis j'ai

tout lancé aux poubelles.

C'était pas bon du tout. C'était

ma première tentative d'écrire

un scénario. Alors, je me suis

dit: OK, il faut commencer au

début. Alors, je suis retourné

à Winnipeg après quelques mois à

Montréal. Je suis devenu membre

du Winnipeg Film Group.

J'ai commencé à faire

des courts métrages.

Mais pour revenir à la question,

si c'est important, oui, c'est

absolument important. C'est le

film que je rêve de faire depuis

toujours. Puis, je suis content

que ça s'est réalisé. Je suis

content que malgré tout...

C'est presque un petit miracle,

je pense, que ça existe, ce film-là.

C'est presque un miracle

que n'importe quel

film existe finalement.


LINDA GODIN

Est-ce que tu as eu beaucoup

de difficultés à le faire?

C'est ça ou...


STÉPHANE OYSTRYK

Je veux dire, oui, il y a eu

des défis. On n'avait pas un

budget qui était extraordinaire.

On avait 35 000$.


LINDA GODIN

Wow!


STÉPHANE OYSTRYK

Pour faire un long métrage

sur 35 000$, c'est vraiment

pas évident. Mais c'était aussi

un projet communautaire presque.

On a vraiment compté sur

notre communauté pour trouver

des acteurs, pour trouver

des figurants pour le film, pour

trouver l'équipage du film. Tout

le monde a travaillé pour une

paie plus ou moins modeste étant

données les circonstances, mais

tout le monde avait vraiment

un enthousiasme et un amour

pour le film. Je pense que

c'est ça qui a rendu la tâche

plus facile. Il y a sans doute

eu plusieurs défis, mais le plus

grand défi, je dirais, c'était

vraiment l'écriture du scénario,

puis le montage par la suite.

Mais le tournage du film, ça,

c'était extraordinaire.

C'était une expérience

vraiment spéciale.


On présente un segment narré de « 177, boulevard Dollard ». Puis l'entrevue se poursuit avec les images du film.


NARRATEUR

C'est une histoire triste...

Un court

métrage que tu as fait

récemment, qui s'appelle

177,

Boulevard Dollard. C'est ça?


STÉPHANE OYSTRYK

Oui, ça, c'était en 2009.


LINDA GODIN

Ça, ça a fait des remous.

Pourquoi ça a fait

des remous, ce film-là?


STÉPHANE OYSTRYK

Ce film-là, je pense

que ça a touché des personnes

à Saint-Boniface à cause...

Traditionnellement, Saint-Boniface,

c'est le quartier francophone

de Winnipeg, mais les quelques

dernières décennies, on voit

un exode vers la banlieue,

puis la francophonie à Winnipeg,

au lieu d'être une place

physique, ça commence

à devenir comme...

quelque chose d'autre.

Avec le web, avec toutes

les communications digitales,

je pense qu'on entre dans

une ère où est-ce que les lieux

physiques prennent peut-être

un peu moins d'importance ou

quelque chose de même. Je sais

pas. Je pense à ces affaires-là

souvent. Mais pour moi,

j'ai fait ce film-là à cause...

Mes grands-parents sont décédés,

puis notre famille a dû vendre

la maison. Pour moi, c'était

vraiment touchant à cause

de cette maison-là. J'ai grandi

dans cette maison-là.

J'avais un grand amour pour mes

grands-parents. J'ai tellement

des souvenirs de Noël,

de grandes fêtes dans cette

maison-là que ça me faisait

vraiment de la peine de

la laisser aller. Puis là,

les nouveaux propriétaires,

c'est devenu une maison

de location. C'est une maison

où est-ce que des gens passaient,

ils rentraient, passaient,

étaient toujours de passage.


LINDA GODIN

OK.


STÉPHANE OYSTRYK

Alors, il n'y avait plus cette

atmosphère familiale. La clôture

commençait à descendre.

On voyait que la maison devenait

de plus en plus délabrée d'une

certaine façon. Puis ça, ça me

faisait beaucoup de la peine

parce que je sais que

mes grands-parents avaient mis

beaucoup d'eux-mêmes dans cette

maison-là. Alors, j'ai voulu faire

un petit film et commémorer

la maison de mes grands-parents,

mais la raison que je me penche

autant sur Saint-Boniface

et l'identité franco-manitobaine,

c'est que je pense qu'il y a un besoin

quelconque d'explorer certains

sujets à propos de ma communauté

qui n'ont peut-être pas été

touchés ailleurs dans le cinéma.

Comme pour moi, c'était

important de faire un film

avec des gens que je reconnais,

puis que je me dise: Oh wow!

C'est comme moi ça. Ça, c'est un

Franco-Manitobain à l'écran.

Ça, c'est extraordinaire, je pense

que c'est à cause qu'on n'a pas

souvent la chance de se voir

représenter. Puis surtout, je

pense, d'une façon honnête, ici,

on est une minorité francophone.

C'est certain qu'on a nos défis.

Puis on... On se bat pour

notre français, mais

c'est aussi un combat

pour garder notre français.

Alors, il y a des choses

comme le franglais par exemple

qui font partie de notre culture

quotidienne. Peut-être

on veut pas trop en parler

officiellement, mais que je

trouve important à représenter

dans mon film. Aussi, penser

à l'importance de représenter

notre culture telle qu'elle

est autant que possible.


Un extrait dialogué de «FM Youth », réalisé et produit par STÉPHANE OYSTRYK en 2014, est présenté.


NAT et ses amis discutent dans le salon. Puis on les retrouve sur le balcon, un peu plus tard.


AMIE DE NAT

Dude, Montréal is where

everything's happening.

La musique, l'art...

Nat va pas devenir une

rock star si elle reste

à Saint-Bobo.

Même Daniel Lavoie a quitté son île.


AMI DE NAT

Oh man! Vous êtes tellement

des traîtres. Vous abandonnez

votre culture pour les fausses

promesses de la métropole.


AMIE DE NAT

Oh, give me a break!

Pépère, arrête de nous "guilt tripé".


NAT

Oh, notre pauvre petit

poster boy Franco-Manitobain.


AMIE DE NAT

Combien de gens

parlent encore français

dans notre high school class?


AMI DE NAT

Whatever. Plein de monde.

On parle en français

right now.


NAT

Oh shit! Cache le joint.


STÉPHANE OYSTRYK témoigne seul. Pendant qu'à certains moments les propos sont illustrés par des images choisies.


STÉPHANE OYSTRYK

Les films qui m'ont influencé

pour FM Youth, il y a sans doute

« Slacker » de Richard Linklater.

C'était officiellement son premier long

métrage. Aussi « Before Sunset »

ou « Before Sunrise ».

Tous ces films-là, ce que

j'ai retiré des films de Richard

Linklater, c'était le réalisme

de ses films, les conversations,

la structure un peu non

orthodoxe de sa trame narrative,

qui m'ont vraiment influencé.

Aussi, des films qui mettent

dans le premier plan leur lieu

de tournage comme la ville

elle-même. Alors, je suis

vraiment influencé par les films

français de la Nouvelle Vague.

Par exemple, Paris, ça devient

presque un personnage.

Ou Rome devient presque

un personnage. Ou New York,

ou n'importe quelle ville.

Moi, le lieu, c'est vraiment important.

Je veux pas faire des films,

personnellement, qui se passent

n'importe où. Pour FM Youth,

par exemple, j'aurais pas pu tourner

ailleurs. C'est vraiment

à propos du quartier

de Saint-Boniface. C'est aussi

des acteurs de Saint-Boniface.

C'est un film qui aurait pas

pu être tourné ailleurs, puisque

ailleurs, on n'a pas l'accent

franco-manitobain. On n'a pas

l'Université de Saint-Boniface.

On n'a pas la rivière Rouge.

Ça vient et ça s'insère

dans l'histoire, tous ces points

de repère, toute cette histoire,

tous ces lieux qui ont leur

propre histoire et leur propre

poids historique. Et avoir

des personnages fictifs à

l'intérieur de ce quartier qui

est vrai, je pense que ça fait

des collisions intéressantes.

On a la chance de jouer

avec cette histoire-là et dans

ce monde-là qui existe vraiment.


On montre l'affiche du film pendant que STÉPHANE OYSTRYK explique l'image.


STÉPHANE OYSTRYK (Narrateur)

Puis c'est un peu comme

l'affiche du film. Les trois

personnages sont au bas d'une

grande murale de Saint-Boniface,

et sur la murale de Saint-Boniface,

il y a tous les personnages historiques,

les bâtiments importants de

la communauté. C'est comme si ça

pèse sur leurs épaules, tu sais,

de cette jeunesse-là qui doit

porter cette histoire-là.


On revient au témoignage de STÉPHANE OYSTRYK.


STÉPHANE OYSTRYK

J'ai voulu faire un film sur

Saint-Boniface, sur ce quartier,

sur les petits coins spéciaux,

mettre des petits clins d'oeil

ici et là, des choses

que seulement les gens

de Saint-Boniface pourraient

reconnaître par exemple, mais

qui donnent peut-être le goût

de découvrir Saint-Boniface,

davantage à ceux qui connaissent

peut-être pas le quartier. Puis...


LINDA GODIN poursuit son entretien avec STÉPHANE OYSTRYK dans une salle de cinéma.


LINDA GODIN

Stéphane, ton identité

culturelle est très forte.

Ça vient d'où, ça?


STÉPHANE OYSTRYK

Euh...

(Soupirant)

Ça doit venir de mes

grands-parents, de mes parents.

Je suis moitié ukrainien aussi.

Mon côté francophone est

vraiment fort, surtout parce que

j'ai eu la chance de vivre

à Saint-Boniface.

J'ai eu la chance d'aller à l'école

en français et de vivre ma vie

en français en grande partie,

je dirais. J'ai un vrai

rattachement à Saint-Boniface.

Je pense que c'est un quartier

absolument unique au Canada.

Je pense qu'il y a quelque chose

de vraiment spécial

dans cet endroit-là.

C'est aussi un endroit rempli

d'histoire. Oui, je suis fier

de mon identité culturelle.


LINDA GODIN

Quel est ton point de vue,

ton discours sur l'identité

culturelle ici, sur la langue?


STÉPHANE OYSTRYK

La communauté, présentement,

je pense qu'elle est en train de

vivre un essor assez incroyable,

surtout au niveau culturel et

artistique. Je pense qu'il y a

quelque chose qui brasse

chez les Franco-Manitobains

tout de suite. Il y a tellement

d'auteurs-compositeurs,

il y a tellement de peintres,

d'artistes visuels, il y a

tellement de nouveaux auteurs

qui commencent à créer

une relève avec Robert Nicolas,

Katrine Deniset. On voit

vraiment une faim pour l'art.

Puis dans le cinéma aussi:

Danielle Sturk, Gabriel Tougas,

moi-même et plein d'autres

jeunes qui sortent du programme

de multimédia de l'Université

de Saint-Boniface.

On a raison d'être optimiste,

je pense, pour l'avenir et la

francophonie du Manitoba, mais

ça n'a pas toujours été de même.

Je pense qu'il y a encore

des défis. Il y a des défis

tout le temps avec le niveau de

la langue, garder notre langue.

Tu sais, on parle le franglais

au Manitoba.


LINDA GODIN

Toi, tu es assez d'accord

avec le franglais, non?


STÉPHANE OYSTRYK

Moi, je suis pas mal d'accord

avec le franglais. Je pense pas

que ça nuise à mon français

d'une façon. Je pense que ça a

toujours été ça, le discours. Ça

a toujours été ça quand on était

au secondaire ou à l'école. Pas

de "français" dans les couloirs.

On se faisait chicaner--


LINDA GODIN

Pas d'anglais.


STÉPHANE OYSTRYK

Oh, pas d'anglais plutôt.

Oui, c'est ça. On se faisait

donner des petits billets

de contravention et des jeux de

même pour pas parler l'anglais

dans les couloirs. Je pense que

ça faisait juste en sorte qu'on

voulait parler plus l'anglais,

parce qu'on voulait être rebelle,

mais je pense que pour garder

son français dans une minorité

francophone, il faut d'abord

faire un effort.

Il faut chercher de la lecture

en français, il faut chercher

des conversations en français,

du théâtre, de l'art, de la

culture, mais aussi je pense

qu'il faut conter nos propres

histoires en terme de minorité

culturelle, parce que le plus

qu'on se reconnaît, le plus

je pense qu'on ressent

un rattachement, un vrai sens

de communauté, et le plus on veut

préserver ce qu'on a. Mais

toutes ces affaires-là, comme

le franglais, comme le fait d'être

une minorité francophone dans

un océan d'anglais pratiquement,

je pense qu'il faut l'assumer aussi.

Je pense pas qu'il faut avoir honte.

Je pense qu'il faut dire:

ah, ça, c'est unique à nous.

C'est spécial pour nous et on va

s'exprimer de la façon qu'on

veut. Tu sais, en Acadie, il y a

le chiac. C'est devenu

quelque chose d'identitaire,

une certaine fierté.


LINDA GODIN

Alors que ça a été longtemps

le contraire. Un peu comme

le franglais, quoi, tu sais.


STÉPHANE OYSTRYK

C'est ça. Oui, c'est ça,

mais avec des groupes

comme Radio Radio par exemple,

Lisa LeBlanc. Je vois presque

comme un parallèle un peu,

alors j'espère que nous aussi,

on est en train un peu d'entrer

dans cette phase-là, de dire:

« OK, oublions ça essayer

de plaire à toutes les autres

francophonies du monde

qui nous regardent

de travers parce que,

je sais pas, on parle pas

un français qui est à leur... »


LINDA GODIN

Convenance, standard

international.


STÉPHANE OYSTRYK

On va se concentrer sur nous

autres, qu'est-ce que nous

autres on fait de bien et

qu'est-ce qui nous définit nous,

et on va être fiers de ça

nous-mêmes au lieu d'essayer

de constamment se comparer

à d'autres. J'ai espoir

que c'est ça qui va se passer.

Je pense que pour longtemps...

Je sais que les francophonies

hors Québec se sentent toujours

un peu comme le petit frère ou

la petite soeur du Québec, alors

j'aimerais ça un peu sortir

de ces idées-là et dire: Ah, ça,

c'est votre francophonie?

Bien ça, c'est la nôtre

et c'est juste... C'est ça.


LINDA GODIN

C'est comme ça.


STÉPHANE OYSTRYK

Puis tu peux pas me dire

autrement. Tu peux pas

me dire que c'est pas vrai

ou que c'est... C'est juste ça.


On visite Saint-Boniface à travers les yeux de STÉPHANE OYSTRYK.


STÉPHANE OYSTRYK (Narrateur)

Alors, il y a plusieurs endroits

que j'aime à Saint-Boniface,

mais il y a un endroit en

particulier où je me retrouve

souvent, c'est le quai Taché

qui est en face de la cathédrale

de Saint-Boniface. Ça te donne

une vue de l'ouest de la ville

de Winnipeg. On peut voir

la Fourche. On peut aussi voir

l'Esplanade Riel qui a été

conçue par Étienne Gaboury,

un architecte très bien

connu, franco-manitobain.

Aussi le Musée des droits

de la personne. Je sais pas,

c'est un lieu où je contemple la vie.

Je pense à mes projets.

Je vais là juste pour méditer,

presque, juste regarder

la rivière passer et m'inspirer.


LINDA GODIN et STÉPHANE OYSTRYK poursuivent leur entretien dans une salle de cinéma.


LINDA GODIN

Tu joues d'un instrument

de musique, tu joues au théâtre

aussi. Pourquoi c'est le cinéma

qui t'a attiré finalement?


STÉPHANE OYSTRYK

Bien, je joue encore

de la musique et je fais encore

un peu d'art visuel

de temps en temps.

Mais c'est plutôt des petits

projets pour moi. Mais le

cinéma, c'était la combinaison

parfaite de tous ces arts.

J'aime la photo, alors il y a de

la photo dans le cinéma. J'aime

le jeu, j'aime l'écriture,

j'aime la musique. Alors, tous

ces éléments-là s'entrecroisent

dans le cinéma et ça me permet

d'explorer tous ces médiums

en même temps. Alors, pour moi,

vraiment, c'est idéal.


LINDA GODIN

Comment est la scène

cinématographique à Winnipeg?


STÉPHANE OYSTRYK

La scène cinématographique

à Winnipeg, je veux dire

que c'est la meilleure scène

cinématographique au Canada.


LINDA GODIN

Ça va assez bien.


STÉPHANE OYSTRYK

C'est certain que je suis

biaisé, mais je pense que

surtout au niveau indépendant,

les artistes qu'on a ici,

c'est extraordinaire, puis on a

vraiment une voix winnipegoise,

je pense, au niveau du cinéma

indépendant qui sort de notre ville.

Je pense que grâce à des artistes

comme John Paizs, Guy Maddin

qui ont vraiment fait des films

qui ont... qui se sont fait voir

partout au monde. Je pense

que le cinéma winnipegois

commence à voyager

aussi. C'est tous des cinéastes

qui font leur cinéma à la main

aussi et d'une façon DIY encore.

C'est de là d'où vient

l'influence pour moi aussi.


LINDA GODIN

Est-ce que c'est relativement

facile, si je peux dire,

de faire des films indépendants

ici à Winnipeg? Est-ce que les

ressources sont là? Pas juste

financières, techniques,

les équipes et tout ça,

est-ce que ça, c'est quelque chose

qui est à ta disposition,

si je peux dire?


STÉPHANE OYSTRYK

Oui, il y a vraiment une

banque de talents exceptionnels

à Winnipeg. Malheureusement,

moi, j'ai tellement l'habitude

de travailler par moi-même

que mes équipages sur le plateau

sont extraordinairement petits.

Comme c'est vraiment moi

qui fais la réalisation, mais je

suis aussi à la caméra, et j'ai

un preneur de son avec moi. Ça

fait pas mal ça l'équipe. On est

un peu plus style documentaire.

Raisons financières évidemment,

mais aussi à cause que j'aime ça

l'idée d'un cinéma guérilla

presque, où tu peux arriver

n'importe où à n'importe quel

temps et tourner, pas trop avoir

besoin de penser à l'éclairage

ou quoi que ce soit.

J'essaye vraiment d'utiliser les

éclairages ambiants qui existent

dans les lieux et tout ça.

Je pourrais pas en parler trop,

trop, à propos de...


LINDA GODIN

Des autres grosses productions.


STÉPHANE OYSTRYK

Des autres grosses productions

parce que moi, c'est vraiment

des productions très petites,

très intimes. J'aime vraiment

ça avoir cette... Euh...

Cet aspect, comme

je parlais avant, de famille

presque. À chaque jour, je sais

que sur les gros plateaux de

tournage, tu manges à ton aise

quand tu as la chance ou quoi

que ce soit, mais nous autres,

on s'asseyait à chaque soir pour

un souper en équipe. On arrêtait

tout et... Je sais pas,

j'aime ça cette approche-là

de tournage. J'aime ça

que ce soit petit et vraiment

presque familial.


LINDA GODIN

Est-ce que tu as un film que

tu aimerais... Un film rêvé

là que tu aimerais faire?

Est-ce qu'il y a quelque

chose que tu as en tête?


STÉPHANE OYSTRYK

Oui, mais FM Youth,

c'était mon film rêve quand

j'étais en train de le faire.

Puis, il y a certainement...

Je suis certain que, comme tous

les artistes, comme tous les

cinéastes, il y a mille et une

choses que tu changerais si tu

avais la chance. Tu changerais

ton approche peut-être ou

tu voudrais peut-être réécrire

cette scène-là ou...

Alors, le travail est jamais fini,

tu sais. Le film rêve

est encore dans ma tête et

c'est drôle comme mon film rêve,

c'est pas vraiment une histoire

concrète ou quelque chose que

j'ai à conter. C'est plutôt...

C'est pas tangible. C'est comme

une atmosphère dans ma tête

ou un feel que j'aimerais

présenter à l'écran. Alors, je

suis encore en train de chercher

ce feeling-là et je veux jouer

avec ces atmosphères-là.

Je sais pas plus comment

l'expliquer, mais je sais

que certains maîtres de ce genre

de cinéma, ce serait peut-être

comme Terrence Malick,

par exemple, qui fait des scènes

extraordinaires, mais vraiment

méditatives, ou David Lynch

qui est un maître de l'atmosphère

dans ses films. Juste la façon

dont une caméra va bouger

dans une salle te donne

une impression, quelque chose

de même. Alors, oui,

ces idées-là que je veux

manifester aux films.

Des fois, même l'histoire,

c'est presque comme...


LINDA GODIN

Accessoire.


STÉPHANE OYSTRYK

... un accessoire pour faire

réaliser ces atmosphères-là.

Alors, je pense un peu plus

du cinéma de cette façon-là,

au lieu que ce soit un véhicule

purement narratif qui conte une

histoire avec des péripéties

et le personnage principal

évolue au fur et à mesure.

Je m'intéresse un peu plus

à ces atmosphères et le pouvoir

du cinéma de conter quelque

chose de différent peut-être.


LINDA GODIN

Stéphane Oystryk,

merci beaucoup.


STÉPHANE OYSTRYK

Merci.


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