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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Marc Champagne : directeur général, Commission scolaire francophone du Yukon

Au Yukon, il n’y a qu’une école de langue française. Il s’agit de l’école Émilie-Tremblay de Whitehorse qui accueille quelque 285 élèves de la maternelle à la 12e année. Mais les locaux de l’école sont trop petits. Il faut construire un nouvel édifice pour les élèves du secondaire. C’est un projet qui est piloté par Marc Champagne, le directeur général de la Commission scolaire du Yukon. Marc connaît bien les réalités de l’éducation en milieu minoritaire. Il a grandi dans la petite communauté de Bonnyville en Alberta. Après des courts séjours comme enseignant en Ontario et au Labrador, il s’est retrouvé à Whitehorse, il y a 18 ans. Il est tombé sous le charme de la petite communauté francophone de cette ville, et de la beauté naturelle du territoire. Un endroit de rêve pour cet adepte du plein air qui a réussi en 2015 l’ascension du Mont Denali, la plus haute montagne en Amérique du Nord.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2016

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Titre :
Carte de visite


Des images de la ville de Whitehorse, et de l'école Émilie-Tremblay se succèdent.


MARC CHAMPAGNE (Narrateur)

Je suis

originaire d'un petit village

dans le nord-est de l'Alberta,

qui s'appelle Bonnyville.

On cherchait une place dans le

nord. Moi, je voulais enseigner

en français, alors j'ai cherché

un peu pour trouver des écoles.

J'ai envoyé mon CV ici

à Whitehorse à l'école

Émilie-Tremblay et on

m'a offert un poste.

Je m'appelle Marc Champagne

et puis, je suis le directeur

général à la Commission

scolaire francophone du Yukon.


GISÈLE QUENNEVILLE interviewe MARC CHAMPAGNE à l'intérieur de l'école.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marc Champagne, bonjour.


MARC CHAMPAGNE

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marc Champagne, il y a environ

1700 francophones au Yukon.

Qui sont-ils? D'où viennent-ils?

Que font-ils ici?


MARC CHAMPAGNE

Qui sont-ils? On a des gens...

Premièrement, on a des gens

qui viennent d'un peu partout.

Partout à travers le Canada.

Aussi de la France, de la

Suisse, de la Belgique.

Il y a beaucoup de gens qui

travaillent pour le gouvernement

fédéral par exemple.

Il y a plusieurs bureaux ici.

Il y a des fonctionnaires.

Il y a des enseignants.

Mais on a aussi des gens qui

suivent leurs passions, qui ont

des compagnies de tourisme

pour faire voir le Yukon.

Un peu de tout finalement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous, vous êtes directeur de

la Commission scolaire du Yukon.

Une petite commission scolaire.


MARC CHAMPAGNE

Oui, très petite.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je pense que pour l'instant,

vous avez une école, l'école

Émilie-Tremblay où on est en

ce moment. Environ 280 élèves

à peu près. Est-ce qu'une école,

ça suffit pour les

francophones du Yukon?


MARC CHAMPAGNE

(Riant)

Plus maintenant.

Alors, c'est ça, depuis un peu

plus de dix ans, nos nombres

augmentent... chaque année.

Puis, maintenant, on est

en manque d'espace. Alors,

justement, on a déjà commencé

un projet de construction, pour

construire une école secondaire,

justement pour accommoder

tous ces élèves-là qui se

trouvent maintenant ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

On n'entend pas souvent parler

des francophones du Yukon dans

le reste du pays, mais en 2009,

on a commencé à entendre parler

de vous, parce qu'il y a eu une

cause devant la Cour suprême

du Canada. En fait, une cause

pour obtenir plus de droits

pour les francophones,

les élèves franco-yukonnais.

Qu'est-ce qui a poussé

cette poursuite judiciaire-là?

Qu'est-ce qui a motivé

cette poursuite judiciaire-là?


MARC CHAMPAGNE

Bien, vraiment, nous ce qu'on

cherchait, c'était la pleine

gestion. Alors, on avait

une commission scolaire

qui a été établie en 1996.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais une commission scolaire,

c'est pas forcément la

gestion de votre école?


MARC CHAMPAGNE

Pas dans notre cas. Alors,

les droits, les responsabilités

de cette commission scolaire-là

étaient très limités. On avait

pas d'employés, alors les

enseignants étaient toujours

des employés du gouvernement

du Yukon. On ne gérait pas

nos édifices. On avait très peu

de contrôle sur le budget.

On avait très peu à dire par

rapport à ce qui se passait

dans nos écoles. Alors, nous, ce

qu'on voulait vraiment, c'était

la pleine gestion. On voulait

pouvoir gérer tous les aspects

de l'enseignement en français

langue première.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous êtes allés devant

les tribunaux parce que le

territoire, le gouvernement

territorial ne voulait pas

vous accorder cette gestion-là.


MARC CHAMPAGNE

Ça n'avançait pas. On avait

certainement tenté pendant

plusieurs années justement de

pousser vers la pleine gestion.

Puis, il semblait y avoir

un blocage. Alors, finalement,

comme dernier recours,

justement, on a eu la poursuite.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez eu gain de cause au

tribunal de première instance.

Le gouvernement du Yukon en

a appelé de cette décision-là

et en bout de ligne, la Cour

suprême a ordonné un nouveau

procès. Alors, les choses

suivent leur cours du côté

juridique. Du côté politique...

Parce que les deux comptent,

n'est-ce pas? Est-ce que

ça avance de ce côté-là?


MARC CHAMPAGNE

Bien, c'est ça. Comme vous

l'avez dit, en 2015, on a

finalement eu un jugement

de la Cour suprême qui,

ni plus ni moins, nous a

retournés à la case de départ

pour le procès, pour toutes

sortes de raisons. Mais

entre-temps, il y avait eu

un changement, plusieurs

changements au niveau des

politiciens, aussi au niveau des

gens qui étaient au ministère.

Puis, il y a vraiment eu

un désir de travailler de façon

collaborative avec la commission

scolaire, avec la communauté

francophone. Alors, vraiment,

depuis un peu plus d'un an,

on voit un peu les fruits

de cette grande ouverture-là.

Et on est en train de... On

a établi un comité de règlements

pour tenter de négocier une

entente. Et puis, on n'a pas

encore fini ce travail-là, mais

il y a énormément de progrès

depuis la dernière année. Et on

vient tout justement d'annoncer

une entente par rapport

aux admissions. On a aussi

négocié une nouvelle formule de

financement pour la commission

scolaire. Alors, il y a

énormément de progrès.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, qui peut venir

à cette école-ci?


MARC CHAMPAGNE

Bien, en premier lieu, c'est

les gens qui sont reconnus par

l'article 23 de la Charte des

droits et libertés du Canada.

Alors, la première catégorie,

c'est des gens qui ont

le français comme langue

maternelle, première langue

apprise et encore comprise.

La deuxième catégorie, c'est des

gens qui ne sont peut-être pas

francophones de naissance, mais

qui ont eu leur enseignement

en français, langue première.

Et la troisième catégorie,

on appelle cette catégorie-là,

la continuité familiale.

Alors, si un enfant a un frère

ou une soeur qui est admis dans

une école francophone, le frère,

ou les frères et les soeurs,

ont aussi le droit de venir.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et le fait que vous avez

maintenant un droit de regard

là-dessus, qu'est-ce que

ça va changer pour la

commission scolaire?


MARC CHAMPAGNE

Bien, ça change rien, vraiment

pour ces trois premières

catégories-là. Par contre,

l'article 23 reconnaît ces trois

catégories-là, mais il y a aussi

un aspect de réparation qui

sous-tend cet article-là, par

rapport à l'assimilation, par

rapport à la perte qu'on a vécue

hors-Québec de la langue, de la

culture parce que dans plusieurs

régions, l'enseignement du

français est interdit ou pas

du tout accessible. Alors,

maintenant, on a des catégories

de gens. Par exemple, on a

une catégorie d'ancêtres

francophones. Alors, des gens,

justement, qui ont des parents

qui étaient francophones, mais

eux, parce qu'ils n'avaient pas

accès à l'école ou pour toutes

sortes de raisons n'ont pas

appris le français, mais qui

veulent retrouver la langue,

retrouver leur culture et qui

veulent que leurs enfants

viennent à l'école francophone.

Alors, maintenant, on a le droit

de gérer l'admission de ces

enfants-là, ou si la Charte des

droits ne reconnaît pas un droit

à l'enseignement en français

pour des immigrants

francophones. Alors, maintenant,

justement, on a le droit

d'admettre des familles

qui nous arrivent de la France,

de la Belgique, de différents

pays en Afrique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous voulez une nouvelle école

secondaire ici parce qu'en ce

moment, les élèves du secondaire

et les élèves du primaire, tout

le monde est sous ce même toit.


MARC CHAMPAGNE

C'est ça. On a de moins en

moins d'espace pour nos élèves

du secondaire. Ils sont entourés

de jeunes du primaire. Alors,

pour nous, c'est très important.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et quand vous parlez de cette

croissance, elle a eu lieu quand

cette croissance-là et qu'est-ce

qui l'a motivée? Qu'est-ce

qui l'a causée, cette

croissance des effectifs?


MARC CHAMPAGNE

On l'a vue vraiment à partir

de 2005. C'était le début

de la grande croissance. Puis,

depuis ce temps-là, on voit

plus ou moins des augmentations

de 10% par année.

On n'est pas trop certains.

Je pense qu'il y a eu un certain

boom démographique ici au Yukon.

Les gens ont commencé

à avoir plus d'enfants.

On a l'impression. Mais aussi,

la communauté francophone

a beaucoup grandi à partir

de cette année-là.

Il y avait plus de gens au Yukon

en général. Mais d'après les

statistiques, tandis que la

population du Yukon a augmenté

d'environ 30% depuis 2005,

la population francophone,

elle a augmenté de près de 70%,

alors il y a beaucoup

plus de francophones.


Des images d'une fresque à l'école Émilie-Tremblay se succèdent. La fresque illustre différents moments de la vie d'Émilie Tremblay. Les images de la fresque alternent avec celles de photos d'archives d'Émilie Tremblay.


MARC CHAMPAGNE (Narrateur)

On est dans

l'école Émilie-Tremblay. Puis,

justement, Mme Tremblay, c'était

là première femme de descendance

européenne, disons, qui a

traversé le col Chilkoot, qui

est arrivée au Yukon en 1894,

avec son mari Jack Tremblay.

Puis, ils sont allés

s'installer dans le nord

tout proche d'où on retrouve

maintenant la ville de Dawson.

Quand on lit au sujet d'Émilie

Tremblay, on se rend compte

à quel point elle devait être

une femme remarquable. Arrivée

au Yukon à ce moment-là, elle

aurait été une des seules femmes

encore là pour ouvrir un

magasin. Elle a fondé quelques

sociétés pour les femmes

du Yukon, pour les

pionnières du Yukon.

On voit vraiment que c'était un

leader communautaire à Dawson,

quelqu'un qui était vraiment

respecté par la communauté.

Ce serait vraiment intéressant

de s'asseoir autour d'un feu un

soir et de lui donner la chance

de raconter ses aventures, ses

histoires, oui, ici au Yukon.

J'aime penser qu'elle serait

vraiment épatée de rentrer ici

à l'école et de voir plusieurs

centaines d'enfants qui

apprennent le français, qui

travaillent en français. De voir

la communauté francophone,

puis même de voir que l'école

porte son nom.

(Riant)

Ce serait quelque chose alors.


L'entrevue entre XXXXX et XXXXX se poursuit.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marc Champagne, on parle beaucoup

de l'école francophone

Émilie-Tremblay de Whitehorse.

C'est la seule école française

au Yukon. Mais des francophones,

il doit y en avoir ailleurs au

Yukon, pas juste à Whitehorse.

Qu'est-ce qu'on fait si on

est francophone et qu'on

ne vit pas à Whitehorse?


MARC CHAMPAGNE

Bien, en ce moment, c'est pas

évident pour les francophones

qui vivent à l'extérieur

de la ville de Whitehorse.

Une nouveauté pour la commission

scolaire, c'est que nous avons

maintenant l'école Nomade, qui

est notre programme de soutien

pour les familles qui font

l'enseignement à domicile.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y en a beaucoup?


MARC CHAMPAGNE

Il y a quelques familles

en ce moment qui profitent

de ça. Alors, justement...


GISÈLE QUENNEVILLE

Ils sont où, ces gens-là?


MARC CHAMPAGNE

On a une famille proche de

Mayo, on a des familles qui

habitent ici à Whitehorse,

mais qui choisissent de faire

l'enseignement à domicile. Il y

a des familles de francophones à

Dawson. On a aussi des familles

qui vivent un peu en nomades, tu

sais, qui partent à l'aventure,

en voyage et qui font

l'enseignement à domicile.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, qu'est-ce que vous

leur offrez? J'imagine que c'est

de l'appui à ces familles-là?


MARC CHAMPAGNE

C'est un soutien pédagogique

au niveau... Il y a un peu

d'argent qui est disponible.

Puis, nos conseillers

pédagogiques peuvent travailler

avec ces familles-là pour

identifier les ressources,

développer leur planification.

Mais c'est pas assez, je veux

dire, pour nous. On est la

commission scolaire francophone

du Yukon, pas de Whitehorse.

Alors, pour nous, ça demeure

une priorité de... de continuer

d'explorer les possibilités

pour, justement, soutenir

les francophones qui sont pas...


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous pourriez

envisager d'en construire,

des écoles ou est-ce que c'est

trop tôt pour aller jusque là?


MARC CHAMPAGNE

C'est trop tôt pour aller

jusque là, mais c'est

certainement... Je sais que dans

le passé, on a exploré cette

possibilité-là pour Dawson,

la ville de Dawson. C'est

certainement, à part de

Whitehorse, l'endroit où il y

aurait le plus de francophones.

Puis, je sais qu'avec

l'Association franco-yukonnaise,

on travaille un partenariat

justement pour tenter de voir

ce qu'on peut offrir comme

services, comme soutien.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum. Il y a l'école

Nomade. Il y a un autre

programme que vous gérez ici

à la commission scolaire qui

est assez intéressant, assez

unique, je pense. Ça s'appelle

l'Académie Parhélie.


MARC CHAMPAGNE

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que c'est, ça?


MARC CHAMPAGNE

Bien, pour nous, c'est notre

programme secondaire. Alors, ça

va de la septième à la douzième

année. Et puis, justement,

on a débuté ce programme-là

pour tenter d'enrichir la

programmation pour nos

élèves au secondaire.


GISÈLE QUENNEVILLE

J'imagine tenter

de les garder ici?


MARC CHAMPAGNE

C'est, je veux dire, le but

ultime, pour nous, c'était la

rétention. Alors, on a travaillé

pour développer autant

d'expérience que possible

à l'extérieur de la salle

de classe. On sait que l'espace

est restreint ici, alors

on cherchait à vivre

beaucoup d'apprentissages

à l'extérieur de la classe et

on voulait aussi intégrer les

matières. Puis, en faisant cela,

justement, élargir un peu les

horizons de nos élèves. Alors,

il y a beaucoup de plein air.

C'est un aspect important.

Il y a beaucoup de sorties,

beaucoup de camps. Puis, on

commence au niveau régional,

alors en huit ou neuf, ils

vont... L'an passé, ils sont

allés sur l'île de Vancouver.

Ils ont fait un échange avec

une école francophone à Comox.

Ils ont visité ce coin-là, les

élèves. Il y a aussi un voyage

qu'on fait, qu'on appelle notre

voyage Acadie-Nouvelle-France.

Alors, on se rend jusqu'au

Nouveau-Brunswick, puis on

se déplace ensuite jusqu'à

la ville de Québec. Il y a

un autre voyage l'année suivante

qui se fait à Ottawa et

Montréal. Puis, les élèves en

onzième, douzième, on se tourne

vers l'international. Alors,

tenter de connaître la

francophonie internationale.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qui paye pour ça?


MARC CHAMPAGNE

Euh, avec la commission

scolaire, on a un certain

financement qu'on offre pour

les élèves. Puis, les élèves

vont aussi travailler pour faire

des collectes de fonds pour

une certaine partie. Mais la

majorité du voyage est payée

par la commission scolaire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça me paraît formidable

comme programme. Est-ce que

c'est très populaire

auprès des jeunes?


MARC CHAMPAGNE

Oui, ça offre... Je veux dire:

il y a beaucoup d'expériences.

Est-ce que c'est une réussite

au niveau de la rétention?

Je dirais que c'est mitigé.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parce que vous faites

concurrence avec les

écoles anglaises?


MARC CHAMPAGNE

On doit faire concurrence

avec les écoles anglaises qui

sont beaucoup plus grandes,

qui ont beaucoup plus d'espace.

Alors, oui, les voyages, c'est

intéressant, c'est attirant,

mais il y a plus que ça

pour un programme secondaire.

Puis, on a encore... Pour nous,

c'est encore un très grand

défi de retenir nos jeunes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Les francophones au Yukon

ont de la difficulté à retenir

les jeunes quand vient le moment

d'aller au secondaire. Qu'est-ce

qui arrive quand vient le moment

d'aller au postsecondaire

pour les jeunes francophones

du Yukon?


MARC CHAMPAGNE

Au postsecondaire, il faut

quitter. Il faut quitter, alors

nous ici au Yukon, on a beaucoup

de jeunes qui vont se diriger

vers la Colombie-Britannique,

vers l'Alberta, mais aussi

à l'Université d'Ottawa.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ils partent. Est-ce qu'ils

reviennent ou est-ce

qu'ils restent là-bas?


MARC CHAMPAGNE

De plus en plus,

ils reviennent.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah oui?


MARC CHAMPAGNE

Alors, moi, je suis ici depuis

18 ans maintenant. Puis, une

des choses que j'adore, c'est

justement de voir des élèves

à qui j'ai enseigné qui sont

revenus au Yukon, qui ont

des enfants à leur tour.

Et on commence à les voir

ici à l'école.

Alors, je dirais que oui, il y a

de plus en plus... Je pense

que la ville a grandi. Il y a

peut-être plus d'opportunités

que dans le passé, alors...

C'est pas tous les jeunes

qui reviennent, mais il y

en a quand même plusieurs.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marc Champagne, vous, vous êtes

franco-albertain du village

de Bonnyville, un petit village,

je pense, à peu près à trois

heures au nord-est d'Edmonton.

Moi, je suis jamais allée. Ça

ressemble à quoi, Bonnyville?


MARC CHAMPAGNE

C'est un tout petit village.

5000 ou 6000 habitants,

je pense encore aujourd'hui.

Puis, on est un peu au nord

des Prairies, mais...

À l'origine, c'est un village

agricole de fermiers, de

cultivateurs. Mais aujourd'hui,

c'est beaucoup l'industrie

pétrolière qui fait

rouler l'économie.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est très francophone,

Bonnyville, ou c'était

très francophone?


MARC CHAMPAGNE

C'était à l'origine... C'est

justement des francophones qui

se sont établis dans la région.

D'ailleurs, il y a plusieurs

petits villages dans le coin:

Saint-Vincent, Saint-Paul,

Bonnyville, Plamondon, entre

autres. Mais aujourd'hui, on a

une école francophone, on a

une association communautaire

francophone, mais c'est

très anglophone, évidemment.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous, en grandissant, est-ce

que les anglophones et les

francophones, ils s'entendaient

ou il y avait des petites

rivalités, comme ça se peut

dans ces petits villages-là?


MARC CHAMPAGNE

Non, c'est certain qu'il y

avait des rivalités, là. Nous,

à ce moment-là... on n'avait pas

une école francophone à nous,

alors on avait, genre, une

classe de francophones dans

une école anglophone, une classe

par niveau. Donc, on ressentait

certainement, oui, durant

les récréations...

(Riant)

Il pouvait y avoir des mots

qui s'échangeaient entre les

francophones et les anglophones.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, c'était pas toujours

facile d'être francophone

à Bonnyville.


MARC CHAMPAGNE

C'était pas toujours facile.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous, vous avez quitté la

région et la province, je pense,

pour faire vos études à Ottawa.

Et après ça, vous avez fait

votre vie ailleurs, un peu en

Ontario, après ça, au Labrador

et maintenant, depuis un bon

bout de temps, ici au Yukon.

C'était une décision consciente

de quitter l'Alberta ou c'est

le destin qui en a décidé ainsi?


MARC CHAMPAGNE

C'était... Je veux dire:

c'est clair. Quand j'ai terminé

le secondaire, je voulais un peu

explorer, aller voir des choses

ailleurs. Alors, je me suis

rendu à l'Université d'Ottawa.

J'avais eu un travail,

justement, qui m'a emmené

dans ce coin-là. Et puis,

j'avais vraiment le goût

de voyager. Puis, durant un

de mes voyages, j'ai rencontré

ma future épouse. Puis, c'est

ça. C'était pas vraiment

une décision de quitter

et de ne jamais revenir.


GISÈLE QUENNEVILLE

Au Labrador, vous étiez

à Davis Inlet. Et on sait

que Davis Inlet, c'est une

communauté qui a vécu des

moments très difficiles.

Et je sais que vous avez

passé qu'une année là-bas, mais

j'ai l'impression qu'une année

à Davis Inlet, ça peut pas...

Ça peut pas vous laisser

indifférent. Est-ce que

cette année-là vous a marqué?


MARC CHAMPAGNE

Oui. Oui. C'était assez

intense comme expérience.

Je veux dire: j'ai adoré.

J'ai adoré le Labrador

et la communauté Davis Inlet.

Il y avait quand même

plusieurs beaux éléments.

On s'est fait des amis.

On a vécu des expériences

incroyables. Avoir la chance

d'aller à la chasse aux caribous

avec les Innus qui font ça

depuis des milliers d'années...

Je veux dire: c'était

incroyable. Puis, la nature

aussi qu'on retrouve, Davis

Inlet, qui n'existe plus

d'ailleurs. Ils ont

déplacé la communauté.

Ils étaient sur une île sur la

côte, alors on avait la mer, on

avait les montagnes du Labrador.

Mais oui, c'était difficile. Il

y avait beaucoup de problèmes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Des problèmes sociaux?


MARC CHAMPAGNE

Des problèmes sociaux...


GISÈLE QUENNEVILLE

Chez les Innus en particulier.


MARC CHAMPAGNE

Oui, oui. Beaucoup de

problèmes sociaux. Puis...

Alors, oui, c'était difficile

par moments d'être témoin de ça,

de voir ça dans la communauté.

Oui, c'est certain que ça

laisse des traces.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et pourquoi le Yukon?


MARC CHAMPAGNE

On voulait, après le

Labrador... Moi, je suis

enseignant, alors je voulais

enseigner en français. Mais

en même temps, on voulait

vivre dans le Nord.

(Riant)

Alors, j'ai fait certaines

recherches. J'ai vu qu'il

y avait l'école Émilie-Tremblay.

On venait juste de la construire

d'ailleurs à ce temps-là.

Puis, j'ai envoyé mon CV.

Quelques mois plus tard,

on m'a offert un poste.

Puis, oui, je suis resté.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez deux fils...


MARC CHAMPAGNE

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Préados, je crois.

Deux jeunes garçons.

Est-ce que vous pensez qu'eux,

ils vont rester au Yukon?


MARC CHAMPAGNE rit.


MARC CHAMPAGNE

J'aimerais ça, parce que moi,

j'ai l'intention de rester ici

pour le restant de mes jours,

mais qui sait? Je veux dire:

c'est deux garçons

qui adorent le plein air,

qui aiment la nature. Ils font

beaucoup de ski de fond,

ils font du biathlon.

Alors, c'est des jeunes qui

aiment l'hiver, qui aiment tout

ce que peut offrir le Yukon.

Alors, oui, c'est possible, mais

en disant ça... J'aurais pas

prédit, moi, à 15 ans que je me

retrouverais à Whitehorse

pour le restant de mes

jours, alors qui sait?


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien, Marc Champagne,

merci beaucoup.


MARC CHAMPAGNE

Je vous en prie.


Générique de fermeture


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