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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Florian Boulais - propriétaire, Alchemy Café

Parmi les bars et les tavernes de Dawson City, Yukon, il y a un petit havre de tranquillité. Il s’appelle le Alchemy Café, un des seul endroit dans le village où on retrouve de la nourriture santé et du café bio. Le café est à l’image de son propriétaire, Florian Boulais. Ce Français d’origine menait une vie « jet-set » comme mécanicien d’avion en Europe. Un jour, il vient en visite au Canada. Il découvre la nature, la culture autochtone – un autre mode de vie. Il se dirige vers Dawson, ce petit village, symbole de la ruée vers lors à la fin du 19e siècle. Mais il trouve que Dawson conserve un peu trop bien sa réputation de ville de débauche. Florian décide donc de construire un café. Pendant 11 ans, il apprend la menuiserie, l’électricité, la plomberie et la comptabilité au collège local. Mais aujourd’hui, le café est en quelque sorte le centre communautaire du village. Un endroit pour casser la croûte, pour discuter et même pour jouer à des jeux de société.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2016

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Titre :
Carte de visite


On visite la petite ville de Dawson City, qui a des allures de ville du Far West pendant que FLORIAN BOULAIS se présente.


FLORIAN BOULAIS (Narrateur)

Qui je suis? Ma mère, elle est

Allemande, mon père, il est

Français. J'ai travaillé en Suisse.

Ça fait 15 ans que

je suis au Canada et ma femme,

elle est Australienne.

J'habite au Yukon, juste à côté

de l'Alaska, dans le nord du

Canada. C'est une petite ville,

Dawson City. Il y a 1500

habitants à l'année et c'est

une ville qui est touristique,

parce qu'on y a trouvé de l'or

il y a un siècle. Et l'or, c'est

toujours présent. Il y a encore

des centaines de personnes

qui cherchent de l'or ici.

Pour moi, de venir au Canada, ça

a été la découverte d'une nature

intacte et d'une culture

ancestrale aussi. J'ai été

exposé à la manière de voir

le monde des Premières Nations.

C'est-à-dire que l'endroit sacré,

c'est ici et maintenant.


Titre :
Florian Boulais


GISÈLE QUENNEVILLE et FLORIAN BOULAIS, propriétaire du Alchemy Café, discutent dans la salle à manger de l'endroit.


GISÈLE QUENNEVILLE

Florian Boulais, bonjour.


FLORIAN BOULAIS

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Florian, on est assis dans ton

café de Dawson City au Yukon.

Et assis ici, on a du mal

à s'imaginer que... Toi, t'avais

une vie quand même assez jet set

avant d'arriver au Canada.

Jet set dans le sens littéral

parce que je pense que

tu étais mécanicien d'avion.

À quoi ressemblait ta vie

avant d'arriver au Canada?


FLORIAN BOULAIS

Ma vie avant

d'arriver au Canada?

Bien, c'était beaucoup centré

sur moi, en fait. Et c'était

les jouets. J'avais une grosse

moto, une grosse voiture,

une grosse télé...


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu gagnais bien ta vie.


FLORIAN BOULAIS

Oui, absolument. Et puis...


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu voyageais beaucoup.


FLORIAN BOULAIS

Oui. J'avais des tickets

d'avion pas chers vu que

je travaillais pour une

compagnie aérienne.

Ce qui fait que oui, j'ai

beaucoup voyagé en Europe.

C'était, je pense, la vie que...

C'est l'idéal que notre société

propose aux gens, je suppose,

d'avoir cette liberté et d'avoir

cette capacité financière de

s'acheter ce qu'on veut. Je

pense que ce qui me dérangeait

un peu, c'était...

J'avais comme une colère

sournoise qui m'habitait et

puis je n'étais pas capable

de dire d'où elle venait. Et

puis c'était, dans une certaine

mesure, je suis arrivé à une

question qui était: est-ce que

c'est moi ou est-ce que c'est

ce que je fais qui me

donne cet état?

Donc, d'aller au Canada, ça

a été un peu d'explorer ça.

Ça a été de changer ma vie pour

voir comment ça m'affectait.


GISÈLE QUENNEVILLE

T'es venu ici pour la première fois,

je pense, en 2001 au Canada?

C'était pour voyager, en vacances

tout simplement?


FLORIAN BOULAIS

Absolument, oui.

Voyager et voir quelque chose

d'autre. C'était la première

fois que j'allais quelque part

sans plan. C'était juste:

je prends mon sac, je m'en vais.

On va voir ce qui se passe.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et t'as atterri où?


FLORIAN BOULAIS

J'ai atterri à Kingston en

Ontario. J'ai rencontré des gens,

un ami d'un ami qui avait

une petite compagnie de location

de voiliers. Donc, je l'ai aidé.

J'ai rencontré ses amis,

j'ai rencontré une femme.

Et puis une chose

a mené à l'autre.

Et puis, finalement,

j'ai décidé de tout plaquer.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais t'avais pas l'intention

en arrivant ici, en 2001,

t'avais pas l'intention

de rester ici.


FLORIAN BOULAIS

Non. Absolument pas. Non, ça a

été: une chose a mené à l'autre

et puis j'ai rencontré

des amis d'Andrew, donc,

qui avait cette compagnie

de voiliers. Et c'était des

Premières Nations. Puis,

finalement, on est allés camper.

Et finalement, on est allés

camper toutes les semaines

pendant un long moment.

L'Ontario, c'est magnifique.

Des lacs, enfin, juste une vie

sauvage que j'avais jamais

vraiment... J'ai vraiment

jamais été exposé à ça.

C'était un tel contraste

avec ma vie qui était

hypertechnologique. Réparer

les moteurs d'avions, enfin,

c'est... Tout est planifié, tout

est vraiment dans le détail. Je

veux dire: j'ai une tendance au

perfectionnisme de toute façon.

Donc, de travailler sur des

avions, ça a été vraiment

poussé à l'extrême.

C'est-à-dire que ça m'a vraiment

poussé dans ma tendance. Et

puis, finalement, je me sentais

comme dans une petite,

petite boîte.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, t'as fait connaissance

d'autres personnes, entre

autres, des Autochtones. Comment

est-ce que cette philosophie

autochtone t'a influencé ici?

Parce que je comprends que

ça a eu un rôle primordial

dans ta décision de rester.


FLORIAN BOULAIS

Disons que ça a changé

ma place dans le monde.

C'est-à-dire que...

la priorité d'avoir la certitude

d'avoir assez d'argent

et d'avoir une sécurité de

l'emploi, et de... Toutes

ces choses qui sont comme

mes parents... Tous les gens

autour de moi étaient... Enfin,

ils mettaient toute leur énergie

vers ces buts. Ça avait

perdu sa... sa saveur.

Ça avait perdu son sens. De

ma maison en France, on voyait

la Forêt-Noire en Allemagne

et Bâle en Suisse.

Et c'est en quelque sorte

un endroit extrêmement

riche culturellement

et financièrement.

Il y a beaucoup d'industries

pharmaceutiques et chimiques.

Et tous les ans ou tous les

deux ans, il y a une catastrophe

écologique d'une fuite,

d'une substance ou d'une autre.

Et puis ça se ressent que

notre environnement souffre.

Et puis j'ai réalisé que ma

place là-dedans, en fait...

Je participais à la destruction

de ce que... Je comprends

maintenant que c'est notre

maison, c'est notre mère Terre.

Donc, ça, si on veut, c'est

les termes que les Premières

Nations utilisent ici. Tu vois?

Ça change un peu la relation.

D'un côté, c'est juste

l'environnement, l'écosystème,

qui sont des termes vraiment

très mentaux, techniques. Et de

rencontrer les Premières Nations

avec leur philosophie

où c'est la mère Terre. C'est

ce qui nous donne naissance,

si on veut. Soudainement,

le coeur, il est là.

Donc, si on veut, pour moi,

de venir au Canada, ça a été

d'amener le cerveau et le coeur

ensemble, et qu'ils commencent

à se parler un peu, quoi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment tu t'es retrouvé ici?

Est-ce que t'as regardé

sur une carte et t'as dit:

"Je m'en vais là?" En fait,

c'est le plus loin qu'on peut

aller quand on est au Canada.


FLORIAN BOULAIS

Disons que c'était... en

lisant un National Geographic.

Ils décrivaient qu'il y avait

plus de caribous, d'ours

et de loups qu'il y avait

d'hommes dans ce territoire.

Et c'est ça qui m'a attiré.

Et puis parce que vraiment...


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu voulais être minoritaire?


FLORIAN BOULAIS

Non, je voulais juste avoir

l'expérience de ce à quoi

l'Europe ressemblait peut-être

il y a... 50 000 ans,

je ne sais pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quel a été ton accueil quand

t'es arrivé ici? Parce que t'es

arrivé ici au mois de novembre.


FLORIAN BOULAIS

Hum-hum.


GISÈLE QUENNEVILLE

Le mois où probablement,

on commence à voir la noirceur

et tout ça, et bon, toi,

tu arrives ici et là,

qu'est-ce que tu fais?


FLORIAN BOULAIS

J'arrive ici à Dawson et puis

je ne connaissais personne.

Il y a une personne qui m'avait

dit que si je passais au Yukon,

je pourrais rester chez elle

pendant quelques jours.

Donc, je ne suis même pas

venu en ville directement.

J'étais de l'autre côté

du Klondike. Et puis, oui,

ça a été... Directement,

ça a été le choc.


On visite le Midnight Dôme, où des photos d'une autre époque sont exposées. Puis on présente le panorama et la vue des environs.


FLORIAN BOULAIS (Narrateur)

Le Midnight Dôme, un des lieux

que je préfère à Dawson.

C'est leur petite montagne

qui est derrière Dawson.

Ce qu'il y a d'incroyable,

c'est que quand on va sur

cette montagne, au solstice,

le Soleil ne se couche jamais.

C'est-à-dire que le Soleil fait

littéralement un cercle autour

de vous et juste à minuit,

il descend un peu. Il disparaît

presque et après, il remonte.

C'est-à-dire qu'en fait,

le Soleil ne se couche pas.

Et aussi, on a un point de vue

à 360 degrés. Le Midnight Dome,

traditionnellement, c'est

un endroit où tout le monde va.

Pour différentes raisons. Enfin,

moi, j'aime beaucoup aller là

avec ma femme quand il y a

une étape de transition.

C'est comme... on monte là-haut

pour gagner une perspective et

voir où est-ce qu'on va avec ça.


On retourne dans la salle à manger du Alchemy Café pour la suite de l'entrevue avec FLORIAN BOULAIS.


GISÈLE QUENNEVILLE

Florian, à Dawson, tu es

devenu entrepreneur. Tu as

décidé de construire, de fonder

le café dans lequel on est,

le Alchemy, le café Alchimie

Café. D'où est venue l'idée

d'un café comme ça ici?


FLORIAN BOULAIS

J'avais... ça faisait

sept ans que j'étais à Dawson

et j'avais fait partie de six

ou sept associations à but

non lucratif. C'était toujours

des associations qui avaient

quelque chose à voir

avec l'éducation

ou bien d'amener quelque chose

de... Le recyclage, le journal,

la librairie, la société des arts,

le Yukon College.

J'ai toujours trouvé

qu'il y avait des limitations à

ce qu'il était possible à cause

soit des personnalités ou soit

de la vision du groupe.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


FLORIAN BOULAIS

Et donc, au fur et à mesure,

j'ai réalisé qu'en fait, ça

allait prendre... que je fasse

quelque chose moi-même,

que je puisse vraiment exprimer

ce que j'avais en tête.

Et puis au fur et à mesure

des années, je me suis

donné les outils.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, ce projet du café

a pris, je pense, 11 ans

à réaliser, à voir le jour?


FLORIAN BOULAIS

Euh, oui.

Enfin, disons que la première

fois que l'idée est venue, oui,

c'était il y a 11 ans. Et puis,

après, ça a pris pas mal

de temps pour que la première

pièce, elle bouge

à un jeu d'erreur.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais pourquoi ça a

pris tant de temps?


FLORIAN BOULAIS

Parce que c'était quelque

chose qui était tellement

au-delà de ce que

je pensais possible.

Je veux dire, quand on construit

un moteur d'avion, avant même

de commencer, on sait où chaque

pièce va aller. Il n'y a pas

de doute là-dessus.

Un endroit comme ça,

il y a un million de pièces.

Il y a tellement de dynamiques

humaines et il y a tellement

de choses qui sont appliquées.

Pour moi, c'était inimaginable.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parce que toi, t'as construit

ceci toi-même, ou presque,

du début jusqu'à la fin.

T'étais mécanicien d'avion.

Est-ce que tu t'y connaissais

en menuiserie, en plomberie,

en électricité?


FLORIAN BOULAIS

Non, rien.

(Riant)

Bon, il était clair que

si j'allais faire ce café,

il fallait que ça suive cette

vision. Et en même temps,

il fallait que ce soit un

commerce qui soit fonctionnel.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment t'as appris à faire de

la menuiserie, de la plomberie,

de l'électricité et tout ça?


FLORIAN BOULAIS

J'ai pris un cours de

charpenterie de cinq mois

qui m'a coûté moins de 1000$.

Incroyable. J'ai pris un cours

de sept mois d'art qui était

600$, je crois. Introduction

à la plomberie, à l'électricité,

comptabilité, soudure, enfin...

Il y a toutes ces opportunités

qui sont ouvertes ici. Donc,

à ce niveau-là, c'est vraiment

facile d'être dans le Yukon.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, t'es allé au collège.

T'as appris comment faire ce que

t'avais besoin d'apprendre pour

construire. Est-ce que t'as fait

tout ça tout seul ou est-ce que

les gens d'ici sont embarqués

dans le projet?


FLORIAN BOULAIS

Bien, disons... C'est une fois

que le projet a commencé.

Je veux dire, même la Ville m'a

supporté. Ils savaient que

je voulais faire quelque chose

comme ça et il y a eu une vente

aux enchères de terrains et

je voulais un terrain. Ils m'ont

dit: "Non, on ne peut pas te

donner celui-là, mais si tu veux

celui-là, tu nous donnes ton

projet avec l'enchère minimale

et on te le donne."

Donc, j'ai eu un terrain

pour vraiment pas cher.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est quoi pas cher?


FLORIAN BOULAIS

Un terrain commercial. Donc,

c'était 19 000$ pour un terrain

qui était à côté d'un bâtiment

historique avec déjà l'eau,

et tout ça qui était installé.

Donc, ça a été... Finalement,

ça m'a coûté... Parce que l'eau,

d'installer l'eau, c'est 8000$,

donc finalement, ça m'a coûté

10 000$ pour un terrain

commercial au centre-ville,

ce qui est imbattable.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, la Ville t'a aidé.


FLORIAN BOULAIS

La Ville a aidé et puis,

après, au fur et à mesure,

donc, je commence la conception

et tout ça, je suis allé

à droite, à gauche, poser

des questions. Où demander des

outils. La communauté m'a prêté

plus de 30 000$ au début.

Et un coup de main aussi.

Par exemple, quand j'ai assemblé

la structure, des grosses poutres,

il y avait 13 personnes

qui étaient là. On a tout

assemblé à la main.


GISÈLE QUENNEVILLE

L'autre chose qui rend le café

assez unique à Dawson, c'est ce

qui se vend ici. Vous avez une

cuisine très naturelle, saine,

etc. Ça aussi, ça fait partie

de la philosophie du début?


FLORIAN BOULAIS

Oui, absolument.

Enfin, je veux dire, ma femme...

J'avais commencé à construire

le café et il était en

construction, elle est rentrée

dans le bâtiment et elle n'est

jamais vraiment ressortie.

Mais disons... Elle a travaillé

dans des cafés pendant des

années et elle a énormément

voyagé. Donc, elle m'a proposé

de m'aider pour le côté cuisine.

Elle amène des influences du

monde entier: l'Inde, la Corée,

l'Amérique du Nord et en même

temps, on essaie d'avoir

des produits aussi locaux

que possible pour supporter

l'économie locale.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que ça, c'est difficile?

Est-ce que l'approvisionnement

est difficile, autant en fruits,

en légumes, en produits locaux?

Et est-ce que c'est

plus cher qu'ailleurs?


FLORIAN BOULAIS

OK, on a un produit local qui

n'est peut-être pas organique,

mais il est local, il est

vraiment frais. OK, on met ça

dedans. Après, on a un truc

organique qui n'est pas local.

Donc, on met ça là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce qu'il y a

de local ici, à Dawson?


FLORIAN BOULAIS

Il y a des côtés positifs

et négatifs sur l'agriculture au

Yukon. Le premier, c'est qu'il

y a des gelées vraiment tard.

Donc, les gens, ils commencent

à planter à l'intérieur

très tôt. Après, un peu plus

tard, ils bougent les plants

dans des serres avec

des gros poêles à bois.

Enfin, il y a des systèmes

plus ingénieux où ils ont des

chauffages au diesel avec des

capteurs. Automatiquement, s'il

commence à faire trop froid,

ils se mettent en route.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et qu'est-ce qu'on fait

pousser dans ces serres-là?


FLORIAN BOULAIS

Pratiquement de tout, excepté

les choses qui ont vraiment

besoin de chaleur.


GISÈLE QUENNEVILLE

Carottes, pommes de terre...


FLORIAN BOULAIS

Oui, oui, absolument. Oui.

Une fois que l'été est là,

il y a 24 heures de soleil

par jour. Alors, les choux,

ils deviennent énormes. Enfin,

les légumes, géants, quoi.

24 heures par jour, ça pousse.

Ça pousse, c'est incroyable.

C'est pas facile, mais on a des

fermiers avec qui on travaille

qui sont vraiment créatifs. Et

puis un de nos collaborateurs a

acheté un conteneur de bateau,

il l'a enterré et donc,

il se sert de ça comme

réfrigérateur géant l'hiver.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dites-moi, ici, vous ne vendez

pas d'alcool. Il n'y a pas

de bière, il n'y a pas de vin.

Pourtant, Dawson City est connu

comme... Ils disent que

c'est le Vegas du Nord.

C'est vu comme étant une ville

de party, une ville de débauche

jusqu'à un certain point. Est-ce

que ton café, il détonne un peu

dans ce décor-là ou c'était

conscient, cette décision-là?


FLORIAN BOULAIS

Alors, c'est vraiment

hilarant. Le café, là où j'ai eu

le terrain, c'est juste en face

du Liquor Store. Et le Liquor

Store, c'est un magasin

qui est immense pour

la taille de la ville.

Et puis il y a des jours

où ils vendent jusqu'à 40 000$

d'alcool. Ça, c'est en été quand

il y a des touristes et quand

il y a un événement ou quelque

chose. Mais oui, il y a

vraiment un problème d'alcool.

Enfin, je veux dire, la

philosophie de Dawson, ça a été

toujours le plaisir facile.

Et donc, le café, c'est vraiment

l'opposé. Un commerce qui est

ouvert à tout le monde où il n'y

a pas d'alcool, où une famille

peut venir, que les enfants

peuvent venir, qu'il y a

des jouets, qu'il y ait toutes

ces choses disponibles, ça me

semblait tellement évident.

Ça a été vraiment bien reçu,

je dois dire. Je veux dire, pas

seulement des locaux, mais aussi

au niveau des touristes.


On présente l'Alchemy Café pendant que FLORIAN BOULAIS en explique le fonctionnement.


FLORIAN BOULAIS (Narrateur)

Alchemy Café, qui est la moitié

en anglais, la moitié en

français. C'est quelque chose

quand même au Canada, la tension

entre l'anglophone et le

francophone. Je pense qu'il y a

des raisons historiques, mais

en même temps, je préfère de

beaucoup voir ce qui nous amène

ensemble que ce qui nous sépare.

Ensuite, l'alchimie, bien,

tout le monde est en train de

chercher de l'or. Tout le monde

a creusé pour l'or ici.

Mais dans une grande partie,

l'alchimie, aussi, c'était la

projection d'un processus mental

sur le monde réel, c'est-à-dire

que si vous regardez le café,

il est coupé en deux. Il y a

le côté soleil et le côté lune.

Le côté masculin

et féminin en fait.

Et c'est comme un couple,

où quand il n'y a que l'homme

qui parle, c'est dysfonctionnel.

Quand il n'y a que la femme

qui parle, c'est dysfonctionnel.

Mais c'est quand on amène

les deux éléments, et donc

l'alchimie, c'est ça. C'est

d'amener les éléments ensemble,

d'autoriser les différents

éléments à interagir et

à se frotter. Donc, nourriture

organique, locale, la santé,

le goût. Notre machine à café,

elle est en cuivre, comme

le chaudron alchimique.


L'entrevue se poursuit dans la salle à manger de l'Alchemy Café.


GISÈLE QUENNEVILLE

Florian, j'ai l'impression que

peu de gens à Dawson viennent

de Dawson. J'ai l'impression

que des gens qui sont

ici viennent d'ailleurs.

Est-ce que c'est

une impression ou c'est vrai?


FLORIAN BOULAIS

Bon, Dawson, ça a toujours

été un endroit de transition.

Les gens viennent, restent

un moment, repartent et puis

la nature de l'endroit est telle

que parce qu'il n'y a pas

beaucoup de distractions

en hiver, je pense qu'il y a

cette chose où les gens

finissent par...

soit ils grandissent,

et puis, finalement, ils se

retrouvent dans un endroit qui

est peut-être un peu trop serré

pour eux, soit ils commencent

à se détruire. Et puis

il y a un moment où ça devient

insupportable et ils partent.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et pourquoi les gens

viennent ici à l'origine?


FLORIAN BOULAIS

Je pense que, vraiment,

quand on arrive dans un nouvel

endroit, la première année,

on voit la nature, on voit les

bâtiments. La deuxième année,

on commence à voir les gens. Et

la troisième, quatrième année,

on commence vraiment à...

On est seul avec soi-même

de plus en plus.

La romance, elle disparaît

tout doucement. Et puis ça

dépend de ce qu'on fait de ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais c'est comme ça

même dans un petit village

de 1500 habitants?


FLORIAN BOULAIS

Je pense que oui,

mais il y a moyen de vivre

quelque chose de complètement

différent. Quand moi, je suis

arrivé ici, j'ai construit

une cabane de l'autre côté de

la rivière. Pas d'électricité,

pas d'eau courante. Donc,

j'étais capable de vivre

avec 1000$ par an tout

compris, sauf la nourriture.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


FLORIAN BOULAIS

Donc, assurances, eau,

taxes, électricité, essence,

enfin tout ça. Donc, 1000$.

Donc, soudainement,

il faut que je travaille un ou

deux jours par semaine pour

pouvoir me payer ma vie. Donc,

un niveau de vie très bas, mais

une qualité de vie très haute.

Donc, c'est ça qui m'a permis

en fait de m'impliquer dans

toutes ces associations à but

non lucratif, et de prendre

tous ces cours, et d'apprendre

un instrument, et un deuxième,

et d'apprendre, apprendre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dawson, c'est petit.

Donc, il y a des avantages

à une petite communauté.

Est-ce qu'il y a que du bon

de vivre dans un petit village,

un petit village éloigné

comme celui-ci?


FLORIAN BOULAIS

Euh, je vais commencer

par les bonnes choses.

À Dawson, il y a 60 associations

à but non lucratif, ce qui est

énorme. Il y a un festival

international de musique,

un festival des arts,

un festival du cinéma.

Il y a une société des arts

qui est extrêmement active,

il y a une université des arts,

collèges, et je peux juste

continuer. Il y a un club de

hockey, de curling. Enfin, il

se passe énormément de choses.

Donc, ça, c'est, disons, la

beauté, et je pense que c'est ça

qui attire les gens à venir ici

et à rester. En partie, les

mauvaises choses, bien, c'est...

Je pense que c'est les...

les groupes sociaux qui ont

des pressions, enfin, qui créent

des... Je veux dire, j'avais

une blonde qui venait du Québec

avant et puis elle avait

l'esprit révolutionnaire

des Québécois à fond.

Et elle voulait tout changer!

Et puis elle a fini par

se mettre toute la ville à dos.

Quand elle est partie d'ici,

elle n'avait pas un ami.


GISÈLE QUENNEVILLE

À quoi ressemble cette ville,

ce village l'été? Parce que

c'est un endroit touristique.


FLORIAN BOULAIS

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

La population gonfle. À quoi

ressemble le quotidien de Dawson

pendant ces périodes d'été?


FLORIAN BOULAIS

Donc, en été, il y a à peu

près 3500 personnes. Donc,

ce sont des jeunes qui viennent

ici pour travailler.

Donc, c'est vraiment occupé.

C'est vraiment curieux parce que

les gens qui viennent comme

touristes vont voir un aspect

de la ville. Après, il y a

les autres gens qui ne sont là

que l'été. Ce sont les mineurs,

donc, qu'on ne voit quasiment

pas, parce qu'ils sont dans

la nature en train de creuser.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est toujours des mines d'or ici?


FLORIAN BOULAIS

Bien oui, absolument. Oui,

oui, oui. À Dawson, à l'époque,

il y a un siècle, il y avait

40 000 personnes qui étaient

venues là pour trouver de l'or.

Maintenant, oui, je veux dire,

il y a peut-être 1000 personnes

qui cherchent de l'or ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, l'été, beaucoup de monde,

beaucoup de touristes.

Dawson est vue comme étant

une ville de party justement.

C'est toujours comme ça aujourd'hui?


FLORIAN BOULAIS

Oui, absolument. Bien, les

jeunes qui viennent, souvent,

ils sont... ils ont leur

break de l'université, de l'école.

C'est juste qu'il n'y a que

des bars. C'est juste ce que

les gens, ils ont fait ici

depuis le début, quoi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et c'est l'été où il y a le

plus de clarté. Il fait soleil

presque 24 heures sur 24,

alors ça doit pousser

à la fête également.


FLORIAN BOULAIS

Donc, oui, la fête, c'est jusqu'à 2h,

3h, 4h du matin, quoi.


GISÈLE QUENNEVILLE

À quoi ressemble Dawson l'hiver?


FLORIAN BOULAIS

En hiver, t'ouvres la porte,

ça grince parce que

tout est gelé.

Et puis tu sors, il y a personne.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça fait plus de 15 ans

que tu es ici, à Dawson.


FLORIAN BOULAIS

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que tu te considères

comme un Yukonais? Un Canadien?

Est-ce que t'es là pour rester?


FLORIAN BOULAIS

C'est sûr que les... Si on

me demande si je suis Allemand,

Français ou Canadien, je vais...

je me sens le plus confortable

de dire que je suis Canadien.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


FLORIAN BOULAIS

L'amour de la nature,

aussi, le fait qu'il y a toutes

ces cultures qui se rencontrent

dans un pays et puis qu'il y a

une acceptation de ça. Il y a du

racisme, mais ç'a rien à voir

avec ce qui se passe en Europe.

On se sent intégré. On sent

qu'il y a pas ces grosses

tensions qui sont juste autour

d'une culture différente.

J'adore le fait que c'est

un gros mélange et puis que...

C'est parfait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, ça veut dire

que tu vas rester ici?


FLORIAN BOULAIS

Je sais pas si je vais rester

à Dawson. J'ai déjà d'autres

projets dans la tête, là.

Mais pour l'instant oui,

c'est sûr. Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien Florian Boulais,

merci beaucoup.


FLORIAN BOULAIS

Bien ça m'a fait

très plaisir, Gisèle.


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