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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Miléna Georgeault et Maxime Gouyou-Beauchamps : guides de Plein air, Terre Boréale

Ils ont quitté la France à la recherche de la nature. Cette nature, ils l’ont trouvée au Yukon. Miléna Georgeault et Maxime Gouyou-Beauchamps étaient des jeunes diplômés en biologie et biodiversité à la recherche de travail et d’aventure. Et aujourd´hui, ils jumellent les deux. Après avoir fait de multiples excursions et randonnées en canot, ils ont décidé de partager leur passion et leur savoir avec les autres, en offrant des séjours en nature. Comme ils ne sont pas les seuls à fournir ce genre d´aventure, ils ont dû trouver une façon de se distinguer – jamais plus de six clients à la fois, et toujours des plats succulents à offrir en nature, matin, midi et soir. Ils sont Français après tout!



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2016

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Titre :
Carte de visite


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS et MILÉNA GEORGEAULT, un couple d’aventuriers, font de la randonnée dans les montagnes du Yukon. Ils accordent ensuite une entrevue à GISÈLE QUENNEVILE.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS (Narrateur)

J’ai rencontré

Miléna en 2011, juste avant, en

fait, que je parte de la France.

On s’est retrouvés

au Canada par la suite.


MILÉNA GEORGEAULT (Narratrice)

Le Yukon,

c’était le hasard, dans le sens

où Max est arrivé au Yukon

et je l’ai rejoint.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS (Narrateur)

Je suis venu au Yukon

parce que ça a toujours

été un symbole de...


MILÉNA GEORGEAULT (Narratrice)

Liberté.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS (Narrateur)

Terre boréale, c’est

une entreprise que j’ai montée

avec ma partenaire Miléna,

il y a trois ans, qui est

une entreprise de tourisme

d’aventures au Yukon pour

emmener des clients découvrir le

Yukon en randonnée ou en canoë.


MILÉNA GEORGEAULT (Narratrice)

Le client, j’ai envie qu’il

reparte en ayant eu la sensation

de découvrir des paysages

vraiment sauvages,

vraiment uniques, des endroits

où ils ont peut-être été

les premiers à mettre les pieds,

sur certains des séjours.


MILÉNA GEORGEAULT (Narratrice)

Je m’appelle Miléna Georgeault.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS (Narrateur)

Je m’appelle Maxime

Gouyou-Beauchamps et je suis

guide et propriétaire

pour Terre boréale au Yukon.


GISÈLE QUENNEVILLE rencontre MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS et MILÉNA GEORGEAULT près d’un chalet, au cœur de la forêt au Yukon pour une entrevue.


GISÈLE QUENNEVILLE

Max, Miléna, bonjour.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS ET MILÉNA GEORGEAULT

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous faites partie

de ce nombre croissant

de jeunes Français qui viennent

s’établir au Canada. Pourquoi?

Pourquoi le Canada?


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Pff... En fait, ça date de...

En 2003, en fait. Puis, j’ai eu

la chance, en fait, grâce

à mes parents qui m’ont proposé

de faire une année d’échange

à Yellowknife.


GISÈLE QUENNEVILLE

À Yellowknife?


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Dans les Territoires du

Nord-Ouest. C’était un échange

au Canada en général. J’ai eu la

chance d’aller là où je voulais

aller, dans le Grand-Nord.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu voulais aller

à Yellowknife?


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Oui, je me suis dit:

Quitte à aller au Canada autant

aller à quelque part où il y a

un vrai hiver, il y a du vrai

froid, une vraie nature.

Oui, un truc vraiment différent

de ce que je connaissais de chez

moi, des Alpes. Et donc c’est

vrai que quand je suis arrivé

là-dedans, ça m’a énormément

plu. J’ai appris l’anglais, etc.

Et puis, par la suite,

j’ai toujours voulu revenir

au Canada. Donc, j’ai fait des

études en France avec une autre

année en échange, mais au Québec

cette fois-ci. À la suite

de mes études, il n’y avait plus

beaucoup de débouchés. Pouf!

Je suis venu là avec un ami

pour voyager d’abord

et puis je me suis installé.

Et du coup, avec Miléna, on

s’est rencontrés juste avant mon

départ de la France. Et puis,

on était à peu près tous

les deux aussi perdus au niveau

débouchés, au niveau...

perspectives, on va dire,

pour la suite. On s’est lancé

dans l’aventure ensemble.


GISÈLE QUENNEVILLE

Miléna, lui, il connaissait

le Nord canadien. Il avait vécu

à Yellowknife. Je pense pas

que c’était ton cas à toi?

Alors, comment est-ce qu’il t’a

convaincue de venir au Yukon?


MILÉNA GEORGEAULT

Oui, c’est vrai

qu’on s’est rencontrés

juste avant qu’il parte.

Moi, j’avais le projet de partir

en voyage aussi à la fin de

mes études en France. Donc, je

suis d’abord partie en Asie pour

aller voir ma sœur qui était,

à ce moment-là, en Asie.

Et on est restés vraiment

beaucoup en contact. De fil en

aiguille, il m’a dit: "Oh, mais

tu devrais venir au Yukon."

Et puis, j’ai eu la chance

de pouvoir faire les papiers

qu’il fallait pour avoir le PVT

et l’avoir du premier coup.

Et du coup, je me suis dit:

Pourquoi pas? Donc, voilà,

je me suis retrouvée ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous parlez tous les deux des

débouchés, du fait qu’il y avait

pas de débouchés en France.

Il y avait pas de débouchés pour

vous en particulier ou c’est

pour les jeunes en général?


MILÉNA GEORGEAULT

Euh, je pense qu’on peut

difficilement parler de tous

les jeunes. Mais nous, on a fait

tous les deux des études en

conservation de la biologie,

tout ce qui est protection de la

nature. Et du coup, c’est vrai

que c’est des métiers vraiment

avec peu de débouchés.

C’est plus par rapport à nous,

à ce qu’on a fait et peut-être

parce que au final, on s’est

retrouvés à faire un peu trop

d’études pour... pour ce qu’on

voulait vraiment faire, en fait.

Parce qu’on s’est retrouvés

avec un master et au final,

les masters en gestion de

la biodiversité, tu te retrouves

beaucoup à faire du travail

en bureau, et beaucoup

moins sur le terrain.


GISÈLE QUENNEVILLE

On parle de ce fameux PVT.

Et ça, c’est un Permis

Vacances-Travail. Beaucoup

de jeunes Français l’utilisent

pour venir travailler, passer

des vacances ici au Canada, mais

qu’est-ce que c’est au juste?


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

C’est une invitation

au voyage, on va dire. En gros,

c’est le Canada et la France et

d’autres pays dans le monde qui

ont passé un accord. Donc,

ça permet aux jeunes de venir

au Canada pour une durée de...

Avant, c’était un an. Depuis,

les derniers, maintenant, c’est

deux ans. Alors qu’un permis

de tourisme, c’est six mois

seulement. Donc, ça permet

de venir sur le territoire

canadien, de travailler si on a

envie, travailler légalement,

de pouvoir toucher un salaire et

de faire du bénévolat également.

Mais si on n’a pas envie

de travailler, si on a assez

de sous dans la poche, on peut

également voyager pendant

un an sans avoir à repasser la

frontière et refaire une demande

de visa tourisme, en fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Beaucoup de jeunes Français

munis d’un PVT vont aller

à Montréal, vont aller à Toronto

ou vont aller à Vancouver.

Je sais que vous cherchez de

la nature. Il y a de la nature

au Québec, en Ontario,

en Colombie-Britannique.

Pourquoi le Yukon?


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Ce côté un peu liberté où...

À Whitehorse, il y a tout ce

qu’il faut pour s’équiper, pour

vivre, trouver du travail, etc.

Et puis, dès qu’on sort de la

ville, on est dans des endroits

comme ça ou des endroits où on

est tout seul, perdu, au milieu

de la forêt. Il n’y a plus un

bruit, il n’y a plus... Il y a

de la faune. On n’est plus

chez nous, en fait. On est

chez les ours, chez les loups,

chez les orignaux, etc. Donc,

c’est à nous de faire attention.

C’est à nous de s’adapter

à leur milieu, etc.. Et ça,

ça nous a plu beaucoup, voilà.


GISÈLE QUENNEVILLE

J’imagine qu’en arrivant ici,

il fallait que vous trouviez

du travail. Est-ce que ça a

été compliqué de se trouver

du travail ici?


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS ET MILÉNA GEORGEAULT

Non.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

En fait, des amis m’ont dit:

"Bien, tu cherches du travail

qui paie pas trop mal

et tu aimes bien

le outdoor. Bien, travaille

dans l’industrie minière."

Il y a de l’exploration minière

à faire. Ils cherchent pas

toujours du monde. Un salaire

qui était le double de ce que

je pouvais toucher en France

avec le master. Alors que

j’avais aucune expérience dans

le milieu dans lequel j’allais

travailler, ni même d’études.

C’était plutôt de la géologie.

Moi, j’étais en écologie,

donc... Donc, c’était hyper

facile. Et puis, je suis resté

avec eux quand même deux ans et

demi avec cette entreprise-là.

Donc là, c’est vrai, qu’on peut

dire quand même,

c’était relativement facile.


MILÉNA GEORGEAULT

Et par contre, en

bouche-à-oreille, j’ai trouvé

rapidement un boulot de serveuse

dans un restaurant

de la ville, chez Antoinette.

Et c’est vrai que là, pareil,

j’avais aucune expérience dans

le service. C’est vraiment...

On te donne facilement

ta chance ici. C’est vraiment...

On regarde pas le CV.

C’est vraiment le contact

que tu as avec les gens

qui va t’ouvrir des portes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous, l’objectif, c’était

de faire ce que vous vouliez

faire dans la nature? De gagner

votre vie de la nature? Est-ce

que ça, ça a été possible?


MILÉNA GEORGEAULT

De fil en aiguille, moi, en

passant du temps sur Snafu, lui

qui, un peu à droite, à gauche--


GISÈLE QUENNEVILLE

Snafu qui est un lac.


MILÉNA GEORGEAULT

Oui, au sud de Whitehorse.

On a beaucoup aimé passer ce

temps-là en extérieur. Après, il

y a la famille qui est venue. De

fil en aiguille, on s’est dit:

En fait, c’est sympa de pouvoir

se balader au Yukon avec

des gens qui connaissent pas

et qui ont envie de découvrir

et que nous, on a envie de leur

faire découvrir ces paysages

magnifiques et du coup,

on a eu l’idée de Terre boréale.

Donc, de monter notre petite

entreprise de tourisme au Yukon.


GISÈLE QUENNEVILLE

Max et Miléna, vous avez maintenant

votre propre agence de tourisme,

agence de voyages.

Vous faites des expéditions avec

des touristes ici, au Yukon,

en forêt. Comment est-ce

qu’on se transforme d’amateurs,

de passionnés de plein air,

à professionnels, à guides,

à gens d’affaires, finalement?


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

(Réfléchissant)

Pff...


MILÉNA GEORGEAULT

On cherche des conseils, à

droite, à gauche. On va voir les

gens qui font déjà ce genre de

choses. On pose des questions.

On va voir ici avec

le gouvernement, la branche

tourisme du gouvernement,

ils sont vraiment très ouverts

et très accueillants. Donc, on a

eu pas mal d’infos. Et après,

fouiller sur internet pour

savoir les permis, qu'est-ce

qu'on peut faire en étant

seulement résidents permanents

ici, est-ce qu’on a le droit

d’ouvrir notre business,

tout ce genre de choses.

Oui, c’était un peu l’aventure,

partir à la recherche de ce qui

est faisable, oui, au début.

Est-ce qu’on a ce projet-là?

Est-ce que c’est faisable?

On a fait beaucoup de

workshops aussi avec...

tout ce qui était proposé,

que ce soit en marketing...


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Social media... Oui...

Après, le contact avec le client

lui-même, on l’a appris sur le

tas, quoi. Ça, en fait, c’était

un peu un pari, quoi. On s’est

dit: Allez, on se lance.

Quand les clients arrivent,

ils sont contents. On apprend. À

chaque client, évidemment, on

apprend. Comme tu dis, on

passe d’amateurs à guides

professionnels. Tous les clients

savent qu’on est vachement

à l’écoute de ce qu’ils ont

à dire, de... Oui, des remarques

sur la nourriture,

sur le guidage lui-même,

sur l’interprétation,

sur le matériel,

sur le choix des lieux.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlons justement des

expositions que vous proposez.

Qu’est-ce que vous faites

avec vos clients? Vous allez où?

Vous faites quoi?

Pendant combien de temps?


MILÉNA GEORGEAULT

On offre beaucoup

de la randonnée, parce que

c’est ce qu’on aime le plus ici,

c’est randonner. Ça peut aller

de cinq jours à dix jours

pour le plus long des trekkings

qu’on a. On fait des treks un

peu classiques entre guillemets.


Des images de gens qui font du trekking sont présentées.


MILÉNA GEORGEAULT

C’est toujours un peu Yukon,

donc c’est toujours un peu

l’aventure, mais classiques,

dans le sens où on n’est pas

les seuls à les offrir, mais

on essaie de monter nos propres

expéditions là où personne

n’offre aucune expédition.

Donc là, on part en hydravion ou

en hélicoptère dans certains cas

et puis on se retrouve à 150

kilomètres de la première petite

communauté. Et là, pendant sept

jours, on se balade, on fait

le tour d’un massif, d’un massif

montagneux et puis on voit

personne à part des caribous,

les loups, les ours.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu parlais de la nourriture.

Vous apportez tout avec vous?

Vous la faites?

Comment ça se passe?


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

En fait, ça, c’était un gros

point qui était hyper important

pour Miléna et qui aujourd’hui,

est une valeur énorme de

l’entreprise. Pour la randonnée,

on prépare tout chez nous.

On cuisine tout chez nous

à partir de produits frais

et au maximum, avec des produits

locaux, ce qui est pas forcément

toujours évident au Yukon,

mais quand même.

Et après, on déshydrate tout

à la maison pour avoir

des repas légers, mais du coup--


GISÈLE QUENNEVILLE

Légers à transporter.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

À transporter, mais oui,

voilà, justement.

(Riant)

Légers à transporter,

mais justement, qui nourrissent,

parce que quand on randonne

pendant quelques heures par

jour, enfin, six, sept, huit

par jour, et qu’on dort dehors,

on mange dehors... En randonnée,

on est toujours dans des milieux

qui sont ouverts dans la partie

plutôt alpine de la montagne,

donc, il y a pas de bois,

donc il y a pas de feu. Donc, le

soir, on se couvre et on prend

un thé en arrivant. À moins

qu’il fasse très beau et très

chaud, là, on va se baigner

dans les rivières et lacs

qu’on croise. Il faut avoir

du courage aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

(Riant)

Vraiment?

Je suis pas sûre

que je me jetterais à l’eau.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Mais en fait, sinon,

c’est la nourriture qui

nous réchauffe tout le temps.


MILÉNA GEORGEAULT

Des lasagnes,

du chili con carne...


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Des cannellonis feta à

la menthe. C’est excellent, ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mmm... Mais là, vous avez

tout déshydraté ça et il faut

ajouter de l’eau, c’est ça?


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Il faut rajouter de l’eau.

On a tout le matériel

qu’on peut transporter

avec nous dans le canoë.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, parlez-moi

des randonnées en canots.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

En fait, on fait des choses

simples où nous, on est

à l’aise pour guider au niveau

technique, au niveau sportif.

Donc, en gros, c’est des

rivières... En fait, on fait

la Yukon River. Donc, c’est soit

on fait la petite partie. Donc,

on fait du nord du lac Laberge

jusqu’à Carmacks ou alors,

on fait du nord du lac Laberge

jusqu’à Dawson. Cette grande

partie-là, elle fait

presque 615 kilomètres.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et ça prend combien de temps?


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Ça, on passe 13 jours

sur l’eau à la pagaie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes sous la tente?


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Toujours oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, vous apportez

l’équipement.

Est-ce qu’il fait froid?


MILÉNA GEORGEAULT

Le Yukon, notre période

préférée pour l’offrir, c’est

au mois de septembre, parce que

les couleurs sont magnifiques.

Et le matin, il peut y avoir

un petit peu de gel,

des fois, mais les clients

se plaignent pas, en fait.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Les clients, pour le froid,

on prend soin d’eux, quoi. C’est

sûr qu’on a des bouillottes pour

mettre au fond des duvets. On

fait du thé à n’importe quelle

heure. Le matin, c’est là qu’ils

se réveillent, le feu est déjà

chaud, le café fume, tu vois?


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous prenez combien

de personnes avec vous

pour une expédition?


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Six maximum.


GISÈLE QUENNEVILLE

Six maximum. C’est voulu, ça?


MILÉNA GEORGEAULT

Oui, parce que justement, pour

nous, le Yukon, c’est vraiment

la magie de se retrouver

dans ces milieux très sauvages

et d’être tout seul, en fait.

Donc, pour nous, partir avec un

groupe de 12 personnes, donc ça

fait sept canoës avec les guides

sur l’eau, bien, tu perds

cette magie d’avoir la sensation

d’être tout seul à découvrir

ce moment. Donc, c’est vraiment

quelque chose qui nous tient

à cœur de garder des groupes

de maximum six personnes. Ça,

je pense que ça changera jamais.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Ça bougera pas. Surtout qu’en

fait, ça nous permet également

de... C’est ce que tout le monde

dit un petit peu, mais

vous venez en tant que client

et vous repartez en tant qu’ami.

Et c’est vrai qu’à chaque fois,

chaque fois, c’est le cas

et on n’aime pas les au revoir,

parce qu’à chaque fois, on a

l’impression de laisser partir

des amis, tu vois, avec qui

on a... Ça fait des mois qu’on

parle avec eux sur internet, par

e-mail, parfois sur Skype et

puis après, du coup, on est là

sur le terrain. C’est vite fort,

en fait, ce qu’on vit sur le

terrain, parce qu’on va observer

un ours ou on va avoir froid

en même temps, on va se battre

contre le froid ou on va

se battre contre la pluie pour

monter le camp plus rapidement,

tu vois. Donc, ça rapproche

très vite les gens.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu’il faut avoir

des habilités particulières

pour faire vos randonnées,

vos expéditions?


MILÉNA GEORGEAULT

Alors, pour la Yukon,

je dirais que non, mais il faut

pagayer quand même pour

la Yukon. C’est vrai que les

gens, puisque c’est un niveau

facile de canoë, les gens

se disent: "Ah, c’est du canoë,

il y a du courant, ça va aller."

Au final, chaque fois, ils se

retrouvent à la fin de séjour:

"Ah, ça fait mal aux bras."

(Riant)

Donc, des fois, on est obligés

un peu de les pousser.

Et pour la randonnée, il faut

être marcheur. C’est des gens

qui aiment marcher quand même.

Il faut pouvoir porter

son sac à dos aussi.


La photographie d’un autobus au cœur de la forêt est présentée. Puis celle d’un homme, Christopher McCandless, assis à côté de l’autobus est présentée.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS (Narrateur)

Le Magic Bus, c’est

le symbole, c’est une icône,

qui se raccroche à Christopher

McCandless qui est une personne

qui a inspiré énormément de

monde, en tout cas, en Europe,

de par le fait d’avoir quitté

sa vie qui était toute tracée

pour lui, aux États-Unis.

Il avait fait de belles études,

il avait de l’argent en poche

et il a tout quitté,

tout laissé derrière.


Quelques images du Yukon sont présentées, puis des photos de Christopher McCandless, lors de son voyage, défilent.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS (Narrateur)

Il voulait

aller découvrir autre chose, un

autre lui-même en quelque sorte,

je pense aussi, en Alaska,

dans un endroit qui était pas

civilisé, un endroit qui était

différent de tout ce qu’il avait

connu. Et aujourd’hui, ça parle

à un très grand nombre de jeunes

dans la société, en fait, qui

voudrait nous mettre un peu dans

des moules. Quand McCandless est

arrivé sur le Stampede Trail,

lui, pour lui, c’était pas

le Stampede Trail, c’était un

chemin parmi tant d’autres. Et

lui, ce qu’il voulait, c’était

du sauvage, du monde sauvage,

c’était aller se perdre au cœur

de l’Alaska et il a réussi.

C’est un coin qui est

extrêmement sauvage. Mais il a

trouvé ce bus qui lui a servi

d’abri, en fait.

C’était pour faire des zones

où pouvaient rester des gens qui

travaillaient dans l’exploration

minière ou des chasseurs,

des choses comme ça.

Il y est resté entre avril

et juillet jusqu’à sa mort,

en fait. On a toujours en tête

une image qu’on s’est créée

à travers le bouquin ou le film.


Une image de la couverture du livre «Into the Wild», écrit par Jon Krakauer, est présentée. Sur celle-ci, un jeune homme est assis sur le toit d’un autobus.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS (Narrateur)

Et c’est vrai que cette image,

elle est relativement fidèle

à ce qu’on trouve. Au début,

ça peut paraître un peu morbide,

parce qu’on se rend sur un lieu

où ce personnage est décédé

il y a une vingtaine d’années.


Des extraits d’une vidéo d’archive présentent l’intérieur de l’autobus dans lequel Christopher McCandless a vécu.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS (Narrateur)

Euh... Il y a encore

son matelas. Il y a encore

le poêle qu’il a utilisé pour

se chauffer. Il y a également,

aujourd’hui, une bible qui a été

laissée par ses parents.

Après, j’ai toujours eu un peu

de mal avec le côté un peu insolent

aussi de McCandless, un petit

peu mal préparé, en fait.


Un graffiti à l’intérieur de l’autobus est présenté. On peut y lire la phrase «Get busy living or get busy dying.»


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS (Narrateur)

L’histoire de McCandless,

en fait, elle a pas une bonne

réputation du tout en Alaska.

Oui, il passe pour un illuminé.


Des images d’aurores boréales sont présentées.


MILÉNA GEORGEAULT (Narratrice)

Les aurores boréales

sont créées à partir

des éruptions solaires

qui en fait, vont envoyer

des particules dans l’espace.

Et ces particules, quand

elles vont entrer en contact

avec la ionosphère, vont créer

ces couleurs dans le ciel.

Quand on voit les aurores

boréales, on a l’impression

d’être dans un autre monde.

C’est vraiment quelque chose

de magique. Les couleurs,

les mouvements surtout.

Les mouvements sont très

impressionnants. Ils peuvent

être lents comme très rapides.

Ils peuvent être

comme de la lumière pulsée.

La première fois que j’ai vu les

aurores boréales, je pense que

c’était un ou deux jours après

que je sois arrivée au Yukon

parce que je suis arrivée au

Yukon en plein mois de janvier,

par -30º et du coup,

j’ai vu les aurores au-dessus

de la ville de Whitehorse.

C’était vraiment quelque chose

d’extraordinaire, en fait.

Même si on en entend un petit

peu parler avant et encore,

il faut vraiment le voir

pour se rendre compte

de l’ampleur que ça peut avoir,

en fait, dans le ciel.


L’entrevue se poursuit.


GISÈLE QUENNEVILLE

Votre entreprise

s’appelle Terre boréale.

Pourquoi "Terre boréale"?

Qui a choisi le nom?


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

En fait, tous les deux,

vraiment, parce qu’on a mis

sept mois à le trouver.

Donc, on voulait trouver un nom

qui nous plaise à tous les deux.

Et c’est vrai qu’on a passé

du temps à marquer

sur les carnets tous les mots.


MILÉNA GEORGEAULT

Juste les mots, oui.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

"Sauvage", "Yukon",

"expédition", "trekking",

enfin, n’importe quoi.

Puis un jour, on est tombés

là-dessus, Terre boréale,

et pouf! On s’est dit:

Mais pourquoi on n’y a pas

pensé avant? Évidemment.

Et voilà. Après, c’est devenu

assez évident, en fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

"Terre boréale",

c’est en français. Alors, bon,

je m’imagine des anglophones:

(Prenant l’accent d’un anglophone qui essaierait de dire le nom en français)

Terre boréale?


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Ils croient que c’est nos noms

de famille, en fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

"I don't understand."

Pourquoi avoir gardé un nom

francophone dans un milieu

quand même assez anglophone?


MILÉNA GEORGEAULT

Bien, parce qu’en fait,

il y a beaucoup d’entreprises

de tourisme ici, mais il n’y en

a pas beaucoup qui sont vraiment

francophones, en fait.

Donc, on s’est dit:

On a peut-être plus de chance

si on se concentre sur la niche

francophone et que du coup, oui,

enfin, qu’on fasse plus de pub

pour les Français. Et puis,

c’est vrai qu’au final, on a des

clients d’un peu partout dans le

monde, quoi. On fait un peu plus

de pub en France. Et puis

c’est vrai qu’on a déjà plus de

contacts en France parce qu’on a

toutes nos familles qui nous

font pas mal de pub aussi

en France. Donc, c’était

une volonté au départ de viser

plutôt la clientèle francophone,

mais au final,

on a des anglophones aussi.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand on devient guide comme

ça, quand on part sa propre

entreprise, est-ce qu’il faut

des qualifications

particulières pour le faire?


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Là, tout ce qu’on avait

besoin, en fait, légalement,

au Yukon, pour lancer

une entreprise de tourisme

et d’aventure, il faut avoir une

assurance qui couvre le business

et tout ce que ça englobe,

et également que les guides

aient un certificat de premiers

secours, qui est le certificat

le plus basique, mais en fait,

le standard de l’industrie est

plus haut que ce qui est requis

par l’administration.

Donc, c’est vrai que la plupart

des guides vont avoir au moins

le 40 heures, donc, Wilderness

Advanced First Aid. D’autres

guides vont avoir le

First responder, donc qui est le

double du temps, 80 heures. Donc

c’est vrai que le standard de

l’industrie est plus haut, mais

après, au-delà de ça, en fait,

il y a besoin de rien, en fait.

Et l’assurance, en fait, elle--


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c’est un peu

inquiétant ça?


MILÉNA GEORGEAULT

Oui et non. C’est vrai qu’on a

été surpris au début. On s’est

dit: Voilà, c’est aussi facile

que ça, monter son business?

Ça fait un peu peur parce que

ça veut un peu dire que

n’importe qui peut le monter.


GISÈLE QUENNEVILLE

Voilà.


MILÉNA GEORGEAULT

Mais au final, personne

ne veut faire ça parce que tout

le monde veut que son entreprise

marche. Du coup, il y a aucun

intérêt pour des gens d’emmener,

par exemple... Nous, on fait la

Yukon River parce que c’est là

où on se sent confortables.

Ça fait aucun sens pour nous

d’aller guider des gens

sur une rivière hyper compliquée

et d’avoir un accident

ou de mettre les gens en danger.

Mais au final, ça se régule

tout seul, en fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes pas les seuls à

faire ce genre de truc au Yukon.

En fait, il commence

à y avoir beaucoup de monde.

Comment on vous a accueillis

dans cette fraternité

d’entreprises d’expédition quand

vous êtes arrivés sur le marché?


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Plutôt bien, hein?


MILÉNA GEORGEAULT

Très bien, oui.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Même plutôt très bien.

En fait, on avait un peu un

pressentiment de se dire: On va

se faire taper dans les pattes,

parce qu’on vient, en quelque

sorte, prendre des clients

potentiels à d’autres

entreprises. Et en fait, dès

qu’on l’a annoncé, que ce soit

les grosses entreprises

comme Sky High ou Up North

qui sont des grosses entreprises

qui sont implantées depuis

très longtemps, c’était à bras

ouverts. "Voilà! Voilà comment,

nous, on fonctionne.

Si vous avez des questions,

n’hésitez pas à nous contacter."

Ils ont participé, ils ont animé

des ateliers de formation,

justement, pour la création

d’entreprises en expliquant

un petit peu comment

ils fonctionnent, comment faire

ta lettre de décharge, qu'est-ce

qu'il faut pas oublier.

Des choses très techniques et

comme des choses plus générales:

attention à bien avoir ton van

toujours propre, des détails

comme ça. Mais un accueil

très bon, en fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment est-ce que vous

réussissez à vous distinguer?


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

On joue la carte du...


MILÉNA GEORGEAULT

Petit groupe.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Du petit groupe et surtout

de la petite entreprise.

Quand les gens, ils parlent avec

Miléna, c’est souvent Miléna

qui est en première ligne pour

les contacts depuis le bureau,

ils parlent avec quelqu’un qui a

fait les séjours, qui va être là

sur le terrain également pour

guider. On fait tout, en fait.

Vu qu’on fait tout de A à Z,

c’est vrai que le client, il se

dit: "C’est leur petit truc

à eux. Le service va

être forcément plus...


MILÉNA GEORGEAULT

Personnalisé.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Personnalisé, exactement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c’est cher,

une expédition?


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Oui... Bien, c’est...

C’est pas donné, oui,

mais c’est plus le côté Yukon,

le côté qu’on est loin.

Le fait qu’un guide ici,

c’est sûr que ça coûte plus cher

qu’un guide dans certains pays

d’Amérique centrale,

d’Amérique du Sud, en Asie, etc.

Les transports sont pas donnés.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, descendre la rivière

Yukon jusqu’à Dawson,

c’est combien?


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

C’est 3410 $,

je crois, en 2016.

C’est plus haut que la plupart

de nos concurrents. Faut pas

se leurrer. C’est sûr qu’on

est un petit peu plus cher.

Mais justement, c’est expliqué

par ce fait d’avoir des plus

petits groupes. Et puis,

on a aussi un ratio de guide

par client qui est beaucoup plus

fort. Parce que, nous, on a un

guide pour trois clients, alors

que la plupart des entreprises,

ils vont avoir un guide pour

six, parfois un guide jusqu’à

dix clients sur la rivière.

Donc, c’est sûr que tu peux pas

du tout avoir le même service

personnalisé, d’interprétation.

Qu’est-ce que j’ai vu? Qu’est-ce

que je vois? Qu’est-ce qu’on

entend? Qu’est-ce qu’on mange?

Voilà. Qu’est-ce que...

Tout ça, c’est sûr que ça peut

pas être du même niveau.

Donc, oui, on va être plus cher.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que l’entreprise

vous permet de subvenir à tous

vos besoins à ce stade-ci?


MILÉNA GEORGEAULT

Non, pas encore. Pas encore,

mais c’est l’objectif. On espère

que l’été prochain, on espère

qu’on puisse en vivre tous les

deux et voilà. Après, l’hiver,

c’est vrai qu’on offre un petit

peu moins de séjours l’hiver.

Donc, je pense qu’on aura

peut-être toujours un petit

boulot d’appoint pour l’hiver.

Ça, c’est peut-être

quelque chose qu’on va garder.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu’est-ce que vous pouvez

faire comme expédition l’hiver?

Vous en faites?


MILÉNA GEORGEAULT

On fait... On emmène les gens,

en fait... Donc, c’est des

séjours plutôt en van où on

emmène les gens jusqu’au cercle

arctique. Donc, on passe

par Dawson, on passe par

le parc territorial de Tombstone

et on va passer une journée

au cercle arctique. Et là, c’est

la période des aurores boréales,

donc c’est vraiment magnifique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes jeunes, c’est

une grande aventure pour vous.

Est-ce que vous êtes ici

pour vous établir, pour rester,

ou est-ce que vous pensez aller

ailleurs ou rentrer

en France un jour?


MILÉNA GEORGEAULT

Bien là, on a ce projet-là

qu’on a quand même envie de voir

mûrir et grandir et grandir...

Pas vraiment s’agrandir

en tant qu’entreprise, mais oui,

le faire mûrir et se dire:

Bien voilà, Terre boréale, c’est

arrivé là où on voulait que

ça arrive. Donc, je pense qu’on

est ici pour un bon moment.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

On se voit pas aller

ailleurs pour l’instant.


MILÉNA GEORGEAULT

La prochaine étape,

c’est la citoyenneté.


MAXIME GOYOU-BEAUCHAMPS

Voilà, c’est ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Eh bien, on vous souhaite

bonne chance. Maxime et Miléna,

merci beaucoup.


MILÉNA GEORGEAULT

Merci à vous.


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