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Le Corniaud

En route pour les vacances à bord de sa 2 cv, Antoine Maréchal se fait rentrer dedans par la Bentley du riche industriel Saroyan. En dédommagement, Antoine se voit offrir une Cadillac, qu’il doit d’abord transporter vers l’Italie. Commence alors le voyage du Corniaud, suivi de près par le louche Saroyan, ainsi que par une bande rivale de redoutables gangsters.



Réalisateur: Gérard Oury
Acteurs: Louis De Funès, Bourvil, Jacques Ary
Année de production: 1965

Accessibilité
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VIDÉO TRANSCRIPTION

Générique d'ouverture


Titre :
Le corniaud


On survole Paris. Puis on fait le tour de certains attraits touristiques de la ville, dont la tour Eiffel, la Seine et le Louvre.


Des gens vont et viennent dans la ville. Un car vitré promène des touristes.


ANTOINE MARÉCHAL sort dans la rue les bras chargés de valises. Madame CHÉNIER attend sur le trottoir.


ANTOINE

Tenez, Mme Chénier. Donnez-moi

un petit coup de main.


MME CHÉNIER

Attendez, donnez-moi ça, là.


MME CHÉNIER prend un sac tandis qu'ANTOINE charge la voiture garée tout près.


ANTOINE

Attention au casse-croûte.


MME CHÉNIER

Alors, comme tous les étés,

je vous fais suivre votre

courrier à Carcassonne?


ANTOINE

Ah non, non. Cette année,

pour les vacances,

je fais toute l'Italie.


MME CHÉNIER

Ah bon?


ANTOINE

Et j'espère qu'il fera

meilleur qu'ici.

Quel été pourri, dites donc.


MME CHÉNIER

Allez.


ANTOINE

Merci, Mme Chénier.


MME CHÉNIER

Bon voyage, M. Antoine.


ANTOINE

Au revoir. Et je vais

revenir tout bronzé.


MME CHÉNIER

Au revoir!


ANTOINE monte dans sa voiture en riant. Il démarre et la voiture à peine quelques rues plus loin, une grosse voiture frappe de plein fouet la deux chevaux d'ANTOINE.


La petite voiture se disloque en frappant des meubles entassés près d'un camion de déménagement.


ANTOINE

Ah non, alors, non!

Ah non, c'est...

C'est une catastrophe!

Regardez! Regardez-moi ça!


LÉOPOLD SARYOAN sort de sa grosse voiture pour constater l'ampleur des dégâts.


SAROYAN

Qu'est-ce qu'il y a?


ANTOINE

Qu'est-ce qu'il y a?

Qu'est-ce qu'il y a?


SAROYAN

C'est pas grave,

qu'est-ce qu'il y a?


ANTOINE

Qu'est-ce qu'il y a? Vous

voyez bien qu'est-ce qu'il y a!

Bon, maintenant, elle va marcher

beaucoup moins bien, forcément.

Mais je vous en prie, ne

vous gênez pas, marchez dessus!


ANTOINE enjambe les pièces de sa voiture éparpillées sur le sol, le volant à la main.


ANTOINE

Ah là, là!


SAROYAN

Mais c'est pas grave!


ANTOINE

C'est pas grave, hein?

Vous en avez de bonnes,

c'est pas grave!

Qu'est-ce que je vais

devenir, moi?


SAROYAN

Eh bien, un piéton, vois-tu.


ANTOINE

Hein?! Mais mes vacances

sont foutues! Je partais

pour l'Italie!


SAROYAN

(Sortant son porte-cartes)

Mais écoutez, prenez l'avion,

ça va plus vite.


ANTOINE

Mais je ne suis pas pressé.


SAROYAN

Mais alors moi, je suis

pressé. Voilà!

Vous me lâchez, là!

C'est fini, oui?!


ANTOINE

Mais je vous en prie!


SAROYAN

Alors, voici ma carte.


ANTOINE

Hein?


SAROYAN

Voici ma carte.

Mon agent d'assurances

vous contactera. Voilà.


ANTOINE

Ah, vraiment?


SAROYAN

(Retournant vers sa voiture)

C'est fini, oui?


ANTOINE

Il y en a qui manquent

pas de culot!

C'est honteux.

Avec sa grosse bagnole.

Han!

"Léopold Saroyan,

président-directeur général".

Je m'en fous, moi!

Je m'en fous.


SAROYAN est assis dans son bureau. Un dispositif de distribution éjecte un parchemin dans un panier que SAROYAN tire vers lui.


SAROYAN lit le message.


SAROYAN

Hum...

(Appuyant sur un bouton d'interphone)

Non à Londres, oui à New York,

et Stockholm, eh bien...

je ne sais pas.


Une sonnerie résonne. SAROYAN appuie sur le bouton de l'interphone à nouveau.


SAROYAN

Oui?


SECRÉTAIRE DE SAROYAN

(Voix dans l'interphone)

M. Maréchal est là.

Il dit qu'il a rendez-vous.


SAROYAN

Ah oui, c'est exact,

je l'ai convoqué.

Bon, faites entrer.


SAROYAN se lève et va ouvrir à ANTOINE.


SAROYAN

Ah, mon pauvre ami!

Ma victime.

Mea culpa.

(Riant)

Je suis navré

de ce qui s'est passé hier.


ANTOINE

Ah, et moi, alors.


SAROYAN

Asseyez-vous, asseyez-vous.

Faites attention,

il y a des roulettes.

Ouais. Non, les roulettes.

Dites-moi, vous savez

que j'ai passé une nuit

blanche à cause de vous?


ANTOINE

Ah bon? Bien alors,

excusez-moi.


SAROYAN

Le choc.


ANTOINE

Ah, bien, qu'est-ce que je dirais,

moi...


SAROYAN

Écoutez, vos vacances fichues,

ça va me gâcher les miennes.

Bon, dites-moi,

avez-vous toujours l'intention

d'aller en Italie?


ANTOINE

Je sais pas si vous êtes

au courant, mais ma voiture

a eu un léger accident hier.


SAROYAN

(Riant)

Et c'est justement

pour ça que je vous ai

fait téléphoner ce matin.

(S'assoyant derrière son bureau)

Vous m'avez été

tout de suite sympathique.

Et j'ai eu une petite idée

qui va tout arranger.


ANTOINE

Ah?


SAROYAN

(Se levant pour allumer ANTOINE)

Un cigare?

Havane. Mmm!

Un petit scotch?


ANTOINE

Ah, si vous insistez.


SAROYAN

(Approchant une commande à distance)

Tenez. Tenez, tenez.

Appuyez vous-même

sur le bouton vert, là,

sur le bouton vert, oui.

Et regardez là-bas en

même temps. En même temps.

Regardez, vous allez voir.

Regardez, regardez!


Un tourniquet fait apparaître un bar.


ANTOINE

Ah! Eh bien, dites donc!


SAROYAN

(Prenant deux verres et une bouteille)

Et c'est pas fini,

regardez, regardez.


SAROYAN appuie sur un bouton sur le mur et le bar retourne dans le mur.


SAROYAN

Clac!


ANTOINE

Ah! Mais c'est épatant.

Vraiment...


SAROYAN revient vers ANTOINE pour lui servir un verre.


SAROYAN

Oui, dites-moi. Mon ami,

M. Du Schmurtz de Miami,

visitait l'Europe avec

sa Cadillac.


ANTOINE

Ah?


SAROYAN

C'est-à-dire, le Parthénon,

le mur de Berlin, le...

je sais pas, moi,

les Folies Bergères.


ANTOINE

Toute une civilisation.


Un tube est expulsé dans le panier derrière SAROYAN.

SAROYAN

Alors...


ANTOINE

(Riant)

Hé... qu'est-ce que c'est?


SAROYAN

C'est rien, c'est rien, ça.


ANTOINE

Qu'est-ce que c'est?


SAROYAN regarde le tube puis le tend à ANTOINE.


SAROYAN

C'est rien. Mais attendez.

Bien, tiens, je vous

en donne un.

Je vous le donne.


ANTOINE

Ah merci.


SAROYAN

Alors, il reçoit un

télégramme. Il reçoit...

(Reprenant le tube)

Non, je vous l'enlève,

parce que vous m'écoutez pas.

Voilà, bon. Alors, il reçoit

un télégramme...


ANTOINE se lève pour trinquer.


SAROYAN

Oui, c'est vrai.

À votre santé.


ANTOINE

À votre santé.


SAROYAN

Il reçoit un télégramme

de rentrer subitement par

avion aux États-Unis.

Son papa malade,

sa maman malade...


ANTOINE

Ah, c'est toujours

embêtant, ça.


SAROYAN

Hum. Alors, donc,

la Cadillac est abandonnée.


ANTOINE

Ah, la pauvre.


SAROYAN

Et elle arrive lundi à Naples.

Naples.


ANTOINE

Naples?


SAROYAN

Naples. Et alors,

M. Du Schmurtz m'a demandé

de la prendre en charge

de Naples jusqu'à Bordeaux.

Pour la faire rembarquer

pour les États-Unis,

je sais pas trop.

Voilà. De Naples à Bordeaux.


ANTOINE

Oh, c'est un joli voyage, ça.


SAROYAN

Eh bien, ce joli voyage,

M. Maréchal, c'est "vous"

qui allez le faire.


SAROYAN va s'asseoir sur un long divan derrière ANTOINE.


ANTOINE

Moi?


SAROYAN

Oui. Je suis là, je suis là.

Tournez-vous, je

suis là, je suis ici.


ANTOINE

Ah, pardon, pardon.


SAROYAN

Et alors, nous sommes

le 14 août.

Bon. Et alors, la voiture

doit être rembarquée à Bordeaux

le 27 août. Via la Floride,

Miami. Voilà.


ANTOINE

Oh, 13 jours.


SAROYAN

Voilà.


ANTOINE

Haha! Mais dites donc!

L'Italie vue d'une Cadillac,

ça doit être quelque chose.


SAROYAN

Vous êtes heureux?


ANTOINE

Je vais reprendre

un petit scotch. Je peux?


SAROYAN

Non, non, la bouteille

est là. Vous faites...

La bouteille est là.


UN EMPLOYÉ apporte un paquet à SAROYAN.


UN EMPLOYÉ

M. le président.


SAROYAN

Merci, mon petit.

Voilà votre billet.

Paris-Naples en caravelle.


ANTOINE

Oh, enfin, non.


SAROYAN

Et 500 000 lires

pour vos frais de voyage.


ANTOINE

Ah, M. Saroyan, c'est trop.

Je consomme beaucoup moins

qu'une Cadillac.


SAROYAN

(Riant)

Et je vous garde à déjeuner

avec quelques amis.


ANTOINE et SAROYAN dînent dans un restaurant avec quelques HOMMES à l'allure un peu louche.


ANTOINE

Eh bien moi, eh bien moi,

messieurs, je...

dans ma branche,

j'ai pas mal réussi aussi.

Oui, je... je fais dans

la layette, oui.


LES HOMMES

Ah.


ANTOINE

Et dans...

Je "suis" dans la layette, oui.


SAROYAN

(Pointant sa lèvre supérieure)

Si vous me permettez, je

voudrais dire quelque chose.


ANTOINE

Je vous en prie, cher ami.


SAROYAN

(S'adressant aux HOMMES)

Dites-moi, quels sont les

meilleurs bouquins pour lui,

pour bien connaître l'Italie?


HOMME D'AFFAIRES

Emportez donc les Promenades

dans Rome de Stendhal.

Un merveilleux guide.


ANTOINE

Ah, mais j'ai déjà acheté le

Michelin.

(Riant)

Qu'est-ce que vous pensez?

Et j'aime bien-


SAROYAN

(Se levant)

Dites, maintenant, on s'en va.

Maintenant, on s'en va.


ANTOINE

(Se levant aussi)

Ah bon.


SAROYAN

Vous savez, les caravelles

ont toutes les vertus, mais

pas celles d'attendre.

Et puis ça tourne, ça tourne.


ANTOINE

Alors, messieurs, je suis

très honoré.


SAROYAN

Voilà, la porte est là-bas.


ANTOINE

Oui.


SAROYAN

La porte. Non, pas celle-là.

Ça, c'est les...


ANTOINE

Hein?


SAROYAN

C'est par là.


ANTOINE et SAROYAN sortent du restaurant.


ANTOINE

(Se retournant vers la table avant de fermer la porte.)

Et, euh...


SAROYAN

Oui.


SCHMETZ

Le Michelin à la layette.

Mais qu'est-ce que c'est

que cet abruti?


SAROYAN

(Revenant dans la salle à manger)

Oui, dites, maître d'hôtel,

non, ça va, ça va.

Ça va, ça fait rien. Allez.


Le MAÎTRE D'HÔTEL dessert la table et sort avec un plateau.


SAROYAN

Voilà. Merci.

(S'adressant à ses acolytes)

Alors, comment le trouvez-vous?


SCHMETZ

Vous attendez qu'on

vous félicite?


ASSOCIÉ

Vous dirigez, vous tranchez,

vous décidez, vous confiez

nos millions

au premier venu.

Mais de quel droit!


SCHMETZ

La Cadillac, ça fait six mois

que vous la trafiquez.

Voilà qu'au dernier moment,

le bonhomme pour passer

le chargement,

vous le choisissez, vous seul,

et sans nous consulter.


ASSOCIÉ

D'ailleurs, qu'est-ce qui

vous prend de vouloir tout

passer en une seule fois?

100 kilos d'héroïne,

300 kilos d'or, et les

pierres du hold-up de Baalbek.


HOMME D'AFFAIRES

Saroyan, vous faites un seul

banco avec tout notre argent?

J'en tremble. Pour vous.


SCHMETZ

Vous aurez à répondre

de tout cela vis-à-vis

de nos associés américains.


SAROYAN

Écoutez, M. Du Schmurtz et M.

Schmetz, j'en fais mon affaire.

Mais écoutez-moi, bon sang!

Pour un tel chargement,

il fallait un naïf

qui ne se doute de rien!


HOMME D'AFFAIRES

Vous évitez un danger pour

vous précipiter dans 100 autres.


SAROYAN

Parfaitement.


ASSOCIÉ

Moi, toute ma fortune

est dans cette voiture.

Et si je la perds,

j'en crèverai. Mais vous aussi.


HOMME D'AFFAIRES

L'affaire de notre

vie, elle va dépendre

de celle de cet imbécile.

Car tout peut lui arriver

sur 2500 km!


SAROYAN

Mais j'y ai pensé, et

je l'ai engagé au dernier moment

parce qu'il est honnête

et que ça se voit sur sa figure.

Et c'est le meilleur des

passeports. Parce qu'écoutez,

messieurs, rappelez-vous bien,

à la douane, c'est l'homme

qui est suspect, c'est pas

la voiture. Enfin, bon.

Célibataire, représentant

de commerce et casier

judiciaire vierge.

Mes amis, la peau

du groupe français est

en jeu à cause de moi? D'accord.

Aussi, j'ai pris une décision,

et celle-là, vous allez

l'approuver.

Je suivrai moi-même la Cadillac

et son chargement

tout le long de son itinéraire.

Récapitulons.

(Sortant une grande feuille)

Si vous voulez bien venir...

Voilà. Tiens, donnez-moi

un crayon. Merci.

(Dessinant son plan)

Voilà.

La Cadillac...

Les roues... Voilà.

Le parechoc...


HOMME D'AFFAIRES

Mais schématisez, mon vieux,

schématisez.


SAROYAN

Oui, mais attendez,

attendez. Le pare-brise,

la petite capote...

Et voilà, bon.

La schnouf. Où est-elle?

Dans les ailes arrière. Bang.


ASSOCIÉ

Et l'or?


SAROYAN

Le parechoc avant

et le parechoc arrière,

le tout, évidemment,

recouvert de chrome.

Bon. Les bijoux de Baalbek,

diamants, émeraude, rubis,

dans la batterie.

Double fond en Bakélite

parfaitement raccordé

à la pièce. Et ce plan génial,

messieurs, est signé...

Saroyan.


HOMME D'AFFAIRES

Et le Youkounkoun, il est

aussi dans la batterie?


SAROYAN

Non, monsieur.

Le Youkounkoun,

le plus gros diamant du monde,

il est là.

Messieurs, à la veille

d'une grande bataille,

Jules César a dit:

"Je brûlerais mon manteau si mon

manteau connaissait mon plan."

Suivons l'exemple

de Jules César.


HOMME D'AFFAIRES

Prenez garde, mon cher,

de ne pas finir comme lui.


SAROYAN

(Faisant brûler son plan)

Oh non.


MICKEY LE BÈGUE attend avec ses hommes dans une décapotable.


Une fois les HOMMES sortis du restaurant, MARIO, le faux maître d'hôtel revient dans la salle à manger vide et découpe le panneau de la table sur lequel le dessin de SAROYAN est imprimé grâce à un carbone.


MARIO sort en emportant le plan de la voiture avec lui. Dans la pièce attenante, MARIO ouvre un bahut dans lequel est dissimulé un magnétophone et le met en marche après avoir rebobiné.


SAROYAN

(Voix enregistrée)

Non, monsieur. Le Youkounkoun,

le plus gros diamant du monde,

il est là.


MARIO rejoint MICKEY LE BÈGUE et ses acolytes qui attendent dans la décapotable.


MARIO

Salut.


MICKEY LE BÈGUE

(En bégayant)

T'as la bande magnéto?


MARIO

Mieux que ça.

Voilà le son et voilà l'image.

Eh bien, déplie.


MICKEY LE BÈGUE

(En bégayant)

Un plan! Et signé

Sa-sa-sa...


LUIGI

Royan.


LOULOU

T'es un champion, Mario.


MARIO

Dis donc, je les aurai pas

volés mes 10%. Quand?


MICKEY LE BÈGUE

Attends que j'aie fauché

la Cadillac.

C'est pas gagné

avec ce pourri de Saroyan.


MARIO

C'est du tout cuit.

Quand tu verras le corniaud

qu'ils ont engagé pour

trimballer leur trésor...


MICKEY LE BÈGUE

Il est au courant?


MARIO

De rien.


MICKEY LE BÈGUE

Pauvre mec. J'espère qu'on

sera pas obligés de le dé-dé...


MARIO

Dérouiller?


MICKEY LE BÈGUE

Non.

De-de le descendre.

À la chasse... Paf.

On tira aussi bien les faisans

que les pigeons, hein?


Un cargo décharge une Cadillac sur le port.


DÉBARDEURS

Allez, allez! Allez!


ANTOINE est sur le port, tenant une caméra et regardant l'opération de débarquement en souriant.


Des badauds se sont rassemblés autour de la voiture.


ANTOINE essaie quelques commandes automatiques pour impressionner la galerie.


ANTOINE s'assoit dans la voiture. ANTOINE voit un vinyle 45 tours et le glisse dans le lecteur. Ensuite, ANTOOINE essaie le téléphone.


UNE TÉLÉPHONISTE répond en italien.


ANTOINE

Ah bien, ça marche.

Oui, pronto.


UNE TÉLÉPHONISTE

(Voix au téléphone)

Ici centrale radiotéléphone.

Votre numéro, s'il vous plaît.


ANTOINE

Ah, moi, euh...

Mercadet 1819.


UNE TÉLÉPHONISTE

(Voix au téléphone)

Non, le numéro de voiture.


ANTOINE

Ah bon, attendez. Euh...

Florida 8-22-139.


UNE TÉLÉPHONISTE

(Voix au téléphone)

Nous vous branchons

sur nos réseaux.


ANTOINE

D'accord.

Alors, si on m'appelle,

vous m'appelez, n'est-ce pas?



UNE TÉLÉPHONISTE

(Voix au téléphone)

(Propos en italien)

Raccrochez.


ANTOINE

Très bien.


ANTOINE démarre la voiture et s'adresse aux badauds qui encerclent la voiture.


ANTOINE

Permesso.

Moi, avanti.


ANTOINE recule plutôt qu'avancer et la voiture percute une borne du quai.


LES BADAUDS éclatent de rire.


ANTOINE peine à faire avancer la voiture et frappe de nouveau un obstacle.


ANTOINE sort de la voiture et tente de dégager une grosse chaîne accrochée au parechoc.


LES BADAUDS lancent des moqueries en italien pendant que ANTOINE retourne à la voiture.


ANTOINE finit par partir du port en klaxonnant. Le son du klaxon persiste.


ANTOINE

Quelle responsabilité!

Une bagnole pareille,

ça se manie pas comme un volant.

Maudit klaxon. Il n'arrête pas.


SAROYAN observe de loin avec deux de ses hommes.


SAROYAN

Jésus Marie Joseph,

le klaxon, qu'est-ce qu'il

fait, qu'est-ce qu'il fait?


Près du poste de douane, un homme se place devant la voiture qui klaxonne encore.


Un homme se penche sur la portière et réussit à désengager le klaxon.


ANTOINE

Ah. Ah, merci.


L'HOMME portant un brassard italien s'adresse à ANTOINE en italien.


ANTOINE

Ah, ah bon.


L'HOMME est un douanier et continue de s'adresser à ANTOINE en italien.


ANTOINE

Non, non, mes valises

sont restées à l'hôtel.


DOUANIER

(Propos en italien)


ANTOINE

Ah, mon... Ça, ça.


ANTOINE montre les papiers de la voiture.


SAROYAN et ses hommes montent dans une voiture et s'apprêtent à suivre ANTOINE.


DOUANIER

Ça va.


ANTOINE

Très bien.


DOUANIER

Passez.


SAROYAN soupire, soulagé de voir ANTOINE quitter le port.


ANTOINE conduit la voiture et se dirige tout droit vers la voiture de SAROYAN.


SAROYAN

(Voyant venir ANTOINE)

Planquez-vous!


SAROYAN et ses hommes se penchent pour éviter d'être vus.


ANTOINE continue son chemin.


SAROYAN

(S'adressant au CHAUFFEUR)

Alors, maintenant,

garde bien la distance.

Trop près, il nous verrait;

trop loin, on ne le verrait plus.


ANTOINE se trouve dans une rue commerciale de Napoli. Il roule parmi les étals et tout le monde le regarde passer.


ANTOINE

(Pour lui-même)

Je vais jamais

m'y retrouver, moi.

Quelle cohue, alors!


ANTOINE s'arrête devant un garage et descend de la voiture.


ANTOINE

Monsieur! Monsieur.

Signore. Signore.

Buongiorno.

Vous parlez français?


TAGLIELLA, le garagiste sort du garage.


TAGLIELLA

(Propos en italien)

No, Napoletano.


ANTOINE

Oh, ça va être commode.

Bien, venez.

Parechoc défoncé à "l'arrièra"

et démoli à l'avanti.

Alors, vous, réparer

en "vitessa".

Parce que moi à Napoli

depuis deux "journos".

Alors, "finita" la "vadrouilla".


TAGLIELLA répond en italien.


ANTOINE

Hein?

Non, mais la machina

pas à moi.


TAGLIELLA faites le tour de la voiture, puis montre d'autres voitures autour de lui en gesticulant.


ANTOINE

Hein? Ah oui.


TAGLIELLA

Non impossible.


ANTOINE

Non impossible.

Peut-être pour un prix

"ordinaro", mais pour 20 000 lires,

c'est une autre "affaira"?


TAGLIELLA voyant les billets d'ANTOINE s'empresse de les prendre, mais ANTOINE retient l'argent.


ANTOINE

Ah non, non.

"Domano matini". Hein?

Euh... Domani mattino.

Enfin, vous m'avez compris,

hein? Au revoir!


ANTOINE laisse la voiture sur place et TAGLIELLA allume son chalumeau et commence à chauffer le parechoc. Aussitôt, l'or se met à fondre sur le sol.


TAGLIELLA prend une pince et récupère l'or durci en flaque.


TAGLIELLA fait évaluer sa trouvaille chez un bijoutier qui lui confirme que c'est de l'or.


TAGLIELLA

(Propos en italien)

Oro? Oro!

Grazie!


TAGLIELLA est de retour dans son garage et tente de démonter le parechoc.


Dans une rue de Napoli, un homme va chercher un appareil photo dans sa voiture.


TAGLIELLA prie la vierge dans son garage et défait le parechoc.


Le lendemain, SAROYAN et ses hommes attendent dans leur voiture devant l'hôtel d'ANTOINE.


ANTOINE sort de l'hôtel.


LE CHAUFFEUR

Le voilà.


ANTOINE monte dans un taxi.


SAROYAN

Taxi? Qu'est-ce qui a bien pu

arriver à la voiture?


LE CHAUFFEUR

Bien, il a dû

la mettre au garage.


ANTOINE vérifie la réparation sur la voiture, penché sur le parechoc.


ANTOINE

Ah, vraiment.

Merveilleux. On dirait

que c'est des tout neufs.


TAGLIELLA dit que non en italien.


ANTOINE

Mais je le sais bien

que c'est pas des tout neufs.

Ce qu'il est bête.

(Sortant l'argent)

Bon, bien, voilà

vos 20 000 lires, hein.


TAGLIELLA

Ah non, non.

C'est trop.



ANTOINE

Chose promise, chose due.


TAGLIELLA tente de convaincre ANTOINE de payer moins cher.


ANTOINE

Non, bien, 15 000.

Bon, bien, tenez, 10 000.

Mais c'est vraiment donné, hein.


TAGLIELLA

(Propos en italien)

Grazie.


ANTOINE

De rien, de rien, de rien.

(Caressant le parechoc)

Ah! Bien.

Bravo. Ça, c'est du bon travail.

(Montant dans la voiture)

Vous avez les clés?


TAGLIELLA

(Rendant les clés à ANTOINE)

Oui, oui, oui.


ANTOINE

Merci.

Quand je pense à ce qu'on peut

raconter sur les Napolitains.

Eh bien, moi, je dirai partout

combien vous êtes honnête.


TAGLIELLA ajoute un commentaire en italien.


ANTOINE

(Quittant le garage)

Allez, au revoir.


TAGLIELLA

(Propos en italien)

Arrivederci!


ANTOINE

(Propos en italien)

Arrivederci!


TAGLIELLA

(Propos en italien)

Buon viaggio!

Buon viaggio!


ANTOINE roule sur une route bordant la mer.



La voiture de SAROYAN roule derrière la voiture d'ANTOINE.


ANTOINE s'arrête devant une vieille chapelle et gare la voiture dans une entrée. ANTOINE descend pour visiter.


La voiture de SAROYAN roule toujours sur la route.


SAROYAN

Ah là, là, là, là, là!


LE CHAUFFEUR

Je suis à fond sur le

champignon, patron.

On va pas tarder à le rattraper.


SAROYAN

Mais ça fait 100 fois

que tu me le répètes

et je ne vois toujours rien.

Il y a rien.


ANTOINE de son côté prend des photos de la chapelle. Le téléphone de la voiture sonne.


ANTOINE

Oui, pronto.


UNE TÉLÉPHONISTE

(Voix au téléphone)

Ici centrale

radiotéléphonique de Rome.

Nous procédons à des essais.

Vous me recevez bien?


ANTOINE

Ah oui, bien, parfaitement.

Dites-moi, je peux

téléphoner à Paris?


UNE TÉLÉPHONISTE

(Voix au téléphone)

Quel numéro?


ANTOINE

Hum... Solférino 1212.


UNE TÉLÉPHONISTE

(Voix au téléphone)

Solférino 1212.


ANTOINE

C'est ça.


UNE TÉLÉPHONISTE

(Voix au téléphone)

Préavis?


ANTOINE

Oui, oui, préavis.


UNE TÉLÉPHONISTE

(Voix au téléphone)

Quel nom?


ANTOINE

Ah, pour M. Saroyan.

S-A, R-RO-RO et YAN.


La voiture de SAROYAN file à toute allure sur une autoroute quasi déserte.


L'HOMME DE MAIN de SAROYAN, assis sur la banquette arrière émet des sons étranges.


SAROYAN

Mais c'est fini, oui?


L'HOMME DE MAIN

C'est pas moi, patron,

c'est le moteur.


SAROYAN

Quel moteur?


L'HOMME DE MAIN

Le nôtre.


SAROYAN

Hein?


La voiture décélère puis donne des coups.


L'HOMME DE MAIN

C'est la panne.


SAROYAN

La panne de quoi?


L'HOMME DE MAIN

Bien, c'est...

la panne d'essence.


SAROYAN

(Frappant son HOMME DE MAIN)

Tu te fous de moi, toi!


LE CHAUFFEUR

Mais non, patron, j'ai oublié

de faire le plein à Naples.


SAROYAN

Mais c'est pas vrai!

(Frappant son chauffeur)

Mais tu te fous de moi?

Mais qui c'est qui t'a payé

pour faire ça?


La voiture s'arrête.


LE CHAUFFEUR

Ah non, une panne!


L'HOMME DE MAIN

(Sortant de la voiture)

Patron, on a du pot,

il y a une station-service.


SAROYAN

(Sortant à son tour)

Fais voir.


L'HOMME DE MAIN

Là.


SAROYAN

Allez, faut le rattraper.

Allez, poussez.


ANTOINE a repris la route.


Les hommes de SAROYAN poussent la voiture jusqu'à la station-service. SAROYAN est juché sur le bord de la portière, côté passager.


SAROYAN

Allez!

Ah, mais faut que j'y aille.

(Descend pour pousser avec ses hommes)

Faut que j'y aille,

je le sens!


LE CHAUFFEUR

(Forçant pour pousser)

Ah! Han!


SAROYAN et ses hommes arrivent à la station-service.


SAROYAN

Allons, allons! Oh là là!

(Appelle le service en italien)

Presto.

(Propos en italien)

Presto, presto, presto!

Presto!

Aïe, aïe, aïe!


L'HOMME DE MAIN

Patron!


SAROYAN

Oui?


L'HOMME DE MAIN

Patron, regardez.


SAROYAN

Qu'est-ce qu'il y a, toi?

(Voyant la Cadillac arriver)

Ah, merde!


SAROYAN se penche près de la voiture pour ne pas être remarqué


LES HOMMES et SAROYAN tente de monter dans la voiture de manière à ne pas être reconnus. MAIS l'HOMME DE MAIN ouvre la portière et fait trébucher SAROYAN.


SAROYAN

Monte!


L'HOMME DE MAIN

Oh, pardon! Pardon, patron.


Après avoir donné quelques taloches à l'HOMME DE MAIN, SAROYAN monte dans sa voiture et se cache pour ne pas être vu par ANTOINE qui avance à la pompe juste à côté.


ANTOINE

(S'adressant au pompiste)

Le plein, per favor.


ANTOINE descend de la voiture pendant que le pompiste se charge de l'essence.


Le téléphone de la voiture sonne. ANTOINE se dépêche d'aller répondre.


ANTOINE

Mais oui! Voilà, voilà, voilà.

Pronto. Oui?

J'ai bien demandé Paris.

C'est ça, M. Saroyan.


UNE TÉLÉPHONISTE au centre d'appels fait les branchements nécessaires.


TÉLÉPHONISTE

Voulez-vous patienter une

petite seconde, s'il vous plaît?


EMPLOYÉ DE BUREAU

Allô?


TÉLÉPHONISTE

Allô, monsieur? On demande

M. Saroyan en préavis.

Si c'est d'Italie, faites

faire le branchement

radiotéléphonique.

Oui. Jaguar.

411-763. Milan.


La sonnerie du téléphone de la voiture de SAROYAN sonne.


SAROYAN répond.


SAROYAN

Allô. Oui?

Saroyan à l'appareil.


ANTOINE

Allô, ici Maréchal.


SAROYAN

Quoi? Hi...


ANTOINE

Je vous entends mal,

M. Saroyan.

Je vous entends mal, M. Saroyan.


SAROYAN

Couvre-moi

qu'on ne me voie pas.


ANTOINE

Quel temps vous avez à Paris?


SAROYAN

Hein? Eh bien...

Couvert, mais chaud.


ANTOINE

Ah bien, c'est rigolo.

Maintenant, je vous

entends très bien.

Comme si on était

tout près l'un de l'autre.

Ici aussi il fait chaud, hein.

Ah, si vous n'étiez pas

aussi occupé,

on aurait pu le faire ensemble,

ce beau voyage.

(Rigolant)

Ah oui. Eh bien, voilà,

M. Saroyan.

Je voulais encore

vous dire merci, hein.


SAROYAN

Oui, mais c'est rien,

c'est rien, c'est très naturel.


ANTOINE

Mais non, parce que

des gens comme vous,

on n'en rencontre pas

tous les jours sur sa route.


SAROYAN

Oui, ça, je m'en fous.

Dites-moi, la voiture?

Vous n'avez pas eu de panne

ou pas de réparation?


ANTOINE

Non. Non, euh...

Non, pas du tout.

(Se raclant la gorge)

J'ai jamais eu de pépins

en voiture.

Sauf le jour

où je vous ai rencontré.

(Rigolant)

Vous vous rappelez?

Mais--


SAROYAN

(Raccrochant)

Tu parles si je m'en rappelle.

Andouille!


ANTOINE

Allô? Allô.

Ah, zut... On m'a coupé.


Ah! Combien je vous dois,

monsieur?


LE POMPISTE répond en italien.


ANTOINE

(Donnant des billets)

Ah, bien, gardez tout.


LE POMPISTE

Grazie.


ANTOINE

Ah!


L'HOMME DE MAIN resté près de la voiture s'assure que la CADILLAC a bien quitté la station-service et revient vers la voiture.


L'HOMME DE MAIN

Ça y est, patron,

il s'est débiné.


SAROYAN sort de dessous la couverture.


SAROYAN

Ah, ouf!

Oh, j'étouffe là-dedans.

Bon, alors, paie, vite.

C'est impossible de savoir

ce qui a été bricolé à Naples.

Enfin, ça me fait rien.

On verra ça plus tard.

Allez, vite, vite!

Allons, allons!

Avanti!


La voiture de SAROYAN démarre et reprend la route.


MICKEY LE BÈGUE et ses hommes sortent en voiture de derrière un panneau publicitaire et suivent la voiture de SAROYAN.


ANTOINE arrive à ROME et s'arrête devant un hôtel.


ANTOINE prend ses bagages et entre dans l'hôtel. Peu de temps après, SAROYAN descend au même hôtel. Puis, c'est au tour de MICKEY LE BÈGUE de s'arrêter au même hôtel avec ses hommes.


ANTOINE prend une douche en fredonnant. Puis il prend le téléphone.


ANTOINE

Allô?

Allô? Le salon de coiffure,

per favor.


Au salon de coiffure, le téléphone sonne.


LE COIFFEUR

(Se raclant la gorge)

(Propos en italien)

Pronto!

(Dis bonjour en quelques langues)

Parlez francese.


ANTOINE semble heureux de l'entendre.


LE COIFFEUR

Que désire monsieur?

Coupe à rasoir, oui?


ANTOINE

J'ai pas les moyens.


LE COIFFEUR

Allora, friction de Chanel.

"Voluneux". "Parina", hein?


ANTOINE

Non, non, non.

Seulement la... la barba.


LE COIFFEUR

Ah, la barba.

Hum... Mais au moins

la manucure! Eh!


ANTOINE se regarde les mains.


ANTOINE

Enfin, pourquoi pas?

Si! Chambre 432.


LE COIFFEUR

OK.


Le COIFFEUR passe une réflexion en italien.


ANTOINE grignote en fredonnant, puis sort sur le balcon.


Sur le balcon d'en face, SAROYAN observe avec des jumelles.


D'un autre balcon, MICKEY LE BÈGUE observe SAROYAN.


MICKEY LE BÈGUE

(S'adressant à LOULOU dans la chambre)

Loulou, descends.

(Lançant les clés)

Mets l'Austin

dans le garage de l'hôtel.


LE COIFFEUR et GINA marchent dans les couloirs de l'hôtel. LE COIFFEUR vocifère en italien.


GINA

(Propos en italien)

C'est une cretino!


LE COIFFEUR et GINA discutent ferme en italien.


Devant la porte de la chambre d'ANTOINE, le COIFFEUR fait taire GINA et frappe à la porte.


ANTOINE

Entrez!


Dans la chambre voisine, MICKEY observe à la fenêtre pendant que LUIGI écoute à la porte mitoyenne.


LUIGI

Pst! Mickey. Mickey!


MICKEY LE BÈGUE

Quoi?


LUIGI

Il reçoit à côté.


MICKEY LE BÈGUE

Viens, prends ma place. Viens.


MICKEY et LUIGI changent de place.


Dans la chambre d'ANTOINE, GINA est à l'oeuvre.


ANTOINE

(Montrant le plateau d'instruments de coiffure et manucure.)

Vous avez besoin

de toutes ces armes contre moi?


GINA

Oui, monsieur.

Quand on veut être beau,

il faut savoir souffrir.


ANTOINE

Le sort de ma beauté

est entre vos mains.

Elle va avoir beaucoup

de travail.


LE COIFFEUR brasse la mousse à barbe avec un blaireau.


LE COIFFEUR

Scusi.


ANTOINE

Hum?


Le COIFFEUR applique la mousse sur le visage de ANTOINE en observant GINA.


ANTOINE

Ah, ah...

Piano.


LE COIFFEUR

Scusi.


ANTOINE

(Regardant la main de GINA)

C'est une bague de fiançailles?


GINA

Oui.


ANTOINE

Ah. Il en a de la chance,

le monsieur.


LE COIFFEUR passe la lame sur le visage d'ANTOINE.


ANTOINE

Pianissimo, pianissimo.


GINA

Il ne le croit pas, lui,

qu'il a de la chance.

Il n'est pas pressé

de se marier, lui.

Il réfléchit, lui.


LE COIFFEUR

(Riant)

Ça doit être un intellectuel.


GINA

(Riant)

Oh non, remarquez.

(Se déplaçant sur la droite d'ANTOINE)

Votre main droite,

s'il vous plaît.


ANTOINE

Oui.


GINA

Ah, merci.


ANTOINE

Et il est comment, votre fiancé?


GINA

Siciliano.


ANTOINE

Sicilien? Oh!

Ça veut dire jaloux, ça.


GINA

Ah, très! Beaucoup,

(Propos en italien)

terribilmente.


Pendant la conversation, on constate que le COIFFEUR est le fiancé en question.


GINA

Il voudrait m'enfermer.


ANTOINE

Oh! Pour quoi faire?


GINA

Ah, il dit que c'est la seule

façon d'avoir une femme fidèle.


ANTOINE

Remarquez que s'il est jaloux,

c'est parce qu'il vous aime.

Hum?


Le COIFFEUR réagit à chaque réplique selon qu'il apprécie ou non.


ANTOINE

Mais les jaloux, ils finissent

toujours par être...

Comment vous dites?


GINA

Cornuto.


ANTOINE

Ah, c'est ça, cornuto.


ANTOINE lève un doigt en l'air et celui-ci arrive droit dans l'oeil du COIFFEUR.


LE COIFFEUR

Aïe!


ANTOINE

Scusi!


LE COIFFEUR engueule ANTOINE en italien.


ANTOINE

Ah, bien, j'ai "scusi".

Je suis navré, mais...

Je suis navré,

mais c'est pas ma faute.


Le COIFFEUR sort des serviettes chaudes d'un contenant de métal et les applique sur le visage de ANTOINE sans crier gare.


ANTOINE

Mais c'est brûlant!

Mais vous êtes fou, non?



LE COIFFEUR

Massage facial.

C'est bon pour les rides.


Prenant un vaporisateur, le COIFFEUR asperge maintenant le visage d'ANTOINE.


ANTOINE

Non, non, non.

Je vous en prie.


Le COIFFEUR insiste en italien.


ANTOINE

Non, non! Allez-vous-en!

(Ouvrant la porte pour faire sortir le coiffeur)

Allez, allez, allez.

Basta! Basta!

Vous avez compris?

Allez, allez. Au revoir.


Le COIFFEUR sort avec son chariot.


LE COIFFEUR

Non, non, pas de cipria.


ANTOINE pousse le COIFFEUR en le payant.


ANTOINE

Allez, au revoir.

Arrivederci. Au revoir. Oh!


ANTOINE referme la porte sous le regard très amusé de GINA.


Dans la chambre voisine, MICKEY est penché sur la serrure et tente de voir ce qui se passe dans la chambre d'ANTOINE.


LOULOU rapporte la clé de la voiture à MICKEY.


LOULOU tente de voir aussi par la serrure, mais MICKEY le repousse.


GINA a terminé son travail.


GINA

Voilà.


ANTOINE

(Se regardant les mains)

Merci bien.

On ne peut pas recommencer, non?


GINA

Pas tout de suite.


ANTOINE

C'est dommage. Je ne reconnais

plus mes mains depuis que

vous les avez faites.

Pardon. Hum... Euh, je...

Enfin, vous...


GINA

Chut! Vous allez dire

des bêtises.


ANTOINE

Vous croyez?

(Ricane)

Mais tout de même, dites-moi,

vous êtes très amoureuse

de votre fiancé?


GINA

Oh, les Français

sont indiscrets.


GINA se tenant devant la fenêtre, on devine sa silhouette au travers de sa robe.


ANTOINE

Moins que votre soleil romain.


GINA

(Se tournant pour tirer les rideaux.)

Oh!


De sa chambre, SAROYAN voit la scène.


SAROYAN

(S'adressant à l'homme de main)

Et hop, il l'a emballée!

Alors moi,

il m'épate, il m'épate,

il m'épate. Mais il m'épate.


L'HOMME DE MAIN

Dites, patron.


SAROYAN

Oui?


L'HOMME DE MAIN

Si vous en profitiez

pour aller vérifier

le chargement de la Cadillac.


SAROYAN

Oh, excellente idée.

Pendant qu'il...

Je descends alors.

Attends-moi ici.


SAROYAN sort dans le corridor et fait venir l'ascenseur. Après un moment, SAROYAN change de place et appelle l'autre ascenseur. Aucun ne semble fonctionner.


Dans le corridor, ANTOINE raccompagne GINA.


ANTOINE

Mademoiselle...


GINA

Gina.


ANTOINE

Gina. Ah!

Vous qui êtes d'ici, vous devez

connaître de bons restaurants.


GINA

Oui. Vous pouvez aller

chez Passetto

ou à la Taverna Flavia.

Ou, tenez, à la Casina Valadier,

si vous aimez la musique.


ANTOINE

(S'arrêtant pour faire face à GINA)

Mais vous, vous y allez souvent?


GINA

Quelques fois.


Plus loin, SAROYAN est toujours devant les ascenseurs.


ANTOINE

Ça serait drôle

qu'on s'y rencontre.

Vous à une table

et moi à une autre.

(Rire)

Je vous demanderais

de venir à la mienne.

Si vous étiez seule bien sûr.


GINA

Oui, mais si j'y allais,

je ne serais sûrement pas seule.


ANTOINE

C'est bien pour ça que je vous

demande d'y venir avec moi.


GINA

C'est que je ne suis pas libre...


ANTOINE

Oh!


GINA

... avant 6h ce soir.


Dans le lobby de l'hôtel, SAROYAN demande son chemin au valet.


SAROYAN

Le garage, c'est à gauche

ou à droite?


Le valet indique où trouver le garage en italien.


SAROYAN

Ah, bien, merci.


À son tour, ANTOINE arrive dans le lobby de l'hôtel.


ANTOINE

(S'adressant à un serveur)

Per favor, pour aller au garage?


Le SERVEUR répond en italien.


ANTOINE

Ah, grazie.


ANTOINE descend un escalier qui mène au garage. Dans le garage, SAROYAN portant une salopette, prend les clés de la voiture et cogne sur le parechoc arrière en portant attention au son. SAROYAN frappe de nouveau, mais à l'aide d'une clé à molette. SAROYAN frappe sur un objet en métal pour entendre la différence des sons. Satisfait, il reprend son jeu de clés et ouvre le coffre de la Cadillac.


SAROYAN donne de grands coups sur l'aile arrière de la voiture.


Un grincement de porte annonce l'arrivée de ANTOINE dans le garage. SAROYAN referme le coffre et se glisse sous la voiture.


ANTOINE monte dans la voiture et cherche les clés sur le contact.


ANTOINE

Mais... où sont les clés?

Je les avais pourtant

laissées dessus.

Ah, mais ça, alors!


Un miaulement annonce aussi la présence d'un chat dans le garage.


SAROYAN

(Chuchotant)

Fous le camp.

Fous le camp!


ANTOINE ouvre la portière côté passager pour mieux fouiller sous le siège.


ANTOINE

Comment ça se fait, ça?


Le chat miaule de nouveau.


SAROYAN

(Chuchottant)

Mais fous le camp!


Le chat passe tout près de SAROYAN qui se met à éternuer.


ANTOINE se redresse dans la voiture.


ANTOINE

Il y a quelqu'un?


SAROYAN

Non, il y a personne.


ANTOINE

Ah, bon.


SAROYAN sort de sous la voiture et appuie sur un bouton qui actionne le chariot élévateur. La Cadillac s'élève avec ANTOINE à son bord.


ANTOINE

Enfin...

(Cherchant toujours ses clés)

Comment ça se fait, ça?


SAROYAN s'amuse à jouer avec les boutons de commande du chariot élévateur.


SAROYAN

C'est pas possible.

Où elles sont, ces clés?

Ah, mais alors...

alors, elles sont...


ANTOINE ouvre sa portière pour descendre ne se rendant pas compte qu'il est juché à quelques mètres du sol.


ANTOINE

Elles sont dans la chambre.

(S'accrochant à la portière pour ne pas tomber dans le vide.)

Ah! Ah!

Mais qu'est-ce que...

qu'est-ce qui se passe?

(Remarquant SAROYAN sans voir son visage)

Ah! C'est vous qui m'a...

Hé, vous! Hé! Là!


SAROYAN se retourne le visage caché par un masque de soudeur.


SAROYAN

Faites-moi descendre.


SAROYAN pointe le plafond.


ANTOINE

Non, mais non!

(Propos en italien)

"Descendi."

La "machina".

Scendere.


La voiture fait une rotation à 360 degrés.


ANTOINE

Ah, qu'est-ce...

qu'est-ce que vous faites?

Mais arrêtez, oui!

Qu'est-ce que vous faites?

Ah! Mais arrêtez!

Fermare. Fermare,

vous m'entendez?

Arrêtez, je vous dis!


SAROYAN joue avec les boutons de commande.


ANTOINE

J'ai mal au coeur.

Ça me tourne maintenant.

En voilà des manières.

Signore!

Donnez-moi la scala.

Scala.


SAROYAN fait des gestes montrant le plafond.


ANTOINE

Ah! Il comprend rien.

"L'échella", "l'échella".

Ah, bien, dites donc!

Vous n'êtes pas doué, hein.

Ah là, là! Allez, donnez ça.


SAROYAN approche une échelle et ANTOINE commence à descendre.


ANTOINE

Regardez-moi ça. Si c'est pas

ridicule de voir ça.

Mais la voiture descend

maintenant.

Retenez la voiture voyons.

(Tentant de garder son équilibre sur l'échelle)

Retenez la voiture! Ah! Mais...

Retenez la voiture,

je vous ai dit!

(Tombant sur la banquette avant avec l'échelle)

Ah! Non, mais dites donc!


SAROYAN prend l'échelle.


ANTOINE

Mais ma parole, vous...

vous débutez dans le métier.

C'est pas possible!

Ah!


SAROYAN tend la clé en marmonnant dans son masque.


SAROYAN

La "glé"!


ANTOINE

Ah!


SAROYAN

La "glé".


ANTOINE

Ah bien justement,

je les cherchais, mes clés.

Bon, bien, grazie.


SAROYAN

C'est beau "zaba".


ANTOINE

Oui, han.

Au fond, c'est un pauvre type.

Bon, attendez, attendez.

(Sortant des billets de sa poche)

On en parle plus, tenez.

C'est pour vous, ça.


SAROYAN

Ah non!


ANTOINE

Mais si, si.

Per lei, per lei.


SAROYAN recule en refusant l'argent.


SAROYAN

Merci, monsieur. Allez, tenez.

Tenez, allez, hop!


ANTOINE soulève légèrement le masque et met les billets dessous.


ANTOINE

Allez. Quel corniaud alors!

Il comprend même pas sa langue.


ANTOINE monte dans la voiture et démarre.


Aussitôt que la voiture a quitté le garage, SAROYAN soulève son masque avec les billets dans la bouche. Puis il soupire longuement.


Dans les rues de ROME, la Cadillac est suivie par la voiture de SAROYAN.


GINA attend à une terrasse. ANTOINE arrive en voiture et GINA monte.


GINA guide ANTOINE dans les rues de ROME en faisant le tour des grands sites, incluant la cathédrale Saint-Pierre.


Le soir est tombé, la CADILLAC s'arrête devant un restaurant. GINA et ANTOINE descendent.


Aussitôt la voiture de SAROYAN passe devant le restaurant.


ANTOINE et GINA entrent dans le restaurant.


ANTOINE

Vous avez une table

pour deux personnes?


MAÎTRE D'HÔTEL

Vous avez fait

vos réservations, monsieur?


ANTOINE

Ah, non.


MAÎTRE D'HÔTEL

Ça sera très difficile.

Il y a tellement de monde.

Cependant, on va voir si

on peut vous trouver

une petite table.


ANTOINE

Ah!


Dans le restaurant, des clients dansent sur la musique d'un groupe qui joue sur la scène.


Le MAÎTRE D'HÔTEL place ANTOINE et GINA près de la piste de danse. ANTOINE fait quelques pas de danse avant de s'asseoir. Le MAÎTRE D'HÔTEL apporte le menu.


GINA

Merci.


MAÎTRE D'HÔTEL

Du caviar, du champagne

pour commencer?


ANTOINE

Ça vous plaît?


GINA

Oui, j'ai très faim.


ANTOINE

Bon, alors, caviar,

champagne et...

et tout le menu, quoi.


L'éclairage devient très discret. Le groupe entame une musique romantique.


ANTOINE

Ah, Rome! Rome...

Vous et moi, ensemble ici,

c'est... c'est inespéré, quoi.

C'est fou ce que

je me sens bien.


La porte battante de la cuisine s'ouvre brutalement dans le dos d'ANTOINE.

ANTOINE

Ah non!

(Cherchant ses mots)

Faites... faites attention, quoi!


LE COIFFEUR gare sa voiture près du restaurant. Le COIFFEUR monte l'escalier qui mène à l'entrée du restaurant et bouscule une couple au passage.


LE COIFFEUR

(Propos en italien)

Scusi, scusi.


Le COIFFEUR aide la dame à se relever et poursuit son chemin.


Dans le restaurant, le COIFFEUR fait la rencontre de deux hommes.


LES DEUX HOMMES

Lino.


Le COIFFEUR écourte la conversation en italien pour se diriger vers la salle à manger et se fait barrer la route par les danseurs qui exécutent une danse en ligne.


GINA et ANTOINE ont déjà entamé leur repas. GINA remarque le COIFFEUR qui cherche au-dessus des têtes.


De nouveau, on tamise l'éclairage pour une musique romantique.


Le COIFFEUR traverse la piste de danse.


Une cliente interpelle le COIFFEUR et discute avec lui en italien.


LE COIFFEUR

Non, non, non.


Une seconde cliente interpelle le COIFFEUR avec beaucoup d'enthousiasme.


CLIENTE 2

Oh, Lino, ciao!


LE COIFFEUR

(Propos en italien)

Ciao, ciao!


La seconde CLIENTE entame une discussion avec beaucoup de ferveur.


GINA remarque l'enthousiasme que suscite son fiancé auprès des clientes du restaurant.


Le COIFFEUR embrasse la première femme et commence à danser avec la seconde, très langoureusement.


GINA

Votre main, vite!


ANTOINE

Mais... Ici?


ANTOINE lève sa main.


GINA

Mais non, pas comme ça.

(Propos en italien)

Cosi!


GINA glisse ses doigts entre ceux d'ANTOINE et lui carresse la main.


Le COIFFEUR ne dissimule pas sa rage et commence à embrasser le cou de sa partenaire.


GINA

Oh, Antonio.


GINA cherche à susciter la jalousie de son fiancé en caressant le visage d'ANTOINE qui embrasse la paume de la main de GINA.


La porte battante de la cuisine frappe violemment le dos de la chaise d'ANTOINE et il se retrouve assis sous la table.


ANTOINE

Non, mais ça fait trois

fois que vous me faites ça.


UN SERVEUR  se penche portant un cabaret plein de victuailles.


ANTOINE

(Avec rancoeur)

Scusi, scusi.


GINA

Partons.


ANTOINE

Mais non.

Et le dîner alors?


GINA

Je n'ai plus faim.


Le COIFFEUR rit à gorge déployée. ANTOINE le remarque. GINA a déjà quitté la salle, mais ANTOINE prend quelques bouchées dans son assiette avant de partir.


Le COIFFEUR lance un regard méprisant à ANTOINE.


GINA descend l'escalier du restaurant. ANTOINE sort sur le balcon.


ANTOINE

Gina!


GINA s'arrête et laisse ANTOINE la rejoindre.


ANTOINE

Gina, qu'est-ce que vous avez?


GINA

Rien.

Antoine...

(Propos en italien)


ANTOINE

Via? Où ça?

Chez moi?


GINA

Oh, si!

Oh non!

Quittons Rome ce soir ou demain.

Vous voulez bien, Antoine?


ANTOINE

Bien, oui.

Vous devez avoir beaucoup

de chagrin pour me demander ça.

Allez, montez.


ANTOINE et GINA montent dans la Cadillac. Plus loin, le CHAUFFEUR de SAROYAN guette la scène.


La Cadillac passe et le CHAUFFEUR suit ANTOINE.


Dans sa chambre, SAROYAN attend près de la fenêtre. La voix d'ANTOINE chantant à tue-tête attire son attention.


SAROYAN

(Bâillant)

Enfin.


De la fenêtre, SAROYAN voit ANTOINE préparer sa valise.


SAROYAN

Dormir... d'un oeil,

mais dormir.


Le son d'une voiture qui démarre ramène SAROYAN à la fenêtre.


SAROYAN

Ah! La Cadillac!

Ah, au feu!


SAROYAN se dépêche de réveiller son HOMME DE MAIN.


SAROYAN

Au feu! Le bègue,

il est à Rome!

Au feu! Le bègue est à Rome.

Vite!

Le mousqueton, le mousqueton.

La souffle, la Cadillac.

Vite, le mousqueton là.

Le mousqueton!

Mais non, imbécile!

Allez, hop! Vite, hop, hop!


En un rien de temps, SAROYAN et son HOMME DE MAIN montent dans la voiture où le CHAUFFEUR les attend déjà.


SAROYAN

Vite, vite! Vite!


[MICKEY LE BÈGUE roule à toute vitesse dans les rues de ROME, au volant de la Cadillac, poursuivi de près par la voiture de SAROYAN.


Les deux voitures roulent sur une autoroute, puis sur une route de campagne.


La Cadillac renverse un homme portant des ballots de foin. Puis la voiture de SAROYAN contourne les ballots éparpillés sur la route.


LE PAYSAN

Ah!


Les deux voitures filent à vive allure dans la nuit, en évitant une voiture qui circule à sens inverse.


MICKEY LE BÈGUE

(S'adressant à LOULOU et LUIGI.)

Allez, tirez!


SAROYAN

(Au volant de la voiture)

Le saligaud!

Ils nous tirent dessus!

Allez, je m'en fous.

Tire dans les pneus.


Le CHAUFFEUR prend un fusil et tire en direction de la Cadillac


SAROYAN

(Frappant le CHAUFFEUR)

Raté! Allez, toi, derrière.

Allez, hop!


L'HOMME DE MAIN vise la Cadillac avec son fusil par la fenêtre ouverte de la voiture de SAROYAN.


SAROYAN

Allez!


Un trou dans l'aile arrière de la Cadillac expulse une poudre blanche.


SAROYAN

Raté! Raté! Ah, la chnouf!

La chnouf qui fout le camp!


Un nuage de poudre blanche fait écran entre les deux voitures.


SAROYAN continue de suivre la Cadillac, le visage en sueur. Puis, une voiture fait une embardée et quitte la route pour se retrouver sur une route secondaire. Le conducteur descend de sa voiture couverte de poudre blanche et vocifère en italien.


SAROYAN continue de suivre la Cadillac.


SAROYAN

(S'adressant a son CHAUFFEUR assis côté passager)

Donne-moi ta place.

Donne-moi ta place.

Allez, prends le volant.


Les hommes de MICKEY le BÈGUE continuent de tirer en direction de SAROYAN.


SAROYAN

Oh, attention, attention,

attention!

(S'adressant à son HOMME DE MAIN)

Le fusil.


SAROYAN tire sur la Cadillac et finit par atteindre un pneu.


SAROYAN

(Rit)

Je l'ai eu!


La Cadillac quitte la route et s'arrête.


MICKEY LE BÈGUE et ses hommes quittent la Cadillac en tirant vers SAROYAN.


La voiture de SAROYAN arrive. Les hommes descendent de la voiture à la poursuite de MICKEY le BÈGUE.


Devant un château d'eau, SAROYAN et ses hommes se dissimulent dans les bosquets.


SAROYAN et ses HOMMES avancent près du château d'eau.


MICKEY le BÈGUE est caché dans la structure du château d'eau. Des coups de feu sont échangés.


Une bagarre éclate entre L'HOMME DE MAIN et LUIGI. Les deux hommes roulent dans un escalier.


LOULOU et LE CHAUFFEUR se battent aussi sur une passerelle.


LOULOU est projeté dans un bassin.


Le CHAUFFEUR saute dans le bassin pour poursuivre LOULOU.


SAROYAN recule vers des statues qui ornent la structure quand son dos s'appuie sur une arme pointée.


SAROYAN

Non, ne tirez pas.

Ne tirez pas. Ne tirez pas.


SAROYAN fait une feinte et frappe le bras qui tient l'arme. Mais il s'agit en fait du bras de la statue qui pointe le doigt, comme s'il tenait une arme.


SAROYAN

(Souffrant)

Ouf!


LOULOU se croyant à l'abri marche derrière les chutes d'eau.


Le CHAUFFEUR agresse LOULOU et la bagarre recommence.


Le CHAUFFEUR assène un coup de poing à LOULOU qui tombe dans le bassin.


SAROYAN réussit à éjecter MICKEY le BÈGUE dans la fontaine, mais LUIGI le surprend et pointe une arme sur SAROYAN.


SAROYAN

Hein?

Ah non. Mais non.

Ah non!


LUIGI tire, mais il n'y plus de balles dans son arme.


SAROYAN

Je l'ai!


SAROYAN jubile en menaçant LUIGI avec son arme.


Un déclic attire l'attention de SAROYAN qui se tourne et tire en direction du bruit. LUIGI en profite pour s'esquiver.


LUIGI s'est caché dans un tronc d'arbre creux. SAROYAN y entre tandis que LUIGI en sort.


SAROYAN sort de l'arbre à la recherche de LUIGI. Le CHAUFFEUR et l'HOMME de main le rejoignent.


SAROYAN ramène la Cadillac à un garage souterrain. Ses hommes suivent dans la voiture de SAROYAN.


SAROYAN

(Descendant de la voiture pour ouvrir la porte du garage)

Restez là.


SAROYAN frappe à la porte du garage.


Un homme sort sur un balcon.


SAROYAN

Hé! Pour réparer!


L'homme envoie paître SAROYAN en italien.


SAROYAN

Je paierai!

Soldi, soldi.


L'homme répond qu'il vient tout de suite en italien


SAROYAN

(Propos en italien)

Grazie!


SAROYAN

Vite, allons à cheval,

direction Rome. Vite. Allez.


Les hommes de SAROYAN retournent dans la voiture, SAROYAN se met au volant de la Cadillac.


L'HOMME ouvre la porte du garage et SAROYAN y fait avancer la Cadillac.


SAROYAN explique en mimant les événements et ce qu'il veut en mimant, Mais pendant qu'il explique, il fait lui-même les réparations et la finition. Finalement, SAROYAN ressort avec la voiture complètement réparée par lui-même.


L'HOMME s'esclaffe en voyant qu'il a gagner autant d'argent sans lever le petit doigt.

Les cloches sonnent le lever du jour à Rome.


SAROYAN parcourt la ville à toute vitesse et rapporte la Cadillac dans le garage de l'hôtel où ANTOINE est logé.


Aussitôt la voiture garée,, ANTOINE arrive dans le garage. SAROYAN sort en douce.


Des porteurs apportent les valises d'ANTOINE et les déposent dans le coffre.


ANTOINE

Ah! C'est vrai, je vais faire

tourner le moteur

parce qu'elle doit être

un peu froide.


SAROYAN et ses hommes roulent sur une route secondaire. Une petite voiture les suit en klaxonnant.


SAROYAN

C'est bon, on a entendu.


C'est le COIFFEUR qui conduit la petite voiture qui dépasse SAROYAN.


SAROYAN

Ah, oui. Allez, allez!

Allez, allez!


ANTOINE et GINA roulent sur la route secondaire.


Le COIFFEUR rejoint la Cadillac et klaxonne.


GINA se retourne et voit son fiancé.


ANTOINE

Oh, le fiancé.


GINA

Plus vite!


ANTOINE

Hein?


GINA enserre les épaules d'ANTOINE comme une amoureuse. Le COIFFEUR appelle au loin.


LE COIFFEUR

Donna Gina!


La route se sépare en deux. La Cadillac prend à gauche et le COIFFEUR prend la même voie en klaxonnant et en vociférant.


LE COIFFEUR

Donna Gina!


ANTOINE et GINA roulent maintenant sur une route bordée d'arbres.


Au bord de la route, une auto-stoppeuse, URSULA, tient un écriteau.


GINA

Arrêtez.


ANTOINE arrête la voiture. GINA descend de la voiture, fait monter l'auto-stoppeuse et s'approche du côté conducteur.


ANTOINE

(S'adressant à l'auto-stoppeuse)

Bonjour.


GINA

Comme ça, vous ne serez pas

seul pour continuer le voyage.


ANTOINE

Ah!


GINA

Pardonnez-moi, Antoine.


La voiture du COIFFEUR klaxonne au loin.


ANTOINE

Vous pardonner, moi?

Mais je suis très fier,

je l'ai rendu jaloux.


GINA embrasse ANTOINE.


ANTOINE

Oh, attention. Il a

peut-être son rasoir, hein.

Adieu, Gina.

Vous serez pour moi...

un bien joli souvenir d'Italie.

Je vous souhaite beaucoup

de bonheur.


GINA

Ciao, Antoine.


GINA court vers le COIFFEUR qui vient de descendre de sa voiture.


GINA et le COIFFEUR échangent quelques insultes en italien. Puis ils éclatent de rire et s'embrassent.


URSULA

(Avec un accent allemand)

Ah, Français.

Toujours l'amour.


ANTOINE

Non, non, non.

Eux, Italiens. Moi, Français.

(Riant)

Au revoir, Gina! Au revoir!


La voiture du COIFFEUR fait demi-tour et s'éloigne.


URSULA

Je m'appelle Ursula

Lambderschausenberger.


ANTOINE

Oh, oh! C'est pas facile

à retenir, ça.

Vous m'épelez?


URSULA

Mais vous aussi vous m'épelez

beaucoup, monsieur.


ANTOINE

Ah bien, merci.

Moi, je suis Antoine

tout court.


URSULA

Alors, en avant,

M. Tout-Court!


ANTOINE

(Riant)

Ah, mais ça commence bien.


ANTOINE et URSULA arrivent dans une autre ville italienne.


La voiture de SAROYAN suit toujours la Cadillac.


La Cadillac continue sur une route secondaire et URSULA, assise sur le dossier de la banquette ne porte qu'un maillot de bain.


ANTOINE

Eh bien, ça vous

fait pas rougir.


URSULA

Non, je rougis jamais

parce que je mets l'huile.

(Mettant de l'huile à bronzer dans la main d'ANTOINE.)


URSULA

Vous savez faire?


ANTOINE

Non, mais j'apprendrai vite.


URSULA

Vite.


ANTOINE

Vous, alors, vous êtes

plutôt nature, hein.


URSULA

Ah, nature? Je suis naturiste.

La pudeur, c'est ce qui donne

les mauvaises pensées.

Vous avez les mauvaises

pensées, vous?


ANTOINE

Moi? Non, pas du tout.


URSULA

Vous avez raison. Parce que

les hommes, les femmes,

nous sommes tous fabriqués

la même chose.


ANTOINE

(Riant)

Il y a quand même

des petites différences.


URSULA

Non, nous avons tous deux

jambes, deux bras,

deux oreilles...


ANTOINE

Arrêtez, arrêtez.

Je sais, je sais.


URSULA

Je connais ça

de quoi je parle.

Je suis étudiante en anatomie

à l'Université de Heidelberg.


ANTOINE

Ah!


URSULA

(Apercevant le lecteur de disque dans la voiture)

Ah! Schöen! Un électrophone!


Le soir venu, URSULA et ANTOINE dansent dans un camping sur la plage.


La soirée est très animée. ANTOINE s'éloigne de la piste de danse en faisant des coin-coin.


ANTOINE et URSULA prennent un rafraîchissement au bar.


URSULA

Danke, Antoine,

vous dansez bien.


ANTOINE

Hum!


URSULA

Mais ce n'est pas ça

qui me plaît en vous.


ANTOINE

Ah, qu'est-ce que

ça peut bien être?

Pas mes cheveux, non?


URSULA

Devinez.


ANTOINE

Mes yeux peut-être.

Ma mère les trouve beaux.

Mais c'est ma mère.


URSULA

Ce n'est pas physique.


ANTOINE

Ah, ah.

Mon intelligence peut-être.

Mon père me trouve

très intelligent.

Mais c'est mon père.


URSULA

Ce qui me plaît en vous,

c'est votre simplicité.


ANTOINE

Mais il manquerait plus que ça

que je sois pas simple.


URSULA

Cher Antoine, nous avons passé

devant les grands hôtels

à Sienne, à Florence,

et vous n'avez même pas regardé.

Mais moi, j'ai vu

que vous pensiez.

"Pauvre petite Ursula

qui n'a pas de robe tralala

dans son petit bagage."


ANTOINE

Oh.


URSULA

Alors, vous vous êtes arrêté

ici, puis ça convient

mieux à mon genre.


ANTOINE

Mais qu'est-ce que

vous imaginez?

Le camping,

c'est mon genre aussi.


URSULA

Vous cachez votre gentillesse.

C'est encore plus gentil.

On va faire dodo?


ANTOINE

Ah oui! ça, c'est

une bonne idée.

(En payant les consommations)

Voilà. Ecco.


ANTOINE et URSULA marchent vers leur tente.


MICKEY le BÈGUE sort de derrière une roulotte avec un sourire en coin.


MICKEY LE BÈGUE se dirige au bar et s'adresse à la serveuse en italien.


La serveuse apporte une boîte à MICKEY et il s'éloigne.


MICKEY LE BÈGUE

Grazie.


URSULA et ANTOINE marchent main dans la main et s'arrêtent devant une tente.


ANTOINE

Et voilà!


URSULA

Voilà.


ANTOINE

Bonsoir.


URSULA

(Propos en allemand)

Gute Nacht.


ANTOINE s'approche pour embrasser URSULA qui tend la joue.


URSULA se glisse dans une petite tente et ANTOINE se glisse dans une tente identique juste à côté.


Tout près, SAROYAN sort la tête d'une tente plus grande, s'assure de ne voir personne puis rentre dans la tente.


SAROYAN

(S'adressant à ses hommes)

Ils sont couchés. Ils sont couchés.


Les trois hommes retirent leurs vêtements pour la nuit.


SAROYAN

Trois là-dedans,

c'est intolérable.

Ça fait des heures

qu'on est là-dedans.

Ce désordre, ce désordre...


Ramassant tout ce qu'il trouve, SAROYAN distribue à ses hommes leurs affaires.


SAROYAN

Qu'est-ce que c'est, ça?

C'est à vous? Tiens!

Ça, c'est à vous, ça?

Allez! Ça?

C'est à vous, ça.

C'est à vous, ça. Tiens!

Et puis ça, c'est

à vous, ça. Voilà.

(Donnant son chapeau à son HOMME DE MAIN)

Ça, dites, hé!

Ça précieusement.

Ça précieusement.

Chut!

Vous avez entendu

quelque chose?

Il y a un moustique.


SAROYAN tape partout pour tuer le moustique. Le CHAUFFEUR reçoit quelques taloches au passage.


SAROYAN

Paf! Non, je l'ai loupé!

Là, je l'ai eu celui-là.

(Tapant l'HOMME DE MAIN)

Mais ne riez pas!

Mais ne riez pas!

Bon, dites, hé!

Je vais me rafraîchir.


SAROYAN sort en maillot de bain, un drap de bain à la main.


Les tentes d'ANTOINE et d'URSULA sont allumées de l'intérieur.


URSULA

(Voix provenant de la tente)

Antoine?


ANTOINE

(Voix provenant de la tente)

Oui, Ursula?


URSULA

(Voix provenant de la tente)

Vous avez sommeil?


ANTOINE

(Voix provenant de la tente)

Oh non, pas beaucoup.


URSULA

(Voix provenant de la tente)

Ah, moi non plus.

On se "promenade"?


ANTOINE

(Voix provenant de la tente)

Ah oui, c'est une bonne idée, ça.


SAROYAN arrive aux douches.


SAROYAN

Ah...


Un campeur très musclé entre aussi dans les douches. Le CAMPEUR fait quelques exercices de bras et frappe SAROYAN au passage.


SAROYAN

Aïe! Oh, bien dis donc!


La douche se trouvant devant un miroir, le CAMPEUR fait des exercices de musculation en se regardant. Après plusieurs contorsions de muscle, le CAMPEUR courtise SAROYAN.


SAROYAN

Mais c'est fini, oui!


Le CAMPEUR quitte les douches.


SAROYAN tente de faire bouger ses muscles à l'image du CAMPEUR, sans succès.


SAROYAN

Enfin...



ANTOINE et URSULA marchent sur la plage, épiés par MICKEY le BÈGUE.


URSULA

On se baigne?

J'ai beaucoup envie.


ANTOINE

Ah oui, mais c'est...

c'est que j'ai pas de maillot.


URSULA

Moi non plus. C'est égal.


ANTOINE

Oui, mais comme ça,

devant vous, tout nu.

Ça me gênerait.


URSULA

Moi pas du tout.

Je suis naturiste.


ANTOINE

Ah. Ah bon, bien alors...

allez-y.


URSULA

Ah non!

Ça, c'est comme l'amour.

On ne le fait qu'à deux.

Si vous ne baignez pas,

husch!


ANTOINE

Bon. Je... je vais

m'éloigner alors.

Dites-moi, Ursula. Euh...

Vous voulez pas que j'aille vous

attendre sous votre tente?


URSULA

Non, Antoine. C'est mieux

que vous alliez m'attendre

sous la vôtre.


ANTOINE

Et vous viendrez

m'y rejoindre?


URSULA

Peut-être sûrement.


URSULA se baigne et ANTOINE retourne vers sa tente.


MICKEY le BÈGUE profite du moment et retire ses vêtements pour rejoindre URSULA dans l'eau.


Dans sa tente, ANTOINE se prépare pour le retour de URSULA.


Après un moment, URSULA et MICKEY le BÈGUE sortent de l'eau. MICKEY prend la tunique d'URSULA et la tient pour qu'elle puisse l'enfiler.


URSULA

Mais vous n'êtes pas

un gentleman.


MICKEY LE BÈGUE

À ce que je vois,

vous non plus.


MICKEY tente d'embrasser URSULA.


URSULA

Mais je vous connais pas.


MICKEY LE BÈGUE

Mais si on n'embrassait que

les gens qu'on connaît.

On va se balader?


Dans sa tente, ANTOINE s'est endormi et rêve en marmonnant le nom d'URSULA.


SAROYAN et ses hommes dorment à poings fermés.


ANTOINE gigote en rêvant et roule sur lui même. Sa tente étant plantée sur une pente, ANTOINE roule au-dehors et se frappe sur la tente de SAROYAN.


SAROYAN

Hein!

(Regardant par une fente pour savoir ce qui se passe)

C'est Maréchal!

C'est Maréchal!



ANTOINE se rendort sur le sable très près de la tente de SAROYAN.


SAROYAN

(S'adressant à ses hommes)

Il est là!

Hein!


ANTOINE

(Tâtant la main de SAROYAN)

Ursula.


SAROYAN

Qu'est-ce qu'il dit?


ANTOINE

Ursula.

Ursula...


SAROYAN, dans sa tente reste sans bouger pendant qu'ANTOINE lui tient la main en dormant.


La main d'ANTOINE commence à se promener sur le corps de SAROYAN.


ANTOINE

Encore un peu d'huile?


SAROYAN

(Parlant allemand)

Nein... Nein, liebe...

Non! Non, non!

Ich will nicht.

Non, ça,

ich will nicht!

Non, mais... Hé!


Les cris de SAROYAN réveillent ANTOINE.


ANTOINE

Qu'est-ce que je fais là, moi?


SAROYAN

(Soupirant d'exaspération)

Pfiou! Quelle soirée!


ANTOINE retourne à quatre pattes vers sa tente.


SAROYAN

Ursula...


MICKEY ramène URSULA à sa tente. URSULA embrasse MICKEY et entre sous sa tente.


MICKEY s'approche de la voiture de SAROYAN et jette des carrés de sucre dans le réservoir d'essence.


Le lendemain, les campeurs ont déjà repris leurs activités.


ANTOINE est au volant de la Cadillac et rend la tente qu'il avait louée.


ANTOINE

(S'adressant au loueur de tentes)

Bonjour!

Ah...

(Propos en italien)

Ecco, la tenda.


LOUEUR DE TENTE

(Propos en italien)

Grazie!


ANTOINE

(Propos en italien)

Pronto! Arrivederci!


SAROYAN, assis au volant de sa voiture, surveille de loin ANTOINE. URSULA arrive avec MICKEY le BÈGUE.


SAROYAN

Le bègue!


LE CHAUFFEUR

(Sortant de la voiture)

Le bègue! Ah, la vache!

Voilà ce qu'il a trouvé.

Se faire présenter au corniaud.

Et à la première occasion, il

va le buter et se faire la malle

avec la voiture.


SAROYAN

Montez vite, on le suit.


URSULA monte dans la Cadillac avec MICKEY.


ANTOINE

Je vous en prie.


SAROYAN n'arrive pas à démarrer sa voiture.


SAROYAN

(Frappant sur le CHAUFFEUR)

Argh! Qu'est-ce qu'il y a?

Vous avez touché à quelque

chose, vous autres!


LE CHAUFFEUR

Non, patron.


SAROYAN

Le contact est mis, bon sang.


LE CHAUFFEUR

Mais la...


SAROYAN

Va voir ce qui se passe, là.


LE CHAUFFEUR

Oui.


SAROYAN

Je t'ai vu trifouiller.


Le CHAUFFEUR sort de la voiture et ouvre le capot.


SAROYAN

(Voix provenant de la voiture)

Je m'en fous. Tais-toi!

La barbe! Ah!


LE CHAUFFEUR

Ah!


SAROYAN

(Voix provenant de la voiture)

Qu'est-ce qu'il y a?


ANTOINE est sorti de sa voiture. MICKEY en profite pour offrir quelque chose à URSULA.


MICKEY LE BÈGUE

Gardez-le.


URSULA

Oh!


ANTOINE

(Montant dans la voiture)

Allez! En voiture.


MICKEY fait des grands signes de la main pour indiquer le départ à ses acolytes.


ANTOINE

(Roulant déjà vers la sortie)

Vous connaissez d'autres

personnes dans le camp?


MICKEY LE BÈGUE

Euh, un vieil ami diabétique

avec qui j'ai fait quelques

affaires dans le temps.


SAROYAN et ses hommes cherchent toujours le problème sous le capot.


SAROYAN

Alors, bon sang!


LE CHAUFFEUR

Saboté.

Ce voyou a saboté la voiture.


SAROYAN

La Cadillac dans

les pattes de la souris.

C'est la catastrophe.

Alors, écoutez:

foutu pour foutu,

je préviens Maréchal.

Je m'en fous.

Je préviens Maréchal.


LE CHAUFFEUR

On verra bien. Allez, hop!


SAROYAN

(Prenant le téléphone de sa voiture)

Allô! Frotti... Frotta? Oui.

Euh... Signorina...


SAROYAN marmonne en italien qu'il veut appeler la Cadillac.


La Cadillac arrête près de la tour de Pise.


ANTOINE monte debout sur la banquette arrière pour prendre la tour en photo. MICKEY tire un bras d'ANTOINE comme pour le faire tomber, mais URSULA tire aussi à sens inverse.


URSULA

Non, non, non.


MICKEY LE BÈGUE

Pose ça.


ANTOINE

Non, lâchez-moi.


URSULA

Antoine, je peux aussi

la conduire?


ANTOINE

Oui, mais

faites attention, hein.

Parce que c'est fragile, hein.


ANTOINE se retrouve assis sur la banquette avant entre MICKEY et URSULA qui conduit.


ANTOINE

Attendez que je vous montre.

Tout doucement, hein.

Bravo!


MICKEY LE BÈGUE

Bravo, bravo, bravo!


SAROYAN

(Toujours au téléphone de sa voiture)

Attente indéterminée?

Ah, bien dis donc!

Bon, bien j'attendrai.

(Propos en italien)

Grazie, signorina.

(S'adressant à son CHAUFFEUR)

Qu'est-ce que c'est? Toi alors!


LE CHAUFFEUR

Du sucre! Du sucre partout

dans le carburateur

dans le réservoir.


SAROYAN

Le saligaud, du sucre!


SAROYAN sort de la voiture et le CHAUFFEUR arrive avec un tuyau que SAROYAN glisse dans le réservoir de la voiture.


SAROYAN

Tiens, viens voir ici.

Tiens, on va siphonner.

Enfin, tu vas siphonner.

C'est pas la même chose. Vas-y.

Attends, attends, vas-y. Vas-y.

Relaxation, hop! Vas-y, allez.


Le CHAUFFEUR siphonne avec sa bouche.


Le CHAUFFEUR s'étouffe et l'essence s'écoule sur le sol.


SAROYAN

Non, ça va. Oui, oui.

Allez vite, vite!


Dans la Cadillac, c'est maintenant MICKEY qui conduit. Le téléphone sonne.


ANTOINE

Ah, le téléphone.


URSULA

Laissez-moi répondre, Antoine.

C'est si original dans les voitures.

Hallo?


SAROYAN a repris la route. Le CHAUFFEUR conduit et SAROYAN parle au téléphone.


SAROYAN

Allô! Ah, allô!

(S'adressant au CHAUFFEUR)

Arrête la voiture,

j'entends rien. Arrête-la.

(S'adressant à URSULA)

Ah, mademoiselle.

Ah bien ça tombe bien.

Non, nein! Non,

nein, nein!

Non, je préfère

que ce soit vous.


URSULA

(Propos en allemand)

Was?


SAROYAN

(Propos en allemand au téléphone)

Ich bin ein Freund...

Un ami, ein Freund of

Herr Antoine Maréchal.

He ist en danger.

Danger... Danger...

Danger. Wachten sie. Danger.

Alors, si vous nicht intervenir,

intervenir, Maréchal kaputt.


URSULA répond en allemand visiblement inquiète.


SAROYAN

Ça, je ne peux pas vous le dire,

je ne vois pas, non.

Alors, because der Mann,

der beau garçon. Enfin...

Der beau garçon

is ein salopard.

Ein grosso salopard

qui veut barbot...

Non, je...

(Propos en anglais)

I beg your pardon.

Qui veut "voleren" la Cadillac.


URSULA

(Propos en allemand)

Ja wohl.

(réponse en allemand)


URSULA pose quelques questions en allemand et SAROYAN lui répond dans un allemand tordu.


SAROYAN

Voilà. Merci.

Non, je crois qu'elle a

capito.


ANTOINE

C'était pour moi?


URSULA

Non, pour moi.


MICKEY conduit toujours la Cadillac et ANTOINE en profite pour admirer le paysage en se levant dans la voiture.


ANTOINE

Quel point de vue, hein!

C'est magnifique!

Oh, ça vraiment, ça mérite

d'être fixé sur la pellicule.


MICKEY, URSULA et ANTOINE descendent à un belvédère au bord de la mer.


MICKEY LE BÈGUE

Excellente idée.

Passez-moi votre appareil.

Je vais vous mitrailler.


ANTOINE

Ah ça, c'est gentil.

Ursula, vous venez. On va nous

photographier tous les deux.


URSULA

Non. Je veux prendre encore

un petit peu le soleil

pour l'hiver.


MICKEY LE BÈGUE

(S'adressant à ANTOINE)

Venez là-bas. En bas des

escaliers, c'est beaucoup

plus joli. Venez.


ANTOINE

Vous croyez vraiment?


MICKEY LE BÈGUE

Oui, oui.


ANTOINE

À propos, en Italie,

vous connaissez l'histoire

du photographe?


MICKEY LE BÈGUE

Non.

(Guidant ANTOINE dans l'escalier qui descend sur la plage)

Regardez. Che bella!


ANTOINE

Ah oui, c'est très joli.

(Racontant une blague)

J'en connais encore une autre.

C'est un type...


MICKEY LE BÈGUE

Là-bas, là-bas, là-bas...


ANTOINE

Oui, d'accord.


Restée dans la voiture, URSULA fouille pour trouver une clé à molette et ouvre le capot.


URSULA laisse tomber la clé à molette sur la batterie ce qui crée un court-circuit et referme le capot.


MICKEY LE BÈGUE guide ANTOINE sur un sentier à flan de falaise.


ANTOINE

On va faire une

photo magnifique.


MICKEY LE BÈGUE

Et voilà, nous y sommes.

C'est pas beau, ça?

C'est pas joli, hein?


ANTOINE

Oh, magnifique.


MICKEY LE BÈGUE

Donnez-moi la caméra.

Installez-vous là.


ANTOINE

C'est là?


MICKEY LE BÈGUE

Oui, oui.


MICKEY LE BÈGUE recule avec la caméra en plaçant ANTOINE près du précipice.


MICKEY LE BÈGUE

Mettez-vous à droite

encore. Voilà, merci.

Reculez un peu.

J'ai pas vos pieds.


ANTOINE

Hein? Ah, bon...


MICKEY LE BÈGUE

Encore...


ANTOINE

Encore?


MICKEY LE BÈGUE

Encore un tout petit peu...

Voilà! C'est ça, bravo.


ANTOINE

Cette histoire, elle est...


MICKEY LE BÈGUE

Ah oui, elle est bonne.


URSULA descend

l'escalier en courant,

cherchant ANTOINE.]


Près de la falaise MICKEY cherche à faire tomber ANTOINE.


MICKEY LE BÈGUE

Encore dix centimètres

ça suffira.


ANTOINE

(Éclate de rire et tombe, dos à la falaise.)


ANTOINE

(En tombant)

Aaah!


ANTOINE se retrouve dans la mer.


URSULA court en entendant le hurlement. MICKEY court vers l'escalier. Apercevant URSULA arriver, MICKEY se cache derrière un rocher.


URSULA regarde au-dessus de la falaise. Ne voyant pas ANTOINE, URSULA plonge. [ANTOINE émerge presque en même temps que URSULA.


ANTOINE

Ah... Ah...


URSULA

Oh!


ANTOINE

Ah!


URSULA

Vous êtes bien?


ANTOINE

Vous êtes là.


URSULA

Par ici.


ANTOINE

C'est gentil, ça.

Oh là, là!

Vous parlez d'un...

d'un choc.


MICKEY LE BÈGUE se glisse derrière le volant de la Cadillac et tente de démarrer, mais le contact ne se fait pas.


MICKEY LE BÈGUE

(Propos en italien)

Qué miseria!


La voiture de SAROYAN arrête à côté de la Cadillac.


SAROYAN et ses hommes descendent de la voiture en tenant MICKEY le BÈGUE en joue.


SAROYAN

(Faisant sortir MICKEY de la voiture)

Où est Maréchal?


MICKEY LE BÈGUE

Il est dans la flotte

avec sa copine.

Ils avaient envie de se baigner.


SAROYAN

Bon, va voir, toi.


LE CHAUFFEUR

Hein?


SAROYAN

(Avec force)

Va voir!

(S'adressant à MICKEY)

Le silencieux.


SAROYAN ajoute un silencieux au fusil de son HOMME DE MAIN.


Deux motards de la police italienne sorte d'un tunnel tout près et se dirige vers le belvédère.


SAROYAN lance son pistolet à MICKEY qui lui relance, pendant que l'HOMME DE MAIN range son fusil dans la voiture.


Les motards de la police italienne s'arrête au belvédère.


SAROYAN offre un cigare à MICKEY le BÈGUE.


MICKEY LE BÈGUE

Puisque vous insistez, merci.


MICKEY s'adresse aux motards en italien. Puis il s'approche d'eux et leur tire la langue. Puis vociférant en italien, MICKEY donne de grands coups de pieds dans les tibias d'un policier. L'autre policier saisit MICKEY et l'emmène sur la moto de son collègue qui se relève pour emmener MICKEY, trop heureux de s'en sortir indemne.


SAROYAN

Aaah!

Saligaud! Saligaud!

Je te retrouverai, moi!

Je te retrouverai!


SAROYAN en colère frappe son HOMME DE MAIN.


HOMME DE MAIN

Bien patron...


ANTOINE et URSULA reviennent sur la plage.


ANTOINE

Regardez-moi ça.

Ça va être assez en vacance.


LE CHAUFFEUR revient vers SAROYAN en courant.


LE CHAUFFEUR

Patron! C'est vrai.

Le corniaud, il se baigne avec

la môme. Et même qu'il

est tout habillé.


SAROYAN

Alors, foutons le camp

avant qu'il revienne.


En remontant la falaise, URSULA raconte son histoire.


URSULA

Mais si, Antoine,

je vous assure.

C'est un véritable attentat.


ANTOINE

Mais ce qui m'intrigue,

c'est que quelqu'un

ait voulu me prévenir.

Qui ça peut bien être?


URSULA

Un ami à vous sûrement.


ANTOINE

Ah?


URSULA

Et il s'est pas trompé.


Arrivée à la voiture, URSULA prend son bagage.


ANTOINE

Mais qu'est-ce

que vous faites?


URSULA aperçoit un camion et se dépêche de tendre son pouce en l'air.


Le camion s'arrête et URSULA s'adresse au conducteur en italien.


URSULA

Ah, j'ai oublié de vous dire.

J'ai cassé votre batterie.


ANTOINE

Mais pourquoi?


URSULA

Pour empêcher ce voleur

de voler votre belle voiture.


ANTOINE

Ah?


URSULA

Antoine...

Ça me fait de la peine

de vous quitter.

Mais franchement,

avec vous, les vacances,

ce n'est plus les vacances.

On ne peut pas... relax.

Je préfère une voiture

moins jolie, mais plus calme.


Dans le camion une vache meugle et le chauffeur presse URSULA de monter.


URSULA

(Embrassant ANTOINE )

Arriva!

Soyez prudent, Antoine.

Très prudent.


ANTOINE

(Propos en allemand)

Auf Wiedersehen.


URSULA

(Propos en allemand)

Auf Wiedersehen.


URSULA

(Montant dans le camion.)

Je vous envoie une dépanneuse.


URSULA a laissé la figurine de MICKEY MOUSE que MICKEY lui avait donnée plus tôt.


Des policiers arrivent à la préfecture.


UN BRIGADIER

M. le commissaire, bonjour.


Dans la préfecture, plusieurs douaniers et policiers sont rassemblés.


COMMISSAIRE DES DOUANES

Messieurs, les petites

affaires amènent les grosses.

Ce gentleman, Mario Costa,

maître d'hôtel pour

La Façade, tombe pour recel.

Je le secoue sans l'abîmer

et voilà qu'il me balance

l'affaire du siècle.

En deux mots:

le gang de la drogue.

Beyrouth a décidé de transporter

aux États-Unis

le stock de chnouf

le plus fantastique

qui ait jamais transité.

Ça n'est pas tout.

Ils en profitent

pour rapatrier en même temps

le produit du hold-up

de Baalbek.

Or, diamant, rubis.

Et enfin, il y a, paraît-il,

dans le chargement...

le Youkounkoun.


UN INSPECTEUR

Ce diam plus gros

que le raisin?

Celui dont tous les journaux

parlaient quand on l'a volé?


COMMISSAIRE DES DOUANES

Oui. Et tout ça planqué

dans une seule bagnole.


INSPECTEUR 2

Mais laquelle?


UN DOUANIER

Et vous pensez qu'ils

tenteront le coup ici?


COMMISSAIRE DES DOUANES

Bien, d'après les renseignements de

douanes police, il y a de bonnes

chances que ce soit par ici.

Alors, comme on ne peut pas

désosser toutes les bagnoles.

C'est aux gueules

qu'il faut se fier.

(Distribuant des photos de MICKEY et ses acolytes)

Et les gueules, les voilà.

Ces tocards.

Beau tiercé, non?

(Sortant une photo de SAROYAN)

Ah! Celui-là n'a encore jamais

couru, mais selon mon pronostic,

il a toutes les chances

de gagner le grand prix.


SAROYAN est de nouveau au volant de sa voiture.


SAROYAN

Il faut passer la frontière

avant lui et on l'attendra

de l'autre côté.


ANTOINE est en maillot de bain et l'opérateur de la dépanneuse referme le capot en parlant italien à ANTOINE.


ANTOINE

Ah...

(Mettant le contact de la voiture)

Ça marche?


OPÉRATEUR DE DÉPANNEUSE

Si.


Ensuite ANTOINE essaie le klaxon qui reste collé.


ANTOINE

Ça fait trois fois

qu'elle me fait ça.

(Arrêtant le klaxon d'un bon coup de pied.)


ANTOINE

Il doit y avoir

un court-circuit.

Faudra que je fasse

examiner ça.

Alors, ça fait combien

pour la batterie.


L'OPÉRATEUR DE DÉPANNEUSE fait le compte en italien.


ANTOINE

28... 28 000. Bon...

Et celle-là, qu'est-ce

que j'en fais?


OPÉRATEUR DE DÉPANNEUSE

(Propos en italien)

Più buono.


ANTOINE

(Propos en italien)

Piu buono. Bon...

Arrivederci!

(Se penchant pour reprendre la batterie abîmée.)

C'est lourd, cette saleté-là.


ANTOINE jette la batterie à la mer qui se fend en deux laissant s'échapper les pierres précieuses.


La voiture de SAROYAN atteint les douanes françaises.


BRIGADIER FRANÇAIS

Passeport, s'il vous plaît.


SAROYAN

Voilà.


Le BRIGADIER montre le passeport de SAROYAN à ses collègues DOUANIERS.


SAROYAN

(S'adressant à SAROYAN)

Garez-vous là-bas,

à gauche, voulez-vous.


SAROYAN

C'est que je suis pressé.

Ne discutez pas et garez-vous.


DOUANIER

Qu'avez-vous à déclarer à la douane?


SAROYAN

Mais... je suis pressé.


DOUANIER

Bon, faites ce qu'on vous dit.

Rangez-vous là.


Pendant ce temps, la Cadillac roule vers les douanes françaises.


LES DOUANIERS ont pratiquement démonté la voiture de SAROYAN et vident les valises sans respect.


SAROYAN

Je proteste, je proteste.

Non, écoutez. Non.

(Tentant d'arrêter les DOUANIERS de tout vider)

Nom de Dieu!

Mais regardez, il pique!

Il pique!

(Poussé par un DOUANIER)

Aïe!

Monsieur, je ne tolère pas!

Je ne tolère... Aïe



UN DOUANIER sort la tête d'une fosse sous la voiture.


DOUANIER 2

C'est fini, oui!

Qu'est-ce qu'il y a?

Non, mais c'est fini?

C'est fini tout ce bruit?


SAROYAN

Mais enfin monsieur, ça fait

deux heures que vous nous

retenez ici.


DOUANIER 2

Que voulez-vous que j'y fasse?


SAROYAN

C'est intolérable! Voilà!


LE COMMISSAIRE DES DOUANES et un INSPECTEUR observent la scène depuis le balcon du poste de douanes.


SAROYAN

(S'adressant à ses hommes)

N'ayons l'air de rien.

Ils nous regardent.

Mais si Maréchal arrive,

Nous sommes foutus.

Mais alors fou-tus!

Mais alors foutus!


Le COMMISSAIDE DES DOUANES approche de la voiture de SAROYAN.


DOUANIER

Il n'y a rien, M. le commissaire.


COMMISSAIRE DES DOUANES

Merci bien.

(S'adressant à SAROYAN en lui rendant son passeport)

Je regrette.


SAROYAN

Oh, ça ne fait rien.


COMMISSAIRE DES DOUANES

Je regrette de pas pouvoir te coffrer.


SAROYAN

Mais je vous interdis de me tutoyer.


SAROYAN

Ta gueule!

Oh mon Dieu!


COMMISSAIRE DES DOUANES

Barre-toi!


SAROYAN

(Feignant l'indignation)

Oh! Oh...


COMMISSAIRE DES DOUANES

Ça va, écrase!


SAROYAN

Oui, c'est exact.

Excusez-moi, M. le commissaire.


COMMISSAIRE DES DOUANES

(S'adressant aux douaniers)

Terminé, messieurs.


SAROYAN

Allez. Allez, hop!

(S'adressant à ses hommes)

Allez, venez ici.

Venez ici, vous.

(Apercevant la Cadillac au loin)

Ah! Maréchal!


La Cadillac s'arrête au poste-frontière.


SAROYAN presse ses hommes d'approcher du capot ouvert de leur voiture pour ne pas être reconnus.


Le BRIGADIER vérifie le passeport d'ANTOINE.


Les DOUANIERS finissent de remettre la voiture de SAROYAN en état de rouler.


DOUANIER 2

Voilà monsieur, ça y est.

Mais où il est passé, lui?

Comment il s'appelle déjà?


DOUANIER

Saro... Sa... Saroyan.


DOUANIER 2

M. Saroyan!

M. Saroyan! M. Saroyan!


SAROYAN

(Caché sous le capot)

Oh, les andouilles!


DOUANIER 2

M. Saroyan! M. Saroyan!


ANTOINE entend les DOUANIERS appeler SAROYAN en passant près de la voiture.


ANTOINE s'arrête, descend et s'approche de la voiture de SAROYAN.


LE COMMISSAIRE DES DOUANES et l'INSPECTEUR s'en mêlent et obligent SAROYAN et ses hommes à sortir de leur cachette.


ANTOINE

Ah... M. Saroyan!

(Approchant en tendant la main)

Mais qu'est-ce

que vous faites là?

Je suis bien content

de vous revoir. Si vous saviez

ce qui m'est arrivé.

J'en ai des choses

à vous raconter. Comment ça va?


SAROYAN

Écoutez, monsieur. Je n'ai pas

le plaisir de vous connaître.

Vous faites confusion.


ANTOINE

Vous plaisantez?


SAROYAN

Pas du tout, monsieur.

Maréchal. Maréchal!


SAROYAN

Ah, c'est pas moi, monsieur.


ANTOINE

Mais c'est moi.


ANTOINE

Dites donc, la voiture est-


SAROYAN

Écoutez, en voilà assez!

N'insistez pas, hein! Ah!


LE COMMISSAIRE DES DOUANES intrigué par l'échange se rapproche encore.


ANTOINE remarque que quelque chose ne va pas.


ANTOINE

Bon, bon...

Vous devez avoir raison.

Excusez-moi, monsieur. Je...

J'ai dû me tromper.


ANTOINE retourne vers sa voiture.


COMMISSAIRE DES DOUANES

(S'adressant à ANTOINE)

Eh vous, s'il vous plaît.


ANTOINE

Moi?


COMMISSAIRE DES DOUANES

Oui, oui. Vous, rangez-vous là.


ANTOINE

Ah bon.


COMMISSAIRE DES DOUANES

(S'adressant à SAROYAN)

Et toi, ça t'intéresse?

Il me semble que je t'avais

dit de te barrer.


SAROYAN

Pour la dernière fois,

je vous interdis de me tutoyer.

Ta gueule, écrase et barre-toi.


ANTOINE gare sa voiture à l'endroit désigné, pendant que SAROYAN remonte dans sa voiture et quitte le poste de douanes.


COMMISSAIRE DES DOUANES

(S'adressant à ANTOINE)

Vos papiers, s'il vous plaît.

(Prenant le passeport d'ANTOINE)

Merci.


SAROYAN s'arrête à quelques centaines de mètres du poste douanier et se cache derrière un colonne pour garder un œil sur ANTOINE.


SAROYAN

Andouille de Maréchal.

Andouille de Maréchal.

Me parler devant le commissaire.

Les flics vont tout

découvrir maintenant.


HOMME DE MAIN

Pas la drogue.

On l'a paumée nous-mêmes.


SAROYAN

Mais le reste, imbécile!

Du Schmurtz et Schmetz

auront ma peau.


LE CHAUFFEUR

Qu'est-ce qu'on fait?

On fout le camp?


SAROYAN

Non, surveillez parce que moi, je...


SAROYAN est dans tous ses états et s'éloigne.


Au poste douanier, on démonte la Cadillac.


COMMISSAIRE DES DOUANES

Ho! Comment ça se passe

dans les ailes là-bas?


DOUANIER 2

On est en train de les

examiner, M. le commissaire.


COMMISSAIRE DES DOUANES

Bon!

(Grattant le parechoc)

C'est pas de l'or, hein.

C'est de la bonne ferraille.


DOUANIER

Pas de bijoux dans

la batterie, M. le commissaire.


DOUANIER 2

Pas de chnouf dans les ailes,

M. le commissaire.


COMMISSAIRE DES DOUANES

Alors, il y a pas non plus

le Youkounkoun.


ANTOINE

Le fameux diamant?

Ah, bien ça alors!


COMMISSAIRE DES DOUANES

Faites pas le malin, vous.

Et parlez-moi un peu

de M. Saroyan.

Vous le connaissez bien?


ANTOINE

Non.

Je croyais le connaître.


COMMISSAIRE DES DOUANES

(Rendant son passeport à ANTOINE)

Ça va. Filez.


ANTOINE remonte dans la voiture et quitte le poste douanier.


Aussitôt, deux motards de la police française et une voiture arrivent. Le COMMISSAIRE DES DOUANES leur indique de suivre ANTOINE.


Dans la ville bordant le poste douanier, la Cadillac roule sur une rue quasi déserte. Les HOMMES de SAROYAN surveillent son passage.


LE CHAUFFEUR

Patron! Le voilà.


SAROYAN

Où ça?

Oh, il a passé.

Nous sommes sauvés.

Il m'épate, il m'épate, il m'épate!


Les HOMMES s'apprêtent à remonter dans la voiture de SAROYAN.


SAROYAN

Non, non. Pas celle-là.

Il la connaît. Elle est verte.

Je ne sais plus quoi faire.

Qu'est-ce qu'il faut faire?


LE CHAUFFEUR

(Pointant des voitures stationnées)

Il y en a là!


SAROYAN

Hein? Ah oui, merci.


SAROYAN et ses hommes approchent des voitures pour en voler une. Les HOMMES testent quelques portières pour en trouver une déverrouillée.


SAROYAN

Dépêchez-vous, on nous observe!


LE CHAUFFEUR ouvre une portière de Rolls Royce.


SAROYAN

(Bafouillant pour feindre que la voiture lui appartient)

N'allez pas trop vite.


LE CHAUFFEUR

Si monsieur veut bien

se donner la peine.


SAROYAN et ses hommes démarrent la Rolls qui dégage une grosse fumée noire.


ANTOINE roule sur une autoroute française en repassant les derniers événements dans sa tête.


VOIX MÉLANGÉES

(COMMISSAIRE DOUANIER)

Ce n'est pas de l'or,

c'est de la bonne ferraille.

(DOUANIER 2)

Pas de bijoux dans la batterie,

M. le commissaire.

(SAROYAN)

Mais monsieur,

vous devez faire erreur,

je n'ai pas le plaisir

de vous connaître.


ANTOINE remarque qu'il est suivi.


ANTOINE

(Voix interne)

Tiens, on a changé

de voiture maintenant.

M. Saroyan.

Hum.

Vous m'avez vraiment pris

pour un pauvre type.

Bon, je vais quand même vous

la conduire à Bordeaux,

votre Cadillac.

Seulement, en route,

on s'expliquera chez mes amis,

à Carcassonne.


Un panneau routier indique Carcassonne à 15 km.


La Cadillac traverse un passage à niveau juste avant que la barrière ne l'empêche.


ANTOINE se retourne pour voir la ROLLS s'arrêter et rit à gorge déployée.


SAROYAN sort de sa voiture en rogne.


SAROYAN

Oh là, là, là!

Oh là, là!


Pendant que SAROYAN regarde le train passer, quelqu'un dépose du sucre dans le réservoir de la Rolls.


SAROYAN

S'adressant à la barrière]

Allez! Allez! Allez!

(Tentant de soulever la barrière)

Allez, bon sang!

(Remontant dans la Rolls)

Vite, vite, vite!

Vite, allez hop. Hop!

Allez! Vite, vite, vite!


Une file de voitures attend derrière la Rolls. Les klaxons résonnent, mais la Rolls n'avance pas.


SAROYAN

(Sortant la tête par la fenêtre)

Alors, c'est fini, oui?


La voiture de MICKEY sort d'une petite route secondaire et s'arrête près de la Rolls.


MICKEY LE BÈGUE

(Tendant une figurine de Mickey Mouse)

Coucou. Me revoilà.


MICKEY repart aussitôt en traversant le passage à niveau.


SAROYAN

Qu'est-ce que c'est?

(Descendant de la voiture)

Ah, le saligaud...


SAROYAN comprend le subterfuge et prend un tuyau dans la voiture pour siphonner l'essence sucrée du réservoir.


SAROYAN

(S'adressant au CHAUFFEUR)

Bon, tu viens?


Plus loin, sur une route provinciale, MICKEY manœuvre pour faire s'arrêter la Cadillac.


MICKEY descend de sa voiture et pointe son arme sur ANTOINE.


MICKEY LE BÈGUE

Terminus.

Tout le monde descend.

Envoie les clés.

Et fais ta prière.


ANTOINE lance les clés à MICKEY et sort de la voiture.


ANTOINE

(Prenant un air de truand)

Écrase, hein?

T'as voulu me foutre dans

le bain, mais je sais nager.

(Rigolant)

Alors, tu...

Tu veux me flinguer?

Moi?


MICKEY LE BÈGUE

Barre-toi de là

ou tu vas souffrir.


ANTOINE

(Rigolant)

Ne me fais pas marrer.

J'ai les lèvres gercées.

Patate, va.

Vise un peu.

(Frappant l'aile arrière de la voiture)

Ça sonne creux.

Un héros, mais pas d'héroïne.

Pousse ta viande, veux-tu?

Regarde un peu.

La batterie, tu peux visiter.

Il y a peau de balle.

(Sortant un canif et grattant le parechoc.)

Le parechoc.

C'est pas de l'or.

C'est de la bonne ferraille.


MICKEY LE BÈGUE

Je... je ne savais pas

que tu étais dans le coup.


ANTOINE

Pauvre cave.

T'as pas encore compris

que cette bagnole-là,

c'est du bidon?


MICKEY LE BÈGUE

You-you-you...


ANTOINE

(Imitant le bégaiement)

You-you-you...

Le Youkounkoun?


SAROYAN

Comme le reste, tout est

dans la vieille Rolls.

En dessous.

Allez, refile-moi mes clés.


MICKEY LE BÈGUE

Si t'es un pote à Saroyan,

pourquoi tu le balances?


ANTOINE

Disons que...

Il a pas été

très correct avec moi.


ANTOINE reprend ses clés, tandis que MICKEY se dépêche de partir à la recherche de la Rolls.


ANTOINE rigole, fier de son coup.


Plus loin, MICKEY s'arrête près du passage à niveau. MICKEY descend de sa voiture et sort son arme en approchant de la Rolls abandonnée. Un panneau dans le pare-brise indique « En panne ».


Plus loin, à Carcassonne, SAROYAN descend d'un car avec ses hommes. Et trouve rapidement la Cadillac.


ANTOINE surveille SAROYAN et ses hommes derrière une porte.


SAROYAN

La voilà.


SAROYAN et ses hommes s'assoient à une terrasse. Une serveuse approche.


LA SERVEUSE

Petit-déjeuner

pour ces messieurs?


SAROYAN

Oui, trois cafés au lait.


LE CHAUFFEUR

Sans sucre.


LA SERVEUSE

Bien, monsieur.


De son côté, MICKEY le BÈGUE est occupé à démonter le dessous de la Rolls.


Le COMMISSAIRE DES DOUANES et ses agents tire MICKEY par les pieds et le tiennent en joue. Le COMMISSAIRE DES DOUANES fouille MICKEY.


COMMISSAIRE DES DOUANES

(Sortant un document de la veste de MICKEY)

Tu permets?

Un plan signé Saroyan.

C'est du gâteau.


À Carcassonne, SAROYAN et ses hommes prennent leur petit-déjeuner. La SERVEUSE revient vers la table.


LA SERVEUSE

Y a-t-il un M. Saroyan

parmi vous?


SAROYAN

Qu'est-ce que vous dites?


LA SERVEUSE

Saroyan.


SAROYAN

Saroyan... Mais qu'est-ce

qu'il y a?


LA SERVEUSE

On le demande au téléphone.


SAROYAN

Au téléphone? Où ça?


LA SERVEUSE

À la cabine à l'intérieur.


SAROYAN

Saroyan...


LA SERVEUSE

Suivez-moi.


SAROYAN

(Se levant)

Où ça? Là-bas?

Qu'est-ce que c'est que ça?


SAROYAN prend le téléphone dans la cabine.

Allô?


De son côté, ANTOINE parle dans un tube.


ANTOINE

Allô.

Sa-sa-sa-sa... Saroyan.


SAROYAN

(Dans la cabine)

Oh! Le bègue!

Saligaud, va.

Qu'est-ce que tu veux?


ANTOINE

(Parlant dans un tube)

Fifty-fifty.


SAROYAN

(Dans la cabine)

Rien du tout!


ANTOINE

(Parlant dans un tube)

Réfléchis un poco, no?


SAROYAN

(Dans la cabine)

Bon, écoute. Non, mais je

pense à quelque chose. Attends.

On peut peut-être discuter, oui.

(Sortant son arme)

Oui, je dirais sur les remparts,

par exemple.

Hein? Et on serait bien

tranquilles. Hum?


ANTOINE

(Parlant dans un tube)

D'accord.


SAROYAN

(Dans la cabine)

Pour m'annoncer,

je sifflerai... Hum...

Plaisir d'amour.

Plaisir d'amour.

(Fredonnant la chanson)

Bang!

(Fredonnant la chanson)

Bang! Bang!


ANTOINE

(Parlant dans un tube)

Mais... Tu...

Tu viens seul ou...

Sinon, tic-tic.

(Reprenant sa voix en raccrochant le téléphone.)

Je m'amuse.


SAROYAN, très fier de son plan, sort de la cabine en riant.


ANTOINE

(Au téléphone)

Allô. Passez-moi le 18-17,

mademoiselle.

Merci.

Allô? Martial? Ici Antoine.


À la gendarmerie, un gendarme, MARTIAL parle au téléphone.


MARTIAL

Antoine! Où tu es? à Paris?


ANTOINE

Non, à Carcassonne.

Je viens d'arriver.


MARTIAL

Tu déjeunes à la maison?

Je préviens Josette.


ANTOINE

Non, merci, tu es gentil.

Écoute, Martial,

je t'appelle pour une chose

très sérieuse.


MARTIAL

T'as besoin de moi, fils?


ANTOINE

Oui. Dis-moi...

la porte de derrière, celle

qui donne sur la rue

des Fossés-Verts,

elle existe toujours?


MARTIAL

Bon, alors,

voilà ce que tu vas faire.


Sur les remparts du château de Carcassonne, SAROYAN attend en sifflant « Plaisir d'amour ».


De petits pas serrés annoncent l'arrivée d'une vieille dame.


LA VIEILLE

(Chantant)

♪ Chagrin d'amour ♪


♪ Dure toute la vie ♪


SAROYAN, décontenancé, remet son arme dans sa poche et retourne vers le château.


À la terrasse, les hommes de SAROYAN en sont à leur Xième café, quand la serveuse revient les voir.


LA SERVEUSE

Messieurs, votre ami

vous demande au téléphone.


LE CHAUFFEUR

(S'adressant à son confrère)

Reste là, j'y vais.


Dans une fenêtre en face on aperçoit ANTOINE au téléphone.


LE CHAUFFEUR revient vers la table.


LE CHAUFFEUR

Vite, grouille-toi!


HOMME DE MAIN

Quoi?


LE CHAUFFEUR

Le patron est en danger.


HOMME DE MAIN

Où ça?


LE CHAUFFEUR

80 rue des FossésVerts.


HOMME DE MAIN

Viens!


De son côté MICKEY pénètre en voiture dans l'enceinte fortifiée de Carcassonne.


Les HOMMES de SAROYAN trouvent l'adresse indiquée. L'HOMME DE MAIN prépare son arme.


À l'intérieur de la gendarmerie, on attend les deux truands de pied ferme. LE CHAUFFEUR et L'HOMME DE MAIN font irruption dans la gendarmerie.


MARTIAL

Bienvenue, messieurs.

Allez, hop!


Une dizaine de gendarmes s'attaquent aux truands.


LES HOMMES DE SAROYAN

Ah! Ah! Oh!


ANTOINE sort de sa cachette en sifflant et se dirige vers la terrasse.


ANTOINE

(S'adressant à la SERVEUSE)

Ma petite Suzanne.

Tout à l'heure, il y avait

trois messieurs ici, hein?


LA SERVEUSE

Oui, M. Antoine.


ANTOINE

Bon, alors, le plus petit,

vous savez celui qui...

qui parle comme ça,

il va revenir.

Alors, vous lui direz qu'il ne

compte plus sur ses deux amis.

(Brandissant un porte-clé avec la figurine de Mickey Mouse)

Et vous lui remettrez ceci.

(Rigolant)

Ça l'amusera beaucoup.


LA SERVEUSE

Bien, M. Antoine.


ANTOINE aperçoit la voiture de MICKEY, conduite par des inspecteurs, qui approche. ANTOINE se cache derrière un muret.


ANTOINE

(Pour lui-même)

Tiens, l'Italien

a reçu des renforts.

Eh bien...

On va mettre tous ces crabes

dans le même panier.

(Rigole)


Les inspecteurs s'assoient à des tables différentes de la terrasse.


LA SERVEUSE

Qu'est-ce que je vous

sers, monsieur?


INSPECTEUR 2

Une bière.


LA SERVEUSE

Et vous, monsieur?


UN INSPECTEUR

Une bière.


SAROYAN arrive en courant vers la terrasse.


SAROYAN

(Pour lui-même)

Hé! Mais où est-ce

qu'ils sont, ceux-là?

Les enfoirés! Oh hé!

Ça va, hein?


LA SERVEUSE

Monsieur?


SAROYAN

Qu'est-ce qu'il y a?


LA SERVEUSE

On m'a remis ça pour vous.


La serveuse remet la figurine à SAROYAN


SAROYAN

Qu'est-ce que c'est que ça?


Aussitôt les deux inspecteurs s'emparent de SAROYAN.


SAROYAN

Mais qu'est-ce que vous...


Le COMMISSAIRE DES DOUANES vient lui passer les menottes.


SAROYAN

M. le commissaire...


COMMISSAIRE DES DOUANES

Ta gueule, écrase.

Allez, en route!


SAROYAN

Mais vous n'avez...

Je suis humilié.

Ouais, humilié.

Je suis humilié.

Vous m'humiliez.


La voiture banalisée approche et on embarque SAROYAN.


COMMISSAIRE DES DOUANES

Oui, oui, oui.

Vous m'humiliez.

Vous m'humiliez.

Oui, allez. à l'intérieur.


SAROYAN

Aïe!

Je suis humilié.

(Remarquant la présence de MICKEY dans la voiture)

Oh! Le bègue!


COMMISSAIRE DES DOUANES

(S'adressant aux inspecteurs)

Bon, et maintenant, à vous

de jouer. Coffrez-moi

Maréchal en vitesse

et rendez-vous à Bordeaux

à l'hôtel de police.

Ah, et surtout, faites gaffe

à la Cadillac, hein.


Le COMMISSAIRE DES DOUANES monte dans la voiture et les inspecteurs partent à pied de leur côté.


ANTOINE descend la rue et fait signe aux inspecteurs de le suivre. Aussitôt qu'il se sait reconnu, ANTOINE se met à courir dans les dédales de la ville fortifiée.


ANTOINE se retrouve dans la rue derrière la gendarmerie et se rend compte qu'il a semé les policiers.


ANTOINE

Ils viennent pas,

ces couillons-là.

(Appelant les INSPECTEURS)

Coucou!


Dans la gendarmerie, MARTIAL et ses hommes attendent s'apprêtent à appréhender les deux INSPECTEURS.


UN INSPECTEUR

(Se faisant prendre en pénétrant dans la gendarmerie)

Bande d'idiots!


ANTOINE vient voir l'arrestation.


MARTIAL

Hip hip hip...


LES GENDARMES

Hourra!


MARTIAL

Bien joué, fils.


À Bordeaux, la Cadillac est pourchassée par une voiture banalisée qui émet une sirène.


Au port de Bordeaux, des policiers en moto poursuivent aussi la Cadillac, toutes sirènes dehors.


De nouveau la Cadillac est prise en chasse dans les rues de Bordeaux. Finalement, la Cadillac emboutit une vitrine avec quatre hommes à son bord.


Le klaxon reste bloqué.


Les hommes du COMMISSAIRE

des DOUANES descendent

de la Cadillac.


ANTOINE et MARTIAL sont sur place, MICKEY et SAROYAN aussi, en plus des INSPECTEURS dans le vacarme et la pagaille complète.


COMMISSAIRE DES DOUANES

Nom de Dieu,

arrêtez-moi ce klaxon!


ANTOINE

Ah! Klaxon!

Avec deux "K",

comme le Youkounkoun.


ANTOINE donne un petit coup sur le klaxon pour le faire taire. Puis dévisse le centre du klaxon pour faire apparaître la pierre précieuse.


ANTOINE

Messieurs, voici le Youkounkoun.


SAROYAN

Alors là, il m'épate,

il m'épate, il m'épate.


COMMISSAIRE DES DOUANES

Embarquez-moi ce gars-là.


ANTOINE

Moi? Non!


SAROYAN

Oui. M. le commissaire, je vous

donne ma parole d'honneur

que ce garçon n'y est pour rien

dans toute cette affaire. Voilà.


COMMISSAIRE DES DOUANES

Toi, je te conseille de rester

tranquille. Allez, tout le monde

dans l'hôtel de police!


ANTOINE

Bien non, pas moi, voyons!


On embarque tout le monde dans la pagaille et la confusion.


Une remorqueuse se charge de la Cadillac.


ANTOINE et SAROYAN sont assis devant la Cadillac sur le plateau de la remorqueuse.


ANTOINE

Dites donc, pendant

que je vous ai là.

Vous m'avez foutu dans un drôle

de pétrin, vous, hein.


SAROYAN

(Ricanant)

Mais je vous en sortirai,

je vous le garantis.


ANTOINE

Oh là, là!

Oh, mais moi,

je ne suis pas inquiet

puisque je suis innocent.

Puis au fond,

je vous en veux pas parce que...

quel voyage, hein?

Et ça, ça compte

dans la vie d'un homme.


SAROYAN

(Riant)

Mais dites...

Ils nous entendent pas,

ils peuvent pas entendre.

Vous allez toucher

les 100 millions.


ANTOINE

100... 100 millions?


SAROYAN

Bien, 100 millions,

la prime d'assurance

du Youkounkoun.

Non, mais... Le Youkounkoun,

c'est vous qui l'avez trouvé.


ANTOINE

Ah, bien oui.


SAROYAN

Bon, il y avait des témoins.


ANTOINE

Ouf... Plein, oui.


SAROYAN

Bon, alors, vous allez toucher

la récompense de 100 millions

pour le Youkounkoun.


ANTOINE

Ah bien, je suis pas

si "kounkoun" que j'en

ai l'air, alors.

(Riant)

Hein? Dites...

Ah, 100 millions.


SAROYAN

Dites...

Hein?

Ils nous entendent pas. Enfin,

faut se méfier. Dites-moi,

les 100 millions,

vous allez les avoir. Bon,

qu'est-ce que vous

allez en faire?


ANTOINE

Ah, je sais pas,

j'ai pas eu le temps...


SAROYAN

Écoutez-moi, écoutez-moi.

Vous avez confiance en moi.


SAROYAN

Non, écoutez, vous avez

confiance en moi! Écoutez.

Vous avez confiance en moi, là.


ANTOINE

Oui.

Hein?


SAROYAN marmonne à l'oreille d'ANTOINE.


SAROYAN

Bon, alors...

(Chuchotant)


ANTOINE

Non! On peut gagner

de l'argent avec ça?

(S'esclaffant)

C'est vrai?


Générique de fermeture


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