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Vidéo transcription

Europe 51

Mariée à un riche diplomate installé à Rome, Irène néglige son petit garçon de 10 ans. Ce dernier souffre de ce manque d’affection. Pou obtenir l’attention de sa mère, il invente un jeu dangereux..



Réalisateur: Roberto Rossellini
Acteurs: Ingrid Bergman, Alexander Knox
Année de production: 1952

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Générique d'ouverture


C'est le soir; IRÈNE GIRARD gare sa voiture devant un immeuble à logements. Elle sort de la voiture avec son chien, entre dans l'immeuble et croise le garçon d'ascenseur.


GARÇON D’ASCENSEUR

Bonsoir, madame.


IRÈNE

Bonsoir.


GARÇON D’ASCENSEUR

L'ascenseur est

en dérangement.


IRÈNE

Oui, je sais.


IRÈNE monte en utilisant l'escalier et entre dans un appartement où se trouve MICHELE, un garçon d'une dizaine d'années.


IRÈNE

(S'adressant à MICHELE)

Oh, bonjour, chéri. Je suis

terriblement en retard.

Les rues sont encombrées.

On avançait pas. Comment vas-tu?


IRÈNE

(S'adressant à la domestique CESIRA)

Et monsieur est là, au moins?


CESIRA

Oui, madame.


IRÈNE

Est-ce que tout est en ordre?


CESIRA

Je crois, madame.


IRÈNE

Je vais aller voir la table.

(Allant voir la table)

Parfait. Oui, oui,

c'est très bien.

(Lui donnant un objet)

Tenez, rangez ça tout de suite.


MICHELE

Maman?


IRÈNE

Oui?

Dis-moi, Michele, as-tu fini

tes devoirs?


MICHELE

Non.


IRÈNE

Pour quelle raison?

Viens avec moi.


MICHELE

Écoute... Écoute-moi

un instant.


IRÈNE

Oui, oui, Michele.

(S'adressant à son mari)

Bonjour, George.


GEORGE

Tu es en retard.

Que t'est-il arrivé?


IRÈNE

Ah oui, je sais.

C'est la grève. C'est inouï.

Le trafic a été interrompu.

La police a bloqué

les principales rues.

J'aurais voulu arriver plus tôt

pour te dire que j'avais invité

tante Margaret et son fils

à dîner avec nous.


GEORGE

Mais quand? Ce soir?


IRÈNE

Mais oui, ce soir. Tu étais

sorti quand elle a téléphoné.

Elle part dans trois jours et

c'est la seule soirée de libre.

Il faut que nous les invitions

une fois à dîner.

Mais j'espère qu'André gardera

pour lui ses théories marxistes.

S'il te plaît, ne t'attarde pas

parce que je ne suis pas prête.


IRÈNE s'assoit pour se coiffer. MICHELE se tient à ses côtés.


IRÈNE

(S'adressant à son fils)

Et toi, j'aimerais savoir ce que

tu as fait toute la journée.



MICHELE

Oh, rien.


IRÈNE

Qu'entends-tu par rien?

Sonne, j'ai besoin

d'avoir Cesira.


MICHELE actionne la sonnette.


MICHEL

Écoute-moi, je voudrais

te dire un tas de choses.


IRÈNE

Bien sûr. Tu vois que je

t'écoute. Ne me retarde pas.


On frappe à la porte.


IRÈNE

Entrez.


CESIRA entre.


IRÈNE

Je ne me souviens plus d'avoir

dit à la cuisinière

de faire un plat spécial pour

Mme Casati. Allez le lui dire.


CESIRA

Mafalda a préparé un poisson

au beurre comme pour M. Michele.


IRÈNE

Ah bien, c'est très bien.

Parfait. Allez, Cesira.


MICHELE

Écoute, maman, mais écoute

ce que j'ai à te dire.


IRÈNE

Mais je suis là pour

t'écouter, Michele.

Retourne-toi. Je vais vite

changer de robe.


MICHELE s'assoit, quelques secondes s'écoulent.


IRÈNE

Allons, qu'as-tu à me dire,

je t'en prie?


MICHELE

Oh, rien. Je n'ai plus rien

à te dire.


IRÈNE

As-tu donc envie de me mettre

en colère?

Allons, qu'as-tu? Dis-le-moi.


MICHELE

Je suis resté toute la journée,

seul à attendre.


IRÈNE

Mais ton professeur

n'est donc pas venu?


MICHELE

Oh, non, il vient

quand il veut quelques fois.


IRÈNE

C'est sûrement

à cause de la grève.

Il n'y avait pas d'autobus.


MICHELE

Je suis resté l'autre semaine

sans nouvelle de lui

pendant deux jours.


IRÈNE

Sans doute était-il malade.

Eh bien... Oui, dès demain

matin, je lui téléphonerai.

Es-tu content?


MICHELE

Non.


IRÈNE

Quoi? Qu'as-tu encore?


MICHELE

Il me déplaît, ce répétiteur.

Il ne s'occupe que de lui

et tient des propos déplacés.

Il s'approche de vous et il sent

la sueur et je n'aime pas ça.


IRÈNE

Je sais très bien

ce que tu voudrais:

que je fasse revenir ta

nanny, mais tu es un homme,

tu es trop grand, maintenant.

Tu dois travailler chaque jour.

Ah, grands dieux, cette Cesira!


IRÈNE sort de la chambre.


IRÈNE

Cesira... Cesira!

Donnez-moi ma robe blanche

et mes souliers brochés.

Dépêchez-vous, je vous en prie.


CESIRA

Oui, tout de suite.


IRÈNE entre dans la cuisine et y rencontre la cuisinière, MAFALDA.


IRÈNE

Bonjour.


MAFALDA

Bonjour, madame.


IRÈNE

Le champagne est au frais?


MAFALDA

Oui, madame.


IRÈNE retourne à sa chambre.


IRÈNE

(S'adressant à CESIRA)

On a sonné. Allez ouvrir.

Oh, George, je t'en prie,

va les recevoir.

Je vais être prête

dans quelques minutes.


GEORGE GIRARD salue son fils, depuis le corridor.


GEORGE

Dors bien, Michele.


MICHELE

Bonne nuit.


IRÈNE

C'est tout ce que

tu avais à me dire, chéri?


MICHELE

Où as-tu été toute la journée?


IRÈNE

Où je suis allée?

Mais, qu'entends-tu par "Où

es-tu allée toute la journée"?

Est-ce une question

à poser à sa mère?

Écoute, Michele, il est grand

temps que tu comprennes

que tu n'es plus un bébé.

Tu as maintenant 12 ans.

Tu as été trop gâté. Je t'ai

laissé faire tous tes caprices,

mais tout de même, tu devrais

être plus raisonnable.


MICHELE tient un large collier dans ses mains. Il se regarde dans le miroir de la coiffeuse et mime de se pendre avec le collier. Une femme, LUCIA, entre dans la pièce. MICHELE cache le collier.


LUCIA

Bonjour, Michele.

Où est ta maman?


IRÈNE

Je suis là!


LUCIA

Comment vas-tu?


IRÈNE

Bonjour, Lucia.


LUCIA

Sais-tu que tes invités

sont arrivés?


IRÈNE

Oui, je suis prête.


MICHELE dépose le collier et sort de la chambre.


LUCIA

Laisse-moi te raconter ce qui

s'est passé chez Antonelli.

Quel scandale! C'est

tout à fait incroyable!


Sur une musique dramatique, MICHELE entre dans une pièce où se trouvent des armes.


Au salon, IRÈNE rejoint plusieurs invités.


IRÈNE

Bonjour! Excusez-moi

d'être en retard.

Je suis heureuse de vous revoir.


INVITÉE

Bonjour, comment allez-vous?


IRÈNE

Très bien. Bonjour.


GEORGE

(Montrant un wagon de train miniature)

Regarde ce que Richard a

apporté à Michele.


IRÈNE

Ah, c'est magnifique!

Je suis sûre

qu'il sera fou de joie.

Merci infiniment, Richard.


MARGARET et ANDRÉ entrent au salon.


GEORGE

Ah, c'est tante Margaret.


IRÈNE

Vous avez fait un bon voyage?

Vous allez bien?


MARGARET

Excellent ma chère Irène.

Bonjour, George.


IRÈNE

Bonjour, André.


GEORGE

Elle semble plus en forme.


IRÈNE

Une silhouette de jeune fille.

Venez, tante, que je vous

présente Mme Orange, une amie.


MARGARET

Enchantée.


MME ORANGE

Je suis ravie, madame.


IRÈNE

M. Chandler et M. Orange.

Vous reconnaissez

mon amie Luciana?

Mme Casati et son fils.


GEORGE

Mais, je vous en prie,

venez donc vous asseoir.


IRÈNE

Oh, George, nous devrions

dire à Michele

qu'il vienne jouer avec

ce train. Il ne dort pas encore.


GEORGE

J'y vais.


IRÈNE

Voyons, que vais-je vous

offrir? Un cocktail pour vous?


MME ORANGE

Non, merci.


IRÈNE

Tante, peut-être

un jus de fruits?


MARGARET

Rien, merci. Ou plutôt

un peu du vermouth.


IRÈNE

Alors, du vermouth.

Et André?


ANDRÉ

Rien, merci.


IRÈNE

Rien? Jus de fruits?


ANDRÉ

Non, vraiment.


IRÈNE sert un verre à MARGARET.


MARGARET

Merci.


IRÈNE

Quant à moi... Tiens, Luciana,

que désires-tu boire?


LUCIA

Un dry martini,

pour ne pas changer.


IRÈNE

Ah OK,

et je ferai comme toi.


MICHELE entre au salon.


GEORGE

Ah, voilà Michele.

Tiens, regarde, M. Orange

t'a fait ce cadeau.

Va dire bonjour

à tante Margaret.


MARGARET

Oh, comme il a changé.

L'année dernière, il était guère

plus haut que ça.

Il est un peu pâlichon.

Est-il fatigué?

Tu étudies trop, certainement.


IRÈNE

Il a toujours eu

le teint pâle, mais...


GEORGE

Michel.

As-tu dit bonjour aussi

à Mme Orange?


MME ORANGE

Bonjour. Comment vas-tu?


GEORGE

Et voici ton cousin André.


ANDRÉ

Tu vas bien, Michele?


MICHELE

Bien.


MICHELE prend le wagon de train.


GEORGE

Tu n'as pas remercié

M. Orange.


MICHELE

(Serrant la main de M. ORANGE)

Merci.


M. ORANGE

Tu es content?


MICHELE

Oh oui.


IRÈNE

C'est un magnifique cadeau.

N'es-tu pas content?

Allons, tu dois t'en aller.

Il est temps. Va dire bonsoir.

C'est l'heure où

les enfants dorment.

(S'adressant à une invitée)

Voilà. Tu le préfères très sec,

n'est-ce pas?


INVITÉE

Oui, s'il te plaît.


MICHELE dépose le wagon de train et s'en va.


LUCIA

Qu'est-ce que peut avoir

Michele?

Il a été d'une

telle indifférence.


GEORGE

Ha! Ces jours-ci,

il fait sa mauvaise tête.

Ce train est tout à fait

extraordinaire.


LUCIA

Oui. Je regrette de ne plus

être une petite fille

en regardant ce train.

Je jouerais volontiers avec.


GEORGE

Alors, allons jouer.


LUCIA et GEORGE se lèvent.


IRÈNE

(Poursuivant une discussion)

Ah, c'était très intéressant.

Ça m'a beaucoup plu.

Je ne savais pas que

vous étiez au vernissage.

(S'adressant à LUCIA et GEORGE)

Où allez-vous donc par là?

Les voilà qui prennent

le train sans nous.

Ils nous ont oubliés.

Est-ce qu'on loue ces places?


LUCIA et GEORGE s'amusent avec le train dans une pièce adjacente.


GEORGE

Voilà, il a démarré.


LUCIA

Et maintenant, stoppez.


IRÈNE et d'autres invités les rejoignent.


IRÈNE

Voilà ton verre.


LUCIA

Merci. Est-ce qu'il

peut aller au ralenti?

Oh! C'est

une véritable perfection.

Il va au ralenti.


CESIRA les rejoint.


CESIRA

Madame est servie.


IRÈNE

Oui. Le dîner est servi.

George, allez.


LUCIA

Ces sortes de jouets

amusent plus

les parents que les enfants!


IRÈNE

Tante Margaret et Richard,

à table. Le dîner est servi.

Voyons...

(Plaçant ses invités à table)

Vous ici et Éric là.

Et André ici, à ma gauche.

Quant à George... Ah non.

Non, pas comme ça.

Tante Margaret,

tout au bout de la table.

Quant à Richard, il s'assoira là

et George de ce côté.

Je crée une confusion

invraisemblable.


GEORGE

Tenez, voici votre place,

tante Margaret.


MARGARET

(Donnant sa canne à CESIRA)

Prenez cette canne.


M. ORANGE

Étiez-vous déjà venue

en Italie?


MARGARET

Il y a très longtemps

lorsque j'étais jeune fille.

Je suis restée

avec ma soeur à Florence.

La mère de George.

Et puis, j'ai épousé un Italien,

Vladimir Casati.


M. ORANGE

Et votre fils a sa situation

en Italie?


MARGARET

Oui, à Rome.


M. ORANGE

Et que fait-il?


MARGARET

Journaliste.

Il est devenu journaliste.


MME ORANGE

Oh, c'est

un merveilleux métier.

(S'adressant à ANDRÉ)

Que dites-vous de la situation?

Ce sera la paix ou la guerre?


ANDRÉ

Je souhaite que

nous ayons la paix.


MME ORANGE

Je vous crois très optimiste.

Il est difficile, en certains

cas, d'éviter la guerre.


ANDRÉ

Ne faudrait-il pas vouloir la paix?


MME ORANGE

Nous la voulons tous,

mais le moyen de l'éviter

est difficile.


ANDRÉ

J'avoue que mes idées sur ce

sujet sont différentes.


IRÈNE

Allons bon, voilà

qu'il parle politique.

Attendez l'heure des liqueurs.

Avez-vous assisté aux courses?


MME ORANGE

Excusez-moi, chérie.

(S'adressant à ANDRÉ)

Je suis curieuse de connaître

les raisons de cet optimisme.


ANDRÉ

Parce que beaucoup de gens

partagent mes idées,

je crois, et veulent la paix.


IRÈNE

Yvonne, veuillez changer

de sujet, s'il vous plaît.

André a des idées

qui nous dépassent.


MME ORANGE

Oh, socialiste?


IRÈNE

Non, il est plus à gauche.

Je suis une bien triste hôtesse.

Ouf!

Afin d'éviter un conflit,

j'ai placé la colombe

de la paix à ma gauche

et le plan Marshall à ma droite.

Et comme il me fallait

un neutre pour arbitre,

j'ai choisi un citoyen suisse.

Et tout cela pour rien.


CESIRA

Madame, Michele dit

qu'il a mal au ventre.

Il veut vous voir un moment.


IRÈNE

Ah, vraiment, je suis désolée.

Il faut que j'aille voir ce

qu'il a, de quoi il se plaint.

Excusez-moi. Je bois en

l'honneur de la paix...

En ces lieux.


IRÈNE quitte la salle à manger.


GEORGE

J'avoue que j'ai souvent

résolu de graves problèmes,

mais cet enfant est

une véritable énigme.


IRÈNE rejoint MICHELE qui est couché au lit.


IRÈNE

Qu'as-tu?


MICHELE

J'ai mal.


IRÈNE

À l'estomac, sans doute?


MICHELE

Oui, oui.

Plus bas, maintenant.


IRÈNE

Où, où? À quel endroit?


MICHELE

Oh, partout.


IRÈNE

​[Touchant son ventre]

Ici?


MICHELE

Aïe!


IRÈNE

(Touchant ses oreilles)

Là?


MICHELE

(Se plaignant)

Oh!


IRÈNE

Oh... Tu n'as rien.

Tu n'as rien du tout.

Je suis sûre que

tu l'as fait exprès.

Tu dois cesser de jouer

au bébé à ton âge.


MICHELE

Comment dormirais-je

si tu n'es pas à côté de moi?


IRÈNE

Allons, tu sais que nous

recevons ce soir et tu fais ça.


MICHELE

(Très en colère)

Va-t'en! Je veux plus te voir!


IRÈNE

Ça suffit, arrête!


MICHELE

Tu n'as pas honte

de te faire voir toute nue?

Va-t'en!


IRÈNE

Oh!


IRÈNE quitte la chambre et MICHELE sanglote.


IRÈNE est assise à la table avec ses invités et une sonnette retentit.


IRÈNE

C'est Michele qui sonne.

Je n'irai plus.

(S'adressant à CESIRA)

Allez lui dire

qu'il s'endorme.


La sonnette se fait plus insistante.


GEORGE

Cesira...

Éteignez la lumière

de sa chambre

et dites-lui que c'est moi

qui irai s'il s'endort pas.


IRÈNE

Je le trouve si nerveux

ces temps-ci.

J'ai renvoyé sa nurse

il y a environ six mois.

Comme elle était devenue

inutile pour son éducation,

George a décidé

de lui donner un professeur

qui ne lui convient pas.


GEORGE

Sa mère l'a trop gâté.

Il devrait aller dans une école.


IRÈNE

Michele est d'une nature

extrêmement sensible.

Je m'en suis aperçue

et j'ai obtenu à chaque fois

un résultat par le raisonnement.

J'imagine bien

ce qui pourrait se passer

en envoyant

cet enfant dans une école.


GEORGE

Il faut songer

à se rendre compte

des progrès réalisés par

l'éducation dernièrement.


M. ORANGE

Il y a, vous le savez,

d'excellentes écoles en Suisse.

Leur renom est universel.

Il n'est pas mauvais,

pour un enfant de cet âge,

d'en côtoyer d'autres

et d'être aussi commandé.


GEORGE

C'est exact, je le sais.

Tenez, Chandler a envoyé

son garçon étudier à Boston

et je serais enchanté

que mon fils lui ressemblât.


M. CHANDLER

Oui, c'est vraiment

un beau résultat.


GEORGE

Il a juste un an

de plus que Michele,

et l'an passé,

il est venu en vacances

directement de Boston

par avion rejoindre sa famille.


MARGARET

Il a survolé l'Atlantique

à son âge?

Sans avoir peur?

Sans la moindre crainte?


M. CHANDLER

Oh non, non.

L'avion le passionne.


IRÈNE

Tout ceci, c'est vrai,

est excellent.

Mais songez avant tout que

durant la guerre,

quand George était aux armées,

Michele a eu une pauvre vie,

voyageant de tous côtés,

traversant l'Angleterre,

car j'essayais

d'éviter les raids.


CESIRA arrive en courant.


CESIRA

Madame! Michele s'est blessé

en tombant!


IRÈNE

Quoi?


CESIRA

Il est tombé dans l'escalier!


Tous se précipitent dans les hauts escaliers intérieurs de l'immeuble. Quelques personnes transportent MICHELE, inconscient.


GEORGE

Comment est-ce arrivé?

Je vais l'emmener.

Cesira, la clé!

La clé de la voiture!


CESIRA

(Lui lançant son manteau)

La clé est dans la poche

de votre pardessus.


IRÈNE et GEORGE portent MICHELE à la voiture.


GEORGE

(S'adressant à ANDRÉ qui conduit)

Santo Spirito est l'hôpital

le plus près d'ici.


Dans la salle d'attente de l'hôpital, ANDRÉ revient donner des nouvelles à GEORGE et IRÈNE qui attendent.


ANDRÉ

Rien de grave.

Fracture simple du col du fémur.

Il a eu un malaise stomacal.

On ne semble pas redouter

une commotion cérébrale.

On l'a transporté

à la salle d'opération.

Il est sous anesthésie.

Il en sortira bientôt.


GEORGE

Je tiens à ce que

le Dr Alessandrini l'examine.

Je désirerais l'appeler

au téléphone.


ANDRÉ

(S'adressant une infirmière)

M. Girard veut téléphoner.

Voulez-vous l'accompagner?


L'infirmière accepte.


GEORGE

Je reviens.


ANDRÉ

Ma chère Irène...


MICHELE est transporté dans le corridor sur une civière.


IRÈNE

Michele...


Le docteur CASSIANI les rejoint.


IRÈNE

Comment est-il, docteur?


DR CASSIANI

Rassurez-vous, rien de grave.


IRÈNE rejoint MICHELE près du lit où il dort et elle fond en larmes.


DOCTEUR

Allons, madame, ne vous mettez

pas dans un état pareil.

Sauf complications imprévues,

il se remettra vite.


IRÈNE retourne s’asseoir en sanglotant. Le DR CASSIANI la rejoint.


DR CASSIANI

Je suis désolé.

Des accidents pareils

ne sont pas aussi rares

qu'on veut le croire.

(S'adressant à un infirmier)

Je désirerais parler au médecin

de service.


IRÈNE

Il a une fracture

du col du fémur.


DR CASSIANI

Il ne faut pas vous tourmenter

ainsi, madame.

Son état ne me semble

pas sérieux.


Le docteur ALLESANDRINI arrive et se dirige vers GEORGES et IRÈNE.


DR CASSIANI

(Se présentant au docteur ALESSANDRINI)

Cassiani.


DR ALESSANDRINI

Ah, parfait.

Qu'a-t-il exactement ?


DR CASSIANI

Une fracture simple

du col du fémur.

Nous l'avons mis dans le plâtre.

Il vient de sortir

de la salle d'opération.


DR ALESSANDRINI

Aucune complication?


DR CASSIANI

Il est à craindre

les conséquences du choc.


IRÈNE

C'est que nous

aimerions l'emmener.


DR CASSIANI

Pas ce soir. Il est

encore sous anesthésie.


GEORGE

Bien. Alors, qu'on lui donne

une chambre réservée.


DR CASSIANI

Pour cette nuit, c'est

impossible. Demain, très tôt...


DR ALESSANDRINI

Mais demain, il faut

qu'il soit ramené chez lui.


Dans la chambre de MICHELE à la maison, IRÈNE et une infirmière veillent sur lui.


IRÈNE

Quand lui

avez-vous fait sa piqûre?


INFIRMIÈRE

Immédiatement

après notre arrivée ici.

Il est plus calme, maintenant.


IRÈNE

Mais c'est dangereux de faire

de la morphine à un enfant.


INFIRMIÈRE

Oh non.

À vrai dire, c'est un calmant

bien moins toxique

que la morphine.


IRÈNE

Ça pourrait lui causer

un malaise.


INFIRMIÈRE

Non, du tout.

Au contraire.

Une fracture de ce genre

occasionne des souffrances

pénibles au début.


IRÈNE

Hum-hum. Oui, je pense bien.


CESIRA les rejoint


CESIRA

Madame...

C'est... C'est M. Casati.


IRÈNE

Qu'il vienne jusqu'ici.


IRÈNE sort de la chambre.


IRÈNE

(S’adressant à l'INFIRMIÈRE)

Je vais rester tout à côté.

Oui, oui.


CESIRA

(Reconduisant ANDRÉ jusqu'à IRÈNE)

Par ici, je vous prie.


IRÈNE

Bonjour, André.


ANDRÉ

Comment est-il?


IRÈNE

Oh... Sait-on?


ANDRÉ

Soyez calme. Cette chute

aurait pu avoir

des suites plus graves.


IRÈNE

Mais que s'est-il donc passé?


ANDRÉ

Allons, maintenant

cessez de vous tourmenter.

Je suis passé pour vous dire

au revoir, Irène,

car me voilà obligé de

m'absenter pour quelque temps.


IRÈNE

Ah oui?


ANDRÉ

Est-ce que je peux faire

quelque chose pour vous?


IRÈNE

Non, je vous remercie.


ANDRÉ

Irène...

Je ne sais si je dois

vous dire que...

Oui, vous dire

ce que j'ai appris.

Comme vous savez, le chirurgien

de l'hôpital est un de mes amis.

Et il m'a dit...

Qu'il a...

Qu'il a eu l'impression...

Que Michele n'avait pas eu

un accident.


IRÈNE

Pas un accident? Mais que

voulez-vous dire?


ANDRÉ

Allons, allons,

du calme, Irène.

Le chirurgien m'a dit

que Michele,

sous l'effet de l'anesthésie,

aurait dit certaines choses

incohérentes, certes, mais...

Mais suffisantes tout de même

pour faire croire...


IRÈNE

(Sanglotant)

Que tout cela est absurde.


ANDRÉ

Peut-être, mais mon ami a

pensé que certains enfants,

d'une nature

excessivement sensible,

sont capables souvent

d'aller à l'extrême

au risque d'être entraînés

à commettre...


IRÈNE

Mais c'est impossible,

voyons, André, impossible!


ANDRÉ

Allons, allons, Irène. J'ai

cru que vous étiez au courant.


MICHEL

(Appelant depuis la chambre)

Maman!


IRÈNE

Je viens tout de suite, chéri,

tout de suite.

(S'adressant à ANDRÉ)

Et vous croyez qu'il aurait

pensé à se suicider?


ANDRÉ

Non, non, non. Jusque-là, non.

Mais il se peut qu'il n'ait

songé tout simplement

qu'à attirer votre attention.

Mais allez, ne le faites pas

attendre encore.

Nous parlerons

de tout cela à mon retour.

Au revoir. Soyez forte,

c'est nécessaire.


IRÈNE

Oui, vous avez raison, André.

Au revoir.


IRÈNE revient au chevet de MICHELE.


MICHELE

Maman...


IRÈNE

J'arrive. Je te demande

pardon, mon chéri.

Tu t'es réveillé?

Hum...

Il faut être bien sage.

Ne remue pas.

Reste tranquille, chéri.

Très tranquille.

Est-ce que tu veux, mon chéri,

que je reste avec toi?

Nurse, vous pouvez

vous retirer un moment.

Je vais rester auprès de lui.

Reposez-vous quelques instants

dans le salon.

(S'adressant à MICHELE en collant son front contre le sien)

Es-tu heureux comme ça?

Nous voilà tous les deux.

Tout comme autrefois

quand tu n'étais qu'un bébé.

Tu te rappelles

pendant la guerre?

Quand nous nous endormions

tous les deux

et que tes petits pieds étaient

toujours si froids.

Et que je te serrais tout

contre moi pour les réchauffer?

Et tu te rappelles

les nuits où...

Où on entendait les sirènes...

Et que tu disais:

"Boum méchants!"

Et aussitôt après,

tu te rendormais tranquille.

Sans soucis.

Tu ne te réveillais même pas

quand nous allions nous réfugier

dans les abris.

Et qu'enroulé

dans une couverture,

je t'emportais dans mes bras.

Et je me souviens

de cette journée ensoleillée

où tu jouais sur la colline

quand un soldat très grand

m'a fait une remontrance.

Et sais-tu ce

que tu lui as répondu?


MICHELE

Je ne sais plus du tout

ce que je lui ai dit.


IRÈNE

Tu t'es retourné

en te redressant brusquement

et puis tu lui as dit:

"Voulez-vous mon poing

sur votre nez?"


IRÈNE donne un baiser sur la joue de MICHELE.


IRÈNE

Mon cher petit.

Et tu te rappelles

quand ton père est revenu

à la maison après la guerre?


MICHELE

Oui, parce que

tu ne venais plus jamais.


IRÈNE sanglote.


IRÈNE

C'est fini, cette fois.

Tu me verras toujours.

Je resterai avec toi toujours.


MICHELE

Tu resteras avec moi comme

quand j'ai eu l'appendicite?


IRÈNE

Oui!

Oui, toute la journée.

Je resterai avec toi.

Oui, tu verras, je vais être

avec toi toujours.

Toujours...


Plus tard, GEORGE rejoint IRÈNE auprès de MICHELE.


IRÈNE

(Chuchotant)

Il dort.


IRÈNE et GEORGE sortent de la chambre.


IRÈNE

George, j'ai appris que Michele

n'a pas eu un accident.


GEORGE

Que racontes-tu là, voyons?


IRÈNE

Il s'agit de toute autre chose.

C'est terrible.

Terrible.

Je suis sûre

qu'il a voulu mourir.


GEORGE

Oh, c'est un sensible,

mais... c'est d'une

absurdité fantastique.


IRÈNE

Je suis sûre, sûre

qu'il a voulu mourir.


GEORGE

Mais c'est impossible, voyons.

Réfléchis, il n'avait

aucune raison de faire ça.

Qui a osé te dire ça?


IRÈNE

Le docteur de l'hôpital

l'a dit à André.


GEORGE

C'est insensé.

Il est fou. C'est insensé.


IRÈNE

Non...

Je suis sûre

que c'est la vérité.

C'est la vérité, je le sais.

Je le sais parce que Michele...

Michele aussi me l'a dit.

Oh, George, il faut que nous

changions dès aujourd'hui

notre façon de vivre.

C'est de notre faute s'il

souffre, s'il est malheureux!


L'infirmière les rejoint.


INFIRMIÈRE

Monsieur...

Monsieur...


GEORGE retourne dans la chambre de MICHELE.


IRÈNE

George?

George!

Qu'est-ce qu'il se passe?

Laisse-moi! Non, lâche-moi!

Mais laisse-moi!


GEORGE empêche IRÈNE d'entrer dans la chambre.


GEORGE

Je t'en prie, n'entre pas.


IRÈNE

Laisse-moi! Dis-moi

ce qu'il arrive?


GEORGE

Tout est fini. Il est mort.


IRÈNE

(Criant)

Michele... Michele!


Plus tard, dans le corridor, CESIRA et MAFALDA transportent un plateau de nourriture.


CESIRA

Dépêchez-vous.

La mère de madame

veut qu'on lui apporte

le plateau préparé.

Mettez ça là. Oui, comme ça.

Ah, j'en peux plus.

Il y a que trois nuits

que je ne dors pas.


CESIRA apporte le plateau à MME HAMILTON, la mère d'Irène.


CESIRA

Voilà le plateau, madame.


MME HAMILTON

Oui, c'est très bien.

Apportez-le-lui tout de suite.

(S'adressant à GEORGE)

Il est temps qu'elle cesse

de ne boire

que des jus de fruits

et du lait.

Pauvre Irène. Les années

n'ont rien changé à sa vie.

Étant enfant, quand il lui

arrivait des trucs tristes,

il fallait qu'elle disparaisse.

Et c'est ainsi qu'elle passait

des heures entières.

Sans dire un mot.

Et elle m'a fait

un jour une peur.

Elle s'était éclipsée

toute une journée,

on l'a cherchée partout.

Elle était cachée

dans le grenier.

Et d'ailleurs,

quand je vais auprès d'elle,

elle reste sans parler.


GEORGE

Hum, je sais.

Je sais, Michele agissait

aussi comme elle.


CESIRA revient.


CESIRA

Madame a laissé le plateau

à côté de son lit.

Elle se servira plus tard.


GEORGE

(Quittant la pièce)

Excusez-moi.


GEORGE entre dans la chambre d'IRÈNE.


GEORGE

Bonjour, chérie.

Es-tu moins fatiguée?


IRÈNE

Moins, merci.


GEORGE

As-tu pris quelques

nourritures aujourd'hui?


IRÈNE

Non, tout à l'heure

parce que...

C'est trop tôt. Plus tard...


GEORGE

Ma chère Irène, tu ne peux pas

continuer à vivre ainsi.

Voilà dix jours que tu ne dors

pas, que tu ne manges pas...

Il faut être plus raisonnable,

voyons.


IRÈNE

Oui, George.

J'essayerai, je te le promets,

mais plus tard.


GEORGE

Et au risque de te paraître

irritant, il faut...

Il faut bien

que nous t'obligions

à te préoccuper de ta santé.


IRÈNE

Oh, George, je t'en prie...


GEORGE

Non, je t'en prie,

laisse-moi finir.

Que nous le voulions ou non,

il faut...

Il faut continuer

à supporter cette vie.

Cette vie quotidienne.

Il nous faut l'endurer,

quelle qu'elle soit.

Tu oublies ta mère

qui, à son âge,

a effectué un voyage en avion

aussi long pour te voir.

Et en trois jours,

tu ne lui as pas

adressé la parole.

Si tu refuses de penser à toi,

au moins, pense à elle.

Je t'en supplie, essaie,

fais un effort, Irène.


IRÈNE

Je ne peux pas...

C'est impossible.

Je suis si lasse.

Je t'en prie, explique-lui

que je dois rester encore seule.

Dis-lui.


On frappe à la porte.


GEORGE

Entrez.


CESIRA entre avec un téléphone dans les mains.


CESIRA

C'est Londres.


GEORGE

(Parlant au téléphone)

Allô? Allô?

Veuillez parler plus fort,

je n'entends rien.

Je n'entends rien.

Ah oui?

Bon, merci, entendu.

Je vous câblerai

la réponse, oui.

Retéléphonez-moi

demain matin à mon bureau.

Oui, merci. Au revoir.


GEORGE raccroche le combiné.


IRÈNE

Je suis désolée de te faire

de la peine, George.

J'ai besoin d'être seule.

Sois patient avec moi.


GEORGE

Il faut te résigner à prendre

un somnifère. Il le faut.


IRÈNE

Oui.


GEORGE

Il faut te détendre.

Tu le sais fort bien,

tu viens de le dire.


IRÈNE

Oui...


GEORGE

Il n'y a rien de tel.

Dormir est la meilleure

des choses, tu le sais.


IRÈNE

Oui, tu as raison.

Oui, j'essayerai.

George, rejoins donc mère.

Elle a beaucoup de chagrin,

elle aussi.

Il est tard,

vous allez bientôt dîner.

Tiens-lui compagnie

puis tu reviendras.


GEORGE se dirige vers la porte.


GEORGE

Si cette lumière te gène,

veux-tu que je l'éteigne?


IRÈNE

Oui, merci.


IRÈNE observe une photo de son fils sur la table de nuit. Le téléphone sonne.


IRÈNE

(Répondant au téléphone)

Allô? De la part de qui?

Oh, André, c'est vous.

C'est exact, oui, je vous ai

téléphoné plusieurs fois.

J'aurais aimé vous voir.

Oui, je...

Oui, oui...

Oui, c'est très, très urgent.

Dans la soirée?

Ah, j'ai hâte de vous revoir.

C'est en effet

très important pour moi.

Non. Non, non.

C'est plus commode, oui.

Oui.

Vous êtes à votre bureau?

Oui, où est-ce?

Alors, j'arrive, très bien.

Oui, je viens tout de suite.

Oui, bonsoir.


IRÈNE est en voiture avec ANDRÉ. Elle conduit.


ANDRÉ

Chère Irène...


IRÈNE

Alors vous savez?


ANDRÉ

C'était imprévisible.


IRÈNE

Il a eu une embolie.


ANDRÉ

Ma chère Irène,

que puis-je faire pour vous?


IRÈNE

Oh, plus rien. Non, rien.

À quoi bon? Tout est inutile.


ANDRÉ

Où allons-nous?


IRÈNE

Oh, que sais-je?

Où vous voulez.


ANDRÉ

Alors, trouvons pour parler

un lieu plus calme.


IRÈNE

Oui.

Oh, j'avais hâte

que vous rentriez.

Je voulais avoir

différents détails.

Je vous ai appelé déjà maintes

fois à votre bureau.


ANDRÉ

Oui, on me l'a dit, oui.


IRÈNE

Je n'ai songé qu'à ce que...

J'aurais voulu vous questionner.

Et je sens bien...

que c'est devenu inutile.


ANDRÉ

Irène, il faut faire que

ce qui doit vous réconforter.

C'est mieux.


IRÈNE

C'est que je ne sais même plus

ce que je dois faire.

C'est atroce.


ANDRÉ

C'est une peine trop lourde.


IRÈNE

Où dois-je vous conduire?

Vous retournez au journal?


ANDRÉ

Non, non, j'ai le temps.

Si vous le désirez,

je peux rester plus longtemps.

Tournez à droite.


IRÈNE

Mais je vais être pour vous

une triste compagnie.


IRÈNE stationne la voiture.


ANDRÉ

Allons, Irène, pourquoi

ne descendrions-nous pas?

Pourquoi ne pas faire

tout en causant quelques pas?

Ainsi, nous parlerons

tranquillement.


ANDRÉ et IRÈNE descendent de la voiture devant une statue équestre.


ANDRÉ

Cette place a toujours exercé

sur moi un certain charme.

La majesté de cette statue

évoque une époque révolue.

N'est-ce pas?


IRÈNE

Oui.

Michele, m'aviez-vous dit, aurait

prononcé des phrases distinctes

durant l'anesthésie, pour que

le docteur ait eu la sensation

qu'il ne pouvait s'agir d'un accident?


ANDRÉ

Mais quelle torture, Irène.

Cessez de vous tourmenter.


IRÈNE

Il fallait que nous ayons

des invités ce soir-là.

Quelle fatalité! Il fallait

que je sois en retard,

pressée, indifférente...

Il fallait que tout

soit contre moi.

Sous quelle influence étais-je

pour être si indifférente

ce soir-là?

Comme cela est tragique!

Un seul geste... Il suffisait

d'un seul mot, d'un mot

et rien ne se serait passé.


IRÈNE pleure.


IRÈNE

Et c'est moi qui suis

responsable de sa mort.

C'est trop affreux, André.


ANDRÉ

Allons, allons, Irène.

Quel inutile tourment, allons.

À quoi bon répéter

ce qu'il vient d'être dit,

ce qu'il vient d'être fait?

Ce qui devait arriver arrive.


IRÈNE

Oui.

C'est la destinée.

Voilà à quoi j'ai été destinée.


ANDRÉ

Mais je n'ai pas parlé

de destinée.

Le destin n'a rien à voir.


IRÈNE

Si vous niez

qu'il y ait un destin,

cette faute est la mienne.


ANDRÉ

Non, non, Irène.

Ne croyez pas cela, non.

N'est-ce pas la faute

de la société

qui permet tant d'horreurs?


IRÈNE

Mais quel rôle cette société

joue-t-elle à vos yeux?


ANDRÉ

Mais songez

à un petit enfant...

Un petit enfant

dont la première impression

qu'il a ressentie

en venant au monde

n'est que la peur

et les bombardements.

La guerre.

De qui est-ce la faute?


IRÈNE

Ces innocents, est-ce à eux

de payer cette faute?

C'est trop injuste.

C'est trop injuste.


ANDRÉ

Mais, Irène, est-ce qu'il

paraît juste, par exemple,

qu'un petit enfant

n'ait plus qu'à mourir

parce que les siens

se trouvent sans argent

pour payer les soins

que nécessite son état?

Le cas s'est produit

aujourd'hui même à mon bureau.

Une mère m'a supplié de l'aider

pour sauver son enfant.

Elle a quatre petits enfants.

Son mari est un employé

du service de la voirie

et il gagne à peine

le nécessaire pour manger.

Le médicament

qu'on lui a ordonné

est un produit nouveau qui

n'est fabriqué qu'en Amérique.

Et croyez-vous

qu'il soit juste possible

que la vie d'un être,

d'un enfant,

dépende du prix d'un médicament?


IRÈNE

Mais j'ignorais. Vous auriez

dû me le dire en me voyant.

J'irai les voir pour les aider.

Et où habitent-ils?

Il faut y aller tout de suite.


ANDRÉ

Non, pas ce soir, mais demain.

Voulez-vous que nous

y allions ensemble?


IRÈNE

Oui.


IRÈNE rentre à la maison.


IRÈNE

Oh, George.


GEORGE

Cette sortie subite est

inadmissible. Réfléchis, Irène.


IRÈNE

Mais oui, tu as raison.

Le portier ne t'a donc pas remis

mon message? C'est étonnant.


GEORGE

Mais oui, j'ai eu ton message.

Enfin, s'en aller

sans rien dire.

N'est-ce pas surprenant?

Je n'ai cessé d'arpenter

de long en large

cette chambre

durant trois heures.

Tu aurais dû songer à me dire

où tu allais.

Je me suis imaginé

toutes sortes de catastrophes.

Allons, tu aurais dû penser

à mon anxiété.


IRÈNE

Oh, comme c'est ennuyeux.

Pardon, George.

Tu devrais avoir plus

de patience avec moi.

Au moins quelques mois.

Je sens que ma raison,

à tous moments, me quitte.


GEORGE

Où étais-tu?

Dis-moi ce que tu as fait.


IRÈNE

J'ai voulu parler avec André.


GEORGE

Avec André? Qu'avais-tu

à lui dire, subitement?


IRÈNE

Rien, je ne sais plus.

C'est que je ne sais plus

où j'en suis.


GEORGE

Allons, Irène, je sais que

ta douleur est immense, mais...

Il est grand temps

de te ressaisir.

Tu es dans un tel désarroi.

Essaie de surmonter ta douleur.


IRÈNE

Oui. Ne te tourmente pas,

George.

Je vais faire un effort.

Il faut que je m'habitue

à vivre.


GEORGE serre IRÈNE contre lui.


GEORGE

Si seulement

tu te confiais à moi.

Je suis là.

Songe que je t'aime.

Enfin, pourquoi es-tu allée

te confier à André?

Voyons, je peux t'aider

autant que lui.


IRÈNE

Oui, George.

Je comprends, tu as raison.


ANDRÉ et IRÈNE descendent d'un autobus.


ANDRÉ

S'il vous plaît, où est l'îlot

numéro 3, mademoiselle?


PASSANTE

Là-bas. Je vais vous y

accompagner, c'est à côté.

C'est celui-là.


ANDRÉ

Merci.


IRÈNE, ANDRÉ et la passante marchent jusqu'à un immeuble dans un quartier défavorisé.


PASSANTE

Nous voilà arrivés.


ANDRÉ frappe à la porte.


ANDRÉ

Est-ce ici qu'habite

la famille Galli?


HOMME

Oui, c'est ici.


M. GALLI et sa femme sont attablés avec leurs enfants.


M. GALLI

Que voulez-vous?


HOMME

Galli, regardez un peu, il y a

des personnes pour vous.


ANDRÉ

(Entrant)

Vous permettez?


M. ET MME GALLI

Oh!


MME GALLI

C'est notre monsieur! Bonjour.


ANDRÉ

J'ai un peu d'argent

pour vous.


MME GALLI

Ah, Jésus, que c'est gentil!


ANDRÉ

J'espère que ce sera

suffisant pour le médecin,

les médicaments et l'hôpital.

En tout cas, si vous avez

des ennuis, n'hésitez pas

à me le faire savoir.


M. GALLI

Je ne sais comment

vous remercier.

C'est que voyez-vous, on a beau

être six dans la même chambre,

ça n'empêcherait pas,

allez, que...

que sans Bruno, elle nous aurait

semblé bien vide.


ANDRÉ

Il va guérir, allons,

ne craignez rien.


M. ET MME GALLI

Au revoir.

Au revoir et merci!

Merci encore!


ANDRÉ

Ce n'est rien. Bonsoir.


IRÈNE et ANDRÉ arrivent au lieu de travail d'ANDRÉ. Un vieil homme classe des papiers.


ANDRÉ

(S'adressant au vieil homme)

Il n'y a rien pour moi?


VIEIL HOMME

(Lui remettant une enveloppe)

Ah, si, si, monsieur.

J'ai une lettre pour vous.


ANDRÉ

Merci. Suivez-moi, Irène.


Dans le couloir, M. PISANI aborde ANDRÉ.


M. PISANI

Ah, c'est toi.

Je désire te voir.


ANDRÉ

(Faisant les présentations)

M. Pisani, Mme Girard.


M. PISANI

Bonjour, madame.

(Montrant un papier à ANDRÉ)

Comment fait-on passer ça?


ANDRÉ

Bien, laisse-moi au moins

le temps d'y penser.

(Entrant dans son bureau.)

Par ici.

Asseyez-vous, Irène.

(S'adressant à M. PISANI)

Fais voir.

(Lisant le papier qu'il lui présente)

Voyons, voyons...

Fais-moi sauter ça.

Écris sous ma dictée:

"La nouvelle initiative

du département d'État

est la réponse directe

à la tentative

désormais claire et nette

des milieux financiers américains

désireux de supplanter l'Angleterre

et d'accaparer les pétroles perses.

Le gouvernement anglais

suit avec défiance

et semble s'alarmer

de l'initiative des États-Unis."


M. PISANI écrit ce que lui dicte ANDRÉ.


ANDRÉ

C'est tout.


M. PISANI

Et comme titre?


ANDRÉ

Par exemple: "Panique dans les

milieux financiers de Londres

causée par une nouvelle

manœuvre des USA en Perse."


M. PISANI

Oui. Et sur une colonne?


ANDRÉ

Non, sur trois, en première

page. C'est important.


M. PISANI

C'est bien. Bonsoir, madame.


IRÈNE

Bonsoir.


ANDRÉ

Vous m'excusez un moment?

Non, je me sens angoissée,

fatiguée. Je veux m'en aller.


ANDRÉ

Je n'aime pas vous voir

rentrer seule.


IRÈNE

Oh, ne soyez pas inquiet.


ANDRÉ

Chère Irène,

je vous en supplie,

ne vivez pas ainsi

enfermée dans votre chagrin.


IRÈNE

Oui, oui.

Ce qui, en vérité, m'étonne...

Ce qui m'a paru

tout à fait extraordinaire,

c'est que ces gens

soient résignés.


ANDRÉ

Voilà justement la tâche

qui nous incombe:

éveiller leur esprit, leur

donner conscience de leur état.


IRÈNE

Oh, vous croyez?


ANDRÉ

C'est important.

Ils ont besoin qu'on les aide.


IRÈNE

Qu'on les aide seulement?


ANDRÉ

En étant des nôtres,

croyez-moi,

vous apprécierez mieux

nos idées.


IRÈNE regarde des livres sur le bureau d'ANDRÉ.


ANDRÉ

Prenez... Prenez-les.

Ils sont intéressants.

Prenez, ce sont de bons livres.


IRÈNE

Merci.


Chez IRÈNE et GEORGE, le téléphone sonne. CESIRA y répond.


CESIRA

M. Casati au téléphone.


IRÈNE

Ah oui.

(Apportant le thé à MME HAMILTON)

Maman, servez,

je vous prie, à ma place.

(Parlant au téléphone)

Allô? Oui?

Ah oui! Il est déjà sorti

de l'hôpital?

Guéri? C'est merveilleux!

Je vous remercie, André.

Oui, mais je peux très bien

y aller à votre place.

Mais oui, j'irai aujourd'hui.

Je connais le chemin. Au revoir.


IRÈNE raccroche le combiné.


MME HAMILTON

Tu sembles satisfaite.


IRÈNE

Oui, je le suis, en effet.


MME HAMILTON

Écoute, Irène.

Que veut dire ce lot

de brochures étranges,

inexplicables pour des personnes

telles que nous?


IRÈNE

Qu'y a-t-il d'étrange

dans tout cela?


MME HAMILTON

Cette fois, écoute-moi.

Donne-moi mon tricot,

je te prie.


IRÈNE lui tend son tricot.


MME HAMILTON

Je sais que tu as traversé

des heures douloureuses.

Mais il y a des limites à tout.

Tu parais oublier notre rang.

Tu devrais prendre tes bagages

et venir avec moi en Angleterre.


IRÈNE

Oh, mère, je t'en prie.


MME HAMILTON

Je te connais trop bien.

Je sais qu'il est impossible

de discuter avec toi.

Tu as toujours agi

sans songer aux autres.

Si tu t'obstines

à mener cette existence,

tu nous feras avoir

un tas d'ennuis

qui risquent d'être graves.

Ton cousin John

est de mon avis.


JOHN

Oui, Irène.

Votre mère est inquiète.

Ce n'est pas la peine

de s'exposer.

Il est temps que vous cessiez

de courir de tels risques.


MME HAMILTON

Voyons, tu sais fort bien

qu'on met à l'index tous

les communistes en Amérique.

En cas de conflit, on te mettra

dans un camp de concentration.


GEORGE

Mais quelle exagération,

voyons.


IRÈNE

Non, il est juste

que j'apprenne

les accusations

qui pèsent sur moi.

Voilà ce qui explique

ma soudaine disgrâce.

Ainsi, c'est moi qui ruine

la famille, n'est-ce pas?

Et c'est pourquoi vous ne cessez

d'espionner tous

mes faits et gestes.

Selon vous, je suis devenue

dangereuse, anormale.


GEORGE

Mais, Irène,

réfléchis que tu as

certaines responsabilités

envers ta famille.


IRÈNE

Certaines, oui, et je le sais,

je les connais.

Laissez-moi

vous expliquer, maman:

Je n'ai pas de haine.

Je suis résignée.

Je ne fais aucun mal.

Je cherche ma route.

N'avez-vous donc rien compris?

(Pensive)

Oui...

Est-ce donc si extraordinaire de

s'intéresser au sort des autres?

Ainsi, selon vous,

je n'ai plus ma tête.


IRÈNE quitte la pièce.


GEORGE

(S'adressant à Mme HAMILTON)

C'est un tort

de lui tenir de tels discours.

Elle est intelligente,

elle comprendra.

Elle reconnaîtra ses fautes.

Même si elle commet des erreurs,

n'est-ce pas à nous

de lui pardonner? De l'aider?


IRÈNE se rend chez les GALLI.


IRÈNE

Bonjour.


M. ET MME GALLI

Bonjour.


IRÈNE

Bonjour.


M. GALLI

Oh, merci bien!

(S'adressant à son fils)

Bruno, viens ici.

Regardez, regardez,

il a déjà meilleure mine.

Il se sent mieux.

Remercie la dame.


BRUNO

Merci.


IRÈNE

Une personne s'en est chargé,

ce n'est pas moi.


MME GALLI

Dis-lui que tu es

reconnaissant...

Remercie ceux

qui nous ont aidés.


BRUNO

Merci, madame.


MME GALLI

Et madame, permettez

juste une goutte de vin.

Acceptez, c'est en son honneur.


IRÈNE

Oh, merci.


M. PUGLISI

Acceptez une goutte, madame.


M. GALLI

Et permettez

que je vous présente

tous mes meilleurs amis.

Voici M. Manzetti. Il passe

relever les compteurs à gaz.


M. MANZETTI

Content de vous saluer,

madame.


M. GALLI

Et puis, voilà

un de mes plus vieux amis.


M. PUGLISI

Madame.


M. GALLI

Actuellement, il n'a pas de travail.

Il appartenait

à la milice ferroviaire.

Ah! Voilà aussi son épouse.


MME PUGLISI

Bonjour.


M. GALLI

Asseyez-vous là, madame.


MME PUGLISI

Oui, asseyez-vous.


M. GALLI

Un peu de silence:

Gigetto va chanter.


GIGETTO joue de la guitare et chante en italien. Une femme, INÈS, entre.


INÈS

Vu qu'ici on chante

et on chahute,

et qu'on peut pas dormir,

j'ai voulu voir ce qui se passe.


M. PUGLISI

C'est pas une raison

pour nous déranger.


MME PUGLISI

(S'adressant à IRÈNE)

Voilà qui s'amène

chez les gens

du fait qu'elle habite

en face de chez nous.

C'est une préoccupation

pour ceux qui ont

de grands garçons,

une fille comme ça.


GIGETTO chante en regardant INÈS dans les yeux. Tout le monde rit.


INÈS

Je m'en vais.

J'ai compris, ça me suffit.


MME PUGLISI

Ah, bien, ça n'en sera que

mieux. Va donc ailleurs.


M. PUGLISI

Tu lui as bien envoyé, hein?


PLUSIEURS

Bravo, bravo!


GIGETTO termine la chanson. Tous l'applaudissent.


TOUS

Bravo! Bravo!

C'est bien.


Un son de trompette se fait entendre.


M. PUGLISI

Oh, excusez, c'est notre

fiston.


M. GALLI

C'est un bon trompettiste.

Il promet beaucoup.


MME PUGLISI

Il peut promettre beaucoup,

mais il nous perce les tympans.


M. GALLI

(Offrant un verre à IRÈNE)

Encore un autre, madame,

ça nous fera plaisir.


IRÈNE

Non, non, merci, je dois m'en

aller tout de suite. Merci.


M. GALLI

Ah, bien, bien.

Alors, au revoir.


TOUS

Bonsoir et merci.

Au revoir.


BRUNO

Merci encore.


IRÈNE

Au revoir, petit.


M. GALLI

Merci à tous.


À la sortie de l'appartement, IRÈNE marche en compagnie de M. MANZETTI.


M. MANZETTI

Bonsoir.


IRÈNE

Quels braves gens.

Mais cet enfant est fatigué.

Je trouve qu'il est encore

un peu pâle.


M. MANZETTI

C'est vrai. Vous savez,

il est faible et délicat.

Il s'est toujours mal porté.

Il est souvent malade.

Il ira beaucoup mieux avec

cette cure. Il s'en remettra.


IRÈNE

Ces gens

sont vraiment émouvants.

Et d'une simplicité de coeur...


M. PUGLISI sort de l'appartement et aperçoit INÈS avec son fils FERDINANDO sur le balcon.


M. PUGLISI

(S'adressant à son fils)

Hé, que fais-tu là?

Va donc travailler!

(S'adressant à INÈS)

Et vous, passez votre chemin.


INÈS

Ah, je le mangerai pas,

ton fils.

(S'adressant à FERDINANDO)

Adieu, blondinet.


M. PUGLISI

(S'adressant à IRÈNE et M. MANZETTI)

Cette présence

est une préoccupation

quand on a chez soi

ces diables de garçons.


M. MANZETTI

Regardez un peu. Vous en voyez

ici qui sont malheureux.

Il y a trop de misère.

Tenez, dans l'immeuble du 7,

ils sont 12 à vivre dans une chambre.

Et je connais plusieurs familles

qui sont dans le même cas.

Et pourtant, on pourrait créer

un centre industriel par ici.

Ce ne serait pas compliqué.

Plus facile qu'on le croit.

On doit trouver du travail

pour eux.

Le travail anoblit l'homme.

Être manœuvre est pas difficile

et ça permet

à une famille de vivre.

C'est le manque de travail

qui les désespère.

Personne à qui s'adresser. La

misère est mauvaise conseillère.


IRÈNE observe des enfants qui jouent sur le terrain autour de l'immeuble. Un enfant court vers une maison pour annoncer une nouvelle.


ENFANT

Hamilcar! Hamilcar!

Ils ont retiré de l'eau

un macchabée. Venez voir!


La mère à son tour sort de la maison.


MÈRE

Pietro, Hamilcar, Hamilcar,

revenez vite! Où courez-vous?


ENFANT 2

Allons voir!

Tu en as jamais vu, un noyé?


ENFANT 3

Ah, c'est tout gonflé,

puis ça dégouline de partout.


IRÈNE et les enfants s'approchent de la rive où des policiers sortent un cadavre de l'eau.


POLICIER

Écartez-vous, écartez-vous.

Ne restez pas là. Circulez.

Non, non, non, madame,

je vous en prie, circulez.

Allons, allons, les enfants,

loin de là, hors d'ici.

Allez, les enfants

circulez. Circulez.


Un jeune enfant pleure. IRÈNE s'approche de lui et de ses frères et sœurs.


IRÈNE

Ne restez pas là. Venez.

Où habitez-vous?


FILLETTE

Là-haut.


IRÈNE

Venez, ne restez pas là.

(Aidant les enfants à escalader la colline)

Là... Viens. Un petit saut...

Hop! Ça y est.

Qu'elle est gentille!


Un enfant dépose un baiser sur la joue d'IRÈNE alors qu'elle le soulève.


IRÈNE

Mon petit...

Allez, cours.


IRÈNE s'adresse à un petit garçon qu'elle tient par la main.


IRÈNE

Comment t'appelles-tu, toi?


ARNALDO

Arnaldo.


IRÈNE

Arnaldo.

Qu'est-ce que tu veux faire

quand tu seras grand?


ARNALDO

Je serai gangster.


IRÈNE rit. IRÈNE et les enfants s’approchent d'une maison où une femme, GIULIETTA PASSEROTTO, lave du linge en chantonnant.


GIULIETTA

Qu'est-ce qu'ils

ont encore fait?

Et les autres, où sont-ils?


FILLETTE

Ils sont allés tous voir

le football.


GIULIETTA

Ah, le football. Bon.

Et celui-là qui fait des

chandelles. Mouche ton nez.

(Aidant les enfants à se moucher)

Allons, viens vite, et souffle.

Daniela, fais comme ton frère.

Bravo, là!

(S'adressant à IRÈNE)

Entrez donc, mademoiselle.


IRÈNE

Non, je voudrais pas

vous déranger.


GIULIETTA

Oh, mais vous ne me

dérangez pas. Haha! Entrez.

Entrez et asseyez-vous.

Mais où les avez-vous trouvés?


IRÈNE

En bas. Ils jouaient

au bord du fleuve.

J'ai cru

qu'ils allaient s'avancer.

Je suis intervenue

pour les éloigner.

(S'adressant aux enfants)

Enfin, est-ce que

vous êtes fous?

J'en ai assez de vous dire

de jouer ailleurs.

Une autre fois, vous aurez

une paire de gifles.

(S'adressant à IRÈNE)

C'est agaçant, mais ils me

monteront le coeur à la gorge.

(S'adressant à la fillette)

Et toi qui es grande, tu pouvais

aussi faire attention, non?


FILLETTE

Mais ils se sont échappés.

J'ai couru après eux.


GIULIETTA

Et alors?

Tu devais les rattraper.

Ramenez ce garçon à sa mère

et allez chercher vos frères.

Attends un peu.

Attends un peu que je lui fasse

une tartine de pain

et de fromage.

Qu'il est beau, hein?

Oui, il est beau.

Oh, c'est un bien beau

petit gars que ce trésor-là.

Moi, un jour,

je le volerai à sa mère.

(Donnant une tartine au garçon)

Voilà, tiens, prends.

Miam... Un bécot?

(S'adressant à la fillette)

Toi, va l'amener à sa mère.

Et appelle tes frères.

Dis-leur de venir sans flâner.


Les enfants sortent de la maison.


GIULIETTA

Oui, c'est un bon petit gars.


IRÈNE

Oui. Combien d'enfants

avez-vous?


GIULIETTA

Six.


IRÈNE

Six?


GIULIETTA

Mais à dire vrai,

je n'en ai que trois

qui soient vraiment à moi.

J'ai récolté les trois autres.


IRÈNE

Comment?


GIULIETTA

Oui, récolté.

Comment dirais-je?

Je les ai trouvés

et je les ai pris avec moi.


IRÈNE

Vous aimez de tout coeur

vos enfants.


GIULIETTA

Je les aime pas, je les adore.

Ils me feraient devenir folle.


IRÈNE

(Mélancolique)

Je comprends ça...

C'est si beau

d'aimer les enfants.


GIULIETTA

C'est que moi, je les

comprends. Moi, ils m'amusent.

(S'adressant à un jeune enfant)

Oh, regardez-moi

ce petit cochon.

Dans quel état le voilà?

Allez viens Daniela,

prends ce morceau de pain.

Et maintenant,

allez jouer dehors.

Ça vous fera digérer.

Allez, coco. Allez.

Viens, viens, Daniela.

Montre tes quenottes à la dame.

Montre-les.


IRÈNE

Qu'elles sont belles!


GIULIETTA

Quel ange!

On a envie de la manger.

Elle a les yeux aussi bleus

que son vaurien de père.


IRÈNE

Où est-il?


GIULIETTA

Oh, hélas...


IRÈNE

Ah, il est mort?


GIULIETTA

Mort?

Pourquoi serait-il mort?

J'espère bien qu'il est encore

de ce monde, le pauvre garçon.


IRÈNE

Vous disiez que...

Alors, j'ai cru qu'il...


GIULIETTA

Pas du tout.

Voulez-vous un peu de ricotta?


IRÈNE

Non, merci.


GIULIETTA

Ne faites pas de manières.


IRÈNE

Séparée, alors?


GIULIETTA

Non. Comment dire?

C'est en allant à Capriana

pour la moisson que je l'ai vu.

On s'est plu

et c'est arrivé comme ça.


IRÈNE

Et puis lui, il est...?


GIULIETTA

Chacun est parti de son côté.


IRÈNE

Il vous a quittée comme ça?


GIULIETTA

Oh non! Oh, non,

le pauvre garçon.

Il est beau

comme une croûte de pain.

C'est moi qui suis anormale.

Je me connais, allez.

Moi, je ne veux pas non plus

être pour eux une charge.

Les hommes... Les hommes

sont tellement puérils.

On doit jouer les imbéciles pour

qu'ils se croient des dieux.

Et ça, c'est agaçant.

Ils s'énervent, nous énervent.

Ils sont tout juste bons

pour faire l'amour

et encore faut-il

leur avoir appris.


IRÈNE

Les enfants

sont moins décevants.


GIULIETTA

Ah, les petits,

ça vous console.

Ah, moi, je les aime tellement.

Parce qu'ils sont envoyés

par la providence.


De jeunes garçons entrent dans la maison sur leur trottinette.


IRÈNE

Hé! Quel malheur! Est-ce

le moyen de vouloir entrer?

Allons, avancez. Venez dire

bonjour à l'amie de votre maman.

Comment dit-on?


BRUNO

Bonjour, m'dame.

Voilà Bruno, voilà Luciano,

voilà Gabriella.


GABRIELLA

Bonjour, m'dame.


GIULIETTA

Là, elle a le même caractère

que sa maman.

(Serrant GABRIELLA dans ses bras)

Je te mange de baisers.

Oh, mon Dieu!

Oh, j'ai oublié le minestrone

sur le fourneau.

Il y a au moins trois heures

qu'il cuit.

Allez mettre la table. Oh,

quand je parle, j'oublie tout.


Plus tard, GIULIETTA donne le bain aux enfants.


GIULIETTA

(S'adressant à la fillette)

Tiens, et continue

à la savonner. Voilà.


S'adressant à IRÈNE

À mon avis, vous n'êtes pas

Romaine. Suédoise sans doute?


IRÈNE

Non.


GIULIETTA

Vous êtes du IRO?


IRÈNE

Du quoi?


GIULIETTA

Ça veut dire du camp où on met

ensemble les réfugiés étrangers.


IRÈNE

Ah, oui.


GIULIETTA

Ah! Je ne me suis pas trompée.

J'avais une amie qui elle aussi

venait du IRO.

Elle était actrice dans un

cirque ou dans un truc comme ça.

Si je peux faire quelque chose

pour vous, dites-le-moi.

Je serais contente

de vous aider.

Allons, vite, vite, dépêchons


GIULIETTA lance un seau d'eau sur une fillette.


GIULIETTA

Prête, oui?

Hop là!

Allez, dans mes bras

que je te sèche.

Une bonne friction,

ça fait circuler le sang.

Viens avec ta mère.

Allons.

À présent...

(Soulevant la fillette)

Vole, vole, vole, vole...

Vole, vole, vole, vole...

Et toi, là,

remonte tes bretelles.

Et dépêchez-vous un peu plus,

sans quoi, on arrivera

en retard au cinéma.


IRÈNE rentre chez elle.


IRÈNE

Oh, George, je viens

de découvrir un monde

dont je ne soupçonnais

pas l'existence.


GEORGE

Mais tu devrais te reposer

un peu. Tu n'as pas bonne mine.

La vie que tu mènes

est extrêmement fatigante.


IRÈNE

Oh non, pas du tout, George.


GEORGE

Mais je t'assure, chérie,

il est temps que tu reprennes

ta vie d'autrefois.


IRÈNE

Écoute, George.

Écoute, laisse-moi.

Ces jours-ci, je viens

de découvrir

une foule de choses

des plus intéressantes.

Je suis tellement triste

que je voudrais m'intéresser

au sort des autres pour oublier.


GEORGE

Je sais. Fais tout

ce qu'il te plaira.


IRÈNE se défait de l'étreinte de GEORGE.


Au bureau d'ANDRÉ, IRÈNE attend. ANDRÉ la rejoint.


ANDRÉ

Irène! Enfin, vous voilà.


IRÈNE

Bonjour, André.


ANDRÉ

Que puis-je faire pour vous?


IRÈNE

C'est très simple.


ANDRÉ

Alors, expliquez-moi.


IRÈNE

J'ai parlé à une jeune femme

qui a six enfants.

Elle est courageuse

et elle aime la vie qu'elle a.

Et elle est intelligente aussi.

Mais je crains fort qu'elle ne

puisse joindre les deux bouts.

Elle vit, comme elle dit,

sans luxe.

Alors, j'ai pensé que vous

l'aideriez sans doute

à obtenir quelque chose

pour elle.

Je demeure convaincue

qu'il n'y a qu'avec du travail

qu'on obtient complète

satisfaction, non?


ANDRÉ

Eh bien, je vais lui chercher

un emploi dès aujourd'hui.

Parce que j'ai tant de joie

à vous écouter parler ainsi.

Quand je songe à vous, arrivant

pour la première fois en Italie.

C'était en 1947.

Et depuis, que de choses

ont eu lieu.

Que d'agitations, de

déchaînements de toutes sortes.

C'est l'époque la plus belle

de ma vie.

Tout n'était encore

qu'enthousiasme.

Et nous avons passé

de longues heures ensemble.

Chère Irène, je ferai vraiment

ce que je peux, soyez-en sûre.

Vous connaissez toute

l'affection que j'ai pour vous.

Que j'aurai toujours.

C'est convenu, je m'occuperai

de votre protégée.

Remettez-moi les renseignements

la concernant. Son âge aussi.


C'est le soir. IRÈNE entre chez GIULIETTA. Les enfants sont à table.


IRÈNE

Bonjour?


GIULIETTA

Ah, bonjour!


IRÈNE

Encore à table à cette heure?


GIULIETTA

Non, nous avons presque fini.

Comment allez-vous?


IRÈNE

Merci, très bien.


GIULIETTA

Oh, devinez un peu ce

qui est arrivé à l'instant,

ce qu'ils viennent de faire.

Imaginez-vous que pendant

que je préparais le minestrone,

ils ont mangé 3 kilos de pain!

Prenez une chaise près de moi.

(S'adressant aux enfants)

Sauvez-vous, la marmaille.

Filez.

Allez, que je fasse

un peu d'ordre.

Maria, aide Daniela

à descendre de sa chaise.

Là, c'est terminé.

(S'adressant à IRÈNE)

Restez assise, maintenant.

Je peux vous offrir

quelque chose?


IRÈNE

Ah, non. Non, non, merci.


GIULIETTA

Un café...

Un verre de Chianti.


IRÈNE

J'ai réussi, c'est décidé,

vous allez travailler.

Dès mercredi.


GIULIETTA

Ce mercredi?


IRÈNE

Ce mercredi, oui.


GIULIETTA

C'est pas de chance.

Quelle guigne!

Il faut que ça tombe justement

quand j'ai autre chose à faire.


IRÈNE

Quelle chose?


GIULIETTA

C'est que voilà,

j'ai connu un jeune garçon

qui travaille chez

un boulanger des environs...

(Chassant les enfants de la cuisine)

Voulez-vous vous en aller?

Filez avec vos longues oreilles.

Oh... Oh, c'est un homme tout

petit, ça oui,

mais avec quels yeux,

quels yeux!

Aussi noirs que la braise.

Mais voilà qu'il a été appelé,

incorporé juste à Turin

dans un régiment d'artillerie.

Eh bien... Apprenez que...


IRÈNE

Que quoi?


GIULIETTA

Hé, un peu de patience.

(Montrant une carte postale)

Vous voyez?

Il m'écrit qu'il passera

deux jours à Bracciano

chercher la farine du régiment.

Et il ne sait comment faire

pour aller à Rome

parce qu'il repart

tout de suite.

Si je pouvais trouver

le moyen d'arranger ça...

J'ai bien le droit

d'aller l'embrasser.


IRÈNE

Oui, nul ne saurait

le contester...

Mais après, plus de travail.


GIULIETTA

Enfin, dites-moi, il doit y

avoir un moyen de remédier à ça.


IRÈNE

Non, non, comment peut-on faire?


GIULIETTA

J'ai besoin seulement...

d'avoir quelqu'un

qui se présente à la fabrique

une fois à ma place.


IRÈNE

Je ne crois pas que ce soit

aussi simple que ça.

Ils s'en rendront compte.


GIULIETTA

Qui s'en rendra compte?

Il suffit de pointer à l'horloge.

On y verra que du feu.


IRÈNE

Qui pourrait bien y aller?


GIULIETTA

Et voilà où est le problème:

qui pourrait y aller?

Ah, mais vous, peut-être?


IRÈNE

Oh non. Ce serait du joli.

Je ne saurais pas par où commencer.


GIULIETTA

Est-ce que je sais, moi? Non.

Alors, mais tout s'apprend.


IRÈNE

Oui, peut-être...


Devant l'usine, la sirène retentit. IRÈNE y entre parmi un grand groupe d'employés. À l'intérieur de l'usine, le bruit est assourdissant. Une femme accompagne IRÈNE. Plus tard, IRÈNE est postée devant des convoyeurs bruyants qui produisent des cartons.


Chez les Girard, GEORGE, MME HAMILTON et d'autres invités attendent au salon.


MME HAMILTON

George, où peut-elle

être allée encore?

Sa façon d'agir est anormale.


GEORGE

Elle ne tardera pas

puisqu'elle sait

que nous allons au théâtre.


MME HAMILTON

J'avoue que je la trouve

nerveuse et agitée ces jours-ci.


Le chien de la maison va accueillir IRÈNE qui entre. GEORGE interpelle IRÈNE.


GEORGE

Tu es en retard.

Que t'est-il arrivé?


IRÈNE

Oh, pardonne-moi.


GEORGE

Nous arriverons

en retard certainement.


INVITÉ

Je crois bien que nous ne

verrons pas le premier acte.


IRÈNE

Oh, comme c'est ennuyeux.

Je n'ai pas cru qu'il...

Oh...


INVITÉE

Bonjour, Irène.


INVITÉE 2

Oh, Irène!


GEORGE

Tu savais que nous devions

sortir ensemble.


IRÈNE

Oh, j'ai oublié, c'est vrai.

Excusez-moi.

(Entrant dans sa chambre)

Pardonnez-moi, je vous en prie.


GEORGE

Excusez-moi.


GEORGE rejoint IRÈNE.


GEORGE

Eh bien?


IRÈNE

Oh, George...


GEORGE

(Saisissant IRÈNE par les épaules)

Crois-tu que ces jours-ci

tu as mené une vie normale?


IRÈNE

Cela ne durera pas, crois-moi.

Je te supplie d'être patient

avec moi quelque temps encore.


GEORGE

Non. Il faut dire ce que

tu as l'intention de faire.

Je crois avoir fait tout ce

qu'il fallait pour te calmer.

J'ai évité de te contrarier.

J'ai enfin accepté tes

extravagantes explications

en te défendant alors que ta

mère et ton cousin John te blâmaient.

C'est fini, maintenant.

J'en ai assez.

Je sais parfaitement

où tu passes tes journées.

Ta façon de t'habiller pour lui

plaire est une révélation.

Tu ne penses plus qu'à lui.


IRÈNE

Oh, George...


GEORGE

Ah, ils sont experts,

tous ces consolateurs

pour femmes en détresse.

Tu t'éloignes davantage de moi.

Enfin, explique-moi

ce que tu as.

Je ne sais que penser.

Enfin, si tu es amoureuse

de lui, avoue-le,

ce sera beaucoup mieux. Il faut

avoir le courage de le dire.

Cette situation est indigne,

de toi comme de moi.

Pendant longtemps, j'ai pensé

que c'était à cause de Michele.

Mais j'ai dû reconnaître

que tes visites

avaient un tout autre but.

Et je ne peux supporter

une telle hypocrisie.


GEORGE met son visage entre ses mains.


IRÈNE

Oh non, George. Non, George...


GEORGE

Trop tard, maintenant.


IRÈNE

Je regrette, George....

Que... que tu ne veuilles pas

te rendre compte.

Je ne le verrai plus.


GEORGE

Parfait.


GEORGE quitte la chambre.


Plus tard, dans le bureau d'ANDRÉ, IRÈNE se confie à celui-ci.


IRÈNE

J'y suis allée pour regarder

le travail qu'ils faisaient.

J'ai cru voir des condamnés.

C'est horrible à dire,

je me suis crue descendue aux Enfers.


ANDRÉ

Il faut voir les choses comme

elles sont, sans exagération.


IRÈNE

Mais je n'exagère pas, André.

Enfin, je vois pas

ce qui semble exagéré.

J'ai eu la sensation

d'être condamnée.

En voyant ces hommes du peuple

travailler comme des forcenés.

Quelle vision dantesque.


ANDRÉ

Mais je vous en supplie,

chère Irène,

ne soyez pas la victime

d'une première impression.

Le travail doit être obligatoire.

Ce n'est qu'avec le travail

qu'on acquiert la liberté.

Réfléchissez, Irène, voyons.

Mais il faudrait

que l'humanité entière

travaille pour

une cause commune.


IRÈNE

Non, souhaiter une telle

humanité est une utopie

et ne peut être que monstrueuse.

Il ne faut pas choisir

pour eux de nouvelles chaînes.

Comment imaginer qu'ils seraient

moins malheureux?


ANDRÉ

Ils le seront s'ils

travaillent pour un même idéal.

Alors, il n'y aura plus

d'injustice.

Et il n'y aura plus

deux sortes d'hommes:

ceux qui meurent de fatigue

et ceux qui gardent toujours

les bras croisés.


IRÈNE

Peut-être bien.

Mais il suffit de savoir

que le travail,

loin d'être un devoir,

n'est uniquement

ici-bas qu'une expiation.

Car, doit-on oublier la phrase

de l'Évangile:

"Tu dois gagner ton pain

à la sueur de ton front."

Ces mots sont lourds de sens.

Et c'est vrai qu'alors,

il faudrait que nous soyons

aussi tous égaux.

Et pour être égaux,

ne doit-on pas ensemble

porter notre fardeau

afin d'être sauvés ensemble?

Je vous remercie, André,

de m'avoir ouvert les yeux.

De m'avoir inspiré

de telles pensées.

J'ai compris l'erreur de ma

vie, la cause de mon chagrin...

et qu'il est trop tard.

(Avec douleur)

Oh, Michele...

Avant tout, j'aimerais être sûre

que Michele, où qu'il soit,

sache que l'amour

que je vais offrir à tous,

c'est la part

de mon amour pour lui.

Qu'il me laisse effacer l'odieux

souvenir qu'il a eu de moi.


ANDRÉ

La foi ou la croyance

en une vie ultérieure

n'appartient qu'aux faibles.

Mais on doit chercher à réaliser

et à voir s'élever

ce qu'on peut appeler:

"Le paradis sur terre."

Pour le concrétiser, il faut

que nous unissions nos efforts.


IRÈNE

Non, André.

J'ai besoin de suivre une autre

route tout à fait différente.

Dans votre paradis,

il ne saurait y avoir

de place pour Michel

puisqu'il est trop loin

de la vie.

Le paradis qui seul

existera pour moi

doit être et pour les vivants

et pour ceux qui sont partis.

Et s'il peut être éternel,

il sera alors mon paradis.


Plus tard, IRÈNE entre dans une église. Elle observe des hommes qui prient, elle fait le signe de croix et s'en va.


Sur le trottoir, trois femmes se disputent.


FEMME 1

À qui croit-elle parler?

En voilà des manières!


FEMME 2

Elle prend la place des autres!


FEMME 1

Hé, punaise! Pour qui

qu'elle se croit?


FEMME 2

Tu as qu'à rester chez toi.

Fiche-nous la paix.


FEMME 1

On t'a assez vue.

Est-ce que tu es sourde, non?


FEMME 2

Non, mais! Est-ce qu'on va

travailler dans ton coin?


FEMME 1

T'as qu'à faire comme nous.

Tu as compris, cette fois?


Plus loin, IRÈNE croise la troisième femme, maintenant assise sur un banc. C'est INÈS, la voisine des Galli, dont les invités déploraient les mauvaises mœurs.


INÈS

Qu'est-ce que vous faites ici?


IRÈNE

Rien. Je passais tout à fait par hasard.


INÈS

Elles m'en ont fait voir

de toutes les couleurs.

Avec cette fièvre,

j'ai les jambes qui se plient.

Je meurs de froid.


IRÈNE

Rentrez chez vous

tout de suite.


INÈS

J'ai pas de quoi payer un taxi.

Je vais attendre le train.


IRÈNE

Venez, laissez-moi donc

vous accompagner.

Allons, venez.


INÈS

On fait pitié, hein?


IRÈNE

Non, il faut que j'aille

jusqu'à dans votre quartier.

Venez. Venez.


INÈS

(S'adressant aux femmes qui la méprisaient)

Adieu, les belles.


FEMME 1

Et ne reviens plus par ici.

Va ailleurs.


FEMME 2

On te salue, tête de cheval.


IRÈNE et INÈS entrent dans un taxi. INÈS tousse.


INÈS

Oh, comme je me sens mal.

Mais qu'alliez-vous faire,

vous, dans ce quartier?


IRÈNE

J'avais besoin

de voir quelqu'un.


INÈS

Qui? Une visite aussi tard?

Je sais pas ce qu'ils ont,

mais ils m'ont tous en horreur.

Ils ont jamais pu me blairer.


INÈS entre maintenant dans son appartement avec IRÈNE.


IRÈNE

Où est la clé?


INÈS

Ah, voilà.


IRÈNE couche INÈS qui tousse maintenant du sang.


IRÈNE

Oh... Où trouverais-je

un docteur?

Où pourrais-je trouver

un docteur?


INÈS

Ah... Est-ce que je sais?

Vous n'avez qu'à aller voir les

autres. Je m'en sers jamais.

Eux vous le diront.


IRÈNE revient avec un médecin dans la chambre d'INÈS.


INÈS

Non, mais je refuse

d'aller à l'hôpital.

Je veux rester chez moi.


MÉDECIN

Oui, tu resteras chez toi,

mais oui.

Cesse de respirer...


INÈS

Je ne veux pas aller

à l'hôpital, docteur.


MÉDECIN

Mais oui, mais oui.


INÈS

Je veux rester chez moi.


IRÈNE et le médecin s'éloignent.


IRÈNE

Et alors?


MÉDECIN

C'est trop tard.

C'est fini. Il faudrait

l'envoyer à l'hôpital.


IRÈNE

Peut-être que nous pourrions

lui éviter cette angoisse?

Si elle doit... S'il n'y a plus

le moindre espoir...


MÉDECIN

Elle en a pour 2-3 ou 4 jours,

ou une semaine et puis amen.


IRÈNE

Alors, il n'y a rien à faire?


MÉDECIN

Rien. Il y a deux mois,

on aurait pu la soigner,

mais c'est une maladie

qui évolue vite.

Elle a gagné maintenant

les deux poumons.

Il ne reste plus qu'à attendre

la fin, malheureusement.


IRÈNE

Au revoir, docteur. Merci.


MÉDECIN

Au revoir. Merci.


La matin s'est levé, IRÈNE est dans la chambre d'INÈS.


INÈS

Oh, mon Dieu...

Oh, comme je me sens faible.

Oh, mon Dieu...


IRÈNE

Qu'y a-t-il?


INÈS

Oh, ouvrez la fenêtre.

Appelez Alfonso.

C'est le garçon du bar.

Qu'il m'apporte deux oeufs

et un café au lait.

Avec des croissants...

Non, une brioche.


IRÈNE

J'y vais.


INÈS

Non, appelez par la fenêtre.


IRÈNE

J'y vais, je n'en ai pas

pour longtemps. Je reviens.


INÈS

Par la fenêtre...


IRÈNE sort de l’appartement et croise l'ami de M. PUGLISI et son fils FERNANDINO.


IRÈNE

Oh, bonjour.


M. PUGLISI

Vous alliez chez nous?


IRÈNE

Non, non, je suis chez Inès

qui est très malade.


M. PUGLISI

Chez Inès? Elle vous joue

la comédie. Elle est bonne.


IRÈNE

Non, non, je vous assure que

cette fois, elle est malade.


M. PUGLISI

Enfin, puis-je

vous être utile?


IRÈNE

Non, je vais aller au bar lui

faire monter quelque chose.


M. PUGLISI

Le petit va y aller.

Ne descendez pas.


IRÈNE

(S'adressant au fils)

Alors, fais-lui apporter

là-haut des croissants

avec deux oeufs battus dans un

café au lait et une brioche.


M. PUGLISI

Dépêche-toi.


IRÈNE

Merci.

Comment va votre femme?


M. PUGLISI

Oh, vous savez,

toujours la même chose.


IRÈNE

Ah, oui. Au revoir.


M. PUGLISI

Au revoir.


IRÈNE entre de nouveau chez INÈS.


IRÈNE

Il arrive.


INÈS

Oh, mon Dieu,

où sont mes renards?

Regardez, ouvrez l'armoire.

Est-ce que vous les voyez?

Ici, ils ont vite fait

de tout barboter.


IRÈNE prend des fourrures dans l'armoire.


IRÈNE

Tenez, les voici.


On frappe à la porte.


IRÈNE

Entrez.


ALFONSO entre avec un café et un plateau de nourriture.


ALFONSO

Ah, bonjour!

(Touchant INÈS)

Alors, beauté, comment vas-tu?


INÈS

Ah, tu as les mains froides.


ALFONSO

Tu en fais, des manières.

(Parlant d'IRÈNE)

Et celle-là, qui est-ce?


INÈS

Oh, va-t'en, j'ai trop mal.


ALFONSO

Au revoir.


IRÈNE

Qu'est-ce que je vous dois?


ALFONSO

Non, ça fait rien,

je l'ajouterai à sa note.


ALFONSO s'en va.


INÈS

Faut-il qu'il soit bête.


IRÈNE

Tenez, buvez.


Un son de trompette se fait entendre.


INÈS

Ah, mais le voilà

qui recommence

à nous crever le tympan.

Mais qu'il se taise.


IRÈNE

Attendez, je vais y aller.


INÈS

Oui, faites le taire. Il

m'assourdit. Il me rend folle.


Chez les Girard, GEORGE entre dans la chambre de la mère d'Irène.


GEORGE

Bonjour, comment allez-vous?

Et votre fièvre?


MÈRE D'IRÈNE

Elle est passée.

Rien de nouveau?


GEORGE

Non, rien. Impossible

de retrouver sa trace.


MÈRE D'IRÈNE

Et votre cousin André?


GEORGE

Il ne sait rien.

Je l'ai fait suivre: aucune preuve.

Je m'étais adressé

à une agence privée

et je n'ai rien obtenu

de plus. Rien.


MÈRE D'IRÈNE

Mon Dieu, où est-elle allée?

Irène est une obsédée.

Je ne sais plus qu'imaginer.

C'est terrible! Où est-elle?


Un prêtre administre l'extrême-onction à INÈS. IRÈNE pleure. Plusieurs personnes prient à son chevet.


DOCTEUR

Je reviendrai plus tard.


MME PUGLISI pleure en compagnie d'IRÈNE


IRÈNE

Merci.


MME PUGLISI

De rien.


IRÈNE

Il est très tard.

Vous devez avoir à faire.


MME PUGLISI

Aucune importance.

Mais je vais aller mettre

le minestrone sur le feu

et puis je vais revenir.


IRÈNE

C'est ça...


MME PUGLISI

À tout à l'heure.


Dans la rue en bas, un marchand de journaux s'exclame.


MARCHAND DE JOURNAUX

Des bandits ont attaqué

une banque en plein jour

à Trestevere.

Attaque en plein jour d'une

banque à Trestevere.

Dernière édition spéciale.

Tous les détails sur l'agression

à main armée d'une banque.


IRÈNE est au chevet d'INÈS qui gémit et se plaint dans son lit. Puis, INÈS s'immobilise, morte. IRÈNE sort de l'appartement et cogne à la porte à côté. C'est l'appartement de M. et MME PUGLISI.


À l'intérieur, leur fils FERNANDINO tient un revolver et menace sa mère en lui ordonnant d'ouvrir à IRÈNE.


FERNANDINO

Allez, ouvre la porte.


MME PUGLISI ouvre la porte. IRÈNE entre.


IRÈNE

Oh, c'est fini.

Elle est morte.


FERNANDINO

(S'adressant à IRÈNE)

Haut les mains!


MME PUGLISI pleure.


IRÈNE

Mais qu'y a-t-il?

Que se passe-t-il?


MME PUGLISI

(S'adressant à son fils)

Dis-lui, toi. Dis-lui ce que

tu as fait!


FERNANDINO

Ah, mais tais-toi!


M. PUGLISI

C'est un assassin!

Notre enfant est un malfaiteur,

un assassin! C'est horrible!


MME PUGLISI

Mais ce qu'il ne dit pas,

c'est que ses camarades

l'ont entraîné avec eux.


M. PUGLISI

Ils ont dévalisé une banque.

Ils ont blessé un homme.

Ils en ont tué un autre!


FERNANDINO

Tais-toi... Tais-toi!


IRÈNE

Pourquoi causer tant de peine

à vos parents?


FERNANDINO sanglote.


FERNANDINO

Taisez-vous!


IRÈNE

Mais quelle honte pour

vos parents qui vous aiment.


FERNANDINO

Et Remo, où est-il?


M. PUGLISI

Il est allé appeler la police.

Je lui ai dit.


FERNANDINO

La police? Salaud!


Le fils et son père s'empoignent. FERNANDINO tient toujours son revolver.


M. PUGLISI

Laisse-la descendre, aussi!

Ça t'apprendra à me parler.


IRÈNE

Mais arrêtez, par pitié!

Écoutez-moi. Partez d'ici.

Partez immédiatement.

Allez au commissariat

pour vous constituer prisonnier.

N'aggravez pas votre cas.

Il faut partir tout de suite.

Allez-vous-en. C'est la seule

chose qu'il vous reste à faire.

Allez-y tout de suite!


FERNANDINO s'enfuit.


IRÈNE est au commissariat de police. Un policier lui apporte un café.


POLICIER

Tenez, madame.


POLICIER 2

La voiture est allée

prendre le docteur?


POLICIER

Il y a une demi-heure environ.

Je vais aller voir.


Le policier se déplace et revient.


POLICIER

Elle arrive.

Venez, madame. Dépêchez-vous,

le commissaire vous attend.


IRÈNE est maintenant dans le bureau du commissaire.


COMMISSAIRE

En somme, vous admettez avoir

fait échapper Puglisi Ferdinando

avant qu'ait été alertée

la force publique?


IRÈNE

Oui.


COMMISSAIRE

Puisque vous reconnaissez les

faits dont vous êtes accusée,

je dois vous envoyer dès

à présent à la Mantellate.



IRÈNE

Qu'est-ce que c'est

que la Mantellate?


COMMISSAIRE

Le lieu où les femmes

sont détenues.

Pouvez-vous me dire la raison

pour laquelle vous l'avez aidé

à s'enfuir?


IRÈNE

Certes.


COMMISSAIRE

Alors, dites-la.


IRÈNE

Ce garçon était

dans un état terrible.

Je l'ai vu capable

de faire je ne sais quoi.

De tuer les siens.

De se tuer aussi.


COMMISSAIRE

Et alors, vous l'avez aidé

à partir.


IRÈNE

Oui.


COMMISSAIRE

En favorisant son évasion,

c'est clair, archi clair--


IRÈNE

Monsieur le commissaire,

j'étais sûre que ce garçon

se livrerait spontanément

aux mains de la justice.

C'est un pauvre enfant

qui s'est laissé entraîner.


COMMISSAIRE

Mais ce qui me surprend,

étant donné votre personnalité,

enfin, celle que vous

déclarez être,

c'est la façon dont

vous avez agi ces temps-ci.

Je voudrais que vous

répondiez à mes questions.

Pourquoi auriez-vous quitté

votre mari?

Et pourquoi seriez-vous

allée vivre avec une femme,

avouez-le,

d'une réputation détestable?


IRÈNE

C'était une pauvre créature

elle aussi.


COMMISSAIRE

Enfin, dites-moi

au moins pourquoi.


IRÈNE

N'est-ce pas compliqué

et trop long à expliquer?

On fait certaines choses...

Sait-on pourquoi?


COMMISSAIRE

Mais il faut que vous

répondiez à ces questions.


Le téléphone sonne. Le commissaire y répond.


COMMISSAIRE

(Parlant au téléphone)

Oui? Il est là?

Hum-hum. C'est parfait.

Oui, qu'on me l'envoie ici.

Je l'interrogerai.

Bien. Merci.

(S'adressant à IRÈNE)

Comme vous l'espériez, Puglisi

s'est rendu au commissariat

de police tout à l'heure.


IRÈNE pleure de soulagement.


Plus tard, GEORGE et son avocat entrent dans le bureau du commissaire.


POLICIER

Veuillez entrer.


AVOCAT

Bonjour, commissaire.


COMMISSAIRE

Ah, c'est vous, maître.

Bonjour.


AVOCAT

Mon client, M. Girard.


COMMISSAIRE

Bonjour, monsieur,

asseyez-vous, je vous en prie.


AVOCAT

Est-ce que vous avez eu

la possibilité

d'examiner le cas de Mme Girard?


COMMISSAIRE

Euh... Oui, oui.


AVOCAT

Vous avez lu les journaux

ce matin? C'est inouï.

Croyez-vous qu'ils

ont osé insinuer

qu'il existait des rapports

entre Mme Girard et ce vaurien?

Une pure infamie.


COMMISSAIRE

Ah.


AVOCAT

Il me semble, du moins,

c'est mon avis,

ce n'est d'ailleurs

qu'une opinion,

que puisqu'en réalité

la culpabilité de ma cliente

n'existe plus,

ce garçon s'étant

constitué prisonnier,

je pense, du moins, je crois...


COMMISSAIRE

Continuez, maître.


AVOCAT

Qu'il est temps

d'envisager l'affaire

sous un autre aspect

plus important:

il s'agit de la position sociale

de la famille de l'accusée.

Comme je le disais ce matin,

l'accusée, depuis l'accident qui

a entraîné la mort de son enfant,

comment dirais-je?...

a perdu la raison

et a commis une série

d'actes étranges, enfin.

Notre rôle est de songer à

la position de M. Girard à Rome,

qui est le représentant

d'une des plus importantes

industries américaines.

Or, il a été prouvé

que lui et la mère

de Mme Girard, venue d'Amérique,

sa famille, ont en vain tenté

d'apaiser son grand chagrin.

Enfin, ils ont fait leur

possible avant sa fugue.

Ce jour-là, sous quelle influence?

Elle a abandonné

le toit conjugal.

(S'adressant à GEORGE)

N'est-il pas exact

que jusqu'au moment où

vous avez su par les journaux

le drame où

elle s'est trouvée mêlée,

qu'elle ne vous ait plus

donné signe de vie?


GEORGE

C'est exact.


AVOCAT

Et je crois qu'il est temps

de prendre la décision envisagée

lors de notre entretien

de ce matin.

C'est-à-dire la possibilité

d'interner Mme Girard

dans une clinique

psychiatrique.

Oh, pour une période

d'observation.


COMMISSAIRE

Oui. Dans ce cas,

c'est l'affaire du procureur.


AVOCAT

Mais il me semble que

pour un séjour de courte durée,

on peut obtenir la mise

toute provisoire, en tutelle.

Dans l'intérêt de Mme Girard,

il vaudrait mieux éviter

toute publicité.

Et même, si cela était possible,

l'interdire,

afin d'éviter un scandale qui...


GEORGE conduit une voiture. IRÈNE est assise à ses côtés. L'avocat et un autre homme sont sur le siège passager.


IRÈNE

Mais enfin,

il n'y a aucune raison

pour que je sois examinée.


GEORGE

Il faut que le docteur

te voie, c'est nécessaire.


IRÈNE

Mais je me sens bien.


GEORGE

Je sais, je sais.

Allons, je t'en prie,

ne parle plus et écoute-moi.


À l'entrée d'un grand bâtiment, GEORGE klaxonne et s'annonce.


GEORGE

Mme Girard.


PRÉPOSÉ

Là-bas. Le pavillon du fond.


La voiture entre et les grilles se referment sur son passage. À l'entrée de l'édifice, un docteur les attend.


DOCTEUR

Bonjour, monsieur.


Le docteur emmène IRÈNE un peu plus loin.


DOCTEUR

C'est ici, madame. Un moment.


Des femmes au regard mélancolique regardent le médecin depuis le corridor.


DOCTEUR

(S'adressant à une femme)

Je vais vous voir

dans un instant.

Je reviens tout de suite.

(S'adressant à IRÈNE)

Venez.


IRÈNE

Où est mon mari?


DOCTEUR

Il va nous rejoindre.


GEORGE la regarde partir et s'en va. Le docteur amène IRÈNE dans une chambre.


DOCTEUR

Entrez par ici.

Restez là.


IRÈNE

Que fait mon mari?


DOCTEUR

Mais il va venir

dans un instant.


IRÈNE

Est-ce ma chambre?


DOCTEUR

Oui.


La porte se referme. IRÈNE constate qu'elle est barrée.


Plus tard, CESIRA la domestique vient visiter IRÈNE dans sa chambre.


CESIRA

Madame, je suis venue vous

apporter votre peignoir de bain

et quelques objets de toilette.

Je peux assurer à madame que

je lui suis entièrement dévouée.

Je veux rester sous vos ordres

quoiqu'il arrive.


CESIRA sanglote.


IRÈNE

Oh, Cesira, non,

vous n'avez rien à craindre.

Pour moi, c'est parfait,

cette clinique.

Mais que le service à la maison

ne souffre pas trop

de mon absence.


CESIRA

Oh, madame, mais c'est

indigne, indigne!

Vous si simple

et toujours si bonne,

être retenue ici

avec ces gens-là.

C'est effroyable de faire ça!


IRÈNE

Je vous en prie,

ne pleurez pas.


IRÈNE serre CESIRA dans ses bras.


IRÈNE

Mais je vous assure

que je ne suis pas triste.

Je serai en meilleure forme

à mon retour à la maison.

Le silence me sera salutaire.

Je voulais être seule.

Je voulais me recueillir.

Est-ce que je peux compter

sur vous, Cesira,

tant que je... N'est-ce pas?

Tant qu'on me gardera ici,

prenez grand soin de monsieur,

que ses affaires soient

toujours en ordre.

Tâchez de lui éviter les petits

tracas journaliers.

Je peux compter sur vous,

n'est-ce pas, Cesira?


CESIRA

Oui, oui, je le jure.

(Se jetant dans les bras d'IRÈNE)

Oh, madame!


Ensuite, IRÈNE sort dans le corridor. Elle croise le regard de plusieurs femmes troublées. Certaines ont l'air inquiètes, d'autres menaçantes et d'autres, désespérées.


Une infirmière vient chercher IRÈNE.


IRÈNE

Où m'emmenez-vous?


INFIRMIÈRE

Il faut voir

le docteur, voyons.


IRÈNE est maintenant assise dans une salle avec des électrodes sont la tête. Le docteur et ses acolytes observent les résultats de l'électroencéphalogramme dans la pièce d'à côté.


DOCTEUR 1

Les réactions

sont normales. Allumez.


Un homme allume une lumière intermittente près du visage de IRÈNE.


DOCTEUR 1

Augmentez.


La vitesse du clignotement de la lumière ainsi que son bruit augmentent.


DOCTEUR 1

Augmentez.

Revenez à 4.

Ça suffit.


IRÈNE est maintenant assise autour d'une table avec le docteur.


DOCTEUR

Tenez, pour l'instant,

j'ai une série de divers dessins

qui sont plus exactement

des taches d'encre de Chine.

Examinez-les et dites-moi

tout ce qui vous intéresse

et vous plaît d'y voir

selon votre imagination.

Il est nécessaire que nous

collaborions attentivement.

Je dois obtenir un nombre

important de réponses possibles.

En répondant,

n'omettez surtout pas

de signaler divers détails

que vous remarquerez.


Le docteur montre une image à IRÈNE.


IRÈNE

Mais, c'est que...

Je crois que ce n'est rien.


DOCTEUR

Comment, rien, madame?


IRÈNE

Une sorte de bête

ou peut-être...

Un totem.


DOCTEUR

Et puis?


IRÈNE

Euh... Une vertèbre.


Le docteur lui montre une autre image.


IRÈNE

Une chauve-souris.

Oui, on dirait une barbastelle.


Le docteur lui montre une autre image.


IRÈNE

Et...

Non, j'ignore ce que c'est.

J'en ai assez. Reconnaissez

que c'est stupide.

Je crois qu'il est

inutile d'insister.

C'est trop ridicule.

Reconnaissez-le.

Je ne connais rien d'aussi

insensé.

Mais ne continuez plus,

c'est trop ridicule.


IRÈNE marche dans le corridor, accompagnée d'une infirmière. Elles croisent une femme qui parle à un prêtre avec une insistance obsessive.


FEMME

Ah oui, écoutez-moi, j'ai

besoin de vous parler, mon père.

Je ne peux pas attendre.

J'ai besoin de vous parler

tout de suite, mon père.

Il faut que vous me disiez

si c'est la vérité.

Je ne sais plus

si c'est la vérité.

Vous seulement,

vous me le direz.

Ne m'abandonnez pas.

J'ai besoin de vous.


INFIRMIÈRE

Bonjour, révérend.


RÉVÉREND

Bonjour, mon enfant.


FEMME

(S'adressant au prêtre)

Écoutez-moi. Écoutez-moi.


Une infirmière vient chercher la femme.


INFIRMIÈRE

Allons, allons, venez.


FEMME

Mais je veux parler au père.


RÉVÉREND

Oui, mais plus tard.

Nous parlerons plus tard.


FEMME

J'ai besoin de parler

avec vous tout à l'heure.


RÉVÉREND

C'est ça, tout à l'heure.

Je vais revenir, mon enfant.


FEMME

Merci.


La femme s'éloigne et le révérend s'adresse à une autre infirmière.


RÉVÉREND

Est-ce notre nouvelle malade,

Mme Girard?


INFIRMIÈRE

Oui, mon père.


RÉVÉREND

Je désirerais lui parler.


INFIRMIÈRE

Mais certainement.

Suivez-moi.


L'infirmière guide le révérend jusqu'à une salle où se trouvent plusieurs femmes.


RÉVÉREND

Je vous remercie.


FEMME

(S'adressant au prêtre)

Je ne vous verrai plus.


RÉVÉREND

Mais qu'y a-t-il,

mademoiselle?


FEMME

Éloignez-vous, allez-vous-en!


RÉVÉREND

Mais, je...


La femme quitte la salle.


RÉVÉREND

Bonjour, madame.


IRÈNE

Bonjour, mon père.


RÉVÉREND

Comment allez-vous?


IRÈNE

Oh, très bien.


RÉVÉREND

J'aimerais parler avec vous.

Si vous le désirez,

naturellement.

J'ai rencontré votre mari.

Oui, il vient chaque jour ici

prendre de vos nouvelles.

Quelques fois, nous parlons

tous les deux de vous.

Le pauvre est très inquiet.

Il ne se rend pas compte

de ce qui a pu être

la cause d'une telle

transformation.


IRÈNE

Bien sûr.


RÉVÉREND

Nous autres, prêtres,

comprenons certains actes mieux

que tout autre mortel.

Surtout, ne croyez pas que

je sois venu avec l'intention

de vous juger pour avoir

abandonné votre mari.

Peut-être étiez-vous,

en effet, très déprimée?

Peut-être sous l'influence

d'un homme?


IRÈNE

Non, je vous jure

que ce n'est pas exact.

Ils ont cru cela. Ils ont pensé

que c'était pour le suivre.

C'est une sottise.

Est-il juste que ceux

que nous aimions

ne puissent comprendre

notre douleur, nos tourments?

Que ceux qui ont la plus

belle place dans notre coeur

soient si loin de nous dans des

circonstances aussi affreuses?

J'ai perdu, hélas,

un enfant que j'adorais.

Et je n'ai pas su lui donner

la tendresse qu'il méritait.

Je l'ai laissé,

me créant de nombreuses

et inutiles obligations.


RÉVÉREND

On doit suivre certaines

règles, certaines disciplines.

N'est-ce pas nécessaire? La vie

nous impose des sacrifices.

Il faut les subir

sans nous révolter.


IRÈNE

Est-ce que l'on peut

transformer la nature?

Il serait vain d'essayer

de changer l'homme.

Ne demeure-t-il pas tel

que Dieu l'a créé?

Je constate qu'il est

douloureux de découvrir

que nous n'avons été

que des tyrans.

Que nous n'avons songé

qu'à assurer notre bien-être.


RÉVÉREND

Il se peut, en effet,

que vos pensées soient justes,

mais elles sont le fruit

d'un orgueil démesuré.

Il faut savoir retenir

ses impulsions.

Ne serait-ce que pour nous

éviter de courir à notre perte.


IRÈNE

Je crois que

notre rôle ici bas

est d'accepter notre sort

avec résignation,

quel qu'il soit.

Chacun de nous doit accomplir

sa tâche sur terre,

quelle qu'elle soit.

Elle sera mêlée de larmes

et de compassion

quoi que nous fassions.

Et c'est à cet instant seulement

que nous acquerrons

cette puissance, cette force

qui nous aidera

à porter notre croix

jusqu'à ce que la mort

nous délivre.


IRÈNE s'assoit à la cafétéria. Toutes les femmes mangent en silence. Une infirmière entre en courant.


INFIRMIÈRE

Esther, Maria, venez vite!


Plusieurs femmes se précipitent hors de la cafétéria en criant à tour de rôle.


FEMME 1

Qu'est-ce qu'il y a?


FEMME 2

Y'a le feu!


INFIRMIÈRE

Du calme, voyons, du calme.


FEMME 3

On veut sortir!


Dans une pièce adjacente au corridor, une femme tente de se jeter contre les barreaux de la fenêtre. Deux infirmières la retiennent.


FEMME SUICIDAIRE

Je veux m'en aller!


IRÈNE tente d'entrer dans la pièce où se trouve la femme suicidaire.


INFIRMIÈRE

N'entrez pas!


La femme est amenée sur le lit. IRÈNE entre et croise son regard. IRÈNE s'approche de la femme suicidaire et flatte ses cheveux et son front.


IRÈNE

N'ayez aucune crainte.

Soyez tranquille.

Calmez-vous.

Calmez-vous.

Je reste à côté de vous.


IRÈNE se couche à ses côtés.


Plus tard, IRÈNE est étendue sur son lit. Le docteur entre dans sa chambre.


DOCTEUR

Vous permettez?

Bonjour, madame.

(S'adressant à une infirmière)

Laissez-nous.

Comment allez-vous, aujourd'hui?

Êtes-vous satisfaite

de vos soins?


IRÈNE fait «oui» de la tête.


DOCTEUR

Si je puis vous être utile

en quoi que ce soit, dites-le.


IRÈNE fait «non» de la tête.



DOCTEUR

J'ai été prévenu de ce qui est

arrivé au réfectoire ce matin.

Elle voulait se suicider,

la pauvre femme.

Ce sont des accidents

qui arrivent.

Malgré toutes les précautions

les plus sévères.

Il est difficile de prévoir

ce qu'une femme obsédée

par une idée peut faire.

Mais je tiens à vous remercier

de votre aide.

Vous êtes une femme courageuse.


IRÈNE

Je ne crois pas être

courageuse.


DOCTEUR

Mais pourtant, comment cela

s'est-il passé?

Quel a été ce choc

qui a déterminé cet appel?

Quelle force mystérieuse

ne cesse de vous pousser

vers ceux qui souffrent?

Est-ce une volonté précise?

Un besoin d'amour, de domination?

De dévouement?

De soulager, de sauver aussi?

Réfléchissez.

Est-ce une force intérieure

qui vous conduit vers eux?


IRÈNE

Non, non.

Non.

Non, j'ignore les raisons.

Je les ignore.


DOCTEUR

J'ai d'ailleurs souvenance

d'un cas...

Celui d'un criminel.

D'un être malfaisant

qui a été

complètement transformé,

qui a été sauvé

en subissant cette force.

Une force bénéfique.

Une force que seuls possèdent

les grands esprits.


IRÈNE

Si j'avais aujourd'hui

cette...

cette autorité spirituelle,

ce pouvoir,

j'aurais perdu la raison.


DOCTEUR

Alors, c'est de l'amour.

L'amour véritable

pour le prochain.

L'amour pour autrui.


IRÈNE

Non. C'est la haine.


DOCTEUR

La haine?


IRÈNE

Oui. L'amour que j'éprouve

aujourd'hui pour les autres

vient de la haine

que j'éprouve pour moi.

Pour tout ce qui a été

ma vie autrefois.

C'est ce sentiment

que je ressens désormais.


L'avocat des Girard entre dans le bureau du Juge.


AVOCAT

Bonjour, monsieur le juge.


JUGE

Bonjour. Asseyez-vous,

je vous en prie.


AVOCAT

Merci.

Je suis venu vous parler du cas

de ma cliente, Mme Girard,

qui a été envoyée dans une

clinique psychiatrique.


JUGE

Comment est-elle à présent?


AVOCAT

Ah...

J'ai le rapport. Le rapport

médical. Tenez, le voilà.


JUGE

Très bien.


AVOCAT

À mon avis, il serait grand

temps de prendre une décision.

Je crois qu'il n'y a

rien d'autre à faire

que prévoir son

internement définitif

dans une de ces cliniques

dites de repos.


JUGE

Oui, laissez-moi

ces divers documents.

En tout cas, je pense

qu'il serait opportun

que je la revoie,

elle et aussi sa famille:

ses parents, son médecin...

Toutes les personnes

qui l'ont approchée

depuis la mort de son enfant.


Plus tard, après avoir lu le dossier, le juge discute dans son bureau avec le docteur et l'avocat.


JUGE

Enfin, tant qu'il s'agit d'idées

religieuses ou sociales,

il est difficile de rendre

la justice dans un sens absolu

à une époque où il n'existe plus

de vérité.

Tout est propagande,

corruption...

Par contre, dans ce cas, nous

n'avons plus en face de nous

qu'une exaltée

ou une missionnaire.


AVOCAT

Si Mme Girard avait été

entraînée,

soit par ferveur fanatique

et religieuse,

soit par croyance politique,

bien... Peut-être...?


DOCTEUR

Il fallait alors

retenir et admettre

que Mme Girard avait raison

et c'était à nous

de déposer à l'instant,

vous la toge et moi la blouse,

et puis après la suivre.


JUGE

Hum... Oui.

Mais comme nous manquons

de courage...


DOCTEUR

Il ne faut pourtant pas

oublier que notre rôle

est de faire respecter certaines

règles, vraies ou fausses,

mais que nous devons

faire respecter

même si elles

semblent anormales.


AVOCAT

Certes.

Puisque nous sommes appelés

à défendre la société,

avec ses lois et avec

ses errements actuels...


L'avocat se rend dans une salle où se trouvent MME HAMILTON, le révérend et GEORGE.


AVOCAT

Mme Hamilton, nous allons

faire venir votre fille.

Essayez de contenir

votre émotion en la voyant.


Une infirmière amène IRÈNE au pavillon où se trouve sa famille. Devant le pavillon, se trouvent la famille Galli, GIULIETTA et ses enfants ainsi que M et MME PUGLISI.


IRÈNE

Oh, c'est vous!

(Prenant une petite fille dans ses bras)

Et voici Daniela!


ENFANTS

Bonjour, madame.


IRÈNE

Ah, vous êtes tous

venus me voir?


GIULIETTA

Comme je suis contente

de vous voir.


M. PUGLISI

Bonjour, madame.

Madame...


IRÈNE, tenant la petite DANIELA dans ses bras et entourée de tous ses amis, entre dans la pièce où se trouve sa famille. Elle semble inquiète de les voir.


IRÈNE

(S'adressant à GIULIETTA)

Prenez l'enfant.


IRÈNE serre sa mère dans ses bras.


AVOCAT

Je vous en prie,

entrez par ici, Mme Girard.


JUGE

Bonjour, madame.


IRÈNE

Bonjour, monsieur.


JUGE

Veuillez vous asseoir ici.

Nous venons aujourd'hui,

chère madame,

pour statuer sur votre cas.

Et aussi pour vous protéger.

Il est de notre devoir de vous

prêter assistance et protection.

Je vous prie de parler en toute

sincérité sans aucune crainte.


IRÈNE

Que désirez-vous savoir?


JUGE

Êtes-vous inscrite

au parti communiste?


IRÈNE

Non.


JUGE

Voulez-vous entrer

dans un ordre religieux?


IRÈNE

Non.


JUGE

Alors, quelles sont

vos intentions?

On m'a appris que vous auriez,

à titre d'expérience,

travaillé dans une usine.


IRÈNE

Oui.


JUGE

Mais quelle a été

votre réaction?

Aimeriez-vous y retourner?


IRÈNE

(Sanglotant)

Oh non!

C'est trop affreux!


JUGE

Allons, répondez-moi

sans crainte.

Il est important que je puisse

discerner ce que vous ressentez.

Vos actes, ressortent-ils

d'un programme?

Quel est votre idéal?


IRÈNE

Mon idéal est...

... est d'être celle

que tous ceux qui souffrent

réclament auprès d'eux.


JUGE

Voici donc le point capital.

Mais vous renonceriez à tout

pour soulager

toutes les misères?

Alors, vous ne désirez plus

retourner auprès de votre mari?


IRÈNE

Non. Revenir chez moi?

Oh non, ce serait oublier le but

que je me suis assigné.

S'il fallait

que je retourne chez moi,

je ne saurais plus que faire.

Ils n'ont aucun

besoin de moi, eux.

Mais sur terre, il existe tant

d'êtres qui souffrent

et qui ont

besoin de secours.

Avec eux, j'aurai des joies

et des chagrins

qui adouciront le mien.

Tant que je serai seule,

je serai toujours là pour

soulager ceux qui souffrent.

Je ne penserai plus

qu'à leur souffrance.

S'il faut que je vive

encore quelque temps,

ce ne sera plus

que pour sauver mon âme.

En tout cas, je préférerais

avoir été perdue avec eux

que sauvée sans eux.

Or, j'ai la conviction

que pour cette tâche,

il faut que je m'éloigne

de ce que fut mon passé.

Comment appartenir aux autres

si on appartient

à toute sa famille?

Et voilà quel est mon idéal.

Je vous ai parlé

en toute franchise.

Et vous avez

le droit aujourd'hui

de faire de moi

ce que vous voulez.

Vous êtes juge.


IRÈNE sort de la pièce.


IRÈNE

(S'adressant à une infirmière)

Ramenez-moi dans ma chambre.


ENFANTS

La voilà!


GIULIETTA

Mais que se passe-t-il?

Vous ne revenez pas avec nous?


IRÈNE

Non, ce n'est rien. Soyez

tranquilles, je reviendrai.


M. GALLI

Vous reviendrez bientôt?


IRÈNE

Oui à bientôt.


M. PUGLISI

Oui.


M. GALLI

Bien sûr.


IRÈNE quitte le pavillon. Le juge et les avocats rejoignent la famille.


GEORGE

Que s'est-il passé?


AVOCAT

C'est effrayant.

Elle a dit de ces choses.


MME HAMILTON

Je voudrais aller auprès d'elle.


AVOCAT

Bien entendu. Mme Hamilton

voudrait la voir un instant.


DOCTEUR

Parfait. Mlle Gianna, madame

veut voir Mme Girard.

Accompagnez-la.


L'infirmière MLLE GIANNA accompagne MME HAMILTON qui sanglote.


MLLE GIANNA

Veuillez venir avec moi.


Dans la chambre IRÈNE, MME HAMILTON la rejoint.


MME HAMILTON

Irène! Irène, chérie.

Ce n'est que pour ton bien.

(Sanglotant)

Mais c'est affreux pour moi!


MME HAMILTON

Oui, maman, je le sais.


MME HAMILTON

Mon coeur est brisé.


IRÈNE

Cessez de vous tourmenter.

Maman, ne pleurez plus.


GEORGE vient chercher MME HAMILTON. IRÈNE le salue sur le pas de la porte.


IRÈNE

Au revoir, George.


GEORGE regarde IRÈNE, puis s'en va.


GEORGE

Au revoir, Irène.


Sur le palier de l'escalier, GEORGE semble ému. MME HAMILTON le tient par le bras. IRÈNE les observe depuis le pas de sa porte, une infirmière vient enfermer IRÈNE dans sa chambre.


INFIRMIÈRE

Restez là.



IRÈNE observe par la fenêtre M et MME GALLI, M et MME PUGLISI, GIULIETTA et ses enfants qui sont devant le pavillon et demandent des comptes au juge et à la famille.


AMIS D'IRÈNE

À tour de rôle

Elle reste ici?

Mais pourquoi?

C'est une injustice!

Oh oui, mais c'est une sainte.


GIULIETTA

(Apercevant IRÈNE à sa fenêtre)

Regardez, la voilà! La voilà!


MME PUGLISI

Oh, mais qu'est-ce

qu'on fera sans elle?


GIULIETTA

Madame! Nous ne vous

oublierons jamais!


Tous les enfants et les gens qu'IRÈNE a aidés la regardent, les yeux pleins de larmes. IRÈNE leur envoie un baiser depuis sa fenêtre.


Texte narratif :
Fin




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