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Vidéo transcription

La chambre du fils

Dans une petite ville du Nord de l’Italie, Giovanni mène une vie paisible avec sa femme, Paola, et leurs deux enfants adolescents : Irene et Andrea. Giovanni est psychanalyste. Dans son cabinet qui jouxte son appartement, ses patients lui confient leurs névroses qui tranchent avec le calme de son existence.
Un dimanche matin, il est appelé en urgence par un patient. Il ne peut aller courir avec son fils, comme il en a l’habitude. Andrea part faire de la plongée avec ses amis. Il ne reviendra pas…



Réalisateur: Nanni Moretti
Acteurs: Laura Morante, Jasmine Trinca
Année de production: 2001

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Générique d'ouverture


GIOVANNI fait son jogging sur les docks dans le port. Puis il parcourt la ville toujours en joggant.


GIOVANNI s'arrête à un petit café.


Devant le petit café, un groupe d'adeptes de la religion Krishna passe en chantant et en tambourinant.


GIOVANNI sort et suit le groupe dans la rue en souriant.


GIOVANNI rentre chez lui en fredonnant l'air que chantaient les adeptes de KRISHNA.


Le téléphone sonne. GIOVANNI se rend dans la cuisine sans se presser.


GIOVANNI

Me voilà. Oui?

Oui, c'est moi.

Bonjour.

Oui.

Aujourd'hui? Pourquoi?

Que s'est-il passé?


GIOVANNI marche dans le corridor d'une école et se rend à la réception.


GIOVANNI

J'ai rendez-vous avec le

proviseur.


LA RÉCEPTIONNISTE

Par là.


GIOVANNI frappe à la porte du bureau du PROVISEUR.


LE PROVISEUR

Entrez!


GIOVANNI

Bonjour.


LE PROVISEUR

Bonjour, monsieur Sermonti.

Désolé de vous avoir

dérangé. Asseyez-vous.


ANDREA, le fils de GIOVANNI est déjà assis devant le bureau du PROVISEUR.


GIOVANNI

Bonjour.


ANDREA

Bonjour, papa.


LE PROVISEUR

Il y a eu un incident

fâcheux. Un fossile a disparu

du labo de sciences.

Une ammonite assez rare.

Je ne voudrais pas qu'Andrea

soit mêlé à cela...


GIOVANNI

Vous voulez parler d'un vol?


LE PROVISEUR

Oui. Et on soupçonne Andrea

et son ami Tomasi.


ANDREA

Mais c'est pas nous...


LE PROVISEUR

C'est ce que dit aussi Tomasi.

Mais un camarade les aurait

entendus se vanter...

...d'avoir pris le fossile.


ANDREA

C'est faux.


LE PROVISEUR

Désolé, mais je dois renvoyer...

Andrea et son ami pour une

semaine.


Une patiente est étendue sur le divan dans le cabinet de psychiatre de GIOVANNI.


UNE PATIENTE

Vous comprenez quoi de

ce que je vous dis?

Quel pourcentage de compréhension

y a-t-il ici? 20-30%?

J'ai passé 460 heures ici.

J'ai dépensé 46 millions de lires.

En plus, je m'achète toujours une

robe en sortant d'ici!

Ils font des affaires avec vos patients.

Je me suis renseignée.

Je les ai vus de mes propres yeux.

Je devrais dire à mon cousin

d'ouvrir une boutique ici!


GIOVANNIE rencontre un autre de ses patients.


GIOVANNI

Vous vous sentez toujours

coupable. Responsable de ce qui

arrive. Dans la vie, on ne peut pas

tout déterminer. On fait ce

qu'on peut.

Il faudrait apprendre à attendre,

sans s'imposer toujours une tâche.

Apprendre à paresser,

ce qui ne veut pas dire

être passif...

Mais avoir un rapport plus

détendu avec la vie, le monde.

Qu'en dites-vous?


LA PATIENTE sort de la boutique de vêtements avec deux sacs. GIOVANNI l'observe par la fenêtre de son bureau.


Les deux patients se croisent dans la rue.


Un troisième patient se raconte sur le divan.


OSCAR

J'ouvre la porte d'un long couloir...

Plein de gens qui marchent

en sens inverse. Et, je pense:

la fête est déjà finie.

Puis j'ouvre une porte qui donne

sur une terrasse. Il y a une

trappe, puis un escalier, une

petite porte... Mais quelle barbe.

Quelle barbe, ce rêve!

Ces escaliers, ces portes qui

s'ouvrent... Des symboles

sur lesquels vous passeriez des

heures. Mais je ne suis pas

d'accord: pourquoi perdre

tout ce temps?


GIOVANNI est seul dans son bureau. Il ferme tout et sort pour passer dans un corridor qui le mène à l'appartement.


PAOLA, l'épouse de GIOVANNI parle au téléphone.


PAOLA

Environ 180 pages... Oui,

avec les photos. J'ai

commencé l'introduction...

Ça ne m'a pas l'air mal.


GIOVANNI

(En embrassant PAOLA)

Tu as parlé avec Andrea?


PAOLA

Excuse-moi. Oui, je lui ai parlé.


GIOVANNI

Il t'a dit?


PAOLA

Il m'a tout raconté.

J'arrive.

(En poursuivant sa conversation téléphonique)

C'est Giovanni qui est

rentré. Deux semaines,

ce n'est pas assez.


GIOVANNI s'assoit au salon.


Plus tard, PAOLA et sa fille, IRENE, discutent dans la cuisine.


IRENE

J'aime bien jouer là-bas.

Il y a un chouette terrain.

La balle ne fait pas le même

bruit que dans notre salle de

gym.


PAOLA

Et pourquoi?


GIOVANNI entre dans la cuisine.


IRENE

Chez nous, c'est du lino.

Tu le sais... Ça fait un

bruit sourd qui ne pousse pas

à l'attaque.


PAOLA

C'est un peu collant...

Moi, j'aime le bruit des

balles contre la raquette de

tennis.


IRENE

Moi aussi. Comme ça...

(En imitant le bruit avec sa bouche.)


PAOLA

Oui, comme ça.


GIOVANNI dépose un panier de pain sur la table et s'assoit.


IRENE

Merci. Quel est ton sport

préféré, pour le son?


GIOVANNI

Je ne sais pas. Le hockey

sur glace...


IRENE

S'il a dit que ce n'est pas lui,

n'y pense plus! Que

d'histoires pour un caillou!


GIOVANNI

Que d'histoires pour un

vol...


IRENE

On va faire comme ça: s'il

arrive tout de suite, ce

n'est pas lui.

5 minutes de retard: ça veut

dire que c'est lui. Un quart

d'heure de retard: alors,

c'est le proviseur. Il a

peut-être une collection chez

lui!


GIOVANNI

Amusant: le proviseur qui

vole à l'école...


ANDREA

Me voilà.


IRENE

Bingo!


ANDREA

Que se passe-t-il?


PAOLA

Rien...


GIOVANNI

Pour récompense, tiens...

(En servant les lasagnes)

Tu as gagné.

Irene a inventé un jeu

en ton honneur...


Plus tard, PAOLA et GIOVANNI discutent dans leur chambre.


PAOLA

Y aller, c'est admettre

qu'il est coupable!


GIOVANNI

Mais non, c'est juste pour

comprendre ce qui s'est passé.


PAOLA

Ce n'est pas lui. Je lui ai parlé...

Tu le connais, ça ne lui viendrait

jamais à l'idée. Un vol!

Allez, c'est ridicule.


GIOVANNI

Un vol...

Voyons ce qui est arrivé...

...ce que disent les autres.

Je n'ai même pas compris

comment est faite une ammonite.


PAOLA

C'est une sorte de coquillage.

Tu sais... en spirale.


GIOVANNI

Oui.


PAOLA

Tu veux que j'y aille?


GIOVANNI

Oui. Mais je préfère y

aller, moi. D'accord?

(En embrassant PAOLA)


GIOVANI conduit la voiture dans un quartier en périphérie de la ville.


GIOVANNI

(En s'adressant à ANDREA qui l'accompagne)

Drôles de maisons, hein? Je

ne connais personne qui

habite par ici. Comment tu

fais pour venir?


ANDREA

Je prends le 24... Mais

c'est un coin tranquille.


GIOVANNI

Oui, je sais. C'est juste que...

je n'étais jamais venu avant.

Ils vivent là depuis quand?


ANDREA

Depuis que je connais

Luciano il a toujours vécu

ici.


GIOVANNI

Et Filippo, il est comment?


ANDREA

Il ne m'a jamais été sympathique.


Les trois garçons et leurs pères sont réunis chez LUCIANO. La mère de FILIPPO est là aussi.


PÈRE DE LUCIANO

(S'adressant à Filippo)

Tu as vu le fossile, non?


FILIPPO

Luciano a ouvert le sac et

il était dedans.


ANDREA

Mais non!


LUCIANO

C'étaient des chaussures

dans un plastique!


FILIPPO

Des chaussures, c'est bien

plus grand!

On reconnaissait la forme!


PÈRE DE LUCIANO

Attends... Il y avait un

sac plastique?


FILIPPO

Le fossile était dedans!

Et puis, ils riaient.


PÈRE DE FILIPPO

Et alors? C'était peut-être

une blague...


FILIPPO

Mais non, parce que quand j'ai

voulu regarder... ils se sont

enfuis. Alors, je n'ai pas

vraiment pu le voir. Bon, je

ne l'ai pas vu, d'accord?


PÈRE DE LUCIANO

Qu'en pensez-vous?


GIOVANNI

Laissons-le un peu avec ses

parents.


PÈRE DE FILIPPO

Non, c'est nous qui sortons.

Peut-on aller sur la terrasse?


Le père et la mère de FILIPPO se lèvent avec leur fils.


PÈRE DE LUCIANO

Allez-y.


PÈRE DE FILIPPO

Merci, viens.


PÈRE DE LUCIANO

Par ici.


Plus tard, PAOLA et GIOVANNI prennent un café ensemble.


GIOVANNI

Le sac plastique, l'ammonite,

les chaussures...

Je n'ai pas compris grand-chose...


PAOLA

Moi, ça me parait très clair.


GIOVANNI

Ah oui?


PAOLA

Je suis très contente.


GIOVANNI

Moi aussi, bien sûr.

Tu connais le père de Luciano?


PAOLA

Je l'ai vu une fois à

l'école. Pourquoi?


GIOVANNI

Il a été un peu agressif.


PAOLA

Avec toi?


GIOVANNI

Non, pourquoi avec moi?

Il a été dur avec Filippo.

Le garçon qui accusait...


PAOLA

Mais il avait raison.


GIOVANNI

Finalement, oui.

Mais c'était embarrassant.

Filippo a tout inventé.

Mais pourquoi?


PAOLA

Andrea lui est antipathique.


GIOVANNI

Oui, Andrea me l'a dit: ils

ne s'aiment pas.


GIOVANNI rencontre un de ses patients dans son bureau.


UN NOUVEAU PATIENT

J'ai peur de devenir un

obsédé... De violer une

enfant et de finir en prison.

Quand je vous ai demandé si

je vous dégoûtais... vous

m'avez dit que non. Ça m'a

fait plaisir. Puis, j'ai vu

le film dont vous m'avez

parlé. C'était bien.


GIOVANNI

Ça me fait plaisir... que

vous soyez allé voir ce film.

Ça me semble très positif.


UN NOUVEAU PATIENT

Positif, oui. Mais les pornos,

c'est mieux.


GIOVANNI

Mais en choisissant de voir

ce film, vous vous êtes

approché...


LE PATIENT 3

De rien du tout! Hier, j'ai

pris une revue porno... et je

me suis fait une branlette!

Une belle branlette, OK?

Tranquille. J'avais pris un

Témesta. J'aimerais connaître

celui qui a inventé ça.

Il sait soulager les gens, lui!



GIOVANNI prend des notes dans son bureau. Soudain il se lève et va dans la chambre de ANDREA.


OSCAR

Les chiens meurent, à cause de

l'odeur des pêchers. Ils ne

supportent pas. Tous sauf un, un

husky blanc. Mais le

protagoniste le tue. à un

moment, il embarque sur un

bateau plein de cadavres. à la

page 60 du livre, ils sont déjà

tous morts!


GIOVANNI

Oscar... J'écoute toujours vos

histoires avec plaisir. Mais

pourquoi me parlez-vous de ça,

juste aujourd'hui?


OSCAR

De tous ces morts? Je ne sais

pas. Il n'y a pas de raison

précise. On me trouve en forme.


GIOVANNI

Et à votre avis?


OSCAR

Ça va. Le travail marche... Je

vais bien. Même si je pense

encore au suicide... et je sens

que je pourrais réessayer. Cette

fois, je pourrais même y arriver.

Comment peut-on vivre

normalement, être bien... Et

continuer à penser au suicide?

Comment est-ce possible?


IRENE est avec un ami dans le salon. Ils étudient ensemble.


MATTEO

(Propos en latin)

Ita res accendent lumina rebus.

Facile: "Ainsi toutes les

énigmes se résoudront."


IRENE

Ça ne veut rien dire.


MATTEO

Je l'ai peut-être mal lu.

"Tu comprendras sans peine. "

Tout sera éclairé, la nuit ne voilera

plus ta route. "Tu seras empli

par la nature et les énigmes se

résoudront."


PAOLA et GIOVANNI travaillent ensemble dans la salle à manger en écoutant de loin la conversation de MATTEO et IRÈNE.


PAOLA

On ne comprend rien...


MATTEO

Allez, le sens est évident!


IRENE

Ah oui? Tu trouves? Et ça

signifie quoi: "Tu seras empli

par la nature"?


MATTEO

C'est l'homme face à l'univers!


IRENE

T'es con! T'as fumé trop de joints!


GIOVANNI

Elle a dit quoi?


PAOLA

T'as fumé trop de joints.


GIOVANNI

J'avais bien compris.


PAOLA

Oui.


IRENE

Tu pourrais attendre

qu'on ait fini de travailler!


MATTEO

Je fume tout le temps!

Ça ne me fait rien.


GIOVANNI

Tout le temps!


MATTEO

T'es pas romantique: "L'homme

face à l'univers!"


IRENE

On se revoit demain, OK?


MATTEO

Allez, t'énerve pas. Allez, un

baiser... Un seul.. une petite

bise sur la joue.


GIOVANNI se retourne et s'apprête à intervenir, mais PAOLA lui prend la tête pour le rediriger sur sa tâche.


IRENE

Non.


MATTEO

Bon, j'ai compris. J'y vais.


IRENE

Salut.


MATTEO

Je m'en vais, bonsoir.


GIOVANNI

Au revoir.


IRENE est maintenant avec ses parents qui font des recherches avec elle pour traduire du latin.


IRENE

Perductus... Ça dérive de

quoi?


GIOVANNI

Ne demande pas à ta mère,

elle n'a pas fait de latin...

Perduco: conduire, attirer,

séduire, étendre...

Alors...

"Sans peine, tu seras guidé..."

(Propos en latin)

Namque alid ex alio clarescet

nec tibi caeca nox...


PAOLA

Clarescet?


GIOVANNI

"En effet, toute chose..."


GIOVANNI et PAOLA sont maintenant dans leur lit. GIOVANNi lit.


PAOLA

Finalement, Matteo avait raison...

L'homme face à l'univers...


GIOVANNI

Oui, enfin, il a deviné!


PAOLA

On éteint?


GIOVANNI

Juste cinq minutes...

Écoute ce poème...

"Les doigts de pieds":

Mais qu'arrive-t-il?

Qu'est-ce donc que ces doigts

qui n'en ont plus rien à faire?

Ce sont mes doigts? Ont-ils

oublié les temps anciens?

Ce que signifiait leur vie

d'alors? Toujours en première

ligne, prêts à se lancer sur la

piste... dès que la musique

commençait? C'est beau, hein?

Allô? Il y a quelqu'un?

Fatiguée?


PAOLA

Oui.


GIOVANNI

Très fatiguée? Très, très fatiguée?


GIOVANNI embrasse le cou et les épaules de son épouse qui finit par répondre à ses avances.


GIOVANNI

Cette chemise de nuit?


PAOLA

Elle dérange?


IRENE

Un peu...


GIOVANNI reçoit un PATIENT.


LE PATIENT 3

Bonjour.


GIOVANNI

Je vous en prie.


LE PATIENT 3

Merci. Il est beau ce divan.

Simple, confortable. Et élégant,

dans son genre. Mais je n'ai pas

l'intention de m'y allonger!


GIOVANNI

Alors, dites-moi...


LE PATIENT 3

C'est le docteur Vitali, de Milan,

qui m'a parlé de vous.

Franchement, votre nom ne me

disait rien.

Vous me semblez un peu jeune...

4-5 ans de moins que moi. Les

analystes de votre âge, ce sont

les pires.


GIOVANNI

Pourquoi dites-vous ça?


LE PATIENT 3

Vous êtes plus cyniques. Pour

vous, c'est un métier quelconque.

Vous êtes plus jeune que moi,

moins riche...

Êtes-vous seulement plus

intelligent?


GIOVANNI

Je ne suis peut-être pas assez

intelligent pour vous... Mais,

ce n'est pas un concours

d'intelligence. C'est autre chose...


LE PATIENT 3

Et combien dure la thérapie?

Qui décide d'y mettre fin?


GIOVANNI

En général, c'est une chose

qu'on comprend ensemble.


LE PATIENT 3

Vous m'impressionnez. Vous

êtes si tranquille, serein...


GIOVANNI

Ah oui? Tant mieux. Tant mieux

pour tous les deux!


GIOVANNI conduit sa voiture en fredonnant. PAOLA écoute et IRÈNE et ANDREA assis derrière se moquent un peu.


GIOVANNI

(En chantant)

Je traîne dans les yeux...

Des torrents d'eau claire... où

je boirai. Je cherche des forêts

pour moi... et des vallées au

soleil plus chaud que toi.


ENSEMBLE

Je ne reste plus avec toi,

je regarde les nuages là-bas.

Et quand j'irai... Tu devras

me sourire, si tu le peux,

ce ne sera pas facile, tu sais,

Pour pouvoir vivre on meurt un

peu. Au revoir, mon amour, au

revoir, les nuages sont déjà

plus loin...


ANDREA fait une partie de tennis sous l'oeil attentif de ses parents. IRENE et MATTEO sont plus ou moins attentif.]


GIOVANNI

Et voilà! Ça m'étonnait aussi.

Il finit toujours... Par se

distraire, par avoir la tête

ailleurs. Et il commence à mal

jouer. Tranquille... Il met les

balles dehors, dans le filet.

(S'adressant à IRENE et MATTEO)

Vous ne pourriez pas suivre un

peu?

(S'adressant à PAOLA)

Toi, tu lis. Vous, vous bavardez

tout le temps. Vous le savez bien

qu'il y tient, Andrea!


Après le match, GIOVANNI discute avec ANDREA.


GIOVANNI

Pourquoi n'es-tu pas compétitif?

Tu ne veux pas gagner? Tu as

perdu exprès contre Stefano.


ANDREA

Non, j'ai moins bien joué.


GIOVANNI

Mais non. Tu joues pour jouer.

Comme ça... Tu ne joues pas pour

gagner. C'est pourtant ça

l'intérêt. Tu n'es pas d'accord?


ANDREA

Non.


GIOVANNI

Comment ça?


Il est tôt le matin et GIOVANNI fait son jogging dans le port.


GIOVANNI va voir sa femme au travail. PAOLA est au téléphone.


PAOLA

Six heures environ... excusez-moi

Une seconde. Tu fais quoi ici?


GIOVANNI

Une surprise.


PAOLA

T'es sûr?


GIOVANNI

Oui.


PAOLA

(En retournant à son appel)

Excusez-moi. Oui...

Six cents exemplaires.


GIOVANNI

Que se passe-t-il?


COLLÈGUE DE PAOLA

Ils ont envoyé nos livres au

pilon!


GIOVANNI

Ils font quoi au pilon?


COLLÈGUE DE PAOLA

Ils broient les livres.


PAOLA

Ah, tant mieux! Bien, merci.

Non, c'est de notre faute.


GIOVANNI

Ils les ont trouvés?


PAOLA

Oui.


GIOVANNI

Et toi, tu vas les récupérer,

non? Je voudrais parler avec

Paola...


COLLÈGUE DE PAOLA

J'avais compris!


PAOLA

Que se passe-t-il?


GIOVANNI

Je ne sais pas... Tu ne le

trouves pas bizarre, Andrea?


PAOLA

Bizarre, pourquoi?


GIOVANNI

Je ne sais pas... Il a perdu

exprès au tennis. Il a perdu

exprès! à son âge, c'est pas

normal de ne pas vouloir gagner.

Enfin, pour moi, ce n'est pas

normal.


PAOLA

Il ne l'a pas volé ce fossile.

Tu en es convaincu?


GIOVANNI

Oui. Oui, oui.


GIOVANNI écoute une patiente dans son bureau.


RAFFAELLA

Pendant deux jours, j'ai tout

fait à la perfection. Puis, dans

le titre d'un journal, j'ai vu

le mot: lent. Et alors il

fallait que je trouve son

contraire. J'ai feuilleté tout

le journal jusqu'à trouver le

mot: rapide. Mais plus d'une

demi-heure avait passé.

Impossible d'être au supermarché

à 16h comme je l'avais décidé.

J'avais fait une erreur. Alors

j'ai fixé une autre date: hier à

minuit. Un autre échec: parce

que le soir, j'ai bu un verre

d'eau... mais j'ai oublié de le

stériliser et j'ai bu de l'eau

sale. Je dois recommencer du

début. Fixer une autre date...

... Ça pourrait être...


GIOVANNI

Écoutez, Raffaella!

C'est ma meilleure heure.

J'ai bu mon thé.

Je suis lucide. Suivez-moi.

Chaussures de foot pour

stabilisé... et pour gazon.

Chaussures cycliste, baskets...

tennis, joggeurs... Chaussures

de volley. Vous vous ennuyez

beaucoup. Si vous faisiez du

sport?

RAFFAELLA

Vous n'imaginez pas ce que

c'est fatigant de vivre ainsi!


GIOVANNI

Je l'imagine très bien: je le

sais. Parce que je suis aussi

ennuyeux que vous.

On se voit mercredi?


La session suivante avec RAFFAELLA est semblable à la précédente.


RAFFAELLA

Je ne sais pas si je stérilise

la vaisselle comme il faut.

Quand je la sors du

stérilisateur, elle se salit à

nouveau. Alors, il faut

recommencer. Je dois trouver une

autre solution.


GIOVANNI marche sur la place avec ANDREA. Ensuite, ils vont à la librairie et dans un centre d'athlétisme.


GIOVANNI

(En montrant les différents types de sauts)

Sur le ventre. En ciseau.

Fosbury.


L'ENTRAÎNEUR

Plus appuyée, la réception!


GIOVANNI et ANDRÉA s'approche du coussin de réception pour les sauteurs.


ANDREA vient voir PAULA cuisiner.


ANDREA

C'est quoi?


GIOVANNI

Un hachis. Et les devoirs?


ANDREA

Terminés.


PAOLA

Tu me prends la chapelure,

là-haut?


ANDREA

Maman... Le fossile, c'est moi

qui l'ai pris. Moi et Luciano.

On ne voulait pas le voler.

Juste faire une blague.

Le prof a la manie des fossiles.

On voulait voir sa tête... On ne

voulait pas... C'était une connerie.


PAOLA

Mais alors le garçon qui vous

accusait avait raison?


ANDREA

On allait le rendre... Il est

tombé. On a essayé de le

recoller, mais c'était affreux!

Je voulais le dire à papa, hier.

On est allé se promener.

Mais on était bien... il était

content. C'était une blague...

vraiment.


GIOVANNI écoute sa patiente.


LA PATIENTE

Vous ne m'avez jamais

comprise. Vous n'avez jamais eu

le contact. Je ne viendrai plus.


GIOVANNI

(Dans sa tête)

Ça fait cinq ans qu'elle dit

ça. Elle n'arrêtera pas.


LA PATIENTE

Je ne comprends jamais ce que

vous ressentez. Et c'est pas une

question de méthode. C'est vous

qui êtes froid. Le psy que je

voyais avant était moins

distant. Avec lui, je ne

piétinais pas.


GIOVANNI

Ce découragement n'est pas

nouveau. Essayons de comprendre

ce qui est arrivé, comment

continuer...


LA PATIENTE

Vous n'êtes même pas agacé.

Vous aussi, vous savez que c'est

fini. Ce n'est pas votre faute.

C'est très simple: vous n'étiez

pas le bon psy.


GIOVANNI

(Dans sa tête)

Oui, je ne peux plus rien

faire. La thérapie est finie.

Que fera-t-elle? Ira-t-elle chez

quelqu'un d'autre? Je n'y suis

pas arrivé. J'ai échoué. Il

reste combien de temps? Une

minute... Dans une minute, tout

est fini.


LA PATIENTE

Je me sens mieux!


GIOVANNI

Alors...


LA PATIENTE

À mardi!


GIOVANNI

À mardi.


GIOVANNI

Au revoir.


Toute la famille est dans la cuisine au petit-déjeuner.


IRENE

Vous faites quoi?


GIOVANNI

On va au ciné?


IRENE

D'accord.


ANDREA

Vous allez voir quoi?


GIOVANNI

Il y a ce film qui passe

à l'Alhambra... Tous mes patients

en parlent, alors je suis

curieux de le voir.

Malheureusement, ils m'ont tout

raconté. Je connais déjà les

personnages, les scènes les plus

importantes.

Et puis, on m'a raconté la

fin... Et puis, ça fait dix

minutes que je parle tout seul!

(En s'adressant à Andrea)

Et nous deux, on va courir ce

matin?


ANDREA

Je dois voir les copains.


GIOVANNI

Les copains... Allez une course!

Avec maman, hein?


PAOLA

Tu parles!


GIOVANNI

Quelques dizaines de

kilomètres, pour s'épuiser un peu.

Allez...

D'accord?


Le téléphone sonne et GIOVANNI se lève pour répondre.


GIOVANNI

Oui. Jusqu'au port, aller et

retour. Puis encore aller et

retour... Et encore aller et

retour... Et après, toute l'avenue,

hein? Allô?


ANDREA

Bonjour Oscar, ça va? Je suis

désolé. Mais qu'avez-vous? On

devait se voir mardi. On peut

avancer à demain, si vous

voulez. Lundi, à huit heures du

matin...

Oui. D'accord. Vous me rappelez

l'adresse? D'accord. Alors, à

plus tard... Au revoir.


PAOLA

Que se passe-t-il?


GIOVANNI

Un patient qui ne se sent pas

bien. Je dois y aller. La

course, ce sera pour une autre

fois...


PAOLA

Tu dois y aller maintenant?


GIOVANNI

Il va très mal.

Je ne sais pas quand je

rentrerai... Il habite loin.

D'accord?


ANDREA

Oui.


GIOVANNI

Je prends la voiture. Au

revoir. Ciao, les enfants.


ENSEMBLE

Ciao.


PAOLA va aux puces sur la place du marché.


GIOVANNI roule en écoutant de la musique. Au bord de la mer, ANDREA et des amis se préparent pour faire de la plongée sous-marine.


IRENE de son côté roule en Vespa et taquine ses amis.


IRENE

(En faisant une manoeuvre)

Eh, lâche-moi!


GIOVANNI arrive chez OSCAR qui l'accueille à la porte. [OSCAR

Merci d'être venu. Ça a été

dur de trouver?


GIOVANNI

Pas vraiment.


OSCAR

C'était à moi de venir, mais

je vais vraiment trop mal. Si

vous voulez retirer votre

veste... Excusez ma tenue...

Depuis deux jours, je ne

comprends plus rien. Au

téléphone, je ne voulais pas...

J'aurais dû attendre la séance,

mais c'était trop urgent.


GIOVANNI

Qu'y a-t-il?


OSCAR

J'ai fait des analyses, une

radio... Il y a une tache...


GIOVANNI

Que vous a-t-on dit?


OSCAR

Ils pensent à un cancer. Moi

qui n'ai jamais fumé, qui fais

du sport, qui vis à la campagne...

Je vous ai fait venir,

un dimanche...


GIOVANNI

Aucun problème... Vous avez

bien fait d'appeler.

Mais le diagnostic n'a pas été

confirmé, non? Il faudra

approfondir...


GIOVANNI

Oui, mais moi je le sais déjà.

J'en suis sûr: j'ai un cancer.


GIOVANNI est assis sur un parapet au bord de la route qui longe la mer. [À la maison, le téléphone sonne. La voix de GIOVANNI sur le répondeur perce le silence.


GIOVANNI

Il y a quelqu'un? C'est moi.

Allô?


GIOVANNI appelle d'une cabine au bord de la mer.


GIOVANNI

Vous êtes là? Paola, je

rentre. À tout à l'heure.

Au revoir, chérie.


GIOVANNI roule sur la route qui longe la mer. Une fois en ville, GIOVANNI ne voit pas que le père de LUCIANO l'attend.


GIOVANNI sort de la voiture et voit le père de LUCIANO s'approcher avec un air sombre.


GIOVANNI

Que se passe-t-il?


PÈRE DE LUCIANO

Votre fils... un accident.


GIOVANNI

Andrea... Quoi?


PÈRE DE LUCIANO

Ils sont allés plonger,

Andrea...


GIOVANNI

Comment va-t-il?


GIOVANNI va vers LUCIANO qui fait face au mur en pleurant.



PÈRE DE LUCIANO

Luciano, que s'est-il passé? Que

s'est-il passé? Comment il va?

Comment va Andrea?


GIOVANNI roule dans sa voiture peinant à se maitriser.


GIOVANNI se présente sur le terrain de basketball où IRENE joue avec son équipe.


IRENE sourit à son père mais GIOVANNI peine à contenir ses larmes.


GIOVANNI et IRENE arrivent à la maison pour rejoindre PAOLA. Tous les trois se serrent l'un contre l'autre en pleurant.


La famille est à l'hôpital, le père et la mère de LUCIANO sont là aussi.


GIOVANNI

(Se penchant vers PAOLA)

Je passe quelques coups de fil.

Hein?

Il y a le répondeur...

Valerio, c'est Giovanni.

Je voulais te laisser un message.

Je suis à l'hôpital...

et, je voulais... te dire...

... Que... Je voulais te dire...

Je voulais te laisser un

message...


IRENE et PAOLA ne s'arrête pas de pleurer. GIOVANNI vient les rejoindre.


Un homme parle avec GIOVANNI dans la salle d'attente. L'homme tourne les pages d'un catalogue de cerceuils. MATTEO arrive avec un sac.


CROQUE-MORT

Il est né quand?


GIOVANNI

Le 11 octobre mille neuf cent...


MATTEO

Bonsoir... On a apporté les

vêtements.


GIOVANNI

Oui...


MATTEO

Fabio a apporté des sandwichs.


PAOLA voit GIOVANNI sorti un jeans du sac et se remet à pleurer.


GIOVANNI

Bon... D'accord... Monsieur

doit habiller Andrea, laisse-lui

tout ça.


CROQUE-MORT

Le 11 octobre?


GIOVANNI

Le 11 octobre 1983.


Dans une pièce sans artifice le cercueil est ouvert. La famille et les amis sont rassemblés autour de la dépouille d'ANDREA.


Des gens arrive avec les couvercles pour sceller la tombe.


GIOVANNI

(En embrassant la dépouille)

Au revoir, Andrea... Au revoir.


PAOLA embrasse son fils à son tour. IRENE tente de consoler sa mère qui s'éloigne. Les hommes pose le couvercle et IRENE se retourne n'ayant pas fait ses adieux.


IRENE

Vous pouvez le soulever juste

un instant?


Les hommes soulèvent le couvercle. IRENE regarde son frère.


IRENE

Merci.



IRENE s'approche de son père et tous les deux regardent les hommes sceller le cercueil avec des torches, puis visser le second couvercle. [GIOVANNI est de retour chez lui. Il éclate du papier-bulle. LAURA hurle dans son lit.


GIOVANNI va faire un tour à une fête foraine. Il marche entre les kiosque de jeux.


Une jeune fille commente une course de chevaux jouée aux dés.


JEUNE FILLE

Le numéro 2, se fait remonter

par le 9!


GIOVANNI erre entre les manèges, hagard.


GIOVANNI s'assoit pour regarder des jeunes dans les autos tamponneuses. Puis il s'enferme dans la cage d'un manège.


De retour chez lui, GIOVANNI traverse le long appartement et entre dans son bureau. Il tire les rideaux et s'assoit à son bureau.


PAOLA reste au lit.


IRENE vient devant la chambre avec un plateau.


IRENE

Je peux?


PAOLA

Un moment...


IRENE

J'ai apporté le petit-déjeuner.


PAOLA

Merci, Irene, c'est pas la peine.

Je suis levée... Je viens!


IRENE

Et papa?


PAOLA

Il est déjà au travail...

J'arrive.


IRENE rapporte le goûter dans la cuisine. Puis traverse le long couloir jusqu'au bureau de son père.


IRENE

(À la porte du bureau)

Papa? Papa?


IRENE tourne en rond dans la maison.


GIOVANNI écoute un patient.


LE PATIENT 4

Hier, j'étais heureux...

Parce que j'avais trouvé votre

message. Je savais que je

reviendrais ici.

Je n'ai personne d'autre

à qui parler. Dans ma vie,

il ne se passe rien. Alors qu'ici,

je me sens vivant...

Je peux enfin pleurer.

Je n'y étais jamais arrivé avant.

Ça me défoule. C'est pas

toujours comme ça. Il m'arrive

de sortir d'ici frustré...

Alors, je m'achète quelque

chose en bas de chez vous.

Mais aujourd'hui, c'est différent.

J'ai juste envie de pleurer. Je

pourrais pleurer toute la vie.


Plus tard, GIOVANNI accueille un autre client.


GIOVANNI

Bonjour.


PATIENT 2

Ça va?


GIOVANNI

Je vous en prie.


PATIENT 2

Je voulais venir à l'enterrement.

Je suis vraiment désolé...

Je voulais être là, pour vous.

J'avais pris trois Témesta,

pour pas semer le bordel.

Mais j'ai pas réussi à venir.

Je suis allé à mon cinéma.

Il y avait un type... Au

début, on regarde le porno.

Puis, je lui taille une pipe.

Après, j'ai encore plus envie.

Dans la rue, je trouve une pute.

Je me la tape, devant et derrière.

Je rentre et Roberta dort déjà.

Elle est trop belle pour moi.

Pourquoi j'ai pas envie d'elle?


GIOVANNI

Vous avez déjà donné la réponse.


PATIENT 2

Laquelle?


GIOVANNI

Vous pensez ne rien mériter.

Quand il vous arrive quelque

chose de bien... vous avez peur...


PATIENT 2

OK, ça va, j'en ai rien à foutre!

Vous me dites toujours

la même connerie!


PAULA et GIOVANNI écrivent des cartes.



GIOVANNI

Tu as parlé avec Carla?


PAOLA

Oui.


GIOVANNI

Et alors?


PAOLA

Elle s'en sort très bien toute seule.


GIOVANNI

Federico et Anna Saracinelli?


PAOLA

Ce sont les parents de Lorenzo,

un ami du collège. Il venait

souvent chez nous. Tu te souviens?


GIOVANNI

Et quand penses-tu reprendre

ton travail?


PAOLA

La semaine prochaine...


IRENE rejoint ses parents dans la salle à manger.


GIOVANNI

Salut.


PAOLA

Bonsoir, chérie.


GIOVANNI

L'entraînement s'est bien

passé?


IRENE

Oui. Toujours pareil.


GIOVANNI

Tu joues, dimanche?


IRENE

Bien sûr.

J'ai parlé avec les copains, à

l'école... et avec les amis d'Andrea.


GIOVANNI

Oui...


IRENE

Je voudrais faire dire une messe.

J'ai essayé de trouver autre chose,

mais... C'est ce qu'il y a de moins

triste, non?


PAOLA

Oui.


GIOVANNI

D'accord.


RAFFAELLA

C'était notre anniversaire...

Et je lui ai enfin parlé de mes

obsessions. à partir de là: plus

de dates, plus de règles à

suivre... Fini les dates! Je me

sens mieux, mais... J'ai peur

qu'en luttant trop... ... Je

devienne schizophrène. Je sais

pas ce que ça veut dire, mais...


GIOVANNI

À mon avis, vous ne courez pas

ce risque. Il est normal que

vous soyez angoissée.

C'est un grand défi pour vous.

Je n'arrêterais pas juste

maintenant.


GIOVANNI court le long des quais, c'est le soir.


PAOLA est assise sur le lit d'ANDREA.


IRENE est assise à sa table de travail.


GIOVANNI est au salon écoute en boucle un segment de musique.


En souvenir GIOVANNI se voit courir avec son fils.


PAOLA reste sur le lit de ANDREA.


GIOVANNI entre dans une boutique d'accessoires de sport.


GIOVANNI

Bonjour.


LE VENDEUR

Celui-là est plus cher.

Décidez tranquillement.

Excusez-moi...


GIOVANNI regarde un réservoir de plongée sous-marine.


LE VENDEUR

Ce modèle est arrivé avant-hier...


GIOVANNI

Et quelle est son autonomie?

Sa durée?


LE VENDEUR

Ça dépend. Vous avez le

brevet?


GIOVANNI

Non, je voulais juste un

renseignement. Il y a un

instrument pour mesurer l'air?


LE VENDEUR

Oui, le manomètre.


GIOVANNI

Je peux le voir?


LE VENDEUR

Il est relié à un flexible

qu'on visse au détendeur.


GIOVANNI

Et le détendeur?


LE VENDEUR

Le voilà.


GIOVANNI

C'est précis, un manomètre?


LE VENDEUR

Oui.


GIOVANNI

Et cette zone rouge?


LE VENDEUR

C'est comme pour la voiture. à

200 atmosphères, c'est plein.

Quand ça tombe à 50, on est en

réserve.


GIOVANNI

Et il faut remonter.


LE VENDEUR

Ce serait mieux. Quelqu'un

d'expérimenté peut rester encore

dix minutes. Mais mieux vaut

remonter.


GIOVANNI

Bien sûr.


GIOVANNI est assis dans sa cuisine avec ANDREA, en souvenir.


GIOVANNI

Alors... On va courir?


GIOVANNI écoute OSCAR dans son bureau.


OSCAR

Et puis, j'ai fait un scanner.

C'est ce que je pensais: j'ai un

cancer. J'ai commencé une

chimio. Je dois y aller tous les

quinze jours. En hôpital de

jour. Mais vous voulez

peut-être savoir ce que je

ressens?


GIOVANNI

Oui, que ressentez-vous?


OSCAR

J'ai peur. Avant, je ne

pensais qu'à mourir... Et

maintenant, je me demande si je

vais survivre.

Je n'ai pas la force de le dire

à ma mère. L'idée de perdre un

enfant... Ce serait trop dur

pour elle. Quel con, je vous dis

ça à vous!


GIOVANNI

C'est bon, continuons.


OSCAR

Pardon.


GIOVANNI

Ne vous inquiétez pas.


GIOVANNI se rappelle la dernière fois qu'il a proposé à ANDRÉA de venir courir.


GIOVANNI

... Aller-retour et on fait

toute l'avenue...

(En se dirigeant au téléphone)

Allô?

Bonjour Oscar, ça va? Je suis

désolé.


GIOVANNI

(De retour avec OSCAR mais se rappelant chaque parole prononcée)

J'ai compris, je suis désolé.

On peut avancer à demain.


GIOVANNI change sa réponse à OSCAR dans son souvenir.


GIOVANNI

Même le matin, à huit

heures... Aujourd'hui?

Non, je ne peux vraiment pas...

Demain, à huit heures. D'accord...

Au revoir.


PAOLA regarde GIOVANNI en souriant. Ils sont assis ensemble au restaurant.


PAOLA

J'ai parlé avec maman ce

matin.


GIOVANNI

Elle va bien?


PAOLA

Elle voulait venir nous voir.


GIOVANNI

Quand ça?


PAOLA

Je lui ai dit de ne pas venir.

Alors elle a pleuré... Tu veux

rentrer?


GIOVANNI

Pourquoi? On a dit que ça nous

ferait du bien de nous distraire

un peu...


UNE SERVEUSE

Bonsoir.


GIOVANNI

Bonsoir.


UNE SERVEUSE

Vous voulez commander?


GIOVANNI

Pour commencer?


UNE SERVEUSE

Soupe, linguine aux crevettes,

tagliatelles...


GIOVANNI

Tu prends quoi?


PAOLA

Des linguine.


GIOVANNI

Pour moi aussi.


UNE SERVEUSE

Pour la suite, on attend?


GIOVANNI

Oui, merci.

Je suis allé dans un magasin de

plongée et j'ai parlé au

vendeur. L'équipement d'Andrea

était peut-être défectueux.


PAOLA

Pourquoi y es-tu allé?


GIOVANNI

Le détendeur a pu se boucher

et il a ôté sa bouteille. C'est

une pièce minuscule. Trois

centimètres...

Et tout dépend de ça!

L'air ne passait plus!


PAOLA

Ça marchait, on nous l'a

expliqué!


GIOVANNI

Alors, où est sa bouteille?


PAOLA

L'équipement marchait! Il est

entré dans une grotte et il

s'est perdu. Alors qu'il

cherchait la sortie, il a fini

l'oxygène... Et il a ôté sa

bouteille pour remonter plus

vite.


GIOVANNI

Andrea, seul dans une grotte...

J'y crois pas, ça n'a aucun sens...


PAOLA

(En sanglotant)

Et ses mains, ses ongles brisés?

Ça n'a aucun sens, mais c'est

ainsi!

(En pleurant)


PAOLA et GIOVANNI assistent à un match de basketball que dispute l'équipe dans laquelle IRENE joue.


L'équipe de IRENE marque un point.


UN SPECTATEUR

Tu applaudis quoi?


Le jeu reprend. L'équipe adverse marque à son tour. Mais IRENE va voir l'arbitre.


IRENE

Il y a faute! Tu siffles, oui?


L'arbitre siffle.


L'ARBITRE

Il n'y a pas faute!



La foule hue tandis que les joueuses commencent à se rassembler. Une altercation prend forme entre IRENE et une joueuse adverse. Les autres joueuses s'en mêlent et le tout se termine en bataille générale. Le public s'en mêle et GIOVANNI et PAULA sont pris à partie.


IRENE remarque qu'on s'en prend à ses parents et se rue sur les spectateurs.


C'est la cohue tant dans l'assistance que sur le terrain.


PAOLA et GIOVANNI sont assis côte à côte dans un autobus.


GIOVANNI

Comment va-t-elle?


PAOLA

Bien, je crois. Ils vont faire

quoi?


GIOVANNI

Qui ça?


PAOLA

Pour le championnat, ils vont

l'expulser?


GIOVANNI

Ils l'ont déjà fait pendant le

match. Elle va être suspendue

pour trois-quatre matchs... Je

vais lui parler? Bon.


GIOVANNI se lève et se dirige vers l'arrière de l'autobus où IRENE est assise avec d'autres membres de l'équipe.


GIOVANNI

T'as pas envie qu'on parle?


IRENE hoche la tête.


GIOVANNI

(En se rassoyant près de PAOLA)

Rien. Elle n'a pas envie de

parler

(IRENE, PAOLA et GIOVANNI assistent à une messe.)


LE CURÉ

Nous ne fixons pas les

rendez-vous de la vie. Mais ceux

qui restent... Surtout les

parents, la famille, se demandent:

pourquoi? Il n'y a qu'une

seule réponse:

Dieu a fixé ce rendez-vous.

Même si nous ignorons pourquoi.

Il ne nous reste qu'à affronter

avec foi... ce qui nous semble

incompréhensible. L'Évangile

dit: "Si le maître savait quand

vient le voleur "Il ne serait

pas cambriolé" De même, nous

ignorons quand le Seigneur nous

appellera. Le corps du Christ.

Le corps du Christ.


Pendant la communion, IRENE, GIOVANNI et PAOLA restent assis.


De retour chez eux, PAOLA est assise à table, songeuse. GIOVANNI semble tourner en rond dans la cuisine.


GIOVANNI

Regarde cette tasse: elle est

ébréchée. Elle est ébréchée,

cette tasse. Ce vase est fendu:

tournons-le. Tout est ébréché,

abîmé, dans cette maison. Tout

est rayé, tout est cassé! "Si le

maître savait quand vient le

voleur, il ne serait pas cambriolé"

Le voleur, le maître...

C'est quoi cette putain de phrase?


PAOLA

Juste une phrase... Quelle

importance?


GIOVANNI

C'est quoi cette phrase? Mais

ça veut dire quoi?! C'est quoi?


PAOLA

Quelle importance?


GIOVANNI

Regarde ce cendrier. Il est

ébréché... On le cache. Ouste!

Ma théière préférée. On l'a

cassée, puis on l'a recollée...

C'est bien fait, ça ne se voit

pas. On ne voit pas qu'elle est

cassée.

Et pourtant, elle est... cassée!


GIOVANNI échappe la théière qui se fracasse sur le sol.


PAOLA pleure et GIOVANNI s'en va vers s'asseoir plus loin.


GIOVANNI est dans son cabinet et écoute OSCAR.


OSCAR

Après la chimio, je me sens

pas bien. Mais je suis plutôt

tranquille. Et puis, ça dépend

de notre attitude face à la

maladie. Faut pas se laisser

aller, hein?


GIOVANNI

On dit souvent que l'attitude

psychologique du patient...

est fondamentale pour guérir.


OSCAR

Vous êtes d'accord?


GIOVANNI

Non. Je ne suis pas d'accord.

Les maladies graves peuvent se

guérir même si on est passif.

Même si on ne tient pas à vivre.

Mais si ça doit mal finir, ça se

termine mal. Même si le malade

réagit, s'il est combatif. Même

si le malade veut vivre à tout

prix. C'est ce que je pense.


GIOVANNI rencontre ENRICO à son cabinet.


GIOVANNI

J'aurais voulu me rattraper,

m'excuser... Mais je n'ai pas pu.

Je pense tout le temps à ce dimanche,

quand je suis allé chez lui.

Je ne peux pas continuer

à le voir. Je l'associerai toujours

à la mort d'Andrea!


LE COLLÈGUE

Tu devrais lui dire ce qu'il t'arrive.

Lui parler de tes difficultés.


GIOVANNI

Lui parler, oui!

Lui dire qu'à cause de moi,

tout s'est embrouillé.

Que deviendrait son analyse?

Et puis, je ne pense pas devoir lui

dire... ce qu'il m'arrive.

Ce ne serait pas juste.


LE COLLÈGUE

Oui, mais il me semble que là,

c'est indispensable.


GIOVANNI se rend au gymnase où IRENE s'entraîne seule.


GIOVANNI

Bonjour.


IRENE

Bonjour. Que fais-tu ici?


GIOVANNI

J'avais envie de venir te chercher.

T'es pas partie avec les autres?


Avant, je veux réussir dix

paniers d'affilée.


GIOVANNI

Dix d'affilée!


IRENE

Mais, ce n'est pas mon jour.


IRENE

C'est maman qui t'envoie?


GIOVANNI

Maman? Pourquoi?


IRENE

Vous ne seriez pas en train de

vous inquiéter pour moi?

Dès que j'entre dans une pièce,

vous parlez d'autre chose.

Vous faites semblant de rien.


GIOVANNI

Pourquoi me dis-tu ça?


IRENE

Matteo et moi, on s'est quitté.


GIOVANNI

Que s'est-il passé?


IRENE

C'est moi qui l'ai quitté, il

n'aurait jamais eu le courage.


GIOVANNI

Vous ne vous voyez plus?


IRENE

Non, juste à l'école. Une

fois, il m'a même ramenée.

Mais je ne veux pas, ça me gêne...


GIOVANNI

Il fait ça par affection.


IRENE

Non, par obligation!

Je suis désolée,

mais il ne me manque pas.


PAOLA prend le courrier avant de sortir de la maison. Elle s'arrête sur une enveloppe et lit une lettre.


ARIANNA (Narratrice)

"Cher Andrea. "Ma lettre ne

sera pas aussi belle que la

tienne. "Je suis allée à la

bibliothèque. "Et j'ai lu plein

de lettres d'amour de femmes

célèbres... "... Pour en copier

quelques-unes. "Mais ces

écrivains ne t'aiment pas autant

que moi. "Alors, je préfère

écrire avec mes propres mots.


PAOLA pleure en lisant.


ARIANNA (Narratrice)

"On va bientôt m'appeler pour le

dîner, "mais je veux absolument

finir cette lettre. "Je continue à

penser à notre rencontre de cet

été."


PAOLA court dans la chambre de ANDREA. Elle cherche quelque chose. En ouvrant le placard, elle sent l'odeur de son fils resté sur les vêtements et pleure.


PAOLA, GIOVANNI et IRENE sont assis à table dans la cuisine.


PAOLA

Tu te souviens, après le

camping, on était allé le

chercher à la gare. Je ne me

suis aperçue de rien... On n'a

rien remarqué de bizarre.


GIOVANNI

On aurait dû?


IRENE

C'est peut-être pas important.

Il n'en a jamais parlé.


GIOVANNI

De quoi nous a-t-il jamais

parlé?


IRENE

Voilà: "Nous nous sommes vus

seulement une journée...

"Mais ça m'a suffi pour

comprendre..." Seulement

une journée!


PAOLA

Oui, je sais, je l'ai lu

mais... C'est sa manière de

parler d'Andrea... Par exemple,

à un moment, elle dit...

qu'il semble timide mais qu'il

ne l'est pas. Que quand il se

tait, on n'est pas embarrassé.


GIOVANNI

C'est vrai, oui.

Il y a l'adresse?


PAOLA

Derrière l'enveloppe. Je vais

demander le numéro au 12.


GIOVANNI

Il vaut peut-être mieux

écrire.


PAOLA

Pourquoi?


GIOVANNI

Parce qu'il faut lui dire.

Elle ne sait rien. Elle ne sait

pas, pour Andrea.


GIOVANNI, assis à son bureau, rédige une lettre pour ARIANNA.


GIOVANNI (Narrateur)

"C'est arrivé il y a moins d'un

mois. "C'était un dimanche..."

"Chère Arianna... "C'est le père

d'Andrea qui t'écrit... "Je dois

te donner une terrible..."


GIOVANNI repense à ses épisodes de jogging en compagnie de ANDREA.


GIOVANNI

"Chère Arianna..."


De nouveau, le souvenir d'une conversation pendant une séance de jogging fait surface.


ANDREA

Dis, papa, on s'arrête?


GIOVANNI

Déjà fatigué?


ANDREA

Luciano et Fabio m'attendent

pour aller plonger.


GIOVANNI

Ils t'attendent?


ANDREA

Oui.


GIOVANNI

Restons un peu ensemble, non?

Tu iras dimanche prochain,

d'accord?


ANDREA

D'accord.


GIOVANNI

Allez!


GIOVANNI ferme les yeux. Puis le souvenir revient.


GIOVANNI

On accélère!


UN PATIENT

Vous me trouvez toujours une

excuse. Toujours. Avec vous, on

n'est jamais coupable. Vous me

justifiez tout le temps. Mais,

il y a toujours un prix à payer.

Comment peut-on refuser de le

payer?


IRENE et PAOLA sont dans une boutique de vêtements. IRENE sort d'une cabine d'essayage.


PAOLA

Montre voir... C'est mignon,

ça te va bien. Oui, j'aime bien

les couleurs. Ça te va au teint.


IRENE

Le vert m'allait mieux?


PAOLA

Il est différent. Les deux te

vont bien. Prenons les deux, non?


IRENE

Attends. Je réessaie l'autre.


IRENE pleure, enfermée dans la cabine.


PAOLA et GIOVANNI sont à un dîner chez des amis.


UN AMI

Le bureau est tout près... Je

ne prends plus la voiture.

Dommage, c'était le seul

moment... où je pouvais écouter

la radio.


PAOLA

Giovanni vous a dit ce qui est

arrivé? Une chose curieuse, mais

belle. Andrea avait une amie. On

ne le savait pas. Elle lui a écrit

une lettre et... Ils se sont connus

au camping. Quelques semaines

avant qu'Andrea....

Elle était sur le point de

partir et lui, il arrivait...

Elle s'appelle Arianna. Arianna

est... Je veux la rencontrer...

Elle se souvient de tout, cette

journée, l'habillement d'Andrea...

La chanson qui passait dans le

café... Je l'imagine...

Peut-être à cause de ce qu'elle

écrit...

(En regardant GIOVANNI)

Je veux la rencontrer.


GIOVANNI et PAOLA gardent le silence dans la voiture sur le chemin du retour. [GIOVANNI et PAOLA sont assis au salon.


PAOLA

Pourquoi as-tu essayé de me

faire taire?


GIOVANNI

Mais non, pas du tout...


PAOLA

Ils n'étaient pas gênés.


GIOVANNI

Je sais bien. Je t'ai juste pris la main.

Pour être près de toi.


PAOLA

Non, tu voulais que j'arrête

de parler d'Andrea! Tu penses

qu'en parlant avec les autres,

on perd quelque chose!

Tu me fais pitié.


GIOVANNI

D'accord.


GIOVANNI est de nouveau dans son cabinet avec une patiente.


UNE PATIENTE

J'ai connu mon mari à

vingt-quatre ans. Il était

militaire de carrière. Après le

mariage, nous sommes allés à Rome.

On habitait à la caserne.

Dans le quartier, il n'y avait

que la caserne. Le dimanche, on

allait dans le centre. On

s'habillait bien. Parfois, la

femme d'ENRICO de mon mari

venait me voir.

Elle me demandait: "Les enfants,

c'est pour quand?" J'adore les

enfants. Mais, on n'a jamais pu

en avoir...


GIOVANNI éclate en sanglots.


GIOVANNI

Pardon. Pardon.


GIOVANNI écrit une lettre à ARIANNA : "... Et ce soir-là, Paola a dit... "Que tu es la seule personne qui..."


GIOVANNI s'arrête et finit par dessiner par dessus les mots.


GIOVANNI est en consultation avec OSCAR qui reste silencieux.


Plus tard dans la cuisine, PAOLA vient voir GIOVANNI.


PAOLA

Je vais me coucher, et toi?


GIOVANNI

J'arrive. Non, je n'ai pas encore

écrit la lettre à Arianna.


PAOLA

J'avais compris.


GIOVANNI

Et si j'étais resté ce dimanche...


PAOLA

C'est une question?


GIOVANNI

Si je ne m'étais pas précipité

comme un con chez ce patient...

Si j'étais resté!


PAOLA

Il y serait allé quand même.


GIOVANNI

Si je l'avais emmené courir...

On aurait pris une glace, on

serait allé au cinéma...


PAOLA

Arrête! On ne peut pas revenir

en arrière!


GIOVANNI

C'est justement ce que je veux

faire. Revenir en arrière.


PAOLA

Bien sûr, il n'y a que toi qui

comptes. Tu ne l'aimes pas,

Andrea! Tu n'as même pas écrit à

cette fille...


GIOVANNI

J'ai essayé de lui écrire. Je

n'y arrive pas. Je pense que

peut-être...


PAOLA

Je me fous de ce que tu

penses! Je n'ai plus envie de

t'écouter!


GIOVANNI est couché sur le divan.


IRENE cherche une chaîne sur son poste de radio, dans sa chambre.


PAOLA dort dans son lit.


GIOVANNI, PAOLA et IRENE sont ensemble pour le petit-déjeuner. Tous ont la mine basse.


PAOLA

C'est bon, merci.


PAOLA se lève et va au téléphone.


IRENE verse du lait chaud dans le café de son père.


GIOVANNI

Merci. Ça va?

Ça va...


PAOLA

Bonjour, je peux parler avec

Arianna, s'il vous plaît?


GIOVANNI s'approche de PAOLA.


PAOLA

Arianna? Je suis la maman

d'Andrea, Andrea Sermonti.

(En sanglotant)

Andrea a eu un accident en mer.

Il est mort...

(En pleurant)

Arianna... Il a eu une embolie.

Je peux te rappeler plus tard...

Ça nous ferait plaisir de te

rencontrer. Oui, je sais qu'il y

a l'école, mais on pourrait

venir... Pourquoi, non? Laissons

passer un peu de temps.

Ne décide pas tout de suite...

J'ai compris. Ça me fait

beaucoup de peine, mais si c'est

ce que tu veux... Au revoir,

Arianna.


IRENE a rejoint sa mère et son père. Tous les trois pleurent.


OSCAR vient pour sa séance. GIOVANNI l'accueille dans son cabinet.


GIOVANNI

Bonsoir.


OSCAR

Bonsoir.


OSCAR ne prend pas place sur le divan.


OSCAR

Aujourd'hui, je m'assois ici.


GIOVANNI

Bon.


OSCAR

Comment allez-vous?

Et votre famille?


GIOVANNI

Ma famille? Bien sûr, comment

va ma famille... Vous venez

depuis un an et demi. Vous

m'avez parlé de 200 livres, de

musique, de foot... Pourquoi

détournez-vous la conversation?

Pourquoi évitez-vous les problèmes?


OSCAR

Ce n'est pas ce que je fais.


GIOVANNI

Non?


OSCAR

Pas ces dernières semaines,

en tout cas. Je voulais juste

bavarder un peu, parce que je

vous aime bien. Oui, mais...

c'est la dernière fois que je

viens.


GIOVANNI

La dernière fois...

Vous n'êtes pas original, vous savez?

Il y a toujours une phase où le

patient dit: "Je ne viens plus,

ça ne sert à rien..."


OSCAR

Non, moi ça m'a servi.

Mais tant de choses ont changé...

Je dois guérir. Il faut

que je me concentre là-dessus.

Je ne voulais même pas venir.

Je voulais vous téléphoner, écrire...

Mais j'ai préféré vous saluer

de vive voix. Et vous dire:

merci pour tout.


GIOVANNI

Portez-vous bien.


GIOVANNI met les couverts pour le dîner. Ensuite, GIOVANNI cuisine.


PAOLA a repris le travail.


IRENE prend une bière avec MATTEO.


GIOVANNI est seul à table, le repas est servi.


GIOVANNI, va au frigo et se sert du fromage avec du pain.


GIOVANNI se rend à la piste d'athlétisme.


Plus tard, dans la chambre, PAOLA est couché et GIOVANNI fait les cent pas.


GIOVANNI

Certains patients, je ne les

écoute plus. Avec d'autres, je

m'implique trop. C'est comme si

j'étais à leur place. En ce

moment, je ne les aide sûrement

pas.


PAOLA

Tu as peut-être repris trop vite.


GIOVANNI

C'est pas ça. Je n'ai plus le

moindre recul.


PAOLA

Tu en as parlé avec quelqu'un?


GIOVANNI

Avec Enrico.


PAOLA

Il t'a dit quoi?


GIOVANNI

De ne pas décider tout de

suite... D'attendre.


PAOLA

Alors, fais ça.


GIOVANNI

Attendre ne servirait à rien.

Et puis, j'ai déjà décidé.

Je suis soulagé, même si c'est pas

bien de dire ça. C'est mieux

pour tout le monde.

Et nous deux, on fait quoi?


PAOLA

Je ne sais pas.


GIOVANNI

Ça va si mal que ça?


PAOLA

N'en parlons pas maintenant.


GIOVANNI

Non.

Bonne nuit.


GIOVANNI quitte la chambre.


GIOVANNI rencontre RAFFAELA.


RAFFAELLA

Je ne m'y attendais pas du tout.

Je suis vraiment désolée.

Puis-je vous en demander la raison?


GIOVANNI

Bien sûr que vous pouvez.

Il est arrivé beaucoup de choses.

Et puis... Mon fils...

Je n'y arrive plus.

C'est simple.

Je ne peux plus faire ce travail.

Si vous voulez, je peux vous

indiquer un autre analyste. Pour

continuer le travail...


RAFFAELLA

Non, je veux essayer

de m'en passer. Quand pensez-vous

reprendre?


GIOVANNI

Je ne sais pas si je vais recommencer.


RAFFAELLA

Moi, je vous attends.

Ce sera ma prochaine date.


LE PATIENT

(En criant)

C'est quoi cette connerie?

Vous me prenez au piège... Je

vous raconte tout... Et après:

salut! Va te faire foutre!

Va te faire foutre!

Je vais mal, putain!

Toujours plus mal!

(Avec rage)


LE PATIENT prend sa chaise et la casse.


LE PATIENT

Salaud, enflure... Tu m'as eu!

(En hurlant)

Tu me le paieras!


LE PATIENT prend des objets dans le cabinet et les lance.


LE PATIENT

Je me sens mal, connard!

(En pleurant)

Je me sens mal!


GIOVANNI se lève pour le calmer.


GIOVANNI

(En retenant le patient)

Je suis désolé...

(En consolant son patient)

Vraiment désolé.


IRENE discute avec des amis à la sortie des classes. GIOVANNI l'observe et sourit.


GIOVANNI attend chez un discaire. UN VENDEUR vient à sa rencontre.


GIOVANNI

Bonjour, ça va?


DISCAIRE

Et vous?


GIOVANNI

Je veux faire un cadeau à un

ami de mon fils. Vous vous

souvenez de mon fils?


DISCAIRE

Très bien, il venait souvent.


GIOVANNI

Mais je ne voudrais pas me tromper.

Vous savez mieux que moi

quelle musique... peut plaire

à un garçon de son âge.


DISCAIRE

Voyons...


GIOVANNI

J'ai un peu regardé... Mais je

ne sais pas quoi choisir.


DISCAIRE

Ah, oui... Voilà. Ce n'est pas

une nouveauté... Mais ça devrait

lui plaire.


GIOVANNI

Il y a la traduction des

textes?


DISCAIRE

Non.


GIOVANNI

Mon fils se moquait de moi.

Selon lui, j'avais un trouble

auditif: je n'écoute que des

chansons italiennes!

Le disque est pour lui. Je

voulais lui faire un cadeau.


DISCAIRE

Je vous le fais écouter?


GIOVANNI

Oui.


GIOVANNI marche dans son quartier.


GIOVANNI, de retour à la maison, lit dans le salon.


On sonne à la porte. GIOVANNI va ouvrir.


ARIANNA

Bonsoir. Je suis Arianna...

l'amie d'Andrea.

Vous êtes son père?


GIOVANNI

Oui.


ARIANNA

Je peux entrer?


GIOVANNI

Bien sûr.


ARIANNA

J'ai essayé d'appeler, mais ça

ne répondait pas. Je voudrais

dire bonjour à votre femme.

Parce qu'elle avait appelé et...


GIOVANNI

Malheureusement, Paola n'est

pas là...

Bonjour! Je ne t'ai même pas

saluée... Elle devrait bientôt

rentrer.


ARIANNA est assise au salon avec GIOVANNI.


GIOVANNI

Encore un peu?


ARIANNA

Non, merci.


GIOVANNI

Tu es sûre?


ARIANNA

Oui.


GIOVANNI

Paola ne va pas tarder. On

peut l'appeler, si tu veux?


ARIANNA

Non. Ce n'est pas la peine.


GIOVANNI

D'accord.


ARIANNA

Excusez-moi d'avoir voulu voir

la chambre d'Andrea.

J'y tenais beaucoup


GIOVANNI

Je sais.


ARIANNA

Je savais déjà un peu comment

elle était.


GIOVANNI

La chambre d'Andrea?


ARIANNA

J'ai des photos prises de lui.


GIOVANNI

Tu les as ici?


ARIANNA

Oui.


GIOVANNI

Prises par lui?


ARIANNA

Oui. Il voulait me montrer sa

chambre.


GIOVANNI regarde les photos.


GIOVANNI

Elle est drôle celle-là, non?


PAOLA et IRENE arrivent avec des courses.


GIOVANNI

À côté, il y a la fille qui...


PAOLA

Quelle fille?


GIOVANNI

Arianna. L'amie d'Andrea.


PAOLA

Pourquoi est-elle venue?


GIOVANNI

Elle passait et elle voulait

te saluer. Elle t'a attendue.


PAOLA

Mais je ne...


GIOVANNI

Elle est à côté.


PAOLA embrasse ARIANNA et la serre contre elle. IRENE se tient à l'écart les bras croisés.


ARIANNA

Je suis désolée pour le coup

de fil. Je ne savais rien. Et

quand vous m'avez dit, pour

Andrea...


PAOLA

Ne t'inquiète pas.

Arianna...

Je la voyais autrement, non?


GIOVANNI

Je ne sais pas...


ARIANNA

Plus jolie?


PAOLA

Non, différente... La voix au

téléphone peut-être...


ARIANNA

Avant, j'avais les cheveux

plus longs... Maman dit que ça

m'allait mieux.


PAOLA

Fatiguée?


ARIANNA

Non.


GIOVANNI

Tu veux prendre une douche?


PAOLA

On sort ou on dîne ici?


ARIANNA

Moi, je dois partir.


PAOLA

Tu peux dormir ici, si on

tarde trop.


ARIANNA

C'est que... J'ai un ami...

Qui m'attend en bas.

On fait du stop ensemble.


GIOVANNI et PAOLA raccompagnent ARIANNA et son ami. IRENE est là aussi.


PAOLA

(En s'adressant à ARIANNA)

Et tes parents?


ARIANNA

Mon père est contre.

Maman m'a demandé d'appeler

tous les soirs. C'est mon premier

voyage en stop. Stefano dit que

demain matin, on sera en France.


GIOVANNI

Si c'est Stefano qui le dit...


LA VOITURE s'arrête près de la frontière allemande. ARIANNA et STEFANO prennent leurs bagages.


GIOVANNI

Au revoir.


PAOLA

Bon voyage.


STEFANO

Au revoir, merci.


PAOLA

J'aimerais bien qu'on se

revoie.


ARIANNA

Oui, moi aussi.


PAOLA

Au revoir.


GIOVANNI

Salut.


ARIANNA embrasse les trois membres de la famille d'ANDRÉA.


ARIANNA rejoint STEFANO et tous les deux attendent qu'une voiture passe. GIOVANNI, PAOLA et IRENE les regarde depuis une halte routière.


Les voilà tous de retour dans la voiture.


GIOVANNI

Le restoroute là-bas est plus

grand. Vous trouverez sûrement

quelqu'un. Quelle heure est-il?

Il n'est pas si tard... On va

jusqu'à la bretelle?


ARIANNA

Mais non...


GIOVANNI

Pour vous c'est mieux, non?


STEFANO

Ben oui... Merci.


GIOVANNI

Oui, c'est mieux, allez.


IRENE, STEFANO et ARIANNA dorment sur la banquette arrière. Pendant que GIOVANNI conduit dans la nuit.


La route longe une ville.


PAOLA

(En voyant la sortie)

Mais...


GIOVANNI

Oui, c'était là. Mais regarde

comme ils dorment... On ne va

pas les réveiller maintenant...

Ils dorment si bien! Allez, on y

est presque. Ne t'endors pas,

hein! Tiens-moi compagnie.


Le jour se lève. La voiture arrive au poste frontière de la France.


La voiture s'arrête.


PAOLA et GIOVANNI sortent de la voiture et s'approche de la mer qui borde le poste frontière.


IRENE ouvre sa portière et regarde ses parents marcher vers la mer.


IRENE

Mais putain, on est où?

(En rejoignant ses parents)

Vous m'avez emmenée où?


GIOVANNI

Bonjour!


IRENE

Ce soir, j'ai l'entraînement!

Dimanche, je rejoue pour la

première fois!


GIOVANNI soupire. PAOLA sourit. GIOVANNI rit.


IRENE

Ça vous fait rire?

Ça vous fait rire?


IRENE mange avec STEFANO et ARIANNA au bord de la mer pendant que GIOVANNI et PAOLA discutent plus loin.


GIOVANNI

Elle est sympa, hein? Lui

aussi... Ou pas?


PAOLA

Oui, lui aussi. Il est gentil.


GIOVANNI

Ils sont dans le même lycée,

mais il est plus grand.


PAOLA

Oui. Arianna est en seconde et

lui en terminale.


GIOVANNI

Paola... à ton avis, ils sont

ensemble? Non, ne dis rien!

Ne dis rien...


STEFANO et ARIANA reprennent leurs bagages et marchent vers un bus. PAOLA, GIOVANNI et IRENE les raccompagnent.


GIOVANNI

Au revoir.


STEFANO

Au revoir, merci.


ARIANNA

Merci pour tout. Quand on

arrive, je vous écris.


PAOLA

Bon voyage.


GIOVANNI

Au revoir, Arianna.


PAOLA, IRENE et GIOVANNI retournent sur la plage au bord de la mer Méditerranée. Le bus dans lequel ARIANNA et STEFANO quitte l'endroit.


Générique de fermeture


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