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La moustache

“Qu’est-ce que tu dirais si je me rasais la moustache ?” demande Marc à Agnès. “Je ne sais pas. Je t’aime avec mais je t’ai jamais connu sans.” Elle sort faire des courses, le laissant devant le miroir de la salle de bain. Et il le fait. Comme ça : par jeu, pour voir la tête qu’elle fera. Elle rentre et ne fait aucune remarque. Le plus drôle, c’est qu’elle a vraiment l’air de ne rien remarquer. Les autres non plus. Marc plonge alors dans l’abîme.



Réalisateur: Emmanuel Carrère
Acteurs: Vincent Lindon, Emmanuelle Devos, Mathieu Almaric
Année de production: 2005

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Générique d’ouverture


MARC est dans le bain et se rase, sans pour autant raser sa moustache. Il s’adresse à sa femme, AGNÈS, qui est dans l’autre pièce, séparée par une cloison de vitre givrée.


MARC

Tu dirais quoi si je

me rasais la moustache?


AGNÈS

Comment?


MARC

Je me demandais: qu’est-ce

que tu dirais si je me rasais

la moustache.


AGNÈS

(Venant le rejoindre)

Je sais pas. Je t’aime avec.

Je te connais pas sans.

Je comprends pas comment on peut

prendre des bains aussi chauds.

Bon. Faut pas trop

qu’on tarde, hein.

J’ai dit à Nadia qu’on

serait là à 8 h 30,

comme ça, on rentrera pas tard.

Je descends au Monoprix.

Je vais faire des courses,

il y a plus rien

pour le petit-déjeuner.


MARC

Tu peux remettre le disque

au début, s’il te plaît?


AGNÈS

Oui.


MARC s’enfonce la tête sous l’eau, au son de la musique que vient de remettre en marche AGNÈS avant de sortir de la maison.


Titre :
La moustache


MARC regarde ensuite longuement son reflet dans le miroir, attrape une paire de ciseaux et taille sa moustache, avant de décider de la raser complètement. Il jette les poils de sa moustache dans la poubelle, nettoie ensuite le bain et commence à s’habiller, quand on sonne à la porte. MARC descend pour aller ouvrir et, voyant que AGNÈS entre dans la maison, il remonte en vitesse pour ne pas lui montrer tout de suite qu’il s’est rasé.


AGNÈS

T’es encore dans le bain?


MARC

Non, je m’habille.


AGNÈS

(Montant à l’étage)

Pourquoi t’es pas venu

m’ouvrir? Je trouvais pas

ma clé.


MARC

Parce que j’ai cassé

mon lacet.


AGNÈS

T’en as trouvé d’autres?


MARC

D’autres quoi?


AGNÈS

Des lacets.


MARC

(Baissant la tête pour ne pas qu’elle remarque qu’il s’est rasé la moustache)

Non, j’ai trouvé

d’autres chaussures.


Plus tard, AGNÈS est sous la douche.


AGNÈS

Marc?

Tu... tu peux m’apporter

une serviette, s’il te plaît.


MARC prend la serviette en la plaçant devant son visage. Il entoure ensuite AGNÈS à l’aide de la serviette et se place derrière elle, avant de lui montrer son visage dans le miroir.


AGNÈS

Écoute, Marc.

Je serais pas contre, mais on

est vraiment très en retard.


Alors que AGNÈS se défait de l’étreinte de MARC, ce dernier contemple son reflet dans le miroir sans comprendre pourquoi AGNÈS ne lui a rien dit. MARC et AGNÈS prennent ensuite l’ascenseur et MARC regarde AGNÈS avec insistance. AGNÈS ne remarque toujours pas qu’il ne porte plus la moustache. MARC et AGNÈS sont ensuite dans la voiture.


AGNÈS

C’est un peu sexe, non,

pour aller à l’anniversaire

de ma filleule?

Remarque, ça peut leur plaire

de me voir habillée en pute.

Et toi, ça te plaît?

Tu m’as rien dit.


MARC

Oui, ça me plaît.

Merde, il y a avait

une place là. On va

jamais en trouver, c’est sûr.


Une voiture se stationne devant eux.


AGNÈS

Mais si, on va en trouver.


MARC

Mais non, on va en trouver,

je te le dis.


AGNÈS rigole.


MARC

Mais qu’est-ce qui te fait rire?


AGNÈS

Toi.

Les types qui râlent au volant,

en général, c’est tout ce que

je déteste, mais toi, j’adore.


MARC

Bon, tu sais quoi?

Monte, je vais aller me virer.


AGNÈS

Bien, non. Pourquoi?

Je reste avec toi.


MARC

Non, mais ça me dérange pas.

Je vais aller me virer. Vas-y,

monte. Je te rejoins.


AGNÈS

T’es sûr?

(Revenant à la voiture)

J’ai oublié le cadeau de Lara.

T’as le code?


MARC

Oui.


AGNÈS

Oui.


MARC va stationner sa voiture et sonne ensuite à la porte. SERGE SCHAEFFER vient lui ouvrir.


SERGE SCHAEFFER

Salut.


MARC demeure sur le pas de la porte et ne bouge pas.


SERGE SCHAEFFER

Bien, entre.


MARC

(S’approchant de SERGE SCHAEFFER pour l’embrasser sur les joues)

Salut.


SERGE SCHAEFFER

(Se défilant)

Ah, non. J’ai décidé

de plus embrasser les garçons.

Quinze ans de bisous entre mecs,

ça suffit comme ça.

T’es vexé? Tu veux un bisou?


MARC va saluer NADIA, la femme de SERGE SCHAEFFER et l’embrasse sur les joues.


NADIA

Salut, Marc.


MARC

Bonsoir.


MARC embrasse ensuite LARA, la fille de NADIA et de SERGE SCHAEFFER.


MARC

Bonsoir, Lara.


NADIA

Bien, alors? Tu lui dis pas

bonsoir? Tu le reconnais pas?


LARA

Si, je le reconnais.

C’est Marc.


MARC

(Tapant des mains et félicitant LARA)

Bravo.


AGNÈS

Pourquoi bravo?


MARC

Je sais pas.

J’avais envie de dire bravo,

alors j’ai dit bravo.


SERGE SCHAEFFER

Ah merde!

Quand tu l’as nettoyé la

dernière...


MARC

(Complimentant NADIA)

C’est bien, ta coiffure.


NADIA

Ah, merci.


MARC

C’est Serge qui m’a fait

la leçon en arrivant.


NADIA

Quelle leçon?


MARC

Bien, il m’a dit

de remarquer ta coiffure,

mais j’aurais remarqué

tout seul.


NADIA

Hum.


SERGE SCHAEFFER

Vous avez rien

contre l’ail, hein?


NADIA

Allez. Tu vas aller

te coucher. D’accord? Tu vas te

brosser les dents et tu reviens

nous dire bonsoir.


AGNÈS

(Parlant du jouet de LARA)

Je peux jouer avec?


Plus tard, MARC est à la salle de bains et observe son reflet dans le miroir. Il ne comprend pas pourquoi personne ne lui fait la remarque à propos de sa moustache. MARC rejoint ensuite les autres et s’arrête dans le cadre de porte pour écouter la conversation en cours.


SERGE SCHAEFFER

Non, ça s’est pas

tout à fait passé comme ça.

Pas tout à fait. Tu es

de mauvaise foi, Agnès.


NADIA

Non, tu es pas

de mauvaise foi.


SERGE SCHAEFFER

C’est d’une mauvaise foi.

Tu es pathologique.

Tu veux que je raconte

l’histoire des radiateurs?


AGNÈS

Mais où il est passé Marc?


SERGE SCHAEFFER

C’est quoi, ces radiateurs?


MARC

(S’installant à table)

Alors, c’est quoi,

ces radiateurs?


SERGE SCHAEFFER

Les radiateurs...

Un jour, c’était il y a dix ans,

Agnès et moi partons en weekend

chez des gens qu’on connaît

très vaguement en Bourgogne.

Trois couples.

On fait des promenades en forêt,

les courses au village,

le coin du feu. L’horreur?

C’était l’hiver.

Alors, dès notre arrivée,

on nous explique très lourdement

qu’on ne peut pas chauffer

toutes les pièces en même temps

sauf si on laisse

les radiateurs au minimum.

Bon, et que sinon,

les plombs sautent.

Premier soir, cette jeune femme

ignore superbement la consigne

et monte le chauffage

de notre chambre au maximum.

Les plombs sautent.

On change les plombs.

On se tape le laïus

du maître de maison.

Christian?


AGNÈS

Je sais pas. Je

m’en souviens pas du tout.


SERGE SCHAEFFER

Bon, bref.

Alors, deuxième soir,

nous sommes en train de jouer

au Scrabble au coin du feu.

Agnès monte se coucher

la première

et les plombs ne sautent pas.

Tout le monde se dit:

Ah, elle a compris la leçon.

Et... Quoi?

Jusqu’à ce qu’on monte

se coucher et qu’on se

rende compte que...

qu’horreur, il fait -5

dans toutes les chambres

sauf dans la nôtre où c’est

un véritable sauna.

Aucun doute possible,

forfait signé.

Elle avait éteint les radiateurs

de toutes les chambres

pour pouvoir

le monter dans la nôtre.

Alors, jusqu’ici, c’est quoi?

C’est... un joli sans-gêne.

Mais là où ça devient beau,

c’est quand on est venu

lui demander des explications.

Parce que madame a nié.

Tout, en bloc.

Toute la journée,

on lui a demandé, on

lui a prouvé que ça ne

pouvait être qu’elle

et jamais, jamais,

elle n’a avoué.

Et tu vois, c’est ça

que j’admire

parce que je suis sûr

que même sur ton lit de mort

tu n’admettras jamais que c’est

toi qui as éteint ces radiateurs.


NADIA dessert la table et se lève brusquement.


AGNÈS

Parce que je les ai

jamais éteints. C’est tout.


SERGE SCHAEFFER

Qui les a éteints, alors?


AGNÈS

Je sais pas, mais pas moi.


SERGE SCHAEFFER

Nadia.


Plus tard, AGNÈS et MARC reviennent à la maison. Ils sont dans la voiture.


AGNÈS

Je trouve qu’il

va pas bien, Serge.

Il est dans la dérision

perpétuelle. C’est...

c’est pathétique, non?

Elle t’a parlé, Nadia?


MARC

Stop.


AGNÈS

Quoi, stop?


MARC

S’il te plaît, les

commentaires de fin de dîner.

La psychologie de serge,

le désespoir de Serge,

là, tout de suite,

j’en ai rien à foutre,

mais alors rien.


AGNÈS

Bon, bien alors, trouve

un autre sujet de conversation.

De quoi veux-tu qu’on parle?


MARC

(S’impatientant)

Arrête, tu veux.


AGNÈS

Mais qu’est-ce qu’il y a?

J’ai dit quelque chose

qui t’a pas plu? Je...

Non, mais on peut se parler.

On se parle, non, tous les deux?


MARC

On se parle

et je te demande d’arrêter.

C’est drôle cinq minutes.

Trois heures, ça fait beaucoup.

Maintenant, j’en ai marre,

alors je dis stop.


AGNÈS

Bon, arrête-toi.

Arrête-toi là.

Explique-moi.


MARC gare la voiture en bordure de la route.


MARC

Tu vas pas me dire

que t’as rien remarqué?


AGNÈS

J’aurais dû remarquer quoi?

Dis-moi.

C’est difficile à dire?


MARC

Non, c’est pas difficile

à dire.

C’est juste qu’il devrait pas

y avoir à le dire.

Ma moustache.

(Attrapant la main de AGNÈS et la frottant contre sa peau)

Tu sens rien? Il manque pas

quelque chose là?


AGNÈS

(Retirant sa main)

Quoi?


MARC

J’ai rasé la moustache.


AGNÈS

Je comprends pas.


Plus tard, MARC et AGNÈS sont au lit.


MARC

Tu dors?


AGNÈS

Non.


MARC

À quoi tu penses?


AGNÈS

Ta moustache, bien sûr.

Tu sais, tout à l’heure,

dans la voiture?


MARC

Oui.


AGNÈS

J’ai eu l’impression que...

si tu continuais,

j’allais avoir vraiment peur.

J’ai eu peur.


MARC

C’est toi qui as continué.


AGNÈS

S’il te plaît, ça me

fait peur. Arrête.


MARC

Alors, ne recommence pas.


AGNÈS

Mais c’est toi

qui recommences.

(Criant)

Arrête avec ça.


MARC

Agnès. Agnès.

C’est pas grave.

Regarde-moi.

Je l’ai rasée et je peux

la faire repousser. Hein?


AGNÈS

(Se levant du lit)

Pourquoi tu fais ça?

Tu sais très bien

que t’as jamais eu de moustache.

Si tu t’étais rasé la moustache,

Serge et Nadia

l’auraient remarqué, non?


MARC

T’es montée la première.


AGNÈS

Tu te rends compte

de ce que t’es en train de dire?

Passe-moi le téléphone.


AGNÈS appelle NADIA et passe en mode mains libres pour que MARC puisse entendre la conversation.


NADIA

(Endormie)

Allô?


AGNÈS

Nadia, c’est Agnès.

Désolée si je te réveille, mais

j’ai une question à te poser.


NADIA

Je dors.


AGNÈS

Quand tu as vu Marc, ce soir,

t’as rien remarqué?


NADIA

Non.


AGNÈS

Tu as pas remarqué qu’il

n’avait plus de moustache?


NADIA

Comment, en fait, il avait

plus de moustache? Hum?

Je comprends pas.


AGNÈS

Suppose que je t’ai fait jurer

de dire quoi qu’il arrive

qu’il a jamais eu de moustache,

alors qu’il en avait une.

Tu me suis?


NADIA

Non, pas très bien.


AGNÈS

Bon, c’est pas grave.

Je voudrais juste que tu

répondes à ma question.

Est-ce que t’as déjà vu

Marc avec une moustache?


NADIA

Non.


SERGE SCHAEFFER

(Intervenant avec impatience)

Mais enfin,

vous avez l’air de bien vous

amuser, mais nous, on dort.

Alors, vous êtes gentils?

On reparle de tout ça une

autre fois. D’accord?


NADIA met fin à la conversation en raccrochant.


MARC

Tu les as prévenus.


AGNÈS

Bon, écoute.

J’ai une grosse journée demain.

Je dois me lever tôt.

Je vais aller prendre

un Lexomil.


MARC se lève et va chercher dans la bibliothèque une boîte qui contient des photos. Il les passe en revue et trouve une série de photos du voyage que AGNÈS et lui ont fait au Bali en 2003. Sur ces photos, MARC porte la moustache.


MARC

Agnès.


AGNÈS

Je dors.


Le lendemain matin, MARC se réveille, mais referme les yeux en faisant semblant de dormir. AGNÈS vient récupérer sur la table de chevet les photos de leur voyage à Bali et descend à la cuisine. MARC demeure au lit et semble perturbé. Plus tard, il se rase. Au moment de se raser la moustache, il s’arrête, hésite et décide de ne pas y toucher. Il s’assoit dans l’escalier, réfléchit et quitte la maison. Plus tard, MARC arrive au travail. SAMIRA discute avec BRUNO.


MARC

(Entrant dans le bureau)

Bonjour.


SAMIRA

Salut.


BRUNO

(Ne quittant pas des yeux son ordinateur)

Ça va?

Quand tu cliques, tu repasses

sur l’axe géométrique.

Tu comprends?


MARC

(S’approchant d’eux)

Bon, je recommence.

Je vais ressortir, je vais

rentrer. Mais ce coup-ci,

vous regardez.


MARC sort du bureau et décide plutôt de se rendre au restaurant de l’autre côté de la rue où travaille un SERVEUR qui a l’habitude de le voir.


SERVEUR

Ça va? La forme?

Un petit café?


MARC

Non. Un café.

Pas un petit café. Un café.

Je rêve.


SERVEUR

Pardon?


MARC

Rien.


SAMIRA

(Arrivant à ce moment)

Qu’est-ce que tu fais?


MARC

Bien, tu vois,

je bois un café.


SAMIRA

Non, mais tu sors, tu dis

que tu reviens et puis...


MARC

Et puis je bois un café.


SAMIRA

Bon, bien, je vais

en prendre un aussi.

T’es bizarre ce matin.

Vous vous êtes engueulés?


MARC

Tu remarques vraiment rien?


SAMIRA

Si, je remarque

que t’es bizarre.


MARC

Bon, on va travailler?


SAMIRA

Merci.


MARC et SAMIRA retournent au bureau. MARC travaille à son ordinateur, pendant que BRUNO parle au téléphone.


BRUNO

Voilà. L’avantage, c’est

qu’on s’adresse à ceux

qui n’y connaissent rien

et à ceux

qui connaissent beaucoup. On

leur dit des choses différentes,

mais avec les mêmes mots,

les mêmes visuels.

Voilà. Ça, je crois

que c’est bien.

Mais bien sûr. Quand tu veux.

Hein?

Euh...

Non, lundi, ça va... ça va pas

être possible, ça.

Non, mais j’arrête

tout le weekend.

Chao.


MARC se lève, prend une cigarette dans le paquet de BRUNO et s’en allume une.


BRUNO

T’es vraiment con.


MARC

Ah, ça, tu remarques.


BRUNO

Bien évidemment, je remarque.

Ça fait quoi?

Trois ans que vous avez arrêté

avec Agnès?

J’ai vu le mal que vous

vous êtes donné. Je trouve

ça complètement con.


SAMIRA

Tu veux pas

venir manger?


MARC

(Allant rejoindre SAMIRA et BRUNO plus loin)

Hum.


SAMIRA

Tu les as apportées,

les photos pour ton badge?


MARC

Non, j’ai oublié. Demain.


Plus tard, MARC rentre chez lui. AGNÈS regarde une partie de soccer à la télévision.


COMMENTATEUR

... qui ne

peut contrôler ce ballon.

Et c’est une attaque défense

à présent

avec les bleus

qui font circuler,

mais qui n’arrive toujours pas

à trouver l’ouverture.

Zidane, à droite, pour Thuram.


AGNÈS

Ah oui, oui.

Ça, c’est bien, ça.


COMMENTATEUR

C’est le moment

de déborder Thuram,

qui va tenter le grand pont.


AGNÈS

Mais fais une passe. Pourquoi?


COMMENTATEUR

Thuram qui récupère,

qui centre.


AGNÈS

Non, ah!

Mais passe-lui au centre. Voilà.

But!


MARC

Ça va?


AGNÈS

But!

Ça va, mais... Ça va,

mais on est en train de perdre.

Oh!


COMMENTATEUR

... de l’arrière latéral

gauche du club France,

mais malheureusement, sa frappe

n’était pas cadrée.

Jacques Santini, il a déjà

fait entrer ses remplaçants.

Il ne peut plus rien

pour cette équipe de France.

Le temps qui passe joue

évidemment contre elle.

Gallas de la tête a manqué

la réception. Il y a Silvestre.


MARC remarque sur la table du salon les photos de leur voyage à Bali. Il s’assoit à côté de AGNÈS.


AGNÈS

J’ai pris des sushis

si tu veux.


MARC

Je viens d’en manger.


AGNÈS

En tout cas, ceux-là

sont très bons.


COMMENTATEUR

... en 1984, déçu comme

tous les Français, ce soir,

parce que les bleus sont

en passe d’être éliminés.

Otto Rehhagel qui va

peut-être faire entrer

son dernier remplaçant histoire

de gagner quelques secondes.


AGNÈS

Tu vois, on va

s’en prendre avant la fin.


COMMENTATEUR

Allez à droite.

Quelques secondes encore

pour les Français. Thuram.

Thuram à la remontée du ballon

qui tente...


AGNÈS

Il y a du raifort.


COMMENTATEUR

... l’action personnelle,

mais c’est terminé.


AGNÈS

Et voilà, c’est fini.

C’est foutu.


COMMENTATEUR

L’équipe de France est

éliminée et la Grèce jouera

la demi-finale

du Championnat d’Europe.


AGNÈS

Je suis déçue.

Je suis déçue.


COMMENTATEUR

Ils perdent leur titre

de champion d’Europe.

Ils avaient échoué en Corée

il y a deux ans.


AGNÈS pose sa tête sur les cuisses de MARC et elle l’embrasse.


AGNÈS

C’est chiant les hommes

qui aiment pas le foot.


COMMENTATEUR

Une formation grecque

qui a connu le commencement

du tournoi

et qui élimine ce soir

une bonne équipe de France

de Zidane.


AGNÈS

T’as fumé?


MARC

Oui, j’ai fumé.


AGNÈS

Ça, c’est nul.


Plus tard, MARC se brosse les dents et AGNÈS passe devant lui en l’ignorant et se met au lit. MARC ouvre la poubelle de la salle de bains, mais le sac a été remplacé. Il sort dehors et vide le conteneur à déchet de tout l’immeuble à la recherche du sac contenant les poils de sa moustache. MARC remonte voir AGNÈS et la réveille en hurlant et en lui montrant les poils de sa moustache qu’il a retrouvés.


MARC

Regarde.


AGNÈS

(Se réveillant subitement)

Mais qu’est-ce que t’as fait?

Qu’est-ce que ça sent?


MARC

(Hurlant)

Regarde ça. Hein, regarde.

C’est quoi, ça, hein?


AGNÈS

(Terrifiée)

Marc!

Tu--


MARC

C’est quoi?


AGNÈS

Tu es fou.


MARC commence à pleurer. AGNÈS veut le prendre dans ses bras.


MARC

Me touche pas.


MARC est ensuite assis dans la douche et relâche les poils de sa moustache dans le drain de la douche. Plus tard, AGNÈS vient rejoindre MARC qui est assis, seul dans le noir. Le couple s’embrasse longuement et fait l’amour sur le canapé, avant de discuter.


AGNÈS

Je te mens pas, Marc.

Je t’ai jamais menti.


MARC

Je sais.

C’est ça le pire.


AGNÈS

Tu crois vraiment

que t’as eu une moustache?


MARC

Faudrait que je voie

un psychiatre.

On en connaît pas,

des psychiatres?


AGNÈS

Je crois qu’il faut

qu’on se fasse aider, oui.


Le lendemain matin, MARC se rase et, cette fois-ci, il n’épargne pas sa moustache. Il quitte ensuite pour le travail. AGNÈS est couchée sur le canapé


AGNÈS

(Se réveillant à ce moment)

Marc?

Tu partais sans me dire

au revoir?


MARC

Je voulais pas te réveiller.


AGNÈS

Tu vas travailler

tout le weekend?


MARC

J’espère pas demain.


AGNÈS

Tu sais...

Je pensais à Stéphanie.

Tu te rappelles à Larochelle?

C’était des vraies

bouffées délirantes. François

était complètement paniqué

et puis elle

a été voir quelqu’un

et on en a plus jamais reparlé.

Je sais même pas s’il lui

a donné des médicaments.

Je pense pas.

J’appelle François?


MARC

Oui. Appelle-le.


AGNÈS

Marc.

C’est comme quand on est défoncé

et qu’on flippe.

Ce qu’il faut se dire, c’est

qu’à un moment, ça s’arrête.

Forcément, ça s’arrête.


Plus tard, MARC est assis dans une cabine photo. Au moment de récupérer les images, une POLICIÈRE sort de la cabine. MARC compare la nouvelle photo avec une photo d’une carte d’identité qu’il tire de son portefeuille.


POLICIÈRE

(Sortant de la cabine)

Oh, pardon.


MARC

Je peux vous demander

quelque chose?


POLICIÈRE

Oui, bien sûr.


MARC

(Montrant les deux photos)

Regardez.

Vous voyez une différence là?


POLICIÈRE

Bien... Oui, la moustache.


MARC

Attendez, c’est

important pour moi.

Vous êtes sûre que là,

je porte une moustache?


POLICIÈRE

Oui. Sûre, absolument sûre.


MARC

Ah bon.


POLICIÈRE

Bien oui.


MARC

Merci.


Plus tard, MARC rentre à la maison.


AGNÈS

(Parlant au téléphone)

Ah oui. Oui, je me

rappelle très bien.

C’était des très vieux amis

de Serge.

Oui, oui, oui.

Comment ils vont?

Bon, bien, je verrai bien

de toute façon.

Et dis donc, Armen, le type,

là, dont elle parle,

il est "pref" ou il est pas

pref?

Ah, t’es là.

Non, non, je parlais à Marc.

Il vient de rentrer.

Je l’attendais pas

avant ce soir.

Oui, oui.

Bon, écoute, Nadia,

on se voit demain.

Au revoir.


AGNÈS raccroche et discute avec MARC.


AGNÈS

T’as pas tenu à l’agence?

T’étais mal?


MARC

J’avais envie d’être avec toi.


AGNÈS

Viens.


MARC

(S’asseyant à côté de AGNÈS)

Tu veux qu’on parle?


AGNÈS

Oui, bien sûr,

je veux qu’on parle, mais je

crois que c’est pas le moment.

On va se faire du mal.

J’ai appelé le type

qui s’était occupé de Stéphanie.

Il peut nous prendre,

mais pas avant dix jours.

Sinon, j’ai une autre adresse.

Je sais pas ce que ça vaut,

mais...

mais c’est possible lundi.

Qu’est-ce que t’en penses?

Tu trouves que dix jours,

c’est loin?


MARC

Oui.

Pas toi?


AGNÈS

Si.

(Prenant une gorgée de café)

Ah, c’est froid.


MARC

Qu’est-ce qu’on fait?

Tu veux qu’on sorte?


AGNÈS

Là, tout de suite?

Non, franchement, non.


MARC

On va pas rester là

à tourner en rond.

Ou alors, on pourrait aller

à la piscine.


AGNÈS

Non, mais comme t’étais pas

là, j’étais plutôt partie

à rien faire de spécial.


MARC

Tu préfères?


AGNÈS

Mais tu sais quoi? On va

couper la poire en deux.

On va aller t’acheter une veste.


MARC et AGNÈS sont dans une boutique de vêtements. Le téléphone de MARC sonne, mais il ne répond pas. AGNÈS lui montre deux vestes.


AGNÈS

Tu préfères laquelle?


MARC

Bien...


AGNÈS

Tu voudrais pas essayer

celle-là?

Juste pour voir.


MARC enfile une veste de couleur verte tachetée de vert plus foncé et plus pâle.


MARC

D’accord.

Tu trouves pas que ça fait

un peu ignoble?


AGNÈS

Non, moi je trouve

que ça te va pas mal.

Allez, je te l’offre.


MARC et AGNÈS vont ensuite au restaurant.


AGNÈS

(Lisant le menu)

Chiffonnade de petits

rougets panés.

C’est de plus en plus

prétentieux, hein, cette carte.


MARC

Je crois qu’ils

ont changé de chef.


AGNÈS

Ah bon.


MARC

Plus rien n’est pareil. Il y a

plus le petit truc délicieux.

Tu sais, avec le coulis, là.


AGNÈS

Tu veux qu’on s’en aille?


MARC

Tu veux?


AGNÈS

Mais non, je rigole.


SERVEUR

(Arrivant à ce moment)

Bonsoir.

Est-ce que vous désirez

un apéritif?


AGNÈS

Ah oui, une coupe.


MARC

Deux.


SERVEUR

Pour la suite,

je vous laisse réfléchir?


AGNÈS

Ah, vous avez des cigarettes?


SERVEUR

Oui. Marlboro, Marlboro Light?


AGNÈS

Euh, Light.

Non, pas Light.

(Regardant MARC qui la dévisage)

Qu’est-ce qui a?


AGNÈS s’allume une cigarette.


AGNÈS

Marc, on va pas faire semblant

de pas être stressés.

On "réarrêtera" plus tard,

mais là,

tout de suite,

c’est pas la priorité.

On a tout fait bien aujourd’hui.

On est allé t’acheter une veste.

Elle te plaît pas. À moi, si.

Je t’ai un peu forcé la main.

Tu la sortiras jamais

de ton placard. C’est

très bien. C’est ça un couple.


AGNÈS et MARC mangent.


MARC

C’est pas bon.


AGNÈS

Si, si, c’est bon.

En fait, non, pas très.

Je suis pas sûre.

Ç’a un drôle de goût.

Ou peut-être c’est moi, mais ça

me fait comme si j’étais...

... daltonienne ou...

dyslexique. Je sais pas.


MARC

Tu veux quand même un dessert?


AGNÈS

Non.

J’ai peur que ça fasse le truc

en sens inverse. Tu vois.

Que l’île flottante ait

un goût de cassoulet.


MARC

Agnès, je suis là.

Je serai toujours là,

quoi qu’il arrive.

J’ai pas envie qu’on se perde.


AGNÈS

Moi non plus, j’ai pas

envie qu’on se perde.


Après le repas, MARC et AGNÈS rentrent à la maison. MARC allume la radio.


AGNÈS

Oh non, s’il te plaît.

La musique, là, ce soir.


MARC arrête immédiatement la musique. Il écoute les deux messages sur le répondeur.


VOIX DE BRUNO

Marc, c’est Bruno.

Je sais pas où t’es passé,

mais nous, on est à l’agence.

On est en pleine charrette.

Ce serait pas mal d’avoir

de tes nouvelles.

Salut.


VOIX DE PAPA

Allô, c’est papa.

Apparemment, vous n’êtes pas

là. Je pourrais appeler

sur le portable,

mais je n’aime pas beaucoup ces

machines. Vous me connaissez.

De toute façon, ce n’est pas

vraiment urgent.

C’est juste pour vous rappeler

qu’on vous attend tous deux,

demain, à déjeuner. Allez,

on vous embrasse. À demain.


VOIX DU RÉPONDEUR

Tous vos messages

sont effacés.


MARC s’approche de la table du salon.


MARC

Tu les as rangées, les photos?


AGNÈS

Quelles photos?


MARC

Les photos de Bali,

qui étaient là.


AGNÈS

De Bali?


MARC

Oui.

Les photos de Bali

qui étaient là, sur la table.


À ce moment, le téléphone sonne. Personne ne répond et le répondeur se met en marche.


VOIX DE AGNÈS

Vous êtes bien

chez Marc et Agnès, mais nous,

nous ne sommes pas là.

Alors, laissez-nous un message.


VOIX DE BRUNO

C’est Bruno. Marc,

t’es pas là? Je t’ai laissé

trois messages sur le portable.

S’il te plaît, rappelle-moi. Il

faut vraiment qu’on se parle.


AGNÈS

Pourquoi tu

le rappelles pas?


MARC

Je t’ai posé une question.

Tu as rangé les photos?


AGNÈS

Marc, j’aimerais mieux

qu’on parle de ça après

le rendez-vous de lundi.


MARC

Je suis d’accord.

Je te parle pas de ça.

Je te demande si tu as rangé

les photos de Bali.


MARC finit par s’endormir, seul, sur le canapé et il est réveillé par la sonnerie du téléphone. Personne ne répond et le répondeur se met en marche.


VOIX DE AGNÈS

Vous êtes bien

chez Marc et Agnès, mais nous,

nous ne sommes pas là.

Alors, laissez-nous un message.


VOIX DE BRUNO

C’est Bruno. Marc,

si t’es là, réponds.

Ça commence à devenir ridicule.


MARC

(Prenant l’appel)

Allô?


BRUNO

Marc?


MARC

Oui.


BRUNO

Bon, tu m’expliques?


MARC

Attends.

(S’assurant que AGNÈS est absente)

Agnès? Agnès?

Bruno, je crois que le mieux,

c’est qu’on arrête

tout de suite.

T’as fait le con, OK.

Sûrement pour faire plaisir

à Agnès.

Je vais pas t’en vouloir

toute la vie. Ce qu’il faut

que tu comprennes maintenant,

c’est qu’elle va mal.


BRUNO

Qu’est-ce qu’elle a?


MARC

T’as pas pensé que quelqu’un

qui te demande de rentrer

dans son délire comme ça,

c’est quelqu’un qui a

un gros problème?

C’est quelqu’un

qui est en danger.


BRUNO

De quoi tu parles?


MARC

Elle t’a téléphoné avant hier.


BRUNO

Pour dire quoi?


MARC

Bien, de pas remarquer que je

m’étais coupé la moustache.


BRUNO

Je comprends pas.


MARC

Soyons clairs. Tu as remarqué

que je m’étais coupé

la moustache?


BRUNO

Non. Bien attends.

Marc, j’essaie de suivre.

Agnès dit que tu avais

une moustache?


MARC

Non, justement,

que j’en avais pas.


BRUNO

Bien non.

T’en avais pas. Ça fait quatre

ans que je te connais, t’as

jamais eu de moustache.

C’est quoi cette histoire?


MARC

Attends, je

crois qu’elle arrive.


BRUNO

Tu me la passes?


MARC raccroche aussitôt que AGNÈS arrive.


AGNÈS

C’était qui?


MARC

Personne.


AGNÈS

Qu’est-ce que tu as?


À ce moment, le téléphone sonne. MARC regarde le téléphone, mais ne répond pas.


AGNÈS

Allô?


BRUNO

Salut, Agnès.


AGNÈS

Ah, c’est toi

qui viens d’appeler?

Oui... Oui, on peut appeler

ça un problème, oui.

Je sais bien.

Je sais bien.

Tu veux que je te le repasse?

Non, écoute. Il va te rappeler.

Oui, je... C’est gentil, Bruno.

Tu es gentil. À bientôt.


Plus tard, AGNÈS lave des vêtements. MARC vient la rejoindre pour discuter.


MARC

Alors, c’est moi.


AGNÈS ne répond pas et s’éloigne. MARC est assis à la table et AGNÈS vient le rejoindre plus tard.


AGNÈS

Il est 12 h 15. Hum...

On va toujours déjeuner chez

tes parents ou tu préfères pas?


MARC

Je préfère pas.


AGNÈS

Bon, je les appelle.

(Parlant au téléphone)

Oui, Catherine, c’est Agnès.

Bon, je suis confuse de... de...

de vous appeler si tard,

mais je viens d’avoir

un coup de fil de Marc.

Il est retenu à l’agence.

Ils sont débordés. Il va devoir

passer tout le dimanche là-bas.

Eh oui, comme d’habitude.

Non, mais de toute façon, il

m’a dit qu’il vous appellerait

cet après-midi.

Oui, voilà.

Je suis désolée, hein.

Je vous embrasse.


MARC

Pendant que tu y es,

tu pourrais pas

décommander ça chez Nadia aussi

pour ce soir?


AGNÈS

Décommander qui?


MARC

Serge et Nadia.

Serge et Nadia Schaeffer.

Ton ex et sa femme russe

qu’on doit voir ce soir,

chez qui on est allé dîner jeudi

pour l’anniversaire de Lara,

ta filleule.

Tu connais pas Serge et Nadia,

c’est ça?


AGNÈS fait un signe de la tête pour lui signifier qu’elle ne connaît pas SERGE et NADIA.


MARC

Et Bruno?

Tu le connais, Bruno?

Il a bien appelé tout à l’heure?


AGNÈS

Oui, oui, bien sûr.


MARC

Et tu as bien téléphoné à

mes parents

pour leur dire qu’on pouvait pas

aller déjeuner chez eux?


AGNÈS

À ta mère, oui.


MARC

D’accord, c’est à ma mère

que t’as parlé.

Mais c’est chez mes parents

qu’on doit aller déjeuner.


AGNÈS

Ton père est...

est mort, Marc.

Ton père est mort

l’année dernière.


MARC

Tout à l’heure, t’as dit chez

tes parents, pas chez ta mère.

Je l’ai entendu. Je te jure,

je l’ai entendu.

Je crois que je

vais aller m’allonger.

Un peu.

Agnès, tu vas pas disparaître?

Pas toi?


MARC monte à l’étage et se couche sur le lit en position fœtale. AGNÈS vient lui offrir une pilule et un verre d’eau. MARC s’endort finalement. À l’écran, l’image de MARC couché sur le lit se met à tourner. À cette image se superpose celle de la laveuse qui tourne. MARC se réveille ensuite. Il entend AGNÈS parler avec SERGE SCHAEFFER.


AGNÈS

Tu finis à quelle heure?


SERGE SCHAEFFER

C’est une

habitude, tu sais.


AGNÈS

En tout cas, il va

lui mettre une camisole,

ça me surprendrait pas.


MARC descend du lit en faisant attention de ne pas trop faire de bruit et rampe sur le plancher pour épier la conversation.


BRUNO

Ils en ont plus

de camisoles. C’est...

C’est maintenant chimique

là-dedans.

Ils vont lui faire une piqûre.

Il se reposera.


AGNÈS

Non, j’ai peur.

Je peux pas faire autrement.


MARC, assis sur le plancher, s’habille et descend rejoindre AGNÈS et BRUNO.


AGNÈS

(L’apercevant)

Marc?

Ça va?


MARC, dans l’escalier, est pris d’un vertige. Il se sauve alors en courant, pieds nus, en emportant la veste de couleur verte tachetée de vert plus foncé et de vert plus pâle.


AGNÈS

Marc?


MARC court dans la rue sous l’averse et monte dans un taxi.


MARC

Boulevard Émile-Augier.


CHAUFFEUR

Quel numéro?


MARC

Je vous dirai d’arrêter.


On entend faiblement la voix d’un ANIMATEUR à la radio.


ANIMATEUR

Toutes les heures

à et quart, Rire et chansons

vous offre

les derniers spectacles

de l’Histoire du rire.

Tout de suite:

c’est aujourd’hui

qu’on trouve une offre.


CHAUFFEUR

Il s’arrête là

le boulevard.


MARC

C’est qu’on a passé

l’immeuble alors. Je vais

reprendre dans l’autre sens.

(Regardant à l’extérieur)

Je vois rien avec cette pluie.

C’est incroyable, ça.

Je suis né ici.


CHAUFFEUR

Vous vous rappelez pas

le numéro?


MARC

Non, je me rappelle pas

du numéro.

Vous pouvez couper ça,

s’il vous plaît?


MARC prend son téléphone et fait un appel. Une VOIX FÉMININE automatisée lui répond.


VOIX FÉMININE

Bonjour.

Orange vous informe

que le numéro demandé

n’est pas appliqué.


MARC recompose le même numéro.


VOIX FÉMININE

Bonjour. Orange vous informe

que le numéro demandé

n’est pas appliqué.


On entend la sirène d’une voiture de police. MARC se baisse et fait un nouvel appel.


CORINNE

France Télécom.

Corinne. Bonjour.


MARC

Oui, je voudrais le numéro de

téléphone de M. et Mme Thiriez,

boulevard Émile-Augier. Thiriez

avec un "Z". T-H-I-R-I-E-Z.


CORINNE

Sur Paris?


MARC

Oui, Paris, le XVIe.


CORINNE

Bien reçu.

Ah, je ne peux pas

vous communiquer

le numéro, monsieur. Il est

sur liste rouge.


MARC

Je sais, mais c’est

chez mes parents.


CORINNE

Non, je regrette, monsieur.

Je ne peux pas.


MARC

Non, c’est un cas d’urgence.

On m’a dit que mon père

a eu un accident.

Il faut que je parle à ma mère.


CORINNE

Et vous ne connaissez pas

son numéro?


MARC

Bien sûr que si, c’est

chez ma mère.


CORINNE

Écoutez, monsieur.

Je ne peux pas

et puis j’ai d’autres appels.

Je dois raccrocher.


MARC

Non, ne raccrochez pas. Il

faut au moins que je sache si

mon père... est mort ou vivant.


CORINNE

Oui, je comprends, monsieur,

mais je ne peux pas.


MARC

Mais vous comprenez pas.

Parce que s’il est vivant

et que ma femme m’a dit

qu’il était mort,

ça veut dire qu’il se passe

quelque chose de très grave.

Ça... Ça veut dire que le...


CORINNE

Au revoir, monsieur.


MARC

Allô?

Allô?


CHAUFFEUR

On va où, là?


MARC

Vous roulez. Roulez.


Le taxi s’arrête devant chez lui et MARC fait un autre appel.


AGNÈS

Allô?


MARC

C’est moi.

Je suis à la Muette.

Tu viens me chercher?


AGNÈS

T’es à la Muette?

Tu es chez ta mère?


MARC

Oui, je suis chez ma mère.

Dépêche-toi, je t’attends.


MARC aperçoit AGNÈS et BRUNO sortir, puis monter dans une voiture.


MARC

(S’adressant au CHAUFFEUR)

Vous m’attendez une seconde?


MARC sort de la voiture et monte chez lui. Il retire ses bas trempés et enfile des chaussures. En voulant les attacher, il brise un des lacets.


MARC

Merde.


Il récupère ensuite son passeport et remonte dans le taxi.


CHAUFFEUR

Roissy 1 ou 2?


MARC ne répond pas, perdu dans ses pensées.


CHAUFFEUR

Monsieur?

Roissy 1 ou Roissy 2?


MARC

Deux.


MARC arrive à l’aéroport. Il se présente devant une HÔTESSE.


MARC

Bonjour. C’est encore bon

pour Hong Kong?


HÔTESSE

Ah, ça va être un peu juste

pour l’enregistrement

des bagages.


MARC

Pas de bagages.


Quelques heures plus tard, MARC est à Hong Kong. Il somnole dans un taxi. Il arrive ensuite au traversier lui permettant d’aller à Hong Kong. Il s’arrête au guichet pour acheter un billet et discute avec la CAISSIÈRE.


MARC

(Propos en anglais)

Excuse-me. For Hong Kong,

how much?


La CAISSIÈRE intervient dans une langue étrangère. MARC ne comprend pas cette langue, alors la CAISSIÈRE l’aide avec ses pièces de monnaie en les prenant directement dans sa main et en lui remettant un billet.


MARC

OK, thank you.


Plus tard, MARC est sur le traversier en direction de Hong Kong. Il se rend à l’hôtel. À présent, c’est la nuit. Assis à une table, MARC ouvre un tiroir et en sort une carte postale qui représente une vue du centre-ville de Hong Kong, la même vue qu’il a à partir de la fenêtre de sa chambre. MARC écrit ensuite un texte sur la carte postale qu’il adresse à AGNÈS. « Je serai renté quand cette carte arrivera. C’est ce qu’on voit de ma fenêtre. J’aimerais que tes yeux le voient. Sans tes yeux, je ne vois rien ». Le lendemain, MARC quitte Hong Kong. Il prend un traversier et, soudainement, son attention se porte sur un avion qui traverse le ciel. Il l’observe longuement. MARC est ensuite à la douane où un CONTRÔLEUR de passeport compare le visage de MARC, sans moustache, à celui de la photo du passeport. Sur cette photo, MARC porte la moustache.


CONTRÔLEUR

(Propos en anglais)

Thank you.


MARC franchit la douane, vide ensuite ses poches et en dépose le contenu dans un bac, avant de passer au détecteur de métal. MARC traverse de l’autre côté et, plutôt que de récupérer ses affaires, il ne prend que son passeport et revient sur ses pas. Un EMPLOYÉ DE L’AÉROPORT lui bloque le passage et l’avertit qu’il ne peut pas rebrousser chemin comme il souhaite le faire. MARC ne l’écoute pas et retourne acheter un billet pour prendre le traversier en direction de Hong Kong. Il somnole et fait un rêve, dans lequel une épée, plantée dans un objet impossible à discerner tant il fait noir, est à la dérive sur la mer. Trois jeunes filles assises devant MARC se moquent de lui. MARC prend ensuite un autre traversier et se procure un billet auprès de la CAISSIÈRE.


MARC

(Remerciant la CAISSIÈRE)

(Propos en anglais)

Thank you.


MARC se dirige ensuite vers Kowloon, une partie de Hong Kong située au nord. Pour ce faire, il prend un autre traversier. MARC fait ainsi plusieurs allers et retours, de sorte qu’il est impossible de déterminer exactement où il est et où il s’en va. Un soir, il arrive pour prendre le traversier, mais il n’y a personne. L’endroit est désert. La cabine où travaille la CAISSIÈRE du traversier est fermée. MARC se rend au port où il marche nonchalamment. C’est la nuit. Il aperçoit deux marins qui s’apprêtent à quitter le port en bateau. Il va les rejoindre et discute avec un MARIN.


MARC

(Propos en anglais)

Excuse me.

Are you leaving? You leave?

You go?

(Montrant son portefeuille)

Can you take me?

Me to go.


MARC lui demande s’il peut monter. Il réussit à se faire comprendre par des gestes.


MARIN

OK.


MARC

OK.


MARC monte sur le bateau. Plus tard, il essaie de faire un appel, mais ça ne fonctionne pas. Il prend alors son téléphone et le laisse tomber dans l’eau. Quelque temps plus tard, alors que c’est à présent le jour, MARC descend au quai et erre dans les rues d’un petit village. Il s’arrête devant un homme qui fait du tai-chi. MARC lui demande à l’aide de signes où il peut trouver un endroit pour dormir. L’homme lui indique un endroit un peu plus loin. MARC s’y rend. Il entre dans un hôtel. Un RÉCEPTIONNISTE est derrière le comptoir, tête baissée, et il dort. MARC fait sonner la cloche pour lui indiquer sa présence. Plus tard, MARC entre dans une chambre, qu’il inspecte sommairement, avant de suspendre sa veste verte que lui a achetée AGNÈS. Il trouve dans la poche de sa veste la carte postale qu’il a écrite pour AGNÈS. Il la lit, puis la remet dans la poche de sa veste. MARC s’étend ensuite sur le lit et s’endort. Plusieurs jours plus tard, alors qu’il porte une barbe de plusieurs jours, MARC est assis à une terrasse et mange, avant d’aller se promener dans les rues du village. Il revient à l’hôtel et le RÉCEPTIONNISTE derrière le comptoir somnole. Pour annoncer sa présence, MARC fait sonner la cloche.


MARC

(Propos en anglais)

Excuse me.

My key


RÉCEPTIONNISTE

(Propos en anglais)

The lady.


L’HOMME tient ensuite des propos dans une langue étrangère.


MARC

(Propos en anglais)

Lady?


RÉCEPTIONNISTE

(Propos en anglais)

Yes.

Your wife.


MARC monte à sa chambre. En mettant la main sur la poignée, il entend la VOIX DE AGNÈS.


VOIX DE AGNÈS

Marc?


MARC hésite et entre dans la chambre. AGNÈS est étendue sur le lit et elle consulte un livre.


AGNÈS

Tu l’as pas acheté finalement?


MARC

Quoi?


AGNÈS

Bien, la gravure.


MARC

Non.


AGNÈS

Le type a pas voulu

baisser le prix?


MARC

C’est ça.


AGNÈS

Remarque, tant mieux parce que

je sais pas où est-ce

qu’on l’aurait casée.


MARC s’arrête devant la fenêtre et regarde à l’extérieur.


AGNÈS

Ça m’embête de faire

les valises.

Tu t’en fous?

Hein?


AGNÈS va le rejoindre et lui fait une étreinte par derrière.


AGNÈS

Ah oui, tu t’en fous.

Tu t’en fous complètement.

Tu vas garder ça longtemps?

(Parlant de la moustache qu’il porte)

En vacances, c’est bien,

mais à Paris...

je sais pas.


MARC se rend à la salle de bains et se rase. Au moment de se raser la moustache, il hésite. AGNÈS, demeurée dans la chambre à côté, lui parle.


AGNÈS

Vous avez décidé pour ce soir?

On dîne tous ensemble

ou on se retrouve au casino?

Tu m’entends?


MARC

(Hésitant à se raser la moustache)

Je sais pas. On fait

ce que tu veux.


AGNÈS

Qu’est-ce que c’est

que cette veste de guignol?


MARC va retrouver AGNÈS dans la chambre. AGNÈS dépose la veste verte sur le lit.


AGNÈS

Me dis pas

que t’as trouvé ça ici.


MARC retire la carte postale de la poche à l’insu de AGNÈS.


AGNÈS

(Essuyant le visage de MARC)

T’as de la mousse partout.


Plus tard, MARC, qui porte maintenant la moustache, relit la carte postale en attendant AGNÈS. Ils sont au casino avec un AMI et une AMIE.


AGNÈS

Ça va? Tu veux qu’on rentre?


MARC

Je veux bien.


AGNÈS

Bon, il faut aller

les prévenir alors.


MARC

Tu reviens?


AGNÈS

Évidemment que je reviens.


MARC

Je viens avec toi.


MARC et AGNÈS traversent le casino.


AGNÈS

C’est pas leur genre

de se tirer comme ça.

En plus, on s’en va demain.

C’est pas sûr qu’on les revoit.


AMIE

(Arrivant à ce moment)

Salut, les amoureux.

On vous cherchait partout.


AGNÈS

Mais nous aussi.

On allait partir.


AMI

Ah non, on se boit au moins

un dernier verre.


AGNÈS

Bon, un dernier, alors.

(Indiquant l’appareil photo)

Je peux voir?


AMI

Tiens, regarde.


AGNÈS

On est

mignons, tous les deux.


Sur l’écran de l’appareil photo, une photo de AGNÈS et de MARC est affichée. MARC porte la moustache.


MARC

Il y en a d’autres

de nous?


AMI

Bien oui.

Tiens, regarde. Ça, c’est

la série de la jonque.


AMIE

Bon, on va se le boire

ce dernier verre?


AGNÈS

On y va.

(S’adressant à MARC)

J’ai l’impression qu’ils

t’énervent, eux, ce soir.


MARC

Non. Je les trouve sympas.


AGNÈS

On est pas obligés de les

revoir à Paris. Allez, viens.


MARC suit AGNÈS qui lui tourne le dos.


MARC

Agnès.


AGNÈS se retourne. Plus tard, MARC et AGNÈS sont au port.


MARC

Agnès.


AGNÈS

Dis rien.


AGNÈS embrasse MARC. Tandis que AGNÈS et MARC rentrent à pied, MARC prend la carte postale qui est dans sa poche et le jette à l’eau. De retour dans leur chambre, AGNÈS se brosse les cheveux devant le miroir. MARC vient la rejoindre.


AGNÈS

Je te... je te laisse

la place tout de suite.

Tout à l’heure, quand tu

t’es rasé, je me suis demandé

si t’allais pas aussi te raser

la moustache.

J’aimerais bien, un jour,

voir la tête que tu aurais sans.


AGNÈS retourne dans la chambre à côté et commence à faire les valises.


AGNÈS

Le service à thé, je le mettrais

dans ta valise, hein.


AGNÈS se couche sans attendre MARC.


AGNÈS

Qu’est-ce que tu fais?

Tu viens?


MARC

J’arrive.


MARC arrive dans la chambre. Il a rasé sa moustache.


AGNÈS

Ah, tu l’as fait.

C’est bien.


AGNÈS touche la peau de MARC.


AGNÈS

On éteint?


MARC

Vas-y.


L’image de la carte postale qui coule au fond de l’eau est présentée.


Générique de fermeture



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