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Vidéo transcription

A tout prendre

Claude, jeune cinéaste dans la trentaine, tombe follement amoureux de Johanne, une jeune femme noire, mannequin de sa profession. Entre son homosexualité latente et l’envie de rester avec Johanne, Claude ne sait que faire…



Réalisateur: Jutra Claude
Acteurs: Claude Jutra, Johanne Harrelle, Monique Mercure
Année de production: 1963

Accessibilité
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Texte informatif :
Grand prix du cinéma canadien, 1963 Prix de la radio-télévision belge Prix de la presse internationale Knokke le zoute, 1963


Début du générique d'ouverture


Titre :
A tout prendre


Fin du générique d'ouverture


CLAUDE feuillette une revue, assis par terre dans un salon.


CLAUDE (Narrateur)

Feuilleter le nouveau Life

est pour moi un des bons

moments de la semaine.

C'est beau, c'est passionnant.

C'est facile.

Il y a qu'à tourner les pages

et se laisser étonner.

On ne saurait pas m'y arracher.

(En sifflant)


VICTOR

(D'une pièce voisine)

Dis donc, à propos, tu viens à la

surprise-partie, ce soir?


CLAUDE

Eh bien non, je n'y vais pas.


VICTOR

(D'une pièce voisine)

Pourquoi? Viens,

on risque de se marrer.

Tu veux pas?


CLAUDE

Pfft...


VICTOR

(D'une pièce voisine)

Bon, bien écoute, tu as tort.

Moi, en tout cas, j'y vais, hein.

Salut.


CLAUDE (Narrateur)

OK. Ciao.

Je n'y vais pas parce que j'ai horreur

des surprises-parties

et que j'ai beaucoup de travail.

(Avec un voix théâtrale)

J'ai du travail et j'ai horreur des

surprise-parties.

(Voix intérieure)

Mais je sens

que je vais y aller.

(Voix théâtrale)

Pourquoi?

(Voix intérieure)

Parce que j'ai encore

moins envie de travailler

que d'aller

à cette surprise-partie.

(Voix théâtrale en chantant)

♪ J'ai un poil dans la main ♪


VOIX DE FÉLIX LECLERC

♪ Dans un marais

de joncs mauvais ♪


CLAUDE se lave dans la salle de bain.


UN ACTEUR (Narrateur)

Salut, toi! Comment ça va?


CLAUDE (Narrateur)

Il m'emmerde, celui-là.

Dis donc, qu'est-ce

que tu es belle, ce soir.


VOIX DE FÉLIX LECLERC

♪ Dans ce château

y'avait Bozo ♪

♪ Qui joue dans l'eau ♪


CLAUDE se rase.


CLAUDE (Narrateur)

(Avec différentes voix dans sa tête)

La politesse est

un bâton avec lequel je

tiens les importuns à l'écart.

(En s'habillant)

La peur du travail.

La peur! Travail, travail!

Très cher ami,

je suis absolument ravi...

Je me dérobe toujours.

Bah, je suis jeune,

j'ai du temps.

Ma jeunesse!

Hahaha!

Ma jeunesse...

Tant de bonheur aura

donc flambé sans jeter la

moindre lueur autour de moi.

C'est ma dernière chance,

je le sens.

Le moment de jouer

le tout pour le tout

afin d'expédier

honorablement ma jeunesse

et me débarrasser enfin de tous

ces personnages en moi

qui sont ce que je ne fus

jamais et qui me hantent.

Je hais, je hais

le monde entier!

Je ferais n'importe

quoi pour me venger

d'avoir été mis au monde!


CLAUDE est prêt à sortir


Les différents personnages de CLAUDE défilent devant le miroir.


CLAUDE (Narrateur)

(Avec un accent allemand)

La souffrance des autres

m'intéresse au plus haut degré.

En échange de ce spectacle

intéressant, je vous fais le présent

de ma compassion.

(En bandit)

Le châtiment? Connais pas.

Si vous me payez, moi,

je peux tuer.


On avance sur une route dans un véhicule motorisé.


CLAUDE (Narrateur)

"Comme je descendais

des Fleuves impassibles

Je ne me sentis

plus guidé par les haleurs"

Je n'ai connu ni la peur,

ni la misère, ni la guerre,

ni même le grand amour.

Quand on est si démuni,

que peut-on bien raconter?


BARBARA (Narratrice)

Ferme ta gueule

(En riant)


CLAUDE (Narrateur)

"Quand avec mes

haleurs ont fini ces tapages

"le fleuve m'a laissé descendre

où je voulais"


Un scooter s'arrête dans une cour. Le conducteur entre dans la maison.


CLAUDE (Narrateur)

Et dire que j'ai horreur

des surprise-parties.


CLAUDE est à la surprise-partie et passe de pièce en pièce sans vraiment s'adresser à personne. La maison est pleine de monde.


UNE FEMME

Claude, t'es un dégueulasse.

Merde.


CLAUDE

Mais tu m'as pas dit bonsoir.


UNE FEMME

C'est bonsoir, bonjour. Un

jour, je te dirai "bonne nuit".

Où, quand, comment?

Ça veut dire quoi, exactement,

ça va"? Ça va beaucoup mieux

depuis que t'es là.

Quelque chose, t'es une ordure.

(En riant)

Va-t'en!

Hahaha!

(cri aigu)

Elle me vole mon homme, Gilles.

Qu'est-ce qu'il faut

que je fasse?


CLAUDE

Allez, allez,

giflez-moi ça.


UNE FEMME

La gifler, carrément. Ha!

(En riant)

Claude, t'en vas pas.


VICTOR

Silence, s'il vous plaît.

Johanne va chanter.

Elle va chanter en créole.

Vous comprendrez rien,

mais ça fait rien,

c'est adorable.


JOHANNE

♪[Chant en créole] ♪

CLAUDE

(S'adressant à Victor)

Comment elle s'appelle,

cette fille-là?


VICTOR

Je sais pas son nom.


JOHANNE

♪[Chant en créole] ♪

Texte narratif :
Johanne


Une femme danse dans le salon.


Les invités applaudissent.


CLAUDE entre dans la pièce où JOHANNE discute avec des invités.


CLAUDE (Narrateur)

Regarde-moi,

regarde-moi, regarde-moi.


JOHANNE (Narratrice)

Je ne te vois pas,

je ne te vois pas,

je ne te vois pas.


JOHANNE s'approche de CLAUDE et tend son verre.


CLAUDE

Une larme?


JOHANNE

Tout un chagrin.


JOHANNE boit son verre et sort sur le balcon. Dans la nuit, CLAUDE rejoint JOHANNE et l'embrasse. JOHANNE se défait de l'étreinte et s'en va.


Dans la maison, la fête est presque finie.


Des musiciens jouent un air duo guitare-flûte.


CLAUDE et JOHANNE sont assis dans un coin et écoutent.


Le scooter roule dans la nuit. CLAUDE rentre en ville, JOHANNE assise derrière lui sur le scooter.


JOHANNE et CLAUDE entrent dans l'appartement.


JOHANNE

(En riant)

Qu'est-ce que c'est ça?


VICTOR dort sur le divan


CLAUDE

(En riant)

Hé, Victor.


VICTOR

Non, j'aime mieux me coucher,

j'aime mieux coucher ici.


VICTOR ouvre le divan pour faire un lit, pendant que JOHANNE et CLAUDE rigole de le voir faire.


JOHANNE

(En riant)

Le lit!


CLAUDE apporte un vêtement à VICTOR qui est en pyjama.


VICTOR

Tu me fais ...

Vous pourriez pas

coucher chez vous?

Bien non, il y a...


JOHANNE

(En tendant la main à Victor)

Je suis Johanne.


VICTOR

Victor.

On faisait de la peinture chez

moi, c'est pour ça que je suis

venu coucher ici.

Je veux pas vous déranger

plus longtemps.


JOHANNE

Merci. Ah oui.

(En acceptant une cigarette)

Une cigarette française.

J'aime pas ça, oh

non, ça me fait tousser,

mais j'aime ça

anything.

Du caviar! Et du champagne,

s'il vous plaît!

Célébrons cette soirée!

Faut bien terminer la soirée

comme il faut.

(En s'adressant à Victor)

Faut... faut que vous soyez plus

vivants que ça.

Soyez gais, un peu!

Viens ici!


CLAUDE

Mais j'ai plus de caviar!


JOHANNE

(En s'adressant à Victor)

Il est menteur.

Il a tout le caviar.

Il fait semblant.

Il veut m'épater, vous savez.


VICTOR

Non, mais on a

l'habitude d'en avoir.


CLAUDE

(En servant les verres avec de la glace)

Un, deux.


VICTOR

Un cube.


CLAUDE

Un cube.

Combien de laits?

Un, deux cubes? Combien?


VICTOR

Bien...

Une goutte.


JOHANNE

Tu fais des dégâts?

Tu es plus saoul que moi.


CLAUDE

Hum...

Hum...


CLAUDE s'accroche au cou de JOHANNE


JOHANNE

Tu es très entreprenant.

En fait, moi, j'aime bien.

Moi, je vais m'en aller

parce que je vous dérange.

Je vais rentrer. Je suis

toute décoiffée. Il est tard.

Je suis fatiguée.


CLAUDE

Il est tard.


Victor prend ses affaires pour partir.


JOHANNE

(En s'adressant à VICTOR)

Restez. Moi, je m'en vais.

Non, non, je m'en vais.

Restez!

Je m'en vais!

Je vais rentrer chez moi.


CLAUDE

Hum-hum! Oui, oui.


VICTOR sort dans le corridor avec ses affaires. VICTOR entre chez lui à la porte d'à côté.


CLAUDE tente de séduire JOHANNE.


VICTOR se couche par terre parmi les bidons de peintures et les pinceaux.


CLAUDE et JOHANNE font des jeux amoureux.


VICTOR se couche.


JOHANNE et VICTOR sont couchés ensemble dans le lit.


VICTOR fume seul dans son appartement.


Une fanfare passe dans la rue. JOHANNE se réveille.


JOHANNE

Hum. Qu'est-ce que c'est?


CLAUDE

La fanfare.


JOHANNE

C'est moi la négresse

du régiment.

(En riant)

Hahaha!


JOHANNE

Hum, hum.

Tes doigts sont blancs.


CLAUDE

C'est vrai qu'ils sont blancs.


CLAUDE roule en scooter dans les rues de la ville. JOHANNE est assise derrière lui.


CLAUDE (Narrateur)

Johanne va me quitter

pour la première fois.


JOHANNE se dirige vers la porte d'un immeuble à appartements.


JOHANNE

Attends-moi,

je reviens tout de suite.


CLAUDE (Narrateur)

C'est donc là qu'elle habite.

Tout son monde à elle est

derrière ce mur.


CLAUDE attend assis sur son scooter en sifflant et en fredonnant.


CLAUDE (Narrateur)

Qu'est-ce qui m'arrive?

Sans conséquence.

Bon, après tout, ça durera

ce que ça voudra.

C'est comme

dans la chanson de Victor.


VOIX DE VICTOR

♪ On s'est aimés

à pile ou face ♪

♪ Je t'ai jamais vue

d'Ève ni d'Adam ♪

♪ Je t'ai vue toute nue ♪

♪ Grand bien m'en fasse ♪

♪ C'est pas de l'amour

pas pour autant ♪


JOHANNE revient.


JOHANNE

Allô!


CLAUDE

Bonjour. Ça va?

Très bien, merci.


JOHANNE monte derrière CLAUDE.


CLAUDE charge la pellicule dans son appareil photo.


CLAUDE (Narrateur)

Au nom de l'art, on va faire

de la photographie.

En réalité, c'est pour épater

les copains.

Photo, preuve tangible

d'une prise glorieuse.

Que resterait-il de l'amour

sans l'orgueil?


Au parc du Mont-Royal, JOHANNE prend la pose et CLAUDE prend les photos.


Dans un bar, un orchestre de jazz joue. CLAUDE et JOHANNE entrent et s'assoient à une table avec d'autres personnes.


CLAUDE (Narrateur)

C'est curieux, depuis

que je t'aime, les sorties

me plaisent davantage.

Pourtant, j'ai rien à y voir.


JOHANNE (Narratrice)

T'as quelque

chose à y montrer.


CLAUDE (Narrateur)

Moi? Quoi?


JOHANNE (Narratrice)

Moi?


CLAUDE (Narrateur)

Toi?


JOHANNE (Narratrice)

Quoi? Je trouve tes amis formidables.


Les hommes viennent embrasser JOHANNE.


CLAUDE (Narrateur)

C'est pas la peine de

me le dire. Je le vois bien.


JOHANNE (Narratrice)

Ils me trouvent belle.

Ils ont si bon goût

qu'ils méritent

que je les embrasse un peu.

Ça fait monter ta cote.


CLAUDE (Narrateur)

Ah, bien j'ai pas besoin

de ça. Merci, merci.


JOHANNE (Narratrice)

Tais-toi, je t'adore.

François, enseigne-moi

le truc de la locomotive.

Tu sais, comme dans ton film?


FRANÇOIS

Ça, OK?


FRANÇOIS met une cigarette allumée à l'envers dans sa bouche.


JOHANNE

C'est facile! Oh!


JOHANNE l'imite.


FRANÇOIS

Allez, souffle.


JOHANNE

Oh! Ha!


FRANÇOIS

Très bien.


JOHANNE

(En riant)

Hahaha!


À un défilé de mode, JOHANNE fait partie de la distribution.


JOHANNE

Mesdames et messieurs.

Voici le cirque!

Je fais le clown

et je sais que je suis belle.


CLAUDE (Narrateur)

Le triomphe de Johanne.


JOHANNE défile sur le podium.

JOHANNE (Narratrice)

Merci, merci, merci.

Merci, merci. Merci, merci.


Les spectateurs applaudissent.


LES SPECTATEURS

Oh!


CLAUDE et JOHANNE s'amusent dans l'appartement.


CLAUDE

Hé ho hé ho hé ho hé ho!

Il y a une petite femme

à la maison.


JOHANNE

Bonjour, mamour.


JOHANNE et CLAUDE s'offrent des cadeaux.


CLAUDE (Narrateur)

Acheter, posséder.

Quel plaisir.

Partager dédouble ce plaisir.

Offrir un objet,

c'est l'acquérir deux fois.

L'offrir à la personne aimée,

c'est le céder sans y renoncer.

Le cadeau souvent satisfait

davantage le donneur

que celui qui reçoit.

Johanne et moi pratiquons

furieusement le rituel

du cadeau.


JOHANNE part en voiture.


CLAUDE (Narrateur)

Johanne est partie.

Je veux dire, elle est

partie pour New York,

pour trois semaines avec un ami

couturier pour faire de la

photographie.

Un contrat intéressant.

Ce n'est pas sans plaisir que

j'ai retrouvé mes anciennes

solitudes,

que venaient de temps en temps

agrémenter les visites

insolites de Victor.


VICTOR entre par une fenêtre dans l'appartement.


CLAUDE (Narrateur)

Mais oui, Victor, tu peux

entrer, je suis seul

et je ne fais rien d'important.


CLAUDE

♪ Pa pa pa pa pa

pa pa pa paaaa! ♪

(En se pendant après un tuyau.)

Cet homme va faire pour vous

une performance...

(En tendant un verre à VICTOR)

Tiens bois, ami.

Putain, qu'est-ce

que j'ai, merde?

Je sais pas ce que j'ai,

c'est...

Je suis pas mal,

rien, je suis...

J'ai juste envie de faire

quelque chose, bon Dieu!

Faire quelque chose


VICTOR

Hé!


CLAUDE

Mais qu'est-ce qu'on fait?

Non, mais...


VICTOR

C'est pas une fusée, ça.


CLAUDE

J'aimerais éprouver quelque

chose de violent, bon

sang de bon sang,

avoir mal, n'importe quoi.

Avoir faim, tiens.

J'ai jamais eu faim.

Entre deux repas, on a pas le

temps d'avoir faim. On est

écoeuré à perpétuité.

Ah et on va à Paris

pour soulager son mal.

Tiens, à propos, il y a

longtemps que j'ai pas

vu le musée Grévin.

Et puis, on dit, j'ai rencontré

un tel et puis un tel...

Et puis on épate personne,

en fait.


VICTOR

Tu as une vision

16 millimètres des choses, oui.


CLAUDE

Ah toi, surtout, viens pas me

parler de 16 millimètres,

je suis assez écoeuré comme ça.


VICTOR

Bon bien rideau.

Moi, je vais me coucher.

(En se cachant derrière un rideau)


CLAUDE

Oui.


CLAUDE roule en scooter entre les voitures dans les rues de la ville.


CLAUDE (Narrateur)

Pour ce qui est de l'amour

physique, Johanne me comble.

Je suis donc fidèle

non pas par conviction,

mais... par saturation.

La passion meurt, qui se

concentre sur un seul objet.

Maintenant qu'elle est partie, je peux

peut-être ouvrir les yeux,

car, tiens...

Barbara.


BARBARA attend au coin d'une rue en tenant un parapluie.


BARBARA

Claude!


CLAUDE est toujours sur son scooter.


CLAUDE

Ça va?

Qu'est-ce que tu fais?


BARBARA

Ça fait une demi-heure que

j'attends un ami et il

est pas encore là.


CLAUDE

Bien, monte avec moi.


BARBARA

Je peux pas.


CLAUDE

Pourquoi?


BARBARA montre sa jambe plâtrée.


CLAUDE

(En riant)

Hahaha!


BARBARA

Hahaha!


CLAUDE

Qu'est-ce qui t'arrive?

Bien, allez, ça fait rien.

Monte quand même. On va se

débrouiller, tu verras.

Tiens, bon d'abord,

passe-moi le parapluie.

Attention. Oh.

Ça y est? C'est solide,

maintenant?


BARBARA

J'ai peur.


CLAUDE

Mais non, mais non.

Il y a pas de danger.

Attention, on décolle, Anatole.


CLAUDE et BARBAR marchent sur la rue. BARBARA s'aide avec ses béquilles. [CLAUDE (Narrateur)

Barbara des anciens jours,

pèlerinage aux sources.

Et puis, décidément,

ce plâtre m'attire trop.

Exercice salutaire,

que je vous recommande:

avoir pour amantes

deux corps à la fois, un corps

céleste et un corps étranger.

Je n'ai pas retrouvé seulement

la Barbara de ma jeunesse,

mais aussi les chevaux de bois

de ma petite enfance.


BARBARA et CLAUDE entrent dans une maison.


VOIX MASCULINE

(Propos en anglais)

OK, come a little closer.

Try and get those hips forward.


JOHANNE fait une séance de photos à New-York.


CLAUDE (Narrateur)

Pendant ce temps-là, quelque part,

dans l'île très fréquentée

de Manhattan...


VOIX MASCULINE

(Propos en anglais)

You're beautiful, sweetheart.


CLAUDE choisit un bijou dans un présentoir.


CLAUDE (Narrateur)

Tandis que de mon côté,

je dois avoir mauvaise

conscience, puisque dès le lendemain,

je me précipite chez un ami orfèvre

pour commander un bijou

pour Johanne.


BARBARA entre chez CLAUDE.


CLAUDE (Narrateur)

Mais le destin a parfois

des machinations diaboliques.


BARBARA

Claude?


CLAUDE

Barbara!

Qu'est-ce que tu fais là?


BARBARA

Je suis ici.


CLAUDE

(En embrassant BARBARA)

Ah oui?


BARBARA

Oui.

Attention!

Éloi!


ÉLOI

J'arrive.


CLAUDE (Narrateur)

Il faut dire que Barbara

est une sacrée fille

qui vous donne le goût de

profiter de la vie.

J'ai beau chercher,

je ne trouve aucune

raison pour y résister.


Dans la boutique d'orfèvrerie ELOI travaille. [ÉLOI

C'est pas très beau.

c'est un...

Pas très intéressant.

Tu vois, les agates.


Pendant qu'il regarde les pierres, CLAUDE laisse balader sa main sur le corps de BARBARA qui est assise derrière lui.


CLAUDE

Han-han.


ÉLOI

Ça, c'est un

très beau spécimen.

Ça, ça ferait une très belle

pierre, si ça t'intéresse.

Si tu veux, là-dedans,

je pourrais te tailler une

pierre absolument formidable.

C'est de la mousse

pétrifiée, ça, tu vois.


CLAUDE

Aïe! Oh, magnifique.


ÉLOI

Ça te plaît pas?

Bon.


CLAUDE

La bague de--


ÉLOI

Bientôt. Très beau.

Oui, tu veux la voir?


CLAUDE

Hum-hum.


ÉLOI

Bon, je vais te la chercher.


ÉLOI sort de la pièce. CLAUDE en profite pour prendre BARBARA dans ses bras.


BARBARA

Attention.

Écoute, Éloi est là.

Éloi!


ÉLOI

Oui, un instant.


BARBARA se lève et sort à son tour.


CLAUDE (Narrateur)

J'ai beau chercher,

je ne vois aucune raison

pour me défaire

le moral au contact

des ces créatures ingrates.

Mon Dieu, mon Dieu,

que cette vie est amère

et pleine de vicissitudes.

Johanne revient aujourd'hui.

Je me méfie des retrouvailles,

propitiatoires aux effusions.


CLAUDE va chercher JOHANNE dans à l'aéroport.


CLAUDE (Narrateur)

Je voudrais lui dire que je ne

me suis pas ennuyé d'elle.

Lui faire étalage de

mes frasques.


JOHANNE et CLAUDE s'embrassent.


CLAUDE (Narrateur)

Lui avouer que je l'aime

davantage et lui démontrer

que tout cela n'est pas

contradictoire.

Mais le torrent de pensées qui

bouillonne dans ma tête se fige

avant de passer mes lèvres.


JOHANNE et CLAUDE marchent dans la rue.


JOHANNE

Tu me trompes?


CLAUDE

Comment? Pour te tromper,

il faudrait que je t'aie

juré fidélité,

ce n'est pas le cas.

C'est "toi" qui te trompes.

(En ricanant)


JOHANNE

Hahaha...


CLAUDE

Toi, tu vois d'autres types

depuis qu'on se connaît?


JOHANNE

Mon mari et c'est tout.


CLAUDE

C'est tout?


JOHANNE

Il sait qu'il se passe

quelque chose.

Je suis plus la même avec

lui, il s'en rend compte.


JOHANNE

Est-ce qu'il est fâché?


JOHANNE

Quand il est heureux,

il me dit rien, quand

il est malheureux

et qu'il souffre,

il ne dit rien,

alors on peut pas le savoir.


CLAUDE

À part moi, est-ce qu'il

a des raisons de souffrir?


JOHANNE

C'est ta façon de demander

si c'est à part lui, "tu" as

des raisons de souffrir.

Haha!


CLAUDE

Moi, tu sais, je suis

très, très peu porté

sur la souffrance.


JOHANNE

Hum-hum.

On dit que les amants qui

ne sont pas heureux n'aiment

pas vraiment. T'es jaloux?


CLAUDE

Ils n'aiment pas vraiment. Tu

sais, il faut pas généraliser.

Parce que tous ceux qui disent

des généralités disent

des conneries.


JOHANNE

Alors, tu viens de dire

une connerie. Hahaha!


Un mime est enchaîné à un poteau de rue.


JOHANNE et CLAUDE font le tour du poteau et observe le mime.


Des enfants déguisés récoltent des bonbons le soir d'Halloween.


CLAUDE (Narrateur)

Je suis le plus heureux

des hommes.


Les enfants rient avec JOHANNE.


JOHANNE

Alors, bon voyage.

Au revoir!


UN ENFANT

99 sous, là.


UN DEUXIÈME ENFANT

20.


UN ENFANT

(En trouvant une pièce)

Oh, j'ai encore un 10 sous.

Ça fait 1$!

J'ai 1$ juste.


UN DEUXIÈME ENFANT

Il a 1$.

Il a 1$.


Devant un bistro, CLAUDE s'arrête.


CLAUDE (Narrateur)

1$, voilà tout ce que

j'ai pour bouffer aujourd'hui.

Je jette un coup d'oeil

pessimiste sur le

menu du Carmen

et ma parole, je suis servi.


CARMEN est assise à l'intérieur.


CLAUDE (Narrateur)

Le plat du jour, c'est Barbara,

qui change certainement plus

souvent de coiffure

que de chemise.

Oh, stupeur, elle se tape la

cloche avec la mère Johanne.

Je ne savais même pas

qu'elles se connaissaient.


JOHANNE et BARBARA rient à gorge déployée.


CLAUDE (Narrateur)

Ma parole, elles

se paient ma fiole?


JOHANNE (Narratrice)

Anatole.


CLAUDE regarde à travers la vitrine.


CLAUDE (Narrateur)

Leur comportement

est des plus inquiétants.


CLAUDE rejoint les deux femmes dans le bistro. Les deux femmes rient.


CLAUDE (Narrateur)

Je ne saurai jamais de quoi

elles ont parlé, mais ce jour-là,

j'ai bien bouffé et à l'oeil.


JOHANNE est étendue dans le lit de CLAUDE.


CLAUDE

Mamour, je t'aime.

Tu me fascines.

Tout en toi m'intéresse.

Je veux tout savoir de toi.

Ta vie passée,

quand tu étais petite fille.

Raconte.


JOHANNE

Si tu veux, mamour.


CLAUDE

Il te reste des

souvenirs de ton île?


JOHANNE

J'en ai en pagaille.

Tu sais, le matin,

quand il faisait moins chaud?


Des images, d'abord floues, évoquant les souvenirs de JOHANNE deviennent de plus en plus claires.


JOHANNE (Narratrice)

Les gars des plantations venaient

pour couper l'herbe

avec leurs grands couteaux.

Je les revois encore qui

balançaient leur bois,

tu sais, en cadence,

là, au son de la musique.


JOHANNE est parmi un groupe de noirs dans un bar.


JOHANNE vient s'asseoir à une table avec CLAUDE.


JOHANNE

Tu t'amuses?


CLAUDE

Follement. Et toi?


JOHANNE

(Soupire)

Ahh!

CLAUDE

Tu es belle, ce soir.


JOHANNE

Tu crois?


CLAUDE

Hum-hum.


JOHANNE

Vraiment.


CLAUDE

Vraiment.

Tu es bien ici, hein?

Tu es dans ton élément?


JOHANNE

Ah. Sensationnel.

Je trouve, je sais pas...

T'as pas l'air de t'amuser.


CLAUDE

Hum hum. Si, si.


JOHANNE

Vraiment?


CLAUDE

Hum-hum.


JOHANNE

C'est agréable, hein?

Moi j'aime ça, parce que

la musique, tu sais?

Je vais danser toute la nuit.


CLAUDE

Hum-hum.


JOHANNE

Tu veux?


CLAUDE

D'accord.


UN ÉTRANGER

Mademoiselle, voulez-vous danser?


JOHANNE

Bien, si monsieur permet...


CLAUDE

Vous permettez, monsieur?


JOHANNE

Tu veux?


CLAUDE

Bien sûr.


JOHANNE

Ça ne t'ennuie pas?


CLAUDE

Hum-hum.


JOHANNE danse avec l'ÉTRANGER.


CLAUDE (Narrateur)

Toute cette peau noire

autour de nous dégage

une chaleur étrange.

L'oeil de Johanne en est

tout brillant. Trop brillant.

Belle comme la lune

et comme elle, peu sûre


JOHANNE danse sans arrêt.


CLAUDE (Narrateur)

Elle a décidé de

plaire à tout le monde ce soir,

dut-elle en le faisant

me déplaire jusqu'à la rage.

Il y a du défi dans l'air.

Notre première bataille

est engagée et la victoire,

assurément, sera pour elle.


CLAUDE (Narrateur)

Johanne, tu te fiches de moi.


JOHANNE danse en duo avec un homme noir, au centre de la piste.


JOHANNE (Narratrice)

Éperdument, mon cher!


Les gens dans la salle applaudissent.


De retour à l'appartement, JOHANNE parle à CLAUDE.


JOHANNE

J'ai quelque chose à te dire.

Tu sais, je te l'ai caché.

Mais c'est très important pour moi.

Il faut vraiment que je sois

assurée que tu m'aimes.

Parce que ça, c'est...

C'est parce que je t'aime,

je me sens obligée après

tous les événements.

Tu penses que je suis Haïtienne, hein?


CLAUDE embrasse JOHANNE.


CLAUDE

C'est pas vrai?


JOHANNE

Tu le savais?

Mais je suis pas Haïtienne

du tout. Je suis obligée de dire ça.

D'ailleurs, je suis née ici.

Je suis une orpheline, enfin...

Je croyais que je l'étais.

J'ai été élevée dès le bas âge

dans un orphelinat.

Jusqu'à la crèche,

jusqu'à l'orphelinat.

Comme je suis brune,

naturellement,

c'est assez difficile de trouver

des parents noirs

qui ont de l'argent, ou enfin,

qui sont intéressés

à avoir des enfants

qui n'en ont pas eu et tout ça.

Alors, le bureau de soins

était très furieux avec moi.

Enfin, je me rappelle,

l'aumônier me dit:

"Ici, on peut pas vous

placer nulle part", etc.

Je suis passée de mains

en mains comme ça.

Alors, la seule porte de

sortie quand on m'a trouvé

une personne pour m'adopter,

on a dit:

"On a trop d'enfants

sous nos bras" et tout ça...

Qu'est-ce que vous voulez

que je fasse toute seule?

Je connaissais pas le monde

ni rien, vraiment, j'étais...

Alors, on m'a dit: "Bien, vous

direz que vous êtes Haïtienne",

alors, j'ai dit que je

connaissais pas ce pays-là.

J'avais pas étudié.

Alors, j'ai étudié...

l'histoire du pays.

Et tu veux adopter, enfin,

si c'est pas au Canada,

alors je peux toujours dire

en arrivant dans le monde

que je suis là: "Vous m'avez pas

connue parce que j'étais...

Je suis d'Haïti, voilà."

De toute façon, je sais pas

pourquoi je te raconte

tout ça parce que...

(En sanglotant)


CLAUDE

Parce que quoi?


JOHANNE

Tu seras déçu, de toute façon.

Toi-même, tu es comme

les autres, tu... Tu m'aimes

parce que je suis

différente, je suis Haïtienne,

je suis ceci, je suis cela...

J'ai peut-être des origines

exotiques, enfin...


CLAUDE

Non. Je t'aime parce

que tu es toi-même.

C'est pour ça que je t'aime.


JOHANNE

D'ailleurs, je... Je demande

pas ça pour de la pitié,

pour chercher de la pitié

parce que je suis fatiguée,

je suis... Tu sais, il arrive

des moments où je me dis:

Oh, jusqu'à quand ça va durer,

quand va-t-on s'établir,

quand... j'aurai quelque

chose à moi.

Enfin, je sais pas.

M'identifier, quelque chose de...


CLAUDE

C'est vrai?

Je t'aime, mamour.

Je t'aime beaucoup.


JOHANNE pleure et CLAUDE tente de la consoler.

CLAUDE (Narrateur)

Je ne veux pas pleurer,

je ne veux pas pleurer,

il ne faut pas que je pleure.

Johanne la rieuse et

insouciante. Où es-tu?


JOHANNE se mouche.


CLAUDE

Embrasse-moi, mamour.


JOHANNE

Oh, c'est bête. Ha!


CLAUDE

Tu veux me faire le coup

de la puce à l'agonie?


JOHANNE

Je t'aime.

À la folie.

Je t'aime à la folie

comme une puce à l'agonie.

Je t'aime à l'agonie

comme une puce à la folie.


CLAUDE (Narrateur)

Cette confidence

m'a pris au piège. Là où

l'amour battait en brèche,

la compassion triomphe.

Je suis conquis. Pour bien

marquer cet état de choses,

je vais chez ma mère

lui annoncer officiellement

ce que je sais qu'elle sait

depuis déjà longtemps.


CLAUDE est chez sa mère qui ouvre des enveloppes.


CLAUDE

Tu travailles beaucoup?


LA MÈRE

Il faut bien.

Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu.

Quand je pense

à ce que toute cette maison...

qui est à moitié vide,

maintenant, c'est effrayant.

Si je ne m'en occupais pas,

je me demande bien qui

s'en occuperait.

Aïe, aïe, aïe!

Je t'assure que c'est du travail

de faire des comptes comme ça,

tous les mois.


CLAUDE (Narrateur)

Les choses les plus simples

sont les plus compliquées

et parfois, plus on en a

à dire, plus on se tait.

Les Grecs appelaient ça

tourner autour de l'amphore.


LA MÈRE

Au fait, voilà les assurances,

là, qui arrivent.

Est-ce que tu as pris

une assurance pour toi?


CLAUDE

Des assurances, moi?


LA MÈRE

Bien oui.


CLAUDE

Non.


LA MÈRE

Bien au moins pour la Vespa!

Heureusement que je le fais pour toi.

(En soupirant)

Eh bien voilà.

Alors ça...

Est-ce que tu te rends compte

de ce que tu risques?

À rouler comme ça sans

assurances pour les tiers?

Si jamais tu avais un accident?

Tu pourrais passer ta vie

à payer des dettes.


CLAUDE

Bien, avec une Vespa,

on peut tuer personne.


LA MÈRE

Tu crois ça?


CLAUDE

Tiens, regarde.

La petite négresse.


CLAUDE montre des photos à sa mère.


CLAUDE

(En appelant le chien de sa mère)

Spoutnik!

(En s'adressant à sa mère)

Ma petite négresse,

comment tu la trouves?


LA MÈRE

Ah, c'est une jolie fille.


VICTOR est assis à une terrasse.


CLAUDE siffle pour sortir VICTOR de sa rêverie.


VICTOR

Salut.

Ça va?


CLAUDE s'assoit avec VICTOR.


VICTOR

Je suis rendu au café.


CLAUDE

Qu'est-ce que tu as bouffé?


VICTOR

Une salade...

Une salade italienne.


CLAUDE

Oui, c'est bon?


VICTOR

Oui.

Je sais plus quoi manger.


CLAUDE

Mange donc le reste.

Qu'est-ce que

tu as fait hier soir?


VICTOR

Hier soir?

J'étais chez moi.


CLAUDE

Je sais, oui.


VICTOR

Comment ça?


CLAUDE

Bien, j'ai vu, quoi?


VICTOR

Ah, la porte?


CLAUDE

Elle est bien?

T'as pas l'air enthousiaste.

Je la connais?


VICTOR

Est-ce qu'on connaît

quelqu'un... vraiment?


CLAUDE

Mais en fait, il y a des degrés.


VICTOR ouvre un livre de Marcel Proust.


VICTOR

Ah, écoute ça.

"Ce que nous appelons la réalité

"est un certain rapport entre

ses sensations et ses souvenirs

"qui nous entourent

simultanément.

"Rapport que supprime une simple

vision cinématographique,

"laquelle s'éloigne par là

d'autant plus du vrai

qu'elle prétend se borner à lui."

Qu'est-ce que tu penses de ça?


CLAUDE

C'est bon.

Est-ce qu'elle est blonde?


VICTOR

Ah, tu commences à me

casser les pieds!

Ah, elle a une tête, deux bras,

deux jambes...


CLAUDE

Sans blague. Tant que ça?


VICTOR

Oui, oui. Tout.


CLAUDE

Oui.

Elle est mariée?


VICTOR

Oui.


CLAUDE

Raconte. Tu connais le mari?


VICTOR

C'est la première fois

que ça m'arrive.

Oui, et ce qui m'embête,

c'est que...


CLAUDE

C'est un copain?


VICTOR

Non, c'est pas un copain,

mais... Je le connais pas.

Mais enfin, il m'a l'air

sympathique.

Ça m'embête.


Un jeune homme marche de long en large au bord d'un mur en exprimant chacune des expressions décrites.


CLAUDE (Narrateur)

Pour la bonne

intelligence de ce récit,

je dois l'interrompre

afin d'exposer quelques faits.

Voici comment marche

un jeune bourgeois

déjà plus très jeune,

déjà un peu trop gras,

et qui cherche à placer

quelque part ses restes

d'enthousiasme.

Comment il se voit d'ici

quelques années.

Habité par de grandes idées...

Porté par les événements.

Paranoïaque.

Poète.

Oups.

Quand il se trouve

en difficulté.

Un regard à l'est.

Un regard à l'ouest.

Statu quo.

Et parfois,

pour amuser les enfants...


LE JEUNE HOMME court d'une manière clownesque dans un parc.


Des enfants courent derrière le jeune homme.


CLAUDE (Narrateur)

Fin du documentaire.

Place au vrai cinéma.


CLAUDE clappe une claquette de cinéma à l'extérieur d'une maison, près d'une porte.


CLAUDE

Cinéma!

Scène 21, prise 6.


CLAUDE s'assure que sa caméra roule.


CLAUDE

C'est parti.


On tourne une scène. Un couple arrive près de la porte.


LE COMÉDIEN

Je pars.


MONIQUE

Pourquoi?


LE COMÉDIEN

Demain.


MONIQUE

Pense pas à demain.

On est bien.


CLAUDE

(En s'adressant au comédien)

Tu rentres chez toi?


CLAUDE

Coupez, coupez!

OK, on refait.

Il faudrait déplacer ça

un peu, Jean-Claude,

ça fait un peu trop de soleil.

Un peu trop de spots, ça.


L'équipe fait les changements sur le plateau.


CLAUDE

Ça y est, caméra?


CLAUDE s'approche de MONIQUE et l'embrasse.


MONIQUE

Ah oui.


CLAUDE

Madame, vous voulez voir

ma collection de papillons.


MONIQUE

J'ai peur.


NICHOLAS

Quelle prise, Fréda?


FREDA

Sept.


NICHOLAS

Alors on a tiré

jusqu'ici 3 et 5, hein?


CLAUDE vient s'asseoir près de MONIQUE sur un divan.


MONIQUE

Et voilà.

(En embrassant CLAUDE)


MONIQUE

Eh bien.


Le couple s'embrasse.


MONIQUE

Veux-tu me donner un scotch?


CLAUDE

Mince, il me reste

pas une goutte.

Écoute, attends-moi une seconde,

je vais à côté chercher

une bouteille.


CLAUDE entre chez VICTOR sans frapper.


VICTOR dort encore.


CLAUDE

Victor? Oh, Victor, il est 9h!

Comment ça se fait

que tu es pas au théâtre?


VICTOR

Quoi?


CLAUDE

Il est 9h, regarde!


Au théâtre, le rideau se lève.


Chez VICTOR, VICTOR se lève en catastrophe et commence à se changer.


VICTOR

Quoi!


CLAUDE

Il est 9h, mon Dieu,

qu'est-ce que tu fais?

La pièce est commencée,

dépêche-toi.


VICTOR

OK, j'y vais.

Va me chercher un taxi.

Va m'appeler un taxi!


CLAUDE

Vas-y, prends ça.

Mets tes chaussures.


VICTOR

Ha là là là!

C'est effrayant, mon vieux.

T'es sûr que c'est

pas une farce? Il est 8h55.


CLAUDE

Sans blague, oui, dépêche-toi.


VICTOR

Salut. Allez, ciao.


CLAUDE

Allons! Grouille!


Au théâtre, UN ANGLAIS est sur la scène en kilt.


L'ANGLAIS

(Propos en anglais)

Ah, nobody here.


LA FEMME DANS LA PIÈCE

- Ciel, mon mari!

Mon mari dans l'escalier! Oh!


L'ANGLAIS

Oh!


Claude prend quelques bouteilles chez VICTOR et remarque un portrait sur le mur.


CLAUDE (Narrateur)

Mais oui, je la reconnais,

c'est elle que j'ai vue avec lui,

l'autre jour.


Un souvenir de CLAUDE évoque VICTOR marchant avec une femme.


CLAUDE offre à boire à MONIQUE.


CLAUDE

À la tienne.


MONIQUE

(En riant)

Hahaha! à la tienne.

À quoi tu penses?


MONIQUE et CLAUDE sont assis côte à côte sur le divan.


CLAUDE

à la même chose que toi.


CLAUDE met des draps propres sur le lit. Il s'étend et MONIQUE le rejoint.


Au matin, MONIQUE et CLAUDE dorment enlacés.


CLAUDE

(En se réveillant)

Oh... Merde.

Ah, il faut que je sois

au studio à 9h30.

Ah là là...


MONIQUE

Hey?


CLAUDE

Quoi?


MONIQUE

Ça te fait rien que je reste ici?


CLAUDE

Non, non, tu peux rester.


MONIQUE

Est-ce que je

réponds au téléphone?


CLAUDE

Non, laisse faire.


CLAUDE embrasse MONIQUE et part.


CLAUDE

Je t'attends tout

à l'heure, hein?


MONIQUE

À tantôt.


VICTOR est dans sa chambre et téléphone.


Le téléphone sonne chez CLAUDE.


VICTOR est avec une femme.


VICTOR

Il y a personne.


VICTOR raccroche.


MONIQUE lit dans l'appartement de CLAUDE.


VICTOR sort de chez lui par la fenêtre qui donne sur un toit.


La fenêtre de l'appartement de CLAUDE est ouverte.


VICTOR frappe à la fenêtre.


MONIQUE se cache en entendant le mouvement dans la fenêtre.


VICTOR entre chez CLAUDE par la fenêtre.


MONIQUE sourit dans en voyant VICTOR.


VICTOR

Eh ben!


MONIQUE

Tu voulais le savoir?

Tu le sais.


VICTOR

Qu'est-ce que tu fais là?


MONIQUE

Bien, qu'est-ce que

tu fais ici, toi?

As-tu l'habitude d'entrer

comme ça chez les gens

par la fenêtre?


VICTOR

Bien oui.


MONIQUE

Tu me mets dans une position

épouvantable.

Qu'est-ce que tu veux?


VICTOR

Moi, je viens chercher

des disques.


MONIQUE

Prends-les.


VICTOR

Reste pas là.


MONIQUE

T'es drôle, toi.

Je peux prendre mon café.


VICTOR

Tu fais comme chez vous.

Tu permets?


VICTOR s'assoit près de MONIQUE qui s'est assise sur le divan.


MONIQUE

Oui.

Tu veux une pomme?


VICTOR

Eh bien... Tu manges des pommes?

C'est un symbole?


MONIQUE

Ça dépend.

Ça te fait rien que je prenne

ces disques-là?


MONIQUE

(En ricanant)

Hahaha! C'est pas à moi,

tu peux les prendre.


VICTOR

Non? C'est à Johanne?


MONIQUE

Pourquoi tu dis ça?


VICTOR

Tu la connais?


MONIQUE

Je respecte l'intimité

des gens.


VICTOR

Comment, "des gens"? Est-ce

que je ne te respecte pas?


CLAUDE

Oui!

(En riant)

Tu voulais savoir

qui est-ce qui était ici?


VICTOR

"Je voulais savoir"? Ça fait

longtemps que je le sais.


MONIQUE

(En riant)

Haha!

T'as pas trouvé qui c'était.


VICTOR

Je suis tombé pile.

Tu sais pourquoi?


MONIQUE

Non?


VICTOR

À cause du parfum.


MONIQUE

Tu veux me flatter.


VICTOR

Et l'autre jour, en Vespa...


VICTOR sort de chez lui et voit CLAUDE partir en scooter avec MONIQUE.


MONIQUE

(En riant)

Hahaha!


VICTOR

À t'évertuer,

c'était toi, hein?


MONIQUE

Oui!


VICTOR

Bon, bien écoute.

Je t'aime bien, mais...


MONIQUE

Mais t'aimes mieux...

Olga?


VICTOR

Oui, c'est Olga.


MONIQUE

Elle est belle.


VICTOR

Tu trouves, oui?

Un peu plus blonde

que toi, par exemple.


MONIQUE

Mais froide.


VICTOR

Bon bien salut, hein.


MONIQUE

Hé, dit.

T'as pas des cigarettes?


VICTOR

Cigarettes, oui.

Ah, mais j'ai pas de filtre,

par exemple.


MONIQUE

Décidément, t'as une bonne

mémoire. Je t'emprunte.


VICTOR

Non, mais garde-les,

garde-les, il en reste trois.


MONIQUE

J'ai pas d'allumettes.


VICTOR

T'es OK?


MONIQUE

OK.


VICTOR

Ciao, hein.


MONIQUE

Bye. Bonne visite.


VICTOR

Tu diras bonjour à Claude?


MONIQUE

(Je lui raconte ça.)

Je lui raconte ça?


VICTOR

Quoi?


MONIQUE

Ce qui s'est passé?


VICTOR

De toute façon, tu sais... On

bavarde pas mal, tous les deux.

Bon bien salut, hein.


MONIQUE

Bye.


La main de JOHANNE glisse sur le visage de CLAUDE.


CLAUDE (Narrateur)

Des caresses à fleur de peau

qui durent des heures

et qui rendent mon âme plus

lisse qu'un étang.

Gestes habiles,

mais aussi cruels,

car sur ce bouton qui est là

et qui me gêne,

ou à l'endroit de mon front

que la calvitie menace,

elle passe et repasse,

comme si elle fouillait

une plaie avec son doigt.

Étrange mélange de délice

et de supplice.


JOHANNE et CLAUDE sont assis par terre dans l'appartement à côté d'une pile de disques.


JOHANNE

Mamour.


CLAUDE

Hum...


JOHANNE

Aimes-tu les garçons?


CLAUDE

Hum?


JOHANNE (Narratrice)

Est-ce que tu aimes les garçons?


CLAUDE (Narrateur)

Je ne dis pas oui,

pas plus que je ne dis non.

Ainsi s'échappe le secret

que je séquestrais

depuis des temps plus lointains

que mes premiers souvenirs.

Johanne a fait cela. De ses

mains de femme, elle a ramassé

le plus lourd de mon fardeau.

Elle m'a fait avouer

l'inavouable, et je n'ai pas eu

honte et je n'ai pas eu mal.

Et maintenant, tout est changé,

car cette impérieuse

aspiration jamais assouvie,

de tourment qu'elle était,

a pris la forme d'un espoir.


CLAUDE est juché dans une échelle, pendant le tournage d'une scène.


MONIQUE

Ce n'est pas moi

que tu aimais.

C'est une image

que tu avais inventée.


LE COMÉDIEN

Non, c'est toi.

Parce que tu me délivrais

de toutes les images.


CLAUDE

(En descendant de l'échelle)

Bon, c'est pas mal.

Le prochain plan va être

tourné d'ici en plongée.

Ce sera parfait.

(En s'adressant aux deux comédiens)

Bon, pour vous, les enfants,

ça va à peu près,

sauf une chose. C'est bien,

sauf pour le baiser.

Écoute, embrasse-le.

La main comme ça.

Qu'est-ce qui arrive, Monique?

Tu sais plus embrasser

un garçon?


MONIQUE

Oui, je--


CLAUDE

Passez à une autre en vitesse.

Scène, claquette, prise 2.


PRENEUR DE SON

Un instant, il y a un

problème dans le son, là...


CLAUDE

Non, ça va, ça va.


MONIQUE

On refait tout.


CLAUDE

Bon.


ASSISTANT

Scène 25, prise 2.


CLAUDE

Parfait, un instant.


MONIQUE

Ce n'est pas moi

que tu aimais.

C'est une image

que tu avais inventée.


LE COMÉDIEN

Non, c'est toi.

Parce que tu me délivrais

de toutes les images.


CLAUDE

Très bien. Coupez.


Tout le monde se félicite sur le plateau.


CLAUDE

Car cette impérieuse

aspiration jamais assouvie,

de tourment qu'elle était,

a pris la forme d'un espoir.


LE COMÉDIEN est seul dans son coin.


CLAUDE est chez lui avec le COMÉDIEN.


LE COMÉDIEN

Sans blague.

Alors, on arrive là...


Le COMÉDIEN continue de parler, mais on ne l'entend plus.


CLAUDE écoute en prenant différentes poses.


LE COMÉDIEN

Finalement, ce qu'on a fait

aujourd'hui, est-ce que c'est bon?


CLAUDE

Ça n'a aucune importance.


LE COMÉDIEN

Qu'est-ce qui est important?


CLAUDE regarde le COMÉDIEN intensément.


CLAUDE (Narrateur)

Enfin.


Des enfants jouent dehors près de la fenêtre.


JOHANNE et CLAUDE sont dans le salon.


CLAUDE (Narrateur)

Une vérité violente s'est

abattue sur nous.

Il faut la conjurer.


JOHANNE

Mon petit mamour.

À quoi penses-tu avec

cette tête-là?

Hum?


CLAUDE blottit sa tête dans le creux de l'épaule de JOHANNE.


CLAUDE (Narrateur)

Il faut que notre amour

soit parfait. Jamais la ruse,

ni le calcul, ni le doute.

Entre nous deux,

confiance absolue.

Franchise totale.

Hein, mamour?

Il faut que notre amour

soit parfait. Parfait.

Qu'est-ce que je raconte?

J'entends mes propres paroles

qui résonnent comme

de la littérature.

(En écho)

Et tombent, tombent,

tombent, dans l'abîme

du ridicule...


De nouveau les enfants jouent devant la fenêtre. L'un d'eux s'approche.


L'enfant ouvre la fenêtre .


CLAUDE (Narrateur)

(En écho)

Lit-té-ra-ture.


L'enfant tient un revolver et tire.


CLAUDE s'écroule en criant.


CLAUDE ferme la fenêtre pendant que l'enfant recharge son revolver.


Les enfants qui jouent dehors avec leurs fusils s'éloignent.


JOHANNE et CLAUDE sont étendus l'un près de l'autre et s'embrassent.


CLAUDE (Narrateur)

Chaque nuit, chaque jour,

l'intimité nous rapproche

en même temps qu'un certain

silence nous sépare.

Nous touchons

le fond de quelque chose.

Le fond de l'amour

ou le fond de la solitude.


Différentes scènes, entre CLAUDE et JOHANNE, se succèdent.


CLAUDE (Narrateur)

Ainsi passe le temps.

Le jour succède à la nuit, et

nous, on s'en aperçoit à peine.

Séquestrés que nous

sommes dans notre amour,

dans notre chambre.

Oubliant presque le manger,

mais pas le boire,

coupés du monde, flottant

dans une zone blême et diffuse

où personne ne

peut venir nous chercher.


CLAUDE et JOHANNE s'embrassent près d'une clôture grillagée. Ensuite, plusieurs scènes de villes se succèdent.


CLAUDE (Narrateur)

Notre prison ne nous quitte pas.

Elle se déplace autour de nous

si parfois nous sortons

de notre chambre.

Mais les excursions

en pleine lumière

sont un danger pour les amants.

La multitude abrite

l'ennemi et lui rend

la tâche facile.

La nuit qui guette,

elle dont on ne sait jamais

quel visage il emprunte.

Quand vous croirez faire

une simple promenade,

vous vous précipiterez

dans les pièges

qui sont tendus pour vous, ici,

là, partout.


Un policier cadenasse une grille.


JOHANNE et CLAUDE montent un escalier enneigé sur le Mont-Royal. CLAUDE et JOHANNE s'assoient dans l'escalier et se protègent du froid en se blottissant l'un contre l'autre.


Un homme vêtu de chaînes et de cuir grimpe le flanc de la montagne.


CLAUDE part à la poursuite de l'homme.


JOHANNE

Claude, où vas-tu?

Claude!


L'HOMME a rejoint une autre personne derrière une grille au haut de la colline.


CLAUDE court sur le belvédère, puis en longeant la piste pour suivre les deux hommes.


L'HOMME en cuir tire un coup de feu.


CLAUDE est atteint dans l'escalier qui contourne la montagne. Et tombe en roulant.


L'HOMME en cuir vise à nouveau pendant que JOHANNE tente de fuir.


CLAUDE se relève, il est couvert de neige. Il est blessé à la main.


CLAUDE se relève et court pour rejoindre JOHANNE qui s'effondre. L'HOMME en cuir s'enfuit en laissant tomber son fusil près de JOHANNE.


CLAUDE se précipite vers JOHANNE.


L'HOMME en cuir saute sur sa moto et part.


CLAUDE transporte JOHANNE dans ses bras.


On revient au moment dans l'escalier. JOHANNE est assise et attend CLAUDE qui revient.


JOHANNE

J'ai froid. Mamour, pourquoi m'as-tu

laissée toute seule?

Je te voyais plus. Où étais-tu

parti? Dis-moi, je croyais que

tu m'avais laissée seule.

Viens, on va à la maison.

Amène-moi.


CLAUDE et JOHANNE se lèvent et montent l'escalier du MONT-ROYAL. JOHANNE et CLAUDE traversent le cimetière de la Côte-des-Neiges.


CLAUDE

Tu as peur de la mort, toi?


JOHANNE

Moi? Oh non.

J'ai peur de la douleur.

Ah, si je pouvais partir

sans souffrir!

Tout de suite, mon cher.

Tout de suite.

Mais je demanderais

seulement un petit moment

pour te faire l'amour

une dernière fois.


CLAUDE

Moi, ce qui me plairait,

ce serait de narguer la mort,

de l'injurier,

de la défier, de blasphémer,

même, à l'occasion.

J'ai envie d'essayer,

attention.

Regarde. Une fleur

de veuve ou d'orphelin.


CLAUDE tient une fleur en plastique.


JOHANNE (Narratrice)

Une fleur en broche

et en plastique.

Qu'est-ce que tu as là?


CLAUDE (Narrateur)

C'est rien.


Le couple s'embrasse.


CLAUDE écrit à la machine dans son bureau. JOHANNE entre.


JOHANNE

Bonjour, mamour.


CLAUDE

Bonjour.


JOHANNE

J'arrive d'une partie.

Moi, j'arrive d'une partie

avec des amis!

♪ Ta ta ta ta ta ♪

J'ai quelque chose à te dire.


CLAUDE

Oui, quoi?


JOHANNE

Devine.


CLAUDE

Euh, minéral ou végétal?


JOHANNE

Hum... animal.

Tu sais, il y en a deux.


CLAUDE

Deux quoi?


JOHANNE

Mais il y a toi,

CLAUDE, il y en a un autre.


CLAUDE

Hum.

T'as un amant?


JOHANNE

Mais... je suis enceinte.


CLAUDE

Hum.


JOHANNE

Mais je suis enceinte!

Oh, tu es choqué.


JOHANNE

Hum...


CLAUDE

Écoute, mamour,

ne t'inquiète pas.

Il faut pas y penser. Le...

... bon Dieu ou n'importe qui...

enfin, arrangera les choses.


CLAUDE (Narrateur)

Aïe, aïe, aïe!


CLAUDE écrit les mots : Aïe, aïe, aïe! [JOHANNE

C'est formidable,

mais le temps que ça durera.


CLAUDE

Ça risque de durer longtemps.


JOHANNE

Neuf mois.

Tu as envie de voir?


CLAUDE

Ça, c'est le début.

Et puis après?


JOHANNE

T'as pas envie de voir?


JOHANNE

Un rouquin et une petite

négresse. Qu'est-ce

que ça ferait?

Non, écoute, moi,

je connais quelqu'un, là,

écoute, ce sera pas emmerdant

et... Mamour,

écoute-moi.

Je te dis ça simplement

parce que j'étais...

Ni malheureuse, très heureuse,

mais ni trop heureuse.

Tu comprends?


CLAUDE

"Trop peureuse"?

C'est un jeu de mots?


JOHANNE

Non, non, non.

Éliminons la liaison.


CLAUDE

La nôtre, elle est trop dangereuse.


JOHANNE

Mon cher, compromettante,

vous voulez dire.


CLAUDE et JOHANNE se regardent avec tendresse.


Plus tard, JOHANNE lit, allongée sur le divan.


CLAUDE (Narrateur)

Depuis l'explosion

de la nouvelle,

son corps est

l'objet de soins jaloux.

On le choie.

On le vénère comme le lieu

sacré où mûrit le fruit

de nos destinées.

Pendant de longues soirées

tranquilles, je dessine

ce corps, source de nos joies

convulsives,

mais qui aujourd'hui, fait de

nous non plus des amants,

mais un couple.

Je fais un double portrait.


CLAUDE dessine.



JOHANNE

Un double portrait?


CLAUDE (Narrateur)

Hum hum.


JOHANNE

Je crois que je devine

ce que tu veux dire.


CLAUDE

Tu crois?


CLAUDE trace un trait et écrit : Moi, 18 mai.


CLAUDE (Narrateur)

Un point chaud et turbulent

au creux de son ventre

polarise nos préoccupations.

J'enregistre par

l'imagination l'évolution

de cet élément étranger,

que par aveuglement paternel,

je considère comme une simple

transplantation de moi-même.


Sur un autre dessin, CLAUDE trace un trait et écrit : Moi, 20 mai.


CLAUDE et JOHANNE sont dans une voiture. CLAUDE conduit en roulant à toute vitesse dans les rues du centre-ville. CLAUDE boit de l'alcool en conduisant.


JOHANNE

Claude! Attention!


Les pneus de la voiture crissent dans un virage.


CLAUDE arrête la voiture dans une ruelle.


JOHANNE

Tu veux m'écouter

deux secondes?


CLAUDE

Hum hum.


JOHANNE

Hier, j'ai rencontré Nicholas


CLAUDE

Nicolas?


JOHANNE

C'est un garçon que j'ai déjà

connu qui m'a beaucoup aimée.

D'ailleurs, je crois

qu'il m'aime encore.

Alors, je lui ai parlé

de notre problème,

et il aimerait

que tu le rencontres,

pour te donner des conseils.


CLAUDE

Conseils?


JOHANNE

Tu veux?


CLAUDE

Si tu y tiens.

Passe-moi la bouteille.


JOHANNE

Tu pleures?

Moi, pas du tout.


CLAUDE

Ah. Je croyais.


JOHANNE

Veux-tu éteindre cette radio?

Ça me tombe sur les nerfs.


CLAUDE

Tiens.


C'est la nuit. CLAUDE marche seul sur une passerelle.


CLAUDE (Narrateur)

Nicolas, Nicolas,

qu'est-ce que j'en ai à fiche,

moi? Il m'intéresse pas.

J'ai jamais demandé à le voir,

moi. Et me donner rendez-vous

au diable vert comme ça...

Des endroits que je connais

pas, il y a quelque chose

de pas normal...


Deux hommes avancent vers CLAUDE en pointant des armes sur lui.


Les deux hommes frappent CLAUDE.


Un train passe sur le pont tout à côté de la passerelle. Les deux hommes s'éloignent en laissant CLAUDE coucher sur la grille de la passerelle.


CLAUDE (Narrateur)

(En soulevant la tête)

Comment on va

faire pour se reconnaître?


CLAUDE entre dans une taverne.


CLAUDE (Narrateur)

J'y ai jamais vu

la trogne, à ce gars-là.

Et puis, me connaît-il,

lui, au moins? J'ai hâte

de voir la tête qu'il a.


CLAUDE

Oups.


NICHOLAS est assis seul à une table.


NICHOLAS

Claude?


CLAUDE

Nicholas


NICHOLAS

Salut.


CLAUDE

Enchanté.


CLAUDE

Oui.



NICHOLAS

Deux drafts?

Paul! Deux.


PAUL

Deux fois.


CLAUDE

Johanne m'a dit que vous

aviez des choses à me dire?


NICHOLAS

Enfin, des choses à vous dire...

Non, en fait... J'avais assez

envie de te rencontrer,

parce que j'ai été l'amant

de Johanne...


CLAUDE

Hum hum?


NICHOLAS

Je te cache pas, d'ailleurs,

que ça a été une période assez

extraordinaire dans ma vie.


CLAUDE

Oui, je le conçois, oui.


NICHOLAS

Et je l'aime toujours

beaucoup.


CLAUDE

Hum.


NICHOLAS

Enfin, il n'est pas question

que nous revivions ensemble...


CLAUDE

Hum hum.


NICHOLAS

Mais je pense que tout de

même, on est assez camarades.


CLAUDE

Hum hum.


NICHOLAS

Et... J'attache beaucoup

d'importance à la camaraderie.

Je vais utiliser un terme idiot,

mais tu es un peu un successeur.

Tu vois? Je l'ai aimée

et plus tard, toi, tu l'aimes.

T'as raison de l'aimer.

Et je t'avoue, là,

très sincèrement que...

J'espère que tu l'aimes

et que ça marche.

Seulement, moi, je peux pas

m'empêcher de vouloir

que le type qui est avec elle

fasse attention.

J'étais assez jeune quand

je suis descendu dans la rue

et je suis toujours dans la rue.

Toi, évidemment,

c'est autre chose

et une femme

apprécie cette autre chose.

Jeunesse fort facile,

brillantes études,

voyages d'un continent à l'autre

payés par papa volontiers...

D'accord.


CLAUDE (Narrateur)

Voilà un type que je n'ai jamais vu

et d'une hauteur olympienne,

me définit, m'évalue, me juge,

intervient de sang-froid

dans ma vie privée...:

me dit quoi faire,

me fait la morale et moi,

j'avale sans broncher.

C'est tout de même

extraordinaire.


NICHOLAS

Elle t'aime pas

pour une situation!

Mais elle ne peut pas

s'empêcher de tenir compte

du personnage que tu es.

Il y a peut-être pas

contradiction entre toi

et ce personnage.

N'empêche que le personnage,

il compte!

Enfin, inutile de tergiverser...


CLAUDE (Narrateur)

De quoi?


NICHOLAS

En deux mots: très drôle.

T'es pas antipathique,

dans le fond.

En deux mots, tu couches avec.

Fais-le bien.


Dans la maison de la MÈRE de CLAUDE, les chiens sont étendus qui sur un fauteuil, qui dans un panier. D'un sifflement CLAUDE appelle les chiens au loin.


CLAUDE entre dans le salon et s'arrête. CLAUDE monte un escalier sur la pointe des pieds. CLAUDE entre dans la chambre de sa MÈRE qui fume une cigarette au lit en caressant un de ses chiens.



CLAUDE

Tu dors?


LA MÈRE

Non, non, je fume.


CLAUDE

Ça va?


LA MÈRE

Oui, et toi?


CLAUDE

Oui, ça va.


CLAUDE

J'ai quelque chose à te dire.


LA MÈRE

Je m'en doute.


CLAUDE

Je vais épouser Johanne.


LA MÈRE

Mais je croyais

qu'elle était mariée.

Qui est-ce qui va payer

le divorce?

Est-ce que son mari

l'aime encore?

Pourquoi est-ce que tu as pris

cette décision si brusquement?

Elle est enceinte?

Et tu crois que c'est de toi?

Pourtant, elle vit toujours

avec son mari.

Est-ce qu'elle fréquente

d'autres hommes?


CLAUDE

Peut-être, mais tu vois,

en amour, moi, je suis

pour la liberté.

Moi, je vois d'autres filles.

Si elle va voir d'autres types,

ça la regarde.

Je suis pas jaloux.


LA MÈRE

Mais as-tu pensé aussi

que ce mariage allait

bouleverser ta vie?

Il va falloir que tu envisages

des responsabilités nouvelles,

tu changes peut-être de travail.

En tout cas, de mode de vie.

Tu ne peux plus être le bohème

et le voyageur que tu as

toujours été.

Il va falloir que tu deviennes

sédentaire.

Enfin, que tu acceptes des

responsabilités très différentes

et peut-être très difficiles.

En as-tu parlé à ton père?

Non?

Je crois qu'il serait bon

que tu lui en parles.

C'est un homme de bon conseil

aussi et puis enfin...

Il a son mot à dire

dans la question.

C'est assez grave.

En ce qui me concerne...

... Je t'ai dit

ce que j'avais à te dire.

(En soupirant)

Je n'ai rien contre.

Je m'incline.

Selon ta décision,

après tout, c'est ta vie.

C'est toi qui la fais.

Mais... Je pense à une chose.

Il y a quatre ou cinq ans,

tu es allé faire une retraite

fermée dans un monastère.

Et tu as eu affaire à...

un père assez remarquable,

dont tu m'as parlé,

le père Simon, je crois.

Pourquoi n'irais-tu pas

le trouver?

Et lui demander conseil avant de

prendre une décision définitive.

Hum?


CLAUDE

Oui. Si tu veux.

Bon, je vais pas te déranger

plus longtemps.

Bonsoir, maman.


CLAUDE embrasse sa MÈRE.


LA MÈRE

Bonsoir, mon chéri.


LE PÈRE SIMON est chez lui. On frappe à la porte, LE PÈRE SIMON va ouvrir.


LE PÈRE SIMON

Bonjour, Claude.


CLAUDE

Ça va?


LE PÈRE SIMON

Alors là, ça fait plaisir

de te voir. Oui ça va.


CLAUDE

Moi aussi.


LE PÈRE SIMON

Laisse-moi te regarder.

T'as changé, dis donc.

Comme le temps

passe. On vieillit.


CLAUDE

Ah, rentrons.


LE PÈRE SIMON

J'éteins la télé.

J'en regarde, des trucs.

Ce sont mes vieux jours.

(En offrant un verre de vin à CLAUDE.)

Tiens.


CLAUDE

Santé, mon père.


LE PÈRE SIMON

Ça fait bien longtemps

qu'on n’a pas trinqué ensemble.


CLAUDE

Hum hum.


LE PÈRE SIMON

Allez, vas-y, on est

entre nous, tranquilles.

Vas-y, je t'écoute,

comme dans le bon vieux temps.


CLAUDE

Bien, c'est pas un problème

bien compliqué.

J'aime une fille.


Le visage épanoui de JOHANNE contraste avec l'air ahuri du PÈRE SIMON.


CLAUDE

J'ai décidé de venir vous voir

pour vous demander conseil.


LE PÈRE SIMON

Eh bien, Claude,

parle-moi un peu d'elle.

Comment elle est?

Elle est jolie...


JOHANNE pose devant les gratte-ciel du centre-ville.


CLAUDE

Je veux pas vous

mettre l'eau à la bouche.

C'est une fille formidable.

Elle est épatante, oui. Très jolie.

Et puis surtout,

au point de vue tempérament,

personnalité,

ça coïncide très bien.


LE PÈRE SIMON

Comment est-elle,

du point de vue moral?

Comment prend-elle la vie?


CLAUDE

Eh bien, disons que

c'est une fille qui a une morale

qui n'est peut-être pas

tout à fait conforme

aux normes bourgeoises

ou catholiques.

Finalement, c'est une fille

qui a une morale

et une morale très proche

de la mienne

et c'est pour ça que je l'aime

et que je m'entends avec elle.


LE PÈRE SIMON

Je vais te poser une question,

mon Dieu...

J'allais dire une question

d'hommes, mais...

Elle a d'autres aventures?


CLAUDE

Oui, sûrement,

c'est une femme très libre

et d'ailleurs, elle était

même mariée avant.


LE PÈRE SIMON

Et malgré ça,

tu es... sûr, persuadé,

que l'enfant est de toi?


CLAUDE

Oui. Parce qu'elle me le dit.


LE PÈRE SIMON

Sur le plan fidélité,

elle l'est, fidèle?

Dis-moi, Claude.

Si cette fille que tu aimes

et qui vit avec toi

depuis quelque temps

a abandonné son premier mari...

... Il y a aucune raison

pour qu'elle fasse pas

la même chose avec toi.

Tu penses pas un seul instant que...

que cette histoire de grossesse

n'est pas un piège

qu'elle te tend?

Une sincérité absolue

sur ce plan-là?

Tu ne penses pas qu'elle ait

intérêt à entrer dans

ton milieu social?

Ton milieu artistique aussi,

peut-être. Évidemment,

ce que je désire,

moi, c'est que tu sois heureux.

Que tu sois pleinement heureux

et que tu ne te trompes pas,

surtout. Tu as besoin

d'être heureux

pour arriver à produire.

Tu ne crois pas?

Haha!

Faire des réflexions

sur les femmes en tant que curé!

Haha! Mon Dieu! J'ai bien mes

petites idées là-dessus,

quand même!

Pour moi, la femme...

... c'est une roublarde. Haha.

Toujours la convoitise,

je sais pas.

Il faut que tu comprennes que...

même à travers ton amour,

que tu saches ce qu'est la femme.

Je reviens toujours là,

mais je crois

que c'est une des choses les

plus importantes dans la vie.

Hum?

Est-ce que ça te plaît

un peu, mes déductions?

(En riant)

Dans ce domaine?


CLAUDE

Ça m'intéresse, beaucoup.


LE PÈRE SIMON

C'est très sérieux, en fait.


CLAUDE

Oui.


LE PÈRE SIMON

C'est ton bonheur qui

m'intéresse. D'abord

et avant toute chose.

Que tu sois libre,

en règle avec ta

conscience aussi.

Et puis, tu peux revenir

me voir quand tu veux.

Hum, Claude? Allez.

On trinque comme dans

le bon vieux temps, haha!

Revenons à nos vices

terrestres.

(En riant)

Hahaha!


CLAUDE discute avec JOHANNE près de la fenêtre dans l'appartement.


CLAUDE

Bon, bien il va falloir

prendre une décision

assez rapidement, mamour.


JOHANNE

Au sujet de quoi?


CLAUDE

Comment, à quel sujet?

Bien à notre sujet.

D'abord, on est trop

à l'étroit, ici.

Va falloir changer.


JOHANNE

Il y a tellement d'autres

choses à faire, avant ça.


Dehors, on démolit un

mur de briques.]


CLAUDE

Et puis, mamour, il y a

une chose que je voulais

te dire, c'est...

Même si on est ensemble, je veux

garder un peu de ma liberté.

Même une bonne part

de ma liberté.


JOHANNE

Je ne vois pas pourquoi

tu ne le ferais pas.


CLAUDE

Par exemple, j'aimerais

pouvoir disparaître deux ou

trois jours, quand je veux.

Être seul de temps en temps.


JOHANNE

Mon cher, tu peux faire tout

ce que tu veux.


CLAUDE

Tu me poseras pas

de questions?


JOHANNE

Mais non,

je t'en ai jamais posé.


CLAUDE

T'es d'accord avec ça?


JOHANNE

Mais oui, tout à fait

d'accord.


Les morceaux de murs tombent en fracas sur le sol.


Un bulldozer remblaie le terrain où la maison a été démolie.


JOHANNE (Narratrice)

Il va falloir voir

l'avocat pour le divorce

et pour l'adoption de l'enfant.

Ça va coûter beaucoup d'argent.


CLAUDE (Narrateur)

Ça fait rien,

j'en emprunterai.


JOHANNE (Narratrice)

Ce sera pas facile.


CLAUDE (Narrateur)

On va se débrouiller,

tu verras.

Ça te fâche pas,

ce que je te demande?


JOHANNE (Narratrice)

Mais non.


On revient dans l'appartement avec CLAUDE et JOHANNE blottis l'un contre l'autre.


CLAUDE

Je t'aime bien, tu sais...


JOHANNE

Hum hum...


CLAUDE regarde dehors et voit un mur plâtré s'effondrer dans un vacarme d'enfer.


JOHANNE fredonne en se maquillant.


JOHANNE

Allô! Haha!

(En chantant)

♪ Ah ah ah ah ah ah ah ♪


CLAUDE (Narrateur)

Qui peut m'expliquer

les comportements de Johanne?

Les malheurs la mettent en joie.

Plus on a d'ennuis

et plus elle s'élève

dans la béatitude,

tandis que moi, je

m'abîme dans la souffrance.

Parce que je suis rongé par un

mal impitoyable. Un ulcère,

très certainement.

Ou un cancer.

Je l'ai toujours caché

pour n'inquiéter personne,

mais à présent, vraiment,

ça ne peut plus durer.

Il va falloir

que j'aille consulter.


CLAUDE passe des examens dans une salle de radiologie.


LE MÉDECIN

Alors, mon cher Claude,

je ne vois absolument

rien d'anormal.

Tout ça me paraît très,

très bien.

J'ai le plaisir de t'annoncer

que tu es en parfaite santé.


Le squelette de CLAUDE apparaît sur un écran.


CLAUDE

Bon alors, comme ça,

j'ai rien?

Curieux. Pourtant, tous

les copains me disent

que j'ai mauvaise mine.

Tu trouves pas?


CLAUDE retourne à la maison.


CLAUDE (Narrateur)

Je sais ce qui me manque:

un peu de solitude,

tout simplement.

Rentrer chez moi et savoir que

je serai seul cinq minutes,

que j'aurai la paix.


Deux hommes attendent CLAUDE dans le salon. L'un d'eux pointe un fusil sur CLAUDE. Les deux hommes tirent.


CLAUDE est bombardé de coups de feu, du sang sort d'un œil.


De retour dans le réel, CLAUDE entre dans le salon.


CLAUDE

Bonjour, mamour.

Je suis content de

te voir, tu sais.


JOHANNE

Menteur.


CLAUDE s'assoit près de JOHANNE.


JOHANNE

Tu ne m'as même pas embrassée,

tu m'as même pas dit bonsoir.


CLAUDE et JOHANNE sont couchés.


CLAUDE

Hum hum...


JOHANNE

Embrasse-moi.


CLAUDE

Hum.


JOHANNE

Mieux que ça.


CLAUDE

Laisse-moi dormir!


JOHANNE

Tu peux bien dormir tout seul.


JOHANNE se lève.


CLAUDE

Qu'est-ce que tu fais?


JOHANNE

Je m'en vais.


CLAUDE

Où ça?


JOHANNE

Chez moi.


JOHANNE court dans la nuit. CLAUDE la suit.


CLAUDE (Narrateur)

Johanne! Johanne!


CLAUDE

(En rattrapant JOHANNE.)

Veux-tu venir ici tout de suite?

Rentre à la maison.


JOHANNE

Laisse-moi.


JOHANNE

Qu'est-ce que c'est

que ces histoires?


CLAUDE

Je veux pas rentrer

à la maison.


JOHANNE

C'est des enfantillages,

c'est des caprices! Reviens!


CLAUDE (Narrateur)

Décidément,

nos querelles se raccommodent

bien moins qu'avant.

J'ai voulu la faire rire

en lui disant

que la femme est qu'un homme

qui n'a ni queue ni tête.

Ce fut un désastre...



Le couple s'éloigne de plus en plus dans différents lieux.


CLAUDE (Narrateur)

Est-ce que ce sont les petites

choses qui font mourir l'amour

ou est-ce que c'est le déclin

de l'amour qui rendent

si effrayantes les petites choses...


JOHANNE (Narratrice)

Tu ne penses qu'à toi tout le temps,

tout le temps, tout le temps!

(En écho)


Les querelles s'enchevêtrent et résonnent en écho, créant un dialogue inaudible.


JOHANNE (Narratrice)

C'est vrai, tu ne comprends pas

ces choses-là, toi.


Quelqu'un décroche un téléphone et compose un numéro.


CLAUDE (Narrateur)

La mesure est pleine.

Je suis acculé au geste.

Incroyable, mais vrai.

Qu'on observe de près.

Je vais poser un geste.


CLAUDE tient le récepteur près de son oreille.


CLAUDE (Narrateur)

Je tremble.


JOHANNE est chez elle dans un immeuble à étage.


CLAUDE (Narrateur)

Allô, Johanne?


JOHANNE (Narratrice)

Bonjour, mamour,

comment vas-tu?


CLAUDE (Narrateur)

Johanne, tout est fini.


JOHANNE (Narratrice)

Qu'est-ce que tu veux dire?


CLAUDE

Entre nous deux.


JOHANNE

Bon. On peut se revoir?


CLAUDE

Non.


JOHANNE

Jamais?


CLAUDE

Jamais.


JOHANNE

Pourquoi?


CLAUDE

Parce que ça voudrait rien dire.


JOHANNE

On peut quand même--


CLAUDE

Au revoir, Johanne.


CLAUD raccroche chez lui. JOHANNE raccroche chez elle.


JOHANNE est dans un bureau.


NICHOLAS (Narrateur)

C'est pas encore fini?

T'en es encore à te mettre

dans un état pareil pour un tel type?

Johanne. On en avait parlé au début.

Ça pouvait pas finir autrement.


NICHOLAS est au volant de sa voiture.


NICHOLAS

Il est pas question de

retourner en arrière,

seulement, même si tu ne

m'appartiens plus...


JOHANNE

Je t'ai jamais appartenu.

Qu'est-ce que c'est que

ces histoires, "appartenir"?

Tu agis toujours avec moi

comme si je t'appartenais,

ça me fatigue...


NICHOLAS

Non, je voudrais

seulement t'aider,

parce que je n'aime pas

qu'un type démolisse une fille.


JOHANNE

C'est donc gentil, c'est

donc charitable, mais...


NICHOLAS

Tu es une femme qui est...

trop femme...


JOHANNE

Tu me fatigues!

Laisse-moi!

Lâche-moi!


NICHOLAS prend le bras de JOHANNE qui est assise à la place du passager.


NICHOLAS

Calme-toi, Johanne.


JOHANNE

J'aime pas qu'on me

touche comme ça.


NICHOLAS

Calme-toi!


JOHANNE

J'ai dit de me

lâcher ou je te...

(En grognant)


JOHANNE sort de la voiture.


NICHOLAS

Oh, et puis quoi...

Ah merde, merde...


JOHANNE marche en sanglotant.


JOHANNE (Narratrice)

Je sais ce que je vais faire.

Je vais me rendre chez lui même

s'il veut pas me voir.

Il faut tout de même

qu'il m'explique.


CLAUDE est devant la porte de son appartement.


CLAUDE (Narrateur)

Je suis sûr qu'elle est

derrière ma porte,

elle est là

depuis des heures...

Elle veille mon appartement

comme une pleureuse à la

porte d'un caveau.

Je suis un mort vivant.


Entendant les pleurs de l'autre côté de la porte, CLAUDE se penche et regarde par la serrure.


VICTOR

Tu pleures?

Mais reste pas là, rentre.

Claude est pas là.


JOHANNE

Mais il est là et veut pas m'ouvrir...


JOHANNE entre chez CLAUDE.


VICTOR

Je comprends rien

à ce qui se passe, mais enfin.

Tu veux quelque chose, tu veux

boire quelque chose?


JOHANNE

(En sanglotant)

Non!


VICTOR

Tu veux un café?


JOHANNE

Non?


VICTOR

Un bon café fort, là?


JOHANNE

Non!


VICTOR

Te fâche pas.


VICTOR

Tu veux un jus de pomme?

Une eau minérale?

Tu veux que je mette la radio?


JOHANNE

(En pleurant)

Non!


VICTOR

Tu veux entendre un disque?

Télévision, j'en ai pas.

Ça me fait de la peine

de te voir comme ça.


JOHANNE

Oh oui, je te crois.


CLAUDE se roule en boule sur son divan.


CLAUDE (Narrateur)

Comment il faut faire

pour avoir une vie tranquille

et bien rangée?

J'aimerais devenir un adepte

du cinéma du samedi soir.

Dernière nouveauté,

les coups de téléphone en série

où je n'entends jamais

le son de sa voix.


CLAUDE

(En répondant au téléphone.)

Allô?... Allô?


CLAUDE (Narrateur)

L'appel du silence.

Et pourquoi?

Pourquoi? Pourquoi?


CLAUDE soupire et raccroche le combiné.


VICTOR prend un verre avec CLAUDE.


VICTOR

Non, mais c'est pas pour ça,

je sais pas ce que j'ai

depuis quelque temps...

On dirait que j'ai...

j'ai mal au coeur. Pas au coeur,

j'ai mal au ventre.

Pas mal au coeur,

je suis amoureux.


CLAUDE sursaute à la sonnerie de téléphone.


VICTOR

Allô?


CLAUDE

Mon téléphone doit être

détraqué. Ça marche pas.


VICTOR

Bon, tu me sers du vin.


Le téléphone sonne à nouveau et VICTOR s'apprête à répondre.


CLAUDE

Non, laisse tomber.

Laisse tomber le téléphone.

Le téléphone est détraqué!


VICTOR

Allô? Allô!


CLAUDE

Allô?


CLAUDE parle au téléphone.


CLAUDE (Narrateur)

Mais force, elle a fini

par se faire entendre.


CLAUDE

Oui, c'est moi.


JOHANNE

Mamour.

Claude...


CLAUDE

(En soupirant)


JOHANNE

Tu ne me verras plus.


CLAUDE

Johanne?


JOHANNE

J'ai pris toutes les

pilules que tu m'as données...


CLAUDE

Qu'est-ce que tu fous,

Johanne?


JOHANNE

Mamour...


CLAUDE

Johanne!


Un gémissement de JOHANNE termine la conversation. CLAUDE raccroche.


VICTOR répond au téléphone.


VICTOR

Allô?


JOHANNE

Victor? Claude

veut plus me revoir.


VICTOR

(Inquiet)

Allô?


JOHANNE

Il me reverra plus.


VICTOR vient voir CLAUDE.


VICTOR

Alors, t'as reçu l'appel?


CLAUDE

Quel appel?


VICTOR

L'appel de Johanne.


CLAUDE

Ah bon? Tu as reçu le même?


VICTOR

Oui.


CLAUDE

Han-han.


VICTOR

Qu'est-ce que tu décides?

Qu'est-ce que tu fais?


CLAUDE

C'est dramatique, hein?


VICTOR

Ah bon, parce que tu

plaisantes avec ça, toi.


CLAUDE

Bien, je plaisante pas,

mais...


VICTOR

Mais t'as entendu?

Elle veut se suicider.

Enfin, tu diras pas

que je t'ai pas prévenu.


VICTOR trouve une lettre sur le parquet.


VICTOR (Narrateur)

Effectivement, le lendemain

soir, en entrant chez moi...

"Victor, ma suicidée m'a

pourchassée au téléphone

dès le début de la journée.

"Ceci est pour t'assurer sur

son excellent état de santé.

"Je suis ton ami et même le

meilleur que tu aies jamais eu.

"Si tu es le mien,

tu ne me jugeras pas.

Salut vieux pote. Claude.

P.S. L'amitié, il y a que ça."


CLAUDE est sur le point de sortir. En ouvrant sa porte, CLAUDE trouve NICHOLAS.


NICHOLAS

Salut!


CLAUDE

Salut!


NICHOLAS

Tu veux savoir

pourquoi je viens?


CLAUDE

Non, pourquoi?


NICHOLAS

C'est pas facile, mais enfin,

j'ai quelque chose à te remettre.

Et puis n'en fais pas de cas.

Depuis le temps

que tu laisses tomber...

Tiens, je t'ai répondu.

Hein?


CLAUDE

OK.


NICHOLAS

Ah, sois pas dégueulasse.


JOHANNE (Narratrice)

"Je t'aime toujours et

tout me rappelle toi,

"surtout ce qui est

dans mon ventre.

"Parfois, j'en éprouve

de la peine.


Des images de JOHANNE apparaissent pendant que CLAUDE lit la lettre.


JOHANNE (Narratrice)

"Puisque c'est à cause de cela

que tu me quittes.

"Mais en revanche,

"je me dis que je ne t'aurai

pas perdu complètement.

Et que bientôt nous serons

deux pour t'aimer malgré toi."


CLAUDE

Il est évident que tout ça

ne peut pas durer.

Et que c'est à moi,

maintenant, de vider mon jeu.

À tout prendre,

je sais que la somme de 200$

pourrait tout arranger

et que cette solution serait

à la satisfaction de

toutes les personnes concernées.


CLAUDE s'assoit sur le fauteuil en poursuivant la lecture.


CLAUDE (Narrateur)

Mon bel édifice moral

s'écroule mollement

dans un grand fracas

de silence.

Mais personne, personne au

monde ne daigne le remarquer.

Adieu, vos vaches principes.

Bonjour cochon!

200$, c'est facile à trouver.

Je vais d'ailleurs

le faire sur-le-champ.

Pour la forme, je manipule

encore cette lettre en faisant

une tête de circonstance,


CLAUDE s'imagine fonceur.


CLAUDE

Et puis, le coeur soulagé,

je fonce.


CLAUDE se lève en repliant la lettre.


CLAUDE se rend à la banque.


LE BANQUIER (Narrateur)

(Propos en anglais)

What can I do for you, my boy?


CLAUDE (Narrateur)

(Propos en anglais)

I would like to

borrow some money, sir.


LE BANQUIER (Narrateur)

(Propos en anglais)

How much?


CLAUDE (Narrateur)

200$.


LE BANQUIER (Narrateur)

(Propos en anglais)

Do you have any guarantees?


CLAUDE (Narrateur)

(Propos en anglais)

An insurance policy.


LE BANQUIER (Narrateur)

(Propos en anglais)

What is the purpose of the loan?


CLAUDE (Narrateur)

(Propos en anglais)

Hum... To help a friend.


LE BANQUIER (Narrateur)

(Propos en anglais)

I see... And how do you want

the money?


CLAUDE (Narrateur)

(Propos en anglais)

In cash, please.


LE BANQUIER (Narrateur)

(Propos en anglais)

Right, my boy.

If you would just sign here.

Now you can get your money

off the counter.


CLAUDE (Narrateur)

(Propos en anglais)

Thank you, thanks.

Thank you very much.


LE BANQUIER (Narrateur)

(Propos en anglais)

Nothing at all, my boy.

Good luck.


CLAUDE sort de la banque et marche au centre-ville.


CLAUDE (Narrateur)

Moi, je suis un type

vachement doux et gentil.

C'est vrai, tous mes amis

vous le diront.

Inoffensif.

Ah, il fait beau.

Entendez-vous des cris,

quelque part?

Des lamentations? Moi, rien.


Claude s'arrête près d'une boîte aux lettres et adresse une enveloppe.


CLAUDE (Narrateur)

Il s'agit de devoir se

débrouiller sans se

salir les mains.

Pas de parfum d'Arabie

pour moi, merci.


CLAUDE met l'enveloppe à la poste.


CLAUDE entre dans une mercerie.


CLAUDE essaie le chandail et l'achète. La vendeuse fait un paquet avec l'autre vêtement que CLAUDE portait.


CLAUDE (Narrateur)

Et puis tiens,

j'ai envie de me faire plaisir.

Depuis le temps...

Un pull en mohair d'Italie.

Voilà l'article.

Il me va à merveille.

Et puis j'aime assez la laine

parce qu'on peut

en faire un beau vêtement

sans avoir à tuer le mouton.

♪ Dondondondaine ♪

Et dans cette boîte, la madame

va déposer ma vieille peau

que j'irai mettre au rancart.


CLAUDE marche avec son paquet. Soudain il s'arrête, ouvre la boîte et la referme.


CLAUDE (Narrateur)

Quoi?

Qu'est-ce qui se passe?

On me suit, encore une fois?


Un homme portant un imper et des lunettes noires marche derrière CLAUDE.


CLAUDE (Narrateur)

Ah non, alors vous allez

s'il vous plaît me ficher

une bonne fois la

paix, non, ça vous

ennuierait, tout de même?


Claude entre dans un édifice et sort par l'escalier de secours au 10e étage.


CLAUDE (Narrateur)

Allez, courez, attrapez-moi

si vous pouvez!


Très vite, CLAUDE est pris en souricière dans au milieu des escaliers quelque part entre le 5 e et le 7e étage, par trois hommes.


CLAUDE réussit à passer entre les mailles du filet et descend à toute vitesse, poursuivi par les hommes qui lui tirent dessus.


Dans le paquet que CLAUDE transporte, le vêtement a été remplacé par une mitraillette que CLAUDE utilise pour tirer sur ses agresseurs.


CLAUDE profite du moment pour crier sa promesse.


CLAUDE

Je déclare

solennellement...


CLAUDE reçoit une balle dans le dos.


CLAUDE

Je déclare...

solennellement

que tout amour...

sincère et réciproque

est une lamentable chimère.


CLAUDE descend les quelques marches qu'il reste pour atteindre la ruelle et s'effondre dans les poubelles en recevant plusieurs coups de feu dans le dos. [UN SERVEUR (Narrateur)

L'escalope petits

pois, c'est pour qui?


CLAUDE (Narrateur)

C'est pour moi.


CLAUDE mange seul. NICHOLAS est assis plus loin à une autre table..


CLAUDE

Nicholas


NICHOLAS

Ça va?


CLAUDE

Ça va, toi?


NICHOLAS

Tu permets?


CLAUDE

Hum-hum.


NICHOLAS

Est-ce que tu te rends compte

que tu es en train de la

démolir, la fille?

C'est très beau de saloper

tout le monde,

mais il y a quand même

des limites, tu comprends?

Et je t'aime bien.

Oui, je t'aime bien.

T'as rendez-vous,

quelque chose te presse?

Seulement l'ennui de m'avoir

ici en train de te dire

des conneries.

Bien que monsieur ait

son rendez-vous!

Taille-toi et puis mets

les voiles vite, hein!

Mais t'as même pas de

réaction! Petite ordure, va!

C'est fort de jouer

avec des mômes! Vous n'en

avez rien que sur le pognon!

J'ai dit: ordure!

(En empoignant CLAUDE par le col)

Allez, bouge un peu.

Ah, lavette, va!

Laisse-la lui payer

son addition!

Et ce sera la dernière

que tu payes ici, monsieur!

Dis, tu seras gentil de

me foutre dehors dès

qu'il aura payé.

Dure, la leçon est dure.

Avec ça, les artistes.


CLAUDE paie son addition.


NICHOLAS

Oui. Et quand je pense...

(En grommelant)

Vraiment...


CLAUDE roule sur son scooter dans les rues de la ville.


CLAUDE (Narrateur)

Vivement la joie du mouvement!

Marier le temps à l'espace.

Changer d'endroit.

De paysage et de visage.

Bouger un peu à l'intérieur

de la prison.

De la prison

que tu m'as faite!

Toi, que j'aimais...


Des images de JOHANNE défilent.


CLAUDE (Narrateur)

Prison d'or et de cristal...

Aussi fermée

que les autres prisons...

Prison vaste, infinie,

abyssale...

Où je criais...

Tu es à moi. à moi!

À moi! à moi!

(En hurlant)

À MOI!

Mais ton oeil différent

et ta couleur et ton rire,

et ta franchise,

tout cela cachait

les mêmes pièges.

Les mêmes procédés,

les mêmes finalités.

Non, non! NON! Non.

Non! Non!

Non, non, non, non, non, non...

NON!


Un masque de mort apparaît.


CLAUDE (Narrateur)

Qu'est-ce que c'est encore?


CLAUDE ouvre une enveloppe et trouve une lettre.


CLAUDE (Narrateur)

Ça n'aura donc jamais de fin?

"Mon cher mamour,

je ne sais vraiment pas

pourquoi je reviens..."

Aux faits, aux faits!

Bon, voilà, ici.

"Ça y est. Tout est fini,

"j'ai eu tant de chagrin que

cela s'est passé de façon

naturelle.

"Tu n'y étais pour rien.

Sois en paix.

Tu n'as laissé aucune trace..."


CLAUDE noue sa cravate devant un miroir.


CLAUDE (Narrateur)

Elles sont en toi,

tes traces!


Un coup de feu fracasse le miroir.


CLAUDE (Narrateur)

"... En moi.

Ma jeunesse..."

Hahaha!

Ça alors, c'est fait!

C'est bien fait!

Maintenant,

il faut penser à autre chose.


CLAUDE avance au bout d'un quai.


CLAUDE (Narrateur)

Un jour, je m'en irai,

mélancolique et sombre

au bout de la jetée,

entre le ciel et l'eau,

lorsqu'enfin, la lumière

a triomphé de l'ombre

et que l'espace est plein

du cri de mille oiseaux.

Ainsi, d'un pas prudent,

marchant entre...


Arrivé au bout du quai CLAUDE se laisse couler dans l'eau.


Un chasseur s'approche.


CLAUDE marche sur le quai.


CLAUDE (Narrateur)

Quand je dis quelque chose...

Un jour, je m'en

irai, mélancolique,

au bout de la jetée,

entre le ciel

et l'eau, lorsque la

lumière triomphe de l'ombre,

l'espace plein

du cri de mille oiseaux.

Ainsi, d'un pas prudent,

entre deux mondes, j'avancerai

sans poids, suspendu au milieu,

hésitant un instant entre

l'azur et l'onde et je prendrai

mon vol en direction des cieux!


CLAUDE s'envole au bout du quai.


Le chasseur tire vers le ciel.


Le corps tombe à l'eau.


Les nuages envahissent le ciel.


CLAUDE (Narrateur)

Plus loin encore!

Grevez la prison poisseuse

du sentiment!

Vivement l'abstraction!

La pure joie de l'esprit.

La sinusoïdale et le carré

de l'hypoténuse.

Mouvement des astres

dans le ciel.


CLAUDE s'envole dans la lumière.


CLAUDE (Narrateur)

Nombres et proportions.

Poésie absolue

de tout ce qui se pèse

et de tout ce qui se mesure.

Comment, oh comment atteindre

tout cela hors de tes murs?

Ô prison bien-aimée...


CLAUDE disparaît dans les nuages.



JOHANNE est dehors et regarde dans une vitrine.


JOHANNE (Narratrice)

C'est simple,

t'as qu'à partir, mon cher.


Un avion décolle.


CLAUDE (Narrateur)

Partir, c'est cela! Partir!

Voilà! Comment n'y

avais-je pas encore pensé?

(En riant)


Des hommes noirs fauchent l'herbe à la machette.


À l'extérieur de la gare Windsor, JOHANNE rencontre VICTOR.


JOHANNE

Bonjour.


VICTOR

Bonjour.


JOHANNE

T'as des nouvelles de Claude?


VICTOR

Non.

Toi, tu en as?


JOHANNE

Non.

Bonjour.


VICTOR

Bonjour. Ciao.


VICTOR et JOHANNE se séparent et partent chacun de leur côté.


Début générique d'ouverture


CHANSON

♪ Tes yeux blancs m'ont pris ♪

♪ Au bord de la nuit ♪

♪ Tes yeux blancs

m'ont conduit ♪

♪ Ailleurs où je suis ♪

♪ J'ai suivi la nuit ♪

♪ Tes yeux jusqu'ici ♪

♪ Et ici

enfin j'ai compris ♪

♪ J'ai compris le sort

de celui qui vit ♪

♪ Et j'ai compris la vie

de celui qui dort ♪

♪ Celui qui s'endort

♪ Dès que vient la nuit

chaque nuit retrouve la mort ♪

♪ Mais toi avec tes yeux

m'as redonné la vie ♪

♪ Tes yeux blancs

n'ont pas accepté

que je meure ♪

♪ Parmi les morts m'ont conduit

à travers la nuit ♪

♪ M'ont conduit dans la nuit

jusqu'à mon coeur ♪

♪ Jusqu'à mon coeur

qui s'ouvre à l'amour ♪

♪ L'amour qui se fait jour

au coeur de la nuit ♪

♪ Pour un temps trop court

redonne la vie ♪

♪ Et puis meurt

quand revient le jour ♪


Fin générique de fermeture



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