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Réjeanne Padovani

Des politiciens corrompus se réunissent chez Vincent Padovani, un parrain de la mafia. Ils célèbrent les bénéfices qu´ils retirent de leur entente dans la construction d´une autoroute qui doit être inaugurée le lendemain. Arrive Réjeanne, la femme de Padovani, qui vient briser la rencontre joyeuse entre amis. Quelques années plus tôt, celle-ci a quitté son mari pour un rival juif vivant aux États-Unis. Pendant ce temps, ailleurs dans la ville, on prépare une manifestation pour dénoncer les expropriations entraînées par la construction de l´autoroute.



Réalisateur: Denys Arcand
Acteurs: Jean Lajeunesse, Luce Guilbault, Léo Gagnon
Année de production: 1973

Accessibilité
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VIDÉO TRANSCRIPTION

Texte informatif :
Ce film est un film de fiction. Toute ressemblance avec des personnes vivantes ou mortes serait une coïncidence.


Générique d'ouverture


Titre :
Réjeanne Padovani


Pendant la nuit, une voiture officielle portant l'effigie du gouvernement du Québec approche d'un bungalow. La voiture arrête. Le chauffeur klaxonne et sort de la voiture pendant qu'un homme sort de la maison.


Le chauffeur ouvre la portière arrière côté passager. Le MINISTRE sort de la voiture.


DI MORO

Bonsoir, monsieur le ministre.

Passez donc.


DOMINIC DI MORO et le MINISTRE entrent dans la maison, tandis que le chauffeur reste près de la voiture.


À l'intérieur, dans la salle à manger, sept personnes sont attablées devant pour un repas.


LÉON DESAULNIERS

Ah le voilà


MAIRE BIRON

Ah, le voici!


ALINE BOUCHARD

Enfin!


MINISTRE BOUCHARD

Bonsoir, Léon.


LÉON DESAULNIERS

Bonsoir, Georges.


MINISTRE BOUCHARD

Aline.


ALINE BOUCHARD

Bonsoir.

T'as fait bon voyage?


MINISTRE BOUCHARD

Pas mauvais.


Le MINISTRE fait le tour de la table pour saluer tous les convives.


MINISTRE BOUCHARD

Enchanté.


JEAN-PIERRE CARON se lève pour saluer le MINISTRE.


MINISTRE BOUCHARD

Mme Biron?

Ah, la belle Hélène!

Excusez-moi d'être en retard,

mais eux, avec leur maudit

conseil des ministres,

on sait jamais quand

est-ce qu'on a fini.


Le MAIRE BIRON se lève pour saluer le MINISTRE.


MINISTRE BOUCHARD

Bonsoir, monsieur le Maire.


MAIRE BIRON

Bonsoir.

Mme Desaulniers.


MINISTRE BOUCHARD

M. Bouchard.


STELLA

Bonsoir.


DI MORO sort pour se présenter au chauffeur.


DI MORO

Dominic Di Moro.


LUCIEN BERTRAND

Constable Lucien Bertrand.


DI MORO

C'est la nouvelle 73, ça?


LUCIEN BERTRAND

Oui.

On l'a eue la semaine dernière.


DI MORO

Ah! Pas une grosse différence

avec l'année passée.


LUCIEN BERTRAND

Non, non. Il y a l'air

conditionné dans celle-là qui...

Ça devient automatique.


DI MORO

On va aller se parquer

en arrière, là.

OK?


LUCIEN BERTRAND

OK.


DI MORO

Ça te fait rien de passer

la soirée dans la cave?


LUCIEN BERTRAND

Non, non, c'est correct.


Les deux hommes montent dans la voiture pour la stationner derrière la maison.


Dans la salle à manger, LÉON DESAULNIERS lève son verre en l'honneur des invités.


LÉON DESAULNIERS

Maintenant que tout le monde

est arrivé, j'espère que vous allez

me permettre de lever mon verre

pour fêter l'ouverture

du premier tronçon

de l'autoroute Saint-Laurent

qui sera inauguré officiellement

demain après-midi

par le ministre de la Voirie,

l'honorable Georges Bouchard.


Les convives applaudissent.


LÉON DESAULNIERS

Il a été précédé

à soir de son épouse,

qui est tellement charmante,

qu'on s'est quasiment pas

ennuyé de lui pendant

qu'il était pas ici.

Il faut pas oublier non plus

l'autre grand responsable

de l'autoroute,

Son Honneur le Maire,

notre ami Jean-Guy,

qui nous a fait le plaisir

d'amener sa délicieuse épouse,

qu'on ne voit pas

assez souvent à mon goût.

Là, quand je dis ça, je pense

que je me fais l'interprète

de tous les hommes qui sont ici,

même de ceux qui ont

trop peur de leur femme

pour le dire!


VINCENT PADOVANI a un mouvement d'impatience.


LÉON DESAULNIERS

Il y en a qui disent

que les 3/4 du talent

d'un ministre,

c'est de savoir s'entourer.

Eh bien, je pense

que Georges a du talent.

Il a du génie même.

Parce qu'il pouvait pas

être mieux appuyé

que par son secrétaire,

Jean-Pierre Caron,

qui lui aussi,

nous a fait le plaisir

d'amener sa charmante épouse.

Et c'est en la regardant tantôt

que j'ai compris ce qu'il voulait

dire quand il parlait

du démon du midi.

Finalement, je m'en voudrais

de ne pas saluer notre hôte,

mon ami Vincent.

Parce que pour faire

une autoroute, en plus

du courage,

il faut des bulldozers,

du ciment, de l'asphalte...


VINCENT

Écoute donc, Léon.

Es-tu en train de te pratiquer

pour la Cour suprême?


MINISTRE BOUCHARD

Ça paraît que ça fait longtemps

qu'il a pas plaidé.

Il s'ennuie!


VINCENT

Vous devriez le nommer juge.

Ça l'empêcherait peut-être

de trop parler.


MINISTRE BOUCHARD

Dans le temps

comme dans le temps.


LÉON DESAULNIERS ne semble pas apprécier les commentaires.


LUCIEN et DI MORO descendent au sous-sol où d'autres personnes sont déjà installées près du bar.


DI MORO

Ahem.

Rencontrez donc Lucien Bertrand.

Constable à la Sûreté.

C'est un gars de Québec.

(Faisant les présentations)

Normand Lombardi.


LOMBARDI

Monsieur.

Bonsoir.


DI MORO

Sergent Gosselin, de la Ville.


SGT GOSSELIN

Salut.


LUCIEN BERTRAND

Salut.


DI MORO

Un autre sergent,

Sgt Saint-Hilaire.


LUCIEN BERTRAND

Salut.


SGT SAINT-HILAIRE

Hum-hum.


DI MORO

Ça, c'est...

Mike Del Vecchio.


SGT GOSSELIN

Bonsoir.


DI MORO

Et puis Manon,

puis Micheline.


LUCIEN BERTRAND

Bonsoir.


DI MORO

Là-bas, dans le coin,

c'est Carlo Ferrara.


LUCIEN BERTRAND

Bonsoir.


MANON

Voulez-vous prendre une bière?


LUCIEN BERTRAND

Oui, une bière.


MANON

Quelle sorte vous voulez?


LUCIEN BERTRAND

Genre, je vais prendre une...

Oh, n'importe quoi.


MANON

On a les a toutes.


LUCIEN BERTRAND

Bon. Donnez-moi donc une Dow.


MANON

Il y a pas de Dow.


LUCIEN BERTRAND

Bon, je vais prendre une...

une Labatt.


MANON décapsule la bouteille et la tend à LUCIEN.


MIKE DELVECCHIO

Pour qui c'est que

tu travailles, toi, Lucien?


LUCIEN BERTRAND

Je suis avec Bouchard,

ministre de la Voirie.

Vous autres?


MIKE DELVECCHIO

Biron, le maire.


LUCIEN BERTRAND

Ça lui en prend deux?


SGT GOSSELIN

T'es pas à Québec ici.


LUCIEN BERTRAND

Pas besoin de dire ça.

Le premier ministre, lui,

il en a six, 24 heures par jour.


MANON

Il doit bien en avoir jusque

dans sa chambre à coucher.


DI MORO

Peut-être bien que sa femme

hait pas ça, pantoute.


MAURICE

Elle doit se faire passer

un gun de temps en temps.


Les gardes du corps s'amusent autour du bar.


À l'étage, le MINISTRE et les autres discutent autour de la table après le repas.


MINISTRE BOUCHARD

J'espère que

tout est fini au moins.


VINCENT

Bien, il nous reste juste

à finir les voies d'accès.

J'ai encore des équipes

qui travaillent jour et nuit.

Le gros de l'ouvrage,

il est fini depuis une semaine.


MAIRE BIRON

Il manque juste

les arbres et le gazon.


VINCENT

Le landscaping, c'est pas moi

qui suis responsable de ça.


MINISTRE BOUCHARD

Faut pas ambitionner

sur le pain béni.

On va pas donner tous

les contrats au même, hein?


Les convives rigolent pendant que deux enfants arrivent en portant des paquets emballés.


ALINE BOUCHARD

Mon Dieu, Vincent, mais

qu'est-ce que c'est que tout ça?


VINCENT

Oh, c'est rien qu'un petit souvenir.

J'ai pensé que ça ferait

plaisir à tout le monde.



MINISTRE BOUCHARD

Oh, vraiment!

On est gâtés!


LÉON DESAULNIERS

Merci beaucoup.

Merci, mon petit.


MINISTRE BOUCHARD

Merci!


MAIRE BIRON

Merci, ma belle.


VINCENT

Allez-y, ouvrez-les.


MADAME BIRON

Merci.

J'ai toujours trouvé ça

excitant, développer un cadeau.

C'est un collier.


Plusieurs s'exclament autour de la table.


VINCENT

(S'adressant à HÉLÈNE CARON.)

C'est-y à votre goût?


HÉLÈNE apprécie le collier de perles qu'elle a reçu.


HÉLÈNE

Merci.

Il est très beau.


VINCENT

C'est des perles de Hong Kong.

J'ai des amis qui sont

dans l'importation.


JEAN-PIERRE attache le fermoir du collier d'ALINE BOUCHARD.


JEAN-PIERRE

Il vous va très bien.


ALINE BOUCHARD

Merci.

C'est vrai, Vincent,

que vous êtes généreux.

J'ai toujours voulu

vous demander

si c'est vrai ce que j'ai lu

dans les journaux,

que chaque année, vous donnez

8000$ pour les paniers de Noël?


VINCENT

C'est pas grand-chose ça, voyons.

Bon maintenant, on va aller

coucher ces enfants-là, hein?


STÉPHANE ET SOPHIE

Non, encore, un peu!


VINCENT

Non, votre heure est passée.

Dites bonsoir à tout le monde.


STÉPHANE ET SOPHIE

Bonsoir.


LES CONVIVES

Bonsoir.

Bonne nuit, les enfants.


VINCENT

Quand je redescendrai, ce sera

au tour de Mme Desaulniers

à vous faire une petite

surprise. À tout de suite.


ALINE BOUCHARD

C'est vraiment trop!


LÉON DESAULNIERS

On est vraiment gâtés!


MAIRE BIRON

STELLA)

Quel genre de surprise?


STELLA

Une surprise.


MAIRE BIRON

Non... Dites-moi pas

que vous allez nous chanter

quelque chose.

Je le crois pas!


MINISTRE BOUCHARD

S'il vous plaît, madame!


STELLA

J'ai peur d'avoir trop mangé.


MAIRE BIRON

Je pensais que votre mari

vous avait défendu de chanter

devant d'autres que lui.

C'est pas vrai ça?


STELLA

Oh!


LÉON DESAULNIERS

C'est Vincent qui lui a demandé.

Elle pouvait pas refuser.


Au sous-sol aussi, des cadeaux sont distribués.


DI MORO

Euh...

C'est le boss qui m'a demandé

de vous donner ça.

C'est comme un souvenir.

Fait que, de la part du boss.


DI MORO distribue de petites boîtes aux hommes présents.


MICHELINE

Et nous autres?


DI MORO

Ça a été oublié.


MANON

C'est fin en crisse.


DI MORO

Je vais aller t'acheter quelque chose

et je vais aller te l'apporter

au restaurant demain matin, OK?


MIKE DELVECCHIO

C'est pas pour chialer,

mais il me semble

que c'est plus bien, bien à

la mode, des épingles à cravate.


LOMBARDI

Il veut avoir une télévision

en couleurs.


On retourne à l'étage parmi les gros bonnets.


MAIRE BIRON

Eh bien, c'est à soir que

je commence à sentir ma fatigue.

Ça a l'air de rien,

mais cette autoroute-là,

ça va avoir été

une des oeuvres de ma vie, ça.

Je recommencerais pas demain.

Ah non, demain...

Je prends l'avion

tout de suite après le cocktail

et je pars en vacances.


HÉLÈNE

Où est-ce que vous allez?


MAIRE BIRON

À Haïti.

Haïti chérie.


ALINE BOUCHARD

Est-ce que vous accompagnez

votre mari, Mme Biron?


MME BIRON

Euh... Non... Non, non.

Non, moi, je vais aller

au Mexique un peu plus tard.

Il y a tellement

plus de choses à voir.

L'université de Mexico,

les musées, les pyramides...


MINISTRE BOUCHARD

Moi, il y a rien

qui va m'empêcher

d'aller jouer quelques

18 trous aux Bahamas.


LÉON DESAULNIERS

Bien moi non plus.


HÉLÈNE

Moi, j'aime mieux l'Europe.


LÉON DESAULNIERS

(Au MINISTRE)

Vincent a des bons amis là-bas

si jamais t'as besoin

d'adresses.


STELLA

Êtes-vous allée en Italie?


HÉLÈNE

On fait l'Italie, l'Autriche,

la France, l'Angleterre.

Surtout en Angleterre quand

Jean-Pierre étudiait à Londres.


ALINE BOUCHARD

LÉON DESAULNIERS)

Ma plus vieille, Christiane,

est allée à Londres

cet été en vacances.

Elle a bien aimé ça.


LÉON DESAULNIERS

Vous avez des enfants

qui font une belle vie.


ALINE BOUCHARD

Comme j'ai dit à Georges, elle

méritait bien une récompense.

Elle a fini son collège

de l'année dernière

avec les plus belles notes.

Fallait bien

qu'on fasse notre part.


MAIRE BIRON

HÉLÈNE)

Vous avez aimé ça, Londres?


HÉLÈNE

C'est la plus belle

ville du monde à mon goût.

Je sais pas.

C'est vivant, c'est étrange,

même si on dit

qu'il pleut tout le temps.

De toute façon, c'est faux.

Il pleut moins souvent

à Londres qu'à Paris.


VINCENT est avec ses enfants dans la salle de bain.


VINCENT

Vous avez fini là?


STÉPHANE

On finit là.

SOPHIE)

Envoye, envoye, grouille!


VINCENT

Derrière les oreilles là?


STÉPHANE

Regarde.


VINCENT

Oui.

C'est bien beau ça.


SOPHIE

Ton cigare, il pue.


Au sous-sol les gardes du corps jouent aux galets.


LUCIEN BERTRAND

Remarque, pour la job,

j'étais mieux avant.


MIKE DELVECCHIO

Qu'est-ce que tu faisais?


LUCIEN BERTRAND

J'étais au Complexe G,

la sécurité.


MIKE DELVECCHIO

Ouais...


SGT GOSSELIN

(Voix au loin)

C'est une tour ça?


LUCIEN BERTRAND

Rien qu'en temps

supplémentaire,

je pouvais me faire

150$, 175$ par mois.

En moyenne.


LUCIEN BERTRAND

Qu'est-ce que tu veux,

la minute qu'il y avait

quelque chose, une grève,

une manifestation,

n'importe quoi,

et un gars peut se faire

12, 14 heures par jour.

Au bout de la ligne, ça compte.


MIKE DELVECCHIO

C'est sûr.

Faut dire que c'est pas drôle

d'être le shadow d'un gars

24 heures par jour.

Prends nous autres avec Biron.

Il mange au restaurant tous les

soirs de la semaine, ce gars-là.

Ça veut dire que Bernard et moi,

on a juste le temps de parquer

le char, jeter un coup d'oeil.

Et quand on réussit à s'asseoir,

lui, il est rendu

à la moitié de son steak.


MANON

(Voix au loin)

Bien tapé.


MIKE DELVECCHIO

Et quand il a fini, il est pas

question de nous attendre.

Il est pressé,

faut qu'on s'en aille.

Fait que nous autres, on mange

comme des fous tous les soirs,

et on va finir par se ramasser

avec des ulcères.


LUCIEN BERTRAND

Je connais ça.


MANON et le SERGENT GOSSELIN prennent leur tour pour jouer. [SGT GOSSELIN

Moi, c'est sa femme.


LUCIEN BERTRAND

Qu'est-ce qu'elle a,

sa femme?


MANON

Je connais ça,

des femmes de même.

Il en vient tous les jours

au restaurant.


Dans la salle de bain, VINCENT embrasse ses enfants qui ont terminé leur toilette.


VINCENT

Un beau bec

et un beau dodo, hein?


STÉPHANE

Vas-tu nous réveiller

pour le feu d'artifice?


VINCENT

C'est promis, mais avant,

on va faire un beau dodo, hein?

(Embrassant ses enfants)

Bonsoir.


Dans la salle réservée au jeu de galets, DI MORO discutent avec LUCIEN.


DI MORO

Es-tu un homme

de chevaux toi, Lucien?


LUCIEN BERTRAND

Pantoute.

Non, je suis pas intéressé.

Les courses à Québec,

c'est pas fiable.


MAURICE

As-tu essayé à Montréal?


LUCIEN BERTRAND

Non.


MAURICE

T'as jamais mis

un 10 sur un cheval?


LUCIEN BERTRAND

Non, ça a jamais adonné.


DI MORO

Ça te tenterait pas de mettre

un 20? Juste pour essayer.


LUCIEN BERTRAND

Bien...


MAURICE

Mettons que j'ai un bon tuyau?


LUCIEN BERTRAND

OK.


DI MORO

Je veux pas te tourner

un bras, tu sais.


LUCIEN BERTRAND

Non, non, ça me tente.


DI MORO

OK.


MAURICE

Il va t'en trouver un bon.


DI MORO quitte la pièce et se dirige vers le bar du sous-sol où se trouve le téléphone.


DI MORO

(Au téléphone)

Oh, Pete? C'est Nick.

Salut.

Oui.

Coudonc, t'as-tu quelque chose

de bon pour moi à soir?

Oui.

Oui...

Mets-moi donc un 20 sur ça.

OK? Hum-hum.

J'attends ton call. Salut.


SGT GOSSELIN

Tu prends des chances

avec ton téléphone.


DI MORO

Bof, tant que ça reste juste

des petites affaires comme ça.


Dans la pièce du jeu de galets, MANON et MICHELINE discutent avec LUCIEN.


MANON

On travaille pas ici,

nous autres.

On travaille dans un

des restaurants du boss.


MICHELINE

À l'Auberge des Seigneurs.


MANON

Dans le Vieux-Montréal.


LUCIEN BERTRAND

Aimez-vous ça?


MANON

On aime ben ça.


Près du bar DI MORO lève la tête et FERRARA se lève lorsqu'ils entendent un air classique provenant de l'étage.


FERRARA, DI MORO et le SGT GOSSELIN montent voir.


STELLA chante, accompagnée d'un quatuor à cordes.


Les convives écoutent, assis au salon. MICHELINE se tient près de la table où le MINISTRE mange.


Dans la cage de l'escalier, les gardes du corps, MANON et les enfants PADOVANI écoutent en silence.


Une sonnerie de téléphone résonne au loin. DI MORO semble être le seul à l'entendre et quitte le groupe pour aller répondre.


Dans une autre pièce, DI MORO prend le téléphone.


DI MORO

Allô?

Oui?

Oui, c'est moi.

Oui.

Vous êtes sûr, c'est eux autres?

Ah, câl...

Oui.

OK, c'est bien.

Oui, merci.

Salut.


DI MORO ferme le téléphone et reste songeur.


VINCENT écoute religieusement la soprano chanter. DI MORO approche en silence et chuchote à l'oreille de VINCENT.


VINCENT se lève et quitte la pièce.


LOMBARDI qui porte SOPHIE dormant dans ses bras, part coucher l'enfant.


Un par un, les auditeurs de la cage d'escalier quittent la pièce. FERRARA reste seul à écouter la fin du morceau joué par le quatuor.


Après avoir applaudi, le MAIRE BIRON se lève et fait un baise-main à STELLA.


MAIRE BIRON

Stella, vous avez

une voix de cristal.


STELLA

Merci!


HÉLÈNE

C'est vrai qu'elle chante

bien, vous trouvez pas?


MAIRE BIRON

Léon, ta femme

a manqué sa carrière.


MME BIRON

C'est surtout mon mari

qui est amateur d'opéra.


MAIRE BIRON

Si vous saviez combien j'aime

ça vous entendre chanter.

C'est vraiment le plus cadeau

que Vincent pouvait me faire.


DI MORO s'approche et parle à l'oreille de LÉON qui a rejoint STELLA auprès du MAIRE BIRON.


DI MORO

M. Desaulniers?

M. Padovani voudrait vous voir.


LÉON DESAULNIERS

Excusez.


DI MORO conduit LÉON auprès de VINCENT, dans son bureau.


LÉON DESAULNIERS

Qu'est-ce qu'il y a?


VINCENT

Réjeanne est en ville.


LÉON DESAULNIERS

Qui?


VINCENT

Ma femme, Réjeanne,

avec son Juif.


LÉON DESAULNIERS

Ça se peut pas.


DI MORO

Elle est allée souper

au Chuckwagon, à soir.

Elle était là il y a

une demi-heure.

Le gérant nous a appelés.


LÉON DESAULNIERS

Tu peux pas laisser passer ça.


VINCENT

Je sais bien.


LÉON DESAULNIERS

Surtout si elle se montre

en public avec son Juif.

Tu devrais appeler le père,

le bonhomme Tannenbaum.


VINCENT

Non. Nick va aller le voir,

tout de suite.


DI MORO

Je vais amener Ferrara.


LÉON DESAULNIERS

Bien non, amène pas Ferrara.

Tu vas pas là pour te battre.


DI MORO

J'aimerais autant amener Ferrara.


LÉON DESAULNIERS

Tout ce qu'on veut,

c'est des explications.


DI MORO

Allez-y donc vous, d'abord.


VINCENT

Léon a raison.

Tout ce qu'on veut,

c'est des explications.

Vas-y avec Ferrara, mais...

pas de criage.


DI MORO quitte la pièce et se rend au téléphone poste de garde. Il appuie sur un bouton de l'interphone pour communiquer avec le sous-sol.


DI MORO

Lucky?


LUCKY

Oui?


Au sous-sol FERRARA est seul au bar.


DI MORO

Lucky, monte en haut.


DI MORO

Je t'attends dans l'entrée.


MIKE DELVECCHIO sort de la pièce de jeu et observe ce qui se passe près de l'escalier.


MIKE DELVECCHIO

Qu'est-ce que ça veut dire

qu'il est plus aux États?


MAURICE

Il était en vacances.


MIKE DELVECCHIO

Qu'est-ce qu'il fait

à Montréal?


MAURICE

Il peut rester à Montréal

tant qu'il veut. Il est clean.

Il y a personne qui a rien

contre lui.


MANON

(Se plaçant entre les deux hommes)

Je suis sortie avec un soir.


MIKE DELVECCHIO

Pis?


MANON

Il est grave.


La voiture de DI MORO arrive en trombe dans une rue résidentielle.


DI MORO et FERRARA se présentent devant la porte d'une maison cossue.


GARDE DU CORPS

(Voix dans l'interphone)

(Propos en anglais)

Who is it?


DI MORO

Dominic Di Moro.


GARDE DU CORPS

(Voix dans l'interphone)

(Propos en anglais)

What do you want?


DI MORO

Je veux dire un mot au boss.


GARDE DU CORPS

(Voix dans l'interphone)

(Propos en anglais)

Busy right now. Call later.


DI MORO

Il faut absolument

que je lui parle.

Dis-lui que

c'est moi qui suis là.


TANNENBAUM arrive dans l'entrée accompagné par son GARDE DU CORPS.


TANNENBAUM

Qu'est-ce que tu veux, toi?


DI MORO

Je veux voir Lennie.


TANNENBAUM

Qu'est-ce que c'est que ça,

cette histoire-là?


DI MORO

Lennie et elle ont soupé

à soir au Chuckwagon.


TANNENBAUM

C'est toi qui le dis.


DI MORO

Demandez-lui donc

juste pour voir.


TANNENBAUM

Fais pas ton smart, petit gars.

Pas à soir!

(Propos en anglais)

Come on, rentre.


FERRARA avance pour entrer en même temps que DI MORO, mais le GARDE DU CORPS l'arrête.


DI MORO

Nick, attends-moi.


LE GARDE DU CORPS sort sous le porche et tient compagnie à FERRARA en silence.


TANNENBAUM fait entrer DI MORO dans la maison.


TANNENBAUM

Envoye.

Regarde.


Toute la famille TANNENBAUM est au chevet d'une femme alitée.


DI MORO retourne vers l'entrée, suivi de TANNENBAUM.



TANNENBAUM

T'es content là?


DI MORO

On pouvait pas savoir.


TANNENBAUM

Lennie a pas le droit

de venir voir mourir sa mère?

Je vais m'en souvenir

de Vick Padovani.


DI MORO

Lennie, il peut faire

ce qu'il veut.


LENNIE rejoint son père dans la bibliothèque où DI MORO et lui sont encore.


DI MORO

Mais c'est pas ça qui

lui donne le droit à elle

de venir se montrer

la face à Montréal.


LENNIE

(Propos en anglais)

She's still my wife, you know.


DI MORO

Il y a quatre ans, quand

elle s'est sauvée avec lui,

le boss s'est entendu avec vous.

Elle était pas supposée

remettre les pieds à Montréal.


TANNENBAUM

(Propos en anglais)

I repeat--


TANNENBAUM

(Propos en anglais)

Oh, shut up!


DI MORO

En plus de ça, ils sont allés

souper au Chuckwagon.


LENNIE

Ça fait quatre ans...


TANNENBAUM

(Propos en anglais)

You were supposed

to go to David's place.


LENNIE

(Propos en anglais)

Réjeanne has a right to live.


DI MORO

Je veux la voir.


TANNENBAUM

Elle est pas ici.


DI MORO

Où c'est qu'elle est?


LENNIE

(Propos en anglais)

Who do you think you are?

Why don't you

throw the bum out?

Padovni's not

that strong anyway.


LENNIE retourne auprès de sa mère.


DI MORO

TANNENBAUM)

Où c'est qu'elle est?


TANNENBAUM

Je t'ai dit elle est pas chez nous.


DI MORO

Parfait.

On va chercher.

On risque de faire du trouble.


TANNENBAUM

Attends un peu.

As-tu dit si Réjeanne

était pas là,

Lennie pourrait retourner

rester à Montréal?


DI MORO

Who knows?


TANNENBAUM

T'as pas dit que...

tantôt, Lennie, seul,

il pourrait faire

ce qu'il voulait?


DI MORO

Ça me dit où elle est, ça.


TANNENBAUM

Mount Royal Inn, le motel.


DI MORO et FERRARA marchent le long des cabines de motel et se présentent à la réception.


DI MORO

Tannenbaum, Réjeanne.

Ou donc Lennie Tannenbaum.


La RÉCEPTIONNISTE regarde sa liste d'occupants et fait non de la tête.


DI MORO

Padovani?


RÉCEPTIONNISTE

Non, j'ai pas ça.


DI MORO

Padovani, non?


RÉCEPTIONNISTE

J'ai pas ça.


DI MORO

Ah, Dussault. Dussault.

Réjeanne Dussault.

(Déposant un billet sur le comptoir)


RÉCEPTIONNISTE

Oui, le 7.


DI MORO et FERRARA sortent de la réception du Motel et se dirigent vers la cabine 7.


DI MORO frappe à la porte.


DI MORO

Mme Padovani?

(Frappant plus fort)

Mme Padovani!


Une portière de voiture taxi s'ouvre et se ferme.


FERRARA s'élance, mais DI MORO le retient par un bras.


DI MORO

Laisse faire.

Elle est en train de se brûler.


DI MORO et FERRARA entrent dans la cabine 7.


Le téléviseur est ouvert.


ANNONCEUR TÉLÉ

Le Petit journal se surpasse

de plus en plus

à chaque de semaine.

Pop corn, cahier à colorier

qui amusera les enfants avec

ses jeux, dessins à colorier

et à découper.

Le Petit journal

en pleine ascension

capte toujours votre attention.

Le Petit journal

offre à la femme-


DI MORO ferme le téléviseur.


DI MORO

(Regardant des photos collées sur le miroir.)

Ah...

Ça, c'est les enfants

quand ils étaient jeunes.

Je te gage qu'ils la

reconnaîtraient même plus.

Sais-tu que c'est une femme

qui avait fait quasiment

tout son cours classique.

L'as-tu connue ou t'étais

trop jeune dans ce temps-là?


FERRARA

Oui.


DI MORO

On retourne à la maison.


Chez VINCENT PADOVANI la soirée se poursuit. STELLA réchauffe sa voix pour un autre tour de chant.


VIOLONNISTE

Fais-nous un peu Carmen.

Chante-nous un peu Carmen.


STELLA fredonne l'air de Fascination.


Les musiciens discutent s'échangent quelques mots pour s'accorder.


Violoncelliste

Quelle tonalité que c'est, ça?

Hein?

C'est un fa bémol, si bémol?

Qu'est-ce que c'était?


ALTISTE

Non, c'est un mi. Mi bémol.


PREMIER VIOLON

Chante-nous Carmen.


STELLA

Hein?


ALTISTE

Mets le cendrier

près de ton pied là.


Le violoncelliste entame l'air de Carmen.


Au salon, ALINE lit dans les cartes.


MUSICIEN

(Voix au loin.)

Câlisse, c'est tout un break.

Ça va?


STELLA

♪ Ah... ♪


ALINE BOUCHARD

C'est bizarre.

On dirait que...

votre vie va changer.

On dirait que vous allez

rencontrer quelqu'un...

d'important.


Dans le bureau de VINCENT, les hommes prennent un verre.


LÉON DESAULNIERS

Êtes-vous au courant de quand

est-ce qu'ils vont sortir

la deuxième série d'appels

d'offres du nouvel aéroport?


JEAN-PIERRE

Pas avant le mois prochain,

je pense pas.


MINISTRE BOUCHARD

Vas-tu faire une soumission,

toi, Vincent?


VINCENT, assis derrière son bureau, fume en silence.


MINISTRE BOUCHARD

Vincent?


VINCENT

Hum? Quoi?


MINISTRE BOUCHARD

Je te demande si tu vas

faire une soumission

pour le nouvel aéroport.


VINCENT

Euh... Euh...

Oui. Je peux pas faire autrement.

Je peux plus m'arrêter là.

Rien que la machinerie que j'ai,

ça a l'air de rien, mais il y en

a pour proche de 2 millions.

C'est pas juste ça.

La machinerie, c'est rien.

J'ai 450 gars qui travaillent

pour moi à l'année

et qui ont des familles

à faire vivre.

Faut que ça travaille.

Veux, veux pas,

j'ai des responsabilités.


MME BIRON entre dans le bureau.


MINISTRE BOUCHARD

Si c'est pas

la belle Jeannine!

Viens t'asseoir, oh...


Le MINISTRE renverse un peu d'alcool sur sa main et sur le divan.


JEAN-PIERRE se précipite pour essuyer.


MINISTRE BOUCHARD

T'ennuyais-tu de nous autres?

Hé hé!


MME BIRON s'assoit près du MINISTRE.


MME BIRON

T'es pas supposé arrêter

de boire complètement, non?


MINISTRE BOUCHARD

Oh, les maudits docteurs!

Si on les écoutait,

on pourrait plus rien faire.


LÉON DESAULNIERS

C'est comme moi, ça.

Ça fait longtemps que je devrais

plus fumer, ils me l'ont dit.

J'ai beau essayer,

je peux pas m'arrêter.

On vit tellement

sur une tension.


On frappe à la porte


LÉON DESAULNIERS

Entrez.

Qu'est-ce qu'il y a?


MAURICE

C'est pour M. Bouchard.


MINISTRE BOUCHARD

Dis-moi pas que tu t'ennuyais

de moi toi aussi! Hé hé hé!


JEAN-PIERRE

Qu'est-ce qui se passe?


MAURICE

Il y a deux journalistes

à la porte : un homme

et une femme. Ils veulent

voir M. Bouchard.


JEAN-PIERRE

C'est rien, je vais m'en occuper.


JEAN-PIERRE sort du bureau et reste avec MAURICE dans le corridor attenant au bureau.


JEAN-PIERRE

Quel journal?

Ils ont pas dit pour

quel journal ils travaillent?

C'est-y des gars de la TV?

De la radio?


MAURICE

J'ai pas demandé.


JEAN-PIERRE

Avez-vous dit que Bouchard

était ici?


MAURICE

J'ai juste dit d'attendre.


JEAN-PIERRE

Allez dire que

Bouchard est pas ici.


MAURICE

Juste ça?


JEAN-PIERRE

Juste ça.


MAURICE

OK.


JEAN-PIERRE

Dites pas d'autres choses.


Dehors, LOUISE THIBODEAU attend, accompagnée d'un PHOTOGRAPHE.


LOUISE THIBODEAU

Il y a deux minutes,

vous avez dit qu'il était là.


MAURICE

Il est pas là.


LOUISE THIBODEAU

Voulez-vous rire de nous autres?


MAURICE

J'ai dit qu'il était pas là.


LOUISE THIBODEAU

Vous lui direz bonsoir

de notre part.


La journaliste retourne à sa voiture avec le PHOTOGRAPHE. Le PHOTOGRAPHE s'assoit au volant démarre la voiture et sort pour prendre une photo du Sergent encore debout devant la porte.


La voiture démarre en trombe, mais la voiture de DI MORO entre dans l'allée au même moment obligeant le PHOTOGRAPHE à freiner.


FERRARA et DI MORO sortent de la voiture et le MAURICE court dans l'allée.


MAURICE

Laissez-les pas sortir!


Le PHOTOGRAPHE et LOUISE sortent de leur voiture. LOUISE approche du SGT SAINT-HILAIRE. [LOUISE THIBODEAU

Aïe une minute!


Le SGT THIBODEAU frappe LOUISE au visage.


Pendant ce temps, FERRARA attrape le PHOTOGRAPHE avant qu'il ne s'enfuie.


FERRARA entre dans le garage et couche violemment le PHOTOGRAPHE sur le capot d'une voiture.


PHOTOGRAPHE

Ah!


MAURICE

(Rejoignant FERRARA)

Je vais te montrer

à vivre, mon ostie!


DI MORO arrive aussi dans le garage.


DI MORO

Touches-y pas!


PHOTOGRAPHE

Lâche-moi!


DI MORO

Lâche-les.


MAURICE

Il avait pas d'affaire à me poser!


DI MORO

Qu'est-ce qu'il a posé?


MAURICE

Non, dans la maison,

il avait d'affaire.


LOUISE arrive dans le garage. Ses lunettes sont cassées et elle est blessée au visage.


LOUISE THIBODEAU

(Haletante)

Quelle sorte de sauvages

que vous êtes donc, vous autres?


DI MORO

Qui c'est qui vous

a donné la permission

de venir prendre des photos?

C'est un terrain privé ici.


LOUISE THIBODEAU

(Au PHOTOGRAPHE)

Donne-lui le film.


DI MORO

FERRARA)

Lucky, va donc reculer mon char.


Le photographe retire la pellicule de son appareil et la donne à MAURICE.


DI MORO

LOUISE)

Il y a pas grand monde qui aime

ça, se faire prendre des photos.

Vous vous êtes pas identifiés.

Il vous connaît pas, lui.

Moi non plus.


LOUISE THIBODEAU

Je m'appelle

Louise Thibaudeau.

Bouchard me connaît, lui.

En tout cas, j'espère qu'elle va

être réussie leur manifestation.


DI MORO

Quelle manifestation?


LOUISE THIBODEAU

Et vous direz au gros Bouchard

qu'il est comme vous autres!

Bande de sauvages!


LOUISE et le PHOTOGRAPHE s'éloignent vers leur voiture.


DI MORO

Toi, t'es brillant en crisse.


DI MORO fait un rapport à JEAN-PIERRE dans le corridor attenant au bureau de VINCENT.


DI MORO

Elle m'a dit qu'elle

s'appelait Louise Thibaudeau.


JEAN-PIERRE

Je la connais.


DI MORO

Ah.


Le MAIRE BIRON sort du bureau. [MAIRE BIRON

Qu'est-ce qu'il y a?

Avez-vous eu du trouble

avec les journalistes?

Laissez-moi ça entre les mains.

J'ai qu'un téléphone à faire.


JEAN-PIERRE

C'est pas nécessaire.

C'est juste une affaire

à propos de M. Bouchard.


MAIRE BIRON

Parce que les journalistes--


LÉON sort à son tour.


LÉON DESAULNIERS

Dis donc, Jean-Guy,

pourquoi tu vas pas

faire un tour voir le nouveau

yacht de Vincent?


MAIRE BIRON

Ah, Vincent a

un nouveau yacht?


LÉON DESAULNIERS

C'est ta dernière chance. Il

rentre à la marina après-demain.

(Regardant DI MORO)

Nick va te faire visiter ça, OK?


DI MORO

Ouais... Euh, oui. Oui, oui.

Venez avec moi,

on va aller voir ça, hum?

Le plus beau yacht

que vous avez jamais vu.

(Guidant le MAIRE BIRON vers la sortie)

Venez.


LÉON DESAULNIERS

Puis?


JEAN-PIERRE

Je vais essayer de régler ça.

Où c'est que je peux

téléphoner tranquille?


LÉON DESAULNIERS

Va dans le petit boudoir.

Tu seras pas dérangé.


JEAN-PIERRE

OK.


MINISTRE BOUCHARD

(Sortant du bureau)

Êtes-vous en train de brasser

des affaires sans m'en parler?


LÉON DESAULNIERS

(Riant)

On ferait jamais ça!


MINISTRE BOUCHARD

(Riant)

Non!


LÉON DESAULNIERS

Mais je pense qu'on va aller

retrouver nos femmes.

Elles doivent commencer

à s'ennuyer.


MME BIRON sort du bureau, un verre à la main.


MME BIRON

Bonsoir, sergent.


SGT GOSSELIN

Bonsoir, madame.


VINCENT est maintenant seul dans son bureau et fume son cigare en silence.


Seul dans une pièce, JEAN-PIERRE téléphone.


JEAN-PIERRE

(Au téléphone)

Allô, Maurice?

Jean-Pierre Caron.

Ça va pas mal.

J'ai lu ta série d'articles

sur la pollution.

J'ai trouvé ça intéressant.

Tu sais qu'ils en ont pas mal

parlé au gouvernement.

Je te le dis.

Mais ils ont trouvé que t'étais

un petit peu dur pour eux.

Écoute, Maurice, je suis

un petit peu pressé.

Est-ce que t'es au courant,

toi, de la manifestation

qui doit avoir lieu demain midi

pour l'inauguration de l'autoroute?

Hum.

Oui, je sais, mais...


MME BIRON entre dans la pièce où JEAN-PIERRE parle au téléphone et écoute.


JEAN-PIERRE

C'est parce que je suis

un petit peu mal à l'aise

d'appeler Tousignant.

Après ce qui s'est passé

au mois de mai...

Tu pourrais pas l'appeler,

toi, Tousignant?

Tu pourrais lui demander

quelques informations et...

... me rappeler après?


Le MAIRE BIRON admire le décor du yatch de VINCENT, il s'assoit dans le décor luxueux et soupire.


DI MORO

(Entre dans le salon de la cabine.)

Je vous ai amené

de la compagnie.


MICHELINE et MANON entrent dans la cabine du yacht.


DI MORO

Rencontrez donc

Manon et Micheline.

C'est deux petites soeurs.


MAIRE BIRON

Il me semble que...

Je vous ai déjà vues toutes les

deux au restaurant de Vincent.


DI MORO

Voulez-vous boire quelque

chose, monsieur le maire?


MAIRE BIRON

Oh non, merci. Rien pour moi.


DI MORO

Ah... Et vous autres,

les petites filles?


MANON

Je vais m'arranger avec ça.

MICHELINE)


MANON

Veux-tu prendre un verre?


MICHELINE

Oui, donne-moi un drink.


DI MORO

Bon...

Je vais vous laisser.


MAIRE BIRON

À tantôt, Nick.


DI MORO

À tantôt, monsieur le maire.


DI MORO jette un regard aux filles avant de partir.


MAIRE BIRON

Je pense que...

j'ai presque trop bu.

C'est un beau yacht par exemple.


MANON

Avez-vous des goûts

particuliers?


MAIRE BIRON

Tous les goûts

sont dans ma nature.


MICHELINE et MANON commencent à s'occuper du MAIRE.


FERRARA fait le guet à l'extérieur de la maison. DI MORO arrive.


FERRARA

Nick?

Il y a quelqu'un dans la serre.


DI MORO regarde et voit de la lumière dans la serre.


DI MORO approche de la serre et entre.


RÉJEANNE attend dos à l'entrée de la serre.


RÉJEANNE

Bonsoir, Dominic.

Je t'attendais.


DI MORO

C'est drôle.

Je vous ai justement cherchée.


RÉJEANNE

Je veux parler à mon mari.


DI MORO

Il y a du monde à la maison et...

Il donne une soirée.


RÉJEANNE

Va lui dire que je veux le voir.


DI MORO

À propos de quoi

vous voulez le voir?


RÉJEANNE

Dis-lui que je veux

lui parler, c'est tout.


DI MORO est avec VINCENT dans le bureau.


VINCENT

Elle t'a pas dit

d'autres choses?


DI MORO

Non, juste ça.


VINCENT

Dis-lui que...

Dis-lui que je lui parlerai pas

avant de savoir

de quoi est-ce qu'elle

veut me parler.



DI MORO

OK.


VINCENT

Dis-lui qu'elle ferait mieux

d'en trouver une bonne.


DI MORO

OK.


Dans l'autre bureau, JEAN-PIERRE répond au téléphone. Mme BIRON est toujours avec lui.


JEAN-PIERRE

(Au téléphone)

Allô?

Parfait. Une minute.

(Notant dans un calepin)

Hum-hum.

49... 27... Garnier.

C'est quoi ça?

C'est-tu un comité de citoyens?

Hum-hum.

Jean... Louis... Paré.

Paré ou Paris?

Paré.

Michel... Masson.

Il y a-tu du background

sur ce gars-là?

Hum-hum.

Hum.

Écoute, Maurice, c'est tout

ce que je voulais savoir.

Je te revaudrai ça,

inquiètes-toi pas.

Et si tu passes à Québec,

viens me voir.

Tu sais où est-ce qu'est

mon bureau.

Dans le Complexe G.

C'est ça.


DI MORO est de retour dans la serre avec RÉJEANNE.


RÉJEANNE

C'est pas à toi que

je veux parler, c'est à lui.


DI MORO

Je sais, ça fait trois fois

que vous me le dites.

Si je retourne lui dire

ce que vous venez de me dire,

il va me renvoyer vous voir.

Vous le connaissez

aussi bien que moi.

On va pas jouer

aux fous toute la nuit.


RÉJEANNE

Dis-lui qu'il est

arrivé des choses.


DI MORO

Comme quoi?


RÉJEANNE

Dis-lui...

Dis-lui que tout est changé.

Il y a plus rien comme avant.

Dis-lui ça.


DI MORO

Je vais essayer,

je vous garantis rien.


DI MORO est de retour dans le bureau de VINCENT.


VINCENT

De quoi est-ce qu'elle

a l'air?


DI MORO

Elle a pas l'air bien gaie.


LÉON est présent dans le bureau.


LÉON DESAULNIERS

Hum...

Elle t'a pas dit au juste

ce qu'elle voulait?


DI MORO

Elle a juste dit qu'il s'était

passé des événements graves.

Elle veut parler au boss.


VINCENT

Elle est mariée avec

il y a cinq ans.

Je pense qu'elle a pas ri

une fois en cinq ans.


DI MORO

Qu'est-ce que

je vais lui dire?


VINCENT

J'ai rien à lui dire.

Pas tout de suite.


LÉON DESAULNIERS

Ce serait peut-être

mieux que j'y aille.

À moins que...


VINCENT

Fais ce que tu veux.


JEAN-PIERRE donne des directives au SGT GOSSELIN, dans le petit bureau.


JEAN-PIERRE

Vous allez aller voir

le directeur adjoint Bernatchez.

Je lui ai téléphoné,

il vous attend.

Après, rappelez-moi ici.

Si je suis parti,

rappelez-moi chez moi.

Mon numéro, c'est...

5-2-5... 5-2-5...

1-2-5-5.


Le SERGENT note le numéro dans un calepin.


JEAN-PIERRE

Ici, c'est...

7-2-3...4-4-0-7.

Je me fie à vous, sergent.


MME BIRON

(Parlant du SERGENT)

Il est fiable.


LÉON DESAULNIERS rencontre RÉJEANNE dans la serre.


LÉON DESAULNIERS

Bonsoir, Réjeanne.


RÉJEANNE

Vous êtes encore en vie, vous?


LÉON DESAULNIERS

Qu'est-ce que tu veux dire?


RÉJEANNE

Est-ce que vous avez du feu?

J'ai perdu mes allumettes.


LÉON tend un briquet à RÉJEANNE qui allume sa cigarette.


RÉJEANNE

Qu'est-ce qui se passe?

Est-ce qu'il a peur de moi?


LÉON DESAULNIERS

Il reçoit du monde à souper.

Il pouvait pas les planter là.


RÉJEANNE

Je suis pas pressée. Je peux

attendre qu'ils soient partis.


LÉON DESAULNIERS

Qu'est-ce que tu lui veux?


RÉJEANNE

Je veux lui parler.

Je l'ai déjà dit à Dominic.


LÉON DESAULNIERS

Pour une femme qui a sacré

son camp avec un autre,

t'as pas mal de front.

Je vais être franc avec toi.

Ou bien tu me dis

pourquoi tu veux le voir

et peut-être qu'il te reçoit,

ou bien-


RÉJEANNE

Ou bien quoi?


LÉON DESAULNIERS

Ou bien tu le vois pas.

Et ça finit mal.


RÉJEANNE

Je peux m'en aller,

j'ai des jambes.


LÉON DESAULNIERS

Tout d'un coup que

t'en aurais plus de jambes?


RÉJEANNE

Je veux revoir mes enfants.

C'est pas la première fois

que je reviens à Montréal.

Je suis déjà venue avant.

Je suis venue pour voir

mes enfants.

Je leur ai pas parlé,

j'ai pas pu.

Je les ai vus dans

la cour d'école.



LÉON DESAULNIERS

Combien de fois?


RÉJEANNE

Trois fois.


LÉON DESAULNIERS

Tu fais des affaires

dangereuses.


RÉJEANNE

C'est pas parce que

j'ai marié un autre homme

que je les aime plus.


LÉON DESAULNIERS

C'est comme rien,

tu dois les aimer.


RÉJEANNE

Je veux vivre avec mes enfants.

Et à part de ça...

Ça lui coûtera pas un sou.

J'ai de l'argent,

je peux me faire vivre.


LÉON DESAULNIERS

Et Lennie, lui, qu'est-ce

qu'il vient faire là-dedans?


RÉJEANNE

Il dira rien, Lennie.


LÉON DESAULNIERS

T'as pas l'air de les connaître,

tes Juifs.


RÉJEANNE

Il est fini, Lennie.


LÉON DESAULNIERS

Lennie est peut-être fini,

mais pas son père

et ça, je le sais.


RÉJEANNE

Lennie a le cancer.

Son père le sait pas encore.


LÉON DESAULNIERS

Hum?


RÉJEANNE

Il a le cancer.

Le cancer de la prostate.

Ça a l'air d'être arrêté

pour le moment, mais...

Il est fini.


LÉON DESAULNIERS

Hum...


RÉJEANNE

Je serais prête à dire à Vincent

tout ce que je sais sur Lennie

et les autres Tannenbaum.

J'en sais pas mal.


LÉON DESAULNIERS

Ça fait-tu longtemps

qu'il s'est fait traiter?


RÉJEANNE

Deux mois à peu près.

C'est pas pour Vincent,

c'est pour les enfants.

Et à part de ça, moi, je peux

plus vivre aux États-Unis.

Je peux plus parler anglais.

Ça veut plus sortir.

Je peux plus vivre là.

Je lui ai écrit une lettre.

(Tenant la lettre)

Faites-lui lire.


LÉON DESAULNIERS

Ce serait plus

facile de t'aider

si t'avais pas toujours

été si indépendante,

si tu nous regardais pas

rien que quand t'as besoin

d'un service.

Combien est-ce que

t'as d'argent?


RÉJEANNE

Quoi?


LÉON DESAULNIERS

Tu m'as pas dit que

tu pouvais vivre sur ton argent?


RÉJEANNE

Je sais pas, moi.

À peu près 50 000$.

J'ai mes bijoux.


LÉON DESAULNIERS

Attends-moi ici.


RÉJEANNE

Merci.


VINCENT se confie à DI MORO, dans son bureau.


VINCENT

Je l'ai aimée en maudit, moi,

cette femme-là.

Peut-être que je l'aime encore.

Qu'est-ce que t'en penses?


DI MORO

Chez nous, on disait que...

On est capable d'aimer

tant qu'on est capable d'haïr.


VINCENT

C'était pas un cave.

Pour moi, elle s'est toujours

haïe de m'avoir marié.

Va falloir que tu fasses

surveiller le terrain.

D'un coup que Tannenbaum

m'enverrait des gars...


DI MORO

OK. Good.

C'est pas de mes affaires.

Me semble qu'on est bien

comme on est là.

Je suis pas dans votre peau.

Ça me tente plus bien, bien

de recommencer les chicanes.


MME BIRON et JEAN-PIERRE sont encore dans le petit bureau.


MME BIRON

Hum...

Je pense que...

C'est bon rien que pour un temps

être secrétaire de ministre.

Ça mène nulle part.

C'est trop dangereux.

Tu te trouves trop

attaché à ton ministre.

S'il saute, tu sautes avec lui.

Pour lui, c'est moins grave,

il garde son argent.

Toi...


JEAN-PIERRE

Je sais.


MME BIRON

T'aurais plus de chances

de faire ton chemin à Montréal.

Tu peux être sûr de ça.

Pour durer...

Il faut pas que tu sois attaché

à un gars en particulier.


Le téléphone sonne. JEAN-PIERRE répond.


JEAN-PIERRE

(Au téléphone)

Allô!

Lui-même.

Bonsoir, monsieur

le directeur adjoint.

Écoutez, tout ce que

je peux vous dire,

c'est qu'au moment

où je vous parle,

je suis personnellement

en contact avec M. Bouchard

et M. Biron.


MME BIRON profite de l'occasion pour embrasser JEAN-PIERRE dans le cou.


JEAN-PIERRE

(Au téléphone)

Les deux... Oui.

Les deux sont prêts

à vous couvrir à 100%

dans tout ce que vous déciderez,

je vous le garantis.


Dans le yacht, MICHELINE et le MAIRE BIRON remettent un peu d'ordre. [MAIRE BIRON

T'es correcte?


MANON

Ça va.


MAIRE BIRON

Vous devriez me donner

votre adresse à la maison.


MANON

(S'allumant une cigarette)

Vous pouvez nous rejoindre au

resto. On est là tous les jours.


MAIRE BIRON

D'accord.

C'était bien bon.

J'ai hâte qu'on recommence.


MICHELINE

Quand vous voudrez.


MAIRE BIRON

MANON)

Bonsoir.

À bientôt.

MICHELINE)

Bonsoir.


Le MAIRE s'en va et laisse MICHELINE et MANON seules dans le yacht.


MANON

Combien est-ce qu'il

t'a laissé?


MICHELINE

150, je les ai comptés.


MANON

C'est pas pire. Surtout

qu'il était pas obligé.


Dans les bureaux d'un organisme militant, une militante tape à la machine.


MILITANT 1

(Au téléphone)

Oui. On va essayer d'y être.

Oui. Oui.


Un militant imprime des tracts avec une Gestetner en chantant.


MILITANT 2

♪ Un coeur de femme ♪

♪ Est un oiseau léger ♪


MILITANT 3

Jacques?


MILITANT 1

Oui, c'est bon. Oui?


MILITANT 3

Quand est-ce qu'on les passe?


MILITANT 1

Demain matin.

Pas avant 11h demain matin.


MILITANT 3

OK.


MILITANT 1

(Au téléphone.)

Bon, on en était rendu où?


Des policiers en civil entrent dans l'appartement et se plantent devant la militante qui tape à la machine.


MILITANT 1

(Aux policiers)

Qu'est-ce qu'il y a?

(Au téléphone)

Euh... Attends

une seconde, veux-tu?


Le MILITANT 1 s'approche mais se fait tasser dans le mur pendant que d'autres policiers en civil démolissent les lieux à coups de barre à clous


MILITANT 3

Qu'est-ce qui se passe, ostie?


MILITANTE

Ah!


Les casseurs ne s'en tiennent pas qu'au matériel, ils frappent aussi les militants. Les hommes prennent la militante et la balancent par la fenêtre. Ensuite, les casseurs ramassent les corps inertes et les emmènent avec eux, laissant les lieux vides et fracassés. Le SGT GOSSELIN, entre et fouille les lieux, ramassant tout ce qui pourrait lui être utile.


Dans le petit bureau, chez VINCENT, MME BIRON et JEAN-PIERRE s'embrassent.


HÉLÈNE se balade seule dans les corridors en faisant le tour des œuvres exposées sur les murs.


Le téléphone sonne dans le petit bureau.


MME BIRON

Réponds pas! Réponds pas!


JEAN-PIERRE répond quand même.


JEAN-PIERRE

(Au téléphone)

Allô?

Salut, Gerry.

Le journal, ça marche encore?

C'est à propos d'une de tes

journalistes, Louise Thibaudeau.

Ce qui est arrivé, c'est que

le gars était un peu paqueté.

Et ils l'ont photographié

sans lui demander la permission.

Ils étaient sur son terrain

à part de ça. Faut pas faire

un drame avec ça.

Écoute...

C'est pas parce qu'elle est

en train de faire son papier

que t'es obligé de le publier.

Bon, si c'est comme ça,

je vais te proposer un marché.

Vous en parlerez pas...

... et je te donne

une primeur, une vraie.

Le prix...

... du premier tronçon...

... de l'autoroute...

J'ai su à matin.

Écoute-moi bien.

Parlez pas de la soirée

Padovani, Parlez pas

de Bouchard

et de la claque.

Et je te donne le prix.

Tu sais que ça fait trois mois

que t'essayes de l'avoir.

OK. Tiens-toi bien.

42 millions.

Ça veut dire 19 millions

de plus que les prévisions.

Et Bouchard avait dit

en Chambre au printemps

qu'on dépasserait pas

de plus de 4 millions.

À part de ça, si tu veux du jus,

va vérifier les contrats de vente

des terrains pour les restaurants

et stations-service aux sorties

d'autoroute.

Je peux pas t'en dire plus

pour le moment, mais...

Si tu viens chez nous

demain soir, on pourra parler

de tout ça.

OK.

Salut, Gerry.


HÉLÈNE continue de se promener seule dans la maison.


Ailleurs dans la maison, LÉON DESAULNIERS discute avec DI MORO.


DI MORO

Je sais plus quoi faire.

Il branle dans le manche.


LÉON DESAULNIERS

Crisse...


L'attention d'HÉLÈNE est attirée par un bruit. HÉLÈNE s'approche de LÉON et DI MORO.


HÉLÈNE

Bonsoir.


DI MORO

Bonsoir, madame.


LÉON DESAULNIERS

Bonsoir.


HÉLÈNE

Qu'est-ce que vous faites?

Ça fait des heures

qu'on vous a pas vus.


LÉON DESAULNIERS

Oh, eh bien... On est venus

voir M. Padovani.


HÉLÈNE

Où est-ce qu'il est?


LÉON DESAULNIERS

Dans son bureau.

Il se sent bien vieux à soir.


Les deux hommes quittent la pièce et HÉLÈNE entre dans le bureau de VINCENT.


HÉLÈNE

(Parlant du verre de VINCENT)

Je peux en prendre une gorgée?

(Prenant une gorgée)

Vous trouvez pas ça trop sucré?

Qu'est-ce qu'il y a? Vous êtes

pas content de votre autoroute?


VINCENT

Oh, non...

Pas de problème.

Je suis content.


HÉLÈNE

Vous avez pas l'air bien joyeux.


VINCENT

Une autoroute, c'est une autoroute.

Après celle-là, c'est une autre.


LÉON sort dans le jardin et marche sur le bord de la piscine fermée pour l'hiver.


LÉON DESAULNIERS

(Lisant intérieurement)

"Vincent, je sais ce que

je risque en venant ici.

"Je suis venue quand même

à cause des enfants

parce que je veux

être avec eux."

"Je les aime toujours autant,

peut-être plus.

"Je veux vivre avec eux.

"Ce n'est pas bon, tu le sais,

qu'ils grandissent sans mère.

Pense à eux, ne pense pas

à toi et à moi."

"Lennie est très malade,

il a le cancer de la prostate.

"Ça ne lui fait rien

si on se sépare.

"Voici ce que je propose.

"Je vivrai chez toi

avec les enfants.

"Tu pourrais garder

une autre femme avec toi.

"Je ne serai pas encombrante.

J'ai de l'argent.

"Tu n'aurais même pas besoin

de dépenser pour moi.

"Aussi, si tu veux, je te dirai

"tout ce que je sais

sur les Tannenbaum.

"Peut-être que cela pourra

t'aider dans tes affaires.

"Pense à nos enfants,

"je t'en supplie,

Réjeanne."


HÉLÈNE a pris place dans un fauteuil et questionne VINCENT.


HÉLÈNE

Est-ce que vous aimez

vraiment ça, l'opéra?

Ou bien, c'était juste

pour faire plaisir au maire?


VINCENT

Mon père était amateur d'opéra.

Les samedis après-midi,

il écoutait le Metropolitan.

C'était sacré.


HÉLÈNE

Elle chante bien, Mme Desaulniers.


VINCENT

Stella? Oui.


HÉLÈNE

Est-ce qu'elle était déjà mariée

quand elle a été votre maîtresse?


VINCENT

Comment ça se fait

que vous savez ça, vous?


HÉLÈNE

Comme ça.

En la regardant vous regarder.


VINCENT

Hum.

Oui. Elle était déjà mariée.


HÉLÈNE

M. Desaulniers, est-ce qu'il savait?


VINCENT

Hum-hum.


LÉON DESAULNIERS brûle la lettre de RÉJEANNE.


On revient dans le bureau de VINCENT avec HÉLÈNE.


HÉLÈNE

Maintenant...

Est-ce que vous avez

une maîtresse?


VINCENT

Pourquoi est-ce que

vous me demandez tout ça?


HÉLÈNE

Une gageure.


VINCENT

Avec qui?



HÉLÈNE

Avec mon mari.


VINCENT

Et vous?

Qu'est-ce que vous en pensez?


HÉLÈNE

Je pense pas que vous en ayez.


VINCENT

Ça fait combien de temps

que vous êtes mariée, vous?


HÉLÈNE

Répondez à ma question,

je répondrai à la vôtre.


VINCENT

Je sais pas vivre, je vous

ai même pas offert à boire.

Qu'est-ce que vous allez prendre?


LÉON DESAULNIERS retourne à la serre auprès de RÉJEANNE.


RÉJEANNE

Est-ce qu'il a lu la lettre?


LÉON DESAULNIERS

Il veut savoir ce que t'es prête

à dire sur Lennie et les autres

Tannenbaum.


RÉJEANNE

C'est tout ce qu'il a dit?


LÉON DESAULNIERS

Qu'est-ce que tu sais?


RÉJEANNE

Les femmes sont jamais

supposées rien savoir.

Mais moi, je sais pas mal

de choses.


LÉON DESAULNIERS

Comme quoi?


RÉJEANNE

Vous êtes-vous jamais

demandé comment ça se fait

que les Tannenbaum

touchent un pourcentage

sur tous les permis de boisson

de la province.


LÉON DESAULNIERS

Tu le sais pas plus que moi.


RÉJEANNE

Pardon, je le sais.

Mais c'est pas pour vos oreilles.

Vous saviez même pas qu'ils

touchaient un pourcentage.


LÉON DESAULNIERS

Toi aussi t'as peut-être

une chose que tu sais pas.

C'est avec moi que tu traites.

Vincent m'a donné carte blanche.


RÉJEANNE

Vincent a jamais donné

de carte blanche à personne.

Je le connais. Vous me

questionnez pour votre compte!


LÉON DESAULNIERS

Énerves-toi pas.


RÉJEANNE

Vous lui avez même pas parlé!

Vous lui avez même pas parlé!

Vous lui avez même pas donné

ma lettre!

Lui as-tu parlé?

(S'accrochant à LÉON en le brassant)

Lui as-tu parlé? Réponds!


LÉON DESAULNIERS

Lâche-moi!

(Poussant RÉJEANNE)

Tu vas le regretter.


Au sous-sol, les gardes du corps sont encore autour du bar.


LUCIEN BERTRAND

Qu'est-ce qu'ils font dehors?


MAURICE

Ils préparent un feu d'artifice.


LUCIEN BERTRAND

Ils se privent de rien.


Le téléphone sonne et MAURICE répond.


MAURICE

(Au téléphone)

Oui?

Ah. Attends.

Hé, Nick? Téléphone.


DI MORO

Hum.

(Au téléphone)

Oui?

C'est correct. Parfait.

Merci.


DI MORO compte des billets et les tend à LUCIEN.


DI MORO

Ton cheval est rentré.


MIKE DELVECCIO

Tu vas être correct

pour aller aux femmes.


VINCENT et HÉLÈNE s'embrassent.


HÉLÈNE

Je vais enlever ma robe

pour pas la froisser.


On frappe à la porte au moment où HÉLÈNE commence à enlever sa robe derrière le fauteuil de VINCENT.


VINCENT passe dans le corridor, froissé d'avoir été dérangé.


VINCENT

Qu'est-ce qu'il y a encore?


LÉON DESAULNIERS

Bien, excuse-nous de te

déranger, mais comme c'est là,

ton ancienne femme va passer

la nuit dans la serre.


VINCENT

Qu'est-ce qu'elle veut?!


LÉON DESAULNIERS

C'est bien compliqué.


VINCENT

Envoye, envoye, je suis tanné!


LÉON DESAULNIERS

Bien, elle dit que Lennie

est malade, il a le cancer.

Ça a l'air qu'il est fini, ça

fait qu'elle voudrait revenir.

Elle s'ennuie de ses enfants.

Elle dit que Lennie

est d'accord pour ça.

C'est tout.


VINCENT

T'es sûr que c'est tout?


LÉON DESAULNIERS

Bien... Elle dit aussi qu'elle a

de l'argent de côté

et que ça te coûterait

pas une cenne.


VINCENT

Pour qui elle me prend?

Les enfants, c'est à moi,

c'est pas à elle.


LÉON DESAULNIERS

Ah oui et... Elle prétend...

... qu'elle pourrait nous

en dire long sur les

Tannenbaum.


DI MORO

Si elle dit ça,

ça peut vouloir que...

... les Tannnenbaum en savent

pas mal long sur nous autres.


VINCENT

Je veux plus la revoir.

À partir d'à soir.

C'est fini.


LÉON DESAULNIERS

Jamais?


VINCENT est de retour auprès d'HÉLÈNE qui a enlevé sa robe et qui enlève maintenant ses lunettes.


RÉJEANNE s'adresse à FERRARA qui est assis dans une chaise suspendue, un fusil à la main.


RÉJEANNE

Qu'est-ce qu'il t'a envoyé faire?

Ils t'ont dit de me mettre dehors?

C'est ça, hein?

(Reculant vers le fond de la serre)

Je suis capable de m'en aller

toute seule.

Je voulais juste parler

à Vincent cinq minutes.

Je veux pas faire d'histoires,

tu le sais.

Bon, c'est correct,

je suis partie avec un autre!

Je me suis trompée,

c'est des choses qui arrivent!

Vincent, il s'est jamais privé

quand j'étais là, lui!

Je sais. Je sais.

C'est Desaulniers et Dominic

qui veulent pas que je le voie.

Il m'a toujours détestée,

Desaulniers!

Ces hommes-là, ça leur fait rien

de se mettre à plat ventre

devant Vincent.

Ils veulent pas de témoins.

Tu comprends ça, toi, Lucky?

Donne-moi une chance!

T'étais pas vieux quand on s'est

connus, tu t'en souviens?

C'est même toi qui m'a reconduite

à l'hôpital quand j'ai

eu Stéphane.

Tu t'en rappelles?

J'étais prise ici et Vincent

était pas là.


Les feux d'artifice commencent à l'extérieur.


RÉJEANNE

Qu'est-ce que c'est,

ce bruit-là?

On dirait un feu d'artifice.

C'est pourtant pas

la Saint-Jean-Baptiste.

J'ai plus de place où aller.

Mets-moi pas dehors.

T'as l'air d'un homme qui s'en

va à la chasse avec ton fusil.

Qu'est-ce que tu fais

avec ce fusil-là?

C'est un gros feu d'artifice.


Réjeanne cesse de reculer et sort de la serre en courant au travers des fusées de feux d'artifice. FERRARA court derrière elle. FERRARA met RÉJEANNE en joue et l'atteint du premier tir.


RÉJEANNE tombe sur le sol et gémit de douleur.


Les feux d'artifice enterrent les gémissements et FERRARA tire un deuxième coup pour achever RÉJEANNE.


STÉPHANE et SOPHIE regardent les feux depuis la fenêtre de leur chambre.


Quelques invités regardent par la fenêtre du salon.


HÉLÈNE rejoint JEAN-PIERRE, son mari.


Dans le sous-sol, MANON mange un bol de purée pour bébé en écoutant la boîte à musique.


Une bétonnière recule sur un chantier. Au fond d'un coffrage pour une colonne de viaduc, le corps de RÉJEANNE gît. Le béton est déversé et le corps disparaît sous la coulée.


FERRARA jette le sac à main de RÉJEANNE pour l'ensevelir avec le corps de sa propriétaire.


MAURICE supervise l'opération de coulage de béton.


Le lendemain, c'est l'inauguration de l'autoroute sous la pluie. Le MINISTRE, le MAIRE BIRON et d'autres dignitaires sont présents.


LUCIEN observe de loin.


LE MINISTRE BOUCHARD coupe le ruban avec des ciseaux dorés.


Les journalistes et les photographes assistent à la scène. LOUISE THIBODEAU est présente avec son PHOTOGRAPHE.


Dans une limousine, derrière, JEAN-PIERRE, HÉLÈNE et VINCENT sont ensemble.


JEAN-PIERRE

Vous allez m'excuser. Faut que

je m'occupe des journalistes.


HÉLÈNE

Est-ce que tu l'as dit

à M. Padovani?


JEAN-PIERRE

Quoi?


HÉLÈNE

Le téléphone de ce matin.


JEAN-PIERRE

Je vais être transféré

à la Communauté urbaine,

aux réseaux routiers.


VINCENT

Félicitations.


JEAN-PIERRE

(Tendant la main à HÉLÈNE)


JEAN-PIERRE

Viens-tu?


HÉLÈNE

Vas-y, je vais t'attendre ici.


VINCENT

On va vous attendre.

Voulez-vous monter avec moi

pour aller au cocktail?


JEAN-PIERRE

Bien, ça peut peut-être

être long avec les journalistes.

J'aimerais autant vous rejoindre

au Reine Elizabeth.


VINCENT

Sentez-vous pas obligée

de rester avec moi.

J'aime autant

profiter de votre auto

si ça vous dérange pas.


JEAN-PIERRE

HÉLÈNE)

À tout de suite.


HÉLÈNE

À tout de suite.



JEAN-PIERRE descend et se dirige vers le groupe de journalistes qui attend sur la nouvelle autoroute. La limousine s'éloigne.


Sur le chemin qui mène au centre-ville le long de la nouvelle autoroute, un quartier complet est en voie de démolition.


Des images du chantier de l'autoroute défilent.


Générique de fermeture

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