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Dieu seul me voit

Hommage à l’hésitation qui est un moment de la pensée juste à travers les pérégrinations d’Albert, éternel indicis, adepte de l’esprit d’escalier, qui réfléchit avant et après, se demande s’il aime vraiment la raclette, s’il doit traverser oui ou non cette rue, ou s’il est capable de se battre pour défendre le système de sante à Cuba?



Réalisateur: Bruno Podalydès
Acteurs: Denis Podalydès, Isabelle Candelier
Année de production: 1998

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Dieu seul me voit


Dans une petite ville de province, des cloches sonnent. Au loin un clairon joue l'air de La Marseillaise.


La vie démarre dans la petite ville.


Une dame traverse sur un passage piéton avec son chien. ALBERT traverse à sens inverse et malgré la largeur de la bande ALBERT et la femme cherchent de quel côté passer.


ALBERT

Oh, pardon.

Oui?


Chacun prend son côté, mais la femme rebrousse chemin.


PIÉTONNE

Vous sauriez pas où est

la rue Saint-Honoré par hasard?


ALBERT

Ah, oui. Oui, oui.

C'est très simple. Alors,

la rue Saint-Honoré--


Tous les deux restent au milieu de la rue, plutôt que de discuter sur le trottoir. Une voiture klaxonne, le chien aboie et les deux piétons se dépêchent de se ranger sur le côté.


PIÉTONNE

C'est pas un peu par là?

C'est complètement ridicule.

J'habite le quartier et il faut

toujours que je me perde.


ALBERT

Ah, bon. Vous prenez la

première à gauche, là.

La première à gauche.

Ensuite, première ou deuxième,

en fait, c'est deuxième à droite

et ensuite... à moins que...

Il y a quatre carrés ici

et la rue Saint-Honoré est...


PIÉTONNE

Alors, première à gauche et

deuxième à droite? C'est ça?


ALBERT

Oui.


PIÉTONNE

Bien, j'ai compris. C'est tout

à fait clair. Je vous remercie

beaucoup, monsieur. Au revoir.


ALBERT poursuit son chemin. Soudain, ALBERT s'arrête et rebrousse chemin.


ALBERT prend la direction de la rue Saint-Honoré et s'arrête sur une crotte de chien fraîchement déposée.


ALBERT

C'est peut-être elle.


ALBERT continue sa route regardant partout pour voir s'il aperçoit la piétonne.


ALBERT s'arrête devant une palissade couverte d'affiches dont une affiche électorale : Votez Michel Butel.


ALBERT fait quelques pas, s'arrête pour réfléchir.


Le répondeur d'ALBERT se déclenche dans l'appartement.


ALBERT

(Voix du répondeur)

Bonjour, vous

êtes bien chez Albert Jeanjean.

Vous pouvez me laisser

un message après le bip sonore

qui ne saurait tarder.

Le voilà. Je le vois. Il arrive

avec son petit baluchon.

Il le pose et il pousse

son petit cri.


ALBERT fait des exercices sur une rameuse en écoutant la voix sur le répondeur.


ORGANISATEUR

(Voix enregistrée)

Oui. Salut, Albert.

Je suis l'organisateur

avec qui tu vas travailler

lundi à Toulouse.

Alors, dis-moi. J'ai confié

les billets à ton ami Otto.

Et par ailleurs, je te confirme

que tu dois faire des sons

seuls d'autruche samedi matin

à Vincennes. Alors, tu demandes

là-bas M. Loigebeuille

Voilà. Dimanche, je voudrais

quelque chose de puissant

et de généreux.

Allez, salut, ciao,

et d'ici là, à lundi.


Un second message défile.


FRANÇOIS

(Voix enregistrée)

Oui, c'est François.

Bon, bien, écoute.

Je te rends ta perche

dès que... sinon, là...

Alors, j'ai pas bien compris

ton histoire de la conne dans

la rue avec un pékinois, là.

Tu travailles au bureau

de vote pour la retrouver.

Bon, écoute. J'ai rien compris.

Alors, faudra que tu

m'expliques.

Bon, à bientôt, salut.

C'était François.


ALBERT marche dans la rue et croise un vendeur de journaux.


VENDEUR DE JOURNAUX

Bonjour. Même un dimanche?


ALBERT

Non. Merci. Au revoir.


ALBERT entre au bureau de vote, situé dans une école.


Le bureau de vote est vide, seuls les scrutateurs attendent les votants. On frappe à la porte.


SCRUTATEURS

Entrez.


Un homme frappe de nouveau à la porte.


SCRUTATEURS

(Plus fort)

ENTREZ.


L'homme entre dans le bureau de vote.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Bonjour, monsieur.


L'homme tend un billet au PRÉSIDENT D'ÉLECTION.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Merci.

Servez-vous.


L'homme prend des bulletins.


L'homme dépose son bulletin de vote dans l'urne.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

A voté.


SCRUTATEUR 1

329.


M. CRÉMIEUX

Bonjour, monsieur.


VOTANT

Bonjour.


ALBERT

Ducos-De Saint-Gély, Xavier.

16 décembre 1932.

A voté.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Nous frisons le 90 à l'heure.


FEMME

102.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Tu vas, M. le Maire.


MAIRE

Je vais, je vais.


ALBERT agit comme scrutateur.


ALBERT

102.

102. M. Beaubien,

Bruno,

... né le 4 avril 1947.


Le MAIRE dépose son bulletin de vote dans l'urne et une sonnerie résonne.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

A voté.


MAIRE

Merci.

(Tendant la main à ALBERT)

Bonjour.


ALBERT

Bonjour, M. le Maire.


MAIRE

Vous allez bien?


ALBERT

Oui, très bien. Merci.

Vous signez là, s'il vous plaît.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Il a l'habitude, M. le maire.


ALBERT

OK.


MAIRE

Oui. Une certaine habitude.

Au revoir.


Les urnes se remplissent peu à peu.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

A voté.


ALBERT

Signature ici.

Merci.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Monsieur, monsieur?

Comment vous appelez-vous?


ALBERT baisse la tête pour ne pas être reconnu.


CRUQUET

Rémi Cruquet.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Venez déposer votre bulletin.


ALBERT

006, M. Cruquet, Rémi,

né le 25 novembre 1963.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Allez-y.

A voté.


ALBERT

Signature.


CRUQUET

Et qu'est-ce qu'il fait là

notre Albert Jeanjean?


ALBERT

Salut, Cruquet.


CRUQUET

Salut, Albert.

Je te présente ma fille, Indira.


ALBERT

Bonjour. Ah, c'est ta fille?


ALBERT se lève pour saluer INDIRA.


CRUQUET

Eh oui. C'est ma

grande duduche.


ALBERT

Eh bien. On va discuter

un petit peu à part.

Excusez-moi, M. le Président.


SCRUTATEUR

Mlle Le Prupicier, Henriette.


CRUQUET

Et sinon, tu as revu des gens?


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

A voté.


CRUQUET

Perrote? Sporovitch?


ALBERT

Tiens, et Forain?

Le gros déconneur, avec

sa bonne bouille de... Forain?


CRUQUET

Oui.


ALBERT

Qu'est-ce qui...


CRUQUET

Il est mort.


ALBERT

Il est mort, Forain?

Ah, dur.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

A voté.


ALBERT

Eh oui.


CRUQUET

Bon, bien,

écoute. On se retente

un dîner bientôt quand même.


ALBERT

Oui. Bien sûr. Moi de même.


CRUQUET

Et puis alors, je te

ferai signe pour une des

réunions politiques que

j'organise. Ça t'intéresse?


ALBERT

Oui, tout à fait. Oui.


CRUQUET

Vendredi, 10h?


ALBERT

Euh... Oui.

Vendredi, 10 h... a priori...


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

A voté.


ALBERT

A priori... Peut-être... Oui.


CRUQUET

Bon, bien, alors, je te

retéléphone.


ALBERT

C'est ça.

Bon, écoute...


CRUQUET

Salut Albert.]


ALBERT

...n'hésite pas. Rentre bien.


CRUQUET

Oui. Parce que là, il y a

un sacré trajet pour renter.

Allez salut, Albert.

Tu viens, Indira?


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Vous tamponnez

ou je prends le registre?


ALBERT profite de l'occasion pour se rendre aux urinoirs. Le PRÉSIDENT D'ÉLECTION entre aussi aux urinoirs.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

On aura du monde, surtout

après la messe.


ALBERT

Ah bon?


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Votre pin's, il n'est pas

politique, au moins?


ALBERT

Non, non, non. C'est juste

une petite coquetterie,

de la décoration.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Oui, eh bien...

(En se lavant les mains)

Parce que vous

savez qu'on doit mettre

dehors quelqu'un qui présente

sur lui ou dans ses propos un

signe d'appartenance politique.


ALBERT

Ça nous reposera.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Oui.


ALBERT

(Cherchant des essuie-mains)

Euh... Il y a pas de...


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Non, il y en a pas.


ALBERT

Non?


FRANÇOIS entre au bureau de vote en tenant un micro au bout d'une perche.


FRANÇOIS

Tiens, merci.


ALBERT

Tu pouvais choisir

un autre moment, non?


FRANÇOIS

Bon, écoute. Tu m'as dit

que c'était urgent.


ALBERT

Oui, mais enfin, là, dans

l'immédiat, tu vois.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

A voté.


FRANÇOIS

Elle est venue,

la fille au pékinois?


ALBERT

Non. Pas encore.


ALBERT

Tu vas pas voter, toi?


FRANÇOIS

Ah, si. J'y vais.

Bien, on va économiser

du papier, hein. Moi,

je prends Beaubien et Sénart.


SCRUTATEUR 1

Je peux voir votre

carte d'électeur?


FRANÇOIS

Absolument.

Voilà.


SCRUTATRICE

Non, monsieur. Vous devez

prendre tous les bulletins.


FRANÇOIS

Non, mais j'ai besoin

que de Beaubien.


SCRUTATRICE 2

Et surtout, ne rien

dire à voix haute.


FRANÇOIS prend tous les bulletins de vote et se dirige directement vers l'urne.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Non. Non, non, non.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Vous devez, obligatoirement,

passer dans l'isoloir.

Non, non, non, non.

Mais... Je veux plus vous voir.

Allez.

Mais cachez-vous. Allez.

Cachez-vous. Tirez le rideau.

Tiens. Voilà.


ALBERT

Excusez-le. C'est

un ami qui est un petit peu...


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

C'est pas une raison pour

refuser d'aller dans l'isoloir.


ALBERT

Tout à fait, tout à fait.


C'est au tour de OTTO de rapporter des bottes de ski à ALBERT, au bureau de vote.


ALBERT

Oh! Écoute! Ça pouvait

attendre, hein. Tu sais.


OTTO

Pourtant, pour une fois

que j'y pense, hein.


OTTO

Pourquoi tu as pris

ta perche avec toi?


ALBERT

C'est François

qui me l'a rapportée.

Il s'en sert pour draguer

une journaliste.


OTTO

Ah bon?

Il trouve que c'est efficace

pour draguer.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

A voté.


M. CRÉMIEUX

Voulez-vous signer?


FRANÇOIS

Merci.


M. CRÉMIEUX

Là.


FRANÇOIS

Oui.


M. CRÉMIEUX

Lisiblement.


FRANÇOIS

Bien, oui. Je fais ma

signature. C'est tout. Voilà.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Dépêchez-vous,

s'il vous plaît.


FRANÇOIS

Dépêchez-vous! Moi, je

veux bien me dépêcher...


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Monsieur, je vous en prie.


FEMME

338.


FRANÇOIS

(Rejoignant OTTO et ALBERT)

Salut, Otto. Tu as voté quoi?


ALBERT

Tu cries devant

tout le monde. Tu me

mets dans l'embarras, hein.


FRANÇOIS

Mais enfin, tu as vu la

cérémonie, là, pour voter?


ALBERT

Écoute.

Dites donc.

Devinez qui j'ai vu cet

après-midi qui est venu voter.


OTTO

À tous les coups, Lumiel?


ALBERT

Pire.


FRANÇOIS

Pire que Lumiel?


ALBERT

Ah, oui.


FRANÇOIS

Buchard?


ALBERT

Ah, non. Pire que Buchard.


OTTO

Forain?


ALBERT

Bien, non.

Forain, il est mort.


FRANÇOIS

Ah, oui. Il est mort.


OTTO

C'est pas vrai?


ALBERT

Bien oui. Tu savais pas?


OTTO

(S'assoyant)

Attends. Il est mort, Forain?


FRANÇOIS

Bien, oui.


ALBERT

Oui.

Mais comment il est mort

d'ailleurs?


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

A voté.


FRANÇOIS et ALBERT s'assoient aussi.


FRANÇOIS

En faisant du Trampolino,

dans un Club Mickey

devant ses enfants.

Il leur faisait

une démonstration.

Il est retombé à côté.

Et pas de pot, il s'est

empalé sur un piquet de parasol.


FEMME

1014.


ALBERT

Oh, la vache.


OTTO

Je sais, Cruquet.


ALBERT

Eh oui.


FRANÇOIS

Le sombre Cruquet.


M. CRÉMIEUX

Geneviève

"Quedalle de Longuelèche".


GENEVIÈVE

Quenelle de Longuelache.


M. CRÉMIEUX

Oh, pardon.

26 mai 1954.


GENEVIÈVE

Oui.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

A voté.


M. CRÉMIEUX

Voulez-vous signer là?


GENEVIÈVE

Merci. Merci.


JEUNE FEMME

Bonjour.


Le PRÉSIDENT D'ÉLECTION parle à l'oreille de la votante.


JEUNE FEMME

Merci. À plus tard.


FEMME

129.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

A voté.


FRANÇOIS se lève en voyant la jeune fille passer.


FRANÇOIS

C'est qui cette fille?


ALBERT

J'en sais rien.


M. CRÉMIEUX

Joe Togazo.


FRANÇOIS

Repasse-moi ta perche.


ALBERT

Ah, non, mais

j'en ai besoin demain.


FRANÇOIS

Non, mais je drague pas

sans ta perche.


ALBERT

Non, mais écoute.


FRANÇOIS

(Partant un peu frustré)

OK. Merci.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

A voté.


OTTO vient de déposer son vote dans l'urne.


ALBERT

Alors, tu as voté quoi,

finalement?


OTTO

Blanc.


ALBERT

Mais c'est nul.


OTTO

Bien, non, c'est Blanc.


ALBERT

Mais non, c'est nul.

Ça revient au même.

Tu es con.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Dites, M. Jeanjean.

Votre ami voudrait pas

faire scrutateur, ce soir?


OTTO

Bien, c'est-à-dire que demain

matin, on doit prendre un train

très tôt avec Albert

pour Toulouse.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Ah...


OTTO

Alors, euh...


Un aboiement strident attire l'attention d'ALBERT.


ALBERT

Oh, la vache!

C'est elle. Le pékinois, là.

Tu vois?


OTTO

Oui.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

A voté.


La PIÉTONNE sort de l'isoloir en tenant un enfant dans ses bras.


ENFANT

Ah, tu es là, papa.


OTTO

Oh, bien, dis donc.

Elle a un beau petit garçon.


PIÉTONNE

Reste là.


ALBERT

Oh, merde.


OTTO

Elle est bien, hein.

Bon, bien, moi,

je vous laisse, hein.


M. CRÉMIEUX

Mlle Odile De la Touse.



Plus tard, le PRÉSIDENT D'ÉLECTION prend à part ALBERT et M. CRÉMIEUX.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Il y a quelques années, avec

M. Crémieux, on regardait

le bas des isoloirs

et on faisait

des concours de jambes.

On pariait sur la beauté de

la femme qui allait en sortir.


Une femme sort de l'isoloir.


ANNA

Bonsoir.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Bonsoir, mademoiselle.


FEMME

459.


ALBERT

Ah, oui.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

459.


ALBERT

Festival, Anna.


M. CRÉMIEUX

10 décembre 1968.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

A voté.


M. CRÉMIEUX

Une petite signature,

mademoiselle, s'il vous plaît.


ALBERT

Ici, là.


ANNA jette plusieurs regards à ALBERT.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Voici votre passeport,

mademoiselle.


ANNA

Merci. Au revoir.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Au revoir, mademoiselle.


ALBERT est sous le charme.


Plus tard, ALBERT regarde les résultats des élections à la télé.


ANALYSTE TÉLÉ

(Voix provenant de la télé)

Eh bien, écoutez,

mon cher Rémi,

je crois que

nous sommes face à des

résultats, ma foi, très serrés.

Et peut-être allons-nous

connaître les résultats

du côté de Toulouse...

de Toulouse

et de sa région, bien sûr.


ALBERT et OTTO enregistrent le MAIRE DE MONGICARD, lors d'un tournage sur le terrain.


REPORTER TÉLÉ

Élargir les travaux

de modernisation de la ville

en plus d'une expansion tous

azimuts en vue de construire

un grand centre serveur,

carrefour des disciplines.

En vertu des pouvoirs qui

me sont conférés, j'ai décidé

de raconter n'importe quoi.

Une, deux. Une, deux.

Est-ce que je dois

continuer à parler?

Répondez-moi, s'il vous plaît.


ALBERT

C'est bon, pour le son.


RÉALISATEUR

OK. C'est bon, pour le

son. Lucile, je trouve

ça très, très bien.

Je crois qu'on va pouvoir

tourner.

Alors, tout le monde

est en place? Moteur.


ALBERT

(Au creux de l'oreille du réalisateur)

Tu es pas un petit peu

trop serré, là?

Hum? Gros plan, ça l'avantage

pas. Tu as vu sa tête?


RÉALISATEUR

Oui.

(S'adressant à la cameraman.)

Bon, tu coupes?


LUCILLE

C'est fait.


RÉALISATEUR

Tu as très bien fait

de couper.

(Chuchotant)

Euh, oui...

Lucile, je vais te demander...

Ça serait un peu plus

sympa d'élargir un tout

petit peu. Tu vois? Comme ça.


LUCILLE

C'est une bonne idée. Oui.

Quelque chose comme ça, là?


RÉALISATEUR

Voilà.


LUCILLE

Ça te va, ça?


RÉALISATEUR

Fais voir. Ouais, ouais.

Ouais, je suis très preneur

comme ça. Très bien.


ALBERT regarde le moniteur et se penche vers le réalisateur.


ALBERT

Tu as vu ce que

tu accroches?


RÉALISATEUR

Quoi? Le dôme?


ALBERT

Bien, oui.

Le dôme avec son crâne.


RÉALISATEUR

Hum?

Ouais, ouais, ouais.


M. BUSSINE

Ça va comme vous voulez, là?


RÉALISATEUR

Oui, oui, oui. Enfin,

on affine un tout petit peu.

C'est normal, le cadre,

c'est jamais tout

à fait au point dès le début.

Mais on va pouvoir y aller.

Lucile.


LUCILLE

Hum?


RÉALISATEUR

Tu...

(Plus bas)

Un tout petit truc.


LUCILLE

Oui?


RÉALISATEUR

Ça serait sympa

de « panoter » un chouia

un peu à droite. Tu vois?

À cause du reflet.

Voilà. OK. Parfait.


ALBERT interrompt de nouveau le réalisateur.


RÉALISATEUR

Moteur.


ALBERT

(Tout bas)

Désolé. Ça a aucun

rapport avec l'affiche.

Avec ce qu'ils

ont demandé.


RÉALISATEUR

Oui, mais enfin, ça,

c'est pas grave.


LUCILLE

Quoi? C'est quoi

qu'on a maintenant?


RÉALISATEUR

Non. Rien. Pas de problème.

Voilà. Je crois que là,

ça va être très bien.

On va pouvoir y aller.


ALBERT

C'est pas du tout...


LUCILLE

On va pas se prendre

la tête pour ça.


Le RÉALISATEUR, LUCILLE et ALBERT discute du cadre choisi.


M. BUSSINE

Je suis prêt.


RÉALISATEUR

OK.

C'est un cadre.

Il est merdique.

C'est notre cadre. D'accord?


LUCILLE

Merci. Bon, on peut y aller?


RÉALISATEUR

Oui. On va y aller.


OTTO

(S'adressant à ALBERT)

En quoi ça te regarde?

Pourquoi tu pousses...

Non, mais attends.


ALBERT prend la perche et parle dedans pour que OTTO entende bien dans ses écouteurs.


ALBERT

Il réfléchit à

rien. Ça me gonfle.


OTTO

Non, mais attends.

On va pas couper les cheveux

en quatre pour une interview.

T'as qu'à t'en foutre.


ALBERT

Ta gueule.


M. BUSSINE

Ça va comme vous voulez?


RÉALISATEUR

On va peut-être y aller.


ALBERT

Hum hum.


RÉALISATEUR

Bon. Alors, on se concentre.

Moteur.


ALBERT

Une annonce, peut-être.


RÉALISATEUR

Otto, tu fais une annonce.


OTTO

M. Bussine... la politique

de l'autruche, première.


RÉALISATEUR

C'est quand même pas

compliqué dire une annonce.

M. le Maire, bonjour.


M. BUSSINE

Bonjour.


RÉALISATEUR

Vous n'êtes décidément

pas un maire autruche.

Dans le sens où on découvre

derrière vous ce magnifique

médiascope de Montgiscard.

Alors, si je reprends votre

promo... votre propos, pardon,

vous avez intitulé

ce programme, je crois,

Médiascopie de l'avenir.

Alors, pourquoi un terme

aussi ambitieux?


M. BUSSINE

Ambitieux...

Non, je parlerais plutôt

d'un réalisme enthousiaste.

Qu'est-ce qu'on constate ici

en Haute-Garonne comme ailleurs?

C'est une multipolarisation

de la culture.


L'attention d'ALBERT qui entend par les écouteurs se tourne vers une fanfare lointaine dont ALBERT cherche la provenance.


M. BUSSINE

C'est-à-dire une immense toile

d'araignée qui se tisse

chaque jour à coups d'autoroutes

de l'information.

Que sais-je encore?

Eh bien-


OTTO

Désolé. Il faut couper. Il y

a une fanfare. Je suis désolé.


M. BUSSINE

Ah, non, mais écoutez, là.

C'est très emmerdant.

Moi, je ne peux pas comme ça.

Moi, je ne suis pas un acteur.

Je peux pas refaire les choses

indéfiniment comme ça.

(S'adressant à son attaché politique)

J'étais comment?


ATTACHÉ POLITIQUE

Plutôt bien.


M. BUSSINE

Bon. Eh non, merde!

Éteignez-moi cette fanfare.

C'est tout.


OTTO et ALBERT courent vers des bâtiments au bout d'un champ en se rapprochant de la fanfare.


ALBERT frappe à la porte.


ALBERT et OTTO entrent et tentent d'interrompre le tintamarre en se raclant la gorge.


Le cor anglais lève la main pour aviser.


CHEF DE FANFARE

(Interrompant la musique)

Oui, messieurs.


ALBERT

Bonjour.

Excusez-nous

de vous couper ainsi

dans votre élan, mais...

Voilà. Nous effectuons

non loin d'ici un petit tournage

et on aurait voulu savoir

s'il était possible durant, ouf,

une petite dizaine de minutes,

d'avoir le silence. Voilà.

Relativement...

Un silence complet, quoi.

Absolu.



CHEF DE FANFARE

Un tournage de film?


ALBERT

Oui! Un tournage de film.


COR ANGLAIS

Ouais, Yves!

Ils te veulent comme vedette.


ALBERT et OTTO sont de retour auprès du M. BUSSINE.


M. BUSSINE

Ah, bien,

vous avez mis le temps.


ALBERT

Bon. Alors, moi, je suis prêt.


LUCILLE

Bon. Ça tourne.


RÉALISATEUR

M. le Maire,

pourquoi une telle ambition?


M. BUSSINE

Ambition? Non.

Je parlerais plutôt d'un...

enthousiasme réaliste.


VOIX AMPLIFIÉE

(Provenant d'un mégaphone)

Venez donner notre sang.


ALBERT

Désolé, hein. On coupe.


VOIX AMPLIFIÉE

(Provenant d'un mégaphone)

Venez donner votre sang.


M. BUSSINE

(Marchant d'un pas décidé dans le champ)

Incapables.


VOIX AMPLIFIÉE

(Provenant d'un mégaphone)

De 9h à 17h. On a besoin

de vous. Venez nombreux.


À l'église on fait sonner les cloches.


VOIX AMPLIFIÉE

(Provenant d'un mégaphone)

Offrir son sang est important.

Aujourd'hui,

Place de l'Église de 9h

à 17h. Venez donner votre sang.


OTTO et ALBERT marchent dans la ville, une femme devant eux prend un porte-voix.


FEMME AU MÉGAPHONE

Allez. Les deux

garçons, là, il faut

pas rester inactifs comme ça.

Venez offrir votre sang, Place

de l'église. Toute la journée

de 9h à 17h.

Après tout ce qui s'est passé,

c'est important.

On compte sur vous.

On a besoin de vous.

Venez nombreux. Aujourd'hui

plus que jamais, donner

son sang, c'est important.


OTTO et ALBERT poursuivent leur chemin dans les rues désertes.


OTTO

Il n'y a vraiment personne.


ALBERT

Oui, mais en même temps,

j'aime bien, c'est reposant.


OTTO

C'est vrai que ça a du charme.


LA FEMME AU MÉGAPHONE monte dans une roulotte installée dans un parc.


OTTO et ALBERT passent devant la roulotte et s'arrêtent un peu plus loin sur un banc.


ALBERT

Bon, bien, je sais pas.

On se lance. On y va.

On se jette à l'eau.


OTTO

Oui, mais... j'aime pas trop

ces trucs-là, moi.


ALBERT

Oui, mais plus que jamais,

on doit donner son sang.


OTTO

Moi, je sais pas

si je peux, hein.


ALBERT

Pourquoi? Tu as

pris des risques?

Des risques, oui...

Je pensais pas à

ça. Je mets des capotes

depuis que je suis petit.


OTTO

Ah, depuis

que tu es tout petit.

Ça, ça m'étonne pas, ça.

Question de ne pas se mouiller,

tu es très fort.

Tu es le mec le plus neutre

que je connaisse.


OTTO et ALBERT avancent vers la roulotte.


OTTO

Tu sais, il paraît

qu'ils s'en prennent vachement.


ALBERT

Bien, allez. Grimpe.


OTTO frappe à la porte.


ALBERT

Mais non. Mais t'es con.


OTTO

Non, vas-y, toi.


ALBERT

Bonjour.


Un homme lit son journal dans la roulotte.


PATRICK

Messieurs, bonjour.


ALBERT

On vient donner notre sang.


PATRICK

Oui. Bien.

Vous avez déjà

une carte de donneur?


ALBERT

Moi, oui.


OTTO

Euh... Non. Moi, je...

C'est la première fois.


PATRICK

Bien. Bon, bien,

je vais vous donner à

chacun un formulaire à remplir

de toute façon

qui restera confidentiel.

Voilà. Des stylos. Merci.


OTTO et ALBERT avancent plus loin dans la roulotte.


OTTO

Bonjour.


SOPHIE

Bonjour.


PATRICK

Voilà deux solides gaillards.


ALINE

Oh, non. Pas la flûte.

Mais si, ça va détendre

ces messieurs.


PATRICK

Alors, je vous présente

Sophie et Aline.

Voilà, bienvenue à bord.


ALBERT

Bonjour.


SOPHIE

Rebonjour.


PATRICK

Bon, mesdemoiselles,

je vous les confie.


SOPHIE

Très bien.


ALINE

OK.


SOPHIE

Mais installez-vous, messieurs.


ALBERT et OTTO prennent chacun une place et une infirmière.


ALINE

(S'adressant à OTTO)

Par ici, alors.


SOPHIE

(S'adressant à ALBERT)

Vous me donnez

votre petit blouson?


ALBERT

Oui. Pardon.


SOPHIE

Ça va? Vous êtes

bien installé?


ALINE

Installez-vous.

Vous me donnez votre bras?

Vous êtes pas d'ici.

Non. Je suis de Versailles.


OTTO

Oui. Moi aussi.


SOPHIE

Ah, oui?


OTTO

Ça serre, hein?


ALINE

Oui. C'est un peu normal.


SOPHIE

Fermez le poing.


ALINE

Serrez le poing.

Hum. Vous avez de jolies

veines, hein.


SOPHIE

Ah, bon?


ALINE

Respirez.


OTTO

C'est une belle

agglomération ici.


SOPHIE

Détendez-vous.


SOPHIE

Vous avez une belle veine.


ALINE

Attention, respirez à fond.

Respirez, respirez, respirez.


OTTO

Je les voyais beaucoup

plus petites, les aiguilles.

C'est marrant.


ALINE

Voilà.


SOPHIE

Respirez à fond.


ALINE

Vous ouvrez le poing,

vous fermez le poing

de temps en temps.

Pour faire circuler.

D'accord.


SOPHIE

Voilà. Vous ouvrez votre main.

Vous ouvrez.

Ça va?

Très bien.

Maintenant, vous alternez.

Vous fermez et vous ouvrez

votre main. Hein? Ça permet

de faire circuler le sang.

Patrick?


PATRICK

Oui?


SOPHIE

Tu peux couper la cassette,

s'il te plaît?


PATRICK

Oui. Voilà.


SOPHIE

Merci.

Voilà, hein?

Je vous laisse faire.


ALINE fredonne un air.


SOPHIE

Oh, oui. Aline. Chante ça.

(Chantant Guantanamera)

♪ Guantanamera ♪

♪ Guajira Guantanamera ♪


ALINE ET PATRICK

(Chantant en espagnol)

♪ Yo soy un hombre sincero ♪

♪ De donde crece la palma ♪

♪ Yo soy un hombre... ♪


PATRICK traverse du côté des donneurs.


PATRICK

Tu as pas vu mon Ricqlès?

Je suis vraiment...


SOPHIE

Non, j'ai pas vu ton Ricqlès.


ALINE

♪ De donde crece la palma ♪


ALINE ET PATRICK

(Chantant en espagnol)

♪ Y antes

de morirme quiero ♪

♪ Echar mis versos del alma ♪

♪ Guantanamera ♪

♪ Guajira Guantanamera ♪


SOPHIE se joint aux deux chanteurs.


ENSEMBLE

♪ Guantanamera ♪


ALBERT perd connaissance.


SOPHIE

Oh, là! Aline!


Les deux infirmières relèvent les jambes d'ALBERT et abaissent le dossier de son siège.


SOPHIE

Holà!

Ça va? Vous étiez parti loin,

là, hein?


ALINE

♪ Guajira guantanamera ♪


ALBERT reprend connaissance tandis que OTTO rit dans sa barbe.


SOPHIE

Bon, bien,...


Aussitôt, OTTO perd connaissance aussi.


ALINE

Euh... Sophie?


SOPHIE

Ah!

Eh bien.


Les deux infirmières refont la même manœuvre avec OTTO.


ALINE

Bien, 300 millilitres,

c'est bien, hein.


ALBERT

Hum?


ALINE

♪ Guajira guantanamera ♪


OTTO et ALBERT prennent maintenant une collation.


SOPHIE

(Rendant sa carte de donneur à ALBERT)

Vous l'aviez oubliée.

Vous êtes O moins,

comme moi.


ALBERT

Ah, oui?


SOPHIE

O-, c'est rare.

On est peu nombreux, hein.

C'est bien de donner votre sang.

Il faut continuer.

Parce que les O -

ne peuvent

recevoir que du O-.


ALBERT

C'est "au moins" ça.


Quelqu'un frappe à la porte.


PATRICK

Entrez.


SOPHIE

Bon, allez, je vous

laisse. Il y a du monde.


PATRICK

Bonjour.


OTTO

Merci pour la collation.


SOPHIE

De rien.


DONNEUR

(Voix au loin)

Je viens donner

mon sang.


ALBERT

Jeu de mots stupide.


OTTO

Quel jeu de mots?


ALBERT

Bien, tu as pas compris?

C'est "au moins" ça.


OTTO

Ah, oui. Si, si.

C'est marrant.


ALBERT ne semble pas aller vraiment.


OTTO et ALBERT sont assis à une terrasse tout près de la roulotte de collecte de sang.


OTTO

Bon, quand est-ce qu'elle sort?


Un groupe d'enfants court dans le parc.


ALBERT

Regarde, le petit en rouge,

il court comme toi.


OTTO

Le tout petit, là?


ALBERT

Oui.

Dis donc. Tu étais beau

à la naissance, toi?


OTTO

Je m'en rappelle pas.

Non, non.

Petit, j'étais assez mignon.


ALBERT

Moi, j'étais affreux.

à jeter à la poubelle.

Ah, oui, très, très moche.

Puis après, en deux ans,

j'ai fait des progrès

incroyables.

J'étais même, vraiment,

à 5 ans...


OTTO

Imposant.


ALBERT

Oui.

Vraiment beau, quoi.

Les gens s'arrêtaient et ah!

Après, ça a monté comme ça

jusqu'à 10 ans.

Après 10, 12, 13,

c'est plus difficile, tu vois.


OTTO

Oui.


Les cloches de l'église sonnent.


Le temps passe. OTTO et ALBERT jouent au cartes sur la terrasse.


OTTO

Bon.

Ah, bataille.


ALBERT

Bataille?


OTTO

Bien oui.


Une petit cabriolet arrive et klaxonne. Le conducteur descend et SOPHIE monte dans la voiture.


OTTO

Oh là là.



SOPHIE

Bye!


ALINE

Salut, les amoureux!


SOPHIE

Ciao!


PATRICK

Hé, oh!


PATRICK accroche la roulotte à un camion dans lequel ALINE monte avec PATRICK.


La voiture cabriolet part en klaxonnant.


OTTO

Regarde. Ça y est.

Elles s'en vont.


OTTO

Bataille.


ALBERT remarque une inscription sur sa carte de donneur.


ALBERT

(Lisant l'inscription)

"Sophie, 61 11 09 09."


OTTO

Attends. C'est incroyable, ça.

Non, mais attends.

Ça arrive jamais, ça.


ALBERT

Bon, bien, ça suffit.


OTTO

Attends, elle te laisse

son numéro de téléphone?

Attends, appelle-la

rapidement. Je sais pas.


ALBERT

Mais me presse pas.

On va finir l'interview

du maire, d'abord.

Quant à elle, euh...

attendons la nuit pour agir.


ALBERT rentre à l'hôtel.


Dans sa chambre, ALBERT appelle au numéro inscrit sur sa carte.


PATRICK

(Voix enregistrée)

Bonjour, vous êtes bien chez

Patrick Almond.

Vous pouvez laisser un

message, et ce, juste

après le bip sonore.

(Propos en anglais)

Hello, Patrick Almond is

speaking. Thank you to leave

your message after the beep.


ALBERT

(Propos en anglais)

Hello. I would like

to speak to Sophie.

It was possible...

De parler à Sophie.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Allô? Oui, oui.

J'ai transféré la ligne.


ALBERT

Oui, oui.

C'est Albert... "au moins".


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Ah, salut.


ALBERT

Eh oui. On pourrait

peut-être se voir ce soir.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Attends. Quitte pas, hein?

Il y a un problème

si j'invite un copain ce soir?

Bien, non. Non, rien.

T'aimes bien le foot?


ALBERT

Assez. Oui, oui. Ha, ha...


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Bien, à tout à l'heure.


ALBERT

OK.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Attends. Prends l'adresse.


ALBERT

Tac, tac, tac. Bien, oui.


OTTO tend un papier et un crayon à ALBERT.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Alors, c'est

12 rue des Bourgeons.


ALBERT

12 rue des Bourgeons.

C'est assez amusant, ça.

Ha, ha!


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Il faut que je te donne

des indications?


ALBERT

Non, non, non. Je préfère me

débrouiller tout seul.

J'aime bien.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Bon bien, à tout à l'heure.

Eh bien, alors, OK. Ciao!


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Ciao.


ALBERT

Bonjour, le rire.

J'hésite à y aller à ce dîner.

C'est pas chez elle,

mais chez un autre mec et ils

vont regarder un match de foot.


OTTO

C'est le médecin?


ALBERT

Je sais pas. Une

voix très grave.


OTTO

Son mec?


ALBERT

Oh, non. Bien, non. Elle

n'oserait pas me faire

signe comme ça.

Non, elle avait un ton très gai,

très optimiste, volontaire.

Non, mais je crois que

c'est bon. Je vais y aller.

Vous allez être trois?


OTTO

Bien, oui. Mais au début,

c'est jamais la situation

idéale. Tu vois?


ALBERT

Il faut pas être trop exigeant.

Tu as toujours des gens

qui sont là et qui vont

peut-être partir d'eux-mêmes.

Ou alors qu'il faut

discrètement virer.

Non, au contraire. C'est très

bien tous ces handicaps que

t'apporte la vie.

Ça prouve ta force.

Ça prouve ta détermination.

Ça prouve, si j'y vais,

c'est que je la veux vraiment.


OTTO

Hé, là, attends. Le jour

de son mariage, tu vas aller

à la mairie, rempli d'espoir?


ALBERT

Sois pas pénible,

Otto, s'il te plaît.


OTTO

Mais attends, excuse-moi.

Allez voir un match de foot avec

un type quand tu sais

pas qui c'est.


ALBERT

C'est peut-être

son amant, son ex?

Qu'est-ce que je vais aller

foutre là-bas, moi?


OTTO

Bien, vas-y.

Comme ça, tu le sauras.


ALBERT

Je peux peut-être rappeler

pour savoir qui c'est ce type.


OTTO

Comment? Tu vas

pas demander ça comme ça.


ALBERT

Oui, mais comment je peux

le savoir?

Bien, déjà, ils vivent

pas ensemble.


ALBERT

Est-ce qu'on

peut savoir si quelqu'un

a bien transféré sa ligne?


OTTO

Attends. Si on connaît le nom

du type sur l'annonce

du répondeur.


ALBERT

Tu peux peut-être tomber sur

son répondeur, il dit

son nom au début.


OTTO

Attends, mais si

c'est lui qui décroche.


ALBERT

Eh bien, je te le passe.


OTTO

Tu me le passes?


ALBERT

Oui. Et tu dis que tu t'es

trompé de numéro et comme ça,

tu en profites pour lui demander

le tien. C'est très simple.


OTTO

Oui.

Mais j'ai vachement de mal avec

ce genre de combine, moi.


ALBERT

Bon, écoute.


PATRICK

(Voix au téléphone)

Oui?


OTTO

Allô? Allô, euh...

Je voudrais parler...

au propriétaire.


PATRICK

(Voix au téléphone)

De quoi?


OTTO

Du logement.


PATRICK

(Voix au téléphone)

Mais qui êtes-vous, monsieur?


OTTO

Un ami. Et vous?


PATRICK

(Voix au téléphone)

Moi aussi, je suis un ami.


OTTO

Mais de qui?


PATRICK

(Voix au téléphone)

Bien, du même que vous.



OTTO

De Sophie?


PATRICK

(Voix au téléphone)

Ah, vous voulez

parler à Sophie?

Je vous la passe.


OTTO

(S'adressant à ALBERT)

Qu'est-ce que je fais?


ALBERT

Tu dis que tu me cherches.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Allô?


OTTO

Allô. Où est Albert?


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Euh, bien, je sais pas.

Vous le cherchez?


OTTO

Bien, oui, je le cherche. Oui,

il faut que je lui parle, oui.

Votre mari a pas su me dire

où il était.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

C'est pas mari,

c'est un copain.


OTTO

Ah, bon, mais vous avez

beaucoup de copains comme ça?


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Vous êtes qui, vous?

Je suis Otto, le copain

d'Albert. Non, je blaguais.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Ah.


OTTO

Non, je suis très

inquiet parce qu'il m'a dit

qu'il en avait pour cinq

minutes. Il est toujours

pas rentré. Alors, euh...


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Attends. Calme-toi. Il

doit venir dîner ici ce soir.

Donc, je peux faire

une commission si tu veux.


OTTO

Euh, oui. Bien, écoute.

Tu lui dis que je lui

en veux plus.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Bon, d'accord.


OTTO

Hum.

Euh, sinon, ça va, toi?

Ouais.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Oui, oui, je te remercie,

oui. Toi, tu vas bien?

Oui, oui.


OTTO

Mais dis-moi,

j'appelle où, là?


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Chez un copain.

J'ai transféré la ligne.


OTTO

Ah, d'accord.

Tu habites pas là.

Tu vis ailleurs.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Voilà.


OTTO

Et c'est cher

les loyers à Toulouse?


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Bien, ça dépend du quartier.


ALBERT écrit quelque chose et montre la note à OTTO : Arrête! [OTTO

Non, mais toi, dans ton coin?


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Oui, ça va.


ALBERT insiste avec le mot : ARRÊTE.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Je paie un prix normal, quoi.


OTTO

Mais tu paies combien à toi

seule? Si c'est pas indiscret.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Bien, 2800 charges comprises.


OTTO

Ah, oui, c'est vachement

raisonnable, oui.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Excuse-moi,

il faut que je parte, là.

J'ai un copain qui m'attend

pour acheter un baba au rhum.


OTTO

Mais j'appelle chez lui, là?


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Non, non. Là, tu appelles

chez un autre copain.


OTTO

Ah, bon. Mais attends.

Celui qui a décroché, il a

aussi fait transférer sa ligne?


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Je t'explique.


OTTO

Oui.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

C'est parce qu'Eudin est

sorti chercher la soupe.


OTTO

Ah.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Mais viens

si tu veux, ce soir.

Ah, non. Je peux pas.


OTTO

J'ai des rapports de

script à remplir.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

D'accord.

Mais tu mets une

capote, quand même,

hein. Bon allez, salut.

Je transmettrai la commission

à Albert s'il vient.


OTTO

OK. Merci. Ciao.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Ciao.


ALBERT

Putain! Mais tu es lourd,

lourd. Je comprends pas.

Tu as démarré léger,

trop léger, même.

Puis après, c'est carrément

les renseignements généraux.

Je suis sûr qu'elle

se doute de quelque chose,

là. Puis qui c'est, ces types?

Si tu veux mon avis,

elle est très cul.

Il y a déjà visiblement

deux types avec elle.

Vous serez quatre.

Réfléchis quand même.


ALBERT

Il faut que je me distingue.

Un cadeau.

Un cadeau pour que je me

démarque de ces types.


OTTO

Tu as vu l'heure?


ALBERT considère la lampe de chevet de la chambre.


OTTO

Non. Oui. Alors, là,

tu peux être ridicule aussi.


ALBERT

Mais non, mais c'est très bien

les gens qui n'ont pas peur du

ridicule, c'est très touchant.

Voilà. De toute façon,

maintenant, il faut

que je me prépare

sinon, je n'aurai pas le

temps tout à l'heure.

Hein?

Il faut que je fasse comme si

j'y allais. Voilà. Donne-moi

la chemise. L'autre.


Plus tard, ALBERT remarque que OTTO a pris une douche.


ALBERT

Mais pourquoi tu te laves, toi?


OTTO

Ah, dis? Je te remercie.


ALBERT

C'est pour la caméraman?


OTTO

Non. Je me tiens disposé,

c'est tout.


VOIX À LA TÉLÉ

Tant qu'on ne supporterait

pas la calvitie chez une fille.

C'est tout.


OTTO

(Se regardant dans la glace)

Ah! Ah, non. Ah, quelle

horreur! Tu as entendu,

là, ce qu'il disait?


ALBERT

Oui. J'ai entendu. Oui.

T'as tous tes tifs, toi.


OTTO

Ben ouais.


ALBERT

Et ton père, il est chevelu?


OTTO

Oui.


ALBERT

Et tes grands-pères?


OTTO

Bien, ils avaient des

brosses impeccables.


ALBERT

Ah, fumier!


OTTO

La calvitie,

si c'est pas congénital

c'est que tu as eu un grand

choc psychologique.


ALBERT

Non, non.

J'ai jamais eu de grand choc

psychologique, moi. Pas eu

de décès de proche,

pas de dépression,

pas de grand amour.


OTTO

Bien, attends.

C'est peut-être ça aussi.


ALBERT

Mais non, c'est génétique,

je te dis.

De père en fils,

que des boules à zéro.


OTTO

Attends, ça va. Hé, oh!

Tu en as encore vachement, là.

(Remuant quelques mèches)

Regarde. Ça va.


ALBERT

Vu du dessus, je sais,

c'est terminé.


OTTO

Bien, oui, mais attends.

(Recoiffant ALBERT)

Si tu te coiffes comme ça.

Regarde.

Il faut pas qu'il y ait de

courant d'air, mais...


ALBERT

Oh...


OTTO

Mais je sais

pas, moi. Fais-toi faire

des implants si tu le vis mal.


ALBERT

Mais tu vois, parfois,

j'oublie complètement, mais

quand je rêve, la nuit, bien, je

me vois toujours avec une

coiffure pas possible

avec plein de boucles,

de frisous et tu vois...

Charlebois ou Polnareff

dans les années 1970, quoi.


OTTO

François dit que les implants,

c'est par touffes

puis que ça coûte

la peau du cul.


ALBERT

Bien, tiens.


OTTO

Tu imagines si tu peux te

payer qu'une touffe par an?


ALBERT

Putain! Il est 20h.


OTTO

Ah, oui. Peut-être...


ALBERT

Euh...


OTTO

Qu'est-ce qu'il y a?

Ça va pas?


ALBERT

Hum...


OTTO

C'est l'oeuf. Ou c'est ton

truc qui revient peut-être?


ALBERT

Oui.

Cette fille... Pourtant, il

s'est rien passé d'équivoque...

Pas de proposition franche.


OTTO

Ah, si, attends. Quand même...

Le coup de téléphone

sur ta carte.


ALBERT

Tais-toi.

Je sens que je vais y passer.


OTTO

Hum, qu'est-ce qui

te fait dire ça?


ALBERT

Cette fille, elle m'apparaît

très, très bien.


OTTO

Alors, attends. Si tu vomis,

ça veut dire que tu es amoureux.


ALBERT

Ah, non. C'est beaucoup plus

compliqué que ça, quand même.


OTTO

Enfin, là, tu sais

que tu vas vomir?


ALBERT

Eh oui.

Tu vois, si certains

mots à haute teneur affective

ou sentimentale sont employés

à mon intention, crac, bap, bop!


OTTO

Ah bon ? Mais attends,

mais quel genre de mots?

Baise, cul, sexe?


ALBERT

Mais non.

C'est quand même assez rare que

dans un premier rendez-vous

galant, on parle comme ça.

Enfin, toi, je sais pas,

mais moi, rarement tout de même.


OTTO

Bien, François,

lui, il attaque carrément:

"J'ai envie de te piner."


ALBERT

Hein?


OTTO

Non, je dis François,

il y va carrément, quoi.


ALBERT

Bien, oui. Bien, lui,

il a l'estomac bien accroché.


OTTO

Non, je disais des mots comme:

"ton visage", "pour toi".

Tu vois, quand c'est dit

trop généreusement, trop

sensuellement...

Ou le mot "bouche".


ALBERT traverse la rue devant une boutique de fleurs pour aller à une autre boutique de fleurs en face. Puis il retraverse pour retourner à la première boutique.


ALBERT attend pour traverser la rue.

ALBERT

(Pour lui-même)

Bon, le type au téléphone,

il avait pas une voix

de comique, hein.

La compète va être très,

très dure, mais je me connais.

Ah, par contre, oui. Si c'est

des types sans aucun humour...

Toute petite voix,

très, très gentils,

très polis, maladivement

timides. Hum... Presque muets.

Ah, bien, alors, là.

Là, je peux me déchaîner.

Ça peut cartonner très fort.

(Traversant un parc)

Qu'est-ce que j'ai comme vanne

accessible là, maintenant?

Hein?

Bon, bien j'ai l'hippopotame.

L'hippopotame, ça,

c'est inattaquable.

Deuxièmement, j'ai le citron:

pas un zeste, ze suis

pressé. Pas drôle!

Oh là là là là!

(S'arrêtant devant un vieux bâtiment)

Ça s'annonce lugubre.


ALBERT entre dans l'immeuble et prend quelques cachets en montant l'escalier.


ALBERT s'apprête à frapper à la porte quand il remarque les photos qui y sont accrochées. En touchant une des photos, ALBERT la fait tomber au sol.


PATRICK

(Venant ouvrir)

Bien, épluche-les,

toi, les oignons.

Bonsoir.


ALBERT

Et bonsoir.


PATRICK

Ah, Albert "au moins"?

C'est ça?


ALBERT

Lui-même.


PATRICK

Ça fait longtemps

que tu es là, non?


ALBERT

Non, non, non.


PATRICK

Entre, entre.


SOPHIE

Patrick, la soupe.


PATRICK

Merde! La soupe. Excuse-moi.

(Donnant un sac de déchet à tenir à ALBERT.)

Je reviens.

Pardon.


SOPHIE

(Approchant d'ALBERT)

Holà.


ALBERT

Ah.


SOPHIE

Bonsoir.


ALBERT

Bonsoir.


SOPHIE

C'est un cadeau?


ALBERT

Non. C'est ton ami

qui a laissé ça là.

Mais... Bien,

je vais le descendre.


SOPHIE

Bien, non. Il va le faire.

Attends. Ça va.


ALBERT

Non, non. Mais c'est

pour deux secondes. Tiens.

Non, ça... Ça c'est pour toi.


SOPHIE

Un cadeau encore?

(Déballant le cadeau)

Oh!

Une bouilloire.


ALBERT

Oh, c'est rien.


SOPHIE

Oh, très, très gentil.


ALBERT

Non, c'est rien. C'était pas

cher. J'ai trouvé ça dans une

grande surface. Alors, voilà.

Il y a même pas d'emballage.


SOPHIE

C'est très, très chouette.

Vraiment.


SOPHIE

Ça, c'est le... c'est le sifflet?

(Soufflant pour activer le sifflet)

Je suis gâtée, hein?

Merci.


ALBERT

Merci.


ALBERT

Bon. Euh...


ALBERT descend le sac à déchets.


SOPHIE

Bon, bien, merci, hein.


SOPHIE retourne à l'intérieur et ferme derrière elle.


Un bruit nous laisse croire que le sac de déchets s'est déchiré.


À l'intérieur, ALBERT laisse SOPHIE s'occuper de nettoyer son pantalon.


ALBERT

Tu rencontres

un type très gentil.

Il est très doux,

poli, intelligent.

Beaucoup d'humour.


SOPHIE

Hum hum.


ALBERT

Mais tu apprends

qu'il est balladurien.

Qu'est-ce que tu fais?


SOPHIE

Tu te poses encore

ce genre de questions, toi?

Ah, je le fous dehors.

Je sais pas.


ALBERT

Pourquoi? Tu es balladurien?

Ah, non, non. Alors,

là, au contraire. Et là,

je te rassure tout de suite.

Moi, je suis fondamentalement

de sensibilité de gauche.


SOPHIE

Sensibilité de gauche?


Autour de la table, six hommes, SOPHIE et ALINE sont attablés pour le dîner.


SOPHIE

Tout le monde

a les mains propres?


ENSEMBLE

Oui!


ALINE

On va voir ça.


SOPHIE fait le tour des garçons pour vérifier la propreté des mains.


SOPHIE

Fais voir tes mains, toi.


ALINE

Ah, non!


SOPHIE

Montre-moi tes mains.


PATRICK

Regarde. Je te les ai

montrées, non?


CYRIL

Madame.


SOPHIE

Hum. Cyril.

OK. Allez. Tu vas te laver

les mains tout de suite.

Allez, zou! On y va,

on ne discute pas.

PATRICK

Attention, c'est chaud.


SOPHIE regarde les mains de PATRICK et en profite pour les tenir plus longtemps. [SOPHIE

Allez, on trinque!


CONVIVE

Attends. J'en ai pas, moi.

C'est à toi, d'abord.


Tous trinquent avec leur bol de soupe.


SOPHIE

Dans les yeux

sinon ça marche pas.


CYRIL

J'en ai appris une, moi,

qui me fait mourir de rire.

Numéro 1 au hit-parade.

M. et Mme Fonfec ont une fille.

Comment s'appelle-t-elle?


SOPHIE

M. et Mme quoi?


ALBERT

Fonfec.


SOPHIE

Fonfec?


PATRICK

Sophie, non? Sophie?


CYRIL

Tu la connaissais? C'est ça?


PATRICK

Sophie.


ALBERT

Sophie Fonfec.


SOPHIE rit aux éclats et les autres aussi.


SOPHIE

Il est con, celui-là, alors.


ALBERT

Celle-là, je vais me prendre

un bide à tous les coups.


SOPHIE

Allez. Vas-y, vas-y. Vas-y.


ALBERT

Alors, ce sont deux

hippopotames qui sont

dans le fleuve Limpopo.

Et ils sont là.

On ne voit que leurs

deux yeux qui sortent de l'eau.

Quarante degrés à l'ombre.

Autant dire pas d'ombre du tout.

Il se passe rien.

Voilà. La rivière est couleur

chocolat.

Il y a juste un vautour comme ça

qui volette au lointain.


ALINE

Ouais, ouais. Et alors?


ALBERT

Bien, il y a un

des deux hippopotames

qui s'appelle Patrick.

Et qui se tourne vers son

copain qui s'appelle....


EUDES

Eudes.


ALBERT

Eudes. Hum hum.

Et Patrick dit à Eudes:

"Dis donc, Eudes, j'arrive

toujours pas à me faire à

l'idée qu'on est déjà vendredi."


PATRICK

Elle est drôle.


CYRIL

C'est fini?


SOPHIE

Non, non. Si, si, elle est drôle.


ALBERT

Je la raconte très, très mal.


SOPHIE

C'est un peu absurde, quoi. En

fait. C'est une blague absurde.

Hum.

Non. Si, si, elle est drôle.

Puis, moi, j'adore

les hippopotames.


ALBERT

Bien, ils me réussissent

pas tellement, hein.


PATRICK

C'est un grand malin.


SOPHIE

Quels sont tes rapports

avec les animaux?


ALBERT

Excellents.


EUDES a le rhume et tousse et éternue sur ALBERT.


SOPHIE

Je veux dire que toi...

Parle-moi d'égalitarisme.

Alors, pour toi, c'est quoi?


EUDES

Tu sens une vraie usure.

Une vraie fatigue.


ALBERT

Quand le corps sature.

Oui.


SOPHIE

Pour moi, une société et

riche, et forte a son système

d'aide aux mecs qui galèrent.

Hein? Par exemple, cet

après-midi Albert, qui

est là, a donné son sang.

Il est en bonne santé,

il est fort, il est O-.

Et il le prouve en

donnant son sang.


PATRICK

C'est bien.


ALINE

Et en plus, il tombe

tout le temps dans les pommes.


SOPHIE

On dit que Cuba est un échec.

Mais ils ont une

mortalité infantile la

plus basse de l'Amérique du Sud,

pas de prostitution enfantine.

Tous les enfants vont

à l'école gratuite. Quand même.

Il faut pas l'oublier ça.

Il y a un médecin

pour cinq habitants.


PATRICK

Un médecin

pour cinq habitants!

Pour certainement plus.

Sophie, ça, c'est des

chiffres de propagande.


SOPHIE

Ah! Mais tu m'énerves!

Bon, alors, peu importe. Ce

que je veux dire, c'est que pour

moi, Cuba, c'est un pays fort.


ALBERT

Hum hum.

Vous êtes déjà allés à Cuba?


SOPHIE

Non.


EUDES continue d'éternuer.


ALINE

Ah, oui.


PATRICK

Les mecs, le

match va commencer!


Tous se lèvent en choeur et débarrassent leur couvert. SOPHIE et ALBERT restent à table.


SOPHIE

Tu aimes bien le foot?


ALBERT

Ah oui, oui, oui, oui.

J'y connais rien du tout. Oui.

Oui. Enfin non...

J'aime bien regarder la télé.


SOPHIE

Qu'est-ce que tu regardes?

J'aime bien les singes.


SOPHIE

Tu aimes bien les singes?


ALBERT

Ils me font

beaucoup rire, oui.


SOPHIE

Ils me font un peu peur.


ALBERT

Hum. Hum.

Oui. Les grands

singes, d'accord.

Moi, je pensais aux petits.


SOPHIE

Les petits aussi.


ALBERT

Je les regarde pas la nuit.


Pendant la conversation les autres convives débarrassent aussi la table et ramènent un divan devant la petite table à laquelle SOPHIE et ALBERT sont toujours attablés.


ALBERT

Il faut dire que le foot...

Il faut dire que des fois

le foot, ça peut être très,

très bien...


SOPHIE

Hum, hum...


ALBERT

Quand ils sont tous là.


CYRIL

Albert, tu es sur la télé.


En effet le siège d'ALBERT est une télé.


ALBERT

Oh, pardon.


SOPHIE

Ah.


La télé diffuse déjà le match de soccer.


ALBERT

Je m'en vais tout

de suite. Hop!


ALBERT déplace la petite table.


CYRIL

Il rentre!

Monte, monte le son.


PATRICK

Ça y est, j'ai monté, déjà.


CYRIL

Mais plus fort!


SOPHIE

Alors...


SOPHIE et ALBERT s'assoient par terre avec le groupe. SOPHIE choisit de s'assoit entre les jambes de CYRIL.


EUDES

Le Guen.

Albert, tu es

pour quelle équipe, alors?


ALBERT

Ah, moi je suis

pour la plus...

la plus fair-play.


ANIMATEUR SPORT

(Voix décrivant le match)

Ouais.

Loin devant.


EUDES

Hop hop hop!


ANIMATEUR SPORT

(Voix décrivant le match)

La tête de Dieng.


SOPHIE

On joue au Baiser-but?


ENSEMBLE

Ah, oui, oui, oui!

Oui.


CYRIL

Hein?

Moi, je prends Loko.


EUDES

Ah, c'est dégoûtant.


ALBERT

C'est quoi le Belzébuth?


PATRICK

Non, le Baiser-but.

C'est un jeu. On a chacun un

joueur imparti choisi au hasard.

Et Aline et Sophie

embrassent celui dont

le joueur marque un but.


EUDES

Mais on joue à chaque fois.


CIRYL

Tiens.


Des tickets auto-collants sont distribués aux hommes.


ALBERT

Merci.


SOPHIE

Il est là. Regarde.


ALBERT

Ah, ça, c'est Nouma?


PATRICK

Ça, c'est Le Guen.


ALINE

Non, c'est Le Guen.


ALBERT

Et alors, Nouma?

Montrez-le-moi

quand vous le voyez.


ALINE

Ah...


PATRICK

Il est remplaçant, Nouma.


SOPHIE

Il est pas sur le terrain, là.


EUDES

Il va peut-être rentrer,

c'est pas sûr.


ALBERT

Mais, alors...


SOPHIE

Allez!



Tous s'enthousiasment au premier but.


SOPHIE

Loko. C'est qui, Loko?

C'est pour qui.


ALINE

Ah, c'est mon Claude.


SOPHIE

Wow! Wow! Wow!

Un petit bisou.


ANIMATEUR SPORT

(Voix décrivant le match)

Dans un silence

de cathédrale, il

coupe au premier poteau.


CYRIL

Ouais, bien, ça va.

Oui, mais qu'est-ce

qui branle, Le Guen?

Mais c'est pas possible!


PATRICK

Il arrête pas, Le Guen.


ALINE

Allez.


CYRIL

Je le vois jamais, moi.


SOPHIE

OK. Il est là.

Ah.

Allez, allez.

Petit, petit, petit...

Allez, allez, allez!


ANIMATEUR SPORT

(Voix décrivant le match)

Il a failli couper Loko.

Oh, que c'était bien joué.


PATRICK

Ouais.

Eh putain!

Eh merde!


SOPHIE

Je te ferai

quand même un bisou, va.


ALBERT

Il va peut-être être

remplacé par Nouma?


CYRIL

Ah!


SOPHIE

Ah!


ALBERT

Ah, mais me voilà.

Me voilà. C'est moi, là.


SOPHIE

Ah!


ALBERT

C'est...

C'est moi.


EUDES

Il est coiffé

comme toi, dis donc.


SOPHIE

Bienvenue.


ALBERT

Le 15. Bienvenue?


ANIMATEUR SPORT

(Voix décrivant le match)

Voilà.


EUDES

Dis donc. Premier

ballon, première occasion.


ALBERT

Il envoie les ballons,

dis donc. Hein.


ALBERT

Et ping!

Le voilà.


CYRIL

Hé! Non...

Ah... S'il est aussi

en forme que Le Guen--


ALBERT

Mais pourquoi ils l'ont

pas fait rentrer plus tôt

s'il est aussi en forme, aussi?

Il pète le feu, là.


CYRIL

Tu parles.


PATRICK

Et Nouma!

Oui. Joli!


Tous s'enthousiasment au jeu de Nouma.


LES GARÇONS

C'est Nouma!

C'est Nouma!

Mais c'est Nouma!


PATRICK

Il a mis le troisième.


SOPHIE

Wow!

Allez. C'est toi.


SOPHIE embrasse tendrement ALBERT.


Le match se poursuit à la télé. Ensuite on retrouve SOPHIE et ALBERT dans une voiture. Puis SOPHIE fait visiter sa maison à ALBERT.


SOPHIE

Voilà. Ça, c'est le salon,

la salle à manger.

Les toilettes,

je te les montre pas.

Ça, c'est ma petite cuisine.

Et puis là, c'est ma chambre.


ALBERT

Très joli.


SOPHIE

Voilà. C'est chez moi.

Je vais mettre un truc génial.

Un disque. Un groupe

de Toulouse.


ALBERT

Ah, bon?


SOPHIE

J'adore.

Ça va nous réveiller.


ALBERT et SOPHIE dansent au rythme de la chanson Quel sera notre futur, Fabulous Trobadors.


FABULOUS TROBADORS

(Enregistrement)

♪ Qui aura l'autre à l'usure ♪

♪ Je me perds en conjectures ♪

♪ Ce sont tous les deux des durs ♪

♪ Chirac est au pied du mur ♪

Mais Balladur semble très sûr ♪

♪ Quel sera notre futur ♪

♪ Quel sera notre futur ♪


Sur une tablette, ALBERT remarque la photo d'un homme.


ALBERT

C'est...


SOPHIE

Mon papa. C'est un mec génial.

Il faudrait que tu le rencontres.


FABULOUS TROBADORS

(Enregistrement)

♪ Mais Balladur semble très sûr ♪

♪ Quel sera notre futur ♪

♪ Quel sera notre futur ♪


ALBERT remarque des peitnures encadrés sur le mur.


ALBERT

C'est toi qui fais ça?


SOPHIE

Oui.

Quand j'étais petite. C'est

ma période peintre. Tu vois?


ALBERT

J'aime bien le visage. Très

particulier, mais...


SOPHIE

Ouais.

C'est une pomme de terre.


FABULOUS TROBADORS

(Enregistrement)

♪ Giscard Giscard Delors

Delors Chirac Chirac est mûr,

mais Balladur semble très sûr ♪

♪ Quel sera notre futur ♪

♪ Quel sera notre futur ♪


ALBERT

Et... Tu es une spécialiste

des patates?


SOPHIE

Pourquoi?


ALBERT

Je sais pas. Cette rangée, là.


SOPHIE

C'est ma famille.

Hum...


SOPHIE et ALBERT continuent de danser en se déplaçant dans la pièce. Puis doucement SOPHIE s'étend sur le lit tout en continuant de suivre le rythme.


FABULOUS TROBADORS

(Enregistrement)

♪ Quel sera notre futur ♪

♪ Quel sera notre futur ♪

♪ Giscard Delors ♪

♪ Delors Chirac Chirac est mûr,

mais Balladur semble très sûr ♪

♪ Quel sera notre futur ♪

♪ Quel sera notre futur ♪

♪ Tant qu'il y a Barbara

Séguin Séguin Pasqua

Pasqua Giscard

Giscard Delors Delors Chirac

Delors Chirac Chirac est mûr,

mais Balladur semble très sûr ♪


ALBERT fait quelques balancements de hanche avant de s'étendre à son tour.


FABULOUS TROBADORS

(Enregistrement)

♪ Quel sera notre futur ♪

♪ Quel sera notre futur ♪


SOPHIE

Oh...

Qui c'est, ça?


ALBERT

Euh... C'est Albert.


SOPHIE

Bonjour, Albert.


ALBERT et SOPHIE s'embrassent.


SOPHIE

(Chuchotant)

Dis donc, tu perds

vachement tes cheveux.


ALBERT

(Chuchotement)

Ah, oui.

Tu avais remarqué, hein?


SOPHIE

C'est mignon.


ALBERT

C'est mignon?


SOPHIE

Oui.


ALBERT

C'est mignon!


Une chasse d'eau fait sursauter SOPHIE et ALBERT.


SOPHIE

Oh, c'est lui.


ALBERT

Qui ça, lui?


SOPHIE

Mon ancien amant.


ALBERT

Ton ancien amant?


SOPHIE

Ah, je croyais

qu'il m'avait rendu la clé.


ALBERT

Ça alors.

Mais c'est peut-être

la plomberie qui déconne.


SOPHIE

De toute façon,

il faut aller voir.


ALBERT

Mais oui, mais si c'est

moi qui y vais...

Non. Il vaut mieux

que j'y aille pas.


SOPHIE

De toute façon, il faut y aller.


ALBERT

Bah oui...


SOPHIE

Si c'est pas lui, c'est

peut-être un autre.


ALBERT

Un autre ex?


SOPHIE

Mais non! Un autre mec, enfin.

Un cambrioleur.


ALBERT

Un cambrioleur?


SOPHIE

Oui.


ALBERT

Mais il serait stupide d'aller

aux toilettes et de tirer

la chasse d'eau

en sachant qu'on est là.


SOPHIE

Il nous a peut-être

pas entendus.


ALBERT

Tu veux dire qu'il serait

endormi sur le pot?

C'est quoi ce cambrioleur?

Non. C'est quelqu'un

que tu connais. Vas-y.


SOPHIE

Non. Vas-y. Si c'est toi,

tu es un mec, il te fera rien.


ALBERT

Oui, mais si c'est une fille!

Tu veux pas me dire qui c'est?


SOPHIE

Patrick?


ALBERT

C'est le seul ex

qui a eu tes clés?


SOPHIE

Non.

Puis arrête de dire "ex",

enfin. C'est énervant!


ALBERT

La vache! Mais il y en a

combien, des types?

Tous les mecs

qui étaient là ce soir.


SOPHIE

Allez. Vas-y,

merde. Arrête de discuter.


ALBERT se rend à la salle de bain.


PATRICK

Salut, Albert. T'évanouis

pas. C'est moi, c'est Patrick.


ALBERT

Bonsoir, Docteur.

Euh... Ça va pas?


PATRICK

Si. Oui. Ça va. Ça va bien.


ALBERT

Tant mieux.


PATRICK

Et toi, ça va?


ALBERT

Ah, ça va bien.


PATRICK

Ah, on a mangé de

la bonne soupe quand même.


ALBERT

Oui.


PATRICK

Tu as bien mangé?


ALBERT

Ah, c'était très bien.


PATRICK

On a gagné. C'est comme...

C'est le plus important, ça.


SOPHIE

Patrick.


PATRICK

3-0 qu'on leur a mis.


SOPHIE

Tu sors immédiatement d'ici.


PATRICK

Avec Loko-


SOPHIE

Patrick, tu sors

immédiatement d'ici.


ALBERT

Non, moi, je m'en vais.


SOPHIE

Non. Toi, tu restes et

Patrick, tu t'en vas.


PATRICK

Mais oui, je m'en vais,

ma petite Sophie.

Vas-y. Tire la chasse

et je m'en vais.


SOPHIE

Patrick, tu me donnes

les clés, tu prends ton

scooter et tu te casses.

(En criant)

Je veux plus te

voir ici. Tu fous le camp

immédiatement. D'accord?


PATRICK

(Chantant)

♪ Guantanamera ♪

♪ Guajira Guantanamera ♪


SOPHIE

Bon, Albert,

tu le fous dehors.


ALBERT

Oh, non. Moi, oh là là. Hé.


SOPHIE

Albert. Pour la dernière fois,

tu m'évacues ce connard!


PATRICK

(chantant)

♪ ... sincero ♪


ALBERT

On attend la fin

de la chanson.


PATRICK

(Chantant)

♪ Mais elle

m'a laissé tomber ♪


SOPHIE

C'est simple.

Patrick, pars ou j'appelle

les flics et ils vous embarquent

les deux.


ALBERT

Bon, écoute. Patrick. Hein?

On va aller fumer une clope

tous les deux dehors?


PATRICK

(Chantant sur l'air de Guantanamera)

♪ Mon Dieu,

mais qu'est-ce que j'ai fait? ♪


ALBERT

Non. Ne me fais pas

le coup de l'amitié virile.

Pas... Pas la peine.


SOPHIE soulève PATRICK en le soulevant par le col.


PATRICK

(Toujours en chantant)

♪ Oh on me prend

par le colback ♪

♪ Et on me jette dehors ♪

♪ Je vais hurler ♪


SOPHIE reconduit PATRICK dehors.


SOPHIE

(Hurlant)

Là, tu prends ton scooter...


PATRICK

♪ à la mort ♪


SOPHIE

Et tu te tires!

Allez, viens, Albert.

Oublions ce pauvre type.


PATRICK

Non, reste,

reste avec moi, Albert.

Je vais t'expliquer.

Je l'aimais bien

ce petit jardin, tu vois.

Le gazon, là? On s'est

fait chier avec ce gazon.

C'est moi qui l'ai traité

contre les bêtes.

Les aoûtats!

Et le persil et la

ciboulette, c'est moi

qui l'ai planté dans le-


SOPHIE

(Criant de la porte)

Tu vas fermer ta gueule, oui?


PATRICK

C'est moi qui l'ai planté...

dans le petit potager.


SOPHIE s'enferme à l'intérieur.


PATRICK

C'est moi qui ai inventé

le système avec la bassine.

Pour que ça arrose

quand il pleut pas.


VOISIN

(Voix au loin)

Silence, à côté!

Hein?

(Hurlant)

Les bourgeois

n'ont jamais rien inventé!

Tiens. Je vais me coucher

avec mon scooter. Oui.

Je vais dormir là.


ALBERT est de nouveau avec SOPHIE dans son lit.


ALBERT

C'est quand même un petit

peu emmerdant, non?

Il peut pas conduire. Il est

complètement bourré.


SOPHIE

Albert.

Je me fous des voisins. Je me

fous de ce type. Je te veux toi.


ALBERT

Super.


Le moteur du scooter roule sur le côté. PATRICK est couché près de l'échappement et chante Guantanamera.



PATRICK

♪ ... guantanamera ♪


SOPHIE et ALBERT sortent voir ce qui se passe.


SOPHIE

Qu'il est couillon! Il s'est

pris l'écharpe dans la roue.


ALBERT

Oh là là! Patrick, ça va?


SOPHIE

J'arrive pas à le dégager.

Il faudrait couper l'écharpe.


PATRICK commence à tousser.


ALBERT

Bien, il y a ...

Il y a des ciseaux

dans mon couteau.


SOPHIE

Dépêche-toi.


ALBERT

Euh...Voilà.


SOPHIE

Coupe le moteur

pour l'instant.


ALBERT appuie sur le klaxon.


SOPHIE

Mais non, à droite!


ALBERT se trompe et donne du gaz plutôt que de couper.


SOPHIE

(Criant)

N'accélère pas! Bordel!


PATRICK tousse.



ALBERT

(Fermant le moteur)

Ça y est. Excuse-moi, Patrick.


SOPHIE

Ça va?


PATRICK

Il faudrait appeler

les pompiers, là, non?


SOPHIE

Non, non. Il est médecin.

Si les pompiers le voient comme

ça, sa réputation est foutue.

Non. Il faudrait

le ramener chez lui, quoi.

Bon, tu sais conduire

un scooter?


ALBERT

Non, pas encore.


SOPHIE

Ah, tu es couillon

aussi, toi, hein?


ALBERT raccompagne PATRICK dans la voiture de SOPHIE, qui conduit le scooter devant.


PATRICK

C'est une fille merveilleuse.

Elle sait, mais elle voit

le joli chez chacun.

Tu sais, dans la vie, il

y a rien qui se déglingue pas.

Regarde. Tes cheveux.

Ta tête qui se barre en couille.

Tu te dégrades.

Et elle part avec un type

comme toi.


ALBERT

Mais non. La preuve:

on est avec toi. Non?


PATRICK

Je me casse en Afrique.


ALBERT

C'est ça.


PATRICK

Et salut la compagnie!


PATRICK

Fini le pays

des chauves speedés,

des hypocrites, cadres lâches,

des faux chefs de tout poil.

Des petits planqués comme

toi qui chantent avec le coq.


PATRICK

Hé!


ALBERT

Quoi?


PATRICK

Au pubis, tu perds tes poils aussi?


ALBERT

Bon, écoute. Ça suffit,

maintenant, hein.


PATRICK

Ah! Tiens!

Cette salope! Elle avait oublié

de me rendre ma perceuse.

Ah! Ah, oui, ça. Putain!

Elle savait m'allumer pour

que je lui pose des étagères

avec des murs en béton.

Il y a du jus là-dedans?


PATRICK fait tourner la perceuse.


ALBERT

Patrick, tu poses ça

tout de suite!


PATRICK

Ta gueule, connard!


PATRICK actionne la perceuse et rapproche la mèche du siège du conducteur.


ALBERT

Mais tu es malade!


PATRICK

Ta gueule!


ALBERT

Mais arrête! Aïe, aïe, aïe!


PATRICK

Ta gueule! Encore et tu te

perfores la colonne vertébrale.


ALBERT

Mais Patrick, arrête!


PATRICK

Et je sais très bien

où te la bousiller.


ALBERT

Aïe!


PATRICK

Ta gueule! Tais-toi!

Tu vas accélérer et me foutre

en l'air cette salope.

Vas-y. Pousse.


ALBERT

Mais Patrick--


PATRICK

Vas-y. Accélère!


ALBERT

Oh là là là là!


PATRICK

Chope-la! Mais vas-y!

Mais putain!


ALBERT

Aïe, aïe, aïe!

Ça y est. Tu me touches.

Aïe! Patrick, arrête!


PATRICK

Chope-la!


ALBERT

Aïe!


PATRICK

Vas-y!


ALBERT

Aïe!


PATRICK

Tu sais que tu

me rends malade!


PATRICK

Aïe! Salope!


La voiture fait une embardée et une portière s'ouvre sur le côté.



ALBERT est dans la douche.


ALBERT

Eh oui. Eh bien...


ALBERT et OTTO dorment chacun dans leur lit à l'hôtel.


OTTO

Oui. Entrez.


SERVICE AUX CHAMBRES

Bonjour, messieurs.


OTTO

Bonjour.


ALBERT

Bonjour.


La jeune femme du service aux chambres entre en portant un plateau déjeuner. Elle ouvre les tentures et sort.


SERVICE AUX CHAMBRES

Bonne journée, messieurs.


ALBERT

Bonne journée.


OTTO

Merci.


OTTO

Oh, putain!


ALBERT

Oh! Putain, le train!

Merde!


ALBERT et OTTO courent partout dans la chambre.


OTTO

Non, c'est pas vrai, ça.


ALBERT

Mais grouille, grouille,

grouille! Oh!


OTTO

Ah! Merde!

(Portant un petit pot de fleurs)

Tes petites violettes,

tu les prends?


ALBERT

Hein?


OTTO

Tes petites violettes?


ALBERT

Oh... Je te les mets

dans le sac.


OTTO et ALBERT sont à la gare et marchent le long du train.


CHEF DE GARE

Fermeture des portières.

Attention au départ.


ALBERT

Ah, pitié! Putain.

Bon, Otto, donne-moi

une raison de partir, là.


OTTO

Écoute, je sais pas. Euh...

Tu veux voir le son qu'a fait

François sur le film.

Il faut que tu arroses

ton bonsaï.


ALBERT

Bien, non. Je l'ai balancé

il y a deux mois, ça.


OTTO

Ah, bon?


ALBERT

Non, c'était un

beau cadeau, mais...


OTTO

Mais c'est fragile?


ALBERT

Oui.


OTTO

On peut pas

retourner à l'hôtel.

Tu as taxé les serviettes.

Tu as plus de linge propre.

Oh.. Il y a encore

un match de foot

ce soir. Sophie va

vouloir le voir.


ALBERT

Mais non. Ça, on pourra

le voir ensemble. Non,

bien, je sais pas.

Donne-moi

des raisons de rester.


OTTO

Eh bien, c'est ça l'amour fou.

C'est faire ce qu'on

avait pas prévu.


ALBERT

Oui.


OTTO

Si tu le fais pas

maintenant, tu le feras quand?

Hein? Oh, et puis je sais pas.

Elle sera peut-être

touchée que tu sois resté.


ALBERT

Oui? Tu crois?


OTTO

Bien oui. C'est la

femme de ta vie, non?


ALBERT

Ah, la vache!

Si ça se trouve, elle

est repartie avec la caravane.

Je lui ai dit que

je partais très tôt.

J'ai eu l'air très décidé.

Mais que je suis con, alors!

Bon, qu'est-ce que

tu ferais, toi?


OTTO

Bien, je sais pas.

Il faut peut-être battre

le fer quand il est chaud, quoi.


ALBERT

Mais battre le fer

quand il est chaud, oui.

Je sais pas. Tu

pourrais rester, toi.

Lucile, la caméraman?


OTTO

Oh, non. Elle est trop...


ALBERT

Elle est trop quoi?


OTTO

Non, elle est trop mec, non.

J'en sais rien.


CHEF DE GARE

(Annonce au micro)

Le TGV 8700...


ALBERT

Bon... Je sais pas.

Otto, donne-moi un ordre.


OTTO

(En criant)

Je t'ordonne de rentrer

avec moi à Paris.


ALBERT

Mais non! Mais ta gueule!

Regarde-moi dans les yeux, là.


OTTO

(Criant)

Un ordre, c'est un ordre!


ALBERT

(Embrassant OTTO)

Ah, bien. Merci.


OTTO

(Montant dans le train)

Allez, vite.

Qu'est-ce que tu fous, merde?

Allez, Albert. Oh!


ALBERT monte dans le train à la dernière minute.


ALBERT appelle SOPHIE dans une cabine du train et laisse un message au répondeur.


ALBERT

Allô, Sophie? C'est Albert.

Est-ce que tu peux me rappeler?

Euh, oui.

Alors, si tu me rappelles,

c'est que je suis à Paris.

Donc, je rentre à Paris. Écoute.

Pour le faire court et pour

qu'il n'y ait pas de confusion,

on peut dire que premièrement,

j'étais très content

de t'avoir connue

et que j'espère te

revoir très vite dans

les jours qui viennent.

Et pourquoi pas aujourd'hui?

Parce que j'ai une folle envie

de te dire que j'arrive. Et...

d'ailleurs, qui sait? Et puis,

deuxièmement, je m'excuse de

tous les désagréments

occasionnés malgré moi

et à mon insu.

Peut-être que bon... Et puis

troisièmement, voilà, je

t'embrasse comme un fou.

De toute façon...


Un long bip annonce à ALBERT que sa conversation est terminée.


ALBERT

Oh! Putain! Tu parles

trois minutes et tu es coupé.

Ils te bouffent

entièrement la carte.


FABULOUS TROBADORS

(Enregistrement)

♪ Qui aura l'autre à l'usure ♪

♪ Je me perds en conjectures ♪

♪ Ce sont tous les deux des durs ♪

♪ Chirac est au pied du mur ♪

♪ Mais Balladur semble très sûr ♪

♪ Quel sera notre futur ♪

♪ Quel sera notre futur ♪


Le train entre en gare à Paris. ALBERT marche seul dans la gare. FRANÇOIS l'appelle au loin.


FRANÇOIS

Albert.


ALBERT

Oh! Ah, salut.


FRANÇOIS

Salut. Ça va?


ALBERT

Ça va.


FRANÇOIS

(Tendant un polaroid)

Tu as perdu ça.


ALBERT

Oh, merde! Euh... Oui.


FRANÇOIS

C'est quoi?


ALBERT

C'est... une fille

que j'ai rencontrée à Toulouse.


FRANÇOIS

Ah, oui?


ALBERT

Oui.


FRANÇOIS

C'est son copain, là?


ALBERT

Non, ça, c'est son ex.


FRANÇOIS

Ah, d'accord.

Ils ont l'air un peu cons

tous les deux.


ALBERT

Oui.


FRANÇOIS

Ils étaient bourrés, non?


ALBERT

Excuse-moi. Je suis

vachement pressé, là.


FRANÇOIS

Tu passes me prendre, ce soir?


ALBERT

Oui, oui, oui.

Bon. Allez, salut.


ALBERT

C'est ton bureau, ça?


FRANÇOIS

Ouais. Oh! Dis, j'y retourne.

J'ai un client.

Oui. Allez. à ce soir.


ALBERT

Salut. à ce soir.


Retournant vers son bureau en passant devant une dame.


FRANÇOIS

Excusez-moi, madame.


Au milieu de la salle des pas perdus, une plaque tournante, des fauteuils en noix de coco sous un palmier artificiel font figure de bureau pour FRANÇOIS.


FRANÇOIS

Bonjour, monsieur. Ça va?

Euh... Vous prenez un

petit questionnaire? Allez-y.

Hésitez pas. Vous le remplissez.


ALBERT est chez lui.


Le bip du répondeur annonce un nouveau message.


CRUQUET

(Voix enregistrée)

C'est Cruquet.

Pour la réunion de prépa

de la manif de samedi,

tu oublies pas

ton service à raclette.

JP vient avec un flan.


ALBERT

(Parle tout seul)

Qu'est-ce qu'il nous fait

chier, l'autre, avec sa

raclette, là!

Je supporte plus les raclettes.

Non, c'est pas vrai.

La raclette, j'aime beaucoup.

C'est très convivial.

C'est un repas simple.

Bon, alors.

Premièrement,

raclette chez ce crétin

de Cruquet qui est un vieux

copain. Deuxièmement,

rendez-vous avec François.

Ou troisièmement, foncer

à Toulouse rejoindre Sophie.

Quatrièmement...


ALBERT est assis seul devant son service à raclette, chez lui.


ALBERT

(Pour lui-même)

Demain, c'est bon,

j'attaque.


Le lendemain, ALBERT se réveille avec une radio classique.


ALBERT se précipite dans la salle de bain.


ALBERT

(Pour lui-même)

Douche froide. Point.


Dans la douche, ALBERT ajuste l'eau pour qu'elle soit moins froide.


ALBERT

(Parle seul)

Bonjour, allégresse des

eaux vives, féerie des bulles,

joie, pétillance

des jardins. Bim badam bim!

Je pars pour

la journée. Bim badam!

Ce bip sonore en révérence.


Sur un chantier de construction, un homme fait une entrevue.


MAIRE DE BANLIEUE

Oui, dans le mot élection

résident une ambivalence

et une énigme.

Car chacun de nous devant sa

propre vie peut se demander

s'il a élu sa destinée

ou si le destin l'a choisi.

Un, deux, un, deux.

C'est bon pour le son, là?


RÉALISATEUR

Ah, si. Oui? Écoutez. J'ai...

Au petit poil. On la tourne,

M. le Maire. Vous étiez

parfaitement dans le ton.


MAIRE DE BANLIEUE

Bien.


De retour chez lui, ALBERT écoute ses messages.


CRUQUET

(Voix enregistrée)

Oui, c'est toujours Cruquet.

On t'a attendu hier soir.

On a mangé de la raclette

sans ta raclette. Merci.

Mais le flan de JP était raté.

C'était un peu triste.

Alors, j'espère que tu viendras

au moins à la manif de samedi

devant le château de Versailles

à l'appel d'Exclure

l'exclusion. C'est important.


FRANÇOIS

(Voix enregistrée)

Oui, c'est

François. Merci pour hier.

Tu oublies pas cette fois

de passer me prendre ce soir

à mon stand à la gare, hein?

Voilà. Il y aura

du beau monde. Alors,

Anna Festival, Michel Butel.

Bon. Alors, tu essaies

de t'habiller correctement

cette fois.


ALBERT regarde ses vêtements dans la penderie.


ALBERT

(Pour lui-même)

Ça, c'est affreux, ça,

c'est épouvantable, ça,

c'est immettable.

Rien, rien, rien!

Rien de personnel.

Ça peut-être. Pourquoi pas?

Ça, oui. Ah, oui.


À l'aide d'un fleuret qu'il tient à la main, ALBERT décroche le cintre sur lequel une chemise rose est suspendue.


ALBERT

(Pour lui-même)

Ah, voilà. Voilà, c'est ça.

Oh, putain, ça pète.

Mais oui, mais c'est pas laid.

Parce que c'est pas parce que

c'est pétant que c'est laid.

Pour le petit bourgeois, oui.

Hein? Et alors,

tu es pas un petit

bourgeois, peut-être?


ALBERT fait la conversation à la chemise qu'il tient au bout du fleuret.


ALBERT

Bonjour. Oui.

Ah, bien, j'ai trouvé

que le film était

tout à fait intéressant, oui.

Et alors, vous? Cette chemise....

(Choisissant une écharpe)

Ça.

Ouh là, oh là là.

Oui, oui, oui.

Peut-être.

Alors, ça fait humour,

fantaisie.

(Choisissant un chapeau)

Avec ça.

Viens par là. Si ça passe.

Pourquoi pas? Oh.


ALBERT fait des mimiques en portant l'écharpe sur ses épaules et le bonnet sur sa tête.


ALBERT

Bonjour.

Euh, oui. Alors, moi,

dans ce film,

il y a une petite

chose qui m'a gêné.

(Tout bas)

Oui, c'est difficile, ça.

C'est très, très difficile.


ALBERT retire l'écharpe et le bonnet et les lance sur son lit, puis retourne à la penderie.


ALBERT

(Donnant des coups de fleurets sur ses vêtements)

Ça va pas du tout.

Ça va pas du tout.

Un pull, tiens!

(Tenant le pull devant lui)

Je vais mettre un pull.

Bonjour. Voilà.

C'est un très beau film.

J'en ai rien à foutre,

mais c'est un très beau film.

Qu'est-ce que je fous?

(Constatant qu'il porte déjà une chemise)

Bonsoir.

Euh... J'aurais un petit

mot à dire sur ce film,

mais pas maintenant.


ALBERT vient chercher FRANÇOIS en voiture.


FRANÇOIS

Tu as encore perdu

des cheveux, non?


ALBERT

Oui. Ça se voit?


FRANÇOIS

Ah, oui.


ALBERT

Bien, oui.

J'ai arrêté la minoxydil.

Ça me filait

des troubles nerveux.


FRANÇOIS

Eh bien, je te comprends.

Moi, j'avais une touffe

qui poussait dans le nez.

J'ai arrêté le Gerbiol,

l'Alostil.

Je commence le SM 44, là.

Le silicium organique...


ALBERT

...à haute concentration?


FRANÇOIS

Oui, voilà. C'est ça.


ALBERT

Et alors?


FRANÇOIS

Bien, on parle de résultats

stupéfiants, incroyables.

Et en quelques mois seulement.

Le principe,

c'est de plus essayer

de sauver quelques cheveux

qui de toute façon sont

condamnés, tu vois.


ALBERT

Oui, oui...


FRANÇOIS

Mais de refertiliser

directement le derme.

Ce soir, tu vas voir

une fille dangereuse

dont il faut surtout pas

tomber amoureux.

Tu vas la voir, lui parler.

Elle va te mettre en valeur,

t'inviter à la rappeler,

à vous revoir dans l'intimité.

Ne l'écoute pas. Fuis ses yeux.

Elle est extrêmement

intelligente,

très belle, fille d'artistes.

Tu passes d'excellentes

soirées avec elle.

Mais il faut rien espérer

de plus. Il faut oublier.

Michel Butel que tu vas voir

ce soir a failli devenir

fou avec elle. Fou furieux.

Il y a des mecs qui ont tenté

de se suicider pour elle.

Ça te fait marrer?


ALBERT

Euh...


FRANÇOIS

Dans son appart, elle porte

juste un petit t-shirt en lin,

tu vois.


ALBERT

Bon, bien, euh...


FRANÇOIS

Si tu entrevois ses seins

qui sont sublimes, dis-toi

immédiatement que tu as rêvé.

Si tu entrevois au moment

où elle décroise--


ALBERT

Bon, ça va, ça va.

On a compris.


FRANÇOIS

Tu bandes, là? Ça y est?

Avec elle, tu as intérêt à

mettre des pantalons à

pinces très larges.

Je dirais qu'avec celui que

tu as là, tu es très mal barré.


ALBERT met la radio et choisit une musique de fanfare.


FRANÇOIS

Tu te sens bien?


ALBERT

C'est un souvenir.


FRANÇOIS

Ah, ouais.


ALBERT

(Roulant dans une rue de Paris.)

Ah, c'est là, non?


FRANÇOIS

Oui, c'est là. On arrive.

Tiens, attends. Arrête-toi.

Arrête-toi, là. Arrête-toi.

Arrête-toi, arrête-toi.

Ouvre ta fenêtre. Ouvre.


CORINE est assise sur une moto sous une fenêtre.


FRANÇOIS

Corine!


CORINE

Oh, François.


FRANÇOIS

Ouais, salut.

Vas-y. Entre.


CORINE

Oh, non, non.

Je préfère t'attendre.

Je connais personne.


FRANÇOIS

Bon, bien. On se gare.

On arrive tout de suite.

OK. À tout de suite, François.


ALBERT

C'est elle la fille dangereuse?


FRANÇOIS

Mais non! C'est une copine.


ALBERT

C'est ta copine?


FRANÇOIS

Mais non...

Enfin, vague petite amie.

Je l'ai rencontrée à ton bureau

de vote. On se marre bien.


ALBERT

Et elle te croit perchman?


FRANÇOIS

Bien, oui.


ALBERT

Non, mais sur le film qu'on va

voir, tu as vraiment

tenu la perche?


FRANÇOIS

Bien, excuse-moi, mais enfin,

c'est pas sorcier comme truc.

T'as qu'à te garer là,

mon vieux, on s'en fout, non?


ALBERT

Mais oui, mais

tu es marrant, toi.


ALBERT

Oh là là là là!


Une voiture klaxonne et se met sur le côté de la voiture d'ALBERT.


CONDUCTEUR

Hé, Ducon, tu l'as eu

où ton permis de conduire?


FRANÇOIS

Monsieur, vous voyez bien--

Je vous permets pas

de nous tutoyer.

Ou alors, on se tutoie,

on descend et on se finit

à coups de boules. Choisis!


CONDUCTEUR

Ah, ça va, ça va.


FRANÇOIS

Vous choisissez, hein?

Non, mais enfin!

(S'adressant à ALBERT)

Bon, bien alors, tu la prends

cette place, ou pas?


ALBERT

Non, mais je ne me gare pas

sur un passage piéton.


FRANÇOIS

Aïe! Remarque qu'il a pas tort.

Tu conduis comme une vieille.

Oui, dis donc... c'est

vraiment... Là, ça fait trois

fois, là, qu'on fait le tour.

Oui, mais il y a pas de place.

Oui, on va le faire combien

de fois? Quinze fois, non?

C'est pas possible.

Bon, allez, écoute. Stoppe.

Allez. Arrête-toi là.

Tu t'arrêtes là. Tu vas

Porte de Champerret,

il y a un grand parking.

Et puis voilà.


ALBERT

Bon, bien, d'accord.


FRANÇOIS

(Descendant de voiture avec sa glacière)

Ah, dis donc, quelle galère!


CORINE

Mais vite, vite.

C'est commencé.


FRANÇOIS

C'est pas vrai.


CORINE

Ah, mais qu'est-ce

que c'est que ça?


FRANÇOIS

Une galère... Une glacière.

C'est Albert qui me l'a rendue.


CORINE et FRANÇOIS rentrent dans l'immeuble. ALBERT reste dans la voiture.


ALBERT retourne au passage-piéton.


ALBERT

(Se parlant à lui-même)

Bon, est-ce que de voir

ce film, ça vaut

le coup de se prendre une méga

prune, fourrière et compagnie?


UN CONDUCTEUR

Vous voyez pas que vous

bloquez la circulation, non?


ALBERT

Est-ce que... Je ne te permets

pas de me vouvoyer!


UN CONDUCTEUR

Mais il est dingue,

celui-là. Il est dingue!


ALBERT

Je...

Allez.


Une voiture stationne sur le passage piéton.


ALBERT

Regarde-moi ça, putain!

Les salopards, alors!

Connard! Crétin!


ALBERT descend de sa voiture après avoir trouvé une place de stationnement.


En passant près de la voiture garée sur le passage piéton, ALBERT s'arrête et dégonfle un pneu de la voiture.


ALBERT entre dans la salle de projection.


NARRATRICE

Rendez-vous

invisible par la métamorphose.


FRANÇOIS

(À voix basse)

Albert. Viens, Albert.


NARRATRICE

Surtout, ne soyons

pas quelqu'un.

Soyons plusieurs.


OTTO

(À voix basse)

Mais qu'est-ce que tu foutais?


NARRATRICE

(Sur des images de flamants roses)

Nous ne pouvons

aimer qu'une personne

qui est plusieurs personnes.

Et nous ne sommes émus que

par le mouvement entre

toutes ces vies.


OTTO

(À voix basse)

Ça vient de commencer.

T'inquiètes pas.


NARRATRICE

Comment être si nombreux,

si multiples, sans que ce soit

une organisation?


OTTO

Oh!

Le micro dans le champ!


ALBERT

(À voix basse)

Mais attends.

François me dit que c'est

pas sorcier comme truc.

J'ai l'impression que ces

gens ne remarquent pas.


OTTO

(À voix basse)

Ouais, je sais pas.

Peut-être qu'ils pensent

que c'est un oiseau.


ALBERT

(À voix basse)

Oui. Peut-être.


NARRATRICE

Dès l'enfance, personne n'est

content de son corps,

de sa voix, de son visage,

de ses gestes,

de ses mouvements.


ALBERT prend un bonbon, en pensant à SOPHIE. ALBERT se rappelle le dîner avec SOPHIE. [SOPHIE

(En souvenir)

Et quels sont tes

rapports avec les animaux?


ALBERT

(En souvenir)

Excellents.


Dans la salle de projection, tout le monde rit.


NARRATRICE

C'est une nuée,

c'est un vol d'oiseau.

Et il nous faut rejoindre

ce vol, cette nuée.


Dans la salle de projection, les spectateurs applaudissent.


ALBERT se parle à lui-même dans la salle de bain.


ALBERT

Est-ce que j'aime ce film?

Mais oui.

Mais est-ce que je pourrais

me battre pour défendre ce film?

Non.


Une femme tente d'ouvrir la porte de la salle de bain et frappe.


FEMME

(Voix à travers la porte)

Il y a quelqu'un?


ANNA

(Voix de l'intérieur de la salle de bain)

Oui. Je conclus.


FEMME

(Voix à travers la porte)

C'est toi, Anna?


ANNA

Euh... Oui.


FEMME

(Voix à travers la porte)

Bravo pour ton film.

On te reconnaît bien là.

Tu as une manière

totalement impudique

de filmer les oiseaux.


ANNA tire la chasse d'eau et va aux lavabos.


ALBERT sort du cabinet de toilette.


ALBERT

(S'adressant à CORINE)

Rebonsoir.


CORINE

Rebonsoir.


ALBERT

C'est les toilettes

des femmes?


CORINE

Oui.


ALBERT

Toi, tu es donc

la copine de François?


CORINE

Et toi, tu es son meilleur ami.


ALBERT

Je suis un ami, oui.


CORINE

Tu as travaillé

avec lui sur ce film?


ALBERT

Ah, non, non, non.

Je regrette bien d'ailleurs.

C'est un très, très beau film.

Très costaud, très...


CORINE

Ah, oui? Oui, moi, je

trouve qu'on y croit pas trop

à ces oiseaux qui n'arrêtent

pas de tousser.

Je suis sûre qu'elle aime pas

les oiseaux cette fille.


À ce moment, ANNA sort d'un cabinet de toilette.


CORINE

Parce que tu sais, un moment,

il y a un oiseau, il fait

un croche-patte à l'autre.


ALBERT

(S'éloignant un peu)

Ah, bon, oui.

Et puis l'autre, il tente

de lui mettre une claque.

C'est n'importe quoi.

Ça réagit pas du

tout comme ça un oiseau.

C'est beaucoup plus spontané.

Bon, bien...

à tout à l'heure.


ALBERT

Oui. À tout à l'heure, oui.


ANNA se sèche les mains.


ALBERT

Oh, qu'est-ce que vous avez

bossé, hein.

C'est très, très, très bien.

Vous avez rien laissé au hasard.

C'est très fluide.

Les choses s'emboîtent bien.

Ça déborde pas.

Je veux pas me lancer dans

une analyse à chaud comme ça,

mais je trouve

qu'on retrouve tout. Tout.

Et jusqu'aux défauts.


ANNA

On retrouve quoi?


OTTO entre dans la salle de toilettes.


ALBERT

Ah, bien, dans le

sujet du film.


OTTO

Pardon.


ALBERT

Hé, mais c'est les toilettes

des femmes, là.


OTTO

(Retournant vers l'extérieur)

Ah, bon?


ALBERT

Oui, tu...


OTTO

Ah, pardon.


ANNA

Et, euh...

(Se raclant la gorge)

Les défauts, quels défauts?


ANNA

Oui. Les défauts.

Et moi, je trouve ça génial.

C'est l'arrogance.

L'insolence avec laquelle

tu bottes le cul des gens.

Tu te le...


ANNA

Tu peux préciser un peu ça?


ALBERT

Oui. C'était... Premièrement,

j'aime beaucoup le début.

Et puis, en même temps, le

film démarre qu'au bout

d'un quart d'heure.

Alors, on est

un petit peu perdus.

Il y a tous ces oiseaux, là.

Mais j'aime beaucoup

ce côté sans queue ni tête.

Et puis deuxièmement,

tu as une volonté

de persuader qui est...


Une porte s'ouvre.


ALBERT

Et troisièmement, alors,

la fin. Alors, là...

C'est...


UNE FEMME

Salut, Foufi.

Je voulais te dire... Enfin,

je suis vachement fière de toi.

Voilà, c'est... Piou piou!

Piou piou piou!


ANNA

Piou piou piou!


UNE FEMME

Piou!


Plus tard, à la réception dans le lobby, ANNA est entourée de personnes qui émettent des commentaires.


FRANÇOIS

Ce qui est merveilleux

dans ton film, eh bien,

c'est toute cette nervosité

des oiseaux...

qui... Enfin comme une sorte...

de métaphore un petit peu.

De la pauvreté, euh...

Du monde. Non, c'est...


ANNA

Oui, oui.

Michel, on va boire

une petite coupe?


MICHEL se lève pour accompagner ANNA.


OTTO

Ah, j'en veux bien une,

hein. On un verre de

limonade s'il y a.


FRANÇOIS

Attendez. Rassurez-moi. Ce

que j'ai dit est idiot, non? C'est...


ALBERT

Ah, non, non, non.


FRANÇOIS

Non?

Bien, il y a quand même

une idée de métaphore?


Plus tard, dans la soirée les conversations se poursuivent.


ALBERT

Vous êtes déjà allé à Cuba?


ANNA

Non, non, mais...

Euh, Michel Butel.


ALBERT discute avec DENIS.


ALBERT

On peut dire qu'ils

ont la mortalité infantile

la plus basse d'Amérique latine.

Et les enfants vont à l'école

qui est gratuite.

Et je crois, il y a un habitant

pour 15 médecins.

Enfin, un médecin pour

15 habitants.


DENIS

50 habitants.

Mais ça, c'est ce qu'on raconte.

C'est ce qu'on raconte.

Mais ils sont dans un état

de pauvreté incroyable.

Vous savez ce que c'est

les transports en commun là bas?

Ça fonctionne

avec des bicyclettes.

Dites pas n'importe quoi.

Enfin, je veux dire,

Castro, c'est devenu

un vieux type tout seul

qui a perdu tous ses amis et

qui est maintenant un criminel.


FRANÇOIS

Mais qu'est-ce que vous

en savez que c'est un criminel?

Vous, vous êtes pas un

criminel, peut-être?


ALBERT

François.


FRANÇOIS

Quoi? Comment pouvez-vous

juger du crime si vous ne

faites pas taire le monstre

qui est en vous?


DENIS

Non, non, mais calmez-vous.


FRANÇOIS

Non, mais quelle lumière

pouvez-vous avoir de la vie,

de l'organisation de la société

si vous n'avez pas identifié

la bête sauvage qui est

en vous? Hein?

Non, n'est-ce pas, Michel?


MICHEL et ANNA sont assis plus loin.


MICHEL chuchote à l'oreille d'ANNA.


ANNA

Michel dit qu'il faut pas

se monter le bourrichon.


FRANÇOIS

Certes.


DENIS

Oui.


FRANÇOIS

Mais encore?


ANNA

Bien, c'est tout.


FRANÇOIS

Vous voulez pas en dire plus?

Dites-moi si ce que je dis est idiot.

Ah...

Je parle alors. Je préfère dire

des conneries que rien du tout.


MICHEL

Vous n'avez pas laissé parler

mademoiselle tout à l'heure.


FRANÇOIS

Oui, mais enfin...

Pourquoi Michel, M. Butel,

vous ne réagissez pas

à ce que je dis

puisque l'idée de

la bête sauvage est de

vous? Je fais que la répéter.


MICHEL

Mal.


DENIS

Michel vous a parlé

merveilleusement tout à l'heure

dans le film d'Anna.


FRANÇOIS

Merveilleusement, oui.

Ah, oui, oui. Non, c'est joli

de dire: "Soyons multiples,

soyons plusieurs,

soyons un vol d'oiseaux."

Non, mais concrètement,

on fait quoi?

Les oiseaux, il y en a un

de désigné pour voler en

tête. Il y a un chef.


CORINE

Un chef, peut-être pas,

François, mais un

meneur au moins.


FRANÇOIS

(Se tournant vers le pianiste qui joue derrière lui)

Non, mais ta gueule, toi.

Il va arrêter avec sa

soupe, là, lui?

De toute façon,

ce film est une catastrophe.


Connerie, connerie,

connerie, je vous dis.

Et même saloperie, hein.

Anna, tu es une fille sublime.

Mais une réalisatrice de merde!

Ça me déchire le coeur de dire

ça, mais il faut bien

que tu l'entendes.


ANNA

François, qu'est-ce que tu as?


FRANÇOIS

Ça va bien, maintenant,

le charme, l'intelligence,

le talent, tes relations à la con.

Non, mais ça veut rien

dire. On vient de le voir, là.

En pleine gueule sur l'écran.


DENIS

En tout cas, ton micro, on

l'a bien vu. Ça, là! Bonnette

à poils en plein dans le champ.

Parce que ça, il y avait plus

de poils sur l'écran que

sur ton crâne, hein.


ALBERT

Bien alors, ça,

c'est complètement idiot.


FRANÇOIS

Non, mais alors

là, ça va mal finir, hein.

Tu vas t'en prendre

une, toi, hein. Tu vas

la fermer ta gueule, ouais?


ALBERT

François.


FRANÇOIS

Non, mais ouais. Quoi?

Le type, là, qui parle de la

pauvreté et qui roule

en Peugeot 406

qui nourrirait à elle

seule pendant 365 jours tout

un village africain? Non, merci!


FRANÇOIS sort de la salle de cinéma. ALBERT court derrière lui.


ALBERT

François, tu rentres comment?


FRANÇOIS

À pied.


ALBERT

Oui. Tu sais, je comprends

très bien ton point de vue.


FRANÇOIS

Hum hum...

Ah, oui? Moi aussi, hein.


FRANÇOIS frappe une borne de stationnement pour se défouler.


ALBERT

Tu es un type très courageux.

Tu vois?


FRANÇOIS

Hum hum.

Puis je suis beau, aussi, hein.

Ouais. Mais embrasse-moi.


ALBERT

Si j'étais aussi

sarcastique que toi.


FRANÇOIS

Ah, bien tu aurais

une autre tronche, hein.


ALBERT

C'est con, ça. Merde.


FRANÇOIS

Bon, allez.

Rappelle-toi ce que je t'ai dit

à propos d'Anna, hein.

Te laisse pas faire.

Sois ferme. Sois très énergique.

Garde la tête froide.

OK? Non, ça va, ça va.


ALBERT tente de suivre FRANÇOIS qui marche d'un pas décidé.


DENIS voit le pneu dégonflé en arrivant à sa voiture.


DENIS

Putain!


ANNA

Ah! Oh, la vache!



ALBERT arrive tout près de DENIS et ANNA et regarde le pneu dégonflé.


DENIS

Non, mais qu'est-ce que

c'est que ce truc de dingue?

C'est pas votre grand

copain, là, le gueulard?


ALBERT

Ah, non, non. C'est pas lui.


DENIS

Mais qu'est-ce que

vous en savez?


ALBERT

Non, mais j'étais

avec lui à l'instant.

Il est parti par là, alors...


ANNA

Non, puis c'est pas le

genre de lâche

à faire des trucs mesquins

comme ça.

Pardon.


MICHEL

Hé, Boulet, c'est le type

à qui tu as pris la place

tout à l'heure.


DENIS

Oh, putain!

(Cognant du pied une poubelle)

Ah, oui, la Twingo bleue!

Je vais le massacrer.


ANNA

Albert, tu es en voiture,

toi, non?


ALBERT

Plus ou moins, euh...

Bien, comment ça?

Ma voiture est pas en très

bon état. Elle est même pas

du tout fiable. Alors...


ANNA

Mais elle roule

ou elle roule pas?


ALBERT

Elle...


DENIS

C'est une quoi?


ALBERT

C'est une très quelconque.

Vous attendez pas à

quelque chose de...


DENIS

Non, mais on peut rentrer

à quatre dedans?


ALBERT

Euh... Oui.


ALBERT court vers OTTO qui marche dans la rue devant.


ALBERT

(S'adressant à OTTO tout bas.)

J'ai crevé les pneus de la

voiture du copain de Butel.


OTTO

Quoi?


ALBERT

Il a repéré ma voiture.

File-moi les clés de la tienne.


OTTO

Mais je peux pas.

C'est celle de mon oncle.


ALBERT

Tiens. Ça, c'est la mienne.

Elle est garée au fond là-bas.

Mais si, allez.


OTTO

Tiens, quand tu appuies là,

ça déclenche l'ouverture

automatique des portières

à distances. Elle est par là.


MICHEL, DENIS et ANNA rejoignent OTTO et ALBERT.


OTTO

(Partant à sens inverse)

Bonsoir.


ANNA

Bonsoir.


MICHEL

Bonsoir.


ALBERT marche lentement en cherchant la voiture.


ALBERT

On y est presque.


ALBERT appuie sur la commande à distance et l'alarme lui indique qu'il a dépassé la voiture.



ALBERT

(Se retournant)

Ah, oui.

La voilà.


ANNA

C'est ça?


ALBERT

Oui, oui.


ANNA

Tu parles d'une petite bagnole.


ALBERT

Allez, en voiture. Ah.


ANNA

Merci.


ALBERT cherche à démarrer la voiture, et visiblement, il ne sait pas où sont les commandes.


ALBERT

Un petit coup de starter.

(Sortant l'allume-cigare)

Quelqu'un m'a demandé

du feu, non?

Ah, non, j'ai cru entendre.

Excusez-moi.

Bon.

C'est pas le tout.

(Démarrant la voiture)

Ça réveille, hein,

quand même, c'est...

(Embrayant de reculons)

Ah, c'est sûr qu'il y a

de la puissance.


ANNA

Si tu nous mettais

de la musique?


ALBERT

Et allons-y.

(Actionnant plutôt les essuie-glace)

Ça, les essuie-glace,

ils sont très, très sensibles.


ANNA

Tiens, une bouteille.


ALBERT

Bien, vas-y, sers-toi.


ANNA

Mais non, c'est

une bouteille de plongée.


ALBERT

Ah, oui. Eh bien, oui.

C'est mon vice.


ANNA

C'est un vice

ou c'est une passion forte?


ALBERT

Non, c'est

une passion très forte.


ANNA

Et tu fais du parachute,

aussi?


ALBERT

Comment tu le sais?


ANNA

Bien, je sais pas.

Il y a une revue, là.


ALBERT

Ah, aussi, oui.

Moins maintenant, mais je me

tiens au courant tout de même.

Mais je suis moins

tête brûlée qu'avant.


ANNA

Ça me fascine ce moment

où on saute.

Ce quart de seconde, là,

où tout bascule.


ALBERT

Ah, oui. Bien, c'est sûr

que si tu réfléchis, tu

sautes pas. Hein?


DENIS

(Assis devant)

Ça, c'est tes lunettes, ça?


ALBERT

Ouais.

(Essayant les lunettes)

Mais c'est des lunettes

de vue.


ALBERT

Mais oui, tu as raison.

Il faut que je les mette.

Eh oui, c'est plus prudent.


DENIS

Comme quoi il faut pas

se fier à la tête des gens.


ALBERT conduit en chantonnant.


ANNA

Tiens, la copine de François.


ALBERT

(Baissant la vitre de sa portière.)

Hé, Corine.

C'est où le Chat qui prise?


CORINE

(Sur sa moto)

Suivez-moi.


ALBERT

D'accord.


Le feu tombe rouge, un sifflet annonce qu'un policier a vu le passage sur feu rouge d'ALBERT.


ALBERT

Oh, non! Merde!


POLICIER 1

Le feu.


ALBERT

Bien...


POLICIER 1

Garez-vous.


ALBERT

Et j'ai pas les papiers

de la voiture.


POLICIER 1

Bon, eh bien, vous allez me

suivre dans le fourgon, alors.


ALBERT

Pff!


POLICIER 2

Quoi, pff?


ALBERT

On était enthousiastes.

On allait tous ensemble

au restaurant.


DENIS

Oui, bien, nous, on prend

un taxi, hein. Parce que...


ANNA

Bien, non. On peut pas

laisser Albert comme ça.


DENIS

Bien non.


ALBERT

Non, non. Mais allez-y,

allez-y. Ça ira.


ANNA

Tu es sûr?


ALBERT

Mais oui.

Je suis habitué à ces histoires.


Dans le fourgon, ALBERT s'assoit avec d'autres hommes.


POLICIER 2

Je vous présente

un enthousiaste.


POLICIER 1

(Tendant la contravention)

Tiens, ta prune.

Allez, Alain.

On va appeler Juju pour savoir

si on l'amène celui-là.



Dans le fourgon, une radio joue la transmission du soccer. L'enthousiasme de l'animateur radio attire l'attention des policiers qui avance à l'avant du fourgon.


VOISIN DE FOURGON

À quatre, tu ouvres

la porte et tu gicles.


ALBERT

À quatre quoi?


VOISIN DE FOURGON

Putain, quand je

te le dis, tu gicles.


ALBERT

Je gicle?


VOISIN DE FOURGON

Tu gicles.


ALBERT et le VOISIN DE FOURGON sortent en courant. Aussitôt, les policiers les poursuivent.


COMMENTATEUR SPORTIF

(Voix à la radio)

C'est magnifique,

cette échappée!

Personne ne l'a attaqué.

Ça leur a permis de marquer.

Il a remonté tout le terrain.


La portière de la fourgonnette se rabat, ALBERT était resté appuyé sur la fourgonnette.


ALBERT s'éloigne tranquillement et passe près du devant du fourgon de police en chantant.


La radio de police signale l'évasion.


Des sirènes au loin donnent le signal à ALBERT pour accélérer le pas.


UN POLICIER

(Voix au loin)

Ils ont filé où exactement?


ALBERT marche vite, puis il court pour s'éloigner des policiers.


Une moto s'engage dans la rue sombre où ALBERT court.


ALBERT

Non, non!

Je me rends.

Je suis fait, là.

OK, OK, OK.

Non, non, je ne fuis plus.


CORINE

(Sur sa moto)

Arrête de brailler. Grimpe.


ALBERT

Mais j'ai pas de casque.

Je suis en fuite, là.


CORINE

Mais je vois bien. Monte!


ALBERT

Oh là là là là.


CORINE

(S'arrêtant devant un groupe de policiers)

J'ai retrouvé

mon petit camarade.


POLICIER 1

Eh bien, pas nous.

Le gars a dû rentrer

dans un immeuble.


CORINE

Ah, bon.

Vous, qu'est-ce que vous

en faites de mon fiancé?


POLICIER 1

Eh bien, vous le savez bien,

Inspecteur. On vous le laisse.

Vous auriez dû nous le dire tout

de suite qu'il était avec vous.

Il nous a simplement dit

qu'il était enthousiaste,

alors, vous savez.


CORINE

Je le quitte plus de

la soirée. Promis.


POLICIER 1

OK. Salut.


CORINE

Allez, salut!


ALBERT

Attends, c'est tes amis, là?


CORINE

Bien, non. Je suis

flic moi aussi.


ALBERT

Ah, d'accord. Tu es policière?


CORINE

Bien oui.


ALBERT

Ah, d'accord.

Mais tu fais quoi?


CORINE

Je suis aux renseignements

généraux.


ALBERT

Ah, d'accord.


CORINE

Je t'ai vu au bureau de vote.


ALBERT

Ah, d'accord, d'accord.


CORINE

Tu as envie d'y aller,

toi, à ce resto

avec cette conne,

là, la folle des pigeons?


ALBERT

Euh... Oui.


CORINE

Ah, bon.

J'ai pas retenu le nom

du resto, moi. Toi?


ALBERT

Bien, c'est le Chat qui quelque

chose, là. Le Chat qui...


CORINE

Le chat qui baise, oui.


ALBERT

Qui quoi?


CORINE et ALBERT s'embrassent.


ALBERT conduit la voiture en suivant CORINE sur la route.


ALBERT

(Chantant)

Je la quitte pas. Je la suis.

Je la suis, tout est OK.

Super-top-OK !


CORINE et ALBERT s'amusent nus dans l'appartement de CORINE.


ALBERT

Ah... Ouh...


ALBERT ET CORINE courent dans l'appartement en imitant des avions et en faisant un bruit de vent.


CORINE est étendue sur le sol.


CORINE

M. Victor, vous êtes

autorisé à vous poser.


ALBERT

D'accord. Bien reçu.

Je me pose.


CORINE

Direct sur le parking.


ALBERT

Le parking. D'accord.


CORINE

(Se relevant)

Tu sais que j'ai un téléphone

à fréquence vocale?


ALBERT

Ah, bon? Et alors?


CORINE

Bien, on pourrait essayer

d'établir la liaison.


ALBERT

Ah, bien... Ouais.

Pourquoi pas?


Le lendemain, OTTO et ALBERT enregistrent une entrevue avec une mairesse, sur un site de construction.


MAIRESSE

Un, deux, un, deux. C'est bon,

là? Ça va pour le son?


RÉALISATEUR

Bien, écoutez--


MAIRESSE

J'ai l'impression

d'être très loin.


RÉALISATEUR

Oui. Non, mais je crois que

c'est bien. Albert, ça

te semble bien?


ALBERT

Au petit poil.


RÉALISATEUR

Bon.


MAIRESSE

Vous savez l'histoire de la

politique comme celle

des individus

suppose à la fois

un fil conducteur.

Et ce fil conducteur permet

d'avoir une vue sur l'avenir

et en même temps, ça n'exclut

pas les accidents de parcours

avec les caprices du destin.

Ça va comme ça?


ALBERT

Au petit poil.


RÉALISATEUR

Oui, je crois que c'est bien.

On va... Écoutez,

on va la tourner, hein.


MAIRESSE

C'est pas du tout le texte

que je devais dire, mais...

Moi, ça me paraît, euh...

tout à fait honorable. Et

même absolument parfait.


FRANÇOIS discute avec un client sur son ilôt tournant à la gare.


FRANÇOIS

Bien, vous mettez qualités,

défauts. Un petit peu ce que

vous préférez dans la SNCF,

ce que vous aimez moins.


ALBERT

(Transportant son matériel)

Bien, salut François.

Comment ça va?


FRANÇOIS

Bien. Ça va.


ALBERT

Tu as pas l'air en forme.

Tes problèmes de fric?

Écoute.

Il faut que je t'explique.


FRANÇOIS

C'est une pute.


ALBERT

Non, non.

Mais qui?


FRANÇOIS

Corine.

On devait vivre ensemble.


ALBERT

Mais attends.

Cette fille, tu la connais

que depuis dimanche.


FRANÇOIS

Elle est...

Je sais pas comment te dire.

Merveilleuse. Démente.


ALBERT

Mais non. Mais qu'est-ce

qu'elle t'a fait exactement?


FRANÇOIS

Oh, rien.

Elle me rend la pareille, hein.


ALBERT

Quel appareil?


FRANÇOIS

Putain! Fais pas ton crétin.

Elle couche avec des

mecs comme moi.


ALBERT

Tu couches avec des mecs?


FRANÇOIS

Ah, putain! Arrête de

faire le con. Ça me crispe.


ALBERT

Ah.


FRANÇOIS

Elle a encore couché avec

un petit rigolo dans ton genre.

C'est tout.


ALBERT

Mais qu'est-ce

que tu en sais, là?


FRANÇOIS

Ah, l'intuition masculine

de merde!


ALBERT

Mais c'est quoi

l'intuition masculine?


FRANÇOIS

L'intuition masculine,

c'est d'avoir la preuve

matérielle absolue

que ta nana te trompe

et que tu voyais rien avant.

Le truc évident

que tu te prends dans la gueule

et c'est tellement gros que tu

arrives pas à y croire.

C'est tout.


ALBERT

(Soupirant)

Écoute. C'est quoi? Qu'est-ce

que c'est que cette histoire?


FRANÇOIS

J'ai reçu un appel

en pleine nuit mardi soir.

Au début, j'ai cru

que c'était une farce.

J'entendais au bout du fil des

frottements, des à-coups,

des hululements.

J'écoute et puis on entendait

constamment des sons

de téléphone.

Tu sais comme

quand tu appuies sur une touche.

Euh... Bip, bip, bip.


ALBERT

Bip, bip, bip?

Qu'est-ce que c'est que

cette histoire, là?


FRANÇOIS

Et puis soudain, je crois

entendre la voix de

Corine qui dit:


Retour à l'appartement de CORINE avec ALBERT


CORINE

Allô? La tour de contrôle?

The tour de contrôle?


ALBERT

Il y a quelqu'un en ligne.


CORINE

Ah, bon?


ALBERT

Mais oui.


CORINE

Qu'est-ce que tu as fait?


ALBERT

Attends. Euh... Bien...


CORINE

Qu'est-ce que tu as fait?


ALBERT

Merde. J'avais

appuyé sur la touche "bis".


CORINE

Sur la touche "bis"?


ALBERT

Mais oui, sur la touche "bis".


FRANÇOIS poursuit son récit assis sur son îlot à la gare.


FRANÇOIS

"Allô? La tour de contrôle?"


ALBERT

Qu'est-ce qui te prend,

François?


FRANÇOIS

Mais andouille! C'est ce

qu'elle disait au bout du fil.


ALBERT rame sur son appareil d'appartement. Le répondeur s'enclenche.


SOPHIE

(Voix enregistrée)

Oui, bonjour,

Albert. C'était Sophie.

Bien, écoutez.


ALBERT se précipite sur son téléphone pour parler en direct à SOPHIE.


SOPHIE

C'est idiot parce que-


ALBERT

Allô? Oui, ne quittez pas.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Ah, tu étais là? Tu mets

ton répondeur quand tu es là?


ALBERT

Mais non. C'est

que j'ai pas entendu. Je...

Je passais l'aspirateur, là.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Quoi?


ALBERT

Je passais l'aspirateur.

Mais comment ça va, toi?

(S'assoyant sur son lit)

Tu vas bien?

C'est gentil de m'appeler.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Tu peux répéter? Je t'entends

mal. Je suis dans une cabine.


ALBERT

Ah, bon? Bien, écoute.

Donne-moi ton numéro. Hein?

Je te rappelle tout de suite.

Économise ta carte.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Ah, bien, non. De ce côté-là,

j'ai pas de problème. Je suis

en bas de chez toi là.

Je veux savoir

ton code d'entrée.


ALBERT

Tu es en bas? En bas?

Ah, d'accord.


SOPHIE

(Voix au téléphone)

Je suis venue pour la

manif de samedi avec mon père,

mais je peux venir te

voir maintenant.


ALBERT

(Voix au téléphone)

Ah... Euh...

Je dors chez lui ce soir,

mais là maintenant, j'ai

un petit peu de temps

pour venir chez toi.


ALBERT

Bien, monte.


ALBERT se dépêche de sortir l'aspirateur.


ALBERT

(Pour lui-même)

"Je passais l'aspirateur."

Mais quel con!


L'aspirateur se déconnecte.


ALBERT

Ah, merde!


ALBERT et SOPHIE sont ensemble au lit.


ALBERT

Hum...

Attends. Pardon.

Ma chaussette.


SOPHIE rigole


ALBERT

J'ai quand même du mal,

moi, hein.


SOPHIE

Pourquoi? Tu aimes pas

rigoler pendant que

tu fais l'amour?


ALBERT

Non. Je trouve que ça

va pas très bien ensemble.


SOPHIE

Moi, je trouve ça très

rare. Au contraire.


ALBERT

Ah?


SOPHIE

J'aime pas quand d'un seul

coup ça devient sérieux.

On rigole plus.

Et hop!


SOPHIE

Donne-moi ton pouls.


ALBERT

Pardon?


SOPHIE

Et prends le mien.


SOPHIE et ALBERT se reposent.


SOPHIE

Tu vas à la manif samedi?

Tu as autre chose à faire?


ALBERT

Rien.


SOPHIE

Tu pourrais venir, alors?


ALBERT

Oui, oui.

Il faut que je m'organise.

Hum...

Euh... Une histoire de zoo.


SOPHIE

Des petits singes?


ALBERT

Non, c'est des autruches.


SOPHIE

Bon, tu nous rejoins

à la manif, alors?


ALBERT

Oui, oui.

Euh...

Oui, oui.


ALBERT rêve de SOPHIE qui marche parmi les musiciens d'une fanfare en tenant un mégaphone. Puis de CORINE qui imite un avion en courant nue dans son appartement. CORINE jongle. Puis ANNA sort de l'isoloir au bureau de vote en dansant avec M. CRÉMIEUX.


ANNA à la première de son film recule en dévisageant ALBERT.


ANNA

(Voix diffuse)

Albert.

Albert.


ALBERT dort dans son lit.


ANNA

(Voix enregistrée)

Albert, tu es là?

Je voulais savoir comment ça

s'est terminé l'autre soir

avec la police.

On pourrait se revoir

si tu veux.

Sinon, Otto m'a dit que tu

étais très occupé en ce moment,

que tu enregistrais

des sons seuls d'autruche.

Alors, c'est lui qui va faire

le son avec moi à une

manif à Versailles.

Rejoins-nous si tu peux.

Mais pour se parler,

on serait plus tranquilles

en tête-à-tête.


ALBERT se réveille doucement et se rend compte que la voix d'ANNA sort du répondeur.


ANNA

(Voix enregistrée)

Est-ce que tu es libre ce soir?

Rappelle-moi. Sinon, d'ici là,

je t'embrasse.


ALBERT est maintenant debout et danse dans son salon en agitant son fleuret.


À la gare, l'îlot de FRANÇOIS est toujours présent. OTTO et ALBERT sont avec FRANÇOIS.


FRANÇOIS

Qu'est-ce que

vous faites ce soir?


ALBERT

Euh, moi, je vois

Anna ce soir.


FRANÇOIS

Ah, bon?


ALBERT

Oui, mais j'y vais

la tête froide, hein.


FRANÇOIS

Vous vous retrouvez où?


ALBERT

Dans un café, puis après...


FRANÇOIS

Si tu vas chez elle,

avant tout, fais gaffe

à ce que tu vas bouffer.

En général, tout ce qu'elle

a à manger est périmé.

Les yaourts, le lait...


OTTO

Elle a des surgelés, non?


FRANÇOIS

Si tu peux, accompagne-la

dans la cuisine

pendant qu'elle prépare et

vérifie les dates de péremption.

Tu vas voir, tu vas pas être

déçu. Alors, fais-lui

remarquer gentiment

parce qu'elle est assez snob

et susceptible.


ALBERT

Mais elle, elle arrive

à manger ses trucs périmés?


FRANÇOIS

Oh, j'en sais rien.

Elle doit être blindée à force.

Mais toi, tu supporteras pas.

Alors, fais gaffe.


OTTO

Tu as qu'à rien mangé,

alors, hein?


FRANÇOIS

Alors, débrouille-toi

pour arriver avec quelque chose

de frais et de consistant.

Tu vois, je sais pas, moi.


OTTO

Attends. Il va pas y aller

avec un rôti quand même, hein?


FRANÇOIS

Ou demande à manger uniquement

des trucs pas périssables.

Des pâtes, du riz... Tu vois?


ALBERT

Bon. De toute façon, j'aurai

pas faim. Alors...


FRANÇOIS

Et toi, Otto? Tu dis rien.

Qu'est-ce que tu fais ce soir?


OTTO

Je sais pas.

Je vais peut-être regarder

Envoyé spécial.

Il y a un truc sur la tabagie.


FRANÇOIS

Ah, d'accord.

C'est pas mal.


ALBERT

Bon, bien, hein.

Il faut vraiment qu'on y

aille, là. Je suis désolé.


FRANÇOIS

Bon, bien, salut, les mecs.


ALBERT

Salut.


OTTO

Ciao.

Tiens.


FRANÇOIS

Bon, allez.

Ciao.


ALBERT

Salut.


FRANÇOIS regarde un document pendant que OTTO et ALBERT vont prendre leur train.


ALBERT et ANNA marchent dans un quartier de Paris.


ANNA

Se décider pour tel ou tel

restaurant, c'est comme se

décider pour avoir un enfant.

On refuse le premier

resto parce que ceci

et le deuxième, parce que cela.

Puis plus on hésite,

moins on trouve.

Plus on attend pour faire un

enfant, plus le pas est

difficile à franchir.

Donc, on va là.


ANNA entre dans un petit restaurant de cuisine étrangère.


ALBERT

Ah, donc, on rentre

dans celui-là.

(Pointant la carte)

Chiftelute au rosi.


ALBERT

(Discutant avec ANNA)

Est-ce que tu as décidé

de devenir journaliste?


ANNA

Ah.

Moi, j'ai tout décidé.

J'ai tout choisi.


ALBERT

Ah, non. C'est dingue

de pouvoir dire ça. Moi, je

sais pas ce que je construis.

Qu'est-ce que je poursuis?


ANNA

Moi.

Tu me poursuis, moi.

Non?


ALBERT

C'est pas sûr. J'ai failli

filé avant que tu n'arrives.


ANNA

Oui, mais nous ne savons pas ce

qui vient de notre intention et

ce qui vient de ce qu'on fait.


Le serveur apporte les plats.


ALBERT

(Parlant de son assiette)

Donc, là, c'est mon choix.


ANNA

C'est rare que nos actes nous

conduisent là où nous

voulions aller.

C'est pour ça qu'a fortiori

il faut toujours choisir

un cap et s'y tenir.


ALBERT

Donc, j'ai attaqué ce

szpradj. 


ANNA

Ça, c'est un szlaszeck.


ALBERT

Oui. Enfin, je confonds

un petit peu, mais...

szlaszeck, szpradj.


ANNA

Nous provoquons, Albert, par

nos actions, aussi bien

négatives que positives, des

bouleversements irréversibles.

Notre petit dîner ce soir aura

dans conséquences bien après

que la table aura été

débarrassée et même que nous

aurons disparu de cette Terre.


ALBERT

Hum... C'est... Qu'est-ce que

tu veux dire exactement?


ANNA

C'est évident que...

Eh bien, je ne sais pas quel

est ton désir avec moi ce soir.

Mais c'est ce que tu feras qui

aura une réelle influence sur

la suite des événements.

Tu peux avoir en ce

qui me concerne une très

belle intention. Amour, amitié,

charme, séduction, etc.

Il suffit d'un geste malheureux

pour que par exemple cette

soirée tourne au cauchemar.


ALBERT

(Sentant la nausée venir)

Deux petites secondes.

(S'adressant au serveur)

Vous avez des toilettes?


SERVEUR

Bien sûr, monsieur.

Comme tout le monde.

Au fond du couloir, monsieur.


ALBERT

Merci.


ALBERT

(De retour à table)

Voilà. Petit pipi

vite fait bien fait.


ALBERT se verse de l'eau.


ALBERT

Qu'est-ce que tu dirais

si je t'envoyais

mon verre à la figure?


ANNA

Vas-y.


ALBERT

Tu as jamais eu l'idée dans

un cocktail de balancer

ton verre à la figure

de la personne qui te parlait

le plus gentiment du monde?

Comme une sorte de vertige.


ANNA

Oui.

C'est le besoin d'agir

à l'opposé de...

... de ce qu'on paraît être.


ALBERT

Tu crois?


ANNA

Une envie d'être

aimé de façon absolue. Non?

Si après avoir reçu

mon verre à la figure,

cette personne me sourit,

c'est vraiment qu'elle m'aime.


ALBERT lance l'eau de son verre au visage d'ANNA.


ALBERT

Oh, excuse-moi...


ANNA

(Versant de l'eau dans son verre)

Non. T'excuses pas.


ANNA lance aussi de l'eau au visage d'ALBERT.


ALBERT

Oh, bien, dis donc.


ANNA rit.


ALBERT

Tu as bien fait.

Hum...

(Se levant)

Je reviens.


ALBERT court aux toilettes.


ALBERT sort des toilettes et prend un moment pour se remettre. ALBERT prend des petites menthes et retourne à la table.


ANNA

Tu as voulu changer

radicalement le cours

des choses?

Oui, mais ça déclenche

malgré nous des contrecoups

impossibles à maîtriser.


C'est drôle, hein.

Les hommes voient se déformer

ou même se retourner leurs

projets les plus grandioses.


ALBERT

Ah, bien, tiens, j'ai

un exemple évident.

C'est Fidel Castro.


ANNA

Ouais. Ou toi.


ALBERT

Je souffre de pas savoir

si Cuba, c'est bien ou pas.

Parce que d'un côté, comme

je te le dis, les droits

de l'homme sont bafoués,

les gens n'ont rien

à manger. C'est certain.


ANNA

Non. Ça, il fait pas exagérer.


ALBERT

Oui. Tu as raison. Et alors,

de l'autre côté, il y a pas

de prostitution enfantine,

tous les enfants vont à l'école

qui est gratuite, il y a un

médecin pour 15 habitants-


ANNA

Il y a un médecin

pour 100 habitants à Cuba.


ALBERT

Ah, bon? Tu es sûre?


ANNA

Je suis formelle.

J'ai déjà été à Cuba.

J'ai déjà rencontré Castro.


ALBERT

Non?


ANNA

Si. J'ai même

une photo de lui avec moi.


ALBERT

Tu l'as ici?


ANNA

Non. Je l'ai chez moi.


ALBERT

Ce type existe donc vraiment.


ANNA

C'est ce que je me suis dit

aussi quand je l'ai vu.

Tu sais, tous ses chefs

me disaient:

"Attention, il est débordé.

"Attention, il est

de très mauvais poil.

"Attention, vous en aurez

pour cinq minutes, pas plus."

Finalement, je suis restée

une demi-heure avec lui.


ALBERT

Tu es restée une demi-heure?


ANNA

Hum. C'est un type

absolument charmant.


ALBERT

Ah, bon?


ANNA

Hum.


ALBERT

Mais non, mais...


ANNA

C'est un type

absolument charmant.

Ça compte beaucoup plus

qu'on ne croit, le charme.

Beaucoup de charme.

(S'allumant une cigarette)

C'est le genre de type

qui ne cherche absolument pas

à avoir le dernier mot.

Mais il est très fort.

Il te bouffe!


ALBERT

Il te bouffe? Mais pourquoi

tu es restée plus de cinq

minutes avec lui?


ANNA

Tu es jaloux?


Ce mot provoque un haut-le-coeur à ALBERT.


ANNA

Parce que je lui ai parlé de

l'embargo américain. Je lui

ai demandé s'il avait

l'impression d'avoir

décidé des choses dans l'état

où elles sont là, maintenant.


ALBERT

Et alors, il a rien décidé?


ANNA

C'est les Américains qui ont

poussé Cuba à devenir communiste

Pour que les autres

pays d'Amérique du Sud

ne suivent pas le mouvement.

Alors, ces pays ont cessé de

croire en Cuba puisque Castro,

finalement, était communiste.


ALBERT

(Sur le point de vomir)

Excuse-moi.


ALBERT retourne aux toilettes en catastrophe.


ANNA

Ça va?


ALBERT

(Se rassoyant)

Voilà.

Un petit malaise.

Pas méchant du tout.


ANNA

Bien comment ça?


ALBERT

Juste un petit

renvoi comme ça.


ANNA

Attends. Tu veux dire

que tu es allé vomir, là?


ALBERT

Non, non, non.

Oui. Euh...


ANNA

C'est vrai. Tu es pâle.

Tu es tout pâle.

Tu te sens pas bien?

Tu veux rentrer?


ALBERT

Oh, non. Surtout pas.

Tu es folle? Non, non, non.


ANNA

Mais alors, explique-moi

ce qui se passe.


ALBERT

Hum... Non,

mais c'est fini maintenant.


ALBERT

Pas tout à fait. Non.


ALBERT retient ses hauts le cœur.


ANNA

Ça recommence?

Je sais pas,

bois quelque chose.


ALBERT

Hum...


ANNA

Tu peux pas parler? Tu as mal?


ALBERT

Hum...


ANNA

Albert?

Regarde-moi.


ALBERT est sur le point de vomir.


ANNA

S'il te plaît, va aux toilettes.

Mais va aux toilettes.

Enfin, détends-toi, connard!

Pourquoi tu te fais souffrir?


ALBERT retourne aux toilettes puis revient sans sa veste.


ALBERT

C'est con. J'étais presque

arrivé à le détourner.

D'habitude, j'arrive

à bien me contrôler,

mais à condition qu'on fasse

pas du tout attention à moi.


ANNA

Mais ça va mieux,

cette fois? Tu es sûr?


ALBERT

Ah, oui, oui. Ça y est. Ça

va. Je peux même manger

comme quatre, là.

Donc, qu'est-ce que tu as

dit tout à l'heure juste

avant que j'y aille?

Hein? Les derniers mots

que tu as dits?

Je parlais des Américains.


ANNA

Avant?

Euh... Que Castro

était pas tout seul?


ALBERT

Ah, non. Tu m'as demandé

si j'étais jaloux.

Ah, c'est ça. Voilà.

C'est le mot qui a fait levier.

C'était trop sensible.


ANNA

Ah, bon.


ALBERT

Hum hum.

Oh, ça n'a rien à voir

avec la jalousie, hein?

Mais tu supposais

que je puisse l'être.

Donc, qu'il y ait

quelque chose entre nous.

En fait, je résiste

depuis que tu as commencé à

parler ouvertement de ce dîner.


ANNA

Parce que dès

que tu te sens dans une

situation affective trop riche,

ça enclenche le processus?


ALBERT

C'est ça. Voilà.

Exactement. Dès que s'ouvre

l'embryon de la possibilité

qu'il se passe quelque chose

de... Comment dire? De...


ANNA

De grave sentimentalement.


ALBERT

C'est ça. De grave

sentimentalement.

Eh bien, je cours vomir.


ANNA

Du coup, je sais pas ce que je

peux te dire parce que j'ai peur

de te renvoyer

aux toilettes illico, moi.

En tout cas, c'est flatteur.


ALBERT

C'est vrai?

Ça me fait plaisir.

Écoute, euh...

Le mieux c'est

que tu fasses attention.

Que tu parles pas trop.


ANNA

Tu sais quoi, là? C'est moi

qui vais aller aux toilettes.


ALBERT

C'est vrai?


ANNA

Hum.


ALBERT

C'est gentil ça. Merci.


ALBERT se regarde dans la glace.


ALBERT

Sophie.

Est-ce que je vomirais si

j'étais avec Sophie, maintenant?

Je crois pas. Non, non.

Je crois pas.


ANNA est de retour, ALBERT remarque son arrivée par le reflet dans la glace.


ANNA

Si on allait la voir chez moi

cette photo de Castro?


ALBERT

Maintenant? On va chez toi?


ANNA

Pourquoi pas?


ALBERT

Oui.


ANNA et ALBERT sont dehors. ANNA monte dans sa voiture.


ANNA

Eh bien, on se

retrouve au feu?


ALBERT

Oui, très bien.


Les deux voitures se suivent sur l'autoroute.


ALBERT est debout dans le salon d'ANNA et regarde un tableau au mur.


ANNA

Ça te plaît?

Qu'est-ce que tu en penses?


ALBERT

C'est de qui?


ANNA

De Nathalie Capron.


ALBERT

Ah?

Une amie peintre.


ALBERT

Ah, oui.

Oui, oui. C'est...

C'est très torturé.

En même temps, très riche de...

force physique.


ANNA

Dis donc, tu veux

peut-être un yaourt bien frais.


ALBERT

Euh... Bien, je...

Je sais pas si...


Prenant le pot de yogourt en s'attardant à la date de péremption.


ANNA

Un cigare.


ALBERT

Hum?


ALBERT

Non, merci.

Non, mais en fait, je crois

que c'est pas très raisonnable.

Je suis pas encore d'état.


ANNA

Alors, Fidel.


ALBERT

Ah, c'est là, alors.


ANNA

(Feuilletant une revue)

Attends.


ALBERT

Très avide de voir ça.


ANNA

(Montrant la revue)

Voilà.


ALBERT

Oh là là, la vache!

C'est incroyable. C'est lui, là?

Et alors, là, c'est toi?


ANNA

Hum.

Garde le magazine,

si tu veux. J'en ai d'autres.

Je te le donne.


ALBERT

Hum hum. Il a

une bonne tête, hein.

Il a la tête d'un type

courageux, je trouve.


ANNA

Ah, bien, ça.


ALBERT

Castro, il avait une petite

copine pendant la révolution?


ANNA

Ah, ça, je sais pas.


ALBERT

Hum. Et maintenant?


ANNA

Je sais pas.


ALBERT

Il t'a conté fleurette?


ANNA

Attends. Tu es vraiment jaloux

de Fidel Castro?

Non.


ALBERT

Et, euh...

C'est un super décideur?


ANNA

Pourquoi? Toi, tu aimerais

pouvoir décider de quoi?


ALBERT

De t'embrasser.


ANNA

Tu arrives pas à te décider?


ALBERT

Si.


ANNA

Alors, pourquoi

tu passes pas à l'acte?


ALBERT fait marcher ses doigts sur la main d'ANNA.


ANNA

Qu'est-ce que tu me fais, là?


ALBERT

Un zigouigoui.


ANNA se lève et ALBERT change de côté sur le divan.


ANNA est de retour sur le divan avec une cigarette. ALBERT penche sa tête près de l'épaule d'ANNA.


ANNA

Bien, non. Là, tu fais

comme si c'était l'attraction

terrestre qui te poussait

vers moi.


ALBERT

Mais non!


ANNA

Si.

Moi, je veux un homme

qui me montre qu'il me veut,

qui produise un acte moteur.

Pas un abandon.


ALBERT

Ah, c'est foutu, alors.


ANNA

Non, c'est pas foutu.

Puis, ce qui m'ennuie aussi

tout d'un coup, c'est...

ce silence, là, atrocement

sérieux. On dit plus rien.


ALBERT

Tu as raison.

C'est pas supportable, ça.


ANNA

Bien, non, mais en même temps,

on va pas continuer

à discourir pendant 107 ans.


ALBERT

Bien non.


ANNA

Bien, je sais pas, moi.

Raconte-moi ce qu'on va faire.


ALBERT

On va...


ALBERT se met sur la tête et fait la chandelle.


ANNA

Oui, non, mais franchement!


ALBERT a de nouveau mal au cœur.


ANNA

Non, mais si toi-même, tu fais

des choses qui te font vomir,

alors, là,

on va pas s'en sortir.


ALBERT

Mais est-ce que

tu te sens libre?

Est-ce que Castro

est un type libre?


ANNA

Mais qu'est-ce

que c'est un acte libre?


ALBERT

(Se rapprochant d'ANNA.)

J'en sais rien, moi.


ANNA

Un acte libre, c'est

quelque chose d'absolument neuf.

Hors de notre histoire.

Un acte libre rompt

le cours du temps.

Ton verre d'eau à la figure par

exemple, sans cause, sans

imaginer des faits.

Un geste inédit.

Hum.


ANNA pose la main sur la cuisse d'ALBERT. Puis, ils s'embrassent.


ALBERT

Excuse-moi. Ça glisse

à cause du Dermophil.


ANNA

Tu es tout excusé.


ALBERT

Est-ce que tu es une

fille dangereuse?


ANNA

Non.

Crois-moi.


ALBERT

Et est-ce que tu

crois qu'un seul peut

avoir raison contre tous?


ANNA

Détends-toi.


Le lendemain, ALBERT enregistre des autruches.

Il tend la perche pour attirer une autruche dans son enclos.


ALBERT

Ça fait un bruit,

les autruches quand même.

(Parlant tout seul)

Elle a un charme dingue.

Anna.

J'aime cette fille.

C'est ça en fait.

Je l'aime.

Je l'aime, nom de Dieu!


ALBERT (Narrateur)

On se revoit quand?


ANNA (Narrateur)

Bien, je sais pas.

Rejoins-moi à la manif samedi.


ALBERT est dans sa voiture et écoute la radio.


LECTEUR DE NOUVELLE

(Voix à la radio)

Devant les grilles du château

de Versailles, où les ministres

européens se sont réunis,

la manifestation à l'appel

d'Exclure l'exclusion

aurait rassemblé selon les

organisateurs 33 000 personnes

et selon la police, 750.

Les manifestants

sont actuellement

en train de se disperser

tandis que quelques

individus demeurent

devant les grilles protégées

par les forces de l'ordre.


ALBERT marche vers le lieu de la manifestation.


UN POLICIER fait le guet.


ALBERT

(S'adressant au policier)

Bonsoir, monsieur.

C'est bien là la manif, hein?


GENDARME

Ça ressemble à un pique-nique?


ALBERT

Ah, bien, non. Tout à fait.

C'est sûr.


ALBERT

Restez là.

Merci beaucoup, M. l'agent.

Merci.


ACTIVISTE

(Voix au micro.)

De toute façon, c'est la fin.

Sur le podium, là.


ALBERT

Mais c'est Cruquet.

Cruquet!


CRUQUET

(Parlant au micro sur une estrade)

Foutons la paix aux animaux!

Droit au logement!

Droit au travail!

Droit à la

tentation permanente.

Droit à la culture, etc.


ANTIÉMEUTE

On ne bouge pas.


CRUQUET

Et cela se terminera

par l'énoncé

des devoirs:

devoir d'assistance,

devoir de services civils,

devoir de services-

Hé!


UN HOMME SUR LA SCÈNE

Il neige.


CRUQUET

Parfait!


ANTIÉMEUTE

En avant!


Une brigade antiémeute avance sur les manifestants.


ALBERT encore un peu à l'écart regarde la scène.


SOPHIE qui arrive sur les lieux voit la cohue.


SOPHIE

Oh là là.


CRUQUET

Les civils.

Je vois les civils.


Autour de l'endroit, les policiers interpellent des civils.


Des gens courent et ALBERT semble un peu dépassé par les événements. Il finit par retrouver l'équipe de tournage, dont OTTO et ANNA.


OTTO

Qu'est-ce que c'est

que ça, là?


Des gens crient. Une rangée de policiers armée de boucliers et de matraques attend le signal.


ALBERT est face au mur de policier.


COMMANDANT

Détachement.

Rompez. Montez.


SOPHIE rejoint ALBERT.


SOPHIE

Ils ont coincé Aline et Cyril.


ALBERT

Et tu as pas vu comment

ils les ont frappés?

Hyper violents.

Ils ont tapé Cruquet.

Il s'en est pris plein

la gueule.


SOPHIE

(S'adressant à son père)

Bon, on va les chercher?


PÈRE DE SOPHIE

Non, non, non. On

reste. Non, non.

On va pas les chercher.

Ça suffit. Si tu étais

pas restée avec moi,

tu serais avec les autres, là.


SOPHIE

Oh, putain! Salauds de flics!


L'équipe de tournage se rapproche du groupe.


ALBERT est entre les deux femmes.


ALBERT

Anna, Sophie.


SOPHIE

Oh.

Bonjour.


ALBERT

Et le père de Sophie.


ANNA

Bonsoir.


PÈRE DE SOPHIE

Ravi.


CORINE arrive aussi.


CORINE

Salut, Albert. Ça va?

Ah, au fait,

merci pour la bouilloire.

C'était sympa.


ALBERT

Bien, il y a pas de quoi.


CORINE

Bon, bien, à bientôt. Salut.


SOPHIE

La bouilloire?

Quelle bouilloire?

Tu as offert une bouilloire

à cette flic?


ALBERT

Hein? Elle est pas flic.

Elle est RG.


SOPHIE

Non, mais attends. Je rêve?


OTTO

Tu sais, moi aussi, il m'a

offert une bouilloire.

Qu'est-ce que c'est ces

histoires de bouilloire?


SOPHIE

Mais je rêve?

Tu la connais cette fille, là?


ALBERT

Non, mais je la connais

plus ou moins.


OTTO

(S'adressant à FRANÇOIS)

Bon, Anna, nous,

on va à la voiture.


FRANÇOIS

Salut, Albert.


SOPHIE

(S'adressant à son père)

Bon, on va essayer

de récupérer Aline et

Cyril chez les flics?

Hein? Salut, Albert.

Hum.

Papa, on se retrouve tout

à l'heure à la gare ce soir??


PÈRE DE SOPHIE

(S'adressant à ALBERT)

Tu viens avec nous?


SOPHIE

Non, il reste avec ses amis.

Tu dois savoir

où est le commissariat.


SOPHIE

Non, mais c'est dur

à t'expliquer.


SOPHIE

Bon, bien, on

trouvera tout seul. Hein?


ALBERT

Je veux dire la situation.


SOPHIE

Oui, bien, plus tard.

C'est où le commissariat?


ALBERT

Euh... Bien, c'est--


ANNA

Albert, j'y vais.


ALBERT

Salut, Anna.

Tu sais, tu prends tout droit,

puis après, c'est un petit

peu en biais.

Tu reviens sur tes pas. Après, à

gauche vers la Place du marché.

Tu...


SOPHIE

Ciao!


ALBERT

Par là.

Mais...


ALBERT reste seul devant le palais de Versailles.


ALBERT

(Hurlant)

Non! Ho!


ALBERT est de retour au bureau de scrutin.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

(S'adressant à CORINE.)

Je suis ici tous les lundis.

Merci.


FEMME

234.


ALBERT

(Se levant pour saluer CORINE)

Bonjour.


CORINE

Bonjour, Albert.


ALBERT

Je peux te parler

deux minutes?


CORINE

Oui, bien sûr.


ALBERT

Je reviens tout de suite.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Oui, oui, M. Jeanjean.

Bien sûr.


M. CRÉMIEUX

Mme "Veuve" Robert.


DAME

Beuve.


Dans la cour de l'école primaire, CORINE et ALBERT discutent aux balançoires.


ALBERT

Tu as eu mon message?


CORINE

Oui.

Ton Cruquet a été libéré

très vite.


ALBERT

Ah.


CORINE

J'ai rien eu à faire.

Il est connu chez nous.


ALBERT

Ah.


CORINE

Forte tête, il paraît.


ALBERT

Oui.

C'est un vieux militant.


CORINE

Ah, bon?


ALBERT

Oui.


CORINE

Il est dans un groupe?


ALBERT

J'en sais rien, mais la

dernière fois, il m'a dit:

"Quand on est deux, on

est déjà un groupe."


CORINE

Tu parles!

Je fais une bouffe ce soir si

tu... Ah, non, tu peux pas venir

parce qu'il y aura François.


ALBERT

Ah, bon? Ah, vous

êtes rabibochés?


CORINE

Ouais.

Rabibochés! Mais

tu as de ces termes!


ALBERT

Pourquoi? Rabibochés?


CORINE

Bien, écoute. Ça fait

un peu... Ça fait un

peu vieux jeu, non?


ALBERT

Ah, bon? Rabiboché?


CORINE

Et tu sais, il est au

courant, François, hein?

Il sait que c'est toi le petit

bip lent, la tour de contrôle,

tout, tout, ouais, ouais. Tout.


ALBERT

Non, mais attends. Mais c'est

pas vrai. Comment ça se fait ça?


CORINE

Parce qu'il a vu

chez Otto une bouilloire.


ALBERT

Otto lui a dit que c'était

toi qui lui avais offerte.

Après Otto lui dit que tu

avais offert la même à

la fille de Toulouse.

Il vient chez moi. Qu'est-ce

qu'il voit? Une bouilloire.

Alors, là, c'était super clair.

Il a tout compris.


ALBERT

Ah, mais putain! Mais il

est con ce Otto!

Pourquoi qui...

Il pouvait pas fermer sa gueule?

Quel besoin il a... Ça te

fait marrer, toi?


CORINE

Oui, parce qu'Otto, je sais

pas pourquoi, il arrête pas

de parler de sa bouilloire.

Il en peut plus.


ALBERT

Mais François, tu ne te rends

pas compte, même dans un

bureau de vote,

il est capable de tout

casser. Il va me casser-


CORINE

Albert! Otto est avec lui.

Il le lâche pas d'une semelle.

Et moi je reste dans le coin.


De retour à la table de scrutin, ALBERT voit OTTO qui vote.


M. CRÉMIEUX

Otto Gazzo.


OTTO

Euh... Gazza.


M. CRÉMIEUX

Comment?


OTTO

Gazza.


M. CRÉMIEUX

Gazza. Oui.

Le 24 septembre 1962.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

A voté.


M. CRÉMIEUX

Voulez-vous signer,

M. "Gazzu"?

Bien.

Merci.


FEMME

464.


ALBERT

Salut, Otto.


M. CRÉMIEUX

Euh... "Godot", François.


FRANÇOIS

Godet. Godet.


M. CRÉMIEUX

Comment?


FRANÇOIS

Godet, G-O-D-E-T.

Godet comme...


M. CRÉMIEUX

Godet. Voilà,

voilà. Le 10 juin 1962.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

A voté.

Vous ne voudriez pas

être scrutateur ce soir?


FRANÇOIS

Vous voulez pas qu'on passe

l'aspirateur aussi?

Hum? Mes papiers,

s'il vous plaît.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Mais qu'est-ce... Donnez-lui

ses papiers.

Mais oui.


FRANÇOIS

Merci.


M. CRÉMIEUX

En attendant,

signez, M. Godot.


FRANÇOIS se contient et signe.


ALBERT se rappelle quand FRANÇOIS a frappé dans la borne de stationnement.


FRANÇOIS

(Caressant la tête d'ALBERT)

Dis donc, tu perds

tes cheveux, toi, un peu, non?


ALBERT se lève pour parler à FRANÇOIS.


ALBERT

Tu veux me casser la gueule?


FRANÇOIS

Ouais.


ALBERT

Hum.

Mais je comprends

très bien ta démarche.


FRANÇOIS

C'est à quelle heure ta pause?


ALBERT

Bien, c'est après

le dépouillement ce soir.


FRANÇOIS

Ah, bien, je peux pas ce soir.


ALBERT

Bien, si tu veux...

Ou alors, maintenant...

Une bonne paire de claques

dans l'isoloir.


FRANÇOIS

D'accord.


ALBERT

Maintenant?


FRANÇOIS

Maintenant.


ALBERT

Euh, sinon, dans la semaine--


FRANÇOIS

Non. Maintenant.


ALBERT

Maintenant, alors.


FRANÇOIS

On y va... Bien, allez.


ALBERT

(Se tournant vers le PRÉSIDENT D'ÉLECTION)

Euh... Je...


FRANÇOIS

Tu viens?


ALBERT

Oui.


FRANÇOIS et ALBERT s'isolent. OTTO reste devant l'isoloir.


Un bruit de claque retentit. FRANÇOIS et ALBERT sortent.


FRANÇOIS

On y va?


OTTO

Oui.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

(Regardant l'urne à moitié pleine)

Quand même, c'est pas

aujourd'hui qu'on va

battre le record.


M. CRÉMIEUX

Dites, et celle-là,

vous la connaissez?

M. et Mme Fonfec ont une fille.

Comment la prénomment-ils?


ALBERT

Anna. Non, Sophie!

Sophie.


M. CRÉMIEUX

Oui!


La FEMME toujours si sérieuse éclate de rire.


M. CRÉMIEUX

Sophie Fonfec!


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Qu'est-ce que c'est bête!


M. CRÉMIEUX

Oui.


M. CRÉMIEUX

Anna... Anna.


ANNA arrive pour voter.


ANNA

Bonjour.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Mademoiselle.


FEMME

459.


M. CRÉMIEUX

Festival, Anna.

Le 10 décembre 1968.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

A voté.

Est-ce que vous accepteriez de

venir dépouiller avec

nous ce soir?


ANNA

Non, ce soir, je peux pas.


M. CRÉMIEUX

Voulez-vous signer,

mademoiselle?


ANNA

Oui.


M. CRÉMIEUX

Merci.


ANNA

Voilà.


ALBERT

Lui aussi.


ANNA

(Donnant un billet à ALBERT)

Tiens.


PRÉSIDENT D'ÉLECTION

Ah! Un deuxième bulletin?


ANNA

Oui, un bulletin de vote.


ALBERT roule vers chez ANNA.


ANNA et ALBERT sont face à face sous un grand pull.


ANNA

Tu es content?


ALBERT

Oui.


ANNA

Tu es fier?


ALBERT

Oui.


ANNA

Tu es calme?


ALBERT

Oui.

Anna?


ANNA

Oui?


ALBERT

J'ai toujours pensé que je

dirais absolument tout à

la femme de ma vie.


ANNA

Ouh, là! Tu m'inquiètes, là.


ALBERT

Je voulais te dire

que le 4X4 n'est pas à moi,

il est à l'oncle d'Otto.

J'ai jamais fait de parachutisme

ni de plongée sous-marine

de toute ma vie.


ANNA

Ah, bien, ça, je le savais.

Otto me l'avait raconté.


ALBERT

Oh, putain! Ce mec!


ANNA

Elle est où

ta petite perche, là?


ALBERT

Hum...


ANNA

Ah, la voilà.


ANNA et ALBERT tombent sur le lit et s'enlacent.


ALBERT et ANNA dorment dans le lit.


ALBERT

(Comme un ronflement)

Fleur, chou...


ANNA

Fleur.


ALBERT

Chou.


ANNA et ALBERT marchent dans un parc.


ANNA

Fleur.


ALBERT

Chou.


ANNA

Fleur.


ALBERT rêve dans son lit.


ALBERT

Chou.


Dans le rêve d'ALBERT ANNA et lui sont dans le parc près de l'école.


ANNA

Fleur.


ALBERT

Chou.


ANNA

Fleur.


SOPHIE

Fleur.


ALBERT

Chou.


SOPHIE et ANNA se balançant dans le parc.

Fleur.


ALBERT

Chou.


CORINE, ANNA ET SOPHIE

Fleur.


ALBERT

Chou.


ANNA

Fleur.


AMIS D'ALBERT

Chou.


AMIES D'ALBERT

Fleur.


AMIS D'ALBERT

Chou.


AMIES D'ALBERT

Fleur.


AMIS D'ALBERT

Chou.


AMIES D'ALBERT

Fleur.


AMIS D'ALBERT

Chou.


ANNA

Fleur.


ALBERT

Chou.


ANNA

Fleur.


ALBERT

Chou.


POLICIER

Fleur.


ALBERT crie


Dans son rêve les amis d'ALBERT sont remplacés par des policiers.


POLICIERS

Fleur.


ALBERT se réveille en sursautant.


ALBERT

Oh.


ANNA

(Sursautant à son tour)

Ah.


ANNA

Qu'est-ce qui se passe?


ALBERT

Oh, non. J'ai rêvé

qu'il y avait un CRS qui

me marchait sur le pied.

Et après, il y en avait plein

la balançoire.


ANNA

Tu veux que je laisse

la lumière allumée?


ALBERT

Oui.

S'il te plaît, oui.


ANNA et ALBERT soupirent et se rendorment.


ANNA est endormie dans les bras d'ALBERT.


ALBERT

(Pour lui-même)

C'est merveilleux.

C'est merveilleux.


ALBERT fait des babils.


ANNA

Hum...

(Se réveillant)

Mais qu'est-ce que tu fais?


ALBERT

Bien, c'était pour voir

si tu dormais.


ANNA

Hum...


Début générique de fermeture


JOUEUR DE CYMBALES

Oh, mince! Je les ai arrêtées.

Je le refais?


RÉALISATEUR

Oui.


Fin générique de fermeture



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