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Le bonheur est dans le pré

Francis Bergeade n’a pas une vie réjouissante : tourmenté par les employées de son usine de sièges de toilette qui menacent de faire grève, en butte à un contrôle fiscal, il doit en outre faire face aux plaintes constantes de sa femme et de sa fille. Un jour, une fermière et ses filles participent à une émission de télévision pour retrouver leur mari et père, disparu vingt-six ans plus tôt. Or Francis est le sosie parfait de cet homme. Il voit là l’occasion inespérée de changer le cours de son destin.



Réalisateur: Etienne Chatiliez
Acteurs: Michel Serrault, Eddy Mitchell, Sabine Azéma
Année de production: 1995

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VIDÉO TRANSCRIPTION

FRANCIS BERGEADE s'adresse aux ouvrières de son usine qui veulent faire la grève.


FRANCIS

Moi, je propose rien,

je ferme.

Comme ça, il y a pas de jaloux.


UNE OUVRIÈRE se met aussitôt à pleurer [YASMINA

Eh bien! ça,

ce serait trop facile


GÉRARD entre en trombe dans l'atelier.


GÉRARD

Joyeux anniversaire, Lapin!


OUVRIÈRE

Tu sais bien que ça n'a

pas de coeur, les patrons.


FRANCIS

Tu sens pas que c'est pas

le moment, mon Dieu!

D'ailleurs, c'était

il y a 15 jours.


GÉRARD

Non!

Déconne pas, j'ai retenu

au Laboureur pour midi.

C'était pas le 18?


FRANCIS

Non, c'était pas le 18.

Allez, vire!


L'ouvrière continue de sangloter.


GÉRARD

Je te sens tendu,

Lapin. Viens.

J'ai reçu la Safrane

à injection. Je vais

te la faire essayer.


GÉRARD montre un paquet emballé à FRANCIS.


GÉRARD

Tu prends pas ton cadeau?


FRANCIS

T'es con, ou quoi?

Tu vois bien que c'est la merde!


YASMINA donne des coups de brosse sur la table de travail. D'autres ouvrières l'imitent.


GÉRARD

Oh là là, ça se durcit!

Faudra que tu lâches du lest.

De toute façon, tu lâcheras,

elles te font le coup

tous les ans.


FRANCIS

Ça, c'est rien. Monte au

bureau! Tu nous expliqueras!

Pour l'Urssaf, je suis mort.

Allez!


FRANCIS ferme la porte derrière GÉRARD qui sort.


FRANCIS

(Aux ouvrières)

Bon, alors maintenant,

c'est fini, les conneries!

J'ai pas que ça à faire.

Alors, vous reprenez

le travail ou quoi?


Les ouvrières frappent leurs tables de travail en synchronisme.


FRANCIS marche à l'extérieur de l'usine tandis qu'on entend au loin les coups que ne cessent pas.


SECRÉTAIRE

Entreprise Bergeade, bonjour.


FRANCIS entre dans les bureaux en claquant la porte.


Dans la cuisine du bureau, GÉRARD prend un coup avec POUILLAUD.


GÉRARD

C'est pas grave, ça.


FRANCIS entre en faisant les cent pas.


GÉRARD

T'en as mis, du temps!


FRANCIS

Elles sont déchaînées, ces

salopes. T'entends le raffut?

Elles veulent des garanties,

alors, ça, c'est la meilleure.


GÉRARD

Elles regardent trop la télé.

Ça leur donne des idées.

Hein? On voit que des grèves

À la télé. Tiens.

Tiens! Goûte-moi ça,

c'est un miracle.


POUILLAUD

Je savais pas

que c'était votre anniv'.


FRANCIS

Mais c'est pas mon

anniversaire, Pouillaud!

Hein? Si vous l'écoutez,

cet abruti!

Il n'a que ça à faire.

Évidemment, ça marche

tout seul les garages.


GÉRARD

C'est ça. T'as qu'à croire.

Alors?


FRANCIS

Ça se boit.


GÉRARD

Allez.

Réchauffe-toi le coeur,

mon lapin.

Vous aussi, Pouillaud.

Laissez-vous faire.


FRANCIS

Ils sont deux en dessous

pour le contrôle fiscal.


POUILLAUD

Oui, depuis ce matin,

il y a un élève stagiaire.


FRANCIS

Élève stagiaire,

ça veut dire...


POUILLAUD

Ça veut dire que ça sent

pas bon. C'est les pires.

Ils font du zèle.


FRANCIS

C'est pas vrai!

Mais c'est la curée, ce matin!


FRANCIS

Dramatise pas,

t'es pas le premier

qui a un contrôle fiscal.

J'en ai eu trois, moi.

Je suis pas mort.


FRANCIS

Ah! "Dramatise pas"...

Tu dois pas 300 patates

à l'Urssaf!


POUILLAUD

347.


FRANCIS

Oui, 347.

T'as pas fi-fille qui veut

se marier dans deux mois

avec son tocard

et qui a la folie des grandeurs.

T'as pas ta femme sur le dos,

qui est jamais contente.


GÉRARD

Tu mélanges tout! Ta femme

et ta fille, c'est deux connes.

C'est pas nouveau.

Quant à l'atelier,

c'est pas en te mettant dans

cet état que ça s'arrangera.


POUILLAUD

Mais oui, vous mettez

pas dans cet état.


FRANCIS

Je me mets

dans l'état que je veux!

Et je vous emmerde. Tous!


De la cour proviennent les cris des ouvrières qui scandent des slogans revendicateurs dans l'atelier.


FRANCIS se dirige à la fenêtre et crie pour se faire entendre.


FRANCIS

Vous comprenez pas

que le marché est saturé!?

Bandes de connasses!

SATURÉ!


GÉRARD s'empresse d'amener FRANCIS loin de la fenêtre.


GÉRARD

Allez, Lapin.

Calme, calme. Va t'asseoir.

Va t'asseoir. Assieds-toi là.

Bon, voilà, t'es content,

t'as gueulé un bon

coup. Ça t'a fait du bien.

On va mettre le frein, hein,

maintenant. D'accord?

Et puis Pouillaud, il va aller

chercher ton manteau et ton

écharpe. Hein, Pouillaud?

Et puis nous, on va aller

déjeuner tous les deux

tranquillement.

Au Laboureur, comme prévu.

Ça va te faire le plus grand bien, hein?


POUILLAUD apporte le manteau et l'écharpe de FRANCIS et aide GÉRARD à lui enfiler.


GÉRARD

Voilà, mets ton écharpe.

Non, pas là. C'est par

là, le Laboureur.

Oui. Et puis Pouillaud

va descendre à l'atelier.

Il va essayer de trouver

un accord.

Tu vas voir, ça va s'arranger,

hein? Viens.

Tu as l'escalier, là.


FRANCIS

D'accord.


GÉRARD

Descends.


POUILLAUD

Vous me le ramenez avant 3h?

Il y a le rendez-vous à la

banque, c'est très important.


GÉRARD conduit en sinuant entre les voitures.


FRANCIS

Arrête-moi cinq minutes

À la maison de la presse

pour Nicole.


GÉRARD

C'est quoi encore,

cette connerie?


FRANCIS

Je lui ai promis de rapporter

Télé 7 Jours et Mariages.


GÉRARD

Tu deviens gogol ou quoi?

Elles peuvent pas se lever le

cul, ces deux grosses pétasses?

Elles ont que ça à foutre.


Plus tard, FRANCIS rentre chez lui.


FRANCIS

C'est moi!

(À son chien)

Viens là.


GÉRALDINE

(Voix provenant du salon)

J'ai pas besoin d'un traiteur

pour m'offrir des sandwichs

oeufs durs, cresson.

(Au téléphone)

Pour un cocktail de mariage,

c'est d'un ordinaire.


GÉRALDINE est assise avec sa mère devant des revues.


GÉRALDINE

Aspic de canard rôti

au miel d'acacia?


NICOLE

Ça va pas être gras, ça?


GÉRALDINE

Oui.

(Au téléphone)

Ça va pas être gras, ça?

Il dit que c'est très fin.


FRANCIS

(Entrant au salon)

C'est moi.


GÉRALDINE

(Au téléphone)

Hum hum.

Oui...

Oh, c'est pas très emballant,

tout ça, hein?

Enfin, c'est toujours mieux

que cresson, oeufs durs.

Bon bien d'accord, on prend

la formule Shéhérazade.

Hein, maman?


NICOLE

Prends ce que tu veux,

ma chérie.

FRANCIS)

T'es déjà là, toi?


FRANCIS embrasse sa femme qui porte son attention sur les revues.


NICOLE

T'as vu dans quel état ils sont?

Tu pourrais avoir un peu de

soin, quand même.


GÉRALDINE

Oui, bien dites toujours.


NICOLE

FRANCIS)

Je te préviens,

il y a rien à manger.

Regarde dans le frigo, il doit

rester un peu de ton pâté.

On n'a pas arrêté de la matinée.

Et sors-moi ce chien dehors,

c'est une infection.


GÉRALDINE

(À Nicole)

Vous pouvez pas

aller parler ailleurs, là?


FRANCIS

Je ne déjeune pas là.


GÉRALDINE

Qui vous a parlé

de budget restreint?


FRANCIS

Il sent le chien. Normal.

Tout le monde a une odeur.

Toi aussi, tu as une odeur.


NICOLE

Oh, arrête de dire des

horreurs. Et sors-le-moi de là.


GÉRALDINE

(Au téléphone)

Puisque je vous dis

que je m'en moque.

Je veux quelque chose de bien.

Très bien. 280 francs TTC

par personne, parfait.

D'accord. Multiplié par 160.

Ça a l'air bien comme ça,

hein, maman?


NICOLE

Oui, parfait, ma chérie.


FRANCIS

Vous pouvez y aller mollo pour

la réception? J'y arriverai pas.


NICOLE

(Embrassant FRANCIS, pour le renvoyer)

Allez, reste pas là

dans nos pieds à râler.


GÉRALDINE

(Au téléphone)

Vous envoyez le devis

à M. Francis Bergeade.

139 ter, avenue Rockefeller, Dole.

Mais non, c'est pas la rue des

Abattoirs, puisque c'est

la rue Rockefeller.

(À Nicole)

Et puis qu'est-ce qu'il

a encore à radoter?


FRANCIS

Je radote pas, je suis fauché.

J'ai des emmerdes par-dessus

la tête et j'ai les impôts

sur le dos.

Vous pouvez comprendre ça,

tout de même, non?


NICOLE

Tu vas pas recommencer.

Quelle idée aussi d'avoir

un contrôle fiscal deux mois

avant le mariage de sa fille?


FRANCIS

Vaut mieux entendre ça

que d'être sourd.

Je préfère partir.


NICOLE

C'est ça, pars et prends

ton chien.


FRANCIS retourne vers l'entrée pour sortir et le chien jappe derrière en le suivant.


NICOLE

Ouh!


Une musique pop annonce la présence de GÉRARD dans le stationnement devant la maison.


NICOLE

(Sort sur le porche avec FRANCIS)

Ah d'accord. Je savais bien

qu'il devait pas être loin,

celui-là.

Et vous allez déjeuner où?


FRANCIS

Au Laboureur.


NICOLE

Vous pensez vraiment qu'à ça,

bâfrer, vous deux.

Pour ça, t'en as bien,

de l'argent.


FRANCIS

Tu me fatigues, Nicole.

Tu me fatigues, si tu savais

comme tu me fatigues.


FRANCIS se dirige vers la voiture de GÉRARD et NICOLE sort le chien de la maison avant de refermer la porte.


GÉRARD et FRANCIS sont attablés ensemble au restaurant.


GÉRARD

T'es pas content,

avec ton Gérard?


FRANCIS

Ah, si je suis content.

Comme un roi.


GÉRARD

Profite, va. Tu l'as mérité.


SERVEUSE

Ça vous a plu?


FRANCIS

Oh, c'était parfait.

C'est quoi, ce petit goût

dans la sauce?


SERVEUSE

C'est le mélange du fenouil

avec le jus d'oursin.


GÉRARD

Ah! Allez,

j'aime vos beaux bras blancs.


FRANCIS

Fameux, hein?

Il est fort, le bougre.


GÉRARD

Tiens, voilà l'artiste.


Le chef, ANDRÉ, arrive avec le plat principal.


ANDRÉ

Voilà, gigot de poularde

au vin jaune.

Je t'ai mis un petit riz sauvage avec.

Et pour toi,

un plat du jour spécial.

Des rognons grillés

comme tu les aimes.

À peine rosés.


FRANCIS

Oh, André, tu pouvais pas

me faire plus plaisir.


ANDRÉ

C'est pas tous les jours

ton anniversaire, hein?


FRANCIS s'esclaffe pendant qu'ANDRÉ remplit les verres.


ANDRÉ

Je vois pas

ce qui vous faire marrer.


FRANCIS

Non.


ANDRÉ

Tenez, goûtez-moi ça.

Un petit du Castel,

et surtout, mangez chaud.


FRANCIS

Tu sais, mon Gégé,

heureusement que t'existes.

Comme je les aime.

À peine rosés.

Quand je vois ça, je revis.


FRANCIS s'effondre dans son assiette.


GÉRARD

Francis? Francis?

Francis, fais pas le con!


GÉRARD est au chevet de FRANCIS dans l'ambulance.


FRANCIS

Va falloir qu'ils en trouvent

un autre à faire chier,

maintenant que je vais mourir.


GÉRARD

Parle pas, Lapin. Parle pas.


FRANCIS

Tu crois que... qu'elles vont

me jeter toutes mes nègreries

à la maison?


GÉRARD

Non, non, non, non. Elles

jetteront rien. Je te jure.

Ne parle pas.

Parle pas.


FRANCIS

T'es bien le seul

qui m'aime, toi. Le seul.


GÉRARD

Parle pas! Je peux...

(Sanglottant)



Titre :
Le bonheur est dans le pré.


Générique d'ouverture


FRANCIS mange dans sa chambre d'hôpital. NICOLE et GÉRALDINE sont à ses côtés.


NICOLE

J'espère que ça te servira

de leçon, tout de même.

T'as pensé à nous?


FRANCIS

Oui, j'ai pensé à vous.

Je fais que ça.


NICOLE

On s'est fait un sang d'encre.


FRANCIS

Je sais, je sais,

mais il fallait pas.

Il y a pas de quoi

se monter le bourrichon.

C'est un malaise vagal.

C'est pas grave.

C'est les soucis.


NICOLE

C'est peut-être un

malaise vagal, n'empêche

que ça ressemble

beaucoup à un "infractus".


GÉRALDINE

Maman, je t'en prie!

Un "infarctus".


FRANCIS

De toute façon,

ça n'a rien à voir.

C'est un malaise vagal,

un point c'est tout.


NICOLE

Pourquoi? Qu'est-ce que j'ai dit?


GÉRALDINE

T'as dit un "infractus".


GÉRALDINE s'assoit sur le bord du lit et peigne les cheveux de FRANCIS.


FRANCIS

Pourquoi tu me recoiffes?


GÉRALDINE

Il y a Rémi

qui vient me chercher

et là, t'es tout ébouriffé.


FRANCIS

C'est pour ça

que tu me recoiffes.

Pour pas que j'aie l'air d'un con.


RÉMI frappe avant d'entrer dans la chambre d'hôpital.


FRANCIS

Ah!

Alors, Rémi, entrez!

Alors, Rémi, ça va?


RÉMI

Ça va très bien, merci.

Mais c'est à vous

qu'il faut demander ça, Francis.


FRANCIS

Mais demandez,

mon grand, demandez.

Vous avez vu?

Elle m'a coiffé comme vous.

Je vous plais, comme ça?


NICOLE

Faites pas attention, Rémi.


GÉRALDINE

Allez, on y va.


FRANCIS

Vous partez déjà?


NICOLE se lève et s'approche de FRANCIS.


NICOLE

Tu sais bien qu'on va dîner

chez les parents de Rémi?


RÉMI aide NICOLE à enfiler son manteau.


RÉMI

Au fait, mes parents

se proposaient de venir demain.


FRANCIS

C'est gentil, mais qu'ils ne

se dérangent pas.

Parce que tu sais, moi,

les visites, finalement,

ça me déprime.


GÉRARD entre avec enthousiasme, les bras chargés de paquets.


GÉRARD

Allez, à poil là-dedans...

La petite famille est là?


NICOLE

Eh bien oui, nous sommes là.

Ça vous étonne?


GÉRARD

Je vais vous laisser.

Je reviendrai plus tard.


FRANCIS

Mais non, reste, mon grand.

Ils étaient en train de partir.


RÉMI salue GÉRARD en sortant.


GÉRARD

Alors, heureux?


NICOLE sort à son tour en embrassant GÉRARD.


NICOLE

Le fatiguez pas trop, Gérard,

il est encore faible.


GÉRARD

Vous inquiétez pas, je lui

fais juste un petit câlin

et je m'en vais.


GÉRARD ferme la porte derrière NICOLE qui porte la main à son front, une fois dans le corridor.


NICOLE

Il est d'un vulgaire!


Dans la chambre, GÉRARD s'approche de FRANCIS et le chatouille.


GÉRARD

Enfin seuls!

Alors comme ça,

on se sent encore

un petit peu faible,

hein? Ho...


FRANCIS

Non, non! Arrête de me

tripoter comme une gonzesse!

Tu sais bien

que j'ai horreur de ça.


GÉRARD retourne à la porte et s'assure que tout le monde est parti. Ensuite, GÉRARD retourne au lit de FRANCIS avec un panier.


FRANCIS

Il y a quoi là-dedans?


GÉRARD

Acabi, acaba.


GÉRARD dépose une assiette sur la table mobile devant FRANCIS.


FRANCIS

Oh...


GÉRARD sort ensuite deux verres à vin et une bouteille.


GÉRARD

C'est de la part d'André.

T'avais pas fini tes rognons,

l'autre jour.


FRANCIS

Oh, c'est gentil.

Qu'est-ce que c'est gentil.

J'en chialerais.


GÉRARD

(S'assoyant sur le lit)

Tu sais que tu m'as foutu

une sacrée pétoche, toi,

l'autre jour.

Allez.

(Trinquant)

Santé, mon lapin.


FRANCIS

Santé, mon grand.

Moi aussi, j'ai eu peur.

Ça sentait le sapin.


Une INFIRMIÈRE entre dans la chambre.


L'INFIRMIÈRE

Ah là là, ça va pas du tout,

ça. C'est pas sérieux.


GÉRARD

Oh, elle va pas nous

faire sa méchante, hein?


GÉRARD se lève et offre un verre de vin à l'INFIRMIÈRE.


GÉRARD

Elle va trinquer avec nous!

Sois gentille, hein?


L'INFIRMIÈRE

Oh, c'est pas de refus.


GÉRARD

Et c'est quoi son petit nom,

hum?


L'INFIRMIÈRE

Lison.


GÉRARD

Ah, c'est gentil, ça,

Lison, comme prénom.

Ça rime avec quoi, Lison?


L'INFIRMIÈRE

Si vous pensez à "nichon",

je vous préviens, on me

l'a déjà fait.


FRANCIS fait une grimace bruyante en guise de boutade.


À l'extérieur de l'hôpital, une seule fenêtre reste allumée et des ombres suggèrent qu'on y fait la fête.


FRANCIS est chez lui. POUILLAUD attend, assis dans le salon. [POUILLAUD

(Au médecin en visite)

Je dois vous quitter.

Mon comptable attend déjà

depuis un moment.


LE MÉDECIN

Mais je vous en prie.

Et surtout, suivez votre

régime très sérieusement.

Du courage.


GÉRARD

Il va m'en falloir, oui.


Le MÉDECIN et NICOLE restent dans l'entrée tandis que FRANCIS rejoint POUILLAUD au salon.


LE MÉDECIN

NICOLE)

Vous avez beaucoup

d'objets exotiques, dites-moi.


NICOLE

On en est submergé. Mon

mari a vécu 20 ans en Afrique.

Je vous jure que j'en

bazarderais quelques-uns.


LE MÉDECIN

Dites pas ça. L'art africain

est une valeur sûre.


FRANCIS

Excusez-moi, Pouillaud.


POUILLAUD

C'est pas grave.

Alors, comment allez-vous?

Vous vous êtes bien reposé?


FRANCIS

Comment voulez-vous

que je me repose?

L'autre folle a encore été me

dégoter un ramier de première.

Il me met au régime.

Lisez l'ordonnance. Ça,

vous allez vous marrer.

C'est un danger, ce docteur.


POUILLAUD et FRANCIS regardent des papiers. POUILLAUD regarde l'ordonnance.


POUILLAUD

Je crois que votre braguette

est ouverte.


FRANCIS

Ah oui, merde.


POUILLAUD

Il faut déjà aimer

les légumes.

Un verre de vin par semaine?

Il est fou.


FRANCIS

C'est d'ici deux mois.


POUILLAUD

D'ici deux mois, oui.

Vous allez jamais pouvoir tenir.


FRANCIS

Je vais ruser.

Dites-moi alors, à l'atelier?


POUILLAUD

Ça va. Bon, elles sont

un peu sous le choc.

Elles ont vraiment cru

que vous alliez y passer.

Je les ai pas trop rassurées.

On gagne du temps.

Comme ça, elles ont repris

le travail.

Du coup, elles ont donné

un bon coup de cravache.

On va pouvoir livrer Strasbourg

à la fin de la semaine.


FRANCIS

Très bien, ça me rassure.

Elles sont braves, quand même.


POUILLAUD

Brave, il faut le dire vite.

Faut se méfier tout de même

de la Yasmina, c'est la pire,

c'est elle qui les chauffe.

Elle est maquée avec le délégué

CGT de chez Sacilor.

Il doit lui donner

des cours du soir.


FRANCIS

Il est français, lui?


POUILLAUD

Bien sûr qu'il est français.

C'est le fils Barnier.


FRANCIS

Ah bon.


POUILLAUD

Ensuite, bien pour la banque,

c'est remis à la semaine prochaine,

le directeur est en vacances

aux Antilles.


FRANCIS

Très bien. Qu'il y reste.


POUILLAUD

Et on gagne du temps

pendant ce temps-là! Hahaha!


FRANCIS

C'est quoi, ce chèque?


POUILLAUD

Ça, eh bien, oui,

c'est pour votre femme.


FRANCIS

C'est un acompte pour sa

cure de thalassothérapie

en Bretagne.


POUILLAUD

C'est un acompte?


FRANCIS

Oui.


POUILLAUD

Encore une fumeuse

idée du Dr Danger.


NICOLE arrive dans le salon.


FRANCIS

Manquait plus que celui-là

pour me pourrir l'existence.

Bougez pas, Pouillaud,

vous allez tout renverser.


NICOLE

C'est pas la politesse

qui t'étouffe.

T'avais besoin de faire

un numéro comme ça

devant ce docteur?

J'étais honteuse. Ça m'apprendra

À m'occuper de toi.

Si tu veux te goinfrer

avec l'autre porc,

bien t'en fasse,

mais si tu retombes

dans tes rognons la prochaine

fois, reviens pas me chercher.


FRANCIS

(En parlant des souliers de course de POUILLAUD)

C'est quoi ces chaussures, Pouillaud?


POUILLAUD

Des Nike.


FRANCIS

Vous êtes bien là-dedans?


POUILLAUD

C'est comme des pantoufles.

Je les quitte plus.


NICOLE

C'est ça, fais le malin.

Tu perds rien pour attendre.

Tu vas voir

ce qu'elle va te passer,

Géraldine, ce soir.


FRANCIS

Elle me fatigue, Pouillaud.

Vous pouvez pas savoir

comme elle me fatigue.

Je rentre à l'atelier

demain. Je terminerai

ma convalescence là-bas.

Elles me font trop chier.


Le lendemain, les ouvrières terminent leur quart de travail et sortent de l'atelier.


FRANCIS monte dans sa voiture. LUCETTE approche de la voiture avec sa mobylette.


LUCETTE

Hé, Bergeade. Ça me fait

plaisir que vous soyez

déjà guéri.

Ça nous a fait un coup,

votre accident!


FRANCIS

Merci, ma grande.

C'est gentil.

(Riant)


Sur le quai de livraison, YASMINA fume une cigarette en observant la scène.


NICOLE regarde une émission à la télévision.


CHARLES L'ANIMATEUR

(À la télé)

L'émotion est intense,

comme vous pouvez le voir,

sur ce plateau.

Et c'est toujours

un moment magnifique.

M. Ku Chikong a retrouvé

40 ans après son ange gardien,

soeur Marie-Gabrielle. Lui,

petit enfant abandonné

dans cette guerre impitoyable...


RÉMI et GÉRALDINE sont assis au salon avec NICOLE et regardent aussi l'émission. La lumière du salon allume.


NICOLE

FRANCIS)

Oh, éteins, Francis,

tu vois bien

qu'on regarde la télé.

Où étais-tu passé?


FRANCIS

Je promenais Bamboula.


GÉRALDINE

Encore?


FRANCIS

Oui. Encore.

(Approchant de GÉRALDINE)

T'as pleuré, ma fille.


GÉRALDINE

Non, c'est rien, c'est l'émission.


FRANCIS s'assoit au salon.


FRANCIS

C'est quoi?


RÉMI

Où es-tu?


FRANCIS

Oh, encore cette connerie.


NICOLE

Si ça te plaît

pas, va te coucher.

Mais laisse regarder les autres.


CHARLES L'ANIMATEUR

(À la télé)

Soeur Marie-Gabrielle,

qui avez passé toute votre

vie à faire le bien,

ce petit garçon,

ça a été une source de joie.


SR MARIE-GABRIELLE

(À la télé)

Oh, mon petit Ku était un soleil.


GÉRALDINE

(Remarquant les pieds de FRANCIS)

Papa, mais d'où tu sors

ces pompes?


FRANCIS

C'est des Nike,

c'est pour marcher.


GÉRALDINE

Mais t'as vu ces chaussures,

maman?


NICOLE

Il devient fou. Qu'est-ce

que tu veux que j'y fasse?


FRANCIS

Faudrait savoir.

Vous vouliez que je fasse

de l'exercice. J'en fais.


NICOLE

Chut. Tais-toi, écoute.


À la télévision,CHARLE L'ANIMATEUR présente une nouvelle famille qui cherche un disparu.


CHARLES L'ANIMATEUR

Votre nouvelle séquence,

Aussi loin que l'amour.

Je fais les présentations,

je vais commencer par vous.

Mme Dolores Thivart,

À côté de vous,

vos filles, Sylvie et Françoise.

Donc, la famille Thivart,

qui nous vient de Condom.

Mais d'où nous vient

votre petit accent.


DOLORES

D'Espagne.

Je suis arrivée en France

avec mes parents

À l'âge de 15 ans.


FRANCIS

Elles ont de bons yeux.


CHARLES L'ANIMATEUR

(À la télé)

Vous êtes ici, Dolorès,

Françoise, Sylvie,

pour lancer un appel.

Un appel lointain à votre mari,

à votre père disparu

mystérieusement il y a 26 ans,

le 7 juin 1968 exactement,

après sa journée de travail.


DOLORES

C'est cela.


CHARLES L'ANIMATEUR

Il faut dire que vous êtes,

vous étiez déjà agriculteur

dans un lieu-dit qui s'appelle

les Ponches, et que vous êtes

aussi fabricant de foie gras.

C'est un bien beau métier.

Je vous envie. Expliquez-nous,

vous élevez vos oies.

Vous en avez plus de 250.


DOLORES

Non, des canards.

On fait pas l'oie.


CHARLES L'ANIMATEUR

Ah, parfait, parfait. Donc,

ce 7 juin 1968, Michel est parti

très tôt pour Florence,

il a fait sa journée

comme d'habitude.

Beaucoup de gens l'ont vu.

Il a déjeuné au Pichet,

le restaurant de M. Bergogne.

On va d'ailleurs montrer

la photo de cet établissement.


Une photo de l'établissement apparaît à l'écran.


DOLORES

(À sa fille)

Regarde.


J.P. DÉLÉPINE

Puis, le soir, à l'heure où il rentrait

d'habitude, eh bien,

c'est le trou noir.

Personne ne sait

ce qui s'est vraiment passé.

Vous n'avez jamais revu

votre mari.


DOLORES

Jamais.


Dans le salon des Bergeade, toute la famille est attentive.


GÉRALDINE

Oh, les pauvres!


NICOLE

Tu parles! Il devait avoir

une poule quelque part.


De retour dans le studio de télévision.


J.P. DÉLÉPINE

... pour le retrouver.

La police a ouvert une enquête.

Bizarrement, il n'y avait pas

le moindre indice

et l'enquête s'est très vite

engluée.


DOLORES

Oui. Il faut dire

qu'à cette époque,

c'était un peu la pagaille.


J.P. DÉLÉPINE

Oui. C'était les événements

terribles de 68 et ça a un peu

bouleversé la France.


DOLORES

C'est ça.


J.P. DÉLÉPINE

La seule chose qu'on ait retrouvée,

tout de même,

c'est son estafette.

Près de votre maison,

avec à l'intérieur la

recette de la journée,

et ses papiers.


DOLORES

Oui, tout.


CHARLES L'ANIMATEUR

(À la télé)

Je voudrais vous demander,

je vais demander à votre

fille Françoise.

Pourquoi, 26 ans après, vous

entreprenez ces nouvelles

recherches?


De nouveau dans le studio de télévision.


FRANÇOISE

C'est en voyant votre

émission, qu'on aime beaucoup,

qu'on s'est dit:

Peut-être, on sait jamais.

Papa est peut-être toujours

en vie quelque part.

Et puis, j'attends un bébé.

Je voudrais l'appeler Michel.

J'aimerais qu'il connaisse

son grand-père.


FRANCIS regarde l'émission avec un air dédaigneux.


CHARLES L'ANIMATEUR

C'est très touchant,

Françoise, ce que vous

venez de dire.


De retour dans le studio.


CHARLES L'ANIMATEUR

On va maintenant montrer

une photo, la première photo.

Malheureusement un peu floue.

Avec ses deux petites filles,

Zig et Puce, qu'il appelait ainsi.

Surnom qu'elles ont conservé,

je crois.

Voilà la photo des jours

heureux.


Une photo de SR MARIE-GABRIELLE apparaît.


J.P. DÉLÉPINE

Non. Non, euh...


FRANCIS commente, assis dans le salon.


FRANCIS

Pitoyable, alors.


J.P. DÉLÉPINE

Il y aurait une erreur

de manipulation

en régie, là. Euh...

S'il vous plaît. Voilà!


On revient au studio.


CHARLES L'ANIMATEUR

Et maintenant, la seconde photo

de Michel Thivart,

prise on ne sait plus

quand exactement.

N'est-ce pas, Dolorès?


DOLORES

Non.


Dans le salon des Bergeade, tous sont rivés à l'écran.


CHARLES L'ANIMATEUR

(À la télé)

Voilà. Michel Thivart,

bon père, bon mari,

travailleur acharné,

où es-tu?

Voilà la question que se pose

depuis 26 ans une famille

de Condom.

Nous attendons vos appels.

Vous savez peut-être

quelque chose.

Vous avez peut-être un indice.

Appelez-nous.


Une vieille photo apparaît dans l'écran, c'est le sosie de FRANCIS, plus jeune.


FRANCIS

C'est fou ce qu'il me ressemble.


NICOLE

Mais c'est toi!

Mais c'est toi!


NICOLE panique et halète en voyant la photo.


GÉRALDINE

Maman, maman!


FRANCIS

Comment ça, c'est moi?

T'es folle!


RÉMI

C'est même pris en Afrique.

Il y a un palmier.


GÉRALDINE

Maman!


CHARLES L'ANIMATEUR

Ce soir, quelque part

en France, il voit sa photo.


YASMINA est couchée dans son lit en regardant l'émission avec le DÉLÉGUÉ.


YASMINA

Putain, mais c'est le patron!


CHARLES L'ANIMATEUR

(À la télé)

Nous attendons vos appels.


YASMINA prend le téléphone.


POUILLAUD est chez lui avec sa mère et voit aussi la photo de FRANCIS à la télé.


De retour dans le studio.


J.P. DÉLÉPINE

J'appelle tout de suite

le standard.

Nous avons déjà des appels,

Marie-Sophie?


VOIX DE MARIE-SOPHIE

Oui, Charles, en effet,

notre standard

est pris d'assaut

et pratiquement saturé.


J.P. DÉLÉPINE

Oui, alors dites-nous tout,

Marie-Sophie.


VOIX DE MARIE-SOPHIE

Eh bien, de nombreux appels,

tous dans la région de Dole,

dans le Jura, où cette personne

ou quelqu'un qui lui ressemble

habiterait depuis de nombreuses

années. Plusieurs appels

nous donnent même le nom

de cette personne,

qu'évidemment,

nous ne pouvons communiquer.


J.P. DÉLÉPINE

Évidemment, nous respectons

toujours l'anonymat.


NICOLE devient complètement folle et commence à frapper FRANCIS. RÉMI se lève pour l'arrêter.


On retourne dans le studio de télévision.


VOIX DE MARIE-SOPHIE

Un témoignage encore

plus précis signale

que cette personne

aurait été hospitalisée

il y a très peu de temps...


Chez les Bergeade, le téléphone sonne. FRANCIS va répondre.


FRANCIS

Putain, je sais encore

qui je suis! Allô?


GÉRARD

(Au téléphone)

Francis, il y a ta photo à la télé!


FRANCIS

Oui.


GÉRARD est avec FRANCIS à son bureau. POUILLAUD travaille tout près.


GÉRARD

Oh, putain, le panard!

Oh, la Nicole, la morflée

qu'elle s'est prise

dans les gencives!

Ah, Francis!

Mon Lapin, tu m'étonneras

toujours.


FRANCIS a des marques de griffures au visage.


FRANCIS

Arrête avec ça,

je te dis que c'est pas moi!


GÉRARD

Pouillaud, tout de même,

ça lui ressemblait.


POUILLAUD

C'était frappant.


FRANCIS

Puisque je vous dis

que c'est pas moi!


GÉRARD

T'as quand même la moitié

du Jura qui a appelé

pour te dénoncer!


POUILLAUD

Oui, même ma mère,

qui voit plus très bien.


CÉCILIA frappe et entre.


FRANCIS

Qu'est-ce que vous voulez,

encore? Eh bien, parlez!


CÉCILIA

J'ai encore les messieurs

à la télévision à l'appareil,

ils voudraient prendre

un rendez-vous.

Ils ont déjà appelé

trois fois ce matin.


FRANCIS

Pas question! Je suis pas là.


CÉCILIA

J'ai horreur de mentir.


GÉRARD

T'as tort.

Pouillaud. Hein, qu'il a tort?

Ton refus de les rencontrer

t'accable.


POUILLAUD

Effectivement,

ça vous accable.


FRANCIS

Mais j'ai rien à voir

avec ces gens-là!

J'ai pas à prouver

que je suis Francis Bergeade.

Je le connais pas,

ce mec de "Condom"!

Je sais même pas

où c'est, "Condom"!


POUILLAUD

C'est dans le Gers.


FRANCIS

Pourquoi.

Pourquoi personne ne me croit?

Ma parole, je suis maudit!


FRANCIS sort du bureau en claquant la porte. Les inspecteurs du fisc regardent FRANCIS avec suspicion.


FRANCIS marche dans la cour près de l'atelier. De la fenêtre, FRANCIS entend YASMINA.


YASMINA

Mais comment vous pouvez croire?

Il a niqué sa famille,

il nous niquera aussi!

On peut pas faire confiance

à un naze pareil.

Il a pas de parole.


FRANCIS fait un tour dans l'atelier.


À son retour vers les bureaux, FRANCIS croise GÉRARD qui monte dans sa voiture.


FRANCIS

Où tu vas?


GÉRARD

J'ai rendez-vous avec Lison.


FRANCIS entre dans le bureau.


FRANCIS

Vaut mieux crever l'abcès.

Cécilia, vous allez m'appeler

ces gens de la télévision,

et vous prenez rendez-vous ici,

à l'atelier.


POUILLAUD

Très bien! Surtout que s'il y a erreur,

il y a des dommages et intérêts,

ça peut aller très loin.


FRANCIS

Je me sens seul,

là, tout d'un coup.


J.P. DÉLÉPINE arrive en voiture dans la cour de l'atelier. Les ouvrières observent la scène de loin.


UNE OUVRIÈRE

J'y vais.

J.P.?


J.P. DÉLÉPINE

Bonjour, les filles.


Les ouvrières se ruent dans la cour pour accueillir l'animateur vedette, en tenant leur carnet d'autographe. [J.P. DÉLÉPINE

Pour qui?


YASMINA

Quelle bande de meules. Elles

tombent dans tous les pièges.


ALEXIS LEGOFF

Excusez-nous.

J.P., on doit travailler.

Excusez-nous, mesdames.

Excusez-nous.

Venez J.P.. On vous enverra

des photos dédicacées.

Merci.

Merci beaucoup.


CÉCILIA vient chercher J.P. et le guide vers les bureaux.


CÉCILIA

Si vous voulez me suivre.


ALEXIS LEGOFF

Bonjour, je suis Alexis Legoff,

on s'est parlé au téléphone

plusieurs fois.

Je me permets de vous présenter

Jean-Paul Delépine, l'animateur.

Et le producteur de notre émission.


Tout le monde se serre la main dans les convenances.


FRANCIS

Gérard Thulliez.


GÉRARD

Enchanté.


J.P. DÉLÉPINE

Bonjour.


FRANCIS

Pouillaud, mon comptable.


J.P. DÉLÉPINE

Bonjour.


GÉRARD

Voilà, bien messieurs,

si vous voulez bien.

Installez-vous, messieurs,

je vous en prie.


CÉCILIA reste pantoise dans l'encadrement de la porte.


J.P. DÉLÉPINE

Ce sont deux

très beaux masques baoulés

que vous avez là.


FRANCIS

Oui, j'en ai des plus anciens

à la maison.


J.P. DÉLÉPINE

Je vois que vous connaissez

l'Afrique.


FRANCIS

Oui, j'ai vécu

de longues années.

Vous aimez?


J.P. DÉLÉPINE

Oui, beaucoup.

Ah, l'Afrique. Son mystère...


FRANCIS

Tout d'abord,

messieurs, ce n'est pas moi.

Cécilia.


FRANCIS fait signe à CÉCILIA de fermer la porte.


Plus tard, FRANCIS, GÉRARD et POUILLAUD raccompagnent les messieurs de la télé à leur voiture.


GÉRARD

(À J.P.)

C'est quoi, votre manteau?


J.P. DÉLÉPINE

C'est de la vigogne.


GÉRARD

(En touchant l'étoffe)

C'est magnifique.


Oui, mais c'est très fragile.


GÉRARD

(Désignant la voiture)

Vous en êtes content?


ALEXIS LEGOFF

Je sais pas, on l'a louée chez Avis.

Enfin, ça va, hein.


J.P. DÉLÉPINE

J'ai été ravi

de vous connaître.

Vous êtes un homme droit.

Moi, j'aime ça.

Vos amis aussi,

ils ont été de bon conseil.

Je sais que c'était difficile

pour vous de prendre

cette décision.

Votre courage vous honore.


FRANCIS

L'avenir nous le dira.


J.P. DÉLÉPINE

J'en suis sûr.

Vous allez sûrement le regretter

demain. C'est normal.

Ce sera le contrecoup.

Si vous avez des états d'âme,

appelez-moi.


FRANCIS

Vous ne voulez

vraiment pas rester dîner?


J.P. DÉLÉPINE

Non merci, mon ami, mais

il faut que nous soyons

à Grenoble ce soir.

Vous avez mon téléphone?

GÉRARD)

Vous pouvez m'appeler jour et nuit.

Merci encore de votre aide.


GÉRARD

Ça me fait plaisir.


J.P. DÉLÉPINE

Merci, au revoir.


FRANCIS

Je crois que je viens

de faire une connerie.

Je vais me faire étriper

par les deux autres femelles.


GÉRARD

Commence pas, Lapin, de toute

manière, tu as rien à perdre.


FRANCIS

Oui, t'as raison,

j'ai rien à perdre

et comme de toute façon,

personne me croit...


POUILLAUD

C'est vrai et puis, hé! Pense

à l'impact télé pour la société!


FRANCIS

Vous perdez jamais le nord,

hein, Pouillaud.

Et si on allait s'en jeter

un petit dernier?

Un dernier.


GÉRARD

Mais alors juste un.


Dans la voiture J.P. et LEGOFF discutent en roulant.


J.P. DÉLÉPINE

Alors, impressions?


ALEXIS LEGOFF

J'ai toujours été sûr

que c'était lui.


J.P. DÉLÉPINE

Ah oui? C'est bizarre, au début,

j'ai eu un doute.

Il se défendait bien, l'animal.

Putain, en tous les cas,

qu'est-ce qu'il picole!


À la réception de l'hôtel, LOUISE fait ses comptes.


FERNANDE

Bonsoir, à demain!


LOUISE

Oui, bonsoir, Fernande.

Merci.


ANDRÉ

Bonsoir, Fernande.

Alors?


LOUISE

Un petit mardi.


Dehors, GÉRARD et FRANCIS arrivent en chantant à tue-tête.


LOUISE

Oh non!

Mais va ouvrir, Rituzo,

ils vont tout casser!


Un jeune homme, RITUZO, se lève de table et va ouvrir.


ANDRÉ

D'accord.

(Faisant entrer FRANCIS et ses compères.)

Chut!

Chut!


FRANCIS

Je vais mourir chez toi.


ANDRÉ

Oui, oui, c'est une idée fixe.


GÉRARD

Mais non, c'est une lubie.

Il veut pas rentrer chez lui.


POUILLAUD

(Chantant)

Je ne peux pas

rentrer chez moi


ANDRÉ

Non, non!


POUILLAUD

(Chantant)

Car le passé y est déjà


GÉRARD

(Se dirigeant vers la salle à manger.)

Voilà, il reste à boire.


ANDRÉ

Non. Va pas par là.


POUILLAUD

(Chantant)

♪ Dès que j'ouvre la porte ♪

♪ Il vient me faire escorte ♪


ANDRÉ

Chut! Ta gueule,

ta gueule, Pouillaud!

J'ai des clients qui dorment.


POUILLAUD

Mais non! Ta gueule, s'il te plaît.

Il faut être poli, quand même.


GÉRARD

Le Pouillaud, le Pouillaud!


Tous aident ANDRÉ à monter FRANCIS à l'étage des chambres.


POUILLAUD

♪ Le monde entier

est contre moi ♪

♪ Le grand lit est trop froid ♪


ANDRÉ

Chut!


LOUISE

Dégueulez pas sur le lit

comme la dernière fois.

C'est assez!


FRANCIS

Tu veux bien la fermer...


ANDRÉ

Bien alors, bien alors...


POUILLAUD

♪ Le monde entier

est contre moi ♪

Oups! Oh là!


FRANCIS se réveille couché sur un lit à côté de POUILLAUD qui ronfle.


FRANCIS

(Murmurant dans son sommeil)

Je veux pas

rentrer chez moi.


GÉRARD est couché complètement nu sur un lit sous la fenêtre. FRANCIS s'approche.


FRANCIS couvre GÉRARD et ferme la fenêtre.


GÉRARD

La fenêtre, putain!

On étouffe là-dedans!


À la piscine, des gens font de l'aquaforme.


ANIMATEUR DE PISCINE

2, 3.

On respire et on revient.

Respire. 1, 2, on reste

comme ça, on bouge pas.


GÉRALDINE cherche sa mère au bord de la piscine, en peignoir.


GÉRALDINE

Maman! Maman!


Dans une cabine NICOLE est enduite d'argile.


NICOLE

Ça sent fort.


GÉRALDINE

(Paniquée)

Maman! Maman! Maman!

Je viens d'avoir Rémi

au téléphone.

Tu sais ce qu'a fait papa?

Il a donné son accord à J.P.,

le producteur, pour passer

dans la nouvelle émission

Où es-tu?

Tout le monde en parle à Dole.

On a l'air de quoi?


NICOLE

De deux connes, ma fille.

Je le laisserai pas faire.

J'appelle mon avocat!


NICOLE retire la membrane de plastique qui la recouvre et glisse sur le sol en criant.


À l'accueil de l'hôtel, ANDRÉ et LOUISE accueillent leurs clients. GÉRARD entre.


ANDRÉ

Je vous ai gardé

la même chambre.


CLIENTE

Merci.


LOUISE

Un revenant.


ANDRÉ

Ah, mais où t'étais passé

depuis une semaine?


GÉRARD

Mystère. T'as pas vu Francis?


ANDRÉ

Tu veux parler de Michel?

Il est là.


GÉRARD

Si je comprends bien,

maman l'a congédié, alors.


LOUISE

Il l'a peut-être pas volé, hum?


ANDRÉ

Oh, le pauvre!


GÉRARD

Tu lui manquais.

Il avait même plus d'appétit.


GÉRARD

C'est vrai?


ANDRÉ

Oui.


GÉRARD

Ha!


ANDRÉ

Hé. La 12.


LOUISE

Tu trouves ça drôle?


ANDRÉ

Ils sont pas méchants,

Lolotte.


LOUISE

Non, ils sont pas méchants.

Juste irresponsables.

Irresponsables!


FRANCIS est dans sa chambre avec son chien et GÉRARD.


FRANCIS

Et elles, tu les as vues?


GÉRARD

Je les ai aperçues, de loin.

Elles sont très aimées

dans le coin.


FRANCIS

C'est une belle région.


GÉRARD

Splendide.


GÉRARD montre des photos de la région où habitent DOLORES et ses filles.


GÉRARD

Regarde. Là, c'est la grange

juste à côté des palmiers.

Celle que tu as retapée.


FRANCIS

Celle que j'ai retapée?


GÉRARD

Mais tu te souviens pas?


FRANCIS

Bien de quoi tu veux

que je me souvienne?

T'es con ou quoi?

Depuis le temps que je me tue

à te dire que c'est pas moi.


GÉRARD

Bien je suis peut-être con

comme tu dis. Excuse-moi,

Lapin, c'est incroyable! T'as

tout de même avoué très

vite si c'est pas toi.


FRANCIS

C'est incroyable, mais

c'est comme ça! Et puis, arrête

de m'appeler Lapin. Ça m'énerve.


GÉRARD

Depuis quand ça t'énerve?


FRANCIS

Depuis cinq minutes!


GÉRARD

Très bien, je me tire.


FRANCIS

Oui, c'est ça. Tire-toi.


GÉRARD

Tu m'as jamais parlé comme ça.

C'est la première fois

qu'on se fâche.


FRANCIS

C'est la première fois.

C'est trop bête.

Allez, montre-moi

donc ma grange.

On va voir si elle a bien

tenu le coup.

Oh...

Il y a des palmiers là-bas.


GÉRARD

Il y a que ça!


FRANCIS

Ah, ça me plaît, ça.

Ça me rappelle l'Afrique.


GÉRARD

Tu sais que tu m'as jamais

rien raconté sur l'Afrique?


FRANCIS

Ah, ça se raconte pas,

l'Afrique. Ça se rêve.

Et puis le passé, c'est

le passé. J'aime pas en parler.

Tu sais que Pouillaud

avait raison?

Les affaires reprennent.

On va peut-être pouvoir

conserver l'atelier

de balayettes.


GÉRARD

Non, c'est incroyable.

Juste avec ta photo à la télé?


FRANCIS sort un siège de toilette, à motifs à carreaux, d'une enveloppe.


FRANCIS

Il faut dire qu'on a sorti

une nouvelle collection.

Regarde.


GÉRARD

Suffisait d'y penser.

Pour ceux qui ont les chiottes

au milieu de la cuisine,

c'est pas mal.


FRANCIS

Nicole a raison.

T'es vraiment vulgaire.


GÉRARD

Nicole, je lui pisse à la raie.

C'est quel jour l'émission?


FRANCIS

Le 17. Je préfère pas y penser.


GÉRARD

T'as un costume?


FRANCIS

Un costume?


GÉRARD

Oui, bien...


Le jour de l'émission, on s'active dans la régie.


À l'extérieur de l'hôtel, une foule se tient derrière des barrières.


DES BADAUDS

Ah, c'est J.P.!

C'est J.P.!

Ah, mais c'est J.P.!


CHARLES L'ANIMATEUR

Tu m'entends?


VOIX DE MARIE-SOPHIE

Antenne dans cinq secondes.


J.P. DÉLÉPINE

Je sais pas, t'as qu'à demander

en régie.


En studio, DOLORES et ses filles sont assises et attendent que l'émission commence.


YASMINA, en train de batifoler avec son DÉLÉGUÉ, arrête ses ébats en entendant le thème de l'émission.


DÉLÉGUÉ

Ah "merde"!


Tous les gens du village sont rivés à leur écran de télévision.


POUILLAUD

C'est pas gentil, maman.

Je voulais aller au Laboureur,

tu pouvais regarder

toute seule, quand même!


MÈRE DE POUILLAUD

Non! Pour que tu reviennes

encore ivre mort? Pas question!


LUCETTE

Mais t'arrêtes?

Je voudrais écouter!


NICOLE ET GÉRALDINE écoutent l'émission à leur centre de santé.


NICOLE

Décrispe-toi, ma chérie.

Prends un peu de salade de fleur

de crevette, c'est délicieux.

T'inquiète pas, il osera jamais.


En studio, CHARLES L'ANIMATEUR s'adresse à DOLORES.


CHARLES L'ANIMATEUR

...

Aussi loin que l'amour.

Je me tourne tout de suite

vers cette partie du studio

où nous attendent ces

délicieuses dames de Condom.

La famille Thivart.

Dolorès, Françoise, Sylvie

qui recherchez votre mari,

votre père, disparu

il y a 26 ans.

Et nous avons répondu

aux souhaits de Zig et Puce,

comme les appelait leur papa.

Est-il toujours en vie?

Eh bien oui. Il est en vie.

Vous êtes heureuses,

n'est-ce pas?

C'est J.P., notre ami J.P.

qui l'a retrouvé.

Grâce à vos appels, d'ailleurs.

À 500 kilomètres à vol d'oiseau

de votre domicile,

dans une région

où il vit depuis

de nombreuses années.

Je voudrais, avant de vous

mettre en contact avec lui,

vous préciser qu'un homme

qui est parti depuis

si longtemps a forcément

construit une autre vie.

Qu'en aucun cas, il ne parle

pour l'instant de revenir.

Il veut que vous sachiez tout

simplement qu'il est là.

Il veut vous faire un signe.

Le voilà en duplex

avec nous.

J.P., vous nous entendez

en direct de Dole,

dans un restaurant renommé

de la région, Le bon laboureur.

Mme Thivart,

Zig, Puce, voici

votre papa. Voici votre mari.


J.P. DÉLÉPINE

Bonsoir, Dolorès,

bonsoir Zig, bonsoir Puce.

Voilà, il est à côté de moi.

Très, très émotionné.


CHARLES L'ANIMATEUR

Vous voulez dire

quelque chose?


DOLORES

C'est toi.


FRANCIS

Oui.

C'est moi.


DOLORES

Je suis heureuse.

Les filles aussi.


GÉRARD

(Soufflant à FRANCIS)

Moi aussi, je suis content.


FRANCIS

Moi aussi, je suis content.


DOLORES

Ne crains rien de nous.

Le bonheur, c'est que tu sois

en vie. C'est tout.


YASMINA sanglote en regardant l'émission.


DÉLÉGUÉ

Non, mais t'es conne ou quoi?

Tu vas quand même pas tomber

dans cette sensiblerie

bon marché, merde!


NICOLE est en crise au centre de santé.


CHARLES L'ANIMATEUR

(À la télé)

Votre émotion est bien

compréhensible, mademoiselle.

Respirez bien fort.


GÉRALDINE

Au secours!

Au secours!


En studio, DOLORES et ses filles regardent l'écran pour s'adresser à FRANCIS.


SYLVIE

Papa.

Allons-y doucement.

Le temps fera le reste.


Dans le restaurant de l'hôtel GÉRARD est accroupi près de FRANCIS et chuchote des réponses. [GÉRARD

C'est ça, allons-y doucement.


FRANCIS

C'est ça, allons-y doucement.


J.P. DÉLÉPINE

Nous n'allons pas leur

infliger un long discours.

L'émotion est trop intense.

Votre père a subi

il y a peu de temps

une hospitalisation.

Ménageons-le.

Il me reste à remercier

tous ces auditeurs

qui ont téléphoné.

Car sans eux, ce soir,

ce moment de bonheur

n'aurait pas pu exister. Merci.


NICOLE est en pleine crise d'hystérie dans la douche du centre de santé.


NICOLE crie, hurle et rit à gorge déployée.


EMPLOYÉ DU CENTRE

C'est fréquent.

C'est le stress qui

s'évacue. Ça la dégaze.

Elle est sensible, hein?

C'est ça.


Dans la salle d’exposition d'un concessionnaire de voitures, GÉRARD parle avec des clients.


GÉRARD

Vous avez vu, c'est nacré,

c'est joli, on a toutes

les teintes.


FRANCIS entre dans la salle d’exposition.


CLIENTE

Qu'est-ce qui existe en couleur claire?


GÉRARD

Eh bien toutes les gammes mêlant

élégance et tempérament...


"Élégance et tempérament"

est donc notre... slogan.


GÉRARD remarque que FRANCIS entre dans un bureau.


GÉRARD

Adrien! Excusez-moi

un petit instant, si vous voulez...


ADRIEN

Monsieur-dame, en fait,

élégance et tempérament...


GÉRARD rejoint FRANCIS dans un bureau et ferme la porte.


GÉRARD

Qu'est-ce qu'il y a encore?


FRANCIS

Tu saisis?


GÉRARD

Oui, elle t'accuse de bigamie,

elle te demande

des dommages-intérêts.

Tu devais t'y attendre.


FRANCIS

Mais lis plus loin,

Bon Dieu! Lis!

Elle retire sa plainte

si je leur abandonne

tous mes biens!

Ma maison, mon usine,

tout ce que j'ai!

C'est du chantage, tu comprends!


GÉRARD

Ho! Tu peux la mettre

en veilleuse?

(Montrant ses clients)

Là, ils vont tous croire que

je t'ai vendu une voiture volée!


FRANCIS

Pardon!


GÉRARD

Voilà. Maintenant,

ils croient qu'on est pédés.


FRANCIS

Mais excuse-moi,

je sais plus où j'en suis.


GÉRARD

Mais tout ça, c'est de ta

faute, je te l'ai toujours dit!

Si tu avais mis une bonne

torgnole de temps en temps,

on n'en serait pas là!


FRANCIS

Je sais, seulement moi,

je bats pas les femmes!


GÉRARD

"Il bat pas les femmes!" Et

tu leur fais quoi, aux femmes?


FRANCIS

Je coupe les ponts.


GÉRARD

Ah bon.

C'est intéressant.


FRANCIS

Je suis au bout du rouleau.

Il va falloir que je m'en

aille, sinon je vais crever.

Dis-moi, tu pourrais reprendre

quelques jours de congé?


GÉRARD

Mais c'est bien sûr!

Les garages, ça marche tout seul!


FRANCIS

Et si on allait là-bas?


GÉRARD

Là-bas?

Là-bas?


FRANCIS

Oui.


Dans la voiture, GÉRARD et FRANCIS roulent vers le village de Condom.


GÉRARD

C'est quoi, la première étape?


FRANCIS

Roanne. Les Troisgros.

Ça peut pas se louper!


FRANCIS et GÉRARD font la tournée des bons restaurants sur la route.


FRANCIS

Ralentis, ralentis.


FRANCIS prend des photos à partir de la voiture, avec un appareil jetable.


GÉRARD

T'inquiète pas,

je suis à 6000 tours.

J'ai encore des chevaux

sous les pieds.


La voiture est arrêtée. GÉRARD discute avec un motard de la police qui remplit une contravention.


Plus loin, FRANCIS prend des photos.


Au bord d'une rivière, GÉRARD et FRANCIS font une pause repas.


FRANCIS

Ah, c'est ça, le bonheur.


GÉRARD

Ça manque de femmes,

tout de même.


FRANCIS

Quand t'es dans des endroits

comme ça, tu peux pas croire

qu'ailleurs, il y a la guerre.


GÉRARD

Chaque fois que tu lis

un canard, tu déprimes.

Lis L'Équipe.


GÉRARD s'achète des chaussures de sport.


GÉRARD se balade avec la vendeuse de chaussures pendant que FRANCIS fait la sieste, couché dans l'herbe.


GÉRARD et FRANCIS reprennent la route.


FRANCIS

Lapereau chabrot

au bouillon de Pomerol.


GÉRARD

Ça fait un détour, ça?


FRANCIS

Pas énorme, 47 kilomètres.


GÉRARD

Ah, n'empêche qu'on recule,

là.


FRANCIS

On peut pas louper ça,

quand même.


GÉRARD

Bon, tu as raison.


GÉRARD freine et rebrousse chemin.


GÉRARD

Redis-moi un peu?


FRANCIS

Lapereau chabrot

au bouillon de Pomerol.


GÉRARD

Et l'autre?


FRANCIS

Boucanade de morue

À la Chantilly d'ail.


GÉRARD

Oh putain, j'ai les crocs.


Dans une chambre d'hôtel,FRANCIS dépose son calepin et éteint la lumière. GÉRARD est déjà couché dans le même lit.


GÉRARD

Tu sais que ça fait déjà

six jours qu'on est partis?


FRANCIS

Déjà?


GÉRARD

Oui. Plus on approche,

plus on s'éloigne.

Je vais annoncer ta visite.

On peut pas leur faire ça,

Francis, c'est trop cruel.


FRANCIS

Je sais. Au début,

ça semblait plus facile,

mais maintenant

qu'on s'approche,

eh bien, j'ai les boules.


GÉRARD

Ça t'engage à rien.

Tu les rencontres et puis...

Si ça se passe pas, on verra,

on improvisera.

Tu vas pas te dégonfler,

tout de même.


FRANCIS

T'as raison, mais les trois

d'un coup... Ça fait lourd.


GÉRARD

Juste la mère, d'abord.


FRANCIS

Mais oui, alors juste elle.


Le lendemain, GÉRARD et FRANCIS roulent en voiture vers Condom, la destination finale.


GÉRARD

Ça baigne?


FRANCIS

Ça baigne.


Dans une petite auberge, GÉRARD prépare FRANCIS pour sa rencontre.


FRANCIS

Tu serres trop, j'étouffe.


GÉRARD

Voilà, fais voir.

Je t'ai jamais vu comme ça.


FRANCIS

Moi non plus.


Au bar de l'auberge, GÉRARD et FRANCIS attendent.


GÉRARD

Il fait drôlement beau

dans la région.


L'AUBERGISTE

Ça arrange pas la terre,

il faudrait de la pluie!


FRANCIS

C'est bon pour le tourisme,

tout de même!


L'AUBERGISTE

Ils n'ont rien à foutre du

tourisme. Les agriculteurs,

ils veulent de l'eau.

Sinon, on va droit

à la catastrophe.


GÉRARD

Tiens, la voilà.


Dehors une camionnette approche de la place.


DOLORES descend et GÉRARD va à sa rencontre. GÉRARD guide DOLORES au bar et ne trouve pas FRANCIS.


GÉRARD

Vous inquiétez pas,

il arrive tout de suite.

On va s'installer au restaurant?


DOLORES

Oui.

Merci.


GÉRARD

Vous m'excusez une seconde?


GÉRARD va chercher FRANCIS aux toilettes et le trouve dans la toilette des femmes.


GÉRARD

Allez.

Vous voyez, il était pas loin.


FRANCIS s'assoit face à DOLORES et GÉRARD s'éloigne.


FRANCIS

Ça va?


DOLORES

Ça va.


Ailleurs, il pleut et la circulation est dense dans les rues.


GÉRARD est seul dans sa voiture et tente de se calmer avec la radio.


ANIMATEUR RADIO

... en version « dance »

(mot en anglais)

sur Fréquence Plus.


PUBLICITAIRE

Fréquence Plus, premier

réseau régional Jura,

Côte d'Or.


GÉRARD descend de sa voiture après l'avoir stationnée. Et entre dans l'hôtel d'ANDRÉ.


GÉRARD

Merci.


ANDRÉ fait un signe vers la salle à manger.


GÉRARD

Hein?


NICOLE est assise seule à une table. GÉRARD finit son verre et rejoint NICOLE.


GÉRARD

C'est pour quoi, ce dîner?


NICOLE

Voilà, Gérard, j'ai, enfin...

c'était plutôt pour un conseil.


GÉRARD

Tiens, j'ai droit au grand jeu.

Alors. Où on en était, hein?

Ah oui! C'est quoi, alors,

votre histoire?


NICOLE

J'ai besoin d'avoir

des nouvelles de Francis.

Qu'est-ce que vous lui voulez,

à Francis? Vous l'avez pas

fait assez chier?

Vous lui avez tout pris.

Qu'est-ce que vous

voulez de plus?

Mais rien...


GÉRARD sert du pain à NICOLE.


GÉRARD

Hum... Qu'est-ce qu'il a,

ANDRÉ, ce soir?


SERVEUR

Ce soir, il dit embeurrée

d'escargot et queue de boeuf.


GÉRARD

Hum, parfait.

Qu'il me choisisse

le vin et sers-nous vite,

je suis de mauvaise humeur.


NICOLE

Moi, ça va faire trop.


GÉRARD

Quoi?


GÉRARD

Elle va pas être

grossière, en plus!?

Ici, on prend pas du brocoli

cuit à l'eau de Vittel,

on prend du plaisir.

Vous connaissez ce mot-là?

Plai-sir.


NICOLE

Oui, oui.

Bon, ne changez rien,

ça sera parfait.


GÉRARD

Alors, comme ça,

il vous manque.


NICOLE

Ça vous étonne?


GÉRARD

Ça fait plus que m'étonner,

ça me troue le cul.


Le serveur revient avec le vin.


GÉRARD

Parfait, sers madame.


NICOLE

C'est tout de même

le père de mon enfant.


GÉRARD

Parlons-en. Quand je pense que

vous avez été assez truies

toutes les deux pour pas l'inviter

au mariage de sa propre fille!

Moi non plus d'ailleurs,

en passant.


NICOLE

On savait plus où le joindre.


GÉRARD

C'est ça.

Bon, maintenant, vous allez me

dire ce qui vous amène vraiment.


NICOLE

Ce que je vous ai dit:

avoir des nouvelles.


GÉRARD

(En frappant sur la table)

Ça suffit!

Ma belle, pendant des années,

à chaque fois que tu me voyais,

tu me regardais, l'air de dire

que ma bite avait un goût.

Maintenant, tu t'es mis

en arbre de Noël

pour venir dîner avec moi.

Pour avoir des nouvelles.

Bien ça marche pas.

Trouve autre chose.


NICOLE

Ne criez pas,

je vous en supplie.

À l'atelier, ça va pas du tout.

La situation est catastrophique,

les banques vont nous lâcher.


GÉRARD

Fallait pas virer Pouillaud.


NICOLE

C'est lui qui est parti.

Il a dit: "C'est moi ou Rémi."


GÉRARD

Évidemment, vous avez choisi

le plus con.


NICOLE

J'ai choisi mon gendre.

Francis a laissé l'entreprise

dans un état abominable.

Il faut qu'il revienne, ne

serait-ce que quelques jours.


Il y a que vous

qui pouvez le convaincre.

Les ouvrières ne veulent même

pas négocier avec nous,

vous imaginez?


GÉRARD

Oh oui, j'imagine.

Ces femmes-là ont du bon sens.

De toute façon,

je suis sans nouvelles de lui

depuis trois mois.

Silence radio.

Quand il m'appellera, c'est

qu'il en éprouvera le besoin.

Pour l'instant, je respecte

son silence. Démerdez-vous.

Et pour tout dire,

je suis assez content

que vous soyez dans cette merde.

Il y a une justice, tout de

même. Mangez, ça va être froid.


NICOLE

C'est abominable,

ce que vous dites.

J'ai peut-être des torts,

c'est vrai.

Mais vous oubliez que j'ai vécu

À côté d'un imposteur

pendant 26 ans qui m'a menti

et humiliée à la télévision

devant la France entière!

J'ai payé, je crois!


GÉRARD

Arrêtez de chialer comme

un veau. J'ai horreur de ça!

C'est ridicule, à votre âge.


ANDRÉ

(S'approchant de la table)

Alors?

Ça vous a plu, Nicole?


NICOLE

C'était exquis.

(Déglutissant)

Hum.

Exquis.


GÉRARD et NICOLE sortent en courant sous la pluie.


NICOLE

J'ai ma voiture.


GÉRARD

Vous la reprendrez demain.


NICOLE

(Se faisant happer par GÉRARD)

Hou!


Dans la nuit, GÉRARD s'envoie en l'air avec NICOLE, sur la banquette arrière de la voiture.


GÉRARD

(Grognements)

Je vais te tirer

comme une chienne.


À la maison, GÉRALDINE regarde la télé, tandis que RÉMI dort sur ses genoux.


GÉRALDINE

C'est toi, maman?


NICOLE

C'est moi.


GÉRALDINE

Pas de bruit, Rémi dort.

Alors?


NICOLE

Ça s'est bien passé,

je crois qu'il va nous aider.


GÉRALDINE

Oh, tout de même.


NICOLE

Je vais me coucher,

je suis vannée.


GÉRALDINE

Je m'en doute.

À demain.


NICOLE

À demain, ma chérie.


RÉMI marmonne en souriant


NICOLE entre dans sa chambre et se laisse choir sur le lit.


GÉRARD roule en voiture en chantant.


GÉRARD

♪ Il est fatigué ♪

♪ Replace ce châle au vent ♪

♪ Il est fatigué ♪

♪ Bonsoir les filles! ♪

♪ Le beau cheval blanc ♪

♪ Ses rêves bleus

sont un peu griiis ♪


À la place du marché de Condom, DOLORES tient un kiosque avec FRANÇOISE.


DOLORES

Il va faire chaud aujourd'hui.

Hein, Zig. Tu vas

être sympa.


FRANÇOISE.

Je vous donne un papier si

vous voulez revenir à la ferme.


UNE DAME

Merci.


FRANÇOISE.

De rien.


DOLORES

J'ai amené les courses.

Tiens, il faut les mettre là.


FRANCIS, devenu MICHEL prend un verre au bar du marché.


NONO

Salut, patron.


FRANCIS

Merci, ça va?

(S'adressant à l'aubergiste)

Jeannot, un café de

cette réputation ne peut pas

garder des waters à la turque.


JEANNOT

Tu es fou!

Ils sont historiques!

Trois générations

y sont déjà passées!


SERVEUR

On vient même

de très loin pour les visiter.


JEANNOT

Ah, salut, Lionel.


LIONEL

Salut tout le monde.


JEANNOT

Vous avez bien joué dimanche,

les gars?


LIONEL

Oui, on a assuré.


JEANNOT

Tu prends quelque chose?


LIONEL

Comme vous.

La tournée est pour moi.


FRANCIS

On te voit, ce soir?


LIONEL

Je sais pas,

après l'entraînement,

peut-être.

Si je peux, je passe.

Ciao.


UN CLIENT DU BAR

Ça fait longtemps qu'on avait

pas eu un trois-quarts comme ça.


UN VIEUX

Et jamais un mauvais geste.


JEANNOT

Avec un gaillard comme ça,

la puce, elle va en

avoir un beau, de petit.


FRANCIS

Ce serait encore mieux

s'il était pas déjà marié.

Et père de deux enfants.


UN VIEUX

Il en a deux, avec la Jeanine.


FRANCIS

Oui, il a pas chômé.


JEANNOT

Ah! La voilà, la plus belle.


FRANCIS

Qu'est-ce qu'elle veut,

fifille?


FRANÇOISE vient voir FRANCIS au bar.


FRANÇOISE

On a besoin de monnaie,

patron.


UN VIEUX

Nom de Dieu! Ça existe encore,

les billets de 500 francs?

Il y a longtemps

que j'en ai pas vu.


JEANNOT

Ah, je suis sûr que c'est encore

un Parisien.


FRANCIS

Voilà, c'est comme

si c'était fait.


FRANCIS sort du bar bras dessus, bras dessous avec FRANÇOISE et tous les deux se dirigent vers le kiosque du marché.



Et il est où, Lionel?


FRANCIS

Parti, il était pressé.

Il m'a dit de t'embrasser.


GÉRARD

Alors, Lapin, cette monnaie de 500,

ça arrive? On a pas que ça à faire.


GÉRARD est au kiosque avec DOLORES. FRANCIS court vers GÉRARD et l'embrasse.


GÉRARD

Ça va, Lapin?

(Reniflant l'haleine de MICHEL)

Dis-moi, Lapin.

Tu suces pas de la glace, toi?

Tu m'as l'air bien chargé

pour 9h du mat.


FRANCIS

Vous le saviez.

Je suis sûr que vous le saviez.

Il y a eu un coup de téléphone,

hier. C'était ça, hein?


DOLORES et ses filles se regardent, complices.


FRANCIS

C'était le grand couillon, hein?

Bande de cachottières.

Il faut que je te présente

à mes copains.


FRANCIS et GÉRARD se dirigent vers le bar.


GÉRARD

Tu me trompes déjà,

salope, hein?


FRANÇOISE 

Il est content, hein?


SYLVIE

Tu vois, je t'avais dit.


GÉRARD et FRANCIS se promènent dans le jardin de la résidence de DOLORES.


GÉRARD

Ma parole, t'as rajeuni

de dix ans.


FRANCIS

C'est le climat

qui me réussit.

Tiens, regarde.

Là, c'est le laboratoire

où on fait nos foies.


GÉRARD

Un labo.


FRANCIS amène GÉRARD visiter le laboratoire.


GÉRARD

C'est moderne, hein?


FRANCIS

Oui mais non,

je vais encore améliorer.

Faut que je m'agrandisse. Non,

ce que je voudrais surtout,

c'est faire de la...

de la vente par correspondance

aux États-Unis.


GÉRARD

Si je comprends bien,

t'as l'intention de rester.


FRANCIS

Tiens, regarde mon nouveau

projet de conditionnement.


GÉRARD

Quoi, tu recycles?

T'es vraiment

un malade du Vichy, toi.

Des chiottes au foie gras,

même combat, quoi.


FRANCIS

Non, t'es con ou quoi?

Mais c'est ça qui plaît

aux Américains.


FRANCIS et GÉRARD se promènent sur la ferme.


FRANCIS

On va aller

sur mon petit tertre.

C'est magnifique

à cette heure-là.


GÉRARD

T'es plus le même, tu sais.


FRANCIS

Tu crois? Mais non,

je suis heureux, c'est tout.

Tu vois, je viens là

avant le dîner.

Je regarde la fin du jour.

C'est jamais pareil.

J'attends que Dolorès m'appelle.

Oui, je suis bien, là.


GÉRARD

Il te manque plus qu'un chien.


FRANCIS

J'aime pas les chiens.


GÉRARD

Bien! Depuis quand t'aimes pas

les chiens?


FRANCIS

Depuis que je suis ici.

Michel détestait les chiens,

alors il faut que je m'adapte.

Il va bien, Bamboula?


GÉRARD

Très bien. Il est toujours

chez André.


FRANCIS

Et au fait, comment

ça se passe, là-haut?


GÉRARD

Bien, ça se passe pas bien.

Justement, il faut que

je t'en cause.


DOLORES

Hé!


FRANCIS

Écoute.


DOLORES

À table!


FRANCIS

Tu vois, qu'est-ce

que je te disais?


Après le repas, FRANCIS, GÉRARD et DOLORES prennent un verre tandis que SYLVIE joue à un jeu vidéo sur la télévision.


FRANCIS

Tu sens le petit goût

de violette?


GÉRARD

Oui, il y a même

un fond de pruneau.


FRANCIS

Oui, t'as raison, oui.

Il a du pruneau

bien prononcé même, oui.

Tiens, goûte à celui-ci.

C'est un peu plus vieux, ça.

Donne-nous donc ton verre,

ma grande.


GÉRARD

Dolorès, c'était un festin.

Venez trinquer avec nous.


DOLORES

Et demain, je vais

vous faire ma spécialité.

Des crevettes à l'ail.


GÉRARD

Ah...


FRANCIS

Ah? On va avoir de la visite.


FRANÇOISE regarde à la fenêtre et va accueillir LIONEL à la porte.


FRANCIS

Viens, Lionel.

Que je te présente Gérard,

mon meilleur ami.


LIONEL

Salut, Gérard.


GÉRARD

Salut, Lionel.


DOLORES

Bonjour. T'as déjà mangé?


LIONEL

Oui, j'ai dû passer

à la maison.


DOLORES

Dommage. J'avais fait

une bonne garbure.


LIONEL

Ah ça, ça se refuse pas.

Mets-m'en une belle

assiette, va.


FRANCIS

On va aller le voir jouer

dimanche. Il est trois-quarts aile.

C'est le meilleur numéro 14

qu'on ait eu à Condom

depuis des années.

Vous jouez qui, dimanche?


LIONEL

Dimanche, on joue Saint-Médard,

il faut qu'on se les bouffe.


SYLVIE

Oh lala! Je suis encore au vert!


LIONEL

Oh, Zig, je te l'ai déjà dit

que c'était un jeu de garçon.


Deux jeunes hommes entrent dans la maison.


DOLORES

Bonjour.


SYLVIE

Mieux vaut tard que jamais.


FRANÇOISE 

Salut, Albert.


ALBERT

Salut.


L'AUTRE JEUNE HOMME

Bonjour.


ALBERT

Ça va?

Ça va?


ALBERT

Bonjour.


GÉRARD

Enchanté.


SYLVIE

(Prenant sa veste)

Bon, allez, on y va.


DOLORES

Où vous allez?


ALBERT

Boire un verre au Druide.


SYLVIE

Allez! Bonsoir, tout le monde!


L'AUTRE JEUNE HOMME

Bonsoir.


DOLORES

Salut, Zig, à demain.


FRANÇOISE 

Ciao!


ALBERT

Au revoir.


DOLORES

Adios!


GÉRARD

C'est lequel, son fiancé?


DOLORES

Les deux.


Plus tard, FRANCIS mène GÉRARD à sa chambre.


FRANCIS

Tiens, voilà ta chambre.

Ça va être grand beau

demain encore.


GÉRARD s'affale sur son lit en soupirant bruyamment.


GÉRARD

Elle est formidable, Dolorès.

T'as le cul bordé

de nouilles, toi.


FRANCIS

(Riant)

Hé!


GÉRARD

Où t'as trouvé une perle pareille?


FRANCIS

Bien, à la télé, gros couillon.

(Riant)


GÉRARD

Comment t'as fait

pour remplacer ce mec?


FRANCIS

Quel mec?


GÉRARD

Comment, quel mec?

Bien, le vrai!


FRANCIS

Ah, l'autre.

Je vais te dire.

C'est un mystère.


GÉRARD

Mais elle pose quand même

des questions, tout de même.


FRANCIS

Jamais.

Je vais te montrer

quelque chose.


FRANCIS ouvre un placard, sort une veste et l'enfile.


FRANCIS

Tu vois?


GÉRARD

Oui, et alors?


FRANCIS

Ça, c'est une veste à Michel.

Comme tu vois,

elle me va comme un gant,

tu vois? Non.


GÉRARD

Mais si.

(Riant)


DOLORES entre dans la chambre avec des serviettes.


DOLORES

Oh là! Tu nous as ressorti

les costumes du dimanche.

Il faudra que je te le reprenne.

Il peut encore servir.

Qu'est-ce que vous prenez,

Gérard, le matin?


GÉRARD

Du café.


DOLORES

Avec du lait?


GÉRARD

Avec du lait.


DOLORES

Café au lait.

(Sortant de la chambre)

À demain.


FRANCIS

Qu'est-ce que je te disais?

Tu l'as envoûtée, Lapin.

Je vois que ça.


DOLORES travaille au laboratoire avec ses filles.


DOLORES

Puce.


GÉRARD observe la scène depuis une autre salle du laboratoire, tandis que FRANCIS déplume un canard.


GÉRARD

Dis donc, c'est des tueuses,

tes femmes.

Ah toi, on dirait

que tu as fait ça toute ta vie.

C'est Dolorès qui te dope

comme ça?


FRANCIS

Si on veut.


GÉRARD

Dis-moi, question...

(Haletant bruyamment)


FRANCIS

Tu y es pas du tout, question...

(Haletant)

Nada.


GÉRARD

Quoi? Tu couches pas

avec ta femme?


FRANCIS

Ma femme, ma femme,

comme tu y vas.

Passe-moi un canard.


GÉRARD

J'en reviens pas.

Ta propre femme.


FRANCIS

T'en as de bonnes.

Le Michel, je veux bien

bouffer dans son assiette,

coucher dans son lit,

mais me taper sa femme,

ça me gêne.


SYLVIE passe avec deux canards plumés en faisant les yeux doux à GÉRARD.


GÉRARD

Je vois pas où il est,

ton problème.


FRANCIS

(Pointant sa tête)

Il est là!

Cette femme

est trop bien pour moi.


DOLORES rejoint FRANCIS et GÉRARD devant la maison. GÉRARD lave sa voiture. DOLORES passe et entre dans la maison.


FRANCIS

Est-ce que t'as besoin

de la laver? Elle est propre.


GÉRARD

Ah, lâche-moi.

Est-ce que je t'emmerde, toi,

que tu laves tes foies

de canard?

Chacun son gagne-pain.

Moi, je peux pas me permettre

de repartir avec une bagnole

dégueulasse.


FRANCIS

Tu vas repartir?


GÉRARD

Oui.

J'habite à Dole, dans le Jura.

Ça te dit quelque chose?

Ça fait trois jours que j'essaie

de t'en parler, mais...

T'esquives.

Il faut remonter.

Il y a de sacrés problèmes.


FRANCIS

Jamais.


GÉRARD

Mais mon pauvre vieux!

Ton usine va fermer!

Tes ouvrières vont rester

sur le carreau.


FRANCIS

J'en ai rien à foutre.

J'ai tourné la page.


GÉRARD

Me dis pas que t'as quand même

l'intention de t'installer

ici pour toujours.


FRANCIS

Mais parfaitement!

Tant que Dolorès voudra de moi.


GÉRARD

Ah, la Dolorès, elle risque

de se lasser d'un mari qui

l'honore même pas, hein.

Tiens, passe-moi l'éponge,

dans le seau.


FRANCIS prend l'éponge et assène un bon coup à GÉRARD.


FRANCIS

(Voix au loin)

Parle pas de Dolorès

comme ça!


DOLORES accourt à l'extérieur de la maison pour voir ce qui se passe.


GÉRARD

(Voix au loin)

Ça va pas Lapin, non?


FRANCIS

Moi, ah non!

(Lançant un seau d'eau)

Attention!


GÉRARD

Ah, Lapin! Mais il est fou!


DOLORES

Arrêtez, vous êtes

fous ou quoi?


GÉRARD

Lapin!


DOLORES

Arrêtez! Arrêtez!

Por Dios, arrêtez-vous!

Arrêtez!


Dans une cabane du jardin, un homme regarde la scène par la fenêtre.


GÉRARD ferme le coffre de sa voiture après y avoir déposé des bagages. DOLORES est avec FRANCIS devant la maison.


DOLORES

Vas-y deux jours.


GÉRARD

Bien oui!

Viens au moins deux jours.


FRANCIS

Je peux pas.

J'ai la manifestation

de la coordination paysanne.

Je fais partie de l'équipe

fumier. J'ai promis.


DOLORES

(Offrant un pot de foie gras)

Tenez, Gérard.


GÉRARD

Ah, merci.

(Marmonnant)

Fumier...

Qu'est-ce que c'est que ça,

encore?


FRANCIS

Bien, on doit verser

3 tonnes de fumier

dans le jardin du sous-préfet,

on compte sur moi.


GÉRARD

Toi, t'as changé de camp

en changeant de région, hein?

Enfin, c'est pas grave.

J'ai rien à foutre de ton

usine de chiottes.

Mais alors, va faire joujou

avec ton tas de fumier,

si ça t'amuse. Dolorès.

J'ai été ravi.


DOLORES

Revenez vite.


GÉRARD monte dans sa voiture et quitte FRANCIS et DOLORES.


LIONEL et FRANÇOISE passent près de la voiture de GÉRARD et saluent en klaxonnant.


À DOLE, NICOLE marche sous la pluie.


Au garage de GÉRARD, un CLIENT regarde les voitures de la salle d’exposition.


CLIENT

J'hésite. Dans un sens,

elle me plaît beaucoup

et en même temps, je me dis:

Pourquoi me séparer

de ma 18 break qui marche,

mais alors, comme une horloge.

Pas un pépin en 15 ans.

Elle est comme neuve.

Et j'ai même encore

les housses plastiques

de protection sur les sièges.

Ah là là, vous pouvez pas

savoir ce que ça me coûte

de m'en séparer.


GÉRARD

Bien gardez-la!

Et arrêtez de me faire chier

avec votre tacot pourri.

(S'adressant à NICOLE qui vient d'arriver)

Qu'est-ce qu'il y a?


NICOLE

Je n'arrive pas à

vous joindre au téléphone.

Vous n'êtes jamais là.


GÉRARD

Mais si, je suis là, mais je vous

prends pas, ça m'emmerde.


NICOLE

Je pensais que...


GÉRARD

Pensez plus, surtout.

C'est pas parce qu'on

s'est secoués dans la bagnole

que ça va changer quelque chose.


NICOLE

C'est bien sûr,

je sais, Gérard.

Non, c'est pour Francis.

Vous avez pu lui parler?


GÉRARD

Francis, bien sûr.

Pour faire court. Il s'en bat

l'oeil de votre usinerie d'eau.


NICOLE

Il n'a même pas voulu

monter quelques jours?


GÉRARD

Impossible, il est débordé.

D'ailleurs, cet après-midi,

il a un rendez-vous très

important avec le sous-préfet.

On se voit ce soir, hum?


À Condom, DOLORES s'occupe de FRANCIS qui s'est fait tabasser.


DOLORES

Ils t'ont bien arrangé.


FRANCIS

La sous-préfecture aussi,

on l'a bien arrangée.


DOLORES

T'es sûr que tu ne veux

rien manger?


FRANCIS

J'ai pas faim.


DOLORES

C'est pour ta femme

et ta fille à Dole

que tu t'inquiètes.

C'est ça?


FRANCIS

Oui. Et puis...

l'atelier aussi.

Je l'ai tellement tenue à bout

de bras, cette affaire.

Et maintenant,

tout ça va être foutu.

C'est un terrible échec,

tu comprends, je...


DOLORES embrasse les mains de FRANCIS.


FRANCIS

C'est une partie

de ma vie qui s'écroule.

Une petite mort.


DOLORES

Si tu y allais?

Tu pourrais encore essayer

de faire quelque chose.


FRANCIS

Ça changerait plus rien.

Il y a plus d'argent.

La banque va lâcher.


DOLORES étreint FRANCIS.


DOLORES

Sers-toi de l'argent

qu'on a mis de côté.


FRANCIS

De l'argent?

De quel côté?


DOLORES

L'argent qu'on a placé

à Bilbao.

Ça doit faire une bonne somme,

les deux millions que tu

as placés en 67.


FRANCIS

Oui. Oui, oui, oui.


DOLORES

On peut même vendre

le studio de Montauban.


FRANCIS

Oui? Oui.


DOLORES

Même les vignes près

de Lectoure. On peut

en tirer un bon prix.


FRANCIS

Oui, ça aussi, oui.

Mais tu y as pas touché?


DOLORES

Pour quoi faire?

T'as toujours dit qu'il fallait

pas toucher au capital tant

qu'il y avait pas de pépin.


FRANCIS

Ça, c'est vrai.

Je l'ai toujours dit.


DOLORES

Là, je crois

qu'il y a un gros pépin.

Il faut que je te le dise.

Gérard a téléphoné.

Nicole, ta fille et ton gendre,

ils sont séquestrés par

les employées dans les ateliers.


Plus tard, DOLORES descend d'une voiture avec FRANCIS et tous les deux se dirigent vers une banque.


FRANCIS et DOLORES entrent dans la banque et une employée les mène à un consultant.


Plus tard, DOLORES et FRANCIS sont étendus ensemble dans une chambre d'hôtel.


DOLORES

Qu'est-ce qu'on est bien.

Je suis heureuse, Michel.

J'ai jamais été aussi heureuse

de ma vie.


FRANCIS

Il fallait laisser

le temps au temps.

C'est un peu rapide

comme voyage d'amoureux.

J'aurais voulu te faire faire

la tournée des grands-ducs.

Avec tout ce fric et...

c'est pas pratique.


DOLORES

C'est mieux que ça.

J'ai l'impression

que c'est ma nuit de noces.


FRANCIS

Oui, il y a un peu de ça.

On a même emporté la dot.

C'est vrai qu'on a

l'air malins avec notre sac.


DOLORES

C'était un bon placement,

quand même.


FRANCIS

Excellent.


À Dole, une banderole affiche : Les patronnes sont des connes.


Dans la cour de l'atelier, une autre banderole dit : Atelier en grève, non aux licenciements.


GÉRARD conduit FRANCIS devant la barrière de l'atelier.


FRANCIS

Putain!

Je voulais te faire ravaler.

Quel gâchis!

Mais Pouillaud n'a rien

pu faire?


GÉRARD

Pouillaud? Mais tu sais pas

que Nicole l'a viré.

Il en a profité

pour mettre sa mère

dans une maison de retraite

et puis il s'est cassé aux Antilles.


FRANCIS

Ah oui, mais il a tout

compris, celui-là! Ha!

Bon, bien on y va.


GÉRARD

Oui.


FRANCIS

Allons-y.


FRANCIS s'approche de la grille et LUCETTE l'aperçoit.


LUCETTE

(Courant dans la cour)

Hé, le patron est revenu!

Le patron est revenu!

Les filles!

Le patron est revenu!


Les ouvrières accourent pour accueillir FRANCIS.


LUCETTE

Le patron est revenu!

Les filles!


Dans l'atelier, des ouvrières entendent la nouvelle.


LUCETTE

Le patron est revenu!

Les filles!

(Entrant dans l'atelier)

Il est là!

Il est là!

Le patron est revenu!


LUCETTE

Il est là!


Les manifestations de joie fusent aussitôt que FRANCIS met le pied dans l'atelier.


LUCETTE

Le patron est revenu!


FRANCIS

Du calme, les filles,

du calme! Du calme!

J'arrive de la banque.

Tout est arrangé.

Les ateliers Bergeade

ne fermeront pas!


LES OUVRIÈRES

Oui!


NICOLE, GÉRALDINE et RÉMI se rassemblent, émus par l'annonce.


FRANCIS

Je reprends la direction

des opérations.


LES OUVRIÈRES

Oui!


LUCETTE

Bravo! Bravo!


FRANCIS

Maintenant, nous allons

retrousser nos manches!


UNE OUVRIÈRE

Retrousser nos manches!


FRANCIS

Vous allez commencer

par nettoyer ce bordel.

La grève est un droit. Saccager

l'outil de travail est un délit.

Allez, au boulot.


LUCETTE

Au boulot!


UNE OUVRIÈRE

Je le reconnais bien.


FRANCIS

C'est bon aussi pour vous.


LES OUVRIÈRES

J'adore le

patron quand il crie.

En tout cas,

ça, c'est un patron.

Prends le balai!


Même NICOLE et GÉRALDINE se mettent à la corvée de nettoyage.


GÉRARD rejoint FRANCIS.


FRANCIS

(S'adressant à GÉRARD)

Qu'est-ce que tu dis de ça?


GÉRARD

Champion, Lapin.

Quelle poigne!


FRANCIS

Dis donc, j'ai pas vu la Yasmina.


GÉRARD

Il y a longtemps

qu'elle est montée à Paris.

Elle travaille à la télé,

maintenant. Tu me suis?


FRANCIS

Ah, d'accord. Elle a oublié

d'être con, la salope.


GÉRARD

Je te le fais pas dire.


FRANCIS regarde la photo de mariage de GÉRALDINE posée sur un meuble du salon, ensuite il fait le tour de la maison. [GÉRALDINE

(Voix provenant de la cuisine)

J'arrive plus à couper les oignons,

ça me fait pleurer!


NICOLE

(Voix provenant de la cuisine)

Arrête-toi un peu, ma chérie!

Je vais te faire une petite

compresse d'eau de bleuets!


GÉRARD

(Voix provenant de la cuisine)

C'est pas le moment.

Faut les couper.

Donne-moi de la muscade.

Rémi, vous avez ouvert le vin?


RÉMI

(Voix provenant de la cuisine)

C'est fait, Gérard. J'ai déjà

deux bouteilles à température.


GÉRARD

(Voix provenant de la cuisine)

Vous avez compté large, j'espère!


RÉMI

(Remontant de la cave)

Très large, très large.


RÉMI glisse un mot à l'oreille de GÉRALDINE en retrait.


RÉMI

Il me tue, ce mec.


NICOLE rejoint FRANCIS au salon.


NICOLE

Haha! Quel ouragan,

ce Gérard, t'avoueras!

Il est tordant.


FRANCIS

Tordant! Ça t'a pas trop

fatiguée, tous ces événements?


NICOLE

C'est rien, tu vois.

Une bonne douche,

il n'y paraît plus.

Je m'en remettrai.

Ce qui compte, c'est

que ça se soit bien terminé.

(Enlaçant FRANCIS)

T'as été formidable, tu sais.

Je voulais te dire, vraiment--


GÉRARD

(Arrivant au salon à son tour)

Bon, bon. Allez.

Il faut pas rester là

à bayer aux corneilles.

Va surveiller la fricassée.

Pendant que je me sers

un petit godet tranquillement

avec mon pote.


NICOLE

(Pimpante)

Je vous laisse, je vous laisse.

(Voix provenant de la cuisine)

Ça sent bon, cette petite fricassée.


GÉRARD

T'as vu?

Rien n'a bougé,

tout est en place.


FRANCIS

Oui, rien n'a bougé.

Enfin, presque.

Nicole a beaucoup changé,

ou je rêve?


GÉRARD

En effet, elle a beaucoup progressé,

mais... il y a encore du boulot.

Il faut dire que pendant

ton absence, je l'ai...

(Faisant un geste de fornication)

Pfuit-pfuit, pfuit-pfuit!

Ça lui a bien dégagé

les écoutilles.


FRANCIS

Je vois ça, oui. Ha!

Sacré Gégé, va!


GÉRARD

T'y vois pas d'inconvénient?


FRANCIS

Ah non! Aucun, aucun!

Mon grand, aucun. Au contraire,

je ne vois que des avantages.


GÉRARD

Tant mieux.

Je m'inquiétais un peu.

Mais dis-moi,

il y a tout de même

un truc qui me turlupine.

Entre nous, où t'as trouvé

tout ce pognon?


FRANCIS

Tu me croiras jamais.

à la Banque du commerce

et de l'industrie de Bilbao.


GÉRARD

Bilbao? Espagne?


FRANCIS

Parfaitement.

C'est Michel Thivart qui

l'avait placé là-bas en 1967.


GÉRARD

T'avoueras que c'est

tout de même étrange

que ce mec qui vit

dans un pays de Cocagne,

qui est plein aux as,

avec une femme pareille,

se fasse la balle. Ça pue, non?


FRANCIS

Bien, en tout cas,

on va pas cracher dessus.

Ça nous a quand même

sauvés de la catastrophe.


GÉRARD

T'avoueras, Lapin,

t'as tout de même

le cul bordé de nouilles.


FRANCIS

Des fois, c'est vrai.

Je m'étonne moi-même.


NICOLE vérifie les couverts à la salle à manger.


NICOLE

(S'adressant à GÉRARD ou FRANCIS)

Mon chéri,

ça va être bientôt prêt.


FRANCIS et GÉRARD se regardent, incertains. GÉRARD fait signe à FRANCIS qu'il est l'élu.


FRANCIS

Parfait. Passons à table.

La journée a été rude.

Je voudrais pas

me coucher trop tard.

Demain, je voudrais

repartir de bonne heure.


GÉRARD

Tu repars pour Condom?


FRANCIS

Bien sûr.


GÉRALDINE

Oh, mon papa, je t'en supplie.

Reste.


FRANCIS

Mais ne vous en faites pas

comme ça. Il y a aucun danger.

J'ai la situation

bien en main à l'atelier.

Mais je dois repartir

pour Condom.

J'ai des choses à éclaircir.

Et puis, Gérard est là

pour veiller sur vous.

Gérard, je peux compter

sur toi, hein?


GÉRARD

Lapin, tu peux

compter sur moi.


FRANCIS

Bon, bien maintenant, à table.

Passons à table.


GÉRARD

Bien oui, avec toutes

ces conneries...


NICOLE

À table.


La camionnette de DOLORES roule sur la route de la ferme.


Dans une vieille cabane, un homme observe la scène par la fenêtre.


FRANÇOISE 

Hé, papa est rentré!


SYLVIE

Tant mieux, je m'inquiétais.


SYLVIE

Papa! Papa!


Les filles se précipitent vers la maison.


SYLVIE

Hé, il est pas là, mais

il y a des cadeaux sur la table!


DOLORES

Qu'est-ce que c'est?


FRANÇOISE 

Je sais pas. Il doit être

sur la petite butte.


FRANCIS marche vers la maison et DOLORES court le rejoindre. SYLVIE vient serrer FRANCIS.


SYLVIE

Tu nous as manqué.


FRANÇOISE 

Regardé, papa m'a apporté

du parfum!


DOLORES

Tout s'est bien passé?


FRANCIS

Parfaitement.

J'ai pu tout arranger.

C'était moins une, tu sais.


DOLORES

Et Nicole? Et Géraldine?

Ça a pas été trop dur?


FRANCIS

Non. Elles ont été assez courageuses.

Elles m'ont même étonné.

C'est drôle comment on connaît

mal sa propre famille.

T'aurais vu ce merdier...

Enfin. L'atelier va pouvoir

continuer. C'est ça, l'important.


DOLORES

Tant mieux. Cet argent

aura au moins servi pour

une bonne cause.


Une motocyclette arrive. C'est NONO. SYLVIE vient l'accueillir.


FRANCIS

Qui est-ce?


DOLORES

C'est Nono.


FRANCIS

Nono?


DOLORES

Le nouvel amoureux de Zig.

Il est très gentil.


FRANCIS

Mais ils sont tous

très gentils, Dolorès.

Tous.


SYLVIE et NONO regarde un film à la télévision.


VOIX PROVENANT DU FILM 

C'est fini, le bordel!


DOLORES

Je vais me coucher.

Ils finiraient par me donner des

cauchemars avec leurs histoires.


FRANCIS

Moi aussi, je vais me coucher.

Allez, bonsoir, les jeunes.


DOLORES

Bonsoir.


SYLVIE

Bonsoir.


FRANÇOISE 

(S'adressant à FRANÇOISE)

Bonsoir. Puce, tu devrais pas

regarder ça.

C'est pas bon pour les bébés.

Après, ça fait des peureux.


LIONEL

Inquiète-toi pas.

Je suis là pour la protéger.


DOLORES et FRANCIS montent à l'étage.


FRANÇOISE 

(S'adressant à Sylvie)

T'as vu? Ils dorment

dans la même chambre.


SYLVIE

Oui, tu parles que j'ai vu.

Oh!


Le film se poursuit.


VOIX PROVENANT DU FILM

Je suis... Vivant!


Dans la chambre, FRANCIS se prépare à dormir avec DOLORES.


FRANCIS

T'as pas vu les filles?

Elles se foutaient de nous parce

qu'on dort dans la même chambre.


DOLORES

Ça leur passera.


FRANCIS

Qu'est-ce que tu leur as dit

pour l'argent que j'ai

porté à Dole?


DOLORES

Je leur ai rien dit.

Ça les regarde pas.

C'est ton argent,

t'en fais ce que tu veux.

Tu te couches pas?


FRANCIS

Si, si, je me couche.

Je sais pas ce que j'ai...

Je suis nerveux.


DOLORES

C'est normal.

C'est pleine lune, ce soir.


FRANCIS

Oui, ça doit être ça.

Mais je crois que j'ai pas

bien digéré le confit.


DOLORES

Pourtant, c'est pas gras,

le confit.


Dans le salon le film se poursuit.


VOIX PROVENANT DU FILM

Léon?

Où est-ce qu'il est?


De retour dans la chambre où DOLORES et FRANCIS sont couchés.


FRANCIS

Je suis moche, Dolorès.

Je suis très moche.


DOLORES

Calme-toi.


FRANCIS

Je ne peux plus te mentir,

tu es trop bien pour moi.


DOLORES

Arrête avec ça.

T'es très bien.

Change rien.


FRANCIS

T'es aveugle, Dolorès,

parce que t'es bonne.

Là, tu es en train

de dormir à côté d'un salaud.

Je suis pas Michel.

J'ai jamais été Michel.

Je ne sais pas

ce qui s'est passé.

Les autres, qui ont voulu...

Tout le monde a laissé faire.

J'ai tellement honte

que je te le dis dans le noir.

Je suis pas Michel.


DOLORES

Je le sais. Je l'ai toujours su.


FRANCIS

Tu sais, mais... comment tu sais?

Non, c'est pas vrai! Mais je rêve!

Mais comment t'as pu

laisser faire?


DOLORES

Comme ça.

Moi aussi, j'ai été emportée.

Les filles voulaient tellement

retrouver leur père.

T'étais si gentil. Si tendre.

Si courageux.

C'était comme

si le ciel t'envoyait.

Tu m'as tout de suite plu.


FRANCIS

Mais enfin,

tu m'as donné tout ton argent.

L'argent de ton mari

et de tes enfants.


DOLORES

Ne t'en fais pas

pour l'argent.

L'argent, il y en a encore.


FRANCIS

Encore?


DOLORES

Oui. On a trois studios à Agen.


FRANCIS

Trois studios à Agen.


DOLORES

Des places de port à Super Collioure.


FRANCIS

À Super Collioure?


DOLORES

Et dans la cave,

dans les murs derrière

les bouteilles vides,

il y a de l'or.


FRANCIS

De l'or... Mais d'où ça vient, tout ça?


DOLORES

D'où ça vient, j'en sais rien.

C'était les affaires à Michel,

il parlait jamais d'où venait l'argent.


FRANCIS

Pourquoi tu demandais pas?


DOLORES

Demander à Michel?

Ça se voit que tu ne le connais pas.

À mon avis, c'était pas très propre.


FRANCIS

De l'argent sale?


DOLORES

C'est ça. De l'argent sale.


Au salon, les deux filles sont toujours devant le film avec leur amoureux.


DOLORES

Zig! Puce! Vite!

Papa a eu un malaise,

appelez le docteur Daguin.

Vite, un verre d'eau.


Tous montent à l'étage, pendant que FRANÇOISE appelle le médecin.


DOLORES

Alors, alors?


LIONEL

Surtout pas d'eau, tu vas

le tuer. Un verre d'armagnac.


SYLVIE

Le téléphone.


FRANÇOISE 

Ça répond pas.


DOLORES

Essaie encore.


FRANÇOISE 

Je sais, j'essaie.


DOLORES

Mon Dieu! Mon Dieu!

Papa!


Toute la famille est autour du lit de FRANCIS.


FRANCIS

Vous inquiétez pas.

C'est un malaise vagal.

Je connais.


LIONEL

Francis. Il faut décompresser.

Sinon, tu vas te le faire sauter,

le couvercle.


FRANCIS

Oui, mais toute façon,

si je suis pas mort avec

ce verre d'armagnac,

je mourrai jamais!


LIONEL

Quel casse-couilles.

Depuis quand ça tue, l'armagnac?

C'est la vie et le feu.

Ça réveillerait un mort.

Hé, fais pas le con.

Le petit, il a besoin

de son grand-père.


FRANÇOISE 

C'est peut-être le confit

qui lui a donné un malaise, non?


NONO

Mais non, c'est pas lourd,

le confit.


SYLVIE

Non, je sais, c'est les soucis,

le voyage.

Tu dois faire attention, papa.

T'es pas prudent.


FRANÇOISE 

Ou alors, c'est la nouvelle

chemise de nuit de maman.


SYLVIE

T'as raison.

Ça fait bien 20 ans qu'elle

en avait pas acheté. Haha!


DOLORES

Regarde comme elles

sont bêtes, nos filles!


FRANCIS

Oui, elles sont belles.


LIONEL

Très belles.

Ça lui revient déjà,

les couleurs. Il est sauvé, va.


FRANCIS

C'est vrai, c'est...


FRANCIS se lève pendant la nuit.


Dans la cave, FRANCIS cherche l'or.


FRANCIS

De l'or ici, c'est pas croyable.


FRANCIS remonte de la cave.


NONO

(S'adressant à SYLVIE dans la cuisine.)

Tu veux qu'on aille écouter

Cabrel, ce soir, à Auch?


SYLVIE

Non, je préférerais

faire un câlin.


NONO

L'un n'empêche pas l'autre.


SYLVIE

Ah, d'accord.


NONO

Bonjour, M. Thivart, ça va mieux?


FRANCIS

Ça va, Nono, merci.


SYLVIE

Comment tu vas,

mon petit papa?


FRANCIS

Papa, je veux bien.

Petit, non.

Parfaitement bien. C'est oublié.


SYLVIE

Tu veux du café, des tartines?


FRANCIS

Je veux bien une

tartine de pâté.


NONO

Plus fort, la radio. C'est la météo.


ANNONCEUR MÉTÉO

... sauf sur les régions du sud-ouest

et en particulier le Gers,

qui verra un ciel nuageux

dans la matinée.

Et très nuageux

dans l'après-midi.


NONO

Tu vois? Ils disent

encore des conneries.

Nuageux? Nuageux?

C'est dégagé.

C'est pas possible.

Ils nous cassent toujours

la baraque à la capitale.

Bon, j'y vais.

Prenez soin de vous surtout.

Vous savez, s'il y a

un problème, vous téléphonez.

Je vous conduis en cinq minutes.


NONO sort par la porte de la cuisine.


FRANCIS

J'ai pas très bien compris

pourquoi il fallait

lui téléphoner.


SYLVIE

Hé! Pardi! Il est ambulancier!

Il adore la vitesse.


FRANCIS

Je croyais qu'il avait

une ferme avec tout...


SYLVIE

Il a pas voulu continuer.

Son père, à 55 ans, il a

été mis en faillite.

Il a la haine, le Nono.

Il a cassé la gueule

au directeur de la banque. Il

a même fait un peu de prison.


FRANCIS

Ha! Il me plaît bien,

ce gars-là, oui.

Mais c'est sérieux, entre vous?


SYLVIE

Non! Penses-tu!

Ah, je le trouve gentil, j'aime

bien faire de la moto avec lui.

Tu sais, maman et Puce,

c'est des fidèles. Moi,

je tiens de toi.

Je suis volage.


FRANCIS

N'oublie pas tout de même de

leur mettre les caoutchoucs,

à tes fiancés.


SYLVIE

T'inquiètes pas.

Je suis volage, mais moderne.


FRANCIS

(Riant)

Profite, ma fille.

Profite, hein.

Comme dirait Gérard.


SYLVIE

Ah, celui-là, par contre,

il me plaît bien.

Haha! Bon allez.

Je vais faire ma toilette.


FRANCIS

Il lui plaît bien.

Ça, ça sera le pompon.


FRANCIS vide la vieille cabane.


FRANÇOISE 

Papa!

Papa, t'es là?


FRANCIS

Oui, oui, je suis là.

Mais ne reste pas ici,

tu vas manger de la poussière.


FRANÇOISE 

Maman dit que tu devrais pas

travailler, c'est dimanche.


FRANCIS

Ah oui, mais il faut que j'en

finisse avec tout ce merdier.

Si je veux commencer

les travaux...


FRANÇOISE 

Mais t'as besoin de rien,

on descend à Condom.


FRANCIS

Non, non,

j'ai besoin de rien, allez.

Prenez du bon temps, mes femmes,

prenez du bon temps.

Vous inquiétez pas.


FRANÇOISE 

À tout à l'heure.


FRANCIS est dans la cabane. Soudain, il trouve plusieurs armes.


FRANCIS

Oh, putain!


FRANCIS recouvre les armes de vieux paniers.


FRANCIS marche seul sur la ferme.


Plus tard dans la nuit, FRANCIS est couché dans son lit. Au petit matin, FRANCIS sort en douce. FRANCIS marche vers la vieille cabane et salue l'homme à la fenêtre.


LIONEL

(Sortant en catastrophe de la maison.)

Merde, putain, con,

je me suis endormi!

À l'heure qu'il est, sûr que ma

femme a déjà prévenu

les gendarmes.


FRANCIS

Je descends avec toi.


LIONEL

(Montant dans sa voiture)

À 5h du matin?


FRANCIS

Allez, il y a pas d'heure

pour les braves!


FRANCIS descend au village et va vers une cabine téléphonique.


GÉRARD est au téléphone avec FRANCIS.


GÉRARD

Non.

Je te crois pas.

Mais non, je te crois pas. Hein?

Ah, elles ont déjà servi?


NICOLE dort dans le lit près de GÉRARD.


GÉRARD

Dis-moi, c'est du sérieux,

comme matériel.

Tu vois, Francis, quand je

te disais "ça pue", ça pue, hum?

Ah, les bonnes femmes.

C'est pas croyable.

La pute. Ah, t'as le chic,

tout de même, hein.

Cuisine-la un peu.

Ah non, c'est pas assez.

Fous-y une bonne trempe.

Euh... Je sais, je sais, mais là,

c'est un cas de force majeure.

Écoute, c'est promis, Lapin.

Je viens pour le week-end.

Oui, oui, je viens.

Tiens bon, Lapin.

Salut. Et merde.


NICOLE

Où tu vas pour le week-end?


GÉRARD

À Condom.


NICOLE

Encore!? Mais qu'est-ce que

vous avez tous avec Condom?


GÉRARD

Plains-toi. Sans Condom,

tu serais encore prisonnière

dans l'atelier de balayettes!


NICOLE

Pourquoi tu me parles

comme ça?


GÉRARD

Parce que t'aimes ça,

hypocrite.


NICOLE se love contre GÉRARD.


FRANCIS entre dans la chambre de DOLORES.


FRANCIS

Lève-toi, Dolorès.


DOLORES

Qu'est-ce qu'il y a?


FRANCIS

(Tendant un peignoir)

Enfile-moi ça. Fais pas de bruit,

suis-moi.


DOLORES

Oui.


FRANCIS

J'en aurai le coeur net.


FRANCIS tire DOLORES à l'extérieur.


DOLORES

Qu'est-ce qu'il y a?


FRANCIS

Allez!


À la fenêtre de la vieille cabane, l'homme épie en mangeant.


FRANCIS

Ma parole, il est scotché,

celui-là.


FRANCIS montre les armes à DOLORES dans la cabane en nettoyage.


FRANCIS

Et ça?

(Giflant DOLORES)

Tu vas t'arrêter de te foutre

de ma gueule, maintenant?

Je veux savoir

ce que ça fout là!

Des Colt 45,

des MP40 dans une ferme

où on fabrique du foie gras!


DOLORES

Je te jure! Je savais rien!

Mais je m'en doutais

qu'il cachait des armes.


FRANCIS

Arrête de chialer. Dis-moi.


DOLORES

Je voyais bien qu'il se

passait des choses bizarres.

Tout cet argent

qu'il plaçait partout!

Mais je pouvais

pas poser de questions.

Il était tellement violent!

Après, j'ai compris

avec les cartes.


FRANCIS

Quelles cartes?


DOLORES

Les cartes. Dans la boîte en fer.


FRANCIS

(En criant)

Quelle boîte en fer?


DOLORES

(Sanglotant)

La boîte en fer que j'avais

trouvée dans le poulailler!


FRANCIS

Et elle est où, maintenant,

cette boîte en fer?


DOLORES

Toujours dans le poulailler.


DOLORES et FRANCIS courent vers le poulailler.


DOLORES

C'est là-bas. Au fond.

À droite, c'est ça.

(Pour aider FRANCIS)

Viens.


De retour dans la maison, FRANCIS et DOLORES regardent ensemble les cartes.


DOLORES

Tu vois. Il y a des ronds rouges

autour des villes.

Là, il y a des notes.

Des plans de pièces. Là,

le nombre de personnes,

des horaires. Et puis,

il y a ça aussi.


DOLORES va vers le four et sort un document du tiroir.


FRANCIS lit plusieurs découpures de journaux parlant de braquages de banque.


FRANCIS

(En voyant une photo de MICHEL)

Mon Dieu!

Et en plus, je suis un monstre.

Oh, putain, c'est pas vrai.

Il s'est même tapé

celle de Dole.


DOLORES sert un verre à FRANCIS.


FRANCIS

Range-moi tout ça.

Quel choc, quel choc!

Oh putain, quel choc!


DOLORES

Je suis contente.

Comme ça, l'abcès est crevé.

Mais alors, où il est?


FRANCIS

Qu'est-ce que j'en sais?

Moi, je l'ai jamais revu.

Je pensais qu'il reviendrait

prendre de l'argent, au moins.

Jamais. Il s'est volatilisé.

Un mystère.

Où qu'il soit, qu'il y reste.


GÉRARD arrive sur la ferme.


DOLORES et FRANCIS sortent pour accueillir GÉRARD.


GÉRARD

Dolorès, je me suis permis

d'amener Nicole.

Elle voulait tellement

vous connaître.


FRANCIS

Quelle bonne idée.


GÉRARD

(S'adressant au chien)

Allez, viens, Bamboula.


DOLORES étreint NICOLE.


NICOLE

Je vous remercie

de tout mon coeur

pour ce que vous

avez fait pour nous.


DOLORES

N'en parlons plus.

Je suis très contente

que tout se soit arrangé.

Votre fille va bien?

J'ai vu une photo.

Elle est vraiment jolie.

Elle vous ressemble beaucoup.

Voilà nos filles. Zig.


LIONEL et NONO admirent la voiture de GÉRARD.


LIONEL

C'est le grand luxe,

non, celle-là?


GÉRARD

Injection, six cylindres.


FRANCIS

(Retrouvant son chien)

Allez, viens!

Voilà! Oh! Oh, le beau chien.

Oh, le beau chien.

Regarde, le beau chien.


DOLORES

À qui c'est, ce beau chien?


GÉRARD

À moi! Bamboula,

laisse Francis tranquille.

Je veux dire Michel.

Excusez-moi, c'est l'habitude.


FRANCIS

Appelle-moi Lapin,

c'est plus commode.


DOLORES

Entrez, entrez.

Vous devez mourir de faim.


NICOLE

Quelle belle région.

Je connaissais pas du tout.

(S'adressant à GÉRALDINE)

Il faut un couvert

pour Nicole.


SYLVIE

Et le chien, qu'est-ce qu'il mange?


GÉRARD

Il va goûter un canard,

ça ira très bien.


Toute la famille est attablée.


NONO

J'étais comme fou.

Faire ça à mon pauvre père.

Lui vendre sa ferme familiale.

Ces ordures.

C'était toute sa vie.

Je l'ai vu pleurer, mon père.

Alors, j'ai pris

le coup de sang,

le directeur du crédit, je l'ai

descendu de sa caisse comme ça.

Je lui ai pété toutes les dents

de devant. Tout le clavier.

Dans l'énervement,

j'ai même foutu

le feu à sa bagnole.

J'ai fait un mois de taule,

normal. Après, il était sympa.

Il a retiré sa plainte.

Ce qui compte, c'est que

j'ai vengé mon père.


NICOLE

Quelle tristesse.

Ils lui ont quand même

vendu sa ferme?


NONO

Je veux qu'ils lui ont vendu.

Le malaise agricole ici,

il est douloureux.


DOLORES

Qui veut du gigot

pendant qu'il est chaud?


NONO

Je veux bien, oui.


GÉRARD

C'est pas de refus.

Je prendrais bien la souris.


FRANCIS

Non, moi, j'ai plus faim.


NICOLE

Moi aussi, j'en reprendrais

bien un petit peu.


FRANCIS

Tu bouffes de la viande,

toi, maintenant?


GÉRARD

Elle mange de tout,

maintenant.

(LIONEL semble inquiet.)


LIONEL

Ça a pas l'erre d'aller,

Michel.


FRANCIS

C'est ce déjeuner qui n'en

finit pas. J'ai des choses

à régler avec Gérard.

Ça m'agace!


GÉRARD

Du calme, du calme,

chaque chose en son temps.

Pour l'instant, on mange.


FRANCIS

Bon, bien alors, dépêche-toi.

Mange au lieu de parler.


SYLVIE

Je t'ai jamais vu

comme ça, papa.


GÉRARD

Le caractère de ton père,

ça dépend s'il a fait caca

ou s'il a pas fait caca.


FRANCIS

Quand t'auras fini de

déconner, viens me rejoindre.

Je suis à la grange.

Près du puits.


GÉRARD

Tu vois, là, il a pas fait caca.


LIONEL

Nous aussi, il faut qu'on se dépêche.


GÉRARD

Vous allez où?


NONO

Il y a une course sur le circuit

à Nogaro.


DOLORES

Donne la salade, Puce.


FRANÇOISE 

Vous voulez un peu de salade,

Nicole?


NICOLE

Du jardin? Oh, volontiers.

Hum!


GÉRARD sort de la maison en rotant.


GÉRARD

(Saluant NONO)

Salut, mon brave.


FRANCIS attend GÉRARD.


FRANCIS

Allez, viens. Ton ami attend.

Tu penses qu'à bouffer,

ma parole!


GÉRARD

Oh, je suis un homme simple.

J'aime les choses de la vie.

Moi, un coup,

je m'appelle pas Michel, un

coup, je m'appelle pas Francis.

Tout le monde peut se permettre

d'être vendeur de chiottes

le lundi, agriculteur le mardi.

Braqueur de caisses d'épargne

le mercredi.


FRANCIS

Mais arrête avec ça!

On va t'entendre.

Moi, ça me fait pas marrer.


Dans la cabane, GÉRARD fait l'inventaire des armes.


GÉRARD

Putain, il a aussi un P38.

C'est du sérieux.

Ça devait être une pointure,

le Michel. Dans quel merdier

on s'est fourré.


FRANCIS

Tu comprends

pourquoi j'ai la trouille.

J'en dors plus.

Je suis devenu insomniaque.

Moi, insomniaque.


FRANCIS et GÉRARD sont assis au puits.


GÉRARD

En tout cas, c'est le premier

qui a résolu le malaise

agricole.


FRANCIS

À mon avis, il a pris peur

avec cette fusillade.

Avec la police. Mais où il est?

Ça me taraude, tu vois.

Où il est?

Il est peut-être mort?


LIONEL quitte la ferme.


FRANCIS

Et oui! Et sa voiture est

venue toute seule à la ferme!

Ça colle pas, ça.


DOLORES

(Appelant les hommes)

Venez, le café est prêt.


DOLORES sert le café à l'extérieur [NICOLE

Je raffole de cet endroit.

J'en reviens pas.

Il y a des palmiers partout.


DOLORES

Je sais.


NICOLE

Qui c'est, ce vieux monsieur

qui nous regarde?


DOLORES

Ah, c'est le père Léonard.

Il est à moitié fou. Ça fait

26 ans qu'il nous parle plus.

Il s'est fâché à mort avec Michel

qui lui a descendu

son chien d'un coup de fusil.


NICOLE

Pourquoi? Pour rien?


DOLORES

Parce que le chien venait

toujours fouiner dans la grange.


GÉRARD

T'es vraiment dégueulasse

de lui avoir descendu son cleps.


FRANCIS

Oh là là, ça va,

c'est de l'histoire ancienne.


L'HOMME observe toujours de sa fenêtre.


NICOLE roupille sur le divan en ronflant. GÉRARD et FRANCIS sont à table.


FRANCIS

Qu'est-ce qu'elle ronfle?


GÉRARD

Ça, c'est rien, des fois,

c'est intenable.

Il paraît que ça s'opère.


FRANCIS

Elle ronflait pas, avant.


GÉRARD

Si les chiffres des journaux

sont exacts, t'as mis un

gros paquet de côté.

Jusqu'à Lannemezan, t'avais fait

un parcours sans fautes.

C'est con que tu aies dérapé.

T'empochais le gros lot.

On était peinards.


FRANCIS

Arrête tes conneries.

J'ai rien fait, moi.


GÉRARD

Oui, mais t'en profites.

Tu veux pas qu'on aille

parler au père Léonard?


FRANCIS

Oh, bien j'ai d'autres choses

à foutre.

On a des lingots

À sortir de la cave.


GÉRARD

On a le temps.

Ils vont pas s'envoler.

Il m'intrigue, le vieux.

Oh!


GÉRARD frappe sur la table pour réveiller NICOLE qui s'arrête net de ronfler.


GÉRARD

Hé, c'est un opéra ou quoi?

Allez, viens.

Suis ton Gégé.

Je suis sûr qu'on va s'instruire.


FRANCIS

Qu'est-ce qui te fait dire ça?


GÉRARD prend la bouteille et quelques verres et sort suivi de FRANCIS.


GÉRARD

Mon petit doigt.


À la cabane du PÈRE LÉONARD, FRANCIS et GÉRARD ont une conversation avec lui.


PÈRE LÉONARD

Je suis peut-être vieux,

mais je suis pas fada.

Vous, vous êtes pas Michel.

Vu que Michel,

il est dedans depuis 26 ans.


GÉRARD

Dedans?


PÈRE LÉONARD

Oui. Et c'est bien fait pour

sa gueule. Il m'a tué mon chien.

Vous saviez pas qu'il m'avait

descendu mon berger des Pyrénées?

Cette nuit-là, où il a tant plu,

il est arrivé à pied par le chemin.

Il pissait le sang.

Il est tombé devant ma fenêtre.

Là. Il cherchait de l'aide.

J'ai pas bougé.

Je l'ai regardé crever.

Comme il avait fait à mon chien.

Un berger des Pyrénées,

brave comme tout.

Après, il est allé

s'accrocher au puits.

Je sais pas bien

comment il a fait son compte,

il voulait y jeter

quelque chose dedans.

En tout cas, il est tombé dedans.

Et vu qu'il est jamais remonté,

il y est encore.


FRANCIS

Et pourquoi

vous n'avez jamais rien dit?


PÈRE LÉONARD

Parce qu'on me l'a

jamais demandé.


FRANCIS

Mais pourquoi vous restez

assis devant cette fenêtre?


PÈRE LÉONARD

Des fois qu'il remonte,

je l'achèverai avec mon fusil.


NICOLE entre dans la conserverie.


NICOLE

Houhou! Il y a quelqu'un?


DOLORES est à côté.


DOLORES

Venez, je vais vous montrer.

Prenez une blouse, là.

Au crochet. Et des bottes.

Il fallait que je m'avance un peu.

J'en ai pas pour longtemps.



NICOLE sort en courant pour vomir en voyant DOLORES couper les cous des oies.

Oh...


DOLORES vient aider NICOLE.


NICOLE

Promettez-moi de rien dire

à Gérard. Il comprendrait pas.


DOLORES

Ne vous inquiétez pas. Ça peut

arriver à tout le monde.


NICOLE

Oui, mais Gérard met

la barre très haut.

Je suis pas encore toujours

à la hauteur.


DOLORES

Je vous ai pas encore montré

le petit tertre.

C'est très joli.


DOLORES mène NICOLE au tertre.


DOLORES

Nicole, je voudrais pas

qu'il y ait d'ombre entre nous.

Tout ça, c'est ma faute.


NICOLE

Qu'est-ce qui est votre faute?


DOLORES

Tout ce qui est arrivé

depuis cette émission.

Francis est bien votre mari.

Il est pas Michel.


NICOLE

Ma petite Dolorès,

je l'ai toujours su.


DOLORES

Toujours? Depuis le début?


NICOLE

Bien sûr, à l'époque,

ça m'arrangeait de le croire.

Je pouvais plus supporter Francis.

Je le connaissais pas

en fin de compte.

Maintenant, je vois ses

qualités, c'est vous qui

me les avez montrées.

(Riant)

Mais ce qui arrive doit arriver.

Grâce à vous,

Gérard est entré dans ma vie.

Lui non plus, je pouvais

pas le voir. Aujourd'hui,

je ferais Dole-Condom

sur les genoux

s'il me le demandait.

Vous avez Francis.

Moi, j'ai Gérard.

Chacune a trouvé chaussure

à son pied.


DOLORES

Vous pouvez pas savoir

comment je suis heureuse

de tout ce que vous

venez de dire!


NICOLE

(Riant)

Ce qui compte, c'est de

ne rien dire aux filles.

Elles comprendraient pas.


DOLORES

Bien sûr.

Elles sont trop jeunes.


Au puits, FRANCIS donne de la corde attachée à un tracteur pendant que GÉRARD descend au fond.


GÉRARD

Lapin, lâche un peu de lest.


FRANCIS

Voilà, voilà!


NICOLE et DOLORES s'approchent du puits.


NICOLE

Mais qu'est-ce que tu fais,

mon trésor?


FRANCIS

Il y a rien, c'est Gégé

qui voulait voir dans quel

état était le puits.


FRANCIS

Je vais remonter!

Tiens bien là-haut, Lapin!


FRANCIS

Allez, aidez-moi.


DOLORES, NICOLE et FRANCIS aident GÉRARD à sortir du puits.


Au loin, LE PÈRE LÉONARD observe en grignotant.


GÉRARD

Putain. Ça poque, là-dedans.

Ouf.


FRANCIS

Alors, il est comment,

le puits?


GÉRARD

Il est cuit. Il servira plus.


GÉRARD fait signe au PÈRE LÉONARD qui lève son verre en souriant.


DOLORES

Quelle idée. Descendre dans le

puits avec ses beaux vêtements.

Ça fait des années qu'on jetait

des ordures là-dedans.


NICOLE

Il faut te changer!

Tu vas attraper des maladies.


GÉRARD

C'est ça. Faites-moi

couler un bain, j'arrive.


NICOLE

Oui.


DOLORES

Nicole, je vous montre.


FRANCIS

(Chucottant)

Alors?


GÉRARD

Alors.

(Sortant un paquet de sa poche)

Bien, ton Michel,

il est pas près de revenir.

Regarde.


GÉRARD défait un morceau de fémur emballé dans un mouchoir. [NICOLE et GÉRARD sont dans la cuisine. FRANCIS marche dehors.


NICOLE

(Soupirant en voyant la chemise de GÉRARD)

Oh, chéri.


NICOLE

(Voix provenant de la cuisine)

Je crois qu'ils sont foutus.


DOLORES

(Voix provenant de la cuisine)

C'est dommage.

Mais je pense qu'on peut les ravoir.


FRANCIS

Il y a un truc qui m'intrigue.

Qui c'est qui lui fait sa bouffe,

au père Léonard?


DOLORES

C'est moi.


FRANCIS

C'est toi?


DOLORES

Oui, trois fois par jour,

je lui remplis sa gamelle.

C'est la moindre des choses,

tout de même.


GÉRARD

Tu vas pas encore

remuer la merde.

Qu'est-ce que ça changera,

maintenant. Allez.

(Tendant un verre à FRANCIS)

Profite un peu.

Profite!

Hein!


FRANCIS

Hum!


Les canards déambulent dans les champs.


Générique de fermeture



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