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Vidéo transcription

Mafioso

Nino, cadre moyen dans une entreprise milanaise, retourne dans sa Sicile natale afin d’y présenter son épouse, Marta, et d’y passer quelques jours de vacances. Tout se passe très bien, mais des “parrains” de la mafia, à qui il doit sa situation, le chargent, à l’insu de sa famille, d’exécuter une mission particulière à New York…



Réalisateur: Alberto Lattuada
Acteurs: Alberto Sordi, Norma Bengell, Ugo Attanasio
Année de production: 1962

Accessibilité
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«Mafioso» est un film en langue originale italienne, sous-titré en français. Ce document rapporte les sous-titres français. Le film est en noir et blanc.


Générique d'ouverture


Titre :
Mafioso


Des ouvriers s'affairent dans une usine d'assemblage automobile. ANTONIO, le chef d'atelier, se promène entre les différentes stations des ouvriers, chronomètre à la main. Il s'arrête devant un ouvrier qui s'occupe de passer un morceau de tôle sous une grosse machine à perforer.


ANTONIO

Pas comme ça.


OUVRIER

Plus vite?


ANTONIO

Non, moins. Le calibre du

trou, si les résidus ne tombent

pas, dépasse la marge de

sécurité.


OUVRIER

Oui, mais...


ANTONIO

Ne m'interrompez pas.

Vos mouvements brûlent les

étapes et vous percez votre

pouce.

Votre temps est de huit

secondes. Un, un, un, une

seconde de pause. Un, un, un,

une seconde de pause. Travaillez

bien, Migliorini.


Ailleurs dans l'usine, un collègue s'adresse à un autre ouvrier.


COLLÈGUE

On fait la R50.


Le collègue intercepte ANTONIO lorsque celui-ci passe devant lui.


COLLÈGUE

Badalamenti! Les lamineurs de la

12 sont décalés. Il faut y

remédier. La série doit

reprendre au plus vite à son

rythme. Sinon...


Une sirène annonçant la fin de la journée retentit. ANTONIO et le collègue regardent leur montre et se séparent.


ANTONIO ET LE COLLÈGUE

Au revoir.


ANTONIO se dirige au bureau du comptable de l'usine.


COMPTABLE

Badelamenti Antonio.


ANTONIO

Non, Badalamenti.


COMPTABLE

15 jours de congé.


ANTONIO

La prime de rendement restante

me sera versée comptant?


COMPTABLE

Évidemment. Signez ici.


ANTONIO

D'accord.


ANTONIO signe en vitesse le document donné par le comptable.


ANTONIO

Merci, M. le

comptable.


ANTONIO part en courant, le stylo toujours en main.


COMPTABLE

Mon stylo!


ANTONIO se rend jusqu'à sa voiture lorsqu’il entend une voix provenant d'un haut-parleur.


VOIX FÉMININE

Le chef d'atelier Badalamenti

est attendu chez M. Zanchi.

Badalamenti Antonio est attendu

chez M. Zanchi.


ANTONIO se rend devant le bureau de M. ZANCHI. La secrétaire de celui-ci a une conversation en allemand au téléphone. Elle lève la tête en apercevant ANTONIO.


SECRÉTAIRE

Oui?


ANTONIO

Badalamenti.


SECRÉTAIRE

Attendez.


La secrétaire termine sa conversation en allemand et raccroche. Un autre téléphone sonne. Elle répond.


SECRÉTAIRE

(Propos en français)

Allô? Oui, j'ai demandé

Marseille depuis 20 minutes.

Ce n'est pas possible, alors.

Dépêchez-vous!

Oui, merci.

(S'adressant à ANTONIO, en italien)

Asseyez-vous.


ANTONIO

Merci.


SECRÉTAIRE

(Parlant à l'interphone)

Oui. M. le directeur,

M. Badalamenti est là.


M. ZANCHI

(Dans l'interphone)

Qu'il entre.


SECRÉTAIRE

(Parlant au téléphone, en français)

Oui, je ne quitte pas.

(S'adressant à ANTONIO, en italien)

Allez-y.


ANTONIO

(Propos en français)

Merci beaucoup.


SECRÉTAIRE

(Parlant au téléphone, en français)

J'attends. Je ne quitte pas.

Oui, d'accord.

Mais non, Paris,

j'ai demandé Marseille.


La porte du bureau de M. ZANCHI s'ouvre devant ANTONIO.


ANTONIO

Je peux?


M. ZANCHI

Jeune homme! Bien. Très bien.

Venez. Asseyez-vous.

Cigarette?


ANTONIO

Merci, M. le directeur.


ANTONIO prend une cigarette que lui offre M. ZANCHI.


M. ZANCHI

Vous avez converti la prime de

rendement en vacances.


ANTONIO

Oui, M. le directeur. Pendant

des années, j'ai converti mes

vacances en journées de travail.


M. ZANCHI fait signe à ANTONIO de s’asseoir.


ANTONIO

Merci. Je vais dans mon village,

car mes parents ne connaissent

ni mon épouse, ni mes filles.


M. ZANCHI

Nous vous accordons ce

plaisir.


M. ZANCHI allume un briquet et le tend vers ANTONIO.


M. ZANCHI

Vous permettez?


ANTONIO

(Déposant la cigarette sur le bureau.)

Merci, je ne fume pas.


M. ZANCHI

Vous avez toujours eu

d'excellentes notes. Ce qui

prouve que les techniciens

siciliens n'ont rien à envier

aux techniciens turinois,

milanais et encore moins aux

Allemands.

Aujourd'hui, le Sicilien peut se

promener la tête haute, en

Europe, et dans le monde entier.


ANTONIO

Pardon, seriez-vous sicilien?


M. ZANCHI

Je suis de Trenton.


ANTONIO

Vénétie?


M. ZANCHI

Trenton, New Jersey,

États-Unis. Mes parents étaient

de Calamo.


ANTONIO

Calamo! Mon village!


M. ZANCHI

Je l'ai remarqué en signant

l'acceptation de congé. À

Calamo, vous devez connaître...


ANTONIO

Je connais tout le monde.


M. ZANCHI

Vous devez connaître Don Vincenzo.


ANTONIO

Tout le monde connaît

Don Vincenzo. Et lui connaît tout le

monde. Il nous garde tous dans

son coeur. Je me souviens, quand

j'étais petit, dans le parc de la villa

des barons Traglia-Daragnà, qu'il

administre...


M. ZANCHI

Je peux vous demander un

service?


ANTONIO

Demandez-m'en cent.


M. ZANCHI tend un petit colis à ANTONIO.


M. ZANCHI

Voici un cadeau pour Don

Vincenzo. De la part d'amis

communs.


ANTONIO

Je m'en charge.


M. ZANCHI

C'est un objet de valeur.

Prenez-en grand soin. Donnez-le

personnellement à Don Vincenzo.


ANTONIO

C'est un immense honneur.


M. ZANCHI

Bien. Alors...


ANTONIO

Je vous écoute.


M. ZANCHI serre la main à ANTONIO.


M. ZANCHI

Merci, et bon voyage.


ANTONIO

Merci, je n'y manquerai pas.

Merci, vous êtes bien aimable.


ANTONIO veut sortir du bureau, mais la porte automatique est fermée.


ANTONIO

La porte.


M. ZANCHI appuie sur un bouton pour ouvrir la porte de son bureau.


Plus tard, ANTONIO est dans sa voiture. Pressé, il klaxonne la voiture devant lui.


ANTONIO

Allez!


Plus tard, ANTONIO retourne chez lui, les mains chargées de valises et de sacs. MARTA, sa femme, et ses deux filles, CINZIA et CATERINA sont déjà à la maison.


ANTONIO

Marta!


MARTA

C'est toi?


ANTONIO

Oui.


MARTA

Tu as tout?


ANTONIO

Affirmatif. La valise est

réparée, le teinturier, les panettones,

mon costume bleu.


MARTA

Pourquoi le costume bleu?

On ira à des soirées?


ANTONIO

Mais non. On ira à la messe,

le dimanche matin.

Tu as pensé aux cadeaux?


MARTA

Oui.


ANTONIO

Qu'as-tu acheté?


MARTA

Quoi?


ANTONIO

Qu'as-tu pris?


MARTA

J'ai été dans une grande

surface.


ANTONIO

Je te fais confiance, tu as

bon goût.

(S'adressant à ses deux filles)

Vous n'êtes pas encore prêtes?

On va rater le train.

(S'adressant à MARTA et ses filles)

Dépêchez-vous un peu.


MARTA

Je ne lambine pas. Je n'ai pas

arrêté de courir depuis ce

matin. Je ne sens plus mes

jambes. La Sicile peut attendre.


ANTONIO

La Sicile, oui, mais pas le train.

Si on rate celui de 15h10,

c'est la catastrophe.


MARTA

On ne ferait pas mieux de

partir demain?


ANTONIO va à la salle de bain pour se raser et cirer ses chaussures.


ANTONIO

Mais non, chérie, j'ai tout

organisé. Train confortable,

places réservées. Si on part

aujourd'hui à 15h10, à 17h31, on

sera à Bologne.

On prendra des tortellinis

chauds à emporter, pour

déjeuner. On prendra le café à

Florence. À 23h, on sera à Rome.

On achète des oreillers et on

dort. Demain matin, à 10h07,

frais comme une rose, on se

retrouvera sur un ferry dans le

détroit de Messine si on part

demain, tu sais ce qui se passera?

On arrivera avec deux

jours de retard en Sicile.


MARTA

(Ironique)

Tu parles d'une catastrophe!


Le téléphone sonne.


CINZIA

Maman, papa, téléphone!


MARTA

C'est un appel interurbain.


CATERINA

J'y vais.

(Parlant au téléphone)

Allô? Badalamenti à

l'appareil.

Maman, papa, c'est papi et mamie.


MARTA

Antonio!


ANTONIO

Quoi?


MARTA

Viens voir.

(Parlant au téléphone)

Salut, papa. Ça y

est, on part. Pour 15 jours.

Oui, je sais. On n'aura pas le

temps de passer par Bellagio. Je

suis désolée.


ANTONIO

Vite, Marta, on est en retard.


MARTA

Je suis au téléphone.

(Parlant au téléphone)

Papa, Antonio veut vous parler.

Je vous écrirai.


ANTONIO

Donne-moi le combiné.

(Parlant au téléphone)

Allô, papa. Nous sommes sur le départ,

comme on dit. Ne vous inquiétez

pas. Quoi? Le vaccin contre la

typhoïde? On va pas chez les Mau

Mau. Je les emmène chez moi.


Plus tard, ANTONIO et sa famille sont à la gare, valises en mains. Ils montent sur un escalier mécanique.


ANTONIO

Attention où vous mettez les

pieds, les filles.


CINZIA

Pardon.


MARTA

Allez-y. Donnez-moi la main.


ANTONIO

À la queue leu leu, les

filles.


ANTONIO et sa famille passent à côté d'une religieuse.


ANTONIO

Merci, ma soeur.


Arrivés au quai d'embarquement, ANTONIO et sa famille montent dans un wagon.


ANTONIO

On se dépêche.


Un homme sur le quai discute avec sa femme dans le wagon.


HOMME

Le soir, il y a beaucoup de vent.

C'est un vent humide.

Dans la journée, il fait chaud,

mais le soir, ça va. Il fait chaud,

mais 15 jours, ça passe vite.


FEMME

J'ai presque envie... Si je ne

supporte pas, je rentrerai plus

tôt que prévu.


HOMME

À toi de voir.


ANTONIO et sa famille prennent place dans le wagon.


ANTONIO

C'est ici. Compartiment 2,

places 7, 9, 27 et 29. La

réservation a marché.


Le train siffle.


ANTONIO

Une minute de plus et on ratait

le train. Le feu est déjà vert.

(S'adressant à sa fille)

Ne reste pas là. Assieds-toi.


Plus tard, le wagon est transporté par un traversier. ANTONIO sort sa tête par la fenêtre.


ANTONIO

Quel air pur! On y est! Marta,

Cinzia, Caterina!

Réveillez-vous! On est dans le

détroit. Regardez, les filles.

Descendons du train.

Allons sur le pont.

Vite, les filles. Vous voyez là-bas?

Regardez la Sicile.

L'île du soleil et des cyclopes,

chantée par les poètes du monde

entier. Qu'as-tu, Marta?


MARTA

Rien. Je regardais l'Italie

qui s'en va. J'ai un de ces

cafards.


ANTONIO

Et ça, c'est pas l'Italie aussi?

Nous ne sommes plus séparés.

Regarde là-haut.

La plus grande ligne électrique

du monde qui nous relie au

continent. Le chantier a duré

quatre ans. Dans ces fils,

suspendus en l'air, passent des

millions de kilowatts.

Et demain, il y aura un pont.


MARTA

Tu es heureux, hein?


ANTONIO

Et comment! Après tant

d'années! Tu verras, toi aussi,

tu seras heureuse.

Regardez! Ça, c'est la ville de

Messine. Vous sentez ce parfum!

C'est le parfum des orangers et

des citronniers. Allons de

l'autre côté. Je vous montrerai

l'accostage du ferry.


ANTONIO emmène sa femme et ses filles sur la proue du bateau, où un homme se tient debout.


ANTONIO

On arrive.

(S'adressant à MARTA)

Pourquoi ris-tu?


MARTA

Pour rien.


ANTONIO

Je sais ce que tu penses.

Dis-le. Vous le dites souvent,

sans raison. Allez, les filles,

dites-le.


TOUS

Quand on est à l'heure, on

arrive à l'heure.


HOMME

(Ironique)

Très drôle.


L'homme s'en va. ANTONIO et sa famille rient de plus belle.


Plus tard, ANTONIO et sa famille roulent en voiture sur les routes de Sicile. Ils sont tous assis sur la banquette arrière de la voiture.


CATERINA

Maman, j'ai sommeil.


ANTONIO

Ne dormez pas, on arrive

bientôt.


MARTA

Forcément, l'Italie est déjà

loin.


La voiture croise un chariot sicilien décoré de fleurs et de grelots.


ANTONIO

Cinzia, Caterina, regardez.

Le chariot sicilien. Ce qu'il est

beau! On n'en fait que chez

nous. Des chariots décorés. Les

guerriers peints. Roland... le

héros de Roncevaux et de

Terre sainte. Le féroce Saladin.

C'est ça, la Sicile, gaie et

insouciante.


La petite rue est bloquée par deux hommes qui ferrent un cheval. La voiture s'arrête.


ANTONIO

Quoi? On ferre un cheval.

Regardez, les filles.

C'est le cheval blanc. Vous

connaissez le jeu? Je vous le

montre.

"Cheval blanc, tu portes

chance!"


MARTA regarde par la fenêtre de la voiture. À côté d'elle, une famille en habits de funérailles mange et boit autour d'un mort reposant sur un lit.


MARTA

Antonio... Regarde.


ANTONIO

C'est rien. C'est un mort. Une

coutume ancestrale. Les amis

prennent l'apéro en son honneur.


ANTONIO s'adresse à l'un des membres de la famille.


ANTONIO

L'ami, comment il est mort?


HOMME

D'un coup de fusil.


ANTONIO

(S'adressant au chauffeur)

Bon, allons-y.


La rue est dégagée. La voiture poursuit son chemin.


Plus tard, la voiture se gare devant la maison familiale. La MARRAINE d'ANTONIO ouvre la porte et aperçoit ANTONIO.


MARRAINE

Nino est là! Nino est là!


ROSALIA, la soeur d'ANTONIO est sur le balcon.


ROSALIA

Mère, père! Nino est arrivé!


ANTONIO se jette dans les bras de son père, qui est sorti l’accueillir.


ANTONIO

Père! Votre Nino est là! Père

bien-aimé! Je vous trouve en

forme. Marta, c'est mon père.

Les filles, embrassez mon père.

Rosalie bien-aimée! Marta, voici

ma soeur Rosalia.

(S'adressant à ROSALIA)

Tu as de la moustache?


ANTONIO s'adresse aux autres membres de sa famille.


ANTONIO

Santé, mon cousin

bien-aimé! Et Nedda, ta

ravissante épouse. C'est ton fils?

Il est né quand? Ma belle,

viens dans mes bras! Regarde mes

filles! Mon Toni! Quel seigneur!

Tu es somptueux. Fort comme un

chêne! Ma marraine bien-aimée!

Tu es toujours vivante?


PÈRE D'ANTONIO

Tu ne dis pas bonjour à ta

mère? Dis bonjour à ta mère!


ANTONIO se dirige vers trois femmes vêtues de façon identique et pleurant derrière un mouchoir. Il étreint une des trois femmes.


ANTONIO

Mère! Mère!


TATIE CARMELA

Non, moi, c'est tatie Carmela.


ANTONIO prend une autre des trois femmes dans ses bras.


ANTONIO

Mère! Ma petite maman

bien-aimée! Ma belle! Laisse-moi

te regarder, ma petite maman.

Laisse-moi te regarder, ma

belle. Voici tes petites-filles.

Regardez votre mamie. Embrassez

votre mamie. Mère, je vous

présente ma femme Marta.


ANTONIO entre dans la maison. Sa femme et ses filles le suivent. Un grand lit trône au milieu du salon.


ANTONIO

Père, mère... c'est le lit

d'argent?


PÈRE ANTONIO

Bien sûr.


ANTONIO

(S'adressant à MARTA)

Tu vois ce lit d'argent? C'est

une coutume ancestrale. Tout

Badalamenti qui se marie couche

dans ce lit.


ROSALIA

Ici, vous serez à l'aise et

isolés, dans la plus grande

intimité.


ANTONIO

(S'adressant à son père)

Où est la salle à manger dont

tu m'as parlé? Qu'as-tu fait de

mon argent?


PÈRE ANTONIO

Je l'ai achetée.


Deux hommes de la famille d'ANTONIO s'adressent à lui.


HOMME 1

Le voyage a été pénible?


ANTONIO

Non, magnifique. On est tous

en bonne santé. Pas vous?


HOMME 2

Tu as acheté une voiture?


ANTONIO

À Milan, c'est indispensable.

(S'adressant à sa tante)

Tata Girolama, tu n'as pas

changé.


TANTE GIROLAMA

J'ai vieilli.


ANTONIO regarde des photos sur le mur.


ANTONIO

C'est les photos? Père, tu as

fait faire des agrandissements?

Quelle pensée délicate!


ANTONIO regarde des photos de lui plus jeune.


ANTONIO

Là, j'ai

le béret. Le fusil. J'allais

souvent à la chasse. Sous les

drapeaux. La boule à zéro.

J'avais 20 ans. Avec la

mandoline. Marta... regarde

cette crinière ondulée! C'était

à la mode.


Une poule passe entre les jambes de MARTA.


ANTONIO

Allez, sors les cadeaux.


MARTA

C'est trois fois rien. Voilà,

ça, c'est pour maman.


MARTA sort une grande couverture de laine de son sac.


MÈRE D'ANTONIO

Ces belles couleurs!


ANTONIO

Ma femme a du goût? Maman, tu

es contente?


MARTA remet un chandail à ROSALIA.


MARTA

Ça, c'est pour toi. J'espère

que c'est la bonne taille.


ANTONIO

(S'adressant à ROSALIA)

Tu es très chic. C'est de la

haute couture milanaise.


MARTA

Et ça, c'est pour papa.


ANTONIO déballe les cadeaux destinés à son père.


ANTONIO

Que de cadeaux pour papa!

Voyons ce qu'il y a dedans.

Un portefeuille.


MARTA

Le panettone, c'est pour tout

le monde.


ANTONIO

(Déballant un autre cadeau)

Qu'avons-nous là, petit père?

(S'adressant à MARTA, déçu)

Tu lui as acheté des gants?


Toute la famille devient silencieuse.


MARTA

Je n'aurais pas dû?

Tu ne m'as pas dit...


ANTONIO

Comment ça?


MARTA

Qu'il est invalide, mais...


PÈRE ANTONIO

Ça ne fait rien. Il n'y a pas

de déshonneur à être invalide.

(S'adressant à ANTONIO)

J'ai pas le droit de porter des

gants? Venez, je vous montre la

maison.


ANTONIO

(S'adressant à MARTA)

Tu as vu? Quel homme!


PÈRE D'ANTONIO

Venez voir l'atelier de Rosalia.


ANTONIO

Un atelier de couture. Ta

nouvelle activité me plaît.


ROSALIA

J'ai fait de mon mieux.


ANTONIO

Tu seras une grande styliste.

Pas vrai, Marta?


ANTONIO prend sa femme à part.


ANTONIO

Elle a le complexe de la moustache.

Tu penses au moignon de papa?


ROSALIA

Comment c'est arrivé?


ROSALIA

Une blague. Un ami l'a mis en

joue. Il a dit:

(Levant sa main)

"Arrête!" Le

coup lui a arraché la main.

Allons voir la nouvelle

terrasse. Ici, rien n'a changé.

Tout est comme je l'ai laissé.

Où est la salle à manger?


HOMME

C'est une surprise.

Wonderful! Je ne te dis pas

l'installation.


Toute la famille monte sur une terrasse où sont installés des meubles de salle à manger.


ROSALIA

C'est provisoire. C'est l'été.

On mange dehors. Ça te plaît?


ANTONIO

Ces meubles sont beaux,

élégants, luxueux. Ils vont bien

ici.


ROSALIA

Ça fait plus de place dans

votre chambre.


ANTONIO

Marta, viens voir. Regarde.

Ça, c'est Calamo. Sa cathédrale,

le mont Calvaire.

Tu as déjà vu une salle à manger

en plein air? Original, non?


MARTA

Oui. Et s'il pleut?


ANTONIO

Comment ça? Il ne pleut jamais

avec ce ciel bleu! Venez tous

près de moi.


ROSALIA

(S'adressant aux filles d'ANTONIO)

Vous avez faim? On va mettre

la table.


Plus tard, pendant le repas, le père d'ANTONIO montre à celui-ci les plans des terrains des alentours.


PÈRE D'ANTONIO

Voici la parcelle. Entre notre

terrain et Canizzano. Calogero

veut 50 lires du mètre carré. Je

n'ai pas encore dit oui.


ANTONIO

Ne t'inquiète pas. On ira le

voir et on en parlera. On sera

propriétaires fonciers. On

bâtira une maison. L'été

prochain, on y viendra en

vacances.

(S'adressant à MARTA)

Tu es contente?


MARTA

Oui.


ANTONIO

Elle est timide, mais l'idée

l'émoustille.


ROSALIA arrive avec un plat de poisson.


ROSALIA

La pêche de cette nuit!


HOMME

Formidable!


MARTA

C'est quoi?


ROSALIA

Espadon frit. Il y a du merlu à la marinière, si tu préfères.


MARTA

Pas autant. Juste un petit bout.


ROSALIA

C'est bon, c'est frais. Tu ne

seras pas malade. Tiens.


ROSALIA sert un très gros morceau de poisson à MARTA. Elle porte le chandail offert par MARTA.


HOMME

Il y a de l'espadon à Milan?


MÈRE D'ANTONIO

(S'adressant à ROSALIA)

Je n'aime pas ce chandail.


ROSALIA

Pourquoi?


MÈRE D'ANTONIO

Il est trop moulant.


ANTONIO

C'est comme ça qu'on les porte

à Milan. Le progrès et

l'émancipation de la femme. À la

Scala, les femmes portent des

robes échancrées dans le dos.


MÈRE D'ANTONIO

Rosalia a un fiancé.


MARRAINE

Elle est fiancée.

C'est tout.


ANTONIO

Rosalia est fiancée? C'est

bien. Avec qui?


PÈRE D'ANTONIO

Domenico Legasi.


ANTONIO

Depuis quand?


PÈRE D'ANTONIO

Deux ans et demi.


ANTONIO

Tu ne m'as jamais rien dit.


PÈRE D'ANTONIO

C'était pas officiel.


ANTONIO

Que fait Domenico Legasi.


PÈRE D'ANTONIO

Il est assis.


MARTA

C'est un rond-de-cuir?


ANTONIO

Un chômeur. C'est un adjectif

local. Assis.


PÈRE D'ANTONIO

S'ils se marient tout de suite,

ça fera une autre bouche

à nourrir.


ROSALIA

Domenico n'acceptera jamais.

C'est un grand travailleur, mais

il est malchanceux.


PÈRE D'ANTONIO

Donne-moi des aubergines.


ROSALIA

Tiens.


PÈRE D'ANTONIO

Je ne mange que le plat de

résistance.


Les deux filles d'ANTONIO s'échangent les morceaux de poisson dans leur assiette et finissent par les jeter sur le sol en riant.


ANTONIO

(S'adressant à son père)

Et les amis? Ignazio Micicché?


PÈRE D'ANTONIO

Il est parti.


ANTONIO

Ciccio Lacanà?


PÈRE D'ANTONIO

Il a émigré.


ANTONIO

Alfio Cali.


PÈRE D'ANTONIO

En taule.


ANTONIO

Pourquoi?


PÈRE D'ANTONIO

C'est un homme d'honneur.


ANTONIO

Et Filò?


Toute la famille se tait tout d'un coup.


ANTONIO

Il est mort?


PÈRE D'ANTONIO

Il s'est dévoyé.


MARTA

C'est-à-dire?


HOMME

Il a trahi ses amis.


PÈRE D'ANTONIO

Il fait de la politique. Il

roule en moto et bourre le crâne

aux paysans. Qu'il aille au diable!


ANTONIO

Et Titta Primitera, Nicola

Scardaci, Iano Nicocia?


PÈRE D'ANTONIO

Tous assis. Même si tu le

mérites, mon fils, tu as eu de

la chance.

Ne l'oublie jamais.


ANTONIO

C'est pas mon genre. Après

déjeuner, j'irai présenter mes

respects à Don Vincenzo. Je dois

lui remettre un paquet de la

part du patron de mon usine. Il

est de Calamo, bien qu'Américain.


MARTA s'allume une cigarette. Toute la famille la dévisage.


MARTA

Pardon, la fumée vous gêne?


ANTONIO

Non, Marta. Ils n'ont pas

l'habitude de voir une femme

fumer.


MARTA

Alors, si je ne gêne pas,

à chacun ses habitudes.

Une cigarette après le repas.


ANTONIO

Après le repas?


TOUS

C'étaient les entrées!

Le repas n'a pas encore

commencé!


Une jeune fille apporte un gigantesque plat de pâtes.


PÈRE D'ANTONIO

Ferruccia, les pâtes!


ANTONIO

Marta, il n'y a pas ça à Milan.


PÈRE D'ANTONIO

Délicieux, chère cousine

Marta. La sauce à l'encre de

seiche.


MARTA esquisse une moue lasse tandis qu'on sert les pâtes. ANTONIO se lève brusquement de son siège pour chanter une chanson d'une voix tonitruante. Toute la famille se joint à lui.


Plus tard, ANTONIO, MARTA et les filles se promènent dans les rues du village. À côté des portes des maisons se trouvent des petites enseignes sur lesquelles on peut lire «À ma femme» ou «À mon frère».


ANTONIO

C'est en honneur des morts.

Une coutume ancestrale.

Ce sont des liens

indestructibles. Ces plaquettes

servent à perpétuer le souvenir.

Je suis désolé de t'infliger ce

supplice. Je me dois de rendre

visite à Don Vincenzo.


MARTA

Mais pas nous. On pouvait

rester à la maison. Après un tel

repas, sous ce soleil!


ANTONIO

Don Vincenzo se serait vexé.


MARTA

Qui est donc, ce Don Vincenzo?


ANTONIO

Je t'en prie. Calme-toi,

on nous observe.


MARTA

Il n'y a pas un chat.


Autour d'eux, des voisins observent ANTONIO et MARTA, cachés derrière leurs rideaux. Un des voisins se fait pousser par quelqu'un d'autre derrière lui et sort malgré lui sa tête de la fenêtre.


VOISIN

Arrête de pousser.

(S'adressant à ANTONIO)

Mes respects!


ANTONIO

Mes respects, dottore.

(S'adressant à MARTA)

Tu vois?

C'est le président du club

sportif. Cocu notoire.

Ex-arbitre.


En chemin, ANTONIO et MARTA croisent NICOLUZZO, qui fait griller des brochettes.


NICOLUZZO

Regarde qui est là!

Nino Badalamenti.


ANTONIO

Nicoluzzo! Venez, les filles.

Excuse-moi, Marta.


NICOLUZZO

(Découpant la viande d'une brochette)

Servez-vous. Et pas d'affront!


ANTONIO

Pitié, on sort de table.


NICOLUZZO

Elles sont fraîches et

légères. Tu n'as pas toujours

dit non.


ANTONIO

(S'adressant à MARTA)

C'est une spécialité. Ça ne se

refuse pas. Tiens. Tripes de

veau nourri au lait. C'est

délicieux.


NICOLUZZO aperçoit FILÒ s'approcher sur sa motocyclette.


NICOLUZZO

Voilà Filò. Motus.


ANTONIO acquiesce d'un signe de tête. Il se penche vers sa fille au moment où FILÒ s'arrête à côté de lui.


ANTONIO

(S'adressant à CATERINA)

J'ai compris, tu veux goûter

les tripes.


FILÒ

Salut, Nino.


ANTONIO

(S'adressant à CATERINA)

C'est bon?


CATERINA

Oui, mais j'ai pas envie.


FILÒ repart.


MARTA

L'homme à la moto t'a dit

bonjour.


ANTONIO

Qui ça?


MARTA

C'est pas le type

qui s'est dévoyé?


ANTONIO

Nicoluzzo, merci infiniment.


NICOLUZZO

Mes respects.


ANTONIO

Les filles. Il se fait tard.


MARTA

Merci, au revoir.


ANTONIO

Allons-y.


Plus loin, ANTONIO et sa famille passent devant une terrasse où plusieurs hommes sont regroupés. L'un d'eux aperçoit ANTONIO.


HOMME 1

C'est pas Nino?


HOMME 2

Nino!


HOMME 3

Ninuzzo, viens ici!


HOMME 1

Je t'avais dit que c'était

lui.


HOMME 4

V'là le Milanais!


HOMME 5

Le Nordique!


ANTONIO

Mes chers amis! Je suis ravi

de vous revoir. Nicola, Jacopo...


HOMME 4

Quelle élégance!


ANTONIO

Marta, les filles, venez.

Voici mes amis. Les amis, je

vous présente ma femme.


TOUS LES HOMMES

Nos hommages.


ANTONIO

Et voici mes filles. Cinzia et

Caterina. Elle, c'est Cinzia.

Dis bonjour.

Et voici Caterina, la cadette.

Qu'est-ce qu'on dit aux amis de

papa? Enchanté!


ANTONIO aperçoit DOMENICO, debout en retrait.


ANTONIO

Domenico Legasi,

viens ici!


DOMENICO sourit et s'approche d'ANTONIO.


ANTONIO

(S'adressant à MARTA)

Voici le fiancé de ma soeur.

Domenico, je te présente ma

femme.


DOMENICO

Nino Badalamenti est un homme

chanceux.


DOMENICO serre la main de MARTA et ne la lui lâche pas. Tous les autres hommes reluquent MARTA en souriant.


HOMME 6

C'est vrai.


ANTONIO détache la main de DOMENICO de celle de MARTA.


ANTONIO

Mes amis, il se fait tard. Je

dois voir Don Vincenzo. Dites au

revoir, les filles.


LES FILLES

Nos respects!


Plus loin, ANTONIO et sa famille arrivent devant la grille d'une grande villa.


ANTONIO

C'est ici. Les filles, sachez

vous tenir devant Don Vincenzo.

S'il vous pose des questions,

répondez, faites-moi honneur.

(S'adressant à MARTA)

Arrange-toi les cheveux. Sois

gentille. Tu es fatiguée, je

sais. Demain, je t'emmène à la

mer. Merci.


NICOLETTA, une servante, arrive devant la grille. Elle esquisse un large sourire aux dents chevalines à ANTONIO.


ANTONIO

Bonjour. Don Vincenzo est là?


NICOLETTA

Non.


ANTONIO

Non?

Je suis Nino Badalamenti. Je

viens de Milan pour le voir.


NICOLETTA

Il a des hôtes de marque et ne

reçoit pas.


ANTONIO

Je dois lui remettre un paquet

en mains propres.


ANTONIO montre le paquet à NICOLETTA qui le lui arrache des mains en s'éloignant.


ANTONIO

Non. J'ai dit

en mains propres. C'est

personnel.


NICOLETTA retourne à l'intérieur de la villa.


MARTA

Drôles d'amis!


ANTONIO

Cette pauvre illettrée ignore

mes liens avec le Don. Elle

obéit aux ordres. J'aurais dû le

prévenir.


MARTA

Assez! Venez, les filles, on

rentre. Allez, venez.


ANTONIO

Attends.


MARTA

Allons-y.


ANTONIO

On ne peut pas partir. Tu es

folle!


MARTA

Moi? C'est toi qui es fou!


DON VINCENZO est à son bureau avec LIBORIO, son neveu. DON VINCENZO ouvre le colis et y trouve un cœur orné de bijoux. Des noms sont gravés sur le cœur.


DON VINCENZO

Joli. Nino Badalamenti l'a

apporté.

Il y a les noms de nos amis.

Un objet de valeur.


LIBORIO

Les amis américains font les

choses bien, cher parrain.


DON VINCENZO

(Lisant les noms)

Rocky Palmisi de Catane. Micky

Corrado de Catane. Franky

Sciscione de Caltanisetta,

Johnny Caruso, Turri Lo Prete,

Tony Cefalù, Tommy Natale,

Franky Scellorí, Rosario Patané.

Il manque un nom, comme prévu.


LIBORIO

Pescalisi de Calamo.


DON VINCENZO

Il s'est condamné tout seul.

Tant pis pour lui.

Fais appeler Nino.


Un peu plus tard, un garçon interpelle ANTONIO dans la rue.


GARÇON

Nino Badalamenti, Don

Vincenzo vous attend!


Sur la terrasse de sa villa, DON VINCENZO est assis sur une chaise surélevée, en compagnie de son entourage. PÈRE PECCONE, un prêtre, montre le cœur aux autres membres du groupe.


FEMME 1

Ce coeur est très précieux.

Il a une forme élégante.


FEMME 2

Les belles pierres!


FEMME 3

Il est très beau!


FEMME 4

Quel objet magnifique!


PÈRE PECCONE

C'est un beau cadeau pieux. Je

l'exposerai le 11 juillet, fête

de sainte Rosalia.


DON VINCENZO

Vous faites

les choses bien, père Peccone.


PÈRE PECCONE

Pas tout. Comme quitter

hâtivement votre compagnie.

Après tant de générosité.


DON VINCENZO

Vous ne prenez pas de dessert?

Un sorbet?


PÈRE PECCONE

Vous ne m'incitez pas à faire

pénitence. J'ai déjà tant péché.

Si vous permettez.

Mes hommages, mesdames.

Au revoir, M. le député.


PÈRE PECCONE s'en va.


LE DÉPUTÉ

(S'adressant à DON VINCENZO)

Je ferai tout pour vous

favoriser. Car ce faisant,

je sers la Sicile. Mais la tâche

est ardue. Les sociétés du nord

font pression pour obtenir des

adjudications.


DON VINCENZO

Monsieur le député. Je suis

vieux et je voudrais léguer ce barrage

à ces malheureux dépourvus

d'eau. Que peuvent faire ceux du

Nord? Ils ne connaissent pas la

Sicile. Souvenez-vous du fleuve

Iaco. Ils ne frappèrent pas au

bon endroit et le chantier prit

feu. Pourtant, ils se méfient

encore de nous, qui connaissons

ces pauvres gens.

Ils vont voir les carabiniers.

Que viennent faire les

carabiniers dans nos affaires?


LE DÉPUTÉ

Je sais, je sais. Mais

n'oubliez pas les votes.


DON VINCENZO

Faites-nous confiance, M. le député.

On sait parler aux gens.

On a nos tarifs.


LE DÉPUTÉ

Parfait.


DON VINCENZO

Vous partez quand?


LE DÉPUTÉ

À 18h, je dois être à

l'aéroport.


DON VINCENZO

Il y a le temps. Liborio, mon

neveu, vous accompagnera.

Gaspare!


GASPARE

À vos ordres!


DON VINCENZO

La barbe de M. le député.


GASPARE

Tout de suite.

(S'adressant au député)

Venez. Par ici, je vous prie.

Asseyez-vous là.


Le DÉPUTÉ s'assoit sur une chaise de barbier.


JEUNE GARÇON

Je peux regarder?


DON VINCENZO

Vas-y.


Le DÉPUTÉ se fait enduire les joues de crème à raser. ANTONIO et sa famille arrivent sur les lieux à ce moment-là.


DON VINCENZO

Nino! J'ai failli ne pas te

reconnaître.


ANTONIO

(Baisant la main de DON VINCENZO)

Don Vincenzo... Bénissez-moi,

Votre Excellence. Marta, les

filles! Venez saluer Don Vincenzo.


DON VINCENZO

Pardon si Nicoletta ne t'a pas

laissé entrer. Elle est bête

comme un âne. Merci pour le

paquet.


ANTONIO

Je vous présente ma famille.


DON VINCENZO

Jolies filles.


ANTONIO

Oui.


DON VINCENZO

Combien de jours restez-vous?


ANTONIO

12.


DON VINCENZO

(S'adressant à MARTA)

Vous aimez notre village?


MARTA

Oui, il est très beau.


MARTA

Le mensonge d'une femme,

enrobé de grâce et de

courtoisie, est toujours

accepté.


ANTONIO

Drôle et caustique, Don Vincenzo.


FEMME 1

(S'adressant AUX FILLES)

Comment vous appelez-vous?


CINZIA

Caterina... Cinzia.


DON VINCENZO prend ANTONIO à part.


DON VINCENZO

Assieds-toi là, Nino. Tout va

bien, là-bas?


ANTONIO

Très bien, à tout point de vue.

Travail, logement, satisfactions.

Tout ça, grâce à vous et à votre générosité.


DON VINCENZO

Tu nous fais honneur. Ce qui

ne peut que faire plaisir aux

gens d'ici. Qu'un enfant du pays

fasse briller le nom de la Sicile.


ANTONIO

Toujours, Don Vincenzo.


La BARONNE MANUELA, une jeune dame, sort de la villa et s'adresse à DON VINCENZO.


BARONNE MANUELA

Je vous attendais pour le bilan.

Vous l'avez oublié?


DON VINCENZO

Rien ne presse, Mme la baronne.

Il y a peu de choses.


La BARONNE MANUELA retourne à l'intérieur.


ANTONIO

C'est la baronne Manuela?

Enfant, elle n'était pas noiraude.


DON VINCENZO

C'est une bâtarde.


ANTONIO

Marta, tu as vu? L'héritière

de la baronnie gérée par Don Vincenzo.


DON VINCENZO

La dernière héritière de ce

qu'il en reste: rien. Voilà

Teodora!

Vous prendrez bien de la génoise

fourrée à la ricotta?

Fait maison.


ANTONIO

Volontiers.


DON VINCENZO

Pour les enfants: fruits

confits et cannoli. Mangez.

Ne vous gênez pas.


ANTONIO

Magnifique.


DON VINCENZO

Mangez.


ANTONIO

Tiens, Marta.


MARTA s'éloigne. ANTONIO la rattrape.


ANTONIO

Marta, les cannoli.


ANTONIO prend LIBORIO à part.


DON VINCENZO

Un bon garçon, ce Nino. Qu'en dis-tu?


LIBORIO

Un bon garçon.


DON VINCENZO

Garde l'oeil sur lui. Il

pourrait être notre homme.


Sur le chemin du retour, ANTONIO et sa famille sont surpris par la pluie. Ils courent se réfugier dans un salon de barbier.


CLIENT DU SALON

C'est la fin du monde.

C'est la bombe atomique!


MARTA

(S'adressant à ANTONIO)

C'est ça, ton ciel toujours bleu?


ANTONIO

Tout a changé, ici.


À une maison voisine, des gens utilisent une poulie et une corde pour descendre un divan de la terrasse sur le toit.


HOMME

Allez, descends! Encore!

Encore!


Le soir venu, MARTA se prépare pour aller dormir. Elle enfile une nuisette. ANTONIO monte à l'étage, où ses parents sont couchés sur un lit entouré de meubles entassés.


ANTONIO

C'est ici que vous dormez?

Vous vous sacrifiez pour nous?


PÈRE D'ANTONIO

Ne t'en fais pas.


ANTONIO

Père... Ma petite mère... Que

pensez-vous de Marta?

Objectivement.


MÈRE D'ANTONIO

Objectivement?


ANTONIO

Oui, objectivement.


PÈRE D'ANTONIO

Elle pue.


ANTONIO

Hein?


PÈRE D'ANTONIO

Elle pue.


ANTONIO

Elle pue?


PÈRE D'ANTONIO

Elle pue l'arrogance.


ANTONIO

Mais non. C'est juste une

impression.


PÈRE D'ANTONIO

Elle est prétentieuse.


ANTONIO

Mais non. Marta est timide,

modeste, humble, elle est du Nord.

Ce ne sont pas des extravertis.

Elle m'a dit qu'elle vous trouvait

sympathiques. Pour votre

amabilité et votre naturel

expansif. Elle a même dit que

tu étais bel homme, malgré ton

handicap.


MARTA appelle ANTONIO.


MARTA

Antonio...


ANTONIO

J'arrive!

(S'adressant à ses parents)

Bonne nuit, mes chéris.


MARTA

Que fais-tu?


ANTONIO descend au rez-de-chaussée.


ANTONIO

Me voilà. Je disais bonne nuit

à mes parents. Ils t'adorent.

Ils disent que tu es

sympathique, modeste,

accessible... et blonde. C'est

vrai. Vas-y. J'éteins la lumière.

(Regardant ses filles dormir)

Déjà dans les bras de Morphée.

Terrassées par la fatigue. À

l'abordage, hommes de la mer!


MARTA entend la chasse d'eau et aperçoit l'ombre du père d'ANTONIO qui retourne à sa chambre. MARTA pleure.


ANTONIO

Qu'est-ce qu'il y a? Tu ris?

Marta... Qu'est-ce qu'il y a?

Tu pleures?


MARTA

J'en ai marre. Je ne me sens

pas chez moi, voilà. C'est

sûrement de ma faute, j'ai

mauvais caractère. Mais j'ai le

bourdon. Ta mère n'a pas dit un

mot depuis qu'on est arrivés.

Elle me regarde comme une bête

curieuse.


ANTONIO

Écoute, Marta. Je t'explique.

Ma mère t'étudie, pour éviter

tout jugement hâtif à ton égard.

Mais lorsqu'elle parlera, en un

mot, elle t'aura cernée. Elle te

fera le portrait. Crois-moi,

Marta. Tu vas t'acclimater. Avec

le temps, tu verras les choses

autrement.


MARTA

Tu parles. Rien que l'idée de

rester 15 jours me rend folle.


ANTONIO

Voilà ce que je te propose. Au

lieu de 12 jours, on ne restera

que 10 jours. Les deux derniers

jours, on ira chez tes parents à

Bellagio.


MARTA sourit.


ANTONIO

Tu es contente?

Coquine!


ANTONIO souffle sur la chandelle.


ANTONIO

On ne dira rien à mes

parents, ils se vexeraient. On

inventera une excuse. On dira

que... Qu'est-ce qu'on dira?

Que ta mère est mourante.


MARTA

Antonio!


ANTONIO

C'est trop gros?

Je plaisantais.

C'est drôle, non? Couvre-toi.


ANTONIO et MARTA se couchent. Ils entendent le caquètement d'une poule.


MARTA

Mon Dieu! C'est quoi, ça?


ANTONIO

Mais c'est la poule!


MARTA

Où ça?


ANTONIO

(Riant)

Sous le lit.


MARTA

Ça ne me fait pas rire. Je ne

dors pas avec la poule.


ANTONIO rallume la lumière.


MARTA

Chut... Ne réveille pas les

filles.


ANTONIO regarde sous le lit et attrape la poule.


ANTONIO

Viens là, toi. Viens là. Je

l'ai. Demain, on fera un bon

bouillon avec cette fichue

volaille. Sois sage.


Le lendemain, ANTONIO est avec son père et CALOGERO, le voisin.


CALOGERO

À l'époque, j'ai dit

textuellement ceci: "50 lires le

mètre carré, en l'état." J'ai

bonne mémoire.


PÈRE D'ANTONIO

Oui, en l'état. Pourquoi,

maintenant, tu veux 200 lires?

Le terrain a grandi? Il a une

moustache?


CALOGERO

Parce que maintenant...


PÈRE D'ANTONIO

Maintenant, quoi?


CALOGERO

Il y a de l'eau.


ANTONIO

Quoi? Il y a de l'eau?


PÈRE D'ANTONIO

Où ça?


CALOGERO

Tu crois que je mens?


PÈRE D'ANTONIO

J'ai pas dit ça.


CALOGERO

Je suis analphabète, mais je

sais lire dans les yeux.


PÈRE D'ANTONIO

C'est-à-dire?


CALOGERO

J'ai vu vos oeillades

complices. Cherchez-vous

quelqu'un de moins malhonnête

que moi.


PÈRE D'ANTONIO

Complices, mon oeil!


ANTONIO

C'est un procès d'intention?


CALOGERO

Mais non, chouchou à sa maman.

On n'a rien signé, vous ne

pouvez pas me dénoncer.


ANTONIO

Calogero, tu n'as rien

compris.


CALOGERO

Ah, bon? Je suis bête, en

plus?


PÈRE D'ANTONIO

Tu as parlé d'eau.

Montre-la-nous.


CALOGERO

Allons-y.


ANTONIO

Allons voir ça.


PÈRE D'ANTONIO

Ça va mal se terminer.


ANTONIO

Du calme, père.


Plus tard, les trois hommes sont guidés par un MOINE brandissant un bâton de sourcier.


MOINE

Je la sens, je la sens.

Elle est ici. Non...


PÈRE D'ANTONIO

Mon cul, y a pas d'eau dans le coin.


ANTONIO

Attention où tu mets les pieds.


ANTONIO se tord la cheville et tombe par terre.


ANTONIO

Au diable, ce moine!


MOINE

Elle est là. L'eau est là.

Là-dessous.


PÈRE D'ANTONIO

Je ne la vois pas.


MOINE

Si j'en juge par la tension de

ma baguette fourchue, il y a de

l'eau en abondance. Et même de

l'eau spéciale.


CALOGERO

De l'eau minérale!


MOINE

Sous toutes réserves, ça se pourrait bien.


ANTONIO

De l'eau minérale?


MOINE

Peut-être.


CALOGERO

Et en grande quantité.

Donc, le terrain est à 200 lires

du mètre carré. À prendre ou à

laisser.


PÈRE D'ANTONIO

C'est quoi, cette farce? Si on

dit un prix, on s'y tient, sinon

c'est pas sérieux. Tu te rétractes,

car un moine prophétise de l'eau?


ANTONIO

Mis à part le fait que ce prix

ne se justifie même pas s'il y

avait une source de Pepsi-Cola.

Et à notre époque, les systèmes

cabalistiques sont ridicules,

pardon, frère Simone. Calogero

devrait d'abord creuser, trouver

l'eau et ensuite augmenter le

prix, éventuellement.


CALOGERO

Et puis quoi encore? Pourquoi

je creuserais un puits? Parce

que t'es une pépée et que tu

baises avec moi?


MOINE

Pas d'obscénités!


ANTONIO

Je vais lui défoncer le crâne.


CALOGERO

Essaie. Essaie!


Le père d'ANTONIO s'en prend à CALOGERO.


CALOGERO

Lâche-moi!

Cocu!


Le père d'ANTONIO pousse CALOGERO par terre. CALOGERO sort un couteau automatique de sa poche.


ANTONIO

Qu'est-ce que tu fais?

Pas le couteau!


PÈRE D'ANTONIO

Tu ne me fais pas peur!


CALOGERO

Cocu toi-même!


CALOGERO se relève et saute sur le père d'ANTONIO. Les deux hommes roulent par terre. ANTONIO et le MOINE tentent de les séparer.


ANTONIO

Tu manques à ta parole.


MOINE

Arrêtez!


CALOGERO

Lâche-moi!


ANTONIO et le MOINE séparent les deux hommes.


PÈRE D'ANTONIO

Il m'a traité de cocu!

Espèce de lâche!


CALOGERO

Crève-la-faim!

Famille ignoble!


PÈRE D'ANTONIO

(S'adressant à ANTONIO)

Lâche-moi! Je ne lui ferai

rien. On insulte ta mère...


ANTONIO

Ma mère?


PÈRE D'ANTONIO

Si je suis cocu, ta mère est

une putain.


ANTONIO

Ne jouez pas les rivaux en

amour.


PÈRE D'ANTONIO

(S'adressant au moine)

Vous savez ce que vous pouvez

faire avec votre baguette fourchue?


ANTONIO

C'est plus dur de se

manifester que de se mettre en

colère. Soyons des êtres civilisés. On

dit que la Sicile est un pays de

barbares. C'est faux. Soyons à

la hauteur de cette

civilisation!


ANTONIO et son père s'éloignent. Le père d'ANTONIO monte sur une mule.


PÈRE D'ANTONIO

Avant tout, il faut être un

homme. Ce serpent avait raison.

Tu es une femmelette.


ANTONIO

Père... ne dites pas ça.


PÈRE D'ANTONIO

Je t'emmerde, toi aussi!


Le père d'ANTONIO s'en va. À bord d'une calèche, LIBORIO s'approche d'ANTONIO.


LIBORIO

Bonjour.


ANTONIO

Bonjour, Don Liborio.


LIBORIO

Monte.


ANTONIO monte à côté de LIBORIO.


LIBORIO

(S'adressant au cheval)

Hue!

(S'adressant à ANTONIO)

Je ne crois pas que tu sois

comme a dit ton père. Il est

vieux et ombrageux, comme tous

les vieux.


ANTONIO

C'est vrai qu'il est

ombrageux. Mais ce Calogero est

un individu douteux. L'accord

était de 50 lires et maintenant,

il en veut 200. Il n'en démord

pas.


LIBORIO

Tu veux acheter un terrain?


ANTONIO

Je voulais.


LIBORIO

Ça prouve que tu aimes ton

pays.


ANTONIO

Je devrais le détester?


LIBORIO

On pouvait penser que tu nous

avais tous oubliés.


ANTONIO

Pourquoi donc?


LIBORIO

Ah!


LIBORIO n'en dit pas plus.


Plus tard, LIBORIO arrête la calèche au village.


ANTONIO

Merci de m'avoir déposé.


LIBORIO

Tu as un béret?


ANTONIO

Non.


LIBORIO

Je vais t'en offrir un.


ANTONIO

Merci, trop aimable.


ANTONIO et LIBORIO se rendent à un marché public et s'arrêtent devant un kiosque.


LIBORIO

Un béret pour monsieur.


VENDEUR

Pardon. De quelle couleur?


LIBORIO

(S'adressant à ANTONIO)

Tu le veux noir ou à carreaux?


ANTONIO

Noir.


LIBORIO

(S'adressant au vendeur)

Noir.


VENDEUR

Tenez. Vous voulez l'essayer?


ANTONIO enfile le béret.


LIBORIO

À présent, tu es des nôtres.


ANTONIO

Ça faisait un bail.


LIBORIO

(S'adressant au vendeur)

À bientôt.


VENDEUR

Au plaisir, Don Liborio.

(S'adressant à d'autres clients)

Bon, vous vous décidez?


ANTONIO et LIBORIO continuent leur chemin.


LIBORIO

Je t'ai posé une question, Nino.

Si tu nous avais oubliés. Tu ne

m'as répondu.


ANTONIO

Je n'ai pas répondu. Oui. Non.

Je ne vous ai pas oubliés.

Pourquoi?


LIBORIO

Alors, tu n'as pas non plus

oublié que tu étais un

picciotto, un soldat

d'honneur?


ANTONIO

En effet. Je n'ai pas oublié.

J'avais 18 ans. C'était une

autre époque. Les alliés, la

débâcle, la famine, le marché

noir. Des gens sans loi. Pauvre

pays que le nôtre!


LIBORIO

Les amis ne t'ont jamais donné

des missions importantes?


ANTONIO

Je portais des messages. J'ai

fait le guet sur le mont

Perrusa. J'étais aux ordres des

amis.


LIBORIO

On a tous bonne mémoire, Nino.

On sait tous que tu as été un

brave petit soldat. Mais ce qui

est ici et ici ne doit jamais

arriver là.


ANTONIO

Vous me faites un affront,

Liborio? Même ma femme l'ignore.

Vous croyez que j'en parle avec

ceux du Nord? Ils ne font que

calomnier les amis d'honneur.

Ils prononcent le mot "mafioso"

sans en connaître le sens.

Et puis, pour quelqu'un comme

moi qui vit à Milan, technicien

spécialisé, tout ça, c'est du

passé. Vous voyez le topo?


LIBORIO

C'est du passé. Sauf le

respect qu'on doit aux vieux

amis. Don Vincenzo, le premier.


ANTONIO

Cela va de soi. Toujours.

En premier, il y a mes parents,

ensuite, il y a Don Vincenzo.

Ou plutôt, tous ex aequo.


LIBORIO

Bravo. Allons-y. On se fait un

carton?


ANTONIO

Pourquoi pas?


LIBORIO et ANTONIO se rendent au stand de tir du marché public.


EMPLOYÉ DU STAND

Vous voulez tirer?


LIBORIO

Revolver.


LIBORIO tire avec le revolver. Il atteint quelques cibles.


LIBORIO

J'ai perdu la main.

Vas-y, à toi.


ANTONIO

Moi? Ça fait un bail.


LIBORIO

Allez.


ANTONIO tire et réussit à toucher toutes les cibles.


ANTONIO

Je me fais la bouteille?


LIBORIO

Oui.


Devant ANTONIO, une bouteille est attachée à une corde par le goulot. ANTONIO vise et tire en plein sur la corde.


ANTONIO

On reconnaît le vieux

chasseur.


L'employé du kiosque remet la bouteille à ANTONIO.


ANTONIO

Magnifique. Du marsala.

(S'adressant à LIBORIO)

Ça vous a plus? Je vous l'offre.


LIBORIO

Bien. Tu peux y aller.


ANTONIO

Mes respects, Don Liborio.


Plus tard, ANTONIO est à la plage avec sa famille. Ils vont se changer dans une cabine de plage.


MARTA

(S'adressant à sa fille)

Mets ton chapeau. Tu vas

attraper un coup de soleil.


Plus loin, les amis d'ANTONIO discutent sur la plage. L'un d'eux, TOTÒ, sculpte une femme nue dans le sable.


HOMME 1

Totò, personne ne t'interdit

de penser comme Volponi, Moravia

et notre ami Di Carbuto

Ferdinando. Mais si on considère

l'aliénation comme un problème

de la société industrielle,

alors, nous, on ne serait pas

aliénés? On est quoi? Heureux

comme des rois? Domenico Legasi,

tu es heureux?


DOMENICO secoue la tête.


HOMME 1

Vous voyez?


HOMME 2

Les maux de la société

méridionale ne sont pas guère

psychologiques, mais

socioéconomiques.


HOMME 3

Grave erreur. Nous sommes

isolés psychologiquement.


HOMME 4

Si on parle

d'incommunicabilité, c'est une

autre paire de manches.


HOMME 1

Pas du tout. C'est deux

aspects du même problème. Nous,

on ne communique pas. Ou

seulement entre amis. Mais là,

on s'est déjà tout dit. C'est

avec notre prochain, et surtout

avec les femmes, qu'il y a

incommunicabilité. Donc,

aliénation. D'ailleurs, Totò,

avec ton ignorance en la

matière, tu es en train de faire

des mamelons trop pointus à

cette dame.


TOTÒ

Qu'en sais-tu? Les variantes

sont infinies. L'année dernière,

je suis allé à Palerme pour

soigner une carie et j'ai connu

une fille avec qui je suis

devenu intime. Une fille du

Nord. Et les siens étaient

pointus.


HOMME 5

Monsieur l'expert, ça, c'est

le genre polynésien.


HOMME 6

Vous n'aimez pas les

Polynésiennes?


ANTONIO se joint au groupe.


ANTONIO

Picciotti!


TOUS LES HOMMES

Salut, Nino.


HOMME 6

Tu prends un bain de soleil?


ANTONIO

Huit ans plus tard, je vous

retrouve encore ici. Avec la

même poupée de sable.

Tiens, Domenico Legasi.


ANTONIO vaporise de la crème solaire sur le torse de DOMENICO.


ANTONIO

Toi, ici? Tu ne

devrais pas chercher du travail,

penser au mariage?


DOMENICO

Le fait d'être en slip

n'empêche pas de penser.


ANTONIO

Penser ne suffit pas.


DOMENICO

C'est tout ce que j'ai. Tout

le monde n'a pas ta chance.


ANTONIO

Tu es jaloux?


DOMENICO

Oui, je suis jaloux.


HOMME 7

Comment sont les femmes à Milan?


HOMME 5

Raconte-nous une de tes

aventures galantes.


TOTÒ

Raconte.


HOMME 2

Tu as dû t'amuser.


ANTONIO

Je constate une curiosité

malsaine.


HOMME 5

Une curiosité de mâles sains.


ANTONIO

Sans fausse modestie, je n'ai

jamais été un don Juan. Certes,

j'ai eu mon moment de gloire,

mais je n'ai pas dépassé les

cinq ou six conquêtes.


HOMME 7

Six femmes!


ANTONIO

Que ce soit clair. Je parle de

mes débuts à Milan. Ensuite, je

me suis marié. En particulier,

je me remémore une fille pour

qui j'ai eu le béguin.

Une certaine Clara. Elle était

séparée de son mari. Blonde,

mélancolique, tout en rondeurs.

Habillée, elle semblait frigide.

Mais au lit, c'était une

tigresse passionnée.


Les amis d'ANTONIO cessent de l'écouter pour reluquer sa femme un peu plus loin.


ANTONIO

À Milan, on dit:

"Mine indolente, cuisse brûlante."

Ainsi sont les Milanaises.


ANTONIO remarque que ses amis regardent sa femme.


ANTONIO

Hé, les frisés! Vous êtes bien

sympathiques, mais ça, c'est mon

épouse! En voilà des manières!

Je vis à Milan, mais je suis

Sicilien.

(Riant)

Vous voyez le topo?


Les amis d'ANTONIO rient.


HOMME 6

Il est trop sympathique, ce Nino!


ANTONIO rejoint sa femme.


ANTONIO

Allons nous baigner en bateau.


MARTA

Tu ne me présentes pas tes amis.


ANTONIO

Un sourire suffira. Venez, les filles.

(S'adressant à ses amis)

Salut, les comiques! Je

vous laisse la poupée de sable!


Les amis d'ANTONIO s'en vont se baigner.


HOMME 2

Je n'ai jamais rien compris

aux femmes.


Un peu plus tard, ANTONIO et sa famille sont à bord d'une chaloupe.


ANTONIO

Regardez, les filles. Papa

pique une tête. Hommes à la mer,

à l'abordage!


ANTONIO plonge à l'eau.


MARTA

Je ne le vois pas.


CINZIA

Il est là!


MARTA

Antonio!


ANTONIO

(Criant de joie)

Des moules!


ANTONIO ramène des moules dans la chaloupe. Il en goûte une.


ANTONIO

Elles ont le goût de la mer,

elles sentent bon.


MARTA

Quelle heure est-il?


ANTONIO

Je ne sais pas. Je n'ai ni

montre ni chronomètre. M.

Badalamenti Antonio est en

vacances. Sans horaires, sans

patron, et sans aucune

obligation. Si on m'appelle, je

ne suis là pour personne.


ANTONIO s'allonge dans la chaloupe et ferme les yeux. La voix d'un jeune garçon se fait entendre.


JEUNE GARÇON

(Criant à pleins poumons)

Nino! Nino Badalamenti!


ANTONIO

Qu'y a-t-il?


JEUNE GARÇON

(Criant à pleins poumons)

Don Vincenzo veut vous voir!


ANTONIO

Vite, les filles, à vos

postes! Marta, en poupe!


MARTA

Qu'est-ce qui te prend?


ANTONIO

Don Vincenzo m'appelle.


MARTA

Et alors? Y a pas le feu!


Plus tard, ANTONIO est devant la chambre de DON VINCENZO. LIBORIO l’accueille.


LIBORIO

Nino, entre.


ANTONIO entre dans la chambre et voit DON VINCENZO couché sur son lit.


ANTONIO

Votre Excellence, vous êtes

souffrant?


DON VINCENZO

Non.


DON VINCENZO désigne CALOGERO à l'autre bout de la chambre.


CALOGERO

Hé, Nino. L'amitié et la

parole donnée sont sacrées. J'ai

dit 50 et je le maintiens. Le

terrain est à vous. Ça va?


DON VINCENZO

Calogero, tu peux y aller.


CALOGERO

Mes respects.


CALOGERO quitte la chambre. ANTONIO s'agenouille devant DON VINCENZO.


ANTONIO

Que Dieu vous bénisse.

Puissions-nous vivre mille ans

pour que je vous honore.


DON VINCENZO

J'ai fait si peu. Si on ne

s'aide pas entre nous...


ANTONIO

Si Votre Excellence a besoin

de moi, il suffit d'un mot, un

seul. Je suis à vos ordres.


ANTONIO baise la main de DON VINCENZO.


De son côté, MARTA discute avec ROSALIA.


MARTA

Ici, la mer a une autre

couleur. Les filles ne voulaient

plus sortir de l'eau. Tu ne vas

jamais à la plage?


ROSALIA

J'aimerais bien. Mais Domenico

n'ose pas.


MARTA

Tu l'aimes vraiment, ce

Domenico?


ROSALIA

Oui.


MARTA

Alors, écoute. D'abord, il

faut que tu te libères de ton

complexe.


ROSALIA

Quel complexe?


MARTA

Le complexe des poils. Tu en

as beaucoup, c'est vrai, mais il

y a un remède à tout. Tu me fais

confiance?


ROSALIA

Oui.


MARTA

Laisse-moi faire et tu verras.


Une messe se déroule dans une église. Le cœur donné à DON VINCENZO par ANTONIO repose dans les bras d'une statue de la vierge. ANTONIO assiste à la messe avec son père.


ANTONIO

Il est précieux, le coeur

de nos amis américains.


PÈRE D'ANTONIO

Il est beau.


ANTONIO

Très beau.


DON VINCENZO est assis à une terrasse où de la musique rock joue très fort. Il se fait servir une boisson gazeuse par un serveur.


DON VINCENZO

Stop. Il est froid?


SERVEUR

Non.


DON VINCENZO

Bien.


DON VINCENZO fait un signe au serveur.


SERVEUR

Tout de suite.


Le serveur change la musique pour de la musique religieuse. MANUZZO s'approche de DON VINCENZO et lui parle discrètement.


DON VINCENZO

Alors, Manuzzo?


MANUZZO

Nous, on est d'accord. On est

prêts. Qui est le

picciotto?


DON VINCENZO

Badalamenti. Ça vous va?


MANUZZO

Vous le connaissez. Il a des tripes?


DON VINCENZO

Il a aussi d'autres qualités.

C'est un fin tireur et il n'est

pas dans le milieu. Aujourd'hui

ici, demain à Milan.

Ni vu ni connu.


MANUZZO

À vous de décider. Moi, je repars.


DON VINCENZO

Ainsi soit-il.


À l'église, la messe se termine. Plusieurs personnes en sortent, dont MARTA.


MARTA

Rosalia, viens ici! J'ai

quelque chose à te dire.


ROSALIA

J'arrive. Me voilà.


MARTA

Rosalia... Le colis est arrivé.

Tiens.


DOMENICO

C'est quoi?


MARTA

Ça ne vous regarde pas, apollon.


DOMENICO

Je suis la cinquième roue du

carrosse. Domenico Legasi

ne compte pas. Il est pauvre et

malchanceux.


ROSALIA

Domenico...


DOMENICO

N'en parlons plus.


DOMENICO s'éloigne.


ROSALIA

Domenico!


MARTA

Laisse-le partir. Faut surtout

pas lui courir après. Allons-y.


ANTONIO rejoint ses amis. Il porte son béret.


ANTONIO

Salut, les amis.


HOMME 1

Salut, Nino.


HOMME 2

Bonne fête à ta soeur,

Rosalia.


HOMME 3

Et à ta femme.


HOMME 4

Demain, tu seras des nôtres.


HOMME 5

On va chasser. Départ à 3h du

matin et retour deux jours plus

tard.


ANTONIO

On va chasser?


HOMME 6

Oui. Tu es content?


HOMME 7

On va à Montecaiano. Dans le

bois de Filicio.


HOMME 1

Il y a des perdrix rouges et

grises, des lièvres, tout quoi.


ANTONIO

La chasse n'est pas fermée?


LIBORIO

Jamais pour Don Vincenzo.

Le domaine des barons Traglia

est à la disposition des amis.


ANTONIO

Hélas, demain, on doit partir.


HOMME 8

Finies, les vacances?


ANTONIO

Non, j'ai promis à mon épouse

de l'emmener à Bellagio, chez

ses parents.


HOMME 1

Tu as eu tort de te marier.


ANTONIO

N'exagérons rien. Il y a du

pour et du contre. Écouter sa

femme n'est pas un signe de

faiblesse.


ANTONIO rejoint ses filles.


HOMME 2

(S'adressant à la fille)

Tu veux des cacahuètes?


ANTONIO

(S'adressant à son ami)

Penses-y!


HOMME 1

Salut.


ANTONIO

Mariez-vous et on en reparlera!


ANTONIO et ses filles rejoignent MARTA et son père.


ANTONIO

Nous voilà, Marta.


MARTA

Antonio... Tu ne m'as pas dit

que tu allais chasser.


ANTONIO

Je viens de l'apprendre.


MARTA

Vas-y, si le coeur t'en dit.


ANTONIO

Mais demain, on part.


MARTA

Écoute, j'ai changé d'avis.


ANTONIO

Marta...


MARTA

Ton père a réussi à me

convaincre. Il m'a beaucoup

parlé de toi, de ton enfance, de

ta passion pour la chasse. Il a

insisté et je lui ai dit oui.

Hein, papa? Au fond, je suis

ravie de rester.


LIBORIO se joint à la conversation.


LIBORIO

Tout le monde s'aime,

c'est l'essentiel.

Nino, ta femme est belle et

compréhensive.


ANTONIO

Oui, j'ai beaucoup de chance.

Les filles, voilà la fanfare!


Une fanfare joue près de l'église. Tout le monde se déplace pour y assister.


Plus tard, ROSALIA est couchée sur une table. MARTA épile sa moustache et ses jambes à la cire. ROSALIA pousse des cris de douleur.


MARTA

Ne bouge pas! Allez, c'est

rien, j'ai presque fini.

Maintenant, regarde-toi.


ROSALIA se regarde dans un miroir.


MARTA

Tu es contente?


ROSALIA

Merci.


ANTONIO et sa mère montent à l'étage.


MARTA

Venez, venez.


ANTONIO

(S'adressant à ROSALIA)

Ce que tu es belle!


MÈRE D'ANTONIO

Très belle.


ANTONIO

C'est une autre.


PÈRE D'ANTONIO

Une fleur.


ANTONIO

Une jolie fleur.


MÈRE D'ANTONIO

Marta, tu es une brave fille.


MARTA

Merci.


ANTONIO

C'est une épouse merveilleuse.


MÈRE D'ANTONIO

Tu as raison.


ANTONIO

Rosalia, viens ici, que je te

regarde. Tu es blanche et lisse,

comme de la porcelaine.

Marie-toi avant que la moustache

repousse.

(S'adressant à MARTA)

Comment tu as fait?


MARTA

Ce n'est rien.


Le soir venu, ANTONIO est au lit avec MARTA.


ANTONIO

Tu les as tous conquis.

Je suis fier de toi.

Tu as drôlement épaté Don Liborio.

"Épouse idéale 1962."


MARTA

N'exagérons rien. Je ne le

fais pas que pour toi. Je me

plais bien ici. Et les filles

aussi.


ANTONIO

Je te l'avais dit.

Tu te souviens?

Laisse du temps au temps.


ANTONIO embrasse les jambes de MARTA. MARTA le repousse doucement.


MARTA

Justement. Laisse du temps au temps.

Maintenant, sois sage. Tu dois

te lever à 2h pour aller

chasser. Dors.


ANTONIO

(Se rapprochant de MARTA.)

Tu es la sagesse faite femme.


MARTA

Sois sage, tu dois te lever

tôt. Sois sage.


ANTONIO

Oui, je suis sage. Bonne nuit,

sorcière.


MARTA

Bonne nuit.


ANTONIO

(S'assoupissant)

Marta... Ton mari tire mieux

que quiconque. Une fois, on a

débusqué quatre lièvres. J'en ai

abattu deux. Si j'avais eu

une... une Winchester, j'aurais

dégommé les quatre. Je ne rate

jamais ma cible. J'adore tirer.


Plus tard dans la nuit, le père d'ANTONIO utilise un long bâton pour lui tapoter la tête et le réveiller.


ANTONIO

J'arrive.


ANTONIO se lève et s'habille. Il enfile des bottes de chasse.


PÈRE D'ANTONIO

Elles te vont bien?


ANTONIO

Elles me vont comme un gant.


PÈRE D'ANTONIO

Je les ai eues du vieux

Cuturo pour deux poulets.

Il les avait eues de feu Carmelo

pour un seul poulet.


ANTONIO

Les prix augmentent, père.


Le père d'ANTONIO s'empare d'une longue carabine.


PÈRE D'ANTONIO

Je l'ai gardé comme une

relique. Je l'ai astiqué et

graissé.


ANTONIO regarde à l'intérieur de la carabine.


ANTONIO

Il y a une cartouche.


PÈRE D'ANTONIO

Impossible.


ANTONIO souffle dans le fusil et un morceau de papier en sort.


ANTONIO

Le ticket du loto sportif!


PÈRE D'ANTONIO

Sainte Rosalia! C'est là que

je l'avais mis. Je l'ai cherché

partout. J'avais fait 12.

Je devais toucher 20 000 lires.

Mais on a refusé de me les

payer. Les sales cocus!


ANTONIO

Ne t'énerve pas. C'est la vie.


Le père d'ANTONIO prend son fils dans ses bras.


PÈRE D'ANTONIO

Mon fils! Que Dieu te bénisse.


ANTONIO

Père... je vais à la chasse.


PÈRE D'ANTONIO

Oui.


ANTONIO se dirige vers la porte.


ANTONIO

Je suis heureux.


ANTONIO se promène dans le village en pleine nuit, carabine en main. Il chante. Il s'arrête brusquement lorsqu'il aperçoit un chat noir sur son chemin. Il recule craintivement. Il se retourne et aperçoit LIBORIO.


ANTONIO

Liborio...


LIBORIO

Tu as eu peur?


ANTONIO

Moi? Pourquoi?

Que faites-vous par ici?


LIBORIO

Je viens avec toi, je peux?


ANTONIO

Bien sûr. Plus on est de fous,

plus on rit.


ANTONIO va pour repartir, mais LIBORIO le prend par l'épaule.


ANTONIO

Quoi?


LIBORIO

Par là.


ANTONIO

Et les amis?


LIBORIO

Après. Un ami important

t'attend.


LIBORIO dirige ANTONIO vers une voiture noire à l'intérieur de laquelle l'attend DON VINCENZO.


ANTONIO

Vous?


DON VINCENZO

Nino Badalamenti. Donne-moi ta

main.

J'ai un petit service à te

demander.


ANTONIO

Un petit service? Bien sûr.


DON VINCENZO

Nino, tu as proposé de me

faire plaisir, tu te souviens?


ANTONIO

Oui.


DON VINCENZO

J'ai proposé ton nom. Et les

amis sont ravis que tu le

fasses. Parce que tu es

compétent.


ANTONIO

Merci Don Vincenzo.

Mais que dois-je faire?


DON VINCENZO

Maman donne les ordres et le

picciotto obéit.

Tu sais qui est la maman,

n'est-ce pas?


ANTONIO

Oui, je sais.

C'est quoi, les ordres de maman?


DON VINCENZO

Un voyage.


ANTONIO

Un voyage? Je dois aller où?


DON VINCENZO

Tu le sauras à ton retour.


ANTONIO

Et la chasse?


DON VINCENZO

C'est comme si tu y allais. Tu

rentreras quand la chasse sera

terminée.


ANTONIO

Et chez moi... que vont-ils

penser?


DON VINCENZO

Tu songes à ta femme?

À tes filles? Tu aimes ta

famille, n'est-ce pas?


ANTONIO

Oui, beaucoup.


DON VINCENZO

Nous aussi, on l'aime. Parce

que nous t'aimons, toi, et nous

te savons gré de ce que tu fais.


ANTONIO

Qu'est-ce que je fais?


DON VINCENZO

Ce que tu fais? Une chose

importante. Mais si tu veux, tu

peux dire non.

Tu dis non?


ANTONIO

Je dis non? Je dis oui.


DON VINCENZO remet une enveloppe à ANTONIO.


DON VINCENZO

Tu remettras cette lettre en

mains propres et elle te

conduira là où elle doit te

conduire. Tu seras toujours

entre les mains de nos amis.


LIBORIO

Donne-moi le fusil.


DON VINCENZO

Va, Nino.


ANTONIO sort de la voiture, qui démarre aussitôt. MANUZZO est à bord d'un camion et s'arrête devant ANTONIO avant de descendre.


MANUZZO

Nino Badalamenti.


ANTONIO

Présent.

Je dois remettre cette lettre.


MANUZZO

Je sais.

(Désignant l'arrière du camion)

Monte. Tu as fait

pipi?


ANTONIO

Quoi?


MANUZZO

Vas-y.


ANTONIO s'éloigne et revient après un court instant.


MANUZZO

Alors?


ANTONIO

J'ai pas envie.


MANUZZO

Tant pis pour toi.


ANTONIO

Pourquoi? Le voyage sera long?


MANUZZO

Long et court. Tu vois ce

costume? Mets-le. Baisse la

bâche.


ANTONIO s'installe à l'arrière du camion.


Plus tard, un chariot élévateur soulève une grosse caisse en bois provenant de l'arrière du camion. Sur la caisse, il est écrit «New York». Le chariot élévateur place la caisse à l'intérieur d'un avion. ANTONIO est à l'intérieur de la caisse et se parle à lui-même.


ANTONIO

Mon Dieu. Sainte Rosalia...

Où m'emmènent-ils? Il a dit:

un voyage long et court. D'accord.

Maman donne les ordres et le

Picciotto obéit.


Une fois ANTONIO arrivé à destination, trois hommes ouvrent la caisse et libèrent ANTONIO. ANTONIO a bien mauvaise mine.


HOMME 1

Sors.


ANTONIO peine à tenir debout.


ANTONIO

Je dois faire pipi.


HOMME 2

Là-bas.


ANTONIO chancelle vers une salle de bain. Le deuxième homme fait un signe de la main à un quelqu'un qui attend dans une voiture à l'extérieur, pour lui signaler qu'ANTONIO est arrivé à bon port. ANTONIO sort des toilettes. Il semble aller mieux.


ANTONIO

Je dois remettre cette lettre.


HOMME 3

Pas à moi.


ANTONIO

Excusez-moi. Où suis-je?

Où sommes-nous exactement?


HOMME 3

Ne t'inquiète pas. Vas-y.


Le deuxième homme le guide vers la sortie, où l'attend l'homme en voiture.


HOMME 2

Allez, vas-y.


ANTONIO

Où ça?


HOMME 2

Dans cette voiture.


ANTONIO s'avance vers la voiture et s'adresse à l'homme sur la banquette arrière.


ANTONIO

Je dois remettre cette...


ANTONIO se fait embarquer de force dans la voiture. La voiture démarre. ANTONIO est assis entre deux mafiosi. ANTONIO s'étire pour pouvoir regarder par la fenêtre de la voiture.


MAFIOSO 1

Tu veux voir?


ANTONIO

Je peux?


MAFIOSO 1

(S'adressant au chauffeur)

Ouvre le toit.


Le chauffeur ouvre le toit de la voiture. ANTONIO constate qu'il est en plein cœur de New York. Il voit une immense affiche de film.


ANTONIO

Mais c'est Sophia Loren!

Elle est belle.


MAFIOSO 1

Très.


ANTONIO

Elle est bonne aussi.


ANTONIO admire des gratte-ciels autour de lui.


La voiture se gare devant un immeuble. ANTONIO y entre, escorté des deux mafiosi. L'un d'eux salue le réceptionniste du vestibule.


MAFIOSO 1

(Propos traduits de l'anglais)

Bonjour.


ANTONIO et les deux mafiosi montent dans un ascenseur. Un homme court pour y entrer à son tour.


HOMME

(Propos traduits de l'anglais)

Attendez!


Arrivés à l'étage, ANTONIO et les mafiosi se rendent au bout d'un étroit corridor, où un garde surveille une porte.


GARDE

(Propos traduits de l'anglais)

Tu peux y aller.


À l'intérieur de la pièce, ANTONIO est accueilli par un troisième mafioso.


MAFIOSO 3

(Propos traduits de l'anglais)

Bonjour.

(Offrant un verre à ANTONIO)

Bois.


MAFIOSO 1

Assieds-toi et mange.


ANTONIO

Merci. J'ai très soif.


MAFIOSO 1

Mange.


ANTONIO boit son verre d'une traite et s'assoit devant une assiette de sandwichs.


ANTONIO

Je dois remettre cette lettre.


MAFIOSO 3

Elle n'est pas pour moi.


ANTONIO

Que dois-je faire, du moment

que je suis ici, en Amérique.

Vous voyez le topo?


MAFIOSO 1

Mange.


ANTONIO

Non, merci, je n'ai pas faim.


MAFIOSO 2

Alors, bois.


ANTONIO

Ça, oui, volontiers.


Un PARRAIN entre dans la pièce.


PARRAIN

Nino!


Le PARRAIN embrasse ANTONIO sur la bouche.


PARRAIN

(Propos traduits de l'anglais)

Bienvenue!


ANTONIO

Bonjour.


PARRAIN

Espérons qu'il soit bon.

Tu es un garçon précis, toi.


ANTONIO

Je suis chronométreur.


PARRAIN

Bien sûr. Tu dois faire une

chose facile. Mais tu dois être

très précis.

(S'adressant aux mafiosi en anglais)

Éteignez la

lumière.

(S'adressant à ANTONIO)

Mets-toi là, Nino.

Assieds-toi.


La lumière éteinte, les mafiosi allument un projecteur et font jouer un film maison. ANTONIO y voit des gens élégamment vêtus assister à une réception à l'extérieur.


PARRAIN

Sois attentif. Regarde.


Un homme fume un cigare à côté d'une petite fille.


ANTONIO

(Riant)

C'est qui, la petite fille?


PARRAIN

Nino, tu vois cet homme?

Regarde-le bien.


Remarquant qu'il est filmé, l'homme se cache derrière des invités pour ne pas être vu. ANTONIO rit. À un autre moment du film, l'homme prend un verre avec le PARRAIN.


ANTONIO

Vous êtes photogéniques.

Sympathique.


PARRAIN

Sois attentif!


Dans le film, l'homme s'amuse avec une carabine jouet appartenant à un jeune garçon.


PARRAIN

(S'adressant aux mafiosi en anglais)

Très bien. Rallumez la lumière.


Le projecteur s'éteint.


PARRAIN

(S'adressant à ANTONIO)

Comment est son nez?


ANTONIO

Le nez de ce type?

Pourquoi, il a du nez?


PARRAIN

Et la moustache?


ANTONIO

Quelle moustache?


PARRAIN

Parfait!


ANTONIO

Enfin. C'est pour lui, cette lettre?


PARRAIN

Non, pour moi.


Le PARRAIN prend la lettre d'ANTONIO et la déchire.


ANTONIO

Bois.


ANTONIO prend une autre gorgée de son verre.


Plus tard, ANTONIO roule en voiture, sur la banquette arrière, assis entre le PARRAIN et le premier mafioso. Celui-ci lui tend une flasque d'alcool.


MAFIOSO 1

Bois, c'est de l'écossais.


ANTONIO

Non, merci.


MAFIOSO 1

Il fait digérer l'américain.

Et ces pilules font digérer

l'écossais.


ANTONIO

C'est des vitamines?


MAFIOSO 1

Pour l'estomac, les nerfs, la tête.


ANTONIO boit dans la flasque et prend les pilules.


MAFIOSO 1

OK.


ANTONIO

J'ai deux filles, Cinzia et

Caterina. Tu as des enfants?


Le mafioso ne répond pas. Il lui tend un revolver, qu'ANTONIO prend d'abord pour la flasque.


ANTONIO

J'ai assez bu.


MAFIOSO 1

Mets-le dans ta poche.


ANTONIO

(S'apercevant qu'il s'agit d'un revolver.)

C'est quoi?


MAFIOSO 1

(S'adressant au deuxième mafioso)

Comment on dit "lefty"?


HOMME 2

"Lefty"? Gaucher.


ANTONIO

Je ne suis pas gaucher.


MAFIOSO 1

À droite.


ANTONIO

C'est quoi, ce bordel?


MAFIOSO 1

À droite.


PARRAIN

Nino...

Il ne faut jamais faire les

choses à moitié. Je dis ça pour

toi, car tu as une famille. Le

seul moyen de revenir en

arrière, c'est d'aller de

l'avant. Si tu as peur, tu es

bête. Chaque chose est simple et

calculée, comme si elle était

déjà arrivée. Il suffit juste de

faire la petite chose stupide,

qui n'a pas encore été faite.

À quoi penses-tu?


ANTONIO

Pourquoi vous ne faites pas

cette chose stupide vous-même?


MAFIOSO 2

C'est toujours le rôle d'un

ami que personne connaît, comme

toi, qui vis dans un autre pays.

Nous, on est d'ici. Quand la

chose se produira, on sera au

Petit Club. On tapera le carton,

on boira du whisky, on sera au

bain turc ou avec une blonde.


PARRAIN

Écoute. Tu verras un barber shop.

Un salon de coiffure. Tu entres

tranquillement, détendu. Tu fais

ce que tu dois faire et tu

ressors immédiatement. Ne cours

pas, marche sur le trottoir.

Écoute-moi bien. Un camion

t'attendra. Un dernier conseil.

Tu dois tirer le premier.

Avant même d'avoir vu quel

costume il porte. Car il est

précis et rapide. Je dis ça pour

ton bien. Tu as une famille.

Comment s'appellent tes filles?


ANTONIO

Catizia et Citerina.


PARRAIN

Les Italiens donnent toujours

de jolis noms à leurs filles.


Le PARRAIN met sa main sur le genou d'ANTONIO.


PARRAIN

La Sicile a la forme d'un coeur.

Et c'est ce que nous sommes.

Un seul, grand coeur. Tu le sais,

ça, Nino? N'est-ce pas?


Le PARRAIN ricane. ANTONIO a la mine déconfite.


CHAUFFEUR

Voilà le salon de coiffure!

Tu le vois?


Le chauffeur pointe un homme lisant un journal au coin de la rue.


CHAUFFEUR

Lui, c'est notre ami.

Il te protégera. Voilà le camion,

à 20 pas du salon de coiffure.

Tu as compris? C'est clair?

OK.


PARRAIN

Cette crapule nous a

poignardés dans le dos. Nous,

Don Vincenzo, et tous nos amis.

Merci, Nino. À présent, va.


ANTONIO se fait sortir de la voiture. Il se dirige vers le salon de coiffure. Un tavernier expulse un ivrogne juste devant ANTONIO.


TAVERNIER

(Propos traduits de l'anglais)

Dégage, clodo, je t'ai assez

vu!


L'ivrogne s'agrippe à ANTONIO et s'adresse à lui.


IVROGNE

(Propos traduits de l'anglais)

J'ai le droit d'utiliser les

toilettes dans un lieu public.


ANTONIO

Laisse tomber.


IVROGNE

(Propos traduits de l'anglais)

Excusez-moi. Vous pouvez me

dire où il y a des toilettes

publiques?


ANTONIO

(Propos traduits de l'anglais)

Oui.


ANTONIO veut s'en aller, mais l'ivrogne lui barre la route.


IVROGNE

(Propos traduits de l'anglais)

Si on ne peut plus utiliser

les toilettes publiques, que va

devenir la démocratie

américaine?

Répondez. Et la Bible? Que dit

la Bible? Pourquoi vous ne

répondez pas?


ANTONIO

(Propos traduits de l'anglais)

Non, oui.


ANTONIO se dégage de l'ivrogne, mais il lui bloque à nouveau le passage.


IVROGNE

(Propos traduits de l'anglais)

Monsieur, votre silence est un

affront. Vous vous croyez

meilleur que moi? Seriez-vous un

de ces satanés radicaux? Ne

prenez pas de grands airs.

Vilain petit bonhomme. Allez,

serrons-nous la main.


L'ivrogne veut serrer la main d'ANTONIO, mais celui-ci le repousse et s'éloigne.


IVROGNE

(Propos traduits de l'anglais)

Oui. On me

regarde de haut. On frappe un

homme à terre.


ANTONIO marche jusqu'au salon de coiffure et y entre.


BARBIER 1

(Propos traduits de l'anglais)

Bonjour.


BARBIER 2

(Propos traduits de l'anglais)

Entrez.

Asseyez-vous.


ANTONIO regarde les clients sur les chaises de barbier. L'un d'eux fume le cigare.


CLIENT

Qu'y a-t-il?


ANTONIO sort son pistolet et vise le deuxième client, qui est l'homme que le PARRAIN lui a demandé d'abattre.


BARBIER 2

Attention!


ANTONIO tire deux balles sur l'homme avant que celui-ci ne puisse prendre son arme. Il quitte le salon de coiffure.


Plus tard, ANTONIO retourne dans la boîte, puis dans un camion qui le dépose en Sicile, au même endroit où il était embarqué.


CHAUFFEUR DU CAMION

Descends!


ANTONIO obéit. Il est vêtu de son habit de chasse et a du gibier en main.


Plus tard, ANTONIO retourne se coucher auprès de sa femme et de ses filles. Il essaye de s'endormir, mais il n'y arrive pas. Il pleure. Les bruits de ses coups de feu résonnent encore dans sa tête.


Plus tard, ANTONIO est de retour dans son usine à Milan et se promène en supervisant les ouvriers d'un regard sévère.


ANTONIO se rend au bureau du comptable.


ANTONIO

(Souriant)

J'ai emporté votre stylo par

mégarde. Je vous le rends.


COMPTABLE

Si tout le monde était comme

vous, on vivrait mieux. Merci.

Bon travail!


Le sourire d'ANTONIO s'efface. Il retourne travailler et se promène entre les allées de machines.


Texte narratif :
Fin

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