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Vidéo transcription

Curling

La vie très réglée d’un concierge et de sa fille préadolescente surprotégée est bouleversée lorsque chacun, à l’insu de l’autre, est indirectement impliqué dans un événement dramatique.



Réalisateur: Denis Côté
Acteurs: Emmanuel Bilodeau, Philomène Bilodeau, Sophie Desmarais
Année de production: 2010

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Générique d'ouverture


Une jeune fille est seule dans un bureau d'optométriste. Elle regarde autour d'elle. C'est JULYVONNE Sauvageau.


OPTOMÉTRISTE

À l'école, tu dois avoir

un peu de misère à voir

ou à lire les instructions

dans tes livres, hein?

Au tableau, ce que l'institutrice

écrit, tu vois bien ou pas?

Si tu veux que je t'aide à mieux

voir et à mieux travailler,

il faut que tu me dises

si c'est difficile pour toi.


JULYVONNE

Je vais pas à l'école.


OPTOMÉTRISTE

Tu vas pas à l'école?


JULYVONNE

Non.


OPTOMÉTRISTE

Jamais, jamais?


JULYVONNE

J'y vais pas.


OPTOMÉTRISTE

Bon. Je vais demander

à ton père d'entrer

et on va lui expliquer ce qu'on

a trouvé dans tes yeux. OK?

Bouge pas.


L'OPTOMÉTRISTE sort de la pièce et va chercher JEAN-FRANÇOIS SAUVAGEAU, le père de JULYVONNE.


OPTOMÉTRISTE

M. Sauvageau?


Tous les deux reviennent dans le cabinet de l'optométriste.


OPTOMÉTRISTE

Bon, là, M. Sauvageau,

il y a un léger problème

avec les yeux de Julyvonne.

Il aurait fallu repérer

et tenter de corriger ça avant.


JEAN-FRANÇOIS

OK.


OPTOMÉTRISTE

Julyvonne avait l'air de me

dire qu'elle va pas à l'école.

C'est vrai?


OPTOMÉTRISTE

C'est nos affaires,

ça, monsieur.


JEAN-FRANÇOIS

Julyvonne a un problème

d'astigmatisme

qui doit être suivi.


JEAN-FRANÇOIS et sa fille marchent sur une route au milieu d'une pleine enneigée. Le vent souffle fort.


JULYVONNE

Pourquoi je pouvais pas

avoir des verres de contact?

Tout le monde en a.


JEAN-FRANÇOIS

L'optométriste, il dit

que tu fais du «stigmatisme».

Tu peux pas avoir des verres

de contact avec ça.

Elles sont belles, tes lunettes.

On pourrait faire

comme tout le monde,

là, tu vas être un peu

différente, c'est tout.


Une voiture de police arrive et se met en travers du chemin des Sauvageau.


POLICIER

Bonjour, monsieur.


JEAN-FRANÇOIS

Bonjour.


POLICIER

Ça va?


JEAN-FRANÇOIS

Qu'est-ce qu'il y a?


POLICIER

Où est-ce que vous

vous en allez comme ça?


JEAN-FRANÇOIS

Chez nous.


POLICIER

En marchant?


JEAN-FRANÇOIS

Ah oui, en marchant.


POLICIER

La petite, là, c'est votre fille, ça?


JEAN-FRANÇOIS

Oui, c'est ma fille.


POLICIER

Il me semble qu'il fait fret

pour marcher de même

sur le bord de la route.


JEAN-FRANÇOIS

C'est notre problème,

ça, c'est pas le vôtre.


POLICIER

Avez-vous un véhicule?


JEAN-FRANÇOIS

Oui, j'en ai un.


POLICIER

Vous l'avez juste

pas pris aujourd'hui?


JEAN-FRANÇOIS

Vous avez tout compris.


POLICIER

Bon. Une petite marche

de fin de semaine.

Hein? Vous aimez ça,

le froid qui mord les joues?


JEAN-FRANÇOIS

Vous avez tout compris.


POLICIER

C'est bon pour la santé, hein?

Voulez-vous un lift?

Habitez-vous loin?


JEAN-FRANÇOIS

Non, pas de lift.

On habite pas loin.


POLICIER

Qu'est-ce que vous avez

dans vos sacs?


JEAN-FRANÇOIS

Du manger.


POLICIER

Du manger?

Je peux-tu avoir vos noms?


JEAN-FRANÇOIS

Jean-François

et Julyvonne Sauvageau.


La voiture de police s'éloigne et JEAN-FRANÇOIS et JULYVONNE reprennent la route en marchant.


Titre :
Curling


JULYVONNE et JEAN-FRANÇOIS font la vaisselle. Les vents sont forts dehors, ce qui crée un bourdonnement dans la maison. Ensuite, JEAN-FRANÇOIS installe les rangées de lumières de Noël qu'il accroche à l'extérieur de sa maison. JULYVONNE est avec lui. Elle porte des lunettes.


JULYVONNE

On devrait aller plus souvent

dans les magasins.

On peut regarder le monde.


JEAN-FRANÇOIS

On peut.


JULYVONNE

Oui.


JEAN-FRANÇOIS

Tu devrais peut-être aller

te coucher bientôt, toi.


JULYVONNE

Non, en même temps que toi.

Je suis assez grande.


JEAN-FRANÇOIS s'arrête et monte sur le balcon devant la maison. Il s'approche de JULYVONNE.


JEAN-FRANÇOIS

Tu vas faire dodo, OK?


Dans la maison, JEAN-FRANÇOIS se prend un verre de lait dans la cuisine. Le vent souffle encore très fort dehors. Un gros bonhomme de neige gonflable se balance au vent devant la fenêtre de la chambre de JULYVONNE. Il est éclairé de l'intérieur et ça lui donne un air effrayant dans la nuit.


Au matin, JULYVONNE met ses lunettes et fait son lit. Ensuite, elle nettoie les tringles au-dessus de la fenêtre du salon. Ensuite, elle lave les vitres de la porte-fenêtre derrière la maison.


JEAN-FRANÇOIS travaille à ajuster le mécanisme de lever des quilles, au salon de Quilles Kennedy. KENNEDY, le patron, le regarde travailler en silence. Soudain, il pousse un cri.


KENNEDY

Eille!


JEAN-FRANÇOIS sursaute.


KENNEDY

(Riant)

Ça marche à toutes les fois.

J'ai gagné 16 à 4 hier.

C'était mongol.

La machine n'est plus

capable de me battre.

J'ai mis la console

en feu, câlisse!


JEAN-FRANÇOIS

Ah oui?


KENNEDY

Il y a des [mot_etranger=EN] scratchs[/mot_etranger]

sur la 22, Moustache.

Tu «checkeras» ça.


JEAN-FRANÇOIS

OK, oui.

C'est quoi le trip de jouer

aux jeux vidéo à ton âge?


KENNEDY

Eille, eille, eille,

qu'est-ce que tu connais

là-dedans, toi, le sportif?

Laisse mes petits

plaisirs tranquilles.


JEAN-FRANÇOIS ajoute de la cire sur une allée où il y a une rainure. Un néon sur le point de mourir fait un bruit d'enfer. KENNEDY prend un café en regardant JEAN-FRANÇOIS travailler.


KENNEDY

Câlisse.

Viens me voir dans le bureau

tantôt. J'ai de quoi pour toi.


JEAN-FRANÇOIS

Oui.


Une jeune femme entre dans le salon de quilles. JEAN-FRANÇOIS lève la tête. Il semble surpris. La fille a les cheveux rouges, c'est ISABELLE.


ISABELLE

Allô.


KENNEDY

(Voyant les cheveux rouges)

Wow! J'aime ben ça.


ISABELLE appuie sur l'interrupteur du comptoir de service et passe derrière le comptoir par une demi-porte. JEAN-FRANÇOIS fait un salut de la main. ISABELLE salue à son tour.


Plus tard, JEAN-FRANÇOIS vient voir KENNEDY à son bureau.


JEAN-FRANÇOIS

Il y a... il y a une nouvelle?


KENNEDY

Ouin. Isabelle.

Elle est pas pire, hein?


JEAN-FRANÇOIS

Ben là, t'as plus

que le double de son âge.


KENNEDY

T'es jaloux?

(mot_etranger=EN)

Come on[/mot_etranger],

lâche les mathématiques.

Elle est [mot_etranger=EN] cute[/mot_etranger], elle est [mot_etranger=EN] cute[/mot_etranger], c'est tout, hein?

Elle parle espagnol.

Pis en plus, elle est capable

de lire l'avenir

dans les tasses de café.


JEAN-FRANÇOIS

Ben voyons donc.


KENNEDY

Je te le dis.

Une petite magicienne.

Elle s'habille

comme un sapin de Noël,

mais ça va nous faire

un bon «show».

On va pouvoir regarder d'autre

chose que les

(mot_etranger=EN)

racks[/mot_etranger] à chips.

JEAN-FRANÇOIS

Tu voulais me voir?


KENNEDY

Oui.

Moustache, tu vas m'aimer.

La belle-soeur est passée

chez nous hier.

Je lui ai parlé de toi

vite, vite.


JEAN-FRANÇOIS

Pourquoi?


KENNEDY

Pourquoi quoi?

T'es tout le temps tout seul.

J'essaye juste de te trouver

du désennui, moi.


JEAN-FRANÇOIS

Je t'ai rien demandé.

T'essayes de me

«matcher»?


KENNEDY

Tu fais jamais rien.

Collectionne des bébelles,

va «watcher» des oiseaux.

Grouille.


JEAN-FRANÇOIS

Comment ça, grouiller?

C'est plate, des oiseaux.


KENNEDY

Trouve-toi un [mot_etranger=EN] hobby.[/mot_etranger]

Quand j'étais jeune, moi,

je capotais sur les trains.

Je me montais des trajets

dans la cave, là.

Pis mon chien qui passait

tout le temps dessus.

Un moment donné,

ben, j'en suis revenu

pis je suis passé à autre chose.


JEAN-FRANÇOIS

Bien, c'est ça.


KENNEDY

C'est ça quoi?


JEAN-FRANÇOIS

En revenir.


KENNEDY

Eille, j'aime ça.


JEAN-FRANÇOIS

Quoi?


KENNEDY

Bien, tu commences

à être baveux. J'aime ça.

On va pouvoir commencer

à avoir du fun icitte.


JULYVONNE est dehors devant la maison. Il fait froid, elle respire. Une voiture passe sur la route devant la maison et arrête un peu plus loin. Quelqu'un descend de la voiture et reste debout sur le bord de la route. JULYVONNE descend du balcon et se rend au bout de l'entrée asphaltée pour regarder. L'HOMME finit d'uriner. Il parle au téléphone au milieu de la route.


Plus tard, JEAN-FRANÇOIS rentre dans une cabine de motel. Il transporte une sorte de panier avec des produits de nettoyage. Il fait quelques pas dans la pièce en regardant partout. Il prend le téléphone fixe de la maison et compose un numéro.


JEAN-FRANÇOIS

Oui, Mme Odile?

Je suis dans la 11, là.

Euh, il est-tu arrivé

quelque chose?

Mais c'est...

c'est plein de sang.

C'est plein de sang.

OK. OK, oui.


JEAN-FRANÇOIS raccroche.


Sur le lit défait de la chambre, une coulée de sang tache les draps blanc. Il y a des flaques de sang séché sur le sol qui vont jusqu'à la salle de bain. Il y a même du sang sur la cuvette de toilette.


Plus tard, ODILE, la patronne du motel est avec JEAN-FRANÇOIS dans la chambre et constate les dégâts.


ODILE

Tabarnak!


JEAN-FRANÇOIS

Ça va laisser des traces.


ODILE

(Soupirant)

C'était un gros «trucker» acadien.


JEAN-FRANÇOIS

Ah oui?


ODILE

Je vais appeler Yvan.

Je vais voir ce qu'il va dire.


JEAN-FRANÇOIS

Je peux essayer

d'enlever le pire.


ODILE

Non, non, non.

Laisse faire ça.

Laisse ça de même.

Va faire la 9 et tu viendras

me voir après.

Faut que je te parle,

mon petit loup.


JEAN-FRANÇOIS

C'est pas... c'est pas un cas

d'appeler la police, ça, hein?


ODILE

Non, non, non.


ODILE sort de la chambre. JEAN-FRANÇOIS attend un moment et sort aussi.


Dans le bureau de réception du motel, JEAN-FRANÇOIS est avec ODILE.


JEAN-FRANÇOIS

Hum hum.


ODILE

Je pense que t'as compris

qu'il y a jamais personne.

Hein?


JEAN-FRANÇOIS

Oui, mais...

l'hiver, c'est normal, non?


ODILE

Je vais fermer ça.

J'ai plus la force.


JEAN-FRANÇOIS

Fermer...

Fermer, fermer, là?


ODILE

Ouin.

Yvan va mettre les panneaux

dans les vitres.


JEAN-FRANÇOIS

Mais...

L'été, ça... ça va reprendre

comme d'habitude, non?

Peut-être que vous pourriez

revendre à quelqu'un

d'autre sinon.


ODILE

Excuse-moi, là, c'est de même.


JEAN-FRANÇOIS sort du motel et prend le temps de faire une pause dans le stationnement. Il est sous le choc. Le soir, JEAN-FRANÇOIS et JULYVONNE prennent leur repas ensemble.


JULYVONNE

On peut-tu aller voir Rosie?


JEAN-FRANÇOIS

Tu veux aller voir Rosie?


JULYVONNE

Oui.

Ça fait longtemps.


JEAN-FRANÇOIS

J'ai... pas trop envie, moi.

Je sais pas, peut-être un

moment donné. Je vais y penser.


Le téléphone sonne. JULYVONNE répond.


JULYVONNE

Allô?

Allô?

Allô!?


JEAN-FRANÇOIS

C'est qui?


JULYVONNE

Ça parle pas, mais ça respire.


JEAN-FRANÇOIS

Passe.


JULYVONNE retourne à table et tend le téléphone à son père.


JEAN-FRANÇOIS

Allô?

Personne.


JEAN-FRANÇOIS coupe la communication et dépose le téléphone sur la table.


JULYVONNE

Non, écoute, il y a quelqu'un.

Ça respire.


JEAN-FRANÇOIS

Veux-tu qu'on mette

de la musique?


JULYVONNE

Est-ce qu'il y a un dessert?


JEAN-FRANÇOIS

Non, pas aujourd'hui.


JULYVONNE

Mais j'ai nettoyé les armoires

pis t'es content.


JEAN-FRANÇOIS

Oui, je suis content.

C'est pour ça qu'on peut

mettre un disque.

Mais il y a pas de dessert.


JULYVONNE

OK.


JEAN-FRANÇOIS et JULYVONNE sont assis dans le salon. Ils écoutent une musique rythmée et dansante. Chacun bat le rythme à sa manière, en restant assis.


Le lendemain, JEAN-FRANÇOIS sort de chez lui avec un gros sac de sport. Il dépose son sac dans la voiture et s'enfonce au fond du jardin enneigé. Un enfant construit un mur avec des blocs de neige.


JEAN-FRANÇOIS

Excuse, petit gars,

qu'est-ce que tu fais là?


GARÇON

Je me fais un fort.


JEAN-FRANÇOIS

Tu restes où, toi?


GARÇON

Là-bas, l'autre bord

du garage.


JEAN-FRANÇOIS

Il est donc ben de bonne

heure pour te faire un fort.

Es-tu tout seul?


GARÇON

Je m'en vais à l'école.


JEAN-FRANÇOIS

C'est ça, vas-y à l'école.

Reste pas autour

de chez nous, OK?


GARÇON

Pourquoi?


JEAN-FRANÇOIS

Parce que c'est pas

chez vous icitte.

Pis tu devrais être à l'école.

De toute façon, la neige est pas

ben bonne pour faire un fort.

La gratte, elle va passer, là,

et elle va tout te le démolir,

ton fort.


GARÇON

Mais je suis loin de la route.


JEAN-FRANÇOIS

Ben, si c'est pas la gratte,

c'est moi qui vas le démolir.

Envoye, va-t'en.

Envoye.


Le GARÇON prend son sac et s'en va. JEAN-FRANÇOIS donne un grand coup de pied dans les blocs de neiges déjà empilés.


Plus tard, JEAN-FRANÇOIS, ISABELLE et KENNEDY jouent une partie de quilles. C'est au tour de KENNEDY de lancer sa boule.


KENNEDY

Le perdant lave les bécosses.


ISABELLE prend sa boule. KENNEDY se place derrière elle et la tient par les hanches.


ISABELLE

Bien là, je suis

pas bien bonne, là.


KENNEDY

Ah, c'est pas grave.

Tu vas voir, c'est ben facile.

Tiens, relaxe un peu, là.

Quand on arrive au bout,

ben, tu lâches la bouboule.


KENNEDY accompagne ISABELLE dans son mouvement jusqu'au moment où elle lance sa boule. Quelques quilles tombent.


JEAN-FRANÇOIS joue son tour. Il fait un abat. KENNEDY fait la grimace.


Plus tard, KENNEDY lave les toilettes. JEAN-FRANÇOIS mange des arachides, appuyé sur le cadre de la porte de la salle de bain.


JEAN-FRANÇOIS

C'est toi qui voulais jouer.


KENNEDY

Ouais, c'est ça.

C'est moi qui voulais jouer.

T'amènes plus

ta petite au bowling?

Amène-la.

Isabelle va jouer avec.


JEAN-FRANÇOIS

J'aime pas bien, bien ça.

J'ai trouvé ça dangereux

pour elle la dernière fois.


KENNEDY

Voyons donc, tarla.

Qu'est-ce que tu trouves

de dangereux icitte?

Hein? Elle a plus 5 ans.


KENNEDY actionne la chasse d'eau.


Plus tard, ISABELLE et JEAN-FRANÇOIS sont dehors à l'arrière de la salle de quilles. ISABELLE fume.


ISABELLE

Vous êtes gêné?

Vous parlez pas beaucoup.


JEAN-FRANÇOIS

Je parle.


ISABELLE

Moi, c'est Isabelle.


JEAN-FRANÇOIS

OK, oui.


ISABELLE

Vous, c'est Jean-François?


JEAN-FRANÇOIS

Oui.

Kennedy, il fait les toilettes.


ISABELLE

Oui.

Jouez-vous au bowling, vous?


JEAN-FRANÇOIS

Pas... pas souvent, non.

On se tanne avec le temps.


ISABELLE

On peut se dire «tu».


JEAN-FRANÇOIS

Ça fait pas longtemps

que t'es là.


ISABELLE

Non.

Je pense que ça va être

juste pour une couple de mois.

Kennedy, c'est le cousin

de ma mère.

Tu fumes-tu?


JEAN-FRANÇOIS

Non. Bien... des fois,

quand je suis stressé.


ISABELLE

T'es-tu un gars stressé?


JEAN-FRANÇOIS

Je fume des fois.

C'est spécial, ton look.


ISABELLE

Kennedy, il aime ça.


JEAN-FRANÇOIS

Ah oui?


ISABELLE

Oui.

Il dit que ça l'excite

puis que j'ai le droit

de m'habiller de même.

Toi, c'est pas trop ton genre?


JEAN-FRANÇOIS

C'est spécial.


JULYVONNE marche dans un champ enneigé. Elle traverse un boisé et se rend à une clôture pour regarder un tigre encagé qui semble apprécier l'hiver. Après un moment, JULYVONNE s'en retourne. En traversant la forêt, elle choisit un chemin différent. Soudain, elle aperçoit quatre corps couverts de sang dans la neige. JULYVONNE est sous le choc et reste là à haleter. Après un moment, elle s'enfuit en courant. JULYVONNE court jusqu'à ce qu'elle soit dans sa chambre et se jette sur son lit pour se cacher sous la couverture.


Plus tard, JULYVONNE tient le téléphone, mais n'appelle personne. Ensuite, elle reste étendue sur le divan, toujours sous le choc. À la fin de la journée, JEAN-FRANÇOIS est de retour à la maison.


JEAN-FRANÇOIS

Je pense que tu vas être contente.

Je t'ai ramené des belles affaires.


JEAN-FRANÇOIS entre dans la cuisine avec une boîte.


JEAN-FRANÇOIS

Un livre de mathématiques,

une bande dessinée,

un livre sur les ours polaires

pis un livre sur l'histoire du Québec.

Mais tu vas voir, c'est pas

trop compliqué.

Contente?


JEAN-FRANÇOIS remarque que sa fille n'est pas dans son état normal.


JEAN-FRANÇOIS

Eille, qu'est-ce qu'il y a?


JULYVONNE

On va-tu aller voir Rosie?


JEAN-FRANÇOIS

On va essayer d'y aller

vendredi peut-être, là.

C'est mieux,

il y a moins de monde.

Pourquoi tu veux voir

Rosie tant que ça?

Hein?

Tu veux que je te fasse du thé?

On va regarder

le livre d'histoire ensemble.

Un bon thé, là.


JULYVONNE

Non, je vais aller

dans ma chambre.


JULYVONNE se lève en emportant ses livres.


JEAN-FRANÇOIS

Veux-tu que je te fasse

un déjeuner pour souper?


Le lendemain, JULYVONNE est agenouillée près des corps gelés dans la forêt.


JEAN-FRANÇOIS discute avec KENNEDY et ISABELLE à la salle de quilles.


JEAN-FRANÇOIS

Bien oui, j'ai le droit.

Si je prouve que je peux

l'éduquer moi-même.


KENNEDY

Mais toi, tu l'éduques?


JEAN-FRANÇOIS

Bien oui.


KENNEDY

Mais oui, mais crisse,

cette petite-là,

elle doit ben avoir

besoin de quelque chose.

Hein?

Es-tu dans une secte,

toi, coudonc?


JEAN-FRANÇOIS

Mais non, je suis pas

dans une secte.

Elle est bien

surveillée, ma fille.


KENNEDY

(Soupirant)

Taboire, Moustache...

Tu me dépasses.

Quand est-ce que t'as décidé ça?


JEAN-FRANÇOIS

Elle est jamais allée.


KENNEDY

Ah bien, câlisse!


JEAN-FRANÇOIS

J'aime pas ça la voir

dans une école.

Il y a toutes sortes de monde

qui font toutes sortes

de niaiseries.


ISABELLE

T'as jamais essayé

de l'envoyer?

Juste pour voir.


JEAN-FRANÇOIS

Non.


KENNEDY

Toi, là, t'es le genre

d'innocent à aller

te cacher dans un lac, là,

pour pas être mouillé

par la pluie.


ISABELLE

Quoi?


KENNEDY

Quoi, quoi?


ISABELLE

C'est quoi ton affaire

de lac pis de pluie?


KENNEDY

C'est une expression.

Ah, laissez faire.

J'aime ben mieux

aller me «pitcher»

dans le banc de neige au lieu

d'entendre des affaires de même.

Câlisse, JF!


KENNEDY s'éloigne et laisse ISABELLE et JEAN-FRANÇOIS seuls.


KENNEDY

(S'éloignant)

Tu te caches dans le lac pour

pas être mouillé par la pluie,

c'est pas compliqué.

Tu veux pas être mouillé.

Tu veux pas être

mouillé par la pluie.


ISABELLE

Elle a quel âge, ta petite?


JEAN-FRANÇOIS

12 ans.


ISABELLE

De quoi t'as peur?


JEAN-FRANÇOIS

Hein?


ISABELLE

T'as peur de quoi?


JEAN-FRANÇOIS

Bien, j'ai pas peur de rien.


ISABELLE

T'as peur qu'elle aille à l'école,

mais tu la laisses

toute seule tous les jours?


JEAN-FRANÇOIS

Bien, elle sait ce qu'elle

a le droit de faire

pis ce qu'elle a

pas le droit de faire.

Tu sais, il y a des règles

ben strictes à la maison.

Elle... elle me respecte.

On se respecte

pis tout est beau.

Elle est ben heureuse.


JEAN-FRANÇOIS est avec ODILE et YVAN, son compagnon.


ODILE

Il faisait chaud

(mot_etranger=EN]anyway[/mot_etranger)

dans ces maudites

chambres-là l'été.

Le monde commence

à comprendre, là.

Ils en parlent tout le temps,

le chauffage de la planète

et pis tout, là.

On est pognés avec ça.

(S'adressant à JEAN-FRANÇOIS)

Petit loup, viens jouer

avec nous autres dimanche.


JEAN-FRANÇOIS

Non, non, je peux pas jouer.

J'ai des affaires à faire.


ODILE

Bien, viens «watcher» d'abord.

Tu vas voir,

on va te donner le goût.

Hein? Amène la petite.

Elle va capoter.


JEAN-FRANÇOIS

Non, elle va s'ennuyer.


ODILE

Envoye donc!


JEAN-FRANÇOIS

On verra.


Le soir, JULYVONNE est étendue sur un banc devant la maison. Plus loin quelqu'un essaie de redémarrer un moteur. JULYVONNE se lève. Les feux clignotants d'une voiture brillent dans la nuit noire.


JEAN-FRANÇOIS rejoint sa fille qui arrive près de la voiture.


JEAN-FRANÇOIS

Eille! Qu'est-ce que tu fais là?


JULYVONNE

Bien, je savais que c'était toi.


JEAN-FRANÇOIS

C'est dangereux comme ça,

la nuit, Julyvonne!


JULYVONNE

C'est pas dangereux,

il y a personne.


JEAN-FRANÇOIS

Oui, c'est dangereux!

T'es supposée être couchée

en plus depuis longtemps.

Câlisse!


JULYVONNE

Sacre pas!


JEAN-FRANÇOIS

Envoye dans le char, là.


De retour à la maison, JEAN-FRANÇOIS est assis seul à table.


JEAN-FRANÇOIS

Je t'ai jamais dit

que de marcher

sur le chemin le soir,

la nuit, c'est permis.

C'est dangereux, ça, Julyvonne.


JULYVONNE écoute les remontrances de son père, couchée dans son lit.


JEAN-FRANÇOIS

On est chanceux de vivre

dans une maison tranquille

comme icitte.

Dehors, là, c'est pas...

Je veux pas que ma fille

se ramasse dans ces folies-là.

Je sais que tu comprends.

Si tu m'écoutes,

tu vas être responsable.

Tu vas me remercier.


Des équipes jouent au curling au club de curling. ODILE et YVAN jouent dans la même équipe. JEAN-FRANÇOIS assiste à la partie, assis sur un banc le long des glaces.


ODILE

(S'approchant de JEAN-FRANÇOIS)

Petit loup, viens jouer

avec nous autres.


JEAN-FRANÇOIS

(Riant)

Non, je vais glisser

et je vais me casser la gueule.


ODILE

Non, mais regarde,

tu vas geler à pas jouer.


JEAN-FRANÇOIS

Non, non, je suis ben correct.

Il fait pas si fret que ça.

Yvan, lui, il joue pas?


ODILE

Mais non, mon beau

champion. Champion!

Il a mal à son arthrite.


JEAN-FRANÇOIS

Oui.

Il fait rien que regarder?


ODILE

Bien oui, il fait

comme toi, il regarde.

Je pense qu'il est venu

«checker» les petites mères.


JEAN-FRANÇOIS

C'est ça, c'est vrai.


ODILE

Il est venu se «shaker» la

patte un peu pis se désennuyer.


JEAN-FRANÇOIS

Se «shaker» la patte?


ODILE

Ah oui, son genou.


JEAN-FRANÇOIS

C'est quoi l'affaire?

C'est lui qui va mettre sa roche

le plus dans le milieu?


ODILE explique le jeu à JEAN-FRANÇOIS au bout d'une allée.


ODILE

Si tu veux, ton but, c'est de

la mettre le plus dans le milieu

parce que c'est là

qu'est le pointage.

Le premier qui joue,

c'est le [mot_etranger=EN] lead.[/mot_etranger]

Lui, sa job, c'est de mettre

les pierres juste en avant

de la maison.

Ça, on appelle ça

des pierres de garde.


JEAN-FRANÇOIS

La maison, c'est-tu le...


ODILE

La maison, c'est

ton rond là, là-bas.

Pis là, les autres

quand ils jouent,

il faut qu'ils contournent.

Le gars qui est là, tu sais,

avec son balai, là, il dit:

«Suis la ligne, envoye-la

comme ça pis contourne,

(mot_etranger=EN]curl.[/mot_etranger)

»

JEAN-FRANÇOIS

Et pis les balais, eux

autres? Qu'est-ce qu'ils font?


ODILE

Les balais. As-tu vu? Regarde.

Le balai, c'est

pour réchauffer la glace,

pour que ça

(mot_etranger=EN)

slide[/mot_etranger] un peu plus.

Mais des fois,

t'en as pas besoin.


JEAN-FRANÇOIS

Ça donne de quoi, ça?


ODILE

Des fois, t'en as pas besoin.

Ça dépend de la force

qu'il est allé.

Tantôt, t'as vu l'autre?

Lui, il est allé assez fort.

Il est rentré juste dedans

pis il a fait un

(mot_etranger=EN)

takeout.[/mot_etranger]

JEAN-FRANÇOIS

Les souliers,

c'est-tu des souliers spéciaux

ou on peut jouer

avec n'importe quoi?


ODILE

Bien, les souliers,

t'as une petite bande

de teflon en dessous.

Regarde, ils en mettent là.

Tu piges dans le tas, là,

t'as la grandeur

(/mot_etranger)

small,[mot_etranger=EN]

médium, large.

T'as ce qu'il faut.


JEAN-FRANÇOIS

Ça a l'air le fun.


ODILE

Je savais que

ça t'intéresserait,

mon snoreau. Hein?

Regarde ben ça, toi.

As-tu vu ça, toi?

On va l'intéresser

à quelque chose.


JEAN-FRANÇOIS est devant le club de curling, il mime qu'il joue au curling. Le soir venu, JEAN-FRANÇOIS roule sur une route enneigée et sombre. Il aperçoit un corps sur la route. JEAN-FRANÇOIS arrête sa voiture et descend voir. C'est le GARÇON de la maison voisine de la sienne.


JEAN-FRANÇOIS

Allô, eille!

Es-tu correct?

Où t'as mal?

Peux-tu parler?


JEAN-FRANÇOIS court à sa voiture et ouvre la portière du côté passager. L'enfant ne réagit pas. JEAN-FRANÇOIS revient vers l'enfant et le prend pour l'installer dans la voiture.


JEAN-FRANÇOIS

Tu vas être correct.

Ça va être correct.


Le GARÇON pousse quelques gémissements quand JEAN-FRANÇOIS le soulève.


JEAN-FRANÇOIS

(Installant l'enfant dans la voiture)

Tiens, tiens.


JEAN-FRANÇOIS conduit tout en parlant au GARÇON étendu sur la banquette arrière.


JEAN-FRANÇOIS

Ça va être correct.

Ça va aller, OK?

Ça va?


JEAN-FRANÇOIS stationne sa voiture et se penche sur l'enfant par la portière coulissante.


JEAN-FRANÇOIS

Ça va?

Ça va? Eille, eille!

Eille, es-tu correct?

Es-tu correct?

Es-tu correct!?

Câlisse.


JEAN-FRANÇOIS panique, il recule un moment pour réfléchir. JEAN-FRANÇOIS ouvre la porte de son garage et retourne vers la voiture pour prendre l'enfant et le transporter à l'intérieur.


Dans la maison, JEAN-FRANÇOIS passe devant la porte de la chambre de JULYVONNE.


JULYVONNE

T'étais où?


JEAN-FRANÇOIS

J'ai eu un problème

avec l'auto.


JULYVONNE

Ah.


JEAN-FRANÇOIS

Ça va?


JULYVONNE

Oui.


JEAN-FRANÇOIS

Tu vas faire dodo?

Je vais aller fumer

une cigarette pis je me couche.


JEAN-FRANÇOIS ferme la porte de la chambre de JULYVONNE.


Au matin, JEAN-FRANÇOIS et JULYVONNE sont dans la cuisine.


JEAN-FRANÇOIS

J'aimerais ça peinturer

la toilette.

Quelle couleur t'aimerais?


JULYVONNE

Hum... Rouge.


JEAN-FRANÇOIS

Rouge, c'est pas une couleur

de toilette, ça, Julyvonne.

T'aimerais pas ça, vert?


JULYVONNE

Non, rouge.


JEAN-FRANÇOIS

T'es-tu confortable

avec tes lunettes?


JULYVONNE

Hum-hum.

Je t'amène au bowling

pis au motel aujourd'hui.

On ira voir Rosie

dans l'après-midi.


JULYVONNE regarde les joueurs au salon de quilles.


VOIX FÉMININE

Envoye, Diane. T'es capable.

Vas-y.


VOIX MASCULINE

C'est beau,

c'est beau, magnifique.

C'est beau, yeah!


Les autres joueurs applaudissent DIANE qui vient de faire un abat.


JULYVONNE joue avec ISABELLE.


Dans la pièce des employés, JEAN-FRANÇOIS lave le plancher.


Plus tard, JEAN-FRANÇOIS visite ROSIE au centre pénitencier.


JEAN-FRANÇOIS

C'est-tu toi qui appelles?

Peut-être que tu devrais

juste parler à la place

de te faire respirer

pis d'énerver la petite.


ROSIE

Je n'appellerai plus.

C'est quoi, là?

Tu t'ennuies de moi?


JEAN-FRANÇOIS

C'est elle qui voulait

te voir, là, c'est pas moi.


ROSIE

Bon bien, si t'as rien d'autre

à dire, laisse-la rentrer.


JEAN-FRANÇOIS

As-tu du nouveau?


ROSIE

Fais pas semblant

de t'intéresser à moi.


JEAN-FRANÇOIS sort de la salle des visites et va chercher JULYVONNE qui attend dans un couloir.


JEAN-FRANÇOIS

Tu peux y aller.

C'est au fond là-bas.


JULYVONNE

Je suis allée aux toilettes

pis c'était peinturé en rouge.

On pourrait faire

pareil à la maison.


JEAN-FRANÇOIS

Vas-y, là. Elle veut te voir.

Envoye, envoye.


JULYVONNE marche dans le couloir vers la salle de visites de la prison. ROSIE embrasse JULYVONNE.


ROSIE

T'es toute belle, ma grande.

Ça va bien avec ton père?


JULYVONNE

Oui.


ROSIE

Il est gentil avec toi?

Il te fait manger

des bonnes affaires?


JULYVONNE

Oui.


ROSIE

Qu'est-ce que vous faites?

Il te fait faire tes devoirs?


JULYVONNE

J'aimerais ça

qu'il peinture la toilette.


ROSIE

(Riant légèrement)

C'est une belle idée,

ça, ma grande.


JULYVONNE

T'as les cheveux longs.


ROSIE

Tu manques de rien

à la maison, tu me le jures?


JULYVONNE

Je suis correcte.

Rosie, j'ai vu un tigre.


ROSIE

Quoi?


JULYVONNE

J'ai vu un tigre.


ROSIE

Comment ça, un tigre? Où ça?


JULYVONNE

Dans un champ.


ROSIE

Tu me le dirais

s'il y avait quelque chose

qui allait pas bien, hein?

Je peux pas te parler longtemps.

Demande à ton père

de revenir, OK?


ROSIE se lève, embrasse sa fille de nouveau et la serre dans ses bras. JULYVONNE retourne vers son père. JEAN-FRANÇOIS revient dans la salle de visite. Il se racle la gorge pour manifester sa présence à ROSIE qui semble perdue dans ses pensées.


ROSIE

Elle est pas bien,

cette petite fille-là.

Elle a rien dans l'oeil.


JEAN-FRANÇOIS

Ben voyons.


ROSIE

Elle est toute vide,

quasiment retardée.

Ça se voit tout de suite.


JEAN-FRANÇOIS

Elle est bien correcte.

Tu sais rien d'elle.


ROSIE

Je te connais,

t'as peur de tout.

Tu te caches, tu contrôles tout.

C'est pas bon pour elle.


JEAN-FRANÇOIS

Elle te connait même pas...

Je sais même pas pourquoi

elle veut te voir.


ROSIE

Tu l'aimes pas,

elle t'aime pas non plus.

Ça prend pas un diplôme

pour comprendre ça.


JEAN-FRANÇOIS

Bon, je m'en vais, moi.


JEAN-FRANÇOIS se retourne et marche vers la sortie.


ROSIE

Je vais sortir

d'icitte un jour.

Si j'apprends que t'as touché

à un cheveu de sa tête,

je t'arrache le coeur,

mon tabarnak!

As-tu compris?

(Criant)

As-tu compris!?


De retour à la maison, JEAN-FRANÇOIS et JULYVONNE écoutent de la musique. JULYVONNE danse.


Le lendemain, JULYVONNE est de retour auprès des morts de la forêt.


JEAN-FRANÇOIS arrive au motel, à pied. Une affiche fermée est posée sur la porte de la réception du motel. JEAN-FRANÇOIS attend dehors. La porte s'ouvre et YVAN sort dans la porte.


YVAN

Tu t'ennuies-tu de ta job?


JEAN-FRANÇOIS

Eille, salut, Yvan. Ça va?


YVAN

Oui, toi?


JEAN-FRANÇOIS

Ah oui. Je passais.

Pis? Avez-vous

pas mal tout fini?


YVAN

Oui. Ben, j'avais

oublié deux-trois outils

pis il y avait de la malle.

Veux-tu rentrer prendre un café?


JEAN-FRANÇOIS

Non, non, je vais

continuer à marcher, moi, là.


YVAN

Attends.


YVAN et JEAN-FRANÇOIS marchent vers les cabines de motel.


YVAN

Ostie que le «fret» me rentre

dans les os cette année.

Pas toi?


JEAN-FRANÇOIS

Non, moi,

je suis ben correct.

Odile est pas là?


YVAN

Non, elle est

chez sa coiffeuse.

Elle va aller

me chercher tantôt.


JEAN-FRANÇOIS

OK, oui.


YVAN

(mot_etranger=EN]Check[/mot_etranger)

ça.

YVAN sort son ruban à mesurer et se penche au milieu de l'allée pour mesurer une piste de chevreuil.


YVAN

Cinq pouces.

Un beau buck de deux, trois ans.


JEAN-FRANÇOIS

Ah oui?

Comment tu sais ça?


YVAN

Ah, c'est facile.

Un petit trois pouces,

c'est un bébé d'habitude.

Quatre pouces, c'est bon

pour une jeune femelle.

En haut de cinq pouces,

c'est un buck.

Pis ça, c'est...

Oui, c'est cinq pouces

et plus. Il est frais.


JEAN-FRANÇOIS

Vous vous ennuyez pas

trop du motel?


YVAN

Eh crisse, non.


JEAN-FRANÇOIS

Les [mot_etranger=EN] plywoods,[/mot_etranger] là,

vous n'enlèverez plus jamais ça?


YVAN

Non. Je veux plus voir ça,

ces chambres puantes là, moi.


JEAN-FRANÇOIS est dans son garage. Il transporte le corps du GARÇON enveloppé dans une couverture. Il le place dans sa voiture.


JEAN-FRANÇOIS conduit sa voiture dans la nuit jusqu'aux cabines du motel. Il transporte le corps du GARÇON jusque devant une des cabines. Puis, il déboulonne le treillis qui cache le dessous vide d'une des cabines et glisse le corps en dessous. Ensuite, il replace le treillis, tel qu'il était.


Au matin, une voiture de police est garée devant la maison des voisins. La police discute avec une femme. JEAN-FRANÇOIS observe la scène.


KENNEDY et ISABELLE arrivent en voiture devant la maison de JEAN-FRANÇOIS. Ils descendent tous les deux de la voiture.


KENNEDY

(S'approchant de JEAN-FRANÇOIS)

Ouais, pas fort, la Moustache.


JEAN-FRANÇOIS

Excuse-moi. Tu connais ça

mieux que moi.


Le capot de la voiture de JEAN-FRANÇOIS est soulevé. KENNEDY s'approche et regarde le moteur.


JEAN-FRANÇOIS

Pogné pour la pousser

hier soir dans le fret, là.


KENNEDY

Va donc brailler.

Change-moi donc ça, ce bazou-là.

Pas de char, pas de cellulaire,

pas d'Internet, pas de TV.

Pas de blonde pis pas de fun.


ISABELLE

C'est quoi, la police?


KENNEDY

Ça doit être à cause

du petit gars qu'ils cherchent.

Ils en parlaient aux nouvelles.

La police est-tu venue te voir?


JEAN-FRANÇOIS

J'ai rien à leur dire.


KENNEDY

Je t'ai pas demandé

ton numéro de bobettes.

Je veux juste savoir

s'ils sont venus te parler.

Bon, essaye donc ça, là,

que j'entende c'est quoi

le problème.


JEAN-FRANÇOIS monte dans sa voiture et tente de démarrer sans réussir.


JULYVONNE regarde par la fenêtre du salon.


KENNEDY

OK, OK, arrête.


ISABELLE

Je vais aller voir

la petite, OK?


JEAN-FRANÇOIS

Non, non, c'est mieux pas.

Elle est malade.

Tu vas pogner ses microbes.


KENNEDY fait quelques gestes sous le capot et le referme.


KENNEDY

Tiens, Moustache.

Elle devrait partir.

Je vais aller pisser, moi.


KENNEDY entre dans la maison de JEAN-FRANÇOIS.


KENNEDY

(S'adressant à JULYVONNE)

Allô, ma chouette.

Je m'en viens juste

me replacer le toupet.

Les toilettes sont où?


JULYVONNE montre les toilettes.


Le salon de quille est animé. KENNEDY joue avec ses clients. Une mascotte portant un costume de quille se promène entre les allées.


KENNEDY

(Jouant sur une allée)

Eille, hein?

Je les ai toutes manquées.


ISABELLE transporte un gâteau décoré avec des quilles. JEAN-FRANÇOIS est assis dans son costume de quilles.


ISABELLE

Ça va?


JEAN-FRANÇOIS

Ah, oui, oui. Toi?


ISABELLE

Oui.


ISABELLE

Mon chum va venir manger

avec nous autres tout à l'heure.

Tu vas peut-être le voir.


JEAN-FRANÇOIS

Ah oui? OK, oui.

T'as un chum?


ISABELLE

Oui.


JEAN-FRANÇOIS

Il a quel âge?


ISABELLE

25.


JEAN-FRANÇOIS

Tu l'aimes?


ISABELLE

Il est correct.

(S'assoyant près de JEAN-FRANÇOIS)

T'es drôle dans ton costume.


JEAN-FRANÇOIS

Tu trouves, oui?


ISABELLE

Oui, t'es cool.


JEAN-FRANÇOIS

Il paraît que tu lis l'avenir

dans les tasses de café?


ISABELLE

Bien non.

C'est Kennedy qui t'a dit ça?


JEAN-FRANÇOIS

Oui.


ISABELLE

Je pourrais lui faire

accroire n'importe quoi à lui.


JEAN-FRANÇOIS

Il dit que tu parles

l'espagnol aussi.


ISABELLE

Oui, ben, un peu.


JEAN-FRANÇOIS

Ah oui? Dis-moi

donc quelque chose.


ISABELLE

Hum...


ISABELLE parle à JEAN-FRANÇOIS en espagnol.


JEAN-FRANÇOIS

Wow! C'est beau.

C'est quoi que ça veut dire?


ISABELLE

Bien, en gros,

ça veut dire que...

je suis contente

de te connaître.

T'as les yeux tristes

depuis un bout.

Si ça va pas,

tu peux me le dire.


JEAN-FRANÇOIS

Bien, euh...

Ça va pas.


ISABELLE

Je peux-tu faire de quoi?


JEAN-FRANÇOIS

Ça va passer.


ISABELLE

Parle-moi. Enlève ta tête.


JEAN-FRANÇOIS

Ah, je suis correct.

(Remettant les gants du costume)

Bon...


ISABELLE

À tantôt.


JEAN-FRANÇOIS

Oui.


JULYVONNE joue aussi aux quilles, dans l'équipe de KENNEDY.


KENNEDY

(Content de son coup)

Oupelaille! Hein?


Un jeune homme aux cheveux longs entre dans le salon de quille. Il embrasse ISABELLE qui vient l'accueillir. JEAN-FRANÇOIS les remarque. Il détourne le regard, comme abattu. JULYVONNE court voir son père.


JULYVONNE

Papa, papa!

Isabelle, elle dit qu'il y a

des jeunes comme moi

qui jouent ensemble ici

les dimanches.

Je peux-tu jouer

avec eux autres?


JEAN-FRANÇOIS

On verra ça, là.

Elle en dit donc bien,

des affaires, elle.


JULYVONNE

Ah, s'il te plaît,

je veux venir.


JEAN-FRANÇOIS

Dérange-moi pas, là,

je travaille.

Regarde Kennedy, là.

Il va lancer sa boule.

Combien de quilles sont tombées?


JULYVONNE

Six.


JEAN-FRANÇOIS

Ferme les yeux.

Si tu prends le nombre de

quilles qui sont encore debout

et que t'en ajoutes neuf,

ça fait combien?


JULYVONNE

C'est difficile, ça.


JEAN-FRANÇOIS

Julyvonne, calcule

dans ta tête.

Tu devrais savoir ça

facilement.

Va te faire du fun, là.

J'ai chaud. Envoye.


Un enfant s'approche de JEAN-FRANÇOIS et commence à donner des coups sur le haut du costume de quille.


ENFANT

Donne-moi ta tête!

Donne-moi ta tête!


JEAN-FRANÇOIS

Eille, wô, wô! T'es qui, toi?


ENFANT

Donne-moi ta tête.


JEAN-FRANÇOIS

Wô, wô, wô. Tu veux ma tête?

Je vais te la donner.


JEAN-FRANÇOIS retire le haut de la quille qui lui servait de tête et la donne à l'enfant.


JEAN-FRANÇOIS

T'as quel âge, toi?


ENFANT

10 ans!


JEAN-FRANÇOIS

Tu vas-tu à l'école?


ENFANT

Oui!


L'ENFANT monte sur les bancs.


JEAN-FRANÇOIS

Débarque de là,

débarque de là.

Es-tu bon à l'école?

4 fois 3?


ENFANT

Ben, là, facile, 12.


JEAN-FRANÇOIS

6 fois 5?


ENFANT

30.


JEAN-FRANÇOIS

20 divisé par 4?


ENFANT

(Regrimpant sur les bancs)

5.


JEAN-FRANÇOIS

Débarque de là.


L'enfant se fatigue vite de son jeu et jette la tête de la mascotte sur le sol.


JEAN-FRANÇOIS

Eille! Câlisse.


JULYVONNE est devant le marqueur de points électronique. Elle joue avec les boutons comme si elle n'avait jamais vu ça. JEAN-FRANÇOIS réfléchit en voyant sa fille.


JEAN-FRANÇOIS est dans la salle des employés du salon de quilles. KENNEDY le rejoint.


KENNEDY

Pis, la Moustache?

Pas trop chaud?


JEAN-FRANÇOIS

Pas pire.

Tout à l'heure,

je suis allé pisser.

Ça a pris dix minutes

juste pour enlever le costume.


KENNEDY

(Rigolant)

Ta petite, elle a du fun

comme une démone.

Dis-lui qu'elle peut

manger ce qu'elle veut.

C'est sur mon bras.


JEAN-FRANÇOIS

Merci.


KENNEDY

Boude pas, là.

T'as perdu la gageure.

Tu l'as perdue, c'est tout. Hein?

Le pouilleux de chum à Isabelle,

il l'a fait hier pis il est pas mort.

C'est rien qu'un costume, là.

Tu perdras pas

ta fierté pour ça.

Euh...

Je ferai pas tirer

la traîne sauvage.

Il y a moins de monde

que je pensais

pis ça va avoir l'air cheap.

Je l'ai gardée dans

le bureau pour la petite.


JEAN-FRANÇOIS

Merci.

T'es bien fin.

Elle va être ben contente.


KENNEDY

(mot_etranger=EN]Good.[/mot_etranger)

Change d'air astheure.

C'est un party,

pas un enterrement.


Plus tard, de retour à la maison, JULYVONNE est assise à table et mange.


JEAN-FRANÇOIS

T'as-tu aimé ça aujourd'hui?


JULYVONNE

Oui.

Tu laisses les sacs

sur le comptoir?


JEAN-FRANÇOIS

Je suis fatigué.

Va te coucher, là.


JULYVONNE termine son verre de lait et va se coucher. JEAN-FRANÇOIS déballe ses sacs d'épicerie.


JULYVONNE

(Appelant de sa chambre)

Papa?

Tu vas-tu faire dodo?


JEAN-FRANÇOIS

Julyvonne, viens ici, OK?

Assieds-toi.

Je...

Je vais m'en aller.

Je vais m'en aller.

J'ai besoin d'air.


JULYVONNE

Pourquoi?

Tu m'emmènes pas avec toi?


JEAN-FRANÇOIS

Je vais m'en aller

avec l'auto.

Non, je t'emmène pas avec moi.


JULYVONNE

Pourquoi?

Tu vas revenir quand?


JEAN-FRANÇOIS

Julyvonne, tu vas rester ici.

C'est notre entente à nous deux.

Tu vas faire la grande fille.


JULYVONNE

Tu m'expliques pas pourquoi?


JEAN-FRANÇOIS

J'ai un problème d'adulte.

Je vais m'en aller.

C'est notre entente

à nous deux, OK?


JULYVONNE

Pourquoi?


JEAN-FRANÇOIS

Ça va pas trop bien

dans ma tête.

(Soupirant)

Je le sais que t'es capable

de rester toute seule ici.

Tu peux-tu comprendre ça?


JULYVONNE

Oui, mais pourquoi?


JEAN-FRANÇOIS

Arrête de demander pourquoi.

C'est comme ça.


Pendant la nuit, JEAN-FRANÇOIS sort de chez lui avec un sac de voyage. Il se dirige vers sa voiture et dépose son sac sur le siège du passager. Ensuite, il se glisse derrière le volant. Le moteur démarre et la voiture quitte l'entrée. JEAN-FRANÇOIS s'en va. Au matin, JULYVONNE mange seule dans le salon. Ensuite, elle se rend dans la forêt pour visiter ses morts. JULYVONNE continue de vivre comme d'habitude.


JEAN-FRANÇOIS sort de la réception d'un motel en pleine nuit. Il avance vers une des cabines et entre. C'est une cabine avec cuisinette. JEAN-FRANÇOIS fait le tour et se dirige vers la chambre où il se couche.


JEAN-FRANÇOIS rêve qu'il joue au curling. Il joue à toutes les positions dans son rêve. Il est un champion et une dizaine de personnes sont là pour l'acclamer. Une femme danse avec lui. Le rêve se termine.


À la maison, JULYVONNE se prépare des pâtes. Elle n'arrive pas à ouvrir le pot de sauce, elle choisit de le briser avec un marteau.


JEAN-FRANÇOIS mange dans un petit restaurant. Une jeune femme, MIREILLE, est assise dans un coin de la salle à manger.


MIREILLE

Bonjour.


JEAN-FRANÇOIS

Bonjour.


MIREILLE

Vous attendez quelqu'un?


JEAN-FRANÇOIS

Euh, non, non.


MIREILLE

Moi, c'est Mireille.

Je vous ai vu au motel à côté.


JEAN-FRANÇOIS

Ah.


MIREILLE

Vous êtes touriste?


JEAN-FRANÇOIS

Oui, oui, c'est ça.


MIREILLE

Vous venez d'où?


JEAN-FRANÇOIS

De Saint-Hilaire.

Est-ce que vous connaissez ça?


MIREILLE

Rive-Sud de Montréal.


JEAN-FRANÇOIS

Oui.


JEAN-FRANÇOIS

Vous?


MIREILLE

Non. Moi,

je suis pas touriste.


MIREILLE et JEAN-FRANÇOIS sont assis côte à côte sur le dossier d'un banc de parc, face au fleuve.


MIREILLE

Est-ce que je peux te tutoyer?


JEAN-FRANÇOIS

Ah, bien oui. Oui.


MIREILLE

T'es réservé, toi.


JEAN-FRANÇOIS

Ah, peut-être. Je le sais pas.


MIREILLE

Qu'est-ce que tu fais

comme travail?


JEAN-FRANÇOIS

Je fais de la maintenance

dans un bowling

pis dans un motel aussi,

mais là, c'est fermé.


MIREILLE

Ah, t'as plus de job?


JEAN-FRANÇOIS

Oui, ben...

le motel est fermé.

Mais je travaille au bowling.

Excuse-moi.

C'est pas clair, hein?


MIREILLE

Aimes-tu ça?


JEAN-FRANÇOIS

Oui.


MIREILLE

T'es-tu marié?


JEAN-FRANÇOIS

Je suis divorcé.


MIREILLE

Qu'est-ce que

t'es venu faire ici?

Tu restes-tu longtemps?


JEAN-FRANÇOIS

Je... je le sais pas encore.

Toi, tu... tu restes-tu

au motel ou...


MIREILLE

Non, non, c'est ma chum

qui est propriétaire.

Fait que je passe

la voir souvent.


JEAN-FRANÇOIS

OK.


MIREILLE

Eille, elles sont

belles, tes bottes.


JEAN-FRANÇOIS

Ah, bien, merci.


MIREILLE

Moi, il faut que

je m'achète un manteau neuf.


JEAN-FRANÇOIS

Bien voyons,

il est beau, celui-là.


MIREILLE

Il est pas assez chaud.


JEAN-FRANÇOIS

Ah, c'est sûr que...


MIREILLE et JEAN-FRANÇOIS s'embrassent.


MIREILLE

J'espère que tu vas

rester un petit peu.


Le soir, JEAN-FRANÇOIS et MIREILLE sont dans la cabine du motel. MIREILLE fume dehors, la porte de la cabine est ouverte.


MIREILLE

As-tu des enfants?


JEAN-FRANÇOIS

Oui, j'ai une fille de 12 ans.

Toi?


MIREILLE

Non.

Il va falloir que

je te demande des sous

si tu veux que je reste.


Au matin, JEAN-FRANÇOIS est debout devant le fleuve qui donne à l'arrière de sa cabine de motel. Il retourne vers la cabine et trouve un briquet avec un chat imprimé sur le balcon. Il entre dans la cabine. MIREILLE est couchée dans le lit.


MIREILLE

Il fait froid.


JEAN-FRANÇOIS

Oui.


JEAN-FRANÇOIS

Tiens, ton petit minou

était tout gelé.


MIREILLE rit. JEAN-FRANÇOIS reste assis près d'elle. Une gêne s'installe.


MIREILLE

C'est un beau nom, Julyvonne.


JEAN-FRANÇOIS se redresse sur le lit, comme pris de remords.


JULYVONNE est avec les cadavres dans la forêt. Elle est couchée sur le sol enneigé près des corps.


JEAN-FRANÇOIS est arrêté sur une route au milieu de nulle part. Le capot de sa voiture est levé. Il ferme le capot et tente de redémarrer la voiture. Le moteur ne démarre pas.


JEAN-FRANÇOIS

Tabarnak!


JEAN-FRANÇOIS marche vers une maison de campagne tout près.


Chez JULYVONNE, ISABELLE sonne à la porte. Son copain est avec elle, il tient une luge. Il n'y a pas de réponse. ISABELLE regarde par la fenêtre et voit que la maison est vide. JULYVONNE est toujours avec ses cadavres dans la forêt. Elle s'est endormie. Des sirènes de police au loin la réveillent. ROSIE se lève et court dans la forêt.


JULYVONNE est rentrée chez elle. Elle regarde à la fenêtre. Elle est nerveuse. Les sirènes de police continuent de résonner dans le secteur. Une voiture passe à toute vitesse avec les gyrophares allumés devant la maison. Le téléphone sonne. JULYVONNE répond.


JULYVONNE

Rosie?


JEAN-FRANÇOIS parle au téléphone dans une cabine téléphonique.


JEAN-FRANÇOIS

C'est pas Rosie,

Julyvonne, c'est moi.


VOIX DE JULYVONNE

Ah.


JEAN-FRANÇOIS

T'es-tu correcte?


VOIX DE JULYVONNE

Oui, oui.


JEAN-FRANÇOIS

(Soupirant)

J'ai eu une autre panne,

mais je vais

m'en venir bientôt, OK?

Je voulais juste savoir

si t'étais correcte.


JULYVONNE écoute la voix de son père au téléphone.


JULYVONNE

Est-ce que tu vas mieux?


VOIX DE JEAN-FRANÇOIS

Oui, oui, ça va mieux. Ah oui.


JEAN-FRANÇOIS parle au téléphone dans la cabine de téléphone.


JEAN-FRANÇOIS

Je vais m'en venir bientôt, OK?


VOIX DE JULYVONNE

Si tu veux.


JEAN-FRANÇOIS

Je t'aime, Julyvonne.

Je t'aime plus

que tout au monde.

Sois pas fâchée, OK?

Je... je m'excuse.

OK, je vais raccrocher, là, OK?

OK.


JEAN-FRANÇOIS sort de la cabine.


JULYVONNE retourne à la fenêtre.


JEAN-FRANÇOIS est de retour chez lui. Il tire sur la luge sur le bord de la route. JULYVONNE est à genoux sur la luge et se laisse traîner. Ils passent devant le motel abandonné.


Sur une pente aménagée pour la glissade, des familles glissent. JEAN-FRANÇOIS et JULYVONNE arrivent sur le site. JULYVONNE est émerveillée de voir autant d'enfants. Elle touche la lèvre supérieure de son père. JEAN-FRANÇOIS n'a plus de moustache. JEAN-FRANÇOIS et JULYVONNE grimpent sur le tapis roulant qui mène en haut de la côte.


Début générique de fermeture


Titre :
Curling


Fin générique de fermeture



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