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Vidéo transcription

Les aventures d'Arsène Lupin

Arsène Lupin, gentleman cambrioleur aux multiples identités, signe deux vols à Paris puis se fait enlever sur ordre d’une ravissante allemande, Mina von Kraft, pour le compte de l’empereur Guillaume II.



Réalisateur: Jacques Becker
Acteurs: Robert Lamoureux, Liselotte Pulver, O.E. Hasse
Année de production: 1957

Accessibilité
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Générique d'ouverture


Titre :
Les aventures d'Arsène Lupin


L'action se déroule en Europe, au début du vingtième siècle.


ALDO DI PAROLINI est à bord d'une voiture. Il roule sur un chemin de campagne la nuit. Il la gare à l'orée d'une forêt et en descend. ALDO retire son manteau, puis siffle. Un homme, jusque-là caché dans la voiture, saisit le manteau. ALDO retire également son chapeau et le masque qu'il porte, puis il se dirige vers un manoir où a lieu une fête.


Les invités dansent une valse à l'intérieur. ALDO les observe de loin en s'allumant une cigarette, puis il s'approche. À un moment, un couple, MINA VON KRAFT et son mari RUDOLF VON KRAFT, dansent sur le grand balcon devant le manoir.


MINA VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Assez!

La tête me tourne.


Le couple cesse de danser.


RUDOLF VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Puis-je vous offrir

du champagne?


RUDOLF se dirige vers l'intérieur. MINA agite un éventail devant son visage en soufflant.


MINA VON KRAFT

Ah...


ALDO s'appuie sur la rambarde à côté d'elle, tout en fumant une cigarette.


ALDO DI PAROLINI

Quelle adorable nuit, madame.


MINA VON KRAFT

Oui, en effet.


ALDO DI PAROLINI

(Se présentant)

Aldo di Parolini,

attaché d'ambassade.


MINA VON KRAFT

(Se présentant)

Baronne Mina von Kraft.


ALDO DI PAROLINI

J'adorerais danser avec vous.


ALDO et MINA dansent ensemble, puis rejoignent les autres à l'intérieur.


Pendant ce temps, RUDOLF commande du champagne à l'un des serveurs.


RUDOLF VON KRAFT

Du champagne, s'il vous plaît.


RUDOLF récupère la coupe de champagne déposée sur un plateau. En se retournant, il aperçoit MINA qui danse avec ALDO.


ALDO DI PAROLINI

Chère baronne, vous avez

un parfum inoubliable.


MINA s'amuse bien. RUDOLF lève alors la coupe de champagne à l'intention d'une autre femme, MATHILDE DUCHAMP, qui s'avance au bras de son mari, ÉMILE DUCHAMP. Un autre homme les accompagne, LORD BRADBURY, ainsi qu'un serveur.


RUDOLF VON KRAFT

Madame la présidente,

je bois

à votre éblouissante beauté.


MATHILDE DUCHAMP

Émile,

vous connaissez sûrement

le capitaine Rudolf von Kraft

qui s'est couvert de gloire

dimanche au concours hippique.


ÉMILE DUCHAMP

Bravo, monsieur. Votre

empereur doit être fier de vous.


RUDOLF VON KRAFT

Monsieur le président

du Conseil est trop bon.


MATHILDE DUCHAMP

À tout à l'heure, capitaine.


RUDOLF les salue tour à tour.


ÉMILE, MATHILDE, LORD BRADBURY et le serveur s'arrêtent devant une oeuvre de Leonard de Vinci. Une affichette sous le tableau indique qu'il est né en 1452 et mort en 1519.


LORD BRADBURY

Merveilleux.

(Propos traduits de l'anglais)

Splendide


RUDOLF VON KRAFT

(Propos traduits de l'anglais)

Une merveille!


LORD BRADBURY

Vous êtes un homme heureux,

monsieur le président

du Conseil.

Et vous aussi,

ma chère présidente.

Vous possédez une merveille.


ÉMILE DUCHAMP

Malheureusement,

ce n'est qu'une esquisse.


MATHILDE DUCHAMP

Une toute petite esquisse.


LORD BRADBURY

Petite, mais très belle.


MATHILDE DUCHAMP

Moi, je préfère

le Michel-Ange.


LORD BRADBURY

Un Michel-Ange?


ÉMILE DUCHAMP

Mais oui, mon cher.

Il est là.


Ils s'approchent alors d'une petite toile au mur un peu plus loin.


LORD BRADBURY

C'est de Michel-Ange?


ÉMILE acquiesce.


LORD BRADBURY

(Sceptique)

Tiens...


PAUL DESFONTAINES arrive derrière MATHILDE.


PAUL DESFONTAINES

Chère Mathilde,

faites-moi donc la grâce

de me présenter

à Son Excellence Lord Bradbury.


MATHILDE DUCHAMP

Pardon, Paul. Milord,

permettez-moi de vous présenter

monsieur Paul Desfontaines, notre

populaire préfet de police.


LORD BRADBURY

Enchanté, monsieur le préfet.

Je dois dire que vous êtes

presque aussi célèbre

à Londres qu'à Paris.


PAUL DESFONTAINES

Vous admiriez le Michel-Ange?


LORD BRADBURY

Oui. Mais

on m'avait aussi raconté

que vous aviez un Botticelli.


ÉMILE DUCHAMP

Mais oui.


MATHILDE DUCHAMP

Émile l'a trouvé

cet hiver en visitant

un vieux château à vendre.

Les gens ne savaient même pas

qu'ils avaient ça chez eux.


ÉMILE DUCHAMP

On va vous le montrer.


ÉMILE prend le bras de LORD BRADBURY, tandis que PAUL et MATHILDE marchent derrière eux.


ÉMILE DUCHAMP

Figurez-vous,

pour avoir le tableau,

j'ai dû acheter

la maison et les meubles.

Le tout pour une bouchée

de pain d'ailleurs.

Si je n'avais voulu

que le tableau,

les propriétaires

se seraient méfiés.


Pendant ce temps, ALDO et MINA dansent ensemble et s'arrêtent.


ALDO DI PAROLINI

Merci, chère baronne.

Vous êtes charmante.


MINA VON KRAFT

Mais dites-moi,

est-ce que ce n'est pas

le fameux Lord Bradbury qui est

là avec le président Duchamp?


ALDO DI PAROLINI

Mais où ça?


MINA VON KRAFT

Là.


ALDO DI PAROLINI

Si. Mais vous

ne le connaissez pas?


MINA VON KRAFT

Non.


ALDO DI PAROLINI

Oh, chère baronne,

il faut combler cette lacune.

Permettez-moi.


Plusieurs personnes sont réunies devant le tableau de Botticelli. ALDO et MINA s'approchent.


LORD BRADBURY

C'est le chef-d'oeuvre.

Pur chef-d'oeuvre.


HOMME

Nous avons failli acheter le

même à Florence. Tu te souviens?


FEMME

C'est vrai. Mais avec

le [mot_etranger=EN]modern style[/mot_etranger] du salon,

j'ai eu peur que ça ne fasse

un peu triste.


ALDO DI PAROLINI

Mais vous pouviez

changer le salon.


MINA a un petit rire.


ALDO DI PAROLINI

Milord, permettez-moi

de vous présenter

la baronne Mina von Kraft

qui brûle de désir

de vous connaître.


MATHILDE DUCHAMP

Mina, quel joli prénom!


LORD BRADBURY

Ravi de vous connaître.

Puis-je vous demander

cette valse?


MINA VON KRAFT

Mais certainement.


LORD BRADBURY et MINA rejoignent le plancher de danse.


LORD BRADBURY

J'adore cet air.


RUDOLF danse de son côté avec une autre femme. RUDOLF et MINA se font un clin d'oeil.


ALDO DI PAROLINI

Madame la présidente,

votre soirée est merveilleuse.

Me ferez-vous l'honneur

de m'accorder cette danse?

(mot_etranger=IT]Grazie[/mot_etranger)

.

ALDO et MATHILDA commencent à danser et rejoignent le plancher de danse.


ALDO DI PAROLINI

(S'excusant auprès de PAUL et d'ÉMILE)

Pardon.


ÉMILE DUCHAMP

Vous le connaissez,

cet oiseau-là?


PAUL DESFONTAINES

Jamais rencontré.

Le Maharadjah.


Le MAHARADJAH entre dans la pièce.


ÉMILE DUCHAMP

Oh sapristi!

Je l'avais oublié, celui-là.


ÉMILE va saluer le MAHARADJAH. Il lui fait la bise.


ALDO et MATHILDE dansent avec grâce, ce que ne manque pas de remarquer un couple qui danse à proximité.


HOMME 1

Quel fougueux danseur!

Qui est-ce?


FEMME 1

J'allais vous poser

la même question.


ALDO entraîne MATHILDE, en dansant la valse, jusque sur le balcon à l'extérieur. Là, il l'embrasse longuement sur la bouche, en agitant un mouchoir blanc à l'intention de deux hommes en embuscade dans la forêt. Les deux hommes se déplacent.


MATHILDE DUCHAMP

Ah...


ALDO DI PAROLINI

Chanterez-vous

pour nous, ce soir?


MATHILDE DUCHAMP

Comment savez-vous

que je chante?


ALDO DI PAROLINI

J'étais l'autre nuit

chez les D'Anglemont.

Vous avez été...

merveilleuse.


MATHILDE DUCHAMP

Vous y étiez donc?


ALDO DI PAROLINI

Si.


Un de deux hommes en embuscade s'approche du manoir et frappe sur un tuyau en utilisant un maillet.


ALDO DI PAROLINI

Je me souviens, je me souviens,

vous aviez une robe

couleur de lune.

Ah... Vous étiez belle.


ALDO embrasse de nouveau MATHILDE.


L'homme continue de frapper sur le tuyau. À l'intérieur, la musique cesse et les lumières s'éteignent.


MATHILDE DUCHAMP

Mais il n'y a plus de lumière.


Les invités rejoignent alors MATHILDE et ALDO à l'extérieur.


FEMME 2

Qu'est-ce que c'est, Mathilde?

Une surprise?


MATHILDE DUCHAMP

Mais non, pas du tout.


HOMME 2

C'est une panne

de gaz, chère madame.

Ce sont, hélas,

des choses qui arrivent.


MATHILDE DUCHAMP

Et dire qu'à huit jours près,

notre électricité

était installée.


Des soupirs de déception se font entendre.


MATHILDE retourne à l'intérieur.


Paniquant, ÉMILE se dirige vers une pièce et ouvre la porte. Un homme en sort.


ÉMILE DUCHAMP

Hum... Qui êtes-vous?


ERNEST

Ernest, monsieur.


ÉMILE DUCHAMP

Mais qu'est-ce que

vous fabriquez?

Apportez de la lumière.

Allez, allez!


ÉMILE retourne auprès du MAHARADJAH.


ÉMILE DUCHAMP

Pardonnez-moi, excellence.

Nous sommes à la campagne

et le gaz ne fonctionne

pas ici aussi bien qu'à Paris.

Merci.


MAHARADJAH

(Propos traduits de l'anglais)

Je comprends.


Des serveurs apportent des bougies.


MATHILDE DUCHAMP

Allez chercher

d'autres bougies.

(S'adressant au musicien)

En attendant, messieurs,

je vous en prie,

jouez vite quelque chose.

N'importe quoi.


La musique reprend et des cris de soulagement se font entendre. Les invités recommencent à danser.


À l'intérieur, ALDO est tapi dans l'ombre. Un serveur dépose près de lui, sur un meuble, un chandelier. ALDO intervient.


ALDO DI PAROLINI

Hé! Près de l'orchestre,

les bougies.


SERVEUR

Près de l'orchestre?


ALDO DI PAROLINI

Ordre de la présidente.


SERVEUR

Bien, monsieur.


Dès que le serveur est parti, ALDO profite de la noirceur pour s'emparer d'un tableau au mur. Il se fraie ensuite un chemin jusqu'au balcon à l'extérieur. Il retire la toile du cadre et lance le tableau à un des complices en embuscade, puis il retourne à l'intérieur.


MAHARADJAH

(Propos traduits de l'anglais)

Très jolie musique!


ÉMILE DUCHAMP

Eh oui...

Excusez-moi, Excellence.

C'est incroyable!


En retournant à l'intérieur, ALDO arrive face à MATHILDE qui se jette dans ses bras.


MATHILDE DUCHAMP

Dansons.


ALDO et MATHILDE dansent. Il la plaque au mur et l'embrasse dans la noirceur. La lumière revient sur eux, alors MATHILDE cesse d'embrasser ALDO et s'adresse au serveur tenant le chandelier.


MATHILDE DUCHAMP

Baptiste, suivez-moi.


ALDO s'approche du MAHARADJAH et décroche le tableau au mur derrière lui.


ALDO DI PAROLINI

Excusez-moi, Excellence.

Pardon.


ALDO s'en va aussitôt, puis un serveur dépose à côté du MAHARADJAH une table sur laquelle il dépose le chandelier. Le MAHARADJAH s'allume un cigare à même une chandelle.


ALDO retourne à l'extérieur et lance la toile à son complice dans la forêt, puis retourne à l'intérieur. MATHILDE danse à présent avec PAUL. Elle l'aperçoit. Il lui souffle un baiser, avant de glisser une carte derrière le tableau de Michel-Ange.


ALDO se dirige ensuite à l'extérieur et saute par dessus la rambarde. Les deux complices discutent près de la voiture en regardant un des tableaux.


COMPLICE 1

Dis, qu'est-ce que

ça peut coûter, ça?


COMPLICE 2

Les deux? Cinq ou six francs,

peut-être.


COMPLICE 1

Les deux?


COMPLICE 2

Oui.


COMPLICE 1

Mais ça lui paie pas

son dérangement.


COMPLICE 2

Oh, ça, ça le regarde.


ALDO arrive à ce moment et prend le tableau des mains du complice.


ALDO DI PAROLINI

Donnez-moi mes jolis tableaux.


ALDO démarre ensuite la voiture et les trois hommes s'en vont.


À l'intérieur du manoir, la musique cesse. LORD BRADBURY discute avec MINA, alors qu'ils prennent un verre.


LORD BRADBURY

(Propos traduits de l'anglais)

Vous aviez soif, ma chère.


MINA VON KRAFT

(Propos traduits de l'anglais)

Terriblement!


LORD BRADBURY entraîne MINA avec lui pour lui montrer le tableau qui se trouve derrière le MAHARADJAH.


LORD BRADBURY

(Propos traduits de l'anglais)

Pardonnez-moi, Votre Majesté.


LORD BRADBURY pointe en direction du tableau.


LORD BRADBURY

(Propos traduits de l'anglais)

Ma chère, voici un Botticelli.


Le tableau n'est plus là.


LORD BRADBURY

(Propos traduits de l'anglais)

Mais je ne comprends pas.

Il a disparu!


MATHILDE arrive à ce moment.


MATHILDE DUCHAMP

Vous n'avez pas vu

le [mot_etranger=IT]signore[/mot_etranger] Paolini?

MINA VON KRAFT

Non, madame.


LORD BRADBURY

Ma chère présidente,

où est votre tableau?


MATHILDE DUCHAMP

Mon tableau?

Il n'est pas là?


LORD BRADBURY ET MINA VON KRAFT

Mais non!


MATHILDE DUCHAMP

Où est-il, alors?


De son côté, ÉMILE discute avec un homme.


ÉMILE DUCHAMP

Mais je l'ai, la majorité,

mon cher. Je l'ai.

Ça n'est pas ça qui m'inquiète.


Un serveur, qui tient un chandelier, interrompt la conversation.


SERVEUR

Et celui-ci, monsieur le

président, où dois-je le mettre?


ÉMILE DUCHAMP

(Indiquant un meuble près du mur)

Mettez ça là.

(Poursuivant sa conversation)

Ce qui m'inquiète

ou plutôt ce qui m'embête,

c'est tout à fait autre chose.


ÉMILE s'approche du chandelier pour allumer sa cigarette.


ÉMILE DUCHAMP

Vous comprenez...


ÉMILE s'arrête, réalisant que le tableau au mur est manquant.


ÉMILE DUCHAMP

On m'a volé!

Mathilde!


ÉMILE court à la rencontre de MATHILDE qui court à la rencontre d'ÉMILE.


MATHILDE DUCHAMP

Oh, viens voir!


ÉMILE DUCHAMP

Quoi?


MATHILDE DUCHAMP

Viens voir!


MATHILDE entraîne ÉMILE à l'endroit où se trouvait le Botticelli.


ÉMILE DUCHAMP

Bon sang!

Et mon Michel-Ange?


LORD BRADBURY

Extraordinaire!


ÉMILE DUCHAMP

J'ai tout de même

sauvé mon Michel-Ange.

La perle de ma collection.

Ah, celui-là,

ils ne l'ont pas eu.


LORD BRADBURY remarque la carte derrière le tableau. Il la prend et la remet à ÉMILE.


ÉMILE DUCHAMP

Qu'est-ce que c'est que ça?

Arsène Lupin.


Un message est écrit sur une carte signée de Arsène Lupin: «Mile regrets, Monsieur le Président».


ÉMILE DUCHAMP

Mais je me demande pourquoi

il a laissé celui-là.


LORD BRADBURY retourne la carte.


Le message suivant est écrit au dos de la carte: «Mais votre Michel-Ange est faux!».


LORD BRADBURY

C'est un expert.


Sur une route de campagne, à 27 kilomètres de Paris, ALDO arrête la voiture.


ALDO DI PAROLINI

(langue_etrangere=IT)

Stazione termini.

(/langue_etrangere)

Tout le monde, il descend.


COMPLICES

Quoi?


ALDO DI PAROLINI

J'ai dit tout le monde,

il descend. Je vous laisse ici.


COMPLICE 1

Bien, et nous alors?

On continue à pied?


ALDO DI PAROLINI

(mot_etranger=IT]Precisamente[/mot_etranger)

.

COMPLICE 1

(Remarquant le panneau en bordure de la route)

Non, mais t'as vu?

Paris, 27 kilomètres.

27 kilomètres à pinces.

Tu te rends compte?


COMPLICE 2

Il fallait nous dire

qu'on allait marcher.

Je serais pas venu.

J'aime pas marcher.


COMPLICE 1

Moi, j'aime pas la campagne.

Hier, en nous embauchant,

vous avez dit

que le travail serait en automobile.

C'est ça qui me plaisait.


COMPLICE 2

Oui.


ALDO DI PAROLINI

D'accord, mais il a jamais

été question du retour.

Je vous avais promis 300 francs

à chacun. Je vous donne 500.


ALDO leur remet l'argent, puis les deux complices descendent de voiture.


COMPLICE 2

Comme ça, ça va.

En tout cas, patron, si vous

avez encore besoin de nous,

vous savez

où nous trouver, hein.

Au revoir.


COMPLICE 1

Drôle de particulier.


COMPLICE 2

Bien, il y a rien à dire. Il

nous a quand même bien casqués.


COMPLICE 1

Oh, je te dis pas

le contraire, mais moi,

j'aime bien savoir

pour qui je travaille.

Je trouve ça plus gentil.

Tiens, passe-moi une pipe.


Les deux complices se mettent en marche.


De son côté, ALDO arrive en ville devant une maison. Il klaxonne, puis on lui ouvre une grille. ALDO stationne la voiture dans un garage, puis referme la porte. Il porte son manteau et sa casquette.


Un domestique se trouve devant la maison.


ALDO DI PAROLINI

Faites-moi chauffer

mon bain, Arthur.


ALDO entre dans la maison et aperçoit la bonne.


ALDO DI PAROLINI

Dites à Ursule de me cuire

deux oeufs au jambon.

À point. À point!


ALDO monte à toute vitesse dans sa chambre et referme la porte. Il enlève ses vêtements, puis retire sa fausse barbe et sa perruque. Il se lave ensuite le visage. ALDO ouvre une porte, derrière laquelle se cache un coffre-fort. Il ouvre le coffre-fort en utilisant une clé et y range sa fausse barbe et sa perruque. Il enfile un peignoir et se rend dans la pièce à côté pour écouter de la musique sur son gramophone.


VOIX DU CHANTEUR

♪ Fermons nos rideaux ♪

♪ Tout un jour encore ♪

♪ Je veux mon amour ♪

♪ Ainsi que Pétrarque

auprès de la Laure ♪

♪ Te faire la cour ♪

♪ Si c'est le cadeau

que m'apporte Rose ♪

♪ Les lys frais cueillis ♪

♪ Rose s'en ira

comme elle est venue ♪

♪ Fermons nos rideaux ♪


ALDO entre dans la salle de bains, touche l'eau pour s'assurer de la température de celle-ci, puis, au moment de sortir de la pièce, il donne un coup de poing sur un ballon monté sur ressort. Il se dirige ensuite vers une petite table sur laquelle sont posées des lettres. Il les sent, puis en choisit une. ALDO s'installe à son secrétaire et ouvre la lettre.


VOIX DU CHANTEUR

♪ Si c'est le collier

qu'apporte l'orfèvre ♪

♪ De corail et d'or ♪

♪ Il n'est de corail... ♪


Le son du gramophone se détériore. ALDO lit à voix haute la lettre.


ALDO DI PAROLINI

Je t'attendrai ce soir dans

ma loge après le spectacle.

Je t'attendrai ce soir

dans ma loge après le spectacle.


ALDO appelle son domestique.


ALDO DI PAROLINI

Arthur.

Remontez le gramophone.

Arthur!


ARTHUR remonte le gramophone. La musique reprend graduellement. La bonne entre dans la pièce.


ALDO DI PAROLINI

Voilà. Maintenant,

vous allez filer chez Lachaume,

vous leur donnerez cette carte,

et vous les prierez de livrer

cinq douzaines de roses

à l'adresse indiquée.

Mais des roses superbes.

Avec des tiges énormes.

Hum!


ALDO remet à ARTHUR une carte, signée du nom d'ANDRÉ LAROCHE, et sur laquelle le texte suivant est écrit: «À ce soir, ma Nini!».


VOIX DU CHANTEUR

♪ ... qu'au pli de sa lèvre ♪

♪ Il n'est de trésor ♪

♪ Qu'en tes yeux profonds

où l'amour déferle ♪

♪ Fermons nos rideaux ♪


ALDO referme la porte coulissante de son secrétaire. Consterné, il l'ouvre.


BONNE

Monsieur est servi.


ALDO ordonne à la bonne, en pointant du doigt, de déposer l'assiette sur la table. Il fait coulisser la porte du secrétaire à quelques reprises, puis s'immobilise.


VOIX DU CHANTEUR

♪ C'est la blanchisseuse ♪

♪ Oh la belle histoire ♪

♪ En termes galants ♪


BONNE

Monsieur devrait manger

pendant que c'est chaud.


ALDO ne bouge pas.


BONNE

Monsieur...


ALDO passe son doigt sur le côté du secrétaire.


ALDO DI PAROLINI

Il faut faire le ménage.


ALDO entre dans la salle de bains et ferme la porte.


VOIX DU CHANTEUR

♪ Pour mieux y blottir

nos tendres caresses ♪

♪ Fermons nos rideaux ♪


ALDO ouvre la porte de la salle de bains, lance un regard à sa bonne, puis referme la porte. La bonne époussette le secrétaire, puis change la date du calendrier au 1er juin.


Dans une bijouterie, un calendrier affiche le 13 juin. Une horloge sonne 11 heures dans la vitrine. Un homme portant un chapeau haut de forme et un long veston, canne à la main, entre. RAOUL GILET retire son chapeau, dévoilant une barbe et des cheveux grisonnants.


Un des vendeurs accueille RAOUL.


VENDEUR

Bonjour, monsieur.


RAOUL GILET

Bonjour, monsieur. Je viens

pour un cadeau de mariage.


VENDEUR

Veuillez vous

asseoir, monsieur.

Nous avons

pour cette circonstance

des choses charmantes, monsieur.


RAOUL GILET

Ah! Et voilà, il s'agit...


Le vendeur prend le chapeau de RAOUL et le remet à un préposé.


VENDEUR

Voulez-vous me permettre?


RAOUL GILET

Il s'agit du mariage

de ma fille.

J'avais pensé à une parure,

une petite rivière

de diamants, un bracelet,

et peut-être aussi un diadème.


Le vendeur fait appel à un associé de la bijouterie, qui s'approche aussitôt.


VENDEUR

Monsieur Clérissy.


MONSIEUR CLÉRISSY

Bonjour, monsieur.


VENDEUR

Monsieur serait intéressé

par différents bijoux

à l'occasion du mariage

de mademoiselle sa fille.


MONSIEUR CLÉRISSY

Oserais-je

vous demander respectueusement

quelle est la somme

que vous comptez investir

pour la corbeille

de mariage de mademoiselle...


RAOUL GILET

Colette Gilet.

Je suis monsieur Raoul Gilet,

propriétaire viticulteur

à Pessac près de Bordeaux.

Je suis veuf et je marie

le mois prochain ma fille,

mon unique enfant,

à monsieur Pierre Bochard,

le fils de mon voisin

et concurrent direct.


MONSIEUR CLÉRISSY

Clérissy, associé

de la maison.

Permettez-moi, Monsieur Gilet,

de vous féliciter

à l'occasion

de cette future union

qui fera certainement le bonheur

de mademoiselle votre fille.

Mon Dieu, monsieur, je crois

que nous ferions aussi bien

de vous montrer

différents bijoux

un peu au hasard

de l'inspiration.

Nous nous ferons de la sorte

une première idée de vos désirs.

Voulez-vous

me permettre un instant?


CLÉRISSY et le vendeur s'en vont.


Plus tard, RAOUL contemple des bijoux posés sur la table devant lui: diadèmes, colliers et bracelets. CLÉRISSY et le vendeur échangent un long regard.


MONSIEUR CLÉRISSY

Je m'excuse, monsieur,

d'être indiscret,

mais je suppose que mademoiselle Gilet

vous a accompagné

dans votre voyage à Paris.


RAOUL GILET

Assurément.


MONSIEUR CLÉRISSY

Ne pensez-vous pas

qu'il serait peut-être utile

de la consulter sur le choix

que vous comptez faire?


RAOUL GILET

Peut-être serait-ce

souhaitable, en effet.


MONSIEUR CLÉRISSY

Devant mademoiselle, nous ne

parlons évidemment pas de prix.

C'est inutile, puisqu'aussi

bien nous sommes fixés

maintenant sur la nature des

bijoux que vous voulez acheter

et la somme totale

que vous comptez mettre.


RAOUL GILET

Hum. Eh bien,

dans ce cas, messieurs,

j'accepte en effet

votre proposition.

Je vous demanderais toutefois

de bien vouloir passer

cet après-midi si possible

à mon hôtel, car ma fille

ne pourra pas s'absenter.


MONSIEUR CLÉRISSY

Mais certainement.


RAOUL GILET

Elle attend la visite d'un

certain nombre de fournisseurs,

modistes, lingères...


MONSIEUR CLÉRISSY

Je comprends parfaitement.

Mademoiselle Gilet est forcément

très occupée

par la préparation

de son trousseau.

Je me ferai un plaisir

de me rendre sur place.


RAOUL GILET

Parfait.

Nous sommes descendus

à l'hôtel Meurice.


MONSIEUR CLÉRISSY

Très bien.


RAOUL GILET

Voyons. Il est

maintenant midi quatre.

Le temps de déjeuner

un peu tranquillement.

Disons 3 heures, voulez-vous?


MONSIEUR CLÉRISSY

Nous serons

à l'hôtel Meurice à 3 heures.

Permettez-moi, monsieur,

de vous remercier

de la confiance que vous

témoignez à notre maison.

Je suis persuadé que vous

n'aurez pas à vous en repentir.


RAOUL GILET

Sûrement pas.


MONSIEUR CLÉRISSY

Au revoir, monsieur.


RAOUL retourne à l'hôtel. À l'accueil, une femme, MINA VON KRAFT, discute avec le concierge.


MINA VON KRAFT

Elles m'ont promis que mes robes

seraient prêtes pour midi juste.

Dites au château de se dépêcher,

qu'il prenne le fiacre.


RAOUL s'arrête à côté de MINA à l'accueil. Ils échangent un bref regard.


CONCIERGE

C'est entendu,

madame la baronne.


MINA VON KRAFT

Vous avez bien noté l'adresse

18, avenue de l'Opéra?


CONCIERGE

Oui, madame la baronne.


MINA VON KRAFT

Merci.


MINA rejoint alors deux hommes qui viennent la chercher: RUDOLF VON KRAFT et PAUL DESFONTAINES.


MINA VON KRAFT

Ah! Vous voilà enfin.


RUDOLF VON KRAFT

Excusez-nous.


MINA VON KRAFT

Où allons-nous déjeuner?


RUDOLF VON KRAFT

Nous avons retenu une table

au Café de Paris.


MINA VON KRAFT

Encore le Café de Paris!

Décidément, mon cher capitaine,

vous manquez d'imagination.


RAOUL GILET

(S'adressant au concierge)

Je constate

que Paris attire toujours

autant de visiteurs étrangers.

N'est-ce pas?


CONCIERGE

Mais nous serions les derniers

à nous en plaindre.


RAOUL GILET

Bien sûr, bien sûr. Dites-moi,

j'ai rendez-vous tout à l'heure

avec deux messieurs

de la bijouterie Berthier.

Ils seront là à 3 heures.

Vous les conduirez directement

chez moi, n'est-ce pas?


CONCIERGE

C'est entendu, monsieur.


RAOUL GILET

Je vous remercie.


Plus tard, CLÉRISSY et le vendeur se présentent à l'accueil de l'hôtel.


MONSIEUR CLÉRISSY

Monsieur le concierge.


CONCIERGE

Messieurs.


MONSIEUR CLÉRISSY

Pouvez-vous nous conduire

à monsieur Gilet, je vous prie?

Nous avons rendez-vous à 3 heures.


CONCIERGE

Monsieur Gilet m'a annoncé

votre visite, messieurs.


Le concierge fait tinter une cloche et un valet arrive.


CONCIERGE

Conduis ces messieurs

à l'appartement 45.


VALET

Par ici, messieurs,

s'il vous plaît.


Pendant ce temps, dans sa chambre d'hôtel, RAOUL se fait faire une manucure par une femme, LÉONTINE CHANU.


RAOUL GILET

Dites-moi, mon enfant,

quel âge avez-vous?


LÉONTINE CHANU

22 ans, monsieur.


RAOUL GILET

22 ans. Vous ne

les paraissez pas encore.

Et depuis combien de temps

exercez-vous cette profession?


LÉONTINE CHANU

Trois ans, monsieur.


RAOUL GILET

Trois ans. C'est très bien.

C'est très bien.


RAOUL jette un coup d'oeil à sa pendule qui affiche presque 3 heures.


On frappe à la porte.


RAOUL GILET

Entrez.


Un employé de l'hôtel entre.


EMPLOYÉ DE L'HÔTEL

Monsieur, il y a

deux messieurs

qui demandent monsieur.


RAOUL GILET

Ah, bien. Eh bien,

faites-les entrer au salon.


EMPLOYÉ DE L'HÔTEL

Très bien, monsieur.


L'employé de l'hôtel sort de la chambre.


RAOUL GILET

Je déteste les visites.


LÉONTINE CHANU

Vraiment?


RAOUL GILET

Oui, vraiment.

Mademoiselle, vous allez

me rendre un petit service.


LÉONTINE CHANU

Toute à

votre disposition, monsieur.


RAOUL GILET

Vous voyez cette pendule?

Il est 3 heures 01.

À 3 heures 05, pas plus tard,

vous frapperez à cette porte.

Elle donne dans mon salon.

Vous ouvrirez

sans attendre ma réponse

et vous me verrez

en compagnie de deux messieurs.

Je vous interrogerai

alors de la tête

et vous, sans parler,

inutile de parler, de mentir,

n'est-ce pas?

Vous me ferez avec l'index

un petit signe. Comme ceci.


RAOUL fait le signe de l'index invitant la personne devant lui à venir le rejoindre.


LÉONTINE CHANU

Comme ça?


LÉONTINE reproduit le geste.


RAOUL GILET

Exactement, mon enfant.

Puis vous refermerez la porte.

Le reste me regarde.

Ces messieurs comprendront

que je suis occupé.

C'est tout ce que je désire.

À 3 heures 05. N'est-ce pas?


RAOUL passe au salon rejoindre le vendeur et CLÉRISSY.


RAOUL GILET

Bonjour, messieurs.

Soyez les bienvenus.

Vous êtes exacts.

C'est une grande vertu.

Surtout dans le commerce.

Ma fille est à côté.

Elle reçoit la directrice

d'une maison de lingerie.

J'irais la chercher

tout à l'heure.


MONSIEUR CLÉRISSY

Tout à votre aise, monsieur.

Nous ne sommes

nullement pressés.


RAOUL s'assoit à son secrétaire et ouvre la porte coulissante avant de se tourner vers le vendeur qui ouvre une mallette.


MONSIEUR CLÉRISSY

Voici le diadème

qui fait 115 000 francs.

Je me permettrais de vous

le recommander particulièrement

étant donné la qualité

tout à fait exceptionnelle

des brillants.

La pierre centrale,

taille émeraude,

est une pièce de collection.


RAOUL prend le diadème et le dépose sur son secrétaire.


MONSIEUR CLÉRISSY

Les bracelets, 40 000,

50 000, 55 000.


RAOUL dépose les bracelets sur son secrétaire.


MONSIEUR CLÉRISSY

Et voici les rivières. 110 000.


RAOUL dépose le collier sur son secrétaire.


MONSIEUR CLÉRISSY

(Présentant un autre collier)

140 000.

J'attire votre attention

sur cette monture souple

et légère, n'est-ce pas,

dont le modèle est la propriété

exclusive de notre maison.

C'est une création originale

que peu de personnes peuvent

encore se vanter d'avoir vue

puisque la première a été

réalisée par nous

pour l'archiduchesse Sophie

à l'occasion précisément

de son récent mariage.

Celle-ci est la seconde

exécutée dans nos ateliers.

Elle a été terminée avant-hier.


RAOUL dépose le second collier sur son secrétaire et se tourne vers CLÉRISSY, attendant la suite.


MONSIEUR CLÉRISSY

C'est tout.


RAOUL tourne le dos à CLÉRISSY et au vendeur pour inspecter les bijoux. CLÉRISSY et le vendeur échangent un long regard.


RAOUL GILET

J'avoue mon embarras.


MONSIEUR CLÉRISSY

Monsieur, je vous en prie.


Dans la chambre, LÉONTINE regarde la pendule. Comme il est 3 heures 05, elle frappe à la porte.


RAOUL referme la porte coulissante de son secrétaire. LÉONTINE fait signe à RAOUL de venir, puis referme la porte.


RAOUL GILET

Ma fille doit

être un peu perplexe

dans le choix de sa lingerie.

C'est encore une enfant.

Elle ne peut rien

décider sans moi.

Je vais intervenir

dans ces questions frivoles

et je vous l'amène.


RAOUL passe à la chambre à côté et fait signe à LÉONTINE de ne rien dire. Il referme ensuite la porte.


RAOUL GILET

Parfaite, mon petit enfant.

Vous avez été parfaite.

Grâce à vous, mes visiteurs

ont compris que j'étais occupé.

C'est tout ce que je voulais.

Maintenant, vous pouvez partir.

Voilà. Au revoir, mademoiselle.

Encore merci.


LÉONTINE sort de la chambre. RAOUL retire son peignoir, puis enfile un veston et son chapeau haut de forme. Il colle son oreille à la porte pour écouter ce qui se déroule de l'autre côté.


MONSIEUR CLÉRISSY

Si la fille est aussi décidée

que le père, ça promet.


Le vendeur ouvre la porte coulissante du secrétaire.


MONSIEUR CLÉRISSY

Mais...

Mais vous êtes fou, mon ami?

Refermez ça immédiatement

et revenez vous asseoir.

J'ai vu rater des affaires

pour moins que ça.


RAOUL déplace la pendule, ce qui laisse voir un trou dans le mur. Il y passe sa main et peut récupérer les bijoux sur son secrétaire, sans être vu. Il les place dans son chapeau et, une fois qu'il a terminé, il glisse sur le secrétaire une carte, puis quitte la chambre.


Pendant ce temps, une dame et son fils DICKIE entrent dans l'hôtel. DICKIE porte des patins à roulettes.


DAME

(Propos traduits de l'anglais)

Dickie, retire tes patins!


DICKIE descend l'escalier sur les fesses, puis fait du patin dans le hall.


DAME

(Propos traduits de l'anglais)

Dickie! Dickie!


La dame essaie de rattraper son fils.


DAME

(Propos traduits de l'anglais)

Dickie, veux-tu bien arrêter?

Dickie!


DICKIE se dirige vers l'escalier où se trouve RAOUL.


RAOUL GILET

Dickie, il faut obéir

à sa maman. Enlevez vos patins.


DAME

Il faut l'excuser, monsieur.

Nos garçons sont les plus

mal élevés du monde.


RAOUL GILET

Peut-être, madame, mais leurs

mamans sont les plus jolies.


Au moment de quitter l'hôtel, RAOUL croise de nouveau MINA qui entre à ce moment. Ils se lancent un bref regard. Une fois que RAOUL est sorti, MINA s'arrête, semblant reconnaître cet homme.


Dans le salon, CLÉRISSY et le vendeur attendent toujours.


MONSIEUR CLÉRISSY

C'est insupportable.


CLÉRISSY frappe à la porte de la chambre à quelques reprises. Comme il n'y a pas de réponse, il entre. Il remarque alors le trou dans le mur.


MONSIEUR CLÉRISSY

Oh!


CLÉRISSY ouvre ensuite la porte du secrétaire et constate le stratagème employé pour le vol.


MONSIEUR CLÉRISSY

Vous avez compris?


Le vendeur récupère la carte et la lit.


VENDEUR

Arsène Lupin.

Pressé de choisir,

je prends tout et vous prie

d'adresser la facture

à votre compagnie d'assurance,

messieurs Lloyd's de Londres.


LÉONTINE est chez le préfet de police, PAUL DESFONTAINES. Sont présents également, l'inspecteur LUCIEN DUFOUR et ÉMILE DUCHAMP.


PAUL DESFONTAINES

Savez-vous

que vous vous êtes mise

dans un mauvais cas,

mademoiselle?


LÉONTINE CHANU

Moi, monsieur? Je ne vois pas

ce qu'on peut me reprocher.


PAUL DESFONTAINES

Complicité d'escroquerie

tout simplement.


LÉONTINE CHANU

Et la direction

de l'hôtel, alors?

Non, mais si vous dites

que je suis complice,

eux, ils le sont

encore plus que moi.

Puisque c'est eux

qui ont loué l'appartement.

Et c'est à cause de ça

que le voleur a réussi son coup.


PAUL DESFONTAINES

Vous n'avez pas l'air

d'aimer beaucoup vos patrons.


LUCIEN DUFOUR

Ils l'ont mise

à la porte immédiatement.


LÉONTINE CHANU

Et je me demande

bien pourquoi?

Enfin, qu'est-ce

que j'ai fait de mal?


LUCIEN DUFOUR

Vous avez eu des complaisances

qui dépassaient nettement

vos attributions de manucures.


LÉONTINE CHANU

Moi? Je n'ai fait qu'exécuter

les consignes de la direction.


PAUL DESFONTAINES

Comment ça?


LÉONTINE CHANU

On nous recommande de tout

faire pour satisfaire le client.

Le vieux m'a demandé un service.

Moi, je le lui ai rendu.

Là-dessus,

ils me mettent à la porte

et la police m'arrête. Ah non!


La femme claque la langue.


PAUL DESFONTAINES

Je vous prie de ne pas hausser

le ton. Où vous croyez-vous?


LÉONTINE CHANU

À la police.


PAUL DESFONTAINES

Vous êtes

chez le préfet de police!

Et en présence de monsieur

le président du Conseil.


La femme tire sa révérence en fléchissant les genoux.


LÉONTINE CHANU

Monsieur, je m'excuse.


ÉMILE DUCHAMP

Comment vous appelez-vous?


LÉONTINE CHANU

Léontine Chanu.


ÉMILE DUCHAMP

Quel âge avez-vous?


LÉONTINE CHANU

22 ans, monsieur le président.


ÉMILE DUCHAMP

Que font vos parents?


LÉONTINE CHANU

Je suis orpheline.

Mon père était fonctionnaire.

Il est mort en service commandé.


LUCIEN DUFOUR

Son père était un collègue,

monsieur le président.

Léon Chanu, inspecteur principal

à la brigade mondaine.

Je l'ai bien connu.


PAUL DESFONTAINES

Tiens donc!

Et il y a longtemps

que vous exercez

votre profession de manucure?


LÉONTINE CHANU

Trois ans, monsieur le préfet.


PAUL DESFONTAINES

Dans la même maison?


LÉONTINE CHANU

Oui, monsieur le préfet.


ÉMILE DUCHAMP

Mais oui, mon cher.

Elle est innocente.

Ça crève les yeux.

Et en attendant,

monsieur Lupin court toujours.

(S'adressant à LUCIEN)

Mais remuez-vous

donc, sacrebleu!

(S'adressant à PAUL)

S'il faut stimuler

les bonnes volontés,

eh bien, dites-le-moi.

Nous ferons quelque chose.

Tenez, j'offre

moi-même 1000 louis

à la personne qui permettra

la capture de ce voyou.


PAUL DESFONTAINES

Ne craignez-vous pas qu'on

vous reproche de rechercher

une publicité facile

dans votre position?


ÉMILE DUCHAMP

Vous avez raison.

Nous dirons plutôt que la police

offre une prime de 20 000 francs

pour la capture de Lupin. Hum?

Je vais tirer

une édition spéciale

dans mon journal

pour l'annoncer.

En même temps

que le compte-rendu

de l'affaire de l'hôtel Meurice.

Avec tous les détails.


LÉONTINE CHANU

Bravo, monsieur le président!


ÉMILE DUCHAMP

Pourquoi dites-vous ça,

mademoiselle?


LÉONTINE CHANU

Bien, parce que... Je trouve

que c'est une bonne idée.


ÉMILE DUCHAMP

Vraiment?


LÉONTINE CHANU

Absolument,

monsieur le président.


PAUL et LUCIEN rigolent.


ÉMILE DUCHAMP

Vous pouvez libérer

cette jeune fille, inspecteur.

Inutile d'ajouter l'arbitraire

à votre incompétence.

(S'adressant à PAUL)

À moins que vous, mon cher...


PAUL DESFONTAINES

Vous êtes libre,

mademoiselle.


LÉONTINE CHANU

(Tirant sa révérence)

Merci, monsieur le préfet.

Monsieur le président.


LUCIEN et LÉONTINE quittent la pièce.


ÉMILE DUCHAMP

Curieuse petite fille.


PAUL DESFONTAINES

Oui.

Tout ceci ne nous avance guère.


ÉMILE DUCHAMP

Oui.


LÉONTINE s'engage dans une direction, suivie de LUCIEN.


LUCIEN DUFOUR

Hé, pas par là!

C'est le chemin

que nous avons pris

tout à l'heure.


LÉONTINE CHANU

J'avais pas remarqué.


LUCIEN DUFOUR

La liberté, c'est par là.


LÉONTINE CHANU

Dans ce cas, je choisis la liberté.


LUCIEN DUFOUR

J'interviendrai auprès

de la direction de l'hôtel

pour essayer

qu'on vous reprenne.


LÉONTINE CHANU

Merci bien. J'aimerais mieux

mourir de faim.

Au revoir, inspecteur.


LUCIEN DUFOUR

Comme vous voudrez.

Au revoir, mademoiselle.


Plus tard, LÉONTINE est à bord d'une calèche qui la dépose devant chez elle. Un homme descend en même temps qu'elle et rejoint un autre homme appuyé contre un mur, tandis que LÉONTINE monte chez elle.


HOMME 1

Alors, tu as vu quelque chose?


HOMME 2

Penses-tu? Rien du tout.


HOMME 1

Bon, bien, moi,

je retourne à la boîte.


LÉONTINE entre chez elle. RAOUL est assis à l'intérieur et l'attend tranquillement.


RAOUL GILET

J'étais certain qu'on ne vous

retiendrait pas longtemps.


LÉONTINE CHANU

(Surprise)

Bien, comment êtes-vous entré?


RAOUL GILET

Mais par la porte.


LÉONTINE CHANU

(Fâché)

Ah, vous avez

un certain culot, vous!


RAOUL GILET

Mais je reconnais mes torts.


LÉONTINE CHANU

Vous reconnaissez, vous

reconnaissez. C'est bien joli.

En attendant,

j'ai perdu ma place

et je viens de passer

une nuit en prison.


RAOUL GILET

Attendez.


RAOUL prend la bourse de LÉONTINE et la place sur la table. Il dépose sur celle-ci des pièces de monnaie.


RAOUL GILET

50 louis.

Voilà pour la nuit

passée en prison.

Avec toutes mes excuses.

Quant à l'emploi,

présentez-vous demain matin

à cette adresse.

Une place de manucure

vous y attend.


RAOUL remet une carte à LÉONTINE. Cette dernière lit la carte. Sur la carte, il est écrit: «Coiffeur pour messieurs - Lavotory Charles Dogor maison fondée en 1812 Téléphone: 276-49 Jardin du Palais Royal, Paris».


LÉONTINE CHANU

Charles Dogor

au Palais Royal.


LÉONTINE CHANU

Je connais.


RAOUL GILET

Soyez-y dès 9 heures.

Vous montrerez cette carte.

Vous vous nommerez.

On vous engagera sans réticence.

Vous êtes recommandée

par le grand-duc Michel.

L'oncle du tsar.


RAOUL se lève.


RAOUL GILET

Ne me raccompagnez pas.

Je connais le chemin.


RAOUL quitte l'appartement. Il s'arrête dans l'escalier pour saluer LÉONTINE qui retourne à l'intérieur. RAOUL sort dans la rue et bondit sur des caisses de bois empilés pour franchir une clôture. Il débouche ensuite sur une autre rue où l'attend une calèche. Il y monte et s'en va.


De son côté, LÉONTINE empile les pièces de monnaie. Elle regarde à nouveau la carte, puis se rend dans sa chambre. Elle ouvre le tiroir d'une table de chevet, dans lequel se trouvent un pistolet et des menottes. Elle prend les menottes et referme le tiroir.


LUCIEN entre chez le coiffeur Charles Dogor. Le gérant du salon de coiffure l'accueille.


GÉRANT SALON DE COIFFURE

Monsieur.


LUCIEN DUFOUR

Je voudrais

m'entretenir un moment

avec votre nouvelle manucure.


GÉRANT SALON DE COIFFURE

À quel sujet, monsieur?


LUCIEN remet sa carte à l'employé. Sur la carte, il est écrit: «République française Préfecture de police Lucien Dufour ... requérir l'assistance de la force publique en... pour le préfet de police.»


GÉRANT SALON DE COIFFURE

Je regrette,

mais les visites aux employés

sont interdites

pendant le service.


LUCIEN DUFOUR

Mais j'en ai pour une minute.


GÉRANT SALON DE COIFFURE

Vous permettez?


Un client se lève pour payer les services reçus à la caisse.


EMPLOYÉ SALON DE COIFFURE

Coupe, shampoing, manucure.


GÉRANT SALON DE COIFFURE

Monsieur Blandeau est satisfait?


MONSIEUR BLANDEAU

Tout va bien.


LÉONTINE CHANU

Inspecteur,

je vous prie de me laisser

gagner ma vie tranquillement.


LUCIEN DUFOUR

Du calme, mon enfant.

Dites-moi,

est-ce qu'un de ces personnages

vous paraît ressembler à Lupin?

Hum?


LUCIEN lui montre quatre photographies.


LUCIEN DUFOUR

Celui-ci par exemple.


LÉONTINE CHANU

Non.


LUCIEN DUFOUR

Et celui-là?


GÉRANT SALON DE COIFFURE

Au revoir, Monsieur Blandeau.


LUCIEN DUFOUR

Celui-là? Hein?


Un client entre dans le salon de coiffure. ANDRÉ LAROCHE est accueilli par le gérant.


GÉRANT SALON DE COIFFURE

Oh, Monsieur Laroche,

quelle joie de vous voir.

Vous tombez bien.

Votre Frédéric est libre.


ANDRÉ LAROCHE

Ah, parfait!

Shampoing, manucure.


GÉRANT SALON DE COIFFURE

Mademoiselle Léontine.


LÉONTINE CHANU

(S'adressant à LUCIEN)

J'ai un client, monsieur.


LUCIEN DUFOUR

Combien de temps

va-t-il vous garder?


LÉONTINE CHANU

Au moins 20 minutes.

Lâchez-moi, voulez-vous?


LUCIEN DUFOUR

C'est bien. Je serai là

dans 20 minutes.


LUCIEN quitte le salon de coiffure. ANDRÉ prend place sur une chaise où l'attend FRÉDÉRIC.


FRÉDÉRIC

Ça va bien, Monsieur Laroche?


ANDRÉ LAROCHE

Bonjour, Frédéric.


Un client se fait coiffer juste à côté.


CLIENT

Tiens, Laroche.


ANDRÉ LAROCHE

Bonjour.


CLIENT

On vous voit ce soir

chez la comtesse Kiefer?


ANDRÉ LAROCHE

Peut-être, peut-être...


CLIENT

Au fait, bravo pour hier.


ANDRÉ LAROCHE

Hum?


CLIENT

Votre jument s'est encore

couverte de gloire.


ANDRÉ LAROCHE

Oh, vous savez,

un prix de 1000 louis.


CLIENT

Ah, vous êtes bien dégoûté.

On voit que vos écuries

vous coûtent cher.


ANDRÉ LAROCHE

Oh, il faut bien

dépenser son argent.


FRÉDÉRIC

Joli temps aujourd'hui.

N'est-ce pas, Monsieur Laroche?


ANDRÉ LAROCHE

Oui.


LÉONTINE s'installe près d'ANDRÉ pour sa manucure. JACQUES GAUTHIER, un client, s'approche d'ANDRÉ.


JACQUES GAUTHIER

Comment va le célèbre Laroche?


ANDRÉ LAROCHE

Le célèbre Laroche va bien.

Et ton infâme journal?


JACQUES GAUTHIER

Mon infâme journal va

bien aussi. À tout à l'heure.


ANDRÉ LAROCHE

C'est ça.


LÉONTINE CHANU

Monsieur,

votre main, s'il vous plaît.


ANDRÉ LAROCHE

Mais comment donc,

mademoiselle.


Pendant que FRÉDÉRIC applique du shampooing à ANDRÉ, LÉONTINE lui prend la main et elle semble la reconnaître. Perturbée, elle dévisage ANDRÉ, puis se met au travail.


FRÉDÉRIC pointe alors le lavabo devant ANDRÉ, car il est temps de lui rincer les cheveux.


FRÉDÉRIC

Je m'excuse, monsieur.


ANDRÉ LAROCHE

Pardon, mademoiselle.


LÉONTINE s'éloigne et ANDRÉ se dirige vers le lavabo.


ANDRÉ LAROCHE

Charmante.


FRÉDÉRIC

Monsieur pense-t-il

que son cheval Mirliflore

ait une chance

tantôt à Chantilly?


ANDRÉ LAROCHE

Aucune, mon ami.

Le terrain sera beaucoup

trop sec pour lui.


Pendant ce temps, LÉONTINE va chercher les menottes dans son sac à main et les dissimule dans une serviette. Elle retourne ensuite auprès d'ANDRÉ.


LÉONTINE CHANU

Monsieur?


ANDRÉ LAROCHE

Oh, pardon.

Mademoiselle, je vous accorde

ma main pour la seconde fois.

Je devrais commencer

à me méfier. Hein, Frédéric?


FRÉDÉRIC

(Rigolant)

Ça, monsieur Laroche,

vous n'allez pas rester

célibataire toute votre vie.

D'ailleurs, charmant garçon

comme vous l'êtes,

ce serait dommage.


ANDRÉ LAROCHE

Vous avez raison, Frédéric.

Je vais me marier

et j'aurais beaucoup d'enfants.


Un bruit en provenance de la porte d'entrée du salon de coiffure se fait entendre. LÉONTINE jette un regard inquiet dans cette direction. Un client entre dans le salon de coiffure. Il est accueilli par le gérant.


GÉRANT SALON DE COIFFURE

Bonjour, Monsieur Poirier.


FRÉDÉRIC termine de sécher les cheveux d'ANDRÉ, puis il prend une bouteille sur le comptoir.


ANDRÉ LAROCHE

Qu'est-ce que c'est que ça?


FRÉDÉRIC

Une friction, monsieur.


ANDRÉ LAROCHE

Oui, mais à quel parfum?


FRÉDÉRIC

Fougère royale.

Une nouveauté, monsieur.


ANDRÉ LAROCHE

Mais vous êtes fou,

malheureux!


FRÉDÉRIC

Mais pourquoi donc, monsieur?


ANDRÉ LAROCHE

Vous osez me proposer

cet horrible parfum?

Qu'avez-vous fait de mon flacon?

Vous l'avez bu?


FRÉDÉRIC

Oh! Pardon, Monsieur Laroche.

J'avais oublié.


FRÉDÉRIC prend un autre flacon et applique la friction dans les cheveux d'ANDRÉ.


ANDRÉ LAROCHE

Ah! Grâce au ciel,

il a pas tout bu.


LÉONTINE jette un regard vers la porte. LUCIEN revient dans le salon de coiffure à ce moment. LUCIEN s'assoit à l'entrée.


LÉONTINE attache les menottes à la chaise d'ANDRÉ.


LÉONTINE CHANU

Monsieur, votre main,

s'il vous plaît.


ANDRÉ LAROCHE

Cette fois-ci, mon enfant,

c'est pour la vie.


LÉONTINE lui attache le poignet aux menottes.


LÉONTINE CHANU

Vous ne croyez pas

si bien dire, monsieur Lupin.


LÉONTINE se rend auprès de LUCIEN.


LÉONTINE CHANU

Regardez. C'est lui, Lupin.

Je viens de l'attacher.


LUCIEN DUFOUR

Arsène Lupin, tu es fait!


ANDRÉ LAROCHE

Arsène Lupin, moi?


LUCIEN DUFOUR

Oui, toi.


LUCIEN détache ANDRÉ de la chaise et l'attache à son propre poignet. ANDRÉ éclate de rire.


CLIENT

Mais qu'est-ce que c'est?


LUCIEN DUFOUR

Tu peux rire. Tu peux rire.

Cette fois-ci, ça y est.


GÉRANT SALON DE COIFFURE

C'est ridicule!

Monsieur est un homme célèbre.

Une personnalité parisienne.

Un multimillionnaire.


ANDRÉ LAROCHE

Vous êtes parfait.

Il est parfait.

(Se tournant vers LUCIEN)

Quant à vous, alors,

vous êtes très bien.

Bravo. Ça, je ne vous avais

jamais vu joué,

mais vous êtes remarquable.

Je parlerai de vous à Gémier.

Non, à Bermustel plutôt. Il vous

fera faire quelque chose.


GÉRANT SALON DE COIFFURE

C'est un vrai policier,

Monsieur Laroche.


ANDRÉ LAROCHE

Vous n'avez rien compris.

Ils vous ont pas mis au courant,

car vous n'auriez pas marché.

Mais enfin, regardez-vous.

Vous voyez que c'est

un acteur professionnel.

Il a sûrement été payé

par quelqu'un. Hein?

D'ailleurs, ce quelqu'un,

nous allons le trouver.

Il est ici forcément.

Je veux savoir qui a monté ça.


ANDRÉ se dirige vers la porte, entraînant avec lui LUCIEN. Les clients et les employés du salon de coiffure éclatent de rire.


ANDRÉ LAROCHE

Je saurai qui a monté ça.

C'est lui. C'est toi, Gauthier.


JACQUES GAUTHIER

Moi? Mais jamais

de la vie, voyons!


ANDRÉ LAROCHE

La plaisanterie est signée.

C'est une blague de journaliste.

C'est toi, cochon.

Bien, tu vas me le payer.


ANDRÉ essaie d'attraper JACQUES. Les clients et employés s'amusent bien.


ANDRÉ LAROCHE

Pa, pa, pa! Ah, je vous aurai.

Je vous aurai.


ANDRÉ arrive nez à nez avec LÉONTINE, tandis que JACQUES se cache derrière elle.


ANDRÉ LAROCHE

Ah... Mademoiselle, la vérité.

C'est lui qui a monté

la blague. Hum?

(S'adressant à JACQUES)

Et toi, qu'est-ce que

tu lui as donné pour ça?

Hum?


LÉONTINE repousse ANDRÉ, puis elle se prend la tête et s'assoit plus loin.


ANDRÉ LAROCHE

Eh bien, qu'est-ce qu'elle a,

cette petite?

Donnez-moi de l'eau. Non,

une serviette mouillée plutôt.

Eh bien...


On apporte une serviette mouillée à ANDRÉ.


ANDRÉ LAROCHE

Merci.


LÉONTINE perd connaissance.


ANDRÉ LAROCHE

(S'adressant à JACQUES)

Bien, aide-moi, voyons.

Tu vois bien qu'elle tombe.


JACQUES GAUTHIER

Je ne suis pour rien

là-dedans, tu sais.


ANDRÉ LAROCHE

Ah non, mon Dieu!

Enlève-moi ça. Ça me gêne.


JACQUES GAUTHIER

Je t'assure que c'est pas moi.


ANDRÉ LAROCHE

Là, ça va mieux.


LÉONTINE ouvre les yeux et retrouve peu à peu ses esprits.


ANDRÉ LAROCHE

Eh bien,

mademoiselle, où étiez-vous?


LUCIEN DUFOUR

Allez, Lupin. La comédie est

finie. Vous allez me suivre.


ANDRÉ LAROCHE

Ah non! Ça suffit! J'ai assez

ri. D'abord, qui êtes-vous?


LUCIEN remet sa carte à ANDRÉ qui la lit.


ANDRÉ LAROCHE

Inspecteur Dufour,

préfecture de police?


LUCIEN DUFOUR

Parfaitement, mon ami.


ANDRÉ LAROCHE

Ah, mais ça change tout.

(Montrant les menottes)

Voulez-vous m'enlever ça?

Vous entendez ce que

je vous dis, mon ami?


JACQUES GAUTHIER

(S'approchant de LUCIEN)

Mais enfin,

vous êtes ridicule!

Tout Paris le connaît,

mon vieux. Sauf vous.


LUCIEN DUFOUR

Qui êtes-vous, vous?


JACQUES lui remet sa carte.


JACQUES GAUTHIER

Jacques Gauthier, rédacteur

en chef du

Petit Journal.


LUCIEN DUFOUR

Et après? Moi, vous savez,

les témoignages de journalistes.


ANDRÉ LAROCHE

OK. Bien, je vais vous

en donner un de témoignage, moi.

Et vous êtes pas près d'oublier.


ANDRÉ prend le téléphone sur le comptoir et compose un numéro.


ANDRÉ LAROCHE

Allô, mademoiselle!


VOIX FÉMININE

J'écoute, monsieur.


ANDRÉ LAROCHE

Excusez-moi,

j'étais en colère.

Voulez-vous me passer

la préfecture de police?


VOIX FÉMININE

La préfecture?


ANDRÉ LAROCHE

Oui, de toute urgence.


Soudainement inquiète, LÉONTINE se lève de sa chaise.


Un policier répond au téléphone.


VOIX D'UN POLICIER

Allô, préfecture de police.


ANDRÉ LAROCHE

Allô, la préfecture de police?


VOIX D'UN POLICIER

Oui, monsieur.


ANDRÉ LAROCHE

Je vous prie de me passer

le préfet tout de suite.


VOIX D'UN POLICIER

Monsieur le préfet?


ANDRÉ LAROCHE

Oui, le préfet en personne,

monsieur Paul Desfontaines.


VOIX D'UN POLICIER

Bien, ne quittez pas.


ANDRÉ LAROCHE

C'est bien, j'attends.


LUCIEN prend un autre combiné pour entendre la conversation.


ANDRÉ LAROCHE

J'allais vous le proposer.

Allô, Paul?


VOIX DE PAUL DESFONTAINES

Lui-même.


ANDRÉ LAROCHE

Ici, André.


VOIX DE PAUL DESFONTAINES

Quel André?


ANDRÉ LAROCHE

André Laroche.


PAUL DESFONTAINES

Tiens, c'est vous, André?


Une femme est dans le bureau de PAUL.


FEMME

André?


PAUL DESFONTAINES

(Répondant à la femme)

Oui, André, André.

(S'adressant à ANDRÉ)

Je parlais justement

de vous il y a cinq minutes.


ANDRÉ LAROCHE

Avec qui?


PAUL DESFONTAINES

Avec qui? Ha, ha! Ça, mon

cher, vous êtes trop curieux.

Dites-moi, vous êtes

bien rentré hier soir?


ANDRÉ LAROCHE

Très bien, mais pas seul,

figurez-vous.

C'est d'ailleurs pour ça

que je vous téléphone.

Merci, merci,

mon cher.

Elle est charmante.


VOIX DE PAUL DESFONTAINES

N'est-ce pas?


ANDRÉ LAROCHE

Vous avez le sens

de l'hospitalité.


VOIX DE PAUL DESFONTAINES

Mais vous aussi, mon cher.


ANDRÉ LAROCHE

Moi aussi.

Mais bien sûr, voyons.

Il est vrai

que nous sommes célibataires,

n'est-ce pas?


VOIX DE PAUL DESFONTAINES

Et comment!


ANDRÉ LAROCHE

Excellente formule, non?


LÉONTINE en profite pour se glisser dans l'arrière-boutique du salon de coiffure.


ANDRÉ LAROCHE

La meilleure. À propos,

que faites-vous demain soir?


VOIX DE PAUL DESFONTAINES

Ce que vous voudrez.


ANDRÉ LAROCHE

Bravo. Vous êtes le roi

des préfets. Venez donc souper

chez moi vers minuit.

Nous serons six.


VOIX DE PAUL DESFONTAINES

Six hommes?


ANDRÉ LAROCHE

Mais non, mon vieux.

Pas six hommes.

Deux seulement. Vous et moi.

Ça suffit largement.


VOIX DE PAUL DESFONTAINES

Une chance!


ANDRÉ LAROCHE

À demain, donc.


ANDRÉ raccroche et s'adresse à LUCIEN.


ANDRÉ LAROCHE

Alors, mon brave,

êtes-vous convaincu?

Maintenant, si vous avez besoin

d'un autre témoignage,

je peux téléphoner aussi

au président de la République.


Les clients éclatent de rire.


ANDRÉ lève la main pour que LUCIEN détache les menottes.


ANDRÉ LAROCHE

Voilà.


JACQUES GAUTHIER

André, tu dois me livrer

le nom de ces dames.

(Sortant un carnet)

Des noms. Il me faut des noms.

Oh, sois gentil.

J'ai besoin de mon article.


ANDRÉ LAROCHE

Ma cane, mon chapeau.


JACQUES GAUTHIER

(Insistant)

Allez... André.


ANDRÉ LAROCHE

Fiche-moi bien la paix.


JACQUES GAUTHIER

Je ne te ficherai pas la paix.


ANDRÉ LAROCHE

Écoute, Jacques, tu m'embêtes.


LÉONTINE ressort de l'arrière-boutique. Elle porte son chapeau , sa veste et son sac à main. Elle passe derrière les hommes et sort du salon de coiffure. LUCIEN la suit.


JACQUES GAUTHIER

Voyons. D'abord,

tu vas sûrement inviter

Nini d'Ambreuse

et la petite de Folleville.


ANDRÉ LAROCHE

Jamais de la vie. D'ailleurs,

je les connais même pas.

Allez, maintenant, ça suffit.

Laisse-moi passer.

Je veux m'en aller.


Les clients continuent de rire.


LUCIEN rattrape LÉONTINE, tandis qu'elle marche dans un parc. Il l'attrape par le bras.


LUCIEN DUFOUR

Hé! Où allez-vous comme ça?


LÉONTINE CHANU

Je rentre chez moi.


LUCIEN DUFOUR

Vous êtes une belle tourte.


LÉONTINE CHANU

Inspecteur, je pense

que vous êtes un imbécile.


JACQUES et ANDRÉ aperçoivent LUCIEN et LÉONTINE.


JACQUES GAUTHIER

Hé, inspecteur, attendez-nous.


LUCIEN DUFOUR

Vous, je vous aurai à l'oeil.


LUCIEN et LÉONTINE se séparent.


JACQUES GAUTHIER

Moi, je prends le policier.


ANDRÉ LAROCHE

Et moi, la manucure.


JACQUES rattrape LUCIEN.


JACQUES GAUTHIER

Inspecteur, je vous arrête.


LUCIEN DUFOUR

Vous êtes très drôle, mon ami.

Vous désirez?


JACQUES GAUTHIER

Je voulais seulement

vous conseiller

d'acheter

Le Petit Journal

demain matin.


LUCIEN DUFOUR

Pour quoi faire?


JACQUES GAUTHIER

Vous aurez les honneurs

de la première page.

Oui, vous serez très content.

Vous verrez.


LUCINE grommelle, puis s'en va.


De son côté, ANDRÉ rattrape LÉONTINE.


ANDRÉ LAROCHE

Mademoiselle! Mademoiselle?

Pourquoi vous sauvez-vous

comme ça?


LÉONTINE CHANU

Qu'est-ce que

vous voulez, monsieur?


ANDRÉ LAROCHE

Mais je ne vous ai pas donné

votre pourboire.

Pourquoi vous sauviez-vous?

Vous aviez peur?


LÉONTINE CHANU

Moins que vous.


ANDRÉ LAROCHE

J'avais peur, moi?


LÉONTINE CHANU

Plus maintenant.

C'est tout à l'heure

que vous aviez peur.


ANDRÉ LAROCHE

Mais pourquoi, grand Dieu!


LÉONTINE CHANU

Parce que c'est vous,

Arsène Lupin.


LÉONTINE s'éloigne rapidement.


ANDRÉ LAROCHE

Mademoiselle.


LÉONTINE se retourne. ANDRÉ lui souffle un baiser. Elle le lui rend et chacun s'en va de son côté.


Une horloge sonne 8 heures. Une bonne entre dans la chambre d'ANDRÉ. Elle tire les rideaux et dépose sur la table de chevet un plateau dans lequel se trouve l'édition du jour du journal.


BONNE

Alors, il paraît

qu'on a arrêté monsieur?


ANDRÉ LAROCHE

Ha, ha! Oui. On m'a arrêté,

mais je ne suis pas

Arsène Lupin, malheureusement.


BONNE

C'est dommage. J'aurais aimé

que monsieur soit Arsène Lupin.


ANDRÉ LAROCHE

Au lieu de dire des bêtises,

donne-moi donc mon journal.


ANDRÉ consulte le journal qui titre: «Un nouveau fléau: la lupinite. Une affreuse méprise.». La photo d'ANDRÉ à côté d'un cheval et de son cavalier se trouve sous le titre.


MINA est chez elle, dans le château où elle habite. Elle consulte le journal dans son édition allemande. Elle porte une attention particulière à la photo en première page, celle d'ANDRÉ. En y regardant de plus près, utilisant une loupe, elle fait soudain le lien entre ANDRÉ, ALDO et RAOUL. Elle comprend alors qu'il s'agit d'une même personne.


MINA découpe la photo.


Une horloge sonne 8 heures 15.


Le grand-père et l'oncle de MINA sont dans leur atelier. MINA frappe à la porte. Il va lui ouvrir.


MINA VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Bonjour, grand-père!


GRAND-PÈRE

(Propos traduits de l'allemand)

Nous venons juste de terminer

ton travail.


MINA VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Vous êtes satisfaits?


GRAND-PÈRE

(Propos traduits de l'allemand)

Oui.


MINA VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Bonjour, mon oncle!


ONCLE

(Propos traduits de l'allemand)

Regarde!


MINA VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Grand-père, tu es génial!

Toi aussi, mon oncle!


MINA sort de l'atelier. Elle marche dans les couloirs du château. Trois gardes protègent l'accès à l'une des pièces. MINA s'avance vers l'un d'eux.


MINA VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Lieutenant, veuillez m'annoncer

à Sa Majesté.


Le lieutenant frappe à la porte. Sa Majesté GUILLAUME II répond.


EMPEREUR GUILLAUME II

(Propos traduits de l'allemand)

Entrez.


Sa Majesté GUILLAUME II tient une épée et porte un chapeau. Un de ses pieds est appuyé sur un marchepied, tandis qu'il garde la pose pour un maître peintre qui en tire le portrait.


LIEUTENANT

(Propos traduits de l'allemand)

Sire, la baronne Von Kraft

sollicite une audience.


EMPEREUR GUILLAUME II

(Propos traduits de l'allemand)

Faites entrer la baronne.


Le lieutenant laisse entrer MINA.


EMPEREUR GUILLAUME II

(Propos traduits de l'allemand)

Approchez, mademoiselle.

Merci, Maître.

Je reprendrai la pose demain.


Le maître peintre s'en va. Sa Majesté GUILLAUME II prend place derrière son bureau, après avoir retiré son chapeau.


EMPEREUR GUILLAUME II

(Propos traduits de l'allemand)

Ordonnance!

Mon petit-déjeuner.


Un soldat apporte immédiatement le petit-déjeuner.


EMPEREUR GUILLAUME II

(Propos traduits de l'allemand)

(S'adressant à MINA)

Bonjour, ma chère.

Vous allez bien?


MINA VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Très bien, Sire, merci.

Votre Majesté a-t-elle bien dormi?


EMPEREUR GUILLAUME II

(Propos traduits de l'allemand)

À merveille.

Vous aussi, si j'en juge par

votre teint rose.


MINA VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Votre Majesté est trop aimable.


Sa Majesté GUILLAUME II se verse une tasse de thé.


MINA VON KRAFT

Mon ami,

vous oubliez le sucre.


Le soldat lui lance un regard d'incompréhension, tandis que Sa Majesté GUILLAUME II lève les yeux vers MINA. Elle répète la phrase en allemand. À ce moment, seulement, le soldat s'exécute.


MINA VON KRAFT

Excusez-moi, Sire, mais

je voulais simplement savoir

si ce jeune homme

comprenait le français.

La cachette est prête, Sire.

Je voudrais bien

vous la montrer.


EMPEREUR GUILLAUME II

Mina,

vous êtes extraordinaire.

Si vous étiez cheffe

de la police française,

je suis sûr que vous,

vous sauriez trouver

cet Arsène Lupin.


MINA VON KRAFT

Peut-être, Sire.

Car depuis 15 minutes,

je sais qui il est.


EMPEREUR GUILLAUME II

Par exemple!

Mais que voulez-vous dire,

ma chère?

Qui est-il donc?


MINA VON KRAFT

C'est un homme très connu

à Paris, Votre Majesté.

Et personne ne sait

que cet homme connu

est aussi Arsène Lupin.


EMPEREUR GUILLAUME II

Décidément,

c'est votre journée.

Je suis plein d'étonnement.


Sa Majesté GUILLAUME II et MINA sortent du bureau pour se rendre à l'atelier. Un homme frappe à la porte de l'atelier.


EMPEREUR GUILLAUME II

Je suis vraiment curieux

de voir cela.


L'oncle de MINA vient ouvrir.


ONCLE

(Propos traduits de l'allemand)

Heureux de vous voir,

mon cher baron!


EMPEREUR GUILLAUME II

(Propos traduits de l'allemand)

Cher professeur,

comment allez-vous?


L'oncle répète les propos, plus fort, à l'oreille du grand-père.


ONCLE

(Propos traduits de l'allemand)

Sa Majesté te demande

comment tu vas.


GRAND-PÈRE

(Propos traduits de l'allemand)

Je me porte bien, Sire.

Toujours au service de Votre Majesté.


Le grand-père actionne un mécanisme. Une chanson se fait entendre. Sa Majesté GUILLAUME II regarde d'un air sceptique ce que le grand-père lui présente. MINA, quant à elle, paraît inquiète que ça ne lui plaira pas. Elle sort de sa poche une bouteille de parfum qu'elle laisse volontairement tomber.


Sa Majesté GUILLAUME II ramasse la bouteille.


EMPEREUR GUILLAUME II

Désolé, ma chère, mais

votre parfum français est perdu.

Je vous en ferai acheter

un autre dès demain.


MINA VON KRAFT

Votre Majesté est trop bonne.


EMPEREUR GUILLAUME II

Cette mécanique

est un chef-d'oeuvre.


Sa Majesté GUILLAUME II le répète plus fort, en allemand, pour le grand-père.


L'oncle parle directement dans l'oreille du grand-père.


ONCLE

(Propos traduits de l'allemand)

Sa Majesté a la bonté

de nous féliciter.


EMPEREUR GUILLAUME II

(Propos traduits de l'allemand)

Je vous remercie

de vos excellents services.

Vive la famille Von Kraft!


L'oncle et le grand-père raccompagnent Sa Majesté GUILLAUME II et MINA jusqu'à la porte.


EMPEREUR GUILLAUME II

J'aime beaucoup

cette cachette, Mina.

Elle sera très utile.


MINA VON KRAFT

Vraiment, Sire?


EMPEREUR GUILLAUME II

Oui. Très utile en vérité.


MINA VON KRAFT

Tant mieux,

car j'avais l'impression

que Votre Majesté n'était pas

tellement contente

de notre mécanique secrète.


EMPEREUR GUILLAUME II

Je m'excuse, mais

je réfléchissais à autre chose.

Je pensais à Arsène Lupin.

Vous disiez tout à l'heure

que vous le connaissiez

sous un autre nom.


MINA VON KRAFT

Parfaitement, Sire.


EMPEREUR GUILLAUME II

Dans ce cas, arrangez-vous

pour le faire venir.

J'aimerais beaucoup

le rencontrer.


MINA VON KRAFT

Vraiment, Sire?


EMPEREUR GUILLAUME II

Vraiment. J'espère

que la chose est possible.


MINA VON KRAFT

Tout est possible pour

le service de Votre Majesté.


EMPEREUR GUILLAUME II

Ma chère baronne,

vous êtes une femme remarquable.

Je ne pourrai jamais

me passer de vous.

(Lui embrassant la main)

Mais faites vite.

Je vous donne carte blanche.


MINA sourit. Elle croise son mari dans le couloir.


MINA VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Bonjour, Rudolf!


RUDOLF VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Chère Mina, vous m'abandonnez!

Pourquoi?


MINA VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

J'étais occupée, mon cher.


RUDOLF VON KRAFT

Vous me traitez bien durement,

moi qui ne pense qu'à vous.


MINA VON KRAFT

Vous êtes l'homme

qu'il me faut.


RUDOLF VON KRAFT

Moi?


MINA VON KRAFT

Vous allez partir pour Paris.


RUDOLF VON KRAFT

Tout de suite?


MINA VON KRAFT

Tout de suite.

Venez dans mon bureau,

je vais vous expliquer.


RUDOLF VON KRAFT

Vous êtes un vrai tyran,

ma chère.


MINA VON KRAFT

Taisez-vous! Vous m'agacez.


Plus tard, RUDOLF est à Paris. Déguisés en travailleurs, lui et trois hommes d'arroser et d'entretenir des arbres en bordure de la route. ANDRÉ vient se poster à se fenêtre. Le téléphone, dans sa résidence, sonne. La bonne répond.


BONNE

Allô?


VOIX DE MADAME DE FLEURVILLE

Je voudrais parler

à monsieur Laroche.

De la part de madame de Fleurville.


BONNE

Je crois que monsieur

est déjà sorti, madame.

Mais veuillez ne pas quitter,

je vais vérifier.


La bonne met sa main sur le combiné et s'adresse à ANDRÉ qui est à la fenêtre.


BONNE

Monsieur,

c'est madame de Fleurville.


ANDRÉ LAROCHE

Hum?


BONNE

Monsieur est sorti, madame.


VOIX DE MADAME DE FLEURVILLE

Vous lui direz

que j'ai téléphoné.


BONNE

La commission

sera faite, madame.


VOIX DE MADAME DE FLEURVILLE

Merci.


BONNE

Au revoir, madame.


La bonne raccroche.


ANDRÉ LAROCHE

Elle t'a pas cru.


BONNE

Ça, je ne sais pas, monsieur.

En tout cas, elle a l'air

de s'intéresser beaucoup

à monsieur. Elle téléphone

tous les jours.


ANDRÉ LAROCHE

On s'intéresse beaucoup

à moi en ce moment.

Beaucoup trop même.


ANDRÉ retourne à la fenêtre. Il ferme, puis sort de chez lui.


Une voiture le prend en chasse. Au moment où ANDRÉ passe près des travailleurs, ceux-ci le kidnappent et le mettent dans la voiture qui s'est arrêtée.


TRAVAILLEUR 1

(Propos traduits de l'allemand)

Ne le brutalisez pas!


TRAVAILLEUR 2

(Propos traduits de l'allemand)

Faites-le monter.


TRAVAILLEUR 1

(Propos traduits de l'allemand)

Ne lui faites pas de mal.


TRAVAILLEUR 2

(Propos traduits de l'allemand)

Ferme la porte!


La voiture redémarre et les ravisseurs roulent sur des chemins de campagne. Au bout d'un long moment, ils s'arrêtent à la frontière. Un douanier s'approche.


DOUANIER

Bonjour, messieurs.

Vous n'avez rien à déclarer?


RUDOLF VON KRAFT

Non, rien.


DOUANIER

(Saluant un des passagers)

Monsieur...


Le douanier se rend près d'un coffre à l'arrière de la voiture.


DOUANIER

Et là?


RUDOLF VON KRAFT

Des effets personnels.


Le douanier leur ouvre la barrière et les ravisseurs entrent en Allemagne.


Les ravisseurs roulent encore un moment, puis s'arrêtent à un endroit où une autre voiture les attend. Les kidnappeurs ouvrent le coffre arrière et en font sortir ANDRÉ.


RUDOLF VON KRAFT

Monsieur Laroche, je m'excuse.


ANDRÉ LAROCHE

Mais je vous en prie. Un quart

d'heure, c'est vite passé.

Et maintenant?


RUDOLF VON KRAFT

Nous changeons de voiture.


ANDRÉ LAROCHE

Ah, je vois.

La correspondance. Très bien.


RUDOLF et ANDRÉ se dirigent vers cette seconde voiture et montent à l'arrière. Deux hommes sont à l'avant.


ANDRÉ LAROCHE

(Saluant les ravisseurs)

Messieurs,

(mot_etranger=DE]auf wiedersehen[/mot_etranger)

.

Ils roulent sur une route de campagne.


ANDRÉ LAROCHE

Hum, joli château.


RUDOLF VON KRAFT

C'est une résidence d'été

de Sa Majesté l'empereur.


ANDRÉ LAROCHE

Ah, je vois, je vois.


MINA est à cheval, accompagnée d'un soldat. Elle utilise des jumelles et surveille l'arrivée de RUDOLF et d'ANDRÉ.


MINA VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Voilà leur voiture!


SOLDAT

(Propos traduits de l'allemand)

Très bien.


MINA et le soldat partent au galop. Le soldat vient les accueillir.


SOLDAT

(Propos traduits de l'allemand)

On vous attend au centre équestre.


RUDOLF VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Parfait.


Le soldat s'en va.


RUDOLF VON KRAFT

Monsieur Laroche, vous allez

rencontrer l'empereur.


ANDRÉ LAROCHE

Vraiment? Parfait.


RUDOLF VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

(S'adressant au chauffeur)

Au centre équestre!


Au centre équestre, un homme effectue des sauts à cheval. Quelques spectateurs sont autour de la piste, dont MINA et Sa Majesté GUILLAUME II.


MINA VON KRAFT

La personne que vous attendez

vient d'arriver, Sire.


EMPEREUR GUILLAUME II

Je suis ravi,

mais excusez-moi.


MINA VON KRAFT

J'espère que Votre Majesté

va enfin me mettre au courant

de ses intentions

concernant cette personne.


EMPEREUR GUILLAUME II

Une seconde.


Les pattes arrière du cheval accrochent l'obstacle, faisant ainsi tomber une des barres.


EMPEREUR GUILLAUME II

(Furieux)

(Propos traduits de l'allemand)

Vous avez vu? Ce cheval est indigne

de défendre mes couleurs!


SOLDAT

(Propos traduits de l'allemand)

Il n'est pas en forme, Sire.


À ce moment, la voiture s'arrête. RUDOLF et ANDRÉ en descendent.


EMPEREUR GUILLAUME II

(Propos traduits de l'allemand)

Messieurs, voici un grand connaisseur français.


ANDRÉ se prosterne devant Sa Majesté GUILLAUME II.


EMPEREUR GUILLAUME II

Bonjour,

M. Laroche. Regardez.

Dites-moi ce que vous pensez

de ce cheval.


ANDRÉ LAROCHE

Il est très beau, Sire.

C'est un fils de Mandragore

si je ne me trompe.


EMPEREUR GUILLAUME II

Très bien, monsieur Laroche.

Vous avez raison.

C'est un produit

de Balthazar et Mandragore.

Comment l'avez-vous su?


ANDRÉ LAROCHE

Bien, j'ai vu courir la mère

à Liverpool il y a huit ans.


EMPEREUR GUILLAUME II

Mais donnez-moi votre avis

sur ce jeune cheval.

Cela m'intéresse.


ANDRÉ LAROCHE

Eh bien, pour être

tout à fait franc, Sire,

il ne me parait pas

au mieux de sa forme.

Un peu surentraîné peut-être.


EMPEREUR GUILLAUME II

(S'adressant à MINA)

Vous aviez raison, ma chère.

Monsieur Laroche connaît bien

les chevaux.


MINA VON KRAFT

Et la danse aussi,

Votre Majesté.


ANDRÉ LAROCHE

J'ai eu en effet

le grand plaisir

de faire valser la baronne

au cours d'une soirée

très parisienne.


EMPEREUR GUILLAUME II

Mina m'a raconté l'histoire.

Le bal du président Duchamp.

Les tableaux.

Tout cela m'a bien

amusé, monsieur.

(Propos traduits de l'allemand)

Capitaine Von Ratz!


GUILLAUME II tient des propos en allemand.


EMPEREUR GUILLAUME II

(S'adressant à ANDRÉ)

Allez vous reposer, monsieur.

Nous nous verrons

tout à l'heure.

(S'adressant à MINA)

Je suis enchanté, ma chère.

Votre ami me fait

une excellente impression.


MINA VON KRAFT

Mais ce n'est pas

mon ami, Sire.


Sa Majesté GUILLAUME II rigole.


MINA VON KRAFT

Votre Majesté.


EMPEREUR GUILLAUME II

Oui?


MINA VON KRAFT

Pourquoi l'avez-vous

fait venir?


EMPEREUR GUILLAUME II

Mais pour le connaître,

ma chère. Vous le savez bien.


MINA VON KRAFT

Permettez-moi, Sire,

de me retirer.

Je vais faire galoper ma jument.


EMPEREUR GUILLAUME II

Allez, ma chère amie.


On aide MINA à monter sur sa jument. Elle galope ensuite sur le chemin, dépassant la voiture dans laquelle ANDRÉ et RUDOLF roulent.


ANDRÉ LAROCHE

Charmante personne.


RUDOLF VON KRAFT

Oui.


Plus tard, MINA marche à toute vitesse dans le château et, furieuse, elle entre dans ses appartements. Elle retire ses gants et lance un livre.


Pendant ce temps, RUDOLF et ANDRÉ marchent dans le corridor. Ils entrent dans une pièce où se trouve déjà un homme, le valet de chambre OTTO.


RUDOLF VON KRAFT

Nous sommes arrivés chez vous.

Voici Otto.

Il est à votre service

et il parle un peu de français.


ANDRÉ LAROCHE

Bonjour, Otto.


OTTO

Bonjour, monsieur.


ANDRÉ LAROCHE

Tiens, tiens.


ANDRÉ aperçoit des vêtements sur une table portant ses initiales. «Cavalotti, Roma» est inscrit sur l'étiquette de ces vêtements. ANDRÉ remarque ensuite une veste déposée sur le dossier d'une chaise.


ANDRÉ LAROCHE

Pardon.

Joli tissu.


«Poole & Sons, Savile Row, London» est inscrit sur l'étiquette de la veste.


ANDRÉ LAROCHE

Fichtre! L'organisation

allemande est une belle chose.


RUDOLF VON KRAFT

Très simple. Je me suis

adressé à vos fournisseurs

habituels et ils ont

vos mesures, n'est-ce pas?


ANDRÉ LAROCHE

Bravo.


RUDOLF VON KRAFT

D'ailleurs,

ce sont aussi les miens.


ANDRÉ LAROCHE

Encore bravo.


Des porteurs d'eau entrent dans la pièce et se dirigent vers le bain situé dans la pièce à côté. Ils y versent des cruches d'eau.


OTTO

(Propos traduits de l'allemand)

Allez, allez.

Dépêchez-vous!


OTTO les raccompagne ensuite vers la sortie.


RUDOLF VON KRAFT

Pourquoi passent-ils par ici?


OTTO

Il n'y a qu'une seule porte

pour tout l'appartement,

monsieur le comte.


RUDOLF VON KRAFT

Ah... Je vous laisse,

Monsieur Laroche.

J'espère qu'il ne vous

manquera de rien.


ANDRÉ LAROCHE

Mon cher, je vais être

comme un coq en pâte.

Merci mille fois.


RUDOLF VON KRAFT

Bonsoir, monsieur.

À plus tard, sans doute.


ANDRÉ LAROCHE

Eh bien, puisque c'est comme

ça, je vais prendre mon bain.


OTTO accompagne ANDRÉ dans la salle de bain.


ANDRÉ LAROCHE

Belle baignoire.


OTTO

Cuivre massif.


ANDRÉ LAROCHE

Ah-ha!


OTTO prend un flacon de poudre de bain et s'apprête à l'ouvrir. ANDRÉ le lui enlève des mains pour sentir.


ANDRÉ LAROCHE

Hum?


OTTO

Ça, c'est bon, monsieur.

(Lisant l'étiquette)

Guerlain. Paris.


ANDRÉ LAROCHE

(mot_etranger=DE]Schön[/mot_etranger)

!

OTTO

(mot_etranger=DE]Schön[/mot_etranger)

!

ANDRÉ et OTTO versent de la poudre dans le bain.


OTTO

Ah, Paris.


ANDRÉ et OTTO rigolent. OTTO mélange la poudre à l'eau du bain.


Plus tard, ANDRÉ s'habille en sifflotant. MINA, qui se trouve dans la pièce à côté, l'entend. Elle colle son oreille contre le mur.


ANDRÉ trouve plusieurs journaux sur une table. Il les feuillette rapidement.


OTTO

Journaux français, monsieur.

Le Gaulois, L'Écho de Paris.


ANDRÉ LAROCHE

Parfait. Merci.


OTTO

Si monsieur a besoin de moi,

il sonne s'il vous plaît.


ANDRÉ LAROCHE

Merci.


ANDRÉ se rend devant le miroir en chantant.


ANDRÉ LAROCHE

(Chantant)

♪ Si tu veux faire mon bonheur ♪

♪ Marguerite Marguerite ♪

♪ Si tu veux faire mon bonheur ♪

♪ Marguerite donne-moi

ton coeur ♪


Intriguée, MINA prend un appareil relié à la chambre d'ANDRÉ pour mieux entendre. Le dispositif se trouve près du miroir d'ANDRÉ.


ANDRÉ LAROCHE

(Chantant)

♪ Si tu me donnes ton coeur ♪

♪ Minabelle Minabelle ♪

♪ Si tu me

donnes ton coeur ♪

♪ Je saurai faire ton bonheur ♪


MINA rigole devant son miroir en écoutant ANDRÉ chanter. Elle se met du parfum.


Sa Majesté GUILLAUME II entre dans le château et s'adresse à un des gardes.


EMPEREUR GUILLAUME II

(Propos traduits de l'allemand)

suivez-moi.


Sa Majesté GUILLAUME II indique de son sceptre la porte de la chambre d'ANDRÉ. Le garde frappe à la porte.


VOIS D'ANDRÉ LAROCHE

Entrez.


Le garde entre.


GARDE

(Propos traduits de l'allemand)

Sa Majesté l'empereur!


Sa Majesté GUILLAUME II entre. ANDRÉ le rejoint aussitôt pour lui enlever son manteau.


ANDRÉ LAROCHE

Permettez, Sire.


EMPEREUR GUILLAUME II

Merci, monsieur Laroche.

Asseyons-nous.

Voulez-vous?


Sa Majesté GUILLAUME II s'assoit.


EMPEREUR GUILLAUME II

Vous ne voulez pas

vous asseoir?


ANDRÉ LAROCHE

Merci.


ANDRÉ s'assoit.


EMPEREUR GUILLAUME II

Voyons, monsieur, êtes-vous

convenablement installé?


ANDRÉ LAROCHE

Oh, absolument, Sire. J'ai

même pris un bain excellent.

Dans une superbe baignoire.


EMPEREUR GUILLAUME II

Je suis vraiment ravi

de faire votre connaissance.


ANDRÉ LAROCHE

Mais moi aussi.


EMPEREUR GUILLAUME II

Ha, ha! Monsieur Lupin.


ANDRÉ LAROCHE

Aux ordres de Votre Majesté.


Sa Majesté GUILLAUME II rit.


De son côté, MINA épie la conversation avec son dispositif.


EMPEREUR GUILLAUME II

À vrai dire,

je ne vous ai pas fait venir

uniquement pour le plaisir

de vous connaître.

J'avais une idée.

Il s'agit d'une chose

très importante pour moi.


ANDRÉ LAROCHE

Alors, Sire, s'il s'agit

d'une affaire importante,

je vous demande un instant.


ANDRÉ se rend près du miroir et débranche le dispositif d'écoute. Il le remet ensuite à Sa Majesté GUILLAUME II qui ne semble pas trop savoir ce que c'est.


EMPEREUR GUILLAUME II

J'ai dans mes services

quelqu'un de très remarquable.

Mais cette personne

est étrangement

passionnée d'électricité.

Quel goût bizarre!

Vous ne trouvez pas?


ANDRÉ LAROCHE

Surtout chez une jolie femme.


EMPEREUR GUILLAUME II

Décidément, monsieur,

on ne peut rien vous cacher.


MINA agite son dispositif pour le faire fonctionner, mais rien à faire. Elle colle ensuite son oreille contre le mur, mais elle n'entend rien. Elle sort de sa chambre et entre à toute vitesse dans le bureau d'OTTO. Ce dernier est en train de lire.


MINA VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Otto, allez voir pourquoi

l'écouteur ne marche plus.

Dépêchez-vous!


MINA retourne à sa chambre à toute vitesse, saluant un garde. Celui-ci la salut en souriant, puis hume l'air au passage de MINA.


OTTO prend deux lampes au pétrole allumées, puis demande au garde de lui ouvrir une porte.


OTTO

(Propos traduits de l'allemand)

S'il vous plaît.


Le garde lui ouvre la porte, puis OTTO entre.


EMPEREUR GUILLAUME II

(Propos traduits de l'allemand)

Allez-y.

Ensuite, vous pourrez disposer.


OTTO dépose les deux lampes plus loin et remarque que l'écouteur a été arraché.


EMPEREUR GUILLAUME II

Vous voyez, monsieur,

je m'éclaire encore au pétrole.

Moi, je déteste l'électricité.


ANDRÉ LAROCHE

Vous avez raison, Sire.

C'est un éclairage barbare,

mais qui ne sera malheureusement

pas abandonnée de sitôt.

Otto, ne le cherchez plus.

Le voilà.


ANDRÉ donne l'écouteur à OTTO. Ce dernier quitte la pièce.


EMPEREUR GUILLAUME II

(Soupirant)

Mon Dieu!

Qui faudrait-il que je sois

pour faire ce qui me plaît

sans être surveillé?


ANDRÉ LAROCHE

Mais Sire, faites comme moi.


EMPEREUR GUILLAUME II

Vous ne faites pas toujours

ce que vous voulez, monsieur.

Vous êtes quand même ici

malgré vous.

Je me trompe?


ANDRÉ LAROCHE

Non. Bien sûr que non, Sire.


EMPEREUR GUILLAUME II

Ah-ha!

J'en viens justement au motif

de votre présence ici.

Voyons.

Un petit problème, monsieur.

Étant donné une cachette

très secrète

située dans mon château,

à l'étage où nous sommes.

Si Arsène Lupin,

procédant tout à fait

librement à ses recherches,

ne réussit pas à découvrir

cette cachette au bout de...

mettons deux jours entiers...

Vous me suivez? Bon.

Quelles seraient les chances

d'un espion qui, lui,

serait obligé de se cacher?


ANDRÉ LAROCHE

Aucune, Sire. Et dans ce cas,

votre cachette serait bonne.


EMPEREUR GUILLAUME II

Ah!

J'ai besoin d'être certain

de la valeur d'une cachette

que j'ai fait faire

et où je veux disposer

en toute tranquillité

mes documents personnels

et des choses précieuses.

Voulez-vous, pendant 48 heures,

rechercher cet endroit secret?

Et si vous le découvrez,

voulez-vous essayer

d'ouvrir la cachette?


ANDRÉ LAROCHE

Sire, vous m'avez bien dit

que l'endroit en question

se trouve

à l'étage où nous sommes?


EMPEREUR GUILLAUME II

À cet étage même.


ANDRÉ LAROCHE

Je n'aurai pas besoin

de 48 heures.

Demain, je serai parti.


EMPEREUR GUILLAUME II

Déjà?


ANDRÉ LAROCHE

Il le faut, Sire. Mes affaires

m'appellent à Paris.

Je suis un homme très occupé,

vous savez.


EMPEREUR GUILLAUME II

D'autre part, j'ai prévu

pour vous une indemnité.


ANDRÉ lève la main.


EMPEREUR GUILLAUME II

Non, non. C'est indispensable.

Que diriez-vous d'une somme

correspondante au revenu mensuel

de vos... activités parisiennes?

Mettons 100 000 marks.


ANDRÉ LAROCHE

Je serais bien curieux

de savoir

comment Votre Majesté

est arrivée à ce chiffre.


EMPEREUR GUILLAUME II

Mes services ont dressé une

statistique qui vous concerne.

Êtes-vous d'accord

avec leur calcul?


ANDRÉ LAROCHE

Bien, ils ont peut-être

raison. Moi, je ne calcule pas.


EMPEREUR GUILLAUME II

(Rigolant)

J'ajoute que si vous

réussissez à ouvrir la cachette,

vous y trouverez

une assez belle bague

que vous pourrez conserver

en souvenir de moi.


ANDRÉ LAROCHE

J'accepte, Sire.

J'adore les souvenirs.


EMPEREUR GUILLAUME II

Vous ne l'avez pas encore.


ANDRÉ LAROCHE

Non, Sire,

mais je l'aurai bientôt.


EMPEREUR GUILLAUME II

Vraiment?


ANDRÉ LAROCHE

Je le crois.


Sa Majesté se lève. ANDRÉ le rejoint et dépose son manteau sur ses épaules.


EMPEREUR GUILLAUME II

Merci.

Vraiment, mon cher,

vous me plaisez énormément.

Dommage que vous ne soyez pas

allemand, monsieur.

De vous, j'aurais fait

quelque chose.


ANDRÉ LAROCHE

Sire, je suis ravi

d'être Français.

Pour la tranquillité

de votre police.


EMPEREUR GUILLAUME II

(Riant)

Je suis décidément content

de vous connaître.


ANDRÉ salut Sa Majesté GUILLAUME II, puis retourne à sa chambre.


VOIX DE L'EMPEREUR GUILLAUME II

(Propos traduits de l'allemand)

Bonsoir.


VOIX D'UN CONSEILLER DE L'EMPEREUR GUILLAUME II

(Propos traduits de l'allemand)

Sire, à quelle heure

chasserez-vous demain?


Intrigué par la conversation, ANDRÉ ouvre quelque peu la porte de sa chambre.


VOIX DE L'EMPEREUR GUILLAUME II

(Propos traduits de l'allemand)

À huit heures.


CONSEILLER DE L'EMPEREUR GUILLAUME II

(Propos traduits de l'allemand)

Très bien, Sire.


EMPEREUR GUILLAUME II (Propos traduits de l'allemand)

À demain donc.


Le conseiller salut Sa Majesté GUILLAUME II, qui s'adresse ensuite au lieutenant.


EMPEREUR GUILLAUME II (Propos traduits de l'allemand)

Lieutenant, vous pouvez disposer.


Chacun regagne ses appartements. Quelques instants plus tard, Sa Majesté GUILLAUME II en ressort et entre dans l'atelier. Des rugissements se font entendre.


EMPEREUR GUILLAUME II (Propos traduits de l'allemand)

Oui!

Bonsoir, Bobby!


Sa Majesté GUILLAUME II s'approche d'une cage dans laquelle rôde une panthère.


EMPEREUR GUILLAUME II (Propos traduits de l'allemand)

Oui, Bobby!

Bobby, mon tout beau!

Mon magnifique Bobby,

oui, oui, oui!

Oui, mon Bobby.


Sa Majesté GUILLAUME II retire sa bague. Le bruit d'un mécanisme se fait entendre, suivi d'une mélodie. La mélodie cesse au bout d'un moment.


Pendant ce temps, ANDRÉ marche dans le couloir. Il croise le lieutenant.


ANDRÉ LAROCHE

Bonsoir.


LIEUTENANT

(Propos traduits de l'allemand)

Bonsoir.


Sa Majesté GUILLAUME II sort de l'atelier et ouvre une porte secrète dans le corridor et il entre dans la pièce. ANDRÉ, tapi dans l'ombre, a tout vu. Il fait demi-tour et marche dans le corridor. Il s'arrête à un moment, attiré par une odeur, devant la porte de la chambre de MINA. Il décide d'y entrer, puisque la porte n'est pas verrouillée. Il inspecte la chambre, mais ne voit pas MINA. Il s'installe alors au clavecin et joue une mélodie. MINA, allongée sur un canapé dans la pénombre et caché par le clavecin, lit un livre. Elle le dépose pour écouter la musique. Au bout d'un moment, MINA se relève. ANDRÉ, surpris, cesse de jouer. MINA souffle les bougies et il recommence à jouer. MINA s'approche. Ils se fixent du regard. MINA s'assoit à côté de lui et l'embrasse longuement.


À l'extérieur, des soldats montent la garde, tandis qu'un air militaire se fait entendre.


Le lendemain, deux soldats jouent un air militaire à l'extérieur. À l'intérieur, Sa Majesté se rend à l'atelier.


EMPEREUR GUILLAUME II (Propos traduits de l'allemand)

Alors, Bobby?

Bonjour, Bobby.

Comment vas-tu, Bobby?

Je t'apporte ton petit-déjeuner.

Approche, Bobby, approche.

Viens pas là, Bobby.


Sa Majesté GUILLAUME II lui tend un morceau de viande au bout d'un bâton.


EMPEREUR GUILLAUME II (Propos traduits de l'allemand)

Approche un peu. Viens par ici.

Très bien. Bon appétit!


MINA s'éveille. Elle tâte la place à côté d'elle dans le lit, mais celle-ci est vide. Surprise, elle s'habille et se rend dans la chambre d'ANDRÉ. Ce dernier est couché dans son lit et fait semblant de dormir. MINA sourit, puis soupire avant de retourner à sa chambre.


Plus tard, ANDRÉ s'habille. MINA en fait tout autant de son côté. ANDRÉ ouvre la porte secrète dans le corridor et entre dans la pièce. Il s'agit du bureau de Sa Majesté GUILLAUME. Ce dernier se trouve dans une pièce adjacente et un homme cire ses bottes. ANDRÉ les entend, puis se cache derrière le bureau.


EMPEREUR GUILLAUME II (Propos traduits de l'allemand)

À présent, passez un dernier

coup de chiffon. Ça suffit.


Sa Majesté GUILLAUME II se rend dans son bureau, s'allume une cigarette et retourne dans la pièce adjacente. ANDRÉ, jusque-là caché derrière le bureau, sort de sa cachette et ouvre un panneau. Derrière ce panneau se trouve un coffre-fort. ANDRÉ entreprend de l'ouvrir. Il tourne les quatre roulettes à tour de rôle et parvient à déverrouiller le coffre-fort. Il prend les billets à l'intérieur. Pendant ce temps, Sa Majesté GUILLAUME II se rend à la fenêtre pour fumer sa cigarette. Dans la cour sont rassemblés des soldats qui attendent pour la partie de chasse. Ils jouent un air militaire.


ANDRÉ quitte aussitôt le bureau. MINA l'observe depuis sa porte de chambre entrebâillée. Un soldat surveille ANDRÉ qui s'arrête près d'une armure ornant le corridor.


ANDRÉ LAROCHE

(mot_etranger=DE]Schön[/mot_etranger)

!

ANDRÉ entre dans la pièce où se trouve la panthère. Immédiatement, MINA le suit, entrant par la porte laissée ouverte. ANDRÉ, caché derrière celle-ci, la referme, ce qui fait sursauter MINA.


MINA VON KRAFT

Vous m'avez fait peur!


ANDRÉ LAROCHE

Tu me dis «vous» maintenant?


MINA VON KRAFT

Je vous déteste!


ANDRÉ LAROCHE

Mais enfin, écoute,

Mina, je comprends pas.


MINA VON KRAFT

(Haussant le ton)

Assez! Qu'est-ce

que vous faites ici d'abord?


ANDRÉ LAROCHE

Chut!


ANDRÉ ouvre quelque peu la porte.


MINA VON KRAFT

André, ne faites pas

l'imbécile.


ANDRÉ LAROCHE

Si tu le prends comme ça,

moi, je ne te dis plus rien.


MINA VON KRAFT

Je vous écoute.


ANDRÉ LAROCHE

Voilà. Je vais t'expliquer.

Je suis obligé

de fouiller partout.


MINA VON KRAFT

Fouiller partout? Pourquoi?


ANDRÉ LAROCHE

Bien, parce que je suis

payé pour ça.

Et tu sais qui me paye?


ANDRÉ avec ses doigts imite la forme de la moustache de Sa Majesté GUILLAUME II.


MINA VON KRAFT

L'empereur vous paye?

Pour quoi faire,

s'il vous plaît?


ANDRÉ LAROCHE

(Chuchotant)

Écoute,

je cherche une cachette.

Une cachette

extraordinaire, formidable,

très difficile à trouver.

Ça ne te dit rien, toi?


MINA repousse ANDRÉ.


ANDRÉ LAROCHE

Tant pis.

Je chercherai tout seul.


MINA VON KRAFT

Je ne sais rien

d'une cachette.


ANDRÉ LAROCHE

Tant pis.

Je trouverai sans toi.


MINA VON KRAFT

André, pas maintenant.


ANDRÉ LAROCHE

Hé? Pourquoi donc?


MINA VON KRAFT

Tu seras en retard

au rendez-vous de chasse.

Sa Majesté sera furieuse.


ANDRÉ LAROCHE

Mais j'y vais pas, moi.


MINA VON KRAFT

C'est de la folie.

Tu es obligé.


ANDRÉ LAROCHE

Mais pas du tout.

Je fais ce que je veux.


MINA VON KRAFT

Mais l'empereur

t'a invité, voyons.


ANDRÉ LAROCHE

Mais il m'a invité comme ça,

par politesse, à cause des gens.

Et puis...

Et puis j'ai très mal dormi,

moi. Je suis très fatigué.


MINA VON KRAFT

Ah, vraiment?


ANDRÉ LAROCHE

Bien sûr! Je suis

qu'un petit homme, moi.

Un pauvre petit Français.

De rien du tout.


MINA VON KRAFT

André!


ANDRÉ LAROCHE

Hum?


MINA VON KRAFT

Allons chez moi. Veux-tu?


ANDRÉ LAROCHE

Ahem... Non, il faut

que je cherche d'abord.

Cette cachette, je sais,

je sens que je vais la trouver.

Voyons.


Un perroquet se fait entendre.


MINA VON KRAFT

Et d'abord, qui vous a dit

qu'elle était dans cette salle?


ANDRÉ LAROCHE

Mon petit doigt.

Bel aquarium.


MINA VON KRAFT

Vous perdez votre temps,

vous savez?


ANDRÉ LAROCHE

Je ne sais pas.

Il faut voir.


ANDRÉ inspecte la pièce, puis s'arrête, attiré par une odeur. Il hume l'air, puis regarde le tapis au sol.


ANDRÉ LAROCHE

Tiens, c'est curieux, ça.

(S'adressant à MINA)

Viens voir là, toi.


MINA VON KRAFT

Quoi? Qu'est-ce qu'il y a?


ANDRÉ LAROCHE

Ça sent Mina ici,

près de l'aquarium.

(Sentant le cou de MINA)

Fais voir.


ANDRÉ sent près de l'aquarium et compare avec l'odeur de MINA.


ANDRÉ LAROCHE

Évidemment, maintenant que tu es

là, je sens plus que toi.

Délicieux, d'ailleurs.


MINA VON KRAFT

Ils sont très jolis,

les poissons.

N'est-ce pas?


ANDRÉ LAROCHE

En tout cas,

l'aquarium est superbe.

Je m'en ferai faire

un comme ça en rentrant.

Avec l'eau courante.


À côté de l'aquarium se trouve une colonne de pierres à laquelle est connecté un robinet. ANDRÉ approche sa main de la colonne. MINA intervient aussitôt.


MINA VON KRAFT

André!


ANDRÉ LAROCHE

Eh bien,

qu'est-ce qu'il te prend?


MINA VON KRAFT

André, je t'en supplie.

L'empereur va t'attendre.

Il sera furieux. Ça fera

très mauvais effet, tu sais?


ANDRÉ LAROCHE

Tiens...


ANDRÉ soulève la partie supérieure de la colonne, laquelle cache une valve permettant d'alimenter l'aquarium en eau courante.


ANDRÉ LAROCHE

Ingénieux.


Il referme la partie supérieure de la colonne.


MINA VON KRAFT

Oui. Allons, viens.


ANDRÉ LAROCHE

C'est drôle.


MINA VON KRAFT

Quoi encore? Allez, viens.


ANDRÉ LAROCHE

Attends, je pense

à quelque chose.


MINA VON KRAFT

Mais quoi?


ANDRÉ LAROCHE

Pourquoi a-t-on voulu

cacher ce robinet?


MINA VON KRAFT

Pour que ce soit

plus joli, voyons.


ANDRÉ LAROCHE

Très juste, oui. J'aurais pu

trouver ça tout seul.


MINA VON KRAFT

André, viens.


ANDRÉ LAROCHE

Attends.


ANDRÉ soulève de nouveau la partie supérieure.


MINA VON KRAFT

Enfin, André, vous n'êtes plus

un bébé tout de même.


ANDRÉ LAROCHE

Oh, mais si justement.


ANDRÉ ouvre la valve au maximum.


MINA VON KRAFT

Mais c'est idiot!

Ça va déborder.


L'eau coule dans l'aquarium. Pendant ce temps, ANDRÉ embrasse MINA. Au bout de quelques secondes, le mécanisme s'enclenche.


ANDRÉ LAROCHE

Là...


L'aquarium s'abaisse dans un meuble, puis la cage du perroquet se déplace quelque peu, révélant une trappe dans le plancher.


MINA VON KRAFT

Oh!


ANDRÉ LAROCHE

Hum... Les gens qui ont

imaginé ça sont des artistes.

Des poètes.


ANDRÉ coupe l'eau de l'aquarium.


ANDRÉ LAROCHE

C'est charmant. Très charmant.


ANDRÉ ouvre la trappe dans le plancher et y récupère la bague de Sa Majesté GUILLAUME II.


ANDRÉ LAROCHE

Beau diamant, hein.

Je peux le garder si je veux.

Ton empereur m'a dit:

«Si vous réussissez

à ouvrir la cachette,

vous y trouverez

une assez belle bague

que vous pourrez conserver

en souvenir de moi.»

C'est très élégant, non?


ANDRÉ laisse tomber la bague dans la trappe, puis la referme.


ANDRÉ LAROCHE

Adieu.


La cage du perroquet se replace sur la trappe.


ANDRÉ LAROCHE

Et voilà.


L'aquarium remonte et reprend sa place initiale.


MINA VON KRAFT

Vous avez remis

la bague? Pourquoi?


ANDRÉ LAROCHE

Il faut

que je te dise une chose.

Il me plaît assez ton Guillaume.


MINA VON KRAFT

Quel Guillaume?


ANDRÉ LAROCHE

Ton empereur, parbleu.

Je le trouve sympathique, moi.

Alors, si je lui dis

que j'ai découvert sa cachette,

il sera déçu. Ça va lui gâcher

son plaisir. Tu comprends?

Moi, je veux qu'il garde

sa belle cachette.

Alors, écoute-moi bien.

Il faut rien lui dire. D'accord?

J'espère que je peux

compter sur toi. Hum?


ANDRÉ embrasse MINA. Celle-ci se dirige rapidement vers la porte.


ANDRÉ LAROCHE

Mais Mina, où vas-tu?


MINA VON KRAFT

Chez l'empereur,

lui annoncer votre succès.


ANDRÉ rattrape MINA et l'empoigne par le bras.


MINA VON KRAFT

Laissez-moi!

Laissez-moi aller, brute!


ANDRÉ soulève MINA et la place debout sur une chaise.


MINA VON KRAFT

Laissez-moi!

Oh, lâchez-moi, je vous ordonne!


ANDRÉ quitte la pièce à toute vitesse.


MINA VON KRAFT

André!


MINA essaie de sortir, mais la porte ne s'ouvre pas. Elle frappe contre celle-ci.


MINA VON KRAFT

Oh!

André!

André, ouvre-moi!


MINA, furieuse, soulève une chaise et la laisse tomber. Ensuite, elle tape du pied à répétition. RUDOLF entend ces coups et entre dans la pièce.


RUDOLF VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Que faites-vous là, enfermée?


MINA VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Qui vous a dit que j'étais ici?


RUDOLF VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Monsieur Laroche.

Je le quitte à l'instant.


De son côté, ANDRÉ monte un cheval, aidé par un palefrenier. ANDRÉ lui remet des billets pliés.


ANDRÉ LAROCHE

Petit pourboire

de la part de Guillaume.


PALEFRENIER

(Propos traduits de l'allemand)

Merci bien.


Le palefrenier déplie les billets une fois qu'ANDRÉ est parti.


PALEFRENIER

(Propos traduits de l'allemand)

Bon sang!

Il m'a donné mille marks!


Pendant ce temps, MINA prend une arme à feu dans l'armoire, puis une boîte de cartouches qu'elle remet à RUDOLF.


MINA VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Tenez-moi ça.


MINA charge l'arme.


RUDOLF VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Que faites-vous?


MINA continue de charger l'arme.


RUDOLF VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Répondez-moi, Mina!


EMPEREUR GUILLAUME II (Propos traduits de l'allemand)

Vous venez encore chercher

de l'argent.


Sa Majesté GUILLAUME II ouvre le panneau derrière son bureau.


EMPEREUR GUILLAUME II (Propos traduits de l'allemand)

Approchez.

Combien coûte ce léopard?


COMPTABLE

(Propos traduits de l'allemand)

Deux mille marks, Sire.


Sa Majesté GUILLAUME II ouvre son coffre-fort. Celui-ci est vide. Il ne contient qu'une carte.


EMPEREUR GUILLAUME II (Propos traduits de l'allemand)

Nom de Dieu!


Sa Majesté GUILLAUME II lit la carte.


EMPEREUR GUILLAUME II (Fâché)

Arsène Lupin!

Désolé Majesté,

mais vos statistiques sont fausses!

(Propos traduits de l'allemand)

Incroyable.

Ce gaillard m'a volé un million!


Sa Majesté GUILLAUME II sort de son bureau. Il croise MINA et RUDOLF dans le corridor.


[EMPEREUR GUILLAUME II:]Mina, votre Lupin est un voleur.

Il m'a pris un million de marks.


MINA s'enfuit sans rien dire, armée.


[EMPEREUR GUILLAUME II:]Mina, où allez-vous?

Trois soldats arrivent au moment où MINA s'en va.


[EMPEREUR GUILLAUME II:]Messieurs, venez ici, vite!

Vous, avez-vous vu sortir

ce Français?


SOLDAT

Oui, Votre Majesté.

Nous venons de le voir

il y a une minute.


[EMPEREUR GUILLAUME II:]Pourquoi parlez-vous français?

Pourquoi est-ce que je parle

toujours français?

(Propos traduits de l'allemand)

Écoutez-moi bien,

vous, vous et

(Se tournant vers RUDOLF)

vous...

Un instant!


Sa Majesté GUILLAUME II s'éloigne. Les soldats et RUDOLF échangent des regards d'incompréhension.


Sa Majesté entre dans la pièce où se trouve sa cachette. Il s'apprête à enclencher le mécanisme, puis se ravise. Il s'approche d'abord de la porte pour la refermer au moment où les soldats arrivent.


EMPEREUR GUILLAUME II (Propos traduits de l'allemand)

Attendez là!


De son côté, MINA monte à cheval, aidé par deux hommes.


MINA VON KRAFT

(Propos traduits de l'allemand)

Allez, dépêchez-vous.

Vite! Vite!


Quant à Sa Majesté GUILLAUME II, il retrouve sa bague dans la trappe sous la cage du perroquet. Il la place à son doigt en riant.


EMPEREUR GUILLAUME II

Une cachette pareille, ça vaut

bien un million de marks.


Sa Majesté sort de la pièce et rejoint les soldats dans le corridor.


EMPEREUR GUILLAUME II (Propos traduits de l'allemand)

Messieurs, à cheval!


Tandis que les soldats marchent derrière Sa Majesté GUILLAUME II qui sourit, un homme lui apporte ses gants.


EMPEREUR GUILLAUME II (Propos traduits de l'allemand)

Mes amis, la vie est belle!

Réjouissons-nous!


MINA pourchasse ANDRÉ. Elle l'aperçoit au loin, sur le chemin en bas d'une falaise. Elle pointe son arme sur lui et le vise dans le télescope. ANDRÉ lui fait quelques signes pour la narguer et lui souffle un baiser avant de s'éloigner dans la forêt. MINA sourit.


Plus tard, au restaurant Maxim's, une soirée est organisée. L'endroit est plein de clients attablés. RUDOLF et MINA sont parmi les invités.


PAUL, un valet, les accueille.


PAUL

Madame la baronne,

quelle joie!

Bonsoir, monsieur le comte.


RUDOLF VON KRAFT

Bonsoir.


MINA VON KRAFT

Bonsoir, Paul. Vous n'avez pas

vu monsieur Laroche?


PAUL

Ah, non.

Pas depuis plusieurs jours.


MINA VON KRAFT

Ah... Où pourrons-nous

nous installer?


PAUL

Comment? Mais madame la

baronne n'a pas retenu sa table?


MINA VON KRAFT

Non, pourquoi?


PAUL

C'est qu'il

ne me reste plus rien.

Pensez donc, à cette heure-ci.

Il est minuit.

Monsieur le comte aurait

dû faire téléphoner.


RUDOLF VON KRAFT

Nous sommes arrivés ce soir,

mon cher. Caprice de femme.


MINA remarque une table libre.


MINA VON KRAFT

Voilà une table.


PAUL

Malheureusement,

elle n'est pas libre.

C'est justement celle

de monsieur Laroche.


MINA VON KRAFT

Mais puisqu'il n'est pas là...


PAUL

Il viendra peut-être.

Je ne peux pas donner sa table.


MINA VON KRAFT

Moi, je la prends.


PAUL

Madame la baronne, ça m'ennuie

beaucoup, vous savez.

Cette table est retenue

toute l'année.


MINA VON KRAFT

Monsieur Laroche est un de mes amis.

J'en fais mon affaire.


PAUL

Dans ce cas...

À tout à l'heure,

madame la baronne.


Un serveur vient voir PAUL.


SERVEUR

Monsieur Paul, il n'y a plus

de Pommery 1906.


PAUL

Si, mon ami. Il y en a

à la réserve. Allez!


RUDOLF VON KRAFT

Vous êtes vraiment

la femme la plus énergique

que je connaisse.


MINA VON KRAFT

Avec vous, mon cher Rudolf,

tout le monde est énergique.


RUDOLF VON KRAFT

Je sais.


MINA aperçoit le MAHARADJAH attablé plus loin avec une femme.


MINA VON KRAFT

Oh...

Mais est-ce que ce n'est pas

le même Maharadjah

qui était à la soirée

du président Duchamp?


RUDOLF VON KRAFT

Bien sûr.

C'est le Maharadjah

de Bandipur.

Regardez. Ce soir,

il porte sur son turban

le fameux diamant Annapurna.

Une pierre de 70 carats

d'une valeur incalculable.


FEMME

(Propos traduits de l'anglais)

Les Français cuisinent bien.


MAHARADJAH

(Propos traduits de l'anglais)

C'est vrai.


FEMME

(Propos traduits de l'anglais)

Je vous ferai de bons petits plats.


Un serveur leur apporte une bouteille de champagne. En la décapsulant, toutefois, il en renverse sur la table.


SERVEUR

Oh, oh, oh! Je vais éponger.

Je vais éponger.

Excusez-moi, monsieur, dame.


MINA VON KRAFT

Ce garçon est bien maladroit.


RUDOLF VON KRAFT

En effet. Qu'est-ce que

vous voulez manger?


Le serveur qui a fait le dégât s'approche de la table de MINA et de RUDOLF. MINA le regarde et il lui paraît familier. Elle se tourne vers le MAHARADJAH et remarque que le diamant qui ornait son turban a disparu.


Stupéfaite, MINA ne peut détacher son regard du serveur qui lui fait alors un clin d'oeil et s'en va.


Texte narratif :
Fin



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