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Vidéo transcription

Les risques du métier

Dans une petite ville normande, un instituteur est accusé d’outrage aux moeurs par trois élèves de sa classe. Malgré ses dénégations, il est arrêté et incarcéré.



Réalisateur: André Cayatte
Acteurs: Jacques Brel, Emmanuelle Riva, René Dary
Année de production: 1967

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Une jeune fille, CATHERINE ROUSSEL, court dans un quartier résidentiel. Elle sanglote. Son chemisier est déchiré. La jeune fille rentre chez elle et monte tout droit à l’étage.


MADAME ROUSSEL

Catherine!


La mère de CATHERINE, madame ROUSSEL monte aussi et tente d’entrer dans la chambre, mais la porte est fermée. Les sanglots de CATHERINE ne cessent pas.


MADAME ROUSSEL

Catherine!

Catherine, ouvre-moi.


Dehors, un homme, MAURICE ROUSSEL, travaille dans le moteur d’une voiture.


MADAME ROUSSEL

Maurice!

Viens! Dépêche-toi!


MAURICE ROUSSEL donne la pièce qu’il a dans les mains à son client et court vers la maison. À l’intérieur, MAURICE tente d’ouvrir la porte à son tour. CATHERINE continue de pleurer. L’homme finit par défoncer la porte.


Dans un restaurant, une Madame BAUDOIN appelle le cuisinier, son mari qui est aussi maire.


MADAME BAUDOIN

C'est Roussel.

Il veut te parler.

Ah!

Non, mais il dit que c'est

important, ça regarde le maire.


MONSIEUR BAUDOIN

Le maire, le maire…

Je n'ai même plus le temps

de faire mon boulot.

C'est pas les électeurs

qui me feront vivre, hein.


Monsieur BAUDOIN prend le téléphone.


MONSIEUR BAUDOIN

Salut. Salut, Maurice.

Qu'est-ce que tu lui veux,

au maire?

Quoi?

Non, mais t'es fou!

Bon. Bon, bon…

Bon, j'arrive.


Plus tard, Monsieur BAUDOIN est dans la maison de MAURICE ROUSSEL.


MONSIEUR BAUDOIN

L'instituteur peut

embrasser une fillette

qu'il connaît depuis toujours

sans pour autant penser à mal.


MADAME ROUSSEL

Bien sûr. Il peut aussi

lui peloter les seins

et essayer de la violer sans

qu'on trouve ça extraordinaire.


MONSIEUR BAUDOIN

La violer, la violer…

Il faut quand même pas

exagérer, Madame Roussel.


MADAME ROUSSEL

Si ça n'avait tenu

qu'à lui, quand il a

commencé à l'embrasser,

elle s'est pas rendu compte,

elle a rien dit.

Comment voulez-vous

qu'elle réalise à son âge?

Et puis elle s’est aperçue

que ce salaud avait

la main dans son chemisier.

Elle s'est débattue

pour se dégager et voilà.

Tenez. Regardez.


Madame ROUSSEL montre le chemisier déchiré.


Monsieur BAUDOIN soupire. Il se lève et s’approche de la jeune fille qui est près de sa mère.


MONSIEUR BAUDOIN

Catherine.

Regarde-moi.

Ça s'est vraiment

passé comme ça?


CATHERINE

Oui, Monsieur Baudoin.


MONSIEUR BAUDOIN

(S’approchant du père)

Maurice, tu vois Doucet

en train de faire ça?


MAURICE ROUSSEL

Bien, et elle?

Pourquoi elle inventerait

une histoire pareille?


Ensuite, le maire BAUDOIN est chez l’instituteur JEAN DOUCET.


JEAN DOUCET

Mais, vous n'allez pas

me dire, monsieur le maire,

que vous croyez

à cette histoire?


MONSIEUR BAUDOIN

Pour l'instant,

je crois à rien, Doucet.

Je m'informe.

Alors, qu'est-ce qui s'est passé

exactement cet après-midi

entre la petite Roussel et vous?


JEAN DOUCET

Mais que voulez-vous

qu'il se soit passé? Rien.


L’épouse de l’instituteur est présente dans la pièce.


SUZANNE DOUCET

Tout ça,

c'est à cause du briquet

et des ragots du village.


MONSIEUR BAUDOIN

Quels ragots?

Quel briquet?


Pendant la narration de l’anecdote, les images évoquent la scène.


JEAN DOUCET (Narrateur)

Eh bien, il y a quelques jours,

vendredi dernier exactement…


Dans la classe de Monsieur Doucet, les élèves prennent leur place.


JEAN DOUCET

Asseyez-vous.


L’instituteur trouve un paquet cadeau sur son bureau. C’est un briquet dans son emballage.


JEAN DOUCET

(S’adressant aux élèves)

D'habitude, je ne fume pas.

En classe.

Madame Doucet me l'interdit.

Elle a raison.

Parce qu'un instituteur ne doit

pas donner le mauvais exemple.

Mais aujourd'hui, pour inaugurer

ce très joli briquet,

je vais faire une exception.

(S’adressant à une élève au premier rang)

Toi qui sais tout, Josette,

explique-moi par quel miracle

ce briquet est arrivé

sur mon bureau.


JOSETTE

Je ne sais pas, monsieur.


JEAN DOUCET

Tu es sûre?


JOSETTE

Oui.


JEAN DOUCET

(S’adressant à un élève)

Et toi, bonhomme?


GÉRARD

Moi non plus, monsieur.


JEAN DOUCET

Mes enfants,

c'est certainement

le plus joli cadeau que

j'aie reçu de toute ma vie.

En tout cas, celui

qui me touche le plus.

Mais ce n'est pas

mon anniversaire.

Ni ma fête.

Alors…

Alors, pourquoi ce briquet?

Hélène, explique-moi ça.


HÉLÈNE

Je ne sais pas, monsieur.


JEAN DOUCET

Bien sûr?


HÉLÈNE

Je vous assure, monsieur.


JEAN DOUCET

Et toi, Brigitte?


BRIGITTE

Je ne sais pas, monsieur.


JEAN DOUCET

Bien sûr.

Si Hélène ne sait pas,

toi, tu ne sais rien non plus.

Et toi, Catherine?


CATHERINE

Moi, monsieur, si je le

savais, je vous le dirais.


JEAN DOUCET

Je te crois.

(Retournant devant la classe)

Alors, qui me l'a offert,

ce briquet?

Personne?

Eh bien, merci.

Merci, personne.


Dans le souvenir de DOUCET, il tient une discussion avec sa femme, SUZANNE dans l’escalier de l’école.


SUZANNE DOUCET

Tu as une idée

du prix de ce briquet?


JEAN DOUCET

Non. 20 ou 30 francs,

je suppose.


SUZANNE DOUCET

Ce briquet-là,

exactement le même,

j'ai failli te l'acheter

il n'y a pas très longtemps.

Mais comme tu perds

toujours tout,

j'y ai renoncé

à cause du prix.

Il vaut 15 000 francs.


JEAN DOUCET

15 000 francs?


SUZANNE DOUCET

Anciens, naturellement.


JEAN DOUCET

Tu es sûre?


SUZANNE DOUCET

Hum-hum.


JEAN DOUCET

Ah, ça…

C'est embêtant.


Dans le corridor de l’école, les élèves entrent de nouveau en classe.


JEAN DOUCET

Silence!

Nous avons un petit compte

à régler tous ensemble.

Celui ou celle…

qui m'a offert ce briquet…

ne veut toujours pas

se faire connaître.

Personne n'a rien à me dire?

Asseyez-vous.

Écoutez-moi.

Devant chacun de vous

se trouve une enveloppe.

Ouvrez-la.


Les élèves ouvrent l’enveloppe qui se trouve devant eux. Tous trouvent un billet de banque.


JEAN DOUCET

Gérard, combien d'élèves

dans la classe?


GÉRARD

28, monsieur.


JEAN DOUCET

Exact. Dans chacune de ces

enveloppes, il y a 5 francs.

Qui pourra me dire le premier

combien ça fait 28 fois 5?

28 fois 5.


CATHERINE

140, monsieur.


JEAN DOUCET

140, exact.

Bravo, Catherine.

140. 140 francs.

Le prix du briquet.

Vous avez compris?

Je distribue à chacun

de vous 5 francs.

Et nous sommes quittes.

D'accord?


BRIGITTE

On peut dépenser?


JEAN DOUCET

Oui, naturellement. Et vous

en aurez bientôt l'occasion.

Qu'est-ce qu'il y aura dimanche?


ÉLÈVES

La fête!


Le dimanche suivant, c’est la fête au village. Les élèves de Monsieur Doucet se ruent sur les kiosques de glace.


MARCHAND DE GLACE

Encore un billet de 5 francs?

Mais qu'est-ce que

vous avez fait, les mômes?

Vous avez dévalisé

une banque, non?


ÉLÈVE

Merci, monsieur.


À la fête, JEAN DOUCET se promène, caméra à la main.


JEAN DOUCET

(Parlant des glaces)

Elles sont bonnes?


ÉLÈVES

Oui, monsieur.

Sensationnelles!


Les enfants s’amusent dans les manèges.


Un homme, sa femme et leur fille s’approchent de Monsieur Doucet.


HOMME

Vous faites

marcher les affaires,

Monsieur Doucet, avec vos billets.


FEMME

Et pour le briquet, Monsieur Doucet,

vous ne savez rien?


JEAN DOUCET

Non.


FEMME

Moi, si on offrait un briquet

de ce prix-là à mon mari,

je me poserais des questions.


Plus tard à la fête, il y a un orchestre rock qui joue.


JEAN DOUCET (Narrateur)

Et c'est à partir du lendemain

que le comportement

de Catherine Roussel a changé.


À l’école, Monsieur Doucet frappe sur son bureau pour attirer l’attention des élèves.


JEAN DOUCET

Allons, les enfants! Du calme!

La fête est finie.

Revenons aux choses sérieuses.

Et pour commencer,

le classement du mois.

Encore un et ce sera fini

pour cette année.

Gérard. Tu distribues.


GÉRARD prend les copies sur le bureau et les distribue.


GÉRARD

Oui, monsieur.


JEAN DOUCET

Ce mois-ci, les filles ont

encore battu les garçons.

Pas de beaucoup, non.

D'un demi-point. Enfin…

Première, Hélène Arnaud.

17. C'est bien, ma grande.

Tu as bien travaillé.

Deuxième, William Gérard. 16,5.

Tu te maintiens.

Troisième, Sylvie Bourgeon. 16.

Quatrième…

Ah, un autre garçon, là.

Georges Couchevelou.

Cinquième, Catherine Roussel.

Toi, Catherine, tu as perdu

trois places ce mois-ci.


CATHERINE

Ça ne m'étonne pas.


À un autre moment, Monsieur Doucet interroge CATHERINE en classe.


JEAN DOUCET

Alors, Catherine, ça vient,

ces affluents de la Loire?

Tu ne peux même pas

m'en citer un?


CATHERINE

Non.


JEAN DOUCET

Tu n'as pas appris ta leçon,

si je comprends bien.


CATHERINE

Non, monsieur.


JEAN DOUCET

Bien, tant pis pour toi.

Zéro.


CATHERINE qui était debout devant la classe retourne à son siège.


À un autre moment, l’instituteur corrige les cahiers. Dans le cahier de CATHERINE, il trouve une page blanche.


JEAN DOUCET

Catherine…

Catherine Roussel.

C'est à toi que je parle.

Tu n'as pas fait le problème.

Pourquoi? Tu n'as pas su?


CATHERINE

Non, monsieur.


JEAN DOUCET

Zéro.

Le deuxième en quatre jours.

C'est beaucoup

pour une bonne élève.


Au village, SUZANNE et JEAN DOUCET se rencontrent au marché. JEAN prend le sac de SUZANNE.


SUZANNE DOUCET

Ça t'intéresse de savoir

ce qui se raconte dans le pays

à propos du briquet?


JEAN DOUCET

Oui.


SUZANNE DOUCET

Je le tiens de Mafdame Monnier,

notre aimable bouchère

qui s'est fait une joie de

me l'expliquer dans le détail.

Premièrement, le briquet,

c'est Catherine Roussel

qui te l'a offert.


JEAN DOUCET

Catherine?


SUZANNE DOUCET

Oui.


JEAN DOUCET

Deuxièmement,

elle t'a fait ce cadeau

parce qu'elle est

amoureuse de toi.

Et la preuve qu'elle est

amoureuse de toi,

c'est que troisièmement,

elle a une photo de toi

cachée dans son cartable.

Voilà. Tu en sais

autant que moi.


En classe, JEAN DOUCET s’adresse aux élèves.


JEAN DOUCET

Bon, ça suffit.

Il est l'heure. Allez-y.

Toi, Catherine, tu restes là.


Pendant que les autres élèves sortent de la classe, CATHERINE range ses cahiers dans son cartable.


ÉLÈVES

Au revoir, mes enfants.

À demain.

Au revoir.

Au revoir, fillette.

Au revoir, monsieur.


JEAN DOUCET

À demain.


Une fois les élèves sortis, Monsieur Doucet ferme la porte et se tourne vers CATHERINE.


JEAN DOUCET

Il faut que nous parlions

un peu toi et moi.

(S’approchant de la jeune fille)

Catherine, j'ai l'impression

qu'il se passe de drôles

de choses là-dedans

(Pointant la tête de CATHERINE)

et je voudrais bien savoir

quoi.

Pourquoi n'as-tu pas

fait ton devoir?

Explique-moi ça.


CATHERINE

Je n'ai pas su.


JEAN DOUCET

Catherine, j'aimerais bien

que tu me regardes

quand je te parle. Hein?

Tu n'as pas su

ou tu n'as pas voulu?


CATHERINE

Je n'ai pas voulu.


JEAN DOUCET

«Pas voulu».

Pourquoi donc?


CATHERINE

Parce que ça ne sert à rien.


JEAN DOUCET

Ça ne sert à rien

de faire ses devoirs.

C'est nouveau, ça.

Et pourquoi, s'il te plaît?


CATHERINE

Parce que.


JEAN DOUCET

Parce que quoi?

Tu ne veux pas répondre?


CATHERINE

Non.


JEAN DOUCET

C'est toi qui m'as

offert ce briquet?


CATHERINE

Non. Pourquoi je vous

offrirais un briquet?


JEAN DOUCET

Effectivement,

il y a aucune raison.

Seulement, si les gens

le disent, c'est à cause

de cette histoire de photo.

C'est vrai que tu as

une photo de moi?


CATHERINE

Oui.


JEAN DOUCET

Où est-elle?

Là-dedans?


JEAN DOUCET prend le cartable pour fouiller dedans.


CATHERINE

Ce n'est pas

la peine de chercher.

Vous ne la trouverez pas.


JEAN DOUCET

Elle est chez toi alors?


CATHERINE

Ça ne vous regarde pas.


JEAN DOUCET

Petite merdeuse!

Ça se trimballe avec

une photo de moi

et ça ne me regarde pas?

Et tes parents, eux,

ça les regarde?

Allez! Range-moi tout ça.

Je te ramène chez toi.

Et nous finirons bien par

la trouver, cette photo. Allez!


CATHERINE prend la photo dans un cahier et la tend à Monsieur Doucet.


CATHERINE

La voilà, votre photo.

Je la veux plus.


JEAN DOUCET

(Examinant la photo)

Et en maillot de bain

par-dessus le marché.

Et tu l'as eu comment,

cette photo?

Tu l'as volée.

Bien sûr.

Et pourquoi l'as-tu volée?

Pour épater tes petites copines?

Elles vont bien rigoler,

tes petites copines.

Parce que comme ça…

tout le monde

pourra en profiter.


L’instituteur épingle la photo sur le tableau devant la classe.


JEAN DOUCET

Allez, range-moi tout ça. Allez!

Fiche-moi le camp!

Va jouer à la poupée

et faire tes devoirs.

Allez!

Et essaie de revenir avec

une autre tête que celle-là

si tu veux qu'on redevienne

copains tous les deux.

Tu pourrais dire au revoir.


Le souvenir se termine. JEAN DOUCET termine son histoire au maire BAUDOIN.


JEAN DOUCET

Et elle est partie.

Bien tranquillement.

Avec son petit cartable

sous le bras.

Je ne l'ai pas touchée.

Ni d'une façon ni d'une autre.

Je ne l'ai même pas punie.


MONSIEUR BAUDOIN

Alors, pourquoi

a-t-elle inventé ça?


JEAN DOUCET

Oh, pourquoi… pourquoi ?

Allez savoir avec les gosses.


SUZANNE DOUCET

C'est pourtant simple.

Vous vous en rendez

peut-être pas compte,

mais Catherine est une femme.

Mais oui! Et qui plus est,

une femme amoureuse.

Tu l'as traitée en gamine.

Tu as eu tort.

Tu l'as profondément humiliée.

C'est pour ça qu'elle se venge.

Vous ne semblez pas

convaincu, Monsieur Baudoin.

Alors, dites-moi pourquoi

elle a volé cette photo?


Ensuite, BAUDOIN est de retour chez les ROUSSEL pour interroger de nouveau CATHERINE.


CATHERINE

Mais comment j'aurais fait

pour la voler, la photo,

Monsieur Baudoin?


MADAME ROUSSEL

Et où elle l'aurait volée?


MONSIEUR BAUDOIN

Tu n'es jamais allée

Chez Monsieur Doucet?


CATHERINE

Jamais.


MONSIEUR BAUDOIN

Et c'est Monsieur Doucet

qui t'a donné la photo?


CATHERINE

Oui, monsieur.


MONSIEUR BAUDOIN

Pourquoi?

Parce qu'il m'aime bien.

C'est ce qu'il m'a dit.


BAUDOIN poursuit son enquête chez DOUCET et chez les ROUSSEL en alternance.


JEAN DOUCET

Sérieusement, vous me voyez

en train de distribuer

comme bon point une photo

de moi en maillot de bain?

Et cette photo, c'est moi qui ai

obligé Catherine à la garder?


CATHERINE

Mais Monsieur Baudoin, j'ai gardé

la photo, parce que moi aussi,

je l'aime bien, Monsieur Doucet.

Enfin, je l'aimais bien.


MONSIEUR BAUDOIN

Tu l'aimais bien comment?


CATHERINE

Comme mon papa.

Pas tout à fait.

Presque.

Il a toujours été

gentil avec moi.


MAURICE ROUSSEL

Mais pourquoi tu en as

jamais parlé de cette photo?


CATHERINE

Parce que j'avais peur

qu'on se moque de moi.


MONSIEUR BAUDOIN

Pourtant, tu l'as bien

montrée à tes amies.


CATHERINE

Non. Jamais.


MONSIEUR BAUDOIN

Bien, alors, comment

on l'a su dans le village?


CATHERINE

Elle est tombée un jour

de mon cartable

et les autres l'ont vue.


MONSIEUR BAUDOIN

Et quand il te l'a

reprise, la photo,

qu'est-ce qu'il t'a dit,

Monsieur Doucet? Qu'il fallait

que je lui rende

parce que tout le monde était

au courant ! Sa femme aussi.


MADAME ROUSSEL

Évidemment.


CATHERINE

Et puis, il m'a dit qu'il m'en

redonnerait une autre plus tard.

Que s'il me reprenait celle-là,

ce n'était pas parce

qu'il ne m'aimait plus.

Au contraire.

Et il m'a embrassé. Et puis…


CATHERINE recommence à sangloter.


MADAME ROUSSEL

(Consolant sa fille)

Allons, allons.

Maintenant, ça suffit.

Il est temps

qu'elle aille dormir.

Faites comme vous voulez,

Monsieur Baudoin.

Mais nous…

demain, on porte plainte.


BAUDOIN est maintenant chez DOUCET.


JEAN DOUCET

Eh bien, qu'ils portent

plainte si ça les amuse.

Entre ma parole

et celle de cette gamine,

vous croyez qu'on peut hésiter?

Ou bien je suis devenu

complètement fou,

ou bien elle ment.


BAUDOIN retourne chez les ROUSSEL.


MONSIEUR BAUDOIN

Attention! Si vous n'apportez

pas cette preuve,

Doucet se retournera contre vous

et il vous réclamera

des dommages et intérêts.

À votre place, moi… moi,

j'hésiterais.


MADAME ROUSSEL

Moi, pas.


MONSIEUR BAUDOIN

Réfléchis bien, Maurice.

Tu prends un risque.

Un risque énorme.


MADAME ROUSSEL

Si c'était votre fille,

Monsieur Baudoin,

qu'est-ce que vous feriez?


MONSIEUR BAUDOIN

Moi, je porterais pas plainte.

Attendez, Madame Roussel.

Voilà ce que je vous propose.

Nous sommes à un mois

des vacances. À la rentrée,

Doucet reviendra

pas. J'en fais mon affaire.

Alors?

Ça te va comme ça, Maurice?


MAURICE ROUSSEL

Si tu crois que c'est mieux…


BAUDOIN est avec le couple DOUCET.


JEAN DOUCET

Partir en douce?

Comme un péteux?

Mais ça voudrait dire

que je suis coupable.

Non, Monsieur Baudoin. Pas question.


MONSIEUR BAUDOIN

Mais, réfléchissez, Doucet.

Si l'enquête n'apporte pas

la preuve que la petite a menti,

ce sera pire pour vous.


JEAN DOUCET

Je sais,

mais c'est tout réfléchi.

Écoutez…


DOUCET fait sortir BAUDOIN dehors.


Dans leur chambre, les DOUCET ne dorment pas.


SUZANNE DOUCET

Tout ça, c'est de ma faute.


JEAN DOUCET

Pourquoi de ta faute?


SUZANNE DOUCET

Parce que nous n'avons

pas d'enfant.


JEAN DOUCET

Quel rapport?


SUZANNE DOUCET

Pour Catherine,

pour ses parents, pour le maire,

pour tout le monde,

sans enfant, c'est comme

si tu étais célibataire.

Tu n'appartiens pas

au monde des parents.

Si tu appartenais

au monde des parents,

les parents de Catherine

ne croiraient pas leur fille.

Et pour Catherine,

tu serais comme son père,

c'est-à-dire un vieux.

Et pas un don Juan.

Et maintenant, à cause de

cet enfant que nous n'avons pas,

nous allons vivre

un cauchemar abominable.


JEAN DOUCET

Suzanne. Suzanne…


Les élèves sortent de l’école. JOSETTE entre dans la boucherie de ses parents.


JOSETTE

Maman, maman!

Ma robe du dimanche!


MADAME MONNIER

Et en quel honneur?

Il y a pas d'école.


JOSETTE

Ils sont arrivés,

ils sont arrivés!


MONSIEUR MONNIER

Qui ça qui est arrivé?


JOSETTE

Les policiers.

C'est formidable.

Ils vont nous interroger

comme à la télé.


Les inspecteurs MICHAUD et LAMBERT commencent à faire des interrogatoires.


INSPECTEUR LAMBERT

Et toi, il ne t'a

jamais embrassée?


JOSETTE

Non, monsieur.


INSPECTEUR LAMBERT

Et tu ne l'as jamais vu

avoir avec les autres filles

des gestes choquants?


JOSETTE

Non, monsieur.


INSPECTEUR MICHAUD

Dis donc, ma petite fille,

cette photo de l'instituteur

qu'avait Catherine Roussel,

tu l'as vue, toi?


JOSETTE

Oui, monsieur.


INSPECTEUR LAMBERT

Enfin une qui l'a vue.


INSPECTEUR MICHAUD

(Montrant la photo de DOUCET en maillot de bain)

C'est celle-là?


JOSETTE

Oui, monsieur.


INSPECTEUR MICHAUD

C'est Catherine

qui te l'a montrée?


JOSETTE

Non, monsieur.


INSPECTEUR MICHAUD

Mais comment t'as fait

pour la voir alors?


JOSETTE

Elle est tombée de ses

affaires un jour, dans la cour.


INSPECTEUR LAMBERT

Et elle ne t'a pas dit

comment elle l'avait eue?


JOSETTE

Non, monsieur.


INSPECTEUR MICHAUD

T'es bien sûre?


JOSETTE

Oui, monsieur.

Et le briquet?

Le briquet, tu crois

que c'est Catherine, hein?


JOSETTE

Je l'ai cru.


INSPECTEUR LAMBERT

Et tu ne le crois plus?


INSPECTEUR MICHAUD

Tu penses à quelqu'un d'autre?


JOSETTE

Peut-être.


INSPECTEUR MICHAUD

Qui ça?


JOSETTE

Hélène.


INSPECTEUR LAMBERT

Hélène qui?


JOSETTE

Hélène Arnaud.


INSPECTEUR MICHAUD

Et pourquoi donc

Hélène Arnaud?


JOSETTE

Parce qu'elle est

sa chouchoute.

Et puis le soir de la fête,

on l'a vue aller

à un rendez-vous avec Monsieur Doucet.


INSPECTEUR MICHAUD

«On l'a vue».

C'est toi qui l'as vue.


JOSETTE

Non, monsieur. Pas moi.

Annette Thomas.


C'est au tour d'ANNETTE d'être interrogée.


ANNETTE

Moi, monsieur? J'ai rien vu.

C'est mes parents

et mon petit-frère.

En attendant le feu d'artifice,

ils les ont vus passer.


INSPECTEUR LAMBERT

Ensemble?


ANNETTE

Je sais pas, monsieur.

Je crois que oui.


GENDARME

(Annonçant l’arrivée d’HÉLÈNE)

Hélène Arnaud.


INSPECTEUR MICHAUD

Bonjour, Hélène.


HÉLÈNE

Bonjour, monsieur.


INSPECTEUR MICHAUD

Alors, c'est toi

la première de la classe?


HÉLÈNE

Ce mois-ci, oui, monsieur.


INSPECTEUR MICHAUD

Eh bien, c'est bien, ça.

Très bien.

Qu'est-ce que tu penses

de Monsieur Doucet?


HÉLÈNE

Il est très gentil.


INSPECTEUR MICHAUD

Il s'est toujours conduit

correctement avec toi?


HÉLÈNE

Oui, monsieur.


INSPECTEUR MICHAUD

Et Catherine Roussel,

tu sais ce qu'elle raconte?


HÉLÈNE hoche la tête pour dire oui.


INSPECTEUR MICHAUD

Tu la crois?


HÉLÈNE

Non, monsieur.


INSPECTEUR MICHAUD

Pourquoi?


HÉLÈNE

Je ne sais pas,

monsieur. Comme ça.


INSPECTEUR LAMBERT

Oui, autrement dit, tu n'as

pas une bonne opinion d'elle.


INSPECTEUR MICHAUD

Et la photo,

t'en as entendu parler?


HÉLÈNE

Quelle photo?


INSPECTEUR LAMBERT

Et le briquet,

t'es au courant?


HÉLÈNE

Oui, monsieur.


INSPECTEUR MICHAUD

Alors, bien, à ton avis,

le briquet, qui c'est?


HÉLÈNE

Je ne sais pas.


INSPECTEUR LAMBERT

Mais, t'as pas

une petite idée?


HÉLÈNE

Non, monsieur.


INSPECTEUR MICHAUD

Les histoires des autres,

ça t'intéresse pas trop?


HÉLÈNE

Non.


INSPECTEUR MICHAUD

Malheureusement, les autres,

eux, s'intéressent à toi.

Qu'est-ce que tu faisais

le soir de la fête

sur la route de…

(Tentant de se souvenir du nom)

Attends, attends…


INSPECTEUR LAMBERT

La route de Chastenay.


INSPECTEUR MICHAUD

Oui, c'est ça, Chastenay.


HÉLÈNE ne répond pas.


INSPECTEUR MICHAUD

Alors?

T'es devenue muette?

Tu y as été sur la route ou pas?


HÉLÈNE

(Après hésitation)

Non.


INSPECTEUR MICHAUD

T'es bien sûre?


HÉLÈNE

Oui.


INSPECTEUR LAMBERT

Et à la fête, tu y as été?


HÉLÈNE

Oui.


INSPECTEUR MICHAUD

Toute seule?


HÉLÈNE

Non.


INSPECTEUR LAMBERT

Avec qui alors?


HÉLÈNE

Avec Brigitte.


INSPECTEUR LAMBERT

Dis donc, il faut t'arracher

les mots, toi. Brigitte qui?


HÉLÈNE

Brigitte Canet.

C'est ma meilleure amie.


INSPECTEUR MICHAUD

T'étais avec elle

pendant le feu d'artifice?


HÉLÈNE

Oui, monsieur. Je suis restée

avec elle toute la soirée

et nous sommes rentrées

ensemble. Forcément.


INSPECTEUR LAMBERT

Pourquoi forcément?


HÉLÈNE

Parce que nous

habitons ensemble.

Monsieur Canet travaille pour mon père

et Madame Canet s'occupe

de notre maison.


Plus tard, les inspecteurs interrogent BRIGITTE.


INSPECTEUR LAMBERT

Hélène ne t'a pas quittée

une seule minute

de toute la soirée?


BRIGITTE

Non, monsieur.


INSPECTEUR MICHAUD

Et vous êtes rentrées

à la maison ensemble?


BRIGITTE

Oui, monsieur. Forcément.


Les inspecteurs cherchent ailleurs des réponses, entre autres, chez les parents d’ANNETTE.


PÈRE D’ANNETTE

Annette a dit vrai.

On était à la terrasse

avec ma femme et le petit.

On attendait bien tranquillement

le feu d'artifice.

Et peut-être, oh, dix minutes

avant qu'il commence,

on a vu passer la fille Arnaud.


Un souvenir commence. HÉLÈNE est sur une mobylette. Elle passe devant le balcon de la maison des parents d’ANNETTE avec leur fils.


PÈRE D’ANNETTE

(S’adressant à sa femme)

Il faudrait peut-être lui dire

que c'est pas le chemin

pour rentrer chez elle

à la petite Arnaud.

À moins qu'elle ait rendez-vous

par là avec un gars.

Ah bien, si le père Arnaud

savait ça.

Lui qui croit que sa fille,

c'est la cuisse de Jupiter.


La voiture de l’instituteur DOUCET passe tout de suite après.


PÈRE D’ANNETTE

Tiens, bien,

le voilà, son coquin.

Ah, bien, ça alors!

C'est tout de même pas

le jour et l'heure d'aller

donner des leçons particulières.


MÈRE D’ANNETTE

Oh, ce pauvre Doucet,

s'il t'entendait.


Plus tard, un homme tient un chien qui aboie en laisse. C’est l’employé de maison de MONSIEUR ARNAUD, donc le père de BRIGITTE, MONSIEUR CANET.


MONSIEUR CANET

Monsieur Arnaud n'est pas là

et s'il m'a pas dit

qu'il était d'accord, je peux

pas vous laisser voir sa fille.


INSPECTEUR LAMBERT

Mais nous l'avons déjà

interrogé, sa fille.

Et personne, je dis bien

personne, ne peut nous interdire

de l'interroger aussi souvent

que nous voudrons.


MONSIEUR CANET

Ça me regarde pas.

C'est à Monsieur Arnaud de décider.


INSPECTEUR MICHAUD

Et Madame Arnaud,

on peut la voir?


MONSIEUR CANET

Madame Arnaud?


INSPECTEUR MICHAUD

Oui.


MONSIEUR CANET

Madame Arnaud est malade.

Il faut pas la déranger.


MADAME ARNAUD

Lucien…

(À la fenêtre de l’étage)

Vous permettez

que je décide moi-même

de ce que je peux faire ou non?

Faites entrer ces messieurs.


Les inspecteurs interrogent de nouveau Hélène.


INSPECTEUR MICHAUD

Écoute, Hélène.

Monsieur et Madame Thomas t'ont vue.

Qu'est-ce que

t'allais faire par là?

T'avais rendez-vous

avec un petit copain

et tu veux pas

que tes parents le sachent?

Si c'est ça, je te promets

que personne n'en saura rien.


INSPECTEUR LAMBERT

Il s'appelle comment,

ton Roméo?

Tu veux rien dire?

Bon…

(S’adressant à son collègue)

Tu permets que

je change de musique?

À nous deux, ma petite.

D'abord, je vais

t'expliquer quelque chose.

Nous avons le droit

de t'emmener tout de suite

chez un médecin

pour te faire examiner.

Tu vois ce que je veux dire?

Et maintenant,

réponds à ma question.

Tu es vierge?


HÉLÈNE

Ça ne vous regarde pas.


INSPECTEUR LAMBERT

Bon… Bon, bon…

Bon, eh bien, préviens sa mère.

(La prenant par la main)

On va l'emmener chez le médecin.


HÉLÈNE

Non!

S'il vous plaît.


INSPECTEUR LAMBERT

Alors, réponds.

Tu es vierge, oui ou non?


HÉLÈNE reste silencieuse.


INSPECTEUR LAMBERT

Donc, c'est non.

Eh bien, voilà

un point d'acquis.

Et le soir de la fête,

tu es allée faire

des galipettes?

Avec qui?

Si c'est avec un petit merdeux

de ton âge, tu nous dis son nom,

et on te fiche la paix.


INSPECTEUR MICHAUD

C'est promis.


INSPECTEUR LAMBERT

Mais si elle ne dit rien,

c'est qu'il n'y a pas

de petit copain,

et c'est bien avec l'instituteur

qu'elle avait rendez-vous.


INSPECTEUR MICHAUD

C'est ça que tu voulais pas dire?


HÉLÈNE

Oui, monsieur.


Monsieur ARNAUD entre dans la maison.


MONSIEUR ARNAUD

Qu'est-ce qu'il se passe?

Qu'est-ce que ma fille a

à voir dans cette histoire?


INSPECTEUR LAMBERT

Mais demandez-le-lui.


MONSIEUR ARNAUD

Lui demander quoi?


INSPECTEUR LAMBERT

De vous répéter

ce qu'elle vient de nous dire.


MONSIEUR ARNAUD

Qu'est-ce que tu leur as dit?

Eh bien?


INSPECTEUR LAMBERT

Qu'elle était la maîtresse

de l'instituteur.


MONSIEUR ARNAUD

(Empoignant LAMBERT par le col.)

Vous n'êtes pas dingue?


INSPECTEUR MICHAUD

Oh, hé!

Je suis désolé, mais c'est vrai.


MONSIEUR ARNAUD

C'est vrai?


HÉLÈNE

Oui, papa.


MONSIEUR ARNAUD gifle sa fille avant de sortir en trombe.


MADAME ARNAUD

Robert? Mais qu'est-ce

qu'il se passe avec Hélène?


MONSIEUR ARNAUD

Il se passe que ta fille

est une putain, et Doucet,

un salaud à qui

je vais régler son compte.


MADAME ARNAUD

Oh…


Les inspecteurs continuent leur enquête avec HÉLÈNE.


INSPECTEUR LAMBERT

Bon, bien, c'est pas tout ça.

On a encore quelques

questions à te poser.


Aussitôt son père parti, HÉLÈNE cherche le numéro de DOUCET dans l'annuaire et l'appelle. MADAME ARNAUD arrive à ce moment


MADAME ARNAUD

Hélène.

Mon petit, mais explique-moi.


HÉLÈNE

(Parlant au téléphone)

Allô? Monsieur Doucet?

C'est Hélène Arnaud.

Faites attention.

Je vous en supplie.

Mon… mon père vient de partir

avec un manche de pioche.

Oui, pour vous taper dessus.

À cause de moi.

Je vous demande pardon.


JEAN DOUCET

Mais…


JEAN DOUCET va voir à la fenêtre et aperçoit la Jeep de MONSIEUR ARNAUD qui arrive au loin. Il saisit son fusil. Pendant ce temps, Monsieur ARNAUD entre sans frapper, armé d’une pioche. DOUCET l’attend sur le palier de l’escalier.


JEAN DOUCET

Avant de me foutre

votre manche de pioche

sur la gueule, Monsieur Arnaud,

vous allez d'abord

m'expliquer pourquoi.


MONSIEUR ARNAUD

Et tu te fous de moi

par-dessus le marché. Salaud!


JEAN DOUCET

Je ne me fous pas

de vous, Arnaud.

Je parle très sérieusement.

Un pas de plus et je tire.

Je vous écoute.

Qu'est-ce que j'ai encore fait?


MONSIEUR ARNAUD

La petite Roussel,

ça te suffisait pas. Ordure!

Il a fallu aussi

que tu baises ma fille!


JEAN DOUCET tend son arme à sa femme et descend lentement l’escalier. ARNAUD recule de quelques pas.


JEAN DOUCET

Je ne comprends rien

à cette nouvelle histoire.

Pas plus qu'à l'autre.

Mais si vous croyez réellement

que j'aie pu commettre

une chose pareille,

alors, allez-y.

Tapez.

Mais qu'est-ce

que vous attendez?


Des crissements de pneus annoncent qu’une voiture arrive sur les chapeaux de roue. ARNAUD commence à frapper dans le vide, puisque DOUCET s’éloigne. Les inspecteurs retiennent le manche de pioche pour empêcher ARNAUD de fracasser le crâne de DOUCET.


INSPECTEUR LAMBERT

Mais il est fou, ce type!

Mais arrête! Fais pas

le con, nom de Dieu!


INSPECTEUR MICHAUD

Non! Il est fou!


Plus tard, SUZANNE DOUCET soigne une blessure sur le coude de JEAN. Il se fait interroger par l'inspecteur LAMBERT.


JEAN DOUCET

Mais, je n'ai jamais dit

que je n'étais pas allé

sur la route de Chastenay.


INSPECTEUR LAMBERT

Ah, ça, quand même,

vous l'avouez.

Et Hélène Arnaud,

vous l'avez rencontrée?


JEAN DOUCET

Non, je vous dis!


INSPECTEUR LAMBERT

Vous n'aviez pas

rendez-vous avec elle?


SUZANNE DOUCET

Certainement pas,

monsieur l'inspecteur.

Parce que ce soir-là, c'est moi

qui l'ai poussé à sortir.

Souviens-toi, Jean.

Le matin, nous avions eu

une petite discussion.


Un nouveau souvenir commence. JEAN arrive dans la chambre à coucher. Il tient un appareil photo.


JEAN DOUCET

Tu ne t'habilles pas?


SUZANNE est allongée.


JEAN DOUCET

Tu ne viens pas à la fête?


SUZANNE DOUCET

Oh, tu sais,

la fête de Châteauneuf,

depuis dix ans,

je la connais par coeur.

Puis tu n'as pas besoin de moi

pour photographier des enfants

que tu vois tous les jours.


JEAN DOUCET

C'est vrai, mais ça me ferait

plaisir que tu sois là.

Et puis ça ferait plaisir

à tout le monde.


SUZANNE DOUCET

Tu crois?

Hum-hum.

Je n'ai pas

la même popularité que toi.

Toi, tu es avec eux

comme un poisson dans l'eau.

C'est bien ce que

je te reproche d'ailleurs.


JEAN DOUCET

Tu me reproches

d'aimer ces enfants?

De me plaire ici?


SUZANNE DOUCET

Oui. De te plaire

dans ce trou.

D'y perdre toutes tes ambitions.

De devenir comme eux.


JEAN DOUCET

Mais qu'est-ce qui

te prend, Suzanne?

Tu es vraiment

si malheureuse ici?

Qu'est-ce que tu voudrais?


SUZANNE DOUCET

Changer.

Vivre ailleurs.

Et puis, fais pas attention.

Je suis un peu fatiguée.

Ça se tassera. Va.

Ne rate pas le défilé.


Une fanfare joue à l’extérieur de la maison.


JEAN DOUCET prend des photos depuis sa fenêtre.


Plus tard, JEAN est installé au salon devant son téléviseur. SUZANNE vient le voir.


SUZANNE DOUCET

Tu sais l'heure qu'il est?

Ils vont pas tarder

à tirer le feu d'artifice.


JEAN DOUCET

Je reste avec toi.


SUZANNE DOUCET

En quel honneur?


JEAN DOUCET

J'ai réfléchi

à ce que tu m'as dit ce matin.


SUZANNE DOUCET

Ah non.

Ne commençons pas

à nous faire des concessions.

Je sais très bien que

tu meurs d'envie de filer.

Alors, file.


SUZANNE donne son attirail de photographie à JEAN.


SUZANNE DOUCET

Oublie ce que je t'ai dit.

Au fond, la seule chose

qui compte pour moi,

c'est que tu sois heureux.

Alors, va sur ta colline

et fais de belles photos.


JEAN DOUCET

Mais toi?


SUZANNE DOUCET

Moi, je vais passer

une soirée délicieuse.

La télé retransmet

le Festival de Bayreuth.

Ça te rase, et moi, j'adore ça.

Tu vois comme je suis égoïste.


SUZANNE embrasse son mari.


Loin des feux d’artifice, sur une colline, JEAN DOUCET prend des photos.


JEAN DOUCET (Narrateur)

Et c'est comme ça

que la famille Thomas

m'a vu passer

sur la route de Chastenay.

J'ai photographié

le feu d'artifice

du haut de la colline.

Et voilà la preuve.


JEAN montre les photos de feux d’artifice à l’inspecteur LAMBERT.


INSPECTEUR LAMBERT

Oui, on peut

prendre des photos.

Et puis entre deux photos,

passer à d'autres exercices.


SUZANNE DOUCET

Alors, ce que j'ai dit,

ça ne vaut rien?


INSPECTEUR LAMBERT

Bien, pas grand-chose.

Vous êtes la femme de l'inculpé.

Vous ne pouvez pas témoigner

sur la foi du serment.


L’inspecteur MICHAUD entre. Il est suivi de JOSETTE.


INSPECTEUR MICHAUD

Viens.

(S’adressant à JEAN DOUCET)

Dis donc, Doucet,

la fameuse photo, là,

vous affirmez toujours

que c'est Catherine Roussel

qui vous l'a volée?


JEAN DOUCET

Oui.


INSPECTEUR MICHAUD

Bien, l'ennui, c'est que…

elle aussi, elle a

une photo de vous.

Toujours en maillot de bain.


INSPECTEUR LAMBERT

Vous êtes un maniaque,

Monsieur Doucet.


JEAN DOUCET

C'est pas possible.


INSPECTEUR MICHAUD

Oh…

C'est bien vous, ça?


L’INSPECTEUR MICHAUD montre une photo de JEAN étendu sur la plage.


JEAN DOUCET

Oui.


INSPECTEUR MICHAUD

Josette.

Raconte-nous comment Monsieur Doucet,

là, t'a donné cette photo. Hein?


JOSETTE

Mon papa m'avait donné

un paquet de viande

pour Madame Doucet.

Je suis montée ici.

Madame Doucet n'était pas là.

Mais Monsieur Doucet,

il était là, lui.

Il m'a pris mon paquet.

Il m'a emmené dans sa chambre

regarder des photos.

Et voilà. Il m'en a donné une.


INSPECTEUR MICHAUD

Oui. Oui, non, mais quand il

t'a donné sa photo, Monsieur Doucet,

il… il t'a embrassé,

tu m'as dit. Hein?


JOSETTE

Oui. Plusieurs fois.


INSPECTEUR LAMBERT

C'est tout?


JOSETTE

Il m'a caressée aussi.


INSPECTEUR MICHAUD

Partout, tu nous dis.

Oui. Partout.


JEAN DOUCET

Assez. Assez.

Fous le camp!

T'entends? Fous le camp!

(Criant)

Fous le camp!


À la mairie, le maire BAUDOIN a rassemblé les protagonistes de l’histoire: parents et enfants ainsi que le couple DOUCET et les deux inspecteurs.


MONSIEUR BAUDOIN

Voilà. Je vous ai tous réunis

parce que les inspecteurs

vont emmener Monsieur Doucet.

Et que c'est très grave.

Ce qui est grave,

c'est ce qu'il a fait, bien sûr.

S'il l'a vraiment fait.

Et c'est aussi

ce qui va lui arriver.

Parce que vous le savez

peut-être pas,

mais tout ça va

se terminer aux assises.

Et aux assises, vous savez

ce qu'il risque, Monsieur Doucet?

Les travaux forcés à perpétuité.

Oui.

Vous avez bien entendu.

Les travaux forcés

à perpétuité.

Voilà.

Voilà ce que je voulais

que vous sachiez.

Vous, les parents.

Et vous aussi, les filles.

Alors…

vous êtes certains, tous,

de ne pas vous être trompés?


MAURICE ROUSSEL

Mais nous, on n'a jamais dit

qu'il l'avait violée.


MADAME ROUSSEL

On a dit qu'il avait essayé.


MONSIEUR BAUDOIN

Mais c'est pareil.

Voilà. Articles 332

et 333 du Code pénal.

Voilà. C'est écrit

en toutes lettres.

(Lisant)

«Une simple tentative

d'attentat à la pudeur,

si elle est commise

avec violence…»,

et c'est le cas…

«... par un instituteur

«sur une de ses élèves,

âgée de moins de 15 ans

est puni des travaux forcés

à perpétuité.»

Alors, vous avez bien réfléchi?

Josette?

Hélène?

Catherine?

Et vous, les Roussel?

Arnaud?

Les Monnier?


INSPECTEUR LAMBERT

Vous êtes

en train d'influencer

les témoins, monsieur le maire.


MONSIEUR BAUDOIN

Non, monsieur. Je les informe.

Alors? Vous ne revenez pas

sur vos accusations?


Un long silence pèse dans la pièce. Sur les visages on lit de la peur et de la honte.


MONSIEUR BAUDOIN

Eh bien…

Bien, c'est bon.

Vous pouvez emmener Monsieur Doucet.


INSPECTEUR MICHAUD

(Poussant SUZANNE)

Pardon.


Dehors, les inspecteurs sortent devant une foule de badauds. [Le trio traverse la foule et se dirige vers la voiture des inspecteurs.


VILLAGEOISE

Salaud, va!


À la prison de la commune, les poches de JEAN DOUCET sont vidées et les lacets retirés.


BRIGADIER

Un briquet métal or.

Une paire de lacets noirs.

Une ceinture noire.

Une cravate noire.

Une alliance en or.


Ensuite, DOUCET est reconduit dans une cellule.


Le jour venu, au village, SUZANNE DOUCET attend les élèves sur le pas de la porte de l’école. Madame ROUSSEL accompagne sa fille à l’école. SUZANNE les regarde venir.


MADAME ROUSSEL

Je pense, Madame Doucet,

que vous serez d'accord

pour que Catherine

retourne en classe.

Ce n'est pas

parce que votre mari…


SUZANNE DOUCET

Mais bien sûr, Madame Roussel.

C'est tout à fait normal.

Bonjour, Catherine.


CATHERINE

Bonjour, madame.


MADAME ROUSSEL

Il ne faut pas

que cette histoire l'empêche

de passer son certificat.

C'est important pour elle.


SUZANNE DOUCET

Rassurez-vous. Catherine

sera traitée exactement

comme tous ses camarades.


MADAME ROUSSEL

Je l'espère bien.


SUZANNE DOUCET

Viens, Catherine. Il est

l'heure. Au revoir, Madame Roussel.


MADAME ROUSSEL

Au revoir.


Un policier garde la cour de la prison pendant les récréations.


GENDARME

La récréation est terminée.


DÉTENU

(S’adressant à DOUCET)

Hé, t'es ici pour quoi, toi?


DÉTENU 2

Il paraît qu'il a sauté

une petite fille.


DÉTENU

Eh bien, ici,

tu pourras toujours

essayer de sauter le mur.


Plus tard, DOUCET est au bureau du JUGE D'INSTRUCTION.


JUGE D’INSTRUCTION

Doucet, je ne suis pas idiot.

J'essaie de faire

mon devoir scrupuleusement.

Je sais ce dont

les enfants sont capables.

Je connais les risques

de votre métier.

Je lis les journaux moi aussi.

Et je regarde la télévision.

S'il n'y avait que Catherine,

ou Hélène, ou Josette,

j'aurais pu croire

à un mensonge.

Mais nous sommes en présence

de trois accusations

qui n'ont rien à voir

les unes avec les autres.

Expliquez-moi pourquoi elles

mentiraient toutes les trois.


JEAN DOUCET

Dans ma cellule,

à longueur de journée,

je passe tout en revue

dans ma tête.

Chaque mot que j'ai pu dire,

chaque geste que j'ai pu faire,

et je ne trouve

aucune explication.

Mais je dis la vérité.

Je vous le jure.

Monsieur le juge,

regardez-moi.

Est-ce que j'ai

une tête de crapule?


Le JUGE D'INSTRUCTION ouvre son tiroir et montre la photo d'un homme à DOUCET.


JUGE D’INSTRUCTION

Regardez celui-là, Doucet.

Lui aussi, il a une tête

d'honnête homme.

(Montrant une photo)

Il y a un mois, là où vous êtes,

il avouait avoir assassiné

sa femme et sa fille

pour épouser sa maîtresse.


Plus tard, JEAN DOUCET mange seul dans sa cellule.


HÉLÈNE rencontre le juge d’instruction en présence de DOUCET.


JUGE D’INSTRUCTION

(Lisant)

«Quand je suis arrivée,

Monsieur Doucet n'a rien dit.

«Il est venu vers moi.

Il m'a regardée,

«puis il m'a prise dans

ses bras et il m'a embrassée.

«Ensuite, il m'a caressé

la poitrine, «et également

sous la jupe,

puis il m'a obligée à me coucher

près de lui sur le sol et nous

avons eu des rapports intimes.»

C'est bien exactement ce que

vous avez déclaré aux policiers?


HÉLÈNE

Oui, monsieur.


JUGE D’INSTRUCTION

Quand Monsieur Doucet vous a donné

ce rendez-vous,

que vous a-t-il dit?


HÉLÈNE

Qu'il voulait me parler.


JUGE D’INSTRUCTION

Vous parler de quoi?


HÉLÈNE

Il ne me l'a pas dit.


JUGE D’INSTRUCTION

Mais vous, qu'avez-vous pensé?


HÉLÈNE

Qu'il voulait me parler

de mon travail à l'école.


AVOCAT

Et pour vous parler

de votre travail à l'école,

vous avez trouvé normal

que l'instituteur

vous donne rendez-vous

dans un bois, un soir de fête?

Vous n'avez pas été surprise?


HÉLÈNE

Si, monsieur. Un peu.


AVOCAT

Mais alors,

pourquoi y êtes-vous allée?


HÉLÈNE

Je ne sais pas.


JUGE D’INSTRUCTION

Si quelqu'un d'autre,

un autre homme, vous avait donné

le même rendez-vous,

vous y seriez allée?


HÉLÈNE

Non, monsieur.


JUGE D’INSTRUCTION

Vous étiez amoureuse

de Monsieur Doucet?


HÉLÈNE

Non, monsieur.


JUGE D’INSTRUCTION

Mais, lorsque

Monsieur Doucet a commencé

à vous caresser,

vous ne vous êtes pas défendue?


HÉLÈNE

Non.


JUGE D’INSTRUCTION

Pourquoi?

Vous avez été surprise?


HÉLÈNE

Oui.


JUGE D’INSTRUCTION

C'était la première fois

que ça vous arrivait?


HÉLÈNE

Oui.


AVOCAT

Et lorsqu'il vous a

renversée sur le sol,

vous ne vous êtes pas débattue?

Vous n'avez pas crié?

Vous n'avez pas essayé

de gifler, de griffer,

de mordre Monsieur Doucet?


HÉLÈNE

Non.


AVOCAT

Monsieur le juge,

je ne comprends pas.

Voilà une jeune fille

qui a une excellente réputation.

Qu'on ne voit pas traîner

avec les garçons,

qui n'est pas amoureuse

de Monsieur Doucet,

et qui se laisse prendre

sans se défendre,

sans opposer la moindre

résistance. Pourquoi?


JUGE D’INSTRUCTION

Il vous a frappée?

Il vous a menacée?


HÉLÈNE

Non.


JUGE D’INSTRUCTION

Alors, pourquoi

lui avez-vous cédé?

Hum?

Pourquoi?

Vous aviez peur de lui?

Parce qu'il était

l'instituteur, le maître?


HÉLÈNE

Oui.


JUGE D’INSTRUCTION

Vous n'avez pas osé

lui résister. C'est bien ça?


HÉLÈNE

Oui, monsieur.


JUGE D’INSTRUCTION

Voilà, maître.

Vous êtes satisfait?

Votre client a abusé

de son autorité d'instituteur.

Ce qui justifie, ô combien,

les rigueurs de l'article 333.

Doucet, qu'avez-vous à répondre?


JEAN DOUCET

Hélène, regarde-moi.

De toutes les filles

que j'ai eues dans ma classe

depuis des années,

tu es la seule que je croyais

incapable de mentir.

Et aujourd'hui, tu mens.

Et tu mens contre moi.

Tu veux que je reste en prison?

Hélène, pourquoi mens-tu?


HÉLÈNE

Je ne mens pas.


JEAN DOUCET

Regarde-moi.

Tu jures

que tu as dit la vérité?


HÉLÈNE

(Relevant la tête)

Je le jure.


DOUCET gifle HÉLÈNE.


JUGE D’INSTRUCTION

Doucet! Garde!

Ce n'est pas en agissant ainsi

que vous parviendrez

à prouver votre innocence.

Vous allez retourner

dans votre cellule.

Je reprendrai l'instruction

de votre dossier

lorsque vous aurez retrouvé

votre sang-froid.

Garde, emmenez-le.


AVOCAT

Oh, monsieur le juge,

je vous demande

de comprendre mon client.

Ce geste regrettable

n'est qu'un réflexe

d'indignation qui plaide

en faveur de son innocence.


JUGE D’INSTRUCTION

Ou qui prouve sa culpabilité.

Car on peut aussi penser

qu'il n'est pas plus capable

de maîtriser ses impulsions dans

mon cabinet que dans un bois,

un soir d'été, en présence

d'une innocente jeune fille.


HÉLÈNE est dans sa chambre. Des bruits moteurs de mobylettes attirent son attention. Elle va à la fenêtre.


Dans son bureau, Monsieur ARNAUD prépare la paie de ses employés. ARNAUD sort de chez lui. En passant devant la fenêtre, il appelle monsieur CANET.


MONSIEUR ARNAUD

Oh, Lucien! Tu fais la paie.

Moi, je vais à Louviers.

Les enveloppes

sont sur mon bureau.


MONSIEUR CANET

Bien, patron.


HÉLÈNE observe son père se diriger vers le garage depuis sa fenêtre. ARNAUD part dans une voiture cabriolet.


CANET sort devant la maison pour faire l’appel des hommes et distribuer la paie.


MONSIEUR CANET

Caroni?


CARONI

Présent.


MONSIEUR CANET

Ayotte?


AYOTTE

Oui.


MONSIEUR CANET

Dalès?


DALÈS

Oui.


MONSIEUR CANET

Ladisset?


LADISSET

Oui, oui.


MONSIEUR CANET

Jacky?


JACKY

Présent.


MONSIEUR CANET

Kapaski?


KAPASKI

Oui.


MONSIEUR CANET

Robert?

Renka?

Gaudet?


GAUDET

Merci.


Un jeune homme s’approche de la maison. Il lève la tête et regarde fixement vers la fenêtre d’HÉLÈNE qui le fixe aussi. Des aboiements attirent l’attention d’HÉLÈNE qui se détourne de la fenêtre.


HÉLÈNE se dirige vers une autre fenêtre pour voir ce qui perturbe le chien. Une voiture s’arrête devant la maison. SUZANNE DOUCET descend de la voiture.


Madame ARNAUD reçoit SUZANNE dans sa chambre.


MADAME ARNAUD

Votre confiance me touche

beaucoup, Madame Doucet.

Ne croyez surtout pas

que je vous en veuille.

Vous n'êtes pas responsable.

Et je vous plains.

Je vous envie aussi.

D'aimer votre mari à ce point.

Lui faire une telle confiance.

Malgré tout.


SUZANNE DOUCET

Il n'a rien fait.

J'en suis sûre.

Je veux le prouver.

Aidez-moi, je vous en prie.


MADAME ARNAUD

Moi, je veux bien.

Mais comment?


SUZANNE DOUCET

Laissez-moi parler à Hélène.

Je la connais bien.

C'est une fille sensible,

généreuse, loyale.

Si elle ment,

c'est qu'elle a une raison.

Cette raison,

il faut la lui arracher.


MADAME ARNAUD

Essayez, mais j'ai bien peur

que vous n'obteniez rien.

Je l'ai interrogée.

Elle n'a rien voulu dire.

La brutalité en moins,

elle est comme son père.

Farouche. Obstinée.

D'une seule pièce.


MADAME ARNAUD et SUZANNE sortent de la chambre et entrent dans celle d’HÉLÈNE.


MADAME ARNAUD

Hélène, ma petite fille

Madame Doucet voudrait...


HÉLÈNE

Non, laissez-moi!

Je veux qu'on

me laisse tranquille.


Plus tard, MADAME ARNAUD et SUZANNE interrogent BRIGITTE, devant sa mère.


MADAME ARNAUD

Le rendez-vous d'Hélène

avec Monsieur Doucet,

tu étais au courant?


BRIGITTE

Non, madame.


SUZANNE DOUCET

Elle ne t'a rien dit

le soir de la fête

quand elle t'a quittée?


BRIGITTE

Non.


SUZANNE DOUCET

Et en revenant?


BRIGITTE

Non plus.


MADAME ARNAUD

Et tu lui as rien demandé?


BRIGITTE

Si, mais elle m'a répondu

que ça ne me regardait pas.


SUZANNE DOUCET

Tu n'as pas une petite idée

de ce qu'elle était allée faire?

Où et avec qui?


BRIGITTE

Non, madame.


SUZANNE DOUCET

Comment deux amies comme vous

qui ne se quittent jamais

peuvent-elles se cacher

quelque chose?


MADAME CANET

Vous voyez bien

qu'elle ne sait rien.


SUZANNE DOUCET

Une question encore,

Madame Canet, si vous le permettez.

(S’adressant à BRIGITTE)

Si tu n'étais au courant

de rien, Brigitte,

pourquoi as-tu dit aux policiers

qu'Hélène était restée avec toi

le soir de la fête?


MADAME CANET

Elle leur a dit ça quand,

Madame Doucet? Et où?

Ils ne l'ont pas interrogée.


SUZANNE DOUCET

Si, Madame Canet. à la mairie,

après avoir interrogé Hélène

une première fois.


MADAME CANET

Comment le savez-vous?


SUZANNE DOUCET

J'ai vu le dossier

avec l'avocat.


MADAME CANET

(S’adressant à sa fille)

C'est vrai, ça?

Réponds!


SUZANNE DOUCET

Le juge te posera

la même question, tu sais.

Il faudra bien

que tu lui répondes.


BRIGITTE aperçoit le jeune homme qui compte ses billets dehors.


SUZANNE DOUCET

Si tu as menti cette fois-là,

c'était pour protéger Hélène.

Donc, tu savais quelque chose.


BRIGITTE éclate en sanglots.


MADAME CANET

Mais réponds

au lieu de pleurer.

Qu'est-ce que tu savais?


BRIGITTE

Je savais qu'Hélène

avait un rendez-vous.


MADAME ARNAUD

Elle te l'avait dit?


BRIGITTE

Oui.


SUZANNE DOUCET

Avec qui?


MADAME CANET

Avec Monsieur Doucet?


BRIGITTE

Oui.


Le juge d’instruction interroge SUZANNE DOUCET.


JUGE D’INSTRUCTION

Madame…

Pour tenter de comprendre

cette affaire,

il y a certains aspects que

je dois m'efforcer d'éclairer.

Vous pouvez m'y aider,

mais ça va m'obliger

à vous poser

des questions indiscrètes

devant votre mari.

Puisque vous n'avez pas voulu

répondre hors de sa présence.


SUZANNE DOUCET

Je suis prête,

monsieur le juge.


JUGE D’INSTRUCTION

Avez-vous, votre mari

et vous, une vie conjugale…


SUZANNE DOUCET

Normale?

Oui, monsieur le juge.


JEAN DOUCET

Mais qu'est-ce que notre vie

conjugale vient faire là-dedans?

Et en quoi mes rapports

avec ma femme

peuvent-ils modifier

votre dossier?


SUZANNE DOUCET

Laisse, Jean.

Monsieur le juge a raison.

Il veut savoir, je pense,

si je ne manifeste pas au lit

une certaine indifférence.

Ce qui pourrait expliquer

les égarements dont on accuse.

Rassurez-vous, monsieur le juge.

Dans un petit village comme

celui où nous sommes condamnés

à vivre, il n'y a pas

beaucoup de distractions.

Et comme jusqu'à présent,

nous n'avons pas réussi à avoir

un enfant, je n'ai

aucune raison de me priver.

Ceci compense cela.


JUGE D’INSTRUCTION

Mais je vous en prie, madame.


SUZANNE DOUCET

Vous me posez une question,

je vous réponds.

Oui, monsieur le juge.

Nous faisons l'amour

comme tout le monde.

Ni plus ni moins, je crois.

Ni autrement.


JEAN DOUCET

Je ne manifeste

mon dérèglement sexuel

qu'avec mes élèves,

monsieur le juge.


JUGE D’INSTRUCTION

À votre connaissance, madame,

votre mari a-t-il eu

quelques fois des aventures?


SUZANNE DOUCET

À ma connaissance, non.

S'il en avait eu, croyez-moi,

tout le village me l'aurait dit.


JUGE D’INSTRUCTION

Connaissez-vous

une certaine Martine Augier?


SUZANNE DOUCET

Oui. C'est une

de nos anciennes élèves.


JUGE D’INSTRUCTION

Depuis combien de temps

a-t-elle quitté l'école?


SUZANNE DOUCET

Six ou sept ans.


JUGE D’INSTRUCTION

(S’adressant à JEAN DOUCET)

Vous l'avez revue

souvent depuis?


JEAN DOUCET

Pourquoi? On m'accuse

de l'avoir violée, elle aussi?


JUGE D’INSTRUCTION

Un témoin vous a rencontrés

ensemble à Louviers.

Il vous a vu entrer

avec elle à son domicile.

Vous aviez l'air, dit-il,

«de deux amoureux,

les bras chargés de bouteilles

et de victuailles.»

(S’adressant à SUZANNE)

Étiez-vous au courant de ça,

Madame Doucet?


SUZANNE DOUCET

Oui, monsieur le juge.


JEAN DOUCET

Voilà enfin une histoire

que je peux vous expliquer.

Si vous croyez que Martine

Augier est ma maîtresse,

et que ça dure depuis l'école,

vous allez être déçu,

monsieur le juge.

Martine a un jeune frère,

Philippe.


Un souvenir commence. Dans sa classe, JEAN DOUCET fait signe de garder le silence.


JEAN DOUCET

Chut!

(Chuchotant)

Mes enfants, pas de bruit.

(Levant le ton)

Il ne faut surtout pas réveiller

Monsieur Augier qui pique son petit

roupillon pendant la classe.


PHILIPPE AUGIER lève la tête pendant que les autres rient.


JEAN DOUCET

Silence!

Alors, Philippe, mon bonhomme,

tu dors maintenant?

Viens un peu ici

nous faire voir ce que tu sais.

Allez.

Dépêche-toi.


PHILIPPE s’approche tout blême. Les autres rient encore. Avant d’arriver à l’avant, il s’effondre sur le sol. DOUCET prend l’enfant et le transporte à l’extérieur de la classe.


Dans le bureau du directeur, un médecin ausculte l’enfant.


MÉDECIN

Alors, raconte-moi,

mon garçon.

Qu'est-ce que ça t'a fait?


PHILIPPE AUGIER

J'ai eu comme si

j'allais vomir.

Et puis tout s'est mis

à tourner dans la classe

et dans ma tête.


MÉDECIN

Et maintenant,

ça le fait encore?


PHILIPPE AUGIER

Moins.


MÉDECIN

Bouge un peu la tête.

Ça tourne?

Ça va, ça va.

(S’adressant à DOUCET)

Çà lui est déjà arrivé avant?


JEAN DOUCET

Jamais.


MÉDECIN

Et quand il était petit,

rien de particulier?


SUZANNE DOUCET

Non. Quand je l'ai eu,

il avait 5 ans.

Il n'a jamais été malade.

De l'angine une fois ou deux,

ou la rougeole

comme tous les autres.


JEAN DOUCET porte PHILIPPE hors de l’école. Dans la cour les fillettes se précipitent pour prendre des nouvelles.


ANNETTE

Ça va, Philippe? Tu vas mieux?


PHILIPPE AUGIER

Oui.


JEAN dépose l’enfant sur la banquette arrière de la voiture du médecin.


JEAN DOUCET

Je vous remercie

de le ramener chez lui, docteur.


MÉDECIN

Je vous en prie.


JEAN DOUCET

Vous me tenez au courant.


MÉDECIN

Bien sûr.


ANNETTE

Qu'est-ce qu'il a,

Philippe, monsieur?


JEAN DOUCET

J'en sais rien, fillette,

mais c'est sûrement pas grave.

T'inquiète pas.


La petite est au bord des larmes.


Plus tard, DOUCET croise le médecin chez le marchand de tabac.


JEAN DOUCET

Ah, bonjour, docteur.


MÉDECIN

Bonjour, Monsieur Doucet.


JEAN DOUCET

Et des allumettes.

Au fait, comment ça va,

le petit Philippe?


MÉDECIN

Pas bien. Justement,

je voulais vous en parler.

Ce gosse a quelque chose au

cerveau. C'est à peu près sûr.

Une tumeur peut-être.

Oui. Pour le savoir

avec certitude,

il faudrait faire

des analyses, des examens,

et probablement

une intervention exploratoire.

Seulement voilà,

le père ne veut pas.

Lui, sa femme, les voisins

sont convaincus que les vertiges

et les nausées du petit,

ce sont les vers.

Alors, ils le soignent

au vermifuge.

Oui, si bizarre que ça puisse

vous paraître, mon vieux,

contre ça, je ne peux rien.

La loi oblige les gens

à envoyer leur gosse à l'école,

mais pas à l'hôpital.


MARCHAND DE TABAC

Et forcément, Augier,

mettez-vous à sa place.

Il est artisan.

Pour eux, l'hôpital,

c'est pas gratuit comme l'école.

C'est ça qui est mal fait.


DOUCET plaide la cause de l’enfant auprès du maire BAUDOIN.


JEAN DOUCET

On ne peut tout de même pas

laisser crever ce gosse

sous prétexte

que son père est un con

et que la loi est mal faite.


MONSIEUR BAUDOIN

Je suis bien de votre avis,

mais qu'est-ce que je peux faire

de plus que vous

et le Docteur Théron?

Augier est un imbécile.

Vous lui enverriez de Gaulle,

ce serait pareil.

À moins que le général

lui accorde une subvention.

Puisque vous me dites

que tout ça,

c'est une histoire de gros sous.


JEAN DOUCET

Malheureusement,

oui, monsieur le maire.

Il y a peut-être quand même

un moyen d'en sortir.


MONSIEUR BAUDOIN

Vous vous rappelez de Martine,

la fille aînée Augier?

Elle a été votre élève

dans le temps.

Elle est pas idiote, la petite.

Elle s'est installée en ville,

un petit commerce de mode,

je crois.


Dans le souvenir, on se transporte à Paris, où MARTINE travaille dans sa boutique.


MONSIEUR BAUDOIN (Narrateur)

Ses affaires ont l'air

de bien marcher.

Allez donc la voir.


MARTINE est en train d’aménager la vitrine de sa boutique. DOUCET arrive et frappe sur la vitre pour attirer son attention. Plus tard, PHILIPPE est à l’hôpital, le crâne couvert de bandage. Sa sœur, MARTINE est là avec monsieur DOUCET.


JEAN DOUCET

Maintenant que tu as

une tête toute neuve,

j'espère que tu vas

bien travailler.


PHILIPPE AUGIER

Oui, monsieur.

Je vous le promets.

Et quand est-ce que je vais

rentrer à la maison?


MARTINE AUGIER

Le docteur

a dit que tu pourrais

sortir la semaine prochaine.

Je te raccompagnerai

à Châteauneuf samedi.


PHILIPPE AUGIER

Samedi, là?


MARTINE AUGIER

Non, l'autre.

Encore huit jours.

C'est pas long.


JEAN DOUCET

Tu arriveras juste à temps

pour la fête.

On tirera le feu d'artifice

exprès pour toi.


À la sortie de l’hôpital, DOUCET accompagne MARTINE.


JEAN DOUCET

Maintenant, Martine,

si tu veux bien,

on va aller déjeuner

en l'honneur

de Philippe. Je t'invite.


MARTINE AUGIER

Ah, Monsieur Doucet, je suis

d'accord pour le déjeuner,

mais c'est moi qui vous invite.


JEAN DOUCET

Non.


MARTINE AUGIER

Oh, dites pas non.

Ça me fera tellement plaisir.

Et puis, vous savez,

j'ai peut-être pas été

une très bonne élève,

mais je sais très bien

faire la cuisine. D'accord?


JEAN DOUCET

D'accord.


DOUCET et MARTINE font les courses.


Le souvenir se termine.


JEAN DOUCET

Voilà, monsieur le juge,

tout ce qu'il y a eu

entre Martine Augier et moi.

C'est la maladie, l'opération,

et la guérison de son frère.


JUGE D’INSTRUCTION

Bien.

J'entendrai Martine Augier.


Dans sa boutique, MARTINE s’occupe d’une cliente.


CLIENTE

Je suis bien embêtée.

Je sais pas lequel prendre.


MARTINE AUGIER

Attendez, madame.

J'ai trouvé un autre modèle.


CLIENTE

D'habitude, je me casse pas

la tête pour mes soutiens-gorge.

Je prends toujours les mêmes.

Je n'aime pas changer.

Oh là, là! Mais il est immense.

Vous êtes sûre

que c'est ma taille? Enfin,

je suis pas si grosse que ça.


Par la fenêtre, MARTINE aperçoit SUZANNE.


CLIENTE

Remarquez que celui-là

ne va pas trop mal.

Mais enfin, c'est pas

tout à fait ce que je veux.

Vous comprenez,

c'est pour un mariage.

Pas le mien, bien entendu.

Celui de ma nièce.

Enfin, vous me direz sous

une robe, celui-là ou un autre,

il n'y a pas grande différence.


MARTINE sort sur le palier de son appartement et pose une note sur la porte. Sur la note, on peut lire: «Madame Doucet est là. Attends-moi au bar des Saisons.»


Dans l’appartement, SUZANNE sanglote.


SUZANNE DOUCET

Excuse-moi, Martine,

je suis tellement seule.

À Châteauneuf, on me parle

sur le ton des condoléances

comme à une veuve.

Je n'en peux plus.

Il y a des moments

où je doute de tout.

Même de lui.


MARTINE AUGIER

Ah non, Madame Doucet, vous

n'avez pas le droit. Pas vous.


SUZANNE DOUCET

Bien, alors, pourquoi

l'accusent-elles?

Catherine, Hélène, Josette,

et maintenant Brigitte.

Pourquoi? Tu peux me le dire?


MARTINE AUGIER

Vous savez,

il s'en passe des choses

dans la tête des filles.

Même quand elles sont

plus grandes.


SUZANNE DOUCET

Elles mentent. Toutes.

Quand je les regarde,

assises sur leurs bancs

avec leurs petits

airs innocents, j'ai envie

de leur taper dessus

pour qu'elles disent la vérité.

C'est comme si j'étais devant

un mur. Ça me rend folle.


MARTINE regarde à la fenêtre pendant que SUZANNE parle.


SUZANNE DOUCET

Tu attends quelqu'un, Martine?

Je te dérange?


MARTINE AUGIER

C'est sans importance.


SUZANNE DOUCET

Où étais-tu le soir

de la fête de Châteauneuf?


MARTINE AUGIER

Eh bien, j'ai raccompagné

Philippe chez mes parents,

et après, je suis rentrée ici.


SUZANNE DOUCET

Avant la nuit?


MARTINE AUGIER

Oui.


SUZANNE DOUCET

Tu as passé la soirée seule?


MARTINE AUGIER

Oui.


SUZANNE DOUCET

Si tu dis au juge

que le soir de la fête,

tu étais avec mon mari,

personne ne pourra dire

le contraire.


MARTINE AUGIER

Mais c'est un faux témoignage.


SUZANNE DOUCET

Oh oui,

je sais que c'est grave.

Mais Jean est innocent.

Et il risque les travaux

forcés à perpétuité.


MARTINE AUGIER

Mais il aurait fallu

dire ça tout de suite.

Maintenant,

le juge ne me croira pas.


SUZANNE DOUCET

Qu'il le croie ou non,

c'est sans importance.

C'est Hélène

qu'il faut troubler.

Si elle perd pied,

si elle donne une autre

explication, nous aurons gagné.

Fais-le, je t'en supplie.


MARTINE AUGIER

Je ne peux pas, Madame Doucet.

Vous pouvez me demander

n'importe quoi, mais pas ça.

Ce ne sont pas les ennuis avec

le juge qui me font peur, non.

Venez.

Regardez.

Voilà.


MARTINE montre le père d’HÉLÈNE qui attend dehors près de sa voiture.


MARTINE AUGIER

Le magasin, ici…

Tout ça, c'est lui.

L'opération de Philippe aussi.

J'étais pauvre et je ne voulais

pas croupir à Châteauneuf.


SUZANNE DOUCET

Je comprends.

N'en parlons plus.


MARTINE AUGIER

De toute façon, Madame Doucet,

pour ce témoignage,

il aurait fallu

que votre mari soit d'accord.

Et s'il est innocent

comme, moi, j'en suis sûre,

il aurait refusé.


SUZANNE visite son époux en prison.


JEAN DOUCET

Mais si ça continue,

je vais devenir fou.

Par moment, j'ai envie

de me jeter contre le mur.

Pour en finir.

Ou bien de tuer quelqu'un.

N'importe qui.

Un gardien.

Ou le juge.

Pour au moins avoir

une raison d'être ici.

Tu sais…

parfois, je me demande

si je n'aurais pas mieux fait

d'accepter

la proposition de Baudoin.

Foutre le camp.

Tu veux que je te dise?

J'ai même pensé à Martine.

Si elle affirmait qu'elle était

avec moi le soir de la fête,

le juge serait bien obligé

de la croire.

Pourquoi pas?

Sa parole vaut bien

celle d'Hélène.

Un mensonge ajouté

à tous ceux des autres.

Je ne peux pas faire ça.

Il restera un doute.

Même pour toi.

Et ça, je ne le veux pas.

Ce que je veux, c'est la vérité.


De retour au village, SUZANNE est en classe avec les élèves.


SUZANNE DOUCET

Brigitte, ne copie pas

sur ton voisin.

Ça t'avance à quoi?

Tu ne peux pas essayer

de faire les choses toi-même?

Il faut toujours que tu sois

à la remorque de quelqu'un?

Si ton voisin se trompe,

tu vas faire la même erreur.

Dans la vie, quand tu auras

une décision à prendre,

tu crois que ta voisine viendra

te dire ce qu'il faut faire?

Pour te marier,

tu demanderas à tes amies

de te choisir ton fiancé?

Et à la mairie,

tu te retourneras vers Hélène

pour savoir si tu dois dire oui?

(S’adressant à toute la classe)

Maintenant, fermez vos cahiers.

Nous allons faire

un peu d'histoire.

Je vous parlerai aujourd'hui

de la célèbre affaire Calas.

Jean Calas était

un marchand de Toulouse,

qui fut accusé injustement,

à la suite d'affreux mensonges,

d'avoir tué son fils.

On le condamna à mort

et il fut torturé sur la roue.

Un supplice horrible.


BRIGITTE semble troublée par l’histoire. Ensuite, elle est dans son lit et fait des cauchemars.


BRIGITTE

Non! Arrêtez!

Non, je veux pas.

C'est pas lui.

C'est pas vrai!

Non, arrêtez!


Madame CANET se réveille en entendant crier sa fille.


BRIGITTE

Arrêtez, je veux pas!


MADAME CANET

Lucien! Réveille-toi,

c'est la petite!


Madame CANET allume une lampe et sort de sa chambre. Monsieur CANET se réveille aussi.


MADAME CANET

(Consolant BRIGITTE qui pleure)

Non, c'est rien,

ma chérie. Non, là.

T'as eu un cauchemar.


BRIGITTE

Hélène a menti, maman.

Et puis moi aussi.


MONSIEUR CANET

Qu'est-ce que tu dis?


BRIGITTE

Le soir de la fête,

elle était pas avec Monsieur Doucet.


MONSIEUR CANET

Elle était avec qui alors?


BRIGITTE

Avec Miguel.


MONSIEUR CANET

Miguel? Le Portugais?


BRIGITTE

Oui.


MADAME CANET

Mais quel Portugais?


MONSIEUR CANET

Celui qui travaille

à la carrière.

Mais comment elle aurait fait

pour le connaître?

Il est resté ici qu'une journée.

Eh bien, c'est justement

ce jour-là que ça a commencé.


Un souvenir commence. MONSIEUR ARNAUD arrive en Jeep devant la maison. HÉLÈNE et BRIGITTE jouent avec des Barbies dehors.


MONSIEUR ARNAUD

Mais qu'est-ce que

vous foutez, nom de Dieu?


ARNAUD s’adresse à LUCIEN CANET qui fouille sous le capot d’une camionnette.


MONSIEUR CANET

Bien, c'est les bougies.


MONSIEUR ARNAUD

Vous pouvez pas

me téléphoner, non?

Je serais venu avant. À cause

de ça, il y a huit fainéants

qui se croisent les bras

sur le chantier.


MONSIEUR CANET

On essayait de réparer.


MONSIEUR ARNAUD

Bien, vous réparerez tout à

l'heure. Allez, chargez la Jeep!


MONSIEUR ARNAUD commence à décharger les sacs de ciment et les transporter dans la Jeep.


MONSIEUR ARNAUD

(Appelant un jeune homme)

Hé, toi, là-bas!

Viens nous aider.

Dis donc, t'es sourd?

T'entends rien?

(S’approchant de MIGUEL)

Quand je t'appelle,

tu pourrais obéir, non?

Alors? Allez, va là-bas!

(S’adressant à CANET)

Qui c'est ce type-là?


MONSIEUR CANET

C'est un Portugais, patron.

Il est arrivé ce matin.

Il parle pas français.

J'ai compris qu'il savait

travailler la pierre,

alors je vais le mettre

à la carrière.

On verra bien.


MONSIEUR ARNAUD

Allez, dépêchez-vous un peu!


ARNAUD remonte dans la Jeep et démarre le moteur.


MONSIEUR ARNAUD

Bon, ça ira. Ça suffit.

Allez, taillez-vous!


MIGUEL retourne à l’endroit où il était et ramasse les objets qu’ARNAUD a fait tomber par terre, donc un harmonica. MIGUEL commence à jouer de l’harmonica. HÉLÈNE tombe sous le charme. Le souvenir se termine.


BRIGITTE

Quelques jours plus tard,

Hélène et moi,

on a été à la carrière.


Un souvenir commence. HÉLÈNE et BRIGITTE vont à vélo à la carrière. MIGUEL est seul à casser de la pierre. HÉLÈNE remet un cadeau à MIGUEL.


MIGUEL

Merci.


HÉLÈNE

Ça va? Vous êtes content?

Vous ne vous ennuyez

pas trop ici?


MIGUEL

Pas comprendre.


HÉLÈNE

Tout seul ici?


MIGUEL

Non. Pas tout seul.

Viens.


MIGUEL guide les filles à l’intérieur d’une cabane qui sert d’entrepôt et de cabane pour MIGUEL. Il prend son harmonica et ressort.


MIGUEL

Nuit. Seul.


MIGUEL joue de l’harmonica et HÉLÈNE est de nouveau séduite. Le souvenir se termine. BRIGITTE raconte le reste de l’histoire à ses parents.


BRIGITTE

Et puis Hélène

ne m'a plus parlé de Miguel.

Moi, je me doutais

de quelque chose.


Un autre souvenir commence. BRIGITTE sort de la maison et épie HÉLÈNE qui fouille sous un tas de bois. Elle sort une bouteille de vin cachée et des victuailles. Elle dépose le tout dans la sacoche de sa mobylette. BRIGITTE s’éloigne un peu pour faire comme si elle venait d’arriver.


BRIGITTE

Où vas-tu?


HÉLÈNE

Faire une course.


BRIGITTE

Attends, je viens avec toi.


HÉLÈNE

Non, non, c'est pas la peine.

Je reviens dans cinq minutes.


BRIGITTE laisse HÉLÈNE prendre les devants et la suit à bicyclette jusqu’à la carrière. Elle voit HÉLÈNE qui rejoint MIGUEL et l’embrasse.


MONSIEUR CANET

Brigitte, écoute-moi bien!

Si tu répètes ce que tu viens

de nous dire à qui que ce soit,

la colère de Monsieur Arnaud à côté

de la mienne, ce sera rien.

Tu as compris? Et je t'interdis

d'en parler à Hélène.

Tu me le jures?


BRIGITTE pleure.


BRIGITTE

Oui, papa.


Plus tard, les parents discutent à la cuisine.


MADAME CANET

Qu'est-ce que tu vas faire?


MONSIEUR CANET

Envoyer le Portugais

au diable.

Un Portugais.

Tu te rends compte?

Si Arnaud apprend ça,

il le tue.

Les histoires, ça suffit.


Monsieur CANET prend une gorgée de café et part vers la carrière en pleine nuit. Une fois à la cabane, il réveille MIGUEL.


MONSIEUR CANET

Allez, debout!

Hélène. Compris?


L’homme prend toutes les affaires de MIGUEL et les dépose dans une valise. Ensuite, MIGUEL monte dans le train. CANET s’assure qu’il est bien parti avec le train. Le lendemain, HÉLÈNE est immuable quand il est temps de faire ses devoirs.


BRIGITTE

Tiens. Aujourd'hui, elle

nous a dit de réviser tout ça.

Là.


Un bruit de moteur attire HÉLÈNE à la fenêtre.


Dehors, les hommes sont rassemblés pour la paie. MIGUEL n’est pas là. Monsieur ARNAUD prépare les enveloppes de paie dans son bureau. Il sort et les donne à monsieur CANET.


MONSIEUR ARNAUD

Tu peux faire la paie, Lucien.

Les enveloppes sont prêtes.

Moi, je vais à Louviers.

À ce soir.


MONSIEUR CANET

Bien, patron.


MADAME CANET

Lui aussi va toucher sa paie.

Une paie qui nous coûte cher.


MONSIEUR CANET

Et alors, ça te regarde?


CANET prend une gorgée de vin et sort faire l’appel de la paie.


MONSIEUR CANET

Caroni?


CARONI

Présent.


MONSIEUR CANET

Ayotte?


AYOTTE

Oui.


MONSIEUR CANET

Dalès?


DALÈS

Oui.


MONSIEUR CANET

Ladisset?


LADISSET

Oui, oui.


MONSIEUR CANET

Jacky?


JACKY

Présent.


MONSIEUR CANET

Kapaski?


KAPASKI

Oui.


MONSIEUR CANET

Robert?

Renka?


HOMME

Renka, on t'appelle!

Gaudet?


GAUDET

Merci.


Dans le livre de compte, Monsieur CADET raye le nom de MIGUEL.


HÉLÈNE entre dans le bureau de son père et regarde le livre de comptes. Elle voit le nom de MIGUEL qui est rayé. Elle prend sa mobylette et part.


MADAME CANET

(Criant par la fenêtre)

Hélène, où vas-tu?


MONSIEUR CANET

Où veux-tu qu'elle aille?

À la carrière.


Monsieur CANET se précipite pour suivre HÉLÈNE avec la Jeep.


MONSIEUR CANET

Hélène, arrête-toi!


Voyant qu’HÉLÈNE ne s’arrête pas, CANET la dépasse et lui barre la route.


MONSIEUR CANET

Hélène, fais pas l'imbécile!

Si c'est à la carrière

que tu vas, c'est pas la peine.

Ton Portugais n'y est plus.

C'est moi-même qui l'ai

accompagné à la gare.

Il vaut mieux que ton père

ne sache pas que tu es sortie.

Il vaudrait mieux aussi

que dans le pays,

on ne sache pas avec qui

a couché la fille Arnaud.

Je comprends

que tu aies préféré dire

que c'était avec l'instituteur.

Allez, monte!


HÉLÈNE s’enfuit en courant.


MONSIEUR CANET

Hélène! Hélène!

Hélène…


Plus tard chez les ARNAUD, HÉLÈNE revient avec SUZANNE DOUCET.


SUZANNE DOUCET

Voilà, Madame Arnaud.

Hélène et moi, nous sommes

soulagées d'un grand poids.

Elle, parce qu'elle a

dit la vérité, et moi,

parce que je la connais

enfin grâce à elle.

Hélène,

je voudrais que tu sois

sûre d'une chose.

Je ne t'en veux pas.

Moi aussi, j'étais prête à

mentir pour l'homme que j'aime.


Plus tard, ARNAUD apprend la vérité.


MONSIEUR ARNAUD

Et pourquoi

a-t-elle inventé ça?


MADAME ARNAUD

Pourquoi?

Et tu le demandes.

Mais parce qu'on ne peut

rien te dire.

Parce qu'elle a eu peur de toi

comme tout le monde.

Oh, pas pour elle, bien sûr.

Mais pour ce garçon.


MONSIEUR ARNAUD

(Criant)

Et l'autre con, là, en bas!

Il a eu peur, lui aussi.

De qui? De quoi?

Tu peux me le dire?


Les CANET entendent les cris de leur lit.


MONSIEUR ARNAUD

Il vient me raconter

que ce Portugais était parti.

Comme ça, de lui-même.

Qu'est-ce qu'il a cru,

ma parole?

Il m'a pris pour une ordure.

Comme si j'étais pas

capable moi-même

de traîner ma fille

devant le juge d'instruction.


MONSIEUR CANET

Çà, c'est bien gentil.

Mais pour Doucet,

qu'est-ce que ça change?

Il reste quand même Catherine

Roussel et Josette Monnier, non?


Chez les ROUSSEL, CATHERINE est avec un PHOTOGRAPHE et un journaliste, JEAN-PIERRE.


JEAN-PIERRE

Je vous rembourserai

le chemisier, madame.

C'est pour que la photo ait

plus de vérité. Vous comprenez?


MADAME ROUSSEL

Je vous en prie, monsieur.

Faites comme vous voulez.

Si vous croyez que c'est mieux.


LAMBERT déchire le chemisier de CATHERINE qui prend la pause en souriant.


PHOTOGRAPHE

Dis donc, Jean-Pierre,

c'est un viol

que je photographie

ou une première communion?


JEAN-PIERRE

Mais souris pas

comme ça, Catherine.

Pense à ce qu'il s'est passé

avec l'instituteur.


CATHERINE fait mine de se cacher en regardant vers la caméra.


PHOTOGRAPHE

C'est bien.

Attends, je la double.

Ça va. C'est fini.


MADAME ROUSSEL

Messieurs, je ne vous chasse

pas. Vous pouvez rester.

Mais maintenant,

il faut que je l'habille.

La reconstitution,

c'est dans une heure.

Et moi aussi, il faut

que je me prépare.


La mère de CATHERINE la déshabille devant les deux hommes.


MADAME ROUSSEL

Allez, enlève ça.


Chez les JOSETTE MONNIER, c’est la même chose. Sa mère la coiffe avant la reconstitution.


MONSIEUR MONNIER

J'espère que

tu nous feras honneur.


MADAME MONNIER

Et tâche de ne pas

fourrer tes doigts

dans ton nez comme d'habitude.


MONSIEUR MONNIER

Et si tu dis bien tout pareil,

tu auras ton vélo

pour les vacances.


JEAN-PIERRE, le journaliste attend dehors la famille ROUSSEL pour faire une entrevue. Toute la famille endimanchée marche dans le village.


JEAN-PIERRE

C'est la famille Roussel.

Monsieur Roussel, voulez-vous

nous dire quelque chose?

Madame, voulez-vous —


MADAME ROUSSEL

Je vous en prie,

n'insistez pas. Je ne peux pas.

Catherine? Monsieur Roussel,

je vous en prie.


BADAUD

Pauvre gosse,

c'est quand même vache.

Lui imposer ça

une deuxième fois.


BADAUD 2

Moi, à la place

de Doucet, aujourd'hui,

histoire de changer,

c'est plutôt la mère Roussel

que j'essaierais de m'envoyer.


Tout le village est devant l’édifice où se tiendra la reconstitution. Les MONNIER arrivent. D’autres journalistes sont présents.


À l’intérieur de la salle de classe, DOUCET est assis au bureau du professeur. Le juge d’instruction le questionne.


JUGE D’INSTRUCTION

Allez-y, Doucet.

Montrez-nous ce qui

s'est passé selon vous.


Les parents ROUSSEL sont présents dans la salle, ainsi que SUZANNE DOUCET. CATHERINE est assise seule à son pupitre. Les deux inspecteurs et un gendarme sont aussi présents.


JEAN DOUCET

C'est très simple.

J’ai été vers elle,

avec son cahier,

et je lui ai demandé

de m'expliquer pourquoi

elle n'avait pas fait

son problème.

Elle m'a répondu des insolences.

Je ne sais plus quoi.

Ça ne servait à rien

de travailler.

Puis, je lui ai parlé

du briquet et de la photo.

Pour le briquet, elle a nié.

La photo, elle me l'a rendue.

Je l'ai épinglée au tableau.

Elle a ramassé ses affaires

et elle est sortie.

Voilà, monsieur le juge.

C'est tout.


JUGE D’INSTRUCTION

À toi, Catherine.


CATHERINE

Qu'est-ce que je dois faire,

monsieur?


JUGE D’INSTRUCTION

Explique-nous

ce qui s'est passé.

Très exactement.

Essaie de ne rien oublier,

si tu peux.


CATHERINE

Eh bien, voilà.

Monsieur Doucet est arrivé près de moi

comme maintenant.

Il a posé le cahier devant moi.

Il m'a parlé du problème.

Çà, c'est vrai.

Mais pour la photo,

c'est pas ce qu'il m'a dit.

D'abord, il s'est assis là.

Et moi, je me suis poussée.


JUGE D’INSTRUCTION

Eh bien, asseyez-vous, Doucet.


JEAN DOUCET

Non. Non, monsieur le juge.

Je suis instituteur.

Pas comédien.


JUGE D’INSTRUCTION

Lambert, remplacez-le.


LAMBERT s’assoit près de CATHERINE.


CATHERINE

À ce moment-là,

Monsieur Doucet m'a parlé

de la photo

qu'il m'avait donnée.

Il m'a dit qu'il fallait

que je la rende

parce que tout le monde le savait.

Madame Doucet aussi.


JUGE D’INSTRUCTION

Bon. Alors,

tu as rendu la photo?

Où était-elle?


CATHERINE

Dans mon cartable.


JUGE D’INSTRUCTION

Bien. Continue.


CATHERINE

J'ai rendu la photo

à Monsieur Doucet,

et il m'a dit qu'il

m'en donnerait une autre.

Plus tard.

Et il m'a embrassée.


JUGE D’INSTRUCTION

Il t'a embrassée comment?


CATHERINE

(Montrant sa joue)

D'abord, là.

En me disant des choses.


JUGE D’INSTRUCTION

Quoi? Quelles choses?


CATHERINE

Que j'étais gentille,

que j'étais jolie,

qu'il m'aimait bien.

(Saisissant le bras de l’inspecteur)

Et puis tout d'un coup,

il m'a serrée contre lui.

J'ai eu peur parce

qu'il me serait fort

et que ça me faisait mal.

Il m'a embrassée sur la bouche,

il m'a caressée avec sa main.

Je me suis débattue, je lui ai

donné des coups de poing.

Je suis tombé par terre

en sortant du banc

et j'ai couru vers la porte.


AVOCAT

Monsieur le juge, je pense

que vous serez d'accord avec moi

pour considérer

que cette reconstitution…

Enfin, disons plutôt ce récit,

ne change rien

aux deux thèses en présence.

Celle de Monsieur Doucet qui affirme

n'avoir rien fait de tout ça

et celle de cette petite fille

qui me paraît avoir

beaucoup d'imagination.

Et en tout cas, un très grand

talent de comédienne.

Toutefois...


JEAN DOUCET

Je vous demande pardon.

Monsieur le juge,

tout ce que vient de vous

raconter Catherine Roussel,

c'est vrai.

Mais si vous le permettez,

je voudrais que nous

recommencions la scène.

Et je suis prêt à jouer

mon rôle cette fois.


JUGE D’INSTRUCTION

Vous êtes sûr que c'est

vraiment nécessaire, Monsieur Doucet?


JEAN DOUCET

Oui, monsieur le juge.

Je vous le demande.

(S’adressant à l’AVOCAT)

Vous permettez, maître?


JEAN DOUCET prend le cartable de l’AVOCAT.


JEAN DOUCET

Reprends ta place, Catherine.

Donc… je m'approche de toi.

Je pose le cahier sur la table,

et je m'assois près de toi.

Pousse-toi un peu.

Tu me rends la photo.

Je te dis… des choses

et je me jette sur toi.

Je la serre très fort.

Je l'embrasse sur la bouche.

Je lui caresse la poitrine.

Je ne sais plus

ce que je fais.

Elle se débat.


CATHERINE le pousse et se réfugie dans les bras de sa mère. DOUCET prend le sac et le cahier restés sur le pupitre et s’approche de CATHERINE.


JEAN DOUCET

Catherine…

(Plus fort)

Catherine…

Tu as oublié tes affaires.

Madame Roussel,

est-ce que Catherine

est rentrée chez vous

avec son cartable ce jour-là?


Madame ROUSSEL regarde son mari et pense. Elle se rappelle avoir vu monter CATHERINE à l’étage en pleurant avec son cartable à la main. À l’étage, dans la chambre de CATHERINE, le cartable est par terre.


MADAME ROUSSEL

Catherine.


Le souvenir se termine.


MADAME ROUSSEL

Je ne sais pas.

Je ne sais plus.


MAURICE ROUSSEL

Oui, Jean. Elle l'avait.

J'en suis sûr.

Catherine.

Catherine, ma petite fille.

Toute cette histoire,

tu l'as inventée?


CATHERINE

Oui, papa.


MAURICE ROUSSEL

Mais pourquoi? Pourquoi?


Le souvenir de CATHERINE commence. JEAN DOUCET la sermonne à propos de la photo.


JEAN DOUCET

Une petite merdeuse se promène

avec une photo de moi

et ça ne me regarde pas?

Et tes parents, eux,

ça les regarde?

Allez, range-moi tout ça!

Je te ramène chez toi.

On finira bien

par la trouver, cette photo.

Allez! Vite!


CATHERINE

La voilà, votre photo.

Je la veux plus.


JEAN DOUCET

Et pourquoi l'as-tu volée?

Pour épater tes petites copines?

Eh bien, elles vont bien

rigoler tes petites copines.

(Épinglant la photo sur le tableau)

Comme ça, tout le monde

pourra en profiter.

Allez, maintenant

fiche-moi le camp!

Va jouer à la poupée.

Va faire tes devoirs.

Et rapidement!

Essaie de revenir avec

une autre tête que celle-là

si tu veux qu'on soit de nouveau

copains tous les deux.


CATHERINE sort de la classe.


JEAN DOUCET

Et tu pourrais dire au revoir.


En sortant de la classe, CATHERINE déchire son chemisier et sort de l’école en courant et en pleurant. Le souvenir se termine. CATHERINE est honteuse.


MAURICE ROUSSEL

C'est seulement pour ça?


CATHERINE pleure.


SUZANNE DOUCET

Et surtout à cause d'Hélène.

Tu as cru qu'il y avait quelque

chose entre elle et mon mari.

Tu étais jalouse.


CATHERINE hoche la tête pour confirmer.


JEAN DOUCET

Mais pourquoi as-tu cru ça?


Le souvenir de CATHERINE reprend, le soir de la foire. Dans les autos tamponneuses, CATHERINE et JOSETTE s’amusent. BRIGITTE les rejoint.


BRIGITTE

Vous n'avez pas vu Hélène?


CATHERINE

Non. On arrive.

Tu l'as perdue?


BRIGITTE

Je sais pas où elle est?


JOSETTE

Sa Majesté en avait

peut-être assez

de t'avoir accrochée

à sa traîne.


Plus tard, BRIGITTE et HÉLÈNE passent dans le village avec leurs vélos.


JOSETTE et CATHERINE se moquent.


JOSETTE

La reine et sa servante.

Brigitte pouvait toujours

la chercher hier.

Tu sais où elle était, Hélène?


CATHERINE

Non.


JOSETTE

Dans le petit bois.


CATHERINE

Et avec qui?


JOSETTE

Tu ne devines pas?


ANNETTE pointe en direction de JEAN DOUCET devant la cour d’école


JOSETTE

Avec Monsieur Doucet.


CATHERINE

C'est pas vrai.


JOSETTE

Et comment que c'est vrai.

T'as qu'à demander à Annette.

C'est elle qui l'a vue.

T'as bonne mine avec ta photo.


Le souvenir se termine. JEAN DOUCET veut en savoir plus.


JEAN DOUCET

Et cette photo, Catherine,

tu l'as eue comment?


Deux filles regardent quelque chose dans un cahier ouvert dans la cour d’école.


FILLE

Hé, Catherine, viens voir.

Regarde un peu

la photo de l'instit à poil.

(Montrant les photos de JEAN DOUCET)

Moi, comme ça,

je le trouve plutôt moche.


JOSETTE

Tu dis ça parce

qu'il se fiche de toi.

S'il voulait…


Monsieur DOUCET fait l’appel.


JEAN DOUCET

Rapidement!


CATHERINE

Dis, Josette, tu me

la donnerais cette photo?


JOSETTE

Et toi, qu'est-ce que

tu me donnerais en échange?

Ton transistor?


CATHERINE

Mais si mes parents

l'apprennent,

qu'est-ce que je leur dirais?


JOSETTE

Ça te regarde.


CATHERINE

Bon, d'accord.


Le souvenir se termine. Plus tard, ce sont les MONNIER qui sont devant le juge d’instruction.


JUGE D’INSTRUCTION

Ainsi, ce n'est pas une,

mais deux photos

que tu avais de Monsieur Doucet.


JOSETTE

Oui, monsieur.


JUGE D’INSTRUCTION

Et ces photos,

tu prétends toujours

que c'est Monsieur Doucet

qui te les avait données?


JOSETTE

Non, monsieur.


JUGE D’INSTRUCTION

Tu les avais volées?


JOSETTE

Non, monsieur.

Je les ai pas volées.

Je les ai prises.


Un nouveau souvenir commence. JOSETTE frappe à la porte de JEAN DOUCET.


JEAN DOUCET

(De l’autre côté de la porte)

Oui?


Josette entre dans la pièce.


JOSETTE

Bonjour, monsieur.

Madame Doucet n'est pas là?


JEAN DOUCET

Non. Elle est

chez la couturière.


JOSETTE

(Tendant un paquet)

Papa m'a donné ça pour vous.


JEAN DOUCET

Sois gentille. Pose-le

sur la table de la cuisine.


JOSETTE

Oui, monsieur.


JOSETTE va poser le paquet dans la cuisine et passe devant la porte de la chambre des DOUCET qui est entrouverte. JOSETTE entre dans la chambre. Elle remarque les photos sur la commode. Elle cache les photos sous son pull et quitte la maison. Le souvenir se termine.


JUGE D’INSTRUCTION

Mais alors,

tout ce que tu nous as raconté,

Monsieur Doucet t'embrassant,

te caressant,

tu l'as inventé?


JOSETTE

Oui, monsieur.


JUGE D’INSTRUCTION

Pourquoi?


SUZANNE DOUCET

Tu voulais qu'il t'arrive

quelque chose à toi aussi.

Comme à Catherine et à Hélène.


JOSETTE

Oui.

À moi, il ne m'arrive

jamais rien.


La salle de classe est vide. JEAN DOUCET et sa femme sont restés seuls.


JEAN DOUCET

Tu vois, Suzanne.

Tout ça aura au moins

servi à quelque chose.

Nous allons partir.


JEAN et SUZANNE se lèvent et se dirigent vers la porte. En passant devant le bureau, JEAN s’arrête.


JEAN DOUCET

Plus jamais

je ne pourrai m'asseoir là.


Le couple sort dehors. La foule est toujours devant l’école et les journalistes veulent des commentaires.


JOURNALISTE

Attention, le voilà, les gars!


JEAN fait signe à SUZANNE de rester derrière. Il traverse la cour puis se dirige vers la place devant l’école et s’avance jusqu’à la voiture des policiers.


JOURNALISTE

Qu'allez-vous faire,

Monsieur Doucet, à présent?


ANNETTE

Monsieur Doucet, je voudrais

vous dire quelque chose.


JEAN DOUCET

Qu'est-ce que tu veux

me dire, fillette?


ANNETTE

Le briquet, c'est moi

qui vous l'ai donné.


JEAN DOUCET

C'est toi qui m'as donné

le briquet? Pourquoi?


ANNETTE

À cause de Philippe.

Parce que vous l'avez

empêché de mourir.


JEAN DOUCET

Mais pourquoi

tu ne l'as pas dit plus tôt?


ANNETTE

Je pouvais pas.

L'argent, je l'ai pris

dans la caisse de papa.


Les enfants autour d’ANNETTE rient.


PHILIPPE AUGIER

C'est vrai que vous allez

revenir demain, monsieur?


JEAN DOUCET

Bien…


JUGE D’INSTRUCTION

Oui, mon bonhomme. C'est vrai.


JEAN DOUCET

Et vous autres,

si vous n'avez pas

bien travaillé,

gare à vous, hein!

Gare à vous!


Les enfants rient. La voiture démarre.


Le groupe d’élève salue le professeur.


Générique de fermeture



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