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Vidéo transcription

Un début prometteur

Martin, désabusé pour avoir trop aimé et trop vécu, retourne chez son père, un horticulteur romantique en fin de course. Il y retrouve Gabriel, son jeune frère de 16 ans, exalté et idéaliste, qu’il va tenter de dégoûter de l’amour, sans relâche. Mais c’est sans compter Mathilde, jeune femme flamboyante et joueuse, qui va bousculer tous leurs repères…



Réalisateur: Emma Luchini
Acteurs: Veerle Baetens, Manu Payet, Fabrice Luchini
Année de production: 2015

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Générique d’ouverture


À la caisse d'un supermarché, un homme, MARTIN VAUVEL achète différentes bouteilles d'alcool fort et de vin mousseux. Il met les bouteilles dans des sacs.


MARTIN ses sacs à la main, marche dans le stationnement du supermarché d'un air désabusé. Il porte de lunettes fumées et des écouteurs.


MARTIN se trouve maintenant à l'arrière d'un taxi et ouvre une de ses bouteilles d'alcool fort et prend une gorgée. Il regarde par la fenêtre.


Titre :
Un début prometteur


Dans un autobus voyageur se trouve GABRIEL VAUVEL le demi-frère adolescent de MARTIN.


Différentes images de GABRIEL lors d'une journée au lycée défilent.


GABRIEL joue au basket-ball.


GABRIEL rit avec ses amis à la cafétéria.


GABRIEL, durant l'un de ses cours, regarde l'enseignante de manière appuyée, visiblement attiré par elle.


GABRIEL rentre à la maison, dépose son sac à dos par terre et appelle MARTIN à l'étage.


GABRIEL

Martin?

Martin?


Dans une serre, dans le jardin de la maison familiale, FRANCIS VAUVEL, le père de MARTIN et de GABRIEL vaporise des orchidées. GABRIEL le rejoint.


FRANCIS

Ça va, toi?


GABRIEL

Oui. Il est pas arrivé,

Martin?


FRANCIS

Tu vois bien

qu'il est pas arrivé.


GABRIEL mange un bout de sandwich et contemple la serre d'un air déçu.


La nuit, MARTIN, arrive à la maison, en taxi. Le taxi s'en va et MARTIN pousse la grille du jardin. Il marche jusqu'à la maison, les bouteilles tintant dans ses sacs et aperçoit une silhouette devant.


MARTIN

C'est toi?


FRANCIS fume une cigarette, debout sur le porche.


MARTIN

Qu'est-ce que tu fais

dans le noir, comme ça,

je te voyais pas.


FRANCIS

Je réfléchissais.


MARTIN et FRANCIS se font la bise.


FRANCIS

Par contre, toi, dis donc,

on t'entend venir de loin, hein.


MARTIN

Hum, hum.


MARTIN prend un paquet de cigarettes dans sa poche et l'ouvre.


MARTIN

(Prenant une cigarette)

C'est comme les crécelles

au Moyen-Âge.

Pour prévenir

de la peste.


FRANCIS

La lèpre.


MARTIN

C'était la lèpre?

Du feu?


FRANCIS prend un briquet dans sa poche.


FRANCIS

Ah non. Je t'en donne pas

parce que toi, tu voles.


FRANCIS allume la cigarette de MARTIN.


FRANCIS

J'y tiens beaucoup.


MARTIN

Merci, papa.


Dans une des chambres de la maison, FRANCIS amène des couvertures, puis il les dépose sur le lit.


MARTIN

Il fait pas froid,

mais je sais que t'es frileux.


Dans la chambre se trouvent différentes boîtes d'emballages d'objets électroniques empilées les unes sur les autres.


FRANCIS

Oui. Oui, j'ai mis quelques…

Bien, il n'y a plus aucune

place dans cette maison.

Ça ne te dérange pas?


Plus tard dans la nuit, MARTIN, stationne une caravane dans la cour, en marche arrière, alors que FRANCIS l'aide à se diriger.


FRANCIS

Reste bien

sur la droite. Bien.

Attention à mon puits!

À gauche! À gauche!

Vas-y! Vas-y!


MARTIN arrête le véhicule tout près de pots de fleurs.


FRANCIS

Stop! Mon fuchsia!

Merde!


MARTIN

Crie pas, papa.

Il est 4 heures du matin.


FRANCIS

(Déplaçant un pot de fleurs)

Tu veux réveiller qui?

Ton frère?

Même sous un marteau-piqueur,

ça l'empêche pas de dormir.

Tu m'as foutu une merde, toi.


Le lendemain matin, GABRIEL se réveille et ouvre la fenêtre de sa chambre pour regarder au-dehors. Il est très content de voir la caravane dans la cour et se dépêche de rejoindre MARTIN.


GABRIEL court à travers le salon pour se rendre à l'extérieur et croise FRANCIS qui regarde la télévision.


GABRIEL

Salut, papa.


FRANCIS

Salut.


Dans la caravane, MARTIN est assis sur le divan. Il a un pied qui trempe dans une bassine et fume une cigarette. Il entend cogner à la porte.


MARTIN

Ouais.


GABRIEL ouvre la porte et entre dans la caravane.


GABRIEL

Ça va?


MARTIN

Et toi, mon raton?


GABRIEL fait la bise à MARTIN.


GABRIEL

Ouais. T'as ressorti

le mobile home.


MARTIN

Ouais. Attends,

fais gaffe à la bassine.


GABRIEL

Qu'est-ce que

tu t'es fait?


MARTIN

Je me suis enfoncé

un bout de verre.

J'arrive pas à l'enlever,

c'est l'enfer.


GABRIEL

Tu veux que je t'aide?


MARTIN

C'est vrai?


GABRIEL

Bien oui!


MARTIN

(Tendant une pince à GABRIEL)

Mais tu sais que si

tu fais ça, je te dois tout.


GABRIEL

Bon, allez. Donne.

Allez. Attends. Hop.


GABRIEL s'assoit sur le divan et met un coussin sur ses cuisses, puis prend le pied de MARTIN.


GABRIEL

Bon, alors, la cure,

c'était comment?


MARTIN

Vraiment top.


GABRIEL

Et ton divorce,

c'est quand, d'ailleurs?


MARTIN

Là, dans quelques jours.


MARTIN

Tiens, tu me referais un verre,

mon gars, s'il te plaît?

Donc, je suis infirme.


GABRIEL se rend au comptoir sur lequel se trouvent différentes bouteilles d'alcool.


MARTIN

Attention, là, parce que…

Concentre-toi, hein.

C'est chirurgical.

Alors… Euh, voilà, ça.

D'abord, sucre de canne.

Très bien.


GABRIEL verse un peu de liquide d'une des bouteilles dans un verre.


MARTIN

Ah, hip, hop hop hop…

Un tiers de rhum.


GABRIEL verse du rhum dans le verre.


MARTIN

Voilà. Pas trop, pas trop,

pas trop, pas trop.

Parce que… Hum, après,

c'est écœurant.

Et le…

un tiers de whisky.

Ouais…


GABRIEL verse du whisky.


GABRIEL

Plus?


MARTIN

Oui.

Exceptionnellement.


GABRIEL rigole.


MARTIN

Voilà.

Et maintenant, tu prends

le champagne dans le frigo

et tu vas jusqu'en haut.


GABRIEL prend le champagne dans le frigo et en verse dans le verre.


MARTIN

Parfait.

Dis donc.


GABRIEL

Voilà.


MARTIN

T'es un as.

Je te déclare

mon barman attitré.


GABRIEL se rassoit.


MARTIN

Si jamais ça tourne mal

pour toi en cours,

tu sais qu'au moins, t'as ça.


MARTIN prend une gorgée et fait un bruit d'appréciation.


MARTIN

(Éteignant sa cigarette)

Merci, poulet.

Et papa, alors?

Quand même?

Ça se passe bien?


MARTIN remet son pied sur GABRIEL.


GABRIEL

Non, laisse tomber.

M'en parle pas, s'il te plaît.


MARTIN

Pourquoi?


GABRIEL

Parce qu'il est fou.

Mais vraiment.


MARTIN

Ah bon? Mais quoi?

Il fait quoi, par exemple?


GABRIEL

Tu sais ce que c'est,

son nouveau truc?


MARTIN

Hum, hum.


GABRIEL

Il fait des

compositions florales

de malade mental

sur la tombe de ma mère.


MARTIN

Mais non.


GABRIEL

Hé, je te jure.

Comme il n'y a plus de place

dans son jardin,

bien, il va au cimetière.

Il y a même des gens qu'on

connaît pas qui viennent visiter

tellement c'est Versailles,

ce qu'il fait.


FRANCIS ouvre la porte de la caravane et entre, parlant au téléphone.


FRANCIS

(Au téléphone)

Ouais. Ouais. Bien,

je comprends. Bien, évidemment.

Évidemment. Mais je te le dis,

je comprends.

Bien, justement, il vient juste

de rentrer de thalasso, là.


GABRIEL et MARTIN sourient en regardant leur père et échangent un regard complice.


FRANCIS

(Au téléphone)

Hum? En… En Bretagne, euh…

Euh, je sais pas où exactement,

mais c'est en Bretagne,

en tout cas.

Hein? Bien, oui, oui, oui,

ça lui a fait du bien.

Il est devant moi, là,

il est comme neuf.

Hum? Bien, évidemment

qu'il vient au mariage.

Enfin, il est ravi,

tu penses. Hum?


MARTIN

(Faisant non du doigt)

Non, non.


FRANCIS

(Au téléphone)

Euh, oui, oui, oui.

Il est ravi.

Oui, oui.

Bien sûr. Bien sûr.

Allez, on t'embrasse.

Martin t'embrasse.


FRANCIS raccroche le téléphone.


FRANCIS

(S'adressant à MARTIN)

Alors, cette cure,

ç'a servi à rien, alors?


MARTIN

C'est quoi, ce mariage, papa?


FRANCIS

C'est la fille d'Anaid.

Bon, dis-moi, c'est quoi,

cet hôpital? C'est zéro, alors?


MARTIN

Pas du tout.

Je ne bois plus qu'un jour

sur deux, maintenant.

C'est cette fameuse

méthode scandinave

dont je t'avais parlé,

c'est de boire tous

les jours qui est pas bon.


FRANCIS

(Inquiet)

Ça marche, ça?


MARTIN

Bien sûr.

Il y a des études dessus,

je te les ferai lire.


FRANCIS

Bon, alors, tu vas me faire

une petite dédicace pour Hervé,

on va lui donner au mariage.


MARTIN

Non, je vais pas à ce mariage.


FRANCIS s’assoit à côté de MARTIN et lui tend un livre.


FRANCIS

Non, vous venez

au mariage tous les deux.

Fais la dédicace,

tu mets «Pour Hervé».


GABRIEL

Moi aussi?

Non, mais attends,

Mais moi, je l'ai vu

deux fois dans ma vie.


FRANCIS

(S'adressant à GABRIEL)

Laisse-le écrire.


MARTIN fait la dédicace alors que FRANCIS et GABRIEL le regardent.


Plus tard, MARTIN, jette sa cigarette au sol avant d'entrer dans une pharmacie. La pharmacienne. CLOTHILDE, donne ses médicaments à un client.


CLOTHILDE

Et voici.


CLIENT

Merci beaucoup. Au revoir.


Le client s'en va alors que MARTIN marche mollement vers le comptoir. CLOTHILDE, la pharmacienne le regarde d'un air abasourdi.


MARTIN

Bonjour.

Ah, Clothilde.

Ah ben, mince.

Pardon, je t'avais pas

reconnue… Non.

Ça va?


CLOTHILDE

Qu'est-ce que

tu fous là, Martin?


MARTIN

Alors…

(Sortant une ordonnance froissée de sa poche)

J'avais besoin de deux, trois

broutilles un peu fondamentales,

euh, mais il se trouve que

mon ordonnance, euh, tu vois…

Regarde, il… il s'est trompé

dans la date, en fait.

Alors, il a écrit qu'on était

au mois de juin,

alors que déjà, à l'époque,

on était, euh, en juillet.


CLOTHILDE regarde MARTIN d'un air exaspéré.


MARTIN

Déjà. Il a…

Donc, j'essaye de…

de le recontacter, euh…

Alors, ça va faire cliché,

ce que je vais te dire,

mais il est aux Maldives,

et c'est vrai.

Alors, je me disais que

ça te dérangeait pas…


CLOTHILDE

Toi, ça t'a pas dérangé

d'étaler ma vie privée

dans ton bouquin de merde?


MARTIN glousse et jette un coup d’œil aux gens faisant la file derrière lui.


MARTIN

Bouquin de merde, c'est

un peu violent, quand même.


CLOTHILDE

Un peu violent. Et une

personne sur deux qui rentre,

qui me demande ce que ça

fait de se faire pisser dessus

par un écrivain échangiste,

tu crois que c'est comment?


MARTIN

Mais…


MARTIN se retourne.


MARTIN

(S'adressant aux gens en file)

Excusez-nous, parce qu'on

a un petit problème.

(S'adressant à CLOTHILDE)

Non, mais c'est

une fiction, en fait.

Ça porte un nom,

c'est une fiction.

Il faut pas…


CLOTHILDE

(Impatiente)

Une fiction.

Avec un nom de famille.

Une fiction.


MARTIN

Ah, je sais pas, je…


CLOTHILDE

Tu sors de ma pharmacie.


MARTIN

Et pour la codéine, tu me…


CLOTHILDE

Sors. Tu sors!


CLOTHILDE jette des boîtes de médicaments sur MARTIN.


CLOTHILDE

Allez, fous-moi le camp!

Fous-moi le camp! Dégage!


Plus tard, FRANCIS, MARTIN et GABRIEL sont assis à la table d'un bistrot.


MARTIN

Elle va arriver, papa,

t'angoisse pas.


FRANCIS

Mais je m'angoisse pas.

Mais quand même.

Enfin, c'est elle qui a demandé

le divorce, non, hein?

Bien, alors, le minimum,

quand on demande un divorce,

c'est d'être à l'heure.

C'est pas possible.

Nous, on a rien demandé

dans cette histoire.

Je peux pas supporter

les gens qui sont pas ponctuels.

C'est un truc que je trouve…

C'est une impolitesse.


GABRIEL se lève de table.


FRANCIS

Qu'est-ce que tu fous?

Où tu vas, toi?


GABRIEL

Chercher des glaçons.

Ça va? Tu vas bien le vivre?


GABRIEL se rend au comptoir, où MATHILDE, une jeune femme qui attire son attention, parle à un serveur qui cherche quelque chose.


MATHILDE

Ça y est, ça…


SERVEUR

Ah, tiens, peut-être celui-là.


MATHILDE

C'est parfait.


SERVEUR

C'est bon?


MATHILDE regarde GABRIEL.


MATHILDE

Et un… un café serré,

s'il vous plaît.

(Pointant du doigt)

On est juste là.

Merci.


GABRIEL suit MATHILDE du regard pendant qu'elle rejoint son amie à sa table. FRANCIS arrive à côté de lui devant le comptoir.


FRANCIS

Bon, allez, Jeanne a appelé,

on va y aller sans elle.

Tant pis. Euh, d'après moi,

il s'en fout.

On a l'impression que ce n'est

pas lui qui divorce. Tu viens?


GABRIEL regarde toujours MATHILDE assise à sa table.


GABRIEL

(Distrait)

Hein? Euh,

non, non, non.

En fait, je vais

rester là. Je préfère.


FRANCIS

Oui, tu veux rester.

Je te comprends.

Allez, à tout à l'heure.


FRANCIS quitte le café. GABRIEL prend son verre et va s'asseoir à la table voisine de celle de MATHILDE et de son AMIE.


AMIE DE MATHILDE

Je t'ai déjà dépanné

deux fois.


FRANCIS écoute la conversation de MATHILDE et de son AMIE.


MATHILDE

Je sais, mais tu ne me l'as…

Attends, bien,

je te l'ai toujours rendu.

Quand même.


AMIE DE MATHILDE

Moi aussi, j'ai des soucis.

Je peux pas me permettre, c'est

une somme, quand même, Mathilde.

Je suis désolée.

Il va falloir que j'y aille.

Je le ferais si je pouvais.


MATHILDE

Ah, laisse.


AMIE DE MATHILDE

T'es sûre?


MATHILDE

Je peux encore payer

un thé, ça va.


AMIE DE MATHILDE

Bon, bien, merci.


MATHILDE soupire.


AMIE DE MATHILDE

(Se levant)

Bon, allez.

Tu m'appelles, hein!


MATHILDE

Oui.


AMIE DE MATHILDE

Ciao.


MATHILDE

Ciao.


L'amie de MATHILDE quitte le bistrot.


MATHILDE

(S'adressant au serveur)

L'addition, s'il vous plaît.


GABRIEL se lève précipitamment et s'assoit à la table de MATHILDE.


MATHILDE

(Incompréhensive)

Oui?


GABRIEL

Bonjour.


MATHILDE

Bonjour.

Vous voulez quoi?


GABRIEL

Vous prêtez de l'argent.


MATHILDE

Me prêter de l'argent?

Vraiment?

Et pourquoi?


GABRIEL

Je sais pas, là. Parce que

vous en avez besoin, peut-être.


MATHILDE

(Fouillant dans son sac)

Ah, vous espionnez

les gens, en plus?


GABRIEL

En plus de quoi?

Vous avez besoin de combien?


MATHILDE

Bon, on arrête.

Stop. C'est bon.


GABRIEL

Mais pourquoi vous

me laissez pas être gentil?


MATHILDE

Je sais pas.

Parce que vous êtes un enfant.

Vous avez pas d'argent.

Peut-être, par exemple… Merci.


GABRIEL

Qui vous dit

que j'ai pas d'argent?


MATHILDE

Qui dit que

je vais vous le rendre?


GABRIEL

Je vous fais confiance.


MATHILDE

J'ai besoin de 1500 balles.

J'imagine que

vous les avez pas.


GABRIEL

Mais si, je les ai.

Donnez-moi rendez-vous demain

et vous les aurez, vous verrez.


MATHILDE

Vous avez quel âge, vous?


GABRIEL

Demain, alors?

Vous connaissez le Regina?

C'est un hôtel aux Tuileries.


MATHILDE

Bien oui, merci.


GABRIEL

19 heures?


MATHILDE

(Tendant une carte)

Appelez-moi

si vous venez pas.

Que je perde pas mon temps.


GABRIEL

Mais je serai là,

ne vous inquiétez pas.


MATHILDE

J'espère.


MATHILDE met ses lunettes fumées.


MATHILDE

À demain.


MATHILDE quitte le café. GABRIEL sourit béatement.


MARTIN et GABRIEL arrivent en voiture dans un cimetière. Ils sortent de la voiture et ferment les portières.


GABRIEL

Martin?


MARTIN s'allume une cigarette.


MARTIN

Hum?


GABRIEL

Je vais te demander

de me prêter de l'argent,

mais il faut pas que tu me

demandes pourquoi, d'accord?


MARTIN et GABRIEL sont appuyés sur le devant de la voiture.


MARTIN

Tu te fous de moi,

toi, ou quoi?

Je suis le genre de mec

à demander pourquoi,

moi, peut-être?


GABRIEL

Non, c'est…

c'est vrai, excuse-moi.


MARTIN sort une carte de crédit de sa poche et la donne à GABRIEL.


GABRIEL

Merci.


MARTIN

24, 96.


GABRIEL

Bon, par contre, c'est un peu

beaucoup, quand même.


MARTIN

Combien?


GABRIEL

1500.

Bon, je te raconte quand même.


MARTIN

Comme tu veux.

Je te demande rien, hein.


GABRIEL

Je suis amoureux.


MARTIN

Ça faisait longtemps.


GABRIEL

Mais non,

mais ç'a rien à voir.

C'est la première fois

que je ressens ça.

Je te jure, j'étais de dos,

j'ai juste entendu sa voix

et j'ai su. Je te jure,

j'ai su que c'était elle.


MARTIN

(Reprenant la carte des mains de GABRIEL)

Attends, c'est pour elle

que t'as besoin de 1500 balles?


GABRIEL

Et pourquoi?


MARTIN

Parce que j'ai pas à

cautionner tes conneries, moi.


GABRIEL

Mais c'est pas

des conneries, Martin!

Elle avait besoin

d'argent parce…


MARTIN

On s'en fout, de l'argent,

c'est pas le problème.


GABRIEL

Mais c'est la femme

de ma vie, cette fille

Si je la revois plus,

je vais crever,

je te le dis, je vais mourir.


MARTIN

C'est la femme de ta vie?

Tu veux que je te dise

ce qui va se passer?

Tu vas la revoir, d'accord.

Vous allez baiser.

Peut-être pas tout de suite,

mais enfin, vous allez baiser.

Tu vas penser que t'es sauvé,

tu vas casser des murs,

tellement t'auras

l'impression d'être vivant.

Et puis, les jours

vont passer.

Et le truc marchera

de moins en moins bien.

Et toi, tu te sentiras

de moins en moins vivant.

Tu vas voir, c'est vachement

bien foutu, ce truc,

parce que tu sauras exactement

quand passer

à quelqu'un d'autre.

Et tu réécriras une lettre

et tu rebaiseras la fille.

Mais à quoi ça avance,

tout ça, Gabriel?

À part se donner l'illusion

qu'on se fait moins chier?


GABRIEL

Putain, Martin.

Putain, Martin!

Pour une fois

qu'il m'arrive un truc!

Pour une fois que

je rencontre quelqu'un!

Mais toi, tu ne sais plus

ce que c'est de vivre ici, hein.

T'as oublié.

Alors, laisse-moi ça,

s'il te plaît.


MARTIN dépose la carte de crédit sur le capot de la voiture et s'en va.


GABRIEL

Merci.


MARTIN

Je t'emmerde.


MARTIN entre dans le cimetière et voit son père FRANCIS en train de tailler un arbre à fleurs. FRANCIS demande son avis sur l'arbre à MARTIN.


FRANCIS

Alors?


Le soir, MARTIN, entre dans la maison familiale et dépose un moule à glaçons sur le comptoir de la cuisine. FRANCIS est assis à son bureau, il travaille à son ordinateur et porte des écouteurs. MARTIN s'approche de FRANCIS.


FRANCIS

(Enlevant ses écouteurs)

Ah, excuse-moi.

Ça va?


MARTIN

Hum?


FRANCIS

Tu dors pas?


MARTIN

Qu'est-ce que tu fais?


FRANCIS

Un petit tour sur Agora.

Mais ce soir, c'est calme.


MARTIN

C'est quoi, Agora?


FRANCIS

Agora Store,

tu connais pas?


MARTIN

(S'asseyant)

Hum, hum.


FRANCIS

C'est un site

de vente aux enchères.

C'est pas mal la nuit,

des fois, tu fais des affaires.

Tu vois, regarde,

par exemple, là,

je suis sur un robot

avec un Néerlandais.

Tiens. Tiens. Regarde.

Voilà, c'est lui. Tu le vois?


MARTIN

Hum, hum.


FRANCIS

Putain, il a pas

l'air commode.

Alors, il vend un robot génial,

mais il en demande 1600.

J'essaye de le faire baisser,

et ça baisse rarement,

les Néerlandais.


MARTIN

Il y en a pas déjà un,

robot, dans la cuisine?


FRANCIS

Ah oui, mais ça,

ça n'a rien à voir, hein.

Euh, non, celui-là,

il est révolutionnaire.

Il rompt, il bat,

il cuit, il mélange.

Il fait tout.

C'est un génie, ce robot.


MARTIN

Et ce… ce serait,

euh, pour quoi?

Enfin, dans quelle utilité, là?


FRANCIS

Ah ça? Ah bien, ça,

c'est ample de…

Je veux dire, ça…

Oh, là… là… Ça…

Pour les dîners, ça…

C'est hyper pratique.


MARTIN

Et tu fais souvent

des… des dîners?


FRANCIS

Qu'est-ce que tu veux que

je fasse, moi, la nuit?

Il faut bien que je m'occupe.


MARTIN

C'est marrant.

J'avais pas le souvenir que

t'étais insomniaque comme ça.


FRANCIS

Bien, ça, c'est normal,

tu dormais à cette époque-là.


MARTIN rit.


MARTIN

Oui, c'est vrai.


FRANCIS

Tu veux que je te montre

quelque chose?


MARTIN

Hum, hum.


MARTIN et FRANCIS se trouvent maintenant dans la chambre de GABRIEL et le regardent dormir.


FRANCIS

Ça, c'est tout le temps.

Tu mets le nez à

la porte n'importe quand…

il dort.


MARTIN

C'est dingue.


FRANCIS

Et puis, il se

réveille pas, hein.

Il est «irréveillable».

Regarde.


FRANCIS bouge le bras de GABRIEL.


MARTIN

T'as raison, c'est vrai

que c'est énervant, putain.


FRANCIS

Ça, c'est insupportable.


Le lendemain matin, assis à la table de la cuisine, FRANCIS teste un nouvel objet électronique. Il s'agit d'un petit robot rétro qui avance tout seul et passe un petit balai sur la table. GABRIEL arrive dans la cuisine et prend son manteau sur une chaise.


GABRIEL

Bon, je vais à Paris, moi.


FRANCIS

(Éteignant le robot)

Dis-moi, ton frère, il est où?


GABRIEL

Je sais pas.


FRANCIS

Je suis passé dans

son truc, il boit trop, non?

Tu trouves pas?


GABRIEL

De quoi?


FRANCIS

Bien, qu'il boit trop!


GABRIEL

(Se regardant dans un miroir)

Je sais pas.

C'est Martin, quoi.


FRANCIS

Tu rentres dîner?


GABRIEL

Je sais pas. Je t'appelle.


FRANCIS

Et t'as des tickets, au moins?


GABRIEL

Oui.


GABRIEL quitte la maison.


À un autre moment, MARTIN parle devant un but de soccer.


MARTIN

Donc, la joie

se doit d'être là.

Si vous gagnez ensemble,

si vous perdez ensemble.

Si vous gagnez,

tout le monde comprend.

Mais si vous perdez,

pourquoi la joie?


MARTIN s'adresse une équipe de soccer de garçons.


MARTIN

Parce que le collectif.

Parce que le petit collectif

que vous formez

est heureux pour

le petit collectif d'en face

et parce que le tout forme

un grand collectif

plein de joie.

Et donc, c'est pour ça

que je vous dis

qu'il y a un truc

que j'ai pas compris,

c'est qui, le chef?


ENFANTS

(Levant tous la main)

Moi!


MARTIN

(Sa cigarette dans la bouche)

Hein? Mais ça,

c'est pas possible.


GABRIEL rejoint MARTIN paniqué.


GABRIEL

Martin! Martin!


MARTIN

Il peut pas y avoir

plein de chefs.

(S'adressant à GABRIEL)

Bon, bien, ça va, poulet?


GABRIEL

Non, pas du tout, là.

Viens, il faut

que je te parle.


MARTIN

Euh, bon, les gars,

je m'absente cinq minutes,

vous vous entraînez

au tir au but, OK?


GARÇON 1

Ça peut pas être le chef,

il l'a jamais été.


GARÇON 2

Monsieur, il dit

qu'il est le chef,

alors qu'il a jamais

été chef de toute sa vie.


MARTIN

Oui, ça… ça, vous décidez

entre vous, hein.

Le foot, c'est comme la vie;

dans la vie, on est seul

face à ses choix, voilà.

Méditez cette phrase.

(S'adressant à GABRIEL)

Ils sont marrants, hein.

Tu sais que c'est toujours…


GABRIEL

Non, non, Martin,

je m'en fous, là.

C'est la fin

du monde pour moi!


MARTIN

Qu'est-ce qui se passe?


GABRIEL

C'est la grève!


MARTIN s'assoit sur un banc.


MARTIN

La grève de quoi?


GABRIEL

Mais la grève des trains!

Il y a plus un seul train!


MARTIN prend un verre sur le banc et en vide le contenu sur l'herbe.


MARTIN

Et alors? Ils ont droit de

faire grève, ces pauvres gens.


MARTIN prend une bouteille de vodka dans un sac de plastique et en verse dans le verre.


MARTIN

Tu t'imagines, toi, porter

toute ta vie cette casquette?


GABRIEL

Mais moi, je fais comment,

moi? Je vais faire comment?


MARTIN

Faire pour quoi?


MARTIN

Mais pour la fille!


MARTIN

J'ai rendez-vous

à 19 heures avec elle!


Plus loin, SOLAL, un des garçons de l'équipe de soccer se fâche contre les autres joueurs.


SOLAL

(Criant)

Alors, le chef, c'est moi OK?


MARTIN

(S'adressant à SOLAL)

Euh, Solal. S'il te plaît.


GABRIEL

Martin, il faut

que tu m'amènes à Paris.


MARTIN

À Paris? Hors de question.


MARTIN remet la bouteille de vodka dans le sac.


MARTIN

T'es sérieux?


MARTIN sort une autre bouteille d'alcool fort du sac.


GABRIEL

Oui, sérieux.


MARTIN verse l'autre alcool dans son verre.


MARTIN

Je remets pas un pied

dans cette ville

où les gens aspirent

au bien-être

en brunchant le dimanche

dans les vestes A.P.C.


GABRIEL

C'est… C'est foutu.

C'est foutu, là.

Là, elle va déjà être

arrivée, c'est…

Mais non, mais c'est mort!

C'est mort!

Elle va se retrouver

au Regina comme une conne

et elle va me maudire

à vie, c'est sûr!


GABRIEL

Attends, tu lui as donné

rendez-vous au Regina?


Plus tard, MARTIN et GABRIEL se rendent au Regina en voiture. MARTIN conduit. MARTIN arrête la voiture devant le Regina.


GABRIEL

Merci, hein.


MARTIN

Ne me remercie pas,

j'ai honte de ce que

je suis en train de faire.


GABRIEL

Pourquoi?


MARTIN

Parce que tu me fais

collaborer à ça,

et ça fait chier, c'est tout.


Le MAÎTRE D’HÔTEL ouvre la portière de la voiture.


MAÎTRE D’HÔTEL

Monsieur Vauvel. Eh bien,

ça fait plaisir.


MARTIN

Ça va bien, vous?


MAÎTRE D’HÔTEL

Moi, ça va.

Mais c'est à Maxime que

vous commenciez à manquer.


MARTIN

Bon, tout se passe bien?

La [mot_etranger=EN]Fashion Week[/mot_etranger], tout va bien?

MAÎTRE D’HÔTEL

Ah, c'est pas en ce moment.


MARTIN

Vous voulez dire

qu'il y a un moment

dans cette ville où

c'est pas la [mot_etranger=EN]Fashion Week[/mot_etranger]?

Le MAÎTRE D’HÔTEL rit de la blague de MARTIN.


MAÎTRE D’HÔTEL

Vous venez boire un verre?


MARTIN réfléchit puis se retourne vers GABRIEL.


MARTIN et GABRIEL sont maintenant assis dans le lobby du Regina. GABRIEL est agité.


MARTIN

Bon. Hé-oh. Ça va.

Arrête de faire ton petit

rat malade, là, hein.

Je bois mon truc d'une traite

et je m'en vais.


MARTIN

Je te laisse gâcher

ta vie tranquillement

avec cette conne,

t'inquiète pas.


GABRIEL voit MATHILDE arriver au loin. Il est saisi et s'arrête de bouger.


MARTIN

(Soupirant)

Puis je te rappelle que c'est

moi qui finance l'opération.

T'es gentil, mais je…


MARTIN s'arrête de parler en voyant MATHILDE.


GABRIEL

(Lui serrant la main)

Bonjour Mathilde.


MATHILDE

Bonjour!


GABRIEL

Je vous présente mon frère,

il est passé juste cinq minutes.


MATHILDE regarde MARTIN avec incompréhension.


MATHILDE

Bonjour.


MARTIN

(Lui serrant la main)

Pardonnez-moi, j'ai

des parts dans ce rade désuet

et terriblement attachant,

et je viens vérifier

de temps en temps

que tout est en place. Martin.


MATHILDE

Mathilde. Enchantée.


Le serveur s'approche d'eux avec leurs consommations.


MARTIN

Enchantée, je serais vous,

je ne m'avancerais pas si vite.

Alors, on va voir ça.


SERVEUR

Qu'est-ce qui

vous ferait plaisir?


MATHILDE

Un… café,

s'il vous plaît. Serré.


MARTIN prend une gorgée de cocktail.


MARTIN

(Désignant son cocktail)

Vous pouvez m'expliquer

pourquoi il y a que lui

qui les fait si bien, Stéphane?


SERVEUR

Je transmets.


MATHILDE

Qu'est-ce que c'est?


MARTIN

C'est un cocktail

de mon invention.

Vous voulez goûter?


MATHILDE

Non. Merci.


MARTIN

Vous ne buvez pas d'alcool?


MATHILDE

Peu.


MARTIN

Je comprends.


GABRIEL

Martin?


MARTIN

Quoi?

On peut faire connaissance

deux minutes, non?

(S'adressant à MATHILDE)

Non?


MATHILDE

Si.


MARTIN

Alors, comme ça,

vous vous appelez Mathilde.


MATHILDE

Oui. C'est fou, hein?


MARTIN

Vous avez quel âge, Mathilde?

Sans indiscrétion?


MATHILDE

35.


MARTIN

Ah oui, c'est ça.


MATHILDE

Et quoi?


MARTIN

Vous savez ce que Churchill

disait sur la femme de 30 ans?


MATHILDE

Non. Dites-moi.


MARTIN

Que c'était précisément

la charnière à éviter.


MATHILDE

La?


MARTIN

Ah mince, vous comprenez mal

le français?


MATHILDE

Non. Non, non, je comprends

très bien le français,

c'est la tournure que

j'ai mal comprise, monsieur.


MARTIN

Excusez-moi.

Alors, ce que voulait dire

Churchill, enfin, je crois…

… c'est qu'il y a

une très forte attente

chez la femme de 30 ans.

C'est angoissant,

ça, pour un type.

Il y a leur jeunesse qui

est en train de s'éclipser,

les choses qu'elles doivent

concrétiser,

l'enfant, surtout.

Et finalement,

je crois que ce qui fait

que les hommes lui préfèrent

les filles de 22, 23 ans,

ce n'est pas

uniquement la peau,

qui, il faut l'avouer,

n'est déjà plus la même,

mais c'est surtout qu'elle a

déjà essuyé des déceptions.

C'est fou ce que ça marque

un visage, la désillusion,

vous trouvez pas, Mathilde?


MATHILDE

Oh, pardon.

Je… j'avais décroché.

Vous disiez? La désillusion?


MARTIN

Pardon, c'est moi.


MATHILDE

Non.


MARTIN

Non, non. Si, si.


MATHILDE

Mais ça tombe très bien,

j'ai plein de choses à penser

en même temps, c'est…


MARTIN

(Touchant le bras de MATHILDE du doigt)

Hé, ah. Hé, vous savez

ce que disait Schopenhauer

sur l'écoute

passive des femmes?


MATHILDE

Non.


MARTIN

Attention à lui.

Alors… vous savez

qui est Schopenhauer?


MATHILDE

Qu'est-ce qu'il disait,

Schopenhauer?

J'adore ça, hein,

qu'on me fasse cours

comme si j'ai 22 ans, c'est…

Ça fait presque

oublier mon âge.


MARTIN

Bien, vous voyez

que vous m'avez écouté.


MATHILDE

Bon, merci

pour cette rencontre

du sosie d'Elvis Presley

en fin de vie…

(Fouillant dans son sac)

J'ai… j'ai vraiment adoré.


MATHILDE se lève.


GABRIEL

Vous partez?


MATHILDE fouille dans son portefeuille.


MATHILDE

Malheureusement, oui.


MATHILDE dépose de l'argent sur la table


GABRIEL

Ah non, non, non.

Vous me faites affront, là.


MATHILDE

Avec plaisir.


GABRIEL se lève de sa chaise pour suivre MATHILDE.


Dans la rue, GABRIEL poursuit MATHILDE.


GABRIEL

Mathilde!

Mathilde.

(L'attrapant par le bras)

Mathilde, je suis désolé.

Vraiment, il a des

problèmes en ce moment,

c'est pas de sa faute…


MATHILDE

Et alors? Tout le monde

a des problèmes. D'accord?

Il se prend pour qui, lui? Hein?

Avec sa tête de plate déprimé.


GABRIEL

(Riant)

Sa tête de plate déprimé?

C'est quoi, ça?


MATHILDE

Bon.


GABRIEL

Ah oui. Tiens.

(Donnant l'argent à MATHILDE)

Il y a les 1500,

hein, tu peux compter.


MATHILDE

(Mettant l'argent dans son sac)

D'ici un mois, ça te va?


GABRIEL

Ouais, ouais.


MATHILDE et GABRIEL marchent.


GABRIEL

On va boire

un verre ailleurs?


MATHILDE

Pas le temps.


GABRIEL

Ah bon?


MATHILDE

J'ai un rendez-vous.


GABRIEL

Ah! Et avec qui?


MATHILDE

Avec qui?


GABRIEL

Allez, je t'ai

fait confiance,

tu peux me faire

confiance, quand même.


MATHILDE

Tu connais les cartes?


GABRIEL

Ouais.


MATHILDE

Comme le poker?


GABRIEL

Oui.


MATHILDE

Voilà, je vais

jouer au poker.


GABRIEL

Où on mise et tout?

Du vrai poker?


MATHILDE

Bien oui.


GABRIEL

Et t'avais pas

des problèmes d'argent?


MATHILDE

Si. Justement.


GABRIEL

OK, bien, je viens

avec toi, alors.


MATHILDE

Quoi?


GABRIEL

Je t'accompagne.


MATHILDE

Tu t'appelles comment?


GABRIEL

Gabriel.


MATHILDE

Gabriel, c'est vrai?


GABRIEL

Oui.


MATHILDE

Tu t'appelles Gabriel.

Je joue seule,

Gabriel. Désolée.


GABRIEL

Ah, bien, attends. Tu connais

la chance du débutant?

Moi, je suis débutant,

j'ai jamais joué aux cartes.

Si je viens avec toi, il peut

rien t'arriver, tu verras.

Je te jure, tu verras.


Le soir, GABRIEL et MATHILDE sortent d'un immeuble, après la partie de poker.


MATHILDE

Mais elle va

me le dire, attends.

Deux couleurs coup sur coup

ça existe pas, hein.

Tu te rends pas compte,

mais c'est pas normal.


GABRIEL

Mais le gros, là,

le gros sur la deuxième,

il pensait que

tu trichais, c'est sûr.


MATHILDE

Mais oui, mais je t'ai

dit, c'est normal.

C'est un truc dingue!

Je te dis…

J'ai jamais, jamais vécu ça.


GABRIEL

Ouais, bien,

je te l'avais dit,

la chance du débutant,

ça arrive à tous les coups.


MATHILDE

C'est vrai, c'est vrai.

En fait, t'es un peu mon roux.


GABRIEL

Ton roux?


MATHILDE

Oui, tu connais pas?


GABRIEL

Non.


MATHILDE

En fait, les…

les… les roux,

ça porte chance aux cartes.


GABRIEL

Ah bon?


MATHILDE

(Lui frottant les cheveux)

Regarde,

t'es presque roux, toi.

Bon, je te ramène chez toi?


GABRIEL

Non. Non, non.

Laisse tomber, c'est trop loin.


MATHILDE

C'est quoi, loin?


GABRIEL

Vétheuil.

À côté de chez Monet.


MATHILDE

Tu blagues.


GABRIEL

Non.


Plus tard, MATHILDE ouvre la porte d'entrée de son appartement et laisse entrer GABRIEL.


GABRIEL

T'es en travaux.


MATHILDE

Hein?


GABRIEL

Tu fais des travaux?


MATHILDE dépose ses clés sur la console.


MATHILDE

C'est pas chez moi.


MATHILDE allume des lumières.


GABRIEL

C'est chez qui?


MATHILDE

(Montrant un canapé)

Ça te va ici?


GABRIEL

Ouais. Ouais, ouais.


MATHILDE étend un drap sur le canapé.


MATHILDE

Allez. Aide-moi.


GABRIEL

C'est chez qui, alors?


MATHILDE soupire, agacée.


MATHILDE

Tu m'aides?


GABRIEL

Quoi?

Allez, dis-moi.

C'est chez qui?


MATHILDE

On me le prête. Ça va?


GABRIEL

Et c'est qui

qui te le prête?


MATHILDE

(Agacée)

Ah, c'est pas vrai.


MATHILDE et GABRIEL posent un drap contour sur le divan.


GABRIEL

C'est hyper beau,

en tout cas.


MATHILDE

Tu trouves?

Ah, si moi, je pouvais,

je passerais ma vie

à l'hôtel, tu sais.


MATHILDE

Ah ouais?


MATHILDE

Ah ouais.


GABRIEL

OK, bien, on fera ça, alors.


MATHILDE

Quoi?


GABRIEL

Quand on sera mariés.

On passera notre vie à l'hôtel.


MATHILDE

Parce qu'on va se marier?


GABRIEL

Ouais.


MATHILDE

C'est vrai?

(Quittant le salon)

Bonne nuit, ange Gabriel.


Le lendemain, MARTIN est assis dans sa voiture stationnée dans une rue de Paris. Il sniffe une substance déposée sur le volant. Depuis la voiture, il voit JEANNE, son ex-femme, sortir d'un appartement, tenant un petit garçon par la main.


GABRIEL

(Faisant semblant de parler à JEANNE)

Bonjour, Jeanne.

Je suis content de te voir.


MARTIN allume une cigarette.


MARTIN

(Faisant semblant de parler à JEANNE)

Vraiment content.

Écoute, non, je… je…

je passais par hasard

parce que j'adore

marcher à présent.

J'adore marcher à présent.

Il est très…

Il est très mignon, hein.

Il est très mignon.

Il me ressemble, non?

Comment a-t-on fait

pour qu'il me ressemble?

À ce point?

Jeanne…


MARTIN regarde JEANNE tourner le coin de la rue, puis il prend une gorgée d'alcool.


MARTIN se trouve maintenant sur un chantier de construction.


MARTIN

(Au téléphone)

Non, une marinière.

Une marinière,

une marinière,

euh, une marinière de marine

avec des traits,

euh, partout, voilà.

Euh… C'est un spectacle

auquel j'ai assisté.

Mais qu'est-ce que

ça veut dire, Gabriel?

Qu'est-ce que ça veut dire,

Gabriel, d'après toi?

Quand tu réfléchis deux

secondes, ça veut dire quoi?

Bien, ça veut dire qu'il est…

Ah, ça veut dire

qu'il est foutu.

Voilà, ton neveu.

Ton petit neveu. Il est foutu.


Un OUVRIER sort d'une remorque et interpelle MARTIN.


OUVRIER 1

Oh, l'artiste!


MARTIN

(Au téléphone)

C'est terminé.


AMI DE MARTIN

Oh, qu'est-ce que

tu fous là? Oh!

Allez, viens,

ça recommence à reprendre.


MARTIN se retourne vers son ami et lui fait un pouce levé.


MARTIN

J'arrive.

J'arrive. J'arrive.

Hé, j'arrive.

(Au téléphone)

Non, je suis avec des potes, là.


Dans la remorque, MARTIN et un groupe d'ouvriers regardent un match de tennis en buvant des bières. MARTIN est saoul.


OUVRIER 2

Oh, le passing, le passing.


MARTIN

Pas… Pas

sling shot.


OUVRIER 3

Oh.


MARTIN

Alors, euh,

n'oubliez pas…

… que Tsonga est

un ami personnel.

De la maison.


Les autres rient.


MARTIN

C'est un ami personnel

de la maison.

De il y a bien

longtemps, euh…

Il a pas fait que du tennis,

hein, je vous le dis.

Je vous le dis tout de suite.


OUVRIER 3

Il a fait du football, aussi.


MARTIN

Il a fait du foot…

Il y a coup franc, tiens, voilà.


OUVRIER 2

Coup franc.


OUVRIER 1

Il t'a pas invité au match.


MARTIN

Non. Non, non, non, non.

On ne se voit plus

parce qu'il embrasse mal.


Tout le monde rit.


OUVRIER 1

Il est bon. Enfin!

T'es trop bon! Hé! Hé!

T'es vraiment trop bon, toi.


MARTIN

C'est mieux comme ça, non?


GABRIEL entre dans la remorque.


OUVRIER 2

Qui c'est, celui-là?


MARTIN

Hé!

Salut, Gabriel.

Alors, hé,

c'est mon petit frère.


OUVRIER 2

Ah oui?


MARTIN

C'est vrai.


GABRIEL serre la main du premier OUVRIER.


GABRIEL

Bonjour.


OUVRIER 2

Ah bien, dis donc.


GABRIEL

Viens, Martin, on y va.


OUVRIER 3

Il te ressemble pas.


GABRIEL

Martin.


MARTIN

Bien, parce que…


GABRIEL

Martin!

S'il te plaît, viens, on y va.


MARTIN

Bien, attends, on vient

de commencer le troisième set.


GABRIEL

Non, non, non.

Allez, viens, Martin.


MARTIN

Assieds-toi, c'est sympa.


GABRIEL

Non, s'il te plaît,

il faut qu'on y aille.


MARTIN

C'est sympa! Ils sont sympas!


GABRIEL

Je t'ai dit de venir. Je suis

pas venu pour rien. Viens.


MARTIN

Tu préfères y aller?


GABRIEL

Ouais.


MARTIN

Bon, il préfère y aller.


Les ouvriers protestent.


MARTIN

Non, il préfère y aller.

Non, non, non, non, non, non.

Laisse-le…


OUVRIER 1

Fais ta vie.


MARTIN

(Se levant de sa chaise)

Hé-oh! Oh!

Oh! Oh! Oh! Oh!


GABRIEL

Allez, viens.


OUVRIER 1

Martin, alors?


Le premier OUVRIER lui tend la main.


MARTIN

Bien oui.


AMI DE MARTIN

Plaisir.


MARTIN et le premier OUVRIER se serrent la main.


MARTIN

Depuis tout à l'heure,

hein, déjà.

Ça pas changé, hein!


OUVRIER 3

Salut, mon gars!


MARTIN

Hé, les gars, euh…


OUVRIER 3

Plaisir.


GABRIEL

Viens, viens, Martin. Viens!


MARTIN

Je dis merci!


GABRIEL

Ouais, bien, dis

au revoir et on y va.


MARTIN

Eh bien,

qu'est-ce que je fais?


Un peu après, MARTIN et GABRIEL sont assis dans la voiture. MARTIN, toujours saoul, montre à GABRIEL comment conduire.


GABRIEL

J'appuie là?


MARTIN

Débraye.


GABRIEL

Débraye quoi?


MARTIN

Débraye pas le frein,

l'autre pédale.


GABRIEL

Celle-là.


MARTIN

Voilà. Ça.


GABRIEL

Celle-là?


MARTIN

Oui. Non, non, ça.


GABRIEL

Dis-moi laquelle!

À gauche? Droite? Au milieu?


MARTIN

Comme ça. Voilà. Débraye.

C'est ça. C'est bien.


GABRIEL

Maintenant?


MARTIN

Eh bien, maintenant, tu es…


GABRIEL

Il faut pas que

je passe de vitesse?


MARTIN

Bien, si, tu peux

faire ce que tu veux.


GABRIEL démarre la voiture, mais le moteur cale. Le téléphone de MARTIN sonne.


MARTIN

Oh, putain! Eh bien, attends.


GABRIEL

Tu me fais faire

n'importe quoi.

Dis-moi ce qu'il faut faire.


MARTIN

Attends. C'est papa.

Je décroche?


GABRIEL

Mais non, tu décroches pas!

Qu'est-ce que tu racontes?


MARTIN décroche le téléphone.


MARTIN

(Au téléphone)

Oui, papa.

Euh, oui, oui, oui, oui, ça va,

on est un petit peu

speed, parce que...

(Pouffant de rire)

Allô, allô, allô.

Allô, allô.

Non, mais il faut

que tu comprennes

qu'il y a eu une…

Eh bien, c'est

nous qui l'avons.

Ah!

(S'adressant à GABRIEL)

Il a besoin

de la voiture.


GABRIEL

Non, bien non,

tu lui dis qu'il peut pas.

Non, on peut pas.

On peut pas,

tu lui dis, c'est tout.

Tu lui dis qu'on peut pas.


MARTIN

(Au téléphone)

Mais attendez, je vous ai

tous les deux au bout du fil.


GABRIEL

Donne-le-moi.


MARTIN

(Pouffant de rire)

J'ai papa en double appel.


GABRIEL prend le téléphone à MARTIN.


GABRIEL

(Au téléphone)

Allô!

Oui. Non, non, non. Bien non,

là, on est bloqués à Paris.


MARTIN

On est à Rio.


MARTIN ouvre un flacon de médicament et verse une poudre blanche sur le tableau de bord.


GABRIEL

(Au téléphone)

Non, elle a rien, ta voiture.

Elle a rien, non,

c'est juste Martin

qui peut pas conduire,

c'est tout.


MARTIN

On est allés

à Rio en bagnole.


GABRIEL

(Au téléphone)

Ouais, bon, on se rappelle.

On se rappelle.


MARTIN

On s'est un peu fait chier,

mais finalement, on a bien fait.


GABRIEL

(Voyant le médicament de MARTIN)

Qu'est-ce que tu fais? Hé,

mais tu fais que des conneries!

Je te jure, Martin,

tu fais que des conneries.

Qu'est-ce que tu fais,

là? Tu vas pas…


GABRIEL remet la poudre dans le flacon.


GABRIEL

Putain! En pleine rue!

Mais je te jure, toi, mec!


Plus tard, GABRIEL sonne à la porte de l'appartement qu'occupe MATHILDE. MARTIN, en état d'ébriété avancé est accroché à l'épaule de GABRIEL. MATHILDE ouvre la porte.


GABRIEL

Salut, Mathilde.


MARTIN

Bonjour.


GABRIEL

Euh, écoute, je sais

pas quoi faire, là,

j'ai pas d'autre

endroit où aller,

il faut que tu m'aides.


MATHILDE

Ah non.


GABRIEL

Si…


MATHILDE

Non, non. On va pas… Non!


MARTIN se penche pour embrasser MATHILDE, mais il perd l'équilibre, puis il entre dans l'appartement.


GABRIEL

Ah, putain, Martin!


MATHILDE

C'est non. Attends! Gabriel…


GABRIEL

Mathilde, juste

un café, s'il te plaît.


MATHILDE

Vous restez pas là,

t'as compris.


GABRIEL

Un café, il dessoûle

et on part. Je te promets.


MATHILDE

Vous dégagez!


GABRIEL

Mais Mathilde, je sais pas

où aller, il peut

même pas conduire.


Le téléphone de MATHILDE sonne et elle décroche.


MATHILDE

Chut!

(Au téléphone)

Oui?

Non, je suis déjà

dans le taxi, là.

Je… je…

T'as deux secondes?

(S'adressant à GABRIEL)

Une heure.

D'accord? Pas plus.


GABRIEL

Merci beaucoup.


MATHILDE

(Au téléphone)

Oui.

Non, non, non,

il n'y a rien.


MATHILDE quitte l'appartement.


GABRIEL

Martin.


MARTIN est couché par terre dans la cuisine et fouille dans des cartons.


MARTIN

Hum?


GABRIEL

Martin!


MARTIN

Hum?


GABRIEL

Passe-moi ta carte bleue,

s'il te plaît.


MARTIN

Hum?


Plus tard, GABRIEL se trouve dans le rayon des vins dans un supermarché et il parle au téléphone.


GABRIEL

(Au téléphone)

OK. Ah, mais

c'est bon, je l'ai.

(Mettant des bouteilles dans son panier)

Le quoi?

Du caviar? Mais je sais pas

où il y en a, moi.

(S'adressant à un employé)

Excusez-moi, c'est où,

le caviar, s'il vous plaît?


EMPLOYÉ

Il y a pas de caviar

au supermarché, monsieur.


GABRIEL

Merci.

(Au téléphone)

Il y a pas de caviar.


MARTIN, à l'autre bout de la ligne, est assis sur le divan, chez MATHILDE. Il sort un comprimé d'une tablette de médicaments.


MARTIN

(Au téléphone)

Eh bien, alors,

changement de cap.

Qu'est-ce que tu veux

que je te dise?

On va pas se laisser abattre.

Il faut changer radicalement,

alors il faut aller à gauche.

Barre à…

La barre à gauche, toute.

Pour, euh, un…

(Sortant un deuxième comprimé)

Non, pas…

Pas de foie gras.

Écoute, écoute-moi.

Pas de foie gras.

Parce qu'il faut que

ce soit léger, Gabriel.

Il faut que ce soit…


MARTIN avale les comprimés.


MARTIN

(Au téléphone)

… aérien, il faut

que ça flotte.


MARTIN avale les comprimés avec une gorgée de vin.


Au supermarché, GABRIEL raccroche son téléphone.


Plus tard, MATHILDE rentre chez elle, parlant au téléphone.


MATHILDE

(Au téléphone)

Mais attends, je te l'ai dit.

Je l'ai dit,

mais tu veux pas m'écouter.

Eh oui. Une casse-couilles,

tu sais.

Elle m'énerve.

Ouais.

(Entendant un bruit)

Je te rappelle.


MATHILDE raccroche et se rend dans la cuisine, où elle voit GABRIEL qui ouvre des huîtres.


MATHILDE

Qu'est-ce que tu fais?


GABRIEL

Ah, ça va?

Tiens, j'espère que t'as soif

parce que j'ai pris

pas mal de bouteilles.

(Ouvrant le frigo)

Alors, champagne,

vin rouge, vin blanc…


MATHILDE

(Fermant le frigo)

Qu'est-ce que tu fais là?


GABRIEL

Bien, je t'ai pris plein

de trucs pour le dîner.

T'aimes les huîtres,

d'ailleurs?


MATHILDE

Tu t'es pas demandé si j'ai

pas autre chose à faire, hein?


GABRIEL

T'as autre chose à faire?


MATHILDE

Oui. Et il va arriver.

Donc, pars. S'il te plaît.


GABRIEL

C'est un mec?


MATHILDE prend une bouteille dans le frigo.


MATHILDE

Ouais, c'est un mec.

J'ai pas spécialement

envie qu'il te voit, là.


GABRIEL

(Sarcastique)

OK. OK, bien, ça tombe bien.

Tiens, regarde,

vous allez vous régaler.

Il y a tout ce qu'il faut:

tarama, crevettes marinées;

il y a même du saumon fumé.

Et puis, j'ai voulu prendre

du caviar, il y a pas de caviar.

Je t'ai pris

des œufs de lompe.

J'espère que ça va, des œufs

de lompe? T'aimes bien?


GABRIEL jette le bocal et sort de la cuisine.


MATHILDE rejoint GABRIEL, qui s'est assis sur le canapé dans le salon, les bras croisés, à côté de MARTIN, qui est endormi, son verre de vin vide sur lui.


MATHILDE

Ah oui.

Putain, je l'avais

oublié, lui.

(Croisant les bras)

Bon…


GABRIEL

Bien, je reste là.

Vous aurez un public comme ça.


MATHILDE

Gabriel, s'il te plaît,

c'est…


La sonnette de porte retentit.


GABRIEL

Bien, vas-y.

Va ouvrir à ton rendez-vous.


MATHILDE

Ah oui. Vraiment?

Tu veux jouer à ça?

Fais gaffe.

C'est toi qui vas pleurer.

(mot_etranger=EN]Baby boy[/mot_etranger)

.

MATHILDE va ouvrir la porte à l'homme avec lequel elle a rendez-vous, XAVIER.


MATHILDE

Ça va?


XAVIER

Oui, toi?


GABRIEL allume la chaîne stéréo. MATHILDE revient dans le salon avec XAVIER.


XAVIER

(Voyant GABRIEL)

Euh, je dérange,

là, peut-être, non?


GABRIEL

Mais pas du tout.

(S'approchant de XAVIER)

Je vous débarrasse?


XAVIER

Pardon, de…


GABRIEL

Votre manteau.


XAVIER

Ah. OK.

Si vous voulez, oui.


XAVIER donne son manteau à GABRIEL.


GABRIEL

Les huîtres, vous aimez?


XAVIER

Les quoi?


GABRIEL

Les huîtres? Vous aimez?


XAVIER

Hum, oui. Oui,

j'aime les huîtres, oui.


GABRIEL

Très bien. Je vous apporte ça

tout de suite.


GABRIEL sort du salon.


MATHILDE

C'est mon cousin.


XAVIER

Ton cousin.


MATHILDE

T'inquiète, il va partir.

Allez, assieds-toi.


XAVIER

(Regardant MARTIN)

Et lui aussi, c'est…

c'est ton cousin?


MATHILDE et XAVIER s'assoient à une table dans le salon.


MATHILDE

Allez. Détends-toi.

Sois patient.


XAVIER

D'accord. T'as pas

l'intention de m'expliquer

ce que fout un mec endormi

sur ton canapé, c'est ça?


Depuis la cuisine, on entend un bouchon de bouteille sauter.


MATHILDE

Je l'ai kidnappé.

Ça t'excite un peu?


XAVIER

Un petit peu.


MATHILDE et XAVIER se prennent la main. GABRIEL revient au salon avec une bouteille de champagne et une assiette qu'il dépose brusquement sur la table.


GABRIEL

Champagne

pour commencer, ça ira?


XAVIER

Wow! Roederer, on n'est pas

habitués à ça, hein.


GABRIEL verse le champagne.


MATHILDE

(Désignant une chandelle neuve)

Et ça, ça s'allume tout seul?


GABRIEL

C'est le champagne préféré

de mon frère.


XAVIER

Ah, parce que c'est…

c'est ton frère.


GABRIEL

Ouais.


GABRIEL allume les chandelles.


XAVIER

Et qu'est-ce qu'il a?

Il… Il est mort?


GABRIEL

Non, il se repose.


XAVIER

D'accord. Et ici, il préfère.


GABRIEL retourne s'asseoir à côté de MARTIN sur le canapé, regardant MATHILDE et XAVIER les bras croisés.


MATHILDE

(Prenant son verre)

Bon!

(mot_etranger=EN]Cheers[/mot_etranger)

!

XAVIER

OK… Santé.


MATHILDE et XAVIER trinquent.


MATHILDE

À ta… ta nouvelle voiture?


XAVIER

Ma nouvelle voiture?


MATHILDE

T'en as pas?


XAVIER

(Riant)

Non.

Non, pas du tout, non.


MATHILDE

Ah.


MATHILDE et XAVIER prennent une gorgée de champagne.


XAVIER

(S'adressant à GABRIEL)

Bien, viens boire

un coup puisque t'es là.


GABRIEL

Non, je vous vouvoie.

Vouvoyez-moi aussi,

s'il vous plaît.


MATHILDE

On mange les huîtres

sans citron, ici?


XAVIER

Ah, bien, moi, je m'en fous

parce que j'adore les huîtres;

je peux les manger nature

si je veux.


MATHILDE

Mais pas moi.


MATHILDE se lève de table et sort du salon.


XAVIER

(S'adressant à GABRIEL)

Gillardeau?


GABRIEL se lève et va s'asseoir à la chaise de MATHILDE.


GABRIEL

Bon, Xavier.

C'est Xavier, c'est ça?


XAVIER

Oui.


GABRIEL

Vous êtes marié, Xavier?


XAVIER

C'est quoi, cette question?


GABRIEL

Bon, répondez.

Vous êtes marié ou pas?


XAVIER

Oui, je suis marié, oui.

Enfin, tout comme.


GABRIEL

OK.


XAVIER

Pourquoi?


GABRIEL

Mathilde, c'est quoi pour

vous? C'est rien, j'imagine.


XAVIER

C'est rien, c'est rien…

Non, c'est pas rien, c'est…

C'est comme ça.


GABRIEL

Voilà, c'est comme ça.

Vous la trouvez jolie,

vous venez tirer votre coup,

et puis après, vous repartez

tranquillement chez votre femme.

Je me trompe?


XAVIER

Tu veux en venir où, là, toi?


GABRIEL

Non, vouvoyez-moi vraiment.


XAVIER

Vous voulez en venir où, vous?


GABRIEL

Moi, Mathilde, c'est

la femme de ma vie, d'accord?

Je suis prêt à choper

le sida pour elle.

Je pourrais braquer une banque,

si elle me le demandait.

Et demain, si elle demande,

je suis capable

de détourner un avion.

Et si je termine en prison,

j'en ai rien à foutre,

tant que je peux la voir

cinq minutes au parloir.

C'est mon grand amour, quoi.


MATHILDE écoute la conversation, cachée derrière une porte.


XAVIER

Je suis désolé, je…

je savais pas.


GABRIEL

C'est pas grave.

Tu pouvais pas savoir.


MATHILDE voit XAVIER et GABRIEL se lever de table et se serrer la main.


XAVIER sort de l'appartement et GABRIEL referme la porte d'entrée derrière lui. GABRIEL revient dans le salon où MATHILDE le rejoint.


MATHILDE

(Haussant les épaules)

Bon, bien, on dîne.


Plus tard dans la soirée, MATHILDE et GABRIEL, assis à la table, font chacun boire l'autre dans leur coupe de champagne, puis ils se font manger l'un l'autre des huîtres. Ils se taquinent et s'embrassent en riant joyeusement. GABRIEL souffle ensuite la chandelle.


GABRIEL porte ensuite MATHILDE dans ses bras jusqu'à la chambre et la dépose sur le lit. GABRIEL fait un strip-tease pendant que MATHILDE le regarde, couchée sur le lit.


GABRIEL et MATHILDE sont assis sur le lit. GABRIEL enlève sa robe à MATHILDE. GABRIEL passe sa main sur le visage de MATHILDE, MATHILDE fait la même chose à GABRIEL, puis elle l'embrasse.


Le lendemain matin, MATHILDE vient réveiller GABRIEL.


MATHILDE

Gabriel, réveille-toi.


GABRIEL

Ça va?


MATHILDE

Il faut qu'on parte dans

un quart d'heure. C'est bon?


GABRIEL

Comment tu fais

pour toujours

être de mauvaise humeur

comme ça?


MATHILDE

On part sans toi, alors?


GABRIEL

Non, non, non. On va où?


MATHILDE

À Goussainville.

(Flattant la tête de GABRIEL)

Tu me portes chance, mon grand.


GABRIEL

Et on va faire quoi

à Goussainville?


MATHILDE

Bon, je pars sans toi.


GABRIEL

(Se jetant hors du lit)

Non, c'est bon.


GABRIEL parle maintenant au téléphone, sur le trottoir, devant l'appartement de MATHILDE.


GABRIEL

Oui, t'es où?

Mais t'es parti avec quoi?

Avec le camping-car?

Mais t'es fou, papa,

c'est super dangereux!


FRANCIS conduit le camping-car sur l'autoroute et parle avec GABRIEL au téléphone, avec une oreillette.


FRANCIS

Bien, comment

tu veux que j'y aille?

Maintenant que vous m'avez

chouravé la voiture.

Mais si, je suis désolé,

les faits sont là;

vous m'avez volé

la voiture, c'est tout.

Hein?

Enfin, chercher

mes fleurs, Gabriel.

Non, mais vous…

vous arrivez absolument pas

à vous mettre

ce mariage en tête, quoi!


GABRIEL

Oui, oui, bon. OK, OK.

Mais toi, tu rentres quand

à la maison?

Parce qu'il faut

que je te dépose Martin, là.

Il est dans un sale état,

et je peux pas

le laisser tout seul.

Quoi? Comment ça,

tu repasses pas à la maison?


Plus tard dans la journée, MATHILDE conduit une voiture sur l'autoroute aux côtés de GABRIEL. MARTIN dort sur la banquette arrière.


Un peu après, MARTIN vomit sur le bord de l'autoroute.


De nouveau dans la voiture, MARTIN parle avec GABRIEL.


MARTIN

Hein? Où ça?


GABRIEL

À Goussainville.


MARTIN

Je croyais

que j'avais mal compris,

mais j'ai très bien entendu.

Alors, peux-tu m'expliquer

ce que je fous,

moi, maintenant, dans une

voiture qui va à Goussainville?


GABRIEL

Papa était pas là du week-end,

et toi, bien, t'étais pas

trop en forme, alors…


MARTIN

Je dormais, Gabriel! Personne

n'a l'air particulièrement

en forme quand il dort!

C'est le principe, en fait, non?

Alors, c'était

super. Maintenant,

tu me ramènes à la maison.

Merci, j'ai adoré.


MATHILDE

Hors de question.

C'est maintenant, la course.


MARTIN

Quelle? C'est…

Quelle course?


MATHILDE soupire sans répondre.


MARTIN

Bon, allez, d'accord.

Euh, arrête-moi là.


GABRIEL

Tu veux t'arrêter là,

sur l'autoroute?


MARTIN

Arrête-moi là.


GABRIEL

Sur l'autoroute?


MARTIN

Arrête-moi là!


Plus tard, GABRIEL et MATHILDE sortent de la voiture et marchent vers un groupe de gens près d'une autre voiture. MARTIN, lui, reste dans la voiture et parle au téléphone.


MARTIN

RWKF.

Pour un taxi

dans l'immédiat, oui.

Haut de gamme? Ça m'est égal,

haut de gamme

ou pas haut de gamme.

Hum, pour un départ…

Vous m'entendez?

Pour un départ de Gouss…

Goussainville.

Pour un départ de Goussainville,

s'il vous plaît.

C'est ça.

Oui, Gou…

Je sais pas, c'est sûrement

dans Val-d'Oise, je…

(Soupirant)

Hum, j'ai…


Un peu après, GABRIEL et MATHILDE sortent de la voiture qui est stationnée devant une maison. MARTIN sort aussi de la voiture, parlant toujours au téléphone avec la compagnie de taxi.


MARTIN

Attendez. L'adresse exacte…

L'adresse…

(Regardant le panneau de rue)

Alors, rue Jules-Aubry.


GABRIEL et MATHILDE montent l'escalier de la maison.


GABRIEL

Peintre célèbre?

C'est un nom de chien, ça?

Hein?


MATHILDE sonne puis frappe à la porte en ignorant GABRIEL.


GABRIEL

Hé, je n'existe plus, ou quoi?


MATHILDE

Si, t'existes.

T'arrêtes pas d'exister, même.


GABRIEL

Je te perturbe?


MATHILDE

(Soupirant)

Oui, c'est ça.


MATHILDE frappe encore à la porte.


GABRIEL

Au pire, s'il est

pas là, le chien,

tu peux parier sur un autre,

il y en a plein, non?


MATHILDE

Hein? Mais t'as

rien compris, toi.

Peintre célèbre, il est dopé,

c'est lui qui va gagner.


GABRIEL s'avance vers MATHILDE pour l'embrasser, MATHILDE se recule en riant. Un homme, PIERRE ouvre la porte.


MATHILDE

Bonjour, Pierre.

Ça va?


PIERRE a l'air déprimé, il porte un débardeur et a une apparence négligée. Il retourne à l'intérieur de sa maison sans dire un mot, puis s'écrase sur son divan, MATHILDE et GABRIEL le rejoignent.


MATHILDE

Bon, Pierre.

Qu'est-ce qui se passe, là?

Hein? Il est midi, hein.

Pourquoi t'es pas à la course

avec Peintre célèbre?


PIERRE

Il courra pas,

Peintre célèbre.


MATHILDE

Quoi? Comment...

Comment ça, il courra pas?

Pourquoi pas?

Hein?

Oh, Pierre.

Pourquoi il court pas?


PIERRE prend une vapoteuse sur le divan et en prend une bouffée.


MATHILDE

Bon, alors, Pierre, je…

T'es pas bien, je le vois.

C'est normal, ça arrive

à tout le monde, mais…

Ça t'empêche pas de gagner

de l'argent, quand même. Si?


PIERRE

Hein?


MATHILDE

Gagner de l'argent, Pierre!

Tu veux pas?


PIERRE se lève du divan.


PIERRE

Il faut que j'aille

me reposer, maintenant.


MATHILDE

Mais c'est pas le moment

de se reposer, Pierre!

Qu'est-ce que tu veux, hein?

On peut en discuter.

On fait un deal.

Qu'est-ce que tu veux?


PIERRE

Qu'on me laisse en paix.


MARTIN entre dans la maison.


MARTIN

Ah, bien, voilà, c'est ça,

je vous trouvais pas.

Est-ce que quelqu'un

a un chargeur?

(Sortant son téléphone de sa poche)

Euh, de ça.

(Serrant la main de PIERRE)

Pardon. Bonjour. Je… Je n'ai

plus de batterie, en fait,

et j'essaye de partir.


PIERRE fixe MARTIN sans répondre, le regard vide.


MARTIN

Est-ce que vous êtes...

Vous avez un numéro

de taxi du coin, vous?

De la région?

Qu'est-ce que… Euh.

Euh, c'est pas…

(S'adressant à GABRIEL)

Tiens, file-moi ton portable.


GABRIEL

(Lui donnant son téléphone)

Tiens.


MARTIN

Donc, pas de numéro de taxi,

on se dit que…


MARTIN voit un pilulier que PIERRE tient dans ses mains et est très intéressé.


MARTIN

Ouh là.

Je peux?

(Pointant un des médicaments)

Seresta?

30?


PIERRE

50.


MARTIN

Le petit rose, là,

c'est des Roxin?


PIERRE

IMAO, un antidépresseur

des années 30.

Ils ne la fabriquent

plus en France.


MARTIN

Marrant, ça…

Bon, ça, Théralène?


MATHILDE regarde PIERRE et MARTIN, intriguée.


PIERRE

(Acquiesçant)

Hum.


MARTIN

Et là?


PIERRE

Lithium.


MARTIN

Les trois, carrément?

Bon, attends,

je vais te montrer un truc,

tu vas complètement halluciner.


MARTIN sort un petit flacon en verre ambré de sa poche.


MARTIN

Tercian liquide, mon vieux.


PIERRE

Mais où tu l'as eu?

Ça fait deux ans

qu'ils l'ont interdit.


MARTIN

Prends-le, si tu veux,

j'en ai un autre.


PIERRE

C'est vrai?


MARTIN

(Acquiesçant)

Hum.


PIERRE embrasse MARTIN sur la joue.


MARTIN

Ha!


PIERRE

Je te remercie infiniment.

Comment t'as dit

que tu t'appelais, déjà?


MARTIN

Martin.

Et toi?


PIERRE

Pierre.


MARTIN

Enchanté, Pierre.

Bon, alors, qu'est-ce qui

s'est passé? Raconte.


PIERRE sort de la pièce, l'air boudeur.


MARTIN

Enfin, euh, Pierre.


PIERRE

(Depuis le seuil)

Viens.


MATHILDE

(Murmurant)

Martin.


PIERRE parle maintenant dans la cour de la maison à MARTIN. GABRIEL et MATHILDE se trouvent tout près.


PIERRE

On était tous là

pour le barbecue.

Puis, je suis allé chercher

du charbon de bois,

et c'est là que je les ai vus.


MARTIN

Mais qui?


PIERRE

Bien, Sandrine et Frank.


MARTIN

Sandrine, c'est qui?

C'est ta femme?


PIERRE

Pas totalement.

Bien, on s'aime bien, hein.

Un peu plus que bien, même.

Mais elle est indépendante,

Sandrine.


MATHILDE s'approche pour mieux écouter la conversation.


PIERRE

Moi, je respecte ça,

hein, je comprends.

Je suis un peu sauvage,

moi aussi.

Puis j'ai ma vie, en tout cas.


MARTIN

Qu'est-ce qu'ils faisaient?


PIERRE

Ils rigolaient.

Ils faisaient rien d'autre

que de rigoler.

Mais d'une façon…

de façon qui faisait mal.

Plus mal que s'ils faisaient

autre chose de plus grave.

C'est le genre de rire, quand

tu l'entends, bien, il te tue.


MATHILDE

Mais attends,

est-ce que j'ai bien compris?

C'est à cause d'elle qu'il court

pas, Peintre célèbre?

Mais elle se prend

pour qui, celle-là?


MARTIN

Qu'est-ce que… C'est quoi?

Il y a quoi,

tout à l'heure, exactement?

C'est quoi?

Il y a une course, c'est ça?

Et elle y sera, Sandrine?


PIERRE fait oui de la tête et se frotte les mains, l'air inquiet.


MARTIN

Bien, tu sais quoi? On va

y aller à cette course, Pierre.


PIERRE fait non de la tête.


MARTIN

Si.


PIERRE est agité.


MARTIN

Je serai avec toi.

Écoute-moi. Pierre.

Oh. Tu m'écoutes?

Je serai avec toi.

Il faut que tu prouves

à cette fille que tu vas mieux.


PIERRE claque des doigts compulsivement et a une respiration haletante.


MARTIN

Parce que c'est en lui

prouvant que tu vas mieux

que tu vas aller mieux,

c'est mathématique.

Tu passes devant elle et,

euh… bien, tu la salues.

Voilà. Comme ça, c'est tout.

Ça l'air de rien.

Pierre.


PIERRE

Hum?


MARTIN

Ça l'air de rien,

mais si t'arrives à faire ça,

eh bien, je suis désolé, mais

tu te regarderas différemment

en te couchant ce soir.

C'est une première étape.

C'est étape par étape

qu'on gagne la guerre, Pierre.


PIERRE reprend confiance en lui.


MARTIN

Compris?


MARTIN et PIERRE sont maintenant assis à l'arrière de la voiture. MARTIN porte ses lunettes fumées et PIERRE, qui s'est changé, tient son chien de course, PEINTRE CÉLÈBRE, par le cou. GABRIEL est assis à l'avant et MATHILDE conduit tout en fumant une cigarette, l'air exaspéré.


Plus tard, depuis le bord du terrain, MARTIN regarde PIERRE amenant PEINTE CÉLÈBRE à sa place, sur le terrain de course.


MARTIN

(Regardant de loin)

Allez, souris, mon vieux.


PIERRE sourit à SANDRINE, qui se tient elle aussi sur la ligne de départ avec un chien. SANDRINE regarde PIERRE.


MARTIN

C'est bien. Maintenant,

ne la regarde plus.


PIERRE se retourne vers PEINTRE CÉLÈBRE. GABRIEL et MATHILDE se frayent un chemin à travers la foule jusqu'à MARTIN.


GABRIEL

Désolé. Merci.

Tiens, vas-y, viens.


MATHILDE

Ça va?

(Regardant PIERRE au loin)

Il a l'air bien, là.

Il a l'air content.

(Regardant sa montre)

Il faut qu'il tienne

trois minutes, c'est tout.


MATHILDE

Elle commence dans

trois minutes, la course?


PIERRE

Il va tenir.


GABRIEL

La blonde, là, c'est Sandrine?


MARTIN

Ouais.


GABRIEL

Elle est pas

très belle, hein.


MARTIN

Alors, tu crois

que t'es beau, toi?


GABRIEL rit.


MATHILDE

Concentre-toi, petit Peintre.

Ah non. Ah non.

Il s'excite, là.

Il bouge partout.


MARTIN

Non, mais ça, c'est sûr, hein,

c'est le seul risque maintenant.


MATHILDE

Oui.


GABRIEL

Pourquoi?


MARTIN

C'est que le chien

nous claque entre les doigts.


GABRIEL

Pourquoi?


MARTIN

Avec la dose

que Pierre lui a filée…


GABRIEL rit.


GABRIEL

Et toi, tu veux pas parier?

Tu sais qui va gagner.


MARTIN

Moi, je parie pas, moi.


MATHILDE

Pourquoi pas?


MARTIN

Parce que je parie pas

sur les gagnants.


MATHILDE

Tu paries pas

sur les gagnants?


MARTIN

Non. Je sais pas pourquoi,

j'ai toujours eu un…

un faible pour

les mauvais numéros.


GABRIEL

C'est vrai, ça, en plus.

Quand on regardait la Coupe

du monde, il était toujours

pour les équipes les plus

pourries, genre l'Inde.


MARTIN

Oui, mais eux,

je les aimais bien;

ils rataient tout, les pauvres,

c'était bouleversant.


MATHILDE

C'est débile.


MARTIN

De perdre?

Non, je suis pas d'accord.

C'est vivifiant.

(Pointant au loin)

Tu vois, si c'était moi,

je parierais sur lui, là,

le petit, là.


MATHILDE

(Regardant au loin)

Le gris?


MARTIN

Ouais.

Qui a l'air tout triste.

L'air d'avoir perdu

sa mère avant-hier.


MATHILDE

(Pointant au loin)

Est-ce que tu parles

du deuxième de droite, là?


MARTIN

(Acquiesçant)

Hum, hum.


MATHILDE

(Tendant la main)

Très bien! Allez, file!

Tu mets combien?


GABRIEL rit.


MARTIN

Je veux bien parier,

mais à une condition.


MATHILDE

Dites-moi.


MARTIN

Tu restes de dos

pendant la course.


MATHILDE

Quoi?


MARTIN

T'as pas le droit

de te retourner.


MATHILDE

Mais c'est con, ça.


MARTIN

Ouh, bien, OK. Je parie pas,

alors. C'est pas grave.


MATHILDE

Mais attends, à quoi

ça sert, de faire ça?


MARTIN

Bien, c'est mes conditions

pour parier.

Voilà, j'ai le droit d'avoir

des conditions pour parier.


MATHILDE

C'est bon. Donne.


MARTIN

Mais tu restes dos

à la course.


MATHILDE

Donne, je te dis.


MARTIN donne l'argent à MATHILDE.


MATHILDE

Aïe!


La course commence, les spectateurs se mettent à crier. MATHILDE se place de dos, entre GABRIEL et MARTIN.


MATHILDE

C'est bon, c'est bon!

(S'adressant à GABRIEL)

Allez, parle-moi. Hé!

Dis-moi! Qu'est-ce qui se passe?


GABRIEL

Il est passé devant.


MATHILDE

Allez! Qu'est-ce qui

se passe? Allez!


La course est finie, MATHILDE folle de joie d'avoir gagné son pari, embrasse GABRIEL et le prend dans ses bras.


GABRIEL

Il a gagné.


Le téléphone sonne et MARTIN s'éloigne des spectateurs bruyants pour répondre.


MARTIN

(Au téléphone)

Allô.

Allô?

Ouais, papa.

Bien, j'entends pas

parce qu'il y a du bruit.

Bien… Du champagne?

(Interpellant les autres)

Hé!

(Au téléphone)

Ah, t'es en panne!

Où ça?

Arrête.


Plus tard dans la journée, devant un immeuble. MARTIN donne des conseils à PIERRE à propos de SANDRINE. PIERRE tient PEINTRE CÉLÈBRE en laisse.


MARTIN

… fais attention à la manière

dont tu vas lui répondre

si tu décroches

le téléphone.

Mais, permets-moi…

Enfin, c'est mon conseil.


Pendant ce temps, GABRIEL et MATHILDE sont assis dans la voiture et comptent leur argent.


GABRIEL

Un, deux, trois,

quatre, cinq, six…


MATHILDE est déconcentrée parce que GABRIEL compte à haute voix.


MATHILDE

Arrête. T'es chiant, toi!


GABRIEL

Neuf et dix. Fini! 2300.

T'as vu comment je suis

plus rapide que toi?


MATHILDE

Bien oui, c'est normal,

je peux pas me concentrer,

tu pollues l'espace

avec ta petite voix, là.


GABRIEL

Je pollue l'espace

avec ma petite voix.

Des fois, je me demande qui t'a

appris à parler français, hein.


MATHILDE

Personne m'a rien appris.

Maintenant, tu me laisses

compter, s'il te plaît.


GABRIEL

Ouais, attends. Moi aussi,

il faut que je recompte,

parce que je suis pas sûr

du tout. Alors, 2040…


MATHILDE

Tu continues comme ça,

et je ne te paye plus

tes 1500, hein.


GABRIEL

Bien non, mais j'en veux

pas de toute façon.


MATHILDE

Ah si!


GABRIEL

Ah non.


MATHILDE

Si! Si, si, si!

Je paye mes dettes, moi,

je dois rien aux gens, moi.


GABRIEL

Aux gens!

Je suis pas les gens, moi.


MATHILDE

T'es quoi, alors?


GABRIEL

Ton mec.


MATHILDE ne répond pas.


GABRIEL

Non, mais je suis sérieux, là.


MATHILDE

(Soupirant)

Moi aussi.


GABRIEL

Quoi, qu'est-ce qu'il y a?


MATHILDE

Il y a que je vais

disparaître, Gabriel.

Tu vas être triste. Voilà.


GABRIEL

Et tu vas disparaître comment?

Comme ça?

(Claquant des doigts)

Tu sais faire ça, toi?


MATHILDE ne répond pas et boit dans une tasse.


GABRIEL

OK, vas-y. Disparais.

C'est parti.


MATHILDE regarde GABRIEL l'air triste. MARTIN, revient vers la voiture. Il porte maintenant un t-shirt sur lequel sont imprimés un chien de course et la phrase: «ton style c'est ton chien».


GABRIEL

Tu te trompes, Mathilde.

Laisse-moi juste le temps

de te prouver que tu te trompes.


MARTIN

(Entrant dans la voiture.)

Pierre vous embrasse.

(Tendant des t-shirts emballés)

Et ça, c'est pour vous.


MATHILDE

(S'adressant à GABRIEL)

Prends mon iPad.


GABRIEL ouvre le coffre à gants pour y prendre l'iPad de MATHILDE.


GABRIEL

(S'adressant à MARTIN)

Ouais, ça va, sinon?


MARTIN

Euh, je dis, il était sonné,

mais à part ça, ça va.


GABRIEL

Mais non, pas Pierre, papa.


MARTIN

Ah oui.

Euh, enfin, non, lui.

Plutôt pas.


MATHILDE

C'est quoi, l'adresse? Com...


MARTIN

… piègne.


MATHILDE

(S'adressant à GABRIEL)

Compiègne. Tu mets?


MATHILDE tend l'iPad à GABRIEL pour qu'il y entre l'adresse.


MATHILDE

(S'adressant à MARTIN)

Il n'a pas trouvé une dépanneuse

à Compiègne, votre père?


MARTIN

Ses fleurs

dans une dépanneuse?


GABRIEL

Ouais, c'est mal le connaître,

quand même, hein.


Plus tard, MATHILDE, MARTIN et GABRIEL retrouvent FRANCIS, qui se tient près du camping-car arrêté sur la route. MATHILDE arrête la voiture, GABRIEL et MARTIN en sortent.


FRANCIS

(Furieux)

Vous vous foutez de ma gueule!

1000 ans pour arriver!


MARTIN

C'est bon, là, il est 15 heures,

tu vas avoir le temps, non?


FRANCIS

Ah oui, parce que toi,

tu t'y connais très bien

en composition florale,

c'est ça qui est bien, hein!


GABRIEL

Ah, ça va!

On a fait au plus vite.

C'est pas de notre faute

si t'as pris ce vieux truc.


FRANCIS

(Furieux)

Attends.

Je te demande pardon,

J'ai pas bien compris là ,Gabriel,

c'est pas

de votre faute si quoi?

Si quoi?


MATHILDE

(Sortant de la voiture)

Euh, désolée, hein, mais…

c'était l'enfer, en fait.

Cette autoroute,

c'était complètement bloqué.

C'est pour ça qu'on a… Hein?


FRANCIS est déconcerté par la présence de MATHILDE.


MARTIN

(Acquiesçant)

Hum.


MATHILDE

(Serrant la main à FRANCIS)

Bonjour.

Mathilde, enchantée.


FRANCIS

(S'adressant à ses fils)

D'accord.

C'est ça que

vous faisiez à Paris?

Alors toi, t'as divorcé

il y a à peine trois jours,

et ça te dérange pas,

quoi, ça te…

Tu respectes rien.

Vous respectez rien, quoi.

Hein? Vous… Vous…

Tout le monde va à Paris

et moi, je me retrouve seul

avec ce mobile home.

Rempli de clopes et de merde.

(Hurlant)

Et ça… Et ça

tout le monde s'en fout!

C'est pas moi qui ai demandé

à sortir ce mobile home!

J'en ai rien à foutre

de ce mobile home, moi!

C'est terminé, le mobile home!

C'est pour se retrouver comme un

con à Compiègne avec des fleurs!


Plus tard, MATHILDE conduit la voiture. FRANCIS est assis à l'avant et ses deux enfants à l'arrière, entourés de bouquets de fleurs. De la musique joue dans la voiture.


VOIX FÉMININE

(Chantant)

♪ Ton corps ♪

♪ Un soir s'est donné ♪

♪ Oui mais ton cœur ♪

♪ Tu l'as gardé ♪

♪ C'est pourquoi

malgré tous tes sourires ♪

♪ Mon regret ♪


FRANCIS essaie de deviner la musique qui joue.


FRANCIS

Léo Marjane?


MATHILDE

Ah non.

Non, pas du tout.


MATHILDE fredonne.


FRANCIS

Lucienne Delyle?


MATHILDE

Non.


FRANCIS

Ça, c'est pas Damia,

ça, quand même.


MATHILDE

Si, c'est Damia. Très bien!


FRANCIS

Ça, c'est marrant, alors.

«L'amour que j'avais»,

c'était elle aussi?


FRANCIS vérifie sur son téléphone.


MATHILDE

Non. Ça, c'était…

Ah, comment elle s'appelle?

Je l'ai. Attends.


MATHILDE regarde elle aussi son lecteur de musique.


FRANCIS

Ah non, je m'excuse.

Non, non, je m'excuse,

c'était Damia aussi.


MATHILDE

Non, c'est pas Damia.


FRANCIS

Mais je vous dis

qu'il y avait Damia,

et je la connais.


MATHILDE

Attends, c'est…

(Montrant son lecteur de musique à FRANCIS)

Voilà: Rina Ketty.


MARTIN les regarde en souriant.


FRANCIS

Ah oui. Enfin,

moi, je la connais,

mais dans une autre

version. Euh…


MATHILDE

Faites voir.


FRANCIS

Non, c'est pas

dans celui-là,

c'est celui-là que j'ai…

Je l'ai laissé à la maison.


MARTIN rit.


FRANCIS

Mais comment ça se fait que

vous connaissez tout ça, vous?


MATHILDE

Pourquoi? Je suis pas

une bonne Française?

C'est pour ça que

tu me demandes ça?


FRANCIS

Ça n'a rien à voir…

Plus personne n'écoute ça.

(Pointant ses fils)

Là, eux, là. Ils connaissent

pas, par exemple.


GABRIEL

Mais bien sûr qu'on connaît.


FRANCIS

Mais non, vous connaissez pas.

(S'adressant à MATHILDE)

Et qui c'est qui

vous a fait découvrir tout ça?


MATHILDE

Ah, ça, c'est, euh,

mon beau-père.

J'ai eu un beau-père. Un...

Des beaux-pères

français, parisiens.

Et voilà. Il m'a fait

connaître tout.


FRANCIS

Tout?


MATHILDE

Bien, tout sur Paris,

la France, quoi.

Les chansons.

Attends, j'en ai

une bonne pour toi.


MATHILDE éteint la musique.


MATHILDE

Ah…

(Chantant)

♪ Et puis mon petit loup ♪

♪ Ne bois pas trop ♪

♪ Tu sais que t'es teigne ♪

♪ Et quand tu bois

Un coup de sirop ♪

♪ Tu flanques des baignes ♪

♪ Si tu te faisais coffrer

un soir dans une bagarre ♪

♪ Il n'y a plus personne ♪

♪ Qui viendrait me voir ♪

♪À Saint-Lazare ♪


FRANCIS

Barbara.


MATHILDE

Oui! Bravo!


FRANCIS

Et vous l'avez, là?


MATHILDE

Ah, oui, oui, bien sûr.


FRANCIS

Et pourquoi

vous la mettez pas?


MATHILDE

Parce que.


Plus tard, sur le lieu du mariage, dans le parc d'un château, des enfants courent et des serveurs s'affairent à tout installer.


SERVEUSE

Tu mets là les deux seaux,

et là, tu mets

la vasque juste à côté.


SERVEUR

Là, au milieu?


SERVEUSE

Là, au milieu, justement.


Plus loin, FRANCIS se tient debout derrière une table. Il porte des lunettes fumées et taille des fleurs.


FRANCIS

Gabriel, vite! Les dahlias,

c'est pour les chemins

de table, je t'ai dit.


GABRIEL

Mais c'est quoi, les dahlias?


GABRIEL porte des bouquets de fleurs vers le château.


FRANCIS

Mais c'est ce que t'as entre

les mains, c'est les violettes!


GABRIEL

Lesquelles?

(Montrant un bouquet)

Celles-là, là?


FRANCIS

Mais oui! Il m'énerve!


GABRIEL rebrousse chemin. FRANCIS plante un petit bouquet de fleurs dans un morceau de styromousse.


MATHILDE entre dans le château, où d'autres employés s'affairent à la préparation du mariage. MATHILDE aperçoit MARTIN et GABRIEL qui préparent des fleurs et se dirigent vers eux.


MATHILDE

Alors, ça bosse?


GABRIEL

C'est l'enfer.


MARTIN

Pff! Ouais, je commence

à mieux comprendre

les mineurs du Nord, hein.


MATHILDE s'assoit près d'eux.


MATHILDE

En tout cas, il prend ça

au sérieux, votre père.


GABRIEL

Il prend tout au sérieux.


MARTIN

Non, mais il faut

le comprendre aussi.

Les mariages,

pour lui, c'est sacré.

(Tendant son poignet à MATHILDE)

Tu m'aides, s'il te plaît?


MATHILDE aide MARTIN à enlever sa montre.


MARTIN

On peut déconner

avec n'importe quoi,

mais pas avec les mariages.


MATHILDE

Ah oui? Pourquoi?


MARTIN

Bien, parce que

c'est toute sa vie.

Il y croit.

Et tout peut s'écrouler,

il continuera d'y croire.

Fais-moi tirer une latte, là,

je suis handicapé.


MATHILDE tend sa cigarette à MARTIN qui en prend une bouffée.


GABRIEL

Oui, moi aussi,

s'il te plaît.


GABRIEL prend aussi une bouffée de cigarette à MATHILDE.


MATHILDE

Et quoi? Il s'est marié

plusieurs fois?


MARTIN

Mais non.

Il s'est marié qu'une fois,

et il a jamais voulu divorcer.


MATHILDE

C'est pas vrai?


MARTIN

Si.


MARTIN

C'était avec ma mère.

Elle l'a quitté.


MATHILDE

Hum, hum.


MARTIN

Il y a quoi maintenant?

Ça fait quoi?


GABRIEL

Bien, 19 ans.


MARTIN

Hé, bien, 19 ans, oui.

Et aujourd'hui encore,

il refuse le divorce.

Et du coup, la pauvre,

elle peut pas se remarier.


MATHILDE

Il est génial.


GABRIEL

Ouais.

En plus, elle lui a

demandé plein de fois.

Chaque fois,

tout le monde lui dit:

«Mais pourquoi

tu divorces pas?

À quoi ça sert

de pas divorcer?»

Puis lui, non. Non,

il s'en fout. Il divorcera pas.


MARTIN et GABRIEL continuent de préparer les fleurs.


MATHILDE

Et ta mère,

ça la dérange pas?


GABRIEL

Je crois pas, non.


MARTIN

Ah, ça, c'est

une sainte, sa mère.

Une bombe, en plus.


MATHILDE

C'est vrai?


GABRIEL

Il paraît, oui.


MATHILDE

Tu te souviens pas?


GABRIEL

Mais non. Elle est morte

quand je suis né.


MARTIN

(Prenant GABRIEL par la tête)

Mais c'est moi, ta mère!

Hein, c'est moi, ta mère.


GABRIEL se débat en riant pendant que MARTIN continue à l'embêter.


GABRIEL

Arrête!


MARTIN

Hein, c'est moi, ta mère!

Je suis ta mère.


GABRIEL

Ah, mais putain!


MATHILDE rit en les regardant.


Plus tard, GABRIEL et FRANCIS ajustent leurs costumes en se regardant dans le reflet d'une voiture.


GABRIEL

(Secouant la tête)

J'ai l'air

de quoi avec ça, là?


FRANCIS

Bien, écoute, hein.

J'ai trouvé que ça. Voilà.

J'étais pressé.

C'est un bordel sans nom

dans tes affaires.

Bien, c'est très bien!

Qu'est-ce qu'il y a?


GABRIEL

Très bien?


FRANCIS

Oui.


GABRIEL

Ah, ça, c'est très bien?

OK, je remets mon jean.


FRANCIS

Hors de question

que tu remettes ton jean.


MARTIN arrive, également en costume.


MARTIN

(Montrant sa cravate)

Tiens, Gab, tu me dis

si c'est bien?

Parce que tu connais bien

ces trucs-là.


GABRIEL ajuste la cravate de MARTIN


GABRIEL

Attends.


FRANCIS prend des boutonnières dans une boîte posée sur le toit de la voiture. Il accroche une boutonnière au veston de GABRIEL.


GABRIEL

C'est sûr, ça,

ça va tout changer.


FRANCIS

Chut!


FRANCIS met une boutonnière dans la poche du veston de MARTIN.


MARTIN

Merci.


FRANCIS

C'est bien. Très bien.


MATHILDE s'approche d'eux.


VOIX DE MATHILDE

Bon, rigolez pas.

Comme truc mariage, j'ai que ça.


GABRIEL, MARTIN et FRANCIS regardent MATHILDE d'un air stupéfait.


Plus tard, GABRIEL, MARTIN et MATHILDE s'amusent en compagnie des autres invités à la réception du mariage. MATHILDE porte une robe bouffante d'un jaune très voyant. Les convives du mariage dansent et discutent.


Plus loin, un autre invité parle à FRANCIS, qui jette des regards autour de lui comme s'il cherchait un moyen de s'échapper.


Le marié danse à l'intérieur d'un cercle formé par d'autres invités se tenant la main et dansant sur de la musique traditionnelle. Le marié tape dans ses mains.


GABRIEL et MARTON s'amusent de voir FRANCIS qui danse dans le cercle avec beaucoup d'enthousiasme.


MATHILDE danse dans le cercle avec un autre invité, puis tout le monde danse de manière très festive.


MATHILDE danse enlacée avec GABRIEL, MARTIN se tient juste à côté et veut danser avec MATHILDE. MATHILDE prend MARTIN dans ses bras, puis GABRIEL s'ajoute à l'accolade. Tous les trois dansent ensemble. [La musique s'arrête et tous les invités applaudissent. Un ami du marié très saoul prononce un discours, sur une petite estrade, aux côtés d'un homme assis avec une guitare dans les mains.


AMI DU MARIÉ

(Parlant au micro)

Elle était super…

Un mec… super! Je t'adore.

En fait, je t'aime. Je vais te

le dire, je t'aime.

Allez, je t'aime.


INVITÉ

Bravo!


Au même moment, MATHILDE s'adresse à GABRIEL, FRANCIS et MARTIN.


MATHILDE

Les gars, j'ai une idée.

J'ai un cadeau

pour vous, Francis.


MATHILDE donne son verre et sa cigarette à MARTIN.


MATHILDE

Et, euh, voilà. On va voir.


FRANCIS

Qu'est-ce qu'elle voulait?


AMI DU MARIÉ

… trop, trop belle.

Et… et que j'adore sa…


Un autre invité intervient pour interrompre le discours embarrassant de l'ami du marié.


INVITÉ

(Montant sur l'estrade)

Allez, viens là…


AMI DU MARIÉ

Elle a une super

belle poitrine.


INVITÉ

C'est bien. Viens.


Au même moment, MATHILDE monte sur la scène et demande quelque chose à l'homme à la guitare.


AMI DU MARIÉ

Vraiment, Armine… Armine,

tu es super belle aussi…


INVITÉ

Chut!


AMI DU MARIÉ

… mais j'aime aussi

toutes les femmes aussi.


INVITÉ

Chut! Chut, chut, chut, chut!

Allez! Allez.


L'invité aide l'ami du marié à descendre de la scène.


MATHILDE

Oui? Ça ira?


GUITARISTE

Ouais on peut faire ça.


MATHILDE

Très bien. Super! Merci!


MATHILDE

(S'adressant aux invités)

Euh, bonsoir, tout le monde.

Hum, bien, je vous connais…

je vous… Pardon.

Je vous connais pas,

et vous me connaissez pas;

on se connaît pas, quoi.

Et euh, pourtant, je suis là,

et je peux fêter avec vous,

ce qui me fait trop plaisir.

Hum, pour vous remercier

et féliciter,

j'aimerais bien faire

quelque chose.

Euh… Wow!

Les gens qui se marient encore,

c'est… c'est beau,

c'est beau.


GABRIEL, MARTIN et FRANCIS s'approchent de la scène.


MATHILDE

Et voilà, j'aimerais bien

chanter une chanson pour vous.

Bon, alors.


Le GUITARISTE ajuste sa guitare.


MATHILDE

(S'adressant au guitariste)

C'est bon.

Un peu plus grave.

(S'adressant aux invités)

D'accord. OK. Pardon.


MATHILDE commence à chanter d'une manière rieuse.


MATHILDE

(Chantant)

♪ Ils marchent le regard fier ♪

♪ Mes hommes ♪

♪ Moi devant et eux derrière ♪

♪ Mes hommes ♪

♪ Et si j'allonge le pas ♪

♪ Ils me suivent pas à pas ♪

♪ Je ne leur échappe pas ♪

♪ Mes hommes mes hommes ♪


FRANCIS et MARTIN regardent MATHILDE de manière abasourdie, et GABRIEL, souriant, la regarde amoureusement.


MATHILDE

(Chantant)

♪ Où que je sois ils sont là ♪

♪ Mes hommes ♪

♪ Je n'ai qu'à tendre les bras ♪

♪ En somme ♪

(Riant)

♪ Je les regarde venir ♪

♪ Fière de leur appartenir ♪

♪ C'est beau

de les voir sourire ♪

♪ Mes hommes ♪

♪ Moi qui suis

fille des brumes ♪

♪ En somme ♪

♪ De la nuit et de la lune ♪

♪ Tout comme ♪

♪ Quand j'arrive

le teint clair ♪

♪ Moi devant et eux derrière ♪

♪ Je comprends bien

que les gens ♪

♪ S'étonnent s'étonnent ♪

♪ Car ils viennent de Tunisie ♪

♪ Mes hommes ♪

♪ Marseille Toulon le Midi ♪

♪ Mes hommes ♪

♪ Ils marchent avec insolence ♪

♪ Un petit rien dans la hanche ♪

♪ Ça ressemble à une danse ♪

♪ Mes hommes ♪


MARTIN est de plus en plus ébahi devant MATHILDE.


MATHILDE

(Chantant)

♪ Ils ne m'appellent pas

madame ♪

♪ Mes hommes ♪

♪, Mais tendrement ♪

♪ Ils me nomment patronne ♪

♪ Ils se soumettent à ma loi ♪

♪ Je me soumets à leur loi ♪

♪ Que c'est beau d'obéir ♪

♪ À mes hommes ♪

♪ Tout d'amour et de tendresse ♪

(Regardant GABRIEL, MARTIN et FRANCIS)

♪ Mes hommes ♪

♪ M'ont fait une forteresse ♪

♪ Mes hommes ♪

♪ Non vous ne passerez pas ♪

♪ C'est à eux n'y touchez pas ♪


GABRIEL aperçoit l'intensité avec laquelle MARTIN regarde MATHILDE et s'inquiète. Il fixe MARTIN qui se retourne vers lui l'air de rien. GABRIEL semble très contrarié.


MATHILDE

(Chantant)

♪ Ils sont violents

quelquefois ♪

♪ Mes hommes mes hommes ♪

♪ Ils se sont fait

sentinelles ♪

♪ Mes hommes ♪

♪ Ah oui ils pourraient

être cruels ♪

♪ Mes hommes ♪

♪ Ils me veillent comme moi ♪

♪ Je les veille quelquefois ♪

♪ Moi pour eux et eux pour moi ♪

♪ Mes hommes ♪

♪ La la la la la la la la la ♪


Tard le soir au mariage, MARTIN est assis seul à une table à l'extérieur. MATHILDE prend un verre sur le buffet et aperçoit MARTIN.


MATHILDE

Ah, t'es là, toi.

Ça va?

Qu'est-ce que tu fais?


MARTIN

Rien.


MATHILDE

Hum.


MATHILDE s’assoit à la table de MARTIN.


MARTIN

Je regarde la lumière

tomber, j'avais…


MATHILDE

Ah…


MARTIN

… j'avais oublié

à quel point c'était bien fait.


MATHILDE

Ouais.


MARTIN

Le processus, je veux dire.


MATHILDE

Alors, tu ne danses plus?


MARTIN

Si. Intérieurement. Beaucoup.


MATHILDE rigole.


MARTIN

«Frétiller bêtement

sur une planète ratée.»


MATHILDE

Quoi?


MARTIN

C'est Cioran.


MATHILDE

Tu cites tout le temps

des trucs, toi.


MARTIN

Bien oui. Comme ça, j'ai pas

besoin de penser par moi-même.


MATHILDE

D'accord.


MARTIN

C'est épuisant de penser

par soi-même, non?


MATHILDE

Non, moi, je pense que

par moi-même, en fait.


MARTIN

Ah oui, mais t'as une vitalité

hors du commun, aussi.


MATHILDE

(Riant)

Ah bon!


MARTIN

T'es quelqu'un de gai.


MATHILDE

Alors que toi,

on peut pas dire, hein!


MARTIN

Mais moi, je suis

trop vieux pour ça.


MATHILDE

T'as quel âge?


MARTIN

100.


MATHILDE

Vraiment?


MARTIN

(Acquiesçant)

Hum, hum.


MATHILDE

On dirait pas, hein!

Je te donne… 50. Maximum.


MARTIN

Sympa.


MATHILDE

Ça fait quoi d'avoir

100 ans? Raconte.


MARTIN

Ah, c'est formidable.

Le seul problème, c'est pour

trouver des gens de ton âge.

À part ça…


MATHILDE

Alors là, t'es servi,

ce soir!


MARTIN

Ha! Oui, mais eux,

ils sont vieux physiquement,

c'est pas… c'est pas ça,

des vrais vieux.


MATHILDE

C'est quoi, un vrai vieux?


MARTIN

Bien, à un vrai vieux,

tu peux lui raconter

n'importe quelle

histoire d'amour,

la plus folle,

la plus poignante,

il gardera toujours

un petit sourire en coin,

l'air de dire:

«Laisse tomber, pas à moi.»

Ça, c'est un vrai vieux.


MATHILDE

(Faisant oui de la tête)

D'accord.


MARTIN

Et tu peux faire le test,

hein, d'ailleurs, si t'as envie.

Vas-y, tu vas dans un…

n'importe quelle

maison de retraite…

raconter que t'as

rencontré une fille,

que vous avez parlé

jusqu'à l'aube,

tu vas voir.

Ils seront tous là,

à deux doigts de la mort,

avec une petite lueur

d'espoir dans l’œil,

à se dire discrètement:

«Ça peut encore m'arriver.»


MATHILDE sourit à MARTIN


MARTIN

J'ai vu des octogénaires

qui avaient 12 ans, moi.

Ça veut rien dire.


MATHILDE et MARTIN voient d'autres invités, courant avec des lanternes blanches dans les mains.


MATHILDE

Qu'est-ce qu'ils font?


MARTIN

Ça, c'est une tradition un peu

idiote dans les mariages.

T'écris un vœu sur le truc, là,

et tu le brûles

et puis il s'envole et voilà.


MATHILDE

Et le vœu se réalise.


MARTIN

Toujours!


MATHILDE

(Dubitative)

Ouais.


MARTIN

Ah si, il se réalise vraiment.


MATHILDE regarde les autres invités et MARTIN regarde MATHILDE intensément.


MARTIN

C'était quoi, déjà?

Je marche vite

parce que si je ralentis,

je perds l'équilibre.


MATHILDE

D'accord. Et?


MARTIN

Ah, je sais pas, ça me fait

penser à toi, cette phrase.

Non?


MATHILDE regarde un peu dans le vide.


MARTIN

T'aimes pas qu'on parle

de toi, hein?


MATHILDE fait un mouvement de tête en haussant les épaules.


MARTIN

Bon, c'est beau.

Allez, j'ai compris.

Choisis-en une.


Les autres invités allument leurs lanternes.


MATHILDE

Hein?


MARTIN

T'en choisis une, là.

Je vois bien que t'as envie

de faire un vœu, toi aussi.

Il y a pas de raison

que les leurs se réalisent,

et pas les nôtres, après tout.


MATHILDE regarde les autres invités au loin allumant leur lanterne.


MARTIN

Allez, t'en prends une,

là, maintenant.

Vite parce qu'elles

vont décoller.


MATHILDE

Ouais.


MARTIN

T'as choisi?


MATHILDE

Oui.


MARTIN

Maintenant, fais un vœu.


MATHILDE

Tu l'as fait, toi?


MARTIN

Je suis en train.


MATHILDE

Ah, d'accord.


MARTIN

Regarde.

Ça y est.


Les invités lâchent leurs lanternes et celles-ci s'envolent.


MARTIN

Voilà.


MATHILDE regarde les lanternes avec émerveillement.


MARTIN

La mienne, elle va plus haut.

Regarde, c'est… Elle est

plus haute que les autres.


MATHILDE

Attends, je regarde la mienne.

Tu y crois, toi?


MARTIN

Ce soir, un peu, oui.

(Regardant MATHILDE)

J'ai l'impression.


MATHILDE

Arrête.


MARTIN

Quoi?


MATHILDE

Je te vois.


MARTIN

Mais quoi?


MATHILDE

Tu frimes avec tes 100 ans,

mais t'es comme

les autres, en fait.

T'es trop jeune pour moi.


MATHILDE et MARTIN continuent de regarder les lanternes.


Plus tard, à l'extérieur, GABRIEL et MATHILDE dansent un genre de valse en chantonnant. Ils se marchent sur les pieds et rient. MARTIN les rejoint


MATHILDE

Ah, quand même!


GABRIEL

Bien, alors,

qu'est-ce qu'il foutait?


MARTIN

Venez, vous le verrez bien.


MATHILDE

Allez. Qu'est-ce qu'on fait?

Hein?


MARTIN

Vous le verrez bien.


MATHILDE

(Chantonnant)

♪ On fait quoi ♪

♪ Qu'est-ce qu'on fait ♪

♪ On fait quoi ♪


GABRIEL

(Chantonnant)

♪ On fait quoi ♪


MARTIN, MATHILDE et GABRIEL marchent dans une rue. Puis ils arrivent devant un mur de pierre au milieu duquel se trouve une porte. MATHILDE est ivre.


MARTIN

(Déverrouillant la porte)

C'est là.


GABRIEL

Non! T'as piqué

les clés à papa? Ha! Ha!


MATHILDE

(Les prenant par le cou)

Donc, les gars,

qu'est-ce qu'on fait? Hein?

Dites-moi ou je vous étrangle.


MARTIN

Il faut que j'arrive

à ouvrir, déjà.


MATHILDE prend MARTIN par la taille, de dos.


MATHILDE

Ah! Je te gêne, là?


MATHILDE se laisse tomber au sol et GABRIEL rit. MARTIN finit par déverrouiller la porte.


MARTIN

Je croyais que j'avais perdu

la main, mais ça va.


MATHILDE

Attends, j'ai compris,

on cambriole un truc, c'est ça?

Et c'est 50% pour moi, et

vous vous arrangez entre vous.


MARTIN ouvre la porte et entre.


GABRIEL

Allez-y.


GABRIEL aide MATHILDE à entrer.


MATHILDE

C'est quoi? Oh!


De l'autre côté de la porte se trouve un grand parc.


MATHILDE

(Apercevant un grand étang)

Ah non.

(Murmurant)

Wow!

(Émerveillée)

C'est fou. Hein?

Comment ça se fait, ça?

Comment tu l'as eu?


MARTIN

Hum.


MATHILDE

Hein?


GABRIEL

C'est notre père qui a fait le

double quand il travaillait ici.


MATHILDE

Mais c'est dingue, ça.

Il est malin, lui.


GABRIEL et MARTIN se regardent et rient.


MATHILDE

Oh, wow!


MATHILDE

Mais tu les prends

souvent ou quoi?


MARTIN

Il fut un temps, oui.

Venez.

Je vais vous montrer mon

spot.


MARTIN, GABRIEL et MATHILDE traversent un petit pont en bois qui surplombe l'étang, puis ils arrivent au bord de l'étang.


MATHILDE

Ah, c'est beau!

On va se baigner. Viens!


GABRIEL

Quoi?


MATHILDE

Ouais!


GABRIEL

Là, dans le lac, là?


MATHILDE

(Trempant sa main dans l'eau)

Ah oui, oui, oui!

Oh, elle est bonne, l'eau.

Il faut en profiter.


GABRIEL

Fais voir.


MATHILDE

Viens! Allez!


GABRIEL

Mais on a pas pied là-dedans.


MATHILDE

Mais non! Tu sais nager,

quand même?


GABRIEL

Martin, tu viens?


MARTIN

Non, ça va,

je vais rester là.


MATHILDE

Pff! Il est frileux, lui, là.

Allez!


MARTIN s'assoit plus loin et regarde dans le vide pendant que MATHILDE et GABRIEL commencent à se déshabiller.


MATHILDE

(Essayant de défaire sa robe)

Ah, j'y arrive pas, quoi.

(Repoussant GABRIEL qui l'embête)

Ah non, non, non,

non, non, non.

Non. Allez. Aide-moi.


MATHILDE et GABRIEL finissent de se déshabiller. Ils se baignent et ressortent très rapidement de l'étang. Ils se sèchent et se rhabillent.


Un peu plus tard, MATHILDE est couchée sur le sol, entre MARTIN et GABRIEL. Tous regardent le ciel. GABRIEL prend la main de MATHILDE. MATHILDE se retourne vers MARTIN et lui prend la main, MARTIN lui sourit. MATHILDE serre les mains de GABRIEL et de MARTIN contre elle. MATHILDE regarde GABRIEL dans les yeux longuement. GABRIEL embrasse MATHILDE. MATHILDE se retourner et embrasse MARTIN. Puis les trois se retournent vers le ciel, toujours en se tenant la main.


À l'aube, MATHILDE est assise devant l'étang. Elle se lève et prend ses affaires sur le sol, croisant le regard de GABRIEL qui est couché un peu plus loin aux côtés de MARTIN. Ils échangent un très long regard, puis MATHILDE lui sourit légèrement et elle s'en va. GABRIEL la regarde s'en aller, puis referme les yeux.


Au matin, GABRIEL et MARTIN attendent au bord d'une route. Un taxi arrive, ils y montent. Le taxi s'en va.


Dans le taxi, GABRIEL pose sa tête sur l'épaule de MARTIN. Tous les deux regardent dans le vide, l'air songeur et désenchanté. MARTIN se tourne pour regarder par la fenêtre.


Le soir, MARTIN fume une cigarette avec FRANCIS sur le porche de la maison familiale.


Dans la nuit, GABRIEL, couché dans son lit, regarde dans le vide, maussade.


Un autre jour, GABRIEL et MARTIN marchent vers un grand bâtiment dans un parc. MARTIN porte un sac de voyage en bandoulière.


MARTIN

Elle s'appelait

Caroline Caron.

Tu t'en souviens pas?


GABRIEL

Non, je ne m'en souviens plus.


MARTIN

J'habitais avec elle au début.

Dans l'appartement

de la rue des Gravilliers.


Avec le petit escalier.


GABRIEL

Ah oui, celle

avec les gros poignets?


MARTIN rit.


MARTIN

Bien, tu vois

que tu te souviens.


GABRIEL

Ouais,

elle était sympa, elle.


MARTIN

Hum.


MARTIN et GABRIEL s'arrêtent devant le bâtiment.


MARTIN

Bon.

Ça va aller, toi?


GABRIEL

Et toi? T'as peur?


MARTIN

Bien oui.


MARTIN et GABRIEL se serrent dans les bras.


MARTIN

Tu sais…

je voulais te dire…

pour Mathilde.


GABRIEL

Je sais.


MARTIN

Bon, bien, j'y vais vite

parce que sinon,

je vais changer d'avis.


MARTIN se retourne et marche vers le bâtiment.


GABRIEL

Salut, Martin!


MARTIN monte l'escalier menant vers l'entrée. Une jeune femme descend les marches rapidement et capte immédiatement l'attention de GABRIEL, qui la regarde avec insistance. Une fois descendue, la jeune femme croise le regard de GABRIEL. La jeune femme se dirige vers une table de ping-pong dans le parc.


JEUNE FEMME

(S'adressant à un jeune homme qui joue)

Allez, c'est à mon tour.


GABRIEL continue de la regarder. La jeune femme se chamaille avec le jeune homme près de la table de ping-pong.


JEUNE HOMME

Non. Non.


JEUNE FEMME

Je partirai pas.

C'est vous depuis

tout à l'heure.


La jeune femme sent que GABRIEL la regarde et se retourne vers lui pour le regarder avec incompréhension.


JEUNE FEMME

(S'adressant au jeune homme)

S'il te plaît.

Allez.


GABRIEL s'en va, souriant légèrement, puis se retourne de nouveau vers la jeune femme.


Texte informatif :
Adapté du roman de Nicolas Rey publié aux éditions Au diable vauvert


Générique de fermeture

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