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Vidéo transcription

Le sens de sa place

On donne la parole à des Africains noirs francophones qui vivent aux États-Unis et on explore les relations parfois difficiles entre Afro-Américains et Africains d’Amérique, la divergence des mémoires de l’esclavage et des héritages culturels.



Réalisateur: Bruno Moynié
Année de production: 2017

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Texte narratif :
Ils ont tous quelque chose en commun Ils sont nés en Afrique Ils sont francophones Ils sont noirs Ils vivent aux USA


Devant le restaurant sénégalais «Badou», plusieurs hommes déplacent une énorme caisse, échangeant des propos en anglais.


Texte narratif :
2016 Chicago, Illinois


Le restaurateur, BADOU DIAKHATE, sort avec plusieurs outils, dont un couteau, un maillet et un hachoir.


BADOU DIAKHATE

(Propos traduits de l'anglais)

On va le faire à l'africaine!


Les autres éclatent de rire, puis un deuxième homme prend le hachoir.


HOMME 3

(Propos traduits de l'anglais)

C'est le seul truc

dont vous avez besoin.


HOMME 2

(Propos traduits de l'anglais)

Je vais le faire.


L'HOMME 2 se sert de la lame plate du hachoir pour faire levier et ouvrir la caisse.


BADOU DIAKHATE

(Propos traduits de l'anglais)

La technique américaine est

plus efficace que l'africaine!

Alors, allons-y!


Les hommes s'y mettent à plusieurs pour défaire les côtés de la caisse, déballant une cuisinière. Ils essayent ensuite de la soulever.


BADOU DIAKHATE

(Propos traduits de l'anglais)

Ce côté ne va pas.


HOMME 3

(Propos traduits de l'anglais)

Attendez, s'il vous plaît.


Deux hommes se mettent de part et d'autre de la cuisinière.


HOMME 2

(Propos traduits de l'anglais)

Un, deux, trois!


Ils amènent la cuisinière à l'intérieur du restaurant.


HOMME 3

(Propos traduits de l'anglais)

Ok, laissez-le là,

laissez-le là!


Les hommes échangent d'autres propos et sortent du restaurant, laissant la cuisinière à l'intérieur, en appui sur une planche avec des roulettes.


BADOU monte à bord de sa voiture et se met à rouler à travers la ville.


BADOU DIAKHATE (Narrateur)

Je suis un Africain au

Sénégal. L'image qu'on te donne

des États-Unis, là, c'est

une belle image. L'image qu'on

projette, là, à la télévision,

là, c'est de belles images. Tu

as, tu vois... C'est pour cela

que les gens se meurent

de venir dans ce pays.

C'est l'Eldorado. On pense quand

on vient ici, on est arrivé,

on a réussi. Tu vois.

Et les images, c'est les

images de Hollywood. C'est

ce qu'on voit, bon. C'est la vie

en beauté, en images, qui ne dit

pas réellement... euh...

ce qui se passe aux États-Unis.


Titre :
Le sens de sa place


Texte narratif :
Plantation Whitney Edgar, Louisiane


Une grande demeure se dresse dans un parc ombragé. Le DOCTEUR IBRAHIMA SECK, qui est historien et conservateur à la plantation Whitney, témoigne assis sur un banc à l'extérieur.


IBRAHIMA SECK

Parfois, je viens ici seul tôt

le matin. Je regarde des noms

comme Samba Hero, des gens

de mon propre groupe ethnique,

des Halpulaar, et je me dis

que ça aurait pu être moi.

Ça aurait pu être moi.

Et je me mets dans ce contexte

et je me dis: vraiment, ces gens

ont dû souffrir le martyre.

Mais aujourd'hui, je suis

heureux que moi, en tant

que Sénégalais, sois au centre

de tout ce travail de

mémorisation de l'esclavage.

De participer, donc, à ramener à

la vie ces ancêtres qui sont là.


Sur un monument commémoratif, les noms, les origines et les dates de naissance et de mort des esclaves de la plantation sont inscrits.


IBRAHIMA SECK

Mon premier voyage aux

États-Unis s'est déroulé en

1989. Mais de toutes les étapes

de ce voyage qui a duré un mois,

l'étape la plus mémorable est

celle qui a pratiquement

changé ma vie, c'est

l'étape du Mississippi.

On a écouté quelques conférences

et le plus intéressant, c'est

qu'on nous a emmené un vieux

bluesman qui s'appelait James

Son Thomas, il est décédé,

pour nous présenter

un peu la culture du blues.

Alors moi, étant Sahélien,

je suis de Matam,

du nord du Sénégal...

Et tout de suite, en tant

que Sahélien, le jeu de cette

personne âgée me rappelait,

donc, nos vieux griots qui

jouent de leur «xalam» ou bien

de leur «hoddu», donc, du luth

africain à quatre ou cinq

cordes... J'étais vraiment...

J'étais vraiment ébahi. Et

je crois que c'est l'étape qui a

changé le cours de ma vie aussi.


Un peu plus loin, des statues de jeunes enfants esclaves sont installées sur le porche d'un bâtiment en bois.


IBRAHIMA SECK marche dans la plantation en regardant autour de lui.


BADOU DIAKHATE témoigne assis à une table à l'intérieur de son restaurant.


BADOU DIAKHATE

Quand je me projette dans

le passé au Sénégal, je me rends

compte qu'en fait on était

amoureux des Noirs américains

parce qu'ils représentaient

la culture africaine, ils

représentaient les Africains,

quoi, sur le plan international,

sur le plan de la compétition

en quelque sorte. Donc, je me

sentais vraiment très proche.


BADOU sonne à l'interphone d'un bâtiment.


BADOU DIAKHATE

(mot_etranger=EN]All right![/mot_etranger)


BADOU sonne à nouveau. La fille de BADOU, AWA, sort du bâtiment. BADOU et AWA marchent dans la rue, puis montent en voiture. BADOU pousse un soupir, puis il se met à rouler.


BADOU DIAKHATE

Oh! Mon Dieu! [mot_etranger=EN]Man[/mot_etranger], il fait

tellement chaud aujourd'hui.

Tu comprends ce que je veux dire

quand je dis qu'il fait chaud.

Tu ne comprends pas?


AWA secoue la tête négativement.


BADOU DIAKHATE

(Propos traduits de l'anglais)

Ça veut dire «chaud», il fait

très chaud aujourd'hui.


Assis dans son restaurant, BADOU poursuit son témoignage.


BADOU DIAKHATE

Bon, je suis venu ici. Ça a été

un choc. Ça a été un grand choc.

Euh... Choc culturel

parce que je me suis dit que les

États-Unis, c'était un pays très

développé. Je croyais, tu vois,

que la question raciale

était déjà liquidée,

était déjà, en fait, réglée.

Donc, c'était un choc au début.

Mais après, tu vois,

avoir séjourné un peu longtemps

dans ce pays, j'ai

commencé à comprendre.

J'ai commencé à comprendre

qu'effectivement,

c'est un problème réel.

Je l'ai vécu personnellement.

J'étais marié à une blanche ici

aux États-Unis. Alors donc,

on était au Michigan.

C'était un peu difficile. Voilà.

On habitait dans une ville

à prédominance blanche. Tu vois.

Et on ne nous regardait

pas avec un bon oeil,

hein, là-bas au Michigan.

J'avais un sentiment de rejet.

On nous rejetait. La société

nous rejetait. On parlait

beaucoup de nous. Ça,

je le sentais. D'ailleurs,

il y a quelqu'un qui,

en fait, une fois, a craché

sur mon visage parce que

j'étais avec une blanche.


Texte narratif :
Washington, D.C.


Un musicien joue du saxophone dans une rue. Des touristes marchent dans la ville.


Dans une station radio, KADIATOU TRAORÉ NIENTAO, qui est journaliste à la «Voix de l'Amérique», lit un texte dans une langue étrangère dans le micro.


Dans un bureau avec des cubicules, KADIATOU s'entretient avec des collègues.


COLLÈGUE

La semaine prochaine,

mercredi, c'est

laissé en direct.


Assise à son bureau, KADIATOU témoigne.


KADIATOU TRAORÉ NIENTAO

Avec tout ce qui s'est

passé avec le racisme ici,

c'est resté. Quoi que

l'on dise, c'est resté.

Malgré que la Constitution des

États-Unis interdise le racisme,

mais il se passe tous les jours.


Texte narratif :
Denver, Colorado


MOHAMADOU LAMINE CISSE, un vendeur ambulant, se tient debout dans la rue et regarde la ville autour de lui.


MOHAMADOU LAMINE CISSE (Narrateur)

Le 18 novembre 1997,

un Sénégalais

du nom d'Oumar Dia

était descendu de son

travail. C'était au

centre-ville de Denver.

Alors, au moment où il attendait

le bus, deux jeunes Blancs,

qui plus tard ont dit

qu'ils étaient des néonazis,

l'ont approché. Ils ont dit

que lui, il ne devait pas

s'asseoir là où il était.

Lui, c'était un sale nègre

et il devait mourir.

Ils se sont arrangés pour le

tuer. Ils l'ont pompé de balles.

Vous voyez? Et il est mort

en cours de route lorsqu'on

le transportait à l'hôpital.

Une semaine plus tard,

j'ai été chargé de ramener

son corps au Sénégal.

Ce meurtre a choqué

toute la ville parce que

c'était extraordinairement

triste qu'un individu

qui était venu essayer de

réaliser le rêve américain...

... perde sa vie

comme ça dans la rue

parce que simplement

des individus racistes ont

voulu qu'il en soit ainsi.

Les gens se sont rendu compte

que la haine raciale est un

des fondements de ce pays. Il ne

faut jamais baisser ses gardes.


IBRAHIMA SECK donne une visite guidée à un groupe de touristes à la plantation Whitney et s'adresse à une femme du groupe.


IBRAHIMA SECK

(Propos traduits de l'anglais)

Et vous venez de...?


FEMME

(Propos traduits de l'anglais)

La Barbade.


IBRAHIMA SECK

(Propos traduits de l'anglais)

La Barbade.

C'est un endroit où ils

avaient l'habitude de faire

«l'apprivoisement».

(Se tournant vers le reste du groupe)

«Apprivoiser», comme lorsque

vous apprivoisez un cheval

sauvage. Vous savez que ces

gens venaient d'Afrique et

ils devaient être «apprivoisés»

pour être asservis, transformés

en esclaves. Et le processus

d'apprivoisement était vraiment

pénible et beaucoup mourraient

pendant ce processus.

(Faisant signe au groupe)

OK.

(mot_etranger=ES]Vamonos![/mot_etranger)


FEMME

(mot_etranger=ES]Vamonos![/mot_etranger)


IBRAHIMA et le groupe se déplacent dans la plantation. Un homme fait sonner une cloche qui se trouve dans le parc.


Un groupe de touristes regardent le monument avec les noms.


Assis sur le banc, IBRAHIMA poursuit son témoignage.


IBRAHIMA SECK

Tu sais, Bruno, j'ai appris

à naviguer très tôt

dans la société américaine.

Quand je suis devenu étudiant

à l'Université du Mississippi

au milieu des années 1990,

j'ai fréquenté tous les milieux.

J'étais comme une attraction.

Les gens m'invitaient de

partout. Bon, c'étaient surtout

des Blancs qui m'invitaient.

Et très souvent, il y a

des étudiants noirs qui

venaient me voir et me dire:

«Comment se fait-il

que je sois...

que tous ces gens-là

m'aiment ou bien que

je sois capable de naviguer,

donc, dans ce milieu de Blancs?»

Mais aussi, j'ai fréquenté

beaucoup la communauté noire.


Sur le monument, de longues listes de prénoms sont présentées.


IBRAHIMA SECK

C'est pas toujours facile, mais

je vous dis bien que je n'ai

jamais été victime de ça.

C'est-à-dire que

je ne me suis jamais rendu

quelque part où les gens

me rejettent à cause de

la couleur de ma peau ou bien

de mes origines. Ça ne s'est

jamais passé. C'est peut-être dû

aussi à mon niveau d'études.

Alors, peut-être que quand

les gens me rencontrent comme ça

pour la première fois, ils me

connaissent pas, ils peuvent

être un peu méfiants.

Mais tout de suite,

quand on me dit:

«Voilà! C'est Docteur Seck»,

les choses changent comme

par enchantement.


Texte narratif :
Chez Ibrahima À la Nouvelle-Orléans


Le DOCTEUR MICHAEL WHITE, qui est historien et musicien, et IBRAHIMA discutent, assis dans le salon.


MICHAEL WHITE

(Propos traduits de l'anglais)

Ici, c'est «Lakeview», hein?

C'est considéré comme un

quartier assez haut de gamme.

Avez-vous d'autres voisins

noirs ici? Parce qu'il s'agit

d'un endroit plutôt blanc

et chic normalement.


IBRAHIMA SECK

(Propos traduits de l'anglais)

Il y a peu de Noirs ici.

Je connais une seule famille

noire. Et ils ont emménagé

récemment. Je vois les gens

quand ils coupent le gazon,

quand ils promènent le chien.

Quand je suis arrivé, je suis

allé au... J'ai remarqué que

la police venait beaucoup

par ici! Ils faisaient le tour

du bloc.


IBRAHIMA mime le tour du bloc de la main et MICHAEL rit.


IBRAHIMA SECK

(Propos traduits de l'anglais)

Parfois, ils étaient là, ils me

regardaient et je les regardais.

Ils ne sont jamais venus me

rencontrer ou me dire quoi que

ce soit.


MICHAEL WHITE

(Propos traduits de l'anglais)

Bien que nous ayons 61%

de population noire à la

Nouvelle-Orléans...

Nous avons beaucoup de

professions libérales.

Nous avons beaucoup de

médecins, d'avocats et tout ça,

mais ces images ne sont pas

projetées. Il y a une perception

générale que la plupart des

noirs sont des criminels et

des toxicomanes. Si vous

regardez les nouvelles, c'est

tout ce que vous voyez.

C'est très malheureux et ça

ne reflète pas la réalité,

mais... vous savez.


IBRAHIMA SECK

(Propos traduits de l'anglais)

Je ne sais pas ce que nous

pouvons faire pour corriger ça.

Il y a trop de pauvreté ici.

Quand je vois ces gens, quand

je vais dans ces quartiers, et

partout où je vais, je vois

que les Noirs travaillent,

la plupart d'entre eux dans

les fast-foods, Popeye's,

McDonald's... On dirait que

c'est la nouvelle plantation.


MICHAEL WHITE

(Propos traduits de l'anglais)

Et ça l'est! Ici, c'est conçu

pour en être ainsi. Et c'est

un gros problème. C'était

l'une des choses avec lesquelles

j'avais des problèmes parfois

en tant que musicien.

Parce que vous allez à des

endroits et vous voyez

beaucoup de choses, et

certains de ces endroits où

j'ai joué, vous commencez

à vraiment réaliser que...

C'est comme si vous étiez

là il y a 200 ans! Ici, il y a

un sens très subtil et discret

de la place des gens, et il

est très difficile d'avancer et

de progresser. Je crois vraiment

que le système éducatif n'est

certainement pas ce qu'il

devrait être. Les enfants ne

grandissent pas avec le sentiment

qu'ils peuvent prendre les choses

en main et progresser. Même

pour les choses qui proviennent

de leur propre culture: nous

avons l'une des meilleures

cuisines d'Amérique du Nord

à la Nouvelle-Orléans, mais

nous avons très peu de

restaurants noirs!


Texte narratif :
Chez Kadiatou À Washington, D.C.


Dans la cuisine, KADIATOU prépare à manger.


KADIATOU TRAORÉ NIENTAO (Narratrice)

Ici, aux États-Unis, ce que

j'ai remarqué, tout le monde

vit dans sa communauté.

Les gens sont regroupés

dans leur communauté. Ils sont

confinés dans leur communauté.

Et c'est très difficile que

tu vois quelqu'un qui sort

de sa communauté pour aller

vivre dans l'autre communauté.


Dans le salon, un homme regarde la télévision. KADIATOU serre une jeune femme dans ses bras, riant joyeusement toutes les deux.


KADIATOU TRAORÉ NIENTAO (Narratrice)

Donc, cette communauté malienne,

c'est pour qu'on puisse

se retrouver entre nous ici et

être beaucoup plus forts. Parce

que si nous sommes ensemble,

on est beaucoup plus fort

que quand on est seul.


KADIATOU et sa famille mangent dans le salon dans un plat collectif.


Texte narratif :
Atlanta, Georgia


MOÏSE NDOYE, un opérateur de station de lavage automobile, nettoie une voiture devant la station.


Assis dans un parc, MOÏSE témoigne.


MOÏSE NDOYE

Écoute, je vais dire

clairement: il y a un Blanc

américain qui travaille dans

mon [mot_etranger=EN]car wash[/mot_etranger]. Il m'a dit:

(Propos traduits de l'anglais)

«Toi t'es pas Noir, t'es Africain!»


Texte narratif :
Chez Moïse À Atlanta


MOÏSE est assis à table avec deux de ses amis pour manger.


AMI 1

(Propos traduits de l'anglais)

Les Américains noirs sont

les descendants des esclaves

et vous n'êtes pas esclaves,

c'est la première chose que

vous devez comprendre.

Tu comprends? Vous n'avez

pas le même vécu! Quand

j'étais à Tuscaloosa en Alabama,

j'étais au milieu du monde blanc,

je n'en avais même pas conscience.

J'ai compris plus tard où j'étais,

que c'était vraiment du lourd,

là-bas. Mais quand j'ai commencé

à parler, je les entendais dire:

«Ce n'est pas l'un d'entre eux,

ce n'est pas l'un d'entre eux.»

D'abord, je n'ai pas compris ce

qu'ils voulaient dire, mais

la personne avec laquelle j'étais

m'a dit: «Tu n'es pas un

Noir américain.»


AMI 2

(Propos traduits de l'anglais)

Les Blancs «caucasiens» te

regardaient et, en t'écoutant,

ils disaient que tu n'es pas

Afro-Américain d'ici. Donc,

ils t'ont traité différemment?


AMI 1

(Propos traduits de l'anglais)

Oui.


AMI 2

(Propos traduits de l'anglais)

Ils t'ont mieux accepté?


AMI 1

(Propos traduits de l'anglais)

Oui.


AMI 2

(Propos traduits de l'anglais)

Parce que tu étais Africain

et pas Afro-Américain?


AMI 1

(Propos traduits de l'anglais)

Absolument.


AMI 2

(Propos traduits de l'anglais)

Je peux le croire.


Des jeunes jouent au foot dans l'herbe.


Le DOCTEUR SALIKOKO MUFWENE, qui est linguiste à l'Université de Chicago, témoigne assis sur un banc dans un parc.


SALIKOKO MUFWENE

Pour le Blanc,

le Noir africain est,

comme on dit en anglais...

(Propos traduits de l'anglais)

«moins menaçant».

(Propos en français)

Donc, on ne doit pas avoir peur

de lui et on peut lui dicter

ce qu'il doit faire. Il est

moins indépendant. Ça nous met

à l'aise, et cela constitue

un désavantage pour les Noirs

américains qui luttent pour

améliorer leurs conditions.


Des séquences vidéos d'archives de manifestations pour les droits civiques des noirs sont présentées.


SALIKOKO MUFWENE (Narrateur)

Les Noirs américains se sont

battus seuls pour arriver

à l'état où l'on peut permettre

à un Noir d'accéder à certaines

fonctions, à certaines

positions auxquelles ils

n'avaient pas accès avant.

Et puis maintenant, ils doivent

partager le fruit de leur lutte

avec les Noirs africains

dont les leaders

étaient indifférents.

Et c'est pas très agréable.


Assis sur le banc, SALIKOKO poursuit son témoignage.


SALIKOKO MUFWENE

Donc, de part et d'autre, il y a

beaucoup de travail à faire pour

améliorer les relations. Mais

malheureusement, ça ne dépend

pas seulement des personnes qui

sont impliquées. Ça dépend aussi

de la structure dans laquelle le

Noir africain se retrouve à côté

du Noir américain. Pas comme

des gens qui doivent collaborer,

mais comme dans gens

qui sont en compétition

l'un avec l'autre. Et ça, c'est

pas très agréable non plus.


Texte narratif :
Bronx, NY


MODOU SENE, qui est étudiant et chauffeur de taxi, marche dans la rue.


MODOU effectue une transaction financière en anglais à un guichet.


MODOU descend dans une station pour prendre le métro.


MODOU SENE (Narrateur)

Les Africains ne vont

pas discuter avec

les Africains-Américains

et vice versa. Personnellement,

je te dirais qu'après trois ans

et demi, j'ai pas d'amis

africains-américains.

Et je dirais, j'ai

plus ou moins un ami blanc.

Vous voyez, même.

Ce qui est, je crois, ironique.

Donc, il n'y a pas cette mixité

entre les Africains typiques

et les Africains-Américains ici.


Dans le wagon du métro, un musicien joue de l'accordéon.


MODOU SENE (Narrateur)

Les Africains, ils le voient,

ils ne comprennent pas les

conditions, ce qu'ils ont subi,

l'esclavage, le lavage

de cerveau. Donc, nous,

on ne comprend pas ça.

Ils n'ont pas de jobs. Nous,

tout ce qu'on voit, c'est que:

«Oh! Ces gens-là, ils ne

veulent pas travailler. Ils sont

là. Ils vendent de la drogue.»


MODOU parle à un autre jeune homme dans le métro.


MODOU SENE (Narrateur)

On les sous-estime sur cet

angle. On dit qu'ils ne sont pas

travailleurs. Donc, il ne faut

pas se côtoyer avec eux

tant qu'ils vont tous...

Et eux, ils disent que: «Oh!

Les Africains sont venus là

hier. Donc, ils ne comprennent

pas notre situation. Ils sont...

Ils savent pas grand-chose.

C'est des analphabètes.»

Et il y a une incompréhension.


MODOU et le jeune homme marchent ensemble sur un quai du métro, puis se séparent en se saluant. MODOU remonte les escaliers pour sortir du métro.


Dans son bureau, KADIATOU TRAORÉ NIENTAO poursuit son témoignage.


KADIATOU TRAORÉ NIENTAO

Ici, les Afro-Américains

aussi ne nous aiment pas.

Quand ils voient des Africains

seulement, ils s'énervent.

Parce que pour eux, ils le

disent des fois, nous sommes la

cause... Ceux qui sont restés en

Afrique sont la cause de leurs

malheurs ici aux États-Unis.

L'esclavage.

Ils disent qu'on les a vendus.

Donc, ils n'aiment pas

les Africains.

Ils n'aiment pas les Africains.


Devant son restaurant, BADOU DIAKHATE prépare des cuisses de poulet au barbecue.


BADOU poursuit son témoignage assis à l'intérieur.


BADOU DIAKHATE

Et ici, l'image que les Noirs

américains ont de l'Afrique,

c'est une mauvaise image.

Bon. Je ne vais pas généraliser.

Je ne vais pas généraliser,

parce qu'il y a beaucoup

d'intellectuels noirs

américains qui font en fait

le discernement. C'est des

gens qui sont en fait...

qui sont victimes, tu vois,

de l'injustice économique.

Ils n'ont pas en fait eu égard

à leur passé. Ils n'ont pas les

mêmes chances que les Blancs.


Devant le restaurant, à côté du barbecue, une FEMME répond au téléphone.


FEMME

(Propos traduits de l'anglais)

Pas moi! Oh, mon Dieu.


La FEMME rentre dans le restaurant et BADOU rit.


BADOU DIAKHATE

Elle va se cacher parce

qu'elle n'est pas propre.

Enfin, elle n'aime pas

prendre des photos quand

elle n'est pas préparée, quoi.


MOHAMADOU LAMINE CISSE entre dans un salon de coiffure avec une valise à roulettes et une tablette avec des flacons d'huile à barbe.


MOHAMADOU LAMINE CISSE

Bonsoir, bonsoir, [mot_etranger=EN]man[/mot_etranger].

MOHAMADOU ouvre sa valise et en sort des casquettes et des bonnets, qu'il présente aux clients du salon.


MOHAMADOU LAMINE CISSE (Narrateur)

Les Africains qui disent

qu'ils n'ont aucun problème

avec les Blancs et qu'ils n'ont

de problèmes qu'avec les Noirs,

ce sont les Africains qui, comme

moi, il y a 25 ans, avaient les

expériences extrêmement néfastes

avec des gens qui ne pouvaient

être considérés que comme

étant des Noirs américains.


MOHAMADOU range ses affaires et sort du salon.


MOHAMADOU LAMINE CISSE (Narrateur)

Mais quand on sort et que

l'on va rencontrer les Noirs

américains dans leur majorité,

là où ils se trouvent, où ils

travaillent, où ils vivent, là,

on se rend compte que c'est

une grande majorité d'individus

qui, malgré les difficultés

dans lesquelles ils vivent, sont

des gens extrêmement décents.


MOHAMADOU présente ses flacons dans un autre salon, échangeant des propos en anglais avec un coiffeur.


CLIENT

(Propos traduits de l'anglais)

Si c'est gratuit...


MOHAMADOU LAMINE CISSE

(Propos traduits de l'anglais)

Ça c'est gratuit!


MOHAMADOU tend la main au client et un des coiffeurs rit.


COIFFEUR 1

(Propos traduits de l'anglais)

Il dit que le [mot_etranger=EN]high five[/mot_etranger] est gratuit.

Un autre coiffeur dit à MOHAMADOU en anglais de s'asseoir. Il examine un des flacons d'huile à barbe.


MOHAMADOU LAMINE CISSE

(Propos traduits de l'anglais)

Comment ça va?


COIFFEUR 2

(Propos traduits de l'anglais)

Cool, et toi, mon frère?


MOHAMADOU et l'autre coiffeur s'interpellent amicalement en répétant leurs prénoms.


MOHAMADOU LAMINE CISSE (Narrateur)

Maintenant, je me sens un peu

plus à l'aise avec le travail

ambulant que je fais dans les...

... avec les barbiers.


MOHAMADOU fait le tour de plusieurs salons pour proposer ses produits.]


BARBIER

(Propos traduits de l'anglais)

J'ai besoin de draps jaunes.


MOHAMADOU LAMINE CISSE

(Propos traduits de l'anglais)

Je m'en occupe.


BARBIER 2

(Propos traduits de l'anglais)

Eh, qu'est-ce qui se passe

avec mon karité?


MOHAMADOU LAMINE CISSE

(Propos traduits de l'anglais)

Ok, je vais t'en apporter demain.


BARBIER 2

(Propos traduits de l'anglais)

Le grand pot!


MOHAMADOU LAMINE CISSE

(Propos traduits de l'anglais)

Ça roule.


MOHAMADOU LAMINE CISSE (Narrateur)

Ça n'a pas été facile.

Au début, c'était extrêmement

difficile. Je ne me sentais pas

suffisamment... Je ne me sentais

pas à l'aise parce que le...

...le [mot_etranger=EN]barbershop[/mot_etranger]...

On vient,

on trouve énormément d'individus

qui sont prêts à faire la fête.


Dans un autre salon, MOHAMADOU montre ses casquettes à des clients.


CLIENT

(Propos traduits de l'anglais)

Tu as toujours les meilleurs...


La coiffeuse dit quelque chose en anglais à MOHAMADOU en lui faisant un signe de la main.


CLIENT

(Propos traduits de l'anglais)

J'adore ces casquettes.

Et je respecte la galère!


Dans une maison, MOHAMADOU continue sa tournée.


MOHAMADOU LAMINE CISSE (Narrateur)

Dès lorsqu'on voit quelque

chose qui ne va pas avec toi,

c'est un sujet pour

transformer ça en blague,

en farce et permettre

à tout le monde de rire.

Même si je suis venu,

je viens et je trouve que la

situation est hostile. Est-ce

que vous voyez? Je persiste.

C'est cette persistance,

maintenant, que les gens

semblent avoir reconnue

chez moi et qu'ils respectent.


Toujours assis sur un banc dans un parc, SALIKOKO MUFWENE poursuit son témoignage.


SALIKOKO MUFWENE

On s'attendrait à ce qu'en

tant que Noir, le Noir américain

soit plus disponible à interagir

avec les Noirs africains.

Et ce qu'on apprend, c'est

qu'en fait, le Noir africain

connaît mal le Noir américain

et le Noir américain connaît

mal le Noir africain.

(Riant)

Et l'une des raisons,

c'est que chacun croit

connaître l'autre à partir

des médias, et les médias sont

dominés par une population qui

n'est pas noire et qui a donné

des caricatures de l'un et

de l'autre. Et c'est à travers

ces filtres de caricature

que l'on s'en rend compte et il

faudrait briser ces barrières,

vraiment, pour se comprendre.


MOHAMADOU témoigne en pelletant de la neige devant une maison.


MOHAMADOU LAMINE CISSE

En fait, on essaie,

on s'adapte. Bon, moi, je suis

arrivé y a 25 ans. Je me suis bien

adapté au changement climatique.


MOHAMADOU s'adresse à un enfant, qui tient une petite pelle, dans une langue étrangère.


Deux enfants et un adulte pellettent le trottoir. Un des enfants pousse des cris en sautant dans un tas de neige.


Dans la maison, une femme plie du linge sur le canapé.


La famille de MOHAMADOU est assise par terre dans le salon pour partager un plat commun.


Les deux enfants font un câlin à MOHAMADOU.


Des séquences vidéos des intervenants dans leur quotidien se succèdent: KADIATOU debout devant sa maison, IBRAHIMA assis devant une clôture, SALIKOKO assis sur un banc dans un parc, MODOU dans une salle de classe à l'université, MOÏSE chez le coiffeur, MODOU s'entraînant à la salle de sport avec un ami, BADOU servant des clients dans son restaurant.


Dans le restaurant de BADOU, une FEMME prépare des tables et les montre avec fierté en témoignant.


FEMME

(Propos traduits de l'anglais)

Il s'agit de faire les choses bien

et je suis une perfectionniste,

et j'aime que les tables aient l'air

professionnelles. Et je veux que

ce soit parfait, ou presque parfait.

Et j'ai besoin de verres, il me

manque des verres identiques,

et je n'aime pas que les verres

soient dépareillés.


Elle pointe du doigt BADOU, qui est assis à une table du restaurant, pour lui faire passer le message, puis elle rit. BADOU témoigne ensuite.


BADOU DIAKHATE

C'est la différence entre les

femmes américaines et les femmes

africaines. Je parle des femmes

sénégalaises d'une façon

précise. Parce que tu sais,

au Sénégal, quand l'homme

émet sa pensée, la femme

ne peut pas du tout critiquer.


BADOU prépare des plats en cuisine.


Assis à l'extérieur de son restaurant, BADOU continue son témoignage.


BADOU DIAKHATE

Quand les hommes ou les femmes

afro-américains viennent

vers nous, les Africains,

et développent une

certaine relation,

le soubassement, c'est toujours

culturel. C'est des gens qui

sont curieux, qui veulent savoir

plus sur la culture. Bon, là,

quand je dis «curieux», c'est

pas négatif. C'est une curiosité

intellectuelle et culturelle.

Ils veulent compléter, en fait,

leur identité culturelle

africaine en l'affirmant

tout haut, tu vois, par le biais

de cette relation amoureuse.

Alors, donc, fonder un foyer

avec un Africain, ça signifie

beaucoup de choses pour une

Noire américaine et pour un

Noir américain aussi, quoi.


Dans une église, le pasteur JOHN ESHIBA s'adresse à ses fidèles.


JOHN ESHIBA

Sommes-nous prêts à louer

le Seigneur?

(langue_etrangere=EN)

All right! Can we stand on our feet?[/langue_etrangere]

Nous voulons

louer le Seigneur. Alléluia!


La pasteur YVETTE ESHIBA s'adresse à son tour aux fidèles.


YVETTE ESHIBA

(Propos traduits de l'anglais)

Allons! Comme je dis toujours:

«Ne pas se reposer sur ses

bénédictions». Profitez de Jésus

aujourd'hui! Alléluia!


De la musique démarre et YVETTE se met à chanter en anglais, tandis que les fidèles avec concentration.


YVETTE et JOHN sont assis côte à côte sur un canapé dans leur salon et YVETTE témoigne.


YVETTE ESHIBA

(Propos traduits de l'anglais)

J'avais rencontré des femmes qui

sortaient avec des Africains et

elles étaient un peu «oh!».

Et je sais que l'Afrique est

énorme et que tout le monde

est différent et qu'il y a

différentes cultures. Mais elles

m'avaient fait un portrait des

hommes comme étant abusifs

envers leurs femmes. Certains

avaient des épouses, mais ils

avaient aussi des copines. Et

tout ce qu'on raconte à propos

d'avoir plus d'une femme:

la polygamie... Je dirais

simplement qu'il y avait plus

de stéréotypes négatifs que

positifs. Oui, ici, les gens ont

peur de ce genre de mariages.

Et c'est simplement parce qu'ils ne

comprennent pas tout à la culture.


Dans le salon, où se trouve un sapin de Noël, YVETTE s'adresse à ses enfants, un jeune garçon et une petite fille.


YVETTE ESHIBA

(Propos traduits de l'anglais)

Nous allons donc faire des têtes

de marionnettes représentant

les leaders de notre église

pour faire un spectacle de

marionnettes les imitant.

Donc combien de prêcheurs

avons-nous? Donne-moi

le nom d'un prêcheur.


FILS

(Propos traduits de l'anglais)

Ministre Lavigne...


YVETTE ESHIBA

(Comptant sur ses doigts)

OK.


FILS

(Propos traduits de l'anglais)

Pasteur John...


YVETTE acquiesce.


YVETTE recouvre ses enfants avec des sacs-poubelle pour ne pas qu'ils se salissent pendant qu'ils fabriquent les marionnettes.


YVETTE ESHIBA (Narratrice)

(Propos traduits de l'anglais)

Tout cela m'a fait faire un peu

plus de recherche. J'ai dû me

poser un peu plus de questions.

J'ai commencé à m'intéresser

un peu plus à la politique.

Ça a été comme un réveil,

et j'ai commencé à accorder

un peu plus d'attention à ce

qu'était l'Afrique. Je suis

encore en train d'apprendre

comment me sentir plus

concernée et comment mieux

comprendre. Ça se fait par

petits morceaux. Mais j'ai

encore beaucoup à apprendre.


À la plantation Whitney, IBRAHIMA donne une visite guidée à un grand groupe de touristes. Ils se tiennent devant le monument commémoratif.


IBRAHIMA SECK

(Propos traduits de l'anglais)

De ce côté du mur, vous avez

des gens qui sont nés

principalement au dix-huitième

siècle et ils sont nés en Afrique:

comme Madou, de la nation

Mandingue.


Assis devant le mur, IBRAHIMA poursuit son témoignage.


IBRAHIMA SECK

La grande majorité des

Afro-Américains n'ont jamais été

éduqués et n'ont jamais rien

appris à l'école qui puisse

les rattacher à l'Afrique.

C'est comme si c'était

volontaire. Et même s'ils

apprennent quelque chose

sur leur passé, ça commence par

l'esclavage et la déportation.

Ça, c'est extrêmement grave.

Ils sont quand même venus

d'un continent avec un passé

extrêmement riche. Mais

c'est comme si on veut mettre

ce rideau entre l'Afrique

et, bien sûr, de ce...

Et on met dans leur tête que

les Africains les ont vendus.

Un point, c'est tout.

C'est comme si on les tournait

contre les Africains.

Je l'ai senti en faisant

des conférences un peu

partout dans ce pays.

On ne leur apprend pas toute la

complexité qui est derrière la

traite atlantique ou bien toutes

les traites esclavagistes.

Pour les Africains aussi,

c'est pas tout le monde

qui va à l'école.

Et même si vous allez à l'école...

Si je prends l'exemple

du Sénégal, la traite des

esclaves est bien enseignée,

mais on ne nous apprend pas

beaucoup de choses sur

la diaspora. Il y a très peu

de choses sur la diaspora.

C'est des choses assez vagues

comme ils ont conservé

un certain nombre de pratiques

comme le vaudou, ils ont créé

le blues, le jazz, les négros

spirituels. Ça s'arrête là.

Alors que c'est beaucoup

plus complexe que ça.


Dans la plantation, un petit bâtiment avec des cellules ressemblant à celles d'une prison est présenté.


IBRAHIMA poursuit son témoignage.


IBRAHIMA SECK

Je crois que la grande

majorité des Africains

qui viennent ici aussi,

c'est... c'est l'objectif.

S'enrichir le plus rapidement

possible ou, en tout cas, gagner

des ressources pour pouvoir

rentrer un jour. Donc, ils ne...

Je crois que la question raciale

ne les intéresse pas...

ne les intéresse pas trop.


À la station radio de la «Voix de l'Amérique», une jeune femme parle au téléphone dans le bureau.


JEUNE FEMME

C'est vrai que c'est bizarre,

mais en même temps...


D'autres personnes autour travaillent dans leurs cubicules.


Dans un studio d'enregistrement, un présentateur radio parle dans un micro.


PRÉSENTATEUR RADIO

Le président centrafricain

Faustin-Archange Touadéra

interviewé au siège de l'ONU

par Jacques Aristide. Entretien

disponible sur VOAAfrique.com.

Au Burundi...


KADIATOU se fait maquiller dans une loge de la station de radio.


KADIATOU TRAORÉ NIENTAO (Narratrice)

On est considérés comme

des Africains. Mais quand même,

sur les papiers... Par exemple,

quand nous faisons

l'application aux jobs ici...

... il y a toujours une partie

dans laquelle on demande...

C'est pas obligatoire, mais

c'est sur le papier d'embauche

que tu dois cocher.

Et pour nous les Africains,

on nous fait cocher un peu

la partie [langue_etrangere=EN]African-American, Black African American.[/langue_etrangere]

SALIKOKO poursuit son témoignage, assis sur un banc dans un parc.


SALIKOKO MUFWENE

Le débat sur la dénomination

est particulièrement important

pour les gens qui se sentent

marginalisés, qui se sentent

opprimés et qui n'ont pas

l'impression qu'ils sont

vraiment reconnus à part

entière comme des Américains.

Et pour comprendre ça,

il faut retourner à la fin

de la période coloniale.


Le document de la proclamation d'indépendance américaine du 4 juillet 1776 est présenté.


SALIKOKO MUFWENE (Narrateur)

Alors, l'indépendance,

ce sont les Américains, ceux-là

qui essaient de se proclamer

américains, qui la réclamaient

pour eux et elle n'était pas

partagée avec les anciens

esclaves, avec les Indiens.

Et alors, au cours des années,

on a désigné tout ce monde-là

par des noms différents.

Donc, il y a des implications

politiques, mais tout ça, ça a

à voir avec à quel point

on peut réclamer une culture

du passé comme faisant

partie de son héritage.


La fille de BADOU, AWA, marche dans la rue devant une école.


Assis dans sa voiture, BADOU parle au téléphone.


BADOU DIAKHATE

(Propos traduits de l'anglais)

Tu es prête?

Pourquoi tu parles comme ça:

«Ouais»?


AWA rejoint BADOU dans sa voiture, puis ils parlent en roulant.


BADOU DIAKHATE

(Propos traduits de l'anglais)

Comment ça va?

Tu es prête?


AWA acquiesce en anglais.


BADOU DIAKHATE

(Propos traduits de l'anglais)

Tu n'as pas l'air enthousiaste.

Plus tôt, tu avais l'air plus réjouie.


Dans un studio d'enregistrement, AWA se prépare devant un micro avec l'aide d'un TECHNICIEN.


BADOU DIAKHATE (Narrateur)

Awa, elle est... Elle fait

du rap. Et puis elle fait sa

propre... Elle compose sa propre

musique la plupart du temps.

Bon, ils sont nés ici.

Ils sont nés aux États-Unis.

Donc, forcément, c'est

des Afro-Américains. Parfois,

ils sont ballottés d'un bord

et de l'autre de deux rives.

Parfois, ils se sentent

dans la peau plus africaine

qu'afro-américaine, quoi.

Tu vois, ça dépend de ce qui

leur convient. Ça dépend de leur

humeur. Bon, ils peuvent pas

échapper à leur environnement.


Le TECHNICIEN s'adresse à AWA depuis la régie.


TECHNICIEN

(Propos traduits de l'anglais)

Awa, question rapide: qu'est-ce

qui t'a inspirée pour écrire cette

chanson?


AWA

(Propos traduits de l'anglais)

Quelle chanson?


TECHNICIEN

(Propos traduits de l'anglais)

Celle que nous allons faire!


Il éclate de rire et AWA rit.


AWA

(Propos traduits de l'anglais)

Je pensais que tu voulais dire

l'intro. Mais oui, je veux dire...

je pense toujours à ma maman

tout le temps, tu sais? Moi,

toute musique qui me touche,

tu sais? Je vais trouver un

moyen de l'intégrer à mes

sentiments. C'est ce que je

ressentais ce jour-là. Ma mère

me manquait, alors... C'est

une belle chanson, alors

j'y ai mis mes sentiments,

et c'est ce qui en est sorti.


TECHNICIEN

(Propos traduits de l'anglais)

Il y a peut-être quelque chose

que je ne sais pas, mais

qu'est-ce que tu veux dire,

à propos de ta mère?

Parce qu'elle n'est pas quoi?


AWA

(Propos traduits de l'anglais)

Elle n'est pas avec moi en

ce moment. Elle est décédée.


TECHNICIEN

(Propos traduits de l'anglais)

Il y a presque un an,

n'est-ce pas?


AWA

(Propos traduits de l'anglais)

Oui, il y a presque un an

maintenant.


TECHNICIEN

(Propos traduits de l'anglais)

Ah, c'est ça, ok, d'accord.


Il met la musique en marche et AWA commence à rapper.


AWA

(Propos traduits de l'anglais)

C'est ta chanson!

Tu me manques vraiment maman.

J'essaie de te contacter.

Je dois aller au travail.

J'espère que tu le vois aussi.

Je me prépare juste pour le travail.

C'est dans ces moments-là

que je pense à toi.

Parce que j'aime ce [mot_etranger=EN]beat[/mot_etranger].

Mes paroles ne disent que la vérité.


Après l'enregistrement, AWA montre un tatouage sur son bras avec l'inscription «Vivian, 7-7-15» entourée d'ailes.


AWA

(Propos traduits de l'anglais)

Ça représente le jour où Vivian,

ma maman, le jour où elle a eu

ses ailes: «le 7 juillet 2015».

C'est le jour où elle est

devenue mon ange gardien.

Donc, je garde ça là!


BADOU roule en voiture en témoignant.


BADOU DIAKHATE

Non, Awa, il faut qu'elle parte

au Sénégal. Ça, c'est

une décision personnelle,

eut égard aux problèmes que

je rencontre avec elle, quoi.

Elle est emportée par la société

américaine, et puis la fougue de

la jeunesse. Elle s'adonne à des

trucs qui ne sont pas du tout

chrétiens en quelque sorte.

Alors, donc, il y va de son

avenir, quoi. C'est pour ça

que je voudrais l'emmener

en vacances au Sénégal,

mais aussi, particulièrement,

pour voir si, tu vois... Euh...

On peut voir peut-être...

Je suis africain, je vais pas le

cacher. On peut voir peut-être

des marabouts là-bas.

Peut-être qu'ils peuvent

nous aider, particulièrement,

sur son comportement,

sur son attitude, quoi.


Une affiche indique le nom de l'église: [langue_etrangere=EN]Twim House of Liberty[/langue_etrangere] avec la photo et le nom du pasteur JOHN ESHIBA.


Dans l'église, JOHN a les mains posées sur la tête d'un fidèle et récite quelque chose.


JOHN chante dans un micro.


JOHN ESHIBA

(Chantant)

♪ L'appel l'appel de Jésus

à tout le monde ♪

♪ L'appel l'appel de Jésus

à tout le monde ♪


Il chante ensuite dans une langue étrangère, tandis qu'un musicien joue de la batterie et un autre des tambours. Les fidèles dansent et l'accompagnent en chantant eux aussi.


YVETTE ESHIBA (Narratrice)

(Propos traduits de l'anglais)

En fait, j'ai été très heureuse

d'avoir des enfants qui puissent

devenir bilingues. Avoir

l'option d'apprendre une autre

langue et une autre culture.

Par exemple, je n'ai pas grandi

avec le «foufou», mais eux

grandissent avec le «foufou».

(Riant)

Personne d'autre dans la famille

ne sait ce que c'est que

le «foufou», mais eux,

ils le sauront.


Dans le salon à la maison, les enfants d'YVETTE et de JOHN gonflent des ballons.


YVETTE ESHIBA (Narratrice)

(Propos traduits de l'anglais)

Je ne sais pas. Je considère

mes enfants plutôt comme

des Afro-Américains.

Parce que l'anglais n'est pas

une langue seconde pour eux.

C'est leur première langue,

et ils sont dans le système

scolaire, et ils se mêlent

à tout le monde. C'est comme

s'ils avaient le meilleur

des deux mondes.


Les enfants recouvrent ensuite les ballons légèrement gonflés avec de la pâte.


YVETTE ESHIBA (Narratrice)

(Propos traduits de l'anglais)

Je trouve ça bien qu'ils

puissent littéralement dire:

«Je suis afro-américain»,

parce que leur père est

Africain et que leur mère

est Américaine.


Texte narratif :
Harlem, NY


Assise dans un salon avec des amis, ARAME NIANG, qui est étudiante en Études africaines, témoigne.


ARAME NIANG

(Propos traduits de l'anglais)

Je suis née ici à New York.

Donc je fais partie de la grande

diaspora. Ma connexion au

Sénégal est très différente de

ceux qui sont né là-bas.

Ce qui n'est pas commun,

c'est que je connaisse

ma langue maternelle.

Je suis très afro-centrée,

je comprends pourquoi

il est important pour moi

de connaître ma langue.

Et la raison, c'est que l'on

m'a refusé l'américanisme,

l'américanité... si c'est bien

l'expression? Les gens me

demandant toujours:

«D'où viens-tu?» Et je dis

toujours «du Sénégal»

d'abord, parce que si je dis

«de New York», ils me

répondent: «Non, d'où

viens-tu... vraiment?»

Donc, puisque je ne suis pas

autorisée à être Américaine,

j'ai choisi d'être Africaine.

Le terme est

«Néo-Afro-Américain»,

c'est-à-dire quelqu'un qui est

né en Amérique, mais qui a

des parents africains et peut

directement retracer ses racines

vers un pays africain spécifique.

Donc, c'est différent des

Afro-Américains, qui savent

qu'ils viennent d'Afrique, mais

ne savent pas d'où exactement

en Afrique. Nous sommes donc

Néo-Africains-Américains.

Donc notre expérience est

différente des Afro-Américains.

Certaines personnes l'inversent

et nous appellent même des

Américains-Africains, afin que

les gens puissent voir

qu'il y a une différence entre

les Africains-Américains

et quelqu'un comme moi.

Et il s'agit de valoriser

les Afro-Américains, parce que

vous dites: «Eh, ces gens sont

différents, ils ont leur propre

histoire, ils ont leur propre

culture. Et n'opposons pas

les deux!»


Toujours assis sur un banc, SALIKOKO poursuit son témoignage.


SALIKOKO MUFWENE

Donc, il y a des gens

qui jouent avec ces catégories

pour pouvoir se repositionner,

afin de réclamer un certain

héritage qui pourrait

les distinguer des autres.


À la plantation Whitney, une petite église est montrée, puis les statues de jeunes esclaves sont présentées à nouveau. IBRAHIMA est assis à côté d'une des statues.


IBRAHIMA témoigne en montrant des informations inscrites sur le monument.


IBRAHIMA SECK

Elle s'appelle Sery. Elle

avait 25 ans. Normalement, elle

devait coûter très cher, mais

elle n'a été vendue qu'à 105$,

le prix le plus bas enregistré

ce jour-là, le 30 avril 1840,

tout simplement parce

qu'elle était mentalement

atteinte. Elle est décrite

comme étant une idiote.

Oui. Très souvent, quand je fais

le tour de la plantation,

je pose la question aux gens.

Comment se fait-il que

quelqu'un puisse acheter

une personne mentalement malade?

Bon. Alors, ils réfléchissent.

C'est une femme. Elle est jeune.

Ça veut dire que tout

simplement, elle pouvait être

utilisée pour... dans la

reproduction du cheptel humain.

Euh, je m'excuse d'utiliser

le mot «cheptel humain»,

mais c'est la triste réalité

de l'époque. Ces gens-là

étaient considérés comme des

bêtes de somme. Et on pouvait

les vendre à tout moment.


D'autres statues de jeunes esclaves sont présentées dans l'église.


Assis devant le monument, IBRAHIMA poursuit son témoignage.


IBRAHIMA SECK

Le problème, je crois, c'est

au niveau du système éducatif.

La connaissance de l'Afrique est

vraiment médiocre dans ce pays.

Donc, comme le disait Cheikh

Anta Diop: si les Africains

du continent et de la diaspora

veulent être forts,

il faut qu'ils s'unissent.

Il faut que les Africains de

la diaspora s'imprègnent mieux

de l'histoire de l'Afrique,

connaissent mieux leurs

origines. Et ça, c'est

quelque chose qui va les rendre

extrêmement forts. C'est là

qu'ils vont pouvoir se

dresser, bomber le torse.


Dans une mosquée, un chant en arabe se fait entendre. Une assemblée de jeunes hommes s'agenouillent pour prier, puis s'assoient à terre. MODOU se trouve parmi eux et prie.


MODOU SENE (Narrateur)

Tant qu'il n'y a pas

ce dialogue entre nous,

ce rapprochement entre

les Noirs africains

et les Africains-Américains,

la situation va perdurer,

ce qui est déplorable. Moi, je

sais même pas ce qui m'empêche

d'aller. Honnêtement. Et

je sais que je dois travailler

là-dessus. Si on se regarde

comme des chiens de faïence,

on ne se parle pas. Des fois,

on se dit même pas bonjour.

Ce qui est... Je sais pas,

ça fait mal au coeur, des fois,

si on cogite là-dessus.


Toujours assis sur un banc, SALIKOKO poursuit son témoignage.


SALIKOKO MUFWENE

J'ai voyagé avec

des étudiants américains

en Europe, des Américains

blancs et des Américains...

Africains-Américains. Tous des

étudiants. Et puis, une fois,

je pose aux Blancs la question

pour savoir s'ils se sentent

Européens en se retrouvant

en Europe.


Une séquence vidéo de Paris est présentée.


SALIKOKO continue son témoignage.


SALIKOKO MUFWENE

Ils disent: «Non!»

(Riant)

Leur culture est tellement

différente de la nôtre, ce qui

est vrai. Et puis, j'ai dit:

«Mais pourquoi pour les

Africains-Américains, on pense

qu'ils sont plus proches des

Africains? Pour une fois, vous

avez l'occasion de voir à quel

point il y a beaucoup plus

de ressemblances entre les Noirs

américains et les Blancs

américains qu'entre les

Blancs américains et les

Européens ou les Noirs

américains et les Africains.

Toutes ces connexions-là, elles

sont historiques. Vous avez tous

contribué à forger une nouvelle

culture américaine, et c'est

dommage qu'aux États-Unis,

on insiste sur des différences

historiques qui ne correspondent

plus à la réalité.» Voilà.


Il rit.


Générique de fermeture

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