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Vidéo transcription

Sept jours

Apprenant qu’il est atteint d’un cancer, un jeune enseignant torontois quitte sa fiancée pour traverser seul le pays à moto, jusqu’en Colombie-Britannique. Le voyage, ponctué de rencontres diverses, l’oblige à remettre en question ses choix et ses rêves déçus.



Réalisateur: Michael McGowan
Acteurs: Joshua Jackson, Liane Balaban, Fiona Reid
Année de production: 2008

Accessibilité
Déterminer le comportement de la visionnneuse vidéo:

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Ce film canadien est en langue originale anglaise sous-titrée en français. Seuls les propos français sont rapportés dans ce document.


NARRATEUR

Que feriez-vous si vous saviez

qu’il ne vous restait qu’un jour,

une semaine, ou un mois à vivre?


BEN TYLER, un jeune homme, est assis dans le bureau de son médecin.


MÉDECIN

J’ai peur que ce ne soit pas

de bonnes nouvelles.

On a décelé des cellules

cancéreuses dans le sang,

le foie et vos glandes lymphatiques.

Il faut que vous soyez traité

dans les plus brefs délais.


BEN TYLER

D’après vous, c’est grave?


MÉDECIN

C’est au stade quatre.


BEN est sous le choc.


BEN TYLER

Et combien il y a de stades?


MÉDECIN

Quatre.


Un oiseau se frappe sur la fenêtre du bureau et une trace de sang éclabousse la fenêtre.


Ensuite, BEN se tire une balle dans la tête. Il est sur le sol et ouvre les yeux.


NARRATEUR

Voici les trois premières pensées

non censurées qui vinrent à l’esprit de Ben.

Il allait annuler le mariage.

Il était soulagé parce qu’avec

une telle excuse,

il n’aurait pas à corriger

les copies d’examen

de ses six classes d’anglais.

Combien de personnes

assisteraient à ses funérailles?

La quatrième pensée,

il la formula à voix haute.


BEN est toujours assis devant le médecin, sans trou dans la tête.


BEN TYLER

C’est certain?

On ne peut pas avoir commis

d’erreur?

C’est que je me sens bien.


MÉDECIN

Aucun doute.


BEN TYLER

Ça veut dire quoi alors?


MÉDECIN

Vous avez une forme

de cancer particulièrement

agressive.

Ça va demander un

traitement-choc.


BEN TYLER

(Soupirant)

Mais… vous avez une idée

de mes chances,

disons, sur une échelle

de un à dix ?


MÉDECIN

Les chances de survie

sont environ de 10 %.


BEN TYLER

Je vais mourir?


MÉDECIN

Ça dépend de chacun.

C’est difficile de se

prononcer à 100 %.

Plusieurs cas ont débouché

sur une guérison complète.


BEN TYLER

Et j’en ai pour combien

de temps si le traitement

échoue?


MÉDECIN

Deux ans environ.


BEN TYLER

Et minimum ?


Le médecin reste silencieux.


BEN TYLER

C’est quoi le minimum?


MÉDECIN

Il n’y en a pas.


BEN traverse une rue en courant et passe à un cheveu de se faire frapper par un camion qui l’effraie avec son klaxon. BEN recule et retourne sur le trottoir, encore sous le choc. Puis, il s’engage de nouveau dans la rue pour la traverser. Il court dans un quartier résidentiel, pendant que le son d’un moniteur cardiaque émet un long signal sonore, comme quand le coeur s’arrête de battre. BEN ralentit dans une ruelle pour reprendre son souffle. Un voisin, ART, sort de son garage.


ART

Ça va, mon garçon?


BEN TYLER

Oui, ça va, merci.


BEN remarque la moto stationnée dans la ruelle devant la porte ouverte d’un garage. Sur la moto, il y a une pancarte «À vendre». ART s’approche en essuyant un casque de moto.


ART

Tu en fais?


BEN TYLER

Non, pas depuis quelques années.


ART

J’aurais jamais cru être obligé

de la vendre.

Mais mes yeux me jouent des tours.

Et on vient de me retirer

le permis.


BEN TYLER peine encore à reprendre son souffle.


ART

On a tous beaucoup de mal

à admettre qu’un jour,

on sera de vieux os.

Chose certaine,

le temps passe vite

entre les langes et les couches

pour adultes.

Ça te dit de l’essayer?


BEN TYLER

Euh, non, merci.

Je suis pas intéressée

à acheter une moto.


ART

Je comprends.


NARRATEUR

On pourrait conclure que,

pour Ben, cette occasion

inattendue d’acheter une moto

alors que le ciel venait

de lui tomber sur la tête,

tenait de la divine Providence.

Mais ce serait se tromper.


BEN prend le casque de moto. Plus tard, il roule sur la moto dans la ville.


NARRATEUR

En fait, Ben pensait

à cet achat depuis

un bout de temps.

Mais avant de continuer cette

histoire, revenons un peu

en arrière.


Très rapidement, un retour en arrière relate la vie de BEN jusqu’à ce jour, en commençant par les premières images des échographies lorsque sa mère était enceinte de lui.


NARRATEUR

Benjamin Gerald Tyler naquit

le 14 janvier 1979 à Toronto,

au Canada.


Le petit BEN pleure en gigotant sur une table à langer. Ensuite, des extraits d’archives vidéo montrent des voitures circulant en ville lors d’une tempête de neige.


NARRATEUR

Il faisait moins 19, ce jour-là,

un froid arctique qui n’était guère

de saison.

Ça faisait 12 ans que les Leafs

n’avaient pas remporté la

Coupe Stanley.


D’autres extraits vidéos montrent l’équipe de hockey de Toronto lors d’une partie contre les Canadiens de Montréal.


NARRATEUR

Voyons maintenant quelques

moments marquants

de la vie de Ben.


Des enfants sont assis sur le banc des joueurs dans un stade de baseball.


ENTRAÎNEUR DE BASEBALL

Aujourd’hui je veux voir

de l’action sur le terrain.

Ne quittez pas la balle des yeux.

Tyler!


BEN TYLER, un petit blondinet, se décrotte le nez avec son index.


ENTRAÎNEUR DE BASEBALL

Si tu arrêtais de te mettre

les doigts dans le nez

toutes les deux minutes,

tu aurais peut-être

des chances d’attraper

la balle.


NARRATEUR

Jamais plus

Ben ne se décrotterait

le nez en public.

Et jamais, on ne le

reprendrait à rêvasser.

Les deux attitudes semblaient

inséparables.

Ou indécrottables, si vous

préférez.


Plus tard, le jeune BEN est dans le salon. Il chante pour ses parents.


NARRATEUR

Deuxième séisme existentiel.

Ses parents lui avaient mis

dans la tête qu’il avait une

véritable voix d’ange.

Hélas, le rêve tourna

au cauchemar lors des auditions

pour la production scolaire

d’une comédie musicale.


BEN arrive sur la scène et chante pour l’audition.


BEN TYLER ENFANT

(Chantant)

C’était un gentil marin


MADAME BELL

Oh, ça suffit, de grâce!

Vous écorchez mes oreilles.

Une vraie catastrophe !


NARRATEUR

Ben ne rechanterait

jamais plus en public.

Précisons toutefois

que la remarque

désobligeante de madame Bell

tenait en fait d’un pur

acte de vengeance.


Dans une classe, madame BELL ouvre un cahier et trouve un dessin montrant une femme nue de dos avec de grosses fesses. Un flèche indique «le gros popotin de Bell».


NARRATEUR

Troisième séisme.

Le premier roman de Ben…


BEN, maintenant jeune homme, écrit sur son ordinateur, assis à une table dans un petit bistro.


NARRATEUR

… une autobiographie

à peine voilée ne trouva

pas preneur chez les éditeurs.


Plusieurs lettres de refus de quelques éditeurs défilent.


NARRATEUR

Ben avait donné naissance

à un orphelin.


BEN est assis chez lui devant un mur couvert des lettres de refus des éditeurs.


Une fourmi marche sur une table sur laquelle BEN est appuyé.


NARRATEUR

Comment les choses auraient-elles

tourné pour Ben

s’il avait pu continuer

librement à se décrotter

le nez et à rêvasser?

Aurait-il su accueillir les

éloges quand ils se seraient

présentés?


BEN est encore appuyé sur la table de son bureau dans la classe où il enseigne à l’école. Il étend le bras et tue la fourmi.


NARRATEUR

Et se serait-il décidé,

contre tout espoir,

à envoyer son manuscrit

chez Harper Collins?

Car cette maison

venait d’engager un jeune

éditeur qui était justement

en quête du type de projet

littéraire dont Ben

venait d’accoucher.


BEN regarde la trotteuse de l’horloge sur le mur de la classe.


Dans la classe, les élèves font un examen.


BEN TYLER

Cinq minutes, tout le monde.


NARRATEUR

Ben enseignait les mêmes livres

qu’on lui avait enseignés.

Ceux qu’on avait enseignés

à son père, et que selon toute

vraisemblance on avait enseignés

au père de Shakespeare.


BEN corrige les copies d’examen.


NARRATEUR

Il ne serait pas totalement

faux d’avancer que le métier

d’enseignant n’était pas

une passion pour Ben.

Pourtant, à de rares occasions,

il savait encore donner

le meilleur de lui-même.


BEN est devant ses élèves en classe.


BEN TYLER

(Récitant un texte)

Venez mes amis, il n’est

pas trop tard.

Et si nous avons perdu

cette force qui,

autrefois, remuait la Terre

et les cieux ;

ce que nous sommes,

nous le sommes:

des coeurs héroïques

et d’une même trempe,

affaiblis par le temps

et le destin, mais tenaces

dans leur volonté…


Pendant que BEN récite, soudain, le sol tremble et les feuilles sur sa table de travail commencent à s’envoler.


BEN TYLER

… de lutter, de chercher,

de trouver et de ne rien…

céder.


Un bruit de choc résonne au loin.


Les enfants dans sa classe bâillent et semblent totalement indifférents au texte.


À un autre moment, BEN est assis avec une jeune femme au bout d’un quai sur un lac.


NARRATEUR

Ben devait épouser

Samantha Pierce.

Le mariage devait avoir lieu

dans trois mois.


SAMANTHA et BEN ont les pieds dans l’eau. BEN dépose discrètement un petit écrin de velours près de la cuisse de SAMANTHA, puis le lui montre avec une surprise feinte.


BEN TYLER

Hé, c’est à toi, ça?


SAMANTHA prend l’écrin doucement. Elle s’imagine en robe de mariée courant sur le quai.


Dans le chalet, SAMANTHA montre sa bague à sa belle-mère, MARY.


SAMANTHA

Je me demandais s’il allait

finir par se déclarer ou pas.


MARY TYLER

Nous aussi, ma chérie.

Nous aussi.


BEN et son père discutent dans le chalet.


GERALD TYLER

C’est une bonne décision, Ben.

Je suis fier de toi.


GERALD serre son fils dans ses bras en ricanant.


NARRATEUR

Je sais ce que vous pensez.

Après une carrière rangée,

Ben se prépare à une

vie de couple rangée.

Mais avant de sauter trop

vite aux conclusions,

laissez-moi vous nommer

cinq choses que Ben adore

chez Samantha.


La tête de BEN est appuyée sur le dos de SAMANTHA.


NARRATEUR

L’os de sa hanche gauche.

Pas que la droite pose

problème, remarquez,

mais la gauche était

la perfection même.


BEN et SAMANTHA roulent en voiture en ville.


NARRATEUR

Ses choix musicaux.

Samantha était devenue

de facto le DJ qui orchestrait

la bande sonore de la vie

de Ben.


Ben est assis entre la mère et le père de SAMANTHA sur le sofa trois places du salon.


NARRATEUR

Ses parents.

Mary Jo et Tom étaient les

personnes les plus aimables

dont on puisse rêver.


BEN tient un bol de plastique dans sa classe. Il y trouve une petite note.


NARRATEUR

Son talent méconnu

à dénicher d’obscures,

quoiqu’étonnamment pertinentes

citations…


BEN déplie la petite note sur laquelle se trouve cette citation: «Mon indécision est sans appel.»


NARRATEUR

… révélant de grandes vérités.


Dans une salle de télévision, SAMANTHA et BEN regardent une retransmission de tournoi de golf à la télé, assis séparément sur de longs fauteuils.


NARRATEUR

Samantha se passionna

pour le golf, simplement

parce qu’elle savait que Ben

aimait ce sport.

Samantha développa même

un intérêt pour les péripéties

différées du Circuit asiatique

senior enregistrées sur cassette.

Si ça, ce n’est pas là de l’amour,

qu’est-ce que c’est?

Bien que Samantha ne soit

pas du genre exigeante,

elle était inflexible sur

une chose: elle détestait les motos.


BEN est dans la ruelle devant le garage d’ART et la moto à vendre de celui-ci. BEN tient son vélo entre ses jambes et regarde la moto.


BEN s’imagine en train de conduire la moto et tourne la poignée de son vélo comme s’il donnait du gaz sur la moto. Il se remémore des compétitions de motocross qu’il a déjà regardées.


NARRATEUR

Pour l’actuaire qu’elle était,

conduire une moto représentait

le sommet de la stupidité.


D’autres extraits vidéos montrent des accidents de moto.


BEN revient devant le garage d’ART en moto. Il arrête le moteur. ART est assis et sourit.


ART

Alors?


BEN TYLER

Je la prends.


ART

Le contraire m’aurait étonné.

Le prix n’est pas négociable.


BEN TYLER

D’accord.


ART

Oh, allez!

Je la laisse partir

pour 700.


BEN TYLER

Rien ne vous y oblige.


ART

Non. Mais j’insiste.

Où comptez-vous aller avec?


BEN TYLER

Je l’ignore encore.


BEN retourne chez lui en moto.


NARRATEUR

À l’annonce de son cancer,

Ben avait prévu de rentrer

chez lui et de dire à Samantha

ce qu’il en était du pronostic,

avec l’espoir secret de lui faire

désespérément l’amour…

toute la nuit.

Mais d’abord,

il lui fallait un café.


BEN est arrêté sur le bord du lac Ontario. Il regarde sa nouvelle moto en buvant un café.


NARRATEUR

Parce qu’il avait encore

en lui une part de rêve,

Ben relevait toujours le bord

de la tasse pour voir

s’il avait gagné.


En déroulant le rebord de son verre en carton, BEN lit ceci: «Partez vers l’ouest, jeune homme.» BEN n’en croit pas ses yeux, il se retourne comme s’il croyait qu’il s’agit d’une farce. BEN sourit.


Plus tard, BEN est assis à table pendant un souper de famille chez ses parents, avec sa sœur, NANCY TYLER, et SAMANTHA.


NARRATEUR

Ben décida d’attendre après la fête

d’anniversaire de son père avant

d’annoncer la nouvelle à Samantha.

Elle n’aurait pas pu garder

le secret.


GERALD se lève au bout de la table en levant son verre.


GERALD TYLER

Je voudrais porter un toast.


MARY TYLER

Oh! Ciel!


NANCY TYLER

Si tu nous envoyais un

courriel plutôt ?


Les autres autour de la table rigolent.


GERALD TYLER

Écoutez, je voudrais

simplement dire…

Non, il faut que je l’admette!

En dépit de ma galopante

décrépitude, je n’ai jamais

été aussi heureux.

Je dirais que j’ai,

je sais pas comment,

mené une vie très privilégiée.

J’aimerais donc porter

un toast à ma famille.

Merci… à tous.


MARY TYLER

Santé.


BEN TYLER

Santé, papa.


Tous trinquent autour de la table et boivent à la santé de GÉRALD.


Plus tard, BEN est seul avec SAMANTHA qui affiche un visage attristé.


BEN TYLER

Pas question d’annuler

le mariage.

Je veux dire, pas après

toute l’énergie que tu as

mise là-dedans.


SAMANTHA réagit en soupirant d’exaspération.


BEN TYLER

À moins que tu y tiennes.


SAMANTHA

Non, voyons!

Je me fiche du mariage.

Ce qui importe, c’est cette

folie de vouloir partir

en vacances.

Ben, plus tu repousses

l’échéance du traitement

et plus tu réduis tes chances.


BEN TYLER

Je ne pars pas en vacances!

Dès que j’aurai mis le pied

à l’hôpital, je vais être

bombardé de drogues

tellement fortes que j’aurai

l’impression d’ingurgiter

des tessons de verre chaque

fois que j’avale.

Avant de traiter la maladie,

il faut que je fasse ça.


SAMANTHA

Nécessaire de faire quoi,

enfin?


BEN TYLER

Nécessaire de chercher

l’aventure.


SAMANTHA

Si j’étais à ta place,

je ferais des pieds et des

mains pour suivre tous

les traitements de la planète.

J’avalerais de la pisse

de chèvre si ça devait

faire la différence.


BEN TYLER

Je sais tout ça, Sam,

mais c’est juste pour deux jours.

Et dès mon retour,

je suivrai mon traitement

à la lettre. C’est promis.


SAMANTHA

Selon moi,

c’est incompréhensible

que tu veuilles attendre.


BEN TYLER

Mais pour moi,

ça a du sens!

J’ai, j’aimerais…

J’aimerais juste, j’ai juste

besoin…


SAMANTHA

Quoi ?


BEN TYLER

Viens avec moi.

Pars avec moi.


SAMANTHA

Non, je serais trop

en colère contre toi

durant le voyage.

Tu fais quoi de ta famille?


BEN TYLER

Je leur annoncerai

lorsque je reviendrai.


Le soir venu, SAMANTHA est couchée, mais elle ne dort pas. BEN est étendu près d’elle et ne dort pas non plus.


NARRATEUR

Ben insista pour que les

préparatifs du mariage aillent

de l’avant comme prévu.


À l’aube, BEN roule à moto sur l’autoroute qui sort de Toronto.


SAMANTHA est dans la douche. Sur le miroir embué, sont écrits les mots «Ma vie», tracés à la main.


À l’hôpital, une chambre attend BEN. Ensuite, une infirmière marche d’un pas vif vers la gare.


NARRATEUR

Comme Ben avait sauté

son rendez-vous,

l’infirmière Forrester pu quitter

son travail 12 minutes plus

tôt que d’habitude.

Dans un accès frénétique

de marche rapide,

elle réussit à attraper

le train de 5 heures 45.

Si Gail n’avait pas été

aussi volontaire,

elle aurait été au nombre

des 13 victimes du train

de 6 heures 10

qui dérailla ce jour-là,

aux abords de Etobicoke.


Les wagons renversés d’un train qui a déraillé fument encore.


BEN roule maintenant sur une autoroute bordée par une forêt.


BEN est arrêté et est assis sur une chaise de plage géante.


NARRATEUR

Petite fantaisie de Ben.

Sans ironie aucune.

Il adorait ces œuvres

qui se voulaient les plus

grandes du monde.


Une série de photos de voyage se succèdent. BEN pose près d’une borne-fontaine géante. La photo est prise par un pompier.


NARRATEUR

Une partie du plaisir

venait du fait d’imaginer

la petite histoire

qui était à l’origine de

chacune de ces créations.


BEN prend le pompier en photo.


MAIRE

Et je dis, ce dont

a besoin notre ville,

c’est d’un symbole pour

la rendre célèbre.

Une œuvre forçant

l’admiration!

La plus grande

des photomosaïques!


Sur le mur d’un ancien moulin, une mosaïque de photos reconstitue une ancienne photo de port à Port Carling.


BEN est arrêté près de l’immense mosaïque et regarde les photos qui la constituent.


BEN reprend la route. Sous les nuages il y a la queue d’un arc-en-ciel. Ensuite, BEN roule dans la campagne. Plusieurs photos témoignent de ce qu'il visite sur la route: une vieille maison en bardeaux penchée, une parade de la police montée et un tour en montgolfière. Sur la route, BEN franchit des ponts et s’arrête à Sudbury, près de la mine de nickel, où se trouve la plus grosse pièce de 5 centimes du monde. Ensuite, il continue sa route et une autre moto roule près de la sienne. BEN s’arrête dans une petite bourgade sur le bord d’une rivière et marche sur un vieux quai de bois.


NARRATEUR

Ben se rappela avoir lu

sur un homme en Grande-Bretagne,

un dénommé John Brandrick,

à qui on ne donnait pas plus

qu’un an à vivre après

avoir diagnostiqué un cancer

du pancréas.


Plusieurs photos et vidéos de catastrophes se succèdent en passant du champignon atomique à un éboulement de terrain emportant une maison.


NARRATEUR

Il avait dépensé tout

ce qu’il avait

pour finalement apprendre

qu’il y avait eu une erreur

et que tout irait bien.


BEN est assis en bordure d’un lac, un éclair déchire le ciel.


NARRATEUR

Et si Ben avait été mal

diagnostiqué, lui aussi?


BEN s’imagine Samantha toute souriante. Puis, il s’imagine ses parents et sa sœur, souriant tous. BEN essuie une larme. En longeant un grand lac, BEN revient vers Toronto sur sa moto. Il lui reste 514 kilomètres à faire.


NARRATEUR

Samantha avait raison.

Son périple tenait du déni.

Il était temps de rentrer.


BEN est arrêté près d’une sculpture de draveur en bordure de route. Deux jeunes garçons s’approchent en poussant leurs vélos.


JEUNE CYCLISTE

Hé, vieux !

Tu sais s’il y a

un Canadian Tire à Parry Sound?


BEN TYLER

Non, désolé.

Aucune idée.


AUTRE JEUNE CYCLISTE

On perd notre pari

si on marche jusqu’à

Sudbury.


BEN TYLER

Pourquoi vous devez

trouver un Canadian Tire, ici?


JEUNE CYCLISTE

Notre copain, Gord.

On a parié une caisse de bière…


AUTRE JEUNE CYCLISTE

Chacun…


JEUNE CYCLISTE

… qu’on pourrait

faire à vélo Terre-Neuve-Vancouver

en cinq à six semaines,

sans dépenser plus de 400

dollars.


AUTRE JEUNE CYCLISTE

Donc, chaque fois qu’on

a une panne, ce qui arrive plus

souvent qu’on pourrait

croire, on file au magasin

le plus proche et on

remplace un vélo

par un autre.


BEN TYLER

Enfin, les gars,

jamais vous n’atteindrez

l’Ouest avec ça.


AUTRE JEUNE CYCLISTE

Mais pourquoi?


BEN TYLER

Parce que ça demanderait

un meilleur équipement.


JEUNE CYCLISTE

En dehors des sacrés vents

contraires, pas de problèmes

jusqu’ici.


BEN TYLER

Écoutez, je peux conduire

l’un de vous deux en ville

et on peut chercher?


AUTRE JEUNE CYCLISTE

Désolé, on peut pas accepter

d’aide ou on perd

notre pari. Règle numéro six.

Moins saouls, on aurait

jamais accepté une telle règle.

Allez, salut.


BEN TYLER

Bonne chance.


BEN regarde les deux garçons s’éloigner en déroulant le rebord de son gobelet de café. Il gagne un beignet.


NARRATEUR

En comparaison de cette

pure folie consistant

à traverser le pays en vélo

face à des vents contraires

pour une caisse de bière,

Ben repartit vers l’ouest,

le coeur confiant.


BEN s’arrête devant un thermomètre géant à White River et prend une photo. Ensuite d’autres photos défilent: un vol d’oies sauvages, une cabane suspendue sur un rocher, un inukshuk géant. Devant l’inukshuk, BEN s’arrête un moment. Il enlève sa veste en cuir et en prenant un pull, il retrouve son manuscrit intitulé «À la recherche des Grincheux». Une petite note de SAMANTHA est accrochée à la première page. «Nos enfants seront tellement heureux quand tu leur liras cette histoire.» Ben a soudain un coup de cafard.


À Toronto, SAMANTHA marche dans la rue en direction de chez elle. Son téléphone sonne. Elle répond.


SAMANTHA

Allô?


BEN parle avec SAMANTHA au téléphone.


BEN TYLER

Es-tu enceinte?

Enfin, enfin, je veux dire,

on va être parents?


SAMANTHA

Non, pas du tout.


BEN TYLER

Bien, pourquoi alors

cette note parlant

de nos enfants?


SAMANTHA

Parce que je voulais

te prendre par les sentiments.

Avec l’aide de la Vierge Marie,

je me disais que l’idée de

tes futurs enfants te ramènerait

à moi plus vite.


BEN TYLER

Mais t’es vraiment pas enceinte?


SAMANTHA

Non.

Non, et si je l’étais,

crois-moi, je te l’annoncerais

pas en code.


BEN soupire en se tournant vers la sculpture inuite.


Plus tard, il s’arrête dans une petite ville de l’ouest. Dans un resto de campagne, il relit son livre, qui comporte des illustrations.


BEN TYLER

(Lisant à voix haute)

Que devrait-on faire?

Continuer à chercher

des Grincheux?


BEN tourne les pages. Puis il continue sa lecture à voix très haute à l’extérieur. Sa voix est répercutée par l’écho.


BEN TYLER

(Hurlant le texte de son livre)

Ils cherchèrent toute la journée,

mais rien à faire!

Aucun Grincheux nulle part.


Un aigle pousse un grand cri. Un orignal se retourne. Puis un ours sort sa tête de l’eau. Une chouette hulule. Des daims lèvent la tête. BEN expire longuement.


NARRATEUR

Le père de Ben, un conteur

d’histoires plutôt habile,

avait littéralement convaincu

son fils de l’existence des

Grincheux.


BEN retire ses vêtements et s’élance d’une falaise dans une rivière.


NARRATEUR

Une créature mythique

si insaisissable…

qu’en apercevoir une ne pouvait

assurer à son contemplateur

qu’une chance éternelle.


BEN sort la tête de l’eau et nage.


Ensuite, il reprend la route vers l’ouest et s’arrête pour admirer un coucher de soleil dans les Prairies.


NARRATEUR

À quel moment de l’enfance,

la raison l’avait-elle emporté

sur l’imagination,

amenant Ben à conclure que

les Grincheux n’existaient pas?

Ben avait ressenti une envie

irrépressible de s’abandonner

au hasard…

et de repartir sur les traces

de ces créatures.


BEN roule vers le soleil couchant.


Au matin, BEN sort d’un motel de bord de route et met son casque pour reprendre la route en moto. Il emprunte une route qui traverse la forêt. Sur le chemin, il traverse des villages et s’arrête dans l’un d’eux, devant une petite boutique pittoresque. Plus loin, une jeune femme en robe de mariée et enceinte marche d’un pas vif vers l’église, au bras de son futur époux. Les cloches de l’église résonnent dans le village.


BEN repense à une rencontre prénuptiale qu’il a eue avec SAMANTHA et un PRÊTRE.


PRÊTRE

J’ai besoin de savoir si vous

avez des objections à un

mariage religieux?


BEN TYLER

Oh, non, cela va de soi.


PRÊTRE

Quelque chose que vous aimeriez

que l’on incorpore dans la

cérémonie?


BEN TYLER

Non.


PRÊTRE

Euh, j’aurais une question, Ben.

Avez-vous la moindre croyance ?


BEN soupire en regardant un crucifix accroché au mur. Le christ fait un doigt d’honneur. BEN jette un second coup d’oeil au crucifix, pas convaincu de ce qu’il a vu.


BEN se rappelle ensuite de la conversation qui s’en est suivie avec SAMANTHA en rentrant à pied à la maison.


SAMANTHA

Comment peux-tu ne croire en rien?

On a discuté des enfants

et aussi des questions d’argent,

comment se fait-il qu’on

discute jamais de religion,

tous les deux?


BEN TYLER

Ça ne te dérange pas à ce point,

j’espère, hein?


SAMANTHA

J’épouse un nihiliste.


BEN hausse les épaules en soupirant.


NARRATEUR

Pour le bien de Samantha,

Ben se mit avec ardeur

à l’écoute de la voix de Dieu.


Toujours dans son souvenir, BEN est assis dans une église vide. Puis, pendant une course en taxi, il aperçoit un petit bouddha se balançant sur un ressort fixé au tableau de bord de la voiture. Une autre fois, il lit un graffiti sur un mur disant: «Jésus vous sauve… gardez vos reçus».


NARRATEUR

Et pourtant, il n’arrivait jamais

à capter les ondes de la

fréquence divine.


BEN marche devant le mur du graffiti. Les souvenirs s’arrêtent. De retour au présent, les jeunes mariés sortent de l’église.


SAMANTHA est chez elle, elle fabrique un collage avec des cercles et des languettes qui forment comme des fleurs sur un grand carton. Le téléphone sonne. SAMANTHA répond.


SAMANTHA

Allô?


VOIX DE BEN

Écoute, euh…


BEN parle au téléphone dans une petit café de village.


BEN TYLER

Quand t’as dit que tu

avais du mal à croire

que tu épousais un nihiliste,

est-ce que tu faisais de l’ironie?


SAMANTHA

Euh, non.

Mais je me suis habituée

à l’idée. Dis-moi juste

que tu rentres bientôt.


BEN TYLER

Mais pour toi,

c’est un énorme compromis,

non?


SAMANTHA

Non. C’est un compromis

mineur. Je me suis comme

résignée au fait qu’on

diffère d’idée sur la foi.

Où es-tu?


BEN TYLER

Il y a autre chose sur

laquelle tu fais des compromis,

alors?


SAMANTHA

Oui, c’est normal

dans une relation.


BEN TYLER

Mais comme quoi ?

Donne, donne-moi un exemple.


SAMANTHA

Oh, écoute, hum, pourquoi

faudrait-il que l’on parle de ça?

J’ai pu obtenir un autre

rendez-vous pour lundi.


BEN TYLER

OK, mais ce qui m’inquiète,

c’est que parmi les choses

sur lesquelles tu fais des

compromis, certaines

sont des choses que j’aime

particulièrement chez moi.


SAMANTHA

Il n’y a rien de majeur.

Je t’assure.


BEN TYLER

Dans ce cas, tu peux me

donner un exemple mineur.


SAMANTHA

D’accord.

J’aimerais que tu sentes

moins des pieds.


BEN TYLER

Mais je…

Je ne sens pas des pieds.


SAMANTHA

Cette conversation est

ridicule.

On oublie ça.


BEN TYLER

Oui, c’est ridicule

parce que tu dis que je

pue des pieds, alors

que mes pieds ne sentent rien.


SAMANTHA

Tu as probablement aussi

un problème d’odorat.

Je t’ai jamais rien dit avant

parce que je savais que tu

le prendrais très mal.


BEN TYLER

Parce que ce n’est pas vrai.


SAMANTHA

Crois-moi, ils empestent!


BEN entre dans une pharmacie et s’adresse au pharmacien au comptoir de service.


PHARMACIEN

Vous pouvez payer à l’avant.


BEN TYLER

À vrai dire, euh…

J’ai quelque chose

à vous demander.


PHARMACIEN

Oui.


BEN retire une chaussure et la dépose sur le comptoir.


BEN TYLER

Est-ce que je peux savoir

si mes chaussures sentent ?


PHARMACIEN

(Éclatant de rire)

Pardon?


BEN TYLER

Je sais que ça a l’air absurde,

mais c’est très important

pour moi.

N’ayez pas peur d’être

sincère.


Le pharmacien grimace en soupirant. Puis il renifle la chaussure de BEN.


PHARMACIEN

Bien, d’un point de vue

de professionnel,

j’ai rien à signaler.


BEN rit. Ensuite, il reprend la route sur sa moto.


NARRATEUR

Ben se questionnait quant

aux motifs plus profonds

que cachait l’hostilité

de Samantha à l’égard

de ses pieds soi-disant

fautifs. Une chose le

tracassait au plus haut point.

Pourquoi Samantha ne lui

avait-elle pas demandé ce qu’il

n’aimait pas chez elle?


BEN s’arrête au Motel Ranchmen. Devant sa chambre, BEN est assis et réfléchit dans la nuit. Un homme s’approche de lui en roulant un joint.


VOISIN DE MOTEL

C’est à toi, la Norton?


BEN TYLER

Oui.


VOISIN DE MOTEL

Tu vas où?


BEN TYLER

Vers l’ouest.


VOISIN DE MOTEL

Et tu sais où en particulier?


BEN TYLER

Pas encore.


VOISIN DE MOTEL

Donc, tu as une direction,

mais euh…

pas de destination?


BEN TYLER

Oui, euh, ça résume

bien mon état.


Le voisin de motel allume son joint et prend une bouffée.


VOISIN DE MOTEL

Tu sais que les médecins approuvent

la marijuana pour les malades

qui souffrent de cancer?


BEN plisse les yeux, surpris de la pertinence du propos.


BEN TYLER

Qui es-tu?

Un médium?


VOISIN DE MOTEL

Non.


BEN TYLER

Alors, pourquoi tu me parles

de cancer?


VOISIN DE MOTEL

Je dois dire que j’ai eu

mon lot à ce sujet.


BEN TYLER

Tu as eu des traitements?


VOISIN DE MOTEL

C’est bizarre, le mal

est parti tout seul.


BEN TYLER

(Sourcillant)

T’es sérieux?


VOISIN DE MOTEL

Non, je blaguais,

excuse-moi.

J’ai eu des traitements.


BEN baisse la tête et regarde sa bière, songeur.


VOISIN DE MOTEL

Tu es marié?


BEN TYLER

Non, fiancé.

Et toi, t’as quelqu’un?


VOISIN DE MOTEL

Depuis vingt-cinq ans.

Je me croise les doigts.


BEN TYLER

Voyons! Tu avais quoi?

Quatre ans, quand tu t’es

marié?


VOISIN DE MOTEL

J’avais dix-sept ans

à l’époque.


BEN TYLER

Et toujours amoureux?


VOISIN DE MOTEL

(Hochant la tête en souriant)

Oui.


BEN TYLER

Et comment tu as su

que c’était bien elle?


VOISIN DE MOTEL

Si tu te questionnes…

c’est que c’est pas la bonne.

Mais tu le savais déjà.


Le voisin de motel tend son joint à BEN. BEN tire une bouffée.


Au matin, BEN se réveille dans la chambre de motel. Il regarde sous la table de chevet et prend la Sainte Bible. Il observe le livre sans l’ouvrir. Après un moment, il l’ouvre et ne trouve que des pages blanches. À la fin du livre, une seule phrase est écrite au centre d’une page. «Ce que nous sommes, nous le sommes.» Ulysse, Alfred Tennyson. BEN commence à se questionner et se retourne, cherchant à savoir si quelqu’un l’observe.


BEN TYLER

Ça alors!


BEN referme la fausse bible et la remet sous la table de chevet, le regard inquiet.


BEN repart sur une route de montagne. Il file à toute allure. BEN s’arrête devant la plus grande oie du Canada à Wawa. Ensuite, il reprend la route. Au coeur de la campagne, BEN se fait prendre en photo assis sur un minuscule vélo d'enfant.


Des photos défilent: Une inscription «Trans-Canada Tour», un drapeau canadien en mosaïque, une statue de Terry Fox. BEN médite devant la statue de Terry Fox.


NARRATEUR

Voici le point le plus à l’ouest

que Terry a atteint dans sa course.

Mais jamais il n’a cessé de rêver

à reprendre la route

pour rejoindre le Pacifique.


VOIX DE TERRY FOX

Tout ce que je peux dire,

c’est que si je peux

trouver le moyen de repartir

et de finir le voyage, je le ferai.


Une moto roule sur la route tout près et le son du tuyau d’échappement sort BEN de sa rêverie. C’est un convoi de motos qui roulent vers l’ouest. Ben reprend la route.


BEN pose à côté d’une pipe géante. Ensuite, il roule encore. BEN s’arrête à une cabane à frites en bord de route, il regarde une carte. Ensuite, il prend une photo près d’une affiche sur laquelle sont dessinés un orignal et un ours. Il est écrit dessus qu’à partir de ce point, tous les ruisseaux coulent vers l’océan Arctique. La hauteur à ce point est de 504 mètres.


BEN reprend la route vers le Manitoba.


Un soir, BEN est étendu dans un lit de motel et s’imagine couché dans un cercueil. BEN ouvre les yeux, un peu troublé. Il soupire et se retourne pour tenter de dormir.


Chez elle, SAMANTHA essaie sa robe de mariée. Le téléphone sonne. Elle répond.


SAMANTHA

Allô!


BEN est étendu sur le côté dans sa chambre de motel et parle au téléphone avec SAMANTHA.


BEN TYLER

Qu’est-ce que tu fais?


SAMANTHA

Je suis en train d’essayer

la robe de mariée de ma sœur.


BEN TYLER

Et celle que tu avais

fait faire ?


SAMANTHA

J’ai décidé de revoir

cette décision.


BEN TYLER

Encore?


SAMANTHA

Oui, encore.


BEN TYLER

Est-ce qu’elle écrabouille

tes beaux petits seins?


SAMANTHA

Oui.


BEN TYLER

Et si tout ce désagrément

venait de tes beaux petits

seins et non pas de la robe?


SAMANTHA

Tu rentres bientôt?

Je t’en prie?


BEN TYLER

Je me sens pas prêt

encore, Sam.


Au matin, BEN fait des redressements assis pour commencer sa journée. Il s’imagine en train de suivre ses traitements à l’hôpital. Il se voit se promenant avec son support à perfusion et passant dans la machine à résonance magnétique. Puis, il s’imagine couché dans un lit d’hôpital avec une perfusion. BEN s’arrête de faire des redressements, il ressent une douleur et grimace. Il soupire.


BEN roule au petit matin. Un léger brouillard couvre les champs qui bordent la route, puis la route longe une voie ferrée. Un train roule. Une photo d’un wagon sur lequel est écrit le mot Canada apparaît. Ensuite, une affiche de traverse d’orignal précède des silos à grains dans une campagne du Manitoba. La moto continue de traverser les vastes étendues de culture manitobaines. La photo d’un bâton de hockey géant apparaît.


Dans l’aréna, BEN marche. Il aperçoit au centre de la patinoire une coupe ressemblant étrangement à la Coupe Stanley. BEN s’arrête et marche vers le centre de la glace. C’est bel et bien la Coupe Stanley. BEN est impressionné, il veut toucher la Coupe. Un joueur arrive derrière lui en criant. Le joueur porte un chandail des Ducks d’Anaheim, il s’agit de DEREK VINCENT.


DEREK VINCENT

Qu’est-ce que tu fais?


BEN TYLER

Bien, je voulais juste,

j’ai avancé sur la glace pour

me rafraîchir et…


DEREK VINCENT

Et euh… quoi ?


BEN TYLER

Bien… j’ai cru avoir un coup

de chaleur en voyant la Coupe

Stanley sur cette table !

C’est la vraie, hein, je ne rêve pas?


DEREK VINCENT

Oui, c’est bien elle.


BEN TYLER

Mais que fait-elle ici ?


DEREK VINCENT

On honore Derek Vincent,

ici à Arborg, Manitoba

parce qu’Anaheim a gagné

la Coupe.


Un extrait d’archives montre différentes finales de la LNH et des joueurs qui tiennent le trophée et qui se font photographier avec leur équipe et la coupe.


NARRATEUR

Petite explication.

Chaque membre de l’équipe

qui a remporté la Coupe Stanley

prend possession du trophée

durant 24 heures.

Derek en était à sa septième

heure.


BEN TYLER

Tu es Derek Vincent?


DEREK VINCENT

Oui.


BEN TYLER

Hé, mes félicitations, vieux!


DEREK VINCENT

Merci.


BEN TYLER

Où est le gars de la publicité?

Tu sais, le gars ganté de blanc

qui la veille comme un trésor?


DEREK VINCENT

J’ai demandé tout à l’heure

à deux camarades de le

distraire. Je voulais rester

un petit moment seul

avec la Coupe, disons.

Jamais eu l’occasion de

la brandir!

J’ai quitté le match à cause

d’une commotion en

troisième période.


BEN TYLER

Oh oui, je me rappelle

de la bagarre.


DEREK VINCENT

Tout le monde s’en

rappelle sauf moi.


BEN sourit, il sent un malaise.


BEN TYLER

Peut-être que tu préfères

que je te laisse, hein?


DEREK VINCENT

Non.


NARRATEUR

Histoire vraie.

Cheryl Riley avait été

diagnostiquée infertile

par les médecins.


DEREK partage sa bouteille de champagne avec BEN.


NARRATEUR

Un soir, Mike Ricci des

Avalanches du Colorado a

apporté la Coupe dans une

fête.

Cheryl l’a embrassée et neuf

mois plus tard, Stanley venait

au monde.


DEREK VINCENT

Tu veux embrasser la coupe?

Il semble que ça porte chance.


BEN TYLER

Ouais.


DEREK recule en buvant son champagne. BEN s’approche de la Coupe. Il se penche et l’embrasse. En embrassant la coupe, il revoit des scènes de finales de la LNH. Puis il sourit.


NARRATEUR

Sans doute était-ce les effets

du champagne, mais une partie

intime de Ben sentit que les

fantômes de tous les joueurs

qui avaient embrassé la Coupe,

avaient peut-être, qui sait,

le pouvoir de faire disparaître

son cancer.


BEN est maintenant derrière la bande et il regarde DEREK faire un tour de patinoire en tenant la coupe dans ses mains.


De retour sur la route, BEN franchit la frontière de la Saskatchewan. Il traverse la province sur une route bordée de champs de céréales.


Des photos de voyage défilent: une pancarte disant «Kipling vous souhaite la bienvenue», BEN qui pose devant un trombone géant, un troupeau de vaches au milieu d’un champ.


Sur la route, BEN remarque une maison en ruine au milieu de nulle part. BEN s’arrête après un moment, en bordure d’un champ.


NARRATEUR

Mais une fois de plus,

son karma semblait vouloir

lui jouer des tours.

Comme si le bâton de hockey

et la Coupe Stanley, ce n’était

pas assez en une seule journée!


La moto de BEN a calé et il tente en vain de la redémarrer.


NARRATEUR

Pourquoi Ben avait-il tant

tenu à faire un détour

dans les Prairies pour

aller admirer le plus grand

dromadaire du monde ?


BEN pose à côté du plus grand dromadaire au monde. Puis de nouveau, BEN tente de redémarrer sa moto.


BEN TYLER

Ne me lâche pas maintenant.

Je t’en prie, vas-y démarre!


Debout sur la pédale à démarrage, BEN redouble d’efforts et d’intensité.


BEN TYLER

Vas-y!

(Avec rage)

Démarre!


BEN s’arrête, fait quelques pas sur la route déserte et crie.


BEN TYLER

Merde!

Pas ici.

Pas maintenant.


BEN retire ses gants et son casque. Il prend son téléphone et appelle. Il n’y a pas de réseau.


BEN TYLER

Ah bon sang de bon sang!

Ah, je t’en prie, je t’en prie,

je t’en prie!

Ne me laisse pas en plan

maintenant.

Ne me laisse pas tomber.


BEN lance son téléphone de toutes ses forces.


BEN TYLER

(Criant)

Saloperie !

(Hurlant)

Pourquoi !

(Se tournant vers la machine)

Pourquoi tu démarres pas ?


BEN est à bout de souffle.


Le téléphone sonne quelque part dans le champ. BEN commence à chercher dans le blé pour trouver son téléphone. La sonnerie s’arrête. BEN trouve le téléphone, il le prend.


VOIX FÉMININE DE LA MESSAGERIE

Vous avez un message en attente.


SAMANTHA (Narratrice)

Salut.

Je suis chez Kalender.

Près de la fenêtre.


SAMANTHA est assise dans un café près d’une fenêtre, elle laisse un message à BEN.


SAMANTHA

Et je viens juste de lire

pourquoi on a pas repêché Phil.

Rappelle-moi s’il te plaît.


SAMANTHA referme son téléphone. BEN, toujours au milieu d’un champ en Saskatchewan, ferme aussi son téléphone.


NARRATEUR

Si Ben pouvait passer sa vie

à prendre des cafés et lire

les journaux avec Samantha,

l’existence serait pure félicité.


BEN marche le long de la route, il vente et il fait froid. BEN s’arrête en apercevant une masse noire au bord de la route. Il s’approche en se couvrant le nez. Il se penche. Il s’agit d’un chien mort. BEN regarde la médaille du chien.


Une camionnette roule sur la route de campagne.


Une femme conduit la camionnette et BEN est assis sur le siège passager.


SASKATCHEWANAISE

Je ne sais pas comment

vous remercier.

Euh, la plupart des

gens n’auraient pas donné

suite. Ils auraient filé

tout droit.


BEN TYLER

Ah, peut-être.

Ce n’est pas grand-chose,

voyons.

Je suis désolé pour le chien.


SASKATCHEWANAISE

Ce chien-là a couché avec

moi plus longtemps

que mes deux maris… combinés.


La femme éclate en sanglots. Elle pleure à chaudes larmes. BEN ne sait pas comment réagir. La femme continue de pleurer en conduisant. Elle finit par se reprendre.


SASKATCHEWANAISE

C’est la première fois

que je pleure en dix ans.


Dans le garage de la ferme, la femme répare la moto de BEN.


SASKATCHEWANAISE

On dirait qu’il y a des saletés

dans l’essence.


BEN TYLER

Et c’est grave?


SASKATCHEWANAISE

Non.

J’ai juste à nettoyer.

Ce sera pas long.


Au loin un cheval dans un enclos hennit.


SASKATCHEWANAISE

Je me serais jamais

attendue à divorcer deux fois

et à ne voir mon fils

qu’une fois par an.

Les années chanceuses!


BEN TYLER

Il est avec son père?


Dans un autre enclos, plusieurs chevaux broutent.


SASKATCHEWANAISE

Il a eu tout juste vingt ans.

Il faut dire que son père

a fait ses valises bien

avant ça.


BEN TYLER

Comment?

Vous n’avez pas un fils

de vingt ans?


SASKATCHEWANAISE

Oui.

Et une petite-fille

qui vient d’avoir quatre ans.

Je l’ai vue rien qu’une fois.

Mon fils travaille à Fort McMurray.

Il gagne bien sa vie là-bas,

contrairement à ici.


BEN TYLER

Vous pourriez le rejoindre,

vous remettre en selle ?


SASKATCHEWANAISE

Je suis trop endettée.

Et si la météo et le marché

ne partent pas en couille,

je devrais avoir remboursé

mon prêt quand la récolte

sera rentrée. Je me sentirais

nulle si tous les fermiers

du coin n’étaient pas dans

le même bateau.


BEN TYLER

Ça vous rend amère ?


SASKATCHEWANAISE

C’est étrange, non…

La poussière finit par

vous immuniser.

Mais si je me faisais

sauter une fois de temps

en temps, je me sentirais

plus heureuse.


La femme éclate de rire en voyant la réaction de BEN.


SASKATCHEWANAISE

Je suis désolée,

mais j’aime les mâles

extra, extra larges.


BEN TYLER

(Riant)

Oui.


SASKATCHEWANAISE

De toute manière,

quand je suis sur

ce mode-là,

ça implique une bonne

cuite au vin et un manque

total de subtilité.


BEN rit.


SASKATCHEWANAISE

Une balade à cheval,

ça vous tente ?


BEN TYLER

L’ennui, c’est que je n’ai…

je n’ai encore jamais

monté un cheval.


SASKATCHEWANAISE

Bien alors, vous ignorez

ce que c’est que la vie.


BEN et la SASKATCHEWANAISE font une randonnée à cheval dans les champs. Au bout du champ se trouve un canyon traversé par une rivière.


SASKATCHEWANAISE

Quand je déprime, je viens

ici et me dis: «Où d’autre pourrais-tu

dénicher mieux que ça?»


NARRATEUR

Le regard tendu vers l’horizon,

tout en se demandant s’il avait

été cow-boy dans une vie

antérieure, Ben souhaita

dans un coin de sa tête que

Fran soit moins rigide

dans le choix de ses partenaires.

Il souhaita aussi avoir

une caisse de vin sous la main.


De retour à la ferme, BEN démarre sa moto. Il est prêt à partir.


BEN TYLER

Encore mieux qu’avant!


SASKATCHEWANAISE

Allez, ça roule!


BEN TYLER

Salut.


SASKATCHEWANAISE

Prudence sur la route!


BEN repart sur le chemin au milieu des prairies.


NARRATEUR

Le passage de Ben avait redonné

la bougeotte à Fran.

Durant la fin de semaine,

au lieu de réparer sa clôture,

Fran rendit une visite surprise

à son fils à Fort McMurray.

Hélas, Brad travaillait sur

deux équipes cette semaine-là.

Résultat?

Alors qu’elle tuait le temps,

Fran rencontra enfin l’amour

de sa vie.


FRAN marche dans un stationnement vers sa voiture. Un homme est appuyé sur une camionnette.


HOMME

Excusez-moi.

Est-ce que vous connaissez

la rue Dawson?


FRAN est subjuguée par l’homme.


BEN continue sa route jusqu’à la frontière albertaine. Un panneau indique «Bienvenue en Alberta».


BEN s’arrête près du plus grand tipi au monde.


NARRATEUR

Le plus grand tipi du monde

fut une déception majeure.

Ben n’aurait pas su dire pourquoi.


Ben prend des photos de la structure en forme de tipi ornée de disques illustrés.


Ensuite, BEN pose près d’un pied de dinosaure.


NARRATEUR

Il en attendait davantage

de la part du plus grand

dinosaure du monde.

Il lui donnait la note

de trois sur dix.

Trois et demi à la rigueur.


Dans les canyons albertains, un guide explique la présence des dinosaures.


GUIDE ALBERTAIN

Comme vous le savez

probablement tous,

notre célèbre parc provincial

abrite la plus grande collection

d’os de dinosaures au monde.

Seul le désert de Gobi en Chine

rivalise avec ce site.

De quoi se sentir plutôt

insignifiant, je dois dire.

Quand on sait que les espèces

jadis les plus puissantes

de la planète ont été

complètement décimées,

réduites à un grand tas d’ossements.


Plus tard, BEN est seul devant le canyon.


NARRATEUR

On pourrait en conclure

qu’errant quelque part parmi

les dépouilles de ces créatures

anciennes, les Grincheux

devraient se cacher

dans les parages.

Mais Ben se demanda plutôt si,

à l’instar de nos amis de la

préhistoire, les Grincheux n’étaient

pas une espèce éteinte.


BEN reprend la route vers l’ouest.


NARRATEUR

Histoire vraie.

En 1997, Gina Lalapola,

une strip-teaseuse italienne,

mourut de suffocation

alors qu’elle attendait

de surgir d’un gâteau.


Sur la route, le corps écrasé d’une moufette gît. BEN bâille sur sa moto.


NARRATEUR

Comme quoi nous vivons

tous sur du temps emprunté.

Un instant, on essaie de

syntoniser une bonne chanson

à la radio, et l’instant d’après…


BEN ferme les yeux pendant un court instant. Il roule droit sur le corps éventré de la moufette. La moto dérape.


NARRATEUR

Qu’est-ce qui compte dans la vie ?


BEN est étendu dans un champ. Soudain, il ouvre les yeux. Sa moto est près de lui, sur le côté. BEN remue les pieds et se rend compte qu’il n’a pas une égratignure. Il s’assoit.


NARRATEUR

C’est alors que, inexplicablement

heureux d’être en vie,

Ben essaya de recréer

un de ces moments de grâce

au cinéma où le héros se met

à danser enfin libéré

symboliquement du carcan des

conventions qui l’enchaînaient,

en s’abandonnant au pouvoir

régénérateur d’une chanson pop.


BEN danse.


Un fourgonnette passe sur la route. Le conducteur dévisage BEN. BEN s’arrête net de danser.


NARRATEUR

Ben ne put, hélas,

réussir son exploit.

Il se sentit soudain

ridicule dans ce rôle

improvisé.

Qui plus est, il dansait mal.


BEN reprend la route vers les montagnes. BEN s’arrête pour prendre une photo de nuages à mi-hauteur dans les Rocheuses. Puis il file sur la route qui traverse les montagnes.


NARRATEUR

Après six heures de froid

implacable, Ben décida qu’il en

avait assez du paysage de la

grand-route et de ne pas avoir

d’itinéraire. BEN s’arrête

devant un hôtel au lac Louise,

à Banff.


Un portier l’attend devant l’entrée de l’hôtel.


PORTIER

Bonjour, bienvenue, monsieur.


NARRATEUR

Ne plus avoir à économiser

pour la retraite avait des

avantages. Ben choisit

une suite dans ce luxueux hôtel

avec vue sur les Rocheuses.


BEN est sur le balcon et il écoute les messages laissés par SAMANTHA et sa famille.


VOIX DE NANCY TYLER

Papa et maman sont morts

d’inquiétude.

On est tous morts d’inquiétude.

Rentre à Toronto

et affronte la réalité.


VOIX DE MARY TYLER

Ben, c’est ta mère.

J’ai besoin d’entendre ta voix.

Je t’aime tellement, tu sais.


VOIX DE GERALD TYLER

Bonsoir, fiston.

Écoute, je veux que tu saches

qu’on est là pour toi.

J’ai appelé le docteur Morgan

et il peut te mettre en

rapport avec le meilleur

spécialiste du cancer à

Sunnybrook.

Je suis désolé.

Je ne voulais pas.

Donne au moins des

nouvelles à ta mère.

Je t’en prie.


SAMANTHA marche au centre-ville de Toronto. Elle aperçoit un musicien de rue qui chante. Les paroles de la chanson lui font penser à BEN devant son ordinateur qui rit, à des promenades qu’ils faisaient ensemble, à leurs moments assis au bout du quai, à tous ces moments qui font qu’elle aime BEN. Le musicien termine la chanson «A Million Dollars» de Joel Plaskett. SAMANTHA dépose une pièce dans l’étui à guitare.


MUSICIEN

Merci beaucoup.


Dans la chambre d’hôtel à Banff, le téléphone de BEN sonne. Il regarde son téléphone et répond.


SAMANTHA

Je suis prête à venir te rejoindre.


BEN TYLER

Tu avais promis

de le dire à personne.


SAMANTHA

C’est vrai.

Et tu m’avais dit

que tu ne partais

pas plus de deux jours.

Tu rentres bientôt?


BEN TYLER

Pas encore.


SAMANTHA

Alors, j’irai te retrouver.


BEN TYLER

Ah oui?


SAMANTHA

Oui.

Où es-tu?


BEN TYLER

Banff.


SAMANTHA

Très bien.

Je réserve un vol demain.

Bye.


BEN raccroche le téléphone. Il réfléchit. Il semble nerveux. Il enfile sa veste et sort dans la forêt.


NARRATEUR

Ben savait qu’en faisant

le voyage à deux,

la recherche des Grincheux

sombrerait dans le ridicule.

Deux heures après qu’il

eut quitté la suite présidentielle…

il était perdu.

S'il parvenait jusqu’au Pacifique,

à l’extrême ouest,

que ferait-il ensuite?


BEN est accroupi, il tente de se réchauffer. Soudain un chien aboie devant lui. BEN sursaute.


BEN TYLER

Oh, mon Dieu!

Seigneur!


Le chien aboie et avance sur BEN.


BEN TYLER

Calme-toi!

Oui, bon chien!

Sois gentil!


Une jeune femme approche, elle porte un sac à dos et une guitare.


JEUNE FEMME

Mick, couché!

Couché!


Le chien se couche sur le sol.


JEUNE FEMME

Je suis vraiment désolée.

C’est rare de voir quelqu’un

par ici.


BEN TYLER

Ce n’est rien.

J’ai été pris par surprise,

c’est tout.


BEN est légèrement étourdi.


JEUNE FEMME

Bon, est-ce que ça ira ?


BEN TYLER

Oui, oui, oui.

Oui, je me sens très bien.

Juste un peu…

un peu étourdi.


JEUNE FEMME

Un peu d’eau peut-être.


BEN TYLER

Ce serait gentil.


Ben s’effondre sur le sol. Le chien aboie, la jeune femme est étonnée.


Sous les rayons de la lune, près d’un feu, la jeune femme chante en s’accompagnant à la guitare.


JEUNE FEMME

(Chantant)

Un Canadien errant

banni de ses foyers

(S’adressant à BEN)

Tu connais cette chanson ?


BEN TYLER

Oui.


JEUNE FEMME

(Chantant)

Un Canadien errant…


NARRATEUR

C’était vraiment le moins

qu’on puisse dire.

La mère de Ben lui avait

chanté «Un Canadien

errant», une chanson

folk canadienne-française,

chaque soir de son enfance.

Les paroles étaient inscrites

dans son ADN.

Que Tracey ait choisi cette

chanson parmi toutes les

chansons devait

avoir un sens.


TRACEY

(Chantant)

Parcourait en pleurant

des pays étrangers.

(S’adressant à BEN)

Écoute,

le règlement des chanteurs

de feux de camp dit très

clairement que tout le monde

doit participer.


BEN TYLER

Je comprends, mais il vaut

mieux pas que je chante.


TRACEY

Vraiment?

J’insiste.


TRACEY ET BEN

(Chantant)

Si tu vois mon pays,

mon pays malheureux…

Si tu vois mon pays…

mon pays malheureux..


NARRATEUR

Ben n’avait jamais fait

l’inventaire complet

des choses qu’il trouvait

peu attrayantes chez Samantha.


Dans un souvenir de BEN, SAMANTHA est assise sur le siège du conducteur de la voiture, pendant qu’il est assis sur le siège du passager. SAMANTHA fixe sa ceinture, règle son siège, ajuste le rétroviseur et finalement démarre la voiture.


NARRATEUR

C’était une personne routinière.

Tout devait être fait dans

un certain ordre.

Le moindre écart causait

chez elle de l’insomnie

et une irritabilité générale.


Dans un autre souvenir, BEN et SAMANTHA sortent du cinéma.


NARRATEUR

En dépit des efforts de Ben,

Samantha refusait avec vigueur

d’évaluer quantitativement

les films, les livres et

le comportement des membres

de sa famille sur une échelle

de un à dix…

Une déception majeure pour Ben,

qui avait fait de cette méthode

le filtre à travers lequel

il classifiait les événements

de sa vie.


Un autre souvenir commence. BEN et SAMANTHA sont couchés en cuillère dans leur lit.


NARRATEUR

Ben déplorait que leur vie

sexuelle ait perdu un peu

de l’urgence charnelle

de leurs premiers ébats.


BEN embrasse SAMANTHA dans le cou de manière suggestive.


SAMANTHA

Est-ce que ça t’embête

si on le fait plutôt demain ?


Un autre souvenir surgit. SAMANTHA mange une pâtisserie.


NARRATEUR

Et enfin, le plus ennuyant

de tout, la mâchoire de Samantha

craquait quand elle mangeait.

Ben était toutefois persuadé

qu’avec le temps,

il finirait par ne plus le remarquer.


BEN mange à côté de SAMANTHA et ferme les yeux, irrité par les claquements de mâchoires. Les souvenirs s’arrêtent. BEN est assis près du feu avec TRACEY.


TRACEY ET BEN

(Chantant «Un Canadien errant»)

Va dire à mes amis

que je me souviens d’eux.

Va dire à mes amis

que je me souviens d’eux.


La chanson se termine. BEN sourit.


TRACEY

Tu as une voix qui est très belle.


BEN TYLER

C’est gentil à toi

de dire ça, mais ça fait longtemps

que j’ai renoncé à tout espoir

de savoir chanter.


TRACEY

Bien, écoute, j’ai une très

bonne oreille et je te garantis

que tu sais chanter.


La voix de madame BELL retentit dans la tête de BEN.


VOIX DE MADAME BELL

Une vraie catastrophe!


BEN TYLER

Mon prof à l’école

m’a donc menti.


TRACEY

De quoi est-ce que tu parles?


BEN TYLER

Ce n’est pas important.


TRACEY

De quoi traite ton

deuxième livre?


BEN TYLER

Il n’y a pas encore de

deuxième livre.


TRACEY

T’as des idées ou…?


BEN TYLER

Oh, non.

Non, non, la censure

a tendance à tuer ma

créativité.


TRACEY

Tu sais, mon grand-père

était fou de Thomas Edison.

Il me le citait ad nauseam

quand j’étais jeune.

Sa préférée, c’était:

«Bon nombre de ceux

qui ont échoué dans la vie

sont des gens qui n’ont pas

réalisé à quel point ils étaient

près de la réussite

quand ils ont renoncé.»


BEN TYLER

Oui, mais il y a la persévérance,

et aussi, il y a l’illusion.


TRACEY

Bien quelqu’un devrait

alors combler le quotient

de désillusion sur la Terre.


BEN soupire.


BEN TYLER

Dis-moi, que ferais-tu

s’il te restait une semaine

à vivre?


TRACEY

Euh, je sais pas moi…

je ferais sans doute

ce que je fais maintenant.

Mon esprit ne pense pas

à demain, ou à hier, ou

encore aux trois heures

à venir, et il est dans l’instant.

Toi, qu’est-ce que tu ferais?


BEN TYLER

Je pense que je te ferais l’amour.


TRACEY

Pourquoi ?


BEN TYLER

J’ai besoin de vivre

de bons moments.


TRACEY embrasse BEN.


SAMANTHA est assise dans un gros fauteuil de cuir du lobby de l’hôtel de BEN.


NARRATEUR

Samantha avait réussi

à réserver un vol le soir même,

au lieu du lendemain matin,

comme prévu.


L’aube se lève sur le lac. BEN est endormi, enlacé avec TRACEY. Les pépiements des oiseaux le réveillent. Il sourit.


NARRATEUR

Lorsque Ben s’éveilla,

il se sentit follement comblé.

Peut-être était-ce dû au fait

qu’il parvenait enfin

à apprivoiser ses démons.

Ce voyage avait indéniablement

plus de sens qu’une chimio.


De son côté, SAMANTHA est dehors sur le balcon qui sert d’observatoire des Rocheuses à l’hôtel.


BEN arrive et la rejoint dehors.


SAMANTHA

Où as-tu passé la nuit ?


Plus tard, BEN et SAMANTHA marchent sur un sentier dehors.


BEN TYLER

Comment peux-tu

donc me pardonner?

N’es-tu pas contrariée?


SAMANTHA

Bien sûr que je suis contrariée.

Mais je sais que tu as

dit la vérité.

Et comme tu es très perturbé

ces temps-ci, je me dis

qu’au fond, tout ça ne nous

concerne même pas.

Je vais sans doute sentir

ma colère plus tard.

Pour l’instant, on a plein

de choses à discuter.

D’abord, pourquoi

tu ne rentres pas?


BEN TYLER

C’est encore trop tôt.


SAMANTHA

C’est égoïste.

C’est… c’est incompréhensible.

Il faut que tu arrêtes

tes âneries.

Soigne-toi, bon sang!

Selon toi, alors,

il n’y a aucun espoir?


BEN TYLER

J’ai juste pas envie

d’être un patient pour l’instant.

Je n’en vois pas le but.


SAMANTHA

Tu veux donc continuer

à fuir comme ça,

sans même lutter?

Bien sûr qu’il y a un but!


BEN TYLER

Pourquoi lutter,

ce serait pas ça?

Pourquoi ce serait pas ça,

la chose à faire?


SAMANTHA

Je sais.

Je vois bien que tout a changé.

Mais pourquoi?

Que s’est-il passé?

Parce que ce n’est pas juste

cette affaire de diagnostic.


BEN TYLER

Parce que, Samantha,

je me sens face à un mur,

que je n’arrive pas à franchir.

Parce que j’ignore quelles sont

les bonnes réponses désormais.


SAMANTHA

Sois au moins sincère.


BEN TYLER

D’accord.

Tu sais la première chose

qui a traversé mon esprit

lorsque le docteur m’a parlé

de ce cancer?

La toute première chose?

J’ai voulu annuler notre

mariage.

Il était absolument hors

de question pour moi

de me marier.

Et je ne voulais pas

retravailler non plus.

En fait, je ne voulais

plus rien faire du tout.


SAMANTHA

C’est assez normal.

Même moi, je voulais

annuler le mariage.


BEN TYLER

Non, je t’en prie,

Samantha, ça ne concerne

pas le cancer.

Je te parle de ce que je veux

pour moi dans la vie.

Pourquoi suis-je surassuré?

Pourquoi faudrait-il que

je me sente obligé d’être

responsable tout le temps?

Pourquoi je m’emmerderais

à choisir les armoires

qu’on va mettre dans notre cuisine?

Je deviens mon père.

Et je n’en veux pas à mon père.

J’adore cet homme,

c’est quelqu’un de très bien.

Mais l’ambition de ma vie,

ça n’est pas ça!


SAMANTHA

Tu envisages quoi

dans ce cas?


BEN se retourne et fait face aux montagnes en levant les bras comme pour les étreindre.


BEN TYLER

Ça!

C’est ça que j’envisage.


SAMANTHA

Tu comptes sans doute prendre

la route comme ça toute ta vie?

À un moment donné,

le cancer te rattrapera, allons.


BEN TYLER

J’ai besoin d'un peu de temps.

Je me dis que si je transforme

chacun de ces instants en

une expérience de vie,

alors, c’est qu’il s’agit

d’un meilleur choix.


SAMANTHA

Mais rien ne t’oblige à mourir.

Tu comprends?

Tu as le droit de contrer

le destin.

Tu as le droit de faire

ça pour nous.


BEN TYLER

Il ne s’agit pas de nous.

C’est ça, le problème

Samantha.

Il s’agit de moi!


SAMANTHA encaisse le choc.


SAMANTHA

Est-ce que tu m’as

déjà aimée?


BEN TYLER

Pas comme tu mérites de l’être.


SAMANTHA

Et pourquoi tu voulais

m’épouser, dans ce cas?


BEN TYLER

(Soupirant)

Parce qu’une grande partie

de moi le voulait.

Et parce que je ne voyais

plus de raison de te dire

non à la longue.


SAMANTHA

Qui aurait dit que notre

lien amoureux n’était qu’un

vague choix raisonné?

Une position de repli.

Et je n’ai rien vu de tout ça.

Toute l’indécision.

Toute l’hésitation.

J’ai toujours cru que

c’était pour nous deux.

Pas juste de toi.

Je suis une idiote.


SAMANTHA s’éloigne. BEN la regarde un moment avant de la rappeler.


BEN TYLER

Samantha.


SAMANTHA

Ne t’avise pas de me suivre.


SAMANTHA s’en va. BEN soupire.


SAMANTHA est sur un pont au-dessus d’une rivière. BEN, lui, est sur le rivage et regarde des chutes d’eau. Il contemple les Rocheuses au loin, avec l’eau qui s’écoule entre les rochers.


La moto de BEN quitte le parc national de Banff. BEN roule vers l’ouest. Une photo de BEN au panneau de délimitation du parc de BANFF apparaît. BEN s’engage sur la route qui traverse les Rocheuses. À la tombée du jour, BEN observe une usine très éclairée près d’une étendue d’eau. Plus tard, il roule sur la route qui traverse les Rocheuses en direction de l’ouest.


BEN s’arrête sur une route de campagne pour se réchauffer un peu. Puis il continue sa route et s’arrête dans un motel au mont Hope. Dans sa chambre, il s'étend sur le lit.


La nuit venue, il est réveillé par la musique provenant d’une chambre voisine. Il frappe violemment dans le mur en criant.


BEN TYLER

La ferme!


Finalement, BEN, ne pouvant pas dormir, se retrouve au bar du motel. Il prend une bière et s’assoit à une table pour faire des mots croisés. Soudain, il aperçoit un coeur gravé dans le bois de la table. Les initiales B.T. et S.P. y sont inscrites. Le coeur est traversé d’une flèche. BEN secoue les miettes d’écailles d’arachides pour mieux lire les initiales et devient songeur.


BEN marche dehors dans la nuit. Il vomit. Puis en levant les yeux au ciel, il voit une aurore boréale. Il prend son téléphone et appelle sa mère.


BEN TYLER

Allô, maman ?


Au matin, BEN se réveille au pied d’un immense séquoia. Des sons de tambour amérindien le réveillent. Un homme issu des Premières Nations de la région chante en frappant sur son tambour devant plusieurs totems dressés dans la forêt. BEN regarde les totems et s’attarde à l’aigle décoré qui surplombe l’un d’eux. Plus tard, il se trouve dans une autre partie de la forêt qui a été décimée par le feu, puis dans cimetière au milieu d’une montagne. [BEN est assis sur sa moto devant une croix de chemin en bordure d’une forêt de pins majestueux. Il reprend ensuite la route et s’engage dans le «Hell’s Gate Tunnel».


BEN cligne des yeux, il titube et peine à rester éveillé sur le traversier qui l’amène à toujours plus à l’ouest. Sur le pont, il regarde le décor. Ensuite, BEN reprend la route et s’arrête sur un quai. BEN se repose sur la plage. Le cri des mouettes le réveille. BEN se redresse et regarde devant lui. Une dizaine de surfeurs sont déjà sur leurs planches. BEN sourit.


Plus tard, BEN va manger dans le village le plus près. La serveuse lui apporte une assiette copieuse.


BEN TYLER

C’est super, merci.


SERVEUSE

Bon appétit!


Dehors, un vieux camion arrive dans le stationnement du restaurant et recule tout droit sur la moto de BEN.


À l’intérieur, BEN, joue dans son assiette avec sa fourchette, mais ne semble pas très en appétit. Il n’arrive pas à manger. Il a la nausée. En sortant, BEN trouve sa moto fortement endommagée. Il est découragé. Il pleure et rit en même temps. BEN marche jusqu’à une boutique de location de planches de surf.


Plus tard, BEN est sur la plage, il porte une combinaison étanche et regarde l’océan en tenant sa planche.


SURFEUR

Excusez-moi.

C’est possible de nous prendre

en photos.


Un couple s’approche de BEN. Le jeune homme tend un appareil photo à BEN.


BEN TYLER

Bien sûr.


BEN dépose sa planche et prend l'appareil photo. Le surfeur le remercie en allemand. Il prend sa copine et l’enlace pendant que BEN prend la photo du couple.


SURFEUSE

Merci.


BEN TYLER

Pas de quoi.


SURFEUR

Vous êtes Canadien ?


BEN TYLER

Oui.


SURFEUR

Je dois vous dire

que vous habitez

l’un des plus beaux pays

qui existent dans le monde.


BEN TYLER

Je sais.


BEN regarde le couple s’éloigner avec un sourire satisfait.


NARRATEUR

Leur amour n’était pas une illusion.

Pourtant, comme dans la plupart

des relations, quelques déferlantes

auraient pu d’un coup, tout faire

chavirer.


Sur la porte d’un réfrigérateur, des cartes postales et des photos souvenirs sont aimantées. Parmi celles-ci se trouve la photo du couple allemand à Vancouver.


NARRATEUR

En ces temps de mers agitées,

la photo prise par Ben était

un vibrant rappel

des jours heureux.


BEN regarde l’océan, il reprend sa planche de surf et marche vers la mer. Puis il s’élance à plat ventre sur l'eau et pagaie avec ses mains. BEN s’éloigne de plus en plus de la rive. Après avoir pagayé pendant un long moment. BEN est seul au milieu de l’océan. Il ferme les yeux à plusieurs reprises, puis voit une baleine qui fait des cabrioles au loin.


NARRATEUR

Personne ne saurait dire

avec une certitude absolue

à quoi ressemblait un Grincheux.

Insaisissable, la créature

restait un mystère.

Cependant, sage entre les sages,

son père lui avait toujours

affirmé:

«Quand elle t’apparaîtra,

tu la reconnaîtras.»

Et Ben était absolument

certain que l’univers venait

d’expulser un Grincheux en

toussant. Il n’avait plus

qu’une chose à faire.


BEN est de retour en ville, il est assis à l’arrière d’une voiture taxi. Sur le tableau de bord de la voiture se trouve un modèle réduit d’une moto à longue fourche, conduite par une représentation de Jésus avec une couronne d’épines dorée et un long manteau blanc flottant dans le vent. La voiture s’arrête devant chez lui. BEN descend et se dirige vers la porte.


SAMANTHA est allongée près de BEN dans leur lit. Ils se regardent.


SAMANTHA

Ta peau sent encore l’océan.


BEN TYLER

C’est quoi le taux de divorces?


SAMANTHA

56 pour cent.


BEN TYLER

Ce sont des chiffres inquiétants.


SAMANTHA

C’est mieux que un sur dix.


BEN TYLER

Oui, c’est mieux que rien.

Lorsqu’il est question

de relations humaines,

on oublie les pourcentages.

Il le faut.


SAMANTHA

C’est nécessaire de rompre,

tu penses?


BEN TYLER

J’ai posé une question

à un gars sur la route.

«Comment sait-on

qu’on est amoureux?»

Il m’a répondu:

«Si tu poses la question,

tu ne l’es pas.»

Tu n’as jamais eu à demander,

n’est-ce pas, Sam?


SAMANTHA

Non.

Je l’ai tout le temps su.


BEN TYLER

Es-tu en colère?


SAMANTHA

Oui.

Pas à cause seulement

de ça.

Dans toute l’histoire,

ce qui me gêne,

c’est plus de me sentir

obsédée égoïstement

à l’idée que des tas

de personnes risquent de

cancaner en disant:

«C’est elle la femme qui

a laissé son fiancé

parce qu’il était cancéreux.»


BEN TYLER

Personne ne dira de telles

sornettes.


SAMANTHA

C’est ce que je penserais, moi,

si ça me venait aux oreilles.


BEN TYLER

Je m’excuse d’être à l’origine

de ce merdier.


SAMANTHA

J’espère bien.

Comment te sens-tu?


BEN TYLER

Fatigué.


SAMANTHA

Ce voyage t’a appris

quelque chose?


BEN est au bord des larmes.


BEN TYLER

Oui.


SAMANTHA

Tu as fait des photos ?


BEN TYLER

L’équivalent de toute une vie.


BEN descend de nouveau d’un taxi devant la maison de ses parents. Dehors, ses parents et sa sœur l’attendent. Ils sont heureux de le voir.


Au matin, la ville de Toronto est égale à elle-même avec ses tours, son autoroute et sa circulation automobile, ses trains, son lac, ses taxis et tous ses parcs.


NARRATEUR

Quand on vit de ces rares

moments de révélation,

de tels flashs qui font que,

tout à coup, l’univers a du sens,

on essaie désespérément

de s’y accrocher.

Ce sont nos bouées de sauvetage

en prévision des vents mauvais,

quand l’immensité de l’aventure

humaine, la nature incompréhensible

de l’existence nous échappent

totalement.


Dans un studio, le NARRATEUR parle devant un micro.


NARRATEUR

La question devient alors,

ou aurait dû être dès le début:

que feriez-vous, sachant

qu’il ne vous reste qu’un jour,

ou une semaine, ou un mois

à vivre?

À quelle bouée de sauvetage

vous agripperiez-vous?

Quel secret vous révéleriez?

Quel groupe iriez-vous voir?

À quelle personne iriez-vous

déclarer votre amour?

Quel vœu est-ce que

vous exauceriez?

Vers quel endroit exotique

vous envoleriez-vous pour

un café?

Quel bouquin voudriez-vous

écrire?


Le NARRATEUR tourne une page de son texte. Les mots suivants y sont écrits: «Sept jours, par Ben Tyler.»


Plus tard, le livre de BEN est en vitrine dans plusieurs librairies, avec une photo d'un homme et d'une moto sur la couverture.


Dans la classe où BEN travaille, une citation est inscrite au tableau noir: «Lutter, chercher, trouver et ne jamais céder.»


Générique de fermeture

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