CinéTFO

Retrouvez le meilleur du cinéma sur CinéTFO! Profitez de notre sélection de films offerts gratuitement pour (re)découvrir des classiques et des oeuvres incontournables du cinéma d'auteur contemporain. Pour la programmation en ondes, consultez le Passeport CinéTFO!

Partager
Image univers CinéTFO Image univers CinéTFO

Vidéo transcription

Ajami

Le quartier d’Ajami, à Jaffa, est un lieu cosmopolite où cohabitent Juifs, Musulmans et Chrétiens. Le jeune Nasri, âgé de 13 ans, et son grand frère Omar vivent dans la peur depuis que leur oncle a tiré sur un membre important d’un autre clan. Malek, un jeune réfugié palestinien, travaille illégalement en Israël pour financer l’opération que sa mère doit subir. Binj, palestinien, rêve d’un futur agréable avec sa petite amie chrétienne. Dando, un policier juif recherche désespérément son jeune frère disparu. L’histoire de destins croisés au coeur d’une ville déchirée.



Réalisateurs: Scandar Copti, Yaron Shani
Acteurs: Fouad Habash, Nisrin Rihan, Elias Saba
Année de production: 2009

Accessibilité
Déterminer le comportement de la visionnneuse vidéo:

video_transcript_title-fr

L'action du film se déroule dans le quartier d'Ajami, à Jaffa, en Israël. L'entièreté des dialogues est soit en arabe ou en hébreu, dépendamment de l'origine des personnages.


NASRI, un jeune adolescent arabe, crayonne une bande dessinée.


NASRI (Narrateur)

Je sais que j'ai le pouvoir de prédire les choses.

Je le sais depuis 15 jours.


Sur la feuille, NASRI dessine un jeune homme réparant la roue d'une voiture.


À un autre moment, YIHYAH, un jeune adolescent, change la roue d'une voiture. NUR, une enfant, lui apporte une bouteille d'eau.


YIHYAH

Merci. Apporte-moi du papier toilette.


NUR

Je suis pas ta bonne. Vas-y toi-même.


YIHYAH

J'ai déjà refusé de t'aider?

Va m'en chercher.


NUR

Vas-y toi-même.


YIHYAH

Comment tu me parles?


NUR

Ta voiture est pourrie.


YIHYAH

Ton frère me l'a vendu.


NUR

Remets le pneu.


La mère de NUR l'appelle au loin.


YIHYAH

Je peux pas. Ta mère t'appelle.


NUR va vers sa mère.


MÈRE

Nur!

Viens m'aider. Ton grand-père a besoin d'une serviette. Apporte-la à Nasri.


NUR prend la serviette et entre chez elle.


NUR

Nasri!


NASRI

Oui!


NASRI est dans la salle de bain et donne un shampooing à son grand-père.


GRAND-PÈRE

Doucement. Fais attention.


NUR remet la serviette à NASRI et s'en va.


NASRI

Ferme les yeux, papi.


NASRI

Les études avant tout.

D'abord un diplôme, ensuite une femme.

D'accord?


Dehors, deux hommes en moto passent devant YIHYAH, toujours en train de changer sa roue, et lui tirent trois balles dans le dos avant de rouler au loin. YIHYAH s'écroule sur le sol. Les habitants du quartier se ruent autour de YIHYAH. NASRI est du nombre.


HOMME

Yihyah. Yihyah! Yihyah réveille-toi!


FEMME

Retiens ta soeur!


NASRI (Narrateur)

J'avais senti qu'il se passerait quelque chose.

Mais je ne savais pas quoi.

Ni que ça toucherait mon voisin, Yihyah.


On emmène le corps de YIHYAH dans une voiture.


HOMME

Dépêchez-vous!


NASRI (Narrateur)

Il n'avait fait de mal à personne.

Il a été tué pour rien.

À cause de nous.

Tout a commencé dans le café de mon oncle.


L'action retourne en arrière. Un homme armé d'une carabine entre dans un café.


NASRI (Narrateur)

Quand un Bédouin est venu

collecter l'argent de la protection.


Le Bédouin prend un homme par le collet et tire en l'air.


NASRI (Narrateur)

Mon oncle a tiré sans réfléchir.


L'oncle de NASRI se lève et tire sur le Bédouin, qui s'écroule sur le sol.


NASRI (Narrateur)

L'homme appartenait au clan Abdul-Zen,

un des plus puissants du sud.


À un autre moment, un homme lance un cocktail Molotov dans le café de l'oncle.


NASRI (Narrateur)

Ils ont mis le feu à son café

et ont tenté de le tuer.

Un jour, mon oncle

en a eu assez de se cacher.


L'oncle transporte une caisse de légumes dans un marché public. Deux hommes cagoulés surgissent de la foule et tirent sur l'oncle.


NASRI (Narrateur)

Il a été blessé, mais il n'est pas mort.


L'action retourne au présent, au moment où YIHYAH se fait transporter dans la voiture.


NASRI (Narrateur)

Puis ils sont remontés jusqu'à nous.

Ils visaient mon grand frère.

Ils se sont trompés.


Plus tard, la famille de YIHYAH pleure sa mort.


JEUNE FEMME

Il n'a rien fait!


La mère de NASRI console la femme. NASRI assiste à la scène.


NASRI (Narrateur)

J'ai très vite compris

qu'on était tous en danger.

Et la pire époque de ma vie a commencé.


Plus tard, la mère fait une étreinte à NUR avant que celle-ci monte dans une voiture. NUR pleure.


NASRI (Narrateur)

Ma mère voulait

qu'on aille se cacher loin de Jaffa.

Ma soeur est partie pour Jérusalem.

Je suis parti le lendemain.


Le lendemain, NASRI se fait embrasser par sa mère avant de monter en voiture.


NASRI (Narrateur)

J'ignorais ce qui nous attendait

ou même quand je reviendrais.

J'étais inquiet pour mon frère,

qui refusait de quitter la maison.


OMAR, le grand frère de NASRI, regarde celui-ci partir.


NASRI (Narrateur)

Mon frère dit que la peur

est le pire déshonneur

et que la fuite

est l'affaire des lâches.


Titre :
Ajami


Plus tard, OMAR est assis à l'arrière d'un taxi. SHATA, son ami, est assis sur le siège du passager. Le taxi roule dans un quartier très pauvre, où plusieurs maisons sont en ruines.


SHATA

Génial!

(S'adressant au chauffeur)

Arrête-toi.


Le chauffeur arrête la voiture devant un groupe de jeunes hommes.


JEUNE HOMME

Salut.


SHATA

Salut. Tu sais où habite Khamis?


JEUNE HOMME

Là-bas.


SHATA

Merci.


OMAR et SHATA débarquent de la voiture.


Texte narratif :
Chapitre premier


OMAR et SHATA longent une muraille sur le bord de la route. Ils s'arrêtent dans un trou au bas de la muraille. SHATA se penche et parle dans le trou.


SHATA

Khamis!


VOIX DE KHAMIS

Qui c'est?


Texte narratif :
Quartier de Dahmash, Lod


SHATA

Salut. Je viens pour le paquet.


VOIX DE KHAMIS

Tu es qui?


SHATA

«Piment».


VOIX DE KHAMIS

Tu as le fric?


SHATA

Oui. Attends.


SHATA sort une liasse de billets de sa poche et la place dans le trou.


SHATA

Tu es où? Tiens.

(S'adressant à OMAR)

Dépêche-toi.


OMAR se penche et ouvre son sac.


SHATA

(S'adressant à KHAMIS)

Il y a le compte, t'inquiète.


KHAMIS fait passer par le trou un objet enveloppé dans un chiffon. OMAR s'empresse de mettre l'objet dans son sac.


SHATA

(S'adressant à OMAR)

Relève-toi.


Plus tard, OMAR et SHATA sont de retour dans le taxi.


SHATA

Un chauffeur de taxi passe.

Un gamin lui crie d'arrêter.

D'accord, monte.

Le gamin défonce la portière.

Petit con! Fait gaffe à la portière!

Alors le gamin dit:

si mes parents avaient été des lions,

j'aurais été un lionceau.


Sur le banc arrière, OMAR ouvre discrètement son sac et examine l'objet dans le chiffon. Il s'agit d'un pistolet.


SHATA

(Poursuivant son histoire)

Si mes parents avaient été les chiens,

j'aurais été chauffeur de taxi.


Le chauffeur rit.


Plus tard, le soir tombe sur le quartier d'Ajami, à Jaffa.


ANAN arrête sa voiture devant la maison d'OMAR. OMAR et SHATA viennent à sa rencontre.


SHATA

Salut, Anan.


ANAN

Ça va, les gars?


OMAR

Salut Anan.

Je viens pas.


ANAN

Magne-toi.


OMAR

Je peux pas.


ANAN

On va pas loin.


OMAR

J'ai un paquet sur moi.


ANAN

Un paquet? T'es malade ou quoi? Va le ranger et amène-toi.


OMAR retourne chez lui et range le pistolet au-dessus du luminaire au plafond.


Un peu plus tard, OMAR est dans la voiture d'ANAN avec SHATA.


ANAN

T'en fais pas, Abu Elias va t'aider.

Il résout les conflits. Il a du pouvoir.

Tout le monde le respecte.

Pourquoi tu stresses?


SHATA

Il a peur de sortir.


ANAN

Tu ne crains rien avec moi.

Personne ne te touchera.


ANAN arrête sa voiture devant le restaurant d'ABU ELIAS. Les trois amis débarquent de la voiture.


SHATA

Je reste là.


ANAN

Comme tu veux.

Suis-moi, Omar.


SHATA

Je fume une clope.


ANAN et OMAR entrent dans le restaurant.


ANAN

Attends-moi là, je t'appellerai.


OMAR attend à l'entrée du restaurant. ANAN se dirige vers la table où est assis ABU ELIAS.


ANAN

(S'adressant à un client)

Bon appétit.


HADIR, une jeune femme, sort de l'arrière-boutique pour se rendre à la caisse, là où OMAR attend.


HADIR

Bonsoir. Tu veux une table?


OMAR

Non. J'attends un ami.


HADIR

Je te sers un verre?


OMAR ne répond pas.


HADIR

Une boisson chaude?


OMAR reste coi.


HADIR

Tu ne veux rien?


OMAR fait non de la tête. HADIR s'éloigne en caressant subtilement la main d'OMAR avec son petit doigt.


ANAN

Omar, viens.


OMAR s'approche de la table d'ABU ELIAS.


ABU ELIAS

(S'adressant à ANAN)

Laisse-nous.


ANAN se lève de table.


OMAR

(S'adressant à ABU ELIAS)

Bonsoir.


ABU ELIAS

Bonsoir.

Assieds-toi.

Samih était ton père?

Le menuisier?


OMAR fait oui de la tête.


ABU ELIAS

Paix à son âme.

En quoi puis-je t'aider?


OMAR

Ça chauffe, à Ramleh.


ABU ELIAS

À ce qu'il paraît.


OMAR

Mon oncle a tué

un membre de la famille Zen.


ABU ELIAS

Abul-Zen.


OMAR

Ils lui ont tiré dessus.

Ils sont remontés jusqu'à nous

et ont tué mon voisin.

Un gosse de 15 ans.

Ils l'ont pris pour moi.


ABU ELIAS

Comment va ton oncle?


OMAR

Il est gravement blessé.


ABU ELIAS

Vraiment? Et le Bédouin?


OMAR

Il est paralysé.


ABU ELIAS

Qui est le chef de la famille?


OMAR

Mon grand-père, mais il est à moitié handicapé.


ABU ELIAS

Et après lui?


OMAR

C'est moi.


ABU ELIAS

Quel âge as-tu?


OMAR

19 ans.


ABU ELIAS

Tu es chef de famille à 19 ans?


OMAR

C'est pour ça que je suis là.

Vous pouvez peut-être m'aider.


ABU ELIAS

Écoute-moi.

Tu dois être très prudent.

Je vais trouver une solution.


ABU ELIAS

Et ensuite?


OMAR

Ne sors pas.

Laisse-moi deux jours

pour voir ce que je peux faire.

D'accord?


Plus tard, OMAR rentre chez lui. Son grand-père est dans le salon.


GRAND-PÈRE

Omar?


OMAR

Bonsoir papi.


GRAND-PÈRE

Où étais-tu passé?

Ta mère était morte d'inquiétude.

Qu'est-ce qui t'a pris?


La mère entre dans le salon.


MÈRE

Viens avec moi. Viens.


OMAR et sa mère vont dans une autre pièce.


MÈRE

Où étais-tu?


OMAR

Dehors...


MÈRE

(Haussant le ton)

Où étais-tu? Où étais-tu?

Tu te crois trop grand?

Dis-moi!?


OMAR

Calme-toi.


MÈRE

(Parlant plus fort)

Où étais-tu?

J'ai cru mourir d'inquiétude!

Où étais-tu?

Tu veux te faire tuer?


OMAR

Arrête.


MÈRE

(Au bord des larmes)

Tu veux te faire tuer?

J'ai cru mourir.


OMAR

S'il te plaît, calme-toi.

Tout va bien, maman.


Deux jours plus tard, OMAR et sa mère se font déposer devant la maison d'ABU ELIAS.


CHAUFFEUR

C'est sa maison avec la porte verte.


OMAR et sa mère se rendent à l'entrée de la maison. OMAR cogne à la porte ouverte. HADIR vient à leur encontre.


HADIR

Qui est là?


OMAR

Bonjour.


HADIR

Salut.


OMAR

Bonjour. Abu Elias est là?


HADIR

Il va arriver. Entrez.


OMAR

Il nous a dit de venir.


HADIR

Il ne devrait plus tarder.

Enfin... je pense.

Il est sorti cinq minutes.

Vous voulez boire quelque chose?


MÈRE

Vous pourriez m'indiquer les toilettes?


HADIR

C'est juste là.


MÈRE

Merci.


OMAR attend que sa mère soit partie avant de parler à HADIR.


OMAR

(Chuchotant)

Je suis venu demander ta main.


HADIR

(Chuchotant)

Non!


OMAR

(Chuchotant)

J'ai parlé à ma mère.


HADIR

(Chuchotant)

Ne fais pas ça.


OMAR

(Chuchotant)

J'en ai marre.


HADIR

(Chuchotant)

Tu sais bien...

tu ne peux pas faire ça!

Il va arriver.

Respecte-moi et ne fais pas ça.


OMAR

(Chuchotant)

Maintenant qu'on est là...


HADIR

Tu aurais pu me prévenir.

Tu n'as pas le droit.


OMAR

Je rigole.


HADIR sourit. OMAR lui tend la main. HADIR la prend timidement.


OMAR

(Chuchotant)

Viens là.


HADIR

(Chuchotant)

Non.


La mère d'OMAR revient des toilettes.


HADIR

Je vous sers quelque chose?


OMAR

Non, merci.


HADIR

Rien? Un coca, une boisson fraîche?


ABU ELIAS rentre chez lui.


ABU ELIAS

Bonjour.


MÈRE

Bonjour.


ABU ELIAS

Ça va, Omar?


OMAR

Jolie maison.


ABU ELIAS

C'est vrai? Comment vas-tu?


OMAR

Très bien.


ABU ELIAS

Anan t'as parlé?


OMAR

Il m'a dit que c'était réglé,

que vous m'expliqueriez.


ABU ELIAS

C'est vrai.

(S'adressant à HADIR)

Va nous faire du café.

(S'adressant à OMAR et sa mère)

J'ai discuté avec quelques amis.

Ils ont accepté de vous protéger.

Votre protecteur s'appelle Haj Krayem.

C'est un homme influent.

Il veillera sur vous.

Vous ne risquez rien.

Vos enfants peuvent rentrer chez vous.


OMAR

C'est sûr?


ABU ELIAS

Absolument.


OMAR

(S'adressant à sa mère)

Tu entends?


ABU ELIAS

On a payé pour une trêve.

On a versé 2000 dinars

en guise d'acompte.


OMAR

2000 dinars?


ABU ELIAS

Pour trois jours de cessez-le-feu.

On a trois jours

pour trouver un terrain d'entente.

Sachez que ça va coûter

beaucoup d'argent.

Beaucoup d'argent.


MÈRE

Comment va-t-on payer?


ABU ELIAS

Dieu tout-puissant vous aidera.


MÈRE

Mais on n'a pas...


ABU ELIAS

Dieu vous aidera.

Espérons qu'ils acceptent

une réconciliation.

On fixera d'abord une somme,

puis on entamera les négociations.


HADIR revient avec un plat de café et des tasses.


ABU ELIAS

(S'adressant à HADIR)

Je vais le faire.

Va terminer tes devoirs.

Je t'appellerai, si besoin.


HADIR

Merci beaucoup.


HADIR s'en va.


MÈRE

On ne pourrait pas leur expliquer...


ABU ELIAS

Non. Ils veulent se venger.


MÈRE

Mes enfants n'y sont pour rien.

C'est son oncle...


ABU ELIAS

Ça leur est égal.

C'est la même famille.

Ils veulent tuer toute la famille.

L'argent est la seule solution.


OMAR et sa mère ont la mine basse.


Plus tard, OMAR et dehors et discute avec SHATA.


SHATA

Tu as parlé à ton oncle?


OMAR

Il est à l'hôpital sous surveillance policière.

De toute façon, il est fauché.

Il est endetté jusqu'au cou.

Que veux-tu que je fasse?

Je suis comme Yihyah.

Sans argent ni pouvoir,

on est rien.

On peut bien crever.

C'est la jungle.

La loi du plus fort.


NASRI se dirige vers OMAR à vélo. Il descend de son vélo et se jette dans les bas de son frère.


OMAR

(Souriant)

Qu'est-ce que tu fais là?

Qu'est-ce que tu fais-là,

petit con?


NASRI

Je suis arrivé à une heure.


OMAR

Avec qui?


NASRI

Je suis là.


OMAR

Qui t'as ramené? Qui t'as ramené?


OMAR prend son frère dans ses bras et sourit à pleines dents.


Dans un village bédouin, au sud d’Israël, OMAR et NASRI se rendent avec HAJ KRAYEM dans une maison pour négocier avec le clan Abul-Zen. La négociation est présidée par un juge. ABU ELIAS est également présent lors des négociations.


HAJ KRAYEM

Écoute-nous, juge.


JUGE

Je t'écoute.


HAJ KRAYEM

L'oncle travaillait dans son café.

Un membre de la famille Abdul-Zen est entré,

armé d'une mitraillette,

et a tiré en l'air.

C'était une question de vie ou de mort.

Allah voulait qu'on tire en premier.

On ne nie pas.

C'était de la légitime défense.


ABU MUHAMMAD, un homme du clan Abu-Zen, rétorque.


ABU MUHAMMAD

Pourquoi l'aurait-on attaqué?

Sous quel prétexte?

Sous quel prétexte?

La cupidité? On n'est pas cupides.

Il nous a attaqués et contraints

à défendre notre honneur.


JUGE

Allah te garde.


HAJ KRAYEM

(Désignant OMAR)

Se venger sur lui?

Un enfant? L'oncle ne suffisait pas,

il voulait Omar.

Omar avait vendu sa voiture à son voisin.

Quand ils sont venus,

ils ont vu le voisin d'Omar

changer son pneu et ils l'ont tué.

À toi de décider.


JUGE

Allah te garde.

Je t'écoute, Abu Muhammad.


ABU MUHAMMAD

Tout est faux.

Ils n'ont aucune preuve contre moi.

Je n'ai tué personne.

Je suis innocent.


HAJ KRAYEM

Ce sont eux, les agresseurs.


ABU MUHAMMAD

Exactement.

Je voulais résoudre ça à l'amiable,

mais il a disparu.


JUGE

Allah te garde.

Délivre-moi de Satan,

au nom de Allah.

Une prière pour le Prophète.


TOUS

Une prière pour le Prophète.


JUGE

Les trois premiers jours

coûteront 3000 dinars.

(S'adressant à un homme)

Tu notes?


HOMME

Oui.


JUGE

Ajoute 37 jours multiplié par 500 dinars.

Pour l'homme émasculé,

qui ne peut plus travailler...

100 chameaux.

100000 dinars.

Payés à la famille Abdul-Zen.

Moins un tiers, par la grâce du juge.

Pour l'homme qui a été blessé aux jambes...


HAJ KRAYEM

Et à l'abdomen.


JUGE

Bien. Les séquelles sont-elles provisoires?


HAJ KRAYEM

Non, définitives.


JUGE

(S'adressant à l'homme)

«À moitié mort.» Tu notes?


HOMME

Oui.


JUGE

Moins un tiers. Ça fait combien?


HOMME

33000 dinars.


JUGE

Soustrais les deux, maintenant.


HOMME

47000.


JUGE

Pour Allah, 7000 dinars.


HOMME 2

Ça ne suffit pas pour Allah.


JUGE

10000 dinars!


ABU MUHAMMAD

Juge, tu ne peux pas faire ça.

Tu n'as pas le droit!

C'est à moi de décider.

Juge! Juge, entendons-nous à 47000.

Pas moins.

La victime est paralysée.


JUGE

5000 pour Allah.


ABU MUHAMMAD

Pour Allah le Prophète.

42000 pour nous.


HOMME DU CLAN ADUL-ZEN

D'accord.


JUGE

Bien. Fais preuve de générosité.


ABU MUHAMMAD

Au nom de mes proches assis

dans cette pièce...

Allah vous garde.

Je leur fais grâce de 4000.


JUGE

Combien il reste?


HOMME

38000.


JUGE

On arrête là.

Le café!

Buvez votre café.


Tout le monde prend une gorgée de café.


JUGE

Buvez votre café. Serrez-vous la main.

Allah de garde, félicitations Abu Muhamed.


Les hommes du clan d'OMAR font la bise à ABU MUHAMMAD.


HOMME

Allah te garde. Pardonne-lui.


ABU MUHAMMAD

(S'adressant à OMAR)

Je te pardonne, fils.


HOMME

Ça fait combien?


HOMME 2

Il acceptera de réduire la dette à 35000.


À l'extérieur de la pièce, NASRI assiste à la scène.


Plus tard, NASRI est chez lui et poursuit sa bande dessinée. Il y recrée l'assassinat de YIHYAH, ainsi que la négociation avec le clan Abul-Zen.


NASRI (Narrateur)

«Ne t'en fais pas. Je ne laisserai personne te faire de mal. Je te promets qu'on trouvera l'argent. Même si je dois travailler jour et nuit.»


NASRI dessine OMAR en train de lui parler seul à seul.


NASRI (Narrateur)

«Tu dois me faire confiance. Tu n'es plus un gamin. Si on est forts, personne ne pourra nous atteindre. Notre sort ne dépend que de nous.»


Le soir venu, NASRI se rend avec OMAR et SHATA dans un terrain vague pour se s'entraîner au tir. OMAR tire quelques coups, puis son fusil s'enraye.


OMAR

Saloperie.

(S'adressant à NASRI)

Vas-y. Tire.


NASRI tire un coup.


OMAR

Vise le sol.


NASRI tire une autre fois.


OMAR

C'est bien. Ça suffit.


Un autre soir, OMAR, NASRI et leur mère sont à table.


MÈRE

J'ai trouvé une maison, au nord.

On quitte Jaffa dans dix jours.

Personne ne doit savoir.


OMAR

Tu sais à qui on a affaire?

Ces types sont dangereux.

Ils nous retrouveront toujours.


MÈRE

Comment?


OMAR

Ils nous retrouveront, maman.

Où qu'on aille dans ce pays,

ils nous retrouveront.


MÈRE

Tu sais quelle somme

on a réunie jusqu'à maintenant?

Dans dix jours, on déménage.


OMAR

Au bout de 45 jours,

la dette passera à 80000 dinars.

Et ils seront à nos trousses.

Nous enfuir? Ça nous ruinera.


Plus tard en soirée, OMAR et SHATA volent le contenu d'une voiture.


Le lendemain, OMAR et SHATA sont aux abords d'une station service. OMAR compte l’argent récolté jusqu'à présent.


SHATA

Planque ça.

Les gens sont des rats.


Une voiture s'arrête à la station-service. SHATA et OMAR se font passer pour des pompistes.


SHATA

Bonjour! Je vous en mets combien?


CHAUFFEUR

Le plein de 95.


Le chauffeur remet une liasse de billets à OMAR.


OMAR

Ça va, Monsieur?


SHATA glisse subtilement un appareil clandestin dans le réservoir à essence du chauffeur.


Pendant ce temps, NASRI s'adresse à des gens sur une terrasse.


NASRI

Bonjour. On a une réserve d'essence à écouler.


Un ami de NASRI parle à un autre homme sur la terrasse.


GARÇON

On vend de l'essence à moitié prix.


HOMME

(S'adressant à NASRI)

Qui?


NASRI

Mon frère et Shata.


Pendant ce temps, OMAR termine la transaction avec le chauffeur.


OMAR

Merci beaucoup.


SHATA

(Chantant)

Mets les gaz, mon ami, et prends le large avant la pluie.


Le chauffeur part en trombe.


SHATA

C'est parti!


OMAR

2700 shekels.


SHATA

2700. Génial.


OMAR

Génial? Ça ne vaut pas le coup.

On a bousillé trois bagnoles pour ça.


SHATA

Tu as une autre idée?


OMAR

Vendre.


SHATA

Vendre quoi?


OMAR

De la drogue.


SHATA rit.


OMAR

Quoi?


SHATA

Tu me fais marrer.


OMAR

Pourquoi?


SHATA

Qui va te laisser dealer?

Tu es con ou quoi?


OMAR

J'ai besoin de fric.


SHATA

Tu veux du fric?


OMAR

Tu le fais bien, toi.


SHATA

Pour des petites sommes!


OMAR

Présente-moi au mec.

Je peux le faire.


SHATA

Quel mec?


OMAR

Je peux le faire.


SHATA

Va te faire voir.


OMAR

C'est quoi le problème?

J'en suis pas capable?


SHATA

Pour dealer, il faut des contacts.

Tout le monde doit savoir ce que tu deales.

Tombe sur le mauvais mec

et il te balance.

Et tu vas direct en tôle.

Et en tôle, tu seras rayé de la carte.

C'est bourré de tueurs à gages.

On doit pas s'embarquer sur ce terrain.


OMAR

J'ai pas le choix.


SHATA

Quitte la ville!


OMAR

Non.


SHATA

Pourquoi?

Si tu restes, tu n'as aucune chance.

Il te reste 20 jours.

Trois semaines, ça file comme ça.

Trois semaines, c'est rien.


La nuit, NASRI se lève de son lit et va voir sa mère.


NASRI

Maman. Maman.


MÈRE

Oui, mon chéri.


NASRI

Où est Omar?


MÈRE

Pourquoi?


NASRI

Je crois qu'il lui est arrivé quelque chose.


MÈRE

Tu as eu une vision?


NASRI

Non.


MÈRE

Tu as fait un rêve?


NASRI

Non.


MÈRE

Je suis sûre qu'il va bien.

Pourquoi tu es si inquiet?

Tu es trop grand pour avoir peur.

Cesse de t'inquiéter.


NASRI

J'arrive pas à dormir.


MÈRE

Viens.


NASRI

Appelle-le.


MÈRE

Je vais l'appeler.


La mère de NASRI le borde en lui récitant une prière.


MÈRE

Il n'y a pas d'autres Dieu que Lui,

car Il vit et respire.

Il est maître du ciel et de la Terre.

De ceux qui croisent Sa route

et Il peut dire ce qu'ils ont vécu

et ce qui les attend.

Il reste à jamais un Dieu impénétrable.

Il règne sur le ciel et la Terre.

Il est le maître suprême.


Texte narratif :
Chapitre deux


À Naplouse, en territoire palestinien, MALEK, un adolescent de 16 ans, fait sa valise au milieu de la nuit.


À l'aube, MALEK monte dans un minibus clandestin.


CHAUFFEUR

Tout le monde est là?

Tout le monde est là?

Qui n'est pas là?

On peut y aller?


HOMME

On est tous là.


CHAUFFEUR

On y va?


CHANTEUR

Allah garde de nous

et protège notre âme

tout au long de notre voyage.


Le chauffeur démarre son minibus et fait jouer la radio.


Plus tard, l'autobus arrive aux abords de Jaffa.


CHAUFFEUR

On est arrivé.


Le chauffeur arrête son minibus.


CHAUFFEUR

Allez. Dépêchez-vous. Allah nous protège. N'oublie pas ça.


Les passagers du minibus descendent sur le bord de la route et traversent le champ qui mène à la ville.


CHAUFFEUR

Au revoir.


Plus tard, le chauffeur se rend à la frontière où un soldat israélien s'adresse à lui en hébreu.


SOLDAT

Vos papiers.


CHAUFFEUR

J'ai mon permis de conduire.

C'est moi. Regardez.


SOLDAT

(Prenant le permis)

Descendez du véhicule.


CHAUFFEUR

Pourquoi?


SOLDAT

Descendez deux secondes.


Le chauffeur obéit.


CHAUFFEUR

(Désignant son permis)

Vous me le rendez?


SOLDAT

Non.


CHAUFFEUR

(Reprenant son permis)

Merci.


Texte narratif :
Entrée en Israël


Pendant ce temps, MALEK et ses compatriotes traversent le champ.


COMPATRIOTE DE MALEK

Ils n'ont pas de travail pour moi?


MALEK

S'ils ont besoin de quelqu'un,

je te recommanderai.


COMPATRIOTE DE MALEK

Ils payent bien?


MALEK

Ça va.


COMPATRIOTE DE MALEK

Combien?


MALEK

Je n'en sais rien...


Plus tard, le chauffeur est assis à l'ombre d'un parasol sur une petite route déserte avec le vieil homme qui l'accompagnait. Le chauffeur fait bouillir de l'eau et le vieil homme fume la chicha.


VIEIL HOMME

Allah nous viendra en aide.


CHAUFFEUR

L'eau bout?


MALEK et les autres rejoignent le chauffeur et le vieil homme. Ils mangent des citrons.


Plus tard, le groupe est de retour dans le minibus.


CHAUFFEUR

Remerciez Allah et mangez.


COMPATRIOTE DE MALEK

Merci, Allah.

(S'adressant à MALEK)

Le citron tue les microbes

les plus récalcitrants.

Mais quand on arrivera à Tel-Aviv...

(Toussotant)

tu auras faim.


MALEK

Tu as failli t'étouffer.


COMPATRIOTE DE MALEK

J'ai avalé de travers.

Ouvre la vitre.


L'autobus entre dans la ville.


HOMME

Allah tout-puissant.


Un immense gratte-ciel se dresse devant eux.


COMPATRIOTE DE MALEK

Tu vois la terrasse?

Les hélicoptères atterrissent là-haut.

Ils te tombent sur la tête,

tout droit du ciel.


Plus tard, l'autobus fait descendre MALEK.


CHAUFFEUR

Au revoir.


MALEK

Salut. Prends soin de toi.


MALEK se rend à l'arrière du restaurant d'ABU ELIAS, où OMAR est en train de nettoyer le camion de livraison.


MALEK

Ça, va Omar?


OMAR

Salut mon pote.

Ça va bien?

Tu es venu comment?


MALEK

Avec le minibus. C'était crevant.


OMAR

Tu vas bien?


MALEK

Très bien.


OMAR

Et comment va ta mère?


MALEK

Beaucoup mieux. Où est Anan?


ANAN sort du restaurant.


ANAN

Bienvenue. C'est bon de te revoir.

Comment tu vas?


MALEK

Bien mieux.


ANAN

Et ta mère?


MALEK

Bien mieux aussi.


ANAN

Grâce à Dieu.

Entre. Tu veux à boire?


MALEK

S'il te plaît.


Plus tard, MALEK est en cuisine avec OMAR. Ils râpent des carottes.


MALEK

Omar je n'ai pas vu Binj.


OMAR

Binj? Il n'est pas venu travailler.

Il a des ennuis.


MALEK

Quel genre?


OMAR

C'est son frère.

Il a des soucis avec la police.


MALEK

Pourquoi?


ANAN entre dans la cuisine en vitesse.


ANAN

Malek! Dépêche-toi! Les flics sont là.


ANAN aide MALEK à grimper sur le toit du restaurant. MALEK s'y rend et entre par la porte-fenêtre située à l'étage. De l'autre côté l'attendent ABU ELIAS et HADIR, qui lui ont préparé une fête surprise. HADIR lui chante une chanson d'anniversaire.


ABU ELIAS

Félicitations! Joyeux anniversaire...


ANAN entre également dans la pièce.


ABU ELIAS

Félicitations.


HADIR

Félicitations.


ANAN

Félicitations.

Viens t'asseoir.


ABU ELIAS

Assieds-toi à côté de moi.

Je n'ai pas oublié ton anniversaire.

J'ai une semaine de retard,

mais on va le fêter quand même.

Tu ne t'y attendais pas?


MALEK

Bien sûr que non.


ABU ELIAS

Évidemment.

J'ai un cadeau pour toi.

Ma fille aussi.


ABU ELIAS remet un cadeau à MALEK.


MALEK

J'en reviens pas.


ABU ELIAS

(S'adressant à HADIR)

Mets le film.


HADIR fait jouer un film sur la télévision. On y voit ABU ELIAS et HADIR dans un hôpital.


ABU ELIAS

(S'adressant à MALEK)

Regarde qui c'est.

Anan nous a filmés dans la Chambre.


Dans la télévision, ABU ELIAS et HADIR entrent dans la chambre d'une femme alitée.


ABU ELIAS

(Dans la télévision)

Allah vous guérisse.


MÈRE DE MALEK

(Dans la télévision)

Bonjour. Comment va Malek?


ABU ELIAS

À merveille. On s'occupe bien de lui.


MALEK

Elle a l'air très mal.


ABU ELIAS

Quoi?


MALEK

Elle a l'air très mal.


ABU ELIAS

Non, ça va.


Dans la télévision, la mère de MALEK s'adresse à son fils en récitant un texte.


MÈRE DE MALEK

(Dans la télévision)

Pour mon fils chéri, Malek,

très joyeux anniversaire pour tes 16 ans.

Je te souhaite de vivre 120 ans.

Saches que tu me manques

et je meurs d'envie de te voir.

Je t'envoie toute mon affection

et te souhaite beaucoup de joie.


ABU ELIAS

(Dans la télévision)

Si Dieu le veut.

Soyez forte et vous serez bientôt guérie.


Le soir, MALEK sort des poubelles du restaurant. Le COMPATRIOTE de MALEK vient à sa rencontre.


COMPATRIOTE DE MALEK

Bonsoir, Malek.


MALEK

Bonsoir. Ça va, Abu Muhammad?


COMPATRIOTE DE MALEK

Et toi?


MALEK

Qu'est-ce que vous faites là?


COMPATRIOTE DE MALEK

Quand je suis arrivé au travail,

cette ordure de Juif avait embauché

quelqu'un d'autre.

Parce que je me suis absenté.

Je n'ai nulle part où aller.

J'ai pensé... j'ai pensé à toi, ici.

Tu dors au restaurant?


MALEK

Je dors ici, oui.


COMPATRIOTE DE MALEK

Je vais me débrouiller.

Mais je voulais savoir...


MALEK

Je comprends.


COMPATRIOTE DE MALEK

Si tu pouvais m'aider.

Tu sais, Jaffa est infesté de voyous.

La police est partout.

Je ne veux pas d'ennuis.


MALEK

Ne vous en faites pas.


MALEK entre au restaurant pour parler à ANAN.


MALEK

Anan...


ANAN

Je t'écoute.


MALEK

Quelqu'un de mon village ici.

Il ne connaît pas Jaffa.

Il est perdu.


ANAN

Qu'est-ce que j'y peux?


MALEK

Il a demandé...


ANAN

Encore un clandestin?

Rends-moi service.

Vire-le.


MALEK ne répond pas tout de suite.


ANAN

Vire-le!

Je ne peux rien pour lui.


MALEK retourne à l'arrière voir son compatriote.


COMPATRIOTE DE MALEK

Alors, Malek?


MALEK

Je ne sais pas quoi vous dire.


COMPATRIOTE DE MALEK

Ces Arabes d'Israël...

on parle des collabos,

mais ils sont bien pires.


MALEK

Je peux faire quelque chose?


COMPATRIOTE DE MALEK

Non. Merci, Malek. Tu as fait de ton mieux.


Le COMPATRIOTE s'en va.


Plus tard, MALEK est seul en cuisine et nettoie une table. ABU ELIAS vient à sa rencontre.


ABU ELIAS

Allah te bénisse.


MALEK

Vous aussi.


ABU ELIAS

Comment ça va? Ça va bien?


MALEK

Oui, merci.

(Remarquant une trace de savon)

Je vous ai sali.


ABU ELIAS

Le travail. Ça va?


MALEK

Très bien.


ABU ELIAS

C'est vrai?

Ta mère a été renvoyée chez elle.


MALEK

À la maison?


ABU ELIAS

Oui. Elle n'a plus d'argent.

L'hospitalisation coûte très cher.


MALEK

Elle sera opérée?


ABU ELIAS

C'est très cher, Malek.

J'ai vérifié, l'opération

coûte environ 75000 dollars.

Tu comprends? Mais ne t'en fais pas.

On l'aidera. Le gouvernement palestinien

versera 25000 dollars.

Pour le reste, je donnerai ce que je peux,

Anan donnera ce qu'il peut.

On récoltera des dons et on fera au mieux.


MALEK

Je travaillerai pour vous toute ma vie.


ABU ELIAS

Ne t'en fais pas. Je m'occupe de tout. D'accord?


MALEK

Si Dieu le veut.


ABU ELIAS

Prends soin de toi. D'accord? Bonne nuit.


MALEK

Bonne nuit.


Plus tard en soirée, MALEK se rend devant la porte d'un appartement. Deux hommes lui sautent dessus sans avertir. Il s'agit d'OMAR et de SHATA, qui voulaient lui faire une blague.


SHATA

Qu'est-ce que tu fous là?


MALEK

(Effrayé)

Quoi?


SHATA

(Riant)

Tu as fait dans ton froc, chéri?


MALEK

Vous m'avez fait peur.


OMAR

Qu'est-ce qui t'amène?


La porte s'ouvre et BINJ accueille ses invités.


BINJ

Qu'est-ce qui se passe?

Salut Shata, ça roule?

Salut, Malek. Qu'est-ce qu'ils t'ont fait?


OMAR

On l'a terrorisé.


Plus tard, les amis sont réunis au salon de BINJ. BINJ fume de la drogue à travers une pomme.


RABIH

Ça suffit, Binj, tu ne pourras plus t'en passer.


BINJ

«C'est si bon qu'on fait des bonds!»


SHATA fume dans la pomme, puis la passe à RABIH.


RABIH

Non.

File à Omar.


OMAR

Je ne fume pas.


BINJ

C'est vrai.

La honte.


MALEK

Dis Binj,

tu n'es pas venu au travail, aujourd'hui.

Pourquoi?


BINJ

J'avais besoin de repos.

(Tentant d'ouvrir une bouteille)

Pas de décapsuleur.


SHATA

Donne.


BINJ

J'ai pas mal de problèmes,

en ce moment.


SHATA

(Remettant la bouteille)

Tiens.


MALEK

Quels problèmes?


BINJ

C'est mon frère.


SHATA

Ça manque de nanas, ici.


BINJ

Va en chercher.


OMAR

Shata ne pense qu'à baiser.


SHATA

À baiser?


BINJ

C'est qu'un gamin.

(S'adressant à MALEK)

C'était ton anniversaire!


MALEK

Abu Elias m'a fait une surprise

avec Anan et Hadir.


BINJ

Sympa. J'ai une surprise pour toi.

Tu vois la raquette? Apporte-la-moi.

Débranche-la.


MALEK se lève et débranche du mur un objet ressemblant à une raquette de tennis.


MALEK

Tu as branché une raquette de tennis?


BINJ

C'est ton cadeau d'anniversaire.

Ça vient de Thaïlande.


SHATA

Tu lui offres le cadeau de ta petite amie?


BINJ

Tu as déjà joué au tennis?


RABIH

C'est quoi?


BINJ

Regardez. C'est électrifié.


BINJ appuie sur un bouton et la raquette produit de petits éclairs. Il touche MALEK avec pour le taquiner.


BINJ

Attention! Tu vas te prendre une décharge.


SHATA

Ne l'émascule pas. Il est bon à marier.


BINJ

C'est pas une vraie décharge.

C'est pour les mouches.

Les mouches, les moustiques...

et il y a une lampe pour t'éclairer

dans le container.

Et te voir te branler...


SHATA

Pervers.


MALEK

Merci, Binj.


BINJ

Joyeux anniversaire.


MALEK

Tu reviens au travail bientôt?


SHATA

(Parlant en hébreu)

Patron! Cet homme refuse de travailler.

Il préfère glander à la maison.

Garde ton pantalon!

Pantalon court ou long... la préférence?


BINJ

(En parlant de MALEK)

Il ne comprend pas.

Il ne parle pas hébreu.

Dis-lui en arabe.


SHATA

(Parlant en hébreu)

Tu es le meilleur. Vraiment.


BINJ offre la pomme ayant servi à fumer à MALEK.


MALEK

Non, merci.


BINJ

Allez, mange.

Prends-la.

Qu'est-ce que tu as?


OMAR

Ça ne va pas, Malek?


MALEK

Ma mère est très malade.


RABIH

Qu'est-ce qu'elle a?


MALEK

Ils l'ont emmenée à l'hôpital et...

elle a besoin d'une greffe

de moelle osseuse.


BINJ

J'espère que ça va aller.

Elle ne le fait pas chez vous?


MALEK

Non, ici en Israël.


BINJ

À «l'intérieur»?

J'espère que ça va aller.


RABIH

Je te souhaite de vivre 120 ans

dans la joie et le bonheur.


MALEK

Si Dieu le veut.


RABIH

Et que ta mère guérisse.


MALEK

Merci.


Plus tard, MALEK dort sur le divan de BINJ. BINJ le réveille en le secouant. Il porte un masque à gaz.


BINJ

Malek. Malek. Lève-toi. Malek...

(Riant)

les Juifs sont là! Lève-toi!

La guerre est déclarée.


BINJ enlève son masque.


BINJ

Lève-toi, il est 5 heures du matin.

Il est 5 heures. Si Anan te voit,

il te tuera.

File avant qu'il se réveille.


BINJ déballe un gros sac de poudre d'un papier d’aluminium.


MALEK

C'est quoi?


BINJ

De la cocaïne. 200 grammes,

150000 shekels.

La source de tous les problèmes.

Va-t’en avant qu'Anan ne te voie.


BINJ cache la drogue à l'arrière d'un haut-parleur creux.


MALEK

Tu devrais pas toucher à ça.


BINJ

Garde ça pour toi, Malek.

Je viendrai te voir au restaurant.


BINJ serre la main de MALEK.


MALEK

Prends soin de toi.


MALEK sort de l'appartement de BINJ. L'aube se lève. MALEK prend le chemin du retour, puis fais demi-tour lorsqu'il entend parler hébreu.


ISRAÉLIEN

(Parlant en hébreu)

Vas-y doucement.


MALEK se cache et observe la scène. Il voit trois Israéliens cogner à la porte de BINJ, puis entrer sans attendre de réponse. Une fois la voie libre, MALEK retourne au restaurant.


Plus tard, ANAN réveille MALEK, qui dort profondément sur son lit.


ANAN

Malek, Malek. Malek.


MALEK

(Endormi)

Bonjour.


ANAN

Bonjour. Debout.


MALEK s'assoit lentement sur son lit.


ANAN

Ça va?


MALEK

Je suis en retard?


ANAN

Tu as dormi en chaussettes?

Tu veux nous asphyxier.


MALEK

J'étais crevé.


ANAN

Ça se voit.

Tu as la trique.


MALEK

J'ai quelque chose à te montrer.

C'est l'anniversaire d'Abu Elias.

Je lui ai acheté...

je lui ai acheté un petit cadeau.


ANAN

(Riant)

C'est quoi? Un gode?


MALEK sort une vieille montre à gousset d'un petit sac et la montre à ANAN.


ANAN

C'est quoi, ce truc?

Ma grand-mère a la même.

Mets le prix et achète-lui autre chose.

Sans déconner...

tiens, reprends-la.


MALEK

Trouve-moi du beau papier cadeau.


ANAN

Pas de souci. Allez. Allez, soeurette!


Plus tard, MALEK balaie à l'extérieur du restaurant. ANAN le rejoint.


ANAN

Malek! Tu fais quoi, dehors?

Il y a de la flicaille partout.

Rentre. Le portail est grand ouvert!


Deux garçons interpellent ANAN.


GARÇON

Anan! Ils ont tué Binj!


ANAN

Qui?


GARÇON

Binj! Ils l'ont tué!


ANAN

Où?


GARÇON

La police est partout chez lui.


ANAN

Chez lui?


GARÇON

Oui.


ANAN

Rentre, Malek, dépêche-toi!

Rentre!

Plus vite!


Plus tard, MALEK balaie la cuisine. OMAR vient à sa rencontre.


MALEK

Omar.


OMAR

Assieds-toi.

Binj est mort, Malek.


MALEK

Je sais. Je sais pourquoi.


OMAR

Qu'est-ce que tu sais?


MALEK ne répond pas tout de suite.


OMAR

Malek.


MALEK

Quand je l'ai quitté ce matin,

il avait un petit sachet, avec de la poudre.

En sortant, j'ai entendu

des gens parler hébreu.

J'ai attendu, pour voir qui c'était.

Ils étaient trois.

Le premier a regardé par la fenêtre,

un autre à frappé, et ils sont entrés.

Je suis rentré au restaurant.

Il était tard.

Il a dû leur acheter de la drogue,

sans pouvoir payer.


OMAR prend MALEK dans ses bras.


Le soir venu, OMAR et MALEK entrent dans l'appartement de BINJ. Il fait noir comme chez le loup. OMAR utilise la lumière de son téléphone pour éclairer les alentours.


OMAR

(Chuchotant)

Ne touche à rien.


MALEK

Bon Dieu!

Qu'est-ce qu'ils ont fait?

Du sang?


OMAR trouve un sac de poudre enveloppé dans du papier d'aluminium.


OMAR

(Remettant son téléphone à MALEK)

Tiens ça. Éclaire-moi.

On l'embarque.


MALEK

Où?


OMAR

Loin d'ici. Je laisse pas ça là.


MALEK

On va avoir des ennuis.

Tu vas la cacher où?


MALEK et OMAR sortent de l'appartement et retournent dans la fourgonnette.


MALEK

Qu'est-ce que tu vas en faire?


OMAR

La revendre.


MALEK

Comment ça, la revendre?


OMAR

On a tous les deux besoin d'argent.


MALEK

Non.


OMAR

Elle n'est à personne.

150000 shekels.

On fait moitié-moitié.


Quelque temps plus tard, OMAR et MALEK sont seuls dans un parking souterrain.


MALEK

Attends. Ils sont là?


OMAR

J'espère.


MALEK

Ils sont où?


OMAR

Il a parlé d'une Jeep.


Un peu plus loin, un homme sort d'une Jeep et fait face à OMAR et MALEK. L'homme s'adresse à MALEK en hébreu.


HOMME

Bonjour. À qui j'ai parlé?


OMAR

À moi.


MOMI

(Se présentant)

Momi.

(Désignant MALEK)

C'est qui?


OMAR

Malek, mon associé.


MOMI

Vraiment? Où tu étais?

Tu m'as fait attendre.


OMAR

Il est quelle heure?


MOMI

On ne me fait pas attendre.


OMAR

Je suis désolé.


MOMI

J'ai autre chose à faire.

Tu l'as apportée?

Fais-moi voir.


OMAR remet le sac de poudre à MOMI.


MOMI

C'est quoi ça?


OMAR

Je peux voir l'argent?


MOMI

Une seconde!


OMAR

Prenez votre temps.


MOMI

C'est quoi ça? C'est pas de la coke.


OMAR

Quoi?


MOMI

Tu me prends pour un con?

Tu me prends pour un con?

C'est quoi?

Tu veux rire?

C'est une blague?


OMAR

Non.


MALEK

Il dit quoi?


OMAR

C'est pas de la drogue.


MOMI

Tu te fous de ma gueule?


Deux hommes surgissent de nulle part. MOMI saute sur OMAR et le planque sur le sol.


MOMI

Yossi! Arrête-le.


Les deux hommes se jettent sur MALEK.


MALEK

Va-t'en, Omar!

Il a tué Binj.

C'est lui qui a tué Binj!


YOSSI immobilise MALEK et DANDO, le deuxième homme, le roue de coups.


YOSSI

Qu'est-ce qu'il y a, Dando?


DANDO

Bouge pas, enfoiré.


YOSSI

Calme-toi!

Tu fais quoi?


DANDO sort son fusil.


YOSSI

Dando! Dando!


Un coup de feu retentit.


Texte narratif :
Chapitre 3


C'est la nuit dans le quartier d'Ajami, à Jaffa. NIZAR, un Arabe, discute avec ses amis tout en fumant la chicha, assis sur des chaises à l'extérieur. Autour du groupe, des moutons et des oies font beaucoup de bruit.


AMI DE NIZAR

Il me gonfle.


NIZAR

Soit cool.


AMI DE NIZAR

Il me les brise!


Un Juif vient à leur rencontre et leur tend la main. Il s'adresse à eux en hébreu.


JUIF

Salut, les gars.


AMI DE NIZAR

Bonsoir.


AMI DE NIZAR 2

Salut.


NIZAR

«Shapoo Negriz»!


AMI DE NIZAR

Ça va?


JUIF

Bien. Enfin, pas très bien.


NIZAR

Pourquoi? Tu as un problème?


JUIF

Je n'ai pas fermé l'oeil depuis trois jours.


NIZAR

Pourquoi?


JUIF

Vos moutons... c'est un vrai zoo. Ça me rend dingue.


AMI DE NIZAR

Le coq est stressé.

(Appelant quelqu'un d'autre)

Jacko!


JUIF

Écoutez. Ça fait trois semaines.


NIZAR

Aryeh, quand tu es arrivé,

je t'ai dit qu'ils faisaient du bruit

une fois l'an.

Tu m'as cru?


JUIF

J'en sais rien.


NIZAR

Un mouton bêle une fois l'an?


JUIF

Je ne suis pas vétérinaire.


NIZAR

C'est des moutons! Ça bêle!


JUIF

Et moi j'ai l'air d'une carpe,

mais je suis un vrai requin.

Écoute, je me suis renseigné.

J'ai demandé à la municipalité.

La loi interdit d'élever des animaux ici.


NIZAR

Pourquoi tu me parles de poissons?


JUIF

Écoute-moi deux minutes.


NIZAR

Tu veux m'embobiner avec ta municipalité...

tes lois nous interdiraient d'être ici.

M'emmerde pas avec tes lois.

Écoute...

À Jaffa,

il n'y a pas de municipalité.


AMI DE NIZAR

On est pas à Tel-Aviv.


JUIF

Arrête un peu.

Tu vas me virer ces moutons.


NIZAR

Non, c'est toi que je vire.


JUIF

Vraiment? Vas-y! Vas-y.

Essaye pour voir.


AMI DE NIZAR

(S'adressant à NIZAR)

Arrête. Il est trop vieux.


JUIF

Essaye pour voir.


NIZAR se lève.


AMI DE NIZAR

Arrête.


JUIF

Vous me prenez pour un nul?


NIZAR commence à pousser le Juif.


AMI DE NIZAR

Rentre chez toi.


JUIF

(S'adressant à NIZAR)

Ne me pousse pas.


L'ami de NIZAR tente de les séparer.


AMI DE NIZAR

C'est bon.


NIZAR

(S'adressant au Juif)

Rentre.


JUIF

Sûrement pas.


NIZAR

Rentre chez toi!


AMI DE NIZAR

(S'adressant aux deux hommes)

Dégagez!

(S'adressant au Juif, calmement)

Allez. On est voisin.


JUIF

Je ne dors plus depuis trois semaines!


AMI DE NIZAR

Et alors?


JUIF

Vous me prenez pour un nul?


NIZAR

Le roi des nuls.


JUIF

Petit salaud! Pour qui tu te prends?


NIZAR

On va te faire ta fête!


NIZAR se jette sur le Juif et le poignarde en plein coeur. Le juif hurle de douleur.


AMI DE NIZAR

Qu'est-ce que tu as fait?


AMI DE NIZAR 2

Barrez-vous!


L'attroupement qui s'était formé se disperse aussitôt.


Un peu plus tard, une jeune femme, la fille du Juif, pleure à ses côtés.


FILLE DU JUIF

(Pleurant)

Papa.


Une voiture de police arrive. Trois policiers juifs en débarquent, dont DANDO.


DANDO

Qu'est-ce qu'on a?


POLICIER

Coup de couteau.


DANDO

(Parlant dans son radio-émetteur)

Ici la brigade 171...

Rue Assaf Harofeh,

un homme à terre.

Poignardé à la poitrine.

Attends. Pas de pouls.

On le réanime.


VOIX DANS LA RADIO

Bien reçu.


POLICIER

Vas-y, Dando.


DANDO fait le bouche-à-bouche au Juif, tandis que le policier lui fait un massage cardiaque.


POLICIER

Vas-y, Dando. Dando, vas-y.


Une ambulance arrive, escortée par une autre voiture de police. On emmène le Juif dans l’ambulance, tandis que les policiers tentent de calmer la fille en pleurs.


FILLE DU JUIF

(Pleurant)

Je veux lui parler.

Je vais lui dire quelque chose.

Laissez-moi passer.


Le soir suivant, DANDO écoute la télévision avec sa fille endormie dans ses bras. Aux nouvelles, on parle de l’assassinat du Juif.


JOURNALISTE

Dans le désespoir

ou sous l'emprise de la drogue

on sort facilement une arme à feu

ou un couteau.

La victime d'hier était père

de trois enfants.

Poignardé en plein coeur,

il est mort en quelques secondes.


La femme de DANDO entre dans l’appartement.


FEMME DE DANDO

Maman est là.


DANDO

Salut.


FILLE AÎNÉE DE DANDO

Maman est là.


DANDO

Ça va?


FILLE AÎNÉE DE DANDO

J'ai fait caca.


FEMME DE DANDO

Tu as fait caca?


FILLE AÎNÉE DE DANDO

Oui.


FEMME DE DANDO

Tu veux qu'on change ta couche?


FILLE AÎNÉE DE DANDO

Papa.


FEMME DE DANDO

Papa? Génial.


DANDO

Papa est trop fatigué.


FEMME DE DANDO

Non. Elle a dit papa.


DANDO

Papa est fatigué. Ça va?


FEMME DE DANDO

Oui.


DANDO

Tu es sûre?


FEMME DE DANDO

Ça pourrait aller mieux.


DANDO

Quoi? Pourquoi tu as l'air si grave?


FEMME DE DANDO

Ça n'a pas d'importance.


FILLE AÎNÉE DE DANDO

Papa!


DANDO

Oui, ma puce.


La femme de DANDO voit le reportage sur l'assassinat de la veille.


FEMME DE DANDO

Qui est-ce?


DANDO

Un type a été assassiné à Jaffa.

Tout le service a bossé 24 heures non-stop.

Je n'ai pas dormi,

les petits m'ont rendu dingue.

Je les aime quand même.


La fille cadette de DANDO se réveille.


DANDO

Ma puce, ferme les yeux.

Lilush. Ferme les yeux.


Le lendemain, dans le quartier juif orthodoxe, DANDO et sa mère posent des pancartes d'avis de recherche. La mère de DANDO s'adresse à un commerçant.


MÈRE DE DANDO

Excusez-moi. Je peux la mettre là? Ou bien là?

Non, il n'y a pas de vitre.


La mère place l’affiche sur un mur adjacent.


DANDO

Tu la tiens, maman?


MÈRE DE DANDO

Vas-y.


DANDO utilise du papier collant pour coller l'affiche, sur laquelle se trouve la photo d'un jeune homme.


Plus tard, DANDO et sa mère montrent l'affiche à un groupe de Juifs orthodoxes.


DANDO

Vous l'avez vu? C'est mon frère.

Tenez. Vous en avez une?

Tenez.

Quelqu'un l'aurait aperçu dans le quartier.


JUIF ORTHODOXE

Dans le quartier?


DANDO

Il se cache peut-être dans un groupe religieux.


Plus tard, DANDO remet d'autres pancartes à des juifs orthodoxes dans une synagogue.


DANDO

Accrochez-la sur le panneau.


JUIF ORTHODOXE

Il faut prier.

Prie tous les jours

et tu le retrouveras.

Je te le garantis.


Le Juif orthodoxe entame une prière et les autres chantent avec lui.


TOUS

Le champ de la montagne,

je me tourne vers la montagne.

Qui me portera secours?

Le Seigneur me portera secours.

Créateur du ciel et de la Terre.


Dans un village juif à l'est de Tel-Aviv, plusieurs autres affiches sont collées aux alentours. DANDO et sa famille discutent avec une jeune femme, qui feuillette un album rempli de coupures de journaux concernant la disparition du frère de DANDO.


JEUNE FEMME

(S'adressant à la mère de DANDO)

J'étais aux États-Unis quand c'est arrivé.

J'ai lu qu'ils faisaient un exercice militaire.

Il s'est disputé avec le sergent

puis il a été renvoyé

et consigné à la base.

Il vous a appelée pour dire

qu'il rentrait à la maison.


MÈRE DE DANDO

Prendre des vêtements

avant d'être consigné.

C'est la dernière fois que je lui ai parlé.


JEUNE FEMME

Vous faites toujours confiance à la police?


PÈRE DE DANDO

À la police, pas du tout.


MÈRE DE DANDO

Elle attend qu'il se passe quelque chose.


JEUNE FEMME

Elle ne fait rien.


DANDO

Tant qu'on ne vit pas soi-même,

ça reste un fait divers banal.

Mais quand ça touche un membre de sa famille,

la vie change.

Elle s'arrête. Dans quelques années,

dans 16 ans, ma fille fera son service.

Qu'est-ce qu'elle deviendra?

Tout nous renvoie à Yoni.

On a plus de vie.

La vie s'est arrêtée à la minute où il a disparu.

On ignore s’il reviendra jamais.


JEUNE FEMME

Vous croyez possible qu'il se cache?


MÈRE DE DANDO

Non. Absolument pas.


DANDO

On en sait rien.


MÈRE DE DANDO

Yoni rentrait à la maison.

La police pense, à en croire les absurdités

qu'elle avance, qu'il a rejoint

une secte ou un groupe religieux.

Quelqu'un l'a kidnappé et le séquestre.


PÈRE DE DANDO

Qui ferait ça?


MÈRE DE DANDO

Mais tu le connais.

Tu sais qu'il ne voudrait jamais

nous faire de la peine.


DANDO

Mais maman, parfois... peut-être...

il s'est peut-être fait embrigader

par des gens qu'on ne soupçonne même pas.


MÈRE DE DANDO

Dans les heures qui ont suivi son appel?


DANDO

Il n'était pas heureux, à l'armée.


MÈRE DE DANDO

Mais à la maison, il l'était.


DANDO

Oui.


MÈRE DE DANDO

Il rentrait à la maison.


DANDO

C'est ce qu'on croit.


La mère de DANDO pleure.


DANDO

Tu veux sortir prendre l'air?


MÈRE DE DANDO

Je suis désolée.


DANDO

Pourquoi? Tu n'as pas à t'en vouloir.


MÈRE DE DANDO

Je vous fais du mal.


DANDO

Tu ne fais de mal à personne.


MÈRE DE DANDO

Vous êtes là, tous les deux.


DANDO

Tous les trois.

Tu es forte et on aime tous.


Plus tard, DANDO et deux autres policiers patrouillent dans un quartier arabe défavorisé.


COLLÈGUE DE DANDO

Doucement, tu vas perdre le pot d'échappement.

Je déteste cet endroit.


DANDO

On se croirait à Gaza.


Un peu plus tard, DANDO a arrêté la voiture et discute avec un homme qui tente de lui vendre une paire de souliers.


DANDO

Tu les vends? Combien?


HOMME

20 shekels.


COLLÈGUE DE DANDO

Fais voir. C'est quelle pointure?


HOMME

Qu'est-ce que j'en sais?


COLLÈGUE DE DANDO

Où tu les as eues?


HOMME

Je t'emmerde.


COLLÈGUE DE DANDO

Toi-même! Où tu les as eues?


HOMME

Laissez-moi tranquille!


COLLÈGUE DE DANDO

Où tu les as trouvées?


HOMME

À la poubelle.


COLLÈGUE DE DANDO

Tu mens. Va les rendre. Espèce d'abruti.


Un peu plus tard, les policiers reçoivent un appel dans leur radio.


COLLÈGUE DE DANDO

Vas-y, je t'écoute.


VOIX DANS LA RADIO

Rue Tapuakh,

vous trouverez Salem Abed

dans une Honda grise.

Il est assigné à résidence.


COLLÈGUE DE DANDO

D'accord.


VOIX DANS LA RADIO

Il n'a pas le droit d'être dehors.


COLLÈGUE DE DANDO

(S'adressant à DANDO)

Tourne à droite.

(S'adressant à la radio)

Bien reçu. Je vais le cueillir.


De son côté, le dealer SALEM ABED est dans une voiture et klaxonne devant une voiture immobile.


SALEM ABED

Je vais lui exploser la tête.


La voiture des policiers arrive par derrière. DANDO et ses collègues débarquent.


SALEM ABED

Les mecs!

Bougez votre caisse!


COLLÈGUE DE DANDO 2

Abed Salem.


SALEM ABED

Salut. Tout va bien?


COLLÈGUE DE DANDO 2

Bonjour.


Le policier ouvre la porte de la voiture.


COLLÈGUE DE DANDO 2

Descends.


SALEM ABED

Vous vous croyez où?


COLLÈGUE DE DANDO 2

Descends.


SALEM ABED

Je ne suis pas Abed.


COLLÈGUE DE DANDO 2

(Prenant SALEM ABED par le bras)

Descends.


SALEM ABED

C'est bon. Lâchez-moi.


Un voisin intervient.


DANDO

(S'adressant au voisin)

Tu es son frère?


VOISIN

Le voisin.


DANDO

On est de la police. Tout va bien.


VOISIN

Vous lui voulez quoi?


VOISIN

(Criant)

Raed! Saleh!


Des dizaines de personnes sortent de leur maison.


DANDO

(S'adressant à sa radio)

On a besoin de renfort. Les voisins s'en mêlent.


Une foule entoure les policiers. Le collègue de DANDO tente de faire sortir SALEM ABED de sa voiture.


DANDO

Attends un peu.


Les policiers sont submergés par la foule. SALEM ABED parvient à s'enfuir.


DANDO

Salem, je vais te buter! Je vais te buter!


SALEM ABED

Dégage!


FEMME

(S'adressant à SALEM ABED)

Va-t'en!


HOMME

(S'adressant à SALEM ABED)

Va-t'en!


SALEM ABED s'enfuit à toutes jambes.


Plus tard, DANDO et d'autres policiers discutent de l’événement au poste.


COLLÈGUE DE DANDO

Abed Salem, un sale dealer,

vend de la drogue dans son quartier.

On veut l'arrêter pour débarrasser les voisins,

et ils nous agressent.


POLICIER

Vous avez trop relâché la pression.


POLICIER 2

Ils aident un criminel à s'enfuir,

on se sent minables et en plus,

on se fait critiquer.

Ils ne comprennent rien.

2 heures ici et ils font dans leur froc.


POLICIER

La rue à ses lois. Agissez en conséquence.


COLLÈGUE DE DANDO

On a 70 cambriolages par nuit,

des planques et des arrestations

24 heures sur 24!

On est crevés!


DANDO

Angel, tu voulais être flic?


COLLÈGUE DE DANDO

À quoi bon arrêter un dealer?

Ses voisins, dont les gosses consomment,

volent à son secours

et l'aident à s'enfuir.

Pourquoi?


POLICIER 2

Parce qu'ils nous détestent!


COLLÈGUE DE DANDO 2

Les gars, essayons de rester calmes.


Les policiers parlent tous en même temps. DANDO, la mine basse, ne dit rien.


Le soir, DANDO donne le bain à sa fille aînée.


DANDO

C'est trop chaud?


FILLE AÎNÉE DE DANDO

Oui.


DANDO

On va attendre que ça refroidisse

et te mettre dedans.


FILLE AÎNÉE DE DANDO

D'accord. C'est de l'eau à boire?


DANDO

Tu veux de l'eau à boire?


La fille est maintenant dans le bain.


DANDO

(Versant de l'eau sur la tête de sa fille)

Ferme les yeux. Encore!

C'est quoi? On lave le cou, les fesses,

et pousse-pousse! Ferme les yeux. Encore.


FILLE AÎNÉE DE DANDO

Papa!


DANDO

Quoi?


FILLE AÎNÉE DE DANDO

Papa, tu es mignon?


DANDO

Papa est mignon?


FILLE AÎNÉE DE DANDO

Oui.


À un autre moment, DANDO entre dans la chambre de son père, qui est encore au lit.


PÈRE DE DANDO

Salut. Comment vas-tu?


DANDO

Et toi?


PÈRE DE DANDO

Bien, merci. Tu as encore fumé?


DANDO

Un jour, j'arrêterai. Lève-toi.


PÈRE DE DANDO

Je n'ai pas envie.


DANDO

Papa, tu n'as jamais envie.

Tu crois que j'ai envie?


PÈRE DE DANDO

Ta femme est là?


DANDO

Tout le monde.


PÈRE DE DANDO

Qui, tout le monde?


DANDO

Les enfants...


PÈRE DE DANDO

Je n'ai rien entendu.


DANDO

Ils sont dans le salon.

Allez, lève-toi.

Viens avec nous.

Tu es notre pilier...


PÈRE DE DANDO

J'étais.


DANDO

Non. Encore aujourd'hui.


PÈRE DE DANDO

Depuis le 28 mars...


DANDO

Quoi? Tu es mort?


PÈRE DE DANDO

C'est un autre monde.


DANDO

Tu es mort?


PÈRE DE DANDO

Je suis un mort vivant.


DANDO

La moitié vivante doit être là pour nous.


PÈRE DE DANDO

Laisse-moi me reposer.


DANDO

Non.


PÈRE DE DANDO

Ne te fâche pas.


DANDO

Je ne bougerais pas d'ici.

Je te jure.

Je dois jeûner, aussi?


PÈRE DE DANDO

Grand Dieu, non.


DANDO

Je dois rester au lit

toute la journée et pleurer mon frère?


PÈRE DE DANDO

Non. Tu dois vivre.


DANDO

C'est vrai?


PÈRE DE DANDO

Oui.


DANDO

Pourquoi?


PÈRE DE DANDO

Tu as une raison de vivre.


DANDO

Pas toi? Je suis mort?

Maya est morte?


Le père de DANDO se met à pleurer.


DANDO

Arrête. Arrête. Arrête, papa.

On doit être forts.


PÈRE DE DANDO

Retrouve-le et je serai fort.


DANDO

D'accord.


PÈRE DE DANDO

Tu es dans la police.


DANDO

On le retrouvera.


PÈRE DE DANDO

Tu as des amis dans la police.

Retrouve-le!


DANDO

Tu crois que je ne l'aurais pas déjà fait?


PÈRE DE DANDO

Je serai fort.


DANDO

Arrête. Arrête.


Au salon, la MÈRE de DANDO fait des recherches sur son fils à l'ordinateur, tandis que DANDO et sa femme se disputent.


FEMME DE DANDO

Et moi, je suis quoi, ici?

Je suis la bonniche.


DANDO

Désolé de t'avoir demandé ça.


FEMME DE DANDO

Pourquoi tu ferais pas à dîner, demain?

Pourquoi tu ne passerais pas

tes journées ici, à supporter leurs pleurs,

leurs souffrances?


DANDO

Je suis brutal?


FEMME DE DANDO

Depuis que tu as repris le travail

il y a six mois que tu ne viens plus,

tu n'appelles plus.

Tu t'en fiches, tu ne m'aides pas.

Je suis toute seule.


MÈRE DE DANDO

Un peu de calme, les enfants.


FEMME DE DANDO

(S'adressant à DANDO)

C'est à moi de tout mener de front...


Le téléphone de DANDO sonne.


DANDO

Je peux répondre au téléphone?


FEMME DE DANDO

Non.


DANDO

(Parlant au téléphone)

Allô?


RAZI, un collègue de DANDO, est au bout du fil.


RAZI

Allô Dando?


DANDO

Razi!


RAZI

Ça va? Je t'avais promis de tenir au courant.


DANDO

Il y a du nouveau?


RAZI

Oui. On a reçu une info, tout à l'heure.


DANDO se met à l'écart, dans une pièce à part.


DANDO

Je t'écoute.


RAZI

Zeta, au sud de Naplouse.


DANDO

Continue.


RAZI

Un soldat israélien serait enterré là-bas.

On a l'armée, des unités de recherche...


DANDO

Razi, je deviens fou, ici.

Je vous rejoins.


RAZI

Non.


DANDO

Je ne peux pas parler

de chez mes parents.


RAZI

Dando, non.


DANDO

J'arrive.


Plus tard dans la nuit, DANDO se rend à l'entrée des territoires palestiniens. Il s'adresse au soldat du point de contrôle.


SOLDAT

Votre nom?


DANDO

(Remettant ses papiers)

Dan.


SOLDAT

C'est bon. Bon courage.


DANDO

Merci.


DANDO poursuit sa route et conduit jusqu'à l'aube. Des soldats lui font signe d'arrêter.


SOLDAT

Arrêtez-le.


DANDO arrête sa voiture et en sort. Le soldat se dirige vers lui.


DANDO

Bonjour.


SOLDAT

Bonjour. Vos papiers. Où allez-vous?


DANDO

Vous êtes sur l'affaire Ben David?


SOLDAT

C'est une zone sécurisée.


DANDO

Je suis son frère.


SOLDAT

De qui?


DANDO

De Yoni.


SOLDAT

Patientez une seconde.

(S'adressant à sa radio)

Commandement, ici barrage 1.


VOIX DANS LA RADIO

Commandement, j'écoute.


SOLDAT

J'ai un civil qui dit être le frère du soldat disparu.


VOIX DANS LA RADIO

Barrage 1, immobilisez-le. Ne laissez pas passer. Bien reçu?


SOLDAT

Affirmatif.

(S'adressant à DANDO)

Vous avez entendu? On est en territoire hostile.


DANDO

Rappelez votre chef. Je vais lui parler.


SOLDAT

Pas de problème.


Un peu plus tard, DANDO est assis sur un banc dans la zone sécurisée, tandis que des soldats fouillent le territoire. Un dénommé LAYZER supervise l'opération, accompagné de RAZI.


LAYZER

(S'adressant à sa radio)

C'est bon?

Les cartes, aussi. Avi,

tu m'entends?


VOIX DANS LA RADIO

Oui, Layzer.


LAYZER

Tu quadrilles la zone?


VOIX DANS LA RADIO

Affirmatif.

J'arrive à la deuxième grotte.


LAYZER

O.K. J'attends.

(S'adressant à ses hommes)

On devra peut-être recommencer.

Quand ils auront fini,

on fera aussi la colline.

Si on ne trouve rien,

on descendra.

Parle à Gilas et vois si...


VOIX DANS LA RADIO

Layzer.


LAYZER

(S'adressant à sa radio)

Oui, Avi.


VOIX DANS LA RADIO

Je ne peux pas entrer dans la grotte,

mais j'aperçois un corps,

un squelette humain.


DANDO, qui a tout entendu, se redresse.


LAYZER

J'arrive. Sécurise le périmètre.

(S'adressant à DANDO)

Restez là!


LAYZER et son adjoint partent vers la grotte.


VOIX DANS LA RADIO

Pas d'armes, pas de chaussures,

rien que des os.


DANDO décide de suivre LAYZER et RAZI.


SOLDAT

Où allez-vous? Layzer, il vous suit.


LAYZER

Je vois ça.


RAZI empêche DANDO d'avancer plus loin.


RAZI

Dando. Dando.

C'est une scène de crime.


DANDO

Je n'entrerai pas.


RAZI

Arrête. Tu vois d'ici?


DANDO

Non, rien.


RAZI

Attends.


LAYZER entre dans la grotte avec un soldat.


RAZI

Dando...


DANDO

Je peux l'identifier.


RAZI

C'est une scène de crime.


DANDO

Razi!


DANDO pousse RAZI et court vers la grotte.


RAZI

Dando, non!


Un groupe de soldats empêche DANDO d'avancer.


RAZI

Lâchez-le.


SOLDAT

Du calme.


RAZI

Dando, arrête.

(S'adressant aux soldats)

Il est avec moi. Lâchez-le.

(S'adressant à DANDO)

Viens avec moi. S'il te plaît.


DANDO

Laisse-moi voir.


RAZI

Bientôt. Recule d'abord.


SOLDAT

Écartez-vous.


LAYZER

C'est bon.

(S'adressant à RAZI et DANDO)

Restez à distance.


RAZI prend DANDO à part. DANDO sanglote.


RAZI

Attends. J'ai besoin de professionnels.


Plus tard, DANDO et sa famille sont dans une salle d'attente.


PÈRE DE DANDO

Ce n'est pas lui.


RAZI entre dans la pièce, accompagné d'un militaire.


MILITAIRE

Asseyez-vous. Asseyez-vous.

Je viens de parler au légiste.

Et... d'après les radios dentaires

et certains éléments de son dossier médical, l'identification est positive.


DANDO et sa famille pleurent à chaudes larmes.


DANDO

(S'adressant à son père)

Parle-moi. Regarde-moi.

Regarde-moi! Papa, regarde-moi.


MÈRE DE DANDO

(Pleurant à chaudes larmes)

C'est pas possible... tout ce temps,

toute cette attente!

Ce n'est pas possible.

Ce n'est pas possible.


DANDO

(S'adressant au militaire)

Je veux savoir qui nous a informés

et qui est mis en cause. Compris?


RAZI

Dando.


DANDO

(Criant)

Arrêtez de dire que vous ne savez rien.


RAZI

Dando.

Tes parents ne méritent pas ça.


DANDO

Vous savez que des Arabes

ont assassiné mon frère!

(S'adressant à RAZI)

Je veux le voir.

Tu m'entends?


RAZI

D'accord.


DANDO

Débrouille-toi.


RAZI

Bientôt. Je vais m'en occuper.


Texte narratif :
Chapitre 4


Dans le restaurant d'ABU ELIAS, BINJ, OMAR et MALEK font la cuisine. BINJ chante une chanson humoristique.


BINJ

(Chantant)

Je suis un joli canard

Humant les fleurs sauvages,

coin, coin, coin.

Si si si, coin coin coin,

si si si.

Je suis un joli canard

et je glisse sur l'eau

Humant les fleurs sauvages.


MALEK

Tu es de Jaffa?


BINJ

Oui.

Je me suis brûlé et j'ai plus rien à boire.


BINJ finit son verre.


BINJ

J'ai de l'or dans le nez?


MALEK

Quoi?


BINJ

(Montrant son nez)

J'ai un truc dans le nez?


MALEK

Non.


BINJ continue sa chanson et apprend à MALEK et OMAR comment prononcer «Si si si» à la façon d'un canard.


BINJ

(Chantant)

Je suis un joli canard

et je glisse sur l'eau.


ANAN arrive.


ANAN

Malek. Ton père, au téléphone.


BINJ

Je me suis encore brûlé.

Malek! N'oublie pas la salade.


MALEK

T'inquiète.


MALEK prend le téléphone et va dans l'autre pièce.


BINJ

Omar.


BINJ s'attache un gros bandeau blanc autour de la tête. Il met de la musique et danse énergiquement.


BINJ

Comme ça. Comme les frères.


MALEK revient en cuisine, la mine déconfite.


BINJ

Ça va Malek?

Allez. Un problème?


MALEK

Mon père a appelé.


BINJ

Et? Tout va bien?


MALEK

Ma mère est à l'hôpital.

Aujourd'hui... elle a vomi

et elle est allée à l'hôpital. C'est grave.


BINJ

Va la voir.


MALEK

Je dois attendre le minibus, ce soir.


BINJ

Ta voiture est là?


OMAR

Tu veux que je l'emmène?


BINJ

(S'adressant à MALEK)

Vas-y, prends 150 shekels

pour l'essence.

Ça, c'est pour le taxi.


MALEK

Préviens Anan.


BINJ

Je le ferai. Allez-y.


MALEK

Explique-lui.


BINJ

Ne t'en fais pas.

(Donnant l'argent à MALEK)

Prends ça. Sois prudent.


OMAR

On y va.


MALEK fait une accolade à BINJ.


MALEK

À plus Binj.


BINJ

File.


En soirée, BINJ est en voiture avec sa copine SHELLY, qui conduit. Ils se parlent en hébreu.


SHELLY

Binjook.


BINJ

Tu me tues.


SHELLY

Tu n'as qu'à conduire.


BINJ

C'est bon.


SHELLY

Elle est toute neuve.


Un peu plus tard.


SHELLY

Chante-moi quelque chose.


Un peu plus tard.


SHELLY

Je te garde ou je change de modèle?


BINJ

Comme tu veux.

Je suis avec toi pour le [mot_etranger=EN]fun[/mot_etranger].

SHELLY

C'est vrai?

Pour le [mot_etranger=EN]fun[/mot_etranger]?

Alors va à la soirée tout seul.


Une fois la voiture arrêtée, BINJ et SHELLY s'embrassent goulûment.


Un peu plus tard, BINJ et SHELLY sont dans une discothèque. Ils dansent et s'embrassent. BINJ reçoit alors un coup de téléphone.


BINJ

(Parlant au téléphone)

Allô? Allô? Papa.

Oui, papa?

À Tel-Aviv. Pourquoi?

À une soirée. Tu veux quoi?

Quoi? Il est où? Parti où?

Oui. Il a fait son sac?

D'accord. J'arrive. Salut.


Plus tard, BINJ conduit en voiture et parle au téléphone avec son père sur le mains libres.


PÈRE DE BINJ

Ton frère était avec Nizar et Ihab

quand un voisin juif est arrivé

et a commencé à se plaindre des moutons.

D'après ce que j'ai compris,

Nizar a poignardé le juif.

La police les cherche partout.


BINJ

O.K. À plus tard.


BINJ s'arrête à un barrage policier. Un policier s'adresse à lui en hébreu.


POLICIER

Bonsoir.


BINJ

Bonsoir.


POLICIER

Vous êtes d'où?


BINJ

De Bat Yam.


POLICIER

Allez-y, c'est bon.


BINJ se rend devant la maison de son père. Il y a plusieurs voitures de police devant la maison. Il voit son père sortir de la maison, emmené par deux policiers.


BINJ

Qu'est-ce qui se passe?


Le policier s'adresse à BINJ en hébreu.


POLICIER

Tu es qui?


BINJ

Son fils.


POLICIER

Ton nom?


Les policiers se jettent sur BINJ.


BINJ

Ne me touchez pas!

Ne me touchez pas!

Lâchez-moi.

Mais lâchez-moi!


POLICIER

Attendez! Une seconde.

Que faites-vous?


BINJ

Quoi?


POLICIER

Que lui voulez-vous?


BINJ

(En parlant de son père)

Lui parler.


POLICIER

Laissez-nous faire.

On peut agir en douceur ou par la force.

Alors?


BINJ

Lâchez-moi.


POLICIER

Je ne lui ferai pas de mal.

(S'adressant aux autres policiers)

Emmenez-le au poste. Tout de suite! Comment il s'appelle?


POLICIER 2

(S'adressant à BINJ)

Comment tu t'appelles?


BINJ

Hanna.


POLICIER

Embarquez-le.

Angel. Dépêche-toi un peu.


PÈRE DE BINJ

Je ne peux pas respirer.


BINJ

Laissez-le tranquille.


POLICIER 2

Montez!


BINJ

C'est bon, j'y vais.


POLICIER

Mettez-le dans la deuxième voiture.

Montez et taisez-vous.

Angel on y va.

Préviens-moi quand tu arrives.


Le lendemain, BINJ et son père sortent du poste de police. La mère de BINJ vient les chercher. Ils discutent ensuite en voiture.


MÈRE DE BINJ

Il est impliqué?

Ils ont dit qu'il était impliqué?


PÈRE DE BINJ

Il n'a rien fait. Ça doit être une erreur.


MÈRE DE BINJ

C'est sûr.


PÈRE DE BINJ

Ça doit être une erreur.


Le soir, BINJ regarde la télévision. Ils y diffusent un reportage sur l'assassinat du Juif. On cogne à la porte de BINJ.


BINJ

C'est qui?


BINJ ouvre la porte et fait entrer SISSE, le frère de NIZAR.


BINJ

Salut Sisse.


SISSE

Salut, Binj.


BINJ

Quoi de neuf?


SISSE

C'est la merde.

Vraiment la merde.


BINJ

Qu'est-ce que tu sais?


SISSE

Hier, mon frère a fait son sac

et il s'est tiré avec ton frère.

Mais c'est plus compliqué que ça.

Ton frère m'a refilé

200 grammes de blanche.

En cadeau.

Je ne sais pas quoi en faire.

Prends-là.


BINJ

C'est à qui?


SISSE

À ton frère et à Nizar.

Je m'en fous.

Je ne veux pas être mêlé à ça.


BINJ

Pourquoi tu me la donnes?


SISSE

C'est ton frère.

C'est à toi de gérer ça.

C'est quoi, le problème?


BINJ

Je fais quoi?


SISSE

Qu'est-ce que j'en sais?

J'ai fait ma part.

Gère le reste.


Plus tard, à la télévision, un homme est interviewé dans un bulletin d'informations.


HOMME

Soyons clairs sur un point.

On ne sait toujours pas qui a fait ça.

N'accusons pas arbitrairement

les habitants de Jaffa.


BINJ regarde l'émission avec SHELLY, OMAR et ses amis.


OMAR

Binj, ça va se calmer,

ton frère va revenir.


BINJ

La victime n'est pas un Arabe.

Ils ne vont pas se contenter

de patrouiller un peu.

Ils vont remuer ciel et terre

pour les retrouver.


RABIH intervient.


RABIH

Trop d'Arabes innocents sont en faute.


SHELLY

(Parlant en hébreu)

De quoi il parle?


BINJ

(Parlant en hébreu)

De cette histoire.


AMI DE BINJ

Ils vont le piéger.

Ils veulent se débarrasser de nous.


BINJ

Arrêtez. Omar.

Aide-moi à emménager

chez Shelly.


SHELLY

(Parlant en hébreu)

Quoi?


BINJ

(Parlant en hébreu)

Le déménagement.


RABIH

Où?


BINJ

À Tel-Aviv.


RABIH

Tel-Aviv? Pourquoi?

Et la famille?

Tu la laisses tomber?


BINJ

Pas du tout.


RABIH

Tu t'enfuis?


BINJ

Je ne m'enfuis pas.

Je déménage.

Je veux vivre avec elle.

C'était prévu.


SHELLY

(Parlant en hébreu)

Qu'est-ce qu'il dit?


BINJ

(Parlant en hébreu)

Il me reproche d'emménager chez toi.


AMI DE BINJ

Ça n'a rien à voir.

On ne veut pas qu'il quitte Jaffa.


RABIH

(S'adressant à BINJ)

Depuis quelque temps,

tu as pris tes distances,

tu vois des Juifs...

je ne me sens plus chez moi

dans ta maison.


BINJ

Mais on est une famille.

Des frères.


RABIH

Oui. Raison de plus.

Tu auras beau nous dire

que tu es fier d'être arabe,

tu t'es éloigné de nous ces derniers temps.


BINJ

Ça n'a rien à voir

avec ma fierté arabe.


SHELLY

Rabih, tu es le bienvenu

chez nous quand tu veux.


AMI DE BINJ

Ils ont humilié ta famille,

mais ça ne te dérange pas.


RABIH

Après tout ce qui s'est passé,

tu veux vivre avec eux?


BINJ

J'ai besoin de prendre un peu l'air.


RABIH

Tu ne comprends pas.

Ils t'éloignent de nous.


SHELLY

C'est à cinq minutes d'ici.


RABIH

Question de principe.


BINJ

On est les meilleurs amis du monde!


RABIH

Si tu veux partir, vas-y.

Va vivre chez elle.

Apprends l'hébreu à tes mômes.

Fais d'eux des Juifs.

Je n'ai rien de plus à dire.


RABIH se lève.


BINJ

De quoi tu parles? Assieds-toi.


RABIH

Je t'emmerde, toi et les Juifs.


BINJ

Rabih!


RABIH s'en va.


L'action avance jusqu'au moment où MALEK se réveille sur le divan de BINJ.


BINJ

File avant que Anan se réveille.


BINJ cache la drogue dans le haut-parleur creux.


MALEK

Prends soin de toi.


MALEK s'en va. Un instant plus tard, on cogne à la porte de BINJ alors que celui-ci s'allume une cigarette.


BINJ

Qui c'est?


Trois policiers juifs entrent chez BINJ. Ils s'adressent à lui en hébreu.


POLICIER 1

Bonjour.


POLICIER 2

Bonjour. Tu es qui?


BINJ

Je suis qui? Et toi?


POLICIER 2

(Montrant son badge)

Police.


Les policiers commencent à fouiller son appartement.


BINJ

Attendez. Attendez!

Revenez!

Je dois vous accompagner.


POLICIER 1

M'accompagner?

Merci de m'apprendre mon boulot.


POLICIER 2

Éteint ta cigarette.

Tu nous manques de respect.


BINJ obéit.


POLICIER 2

Merci. Tu as de la drogue, ici?


BINJ

Non.


POLICIER 2

Rien?


POLICIER 1

Ton nom?


BINJ se penche pour prendre ses papiers d'identité.


POLICIER 2

Relève-toi.


BINJ

Voilà mes papiers.


POLICIER 1

Comment tu t'appelles?


BINJ

Hanna. Farwaji.


POLICIER 1

Tout va bien?


BINJ fait oui de la tête.


POLICIER 1

Viens avec moi, une seconde.


Le policier prend BINJ à part, tandis que les deux autres continuent de fouiller.


POLICIER 1

Hanna, ça roule?

C'est très bien tout ça.


POLICIER 2

Ça commence bien. Regarde.

On a déjà un bong.


POLICIER 1

Pas mal.

(S'adressant à BINJ)

Tu as de la drogue, ici?

Tu es sûr?


BINJ

Fouillez.


POLICIER 1

Avec plaisir.

Je vais retourner ta piaule.


BINJ

Vous rangerez après.


POLICIER 1

Tu crois ça?

Ta femme de ménage le fera.

C'est clair.

Comment va ton frère?


BINJ

Il vous dit bonjour.


POLICIER 2

C'est vrai? Il est où?


BINJ

J'ai déjà tout dit, au poste.


POLICIER 3

Mais il nous passe le bonjour.

D'où?


BINJ

Des Caraïbes.

Va voir par là.


POLICIER 1

C'est bon.


BINJ

Va voir par là.


POLICIER 3

Je sens qu'on brûle.


POLICIER 1

Les Caraïbes, mon cul.

Tu sais ce qui t'attend

si tu joues au plus fin.

Pourquoi tu te fatigues?


BINJ

J'ai déjà tout dit.


POLICIER 1

Tu dois savoir quelque chose.


BINJ

J'ai tout dit.


POLICIER 1

Il est 5 heures du matin.


BINJ

Je suis pour rien.

(S'adressant à ses hommes)

Vous avez trouvé?


POLICIER 2

On trouvera. Ne t'en fais pas.


Le policier vide le contenu d'un tiroir.


POLICIER 1

Sors tout.

(S'adressant à BINJ)

Je recommence.

Tu lui as parlé quand?


BINJ

Il y a trois semaines.


POLICIER 1

On sait tous les deux que c'est faux.


BINJ

Ne me demandez pas.


POLICIER 1

C'est pas ça que je te demande.

Tu as envie qu'on redevienne

indéfiniment et qu'on foute le bordel?

Tu rangeras et on reviendra.

À quoi ça servira?


BINJ

Je vous ai dit...


POLICIER 1

Non. Tu ne m'as rien dit.

C'est ça, le problème.

Sinon, je ne serais pas là,

à 5 heures du matin,

en train de déménager ton appart.


Les policiers reçoivent un appel radio.


VOIX DANS LA RADIO

À toutes les unités!

Agents de police agressés rue Yefet.


POLICIER 3

Des collègues en difficulté.


POLICIER 1

(S'adressant à sa radio)

Brigade 171, on arrive.

(S'adressant à BINJ)

On reviendra.


BINJ

Je vous en prie.


POLICIER 2

On le coincera plus tard.

Avance.


Une fois seul, BINJ sort la drogue du haut-parleur creux et en saupoudre sur un petit miroir. Il vide le reste du sac dans les toilettes. Il verse ensuite du sucre dans un mélangeur et le broie. Il verse le sucre en poudre dans plusieurs sachets hermétiques et emballe les sachets dans du papier d'aluminium. Il cache ensuite les sachets un peu partout dans son appartement, puis met de la musique techno avant de priser une ligne de cocaïne. Il envoie ensuite un message texte à SHELLY: «Salut mon amour, j'ai de la poudre à canon. Tu viens?» BINJ prise ensuite une deuxième ligne de cocaïne. Il devient étourdi. Il s'étend sur son divan et saigne abondamment du nez. Il s'écroule ensuite et meurt sur son divan.


NASRI (Narrateur)

Fermez les yeux.

Inspirez profondément.

Videz-vous l'esprit.

Vous vous sentez apaisé et détendu.


L'action retourne au stationnement sous-terrain, au moment où DANDO roue MALEK de coups. DANDO sort son pistolet et pointe MALEK.


YOSSI

Du calme! Tu fais quoi?

Dando! Dando!


Un coup de feu retentit.


OMAR

Malek!


OMAR se délivre de l'emprise de MOMI et part en courant. Il parvient à sortir du stationnement et courir à toutes jambes dans la rue.


NASRI (Narrateur)

Vous ne sentez plus vos mains.

Ni vos pieds.

Tout votre corps devient léger.

À trois, vous ouvrirez les yeux

et vous vous réveillerez ailleurs.

Un.


OMAR trébuche.


NASRI (Narrateur)

Deux.


NASRI continue sa bande dessinée.


NASRI (Narrateur)

Trois.

Ouvrez les yeux.


NASRI s'est dessiné plus jeune, en compagnie d'OMAR, de NUR et de son père.


NASRI (Narrateur)

Nur, papa, moi et Omar.

Quand Omar est avec moi,

je me sens en sécurité.


Dans une autre case, OMAR a sa main sur l'épaule de NASIR. Les deux garçons sourient.


Texte narratif :
Dernier chapitre


NASRI est dans la chambre d'OMAR et fouille dans son sac. Il y trouve des photos d'HADIR.


C'est la nuit. OMAR et HADIR sont dehors à Tel-Aviv et discutent.


HADIR

De quoi tu as peur?

Je ne vais pas disparaître.

Je n'irai nulle part.

Je t'aime, Omar. Tu le sais?


OMAR

Combien de temps

ça va encore durer?

2 ans? 4 ans? 5 ans?

Sans rien dire à personne?

Tu appelles ça une relation?

Se voir en cachette à Tel-Aviv?


HADIR

Quand ce sera le moment...

ce sera autrement.


OMAR

Comment?


HADIR

Omar.

J'adore mes parents

et je ne peux pas...


OMAR

Tu ne veux pas me répondre?


HADIR

Je t'ai expliqué...

Sois patient.


OMAR

Je veux savoir.


HADIR

Je n'ai rien à te dire.


Frustré, OMAR se lève et s'éloigne.


HADIR

Omar.


Le lendemain, OMAR conduit la fourgonnette du restaurant. À bord se trouvent SHATA et trois enfants. Les enfants s'agitent et SHATA leur crie après pour rigoler.


SHATA

Ça suffit! Arrêtez!

Je suis le Shata!


OMAR

Shata, arrête. Shata. Shata!


SHATA

Quoi?


OMAR

Ça suffit.


SHATA

Qu'est-ce qu'il y a?


Une petite fille arrache une bouteille de plastique des mains de SHATA.


SHATA

Rends la bouteille!


FILLETTE

C'est la mienne, maintenant.


OMAR

Shata, arrête.


SHATA

Quoi?


OMAR

Arrête, s'il te plaît.


OMAR arrête la fourgonnette. SHATA s'adresse aux enfants d'un ton humoristique.


SHATA

(Faisant descendre les enfants)

Ça commence à bien faire!

Allez, tout le monde descend!

Vous êtes arrivés.

Tu m'énerves, allez!

Toi tu es méchante.

Une vraie langue de vipère.

Toi, tu es mignonne.

Je vais t'aider.


OMAR

Shata.


SHATA

(S'adressant aux enfants)

Au revoir!


OMAR

Monte.


SHATA monte dans la fourgonnette.


SHATA

(S'adressant à la fillette)

Je te dois une bouteille!

(S'adressant à OMAR)

Ça ne va pas?


OMAR ne répond pas.


SHATA

Stressé et anxieux. Écoute, vieux.

Si tu es stressé,

ne te défoule pas sur les autres.


OMAR roule devant l'appartement de BINJ.


SHATA

Les flics sont là.

Qu'est-ce qui se passe?

Ils sont chez Binj.


OMAR

Pourquoi?


SHATA et OMAR descendent de la fourgonnette.


SHATA

C'est quoi?


RABIH vient à eux en pleurant.


OMAR

Rabih? Pourquoi tu pleures?


JEUNE FEMME

Shata... Binj est mort.


SHATA

Quoi? Qu'est-ce qui s'est passé?


Affolé, SHATA accourt vers les policiers. OMAR et RABIH le retiennent.


RABIH

Lâchez-moi!

Qu'est-ce qui lui est arrivé?

Lâchez-moi!

Rabih, qu'est-ce qui s'est passé?

Mais parle!


RABIH

Binj est mort.


SHATA

Quoi?

(Pleurant)

C'est pas possible!

Comment?


RABIH

Shata.


SHATA se précipite vers l'appartement, mais les policiers l'interceptent.


SHATA

Laissez-moi. Laissez-moi!

C'est mon ami!

Je veux voir mon ami.


OMAR

Lâchez-le.


SHATA

Je vous emmerde!

Lâchez-moi!

Je veux voir mon ami.


Plus tard, OMAR et MALEK sont dans la cuisine du restaurant.


ABU ELIAS

Bonsoir, Omar.


OMAR

Bonsoir Abu Elias.


ABU ELIAS

(S'adressant à MALEK)

Ferme la cuisine et va te coucher.

D'accord?

Omar, tu peux raccompagner Hadir?


OMAR

Anan a la voiture.

Il devait préparer l'enterrement.


ABU ELIAS

Prends ma voiture.

Raccompagne-la et reviens.


Plus tard, HADIR rejoint OMAR près de la voiture. Pendant le trajet, OMAR reste silencieux.


HADIR

Omar? Omar? Dis quelque chose.

Dis quelque chose, Omar.

Tu ne veux plus être avec moi?


OMAR

C'est toi qui ne veux plus.


HADIR

Moi? Bien sûr que si.

Je ne veux plus que tout. Omar,

il faut qu'on discute.

Si tu m'aimes, tu dois me parler.

J'attendrai ton appel.


OMAR arrête la voiture pour faire descendre HADIR.


OMAR

D'accord.


HADIR embrasse OMAR avant de descendre.


Un autre jour, ABU ELIAS est à une table de son restaurant avec deux amis. Ils rigolent ensemble. OMAR est assis au bar avec ANAN. HADIR passe derrière OMAR et lui flatte discrètement le dos. ABU ELIAS aperçoit le geste de sa fille et son sourire disparaît illico. ABU ELIAS fusille OMAR du regard.


AMI D'ABU ELIAS

(Riant)

Ton poisson est vieux d'une semaine?


Plus tard, ABU ELIAS est au bar et se sert un verre.


ABU ELIAS

Hadir? Viens voir.


HADIR

Oui, papa.


ABU ELIAS

Que se passe-t-il avec Omar?


HADIR

Qui?


ABU ELIAS

Omar.


HADIR

Entre moi et Omar? Rien du tout.


ABU ELIAS

Tu me prends pour un idiot?


HADIR

Pourquoi?


ABU ELIAS

Tu ne lui as pas caressé le dos?


HADIR

Jamais de la vie.


ABU ELIAS

Arrête de mentir.


HADIR

Papa.


ABU ELIAS

Quoi?

Tu me prends pour un imbécile?


HADIR

J'ai rien fait.


ABU ELIAS

Sous mes yeux?


HADIR

J'ai rien fait.


ABU ELIAS

Sous mon nez?

Prends tes affaires et rentre à la maison.

Je m'occuperai de toi plus tard.

Rentre.


OMAR est dehors et nettoie la fourgonnette. ABU ELIAS vient vers lui.


OMAR

Bonjour.


ABU ELIAS

Épargne-moi tes courbettes.

Fous-moi le camp.

Ne t'approche plus de ma fille.

C'est comme ça

que tu me remercies de mon aide?

Je t'interdis de toucher encore

à un cheveu de ma fille.

Compris? Rentre chez toi.

Je ne veux plus te voir.


OMAR

J'ai rien fait.


ABU ELIAS

Va-t'en ou je te démolis.

Dégage. Dégage!


OMAR

La fourgonnette?


ABU ELIAS

Prends-la et ne reviens pas.


ABU ELIAS retourne au restaurant. OMAR monte dans la fourgonnette et s'en va.


Le soir, ABU ELIAS retourne chez lui. Il s'adresse à son garçon.


ABU ELIAS

Où est Maman?


FILS D'ABU ELIAS

À Ramleh, chez tatie.


ABU ELIAS

Où est Hadir?


FILS D'ABU ELIAS

Dans sa chambre.


ABU ELIAS cogne à la porte de la chambre d'HADIR.


HADIR

C'est qui?


ABU ELIAS

Moi.


HADIR ouvre la porte. Elle s'essuie les yeux avec un mouchoir.


ABU ELIAS

Salut.

Maman m'a dit que tu ne mangeais rien.

Qu'est-ce qui ne va pas?


HADIR

Rien.


ABU ELIAS

Tu restes enfermée sans manger.


HADIR

Et alors?


ABU ELIAS

Comment ça?


HADIR

Ça arrive.


ABU ELIAS

Non.

Viens manger avec moi.


HADIR

J'ai pas envie.


ABU ELIAS

Pourquoi? Pourquoi?


HADIR

J'ai pas faim.


ABU ELIAS

Il vaut la peine de pleurer?


HADIR pleure silencieusement.


ABU ELIAS

C'est un moins que rien.

Il va finir à mal.

Tu le sais.

Pourquoi tu pleures?

Il n'en vaut pas la peine.


HADIR

Je veux être avec lui. Je l'aime.


ABU ELIAS

Tu es idiote?


HADIR

Non. Ce n'est pas un homme?


ABU ELIAS

Non.


HADIR

Bien sûr que si.


ABU ELIAS

Écoute-moi. Je me fiche de qui il est.

Il peut être le roi du monde.

Il peut bien être le roi du monde.

Ça m'est égal.


HADIR

Ce n'est pas...


ABU ELIAS

Et notre réputation?


HADIR

Ça n'a rien à voir.

Tu n'as jamais été amoureux?


ABU ELIAS

Vous devez être de la même religion.

Tu es chrétienne, il est musulman.

Tu ne peux pas l'épouser.


HADIR fait non de la tête.


HADIR

Non. J'ai envie d'être avec lui.

Ne me donne pas d'ordre.

C'est ma vie.


ABU ELIAS

C'est la vie de la famille qui est en jeu.


HADIR

C'est tout ce qui compte?


ABU ELIAS

Bien sûr.


HADIR

Non.


ABU ELIAS

C'est la vie de ton père,

de ta mère, de tes frères...

Tu ne parleras plus à Omar.

Tu m'as compris?

Tu ne l'épouseras jamais.

N'y pense même pas.

Compris?

Je te briserai les os.

Fin de la discussion.

Reste dans ta chambre.


ABU ELIAS s'en va. HADIR pleure de plus belle.


Plus tard, OMAR est en voiture avec ANAN. Il reçoit l'appel d'un homme parlant l'hébreu.


OMAR

Allô?


MOMI

Bonjour.

Moi c'est Momi. Et toi?


OMAR

Rubbi.


MOMI

Il paraît que tu as un truc pour moi.


OMAR

Oui.


MOMI

Tu me connais?


OMAR

Non.


MOMI

Anan t'as parlé de moi?


OMAR

Un peu.


MOMI

Demain matin, à 5 heures.

Un homme dans une Jeep

attendra au parking de Shoken.

Il te remettra une somme d'argent.


OMAR

Attendez. Où?


MOMI

Au parking de Shoken.

C'est bon?


OMAR

Oui.


MOMI

D'accord?


OMAR

Oui.


MOMI

Au revoir.


ANAN

Il a raccroché?


OMAR

Oui.


ANAN

Alors?


OMAR

C'est bon.


ANAN

Tu as rendez-vous où?


OMAR

Au parking de Shoken.


ANAN

Je connais.

Comment comptes-tu y aller?

Tu amènes Shata?


OMAR

Shata est en garde à vue.


ANAN

Vraiment?


OMAR

Depuis la mort de Binj.


ANAN

Alors tu y vas seul.


OMAR

Avec Malek.


ANAN

Qui?


OMAR

Malek?


ANAN

En quoi ça le concerne?


OMAR

Je l'ai eue par lui.


ANAN

Malek?

Ça va pas?

Pourquoi tu l'emmènes?


OMAR

Je l'ai eue par lui.


ANAN

Tu es complètement malade?

Il ne doit pas quitter le restaurant.

C'est un clandestin.

Tu es débile ou quoi?


Plus tard, au restaurant, MALEK prend ses affaires dans son casier. ANAN vient à sa rencontre.


ANAN

Malek. Laisse ça,

va dans ta chambre.


MALEK

Pourquoi?


ANAN

Va dans ta chambre.


MALEK

Mais je dois...


ANAN

Laisser tomber. Avance.


ANAN emmène MALEK dans le débarras du restaurant.


ANAN

Assieds-toi.


MALEK

Alors?


ANAN

Qu'est-ce qui te prend?


MALEK

Quoi?


ANAN

On a pas étés bons avec toi?

Réponds-moi.


MALEK

Pourquoi?


ANAN

On t'as jamais mal traité?


MALEK

Non.


ANAN

Jamais privé?


MALEK

Non.


ANAN

Pourquoi tu fais ça?


MALEK

Quoi?


ANAN

Tu vends de la drogue à Omar?


MALEK

De la drogue à Omar?


ANAN

Regardez-moi quand je te parle.

Pourquoi tu ne dis rien?

Tu peux être fier de toi,

tu as tout gâché.

Abu Elias veut plus te voir ici.

Tu pars dans 2 heures.

En attendant, ne bouge pas d'ici.


MALEK

Je voulais aider ma mère.


ANAN

En vendant de la drogue?

Ça lui plairait?


MALEK

Non, mais...


ANAN

Tu ne nies même pas les faits!


MALEK

J'ai pas le choix.


ANAN

Pourquoi? On ne l'aide pas?


MALEK

Je n'irai pas...


ANAN

Tu n'iras pas où?

Tu veux causer notre perte?

On te fait travailler sans permis

et tu trafiques?

Tu n'as rien dans la tête?


MALEK

Et ma mère?


ANAN

Tu sais que j'ai de l'affection pour toi,

mais rentre chez toi

et ne remets plus jamais les pieds ici.


MALEK

Je travaillerai ici toute ma vie.


ANAN

Trop tard.


MALEK s'en va.


Un peu plus tard, MALEK sort du débarras et rejoint ANAN et ABU ELIAS à une table du restaurant.


MALEK

Abu Elias.


ANAN

Tu veux quoi?

Je t'ai dit de rester là-bas.

Dégage.


MALEK

Je ne peux pas.


ABU ELIAS

Fais ce qu'il dit.

Allez.


MALEK

Je veux sauver ma mère.

Je ferai tout ce que vous voulez.

Tout. Pour l'amour de Dieu, Abu Elias.

Pour l'amour de Dieu.


Deux hommes viennent à la rencontre d'ABU ELIAS et d'ANAN.


HOMME 1

Bonsoir. Ça va?


HOMME 2

Anan ça va?


ANAN

Oui.


HOMME 2

Ça va Abu Elias?


ABU ELIAS

Oui.

Excusez-moi,

viens avec moi Malek.


ABU ELIAS prend MALEK à part.


ABU ELIAS

Que veux-tu?


MALEK

Si je pars, ma mère va mourir.

Je ferai ce que vous voulez.

J'ai accepté parce qu'Omar

ne voulait pas y aller tout seul.


ABU ELIAS

C'est quoi, votre plan? Dis-moi.


MALEK

Ils doivent venir me chercher

à 4 heures 30.

Mais je vais tout annuler.

J'ai dit oui simplement

pour sauver ma mère.


ABU ELIAS

D'accord. Écoute-moi.

Écoute-moi attentivement.

C'est ta dernière chance de prouver

que tu mérites mon aide.

Accompagne Omar comme prévu.


MALEK

Je ne peux pas.


ABU ELIAS

Écoute-moi et fais exactement

ce que je te dis.

Va avec Omar comme prévu,

mais ne touche pas à la marchandise.

Laisse-le faire.


MALEK

Bien sûr.


ABU ELIAS

Ne change pas vos plans.

C'est compris?

Laisse Omar manipuler la drogue.

Tu te feras prendre.

La police vous tendra un piège.

Compris?

Tu seras arrêté et renvoyé chez toi.

Puis tu reviendras ici.

Fais exactement

ce que je te lis et j'aiderai ta mère.

Ce sont mes conditions.

Tu m'as compris?


MALEK

Tout ce que vous voulez.


ABU ELIAS

D'accord? C'est bon. Va dormir.


MALEK

Merci.


ABU ELIAS

Va dormir.

Va dans ta chambre.


MALEK va dans sa chambre. Il ouvre un petit emballage cadeau contenant la montre à gousset.


OMAR et chez lui et se prépare pour son rendez-vous dans le stationnement. NASRI discute avec lui.


NASRI

Omar, tu n'as pas peur?

Tu vas vendre de la drogue.


OMAR

Rendors-toi,

tu vas réveiller maman.


NASRI

Et s'ils te font du mal?


OMAR

Nasri, rendors-toi.


OMAR sort de chez lui. NASRI le rejoint.


NASRI

Omar.


OMAR

Quoi?


NASRI

Je veux venir.


OMAR

Non, rentre, dépêche-toi.


NASRI

Je m'inquiète pour toi.


OMAR

Si maman se réveille, je te tue.

Tu vas tout faire rater.

Allez.


NASRI

Je resterai dans la voiture.


OMAR

Tu crois que c'est un jeu?

Lâche-moi, maintenant.


NASRI

Je me cacherai.


OMAR

Rentre!

Tu vas tout faire foirer!

On va réveiller maman.

Va-t'en.


NASRI

Je viens.


OMAR

Rentre.

Tout de suite.

Tout de suite.

Tout de suite.


Mais NASRI ne bouge pas.


Plus tard, OMAR est en voiture avec MALEK. NASRI est assis sur la banquette arrière. MALEK regarde sa montre à gousset.


MALEK

Il est déjà 5 heures.


OMAR

Et alors? J'y peux rien.

On y est presque.


MALEK

Omar. Omar.

Fais demi-tour.


OMAR

Dis pas n'importe quoi.


OMAR stationne la voiture et s'empare de son pistolet.


MALEK

Tu fais quoi? C'est quoi?

Omar. Non, Omar.


OMAR

Où est le problème? Laisse-moi.

On pourrait en avoir besoin.

Et s’ils sont armés?


MALEK

Non.


OMAR

Laisse-moi.


MALEK

Tu vas avoir des ennuis.

Un revolver? Tu es malade?


OMAR

C'est bon.


OMAR remet le pistolet dans son sac à dos et le remet à NASRI.


OMAR

Nasri, surveille le sac.


OMAR et MALEK sortent de la voiture. NASRI sort à son tour et les rejoint.


NASRI

Omar. Omar! Omar!


OMAR

Quoi?


NASRI

N'y va pas.


OMAR

Remonte dans la voiture.

Dans la voiture!


NASRI

(Pleurant)

N'y va pas.


OMAR

Remonte dans la voiture.

Ne sois pas une mauviette.

Arrête de pleurer.


NASRI

(Pleurant à chaudes larmes)

N'y va pas.

J'ai un mauvais pressentiment.


OMAR

J'en ai ma claque.

Soit un homme.

Arrête de jouer les mauviettes.

Allez.


MALEK

Fais gaffe.


OMAR

(S'adressant à NASRI)

Monte dans la voiture.

(Criant)

Monte dans la voiture!


NASRI retourne dans la voiture en pleurant.


OMAR

Amène-toi, Malek.


Dans le stationnement, DANDO et un collègue sont assis dans une voiture, en attendant OMAR et MALEK. DANDO reçoit un appel radio.


VOIX DANS LA RADIO

Dando? Quoi de neuf?


DANDO

Tu vois Yossi?


VOIX DANS LA RADIO

C'est le signal. J'entends rien.


DANDO

Pas encore. Est-ce que tu vois Yossi?


VOIX DANS LA RADIO

C'est le signal?


DANDO

Foutue radio!

(S'adressant à son collègue)

Trouve-moi en une qui marche.


DANDO regarde un écran dans sa voiture. Il aperçoit OMAR et MALEK aller à la rencontre de MOMI.


DANDO

Ils sont là, Menahem.

Menahem, magne-toi!


Dans l'écran de DANDO, MOMI s'adresse à OMAR et MALEK.


MOMI

Il est quelle heure?

On ne me fait pas attendre.

J'ai autre chose à faire.

Tu l'as apporté?


DANDO regarde l'écran et remarque que MALEK regarde la montre à gousset. Furieux, il débarque de la voiture et part à toute vitesse.


Au même moment, MOMI découvre qu'OMAR a apporté du sucre.


MOMI

Tu me prends pour un con?


OMAR

C'est quoi?


MOMI

Tu veux rire? C'est une blague?


OMAR

Non.


MALEK

Il dit quoi?


OMAR

(S'adressant à MALEK en arabe)

C'est pas de la drogue.


MOMI

Tu te fous de ma gueule?


MOMI saute sur OMAR. YOSSI et DANDO bondissent du MALEK.


MALEK

Omar!


YOSSI

Calme-toi!


MALEK

Va-t'en, Omar.

C'est lui qui a tué Binj.

Il a tué Binj!

Il a tué Binj!


DANDO confisque la montre de MALEK et l'observe.


YOSSI

Qu'est-ce qu'il y a, Dando?


DANDO

C'est la montre de mon frère.

(S'adressant à MALEK)

Où tu l'as eu?


DANDO roue MALEK de coups de poing. NASRI arrive par derrière, silencieusement, pointant le pistolet à bout de bras.


YOSSI

Tu fais quoi, Dando?


DANDO sort son pistolet.


YOSSI

Dando!

Dando!


DANDO tire sur MALEK.


OMAR

Malek!


NASRI tire ensuite sur DANDO, qui s'écroule sur le sol. OMAR profite du moment d'inattention de MOMI pour s'enfuir. YOSSI tire sur NASRI, qui s'écroule à son tour. Les policiers restants tentent de réanimer NASRI et DANDO.


YOSSI

Brigades 171 on a un blessé!

Un officier a été touché!

Envoyez une ambulance.


Dehors, OMAR court à toutes jambes.


NASRI (Narrateur)

Fermez les yeux.

Inspirez profondément

et videz-vous l'esprit.

Vous vous sentez apaisé et détendu.

Vous ne sentez plus vos mains.

Ni vos pieds.

Tout votre corps devient léger.

À trois, vous ouvrez les yeux

et vous vous réveillerez ailleurs.

Un. Deux. Trois.


OMAR se rend jusqu'à sa voiture et constate que NASRI n'y est plus.


Tout devient noir.


NASRI (Narrateur)

Ouvrez les yeux.


Générique de fermeture







Films

>Choisissez une option de filtrage par âge, fiction, ou saison

  • Catégorie Cinéma
  • Catégorie Documentaire
  • Catégorie Fiction

Résultats filtrés par