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Vidéo transcription

Or noir

Dans l’Arabie des années 30, le jeune prince Auda se retrouve au coeur d’un conflit né de la découverte d’un immense gisement de pétrole. Il devra prendre les armes et choisir entre deux ennemies aux conceptions opposées, ses deux pères : celui qui lui a donné la vie, et celui qui l’a élevé.



Réalisateur: Jean-Jacques Annaud
Acteurs: Tahar Rahim, Antonio Banderas, Freida Pinto
Année de production: 2011

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Les propos de ce film sont traduits de l'anglais.


Texte narratif :
Début du vingtième siècle, les vastes déserts de la péninsule arabique sont encore l'objet de querelles entre des tribus dont la loyauté est aussi changeante que les sables mouvants…


Générique d'ouverture


Texte narratif :
Le Corridor Jaune, quelque part en Arabie


Dans le désert, L'ÉMIR NESIB regarde au loin avec des jumelles le SULTAN TAMAR arriver à cheval entouré de son clan.


Un homme du clan NESIB gît au sol.


Un chameau sur lequel se trouve une tente s'agenouille. HASSAN DAKIL fait descendre deux garçons, AUDA et SALEH, de la tente.


ÉMIR NESIB et SULTAN AMAR se rejoignent.


ÉMIR NESIB

Voici mes conditions.

Garder ton amitié.


SULTAN AMAR

Et mes fils!


ÉMIR NESIB

C'est une garantie pour nous deux.

Tant que je les garde…


SULTAN AMAR

Je ne te ferai pas la guerre.


ÉMIR NESIB

Mais toute épée a deux tranchants.

Nous ne pourrons pas non plus

te faire la guerre.

Tes fils nous uniront dans la paix.

Je les élèverai comme un père,

avec mon fils Tarik

et ma fille Leyla.


SULTAN AMAR

Et le Corridor Jaune?


ÉMIR NESIB

(Regardant autour de lui)

Nous devrions rire de nous-mêmes

pour nous être disputé ce…

ce morceau de sable.

Qu'il soit un [langue_etrangere=EN] no man's land[/langue_etrangere] entre nous.

Nul ne le revendiquera.


SULTAN AMAR

Dieu m'est témoin,

j'y consens.


ÉMIR NESIB

Dieu nous est témoin.


HASSAN DAKIL, AUDA et SALEH s'approchent. SULTAN AMAR prend SALEH par les épaules.


ÉMIR NESIB

Saleh,

n'oublie jamais que tu es mon fils aîné.

Tu hériteras de mon trône.

Défends l'honneur de notre maison.


AUDA, les yeux mouillés, s'approche de son père.


ÉMIR NESIB

Auda!

Pleurer, c'est gaspiller l'eau.


HASSAN DAKIL

Ne t'en fais pas, sidi,

le temps passera vite.


SULTAN AMAR remonte sur son cheval et s'en va en regardant ÉMIR NESBI.


COLONEL NESIBI

On jurerait qu'il l'a emporté.


ÉMIR NESIB

Puissent tous nos ennemis

lui ressembler, colonel.


SALEH tient son petit frère AUDA dans ses bras. Ils regardent partir le clan AMAR.


À un autre moment, la nuit, dans la ville d'Hobeika, dans le royaume de Nesib, ÉMIR NESIB rejoint SALEH et AUDA qui sont dans leur chambre. Il s'agenouille.


ÉMIR NESIB

J'ai le triste devoir de vous annoncer

que votre mère,

la princesse Zamira,

est décédée.


ÉMIR NESIB remet un document à SALEH, puis s'en va. SALEH prend AUDA dans ses bras.


À un autre moment, dans un jardin, AUDA lit un livre. LEYLA le rejoint en gambadant, les mains derrière son dos.


LEYLA

Quelle main?


AUDA pointe une main.


À un autre moment, la nuit, LEYLA et AUDA sont couchés dans l'herbe et regardent les étoiles. Une GOUVERNANTE les rejoint.


GOUVERNANTE

Leyla!

Auda!

Vous êtes là!

(S'accroupissant)

Qu'est-ce que vous faites?


AUDA

Leyla dit que nos mamans sont au ciel

et qu'elles veillent sur nous.


Quelques années plus tard, AUDA et LEYLA sont maintenant des adolescents et jouent dans le jardin. La GOUVERNANTE les rejoint.


GOUVERNANTE

Leyla!

Princesse,

tu es trop grande

pour jouer avec les garçons.

Rentre.


LEYLA est maintenant à l'intérieur et, à travers une fenêtre grillagée, regarde AUDA qui se tient dans le jardin. Ils se font signe de la main. La GOUVERNANTE rejoint LEYLA.


GOUVERNANTE

Leyla, ma chérie…

Viens.


Des années plus tard, AUDA, maintenant adulte et se nommant PRINCE AUDA, se trouve dans le désert. Plusieurs personnes malades sont autour d'elle. Un homme du clan de NESIB rejoint ÉMIR NESIB.


HOMME

Ils ont besoin d'eau.


ÉMIR NESIB

Mais ils ont un puits!


HOMME

Le choléra y a élu domicile.


Les gens malades gémissent et des bébés pleurent.


ÉMIR NESIB

Ceci arrive-t-il à Paris?

Ma femme serait-elle morte à Paris?


HOMME

Non, Votre Majesté.


ÉMIR NESIB

Ceci arrive-t-il à Londres?


HOMME

La dernière épidémie

de choléra à Londres

doit remonter à cent ans.


ÉMIR NESIB

Nous en sommes là?

Cent ans de retard sur l'Occident?


HOMME

Plutôt mille,

Votre Majesté.


TARIK, PRINCE AUDA et SALEH se tiennent l'un près de l'autre.


ÉMIR NESIB

Tarik, mon fils,

y a-t-il pire malédiction

que d'être un roi pauvre?

Je ne peux rien cultiver.

Je ne peux rien expédier.

Ni même faire du commerce.

Qui voudrait venir à Hobeika?

En vérité,

être arabe, c'est être un serviteur

au banquet du monde.


Un petit avion survole le désert. Dans cet avion se trouvent JOHNNY qui le pilote, et SAM THURKETTLE, à l'arrière.


GIANNI

C'est ce qu'on appelle

la Maison d'Allah.

Le vide à perte de vue.


SAM THURKETTLE

Et cette route?


GIANNI

C'est la Route du Nord.

Au sud, il y a Hobeika.

Et plein nord, Salmaah.


SALEH se tient sur un rocher dans le désert. AUDA est assis près de lui, un livre dans les mains. Un oiseau de proie atterrit dans les bras de SALEH.


SALEH

Ma belle!


PRINCE AUDA regarde autour de lui.


SALEH

Pourquoi tu plisses les yeux?


PRINCE AUDA

Dans l'espoir qu'un jour,

par temps clair, j'apercevrai Salmaah.


SALEH

C'est trop loin.


PRINCE AUDA

C'est étrange, Saleh.


SALEH

Quoi?


PRINCE AUDA

Je commence à oublier

à quoi père ressemble.


SALEH

(Brandissant son oiseau)

À ça.

Il ressemble à ça.


Dans sa chambre, PRINCESSE LEYLA regarde au travers de sa fenêtre le petit avion survolant Hobeika. L'avion atterrit et un attroupement de personnes se forment autour.


GIANNI

Éloignez-vous!

Arrière! Pas si près.

Reculez, s'il vous plaît.


ÉMIR NESIB, furieux, arrive à cheval, et s'adresse à un homme.


ÉMIR NESIB

Et l'hospitalité?


HOMME

À des infidèles?


ÉMIR NESIB

Ça, c'est à moi d'en décider.

Emmenez-le.


ÉMIR NESIB rejoint SAM THURKETTLE.


ÉMIR NESIB

Je suis navré, messieurs.

Je suis Nesib,

sultan d'Hobeika.


SAM THURKETTLE

Sam Thurkettle, Votre Majesté.


SAM THURKETTLE tient un carnet qu'ÉMIR NESIB lui prend et ouvre. Le carnet contient des croquis.


ÉMIR NESIB

Vous êtes artiste, Monsieur Thurkettle?


SAM THURKETTLE

Non, monsieur.

Je travaille pour une petite compagnie

du nom de [langue_etrangere=EN] Texan Oil[/langue_etrangere].

ÉMIR NESIB

Il n'y a pas de pétrole ici,

Monsieur Thurkettle.

Rien que le sable,

le soleil

et le vent.

La moitié de l'année,

il souffle de l'est.

C'est l'hiver.

L'autre moitié, il souffle du sud.

C'est l'été.


SAM THURKETTLE

Je dois vous contredire.


SAM THURKETTLE

Ça…

c'est du schiste noir.


SAM THURKETTLE sort une pierre noire d'un linge.


ÉMIR NESIB

(Prenant la pierre)

On n'en manque pas, par ici.


SAM THURKETTLE

Il indique généralement

la présence de pétrole.

Sentez-le, Votre Majesté.

Allez-y!

Ça sent quoi?


ÉMIR NESIB

Le pétrole.


SAM THURKETTLE

Le schiste se comporte

comme une éponge.

Et ce n'est pas n'importe quel pétrole.

Revenez-y, Votre Majesté.

Est-ce une odeur âcre ou douce?


L'ÉMIR NESIB sent la pierre.


ÉMIR NESIB

Douce.


SAM THURKETTLE

Exactement!

Du brut léger doux,

le meilleur au monde.

Je parierais mon dernier dollar

que vous en avez un paquet.


SAM THURKETTLE

Vous allez être riche.


ÉMIR NESIB

Riche?


SAM THURKETTLE

Sacrément riche.


ÉMIR NESIB

Quand vous dites «sacrément riche»,

c'est riche comment?


SAM THURKETTLE

Votre Majesté,

un bon puits

produit cent mille barils par jour,

à un dollar le baril.


ÉMIR NESIB

Plus riche que le roi d'Angleterre?


SAM THURKETTLE

Le roi d'Angleterre, il a quoi?

Des pelouses vertes

et un chapeau mouillé.


Plus loin, TARIK, SALEH et PRINCE AUDA sont à cheval.


PRINCE AUDA

Tarik,

qui est-ce, Lindbergh?


TARIK

Un type qui vient du Texas.

Il dit avoir trouvé du pétrole.


PRINCE AUDA

C'est vrai?


ÉMIR NESIB et SAM THURKETTLE continuent leur conversation.


ÉMIR NESIB

Où exactement avez-vous trouvé ça?


SAM THURKETTLE

Gianni, comment ça s'appelle, déjà?


GIANNI

(Faisant une révérence)

Le Corridor Jaune, Votre Majesté.


ÉMIR NESIB

Le Corridor Jaune.


À la Citadelle de Salmaah au royaume d'Amar, le SULTAN AMAR fait écrire une lettre à ses fils.


Dans leur chambre, PRINCE AUDA est étendu sur le lit et lit un livre alors que SALEH lit la lettre de leur père.


SULTAN AMAR

Un aveugle à genoux devant Dieu

est plus heureux

qu'un voyant plein d'avidité.

Celui-ci, comme les Francs,

veut étancher sa soif avec du sable.


SALEH

«...avec du sable.»


PRINCE AUDA

Que dit-il?


SALEH

Ce qu'on dit

quand le courrier est surveillé.

Mais il te recommande,

mon indolent ami,

de faire un peu d'exercice.


SALEH enlève le livre des mains de PRINCE AUDA.


PRINCE AUDA

Arrête!

C'est cher, un livre!


SALEH et PRINCE AUDA se poursuivent dans la chambre.


SALEH

Remue tes fesses!


PRINCE AUDA

Rends-le-moi.


SALEH

Allez, petit frère!

Mais bouge!

Tu es d'une lenteur atroce.


Dans une rue, PRINCE AUDA marche en lisant un livre. Tout près, IBN IDRISS passe à cheval.


Plus haut, dans une maison, PRINCESSE LEYLA et d'autres femmes regardent plus bas à travers des fenêtres grillagées.


FEMME 1

Ce qu'il est beau!


FEMME 2

Superbe!

Ibn Idriss…

Princesse, on dit qu'il t'est destiné.


PRINCESSE LEYLA

Qui a dit ça?


FEMME 2

Tout le monde.


PRINCESSE LEYLA

C'est ce qu'on verra.


IBN IDRISS bouscule PRINCE AUDA qui en échappe ses livres, ce qui retient l'attention de PRINCESSE LEYLA. Les autres femmes rigolent. PRINCESSE LEYLA regarde PRINCE AUDA à travers le grillage et a un regard triste.


Dans le désert, se trouve SAM THURKETTLE. Plus loin, des collègues forent un puits de pétrole. Du pétrole jaillit du sol. Tous sautent et hurlent de joie et se font arroser de pétrole. Plus loin, un homme promenant des chameaux regarde.


AMÉRICAIN 1

Dans mes bras, mon vieux!

Je t'adore!


Dans la cité d'Hobeika, le COLONEL NESIBI se prépare à partir à cheval. ÉMIR NESIB s'adresse à lui.


ÉMIR NESIB

Dieu soit avec vous, colonel.

(Murmurant)

Quand vous négocierez avec Amar,

faites-lui l'offre.

Mais seulement en dernier recours.


COLONEL NESIBI

Bien sûr.


SALEH, PRINCE AUDA et TARIK sont aussi présent.


SALEH

S'il vous plaît,

laissez-moi y aller.

Sur mon honneur, je reviendrai.

Mon père m'y obligerait.


ÉMIR NESIB

Mais j'ai besoin de toi ici.


SALEH

Pourquoi?

Pour la fauconnerie?


ÉMIR NESIB

Prends patience.

Tu reverras Salmaah bientôt.


Le COLONEL NESIBI et d'autres hommes de l'ÉMIR NESIB s'en vont.


ÉMIR NESIB

(S'adressant au COLONEL NESIBI)

Ne revenez qu'une fois l'accord conclu.


PRINCE AUDA court après le COLONEL NESIBI. PRINCESSE LEYLA regarde la scène par sa fenêtre.


PRINCE AUDA

Colonel… attendez!

Dites à mon père

que je fais de l'exercice…


PRINCE AUDA trébuche et tombe au sol.


COLONEL NESIBI

Je n'y manquerai pas.


À un autre moment, ÉMIR NESIB inaugure un nouveau bâtiment devant une foule d'hommes. ÉMIR NESIB fait tomber un rideau placé devant le bâtiment.


ÉMIR NESIB

Au nom d'Allah, le Miséricordieux…


SAM THURKETTLE applaudit intensément.


Dans le désert, de plus en plus de puits pétroliers sont construits.


ÉMIR NESIB étend du ciment sur une brique à l'aide d'une truelle en or. Une fanfare joue. ÉMIR NESIB dépose une brique sur le ciment.


Un groupe d'enfants chantent pour l'ÉMIR NESIB et son entourage lors de l'inauguration d'une nouvelle école à Hobeika.


ÉMIR NESIB

Ensuite!


ÉMIR NESIB participe maintenant à une autre inauguration. Il serre la main d'un ministre devant un ruban de cérémonie.


ÉMIR NESIB

Monsieur le ministre.


Un homme lui amène un coussin en velours.


ÉMIR NESIB

Et les ciseaux?


HOMME

Perdus, émir.


ÉMIR NESIB sort un poignard avec lequel il coupe le ruban.


À un autre moment, ÉMIR NESIB inaugure une base aérienne. Il remet une médaille à son fils TARIK.


TARIK

Merci, père.


Tout le monde applaudit.


Lors d'une autre cérémonie, la nuit, ÉMIR NESIB, actionne la poignée d'un transformateur, ce qui électrifie la ville d'Hobeika. PRINCE AUDA lit chez lui et voit la lumière se faire autour de lui.


Lors de l'inauguration d'une nouvelle bibliothèque, ÉMIR NESIB, FARIK et PRINCE AUDA s'apprêtent à entrer dans la bibliothèque.


ÉMIR NESIB

Auda!

À toi l'honneur.

Vas-y.


ÉMIR NESIB, TARIK, PRINCE AUDA et IBN IDRISS sont maintenant dans la bibliothèque.


ÉMIR NESIB

(Déposant des livres sur une table)

Tiens…

Auda, je sais

que tu aimes beaucoup les livres.

N'est-ce pas?

Je te nomme officiellement

Bibliothécaire du Royaume.

Approche.


ÉMIR NESIB prend PRINCE AUDA dans ses bras. PRINCE AUDA est tout sourire.


ÉMIR NESIB

Il est content? Oui!

Bien, bien.

Et là, c'est ton bureau.

Va!


ÉMIR NESIB

Assieds-toi là-bas.

Messieurs, je vous prie…


PRINCE AUDA s'assoit à son bureau. Les hommes présents dans la salle applaudissent.


Dans le désert, des ouvriers américains des puits de pétrole sont assis et trinquent.


OUVRIER 1

C'est comme ça

qu'on termine la journée dans le Sud,

avec un bon vieux bourbon.


OUVRIER 2

Santé!


OUVRIER 3

Le meilleur liquide au monde.

On est riches.

Aux plus gros veinards du désert!


Plus loin cachés derrière un rocher, trois hommes d'une tribu s'approchent avec des armes.


Plus tard, le soir, SAM THURKETTLE attend devant un hôpital. Alors qu'une voiture arrive, il demande à des employés d'ouvrir la borne d'entrée.


SAM THURKETTLE

Relevez ce truc, vite!


Dans la voiture se trouve l'ÉMIR NESIB.


Dans l'hôpital, des infirmiers transportent un homme couvert de pétrole sur une civière, suivis de SAM THURKETTLE, ÉMIR NESIB et des membres de son clan. Le corps est déposé sur une table d'opération.


MÉDECIN

Ils les ont lestés aux pieds

et les ont jetés dans la citerne

pour que, littéralement,

ils regorgent de pétrole.


IBN IDRISS

On soupçonne les Al Talabyns

ou les Anizas.


Les hommes du clan NESIB et SAM THURKETTLE s'en vont. PRINCE AUDA, également présent, reste et semble déconcerté.


À un autre moment, dans son bureau, ÉMIR NESIB parle avec SAM THURKETTLE et un CONSEILLER.


ÉMIR NESIB

Je ne règne pas encore sur un pays.

Je règne sur une mosaïque

de tribus, des gens…

profondément conservateurs.


SAM THURKETTLE

Ils n'aiment pas le pétrole?


ÉMIR NESIB

Ils ne s'en sont jamais servis

que pour leurs chameaux,

en cataplasmes, contre la gale.

Mais…

je vais battre le tambour

et les «consulter» tout en leur glissant

de l'or dans la poche.

Je vais agir

pour que vos gens soient protégés.


CONSEILLER

Peut-être

aurait-il fallu attendre

pour lancer l'exploitation

du Corridor Jaune.


ÉMIR NESIB

Je devrais attendre

la prochaine épidémie de choléra?

La prochaine femme

morte en couches, comme la mienne?

Notre peuple a besoin

de l'argent du pétrole

maintenant!


À un autre moment, dans le désert, SALEH est assis sur un cheval et regarde à travers des jumelles. Il voit la délégation dirigée par le COLONEL NESIBI revenir à Hobeika.


SALEH

Les envoyés sont de retour.

On rentre à Hobeika.


À la bibliothèque, AUDA range des livres.


PRINCE AUDA

Merci.


SALEH arrive en courant.


SALEH

Auda, la délégation!

Elle est revenue. On va rentrer.

Enfin, j'espère.


SALEH

Regarde.

Vite!


PRINCE AUDA

Ils ont l'air épuisés.


SALEH

Pourvu qu'ils aient réussi!


Plus tard, ÉMIR NESIB est réuni avec les membres de la délégation et d'autres membres de son clan.


ÉMIR NESIB

Il a dit quoi?


DOCTEUR EN DROIT

Il a répété semaine après semaine:

«J'ai donné ma parole

et mes fils à ce traité

passé sous le regard de Dieu.

Pourquoi le révoquer?»


ÉMIR NESIB

Vous lui avez bien dit

que la richesse du pétrole

est un don d'Allah?


HOMME 2

Il semblait d'un avis contraire.


COLONEL NESIBI

Le sultan tient à préciser

qu'il considère

l'exploitation du Corridor

comme une violation du traité.


HOMME 3

Si Amar veut la guerre, il l'aura!


SALEH chuchote à l'oreille de PRINCE AUDA ce que IBN IDRISS remarque.


SALEH

Je vais rejoindre père.

Pas un mot.


Dans la salle tout le monde parle en même temps.


VOIX MASCULINE

Déclarons la guerre.

Ces terres sont à nous!


Dans une rue, SALEH rejoint deux hommes.


SALEH

Allons-y, messieurs.


HOMME 1

Encore!


HOMME 2

On vient de rentrer.


ÉMIR NESIB

Pas de paresse!

C'est la saison de la chasse.


À un autre moment, ÉMIR NESIB, SAM THURKETTLE, COLONEL NESIBI et un CONSEILLER discutent dans une maison.


SAM THURKETTLE

Il ne fait que négocier.

Offrez-lui plus.


COLONEL NESIBI

J'ai déjà essayé, Monsieur Thurkettle,

mais il dit

que l'argent n'a aucune valeur.


SAM THURKETTLE

Jamais entendu ça.


ÉMIR NESIB

Vous avez proposé

de lui rendre ses fils?


COLONEL NESIBI

Bien sûr, suivant vos instructions.


Ils rejoignent PRINCE AUDA.


ÉMIR NESIB

Mon cher enfant, viens par ici.

Nous vivons des temps difficiles,

mais nous allons trouver une solution.

(S'adressant à PRINCE AUDA)

Où est ton frère?


PRINCE AUDA

Je crois qu'il était un peu déçu.

Alors, il est sorti pour…

prendre l'air.


ÉMIR NESIB

Oui.


Au même moment, dans le désert, SALEH est assis sur un cheval et tient son oiseau de proie.


SALEH

Ma belle…

Envole-toi!


L'oiseau s'envole. Les deux hommes auxquels SALEH s'était adressé plus tôt sont aussi présents.


HOMME 1

Comme elle est belle!


SALEH se précipite vers un des hommes, il prend la carabine de l'homme et le frappe avec la crosse, puis il tire sur l'autre homme.


HOMME 1

Pitié, non!


SALEH tire sur le premier homme.


Le corps de l'homme est ramené à Hobeika devant une foule agitée. PRINCESSE LEYLA regarde au-dehors. ÉMIR NESIB et IBN IDRISS regardent le corps.


IBN IDRISS

Auda était forcément au courant.

Il est complice de ce crime odieux.


De la fenêtre de sa chambre, PRINCE AUDA voit le CHEIKH DE BENI SIRRI arrivant à Hobeika avec son entourage. On cogne à la porte de la chambre de PRINCE AUDA, il s'agit de deux représentants d'ÉMIR NESIB.


PRINCE AUDA arrive dans une salle où la cour de l'ÉMIR NESIB est réunie. TARIK l’accueille.


TARIK

Tu as toujours été un frère pour moi,

de toute façon.


PRINCE AUDA rejoint ÉMIR NESIB.


ÉMIR NESIB

Il est dit que tout homme

a trois tâches à accomplir en ce monde.

Planter un palmier, creuser un puits

et engendrer un fils.

As-tu déjà accompli l'une d'elles?


PRINCE AUDA fait non de la tête.


ÉMIR NESIB

Je vais te permettre,

avec la bénédiction d'Allah,

de commencer

par la plus facile des trois.


ÉMIR NESIB fait signe à tout le monde de s'agenouiller.


DOCTEUR EN DROIT

Au lieu de juger

l'otage restant, Auda,

frère de l'infâme assassin Saleh,

Nesib,

roi d'Hobeika,

chef suprême des tribus du Sud,

par un geste

d'une extraordinaire clémence,

a jugé bon d'adopter Auda

au sein de sa propre famille

et de lui offrir

par les liens sacrés du mariage

sa fille, la princesse Leyla.


ÉMIR NESIB

(Tendant un crayon à PRINCE AUDA)

Signe ici.


PRINCE AUDA ne signe pas.


ÉMIR NESIB

Signe!


PRINCE AUDA signe.


DOCTEUR EN DROIT

Je déclare le précédent traité

entre la maison d'Amar

et la maison de Nesib

nul et non avenu.


VOIX MASCULINE

Récitons Al Fatiha.


Dans le désert, SALEH se fait poursuivre par des hommes à cheval. Il s'arrête et libère son oiseau de proie.


SALEH

Va!


HOMME

Il est là!


À un autre moment, PRINCE AUDA arrive chez PRINCESSE LEYLA.


Au même moment, dans un marché, ÉMIR NESIB distribue des montres à en or à des cheikhs.


ÉMIR NESIB

Voici un gage de ma reconnaissance.

Elles viennent d'un endroit appelé…

la Suisse!


ÉMIR NESIB

Cher ami!


CHEIKH DE BENI SIRRI

Roi Nesib…

Tous les Beni Sirris

sont fiers d'être à vos côtés.


ÉMIR NESIB

Ils sont les bienvenus chez moi.


ÉMIR NESIB tend une montre à un autre homme.


ÉMIR NESIB

Pour toi.

J'ai exactement la même.

Maintenant, nous sommes frères.

N'oublie pas.

Frères!


Dans la chambre de PRINCESSE LEYLA, PRINCE AUDA prie à genoux. PRINCESSE LEYLA le rejoint. Elle porte un voile intégral.


PRINCESSE LEYLA

Ça fait combien de temps?


PRINCE AUDA

11 ans.


PRINCESSE LEYLA

Tu te souviens!


PRINCESSE LEYLA

Tu étais si surprenant,

comme un garçon sorti d'un livre.

Veux-tu voir

à quoi je ressemble aujourd'hui?

Tu as le droit d'ôter mon voile.


PRINCE AUDA est nerveux. PRINCESSE LEYLA retire le voile de sa tête.


PRINCESSE LEYLA

Je me suis fait faire

un costume de Bédouine, pour toi.

Il ne te plaît pas?


PRINCE AUDA

Je n'aurais jamais cru que tu…

deviendrais si belle.


PRINCESSE LEYLA retire le voile recouvrant son corps. En dessous elle ne porte qu'un soutien-gorge et une jupe.


PRINCE AUDA

Princesse,

ne vois-tu pas que c'est un piège?


PRINCESSE LEYLA

Un piège?

Comment ça?


PRINCE AUDA

Si ton père veut nous marier,

c'est pour abolir mon statut d'otage

et faire la guerre au mien.

Ce n'était pas un mariage,

mais une déclaration de guerre.

J'aurais pu aller à Salmaah.

J'aurais dû y aller

comme émissaire de Nesib.

Qui mieux que moi

pourrait parler à mon père?


PRINCESSE LEYLA

Pourquoi personne n'y a pensé?


PRINCE AUDA

Parce que personne ne me voit.

Et si nous nous marions,

on ne pourra plus négocier.


PRINCESSE LEYLA

Ne sommes-nous pas déjà mariés?


PRINCE AUDA

Au sens strict, pas encore.


PRINCE AUDA

Tout ça n'est que vulgaire politique.


PRINCESSE LEYLA

Alors, toutes ces années

à t'épier à travers les moucharabiehs

quand tu rentrais

de la bibliothèque, chargé de livres,

l'air si sage et si sérieux…

c'était de la politique?


PRINCE AUDA

Tu étais promise à Ibn Idriss.


PRINCESSE LEYLA

Je n'étais promise à aucun homme.

Je suis allée voir mon père

et je t'ai choisi, toi.


PRINCE AUDA

Moi?

Pourquoi pas Saleh?


PRINCESSE LEYLA

Pour toi, c'est un bon frère.

Pour moi, c'est juste un prince

avec un faucon et l'amour du passé.

Viens voir.

(Regardant par la fenêtre)

Ma mère regardait par cette fenêtre

et que voyait-elle?

Un monde immuable.

Mais toi,

tu es intelligent et sensible.

Ne crains rien, prince Auda.

Regarde,

tu es dans le harem.

C'est le seul endroit au monde

où nous avons le droit

de nous dévoiler.


PRINCE AUDA prend PRINCESSE LEYLA dans ses bras.


Dans le désert, en voiture, IBN IDRISS rejoint le groupe d'hommes ayant capturé SALEH.


HOMME 1

(langue_etrangere=AR)

Salam alikoum, Ibn Idriss[/langue_etrangere].

IBN IDRISS

(langue_etrangere=AR)

Alikoum salam[/langue_etrangere].

Alors, vous avez épuisé

toutes vos balles?


HOMME 2

Nesib le veut vivant.


HOMME 1

Il a promis de payer le prix du sang.


IBN IDRISS

Faisons simple.

Les gardes que tu as tués

étaient mes cousins.


IBN IDRISS s'approche de SALEH et lui braque son arme au visage.


SALEH

Tu ne peux pas m'abattre, Ibn Idriss.

Je suis un prince.


IBN IDRISS

Tu étais un prince.


IBN IDRISS tire au visage de SALEH. L'oiseau de SALEH vole au-dessus d'eux, IBN IDRISS tire sur l'oiseau.


Au même moment, PRINCE AUDA et PRINCESSE LEYLA sont couchés dans un lit. PRINCESSE LEYLA est endormie alors que PRINCE AUDA lui caresse le bras. L'oiseau de SALEH arrive à la fenêtre. PRINCE AUDA ouvre la fenêtre et prend l'oiseau.


PRINCE AUDA

(Ayant les larmes aux yeux)

Saleh est mort.


PRINCESSE LEYLA

Quoi?


PRINCE AUDA

Elle ne l'aurait jamais quitté.

Jamais.


PRINCE AUDA relâche l'oiseau.


Plus tard, PRINCESSE LEYLA rejoint son père chez lui.


PRINCESSE LEYLA

Bonjour, père.


ÉMIR NESIB

La prunelle de mes yeux!


PRINCESSE LEYLA

Vous allez bien?


ÉMIR NESIB

Si je vais bien?

Pourquoi n'es-tu pas avec ton mari?

T'a-t-il déshonorée?


PRINCESSE LEYLA

Ne serait-ce pas...

le but d'une nuit de noce?

Non. C'est le plus doux des hommes.

Puis-je vous poser une question?

Saleh est-il mort?


PRINCESSE LEYLA sert un thé à son père.


PRINCESSE LEYLA

Père, tenez.

Vous ai-je jamais

demandé une faveur?


ÉMIR NESIB

Tout le temps.

Parfois, je me dis que Dieu

m'a mis sur terre uniquement pour ça.

(Flattant le menton de LEYLA)

Que veux-tu?


À un autre moment, ÉMIR NESIB s'adresse à la population aux côtés du CHEIKH DE BENI SIRRI.


ÉMIR NESIB

J'ai réfléchi.

Nous avons réfléchi.

Quelle bénédiction pour nous

d'avoir sous notre toit

le fils de deux pères.

Ne devrais-je pas, moi,

le père épris de paix,

envoyer ce fils

au père qui semble

aveuglé par la guerre?

Afin de rappeler à cet homme pieux

que dans le saint Coran,

le mot «paix»

revient deux fois plus

que le mot «guerre»?


ÉMIR NESIB fait signe à PRINCE AUDA de le rejoindre.


ÉMIR NESIB

Tu es l'émissaire d'Hobeika,

mais avant tout…

tu es mon fils

et l'époux de Leyla.


PRINCE AUDA s'apprête à quitter.


ÉMIR NESIB

Je n'ai pas encore terminé!


PRINCE AUDA revient.


ÉMIR NESIB

Dis à Amar

que je ne cherche pas le conflit,

mais que je ne m'y déroberai pas.

Et cette fois…

ils sont avec moi.

Pars, maintenant.


PRINCESSE LEYLA, intégralement voilée, chuchote à l'oreille de son père.


ÉMIR NESIB

(S'adressant à la population)

Ma fille demande la permission

d'accompagner son mari jusqu'à la porte.

Elle n'est jamais montée

dans une automobile.


Tous rigolent. Un homme ouvre la portière de la voiture à PRINCESSE LEYLA qui y monte. Dans la voiture PRINCESSE LEYLA tire les rideaux des fenêtres et tire le rideau séparant le chauffeur des sièges arrière. PRINCESSE LEYLA défait son voile et embrasse PRINCE AUDA. La voiture démarre. À l'intérieur, PRINCE AUDA et PRINCESSE LEYLA font l'amour. La voiture arrête, le même homme ouvre la portière. PRINCE AUDA embrasse PRINCESSE LEYLA. PRINCESSE LEYLA sort de la voiture. La voiture démarre. PRINCE AUDA regarde PRINCESSE LEYLA par la fenêtre. La voiture roule maintenant sur une route désertique.


La voiture arrive maintenant à Salmaah. PRINCE AUDA et le DOCTEUR EN DROIT regardent au loin.


DOCTEUR EN DROIT

Avez-vous le souvenir de ces lieux?


PRINCE AUDA

Pas vraiment.


Dans une maison, SULTAN AMAR se rince les mains. Un homme, MAGROOF, frappe à la porte.


MAGROOF

Monseigneur…

votre fils est là.


SULTAN AMAR sourit.


SULTAN AMAR et ses hommes rejoignent PRINCE AUDA à l'entrée de la ville.


SULTAN AMAR

Saleh?


PRINCE AUDA

En fait, c'est Auda… père.

La paix soit avec vous.


SULTAN AMAR

Auda, évidemment.

Pardonne-moi, trop d'années ont passé.


PRINCE AUDA

Quinze.


SULTAN AMAR

Tant que ça?

Tu es devenu un homme.

Dieu soit loué.

Où est Saleh?


PRINCE AUDA

Il n'est plus parmi nous.


SULTAN AMAR

Pourquoi? Où est-il?


PRINCE AUDA

Il est entré dans la grâce d'Allah.

Il a tué ses gardes et on l'a abattu.


SULTAN AMAR

Il a tué ses gardes?


PRINCE AUDA

Il s'est enfui

au retour de la délégation.


SULTAN AMAR

Et pas toi, manifestement.


PRINCE AUDA

Je viens ici en émissaire.


SULTAN AMAR

L'émissaire de qui?


PRINCE AUDA

L'émissaire de la paix, j'espère.


SULTAN AMAR

Avec les soldats de Nesib?


PRINCE AUDA

Dans une voiture d'infidèles?


DOCTEUR EN DROIT

Émir, c'était plus rapide.


SULTAN AMAR

Et ses conseillers parlent à ta place.


DOCTEUR EN DROIT

Vos maisons sont désormais unies.


SULTAN AMAR

Auda?


PRINCE AUDA

J'ai épousé Leyla.


SULTAN AMAR

Tu as épousé la fille de Nesib

pendant qu'on assassinait ton frère?


PRINCE AUDA

Laissez-moi m'expliquer.


SULTAN AMAR

Tu t'expliqueras.

N'en doute pas.

Mais que ces gens retournent à Hobeika.

(Fâché)

Mon sens de l'hospitalité ne s'étend pas

aux meurtriers de mon fils.


Dans sa chambre, une courtisane peigne les cheveux de PRINCESSE LEYLA.


FEMME

Pardonne-moi, princesse.


PRINCESSE LEYLA

Ce n'est rien.

Latifa,

joue…

quelque chose qui parle d'amour.


LATIFA, une autre courtisane assise près d'elles, se met à jouer du sitar. PRINCESSE LEYLA a un regard satisfait.


À un autre moment, SULTAN AMAR est assis devant un groupe de théologiens. Le THÉOLOGIEN PRINCIPAL s'adresse au PRINCE AUDA.


THÉOLOGIEN PRINCIPAL

Penses-tu qu'on t'aurait tué

si tu avais refusé ce mariage?


PRINCE AUDA

Certains auraient pu suggérer à Nesib

que m'éliminer

lui laisserait les mains plus libres.


THÉOLOGIEN PRINCIPAL

Alors, selon le principe d'Al Takeyya,

qui autorise un musulman à dissimuler

s'il pense que sa vie est menacée,

tu es absous.

Tu dois libérer un esclave,

ou, si tu ne peux pas le faire,

jeûner trois jours et dire trois fois :

«Je divorce de toi,

Leyla, fille de Nesib»

et tu en seras délivré.


PRINCE AUDA

Merci du conseil.


SULTAN AMAR

Tu dis venir en émissaire de la paix.


PRINCE AUDA

Le terme est mal choisi.


SULTAN AMAR

En effet.

Car c'est nous qui sommes bafoués,

alors que nous sommes

restés pacifiques.

Mon armée était prête.

Les tribus criaient vengeance,

mais j'ai attendu.

Pourquoi?

Pour tenir parole.

Le Corridor n'appartient à personne.


THÉOLOGIEN 2

Mais maintenant, tu es libre d'agir.


THÉOLOGIEN 3

Cette guerre sert la cause de Dieu!


Tous parlent en même temps.


PRINCE AUDA

Puis-je parler?


SULTAN AMAR

Écoutons mon fils!


PRINCE AUDA

Mon père m'a toujours recommandé

de lire le Coran.

Je m'étonne

que les hommes de foi rassemblés ici

appellent tous à la guerre

alors que le Livre saint la condamne.


THÉOLOGIEN 4

La sourate 2, émir,

nous enjoint

de nous défendre contre les infidèles.


PRINCE AUDA

Elle vous autorise à vous défendre

contre les incroyants

qui veulent votre perte.

C'est pas la même chose.


THÉOLOGIEN 5

Justement, ces étrangers

veulent notre perte.


PRINCE AUDA

Comment? Vous ont-ils menacés?


THÉOLOGIEN 2

Les incroyants peuvent être

une menace pour les musulmans.


THÉOLOGIEN 6

Pour les musulmans!


THÉOLOGIEN 7

«Ne sois pas l'ami

de quiconque n'appartient pas

à ton peuple.»


THÉOLOGIEN 8

Le pétrole est impie

car il nous lie aux infidèles.


PRINCE AUDA

Vous le rejetez totalement?


THÉOLOGIEN 4

Il fait marcher les véhicules

des mécréants.


THÉOLOGIEN 9

Quels sont nos véhicules?


THÉOLOGIEN 4

Les chameaux.

Évidemment!

Nous avons des chameaux!


Tous parlent en même temps.


PRINCE AUDA

J'ai une question.

Si le pétrole n'est pas pour nous,

pourquoi Allah l'a-t-il mis chez nous?


THÉOLOGIEN 10

S'il voulait qu'on s'en serve,

le Coran le dirait.


THÉOLOGIEN 11

Le Coran le dirait!


PRINCE AUDA

Il ne l'a pas prohibé dans le Coran.

Je crois qu'Il l'a mis dans le sol

pour améliorer notre vie.

Ce qui compte, c'est la vie éternelle.


THÉOLOGIEN 7

On n'a pas à améliorer la vie terrestre.

C'est une jouissance éphémère.

Une jouissance éphémère!


PRINCE AUDA

Et tes lunettes, c'est péché?

Elles améliorent ta vie.


THÉOLOGIEN 7

Non, émir.

Elles me permettent de voir les mots

du saint Coran plus clairement.


Tous disputent PRINCE AUDA.


THÉOLOGIEN 4

Écoutez-moi!

L'ennemi, ce sont les apostats.

Vous entendez?


À un autre moment, par sa fenêtre, PRINCESSE LEYLA voit IBN IDRISS ouvrir la porte de la voiture au DOCTEUR EN DROIT.


IBN IDRISS

Bonjour. Tu es seul.


DOCTEUR EN DROIT

Malheureusement, oui.

Je suis désolé.

Le roi Amar a gardé son fils.

Auda est resté pour discuter plus avant.

Ibn Idriss,

puis-je compter sur ton soutien?


PRINCESSE LEYLA entend la conversation et pleure.


La nuit, PRINCE AUDA est couché dans son lit. HASSAN DAKIL se tient à son chevet.


PRINCE AUDA

Tu te souviens

comment tu m'as appris à prier?

Je n'étais pas plus haut que ton épée.

Dis-moi.

Ai-je eu tort de venir ici?


HASSAN DAKIL

Le sort a fait

de la guerre mon métier, sidi.

Mais en vérité,

je n'ai jamais vu personne y gagner.


HASSAN DAKIL

(S'adressant à ALI)

Entrez.


ALI entre dans la pièce.


PRINCE AUDA

Bonsoir, docteur.

Je vais très mal.


ALI s'assoit près de PRINCE AUDA.


ALI

Décrivez-moi vos symptômes

de façon un peu moins vague.


PRINCE AUDA

J'ai une forte fièvre,

mon cœur bat à cent à l'heure

et on dirait que ma tête va exploser.


ALI

Remontez votre manche.


ALI prend la pression de PRINCE AUDA puis lui examine les yeux.


ALI

Je sais de quoi vous souffrez.


ALI

Une cigarette?

Vous faites une crise d'hypocondrie.


PRINCE AUDA

Pas du tout.


ALI

Si, si, c'est dans la tête,

mais faites un peu d'exercice.


PRINCE AUDA

J'ai vraiment très mal.


ALI

Somatisation.

Votre esprit est agité.

Si vous vous calmez, vous irez mieux.

Et c'est bien ainsi,

car je ne pourrais rien

vous prescrire d'efficace.

La médecine moderne est interdite ici.


PRINCE AUDA

Les médicaments sont interdits?


ALI

Oui.


PRINCE AUDA

Pourquoi?


ALI

Pourquoi?

Ça vient de l'étranger.

C'est l'œuvre du diable.

C'est ce que disent

les vénérables théologiens du sultan.

Vous les avez vus, je crois.

Ils ont juste oublié

que le Prophète lui-même a dit :

(Haussant le ton)

«Utilisez la médecine.

Allah n'a créé aucune maladie

sans en prévoir le remède.»

Sauf la vieillesse.

Le sultan a avalé le Coran d'un coup.

À son âge, on digère mal.

Bonne chance à vous.


ALI se lève.


PRINCE AUDA

Attendez, docteur.

Comment vous appelez-vous?


ALI

Ali.

(Allumant une cigarette)

Ali Ibn Amar.

Le fils mal aimé du sultan.

Et son bouc émissaire préféré.


PRINCE AUDA

Nous sommes frères?


ALI

La maladie n'a pas altéré ton jugement.

Oui, de mères différentes.

La mienne était plus belle.

Notre père dirait

qu'il n'a plus que toi,

Saleh étant mort,

monté au paradis, parmi les vierges.

Moi, je ne compte pas.

Tout te reviendra.

Ne claque pas tout.


PRINCE AUDA

Pourquoi tu ne comptes pas?


ALI

Parce que j'ai des opinions.

C'est mal vu à Salmaah.

On doit obéir aveuglément.

Méfie-toi de notre père,

le seul dirigeant

qui préfère être pauvre.

Il exerce une étrange séduction.


SULTAN AMAR accueille PRINCE AUDA chez lui.


SULTAN AMAR

Tu as bien parlé, hier.

J'ai perdu l'habitude

d'entendre la voix de la jeunesse.

Je vous ai lâchés bien trop tôt,

toi et Saleh. Viens, assieds-toi.


PRINCE AUDA

Père, il faut que je sache.

Nesib vous a proposé de nous renvoyer.

Pourquoi avez-vous refusé?


SULTAN AMAR

Je vais te le dire.

Les comptables de Nesib m'ont offert 5 %

des recettes du Corridor.

J'ai refusé.

Arrivés à 32 %, ils ont proposé de…

comment déjà…

de vous inclure dans le lot.

Seulement…

quand je suis rentré vaincu,

il y a 15 ans en disant à ta mère

que j'avais dû vous laisser en otages,

elle était comme un oiseau

qui ne veut plus chanter.

Elle s'est retirée dans sa chambre,

s'est tournée vers le mur…

Elle est morte en six semaines.

Votre vie n'avait pas de prix pour elle.

Ni pour moi.


SULTAN AMAR

Lui assigner une valeur

aurait déshonoré sa mémoire.

(Servant le thé)

Sache, mon fils,

que tout ce que tu vois dans cette pièce

a été conquis

par le sang ou par l'amour.

Jamais par l'argent.

Ce qui peut être acheté

n'a pas de vraie valeur.


PRINCE AUDA

Je suis venu vous avertir.

Nesib a une armée puissante,

sur la Route du Nord,

avec des armes modernes.

Sa fortune grossit à vue d'œil

et il a rallié les tribus du Sud.


SULTAN AMAR

Pauvre, il avait déjà de l'argent

pour les mitrailleuses.

Celui qui ne croit qu'aux armes

est un piètre soldat.

Quant aux tribus du Sud,

elles sont plus promptes

à fêter un mariage

qu'à choisir leur camp à la guerre.

À propos, je faisais…

(Cachant son œil avec sa main)

ça quand vous étiez petits.

Tu te souviens?


PRINCE AUDA fait non de la tête.


SULTAN AMAR

Je vous disais

que je voyais l'intérieur de votre âme.

Dis-moi la vérité.

(Cachant son œil avec sa main)

Tu veux répudier ce mariage?


PRINCE AUDA

Non.

Je l'aime.

Vraiment.


SULTAN AMAR

Tu sais, mon fils,

le plus beau cadeau

dans la vie d'un homme, c'est l'amour.

Hassan!


HASSAN DAKIL les rejoint.


HASSAN DAKIL

Oui, émir.


SULTAN AMAR

Va à Hobeika.

Dis à Nesib

que mon fils a adouci mon cœur.

Pour fêter l'union de nos maisons,

je propose de se rencontrer en paix

à la nouvelle lune.


PRINCE AUDA

Père, hier, le docteur a dit…


SULTAN AMAR

C'est un homme aigri,

un bouffon.


PRINCE AUDA

Il se dit mon frère.


SULTAN AMAR

Tous les fleuves ont leurs affluents.


Dans le désert, HASSAN DAKIL galope à cheval avec d'autres hommes du clan Amar.


HASSAN DAKIL est maintenant dans le bureau d'ÉMIR NESIB.


HASSAN DAKIL

Étant donné la récente union

entre vos deux maisons,

le roi Amar vous pardonne

de vous être indûment approprié

le Corridor Jaune.


ÉMIR NESIB

C'est tout?


HASSAN DAKIL

Il souhaite revenir à l'accord initial

passé devant Dieu,

stipulant que le Corridor

n'appartient ni à lui ni à vous.


ÉMIR NESIB

Tu as terminé?


HASSAN DAKIL

Non, Sa Majesté ajoute

que quand les infidèles

auront plié bagage,

elle se fera un plaisir

d'assister aux festivités du mariage

auquel, par inadvertance,

vous avez négligé de l'inviter.


ÉMIR NESIB

D'accord.

Je vous ai battus,

Hassan Dakhil,

toi et ton maître.

J'aurais dû vous achever.


HASSAN DAKIL

Merci, Votre Majesté.


HASSAN DAKIL s'apprête à partir.


ÉMIR NESIB

Hassan Dakhil…

Assieds-toi un moment.


HASSAN DAKIL s'assied.


ÉMIR NESIB

Tu es un professionnel.

Tu sais que cette guerre

se résumera à trois mots

pour la maison d'Amar.

Absurde.

Cruelle.

Et vaine.

Alors…


À Salmaah, la nuit, SULTAN AMAR entre dans la chambre où PRINCE AUDA dort. PRINCE AUDA entrouvre les yeux puis fait semblant de dormir. SULTAN AMAR va au chevet de PRINCE AUDA et le couvre d'une couverture.


À un autre moment, le jour, SULTAN AMAR et PRINCE AUDA se lavent les mains à une fontaine.


À un autre moment, SULTAN AMAR fait la médiation lors d'une dispute entre deux voisins. PRINCE AUDA assiste à la médiation et semble impressionné.


SULTAN AMAR

Vous allez construire un mur

au milieu de vos terres.

En contrepartie,

je donnerai un mouton à chacun.


À un autre moment, SULTAN AMAR et PRINCE AUDA sont à cheval dans le désert.


SULTAN AMAR

Ils sont venus

me voir aussi, ces Texans.

Avec leurs bottes, leurs chapeaux

et leurs voix tonitruantes.

Ils ne parlaient que d'argent.


Le cheval de PRINCE AUDA hennit. SULTAN AMAR calme le cheval et lui enlève du sable du sabot.


SULTAN AMAR

Mais je leur ai dit :

«Qu'ai-je à faire de l'argent?

J'ai été béni mille fois.»


À un autre moment, dans sa chambre, PRINCE AUDA écrit une lettre à PRINCESSE LEYLA.


PRINCE AUDA

«Mon épouse bien-aimée,

Comme tu as dû le comprendre,

père est entièrement dévoué à la paix.

C'est le plus authentique des hommes.

J'ai hâte de te le présenter.

Nous devrions vivre

la moitié de l'année à Salmaah

et l'autre à Hobeika.»


PRINCE AUDA entend le galop de chevaux. Il s'agit des hommes qui accompagnaient HASSAN DAKIL à Hobeika. PRINCE AUDA sort de la maison. SULTAN AMAR lit une lettre.


PRINCE AUDA

Où est Hassan?


SULTAN AMAR

Il reste à Hobeika.

Pour une durée indéterminée.

«Pour raisons de santé.»

Il l'a acheté.

Nesib a acheté Hassan

et il a tué Saleh.

La vérité et le courage

étaient les étoiles qui nous guidaient.

Aujourd'hui,

le pétrole et l'argent sont rois.


À un autre moment, à l'entrée de la cité de Salmaah, des centaines d'hommes enchaînés sont transportés par des gardes. SULTAN AMAR et PRINCE AUDA sont à cheval et les regardent.


PRINCE AUDA

Qui sont ces hommes, père?


SULTAN AMAR

J'aère mes prisons.

Ça leur fait de l'exercice.


Une bagarre éclate parmi les gardes et les prisonniers. Les prisonniers se font mettre des foulards rouges par les gardes.


PRINCE AUDA

Eux, ils vont faire de l'exercice?


SULTAN AMAR

Oui, c'est mon armée de paille.

Elle va distraire Nesib

pendant que je le frapperai au cœur.

Tu le connais bien.

Que pense-t-il de moi?


PRINCE AUDA

Que vous êtes honorable,

mais incorrigiblement passéiste.


SULTAN AMAR

Une antiquité!

Si on lui rapportait

que je conduis mon armée au désert

pour traverser la Maison d'Allah,

le croirait-il?


PRINCE AUDA

Envoyer ces hommes

dans la Maison d'Allah?

Ils y mourraient.


SULTAN AMAR

Mieux vaut mourir pour une noble cause

que moisir en prison.

Le croirait-il?


PRINCE AUDA

Oui.

Il croirait à une attaque

du Corridor Jaune.


SULTAN AMAR

Une idée digne d'une antiquité!

Il retirerait ses hommes

de la Route du Nord

pour renforcer le Corridor?


PRINCE AUDA

Oui… sans doute.


SULTAN AMAR

Exactement.

Et là, je remonte la Route du Nord

pour prendre Hobeika.


PRINCE AUDA

Mais vous ne pouvez pas

si vous êtes dans le désert,

dans la Maison d'Allah.


SULTAN AMAR

Non.

Mais toi, si.


PRINCE AUDA

Moi quoi?


SULTAN AMAR

Tu vas traverser la Maison d'Allah.

Pas la traverser,

mais te montrer

pour attirer l'armée de Nesib.

J'allais y envoyer Hassan,

tu prendras sa place.


PRINCE AUDA

C'est absurde.

Je suis venu plaider pour la paix,

pas remplacer votre général.


SULTAN AMAR

Tu as ça dans le sang,

tu es né pour commander.

Tu es le futur sultan

de la citadelle de Salmaah,

douzième de la lignée.

Nous régnons sur ces terres

depuis des siècles.

Nos ancêtres escortaient le Prophète.


PRINCE AUDA

Une seule fois,

j'ai utilisé une arme à feu.

J'ai failli y laisser mon épaule.

Je lis des livres.

Ils me disent que mon sang

est fait d'eau, de protéines et de fer.

Et s'il contient autre chose,

c'est la certitude

que vous perdrez cette guerre

comme la précédente.


SULTAN AMAR

Je t'avais pris pour un autre.

Merci d'être venu à Salmaah.

Tu as trouvé un meilleur roi

et un meilleur père

en Nesib.

Nous sommes en guerre, cours retrouver

l'opulence d'Hobeika

et les bras de ta femme.

Que Dieu guide tes pas.


Plus tard, dans le désert, le groupe de gardes dirige le groupe de prisonniers, dirigés par le SULTAN AMAR et PRINCE AUDA. Les prisonniers sont sur des chameaux alors que les gardes sont à cheval. Ils arrivent à un point d'eau.


MAGROOF

Remplissez-vous la panse!

C'est le dernier puits.

Le dernier point d'eau

pour les quinze jours à venir.

Remplissez-vous la panse.

Remplissez les outres.


PRINCE AUDA voit ALI arrivant au loin à dos d'âne.


PRINCE AUDA

La paix soit avec toi, mon frère.


ALI

Et la lèpre avec toi.

Tu devais te reposer.

Que fais-tu là?


PRINCE AUDA

Tu as des compresses?


ALI

Pas assez.

Mais je t'ai trouvé un remplaçant

en cas de rechute.

Personne ne verra la différence.

Alors, c'est quoi, le plan, général?


PRINCE AUDA

Je ne peux pas te le dire

si tu n'en es pas.


ALI

Comment pourrais-je en être

si je ne le connais pas?


SERGENT TALIB

Docteur Ali!

Le sultan vous attend après la prière.


La nuit, dans le désert, SULTAN AMAR est au bord d'un feu. ALI le rejoint.


ALI

Quel plaisir de voir Votre Grandeur!

Ou dois-je dire «père»?


SULTAN AMAR

Tu tournes tout en dérision.


ALI

C'est plus facile.


SULTAN AMAR

Plus facile?


ALI

Que de dire ce qu'on ressent.


SULTAN AMAR

Et qu'est-ce que tu ressens?


ALI

Je regrette de ne pouvoir être

tel que vous le voudriez.


SULTAN AMAR

Assieds-toi.

J'ai réfléchi.

Si Dieu réprouvait la médecine,

Il n'aurait pas mis des gens comme toi

sur terre.

Alors, peut-être, à ton retour,

on verra tes projets.


ALI

Merci, père.


PRINCE AUDA voit ALI et SULTAN AMAR discuter au loin.


SULTAN AMAR

Je peux compter sur toi?


ALI

Bien entendu.


SULTAN AMAR

Veille sur Auda.


ALI

Je m'attendais à le haïr.

Mais non.

Il me fait penser à un jeune hibou.

Il voit juste malgré ses yeux de myope.


PRINCE AUDA les rejoint.


Le lendemain, à l'aube, tous font une prière dirigée par SULTAN AMAR.


Plus tard, dans une tente, SULTAN AMAR retire son turban et le place sur la tête de PRINCE AUDA.


SULTAN AMAR

Cette étoffe porte la sueur

et le sang de notre maison.

Le chef de notre famille en est coiffé

depuis l'époque du Prophète.

Sois-en digne.


PRINCE AUDA

Je ferai de mon mieux.


SULTAN AMAR

Souviens-toi,

fais-toi juste repérer

par l'armée de Nesib. Inutile…


PRINCE AUDA

D'entrer en contact.

Je sais.

Pas besoin de vous inquiéter pour ça.


SULTAN AMAR

Viens.


Le groupe de prisonniers et de gardes se met maintenant en marche. SULTAN AMAR les regarde partir et échange un regard avec PRINCE AUDA qui s'en va avec le groupe.


SULTAN AMAR

(À lui-même)

Que Dieu nous protège tous.


Alors que le groupe est en marche dans le désert. Une bagarre éclate. Un jeune prisonnier prend la bagarre comme diversion pour s'enfuir, mais il est rapidement rattrapé par MAGROOF qui l'abat. PRINCE AUDA est sous le choc.


ÉMIR NESIB parle à ses hommes dans son bureau.


ÉMIR NESIB

Peut-on aller aussi loin?


COLONEL NESIBI

Nos camions-citernes

nous permettent de frapper partout.


ÉMIR NESIB

De toute façon, il ne va pas vraiment

traverser la Maison d'Allah.


COLONEL NESIBI

Pas avec une armée conventionnelle.


IBN IDRISS

La chose est impossible.

Je connais cette région.

Elle briserait les plus braves.


COLONEL NESIBI

Marcher vers la Maison d'Allah

ne veut pas dire la traverser.


Le groupe de prisonniers traverse toujours le désert.


SERGENT TALIB

Il n'a pas plu ici depuis que le ciel

a pleuré la mort du Prophète.


MAGROOF

(S'adressant à PRINCE AUDA)

C'est la Porte des démons, émir,

l'entrée de la Maison d'Allah.


Un avion vole au-dessus du groupe de prisonniers.


Le jour tombé, PRINCE AUDA écrit un mot à son père.


PRINCE AUDA

(Écrivant)

«Père, un avion

est passé au-dessus de nous.

Il ne nous a pas forcément vus.

On continue.»


PRINCE AUDA donne le mot à un homme qui l'accroche à un pigeon voyageur. L'homme lance le pigeon dans les airs.


À un autre moment, dans le désert, un homme est assis par terre, recroquevillé et immobile. Un garde vient le voir.


GARDE

Eh, toi…

Avance!


Le GARDE pousse l'homme qui tombe au sol, sans vie. Le groupe essaie de monter une butte de sable avec difficulté. Les chameaux s'enfoncent les pattes dans le sable et l'un deux tombe au sol et dévale la butte. Les prisonniers se jettent sur le chameau et s'emparent des outres d'eau. S'en suit un combat entre les prisonniers et les gardes. Le prisonnier KHOZ AHMED prend le leadership du groupe de prisonniers.


MAGROOF

Prêts à faire feu!


SERGENT TALIB

En joue!

Émir, restez là.


KHOZ AHMED

On veut de l'eau!


SERGENT TALIB

Arrière! Éloignez-vous!


PRISONNIER

Ne tirez pas!


SERGENT TALIB

Reculez!


KHOZ AHMED

On veut de l'eau!


ALI

(S'adressant à PRINCE AUDA)

Ce n'est pas une revendication

extravagante.


SERGENT TALIB

Qu'est-ce que c'est?


KHOZ AHMED

Silence!


PRINCE AUDA

Je sais ce que c'est. Des blindés.

Je vais leur parler.


Des blindés se dirigent rapidement vers eux.


SERGENT TALIB

Ne faites pas ça, émir. Revenez!


PRINCE AUDA

Je suis le prince Auda.

C'est moi, Auda.


Les blindés commencent à tirer. Tout le monde se disperse, en panique.


PRINCE AUDA

Sur les dunes, vite!

On sera à l'abri, suivez-moi.


Les blindés tirent sur plusieurs hommes.


PRINCE AUDA

Sautez dans la pente!


PRINCE AUDA saute de son cheval sur une dune. Un blindé le suit, mais s'enfonce dans le sable et s'arrête. Les gardes se jettent sur le blindé et le frappent avec leurs armes.


PRINCE AUDA

Du sable dans les meurtrières!


VOIX MASCULINE

Elle est enrayée.


Un garde tire à l'intérieur du blindé.


Les blindés tirent sur plusieurs hommes. Un blindé roule sur un homme. Un blindé tire sur une cage de pigeons voyageurs attaché au dos d'un chameau. Le chameau tombe et les pigeons sont libérés.


PRINCE AUDA

Visez les pneus!


PRINCE AUDA court près d'un garde visant un blindé avec une arme. Un blindé s'enfonce dans le sable. Des prisonniers se jettent sur le blindé et déversent des bidons d'essence sur celui-ci.


PRINCE AUDA

Bloquez les rouages avec vos vêtements.

Avec n'importe quoi!

Ce que vous pouvez.


Des prisonniers se jettent sur un autre blindé s'étant arrêté. Un des prisonniers attrape l'arme du blindé à l'aide d'un foulard. Un autre en bloque les chenilles à l'aide d'une carabine. KHOZ AHMED ouvre la porte du blindé et en sort le corps conducteur. Les prisonniers prennent des gourdes d'eau dans le blindé. Un prisonnier pousse un cri de victoire et tire dans les airs avec une mitraillette.


Un blindé tombe à reculons dans une dune. Un garde lui tire dessus, mais le blindé tire à son tour, puis il remonte et s'en va.


HOMMES

Victoire!

On les a eus.


MAGROOF

(S'adressant à PRINCE AUDA)

On les a repoussés, émir.


PRINCE AUDA

Je ne crois pas.

Ils ne nous lâcheront pas.

Ils retournent à Hobeika.


SERGENT TALIB

Ils vont massacrer notre sultan

sur la Route du Nord.


Un coup de fusil se fait entendre, ce qui fait sursauter les gardes. Il s'agit de KHOZ AHMED.


KHOZ AHMED

Vous voulez de l'eau?


KHOZ AHMED prend une gorgée d'eau dans une outre.


Plus tard, les hommes de NESIB sont stationnés près de blindés dans le désert.


HOMME

Mon commandant, regardez par là.


Un groupe commandé par KHOZ AHMED et ayant pour prisonnier PRINCE AUDA arrive.


KHOZ AHMED

On a votre prince.

On veut le vendre.

On ne demande pas grand-chose.

Un peu d'eau.


COLONEL NESIBI

Vous ne l'avez pas maltraité?


KHOZ AHMED

Votre petit prince?

Pourquoi on ferait ça?


COLONEL NESIBI

Approchez!


KHOZ AHMED

Ça suffit comme ça.


Les prisonniers tirent sur les hommes de NESIB.


PRINCE AUDA

Le bidon d'essence!

Vite, le bidon!


Les prisonniers prennent des bidons d'essence et en aspergent les blindés.


PRINCE AUDA

Dépêchez-vous.


ALI essaie d'allumer son briquet avec difficulté.


ALI

On a franchi le Rubicon.


Un autre blindé arrive au loin.


PRINCE AUDA

Une autre s'en vient!


ALI ne parvient pas à allumer le briquet.


ALI

Y a toujours un truc qui cloche.


PRINCE AUDA

Donne!


ALI

Ils se rapprochent!


PRINCE AUDA

Ça vient.


PRINCE AUDA réussi à faire marcher le briquet et met le feu à l'essence.


VOIX MASCULINE

On y va!


ALI retourne chercher son briquet.


ALI

Mon briquet!

Auda, abrite-toi.


Les prisonniers courent se cacher derrière un rocher.


MAGROOF

Émir, vite!


PRINCE AUDA

Baissez-vous.


Les blindés explosent.


Plus tard, un des pigeons voyageurs arrive à un campement du SULTAN AMAR. Un homme attrape le pigeon. Le SULTAN AMAR est contrarié de voir du sang sur le pigeon.


SULTAN AMAR

Pas de message?


L'HOMME fait non de la tête.


HOMME

Dieu bénisse nos défunts héros.


SULTAN AMAR

Tout le monde en selle!


À un autre moment, dans le désert, un avion survole un blindé explosé et quelques cadavres. Des militaires agitent des foulards et demandent de l'aide.


MILITAIRES

Aidez-nous!

À l'aide!


Dans l'avion, l'homme assis à l'arrière fait signe au pilote d’atterrir. L'avion atterrit. TARIK en sort et marche à travers les dépouilles.


PRINCE AUDA

Maintenant!


Les soi-disant dépouilles se lèvent et les militaires que TARIK croyait être de Hobeika sont en fait des prisonniers déguisés. Ils tirent sur TARIK. Celui-ci court et fait signe à l'avion de décoller. Il monte dans l'avion. Les prisonniers s'accrochent à l'avion pour tenter de l'empêcher de décoller, puis celui-ci s'envole légèrement, puis s'écrase dans le sable.


PRINCE AUDA, ALI et les prisonniers rejoignent un des leurs, affaibli et déshydraté.


CHAMELIER

La mer…

Allez jusqu'à la mer.


PRINCE AUDA

Ne t'épuise pas.


CHAMELIER

Vous trouverez de l'eau…

Dans la mer! Elle est dans la mer.


ALI

Oui, bien sûr…

Ça va aller.


PRINCE AUDA trouve les lunettes de soleil de son frère par terre, puis découvre TARIK gisant au sol. Il s'agenouille et range les lunettes dans la poche de la veste de TARIK.


PRINCE AUDA

(S'adressant à ALI)

J'ai grandi avec lui.

Je suis marié à sa sœur.


MAGROOF

Je suis désolé, émir.

C'était la volonté de Dieu.


PRINCE AUDA

Dieu déteste ce qu'on se fait

les uns aux autres en Son nom.


SERGENT TALIB

Il faut partir d'ici.

Nesib va se lancer à nos trousses.


GARDE

Il a raison.

Il va nous envoyer ses avions.


PRINCE AUDA

C'est ça, la guerre?

Ce qui inspire les épopées?


ALI

Oui.

Ce qui fait vraiment peur,

c'est à quel point tu es doué pour ça.


À un autre moment, ÉMIR NESIB, IBN IDRISS et un IMAM marchent dans une maison.


ÉMIR NESIB

Envoyez l'armée dans le Corridor.

Enfin, ce qu'il en reste.


IBN IDRISS

Est-ce vraiment judicieux?


ÉMIR NESIB

J'ai envoyé mes blindés,

mon meilleur avion avec mon fils à bord.

Personne n'est revenu.

Vous voulez quoi de plus?

Vous préférez

aller chercher Amar vous-même?


ÉMIR NESIB

(S'adressant à l'IMAM)

Viens!


ÉMIR NESIB se trouve maintenant dans la chambre de PRINCESSE LEYLA.


PRINCESSE LEYLA

Comment le savez-vous?


ÉMIR NESIB

Mes espions l'ont vu quitter Salmaah

avec son père.

Il a choisi son camp,

celui de l'assassin de ton frère.


PRINCESSE LEYLA

Vous avez tué Saleh.


ÉMIR NESIB

Je n'ai pas tué Saleh.

Il est mort, c'est tout.

Cette ordure d'Auda t'a trahie

comme il m'a trahi.

Un Amar reste toujours un Amar.

(S'adressant à l'IMAM)

Explique-lui ce que dit le Coran.


L'IMAM se trouve dans la pièce adjacente séparée par un grillage.


IMAM

Le Coran dit bien des choses

sur bien des sujets.


ÉMIR NESIB

Sur le divorce, idiot!


PRINCESSE LEYLA

Le divorce?


IMAM

Allah n'y est pas favorable.


ÉMIR NESIB

Sauf quand le mari

est au-dessous de tout,

s'il s'enfuit

et rejoint une armée étrangère

pour marcher contre sa famille.

Alors…


IMAM

Alors… l'épouse…

peut casser le mariage

si elle répète trois fois

«Je divorce…»


ÉMIR NESIB

«D'Auda, fils d'Amar!»

(S'adressant à PRINCESSE LEYLA)

Approche.

Maintenant,

dis trois fois :

«Moi, Leyla,

fille de Nesib,

je divorce d'Auda, fils d'Amar.»

Dis-le.


PRINCESSE LEYLA

Je refuse.


ÉMIR NESIB

Tu refuses?


PRINCESSE LEYLA

Si Auda a suivi son père,

c'est qu'il n'avait pas le choix.

C'est l'homme le plus pacifique

qu'on puisse imaginer.


ÉMIR NESIB

Pacifique?


PRINCESSE LEYLA

Oui.


ÉMIR NESIB

Il est exactement comme son père.

Il est pire, en fait.

Amar est juste fou à lier!

Très bien.

Désobéis-moi.

À quoi bon divorcer d'un cadavre?


PRINCESSE LEYLA

(Apeurée)

Un cadavre?


Dans le désert, PRINCE AUDA s'adresse au groupe de prisonniers et de gardes.


PRINCE AUDA

«Des criminels endurcis»,

disait mon père.

«Des hommes dangereux.»

Il avait raison.

Vous êtes dangereux.

Mais ce combat n'est pas le vôtre.

Vous pouvez partir.


KHOZ AHMED

Et l'eau?


PRINCE AUDA

On partage ce qui reste.


HOMME

Vous allez où?


PRINCE AUDA

Vers l'est.

La mer.

Personne n'ira nous chercher là-bas.


KHOZ AHMED

Je viens avec vous.


HOMME

Nous aussi.


Le groupe traverse le désert alors que le vent souffle le sable.


Le groupe est maintenant arrêté et les chameaux sont couchés.


ALI, PRINCE AUDA, SERGENT TALIB, MAGROOF et le reste du groupe avancent à dos de chameau dans le désert. Ils sont fortement déshydratés et faibles.


ALI

Si c'est ça, la maison de Dieu,

il doit être de sortie.


PRINCE AUDA

Je suis sûr

que le chamelier avait raison.

On trouvera de l'eau près de la mer.


ALI

Qui nous en donnera?


PRINCE AUDA

Des pêcheurs.

Des marchands.

Il y a toujours du monde près de la mer.


Plus loin, un chameau gît au sol.


Plus tard, le groupe se partage le contenu d'une gourde d'eau. Ils ont tous des plaies au visage tellement ils sont déshydratés.


HOMME

Une goutte.


Plus tard, le groupe arrive à la mer. Tous se ruent dans l'eau.


HOMME

La mer!

Regardez! La mer!


PRINCE AUDA

Ne buvez pas cette eau.

Ne buvez pas.


ALI

Ne buvez pas dans la mer.


TOUS s'aspergent d'eau.


ALI

Ne buvez pas l'eau de mer.

Le sel passe dans le sang,

ça vous tuerait.

Ne la buvez pas.

Arrête! Le sel va te tuer.

Mouillez-vous la bouche.


PRINCE AUDA

(S'adressant au SERGENT TALIB)

Al Gloui, Talib!

Remontez la côte.

Voyez ce que vous trouvez.


Des hommes creusent dans le sable à la recherche d'une source d'eau. L'un d'eau pense avoir trouvé de l'eau potable, mais il s'agit d'eau de mer.


HOMME

Donne.

(Recrachant)

De l'eau de mer!


Des hommes éventrent un chameau et en boivent le sang.


SERGENT TALIB

Rien, émir.


Le soir, le SERGENT TALIB revient.


MAGROOF

Debout, tout le monde!

On s'en va.


Tous se lèvent et se mettent en marche.


Le jour, PRINCE AUDA et ALI sont étendus au bord de l'eau. Ils sont faibles et ont des furoncles au visage. Ils parlent avec difficulté.


PRINCE AUDA

Tu sais, aller vers la mer,

c'était choisir entre une mort certaine

et une mort probable.


ALI

Et la mort probable

est devenue certaine.

Eh bien, Votre Majesté,

très bientôt, notre langue va enfler,

notre comportement

va devenir très étrange et puis…

Et puis, on s'endormira.


Un bruit de bouillonnement se fait entendre.


ALI

J'aimerais bien pouvoir mourir

sans ce bruit bizarre.


ALI semble réaliser quelque chose et se lève. Il court dans la mer, suivi de PRINCE AUDA.


ALI

Il a dit…

Le chamelier a dit :

«L'eau est… dans la mer».

Pas près de la mer.

Dans la mer!

C'est une source.

Une source sous-marine!


Ils nagent et se rendent à une zone d'eau d'où émergent des bouillonements. PRINCE AUDA boit de l'eau.


ALI

Elle est comment?


PRINCE AUDA

Salée. C'est pas de l'eau douce.


ALI

Faut aller au fond!


ALI plonge sous l'eau et va directement à la source, puis il ressort.


ALI

Elle est douce.

C'est de l'eau douce!


ALI

Ça va?


ALI

Les outres!

Apportez les outres.


HOMME 1

Quoi?


HOMME 2

Ils ont trouvé une source.


Tous vont dans l'eau et remplissent les outres à la source.


ALI

Sous l'eau!

On a de l'eau!


PRINCE AUDA et ALI se prennent dans leurs bras.


HOMME 1

Gloire à Allah!


Un homme met un peu d'eau dans la bouche d'un autre homme gisant au sol et très faible.


HOMME

Commence par te mouiller la bouche.

Tout doux!


Des hommes abreuvent les chameaux.


Le groupe s'en va, en tirant quelques chameaux.


ALI

(S'adressant à PRINCE AUDA)

Juste revanche des bêtes.

Maintenant, c'est nous qui les portons.


Le groupe marche dans le désert.


Plus tard, étendus sur une dune, PRINCE AUDA, MAGROOF et un autre homme regardent un campement au loin. PRINCE AUDA regarde à l'aide de jumelles.


MAGROOF

Ce sont les Beni Sirris,

éleveurs de chameaux renommés.

Des pillards,

trafiquants d'esclaves renommés.


PRINCE AUDA rejoint SERGENT TALIB.


Au campement des Beni Sirris, le CHEIKH DE BENI SIRRI regarde à l'aide de jumelles le PRINCE AUDA et ses hommes arrivant à dos de chameau.


BENI SIRRI

Il porte le turban vert. C'est Amar.


Le CHEIKH DE BENI SIRRI crache par terre.


CHEIKH DE BENI SIRRI

C'est pas Amar.

C'est Auda.

(S'adressant à deux autres hommes)

Allez prévenir les Nesibiens. Vite!


PRINCE AUDA arrive et parle en arabe.


CHEIKH DE BENI SIRRI

Bienvenue!


PRINCE AUDA

Merci, cheik.


CHEIKH DE BENI SIRRI

Bienvenue, prince [langue_etrangere=AR]Auda ibn Amar[/langue_etrangere], fils du [langue_etrangere=AR]bey al Kursi de Salmaah[/langue_etrangere].

Ma modeste tente de Bédouin

n'est pas digne de vous.


PRINCE AUDA, ALI et MAGROOF sont maintenant dans la tente du CHEIKH.


CHEIKH DE BENI SIRRI

Je ne peux rien refuser

au fils de deux pères si illustres.

Prenez tous les chameaux

que vous voudrez.

À une condition.

Que vous buviez le café avec nous.


ALI

Dieu existe!


Des hommes entrent dans la tente.


CHEIKH DE BENI SIRRI

Voyez, quand on commence

à broyer le café,

tout le monde a le droit d'entrer.


ALI

Salut.


Au même moment, les deux hommes que le cheikh avait envoyé avertir les Nesibiens galopent dans le désert.


PRINCE AUDA

Vous étiez, si je ne m'abuse,

à notre mariage.


CHEIKH DE BENI SIRRI

(Regardant sa montre)

Un souvenir de ce grand jour!


AICHA, une membre de tribu, arrive avec un plateau de tasses.


CHEIKH DE BENI SIRRI

(S'adressant à AICHA)

Viens ici.

Plus près.


Le CHEIKH fouette violemment AICHA.


CHEIKH DE BENI SIRRI

Idiote!

Mais quelle idiote!


PRINCE AUDA est contrarié.


PRINCE AUDA

Les Beni Sirris

savent manier la trique.


CHEIKH DE BENI SIRRI

Elle n'est pas des nôtres.

C'est une Zamiri.


PRINCE AUDA

Une prise de guerre?


CHEIKH DE BENI SIRRI

Oui.

Les Zamiris sont incapables

de garder leurs femmes.

Elles montent à cheval

comme les hommes, visage nu.


PRINCE AUDA

J'aimerais l'acheter.


CHEIKH DE BENI SIRRI

Elle n'est pas à vendre.


PRINCE AUDA

Bien sûr que non.

Mon père, votre roi…

dit que rien de précieux ne s'achète.


CHEIKH DE BENI SIRRI

Il a raison.


PRINCE AUDA

Je vous la troque.

C'est la bague de ma mère, Zamira.

C'était une princesse zamiri.

Elle chevauchait visage nu.


CHEIKH DE BENI SIRRI

Elle n'est pas à vendre,

Auda, fils de Zamira

qui fut l'esclave d'Amar.


PRINCE AUDA

Tu commets une erreur.


CHEIKH DE BENI SIRRI

C'est toi qui en as commis une

en quittant ta bibliothèque,

Auda aux douces mains.

Tu ne fais pas le poids.

Nesib a voyagé d'un horizon à l'autre.

Il a arrosé d'or toutes les tribus.


PRINCE AUDA voit un homme sur un chameau au loin.


CHEIKH DE BENI SIRRI

(Hurlant)

Nous sommes tous en concurrence

pour être le premier à te couper la tête

et à l'apporter à Ibn Idriss

qui, dit-on,

est promis à ta femme.


PRINCE AUDA

(S'adressant à AICHA)

Viens près de moi.


CHEIKH DE BENI SIRRI

No.


Le CHEIKH crache par terre.


PRINCE AUDA

Tu sais, cheik,

ce qui est précieux ne se gagne

que par l'amour ou par le sang.


CHEIKH DE BENI SIRRI

Que vas-tu gagner

par l'amour ou par le sang,

Auda aux douces mains?

(Sortant une arme)

Tu es cerné.


Les Beni Sirri sortent aussi des armes. PRINCE AUDA voit ses compagnons arriver au loin.


PRINCE AUDA

Non, c'est toi.


Les prisonniers et les gardes se ruent sur la tente des Beni Sirri. KHOZ AHMED entre dans la tente avec une arme.


KHOZ AHMED

(S'adressant au CHEIKH)

Salut!


PRINCE AUDA

(S'adressant au CHEIKH)

Coupe-moi la tête!


KHOZ AHMED

Prenez les armes.


ALI

(S'adressant au CHEIKH)

Tant que tu y es, la montre!


Le CHEIKH donne sa montre à PRINCE AUDA.


ALI

Merci.

On repassera prendre le café.


À l'extérieur de la tente, le CHEIKH est attaché aux côtés de MAGROOF.


MAGROOF

À genoux!


Le CHEIKH s'agenouille.


Les prisonniers et les gardes prennent les armes et les chameaux des Beni Sirri.


PRINCE AUDA s'adresse à un groupe d'otages venant de différentes tribus.


PRINCE AUDA

De quelle tribu es-tu?


OTAGE 1

Beni Khalid.


PRINCE AUDA

Ahmed, fais-la raccompagner.


OTAGE 2

Je suis Djanahid.


OTAGE 3

Yafidi.


OTAGE 4

Rahmidi.


OTAGE 5

Je suis un otage Djunfiz.


PRINCE AUDA

Moi aussi, j'ai été otage.

Le temps des esclaves

et des prises d'otages est révolu.


Un HOMME enlève des menottes aux pieds d'AICHA.


HOMME

(S'adressant à AICHA)

Je sais ce que ça fait.


AICHA

Il a raison, ce vieux chien.

Seuls les Zamiris

ont refusé l'or de Nesib.


PRINCE AUDA

Tout ce que je sais de l'or,

c'est que son cours est instable.


PRINCE AUDA monte sur un chameau.


AICHA

Suis-moi chez les miens.

Tu auras besoin d'aide.


Le groupe du PRINCE AUDA s'en va.


BENI SIRRI

Ils ont tout pris.


CHEIKH DE BENI SIRRI

Je jure devant Dieu Tout-Puissant

que je me vengerai

de ce fils de chienne zamiri.


Plus tard, le groupe de PRINCE AUDA se déplace en chameau dans le désert.


PRINCE AUDA

Parle-moi de ma mère.

Elle était comme toi?


AICHA

Elle était de haute naissance.

Elle savait lire et écrire.


ALI

Auda peut t'apprendre.

Ce sera un grand modernisateur.

Je serai son ministre de la Santé.

Et de l'Éducation.

Entre autres.


Caché derrière une butte de sable, un homme d'une tribu tient une carabine et guette le groupe.


AICHA

Ton père avait promis

d'être toujours à nos côtés

quand il a épousé Zamira,

mais on ne l'a jamais revu.


ALI

Ce cher papa!


PRINCE AUDA

Elles montent comme les hommes…


PRINCE AUDA reçoit une balle et tombe de son chameau.


MAGROOF

Auda!


AICHA

Auda! Auda!


ALI

Reculez!


Des membres de la tribu arrivent.


MAGROOF

Vous avez tué l'émir!

Pourquoi?

Nous sommes des amis.

On a libéré les vôtres.

Vous êtes fous?


ALI

Il ne respire pas.

Écartez-vous!


AICHA

Imbéciles, vous l'avez tué!


TIREUR

J'ai abattu Amar, le parjure.


AICHA

Tu as abattu Auda fils d'Amar…

et de Zamira!


TIREUR

Le fils de Zamira?

Pourquoi est-il vêtu comme Amar?


ALI couvre le visage de PRINCE AUDA.


ALI

Pas mon frère!


MAGROOF

Notre émir est mort!

Notre émir est mort!


VOIX MASCULINE

Le prince Auda est mort.


ALI et AICHA pleurent.


Les deux hommes Beni Sirris envoyés par le CHEIKH rejoignent un capitaine nesibien.


BENI SIRRI

Capitaine!

Le prince Auda

est chez les Beni Sirris, par là.


PRINCE AUDA est transporté dans une tente sur une civière. Dans la tente tous prient autour de lui. PRINCE AUDA se réveille.


ALI

Auda!

Tu m'entends?

Auda? Tu m'entends?


PRINCE AUDA

Ça va. J'étais…


ALI

Un cas de [langue_etrangere=LA] mors putativa.[/langue_etrangere]

Ça donne tous les symptômes de la mort.

En Occident, ils attendent 36 heures

pour l'enterrement.

Veinard, ta tombe t'attendait.

De l'eau pour mon frère!


AICHA

On dit qu'un prince zamiri

reviendra d'entre les morts

sous la bannière du Prophète.


HOMME

Auda est le Mahdi!


L'HOMME sort de la tente.


HOMME

Auda est le Mahdi!


ALI

Écartez-vous.

Tu as soif? Bois un peu.

Laissez-le passer.


ALI fait sortir PRINCE AUDA de la tente, dehors tous crient de joie et soulèvent PRINCE AUDA dans les airs.


PRINCE AUDA

Qu'est-ce qu'ils disent?


PRINCE AUDA

Ali, je ne suis pas le Mahdi.

Explique-leur.


ALI

C'est notre secret.


PRINCE AUDA

Je ne suis pas le Mahdi.

Je ne suis pas le Mahdi!


L'avion nesibien passe au-dessus d'eux et tire à l'aide d'une mitraillette.


MAGROOF

Mettez-vous à couvert!

Tirez dessus! Tirez sur l'avion.


Tous se mettent à terre. Un homme tire sur l'avion qui tombe au sol.


SERGENT TALIB

Personne n'est blessé,

c'est un miracle!

Personne n'est blessé.


PRINCE AUDA rejoint ALI qui est touché. ALI tombe au sol. PRINCE AUDA le prend dans ses bras.


PRINCE AUDA

C'est pas si grave!


ALI

Laisse-moi faire le diagnostic.

Merci.

La balle a traversé mon corps.

Elle m'a explosé l'omoplate gauche.

Mais je crois que…

le problème,

c'est la rupture de l'aorte.

Je suis en train de me noyer

dans mon propre sang.


PRINCE AUDA

Ne parle pas.


ALI

Ça, c'est plus dur.


PRINCE AUDA

Ali, je t'en prie…

soumets-toi à Dieu.


ALI

Embrasser le pied qui m'écrase?

J'ai froid.

Serre-moi dans tes bras.

J'ai peur du noir.

Toutes ces…

vierges…


PRINCE AUDA

Quand tu seras par-delà la tombe

et que l'ange te demandera

qui est ton Dieu,

que diras-tu?


ALI

Allah.


PRINCE AUDA

Et quand on te demandera

qui est Son messager?

S'il te plaît, Ali!


ALI

Mohamed.


PRINCE AUDA

Et quand l'ange te demandera :

«Quelle est ta religion?»

Qu'est-ce que tu diras?


ALI

L'islam.

Mon frère…

Promets-moi

que tu renverseras l'échiquier.


PRINCE AUDA fait oui de la tête. ALI s'éteint. PRINCE AUDA est triste. Il se relève et regarde son armée.


Le groupe avance dans le désert. AICHA regarde PRINCE AUDA qui a un regard vide.


Le soir à un campement, un groupe d'hommes arrive.


HOMME

Regardez!

Nous amenons des chevaux.

Un cadeau des Anizas pour l'émir.


MAGROOF

Bienvenue!


Dans une tente, AICHA parle à PRINCE AUDA.


AICHA

Tu donnes

des rations supplémentaires aux bêtes.

Alors, on va se battre?


PRINCE AUDA s'approche du visage d'AICHA, ils se regardent longuement comme s'ils allaient s'embrasser.


MAGROOF

Les Anizas sont là, émir.

Ils veulent venir avec nous.

Ils ont des chevaux et des fusils.


PRINCE AUDA

Où sont-ils?


PRINCE AUDA sort de la tente, AICHA semble contrariée.


MAGROOF

Là-bas.


MAGROOF échange un regard avec AICHA.


À un campement des Nesibiens, IBN IDRISS sort d'un abri.


HOMME 1

Les hommes d'Amar sont partout.

On est pris au piège.


HOMME 2

Ils nous encerclent.

On est piégés!


IBN IDRISS rejoint ÉMIR NESIB qui prie dans une mosquée.


IBN IDRISS

On est encerclés.


ÉMIR NESIB

Je sais, je les ai vus.


IBN IDRISS

Avons-nous une solution?


ÉMIR NESIB

Oui.


ÉMIR NESIB et IBN partent en jeep. PRINCESSE LEYLA les regarde partir depuis sa fenêtre.


ÉMIR NESIB agite un drapeau blanc et rejoint SULTAN AMAR et sa cour à l'entrée d'Hobeika.


ÉMIR NESIB

Prends ce que tu veux.

Mais…

épargne Hobeika.


SULTAN AMAR

Mes fils sont morts.


ÉMIR NESIB

Tarik aussi.


SULTAN AMAR

J'en suis désolé.

Je te demande seulement

d'honorer l'accord d'il y a 15 ans.


ÉMIR NESIB

C'est tout?


SULTAN AMAR

C'est tout.


ÉMIR NESIB

On me disait que tu n'étais pas

dans la Maison d'Allah,

mais je savais que si.

Et puis…

passer par la Route du Nord

parce que tu savais

que j'allais renforcer le Corridor…

c'était un coup de maître.


SULTAN AMAR

Je n'étais pas dans le désert.


ÉMIR NESIB

Il y a bien quelqu'un là-bas.

Mais qui?


Le groupe de PRINCE AUDA se déplace toujours dans le désert.


SERGENT TALIB

Des hommes approchent.


PRINCE AUDA

Qui êtes-vous?


PRINCE AUDA rencontre deux hommes.


SHEIK DE BENI SADR

Les Beni Sadr, émir.

Tu m'as rendu ma fille bien-aimée.

Nos fusils sont tes fusils.


PRINCE AUDA

Vous savez où on va?


SHEIK DE BENI SADR

On te suivrait jusqu'en enfer.


Près des puits de pétrole, SULTAN AMAR passe devant ÉMIR NESIB à cheval. Il s'arrête puis repart.


SULTAN AMAR traverse les puits et s'adresse à des travailleurs.


SULTAN AMAR

Vous! Descendez de là.

Laissez vos armes.


SULTAN AMAR passe devant SAM THURKETTLE.


SULTAN AMAR

Fermez-moi tout ça.

Immédiatement.


SAM THURKETTLE fait signe de couper aux employés.


SULTAN AMAR arrive près d'une flaque de pétrole par terre. Son cheval hennit. Il contourne la flaque.


SULTAN AMAR

Arrêtez ça!


Le moteur d'un puits arrête de tourner. SAM THURKETTLE est déçu.


SULTAN AMAR

Allez-vous-en!


SULTAN AMAR s'adresse à des hommes armés installés sur une colline, puis il aperçoit PRINCE AUDA au loin.


SULTAN AMAR

Vous, descendez de là.

Descendez!


SULTAN AMAR

Auda?


SULTAN AMAR

Loué soit Dieu!

Je te croyais mort.


SULTAN AMAR prend PRINCE AUDA dans ses bras.


SULTAN AMAR

Aucun fils n'aurait fait mieux que toi.

La rumeur disait que tu avais rallié

certaines tribus du Sud.


PRINCE AUDA

Pas certaines d'entre elles.

Mais toutes.


Toute l'armée de PRINCE AUDA arrive. SULTAN AMAR est estomaqué.


ARMÉE

Madhi!


ÉMIR NESIB regarde au loin avec des jumelles.


ÉMIR NESIB

Petit morveux!

Le Mahdi?

Le Mahdi?

(Criant)

C'est un bibliothécaire, nom de Dieu!


SULTAN AMAR et PRINCE AUDA continuent de parler.


SULTAN AMAR

Que veux-tu?


PRINCE AUDA

Le Corridor Jaune.


SULTAN AMAR

Impossible.

J'ai donné ma parole.


PRINCE AUDA

Vous n'auriez pas dû.

Le Corridor ne vous appartient pas.


SULTAN AMAR

À qui appartient-il? À toi?


PRINCE AUDA

À eux.


SULTAN AMAR

C'est avec eux que tu vas…

quoi faire?

Bâtir un nouveau pays?

Ils sont là aujourd'hui, mais demain?


PRINCE AUDA

Ils sont prêts à mourir pour moi.


SULTAN AMAR

Et quand la mort sera passée,

que feras-tu?

Tu feras plier les Américains?


PRINCE AUDA

Mais oui!

Je construirai des hôpitaux, des écoles.


SULTAN AMAR

Nesib construit des écoles.

Et des hôpitaux.

Des babioles offertes par les étrangers

comme à des courtisanes.

Ils ne partiront jamais.

Il en viendra d'autres.

Ils construiront mille sites

comme celui-ci.

Parce que…

ils souffrent d'une soif si terrible

que rien ne l'étanchera.

Et même s'ils partent un jour,

finalement,

nous ne nous reconnaîtrons plus.

Maintenant,

rends-moi le commandement.

Je vous ai toujours demandé une chose,

à toi et à Saleh.


PRINCE AUDA

De lire le Coran.


SULTAN AMAR

Tu sais donc qu'il n'y a qu'un cas

où un fils peut désobéir

à son père.

Lequel?


PRINCE AUDA

Si vous me demandiez de renier Dieu.


SULTAN AMAR

Est-ce le cas?


PRINCE AUDA regarde SULTAN AMAR longuement. Plus loin, caché derrière une colline, le CHEIKH DE BENI SIRRI observe PRINCE AUDA et SULTAN AMAR, armé d'une carabine.


CHEIKH DE BENI SIRRI

(Murmurant)

Auda, j'ai juré de te tuer.


Le CHEIKH tire sur PRINCE AUDA, mais la balle atteint SULTAN AMAR. Tous hurlent.


VOIX MASCULINE

Vengeance!


ÉMIR NESIB regarde dans ses jumelles.


ÉMIR NESIB

(Furieux)

Qui a fait ça?


IBN IDRISS

Ce vieux crétin de Beni Sirri!


SULTAN AMAR est au sol.


SULTAN AMAR

(S'adressant à PRINCE AUDA)

Tu es un garçon bien.

Un garçon bien.


SULTAN AMAR s'éteint.


IBN IDRISS

Ils vont attaquer.

Reprenez vos positions!

Feu!


Une guerre commence entre l'armée de PRINCE AUDA et celle d'ÉMIR NESIB.


PRINCE AUDA

Par ici!


L'armée de PRINCE AUDA et celle d'ÉMIR NESIB se ruent à cheval l'une contre l'autre. Ils se tirent dessus et s'attaquent au moyen d'épées.


PRINCE AUDA

Retour vers les derricks!


PRINCE AUDA

Vers les derricks!


Des Nesibiens tirent sur l'armée de PRINCE AUDA à l'aide de mitrailleuses.


Un homme place une munition dans un lance-roquette, ce qui produit une explosion et fait tomber PRINCE AUDA de son cheval.


Un puits de pétrole explose. PRINCE AUDA prend le revolver d'un Nesibien mort et tire sur un autre Nesibien, qui tombe de son cheval. Un autre Nesibien s'approche de PRINCE AUDA, mais ce dernier le tire.


Le CHEIKH DE BENI SIRRI le rejoint.


CHEIKH DE BENI SIRRI

Auda!

Fils de chienne zamiri!


Le CHEIKH DE BENI SIRRI tente de donner des coups de sabre à PRINCE AUDA.


CHEIKH DE BENI SIRRI

Où as-tu appris à manier le sabre?

À la bibliothèque?


PRINCE AUDA est par terre. Le CHEIKH s'apprête à lui donner un grand de sabre, mais AICHA arrive par-derrière et poignarde le CHEIKH. AICHA aide PRINCE AUDA à se relever.


Tous les puits de pétrole sont en feu. Le combat est terminé. ÉMIR NESIB échange un regard avec SAM THURKETTLE.


PRINCE AUDA est devant le corps de son père enterré avec du sable. Il embrasse sa main puis touche son front. PRINCE AUDA rejoint son armée et AICHA. AICHA lui tend un vêtement. [AICHA

Change-toi pour aller voir ta princesse.


PRINCE AUDA

Tu as raison.


AICHA

On se reverra peut-être.

Dans le désert.

Là où les Zamiris vivent.

Là où les hommes

et les femmes se complètent.

Comme l'eau et la soif.

(Montant sur son cheval)

Ensemble,

ils sont tout.

Seuls, nous ne sommes rien.


AICHA s'en va dans le désert en galopant.


PRINCE AUDA

Magroof!

Rattrape-la.


MAGROOF

Vous êtes sûr, émir?


PRINCE AUDA et MAGROOF regardent AICHA partir au loin.


À l'entrée de la cité d'Hobeika, PRINCESSE LEYLA et des courtisanes attendent, entièrement voilées. PRINCE AUDA et son armée les rejoignent.


MAGROOF

Demi-tour!

Retournez-vous tous!


SERGENT TALIB

Tournez-vous! Le dos aux femmes!


MAGROOF

Tous les regards vers la montagne.


Tous se retournent. PRINCE AUDA rejoint PRINCESSE LEYLA. PRINCESSE LEYLA retire son voile.


PRINCESSE LEYLA

Mon garçon sorti d'un livre!

Avec une barbe…


PRINCE AUDA

Plus pour longtemps.


PRINCESSE LEYLA

Garde-la.

Tu es très beau comme ça.

Aucune parole ne peut traduire

la tristesse que je ressens

à la mort de ton… de notre père.

J'ai une nouvelle pour toi.

Nous avons perdu une vie…


PRINCESSE LEYLA met la main de PRINCE AUDA sur son ventre.


PRINCESSE LEYLA

…mais je crois que nous allons

en gagner une autre.

Père t'attend.

Il craint qu'Hobeika…


PRINCE AUDA

J'abattrai moi-même

quiconque s'en prendra à la ville

ou à ses habitants.


PRINCESSE LEYLA

Et…

mon père?


À Hobeika, des hommes agitent des drapeaux et parlent en arabe. MAGROOF sort HASSAN DAKIL, enchaîné, d'un bâtiment.


MAGROOF

Regardez qui nous avons trouvé

dans les cachots d'Hobeika.


HASSAN DAKIL

Je n'ai jamais trahi ton père, sidi.

Jamais.


PRINCE AUDA

Je sais, Hassan.


PRINCE AUDA prend la main de HASSAN.


PRINCE AUDA

Détachez-le.


PRINCE AUDA s'apprête à entrer dans la bibliothèque d'Hobeika. Derrière, des hommes crient.


HOMME

Mort à Nesib!


HOMME 2

Tuez Nesib!


HOMME 3

Nesib, le traître!


HOMME 4

Tuez-le ou il nous tuera.


Dans la bibliothèque, PRINCE AUDA rejoint ÉMIR NESIB.


ÉMIR NESIB

J'aurais dû venir ici plus souvent.

Tu as finement joué.

Nous t'avons tous sous-estimé.

Jusqu'au dernier instant.


PRINCE AUDA

J'ai été porté par mes hommes.


ÉMIR NESIB

Qui fait le modeste…


PRINCE AUDA

Cherche à se faire louer deux fois.


PRINCE AUDA s'assoit au bureau.


ÉMIR NESIB

J'allais t'offrir

mon épée.

Et puis, j'ai vu l'inscription :

«De la part de vos amis

de la [langue_etrangere=EN] Texan Oil[/langue_etrangere].»

PRINCE AUDA

Oui, ça enlève peut-être

un peu de panache.

Asseyez-vous.


ÉMIR NESIB

Merci.

J'ai abdiqué en faveur de Leyla.

Étant l'héritier de ton père,

tu réuniras les deux royaumes.

Que veux-tu faire

pour le Corridor Jaune?

Honorer la volonté de ton père?


PRINCE AUDA

Que mon père repose en paix

et qu'il marche avec Ali et Saleh.

Je n'ai rien contre les étrangers.

Ils ont quelque chose à nous apporter

et réciproquement.


ÉMIR NESIB

Et moi?

Que vas-tu faire de moi?


PRINCE AUDA

Que ferais-tu?


ÉMIR NESIB

Je me tuerais.

Et vite.


PRINCE AUDA

J'ai une meilleure idée.


ÉMIR NESIB

Pas la prison!

Je ne supporterais pas ça.


PRINCE AUDA

Si j'ai appris une chose dans le désert,

c'est l'horreur du gâchis.

Je vais t'envoyer à Houston,

pour nous représenter

au conseil de la [langue_etrangere=EN] Texan Oil.[/langue_etrangere]

(Se levant)

Je ne vois personne de plus retors

pour défendre nos intérêts.

Ils te méritent.

À présent, laisse-moi.


ÉMIR NESIB se prosterne devant PRINCE AUDA. Il s'en va puis revient et prend son épée.


À un autre moment, dans un jardin luxuriant, des hommes américains échangent avec des hommes d'Hobeika.


AMÉRICAIN 1

C'est un type intelligent.

Des millions de dollars!


AMÉRICAIN 2

Des dollars ou des livres?


AMÉRICAIN 1

Dollars!


HOMME D'HOBEIKA

C'est une bonne affaire pour nous.


PRINCE AUDA est assis plus loin. Un homme d'origine arabe passe devant.


HOMME ARABE

Merci beaucoup, émir.


PRINCE AUDA voit sa femme arriver.


HASSAN DAKIL

(S'adressant à qui?*)

Qu'ils reviennent demain.


PRINCESSE LEYLA tient son ventre.


PRINCESSE LEYLA

Il donne de ces coups de pied!

Je crois qu'il a hâte de sortir

pour aider son père.


PRINCE AUDA s'agenouille devant le ventre de PRINCESSE LEYLA.


PRINCE AUDA

Ne sois pas si pressé.

Reste où tu es.


Dans le désert, les puits de pétrole sont toujours là.


Générique de fermeture

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