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Vidéo transcription

Hitchcock Truffaut

En 1962, Hitchcock et Truffaut s’enferment pendant une semaine à Hollywood pour mettre à jour les secrets de la mise en scène au cinéma. À partir des enregistrements originaux de cette rencontre qui servirent à élaborer le livre mythique Le Cinéma selon Hitchcock, on met en image la plus grande leçon de cinéma de tous les temps, et on plonge dans l’univers de l’auteur de Psychose, Les Oiseaux et Sueurs froides. D’une modernité incroyable, l’art d’Hitchcock est éclairé et expliqué par les réalisateurs d’aujourd’hui.



Réalisateur: Kent Jones
Année de production: 2015

Accessibilité
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Générique d'ouverture


Titre :
Hitchcock/Truffaut


Tout au long de ce documentaire, des entretiens récents avec des réalisateurs alternent avec des photos d'archives et des extraits vidéos de films, ainsi que des enregistrements audio de l'entretien original entre FRANÇOIS TRUFFAUT et ALFRED HITCHCOCK. Après certains propos d'ALFRED HITCHCOCK, on entend également la voix de l'interprète de FRANÇOIS TRUFFAUT, HELEN SCOTT, qui les traduit en français. À l'inverse, après que TRUFFAUT ait parlé, on entend parfois la voix d'HELEN SCOTT, traduisant en anglais.


Dans un extrait vidéo du film «Agent secret» d'ALFRED HITCHCOCK, une femme et son mari se regardent de manière intense de part et d'autre d'une table dans une salle à manger. La femme avance la main de manière hésitante vers le couteau dans son assiette et son mari l'observe.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Pourquoi les films d'Hitchcock

vieillissent-ils bien?

Je ne saurais vous répondre.


La femme regarde nerveusement autour d'elle et son mari se lève.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Je crois que c'est

parce qu'ils sont

tellement rigoureux.

Et il n'y a pas

les caractéristiques non plus

du moment dedans.

Parce qu'ils se situent

entièrement par rapport

à vous-mêmes.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

C'est vrai. Oui.


Des pages du livre «Hitchcock/Truffaut» sont présentées. Plusieurs pages sont illustrées de photos de scènes de films d'HITCHCOCK.


DAVID FINCHER (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Mon père était un grand

cinéphile. C'était un des

livres qui étaient dans sa

bibliothèque.


Dans un paragraphe du livre, des termes sont surlignés: «le mot couteau», puis on voit une photographie d'une scène du film «Chantage» avec une femme qui tient un grand couteau.


DAVID FINCHER, qui a réalisé «Zodiac» et [mot_etranger=EN]Gone Girl[/mot_etranger], témoigne.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

Depuis mes 7 ans, il savait

que je voulais faire des films.

Alors il me l'a recommandé.

Je me rappelle m'être plongé

dedans et en avoir lu des parties.

Comme la séquence avec Oskar

Homolka, dans «Agent secret»,

qui présente tout le découpage

sur une double page.


La double page avec le découpage du montage est présentée.


Assis dans un bureau, WES ANDERSON, qui a réalisé «La famille Tenenbaum» et [mot_etranger=EN]The Grand Budapest Hotel[/mot_etranger], témoigne.


WES ANDERSON

(Propos traduits de l'anglais)

Ce n'est même plus un livre,

c'est une pile de feuilles volantes.

Je l'avais en livre de poche.

Il ne tient plus qu'avec un élastique.


Une copie de la version française du livre «Le cinéma selon Hitchcock» par Truffaut dont la tranche est réparée avec du ruban adhésif est montrée.


NARRATEUR

En 1966, François Truffaut

a publié un des rares livres

indispensables sur le cinéma.

Une série de conversations

avec Alfred Hitchcock sur

sa carrière, film par film.


Plusieurs pages du livre sont présentées, avec des titres de films d'HITCHCOCK surlignés: «Suspicion», [mot_etranger=EN]Spellbound[/mot_etranger], «La corde», «L'homme de l'île de Man», «Rebecca».


JAMES GRAY, qui a réalisé [mot_etranger=EN]Little Odessa[/mot_etranger] et [mot_etranger=EN]Two Lovers[/mot_etranger], témoigne dans un bureau.


JAMES GRAY] [Narrateur

Propos traduits de l'anglais

C'était une fenêtre sur le cinéma

que je n'avais pas eue auparavant:

un cinéaste qui parlait de son

propre travail, sans aucune

prétention, et sans jamais être

pompeux.


Dans le livre, une réplique de FRANÇOIS TRUFFAUT en entretien avec ALFRED HITCHCOCK est surlignée: «Alors c'est presque un rêve d'époque!». Une réponse d'ALFRED HITCHCOCK est ensuite surlignée: «Ce sont des rêveries de jour.»


PAUL SCHRADER, qui a réalisé [mot_etranger=EN]American Gigolo[/mot_etranger] et «Mishima», témoigne.


PAUL SCHRADER (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Il commençait déjà à y avoir

des discussions érudites sur

le côté artistique du cinéma.

Mais avec Truffaut, pour la

première fois, on sentait

qu'on était vraiment en train

de parler du métier.


Dans le livre, un extrait de phrase de FRANÇOIS TRUFFAUT est surligné: «Vous avez stylisé les visages, les regards et les gestes».


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

J'étais fasciné par la façon dont

ces deux personnes d'univers

si différents parlaient de leur

métier.


OLIVIER ASSAYAS, qui a réalisé «Carlos» et «Sils Maria», témoigne.


OLIVIER ASSAYAS

C'est pas juste: Truffaut

a fait un livre sur Hitchcock.

Le livre de Truffaut

sur Hitchcock,

il est une pièce essentielle

de son oeuvre.


PETER BOGDANOVICH, qui a réalisé «La dernière séance» et [mot_etranger=EN]Paper Moon[/mot_etranger], témoigne.


PETER BOGDANOVICH

(Propos traduits de l'anglais)

Je crois que ça a définitivement

changé l'opinion des gens sur

Hitchcock, qui a commencé

à être pris beaucoup plus au

sérieux.


Assis sur un canapé, MARTIN SCORSESE, qui a réalisé [mot_etranger=EN]Taxi Driver[/mot_etranger] et «Le loup de Wall Street», témoigne.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

À l'époque, le consensus

général, le climat, était une

dictature, comme toujours,

de l'[mot_etranger=EN]establishment[/mot_etranger]

sur ce que devait être le vrai

cinéma.


Dans le livre, une phrase de FRANÇOIS TRUFFAUT est surlignée: «L'histoire est construite d'une façon très satisfaisante en respectant les trois unités de la tragédie classique: unité de lieu, de temps et d'action.».


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Le livre «Hitchcock-Truffaut»

a été une révolution. C'est là

que nous nous sommes

radicalisés en tant que cinéastes.

C'était comme si quelqu'un

nous avait libérés d'un poids

et nous avait dit:

«Oui, on peut y aller.»


L'autographe d'HITCHCOCK est montré dans le livre. Celui-ci est composé d'une version très simplifiée de la silhouette d'HITCHCOCK de profil et de sa signature. Une photo d'HITCHCOCK signant l'agenda d'une admiratrice face à une foule est présentée.


NARRATEUR

En 1962, Hitchcock

avait 63 ans.


Un extrait vidéo montre la signature d'HITCHCOCK sur un fond blanc, puis HITCHCOCK qui s'avance de profil, sa silhouette s'alignant sur celle de sa signature.


NARRATEUR

Il était très connu

à la télévision

et son nom était presque

une marque de fabrique.


Les affiches originales de plusieurs films d'HITCHCOCK sont présentées: «Le crime était presque parfait», «Fenêtre sur cour», «L'homme qui en savait trop». Des séquences vidéo montrent ensuite des foules de gens attendant en file pour aller voir «Psychose» dans différents cinémas.


NARRATEUR

Il était acclamé depuis longtemps

comme le maître du suspense

et avait terrorisé les spectateurs

du monde entier avec «Psychose».

Un film qui bouleversait toutes

les conventions du cinéma.


Un extrait de la bande-annonce de «Psychose» est présenté, dans lequel ALFRED HITCHCOCK lui-même présente les lieux du film. Il pointe du doigt la maison en arrière de lui.


ALFRED HITCHCOCK

(Propos traduits de l'anglais)

Et dans cette maison,

les événements les plus graves

et horribles se sont produits.


HITCHCOCK entre dans la maison.


ALFRED HITCHCOCK

(Propos traduits de l'anglais)

Suivez-moi à l'intérieur.


Une séquence vidéo montre ALFRED HITCHCOCK et TIPPI HEDREN, l'actrice principale du film «Les oiseaux», posant avec un corbeau pour une séance photo.


NARRATEUR

Il venait de terminer

son quarantième film:

«Les oiseaux».


Des séquences vidéo se succèdent: des journalistes prenant des photos, des spectateurs endimanchés applaudissant dans une salle de cinéma, FRANÇOIS TRUFFAUT en costume sur une scène, puis des journalistes qui le prennent en photo. Une photo d'un groupe de personnes est ensuite présentée, incluant TRUFFAUT et le jeune acteur principal de son film «Les 400 coups», JEAN-PIERRE LÉAUD.


NARRATEUR

Truffaut était deux fois

plus jeune que Hitchcock

et il n'avait encore tourné

que trois longs métrages.

Mais il était déjà

internationalement connu

et respecté.


Les affiches des films de TRUFFAUT «Les 400 coups» et «Jules et Jim» sont présentées.


Dans un extrait vidéo d'archives, FRANÇOIS TRUFFAUT témoigne.


FRANÇOIS TRUFFAUT

Dans mes voyages à New York,

quand j'allais présenter

mes films à New York,

on me demandait toujours,

je sais pas, les journalistes

me demandaient toujours

quels étaient mes cinéastes

préférés, et quand je citais

Hitchcock, il y avait toujours

une espèce d'étonnement.


Une lettre adressée par TRUFFAUT à HITCHCOCK est présentée.


NARRATEUR

Truffaut a écrit

une lettre à Hitchcock

lui proposant

une série d'entretiens

pour analyser en profondeur

l'ensemble de son oeuvre.


Une phrase est soulignée dans la lettre: «Alfred Hitchcock dont tout le monde comprendrait enfin qu'il est le meilleur metteur en scène au monde». La réponse d'HITCHCOCK est ensuite présentée avec un passage surligné: «Cher Monsieur Truffaut, votre lettre m'a fait venir les larmes aux yeux», puis une autre lettre de TRUFFAUT à HITCHCOCK est montrée.


Un autre passage de la vidéo d'archives de TRUFFAUT est présenté.


FRANÇOIS TRUFFAUT

Je le connaissais déjà

parce qu'on l'avait souvent

interviewé à Paris.

Et il a accepté le principe

d'une interview de huit jours.


Une photo de TRUFFAUT écrivant dans un cahier est présentée.


NARRATEUR

Pour Truffaut,

ce livre sur Hitchcock

était aussi important

que ses propres films

et lui a demandé autant

de temps et de préparation.


Des notes manuscrites de TRUFFAUT sont présentées.


Des extraits de vidéo d'archives d'Hollywood sont présentés, montrant notamment les studios d'Universal.


Un autre passage de la vidéo d'archives de TRUFFAUT est présenté.


FRANÇOIS TRUFFAUT

Je suis allé à Hollywood

avec une interprète

collaboratrice,

Miss Helen Scott,

et nous nous sommes installés

au Beverly Hills Hotel

et tous les jours,

on allait au studio Universal

et on s'enfermait de 9 heures

du matin à 6 heures du soir

avec des micros-cravates

autour du cou

et on parlait cinéma

toute la journée,

même pendant

les heures de repas.


Des photos de TRUFFAUT, HITCHCOCK et HELEN SCOTT assis tous les trois à une table sont présentées.


NARRATEUR

La rencontre a été immortalisée

par le grand photographe

Philippe Halsman.

Hitchcock et Truffaut.

Deux hommes de générations

et de cultures différentes.

Leurs approches du cinéma

ne se ressemblaient pas,

mais ils vivaient tous les deux

pour et par le cinéma.


Des séquences vidéos d'HITCHCOCK sont présentées.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

J'ai un esprit strictement visuel.


NARRATEUR

Hitchcock est né

en même temps que le cinéma.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Un visage n'existe pas avant

d'avoir été touché par la lumière.


Des extraits vidéo de films d'HITCHCOCK sont présentés: une femme regarde devant elle d'un air effrayé, un couple regarde devant eux avec stupeur.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Les lignes n'existent pas,

elles ne sont qu'ombre et lumière.


Des extraits vidéo du film «Chantage» sont présentés: un homme grimpe à une échelle, un homme en poursuit un autre en grimpant sur le toit d'un musée, un homme descend à l'intérieur du musée le long d'une corde.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

La fonction du cinéma,

c'est la juxtaposition de deux

ou trois bouts de pellicule

pour créer une seule idée.


Des extraits d'un autre film d'HITCHCOCK sont présentés: une femme crie, des mendiants dorment dans la rue, un chat sort d'un seau, un policier se retourne.


Une photo d'HITCHCOCK jeune est présentée, suivie de schémas de machines.


NARRATEUR

Hitchcock a reçu

une formation d'ingénieur

puis il a travaillé

dans la publicité.


Une photo d'hommes écrivant à des pupitres dans un atelier est présentée.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

De là, je me suis spécialisé

dans la création de ce qu'étaient

au temps du cinéma muet,

les intertitres.


Des intertitres en anglais sont présentés: [langue_etrangere=EN]Into the life of Millicent, the shadow of evil now began to creep[/langue_etrangere

et

langue_etrangere=EN]When the wine was in and the ladies were out[/langue_etrangere].


Une séquence vidéo d'archives montre une femme se tenant avec un texte face à une table avec des hommes.


NARRATEUR

Ensuite,

la direction artistique,

l'écriture de scénarios

et la production.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Ils m'ont dit: «Aimeriez-vous

réaliser un film?» J'ai répondu:

«Hum, je n'y avais jamais pensé.»

J'avais 23 ans.


Une photo d'HITCHCOCK jeune est présentée, suivie d'une photo de lui, jeune également, sur un plateau de tournage, à côté d'un caméraman et d'ALMA REVILLE, qui prend des notes.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Ma femme était mon assistante.

Nous n'étions pas encore mariés,

mais nous ne vivions pas dans

le péché!


L'affiche originale du film d'HITCHCOCK «Le jardin du plaisir» est présentée. Des vidéos d'archives montrent ensuite HITCHCOCK et ALMA REVILLE côte à côte, puis ALMA REVILLE qui s'allonge sur une chaise de jardin.


NARRATEUR

Hitchcock avait beaucoup

de fidèles collaborateurs,

mais la plus proche

était Alma Reville.

Elle figure au générique

de certains de ses films,

pas de tous, mais pourtant,

Hitchcock n'a jamais fait

un film sans consulter sa femme.


L'affiche originale du film d'HITCHCOCK «Les cheveux d'or» est présentée.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

«Les cheveux d'or» est le premier

film où j'ai travaillé le style.


Des extraits du film sont présentés: une femme criant, une cage d'escaliers vue du dessus avec un homme dont on ne voit que la main sur la rampe qui descend, un homme et deux femmes qui se retournent en sentant des tremblements au-dessus d'eux et voient à travers le plafond un homme faire des allers-retours dans la pièce au-dessus.


DAVID FINCHER poursuit son témoignage.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

Il utilise des plafonds en verre

pour montrer les gens qui font

les cent pas dans l'appartement

du dessus. Il joue avec tous

les éléments qui rendent

le cinéma amusant et magique,

toutes les astuces.


En extrait vidéo, du champagne est versé dans une flûte, puis la mousse disparaît et révèle le reflet de spectateurs dans une salle de spectacle. C'est en fait un homme qui regarde les convives à travers son verre, en le penchant pour boire.


WES ANDERSON poursuit son témoignage.


WES ANDERSON

(Propos traduits de l'anglais)

Il avait une approche expérimentale

dans la manière d'aborder certains

de ses films.


En extrait vidéo, un bus poursuit un train lancé à toute vitesse.


WES ANDERSON

(Propos traduits de l'anglais)

«Pour ce film, j'ai eu une nouvelle

idée que je n'avais encore jamais

essayée.» Il avait un esprit vif,

fourmillant d'idées. C'est pour ça

qu'on se réfère toujours à lui.


Des extraits vidéo de tournage montrent HITCHCOCK faisant des essais avec l'actrice ANNY ONDRA.


ALFRED HITCHCOCK

(Propos traduits de l'anglais)

Vous réalisez que la voiture

de police sera là d'un instant

à l'autre?


ANNY ONDRA

(Propos traduits de l'anglais)

Non! Oh, mon Dieu, j'ai

horriblement peur.


ALFRED HITCHCOCK

(Propos traduits de l'anglais)

Pourquoi? Vous avez

quelque chose à vous reprocher?


ANNY ONDRA

(Propos traduits de l'anglais)

Non, rien, mais...


ALFRED HITCHCOCK

(Propos traduits de l'anglais)

Vous avez couché avec des hommes?


ANNY ONDRA

(Propos traduits de l'anglais)

Oh non!


ANNY ONDRA éclate de rire et se détourne.


NARRATEUR

Il a réalisé le premier film

britannique parlant.


Un extrait du film «Chantage» est présenté, avec ANNY ONDRA jouant le rôle d'ALICE WHITE. Elle est assise à une table pour manger avec un homme et une femme.


VOIX DE FEMME

(Propos traduits de l'anglais)

Le couteau... Tu ne dois pas

utiliser le couteau!


VOIX D'HOMME

(Propos traduits de l'anglais)

Alice, coupez-nous du pain,

s'il vous plaît.


ALICE s'apprête à couper une miche de pain avec un couteau.


VOIX DE FEMME

(Propos traduits de l'anglais)

À Chelsea, tu ne dois pas

utiliser le couteau!


La femme finit sa tirade en criant, faisant sursauter tout le monde à table.


NARRATEUR

Puis, en 1934, il a tourné

le premier film 100% Hitchcock.


Le générique d'ouverture du film «L'homme qui en savait trop» est présenté.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

«L'homme qui en savait trop»

est né à Saint-Moritz.


Une foule de gens est rassemblée au pied d'une piste de ski dans la montagne. Des spectateurs dans des gradins applaudissent un skieur qui effectue un saut.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Nous y avons passé

notre lune de miel.


Une photo de l'acte de mariage d'HITCHCOCK et d'ALMA est présentée, indiquant «2 décembre 1926», «Alfred Joseph Hitchcock, Alma Lucy Reville – 27 ans Mariés à l'Oratoire de Londres», suivis de photos des mariés. Des séquences vidéo de famille se succèdent ensuite: HITCHCOCK faisant du vélo, un bébé dans un parc, HITCHCOCK marchant à quatre pattes avec sa jeune fille sur le dos, ALMA debout avec sa fille dans les bras dans le couloir d'un train, HITCHCOCK dormant assis dans le train.


Un contrat envoyé via Western Union en 1939 est ensuite présenté, de la part de [langue_etrangere=EN]Selznich International Pictures, Inc[/langue_etrangere], engageant HITCHCOCK à réaliser un film par année jusqu'en 1943 pour des sommes allant de 2,500 à 3,750 dollars par semaine «en exclusivité pour Selznick».


NARRATEUR

Et bien sûr,

Hollywood le tentait.


Une photo d'Hollywood est présentée.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Je n'étais pas attiré par

Hollywood en tant que tel.

L'endroit n'avait aucun intérêt.


En séquence vidéo d'archives, de la neige artificielle tombe sur un plateau de cinéma tandis qu'une calèche tirée par un cheval avance dans le décor devant les caméras.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Ce qui m'intéressait, c'était

d'avoir accès à toutes les

ressources du studio.


Dans un bureau, KIYOSHI KUROSAWA, qui a réalisé [mot_etranger=EN]Jellyfish[/mot_etranger] et «Tokyo Sonata», témoigne.


KIYOSHI KUROSAWA

(Propos traduits du japonais)

Grâce au cinéma américain,

il a pu devenir vraiment

Alfred Hitchcock, et grâce à

Alfred Hitchcock, le cinéma

américain de mes rêves s'est

renouvelé.


Des affiches originales de films d'HITCHCOCK défilent: «Rebecca», «Saboteur», «L'ombre d'un doute», «Les enchaînés», «La corde».


NARRATEUR

Hitchcock a réalisé

certains de ses meilleurs films

dans les années 40.

Mais dans les années 50,

il a littéralement décollé.


Un extrait vidéo de «L'inconnu du Nord-Express» est présenté. Un homme tient un autre homme en joue avec un pistolet.


HOMME AU PISTOLET

(Propos traduits de l'anglais)

J'ai un meurtre sur la conscience,

mais ce n'est pas le mien.


Un extrait de la bande-annonce de «Fenêtre sur cour» est ensuite présenté. Des caméras sont installées pour filmer la façade d'un immeuble, puis un homme et une femme regardent par la fenêtre de leur appartement et aperçoivent un homme sur le balcon d'en face.


NARRATEUR DE BANDE-ANNONCE

(Propos traduits de l'anglais)

La curiosité de James Stewart,

dans une histoire d'amour

menacée par un horrible secret.


Un extrait de «La main au collet» est présenté. Une femme est assise sur un canapé près d'un homme, en robe élégante, avec un collier autour du cou.


FEMME

(Propos traduits de l'anglais)

Regardez, John. Touchez-les.

Des diamants.


Un extrait de la bande-annonce de «Sueurs froides» est ensuite présenté. Une course-poursuite sur un toit la nuit apparaît ensuite, avec le texte: «Le suspense haletant d'Hitchcock! Seul Hitchcock pouvait tisser cette toile noire de terreur.» Un homme glisse du toit en pente et se raccroche désespérément à la gouttière au-dessus du vide, qui est montré dans toute sa hauteur.


MARTIN SCORSESE poursuit son témoignage.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Ces films ont envoûté

les années 1950 et 1960.

Et c'est une époque bénie

pour moi, car je les ai vus

à leur sortie.


Un extrait de la bande-annonce de la deuxième version de «L'homme qui en savait trop» est présenté. Un homme et une femme se trouvent sur un marché au Maroc et un texte proclame: «Le degré de suspense le plus élevé que le cinéma n'ait jamais atteint!»


Des séquences vidéos d'archives montrent plusieurs critiques de la revue Les Cahiers du cinéma au travail: FRANÇOIS TRUFFAUT, JEAN-LUC GODARD, ÉRIC ROHMER, CLAUDE CHABROL.


NARRATEUR

Truffaut a commencé comme

critique dans les années 50

en participant à l'aventure

des Cahiers du cinéma.

Pour les critiques des Cahiers,

qui sont vite devenus

les réalisateurs

de la Nouvelle Vague,

le fait que Hitchcock

soit un très grand artiste

était une évidence.


La couverture du numéro 62 des Cahiers du cinéma avec une photo d'HITCHCOCK est présentée, suivie de la photo d'un entretien avec HITCHCOCK par FRANÇOIS TRUFFAUT et CLAUDE CHABROL paru dans la revue.


JEAN-LUC GODARD (Narrateur)

Aujourd'hui,

nous avons fait admettre

qu'un film de Hitchcock

peut être aussi important

dans l'histoire de l'art que

l'apparition d'un livre de Gide

et de l'apparition,

je ne sais pas, d'Aragon.


La couverture du numéro 113 des Cahiers du cinéma avec une photo tirée du film «Psychose» est présentée, suivie d'un article de CLAUDE CHABROL intitulé «Hitchcock devant le mal».


NARRATEUR

Avant de faire leurs propres

films, les critiques des Cahiers

ont érigé un nouveau panthéon

du cinéma en désignant, parmi

les cinéastes, les vrais artistes,

ceux qui écrivaient avec leur

caméra: les auteurs.


La couverture du numéro 139 des Cahiers du cinéma à propos de HOWARD HAWKS est présentée, suivie de plusieurs articles des Cahiers du cinéma: une présentation d'INGMAR BERGMAN par ÉRIC ROHMER, un article intitulé «Mizoguchi vu d'ici» par JACQUES RIVETTE et FRANÇOIS TRUFFAUT, et un entretien avec JEAN RENOIR par ANDRÉ BAZIN «De la politique des auteurs».


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

La politique des auteurs dit:

«C'est l'individualisation

totale.»


D'autres articles des Cahiers du cinéma défilent: «Hitchcock contre Hitchcock» par ANDRÉ BAZIN, «Entretien avec Fritz Lang» par JEAN DOMARCHI et JACQUES RIVETTE, «Sam Fuller sur les brisées de Marlowe» par LUC MOULLET, «Ajax ou Le Cid?» avec une photo tirée de «La Fureur de vivre», «Le journal d'un curé de campagne et la stylistique de Robert Bresson» par ANDRÉ BAZIN.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

La politique des auteurs dit,

non pas que tous les films

de Hitchcock sont bons

et tous ceux de Delannoy

sont mauvais, mais elle dit:

«Le plus mauvais film de

Hitchcock est plus intéressant

pour nous que le meilleur film

de Delannoy.» Voilà.

Elle est une profession

d'individualisme quand même.


Plusieurs affiches de films sont présentées: «Paris nous appartient» mis en scène par JACQUES RIVETTE, «Le beau Serge» de CLAUDE CHABROL, «À bout de souffle» de JEAN-LUC GODARD.


OLIVIER ASSAYAS poursuit son témoignage.


OLIVIER ASSAYAS

La Nouvelle Vague,

c'est le moment où le cinéma

prend conscience de lui-même.

Et où de jeunes cinéastes

en devenir disent:

«Le cinéma est un art

et nous sommes des artistes.»


Un extrait des «400 coups» de TRUFFAUT est présenté, avec deux jeunes garçons qui courent à travers la ville. Ils croisent un prêtre et l'interpellent sans s'arrêter.


JEUNE GARÇON

(S'adressant au prêtre)

Bonjour, madame!


Un extrait du film d'HITCHCOCK «Pas de printemps pour Marnie» est présenté. Un homme et une femme se tiennent face à face dans une chambre et la femme se met à nu devant l'homme.


NARRATEUR

Être un artiste,

c'est se mettre en danger.

Se livrer entièrement

dans son film,

y révéler toutes ses peurs,

toutes ses obsessions,

ses passions

comme Hitchcock l'a fait.


D'autres extraits de film d'HITCHCOCK sont présentés: une femme fait les cent pas dans une pièce et lève la tête et l'ombre d'un échafaud s'élève lentement sur un mur. Des hommes accrochent en sifflotant une corde à une poutre tandis qu'une femme dans la pièce au-dessus les observe par un trou dans le plancher.


VOIX D'HOMME

(Propos traduits de l'anglais)

Tous ensemble!


La femme a une expression horrifiée en entendant les hommes hisser la corde. Les pieds d'un homme pendu avec des chaussures à boucle d'argent se balancent dans le vide, un homme s'en approche et les dérobe.


ARNAUD DESPLECHIN, qui a réalisé «Un conte de Noël» et «Trois souvenirs de ma jeunesse», témoigne.


ARNAUD DESPLECHIN

Tout ce qui le terrifie,

il le pense jusqu'à un point

où il puisse dire qu'il est attiré

par ça. Il s'arrête pas

simplement à la terreur,

il a une fascination

pour ce qui le terrifie.

Donc, il n'y a plus,

au bout d'un moment,

il n'y a plus de différence

entre ce qui le fait vibrer

de peur ou ce qui

le fait vibrer d'amour.


Une page du livre «Hitchcock/Truffaut» est présentée, il s'agit d'une conversation entre TRUFFAUT et HITCHCOCK à propos de l'histoire du commissariat.


NARRATEUR

Hitchcock racontait souvent

qu'il avait été envoyé

au commissariat

quand il était petit

et qu'il avait été enfermé

quelques minutes

en punition symbolique.

Il disait que cela lui avait

causé pour toujours

une terreur de la police.


Dans un extrait des «400 coups» de TRUFFAUT, le jeune protagoniste, ANTOINE DOINEL, vole une machine à écrire.


NARRATEUR

Mais Truffaut, lui,

a réellement été enfermé.

Il avait été livré à la police

par son propre père

et envoyé dans

une maison de redressement.


Dans un autre extrait des «400 coups», le beau-père d'ANTOINE l'entraîne au commissariat.


BEAU-PÈRE D'ANTOINE

De toute façon,

ça ne pouvait plus durer.

Si j'avais fait ça à ton âge,

mon père m'aurait assommé.


Ils arrivent à l'entrée du commissariat.


BEAU-PÈRE D'ANTOINE

(S'adressant aux policiers)

Je viens voir le commissaire.


NARRATEUR

Un épisode de sa vie qu'il a

mis dans son premier film

très autobiographique.


ANTOINE est maintenant allongé dans un lit dans une cellule de prison.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

L'enfance me semble

un âge pénible. L'âge où

il est interdit de se tromper,

par exemple, où l'erreur

s'appelle vraiment un délit.


Dans un autre extrait des «400 coups», ANTOINE et un autre jeune garçon courent à travers la ville.


NARRATEUR

Truffaut était viscéralement

attaché à la liberté.

Ce thème est présent

dans tous ses films

et cette quête l'a conduit

à se chercher un autre père.

Un père qui pourrait le libérer.


Un extrait de vidéo d'archives montre ANDRÉ BAZIN et un autre critique dans un bureau, puis une photo d'ANDRÉ BAZIN est présentée.


NARRATEUR

Il a trouvé le grand critique

de cinéma André Bazin

qui l'a pratiquement adopté

et qui l'a fait entrer

aux Cahiers du cinéma.


Une photo de TRUFFAUT et JEAN RENOIR assis côte à côte dans l'herbe est présentée.


NARRATEUR

Il a trouvé Jean Renoir

et Roberto Rossellini.


Une photo de TRUFFAUT et ROBERTO ROSSELLINI marchant tous les deux est présentée.


NARRATEUR

Et il a trouvé Alfred Hitchcock.


Une photo de l'entretien entre TRUFFAUT et HITCHCOCK est présentée.


NARRATEUR

Hitchcock avait libéré Truffaut

comme artiste.

Et Truffaut voulait

remercier Hitchcock

en le libérant de sa réputation

de réalisateur de divertissement.

C'est sur cette base qu'ils ont

commencé leur conversation.


D'autres photos de l'entretien sont présentées, avec HELEN SCOTT assise avec eux.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Attendez, je vais voir s'il

fait tourner le magnéto.

(S'adressant à quelqu'un d'autre)

Vous avez commencé?


Une voix d'homme répond à HITCHCOCK.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Bon, ça tourne.

Parfait.

Nous sommes enregistrés.


HITCHCOCK rit.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Votre genre de films?

Les gens prennent du plaisir,

mais feront semblant

de ne pas être dupes.

Ils bouderont quand même

leur plaisir après.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Évidemment... Ils s'installent

et disent: «Allez-y, montrez-moi.»

Ils s'imaginent qu'ils vont deviner

ce qui va se passer. Moi, je leur

dis: «En êtes-vous sûrs?»


Un extrait de «La mort aux trousses» d'HITCHCOCK est présenté. ROGER THORNHILL, le personnage principal se cache de l'avion qui le poursuit dans un champ de blé, puis il se précipite sur la route pour attirer l'attention d'un camion-citerne qui passe.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Ce genre de cinéma, qui est

satisfaisant pour le public,

irrite quelquefois les critiques

parce qu'effectivement,

c'est désinvolte à l'égard

de la vraisemblance.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Oui, mais pour moi,

la vraisemblance pour

la vraisemblance ne sert à rien.


ROGER THORNHILL se tient sur la route face au camion qui arrive sur lui en guettant l'avion par-dessus son épaule. Lorsque THORNHILL se rend compte que le camion ne va pas s'arrêter à temps, il se laisse tomber au sol et passe entre les roues du camion, qui s'immobilise au-dessus de lui. À ce moment-là, l'avion plonge vers le camion et le percute en explosant. Les conducteurs du camion se précipitent hors de la cabine et s'éloignent en courant dans un champ, faisant signe à THORNHILL de faire de même.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Vous avez l'habitude, non pas

de rechercher la vraisemblance,

mais enfin de ne pas l'éviter

si elle est utile.


THORHNILL s'éloigne en courant sur la route et une autre explosion détonne juste en arrière de lui.


Un extrait du film «Les oiseaux» d'HITCHCOCK est présenté. Des gens s'enfuient sur une route en criant, poursuivis par de très nombreux oiseaux.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Je me dis toujours:

«Ce qui n'est que logique

est ennuyeux.»


En essayant d'échapper aux oiseaux, une fille tombe, le visage ensanglanté, et une autre fille et une jeune femme se précipitent à son secours.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Oui, oui, non, c'est vrai, oui.


Sur une page de l'entretien, les mots «surprise et suspense» sont surlignés.


Dans un extrait du film «Le passé ne meurt pas» d'HITCHCOCK, un homme et une femme sont assis côte à côte dans une calèche. L'homme parle à la femme, qui secoue la tête négativement.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Est-ce qu'on peut maintenant

essayer de définir le suspense?

Les gens croient

un peu naïvement...


Pendant ce temps, le cocher de la calèche somnole en tenant les rênes.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

... que le suspense,

c'est quand on a peur.

Ce qui est faux.


La retranscription de cette conversation est présentée dans le livre.


L'extrait reprend et l'homme dans la calèche prend délicatement la main de la femme.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Dans le film

«Le passé ne meurt pas»,

un jeune homme demande

la main d'une femme.

Elle ne veut pas donner

sa réponse et dit:

«Je vous téléphonerai

à mon retour, vers minuit.»


L'homme et la femme descendent de la calèche et s'éloignent.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Et je n'ai montré que

la standardiste.


Dans un autre extrait du film, une standardiste téléphonique écoute la conversation avec son casque.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Cette fille est en plein suspense!


De nombreuses émotions fortes passent sur le visage de la standardiste pendant qu'elle écoute.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Et elle est soulagée à la fin

que le suspense soit terminé.

La femme a dit «oui».

Le suspense n'est pas toujours

causé par la peur.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Oui, c'est ça,

pas nécessairement.


La standardiste sourit finalement en se tenant la poitrine avec soulagement.


Une photo de tournage montre HITCHCOCK et un caméraman filmant un plan rapproché de la main d'une actrice.


DAVID FINCHER poursuit son témoignage.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

Il parle de choses qui montrent

le travail de cinéaste de la façon

la plus dépouillée et la plus

simple possible.


Une photo montre HITCHCOCK assis dans une pose songeuse dans un fauteuil de réalisateur sur un plateau de tournage.


Dans un autre extrait des «Oiseaux», la fille qui est tombée par terre plus tôt est assise dans un salon avec la jeune femme qui est venue à son secours. Celle-ci essuie le sang sur le front de la fille, qui sanglote. Une femme plus âgée et un homme sont assis à proximité.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Émotionnellement, la taille

de l'image est très importante.


Des pépiements d'oiseaux se font entendre à l'extérieur de la maison et les gens dans le salon regardent autour d'eux avec angoisse.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

On joue avec l'espace.

On peut en avoir besoin pour

renforcer la mise en scène.


La femme âgée se lève et se cramponne à un mur du salon. Les oiseaux s'agitent à l'extérieur de la maison et tous les occupants du salon se lèvent en panique.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Quand la fille recule se réfugier

dans un coin du canapé...


La fille se précipite dans les bras de la femme âgée, qui l'entraîne plus loin dans le salon. La jeune femme recule sur le canapé.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

… j'ai laissé la caméra à distance

et j'ai utilisé l'espace pour

indiquer le néant qu'elle fuit.


Tout le monde s'agite dans le salon et la jeune femme se recroqueville dans un coin du canapé. Les cris d'oiseaux à l'extérieur s'intensifient.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

Si vous avez une bonne

compréhension des couleurs,

du décor, de la lumière...


Une photo montre HITCHCOCK accroupi dans l'herbe, regardant dans un appareil photo.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

Mettre en scène, c'est en fait

trois choses: décomposer

un comportement sur une durée,

puis contrôler des moments

qui devraient être rapides en

les ralentissant, et des moments

qui devraient être lents en

les accélérant.


Dans un extrait de film d'HITCHCOCK, deux hommes se débattent violemment, l'un d'eux essayant d'atteindre un bouton et l'autre tentant à tout prix de l'en empêcher.


VOIX D'UN PRÉSENTATEUR RADIO

C'est un instant vraiment

solennel. Je vous passe un micro.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Oui, ça, c'est une chose

qu'on retrouve très souvent,

la dilatation du temps.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Oui, c'est tout l'intérêt

du cinéma: contracter le temps

ou le distendre, selon ce que

vous souhaitez.


Pendant que les deux hommes continuent à se débattre, un événement important a lieu pour l'inauguration d'un bateau, avec une fanfare qui joue et une bouteille de champagne qu'on brise.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Oui, ça, c'est très intéressant.


L'homme finit par réussir à appuyer sur le bouton, faisant exploser une bombe juste à côté du bateau qui s'avance sur des rails vers l'eau. Les gens autour regardent l'explosion avec stupeur. La fumée se dissipe, révélant que le bateau a atteint l'eau intact.


Dans un bureau, RICHARD LINKLATER, qui a réalisé [mot_etranger=EN]Before Midnight[/mot_etranger] et [mot_etranger=EN]Boyhood[/mot_etranger], témoigne.


RICHARD LINKLATER

(Propos traduits de l'anglais)

Hitchcock était un sculpteur

du temps, il vous conduisait

à travers une séquence, ou

dirigeait votre perception

de manière à étirer le temps

ou le télescoper.


Dans un extrait de «400 coups» de TRUFFAUT, ANTOINE et son ami parlent en marchant dans la rue.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Par moments, il faut arrêter

le temps.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Dans mon premier film,

dans les [langue_etrangere=EN]400 Blows[/langue_etrangere],

j'ai eu l'expérience de ça.

En faisant l'école buissonnière,

l'enfant dans la rue rencontrait

sa mère avec un homme

qui n'était pas son père.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Décrivez-moi l'action en détail.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

On était avec les enfants

qui se promenaient dans la rue

au lieu d'être à l'école.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

En coupant sur la mère avant

que le garçon ne la voie?


La mère d'ANTOINE embrasse passionnément un homme dans la rue.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Elle ne voyait pas, elle ne

regardait pas vers l'enfant.


ANTOINE et son ami marchent dans la rue et tournent la tête.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

On reprenait les enfants

retourner le visage qui

partaient, sur la mère qui

le voyait s'éloigner.


La mère d'ANTOINE aperçoit les deux garçons du coin de l'oeil et repousse brusquement l'homme. ANTOINE lui jette un dernier regard et entraîne son ami. Sa mère les regarde s'éloigner.


MÈRE D'ANTOINE

Oh mon dieu, Antoine,

il m'a sûrement vue.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Du point de vue de l'histoire,

quelle était l'intention?


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

L'intention, c'était de montrer

que les deux s'étaient vus

l'un l'autre. Et elle, elle dit:

«Je suis sûre qu'il m'a vue.»


Les deux garçons s'éloignent en parlant de l'homme que la mère embrassait.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

J'aurais aimé qu'ils ne disent rien.


OLIVIER ASSAYAS poursuit son témoignage.


OLIVIER ASSAYAS

Truffaut n'est pas un styliste.

Enfin, il aime pas ça.

Je veux dire, il filme

admirablement bien,

mais la question

n'est jamais là.


Dans un extrait d'un film de TRUFFAUT, une femme ferme la porte d'une chambre à clé, puis s'avance vers un homme en braquant un pistolet sur lui.


FEMME

Tu es lâche. Tu as peur.


L'homme attrape sa main pour lui arracher le pistolet. Ils se débattent à un moment, puis l'homme s'enfuit en sautant par la fenêtre.


OLIVIER ASSAYAS

S'il y a une chose

qu'il retient de Hitchcock,

c'est celle de la concision,

c'est de la vitesse.


Des croquis du film «Les oiseaux» montrent des oiseaux sur des barreaux en arrière d'une jeune femme et les différentes positions de celle-ci par rapport aux oiseaux.


OLIVIER ASSAYAS

Mais la différence,

c'est que Hitchcock a un sens

absolument mathématique

de la construction

de ses séquences.

Hitchcock est

un théoricien de l'espace.


Dans un extrait du film «Complot de famille» d'HITCHCOCK, un homme et une femme marchent dans un cimetière le long de sentiers parallèles, recoupés par des sentiers perpendiculaires. Ils manquent de se croiser, puis continuent à avancer en parallèle.


WES ANDERSON poursuit son témoignage.


WES ANDERSON

(Propos traduits de l'anglais)

Ce qui m'a marqué chez

Hitchcock, ce sont les effets

visuels tellement graphiques,

tellement précis. Il y a

beaucoup à en apprendre.


Une photo de tournage d'HITCHCOCK dans une grande demeure luxueuse est présentée.


PETER BOGDANOVICH poursuit son témoignage.


PETER BOGDANOVICH

(Propos traduits de l'anglais)

Il disait: «Sur le plateau,

je ne suis pas sur un plateau,

je suis en train de regarder

un écran.» Ça résume

son travail: il voit le film

dans sa tête.


Une autre photo de tournage avec HITCHCOCK se tenant à côté d'une voiture de police est présentée, suivie d'une photo d'HITCHCOCK assis à un bureau avec des croquis de découpage de plans, les expliquant à quelqu'un.


RICHARD LINKLATER

(Propos traduits de l'anglais)

Je pense que les images lui

venaient toutes seules,

qu'il ne se posait pas

de questions.


Une photo d'une scène de «La mort aux trousses» est présentée, où le protagoniste THORNHILL se fait chasser par un avion au ras du sol.


Un croquis montre ensuite une femme se tenant à la fenêtre d'un immeuble, puis un autre croquis montre un homme la regardant depuis l'extérieur, plongé dans la pénombre.


Une autre photo d'une scène de «La mort aux trousses» est présentée, avec THORNHILL et une femme, EVE, qui se tiennent à côté des têtes des présidents américains au mont Rushmore. Un croquis concernant cette scène est ensuite présenté, montrant THORNHILL et EVE qui basculent par-dessus le rebord.


RICHARD LINKLATER

(Propos traduits de l'anglais)

On ne sent jamais aucun

manque de confiance

quel que soit le plan.


Un croquis concernant le film «Pas de printemps pour Marnie» montre une femme, MARNIE, profitant d'une balade à cheval, avec d'autres cavaliers en arrière d'elle, puis un deuxième croquis montre d'autres cavaliers et le décor.


RICHARD LINKLATER

(Propos traduits de l'anglais)

On ne remet jamais vraiment

en question ses choix.

Ils fonctionnent parfaitement

dans son univers.


Dans un extrait du film «Le procès Paradine» d'HITCHCOCK, une femme est assise dans un tribunal et un homme entre dans un coin de la salle et s'approche en arrière d'elle, faisant lentement le tour pour arriver à l'avant.


KIYOSHI KUROSAWA poursuit son témoignage.


KIYOSHI KUROSAWA

(Propos traduits du japonais)

Il faut faire très attention.

C'est si étrange et unique.

Il se présentait comme

un réalisateur grand public.

Mais même si nombre de

ses films ont eu du succès,

il était vraiment à l'avant-garde

du cinéma.


Dans un extrait de «Suspicion», un homme monte des escaliers dans la pénombre, portant un verre de lait sur un plateau, dont la couleur se détache dans l'obscurité. Un passage du livre est ensuite présenté, dans lequel TRUFFAUT et HITCHCOCK discutent de cette scène. HITCHCOCK explique qu'il avait fait mettre une lumière dans le verre de lait pour qu'il soit encore plus lumineux afin de capter l'attention. L'extrait reprend ensuite: l'homme entre dans une pièce avec le verre de lait.


KIYOSHI KUROSAWA

(Propos traduits du japonais)

En tant que cinéaste, ce qu'il dit

dans «Hitchcock-Truffaut»

m'importe beaucoup.

C'est l'attitude que je devrais

avoir quand je fais mes films.

C'est presque une bible.

Mais en même temps, je me

suis toujours formellement

interdit d'essayer de l'imiter.


Dans un extrait du film «Les enchaînés», un homme et une femme se parlent en s'enlaçant.


HOMME

(Propos traduits de l'anglais)

Je croyais que vous n'aimiez

pas faire la cuisine.


FEMME

(Propos traduits de l'anglais)

Non, je n'aime pas cuisiner.


Ils s'embrassent avec intensité, avant de se remettre à discuter.


KIYOSHI KUROSAWA (Narrateur)

(Propos traduits du japonais)

Dans «Les enchaînés»,

la fameuse scène du baiser

est démoniaque. On peut

la regarder autant qu'on veut.

Il filme seulement leurs

visages et on ne sait pas

ce qu'il se passe avec

leurs corps.


L'homme et la femme s'embrassent de plus belle, puis rompent à nouveau le baiser.


FEMME

(Propos traduits de l'anglais)

Avec grand plaisir.


WES ANDERSON

(Propos traduits de l'anglais)

La caméra les suit pendant

qu'ils traversent la pièce,

sans jamais relâcher leur

étreinte. Et les acteurs vont

dire: «C'est très bizarre,

de marcher pendant qu'on

s'embrasse.» Mais Hitchcock

sait que cela fonctionne

dans le cadre. Il sait que

la tension et le charme

ne seront pas rompus.


L'extrait reprend, l'homme et la femme sont toujours collés l'un à l'autre, tandis que l'homme compose un numéro de téléphone.


FEMME

(Propos traduits de l'anglais)

Quelle étrange histoire

d'amour.


HOMME

(Propos traduits de l'anglais)

Pourquoi?


Elle l'embrasse.


FEMME

(Propos traduits de l'anglais)

Peut-être parce que

vous ne m'aimez pas.


L'homme parle dans le combiné de téléphone.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Je donnais au public

le grand privilège d'étreindre

en même temps Cary Grant

et Ingrid Bergman.


L'homme et la femme s'embrassent encore et s'étreignent.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

C'était une sorte de ménage

à trois temporaire. Les acteurs

ont détesté cette scène, ils

étaient terriblement mal à l'aise

d'être ainsi collés l'un à l'autre.


Une photo montre CARY GRANT et INGRID BERGMAN côte à côte, discutant avec HITCHCOCK.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Je leur ai dit: «Ça m'est égal,

je sais déjà ce que ça va donner

à l'écran.»


Une autre photo montre INGRID BERGMAN qui lit un scénario, assise à côté d'HITCHCOCK.


DAVID FINCHER poursuit son témoignage.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

Il avait à l'évidence des

relations parfois compliquées

avec les acteurs.

Il choisissait des stars.

À la lecture du livre, il ne fait

aucun doute qu'il était

conscient de l'importance de

montrer des visages connus.

Et aussi quelquefois

les complications que cela

entraîne.


Une photo de MONTGOMERY CLIFT est présentée, suivie d'une autre photo de lui, tenant un scénario, assis à côté d'HITCHCOCK.


RICHARD LINKLATER

(Propos traduits de l'anglais)

Montgomery Clift est

transcendant dans

«La loi du silence».

Cela dit, Hitchcock se moquait

pas mal du ressenti ou de l'avis

des acteurs.

(Riant)

C'était le cadet de ses soucis!


Une photo du film «La loi du silence» montre MONTGOMERY CLIFT dans son rôle de prêtre, regardant de manière très intense dans la direction pointée par une femme, avec des policiers autour.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Parfois vous avez besoin

d'un regard pour transmettre

quelque chose ou pour

remarquer quelque chose

et y réagir.


Une photo du tournage du film est présentée: HITCHCOCK discute avec les acteurs MONTGOMERY CLIFT et ANNEX BAXTER.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

J'ai eu un conflit avec Clift.


Un extrait du film est présenté, le prêtre joué par CLIFT sort d'un bâtiment, avec de nombreuses femmes rassemblées autour de lui.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Je lui ai dit: «Monty, je veux

que tu regardes vers l'hôtel.»


Le prêtre arrive à l'extérieur, où des policiers et une grande foule l'attendent avec hostilité, et il se fige sur le seuil.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Il m'a répondu: «Je ne sais pas

si je regarderai, moi, vers l'hôtel.»


Le prêtre se retourne et regarde les femmes en arrière de lui.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

«Pourquoi pas?» «Je serai

peut-être préoccupé par la foule.»


La foule scrute le prêtre, qui lève les yeux pour regarder vers l'hôtel en hauteur.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Je lui ai dit: «Je veux que

tu regardes en haut, vers

les fenêtres de l'hôtel.

Alors fais-le.»


Le prêtre regarde quelques instants l'hôtel, puis il baisse les yeux et s'avance vers la foule. Les policiers forment un cordon de sécurité pour lui frayer un passage.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Je montrai aux spectateurs

qu'en face il y avait l'hôtel,

et voilà qu'un acteur remettait

en cause ma mise en espace...

C'est pour ça que je dis que

tous les acteurs sont du bétail.


Une photo du tournage des «Oiseaux» montre HITCHCOCK s'adressant aux acteurs devant la caméra.


RICHARD LINKLATER

(Propos traduits de l'anglais)

Avec Hitchcock, on sent une

psychologie très personnelle.

On sait qu'on va explorer

ses obsessions, ce qui

l'intéresse personnellement.

Je crois que sa collaboration

avec Clift n'a pas été beaucoup

plus loin que ça.


Un extrait de «Pas de printemps pour Marnie» montre le personnage de MARNIE ouvrant un coffre-fort.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

Au cinéma, le jeu de l'acteur

est très important, mais ce n'est

pas tout ce qui fait un film.

Hitchcock a été un des premiers

à dire que ce langage avait

une structure.


MARNIE regarde à l'intérieur du coffre-fort.


DAVID FINCHER (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Il a creusé la psychologie

des personnages plus que

n'importe qui.


De nombreuses liasses de billets sont posées dans le coffre. MARNIE tend la main pour les prendre, mais hésite, en proie à un conflit intérieur.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

(Riant)

Et il n'autorisait pas ses acteurs

à exploiter leurs émotions

sur le plateau.


Une photo d'HITCHCOCK et de CARY GRANT est présentée.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

Il y avait une rigueur de la

dramatisation dans la structure

narrative et l'interdiction de

laisser les sentiments déborder.


Un extrait de «Que la lumière soit» de JOHN HUSTON en 1945 est présenté. Des soldats à l'air troublé sont assis dans une pièce face à un homme.


MARTIN SCORSESE (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

On sortait de la Seconde Guerre

mondiale, la pire guerre de toute

l'histoire. On a vécu la destruction

de la civilisation, la religion

n'apportait plus de réconfort...

Il y avait la paranoïa,

les interrogations:

qui sommes-nous?

Que sommes-nous?


Dans un autre extrait, des soldats descendent d'un bateau, guidant un soldat avec un bandage sur les yeux.


MARTIN SCORSESE poursuit son témoignage.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Après la guerre, il y a eu

une rupture.

Le jeu des acteurs, la façon

d'interpréter un personnage

à l'écran a changé.

L'acteur est devenu l'instrument

principal. On l'a vu avec Brando,

James Dean et Montgomery Clift.


Des photos de MARLON BRANDO, JAMES DEAN et MONTGOMERY CLIFT sont présentées.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Alfred Hitchcock a su mettre

l'âme des acteurs à l'écran,

que ce soit Cary Grant,

Eva Marie Saint, Grace Kelly,

James Stewart.


Une photo de CARY GRANT et INGRID BERGMAN est présentée, suivie d'une photo de JAMES STEWART et GRACE KELLY.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Mais cela vient d'une autre

tradition.


Des photos de ROBERT DE NIRO, AL PACINO et DUSTIN HOFFMAN sont présentées.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

J'adorerais voir De Niro.

Pacino...

(Riant)

… Dustin Hoffman,

toute cette école d'acteurs,

essayer de s'exprimer dans

un carcan où on leur dirait:

«Voilà ce que tu vas faire

dans les 3 secondes et demie

qui viennent.»


Une photo d'HITCHCOCK à côté d'une caméra montée sur une grue et une photo d'HITCHCOCK dirigeant GRACE KELLY sont présentées.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Je voudrais vous demander:

trouvez-vous cela pesant,

d'avoir à diriger les acteurs?


Une vidéo d'archives de TRUFFAUT parlant à JEAN SEBERG lors d'un tournage est présentée. Des photos de TRUFFAUT parlant à des acteurs pendant des tournages défilent, notamment CATHERINE DENEUVE et JEAN-PAUL BELMONDO.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Ce que j'aime, c'est une

formule intermédiaire.

Comme de parler avec

un acteur le soir après

dîner, et faire le dialogue

dans la nuit, avec les mots

de son vocabulaire,

qu'il a utilisés.


Une photo de TRUFFAUT montrant un scénario à CATHERINE DENEUVE est présentée.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Donc vous devez écrire

pendant la nuit?


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Souvent le soir

pour le lendemain, oui.


Un extrait de «Jules et Jim» de TRUFFAUT est présenté.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Dans «Jules et Jim» par

exemple, un moment,

les trois hommes sont assis,

ce qui a été complètement

improvisé.


Trois hommes sont assis dans la campagne.


HOMME 1

Vous avez sacrifié

vos moustaches?


HOMME 2

Oh oui, j'ai fait

comme tout le monde.

Mais je ne me plais pas

ainsi. J'ai l'impression

d'être tout nu.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Mais enfin, ce sont des choses,

évidemment, qui rendent

le film plus vivant, mais

qui sont très dangereuses

pour la courbe.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Pour la forme, la forme du film.


Des notes d'HITCHCOCK tapées à la machine sont présentées.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Oui, oui.


Des croquis présentent le cadrage et les mouvements de caméra d'un film d'HITCHCOCK.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Je me demande souvent

si je dois coller à ce que

j'appelle la courbe montante

de l'histoire, ou si je ne devrais

pas expérimenter une structure

narrative plus souple.


Des photos d'HITCHCOCK donnant des instructions sur des plateaux de tournage sont présentées.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Parfois c'est très difficile,

parce qu'en laissant travailler

les personnages, ils vous mènent

là où ils veulent aller.


Un plan d'une salle de théâtre avec des indications pour la caméra est présenté.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Je suis comme la vieille dame

que le scout fait traverser:

«Mais je ne veux pas aller

dans cette direction!»

Ça a toujours été un conflit

intérieur.


Une liste manuscrite est présentée, indiquant: «2. thème principal, 3. forme de l'intrigue, 4. personnages forts pour tenir le tout». Dans des notes tapées à la machine, des mots sont mis de l'avant: «préserver le suspense».


Dans un extrait d'un film d'HITCHCOCK, un homme est appuyé à la rambarde d'une tour, regardant au loin. Un autre homme s'avance derrière lui, les mains tendues, tandis qu'un ascenseur monte lentement.


DAVID FINCHER (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Je crois qu'il trouve des

matériaux qu'il peut utiliser.

C'est de la science appliquée.

Il peut adapter son style

hitchcockien à l'histoire.


Le deuxième homme pousse le premier par-dessus la rambarde. En bas sur le trottoir, une femme crie en voyant l'homme tomber de la très haute tour. La femme se cache le visage contre l'épaule d'un homme en hurlant de plus belle.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

«J'ai trouvé une série de

péripéties qui mènent à

une chute vertigineuse.»


Dans un extrait d'un autre film d'HITCHCOCK, un homme glisse du haut d'un monument en hurlant. Puis, dans un extrait de «Sueurs froides», le protagoniste qui se raccroche désespérément à une gouttière au-dessus du vide aperçoit un autre homme tomber du toit en criant de terreur.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Mais évidemment, je suis

comme toute artiste qui

peint ou qui écrit, je suis

limité à un certain domaine.


OLIVIER ASSAYAS poursuit son entrevue.


OLIVIER ASSAYAS

Je n'aime pas le contrôle

au cinéma. J'aime pas l'idée

d'un tournage où il y a pas

une forme de transformation

du scénario, de transformation

de la matière humaine.

Et je trouve qu'il y a

quelque chose de transcendant

dans le rapport au contrôle

de Hitchcock. C'est-à-dire

que Hitchcock a inventé

une clarté dans l'écriture...


Un extrait des «Oiseaux» est présenté, dans lequel la protagoniste regarde avec horreur des flammes qui se répandent dans le rue et font exploser une station-essence.


OLIVIER ASSAYAS (Narrateur)

... qui est non pas

matérialiste, mais qui

capture de l'invisible,

qui saisit une forme

de spiritualité.


L'incendie est vu d'au-dessus, traçant une ligne à travers la ville, avec de nombreuses mouettes qui volent haut dans le ciel.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

J'ai filmé la scène d'en haut,

parce que je ne voulais pas

gâcher de la pellicule en

montrant des gens qui tiraient

des tuyaux pour éteindre le feu.

En filmant de loin, on peut

s'épargner les détails.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Ça n'était pas juste pour

montrer toute la ville

et l'arrivée des oiseaux.

Cela prenait une autre

dimension apocalyptique,

religieuse, omnisciente.

C'était la purification de

la terre.


RICHARD LINKLATER

(Propos traduits de l'anglais)

Quel est le point de vue

dans un plan aussi haut?

Celui de Dieu?

Sommes-nous tous jugés

du ciel?

C'est ce que ça suggère.


Dans un extrait d'un film de HITCHCOCK, deux hommes s'enferment dans une salle de bains pour se parler. La scène est filmée du dessus, montrant l'ampoule qui pend du plafond et le sommet de la tête des deux hommes.


HOMME

(Propos traduits de l'anglais)

Dites-moi maintenant

où sont ces papiers!


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Pour moi, cet angle

de prise de vue a toujours

une dimension religieuse.


Un autre extrait de film d'HITCHCOCK est présenté, où un homme en jette un autre dans une petite cellule, puis referme la porte. Là encore, la scène est filmée d'au-dessus, montrant les quatre murs de la pièce et le plancher.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Est-ce que vous acceptez

d'être considéré

comme un artiste catholique?


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

On coupe!


Le bruit d'un enregistrement qui s'arrête se fait entendre.


Un extrait de «Psychose» est présenté, dans lequel le personnage joué par MARTIN BALSAM monte des escaliers, vu de face.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

La scène où Martin Balsam

monte l'escalier.

La lenteur est délibérée.

On sait qu'il va se faire tuer,

mais on ne s'attend pas

à cet angle aussi haut.


L'extrait reprend, on voit maintenant la scène du dessus, avec le personnage qui monte l'escalier à gauche et, à droite, une femme qui sort d'une pièce avec un grand couteau. Le spectateur voit ainsi la meurtrière avant le personnage, qui lui l'aperçoit seulement au moment où elle arrive sur lui et le poignarde.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Ça donne un aspect

omniscient qui fait peur.


Dans un extrait de «Pas de printemps pour Marnie», le personnage de MARNIE trempe sa plume dans un pot d'encre rouge et en échappe une goutte sur sa manche blanche, donnant l'impression d'une tache de sang. MARNIE panique à la vue de la tache et toute l'image prend un instant une teinte rougeâtre.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Dans vos films, je sens

très fort l'odeur du péché

originel aussi.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

(mot_etranger=EN]Yes.[/mot_etranger)


MARNIE se lève de son bureau et s'éloigne en courant.


Dans des extraits de films d'HITCHCOCK, des hommes regardent devant eux avec des expressions tourmentées, le visage agité par un sentiment de culpabilité.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

J'avoue que je suis embarrassé

pour donner des exemples,

mais je sens vraiment dans

votre travail le sens

d'une culpabilité des hommes.

Tout le monde a toujours

quelque chose à se reprocher.


Dans un extrait du film «Topaz», un téléphone sonne dans une pièce où se trouvent plusieurs hommes.


MARTIN SCORSESE (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Ils demandent:

«Connaissez-vous Topaz?»


HOMME

(Propos traduits de l'anglais)

Topaz, ça vous dit quelque chose?


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Puis coupe sur le transfuge,

la caméra est un peu

au-dessus de lui.

On voit son regard se dérober.


L'extrait reprend, montrant la réaction décrite par SCORSESE.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Il n'y a pas d'autre plan sur l'oeil,

donc l'angle doit être précis.

On sait qu'il ment.

C'est le poème de Thompson:

«Tu peux quitter la religion,

mais Dieu te retrouve toujours.»


Dans un autre extrait de «Topaz», on voit d'au-dessus un soldat cubain et une femme qui se tiennent l'un contre l'autre. La femme regarde vers le ciel en se tenant la poitrine, puis elle s'effondre au sol, avec sa robe qui se déploie autour d'elle. La main ensanglantée du soldat est ensuite révélée.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Cette pensée imprègne

tout le raisonnement,

le processus narratif.


Dans un extrait des «39 Marches», une femme aperçoit avec émotion un article de journal avec le titre: [langue_etrangere=EN]Portland place murder traced to Scotland[/langue_etrangere] tandis qu'elle est assise à table avec deux autres hommes, dont l'un récite une prière.


HOMME

(Propos traduits de l'anglais)

… et détourner nos cœurs

du mal et vivre dans la...


La femme et l'homme en face d'elle se regardent avec intensité, tandis que l'homme qui récite la prière les observe.


Dans un autre extrait d'un film d'HITCHCOCK, un homme se tient au milieu d'un cercle de personnes qui le dévisagent avec hostilité, dont un soldat et un policier. Son regard passe anxieusement d'une personne à une autre.


ARNAUD DESPLECHIN (Narrateur)

C'est curieux parce que souvent,

tous les films de Hitchcock

à peu près sont basés

sur un transfert de culpabilité,

y compris [langue_etrangere=EN]The Wrong Man[/langue_etrangere].

Dans un extrait de ce film, une femme se tient derrière des barreaux dans un bureau et regarde un homme, CHRISTOPHER BALESTRERO, joué par HENRY FONDA, qui s'approche d'elle de l'autre côté des barreaux. BALESTRERO plonge la main dans la poche de son manteau pour en sortir quelque chose.


ARNAUD DESPLECHIN poursuit son témoignage.


ARNAUD DESPLECHIN

On me prête un crime

que je n'ai pas commis,

mais dans le fond, est-ce que

je n'ai jamais commis un crime?

Donc, c'est le transfert

de culpabilité qui est la base

de tous les films. Et pour moi,

(langue_etrangere=EN]The Wrong Man[/langue_etrangere)

est un

des plus beaux films parce qu'il

y a ce transfert de culpabilité

entre le vrai coupable

et le faux coupable.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Je revois très souvent ce film

depuis des années.

C'est un homme ordinaire,

un type honnête, marié,

des enfants, qui est

soudain arrêté.


Dans un autre extrait du «Faux coupable», CHRISTOPHER BALESTRERO rentre tranquillement chez lui. Lorsqu'il arrive devant sa maison, trois policiers s'approchent de lui et l'interpellent.


POLICIER

Vous vous appelez Chris?


CHRISTOPHER BALESTRERO

Qui, moi?


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Tout le désigne et on sait

qu'il n'a rien fait.


Dans un autre extrait du film, une femme observe des hommes alignés au commissariat pour une séance d'identification.


FEMME

(Propos traduits de l'anglais)

Un, deux, trois, quatre.


POLICIER

(Propos traduits de l'anglais)

Vous êtes sûre?


L'homme qu'elle a désigné comme le coupable est BALESTRERO, qui regarde devant lui avec effroi.


FEMME

(Propos traduits de l'anglais)

Absolument.


ARNAUD DESPLECHIN

Je pense qu'on ne peut pas

faire un film comme ça,

c'est impossible de faire

un film comme ça

si on ne vibre pas d'empathie

pour chaque geste,

chaque moment, chaque objet.


BALESTRERO se trouve maintenant dans une cellule de prison et s'assoit sur le lit, regardant autour de lui avec une expression bouleversée. Il remarque d'abord les toilettes dans un coin de la cellule.


MARTIN SCORSESE (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Il y a ces inserts extraordinaires

quand Henry Fonda est assis

sur la couchette. Il regarde

la cellule autour de lui.


BALESTRERO regarde maintenant le plafond de la cellule, puis les barreaux à la fenêtre.


MARTIN SCORSESE (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Il y a des coupes sur d'autres

parties de la cellule.

Qu'est-ce qui vous oppresse?

La serrure, mais vue

sous quel angle?


BALESTRERO regarde la serrure de la porte et se lève lentement.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Est-ce vraiment son point de vue?

Tout cela est remarquable.


Dans une autre scène du film, un portrait de Jésus accroché à un mur dans un salon est montré de plus en plus près. On voit ensuite BALESTRERO qui regarde le tableau, remuant les lèvres pour formuler une prière.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

C'était impossible pour

un cinéaste non catholique

de faire cette scène de la prière

de [langue_etrangere=EN]The Wrong Man[/langue_etrangere].

ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Oui, c'est vrai.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Impossible.


À l'image du visage de BALESTRERO en prière se superpose celle du vrai coupable marchant dans la rue.


ARNAUD DESPLECHIN (Narrateur)

Le coup de génie,

le fondu avec les deux visages.

Et le mal, on voit le mal,

mais le mal, c'est pas le méchant,

c'est pas le type qui fait...

le cambrioleur. C'est pas ça.

Le mal, c'est le fait que cet

homme se soit retrouvé

condamné alors qu'il étai

innocent, et le méchant n'est

qu'un des agents du mal.


Le vrai coupable se rapproche en marchant, jusqu'à ce que son visage vienne se superposer exactement à celui de BALESTRERO. Le visage de BALESTRERO disparaît ensuite, le vrai coupable regarde sinistrement autour de lui et entre dans un magasin.


ARNAUD DESPLECHIN (Narrateur)

Toujours avec ce même

mouvement, Hitchcock

se retire du film, ce qui permet

au spectateur d'occuper

une place proéminente

dans le film, et en même temps,

à la fin du film, on a l'impression

qu'on a vu un autoportrait

de son auteur.


De courts extraits de films d'HITCHCOCK se succèdent, présentant tous des personnages seuls, de face, en proie à d'intenses émotions.


ARNAUD DESPLECHIN (Narrateur)

C'est très, très troublant.


Une photo d'HITCHCOCK est présentée.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Vous rêvez très souvent?


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Pas beaucoup, non.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Et vous sentez

l'importance du rêve?


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Le rêve éveillé, peut-être.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Sans le vouloir, vous retombez

automatiquement sur le domaine

du rêve, qui est souvent fait

sur le péril et la solitude.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

C'est probablement à l'intérieur

de moi.


Dans un extrait de la première version de «L'homme qui en savait trop», un homme et une femme en tenue élégante se trouvent à un bal. Un coup de feu traversant la fenêtre attire leur attention.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Parce que votre logique, qui

ne satisfait pas les critiques,

comme on l'a dit souvent, c'est

un peu la logique des rêves.


L'homme et la femme se rendent compte que l'homme a une tache de sang sur sa chemise au niveau du cœur.


HOMME

(mot_etranger=EN]Look.[/mot_etranger)


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Je pense que ça arrive

parce que je ne me satisfais

jamais de ce qui est ordinaire.


Dans un extrait d'un film d'HITCHCOCK, la terre se dérobe brusquement sous une voiture et celle-ci s'enfonce profondément avec ses passagers qui paniquent.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Je ne suis pas doué

pour l'ordinaire.


Dans un extrait de la seconde version de «L'homme qui en savait trop», sur un marché au Marco, un homme à la peau noircie s'avance en titubant, les mains tendues devant lui. Il s'écroule juste devant le personnage principal, qui tente de le retenir, mais n'y parvient pas. Les mains du protagoniste glissent le long du visage de l'homme, en y laissant des traces plus claires. Il regarde ensuite ses mains, qui sont tachées d'une substance brune.


Un extrait de «La cinquième colonne» montre un homme utilisant le moteur d'une voiture arrêtée sur le bord de la route pour scier ses menottes. Dans un extrait de «La corde», un homme sort une cordelette d'une poche de son veston et la tient entre ses deux mains.


PAUL SCHRADER poursuit son témoignage.


PAUL SCHRADER

(Propos traduits de l'anglais)

Hitchcock fait toujours

référence à ses objets fétiches:

les clés, les menottes, les cordes...

Ce sont des objets tirés des rêves,

qui ont une sorte de charge

freudienne.


Dans un extrait de [mot_etranger=EN]Frenzy[/mot_etranger], un homme utilise sa cravate pour étrangler une femme. En se débattant, la femme pose sa main sur la poitrine de l'homme et agrippe l'épinglette qu'il porte sur son costume avec l'initiale R.


Dans un court extrait des «Enchaînés», une femme prend un trousseau de clés et en retire une.


OLIVIER ASSAYAS

Comme dans le rêve,

il y a une sorte

d'hyperperception des objets.

Il y a des choses qui

tout d'un coup, des détails

qui prennent une prééminence,

une importance essentielle.

Il y a des choses essentielles

qui sont au second plan.

Et ça, c'est vraiment le rêve.


Dans un extrait d'un autre film, une femme marche sur un quai de gare en tenant un sac à main sous son bras.


ARNAUD DESPLECHIN

Un sac à main signifie,

une clé signifie,

une bouteille signifie.

Et ce qu'ils signifient, on ne

sait pas ce que ça signifie.

Comme dans un rêve,

on se dit: «Mais quelle est

la clé des songes?

J'ai rêvé d'un oiseau,

qu'est-ce que ça voulait

dire, dans [mot_etranger=EN]Birds[/mot_etranger]?

Pourquoi?» On ne sait pas.


Dans un extrait des «Oiseaux», la protagoniste s'approche d'un quai en bateau et se fait subitement attaquer par une mouette. La mouette s'éloigne ensuite et la jeune femme se passe la main sur le front, puis regarde, troublée, la tache de sang sur son doigt ganté.


Dans un extrait du premier «L'homme qui en savait trop», un message est montré indiquant en anglais: «Pas un mot ou vous ne reverrez plus jamais votre enfant.» La mère lit le message, puis lève les yeux au ciel en vacillant.


ARNAUD DESPLECHIN

Dans le premier

«L'homme qui en savait trop»,

il y a un plan magnifique

où la mère lève les yeux

au ciel, vacille un peu.

Il y a une contradiction

entre les panneaux filés

qui vont très vite

et le mouvement de l'actrice

qui est très ralenti.

La mère tombe et s'évanouit.


La scène se poursuit comme DESPLECHIN la décrit.


ARNAUD DESPLECHIN (Narrateur)

À ce moment-là apparaît

l'image du petit pin's

que la fille avait,

de sa médaille de ski en insert.


Dans l'extrait, la médaille est montrée, puis le visage de la fille apparaît avec un homme qui a la main posée sur sa bouche et une grande fourrure en arrière d'eux.


ARNAUD DESPLECHIN (Narrateur)

Et du coup, il y a ce visage

enfantin qui fait penser,

avec cette masse de fourrure

derrière comme la tête

d'un énorme monstre.

Donc, on pense à

«La belle et la bête».


L'homme retire sa main et on voit le visage de la fille devant la fourrure.


ARNAUD DESPLECHIN (Narrateur)

C'est aussi une image fascinante.

C'est des images qui viennent

aussi du cinéma muet.


Dans un autre extrait de film, une petite silhouette est montrée courant au-dessus de la masse sombre d'une montagne, agitant un tissu dans sa main. Dans une autre scène, un homme regarde à l'extérieur depuis le seuil de sa maison, puis, ébranlé, il rentre à l'intérieur et regarde la table qui est mise pour une personne dans le salon. Un deuxième set d'assiettes et de couverts apparaît et disparaît sur la table.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Le cinéma muet est la forme

la plus pure du cinéma.

Il n'y avait aucun besoin

d'abandonner la technique

du cinéma pur comme

on l'a abandonnée quand

on a introduit le son.


Dans un autre extrait de film, une femme ferme les yeux et se laisse tomber à l'eau depuis un quai. Des bulles s'agitent à la surface de l'eau.


JAMES GRAY poursuit son témoignage.


JAMES GRAY

(Propos traduits de l'anglais)

Ce style a été développé

à l'époque du cinéma muet.

La grande question était alors:

comment raconter une histoire

sans dialogues?

C'est une excellente manière

d'entraîner quelqu'un à penser

visuellement, et une des raisons

pour laquelle ses films dégagent

cette incroyable sensibilité

onirique.


Dans un extrait de film, une femme entre dans une grande remise et regarde autour d'elle dans la pièce où des toiles de poussière pendant du plafond.


ARNAUD DESPLECHIN

C'est comme disait Truffaut,

les gens qui ont connu le secret

perdu, les gens qui ont commencé

à l'époque du cinéma muet,

qui savent quelque chose

du cinéma que tous les cinéastes

qui ont commencé pendant

le parlant ignoreront toujours.


Dans un autre extrait, les yeux d'un homme sont présentés de manière rapprochée, puis les yeux d'une femme sont montrés de la même manière. Celle-ci ferme les paupières et une image de porte qui s'ouvre vient se superposer à son visage. Une autre porte s'ouvre ensuite en arrière de la première.


RICHARD LINKLATER

(Propos traduits de l'anglais)

Beaucoup de films d'Hitchcock

fonctionneraient aussi

s'ils étaient muets.

On pourrait les regarder

sans dialogues, ni musique, et

en comprendre une grande partie.


Dans un extrait de film, une page d'annuaire est présentée avec les indications pour contacter la police. Une femme regarde l'annuaire, un téléphone à la main, puis lève les yeux et ferme les paupières, avant de refermer l'annuaire.


ARNAUD DESPLECHIN (Narrateur)

Il y a vraiment un savoir

plastique d'une force admirable.


Un extrait d'un autre film montre un homme escaladant une grille pour échapper à une foule qui le poursuit. L'homme se laisse retomber de l'autre côté de la grille, mais les menottes à ses poignets restent prises en haut de la grille et il se retrouve suspendu par les bras.


La suite de la scène de «Psychose» avec l'homme qui monte les escaliers et se fait poignarder est présentée. L'homme a maintenant le visage ensanglanté et bascule en arrière dans l'escalier en battant des bras désespérément.


ARNAUD DESPLECHIN

Les transparences chez Hitchcock

ont une fonction qui est vraiment...

qui est extrêmement complexe.


Dans un autre extrait de film, un homme se tient debout au bord d'un mer déchaînée et regarde au loin en clignant des yeux sous la lumière d'un éclair.


Un extrait de «Pas de printemps pour Marnie» est présenté, dans lequel MARNIE se raccroche en hurlant à un cheval emballé qui s'élance au galop vers un muret. Le cheval saute par-dessus le muret, mais ses pattes arrière se prennent dedans. Le cheval hennit et retombe sur ses pattes de l'autre côté en éjectant MARNIE, qui s'envole haut en criant.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

C'est censé donner du réalisme,

mais c'est plus...

(Riant)

Dans l'esprit du réalisme.

Ça n'est pas objectif.


Dans un extrait de «Sueurs froides», le protagoniste joué par JAMES STEWART, SCOTTIE, conduit une voiture en regardant autour de lui.


ARNAUD DESPLECHIN (Narrateur)

Cette idée de plan de réalité.

Cette idée d'un personnage qui,

comme dans un rêve, c'est-à-dire,

le personnage étant vrai

et derrière,le monde est

comme une toile de rêve.


Dans un autre extrait de «Sueurs froides», SCOTTIE entrouvre une porte et regarde à l'intérieur d'une grande boutique de fleuriste, où une jeune femme, MADELEINE, se tient de dos.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

«Vertigo», c'est un de vos films

les plus poétiques. Il est plus

poétique que dramatique même.

Mais le film a, dans le côté rêve...

Il a une espèce de lenteur,

quelque chose de contemplatif

que n'ont pas vos autres films.


MADELEINE se retourne et s'approche de là où se trouve SCOTTIE.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Ils sont souvent construits

sur la fulgurance, la rapidité.


Depuis le magasin, on voit SCOTTIE observer MADELEINE par la porte entrouverte sans que MADELEINE ne le voie, un miroir sur la porte renvoyant l'image de MADELEINE et de la boutique.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Oui, mais là c'est le point

de vue d'un homme émotif.


Dans un autre extrait, SCOTTIE marche dans un cimetière fleuri avec une église en arrière. Il observe de loin MADELEINE qui se tient devant une tombe.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Qu'est-ce qui intéressait

le plus Monsieur Hitchcock

dans le sujet?


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Ce qui m'intéressait,

c'était tous les efforts

que James Stewart déploie

pour recréer une femme

à partir de l'image d'une morte.


MADELEINE se déplace dans le cimetière et l'homme se cache le long d'un mur. MADELEINE passe à côté de lui, tenant un petit bouquet.


Dans une autre scène, SCOTTIE se penche en panique par la fenêtre d'un clocher et regarde une femme qui est étendue sur le toit en bas, morte.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

Si vous pensez pouvoir cacher

ce qui vous intéresse,

les choses troubles,

les choses nobles,

qui vous fascinent...

Si vous pensez pouvoir

le cacher dans votre travail

de cinéaste, c'est que

vous êtres fou. Je crois

que c'est un des premiers

types qui ait dit:

«Je vais me laisser aller.»

(Riant)

«J'ai besoin d'être moi.»


Dans un autre extrait de «Sueurs froides», dans un salon de beauté, le maquillage d'une jeune femme, JUDY, est ajusté, ses cheveux sont déteints et ses ongles refaits.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

Dans ses meilleurs films,

il y a un lien plus direct

à son inconscient.


Ainsi transformée pour ressembler à MADELEINE, JUDY s'avance dans un couloir d'hôtel. SCOTTIE la regarde s'approcher depuis le seuil de sa chambre, bouleversé par son apparence.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

C'est certainement le cas

pour «Vertigo – Sueurs froides».


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

D'un point de vue psychologique

du sexe, cet homme créée

une image sexuelle.


JUDY arrive devant SCOTTIE et passe à côté de lui pour entrer dans sa chambre.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Il ne peut pas coucher avec elle

tant qu'il ne l'a pas transformée

en celle avec qui il veut coucher.


SCOTTIE referme la porte de la chambre et s'approche de JUDY.


SCOTTIE

(Propos traduits de l'anglais)

Il faut les relever, les attacher

à la nuque. Je le lui ai dit.

Je te l'ai dit.


JUDY se regarde dans le miroir et se peigne les cheveux.


JUDY

(Propos traduits de l'anglais)

Nous avons essayé.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Métaphoriquement, il s'adonne

à une forme de nécrophilie.

Ni plus ni moins.


SCOTTIE s'approche en arrière de JUDY, tendant la main vers ses cheveux, mais JUDY se retourne vers lui.


SCOTTIE

(Propos traduits de l'anglais)

Je t'en prie, Judy.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Ce qui me plaît vraiment,

c'est quand elle revient après

sa décoloration et qu'elle

n'a pas fait de chignon.


JUDY s'éloigne du protagoniste et ouvre la porte de la salle de bains.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

C'est comme si elle s'était

déshabillée, mais qu'elle ne

voulait pas enlever sa culotte.


JUDY referme la porte de la salle de bains derrière elle.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Puis elle dit d'accord, elle va

dans la salle de bains, et il attend.


SCOTTIE la porte fermée de la salle de bains avec émotion.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Il attend que la femme

se déshabille et ressorte nue.


SCOTTIE se détourne et s'assoit sur un fauteuil, ébranlé.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Ah oui, c'est beau ça, oui.


La porte de la salle de bains s'ouvre et SCOTTIE se retourne lentement.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Et pendant qu'il regarde

cette porte, il a une érection.


SCOTTIE se relève et fixe la direction de la salle de bains avec intensité.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Là, on raconte une histoire.

Arrêtez le magnéto.


Le bruit d'un enregistrement qui s'arrête se fait entendre.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

Ce que j'aime dans

«Sueurs froides»,

c'est que ce soit si pervers.

C'est tellement pervers.


Dans un autre extrait du film, avant qu'elle ne se soit déteint les cheveux, JUDY est assise au bureau dans la chambre d'hôtel et pleure, la tête dans ses bras. SCOTTIE s'approche d'elle et lui donne un verre.


SCOTTIE

(Propos traduits de l'anglais)

Tiens, Judy, bois.


JUDY

(Propos traduits de l'anglais)

Pourquoi fais-tu ça?

À quoi ça sert?


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

J'ai toujours pensé que

le point de vue le plus

intéressant de «Sueurs froides»

était celui de la femme.


SCOTTIE et JUDY se tiennent maintenant debout, face à face.


SCOTTIE

(Propos traduits de l'anglais)

La couleur de tes cheveux.


Troublée, JUDY s'écarte de lui et s'approche de la fenêtre.


SCOTTIE

(Propos traduits de l'anglais)

Judy, s'il te plaît,

cela t'est égal!


DAVID FINCHER (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Son point de vue est presque

plus honnête que celui

de l'homme.


JUDY se retourne vers SCOTTIE, les larmes aux yeux.


JUDY

(Propos traduits de l'anglais)

Si je le fais, est-ce que

cela suffira?


DAVID FINCHER (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

J'imagine que le point de vue

de Scotty était...


JUDY

(Propos traduits de l'anglais)

Est-ce que tu m'aimeras?


SCOTTIE

(S'approchant)

(mot_etranger=EN]Yes.[/mot_etranger)


DAVID FINCHER (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Celui d'Hitchcock.


SCOTTIE

(mot_etranger=EN]Yes.[/mot_etranger)


JUDY accepte et SCOTTIE prend ses mains dans les siennes.


L'affiche originale du film est présentée.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

«Vertigo» est un film pour

lequel vous avez beaucoup

de tendresse, je crois.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Oui, j'ai beaucoup aimé le faire.

J'avais déjà fait les essais avec

Vera Miles, avec les costumes.


Une photo d'un essai de costume et de maquillage de VERA MILES pour «Sueurs froides» est présentée.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

On était prêts, mais elle est

tombée enceinte, au moment

de tourner le rôle grâce auquel

j'allais en faire une star.


Dans un extrait d'un épisode de «Alfred Hitchcock présente», le personnage joué par VERA MILES est allongé en maillot de bain dans un transat. Une femme plus âgée la regarde d'un air désapprobateur.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Elle était sous contrat avec moi.

Mais j'ai perdu ma motivation.

Avec elle, je n'étais plus dans

le bon tempo.


PAUL SCHRADER poursuit son témoignage.


PAUL SCHRADER

(Propos traduits de l'anglais)

Je ne pense pas qu'il aurait pu

pousser Vera Miles aussi loin

dans la vulgarité de Judy.


Une photo promotionnelle montre SCOTTIE, assis dans un fauteuil, qui embrasse une femme blonde à moitié allongée sur lui, tandis qu'une femme brune les regarde. L'image joue sur la confusion d'identité entre MADELEINE et JUDY, qui sont en fait la même femme, jouée par KIM NOVAK. Une photo d'ALFRED HITCHCOCK et de KIM NOVAK est ensuite présentée.


PAUL SCHRADER

(Propos traduits de l'anglais)

Je pense qu'il a surmonté

sa frustration de cette manière.

J'ai eu la chance de voir ce film

assez tôt, grâce à Marty.


Une photo de tournage du film [mot_etranger=EN]Taxi Driver[/mot_etranger], réalisé par MARTIN SCORSESE, écrit par PAUL SCHRADER et produit par MICHAEL PHILIPS, montrent ces trois hommes qui discutent ensemble.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

C'est devenu un film

quasiment introuvable.

Tous les cinéastes des années

1970 essayaient de trouver

des copies. Certains l'avaient

en 16 millimètres.

D'où l'engouement.


En séquence vidéo, une pellicule est installée pour être projetée.


PAUL SCHRADER (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

C'était comme un document

interdit, quelque chose de sacré,

accessible uniquement aux initiés.

C'est difficile d'imaginer ça

aujourd'hui, dans un monde où

l'on a accès à quasiment tout.


En séquence vidéo, un film est projeté avec un projectionniste dans la cabine.


PAUL SCHRADER (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Peu de gens avaient vu

«Sueurs froides», et Hitchcock

en parlait peu, car il n'avait pas

eu beaucoup de succès.


Des articles de journaux en anglais à propos du film sont présentés, l'un d'eux s'intitule «Novak et Stewart dans Sueurs froides, non pas qui l'a fait, mais qui en a quelque chose à faire». Un article se termine avec les mots «absurdités farfelues», puis un autre affirme: «Sueurs froides: un film renversant».


La suite de la scène où SCOTTIE a vu la femme tomber de la tour est présentée. SCOTTIE se tient dans la tour, transpirant et haletant, sous le choc.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Qu'est-ce qui vous gêne

dans le film?


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Le trou dans l'histoire.

Le mari qui pousse sa femme

de la tour, comment savait-il

que Stewart n'allait pas grimper

les escaliers?


Bouleversé, SCOTTIE redescend les escaliers.


JAMES GRAY poursuit son témoignage.


JAMES GRAY

(Propos traduits de l'anglais)

Dans le cas de «Sueurs froides»,

le mécanisme de l'intrigue

fonctionne bien, brillamment

même. Mais le sous-texte

remonte à la surface au point

de prendre la place du texte.


SCOTTIE arrive en bas du clocher et s'éloigne du bâtiment.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Je ne peux pas vraiment dire

que je trouve l'histoire crédible.

Je ne prends pas l'intrigue

au sérieux. Enfin, ce n'est pas

réaliste.


Dans une autre scène, SCOTTIE sort de sa voiture, garée au pied du pont du Golden Gate.


MARTIN SCORSESE (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

L'intrigue est comme

une corde à linge sur laquelle

on peut accrocher des choses.


MADELEINE s'approche de l'eau au loin, et disparaît derrière un pilier du pont.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Et ce qu'il a accroché, ce sont

toutes les formes poétiques

du cinéma.


Maintenant à côté du pilier du pont, SCOTTIE observe MADELEINE qui se tient au bord de l'eau.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Je suis incapable de dire où

ça commence et où ça finit,

et je m'en fiche.


Dans une autre scène, SCOTTIE conduit sa voiture en suivant la voiture de MADELEINE.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Lorsqu'il la suit,

que cherche-t-il?

Que cherche-t-il?


JAMES GRAY

(Propos traduits de l'anglais)

La frustration se lit sur

son visage. Tu te demandes

à quoi ça rime, et tu réalises

que c'est totalement en phase

avec qui il est dans le film.


MARTIN SCORSESE (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

La ville, elle-même, est

un personnage, tout comme

l'architecture.


SCOTTIE suit MADELEINE dans un musée grandiose.


MARTIN SCORSESE (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Le mystère des vieux quartiers

de San Francisco.


À l'intérieur du musée, MADELEINE est assise sur un banc face à un tableau, SCOTTIE s'approche discrètement.


MARTIN SCORSESE (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Ce tableau...


Il s'agit d'un portrait ancien d'une femme tenant un bouquet de fleurs. MADELEINE a un bouquet similaire posé à côté d'elle sur le banc. SCOTTIE se tient derrière elle et l'observe.


JAMES GRAY

(Propos traduits de l'anglais)

On ne voit pas le visage

de Kim Novak lorsqu'elle

regarde ce tableau,

quel type de regard elle a.

Mais peu importe, puisque

tout ça est une ruse.

La connexion entre Kim Novak

et ce tableau, c'est des conneries.

OK? Le seul regard qui compte

est celui de James Stewart

qui fixe la boucle dans

les cheveux, la même que

celle du tableau.


La boucle dans les cheveux de MADELEINE est montrée de manière rapprochée, puis une même boucle est montrée de près dans les cheveux de la femme dans le tableau.


JAMES GRAY

(Propos traduits de l'anglais)

Je suis sûr qu'il ne l'a pas

filmée de face, par sécurité,

ce quelqu'un comme moi

aurait fait. Nous ne sommes

pas aussi bons que lui.

Nous ne comprenons pas

le pouvoir de l'image

comme lui le comprenait.


Dans une autre scène, avant la transformation de JUDY, SCOTTIE tient JUDY par le bras dans un salon d'un magasin de vêtements.


JUDY

(Propos traduits de l'anglais)

Je ne veux rien, je veux

juste partir d'ici.


SCOTTIE

(Propos traduits de l'anglais)

Judy, fais-le pour moi!


MARTIN SCORSESE (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Toute cette histoire

de transformation, OK,

on a compris. Tout le monde

parle de fétichisme.


Dans le salon du magasin de vêtements, des employées s'adressent à SCOTTIE et JUDY, lorsqu'une des employées entre dans la pièce, portant un tailleur gris pour le leur montrer.


JUDY

(Chuchotant)

(Propos traduits de l'anglais)

Je ne l'aime pas.


SCOTTIE

(Propos traduits de l'anglais)

On le prend.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Bien. Soit. Mais c'est

cet extraordinaire sentiment

de perte qu'il tente de combler.

Peut-être qu'il touche

tout le monde à travers ça.

On peut y projeter

notre propre sentiment

de mélancolie ou de perte.


Un autre extrait de la scène où JUDY est assise au bureau dans la chambre d'hôtel, la tête dans les bras, avant sa transformation est présenté. SCOTTIE s'approche d'elle.


SCOTTIE

(Propos traduits de l'anglais)

Judy, je dois te dire que

ces derniers jours ont été

mes seuls jours de bonheur

depuis un an.


JUDY

(Propos traduits de l'anglais)

Je sais.


JAMES GRAY

(Propos traduits de l'anglais)

C'est une question de désir,

tout le monde comprend ça.

On comprend cette idée du désir,

elle fait partie de nous.


La scène où SCOTTIE réagit à la transformation de JUDY en MADELEINE est présentée. JUDY sort de la salle de bains de la chambre d'hôtel, apparaissant comme le spectre de MADELEINE, d'une manière irréelle. SCOTTIE la regarde avec une grande émotion. Elle s'avance vers lui et retrouve peu à peu sa consistance.


JAMES GRAY

(Propos traduits de l'anglais)

Le moment où Kim Novak

sort de la salle de bains

est le plus grand moment

de toute l'histoire du cinéma.

À ce moment précis,

tout Hitchcock, tout le cinéma

s'assemble de la plus belle

manière. Oui, c'est un fantasme,

mais pour lui, il est réel.


SCOTTIE s'approche de JUDY, prend sa tête entre ses mains et l'embrasse.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Ce baiser est extraordinaire.

C'est le seul moment où

il obtient un peu de satisfaction.


SCOTTIE embrasse passionnément JUDY, qui l'enlace.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Et après, c'est l'heure de partir.


Dans un extrait de la fin du film, SCOTTIE et JUDY se trouvent dans la pénombre en haut du clocher. JUDY se recroqueville contre un mur tandis que SCOTTIE lui parle en haletant d'émotion.


SCOTTIE

(Propos traduits de l'anglais)

C'est là où tu as commis

l'erreur, Judy.

Tu ne devrais pas garder

le souvenir d'un meurtre.

Tu n'aurais pas dû...

être si sentimentale.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Ce monde qu'il crée reflète

ce que signifie être vivant.

Et vivre en ayant peur.

Une bonne peur.

Une peur naturelle.

Mais néanmoins une peur.

Celle de notre condition

humaine.


Dans une autre scène du film, SCOTTIE marche dans la forêt en regardant autour de lui.


MARTIN SCORSESE (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

C'est plus qu'une histoire.

C'est plus que ça.

On a véritablement

l'impression de vivre

le temps d'une vie avec lui.


SCOTTIE aperçoit MADELEINE appuyée à un arbre.


Une photo promotionnelle est présentée, avec le personnage joué par KIM NOVAK peignant le tableau du musée en regardant SCOTTIE.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Le film n'a pas été

ni un succès ni un échec.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Ni l'un ni l'autre.


Une autre photo promotionnelle montre SCOTTIE embrassant une femme blonde assise dans un fauteuil, mais cette fois-ci, la femme brune est appuyée contre le dossier du fauteuil et regarde ailleurs.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

C'est ça. Oui, ce qui est

quand même un échec,

puisqu'il a coûté

quand même un peu cher.


Sur une autre photo, SCOTTIE se trouve entre la femme blonde et la femme brune, toutes deux jouées par KIM NOVAK.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

On peut dire ça, oui.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

C'est compliqué. Les gens

tirent les mauvaises leçons

de leurs échecs, tout comme

ils peuvent tirer les mauvaises

leçons de leurs succès.


Des articles de presse à propos de différents films battant des records de recettes défilent.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

Et ce que je trouve si déprimant

à Hollywood, c'est la façon

dont les gens se contentent

de la réception d'un film

en se basant uniquement

sur les 3 premiers mois

de sa sortie. Ça y est.

C'est gravé dans le marbre,

le film a été reçu de telle façon.

Ce qui est faux, en tout cas

pour «Sueurs froides».


Des séquences vidéo d'archives montrent des gens entrant dans des cinémas, achetant des billets et faisant la file à l'extérieur.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Il y a certains cinéastes qui ont

tendance à oublier le public.

Personnellement, le public

m'intéresse beaucoup.


Des spectateurs regardent un film au cinéma où un homme tire au pistolet. Un homme se tient près de l'écran avec un pistolet pour produire le son des détonations.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Je veux dire que mes films

devraient être conçus pour

2000 places, et non pour

une seule.


Un extrait du film «Agent secret» est présenté, dans lequel la protagoniste regarde un dessin animé au cinéma.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Pour moi, c'est ça,

le pouvoir du cinéma.

C'est le plus grand médium

du monde.


Les spectateurs, incluant la protagoniste, rient en regardant le dessin animé.


OLIVIER ASSAYAS poursuit son témoignage.


OLIVIER ASSAYAS

Le génie de Hitchcock,

il est fondé sur l'érotisme,

il est fondé sur des émotions

relativement troubles.


La scène se poursuit, les spectateurs continuent à rire, mais le visage de la protagoniste se fige.


OLIVIER ASSAYAS

Et je trouve que ce qui

est assez étonnant, ce qui

est assez admirable, c'est

la façon dont il arrive

à transmettre, communiquer

ces choses délicates, obscures,

d'une façon qui est acceptable

par tous les publics.


Dans un autre extrait d'«Agent secret», la protagoniste et son mari se font face de manière menaçante. Elle s'empare d'un grand couteau posé sur la table avant qu'il n'ait le temps de réagir. Ils continuent à se fixer, tout près l'un de l'autre, la femme pousse subitement un cri, puis son mari crie à son tour. Il ouvre la bouche et on découvre que sa femme l'a poignardé dans la poitrine avec le couteau. Il vacille et elle tente de le rattraper.


ARNAUD DESPLECHIN

Il y a deux obsessions

comme ça qui sont

de faire le film avec

le public ou pour le public.

Mais comme moi, je vis

vraiment comme une passion,

au sens religieux,

ou une déclaration d'amour,

très, très vive que je ne cesse

de ne pas comprendre.


Des photos de plusieurs réalisateurs défilent: JOHN FORD, FRANK CAPRA, HOWARD HAWKS.


NARRATEUR

Parmi les réalisateurs

de la génération d'Hitchcock,

ceux qui venaient

des grands studios étaient

tous très soucieux

de plaire à leur public.

Mais pour Hitchcock,

le lien au spectateur

était beaucoup plus profond.


Une photo d'HITCHCOCK est présentée.


NARRATEUR

Ses films sont faits dans

un dialogue très proche

avec le public.

Presque intime.


Des passages de l'entretien entre HITCHCOCK et TRUFFAUT concernant le rapport au public sont mis de l'avant, soulignant l'importance de sa participation et de son implication dans le film.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Peu importe où le film est

projeté. Si vous l'avez bien

conçu, le public japonais

devrait crier au même

moment que le public indien.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Peut-on «jouer» avec le public

comme Hitchcock? Oui.

Mais c'est un public différent

et un jeu différent.

Le public actuel a été élevé

avec des films peu subtils,

où la tension est à son comble

toutes les deux secondes.


Des scènes de films d'action avec des courses-poursuites de voitures, des cascades et des tirs sont présentées.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

Aujourd'hui, nous sommes

tellement matraqués d'histoires

et d'hyperboles visuelles,

qu'il devient difficile

de convaincre le public

d'accepter notre version

de l'histoire.


De courtes séquences vidéos se succèdent, montrant de nombreux écrans sur une place publique avec des publicités et des annonces diverses. Une autre séquence vidéo montre quelqu'un regardant un concert sur son téléphone. De très brèves séquences vidéo défilent, sans laisser le temps d'être identifiées, puis une photo de tournage d'HITCHCOCK est présentée.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

Hitchcock venait d'un monde

où tout était structuré.

Il était capable de prendre

cette structure, de la plier,

et de la tordre afin de

l'exagérer, pour en augmenter

ou en atténuer l'effet.


Une photo d'HITCHCOCK assis avec les acteurs dans le décor du tournage de «La corde» est présentée.


Des séquences vidéos d'archives défilent ensuite: des hommes se battent dans la rue, des pompiers tentent d'éteindre un incendie dans un immeuble, un homme est arrêté par des policiers, un blessé est étendu sur une civière par des ambulanciers.


DAVID FINCHER (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Lorsque «Psychose» est sorti,

les gens commençaient à

regarder la télévision.


Une couverture de journal en anglais est présentée à propos d'une «usine à meurtre sur une ferme» où les corps de cinq femmes assassinées ont été retrouvés.


DAVID FINCHER (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Et l'histoire d'Ed Gein,

le tueur en série, avait

influencé le cinéma.


Une autre couverture de journal est présentée, avec le titre: «Meurtres à la chaîne dans une ferme, dix crânes retrouvés». Une séquence vidéo d'archives du tueur ED GEIN assis à l'arrière d'une voiture est présentée.


DAVID FINCHER (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

On commençait à emprunter

au monde réel.


La couverture de la version originale en anglais du roman «Psychose» de ROBERT BLOCH est présentée.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Le roman était peut-être

inspiré par un fait divers.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Je crois, oui, quelque part

dans le Wisconsin.


La scène d'ouverture du film «Psychose» est présentée, avec l'indication «14 heures 43». Dans une ville, on s'approche de la façade d'un immeuble, puis on voit à l'intérieur d'une chambre d'hôtel au store presque entièrement baissé.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Je dirais que dans «Psychose»,

pour avoir des effets sur

le public, c'est aussi

cinématographique que

dans beaucoup de films.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Oui, ah oui. Oui, oui, oui.


Dans la chambre, une femme, MARION CRANE, jouée par JANET LEIGH, est étendue en lingerie sur le lit. Un homme, SAM LOOMIS, est debout à côté d'elle, torse nu.


Le découpage des plans d'une scène avec MARION et SAM dans la chambre est ensuite présenté en plusieurs vignettes photo.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

La construction a été

très intéressante.

J'ai longtemps tenté de «jouer»

avec les spectateurs.

Nous jouions avec eux comme

nous aurions joué de l'orgue.


Dans un extrait de la scène, SAM et MARION sont assis ensemble sur le lit.


SAM LOOMIS

(Propos traduits de l'anglais)

Appelle ton patron et dis-lui

que tu prends le reste

de ton après-midi.


SAM embrasse MARION sur la joue, puis ils s'embrassent.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Dans la scène avec John Gavin

et Janet Leigh au début...

Tout est dans le soutien-gorge.

OK. Mais c'est filmé

de manière très simple et

inquiétante à la fois.


Plus tard dans la scène, MARION et SAM se rhabillent chacun dans leur coin.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Les scènes dans le bureau

ne sont pas mal.

Avec ce Texan.


Dans cet extrait, MARION est de retour au travail à son bureau et un homme texan s'adresse à elle.


TEXAN

(Propos traduits de l'anglais)

J'achète cette maison

comme cadeau de mariage

pour mon bébé.

40 000 dollars en liquide.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Pour Hitchcock, la banalité

de ces scènes et du cadrage

est comme un pont qui

vous mène au prochain

point culminant. Je pense

que son instinct a raison

de nous raconter des histoires

comme ça.


Dans le bureau, MARION et une autre secrétaire dévisagent le Texan, qui agite des billets devant MARION.


TEXAN

(Propos traduits de l'anglais)

Je ne garde sur moi jamais

plus que ce que je peux

me permettre de perdre.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Comment faire pour que

ces images, qui font progresser

l'histoire, soient anodines?


Dans l'extrait suivant, le Texan est sorti de la pièce et le patron de MARION s'adresse à elle avec inquiétude.


PATRON

(Propos traduits de l'anglais)

Je ne veux même pas les garder

au bureau pendant le week-end.

Mets-les dans un coffre-fort

à la banque.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Cela a coûté seulement

800 000 dollars et j'ai utilisé

une équipe complète

de télévision.


Le patron rejoint le Texan dans son bureau privé et en referme la porte. L'autre secrétaire s'approche du bureau de MARION, qui range les liasses de billets dans une enveloppe.


SECRÉTAIRE

(Propos traduits de l'anglais)

Il flirtait avec toi.

(Examinant une liasse de billets)

Il avait dû remarquer

mon alliance.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Le vol, comme tout ce qui

arrive à la fille, devait être

plus long pour que le public

soit focalisé sur sa fuite.


MARION met les billets dans son sac à main, puis elle prend de papiers et frappe à la porte du bureau de son patron, qui lui dit de rentrer.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

J'ai ralenti lorsque je suis

arrivé aux scènes qui

étaient délicates à faire.


MARION entre dans le bureau et donne les papiers à son patron.


Dans une autre scène, MARION se trouve dans sa chambre, en jupe et en soutien-gorge. L'enveloppe avec les billets est posée sur son lit.


RICHARD LINKLATER poursuit son témoignage.


RICHARD LINKLATER

(Propos traduits de l'anglais)

Hitchcock aime vraiment

surprendre les gens et jouer

avec leurs attentes.

Il y excellait

et il en était très fier.

Tout son cinéma repose

là-dessus.


À côté de l'enveloppe sur le lit, une valise remplie de vêtements est posée.


RICHARD LINKLATER (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Le début de «Psychose» est

une manipulation magistrale.


MARION s'habille en regardant l'enveloppe.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

Il joue avec les attentes

qu'on a du film, qu'il s'agisse

d'un film d'Hitchcock, ou

d'un film des studios Universal.


Dans une autre scène, MARION se trouve au volant de sa voiture arrêtée à un feu. Elle voit son patron traverser la rue devant elle en souriant et se force à lui sourire. Son patron continue son chemin, puis se retourne et se fige en l'apercevant. MARION commence à paniquer, mais son patron reprend sa route. MARION redémarre avec inquiétude.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

On peut critiquer

la performance de Janet Leigh.

On peut dire qu'elle est

un peu fade, que c'est trop

mimé... Peut-être que

toutes ces choses ont

un effet cumulatif

sur le spectateur.

Elle suscite une attente.


La voiture de MARION roule maintenant dans la campagne.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Les meilleures scènes sont

celles sur lesquelles il a dû

passer du temps, les scènes

de conduite. Il a dû en falloir

du temps, notamment pour

les points de vue...


La route défile devant la voiture, puis MARION est montrée au volant, regardant devant elle.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

… et le cadrage de Janet Leigh

au milieu du cadre, avec

le haut du volant juste en bas.

C'est un choix, de ne pas

cadrer au-dessus du volant,

ou de ne pas cadrer plus large.

On n'aurait pas aussi bien vu

ses yeux. C'est donc le cadrage

parfait.


Dans un autre extrait, MARION s'arrête et ouvre la fenêtre de sa voiture. Un policier se tient là, portant des lunettes de soleil et regardant à l'intérieur.


POLICIER

(Propos traduits de l'anglais)

Pressée?


MARION CRANE

(Propos traduits de l'anglais)

Oui, je ne voulais pas

dormir si longtemps.

J'ai failli avoir un accident

hier soir.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Dans la scène avec le policier,

le cadrage sur lui qui scrute

l'intérieur de la voiture.

Oui, il fait peur avec

ses lunettes. Bien.


Dans un autre extrait, le policier gare sa voiture dans une rue. MARION se tient plus loin sur le trottoir et consulte un journal.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Mais il y a une certaine retenue

dans ces cadrages.


Le policier aux lunettes sort de sa voiture et s'appuie dessus, observant MARION à distance.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Plus on se retient, plus

l'explosion qui suit a de l'impact.


Dans une autre scène, MARION est à nouveau montrée au volant de sa voiture.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Et dans l'escalade vers cette

explosion, il y a ces moments

de méditation. Conduire...


Tandis que MARION conduit, elle s'imagine des propos.


VOIX MASCULINE

(Propos traduits de l'anglais)

Caroline, allez me chercher

Monsieur Cassidy...

Après tout, Cassidy,

je vous l'avais dit,

tous ces billets...


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Il y a un sentiment de fuite

en avant.


MARION se gare sur le bord de la route sous la pluie et aperçoit le panneau du Motel Bates.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Elle vole l'argent. Puis elle

décide de s'enfuir. Puis elle

éprouve des remords.


Un homme, NORMAN BATES, joué par ANTHONY PERKINS, accueille MARION devant le motel.


NORMAN BATES

(Propos traduits de l'anglais)

Désolé, je ne vous avais pas

entendue avec toute cette pluie.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

Elle rencontre ce type dans

un motel qui lui raconte

ses problèmes.


Dans une autre scène, NORMAN se confie à MARION.


NORMAN BATES

(Propos traduits de l'anglais)

Il y a plusieurs années, Mère

a rencontré cet homme, qui

l'a convaincue de construire

ce motel.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

On veut savoir ce qui va

se passer. Va-t-elle rapporter

l'argent? Et que va faire

Anthony Perkins? On sait

que sa mère est là. Peut-être

que ça va tourner autour de lui,

la mère et elle.


NORMAN BATES

(Propos traduits de l'anglais)

Et il est mort, lui aussi.

Le choc a été trop grand

pour elle.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

On est guidé dans une direction

particulière, mais ce qui est

génial, c'est que toutes nos

attentes sont bouleversées.


Dans une autre scène, MARION se déshabille dans sa chambre d'hôtel, tandis que NORMAN l'observe par un trou dans le mur.


DAVID FINCHER

(Propos traduits de l'anglais)

Il y a certaines règles, et c'est

comme s'il avait dégoupillé

une grenade et l'avait balancée

dans une salle de conférence

et détruit toutes ces règles.


Maintenant nue, MARION entre dans la douche et tire le rideau.


JAMES GRAY

(Propos traduits de l'anglais)

La caméra suit Marion de très

près, même dans cette scène

très connue du pommeau

de douche.


L'eau tombe du pommeau de douche en hauteur sur MARION, puis MARION se savonne sous le jet.


JAMES GRAY

(Propos traduits de l'anglais)

Tout à coup, la caméra

s'éloigne d'elle et adopte

un angle étrange, qui inclut

également la silhouette qui

s'approche derrière le rideau

de douche.


Tandis que MARION prend sa douche, une silhouette est visible à travers le rideau de douche, entrant dans la salle de bains et s'approchant derrière MARION.


JAMES GRAY

(Propos traduits de l'anglais)

Il a fait tout ça pour changer

le point de vue du film,

au bout de 35 minutes.


Une affiche du film est présentée.


La suite de la scène de la douche est présentée. La silhouette qui s'approche s'avère être celle d'une femme âgée, qui ouvre brusquement le rideau de douche.


PETER BOGDANOVICH

(Propos traduits de l'anglais)

Lors de la toute première

projection du film, personne

ne savait ce qui allait arriver.

Et lorsque la scène du meurtre,

celle de la douche, est arrivée,

je n'avais jamais vu un public

réagir ainsi.


Dans la douche, MARION pousse un cri et un couteau s'approche d'elle.


PETER BOGDANOVICH

(Propos traduits de l'anglais)

Un hurlement est monté du

parterre. Pas un truc comme

«ah, ah, ah». Mais plutôt «ah!».

Comme s'ils voulaient arrêter

de regarder...


MARION continue à hurler et se débat contre la femme qui essaye de la poignarder sous la douche.


PETER BOGDANOVICH

(Propos traduits de l'anglais)

… mais ne pouvaient pas

s'en empêcher. Ils voulaient

fermer les yeux, mais

n'y arrivaient pas.


MARION continue à se débattre en criant.


PETER BOGDANOVICH

(Propos traduits de l'anglais)

Hitchcock avait raison, il n'y

avait plus besoin de construire

davantage de suspense.

Le public était sous le choc.

Les gens n'en revenaient pas.

Ils se disaient que c'était

impossible, qu'elle n'était pas

morte. Pour la première fois,

aller au cinéma était dangereux.


De nombreux croquis du découpage de la scène de la douche sont présentés.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

7 jours, 70 plans différents.

J'ai utilisé une femme nue,

beaucoup, et j'ai en partie

filmé au ralenti.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Ah oui...


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Car on ne pouvait pas cacher

ses seins en filmant rapidement.


RICHARD LINKLATER

(Propos traduits de l'anglais)

C'est à cela qu'on sent que

cet homme avait tout compris,

non seulement la réaction

du public, mais aussi que

le monde en général, était

prêt pour un tel film.

Le monde n'en était pas

forcément conscient.


La suite de la scène est présentée, MARION est appuyée au mur dans la douche et tend la main vers le plafond. Elle se raccroche ensuite au rideau de douche, puis s'effondre à moitié en dehors de la baignoire en emportant le rideau avec elle.


RICHARD LINKLATER (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

C'était une petite histoire,

mais elle préfigurait sans doute

quelque chose de beaucoup plus

important pour l'avenir.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

À l'époque, comme maintenant,

nous avions certaines attentes.

Lui, il casse la structure attendue

et dit: «Non, je vais vous donner

autre chose.»

Les gens ronronnaient dans

leur confort, les années 1960

s'annonçaient bien.


Dans la douche, l'eau continue à couler et s'évacue dans le drain. L'œil figé de MARION est montré.


MARTIN SCORSESE (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Ce film était très important

pour nous à l'époque.

Puis il y avait le Vietnam,

la révolution mondiale,

tout ce qui s'est passé dans

les années 1960 et qui a

changé la société à jamais.

«Psychose» a vraiment visé

juste.


Le visage entier de MARION est maintenant montré, figé, étendu contre le carrelage de la salle de bains.


MARTIN SCORSESE

(Propos traduits de l'anglais)

On aimerait que tout soit net

et facile, mais la vie n'est pas

comme ça. Même les histoires

que je raconte ne sont plus

comme ça.


Des photos du découpage de la scène tirées du livre sont présentées.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Ma satisfaction principale

a été que le film a eu un impact

sur le public. C'était important

pour moi. À bien des égards,

je suis satisfait que notre art

crée une émotion collective.

Ce n'était pas un message

ou une performance géniale

d'acteur, ni un roman à succès

qui a touché le public,

c'était uniquement le cinéma.


Des pellicules avec des photos d'HITCHCOCK et de TRUFFAUT lors de leur entretien sont présentées. HITCHCOCK se tient debout à côté de TRUFFAUT qui est assis sur une chaise, il prend des poses théâtrales tandis que TRUFFAUT sourit en levant la tête vers lui.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Le film a été terrible à réaliser.

Le sujet était horrible, il n'y

avait pas de personnages.

Je sais tout ça. Mais je sais

aussi une chose. L'utilisation

de la mise en scène dans

la construction de l'histoire

a suscité une réaction du

public dans le monde entier.

Une réaction émotionnelle.

Ma seule fierté, c'est que

le film appartient aux cinéastes:

à nous, à vous, et à moi.


D'autres photos des deux hommes et de l'interprète autour d'une table sont présentées. Dans un enregistrement audio, HITCHCOCK parle au photographe, PHILIPE HALSMAN.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Comment voulez-vous

qu'on procède?


PHILIPPE HALSMAN (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Je suis le photographe,

vous êtes le metteur en scène,

et vous réalisez un double

portrait de Monsieur Hitchcock

et Monsieur Truffaut.

C'est vous qui dirigez.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Vraiment, c'est moi qui dirige

Monsieur Truffaut?


PHILIPPE HALSMAN (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Oui, mais vous vous dirigez

aussi vous-même.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

OK, j'ai pigé.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

(Riant)

Il a l'air moins inquiet que moi.


HITCHCOCK rit à son tour.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Alors je vais me mettre

comme ça, et Monsieur Truffaut

me regarde par-dessus son épaule.


Ils rient tous les trois joyeusement en prenant les photos.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Alors là, il faut pas le cigare, là.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Sans cigares, vous avez raison.

Ça nous ferait ressembler à

des cinéastes, que Dieu nous

en préserve.


Dans d'autres photos autour de la table, HITCHCOCK fume un cigare, puis d'autres photos où HITCHCOCK et TRUFFAUT prennent la pose ensemble sont présentées.


NARRATEUR

La conversation

commencée en 1962

s'est poursuivie

bien au-delà du livre

et une réelle amitié

s'est développée entre eux.


Des lettres échangées par HITCHCOCK et TRUFFAUT sont présentées, avec des formules affectueuses.


NARRATEUR

Hitchcock et Truffaut

se téléphonaient

et s'écrivaient constamment.

Ils se donnaient

à lire leurs scénarios,

se faisaient des suggestions

pour l'histoire ou le [mot_etranger=EN]casting[/mot_etranger],

voyaient les films

l'un de l'autre.

Après la première

édition du livre,

publié en 1966,

Truffaut a réalisé

un film par an, parfois deux.

Hitchcock, lui, n'a plus fait

que trois films

en tout et pour tout.

Jusqu'à la fin, il a été hanté

par une question

qu'il avait abordée

avec Truffaut:

«Aurais-je dû travailler sur

le récit ou sur le personnage

de façon plus expérimentale?

Ne suis-je pas devenu prisonnier

de mon propre style?»


Un extrait en anglais d'une lettre adressée par HITCHCOCK à TRUFFAUT est présenté, disant: «J'aimerais parfois être à votre place pour pouvoir faire ce que je veux. Si je peux comparer, ce serait comme si le peintre Mondrian voulait peindre un Cézanne. Qui l'accepterait?»


NARRATEUR

Et autour de lui, toujours

ces mêmes questions sans cesse:

Était-il un artiste

ou un homme de divertissement?


Une photo d'HITCHCOCK sur un plateau de tournage est présentée.


NARRATEUR

Pouvait-on vraiment

se prétendre artiste

quand on travaillait

à l'usine Hollywood?


Une vidéo du 7 mars 1979 présente une cérémonie de l'[langue_etrangere=EN]American Film Institute[/langue_etrangere] rendant hommage à HITCHCOCK pour l'ensemble de son œuvre. Le public applaudit chaleureusement TRUFFAUT qui est sur scène pour donne un discours saluant la carrière d'HITCHCOCK.


FRANÇOIS TRUFFAUT

(Propos traduits de l'anglais)

Aux États-Unis, vous appelez

cet homme «Hitch».

En France, nous l'appelons

«Monsieur Hitchcock».


Les gens se lèvent pour applaudir avec enthousiasme HITCHCOCK, qui est assis à une table dans la salle, maintenant âgé, avec un trophée posé devant lui.


NARRATEUR

«Deux semaines après l'hommage

que lui a rendu l'[langue_etrangere=EN]American Film Institute[/langue_etrangere],

a écrit Truffaut, persuadé

qu'il ne tournerait plus jamais

de films, Hitchcock a fermé

son bureau, il a renvoyé

ses employés, et il est rentré

chez lui.»


Une lettre annonçant les obsèques d'HITCHCOCK est présentée: «Une messe à la mémoire de Sir Alfred Hitchcock aura lieu le 3 juin 1980 à la cathédrale de Westminster...».


Des photos de TRUFFAUT jeune et plus âgé sont présentées.


NARRATEUR

L'énergie de François Truffaut

et son amour pour le cinéma

semblaient inépuisables.

L'idée qu'il pourrait mourir

à l'âge de 52 ans,

quatre ans seulement après

Hitchcock était impensable.

Et elle l'est toujours.

Le dernier grand travail

mené à bien par Truffaut,

publié quelques mois

avant sa mort,

a été une édition revue

et corrigée de son livre...


La couverture et des pages de cette édition du livre sont présentées.


NARRATEUR

… dans laquelle il nous a donné

Alfred Hitchcock

tel qu'en lui-même,

non pas la star de télévision,

non pas le maître du suspense,

mais Alfred Hitchcock l'artiste

qui écrivait avec sa caméra.


Des photos d'HITCHCOCK sur des plateaux de tournage et pendant l'entretien avec TRUFFAUT sont présentées.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Je suppose que les films avec

de l'atmosphère, du suspense

et des péripéties sont

mes créations d'écrivain.


Un extrait vidéo des «Enchaînés» d'HITCHCOCK est présenté. Un homme prend les mains d'une femme et les ouvre pour les embrasser. La femme dérobe sa main gauche au dernier moment et enlace l'homme, puis elle fait passer une clé qu'elle tenait dans sa main gauche à sa main droite. Elle laisser ensuite tomber discrètement la clé à terre et l'éloigne du bout du pied.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

Dans neuf films sur dix...

…. vous avez montré

des personnages

entre qui se crée un fossé.

Parce qu'ils avaient un secret

qu'ils s'obstinaient à ne pas

se révéler l'un à l'autre.

L'ambiance était de plus

en plus oppressante,

jusqu'à ce qu'ils se décident

à s'expliquer,

ce qui leur permettait

de se libérer.

Vous reconnaissez vos films, là?


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Oui, bien sûr.


Dans une autre scène du film, la femme se tient dans une grande salle de réception et discute avec des hommes, la clé cachée dans sa main.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

C'est-à-dire que finalement,

vous êtes surtout intéressé,

vous abritant derrière une

histoire de caractère policier,

à filmer des dilemmes moraux.


ALFRED HITCHCOCK (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Oui, c'est rai.


FRANÇOIS TRUFFAUT (Narrateur)

(Riant)

Bien, ce sera ma conclusion.


Dédicace : À la mémoire de Gail Levin


Générique de fermeture

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