CinéTFO

Retrouvez le meilleur du cinéma sur CinéTFO! Profitez de notre sélection de films offerts gratuitement pour (re)découvrir des classiques et des oeuvres incontournables du cinéma d'auteur contemporain. Pour la programmation en ondes, consultez le Passeport CinéTFO!

Partager
Image univers CinéTFO Image univers CinéTFO

Vidéo transcription

Dans les villes

Quatre personnes marchent dans la ville. Elles ne se connaissent pas. Il y a Fanny qui soigne les arbres et qui rencontrera les trois autres : Joséphine arrivée au bout de sa vie, Carole en proie à la mélancolie et Jean-Luc l’aveugle, qui apaisera Fanny et qui lui redonnera foi en la beauté.



Réalisateur: Catherine Martin
Acteurs: Béatrice Picard, Robert Lepage, Hélène Florent
Année de production: 2006

Accessibilité
Déterminer le comportement de la visionnneuse vidéo:

video_transcript_title-fr

Générique d’ouverture


Des mains gantées touchent une sculpture de bronze. Un groupe d’individus est rassemblé autour de la sculpture. Chacun touche la sculpture en portant des gants. Une femme accompagne le groupe, qui est composé principalement de personnes non voyantes.


HOMME

C'est doux.

C'est lisse.

Ça doit être du bronze.


ACCOMPAGNATRICE

Oui. C'est ça.


HOMME

C'est des femmes.


FEMME

Sont penchées.


ACCOMPAGNATRICE

Il y en a combien?


FEMME

Trois.


ACCOMPAGNATRICE

J'aimerais ça savoir

ce que ça évoque en vous.


JEAN-LUC

Moi, je sens un effort.

Comme si elles luttaient

contre quelque chose.


SECOND HOMME

Le vent.


HOMME

Ça pourrait être…

des nomades, là, des…

des femmes Touareg ou arabes.


SECOND HOMME

Elles marchent.


FEMME

Moi, c'est drôle,

j'ai l'impression qu'elles…

elles pourraient aussi

être des religieuses.

Tu sais, à cause des voiles.

Des longues robes.


HOMME

J'aime beaucoup le mouvement

dans leurs vêtements.


SECOND HOMME

On voit même le bout

de leurs souliers.


JEAN-LUC

Celle du devant, elle tient

son voile dans sa main.

C'est un beau geste.


FEMME

Moi, ce qui me touche,

c'est celle en arrière.


SECOND HOMME

Oui, moi aussi.


ACCOMPAGNATRICE

Elles ont quel âge,

d'après vous?


SECOND HOMME

Je sais pas.


HOMME

Sont pas jeunes.


JEAN-LUC

Comme si on a l'impression

qu'elles sont sans âge.

Elles ont les traits

très… marqués.

Avec un nez aquilin.

Il y a comme une impression

de grande force

qui se dégage de leurs

corps. C'est beau.


Titre :
Dans les villes


Une voix résonne dans le noir.


FANNY (Narratrice)

J'allais poser une question.

Que voulait-elle dire?

Mais tout à coup, je compris.

Je me rappelai un jeune

ouvrier russe de la campagne,

qui, lorsqu'il arriva de Moscou,

croyait encore que les étoiles

étaient les yeux

de Dieu et des anges.

On l'en avait dissuadé.


Assis seul dans une pièce, JEAN-LUC écoute un livre audio en fumant une cigarette.


FANNY (Narratrice)

À la vérité,

on ne pouvait prouver

le contraire de rien,

mais l'on pouvait

l'en dissuader.

Et avec raison.

Car les étoiles sont

les yeux des hommes

qui s'échappent de leurs

paupières fermées et montent

et deviennent clairs

et se reposent.

C'est pourquoi, à la campagne,

où tous dorment,

le ciel a toutes ses étoiles.

Et, au contraire,

au-dessus des villes,

il n'y en a que peu.

Parce qu'il y a là tant d'hommes

qui s'inquiètent,

pleurent, lisent,

rient, ou veillent

et qui gardent leurs yeux...


JEAN-LUC sort de chez lui, le soir. Il tend sa canne blanche devant lui pour descendre les quelques marches qui le séparent de la rue. Il marche le long d’un vieux mur de pierres, puis s’arrête et attend. Il respire profondément, tenant sa canne devant lui.


Au matin, une femme, FANNY rassemble des documents dans une chemise, au comptoir d’un café. Elle enfile son manteau. JOSÉPHINE, une vieille dame, est assise plus loin à une table près de la fenêtre, elle discute avec la serveuse, ANTOINETTE.


ANTOINETTE

C’est pas chaud ce matin.


JOSÉPHINE

Ça prendrait bien une petite laine.

Regarde, ce j’ai mis,

la veste que maman m’avait tricotée.

Elle faisait du beau avec tout.


FANNY se dirige vers la porte pendant qu'ANTOINETTE retourne derrière le comptoir.


ANTOINETTE

(S’adressant à FANNY)

Bonne journée!


FANNY

Merci.


Sur la rue, FANNY touche l’écorce d’un arbre sur la rue, en gardant les yeux fermés. FANNY examine l’arbre sous toutes ses coutures. Une femme s’approche, abritée sous son parapluie.


PLAIGNANTE

Vous comprenez,

les racines sont toutes

en train d'abîmer mon sous-sol.


FANNY

Ce serait étonnant.

Les racines des arbres peuvent

pas créer ce genre de dommages.


PLAIGNANTE

Je n'en finis plus

de ramasser des feuilles,

puis toutes sortes

de cochonneries.

C'est une vraie nuisance.


FANNY

Oui, je comprends, mais…

un arbre, c'est vivant.


PLAIGNANTE

Il sert à rien.

Puis, à part de ça,

il fait trop d'ombre.

Il y a rien qui pousse

sur mon parterre.


FANNY

C'est un des plus

beaux de la rue.

Il doit avoir près de 50 ans.


PLAIGNANTE

Il est sur mon terrain.

Vous allez me le faire

couper, j'espère.


FANNY

L'arbre appartient à la ville.

Puis nous autres, on coupe pas

les arbres sains

qui sont pas dangereux.


PLAIGNANTE

Je ne veux plus le voir.


FANNY

C'est pas

une raison suffisante.


PLAIGNANTE

L'autre gars qui est venu…


FANNY

Vous a dit exactement

la même chose.


PLAIGNANTE

Bon.

Bien, je pense que je vais être

obligée de déposer une plainte.


FANNY

Essayez donc, juste pour voir.


La plaignante retourne vers sa maison et FANNY retourne à sa voiture. Elle dépose son équipement dans le coffre et monte dans la voiture.


Des gens marchent sur le trottoir par temps gris. Un long passage pour piétons est peint sur la rue.


FANNY (Narratrice)

Au milieu du chemin

de notre vie,

je me retrouvai

par une forêt obscure.

Car la voie droite était perdue.


FANNY est enregistrée lisant un livre à voix haute dans un petit studio.


FANNY

(Lisant)

Ah, dire ce qu'elle était

est chose dure.

Cette forêt féroce

et âpre et forte

qui ranime la peur

dans la pensée.

Elle est si amère

que mort l'est à peine plus.

Mais pour parler du bien

que j'y trouvai,

je dirais des autres choses

que j'y ai vues.

Je ne sais pas bien redire

comment j'ai entré

tant j'étais plein de sommeil.

En ce point où j'abandonnai

la voie vraie.


Dans le noir d’une chambre à coucher, une femme seule pleure. C’est FANNY qui pleure à grands sanglots. Au bout d’un moment, elle se calme et se lève pour se servir un verre d’eau. Elle allume dans la salle à manger et s’assoit à table. Plus tard, elle est assise dans le salon et regarde les feuilles d’un érable bouger dans le vent.


À un autre moment, FANNY est chez son médecin. Elle est assise sur la table d’examen pendant que le DOCTEUR MEILLEUR l’ausculte.


DOCTEUR MEILLEUR

Inspire.

Expire.


FANNY

C'est surtout

quand je me réveille.

J'ai mal partout.


DOCTEUR MEILLEUR

J'aimerais ça que tu sois

plus spécifique.


FANNY

Disons que j'ai mal

dans le dos.


DOCTEUR MEILLEUR

(Tâtant son cou)

Là, maintenant, t'as mal?


FANNY

Non.

Ça va, ça vient.

J'imagine que c'est

de la fatigue.


DOCTEUR MEILLEUR

Dors-tu comme il faut?


FANNY

De ce temps-là, pas très bien.


DOCTEUR MEILLEUR

Depuis combien de temps?


FANNY

Je sais pas…

Deux semaines, peut-être.


DOCTEUR MEILLEUR

Tu te réveilles

la nuit, c'est ça?


FANNY

Oui.


DOCTEUR MEILLEUR

À 3 heures du matin?


FANNY

Oui.


DOCTEUR MEILLEUR

Et tu pleures.

C'est revenu, on dirait.

Ça vient d'où,

toutes ces larmes-là?


FANNY enfile son chandail et s’assoit devant le bureau du DOCTEUR MEILLEUR.


FANNY

Je sais pas.

Ça monte en dedans

de moi comme une vague.


DOCTEUR MEILLEUR

Tu peux pas pleurer comme ça

pour tous ceux qui peuvent pas

ou qui savent pas comment faire.


FANNY

Je le sais,

mais j'y peux rien.

On dirait que…

c'est comme si c'était mon rôle.

Si au moins je pouvais pas

voir ce que je vois.


DOCTEUR MEILLEUR

Voir quoi?


FANNY

Le monde.

Vous trouvez

que ça va bien, vous?


Le DOCTEUR MEILLEUR prend un bloc de prescription et écrit dessus.


FANNY

Vous le savez que j'aime pas ça,

prendre des médicaments.


DOCTEUR MEILLEUR

C'est juste au cas où.

Si une fois, il faut

que tu dormes. C'est pas fort.


FANNY prend la prescription et la dépose dans son sac à main, puis elle se dirige vers la porte du cabinet du DOCTEUR MEILLEUR, qui la raccompagne.


DOCTEUR MEILLEUR

Tu vas voir, le médecin que je

t'ai recommandé est très bien.

C'est pas parce que je dois

prendre ma retraite

que tu peux pas

m'appeler de temps en temps.

Tu le sais

que ça me ferait plaisir

d'avoir de tes nouvelles.


FANNY

En tout cas,

ça va me faire drôle.

Ça doit faire au moins…


DOCTEUR MEILLEUR

(Abaissant sa main vers sa cuisse)

T'étais haute de même.


FANNY

Merci, docteur Meilleur.


DOCTEUR MEILLEUR

Fais attention à toi.


Dans le noir, la voix de la mère de CAROLE résonne.


MÈRE DE CAROLE

Tu vas être en retard.


CAROLE, une jeune femme, est assise, vêtue d’un peignoir, le regard dans le vide.


MÈRE DE CAROLE

J'ai fait des courses hier.

J'ai acheté tout ce qu'il faut

pour que tu puisses

te faire des lunchs.


La MÈRE DE CAROLE se prépare à partir. Elle prend son sac et se penche sur CAROLE.


MÈRE DE CAROLE

Grouille-toi

si tu veux que j'aille

te reconduire au travail.


CAROLE ne bronche pas.


Plus tard, CAROLE descend d’une voiture et se rend à la Librairie du Square, son lieu de travail. Elle déverrouille la porte et entre. CAROLE s’approche de la vitrine et regarde dehors.


JEAN-LUC entre dans un atelier très bruyant. Il semble connaître l’endroit et se dirige tout droit vers les crochets où il dépose son manteau. Un intervenant, PAUL, s’approche.


PAUL

Salut, Jean-Luc.


JEAN-LUC

Salut, Paul.


PAUL

Ça va?


JEAN-LUC

Oui, toi?


PAUL

Oui. Viens. J'ai

quelque chose à te montrer.


PAUL tend son bras pour que JEAN-LUC y prenne appui, puis ils se dirigent ensemble vers le fond de l’atelier de menuiserie. Un autre ouvrier utilise une machine bruyante. PAUL s’arrête devant une table style comptoir.


JEAN-LUC

Ah…

Tu l'as-tu finie?


PAUL

Presque.


JEAN-LUC se penche pour tâter la table et renifle l’odeur du bois.


JEAN-LUC

Mmm, ça sent bon.

Ça, c'est du merisier, ça.


PAUL

Tu m'énerves.


JEAN-LUC

Quoi, je me trompe, des fois.


PAUL

Oui, pas souvent.

Regarde. Ici on a un tiroir.

Qu'est-ce t'en penses?


JEAN-LUC

C'est bien.


PAUL

Ça te tente-tu

de me sabler ça?


JEAN-LUC se relève et prend la planche qui servira de devanture du tiroir.


PAUL

Ah, attends. Attends.

J'ai déplacé tes choses.


De nouveau, JEAN-LUC s’accroche au bras de PAUL pour le suivre dans l’atelier.


PAUL

Je vais te montrer.

(Désignant un banc devant un comptoir de menuiserie)

Ton banc.

(Donnant un bloc à ponçage)

T'as du 120.


JEAN-LUC

OK.


Aussitôt assis, JEAN-LUC prend le bloc et la planche et commence son travail.


Dans un parc, FANNY, enfonce une tige dans l’écorce d’un gros arbre. Un passant l’observe.


FANNY

C'est de même

que je peux savoir

si l'arbre est atteint

à l'intérieur.


PASSANT

Je reste de l'autre bord

de la rue. Juste là.

Je le regarde à tous les jours.

Je me tanne pas.

Il est jamais pareil.

Je me souviens même de quand

ils sont venus le planter.

Depuis ce temps-là,

les enfants sont partis.

Ma femme est morte.

Il a tout vu ça, lui.


FANNY regarde vers les branches du haut.


FANNY

Tiens, c'est bizarre.

On dirait qu'il y a quelqu'un

qui a déchiqueté son écorce

à coups de couteau.


FANNY montre la blessure au passant.


FANNY

Ici.

Faites-vous-en pas.

On va le réchapper.


PASSANT

Merci.


JOSÉPHINE, une vielle dame, sort de chez elle. C’est l’automne, elle porte un manteau et un chapeau. Elle marche sur le trottoir sur une rue en descente. Elle arrive à une intersection et ne s’arrête pas avant de traverser la rue. Elle croise FANNY qui marche en direction opposée. Elle passe devant la maison de JOSÉPHINE et monte l’escalier de la maison voisine. FANNY entre chez elle.


De retour chez elle avec ses courses, JOSÉPHINE accroche son sac à la poignée de la penderie dans le corridor et enlève son manteau pour le ranger. Ensuite, elle se dirige vers la cuisine au bout du couloir pour ranger ses courses.


Plus tard, JOSÉPHINE est assise dans son salon. Elle regarde dans le vide.


FANNY fait des courses dans une allée d’épicerie de quartier. Ensuite, elle change d’allée. JEAN-LUC s’y tient debout devant des armoires réfrigérées, il tient son panier près de lui et sa canne de l’autre main. Le panier de FANNY frappe celui de JEAN-LUC au passage.


FANNY

Pardon.

Je vous avais pas vu.


JEAN-LUC

Il y a pas de mal.

Excusez-moi.

Est-ce que je peux

vous demander un service?


FANNY

Oui. Qu'est-ce que je peux

faire pour vous?


JEAN-LUC

J'ai besoin d'un sac

de petits légumes mélangés

s'il vous plaît.


FANNY

Pas de problème.

Euh.. Lequel?

Parce qu'il y en a

plusieurs sortes.


JEAN-LUC

Le plus cher.


FANNY ouvre la porte de l’armoire à produits congelés et fouille. Elle referme la porte et dépose le paquet de légumes surgelés dans le panier de JEAN-LUC.


FANNY

Je pense que c'est celui-là.


JEAN-LUC

Je vais vous faire confiance.

Merci.


FANNY

De rien.


JEAN-LUC

J'ai l'impression

de vous connaître.


FANNY

Je pense pas, non.


FANNY guide JEAN-LUC sur le trottoir jusque chez lui.


JEAN-LUC

J'espère que ça vous fait pas

faire un trop grand détour.


FANNY

Non, c'est correct.

Je reste juste en bas

de la rue, c'est pas loin.


JEAN-LUC

Je suis rendu.


JEAN-LUC s’engage dans l’allée qui mène chez lui. FANNY qui tient ses sacs le suit jusque devant l’escalier. Elle lui redonne ses sacs de provisions. JEAN-LUC tend la main.


JEAN-LUC

Je m'appelle Jean-Luc.


FANNY

Moi, c'est Fanny.


JEAN-LUC

Merci beaucoup, Fanny.


FANNY

Ça m'a fait plaisir.


JEAN-LUC

On va peut-être se revoir,

vu qu'on est voisins.


FANNY

Oui, oui, peut-être.


Pendant que JEAN-LUC se dirige vers la porte de son immeuble, deux jeunes sortent en courant et l’un d’eux l’accroche au passage. Le sac de provisions tombe sur le sol.


JEUNE

(Sans s’arrêter)

Excuse.


FANNY revient en courant pour ramasser le sac et le rendre à JEAN-LUC.


FANNY

Je les ai vus

sortir à la course.

Ils se sont même pas retournés.


JEAN-LUC

Il y a des gens qui pensent

que je suis invisible. Merci.


JEAN-LUC se dirige vers l’escalier de son immeuble.


Dans un café, CAROLE est assise, le regard vide. Soudain elle se lève et se dirige vers la porte. Elle sort et marche d’un pas vif dans la rue.


Une fois chez elle, CAROLE est allongée dans son lit. Elle n’a même pas enlevé son manteau. CAROLE se frappe la tête à coups de poing. Elle émet de petits sons, s’arrête un peu, puis recommence moins violemment.


Dans la rue, JOSÉPHINE est allongée sur le sol humide et regarde les feuilles de l’érable bouger dans le vent.


JOSÉPHINE

Ça doit

être comme ça mourir.


JOSÉPHINE se retourne sur le dos. FANNY arrive et relève JOSÉPHINE.


FANNY

Êtes-vous correcte?


JOSÉPHINE

Oui, oui…

J'ai glissé, je pense.

Je sais pas trop

comment c'est arrivé.


FANNY

Je vous ai vue,

vous avez perdu l'équilibre.

Est-ce que vous

vous êtes fait mal?


JOSÉPHINE

Non. Non, non. Je pense pas.

J'avais l'esprit

ailleurs, peut-être…


JOSÉPHINE se retourne et marche lentement en direction de chez elle.


JOSÉPHINE

Qu'importe.


FANNY décide de l’accompagner. Elle suit JOSÉPHINE et monte les quelques marches qui mènent au balcon.


JOSÉPHINE

Merci, madame,

vous êtes bien bonne.


FANNY

C'est rien.

Je peux vous emmener

à la clinique, si vous voulez.


JOSÉPHINE

Non. Non merci,

dérangez-vous pas.


JOSÉPHINE sort ses clés, elle est encore un peu ébranlée.


FANNY

Attendez, je vais vous aider.


FANNY ouvre la porte et laisse passer JOSÉPHINE en premier. À l’intérieur, FANNY aide JOSÉPHINE à retirer son manteau et ses gants. Puis, elle aide JOSÉPHINE à aller s’asseoir dans son salon. FANNY va chercher un verre d’eau pour JOSÉPHINE et lui rapporte.


JOSÉPHINE

Merci.


FANNY

Je reste juste à côté.

Je vais vous laisser

mon numéro au cas où.


FANNY déchire une page d’un petit carnet et y écrit son nom et son numéro.


JOSÉPHINE

Je vous vois souvent

passer, vous savez.

(Prenant la note)

Fanny.


FANNY

Vous, vous êtes madame?


JOSÉPHINE

Mademoiselle.

Joséphine.

Je vais aller vous reconduire.


FANNY

Merci.

C'est pas la peine.

Reposez-vous.


FANNY se lève et sort. JOSÉPHINE reste là, pensive. JOSÉPHINE se redresse péniblement et replace son coussin. Plus tard, JOSÉPHINE est assise dans un boudoir où seul un fauteuil meuble la pièce. Elle regarde dans le vide. JOSÉPHINE s’endort assise dans son fauteuil.


Dans le noir de sa chambre, FANNY pleure. Elle s’assoit sur le rebord de son lit en tentant de se calmer. Elle se lève et se rend au salon avec un verre d’eau et les cachets prescrits par le DOCTEUR MEILLEUR. Puis, elle s’étend sur le sofa.


Au matin, FANNY est assise dans le métro. Elle observe les gens autour d’elle. Le train s’arrête à une station. Un homme entre et s’assoit devant elle. L’homme a le visage d’un grand brûlé, qui a subi une reconstitution faciale. Il retire sa tuque, la moitié de sa chevelure est manquante. L’homme dévisage FANNY qui soutient son regard. Puis elle se lève pour descendre à la station suivante. Dans le couloir du métro Place des Arts, JEAN-LUC marche. Le son de sa canne frappant le sol se répercute en écho. FANNY, qui marche dans le même couloir vers la sortie, croise JEAN-LUC. FANNY s’arrête et regarde JEAN-LUC continuer son chemin.


CAROLE est assise sur son lit. Sa mère est assise près d’elle.


MÈRE DE CAROLE

Qu'est-ce que je peux faire?

Dis-moi.

Je ne sais plus.


CAROLE reste silencieuse, le regard vide.


MÈRE DE CAROLE

Bon…

Je te laisse tranquille.


Dans la cuisine, la mère de CAROLE lave des coupes à vin dans l’évier, puis les rince une à une. Elle entend des voix d’enfants qui s’amusent dehors. Elle pleure en silence.


JEAN-LUC se laisse flotter doucement sur le dos dans une piscine intérieure. La voix de FANNY retentit dans sa tête pendant qu’il flotte.


FANNY (Narratrice)

Car les étoiles sont les yeux

des hommes qui s'échappent

de leurs paupières

fermées et montent

et deviennent clairs

et se reposent.

C'est pourquoi,

à la campagne, où tous dorment,

le ciel a toutes ses étoiles.

Et au contraire,

au-dessus des villes,

il n'y en a que peu.

Parce qu'il y a là tant

d'hommes qui s'inquiètent,

pleurent, lisent,

rient ou veillent

et qui gardent leurs yeux.


Le ciel se couvre sur un parc de Montréal.


Dans le noir, la voix de JEAN-LUC retentit.


JEAN-LUC

Si vous aviez cinq minutes,

j'aimerais ça vous

emmener quelque part.


JEAN-LUC marche en glissant sa main sur le vieux mur de pierres. En tâtant le mur, JEAN-LUC reconnaît une des pierres en la touchant. Il s’arrête.


JEAN-LUC

C'est ici.

Tôt le matin, juste

avant le lever du jour,

on peut entendre des voix de

femmes qui chantent des Psaumes.

C'est beau.

C'est les carmélites qui restent

de l'autre côté du mur.

Elles sont cloîtrées. Elles

prient pour sauver le monde.

En plein milieu de la ville.


FANNY est avec JEAN-LUC.


FANNY

Elles perdent leur temps

avec leurs prières.

Ça sert à rien.

Elles pourront pas

le sauver, le monde.

Il y a rien qui peut le sauver.


JEAN-LUC

Vous êtes pessimiste?


FANNY

Réaliste.

J'y crois pas.

Je n'y crois plus, disons.


JEAN-LUC sort une caméra de sa poche et prend une photo. Puis, il en prend un seconde.


FANNY

Est-ce que je peux

vous poser une question?


JEAN-LUC

Allez-y.


FANNY

Ça me gêne un peu.


JEAN-LUC

C'est pas grave. Si c'est trop

personnel, je répondrai pas.


FANNY

Pourquoi vous faites

de la photo, vu que…


JEAN-LUC

Vu que je suis coq-l'œil?

Pour garder quelque chose…

de ce qui dure pas, je pense.

Quelque chose que je sens.


JEAN-LUC continue de prendre des photos.


FANNY

Puis là?

Qu'est-ce que vous venez

de prendre en photo?


JEAN-LUC

La lumière sur les nuages.

Elle est belle, non?


FANNY

Oui.

Elle est belle.


JEAN-LUC remet le capuchon sur l’objectif de sa caméra. Il reprend sa canne et se met à marcher. FANNY le suit.


Sur une table une tasse de thé est déposée.


ANTOINETTE se penche près de JOSÉPHINE dans le petit café du quartier.


ANTOINETTE

Tu veux autre chose?


JOSÉPHINE

Hum?

M'as-tu parlé?


ANTOINETTE

Tu veux prendre autre chose?


JOSÉPHINE

Non, je te remercie.


ANTOINETTE s’éloigne. JOSÉPHINE prend une gorgée de son thé. FANNY passe devant la vitrine du café et s’arrête dehors pour regarder JOSÉPHINE assise à la table près de la fenêtre. FANNY entre et s’approche de JOSÉPHINE.


FANNY

Bonjour, Joséphine.


JOSÉPHINE

Bonjour, madame.


FANNY

Est-ce que vous allez bien?


JOSÉPHINE

Oui, je suis correcte.

Pas un bleu. Merci.


FANNY

Je peux m'asseoir?

Ça vous dérange pas?


JOSÉPHINE

C'est juste que…


ANTOINETTE arrive avec une tasse et un pot de café.


FANNY

Je vais prendre un thé,

moi aussi.

Pas de crème, s'il vous plaît.


JOSÉPHINE

C'est juste que…

Il faudrait

que je parte bientôt,

parce que…


ANTOINETTE

Elle, là, elle a

toujours été comme ça.

Réglée comme du

papier à musique.


JOSÉPHINE

C'est même pas vrai.


ANTOINETTE

Vous vous connaissez

depuis longtemps?


JOSÉPHINE

Avec Antoinette?

Oh oui!


ANTOINETTE

Vous venez souvent

ici, je pense?


JOSÉPHINE

Ah, tous les jours.

Euh, sauf le dimanche.

Elle est fermée le dimanche.

Moi, de toute façon,

je vais à la messe.


ANTOINETTE

Quand on était jeunes, on

venait ici prendre une liqueur.

Ça nous coûtait rien, c'était

à mon père le restaurant.

Bien, c'est ici

que t'as rencontré le…

beau Raymond.


JOSÉPHINE

Oh-oh-oh…


ANTOINETTE

En tout cas, avec lui, là,

t'aurais vu du pays.

Moi, j'ai marié un Grec.


JOSÉPHINE

Vous avez vécu en Grèce?


ANTOINETTE

Aux États. À Seattle.

Pendant 30 ans.

Je suis revenue

à la mort de mon mari.


ANTOINETTE s’en retourne.


FANNY

Auriez-vous aimé ça?


JOSÉPHINE

Quoi donc?


FANNY

Voyager.


JOSÉPHINE

Oh, bof…

Autrefois…

j'allais au centre-ville.

mais…

Tout est tellement changé,

je ne reconnais plus rien.

Non…


JOSÉPHINE finit sa phrase en marmonnant.


JOSÉPHINE

Bon. Il faut que je parte.

Il faut.

(Se levant)

Bonjour, madame.


FANNY

Fanny, mon nom.


JOSÉPHINE

Fanny.


FANNY reste seule à table. Elle soupire en regardant dehors par la fenêtre.


Sur une fenêtre des gouttes de pluie se rassemblent lentement et forment de plus grosses gouttes.


JOSÉPHINE (Narratrice)

Le beau Raymond.

C'est vrai

que t'étais bel homme.

T'avais des belles mains.

Un jour, tu m'as touché la joue

et tu m'as dit

que j'avais la peau douce.


JOSÉPHINE est seule chez elle. Elle passe doucement une main sur sa joue. Puis elle regarde dans le vide.


Dans un parc, certains arbres sont encore verts et d’autres ont les feuilles jaunies. Le vent souffle. FANNY prend une feuille tombée et la dépose dans la main de JEAN-LUC.


JEAN-LUC

Elle est un peu rugueuse.

On sent bien ses…

Comment on appelle ça donc?


FANNY

Ses nervures.


JEAN-LUC

Ses nervures.

Puis la feuille est…

elle est pas tout à fait

pareille des deux côtés.


FANNY

Elle a une base

qu'on dit asymétrique.


JEAN-LUC

Asymétrique…


FANNY

C'est une feuille

d'orme d'Amérique.


JEAN-LUC et FANNY marchent ensemble dans un sentier du parc du Mont-Royal.


FANNY

Il n'en reste presque plus

d'ormes d'Amérique au Québec.

On pouvait en voir

dans pratiquement

tous les champs avant.

Ils sont morts à cause de la

maladie hollandaise de l'orme.

C'est dommage, parce que…

c'est vraiment un très bel arbre.

Ça peut être très haut

et un peu la forme d'un parasol.

Je trouve qu'il a quelque

chose de majestueux.

C'est un solitaire.


JEAN-LUC

Comme vous.


JEAN-LUC s’arrête.


JEAN-LUC

Écoutez.


Le vent balaie les feuillages et produit un son similaire à celui des vagues.


Au centre-ville, une femme s’arrête, avant de poursuivre sa route sous le porche d’un haut édifice.


Une main ouvre un livre en braille. C’est la main de JEAN-LUC. De son autre main, il dépose la feuille d’orme d’Amérique que FANNY lui a donnée. JEAN-LUC referme le livre.


CAROLE marche seule sur un sentier qui traverse un parc. Elle s’arrête et s’assoit sur un banc. Puis elle se couche sur le banc. CAROLE a le regard vide. Elle ferme les yeux en posant la main sur son visage.


Les escaliers roulants de la station Berri-UQAM sont déserts. La voix de FANNY résonne.


FANNY (Narratrice)

Par moi,

on va dans la cité dolente.

Par moi, on va

dans l'éternelle douleur.

Par moi, on va

parmi la gent perdue.

Justice a mû

mon sublime artisan.

Puissance divine m'a faite,

et la haute sagesse,

et le premier amour.

Avant moi, rien n'a jamais

été créé qui ne soit éternel.

Et moi, je dure éternellement.


Un hall vide d’un édifice fenestré est éclairé au néons dans la nuit.


FANNY (Narratrice)

Vous qui entrez,

laissez toute espérance.


Dans le petit studio, FANNY lit à voix haute pour un enregistrement de livre audio.


FANNY

(Lisant)

Ces paroles de couleur sombre,

je les vis écrites

au-dessus d'une porte.

Aussi, je dis:

«Maître, leur sens m'est dur.»

Et lui, à moi,

en homme qui savait

mes pensées: «Ici, il convient

de laisser tout soupçon.

Toute lâcheté, ici, doit être morte.

Nous sommes venus au lieu

que je t'ai dit.

Où tu verras les foules

douloureuses

qui ont perdu le

bien de l'intellect.»

Et après avoir mis

sa main dans la mienne,

avec un visage gai

qui me réconforta,

il me découvrit

les choses secrètes.

Là, pleurs, soupirs

et hautes plaintes

résonnaient

dans l'air sans étoile.

Ce qui me fit pleurer

pour commencer.


FANNY conduit sa voiture sur le viaduc Van-Horn, elle aperçoit une jeune femme qui monte le garde-fou. C’est CAROLE. Sous le pont, on entend le son du train qui passe.


FANNY arrête sa voiture et court pour empêcher CAROLE de sauter. FANNY prend CAROLE dans ses bras et la force à redescendre sur le trottoir. Lorsque FANNY la relâche, CAROLE s'éloigne de quelques pas lentement sans rien dire.


Plus tard, FANNY et CAROLE sont assises au petit café du quartier. FANNY boit un thé. CAROLE a une pointe de tarte devant elle. Elle ne mange pas. Elle regarde dans le vide.


FANNY

Mange, c'est bon.


FANNY retire son écharpe et la met autour du cou de CAROLE.


FANNY

Tiens.


CAROLE se retourne brusquement pour sortir.


FANNY

Attends.

Je vais aller te

reconduire chez toi.


Dans la voiture, FANNY et CAROLE sont assises côte à côte en silence.


FANNY

Tu sais, je comprends ça.

Ne plus vouloir avoir mal.

Ne plus vouloir être là.

Juste disparaître.

Mais un moment donné, il y a

quelque chose qui nous ramène.

C'est comme sortir de l'eau

quand on croyait se noyer.

Tu vas voir, ça se peut.


CAROLE descend de la voiture. FANNY attend de voir CAROLE entrer chez elle avant de démarrer la voiture.


Une fois chez elle, FANNY dépose sur la table de la salle à manger un verre d’eau et le flacon de médicament du DOCTEUR MEILLEUR. Elle étale les cachets sur la table et les aligne en rangée. Puis, elle ramasse les cachets et court les jeter. Ensuite, elle se dirige vers son sofa et s’y assoit. Dehors, le vent souffle dans les feuilles de l’érable. FANNY regarde dehors. Elle respire profondément.


Chez lui, JEAN-LUC montre ses photos à FANNY. Sur la première, une main est devant les silos à grains près d’une voie ferrée.


JEAN-LUC

Ça c'est ma main.

On m'a dit que j'avais réussi

à avoir la bonne exposition,

mais elle est floue.


FANNY regarde les photos. Toutes les photos sont en noir et blanc, elles représentent parfois des gens, des édifices ou des arbres. FANNY commente la photo d’une femme.


FANNY

Elle est très belle.


JEAN-LUC

Laquelle?


FANNY

La femme sur cette photo-là.


JEAN-LUC

Elle s'appelait Sylvie.

Elle est morte il y a cinq ans.

On faisait tout ensemble.

Quand elle est partie,

c'est comme si

on m'avait arraché la peau.


FANNY se lève et se dirige vers la fenêtre. Elle regarde dehors en écoutant le récit de JEAN-LUC.


JEAN-LUC

Je pensais tout le temps

à la manière la plus simple

d'aller la rejoindre.

Mais elle aurait pas aimé ça.

Ça fait que je lui ai promis

que je le ferais pas.

Je sens encore sa présence.

J'ai une bouteille de vin

d'ouverte, t'en veux-tu?


FANNY

Oui, je veux bien.


JEAN-LUC se lève et va à la cuisine. Il prend deux verres et verse du vin.


JEAN-LUC

J'aime ça comment

tu lis les livres, Fanny.


JEAN-LUC apporte les verres.


JEAN-LUC

C'est drôle que nos chemins

se soient croisés.

Je sais pas, je suis content.


JEAN-LUC est debout devant FANNY. Il lève la main comme pour sentir la lumière qui éclaire le visage de FANNY.


JEAN-LUC

Bouge pas. Je veux prendre

une photo de toi.


JEAN-LUC prend sa caméra et revient devant FANNY. De la main, il cherche son visage, puis prend un premier cliché. Puis, il retend la main et recule de quelques pas pour prendre un second cliché.


JEAN-LUC

J’en fais un autre.


Au parc Jarry, un arbre solitaire trône au milieu de la pelouse.


Au petit café du quartier, JOSÉPHINE est assise à sa table près de la fenêtre. Elle regarde dehors avec un air boudeur. La porte s’ouvre. CAROLE entre et balaie l'endroit du regard. Elle s’assoit au comptoir.


ANTOINETTE

Un petit café pour commencer?


CAROLE ne dit rien. Elle a le regard vide.


JOSÉPHINE enfile son manteau lentement. CAROLE met de la crème dans son café, puis elle verse du sucre sans se soucier de la quantité. Ensuite, elle brasse et ne boit pas son café. Elle met une poignée de pièces sur le comptoir, retire l’écharpe que FANNY lui avait donnée, la laisse sur le comptoir, et sort. JOSÉPHINE se lève de table et se tourne vers ANTOINETTE.


JOSÉPHINE

Merci, Antoinette.


ANTOINETTE

Il y a pas de quoi.

À demain, Jo.


JOSÉPHINE

C'est ça, à demain.


JOSÉPHINE s’arrête avant de sortir. Elle entre chez elle et se dirige lentement vers la penderie. Elle enlève son manteau et son chapeau et les range.


JOSÉPHINE regarde son lit étroit dans sa chambre. Sur le lit se trouve une poupée portant un vêtement assorti au couvre-lit. JOSÉPHINE s’assoit au bout de son lit et soupire.


La main de JEAN-LUC glisse sur l’écorce d’un arbre. Une partie de l’écorce a été enlevée et forme un cercle clair à la base du tronc. L’arbre est celui qui se trouve devant la maison de la PLAIGNANTE.


FANNY

Il va mourir.

La sève ne peut plus monter

dans ses branches.

Peu à peu,

la vie va s'en aller de lui.

Viens, restons pas ici.


JEAN-LUC

Elle est là?


FANNY

Derrière un rideau.


JEAN-LUC

Je vais aller

l'engueuler, moi.


FANNY

Ça sert à rien.

Le mal est fait.


FANNY s’éloigne un peu. JEAN-LUC s’approche lentement.


JEAN-LUC

Tu pleures.


FANNY

Ça me révolte.


JEAN-LUC

Tu peux pas la laisser

s'en tirer comme ça.

Il faut que tu fasses

quelque chose.


FANNY

C'est fait.


FANNY prend la main de JEAN-LUC et l’approche de son visage, mais JEAN-LUC retire son bras. FANNY ne s’avoue pas vaincue et recommence. Cette fois-ci, JEAN-LUC se laisse faire. JEAN-LUC se retourne et fait face à FANNY, il pose son autre main sur son visage et explore ses traits lentement. FANNY pleure.


Il fait nuit. Le viaduc Van Horn est désert.


Ailleurs, FANNY dort dans son lit. Elle se réveille et semble inquiète. FANNY s’assoit dans son lit. Elle se lève brusquement et va au salon.


Plus tard, sa voiture est arrêtée en bordure du trottoir du viaduc. FANNY est sur le bord de la rambarde et regarde vers la voie ferrée, comme si elle cherchait quelque chose. FANNY regarde au loin.


La voix de la mère de CAROLE retentit dans le noir.


MÈRE DE CAROLE

Carole était attirée

par le vide.


FANNY est assise avec la mère de CAROLE chez elle.


MÈRE DE CAROLE

Elle avait déjà essayé avant,

il y a quelques années.

Elle allait pas bien

depuis longtemps.


La mère de CAROLE boit un verre de porto. Elle en propose à FANNY.


FANNY

Non merci.


MÈRE DE CAROLE

L'année passée,

je lui ai demandé

de revenir ici

vivre avec moi.

J'ai cru que c'était

la meilleure chose à faire.

J'étais vraiment inquiète.

Carole pleurait pas.

C'est comme si elle avait

jamais su comment faire.


FANNY dépose le verre qu’elle avait déjà et s’apprête à se lever.


MÈRE DE CAROLE

Vous êtes sûre

que vous n'en voulez plus?


FANNY

Non, je vous remercie.

Je vais y aller.


MÈRE DE CAROLE

Restez encore un peu,

s'il vous plaît.


FANNY

Je m'excuse.

J'aurais jamais dû venir.


MÈRE DE CAROLE

Non, au contraire.

Vous avez bien fait.

Il m'est venu une image

quand je l'ai su.

Un souvenir.

Le jour où je l'ai ramenée

de l'hôpital après sa naissance.

Elle était tout petit bébé.

Je l'ai couchée sur mon lit.

Je me suis étendue

à côté d'elle.

On s'est regardés

dans les yeux, elle et moi.

C'est terrible de sentir

que notre enfant nous échappe.


Sur la rue Notre-Dame près du port, les voitures circulent. C’est la nuit.


JOSÉPHINE dépose une assiette et des couverts sur la table de sa cuisine. Dans l’assiette, elle dépose un bol de soupe en porcelaine d’une autre époque avec des dorures. Puis, elle s’assoit seule à sa table et mange sa soupe avec des craquelins.


Ensuite, JOSÉPHINE est couchée dans son lit simple. Elle prie en murmurant. Elle se signe, éteint sa lampe de chevet et essaie de dormir. JOSÉPHINE ne dort pas.


Au café du quartier, ANTOINETTE rend l’écharpe à FANNY.


ANTOINETTE

Il y a une jeune femme

qui a oublié ça l'autre jour.

Tu la connais, je pense.


FANNY

C'est mon foulard.

Je lui avais donné.


ANTOINETTE

En tout cas, cette fois-là,

elle avait vraiment

pas l'air bien.


ANTOINETTE s’éloigne. Elle fait le tour du comptoir et s’assoit devant FANNY.


ANTOINETTE

Joséphine est pas venue hier.

Ni avant-hier.

C'est pas dans ses habitudes.


ANTOINETTE dépose une clé sur le comptoir.


ANTOINETTE

J'aimerais ça que t'ailles voir.

Moi, je peux pas.

Faut que je reste ici.


FANNY regarde dans une chambre où il y a un grand lit. Le lit n’est pas défait. Il n’y a personne. Ensuite, elle pousse une porte et trouve le petit lit, bien fait. FANNY va vers une autre pièce et pousse la porte. JOSÉPHINE gît sur le sol du petit boudoir, encore tout habillée. FANNY se penche et la touche. JOSÉPHINE est morte.


La première neige est tombée sur Montréal. FANNY teste la santé d’un arbre dans un parc. Elle s’arrête, s’appuie sur l’arbre et pleure.


Au crépuscule, JEAN-LUC avance sur un trottoir d’un pas alerte.


FANNY est rentrée chez elle, elle se tient près de sa fenêtre et pousse le rideau pour regarder dehors. Puis elle recule.


Près du mur du couvent des Carmélites, JEAN-LUC et FANNY arrivent. Il fait sombre. JEAN-LUC tâte la pierre et s’arrête au même endroit qu’à l’habitude. Le soleil n’est pas encore tout à fait levé. Tous les deux s’appuient sur le mur et attendent. FANNY appuie sa tête sur l’épaule de JEAN-LUC. Il lui caresse la joue et la serre contre lui. Les voix des Carmélites fendent l’air malgré le bruit ambiant de la ville.


Générique de fermeture



Films

>Choisissez une option de filtrage par âge, fiction, ou saison

  • Catégorie Cinéma
  • Catégorie Documentaire
  • Catégorie Fiction

Résultats filtrés par