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Vidéo transcription

Mademoiselle Chambon

Jean est quelqu’un de bien : un bon maçon, un bon fils, un bon père et un bon mari. Et dans son quotidien sans heurt, entre famille et travail, il croise la route de Mademoiselle Chambon, l’institutrice de son fils. Il est un homme de peu de mots, elle vient d’un monde différent. Ils vont être dépassés par l’évidence des sentiments.



Réalisateur: Stéphane Brizé
Acteurs: Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain, Aure Atika
Année de production: 2009

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video_transcript_title-fr

Un martèlement et le vrombissement d'un marteau-piqueur se font entendre.


Dans un édifice en rénovations, JEAN détruit le plancher à l'aide d'un marteau-piqueur.


Plus tard, JEAN et son COLLÈGUE ramassent les pièces du plancher avec une pelle et les lancent dans une brouette.


Dans un parc, assis sur une nappe avec ANNE-MARIE et JÉRÉMY, JEAN saisit un contenant et un verre vide et se lève. ANNE-MARIE nettoie les restes de trois assiettes. JÉRÉMY est penché, les yeux braqués sur un manuel scolaire.


ANNE-MARIE

(Tendant les assiettes à JEAN)

Tiens.


JEAN

(S'adressant à JÉRÉMY)

Allez, on t'écoute.


JÉRÉMY

(Lisant)

«Le serv... le service

de maint... maintenance

a ré... a rédigé ce rapport

à la demande du directeur.

Situe le complément d'objet

direct dans cette phrase.»


ANNE-MARIE regarde JÉRÉMY puis détourne les yeux. JEAN fait tourner une pomme dans ses mains.


JEAN

Relis-la pour voir. Des fois.


JÉRÉMY

«Le service de maintenance

a rédigé ce rapport

à la demande du directeur.»


JEAN jette un oeil à ANNE-MARIE. ANNE-MARIE croise les doigts.


ANNE-MARIE

(S'adressant à JEAN)

C'est quoi déjà,

le complément d'objet direct?

(Se tournant vers JÉRÉMY)

C'est quoi, le...

Tu sais ce que c'est, toi,

le complément d'objet direct?


JÉRÉMY

Bien, la maîtresse,

elle avait dit,

pour trouver le complément

d'objet direct,

il fallait se dire:

«Qu'est-ce que?».


ANNE-MARIE affiche un regard interrogateur.


ANNE-MARIE

Qu'est-ce que quoi?


JÉRÉMY

Bien, elle avait dit:

«Qu'est-ce que?».


ANNE-MARIE se triture les mains.


ANNE-MARIE

(Prenant le manuel scolaire de JÉRÉMY)

Fais voir. Alors...

«Le complément d'objet direct

dépend d'un verbe

transitif direct.

Il lui est directement relié,

sans préposition.

Il répond à la question:

Qui est-ce que? Qu'est-ce que?»


JEAN

Ah bien, c'est quoi...


ANNE-MARIE

Bien, déjà.... transitif direct.


JEAN

Cherche transitif.

Cherche transitif.


ANNE-MARIE feuillette les pages du manuel.


JÉRÉMY

(Pointant une page)

C'est là.


JEAN

Là, là, là. 45.


ANNE-MARIE

Transitif, 45.

«La plus grande partie

des verbes actifs

sont tantôt transitifs,

directs ou indirects,

tantôt intransitifs,

c'est-à-dire qu'ils peuvent

être construits

avec ou sans complément.

Mais quelques-uns sont

transitifs ou intransitifs

de nature, essentiellement,

c'est-à-dire qu'ils exigent

ou ne peuvent pas être

construits avec un complément.»


ANNE-MARIE et JEAN échangent un regard interrogateur.


ANNE-MARIE

Bon.


JEAN

Est-ce qu'ils donnent

un autre exemple? Pour voir.


ANNE-MARIE

Oui, exemple, voilà.

«Le facteur poste une lettre.

Qu'est-ce que poste

le facteur? Une lettre.

Une lettre» est le complément

d'objet direct.» Voilà!


ANNE-MARIE sourit et tend le manuel à JÉRÉMY.


JEAN

Regarde avec la phrase

de l'exercice pour voir.


JÉRÉMY

(Lisant)

«Le service de maintenance

a rédigé ce rapport

à la demande du directeur.»


ANNE-MARIE

Eh bien, qu'est-ce qu'a fait

le service de maintenance?

Il a rédigé un rapport.

«Il a rédigé un rapport»,

c'est le complément

d'objet direct.


JÉRÉMY fixe son manuel, l'air incertain. JEAN secoue la tête.


ANNE-MARIE

Bien si. Elle dit qu'il faut

se dire: «Qu'est-ce que?»

Donc, qu'est-ce qu'a fait

le service de maintenance?

Il a rédigé un rapport.

C'est ça.


JÉRÉMY

Oui, mais euh,

dans l'exemple d'avant,

il y avait mis, euh,

c'est qui qui... Attends.


JÉRÉMY tourne la page.


JÉRÉMY

Le facteur poste une lettre.

Qu'est-ce que poste le facteur?

Une lettre. «Une lettre» est

le complément d'objet direct.


ANNE-MARIE

Oui, mais

qu'est-ce que fait...


JEAN

Non, non, il a raison.

Le service de...

Parce que, regarde,

c'est: «Le service

de maintenance

a demandé de rédiger

un rapport.»

A demandé de rédiger quoi?

Un rapport.

(S'adressant à JÉRÉMY)

C'est toi qui as raison.


JEAN jette un oeil à ANNE-MARIE.


JEAN

Bien oui.

Vas-y, au suivant, pour voir.


À son travail, dans une imprimerie, ANNE-MARIE récupère des publications sur les presses. Elle empile les publications, les noue avec un élastique puis les place dans une caisse. Elle prend une autre pile, trie les publications puis transporte la caisse pleine. Puis, elle saisit une caisse vide et retourne à son poste de travail.


Dans l'édifice en rénovations, le collègue de JEAN tend des clous à un autre collègue qui cloue une planche de bois sur un mur. Dans la cour, JEAN parle au téléphone. Il raccroche et entre.


COLLÈGUE 1

(S'adressant à JEAN)

Ça va?


JEAN

C'est ma femme.

Elle s'est fait un truc

dans le dos au boulot.


COLLÈGUE 1

C'est grave?


JEAN

J'en sais rien.


Dans une école, JEAN longe un corridor désert et s'arrête devant une classe. Assise sur le pupitre d'un élève, dos à JEAN, MADEMOISELLE CHAMBON fredonne en utilisant son bras comme si c'était un violon. JEAN l'observe un moment puis cogne sur le mur.


MADEMOISELLE CHAMBON se retourne et se lève.


MADEMOISELLE CHAMBON

(Marchant vers JEAN)

Ah, bonjour.


MADEMOISELLE CHAMBON et JEAN se serrent la main.


JEAN

Bonjour. Je suis

le papa de Jérémy.


MADEMOISELLE CHAMBON hoche la tête en souriant.


MADEMOISELLE CHAMBON

Il va revenir.

Il est aux toilettes.


JEAN détourne le regard, l'air embarrassé.


MADEMOISELLE CHAMBON

Je lui ai dit de pas

s'inquiéter pour sa maman.

Elle s'est fait mal

au dos, c'est ça?


JEAN

Oui, elle s'est fait mal

au dos au travail.


JEAN fixe la carte du monde accrochée au mur.


MADEMOISELLE CHAMBON

Alors nous, on a fait les

devoirs. Comme ça, c'est fait.


MADEMOISELLE CHAMBON se triture les doigts.


MADEMOISELLE CHAMBON

Jérémy, ça va, à l'école.

Il a eu un petit flottement

au deuxième trimestre,

mais là, là, ça va. J'en avais

parlé avec votre femme.


JEAN

Ah bon.


Le grincement d'une porte se fait entendre.


MADEMOISELLE CHAMBON

Ah, il revient.


JÉRÉMY entre dans la classe.


JEAN

Ça va?


JEAN embrasse JÉRÉMY sur la tête.


JÉRÉMY

Oui.


JEAN

Tu ranges tes affaires?


JÉRÉMY marche vers son pupitre.


JÉRÉMY

Elle va bien, maman?


JEAN

Oui.


MADEMOISELLE CHAMBON rejoint JÉRÉMY.


MADEMOISELLE CHAMBON

Tu penses à ta photo

de classe?


Chez elle, dans sa chambre, ANNE-MARIE est étendue dans son lit. Elle regarde la télévision.


PRÉSENTATEUR

Mais pour eux, ça n'est pas

gagné du tout,

car ils vont devoir affronter...


ANNE-MARIE éteint le téléviseur et s'adosse contre les oreillers. JÉRÉMY entre et lui tend un dessin.


ANNE-MARIE

Mon amour! Un bisou.


ANNE-MARIE embrasse JÉRÉMY sur la joue.


JÉRÉMY

Ça va?


ANNE-MARIE

(Chuchotant)

Ça va, chéri.

(Regardant le dessin)

Wow, il est beau!


JEAN entre dans la chambre.


JEAN

Ça va mieux?


JEAN se penche et embrasse ANNE-MARIE sur la bouche.


ANNE-MARIE

Je suis complètement bloquée.

On est allés en médecin de jour,

il m'a fait une piqûre,

mais, en fait, si je bouge, n'importe quel

mouvement, ça me fait super mal.


JEAN

Et qu'est-ce qu'il a dit,

le docteur? Il t'a arrêtée?


ANNE-MARIE

Oui. Un repos au moins

une semaine, elle a dit.

Tu veux bien aller me chercher

un verre d'eau, s'il te plaît?

J'ai un médicament à prendre.


JEAN saisit le verre qu'ANNE-MARIE lui tend et se retourne sur le seuil de la porte.


JEAN

(S'adressant à JÉRÉMY)

Tu montres la photo

que la maîtresse t'a donnée?


JÉRÉMY prend son sac d'école et le pose sur le lit.


ANNE-MARIE

T'as eu une dictée

aujourd'hui?


JÉRÉMY

Oui.


ANNE-MARIE

Alors? T'as des fautes?


JÉRÉMY

Trois fautes.


JÉRÉMY

C'est trop, trois fautes.


JÉRÉMY sourit puis tend un cahier à ANNE-MARIE.


Dans l'édifice en rénovations, JEAN détruit un mur avec une masse.


Plus tard, chez lui, le PÈRE DE JEAN est assis, un bras appuyé sur la table. Un jeu télévisé est diffusé à la télévision.


PRÉSENTATEUR

Je vous le confirme.

On fait des analogies

dans votre émission.

Allez, égalité entre

Monique et Grégoire.

Bon départ pour Monique,

consonne ou voyelle?


MONIQUE

Consonne.


JEAN entre dans la pièce et pose une bassine devant les pieds de son père.


MONIQUE

«B».


JEAN

Dis-moi si la température,

ça te va.


Le PÈRE DE JEAN plonge ses pieds dans la bassine.


PÈRE DE JEAN

Ah, ça va.


JEAN tire une chaise et s'assoit près de son PÈRE. Il pousse un petit soupir d'effort. Le PÈRE DE JEAN rive les yeux sur le téléviseur. JEAN place du papier absorbant sur ses cuisses puis le couvre avec une serviette. Il saisit un gant de toilette sur la table, l'enfile, puis prend un pain de savon. [JEAN

Tu sais, tu n'as plus un slip

avec un élastique qui tient.

Il va falloir que

je t'en rachète.


JEAN mouille le gant dans la bassine puis le savonne.


JEAN

Donne-moi ton pied.


Les yeux rivés sur le téléviseur, le PÈRE DE JEAN ne réagit pas.


JEAN

Papa, ton pied.


LE PÈRE DE JEAN soulève son pied en poussant un petit soupir d'effort. JEAN savonne délicatement le pied de son PÈRE. Puis, il rince le gant dans l'eau de la bassine.


JEAN

On a parlé avec Anne-Marie

pour ton anniversaire

et on s'est dit que ce serait

peut-être plus pratique

de le faire le week-end

du 7 juillet plutôt que le premier.


PÈRE DE JEAN

Bien, on avait dit le premier.


JEAN

Oui, je sais, mais en fait,

c'est Christine.

En fait, elle a décalé

ses dates avec sa collègue

et du coup, pour des histoires

de route à faire, enfin,

c'est plus pratique pour elle

le 7 que le 1.

Enfin, c'est ce qu'elle

nous a expliqué.


Le PÈRE DE JEAN marmonne et rit brièvement.


JEAN

Donne-moi ton pied.


Le PÈRE DE JEAN pousse un petit soupir d'effort.


PÈRE DE JEAN

Elle est pas obligée

de venir si...

Si elle peut pas

partir en vacances...


JEAN savonne de nouveau le gant de toilette et lave l'autre pied de son PÈRE.


JEAN

Bien, papa, elle est

très contente de venir.

Ça lui fait plaisir.


PÈRE DE JEAN

Quoi?


JEAN

Elle est très contente

de venir, ça lui fait plaisir.

Juste, je t'explique,

comme elle va partir

une semaine après en vacances,

c'est plus simple pour elle,

c'est plus pratique

de venir le 7 que le 1.

Si ça va pour toi.


JEAN rince le gant de toilette.


PÈRE DE JEAN

Et Anne-Marie,

son dos, comment ça va?


JEAN

Ça va, ça va.

Encore deux ou trois jours

de repos et ça ira mieux.


JEAN essuie le pied de son PÈRE avec une serviette.


À l'école, JEAN longe le trottoir en pressant le pas. Dans l'entrée, MADEMOISELLE CHAMBON est assise sur banc et discute avec une FEMME et un GARÇON. JEAN la rejoint.


JEAN

Bonjour.


MADEMOISELLE CHAMBON

Bonjour.


JEAN

(Consultant sa montre)

Je suis désolé, je suis

un petit peu en retard.


MADEMOISELLE CHAMBON tend un cahier à la FEMME et se lève.


MADEMOISELLE CHAMBON

(S'adressant à la FEMME)

Je vous laisse. Je reviens.


MADEMOISELLE CHAMBON marche sur le seuil de sa classe.


MADEMOISELLE CHAMBON

Jérémy?


JEAN s'approche de MADEMOISELLE CHAMBON.


JEAN

Ç'a été?


MADEMOISELLE CHAMBON

Très bien. On a fait

sport aujourd'hui.


JEAN embrasse JÉRÉMY sur la tête.


JEAN

Ça va, mon grand?


JÉRÉMY

Oui, ça va.


JEAN

T'as pris toutes tes affaires?


JÉRÉMY

Euh, oui.


JEAN

Tu dis au revoir?


JÉRÉMY

Au revoir.


MADEMOISELLE CHAMBON

Au revoir.


JEAN

Au revoir.


JEAN prend la main de JÉRÉMY et l'entraîne vers la sortie.


MADEMOISELLE CHAMBON

Excusez-moi, je voudrais

vous demander quelque chose.


MADEMOISELLE CHAMBON lance un regard entendu à JEAN.


JEAN

(S'adressant à JÉRÉMY)

Tu vas m'attendre

un petit peu plus loin? Hein?


JÉRÉMY

D'accord.


JÉRÉMY s'éloigne.


MADEMOISELLE CHAMBON

Voilà, je vous explique.

En fait, une fois par mois,

je demande à un parent d'élève

de venir parler de son travail

devant la classe

pour voir ce que les enfants

peut-être aimeraient

faire plus tard.

Et ce samedi qui vient, ça

devait être le papa de Thibault,

et en fait, il peut pas.

Donc, je me demandais

si vous pouviez le remplacer

et puis venir parler

de votre travail dans la classe?


JEAN

Bien... Je sais pas.

Je suis pas sûr que

ce soit très intéressant.

C'est du bâtiment.


MADEMOISELLE CHAMBON

Bien non, c'est bien, ça.

Si, il y a plein

de choses à raconter.

Ça peut être très intéressant

pour les enfants.


JEAN

Euh... Oui,

si ça vous rend service.

Je veux bien.


MADEMOISELLE CHAMBON

En fait, ce qu'on fait

avec les enfants,

c'est qu'on prépare

les questions avant.

Comme ça, ça facilite

la conversation

et c'est plus fluide.


JEAN hoche la tête.


JEAN

Oui.


MADEMOISELLE CHAMBON

Ça vous va? C'est possible?

C'est d'accord?


JEAN

D'accord.


MADEMOISELLE CHAMBON

Bon. Je vous remercie.


JEAN

Au revoir.


MADEMOISELLE CHAMBON

Au revoir.


JEAN s'éloigne. Il rejoint JÉRÉMY qui l'attend sur le trottoir, saisit son sac d'école, puis ils se mettent en route.


Samedi, dans sa classe, MADEMOISELLE CHAMBON interroge ses élèves.


MADEMOISELLE CHAMBON

Qui peut me dire

comment s'écrit «maçon»?


Des élèves lèvent la main.


MADEMOISELLE CHAMBON

Maxence.


MAXENCE

M-A-Ç-O-N.


MADEMOISELLE CHAMBON

Très bien. Exactement,

il y a un «Ç».


MADEMOISELLE CHAMBON écrit le mot «maçon» au tableau. Elle souligne le «Ç» puis se tourne vers la classe.


MADEMOISELLE CHAMBON

Voilà. Alors, le père de Jérémy

qui est avec nous est maçon.


JEAN secoue la tête et fait un pas.


MADEMOISELLE CHAMBON

Donc, on lui souhaite

la bienvenue?


ÉLÈVES

Bienvenue.


JEAN

Bonjour.


ÉLÈVES

Bonjour.


MADEMOISELLE CHAMBON

Il est venu pour

nous parler de son métier.

Donc, on va faire comme

d'habitude, on va l'écouter

et après, on posera

des questions. D'accord?


ÉLÈVES

D'accord.


MADEMOISELLE CHAMBON sourit puis se tourne vers JEAN.


MADEMOISELLE CHAMBON

Alors, je vous laisse

la parole.


JEAN ajuste son veston.


JEAN

Bon, alors, comme l'a dit

votre maîtresse,

je suis maçon. Donc,

je construis des maisons.

Ou on rénove des maisons...

des fois.


MADEMOISELLE CHAMBON

En fait, on prend une maison

normale, ni trop grande

ni trop petite,

et quand le maçon arrive

pour construire la maison...

Ça commence par quoi en premier?


JEAN

On commence

par les fondations.

Les fondations,

c'est-à-dire qu'on...


JEAN regarde JÉRÉMY. JÉRÉMY sourit.


JEAN

Jérémy, il le sait,

ça s'appelle une chape.

On coule une chape de ciment

et c'est là-dessus

qu'on va construire la maison,

qu'on va mettre les murs,

puis après les étages.

Mais on a besoin de quelque

chose de solide, un socle

pour que la maison tienne bien.

Sinon, si on construit pas

solidement les bases...

Euh...


ÉLÈVES

Monsieur! Monsieur,

s'il vous plaît!


JEAN

Bon, toi, là-bas. Oui?


ÉLÈVE 1

Euh... Combien de temps ça

prend pour fabriquer une maison?


JEAN

Ah bien, ça dépend.

Ça dépend de la taille

de la maison,

mais c'est généralement entre

un mois et un mois et demi.

Voilà. Pas plus.


ÉLÈVES

Moi! Moi! Moi!


JEAN

Toi.


ÉLÈVE 2

Quand vous avez fini

de construire une maison,

c'est pour la vie?


JEAN

Si quand je construis

une maison, c'est pour la vie?

Euh...

Bien, oui. Enfin,

c'est fait pour...

pour tenir longtemps. C'est fait

pour durer, une maison.

Oui, si on fait bien une maison,

elle dure pour la vie.


Une élève lève la main.


JEAN

Oui?


ÉLÈVE 3

Il faut combien de briques

pour construire une maison?


JEAN

Ah, c'est pas des briques,

c'est des parpaings.

Euh... J'ai jamais

vraiment compté,

mais je dirais

entre 2500 et 3000.


Les élèves poussent des petits cris d'étonnement.


ÉLÈVE 3

Mais si on prend

tout le bâtiment,

toute cette école?


JEAN

Ouh là! Je sais pas,

peut-être 20 000.


ÉLÈVES

Ouh là!


JEAN

Ah oui.


ÉLÈVES

(Levant la main)

Moi, monsieur!


JEAN

Oui, toi, là-bas.


ÉLÈVE 4

Quand est-ce que

vous avez commencé

à fabriquer des maisons?


JEAN

Euh, bien, quand j'avais votre âge,

j'ai suivi mon père

sur un chantier,

parce qu'il était maçon

lui aussi,

et puis, bien, j'ai regardé

et puis petit à petit,

ça m'a intéressé.

Et...

Puis j'ai eu envie de faire

comme lui alors, voilà.

Et après, bien, j'ai appris,

j'ai travaillé

un peu avec lui, même.

Et puis, à un moment, bien, j'ai

construit ma première maison.

Mais il y a

quelques années déjà, hein.


MADEMOISELLE CHAMBON sourit et fixe le vague.


ÉLÈVES

Monsieur, s'il vous plaît.


JEAN

Oui, toi.

Comment tu t'appelles?


THOMAS

Thomas. Qu'est-ce qui vous fait

le plus plaisir dans ce métier?

Ce que vous aimez le plus?


JEAN

Ce que...

Ce qui me plaît

dans le métier de maçon,

c'est qu'en fait,

c'est toujours nouveau.

On arrive dans

un endroit et puis,

on croyait qu'on allait faire

comme ça, et puis en fait,

on peut pas, il faut

faire autrement.

Donc, il faut prendre

des décisions.

Il faut être malin.

Là, par exemple, je suis

en train de travailler

sur un chantier qui est

de l'autre côté de la ville

dans la rue où est la piscine.

Vous voyez où est la piscine?


ÉLÈVES

Oui, bien sûr.


JEAN

Bon, bien voilà.

Alors, là, on rénove une petite

maison, on change l'intérieur

parce que la personne

qui nous l'a demandé,

évidemment, elle veut pas

habiter dans la même maison

que celui qui y habitait avant.

Mais des fois, on arrive,

il y a rien. Il y a quelqu'un

qui vous commande une maison

qu'il faut

construire entièrement.


MADEMOISELLE CHAMBON braque les yeux sur JEAN.


JEAN

Et alors, ça, moi,

c'est quelque chose

que j'aime beaucoup dans mon

métier parce que ça me fait...

ça me fait quelque chose de..

Bien, on arrive, il y a rien,

et puis, on repart,

quelques semaines plus tard

et puis il y a une maison

et il y a des gens

qui vont vivre dedans.

On a un peu participé...

à leur vie, quoi.


ÉLÈVES

Moi! Moi! Moi!


Les élèves se lèvent et rangent leurs effets dans leurs sacs à dos.


MADEMOISELLE CHAMBON

Les enfants, vous prenez

vos manteaux dans le couloir

et vous m'attendez en bas

dans le hall avant

de partir, d'accord?


ÉLÈVES

Oui, madame.


MADEMOISELLE CHAMBON et JEAN se tiennent debout devant le tableau.


MADEMOISELLE CHAMBON

C'était bien.

Ah oui, c'était instructif,

c'était clair.


Les élèves sortent de la classe.


MADEMOISELLE CHAMBON

Les enfants ont appris

plein de choses.


JEAN

Bon, bien, tant mieux. Merci.


MADEMOISELLE CHAMBON

Ça vous a plu?


JEAN

Oui, ça m'a beaucoup plu.

Et eux, ils s'intéressent,

ils posent plein de questions.

Ça m'a plu.


MADEMOISELLE CHAMBON

On travaille ça

en amont avec eux

pour que ce soit plus facile.

Justement, j'en profite,

j'ai une question.


MADEMOISELLE CHAMBON détourne les yeux puis regarde JEAN.


MADEMOISELLE CHAMBON

J'ai une fenêtre

chez moi, dans mon salon,

qui laisse passer de l'air

et je voudrais

la faire réparer, mais...

je m'adresse à qui pour ça?


JEAN

Bien...


JEAN se gratte la tête puis le nez.


JEAN

Enfin, ça dépend s'il faut

la réparer un petit peu

ou s'il faut

changer tout. Euh...

Je peux pas vous dire ça comme

ça. Il faudrait que je voie.


MADEMOISELLE CHAMBON

Non, mais non. Je veux pas

vous embêter avec ça.


JEAN

Ah, mais non,

ça m'embête pas, mais...


MADEMOISELLE CHAMBON

Non, mais...


JEAN

Je peux venir voir.


Plus tard, au volant de sa voiture avec MADEMOISELLE CHAMBON et JÉRÉMY, JEAN se gare. Puis, MADEMOISELLE CHAMBON et JEAN descendent de la voiture.


JEAN

(S'adressant à JÉRÉMY)

Tu m'attends deux minutes? Hein?


JÉRÉMY

D'accord.


MADEMOISELLE CHAMBON ouvre la porte de son appartement, entre avec JEAN et se dirige dans le salon.


MADEMOISELLE CHAMBON

(Pointant la fenêtre)

C'est cette fenêtre-là.


MADEMOISELLE CHAMBON déplace un lutrin qui est devant la fenêtre et tire les rideaux. JEAN examine la fenêtre.


JEAN

Ah oui, mais elle est foutue,

cette fenêtre, là.

Regardez les huisseries, là.

C'est complètement pourri.

C'est tout bouffé.


JEAN cogne sur le cadre de la fenêtre.


MADEMOISELLE CHAMBON

Et ça se répare, ça?


JEAN regarde longuement la fenêtre.


JEAN

Dans cet état,

il vaudrait mieux la changer.


Le soir, dans sa cuisine, JEAN saisit un contenant de plastique. ANNE-MARIE nettoie la table.


ANNE-MARIE

(S'adressant à JÉRÉMY)

Titi, tu te brosses les dents?


JÉRÉMY

Oui, oui, j'y suis.


ANNE-MARIE

Tu sais ce que je me disais?

Ce serait sympa d'inviter

la maîtresse de Jérémy

à manger à la maison un jour.


JEAN

Pour quoi faire?


ANNE-MARIE

Bien, pour la remercier

de te donner du travail

et puis, elle est là

que depuis septembre,

elle connaît peut-être personne.


JEAN

Je change sa fenêtre,

elle me paie, c'est normal.

Je vois pas pourquoi

on l'inviterait à manger.

On la connaît pas.


ANNE-MARIE

Non, c'était comme ça.


De jour, chez elle, MADEMOISELLE CHAMBON prend des macarons dans une boîte d'un commerce et les place dans une assiette. Elle considère l'assiette puis place les macarons de manière à former un bonhomme sourire. Puis, elle mange un macaron. La sonnette se fait entendre.


MADEMOISELLE CHAMBON

(Ouvrant la porte)

Bonjour.


ANNE-MARIE

Bonjour.


MADEMOISELLE CHAMBON:]

Ouh là!


JEAN pousse un soupir d'effort en soulevant une fenêtre neuve.


MADEMOISELLE CHAMBON

Vous voulez que je vous aide?


JEAN

Non, c'est bon.


JEAN pose la fenêtre contre un mur puis retourne chercher la deuxième.


Dans le salon, JEAN déplie une toile devant la fenêtre.


MADEMOISELLE CHAMBON

Je vous ai préparé des gâteaux

si vous avez faim.


JEAN

Merci.


JEAN installe la toile sur le plancher puis se redresse.


JEAN

(Pointant un étui de violon sur un meuble)

Il faudrait protéger ça.


MADEMOISELLE CHAMBON

Oui.


MADEMOISELLE CHAMBON saisit l'instrument et s'éloigne. JEAN lisse la toile sur le plancher puis sort du salon. MADEMOISELLE CHAMBON revient, saisit une lampe et un portrait sur un meuble et les transporte dans une autre pièce. JEAN installe son coffre à outils sur la toile. MADEMOISELLE CHAMBON le rejoint. JEAN ouvre la fenêtre et l'examine.


MADEMOISELLE CHAMBON

Je vais vous laisser.

Je suis à côté.

Si vous avez besoin,

vous me dites.


JEAN

Oui, d'accord.


MADEMOISELLE CHAMBON

Si vous avez soif,

vous vous servez dans le frigo.


JEAN

Merci.


MADEMOISELLE CHAMBON

Je vous laisse, hein.


JEAN

Oui.


MADEMOISELLE CHAMBON s'éloigne. JEAN retire sa chemise.


Dans sa chambre, assise à sa coiffeuse, MADEMOISELLE CHAMBON corrige des travaux de ses élèves. Le vrombissement soudain d'un outil la fait sursauter. Elle regarde en direction du salon. Le vrombissement cesse.


Dans le salon, JEAN enlève les débris sur le cadre de la fenêtre.


Dans sa chambre, MADEMOISELLE CHAMBON agite son crayon en fixant le vague. Elle baisse les yeux vers un cahier puis les relève, incapable de se concentrer.


Dans le salon, JEAN perce des trous dans le cadre de la nouvelle fenêtre. Il positionne la fenêtre et vérifie son angle.


Dans sa chambre, assise sur son lit, MADEMOISELLE CHAMBON tente de lire un roman. Le vrombissement de la perceuse se fait entendre. MADEMOISELLE CHAMBON referme le roman puis sort sur le seuil de sa chambre.


MADEMOISELLE CHAMBON

Ça va? Ça se passe bien?


JEAN se redresse et jette un oeil à son travail. MADEMOISELLE CHAMBON le rejoint.


JEAN

Ça avance.


MADEMOISELLE CHAMBON hoche la tête en silence.


JEAN

(Pointant le haut de la fenêtre)

Là, je vais mettre

des baguettes. Ici et ici.

Voilà.


JEAN applique de l'isolant dans le cadre de la fenêtre.


Plus tard, dans sa chambre, une tasse fumante dans les mains, MADEMOISELLE CHAMBON fixe le vague.


Dans le salon, JEAN prépare un mélange de plâtre. Il ajoute un peu de plâtre et fixe longuement l'auge. Puis, il redresse la tête et regarde en direction de la chambre de MADEMOISELLE CHAMBON.


Dans sa chambre, MADEMOISELLE CHAMBON fixe toujours le vague. Elle regarde en direction du salon puis baisse les yeux vers sa tasse.


Dans le salon, JEAN rive toujours les yeux vers la chambre de MADEMOISELLE CHAMBON, l'air songeur. Puis, il se remet au travail. Il remue son mélange de plâtre et en applique sur une truelle.


Plus tard, JEAN replie la toile en prenant soin de ne pas salir le plancher. Puis, il traverse le salon et s'arrête sur le seuil, à quelques pas de la chambre de MADEMOISELLE CHAMBON.


JEAN

Mademoiselle?


JEAN se tient sur le seuil du salon et fixe la porte de la chambre de MADEMOISELLE CHAMBON qui est entrouverte.


JEAN

Mademoiselle?


JEAN patiente un moment puis marche lentement vers la porte. Dans entrebâillement, il aperçoit MADEMOISELLE CHAMBON étendue dans son lit. Elle dort. JEAN observe son visage un moment puis promène son regard sur son corps.


JEAN retourne dans le salon et observe une photo de MADEMOISELLE CHAMBON qui joue du violon. Il fait un pas vers la bibliothèque et mange un macaron. Sur une étagère, il regarde une autre photo. Il considère le contenu de la bibliothèque puis s'attarde sur une photo montrant une mer houleuse.


Plus tard, assis sur le canapé du salon, JEAN feuillette un livre. Il entend les pas de MADEMOISELLE CHAMBON, range le livre et se lève. MADEMOISELLE CHAMBON le rejoint.


MADEMOISELLE CHAMBON

Excusez-moi,

je me suis endormie.

Il fallait me réveiller.


JEAN

Je viens de finir.


MADEMOISELLE CHAMBON

(Regardant la fenêtre)

Oh! Ha! C'est super! Oh.


MADEMOISELLE CHAMBON marche vers la fenêtre. JEAN lui emboîte le pas et ouvre la fenêtre.


MADEMOISELLE CHAMBON

Oh là là! Oh! C'est incroyable.


MADEMOISELLE CHAMBON empoigne les battants de la fenêtre et les secoue.


JEAN

Là, ça tient bien.


MADEMOISELLE CHAMBON

Oh!


MADEMOISELLE CHAMBON referme les battants et tend l'oreille.


MADEMOISELLE CHAMBON

Vous entendez?

On n'entend plus rien.


MADEMOISELLE CHAMBON et JEAN rient.


Dans la cuisine, MADEMOISELLE CHAMBON prépare du café. JEAN est assis à la table.


JEAN

Ça peut vous paraître

un peu bizarre, mais...

il y a une chose

qui me ferait très plaisir...


MADEMOISELLE CHAMBON dépose un plateau sur la table et verse du café.


JEAN

En fait, j'en ai entendu

une fois à la télévision et...

Je voulais savoir

si vous pouviez

me jouer un air

de votre violon.

Ça se dit, un air?


MADEMOISELLE CHAMBON

Ah, oui, oui, ça se dit.


MADEMOISELLE CHAMBON rit d'un petit rire nerveux et joint ses mains.


MADEMOISELLE CHAMBON

Non, mais je vais être nulle,

vous allez être déçu.


MADEMOISELLE CHAMBON saisit une cuillère et regarde en direction de son violon. JEAN prend un cube de sucre dans le sucrier et le coupe en deux.


JEAN

J'insiste pas alors.


MADEMOISELLE CHAMBON

Non.


MADEMOISELLE CHAMBON rit d'un rire gêné. JEAN remet le morceau de sucre dans le sucrier, se secoue les mains et remue son café.


MADEMOISELLE CHAMBON

C'est quoi le morceau que vous

aviez entendu à la télévision?


JEAN

Oh, je me souviens pas. Euh...


JEAN réfléchit.


JEAN

Je sais que j'avais aimé.

Ça m'avait plu.

Je ne sais plus.


JEAN prend une gorgée de café. MADEMOISELLE CHAMBON agite sa cuillère contre ses doigts.


MADEMOISELLE CHAMBON

Non, mais ça fait

tellement longtemps

que j'ai pas joué

devant des gens.


MADEMOISELLE CHAMBON joue nerveusement avec sa cuillère.


MADEMOISELLE CHAMBON

Non.


JEAN

Vous avez qu'à jouer de dos.

Comme ça, vous serez pas

devant moi.


MADEMOISELLE CHAMBON considère JEAN puis secoue la tête. Elle pousse un petit rire.


MADEMOISELLE CHAMBON

Non.


JEAN

Non?


MADEMOISELLE CHAMBON

(Faisant non de la tête)

Non.


Debout dans le salon, son violon dans les mains, MADEMOISELLE CHAMBON jette un oeil par dessus son épaule. Derrière elle, JEAN s'appuie contre le mur en souriant. MADEMOISELLE CHAMBON se détourne, pose le violon sur son épaule, hésite un moment puis manie son archet. Elle joue «La valse triste» de Franz von Vecsey. JEAN fixe le dos de MADEMOISELLE CHAMBON sans bouger.


Plus tard, au volant de sa voiture, JEAN conduit, l'air songeur.


Chez elle, assise sur le canapé de son salon, MADEMOISELLE CHAMBON fixe le vague.


Attablés sur la terrasse de leur maison, ANNE-MARIE et JÉRÉMY jouent au jeu de cartes Uno. Une porte se referme dans la maison.


JÉRÉMY

Rouge.


ANNE-MARIE

(S'adressant à JEAN)

On est là.


JEAN les rejoint sur la terrasse. ANNE-MARIE joue ses cartes.


JÉRÉMY

Hé, oh! Le quatre. Le quatre.


JEAN s'assoit.


ANNE-MARIE

Ah. Ça va?


JEAN

Oui.


ANNE-MARIE

Je fais que

prendre des cartes.


JÉRÉMY

À toi.


JEAN

C'est qui qui gagne?


JÉRÉMY

Bien, c'est moi.


ANNE-MARIE prend une cuillère de tartinade.


ANNE-MARIE

Ça s'est bien passé?


JEAN

Bien oui.


JÉRÉMY

T'as dit quoi?


ANNE-MARIE

(La bouche pleine de tartinade)

Rouge.


ANNE-MARIE, JÉRÉMY et JEAN rient.


Le minuteur sonne.


ANNE-MARIE

(Courant à l'intérieur)

Gâteau. Tu m'attends? Ah,

il y a ton père qui a appelé.

Il veut que tu l'emmènes

chez Nicoleau.


JEAN

Bien, je le rappellerai.


JÉRÉMY

T'as vu le paquet

de cartes qu'elle a?


JEAN

T'en as moins, toi?


JÉRÉMY

Moi, oui.


Un autre jour, JEAN accompagne son PÈRE chez Nicoleau, une entreprise de pompes funèbres. Une commerciale les reçoit dans son bureau et remplit un formulaire.


COMMERCIALE

Hum-hum...

Voilà.

Alors, envisagez-vous

les soins de conservation?


Le PÈRE DE JEAN se tourne vers son fils.


JEAN

Bien, c'est...

C'est toi qui vois, papa.


PÈRE DE JEAN

On prend...

On prend les soins.


COMMERCIALE

C'est mieux.

On part pour

une exposition de trois jours?


PÈRE DE JEAN

(Hochant la tête)

Hum.


COMMERCIALE

Alors, une

question importante:

envisagez-vous la crémation

ou l'inhumation?


PÈRE DE JEAN

Enterré.


COMMERCIALE

D'accord.


La commerciale note l'information.


COMMERCIALE

Voilà.

Bien. Maintenant, je vous emmène

visiter le salon.


La commerciale se lève, leur ouvre la porte puis les entraîne vers le salon.


Dans le salon, des cercueils sont exposés.


COMMERCIALE

Voilà. Je...

Je vous laisse réfléchir, hein.


La commerciale sort de la pièce. Le PÈRE DE JEAN fait quelques pas et considère l'assortiment de cercueils. Il s'attarde devant l'un d'eux puis se tourne vers JEAN.


PÈRE DE JEAN

C'est pas celui-là qu'on avait

pris pour ta mère?


JEAN rejoint son père.


JEAN

Si.

Mais pas avec ces poignées-là.


Le PÈRE DE JEAN se faufile entre deux cercueils et glisse sa main sur l'un d'eux.


Dans une brasserie, JEAN est assis au bar devant une bière. Une main appuyée sur le comptoir, il tient le pied de son verre de l'autre main et le fait distraitement glisser.


Plus tard, JEAN marche vers sa voiture. Il tient une boîte. Transportant des sacs de courses, MADEMOISELLE CHAMBON arrive et aperçoit JEAN qui monte dans sa voiture.


MADEMOISELLE CHAMBON

Bonjour.


JEAN

Bonjour.


MADEMOISELLE CHAMBON

Ça va?


JEAN

(Sortant de sa voiture)

Bien oui, merci.


MADEMOISELLE CHAMBON

Je vais acheter

la peinture pour la fenêtre.


JEAN

Il faut prendre la glycéro.

C'est ce qui tient le mieux

pour les fenêtres.


MADEMOISELLE CHAMBON hoche la tête en souriant.


MADEMOISELLE CHAMBON

Bien, je retiens.


JEAN regarde au loin puis se tourne vers MADEMOISELLE CHAMBON.


MADEMOISELLE CHAMBON

Bon, bien...

au revoir.


JEAN

Oui, au revoir.


JEAN remonte dans sa voiture. MADEMOISELLE CHAMBON s'éloigne.


Dans une quincaillerie, MADEMOISELLE CHAMBON compare des pots de peinture. JEAN la rejoint.


JEAN

Excusez-moi.

Le morceau que vous m'avez joué

l'autre jour chez vous,

on le trouve en disque?


MADEMOISELLE CHAMBON

Euh, bien oui. Oui, bien sûr.


JEAN

Vous pourriez

me donner son nom?


MADEMOISELLE CHAMBON

Euh, oui.

Je peux même vous en prêter un

puisque j'ai

plusieurs enregistrements...

qui sont bien.


JEAN acquiesce de la tête.


Chez elle, MADEMOISELLE CHAMBON entre avec JEAN. Elle marche dans la cuisine et pose ses sacs sur le comptoir.


MADEMOISELLE CHAMBON

Vous pouvez poser ça là.


JEAN pose un sac sur le comptoir. MADEMOISELLE CHAMBON dépose son sac à main puis regarde JEAN.


MADEMOISELLE CHAMBON

Vous voulez une bière?

Moi, j'en veux bien une,

mais pas toute seule.


JEAN

Bien oui, une bière alors.


MADEMOISELLE CHAMBON saisit deux bières dans le frigo. JEAN jette un oeil au loin en se balançant légèrement sur lui-même.


JEAN

Je vais le faire.


MADEMOISELLE CHAMBON

(Murmurant)

Merci.


JEAN décapsule les bières.


MADEMOISELLE CHAMBON

Un tchin.


MADEMOISELLE CHAMBON

Tchin.


Ils trinquent et prennent une gorgée. JEAN regarde en direction du salon.


JEAN

Ça va, la fenêtre, alors?


MADEMOISELLE CHAMBON

Ah oui, vraiment. Je vais pas

en profiter très longtemps,

mais je suis très contente.


JEAN considère MADEMOISELLE CHAMBON un moment puis baisse la tête.


JEAN

Et chaque fois que

vous changez d'école,

ça dure combien de temps?


MADEMOISELLE CHAMBON

Ça dépend.

C'est pour l'année scolaire,

mais ça peut durer

un peu plus, un peu moins.

Souvent, c'est pour un an.


JEAN s'adosse contre une colonne.


JEAN

Vous êtes toujours

dans la même région?


MADEMOISELLE CHAMBON

Non.

N'importe où en France.


JEAN

Ça doit pas être évident.


MADEMOISELLE CHAMBON

Bien, un des avantages, c'est que

quand une école me plaît pas,

je sais que ça durera pas.


JEAN

Bien oui, mais

si elle vous plaît?


MADEMOISELLE CHAMBON

Si elle me plaît,

je pars aussi.

Je me suis habituée.


Dans le salon, MADEMOISELLE CHAMBON sélectionne des disques compacts dans la bibliothèque.


MADEMOISELLE CHAMBON

(Tendant un disque compact à JEAN)

Oui. Lui, c'est

un très grand violoniste.


Assis sur le canapé, JEAN saisit le disque compact et examine la pochette. MADEMOISELLE CHAMBON s'assoit à côté de lui.


JEAN

Et il joue le morceau

que vous m'avez joué?


MADEMOISELLE CHAMBON

Oui.

C'est la numéro 4.


MADEMOISELLE CHAMBON lui tend un autre disque compact.


MADEMOISELLE CHAMBON

Ça aussi, c'est très bien.


MADEMOISELLE CHAMBON et JEAN échangent un regard puis JEAN prend le disque compact.


MADEMOISELLE CHAMBON

(Pointant un autre disque compact)

Lui aussi, il joue le morceau

que je vous ai joué,

mais c'est violon

et piano ensemble.

En fait, c'est rare

que ce soit que violon.

Mais c'est beau quand

c'est marié ensemble.

D'ailleurs, au violon et piano,

il y a un autre morceau

que j'aime bien. Je vais

vous faire écouter.


Elle tend le disque compact à JEAN et se lève. JEAN la suit des yeux. MADEMOISELLE CHAMBON fait jouer «Remember Time» de Ange Ghinozzi et se rassoit à côté de JEAN. Elle ajuste ses cheveux et regarde JEAN. JEAN tourne les yeux vers elle. MADEMOISELLE CHAMBON détourne le regard. JEAN observe MADEMOISELLE CHAMBON à la dérobée. MADEMOISELLE CHAMBON fixe le plancher. Elle jette un coup d'oeil à JEAN puis détourne de nouveau les yeux. JEAN prend la main de MADEMOISELLE CHAMBON et la pose sur sa joue. Il appuie son front contre le sien. MADEMOISELLE CHAMBON glisse son autre main dans les cheveux de JEAN. Ils restent ainsi un moment, immobiles, puis ils s'embrassent longuement. JEAN caresse le bras de MADEMOISELLE CHAMBON, qui appuie son nez contre la joue de JEAN. Elle ferme les yeux. Ils desserrent leur étreinte, se regardent en souriant puis s'enlacent. La musique cesse. MADEMOISELLE CHAMBON ouvre les yeux, puis ils desserrent leur étreinte. MADEMOISELLE CHAMBON essuient ses larmes et se tourne vers JEAN qui fixe le sol.


JEAN

Je vais y aller.


JEAN reste assis un moment, prend les disques compacts sur la table à café, se lève et sort.


Chez lui, assis à la table de la cuisine, JÉRÉMY fait ses devoirs. ANNE-MARIE prépare le souper.


JÉRÉMY

Après, 2 moins

7, on peut pas...

Donc, met une retenue.

Ça fait 12 moins

7. Ça fait 5.


ANNE-MARIE

(Regardant par la fenêtre)

Tiens, voilà papa.


JEAN entre et les rejoint dans la cuisine.


JÉRÉMY

Après 10 moins

1, ça fait 9.


JEAN

(S'adressant à JÉRÉMY)

Ça va?


JÉRÉMY

Oui, ça va.


JEAN embrasse JÉRÉMY puis ANNE-MARIE.


JEAN

J'ai acheté du pain.


ANNE-MARIE

Hum.


JEAN regarde ANNE-MARIE qui épluche des pommes de terre.


JEAN

Bon, je vais prendre

ma douche.


JEAN sort de la cuisine.


Plus tard, à l'extérieur, le vent souffle. Au volant de sa voiture sur une route de campagne, JEAN s'arrête et fixe le vague.]


Assise sur la terrasse d'un café, MADEMOISELLE CHAMBON prend du soleil.


Plus tard, MADEMOISELLE CHAMBON rentre chez elle. Elle pose sa veste et son sac à main sur le porte-manteau puis aperçoit une enveloppe sur le plancher. Elle ouvre l'enveloppe et lit une note: «Je pense à vous, Jean».


Chez JEAN, le réveil indique 3 heures 10 du matin. Attablé dans la cuisine, JEAN fait distraitement tourner un bol sur la table. ANNE-MARIE le rejoint.


ANNE-MARIE

Qu'est-ce que tu fais là?

J'ai eu peur.


JEAN

J'avais soif.


ANNE-MARIE

Tu viens?


JEAN

Oui. Oui.


JEAN reste assis.


ANNE-MARIE

Ça va?


JEAN

Oui, ça va.


ANNE-MARIE s'approche de JEAN et caresse ses cheveux. JEAN l'enlace et pose sa tête contre son ventre. Ils demeurent ainsi un moment.


ANNE-MARIE

Jean, je suis enceinte.


Le lendemain, dans l'édifice en rénovations, JEAN saisit deux planches de bois et les installe sur un mur. Puis, il mesure l'angle avec un niveau. Son COLLÈGUE se trouve dans une autre pièce.


COLLÈGUE 1

Jean?


JEAN

Oui?


COLLÈGUE 1

Il y a quelqu'un

qui veut te voir.


JEAN

J'arrive.


JEAN dépose son niveau et rejoint son collègue.


JEAN

Où ça?


COLLÈGUE 1

En bas.


En bas, MADEMOISELLE CHAMBON patiente. JEAN descend l'escalier.


JEAN

Bonjour.


MADEMOISELLE CHAMBON

Bonjour.


JEAN marche vers MADEMOISELLE CHAMBON.


MADEMOISELLE CHAMBON

Je vous dérange pas?


JEAN

Non.


MADEMOISELLE CHAMBON

Ça va? Ça avance bien?


JEAN

Euh, on est un peu en retard.

Mais on va rattraper.


MADEMOISELLE CHAMBON

Ça y est, j'ai repeint

la fenêtre. Ça fait bien.

J'aime tellement la couleur

que j'ai repeint

toutes les fenêtres, en fait.

C'est une peinture

qui sent fort quand même.


JEAN

Ah oui.


MADEMOISELLE CHAMBON rive le regard sur JEAN. JEAN baisse la tête et considère ses vêtements de travail.


MADEMOISELLE CHAMBON

Vous avez écouté les disques

que je vous ai prêtés?


JEAN

Non.


MADEMOISELLE CHAMBON

Ah, parce que j'aurais pu

vous en prêter d'autres

si ça avait pu vous intéresser.


JEAN

Oui, mais ça m'intéresse.


MADEMOISELLE CHAMBON

Vous savez, madame Legon,

que je remplace,

elle revient

en septembre, madame Bérard,

elle part en retraite

et la directrice m'a proposé

de reprendre son poste, en fait.


JEAN

Vous allez faire quoi?


MADEMOISELLE CHAMBON

Bien, je sais pas.

Justement, je me disais que j'en

avais assez de bouger et que...

j'aurais bien aimé me poser

et souffler un peu. Mais...


MADEMOISELLE CHAMBON hausse les sourcils en souriant. JEAN fixe le vague.


JEAN

Ma femme,

elle attend un enfant.


MADEMOISELLE CHAMBON regarde longuement JEAN sans bouger. Puis, elle s'humecte les lèvres.


MADEMOISELLE CHAMBON

C'est une bonne nouvelle.


JEAN braque les yeux sur MADEMOISELLE CHAMBON puis fixe le vague.


MADEMOISELLE CHAMBON

Bon, je vais y aller.

Je vais vous laisser travailler.


MADEMOISELLE CHAMBON scrute le regard de JEAN.


MADEMOISELLE CHAMBON

(Chuchotant)

Au revoir.


MADEMOISELLE CHAMBON s'éloigne. JEAN la suit des yeux.


COLLÈGUE 1

Jean!


JEAN remonte lentement l'escalier de l'édifice en rénovations.


Le soir, dans la salle à manger, assis face à JEAN, JÉRÉMY fait un jeu de construction. ANNE-MARIE repasse un pantalon.


ANNE-MARIE

(S'adressant à JEAN)

Tu sais ce que je me disais

pour l'anniversaire de ton père?

C'est qu'un buffet, en fait, ce

serait mieux qu'un repas assis.

Ça changerait.

Tu vois, comme les gens se

croisent pas forcément beaucoup,

bien, je sais pas, ça donnerait

peut-être plus l'occasion

de se parler les uns aux autres.

Hum.

Moi, j'aime bien l'idée.


JEAN

Bien, je sais pas. Assis,

ce serait mieux quand même, non?


ANNE-MARIE

Oui.

Mais assis, tu vois,

avec les enfants,

on va être quand même

une vingtaine, hein.

C'est une sacrée organisation.


JEAN

Moi, ça me paraît pas

incroyable,

si on est bien organisés,

de faire à manger

pour 20 personnes. C'est pas...

Maintenant, si t'as pas

envie qu'on fasse

l'anniversaire de mon père,

tu me le dis.


ANNE-MARIE

Non, j'ai pas dit ça.

J'ai juste dit

que ce serait

plus sympa et plus simple

de faire un buffet,

c'est tout, hein.


JEAN

Sauf qu'à 80 ans,

il est pas obligé

d'avoir envie de manger debout.


ANNE-MARIE

Il s'agit pas

de manger debout.


ANNE-MARIE rit.


ANNE-MARIE

Il y aura des tables

et des chaises.

C'est pas le problème.


JEAN

(Haussant légèrement le ton)

Ah bon? C'est quoi

le problème?

C'est quoi le problème?

Si t'as pas envie de le faire,

cet anniversaire, tu le dis.

Mais tu le dis tout de suite.


ANNE-MARIE cesse de repasser et fixe JEAN.


ANNE-MARIE

Mais ça va. Pourquoi

tu me parles comme ça?

Je t'ai dit que j'avais pas

envie de le faire,

cet anniversaire?

Non, ça me fait super plaisir

de le faire, cet anniversaire.


ANNE-MARIE se remet à repasser.


ANNE-MARIE

J'essaie juste de trouver une

idée plus simple, c'est tout.

Parce que si tes soeurs

habitaient dans le coin...


JEAN

(S'emportant)

Bien, elles sont pas là,

mes frangines! Voilà.

Elles sont pas là,

mes frangines.

Qu'est-ce que tu veux

que je leur dise?

Que je les appelle

et que je leur dise:

«À cause de vous, on peut pas

faire un anniversaire normal»?


ANNE-MARIE regarde JEAN d'un air pétrifié puis baisse les yeux.


JEAN

C'est ça, j'appelle

et j'annule tout.

C'est pas un problème pour moi.


Plus tard, dans l'obscurité, debout devant une fenêtre ouverte, ANNE-MARIE regarde la pluie qui tombe.


Le lendemain, au travail, JEAN manipule une meuleuse. Le deuxième collègue de JEAN tient une pièce de métal.


COLLÈGUE 2

Insiste pas. Tu vas

la casser. Arrête.


JEAN l'ignore.


COLLÈGUE 2

Tu vois bien qu'elle a

pas assez de force.


JEAN l'ignore.


COLLÈGUE 2

Doucement, je te dis.

Doucement.


Le deuxième collègue tend un bras pour prendre la meuleuse.


COLLÈGUE 2

Passe-moi ça.


JEAN repousse son bras.


COLLÈGUE 2

Va doucement!

Tu vas la bousiller.


La meuleuse cesse de fonctionner.


COLLÈGUE 2

Ah, bien, regarde, maintenant.


JEAN tente de faire fonctionner la meuleuse.


COLLÈGUE 2

Et voilà. Je te l'ai dit

qu'elle était pas assez costaude

et que t'allais la bousiller.

Bien voilà, elle est pétée

maintenant. Merde!


Le premier collègue de JEAN arrive avec deux seaux et rejoint JEAN et le deuxième collègue.


COLLÈGUE 1

Fais voir, fais voir,

fais voir. Donne. Donne.


Le premier collègue prend la meuleuse. JEAN s'éloigne.


COLLÈGUE 2

Fais voir quoi?

Il me l'a pétée, ce con.


JEAN entend les propos du deuxième collègue et revient sur ses pas.


JEAN

J'ai pas entendu.

C'est moi le con?


JEAN pousse le premier collègue à l'écart puis se jette sur le deuxième collègue.


COLLÈGUE 1

Arrête! Arrête!


JEAN

C'est moi le con?


COLLÈGUE 1

(Séparant les deux hommes)

C'est bon. Calmez-vous.

Calmez-vous.

Calmez-vous. C'est bon.


JEAN

(Se ruant vers le deuxième collègue)

Ça va, je vais te

la racheter ta meuleuse.


COLLÈGUE 1

C'est bon. Calmez-vous.

(Empoignant JEAN par les épaules)

Allez, allez.

C'est bon. Calmez-vous.


JEAN s'éloigne.


JEAN

C'est bon. C'est bon!


Plus tard, au volant de sa voiture, JEAN épie MADEMOISELLE CHAMBON. Celle-ci longe le trottoir et entre dans son appartement.


À l'intérieur, MADEMOISELLE CHAMBON pose son sac de courses sur le comptoir de la cuisine puis range les choses qu'elle a achetées. Le téléphone sonne. MADEMOISELLE CHAMBON regarde en direction du téléphone et place des bananes dans une assiette. Le répondeur se met en marche.


VOIX DE MADEMOISELLE CHAMBON

(Provenant du répondeur)

Bonjour, vous êtes bien

chez Véronique Chambon.

Vous pouvez me laisser

un message. Merci.


Un bip se fait entendre.


VOIX DE JEAN

(Provenant du répondeur)

C'est Jean.


MADEMOISELLE CHAMBON fige.


VOIX DE JEAN

(Provenant du répondeur)

Allô? C'est Jean.


MADEMOISELLE CHAMBON tourne la tête vers le répondeur.


VOIX DE JEAN

(Provenant du répondeur)

Je suis dans la voiture en bas

et je vous ai vue rentrer.

Je voulais monter

pour m'excuser.


MADEMOISELLE CHAMBON se rend dans le salon et regarde la voiture de JEAN par la fenêtre.


VOIX DE JEAN

(Provenant du répondeur)

Je vous ai fait du mal

et c'est pas ce que je voulais.

J'aimerais bien monter.


MADEMOISELLE CHAMBON réfléchit.


VOIX DE JEAN

(Provenant du répondeur)

Je voudrais juste vous dire ça.


MADEMOISELLE CHAMBON fixe la voiture sans bouger.


VOIX DE JEAN

(Provenant du répondeur)

Bon, bien, au revoir.

C'était Jean.


Des bips de fin de message se font entendre.


MADEMOISELLE CHAMBON reste devant la fenêtre. Un vrombissement de moteur qui s'éloigne se fait entendre. MADEMOISELLE CHAMBON s'éloigne de la fenêtre.


Sur une colline rocheuse, JEAN est assis et regarde au loin. Le vent souffle fortement.


Dans un grand magasin, ANNE-MARIE montre à JEAN une chambre de bébé.


ANNE-MARIE

Qu'est-ce que t'en penses?


JEAN

Non, elle est bien.


ANNE-MARIE

Tu préfères l'autre?


JEAN

Oui, bien l'autre,

elle est bien aussi.


ANNE-MARIE regarde longuement JEAN d'un air las puis s'engage dans l'allée. JEAN la suit en poussant un chariot.


Dans le stationnement, ANNE-MARIE s'assoit du côté passager. Au volant, JEAN démarre le moteur. ANNE-MARIE l'éteint.


ANNE-MARIE

Bon, qu'est-ce

qui se passe, Jean?

Hein? T'es où, là?


JEAN

De quoi, je suis où?


ANNE-MARIE

Oui, t'es où?


JEAN

Je suis là.


ANNE-MARIE

Non, t'es pas là.

Ça fait deux heures qu'on

est ici, t'es pas avec moi.


JEAN baisse le regard.


ANNE-MARIE

Je sais pas, ça t'intéresse,

ce qu'on est en train

de faire, ou pas?


JEAN

Oui, ça m'intéresse.


ANNE-MARIE

Alors, pourquoi

j'ai l'impression que

tu te fous de ma gueule depuis

je sais pas combien de temps?

Tu t'emmerdes, c'est ça?


JEAN

Hum.


JEAN sourit faiblement. ANNE-MARIE scrute son visage.


ANNE-MARIE

Qu'est-ce qu'il y a, Jean?

Qu'est-ce qu'il y a?

Dis-moi. Qu'est-ce qu'il y a?


JEAN

Mais il y a rien.

Il y a rien.

Il y a rien.


ANNE-MARIE le scrute un moment puis s'adosse contre la banquette.


JEAN

Bon, bien, j'y vais.


JEAN démarre la voiture.


Chez elle, MADEMOISELLE CHAMBON est assise dans sa cuisine. Elle fait distraitement glisser ses doigts sur la table et fixe le vague. Le téléphone sonne.


VOIX DE MADEMOISELLE CHAMBON

(Provenant du répondeur)

Bonjour, vous êtes bien

chez Véronique Chambon.

Vous pouvez me laisser

un message. Merci.


Un bip se fait entendre. MADEMOISELLE CHAMBON tourne la tête en direction du téléphone.


VOIX DE LA MÈRE DE MADEMOISELLE CHAMBON

(Provenant du répondeur)

Allô? C'est maman.


MADEMOISELLE CHAMBON détourne les yeux et fixe le vague.


VOIX DE LA MÈRE DE MADEMOISELLE CHAMBON

(Provenant du répondeur)

T'es pas là?

Bon. Écoute,

je t'appelais comme ça.

J'espère que tu vas bien,

que tout se passe bien

dans ta classe.

Euh... Nous aussi, ça va.


MADEMOISELLE CHAMBON soupire profondément et tourne les yeux vers la fenêtre.


VOIX DE LA MÈRE DE MADEMOISELLE CHAMBON

(Provenant du répondeur)

Et surtout, je voulais te dire

qu'on était tous très,

très fiers de ta soeur.

Ça y est, elle a obtenu

son poste de procureure. Enfin!

Alors, voilà. Pour fêter ça,

elle nous a invités

le week-end dernier

chez Latouche

avec Philippe et les petits.

Ton père, évidemment, il a

trouvé que ça avait baissé.

Mais enfin, c'était

pas mal quand même.

Voilà. Bien, j'espère

que tu vas bien

et qu'on aura bientôt

de tes nouvelles

et qu'elles seront bonnes.

Bon, écoute...

Bien, je t'embrasse.

Allez, à bientôt.


Des bips de fin de message se font entendre. MADEMOISELLE CHAMBON reste assise à la table de la cuisine, l'air triste.


Par une journée ensoleillée, ANNE-MARIE et JÉRÉMY jouent au badminton. JEAN est assis dans l'herbe. Il affiche un air absent.


Le soir, attablé seul dans sa cuisine, JEAN mange un bol de soupe et un morceau de pain.


Chez son père, JEAN lave les pieds de ce dernier.


Au travail, JEAN et le premier collègue pellettent du ciment dans un mélangeur à ciment.


Dans sa classe après les cours, assise à son bureau, MADEMOISELLE CHAMBON fixe le vague. Elle appuie sa main contre sa bouche, l'air songeur.


Un autre jour, MADEMOISELLE CHAMBON est assise dans le bureau de la directrice de l'école.


DIRECTRICE

C'est dommage parce que tous

les retours que j'ai sur vous,

des parents ou des collègues,

ce sont que des bonnes choses.

Alors, c'est dommage.


MADEMOISELLE CHAMBON baisse la tête puis regarde la directrice. La directrice pousse un petit rire.


DIRECTRICE

Mais pour vous,

dans votre tête, c'est clair?


MADEMOISELLE CHAMBON

Oui.


DIRECTRICE

Et...

Quand j'ai évoqué cette idée

de remplacer madame Bérard,

vous étiez intéressée?


MADEMOISELLE CHAMBON

Ah oui. Oui, oui.

Mais j'ai réfléchi

et en fait, non.


MADEMOISELLE CHAMBON sourit timidement.


DIRECTRICE

Hum.

Pas une ville

très rigolote, hein?


La directrice rit.


DIRECTRICE

Moi, c'est pareil. Au départ,

j'étais pas très enthousiaste.

Et puis, j'ai rencontré

mon mari, on a eu les enfants

et puis, on a construit

notre petit truc à nous.

Et puis maintenant,

ça va très bien.

Et...

Ça demande juste un petit peu

de temps. C'est sûr.


MADEMOISELLE CHAMBON

Non, mais moi,

c'est pas ça. C'est...


MADEMOISELLE CHAMBON s'interrompt et fixe le vague. Elle regarde la directrice et elles échangent un sourire.


DIRECTRICE

Vous savez où

vous allez aller?


MADEMOISELLE CHAMBON

Je vais d'abord

repasser par chez moi,

en région parisienne,

et puis après, je sais pas.


DIRECTRICE

Hum.

Parce que moi, j'aimerais bien

vous demander quelque chose,

si vous permettez.


MADEMOISELLE CHAMBON hoche la tête.


DIRECTRICE

Euh...

Ce serait de réfléchir

un petit peu encore.

Parce que personnellement,

j'aimerais vraiment

que vous restiez.


MADEMOISELLE CHAMBON

Ça me touche beaucoup, mais...

j'ai bien réfléchi.


Dans l'édifice en rénovations, JEAN pose des briques. Il s'arrête, considère son travail, dépose sa truelle puis met ses mains dans les poches de son pantalon. Il fixe longuement le sol puis jette un oeil par la fenêtre. Il baisse de nouveau la tête et balaie le sol avec ses pieds.


Chez elle, dans son salon, MADEMOISELLE CHAMBON range le contenu de sa bibliothèque dans des boîtes en carton.


Dans sa classe après les cours, MADEMOISELLE CHAMBON retire des dessins accrochés au mur. Elle les empile puis les met dans son cartable. Sur le tableau, un élève a écrit «Au revoir, maitresse» et a dessiné une fleur. MADEMOISELLE CHAMBON referme son cartable en scrutant la classe déserte. Elle saisit sa veste et son sac à main puis sort.


Dans l'immeuble de son appartement, MADEMOISELLE CHAMBON monte lentement l'escalier. JEAN l'attend sur le palier.


MADEMOISELLE CHAMBON

Bonjour.


JEAN

Bonjour.

Je vous ai ramené les disques.

Je sais que vous allez partir.


MADEMOISELLE CHAMBON

Vous les avez écoutés?

Ça vous a plu?


JEAN hoche la tête et sourit légèrement.


JEAN

Bien, j'y connais rien,

mais moi, je trouve

que vous jouez mieux.


MADEMOISELLE CHAMBON

Non, je crois pas,

malheureusement.


JEAN

Si, moi, je trouve.


Ils échangent un regard puis détournent les yeux.


JEAN

Dimanche qui vient, c'est

l'anniversaire de mon père.

On organise un repas

et ça m'aurait fait plaisir

que vous veniez jouer

un petit air de violon.

J'aurais envie qu'il entende

quelque chose de beau.


JEAN braque les yeux sur MADEMOISELLE CHAMBON. MADEMOISELLE CHAMBON fixe le sol un moment.


MADEMOISELLE CHAMBON

Vous croyez que

c'est une bonne idée?


Le dimanche, dans la cuisine de JEAN, CHRISTINE met des quartiers de tomates dans un bol. Une femme se lave les mains. Des cris et des rires d'enfants se font entendre dans la cour. JEAN rejoint ses soeurs dans la cuisine.


JEAN

S'adressant à CHRISTINE

Il y a papa qui veut te voir.


CHRISTINE

J'y vais.


JEAN remplit un pichet d'eau.


JEAN

Elle est où Anne-Marie?


CHRISTINE

Je sais pas. Elle était par là

tout à l'heure,

mais je ne sais plus.


FEMME

Ça, j'emporte?


CHRISTINE

Oui, tu peux prendre.


La femme emporte un bol de salade à l'extérieur. La sonnette se fait entendre.


JEAN

J'y vais. Tiens, tu mettras

les brocs sur la table?


CHRISTINE

Ça marche.


JEAN sort de la cuisine.


Dans la cour, JEAN salue MARC. MADEMOISELLE CHAMBON emboîte le pas de JEAN.


MARC

(S'adressant à MADEMOISELLE CHAMBON)

Bonjour.


MADEMOISELLE CHAMBON

Bonjour.


JEAN

(S'adressant à MADEMOISELLE CHAMBON)

Je vais prendre le violon.

Je peux le mettre là.


JEAN saisit le violon des mains, le place à l'intérieur et rejoint MADEMOISELLE CHAMBON.


JEAN

Vous venez?


MADEMOISELLE CHAMBON suit JEAN à travers la cour.


JEAN

Papa, je te présente

mademoiselle Chambon,

qui est la maîtresse de Jérémy.


MADEMOISELLE CHAMBON

(Tendant la main au père de JEAN)

Bonjour, monsieur.


PÈRE DE JEAN

Bonjour, mademoiselle.


JEAN

Laurence, ma soeur.


LAURENCE et MADEMOISELLE CHAMBON se serrent la main.


MADEMOISELLE CHAMBON

Bonjour.


JEAN

Et Marc, qui est le mari

de mon autre soeur, Christine.


MARC et MADEMOISELLE CHAMBON se serrent la main.


MADEMOISELLE CHAMBON

Bonjour.


MARC

Bonjour.


JEAN

Vous voulez boire quelque

chose? J'ai fait du punch.


MADEMOISELLE CHAMBON

Oui, je veux bien.


JEAN

Papa?


PÈRE DE JEAN

Non, merci,

j'ai ce qu'il faut.


JEAN se dirige vers la table où se trouve le punch.


PÈRE DE JEAN

(S'adressant à MADEMOISELLE CHAMBON)

Asseyez-vous.


MADEMOISELLE CHAMBON et le PÈRE DE JEAN s'assoient.


PÈRE DE JEAN

Alors, Jérémy a bien travaillé

en classe cette année?


MADEMOISELLE CHAMBON

Ah, oui, oui, ça va, Jérémy.

Il a fait une bonne année.


JEAN revient et tend un verre de punch à MADEMOISELLE CHAMBON.


JEAN

Tenez.


MADEMOISELLE CHAMBON

Merci.


JEAN

Je vais mettre le violon

dans la chambre de Jérémy.

(S'adressant à son père)

Elle a une surprise pour toi.


PÈRE DE JEAN

Ah bon? C'est quoi?


JEAN

Bien, je te dis pas,

c'est une surprise.


JEAN regarde au loin.


JEAN

Jérémy!


JÉRÉMY

Oui?


JEAN

Viens dire bonjour.


JÉRÉMY les rejoint.


MADEMOISELLE CHAMBON

Ça va, Jérémy?


JÉRÉMY

Oui.


JÉRÉMY et MADEMOISELLE CHAMBON se font la bise.


JEAN caresse la tête de JÉRÉMY.


JEAN

Elle est où ta mère?


JÉRÉMY

J'en sais rien.


JEAN

Bon, je reviens.


JEAN et JÉRÉMY s'éloignent. MADEMOISELLE CHAMBON se tourne vers le PÈRE DE JEAN et lui sourit.


Un peu plus tard, toute la famille est réunie autour du PÈRE DE JEAN.


JEAN

Mets-le là. Mets-le là.


MARC

(Tendant un sac cadeau à sa fille)

Tiens, ma chérie,

donne-le à papy.


PÈRE DE JEAN

(Prenant le sac cadeau)

Ah!


Le PÈRE DE JEAN rit puis déballe un vêtement. La famille s'exclame et applaudit. Le PÈRE DE JEAN embrasse sa petite-fille.


PÈRE DE JEAN

(S'adressant à sa petite-fille)

Merci, ma belle.


JEAN

Bon, papa, ça, c'est

de la part de tout le monde.


ANNE-MARIE se penche vers le PÈRE DE JEAN et l'embrasse.


ANNE-MARIE

Bon anniversaire.


PÈRE DE JEAN

Ah, merci, Anne-Marie.


ANNE-MARIE tend un cadeau au PÈRE DE JEAN.


ANNE-MARIE

Je crois que ça va te plaire.


JEAN

Tiens, tu veux que

je t'aide à l'ouvrir?


Dans la chambre de JÉRÉMY, MADEMOISELLE CHAMBON sort son violon de son étui. Elle examine l'archet puis pose l'instrument sur son épaule.


Dans la cour, JEAN déballe le cadeau pour son père.


JEAN

T'es prêt?


PÈRE DE JEAN

Oui. Ah...


La famille s'exclame et applaudit.


JEAN

Il y a un mot, il y a un mot,

il y a un mot.

Il y a un petit mot.


INVITÉE

Tu liras le mot.


JEAN embrasse son père.


PÈRE DE JEAN

Merci.


FEMME

Je fais les deux: je prends

des photos et je filme.

Ça fait les deux en même temps.


PETIT-FILS

(S'adressant à son grand-père)

C'est de la part de moi.


PÈRE DE JEAN

(Regardant le dessin de son petit-fils)

Ah!

Que c'est beau!

Merci, mon chéri.


JEAN

(S'adressant à JÉRÉMY)

Allez, donne le tien, toi.


JÉRÉMY

Tiens.


JEAN

Ah!


Le père de JEAN embrasse JÉRÉMY.


JEAN

Merci.


Un deuxième petit-fils tend un dessin à son grand-père.


PÈRE DE JEAN

Ah! Bravo.


Le deuxième petit-fils embrasse son grand-père.


PÈRE DE JEAN

Dis donc, t'as fait

une faute d'orthographe,

mais c'est pas grave.


LAURENCE

Il y a une surprise pour papa.


LAURENCE s'approche de la table avec MADEMOISELLE CHAMBON, qui tient son violon. Se tenant un peu à l'écart, MADEMOISELLE CHAMBON place une mèche de ses cheveux.


MADEMOISELLE CHAMBON

(S'adressant au père de JEAN)

Voilà, Jean m'a demandé

de jouer pour vous aujourd'hui.

Alors, j'ai choisi

un morceau que j'aime beaucoup,

d'un compositeur

qui s'appelle Edward Elgar,

qui est mort

dans les années 30. Et...

j'espère que ça va vous plaire.


MADEMOISELLE CHAMBON pose le violon sur son épaule, glisse ses doigts sur les cordes et s'interrompt. Elle saisit l'instrument avec ses deux mains puis crispe les lèvres, l'air songeur. JEAN la regarde et sourit. MADEMOISELLE CHAMBON pose de nouveau le violon sur épaule et joue «Salut d'amour» de Edward Elgar.


Toute la famille écoute la pièce mélancolique en silence. JEAN fixe le sol puis braque les yeux sur MADEMOISELLE CHAMBON. ANNE-MARIE regarde MADEMOISELLE CHAMBON puis jette un oeil à JEAN. JEAN fixe le vague, l'air troublé. ANNE-MARIE cligne des yeux, le regard songeur. Puis, elle s'humecte les lèvres.


Plus tard, assise du côté passager, MADEMOISELLE CHAMBON se tourne vers JEAN, qui conduit. Ils échangent un regard.


JEAN

Je pourrais vous

montrer quelque chose?


Sur la colline rocheuse, MADEMOISELLE CHAMBON et JEAN contemplent la ville. MADEMOISELLE CHAMBON place des mèches de ses cheveux derrière ses oreilles et se tourne vers JEAN.


MADEMOISELLE CHAMBON

Vous venez souvent ici?


JEAN

Oui. J'aime bien.

On voit loin.


MADEMOISELLE CHAMBON

Tout à l'heure, je vous

regardais avec votre père.

Vous prenez vraiment

soin de lui.


JEAN

On en a qu'un.

Vous faites pas pareil, vous?


MADEMOISELLE CHAMBON

Non. On fait pas ça chez nous.


Les deux fixent l'horizon en silence. Puis, JEAN regarde le sol et plisse le front.


JEAN

Vous partez quand?


MADEMOISELLE CHAMBON

Demain matin.

J'ai mon train à 10 heures.


MADEMOISELLE CHAMBON replace des mèches de ses cheveux.


Plus tard, JEAN reconduit MADEMOISELLE CHAMBON chez elle. Il se gare devant son appartement et éteint le moteur de la voiture. Ils restent un long moment en silence. Une larme roule sur la joue de MADEMOISELLE CHAMBON. Elle essuie la larme, scrute JEAN du regard puis descend de la voiture. Elle marche vers son appartement, déverrouille puis entre à l'intérieur. Fixant le sol, JEAN secoue la tête. Ses yeux sont embués de larmes. JEAN redresse la tête et aperçoit quelqu'un qui marche sur la rue déserte. Puis, il aperçoit MADEMOISELLE CHAMBON sur le trottoir.


Chez MADEMOISELLE CHAMBON, dans le lit, MADEMOISELLE CHAMBON et JEAN font l'amour.


Plus tard, couché sur MADEMOISELLE CHAMBON, JEAN est assoupi. MADEMOISELLE CHAMBON ouvre les yeux et serre JEAN contre elle. Une larme coule sur sa joue. JEAN se redresse et s'aperçoit que MADEMOISELLE CHAMBON pleure. Ils se regardent dans les yeux puis MADEMOISELLE CHAMBON pose sa bouche contre le front de JEAN.


JEAN

Je veux partir avec vous.


JEAN regarde MADEMOISELLE CHAMBON puis pose sa tête contre son épaule. MADEMOISELLE CHAMBON cligne des yeux, l'air songeur.


MADEMOISELLE CHAMBON

Dites pas ça

si vous le faites pas.


Plus tard, devant la porte, JEAN prend le visage de MADEMOISELLE CHAMBON entre ses mains et l'embrasse tendrement. Puis, ils s'étreignent.


JEAN

À demain.


Le soir, chez JEAN, la cour décorée de ballons est plongée dans l'obscurité.


«La valse triste» de Franz von Vecsey se fait entendre.


Le lendemain, MADEMOISELLE CHAMBON sort de chez elle. Un taxi est garé devant son appartement. Elle tend un sac au chauffeur, qui le met dans le coffre, puis les deux montent dans la voiture.


Assis au volant de sa voiture, JEAN fixe le vague, l'air hésitant. Il ferme la portière, démarre et se met en route.


À la gare, un train arrive. MADEMOISELLE CHAMBON attend sur le quai.


JEAN entre dans la gare d'un pas décidé. Il transporte un sac.


Sur le quai, le train s'immobilise.


JEAN s'engage dans un tunnel menant au quai.


Sur le quai, des passagers descendent du train; d'autres y montent. MADEMOISELLE CHAMBON scrute les lieux.


Dans le tunnel, JEAN ralentit le pas.


Sur le quai, il ne reste presque plus personne. MADEMOISELLE CHAMBON scrute toujours les lieux.


Dans le tunnel, JEAN se tient debout devant l'horaire des trains. Il fixe le vague.


Sur le quai, MADEMOISELLE CHAMBON cligne des yeux puis regarde au loin.


Dans le tunnel, JEAN regarde vers le quai. Un coup de sifflet annonçant le départ du train se fait entendre.


Sur le quai, MADEMOISELLE CHAMBON patiente toujours.


Dans le tunnel, JEAN fixe le sol.


Sur le quai désert, MADEMOISELLE CHAMBON fixe le vague. Puis, elle pivote sur elle-même et monte dans le train. Les portes se referment.


Dans le tunnel, on entend le grincement du train qui se met en marche. Le train quitte la gare.


Chez lui, JEAN entre et referme la porte. Il dépose son sac et accroche son manteau. ANNE-MARIE est assise dans la cuisine, un crayon à la main et des feuilles devant elle. JEAN contourne la table et se verse un bol de café. ANNE-MARIE remarque le sac de JEAN sur le plancher. JEAN s'assoit et prend une gorgée sans regarder ANNE-MARIE. ANNE-MARIE lui jette un oeil puis se penche vers ses feuilles.


ANNE-MARIE

Il y a ton père qui a appelé.

Il veut que tu le rappelles.


JEAN

Hum.


ANNE-MARIE

Il n'a rien dit, mais je crois

qu'il était content

pour son anniversaire.


JEAN s'essuie la bouche et fixe la table. Puis, il regarde ANNE-MARIE.


JEAN

Oui. C'était une belle fête.


ANNE-MARIE se penche et écrit. JEAN prend une gorgée de café.


La chanson «Septembre» de Barbara se fait entendre.


VOIX DE BARBARA

♪Jamais la fin d'été

n'avait paru si belle ♪

♪ Les vignes de l'année

auront de beaux raisins ♪

♪ On voit se rassembler

déjà les hirondelles ♪

♪ Mais il faut se quitter ♪

♪ Pourtant l'on s'aimait bien ♪

♪ Quel joli temps

pour se dire au revoir ♪

♪ Quel joli soir

pour jouer ses 20 ans ♪

♪ Sur la fumée des cigarettes ♪

♪ L'amour s'en va

mon coeur s'arrête ♪

♪ Quel joli temps

pour se dire au revoir ♪

♪ Quel joli soir

pour jouer ses 20 ans ♪

♪ Les fleurs portent déjà

les couleurs de septembre ♪

♪ Et l'on entend de loin

s'annoncer les bateaux ♪

♪ Beau temps pour un chagrin

que ce temps couleur d'ambre ♪

♪ Je reste sur le quai

mon amour à bientôt ♪

♪ Quel joli temps

mon amour au revoir ♪

♪ Quel joli temps

pour jouer ces 20 ans ♪

♪ Sur la fumée des cigarettes ♪

♪ L'amour nous reviendra

peut-être ♪

♪ Peut-être un soir

au détour d'un printemps ♪

♪ Ah quel joli temps

le temps de se revoir ♪

♪ Jamais les fleurs de mai

n'auront paru si belles ♪

♪ Les vignes de l'année

auront de beaux raisins ♪

♪ Quand tu me reviendras

avec les hirondelles ♪

♪ Car tu me reviendras

mon amour à demain ♪


Générique de fermeture


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