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Vidéo transcription

Les inséparables

Boris et Sandra se rencontrent et s’aiment tout de suite d’une passion vive. Assez vive pour les aider à combattre le meilleur ennemi de leur amour : la dépendance. Celle de Boris à la drogue, celle de Sandra à Boris. Liés, accrochés l’un à l’autre, reclus mais vivants, ils vont tenter de vivre leur amour en circuit fermé. Ce faisant, chacun découvrira en soi une force et une humanité insoupçonnées.



Réalisateur: Christine Dory
Acteurs: Guillaume Depardieu, Marie Vialle, Servane Ducorps
Année de production: 2008

Accessibilité
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Générique d'ouverture


Dans un bureau, SANDRA fait des photocopies. BORIS, un peu plus loin, l'observe attentivement à son insu. LIERAC, le patron, parlant au téléphone, entre dans le hall de l'immeuble et croise SANDRA.


LIERAC

(Parlant au téléphone)

Oui, OK.

(S'adressant à SANDRA)

Sandra, les termites

de Mademoiselle Leclos.


SANDRA

Oui, je sais.


LIERAC se dirige vers son bureau. Le téléphone sonne. TRISTAN entre à son tour dans l'immeuble. Il est aussitôt interpellé par LIERAC à son bureau.


LIERAC

Euh, Tristan?


TRISTAN

Oui?


LIERAC

Vous me passerez le dossier

de la rue du Commerce,

s'il vous plaît?


BORIS ne détache pas son regard de SANDRA qui vient s'asseoir en face de lui, derrière son bureau.


SANDRA

Bon, voilà. Il me semble

qu'on a fait le tour.

Je vais vous demander

quelques petites signatures.

Ici pour une autorisation

de publicité.

Vous paraphez, vous signez.


BORIS signe à l'endroit indiqué.


SANDRA

Ici pour l'exclusivité.

Vous paraphez.

Et vous signez là.


BORIS signe à un autre endroit.


SANDRA

Vous êtes pressé parce que

vous avez trouvé autre chose?


BORIS

Non, j'ai seulement

besoin d'argent.


SANDRA

Bon.

Parce que sinon, il y a

des crédits-relais.


BORIS

(Chuchotant)

Mais en fait, dans mon cas,

ça ne marche pas du tout.


SANDRA

Non?

Vous avez un projet personnel?


BORIS

Exactement.


SANDRA

Un projet professionnel?


BORIS

Voilà.


SANDRA

Qu'est-ce que vous

faites comme travail?


BORIS sort une carte de sa poche et la tend à SANDRA.


SANDRA

Super dessineur.

C'est pas commun.


Le téléphone de SANDRA sonne. Elle prend l'appel.


SANDRA

Ah! Mademoiselle Leclos.


BORIS reprend sa carte et y inscrit quelque chose pendant que SANDRA parle au téléphone.


SANDRA

Il faut tuer vos termites,

c'est la seule solution.

Eh bien, si vous refusez, vous

vivez avec ou vous déménagez.


BORIS donne rendez-vous à SANDRA à 18 heures en l'inscrivant sur la carte qu'il lui remet ensuite.


SANDRA

(Parlant au téléphone)

Mais si, j'aime

beaucoup les animaux.

Mais...


SANDRA, surprise de l'invitation, cesse d'écouter la conversation, et porte son attention sur BORIS qui quitte le bureau.


SANDRA

Excusez-moi,

vous pouvez me redire?


Ce soir-là, BORIS peint une scène de Noël sur la vitrine d'un restaurant. SANDRA vient le rejoindre.


SANDRA

Bonsoir.


BORIS

(Surpris)

Vous êtes venue?


SANDRA

Bien, oui. Vous m'avez donné

rendez-vous, je suis venue.


BORIS

Vous faites tout

ce qu'on vous dit. C'est...

c'est une histoire de dingue.


SANDRA

Bien, non.


BORIS et SANDRA sont ensuite attablés dans le restaurant. BORIS montre à SANDRA un dessin qu'il a réalisé.


SANDRA

C'est moi, je me reconnais.


Un homme s'approche de BORIS.


HOMME

Excuse-moi, tu pourrais pas

me dépanner, s'il te plaît?


BORIS donne de l'argent à cet homme qui s'en va aussitôt.


HOMME

Merci.


SANDRA

Vous le connaissez?


BORIS

C'est un [mot_etranger=EN]junkie[/mot_etranger] du quartier.

SANDRA

Et vous lui donnez

de l'argent?


BORIS

Je devrais pas?

Vous savez...

moi aussi, je suis toxicomane.

J'ai juste la chance d'avoir

un appartement à mon nom.


SANDRA

Mais c'est horrible.


BORIS

Peut-être.

Mais qu'est-ce

que vous en savez?

Tandis que moi, je sais

plein de trucs sur vous.

Vous avez 26 ans.

Vous vous appelez Sandra.

Vous venez de province.

Et vous aimez les animaux.


SANDRA

J'ai 29 ans,

puis vous savez rien.


BORIS

Non.

Mais j'aimerais beaucoup...

j'aimerais beaucoup

vous connaître.


SANDRA lui sourit.


BORIS

Sandra.

Ça fait un peu pute

comme prénom, non?


SANDRA

Oui. C'est pour ça

que je l'ai choisi.

Pour exciter mes clients.


BORIS

Ah.

Je vois.


SANDRA

Qu'est-ce que

vous prenez comme drogue?


BORIS

Ça vous intéresse vraiment?


SANDRA

Bien, oui.


BORIS

Je prends de la codéine.

Une plate, lourde, plombante

substitution de l'héroïne.

Alors, je vends mon appart et

j'achète ce qu'il faut d'héroïne

pour terminer un travail

sur lequel je bloque.

Ça va comme ça?


SANDRA

Vous vous droguez

pour dessiner?


BORIS soupire.


BORIS

Peindre, dessiner, vivre.

Pour tenir le choc.

Mais faites pas cette tête.

C'est pas pire que de faire

des crédits à la consommation.

Je contrôle

moi-même mes besoins.

Et à la place

d'un organisme de crédit

qui viendrait me dire que

j'ai droit à 30% d'endettement,

j'ai un corps un peu exigeant.


SANDRA

C'est une sorte

d'économie parallèle.


BORIS

Voilà, vous êtes ironique.


SANDRA

Je sais pas comment

être avec vous.

On a envie de vous battre.

Parce qu'en plus,

vous avez l'air

content de vous.

C'est vrai, j'ai envie

de vous battre.


BORIS

C'est gentil, mais...


BORIS est quelque peu distrait par la présence de deux femmes à l'extérieur, derrière SANDRA, dont l'une des deux s'appelle LAURE.


BORIS

Merde. Faut se casser.


SANDRA

Bien, on va où?


BORIS

Où vous voulez.


BORIS se hâte à l'extérieur, SANDRA le suit. En sortant, BORIS tombe face à face avec LAURE.


BORIS

(S'adressant à LAURE)

Excuse-moi, faut que je file.


BORIS embrasse LAURE sur la bouche.


LAURE

Mais tu pars?

Emerson voulait passer

voir tes dessins.


BORIS

Demain. J'appellerai demain,

t'inquiète pas.


BORIS embrasse à nouveau LAURE sur la bouche, puis il s'en va. SANDRA le suit.


Plus tard, BORIS est à la fenêtre de l'appartement de SANDRA et fume une cigarette. SANDRA est assise sur le canapé et caresse un chat. Après avoir fumé sa cigarette, BORIS boit un verre d'eau, puis rejoint SANDRA. Il s'approche d'elle et caresse le chat.


SANDRA

Qu'est-ce que vous faites

comme peinture?

De l'abstrait, du figuratif?


BORIS

Bien, voyons.

Je peins les filles brunes

aux yeux noirs

qui parlent trop fort.


SANDRA

Dans ce cas, ce n'est plus

la peine de vous droguer

maintenant que vous

m'avez trouvée.


BORIS

Vous croyez?


SANDRA

Oui.


BORIS et SANDRA commencent à s'embrasser langoureusement.


Un peu plus tard, SANDRA ouvre la fenêtre et envoie le chat à l'extérieur.


SANDRA

Allez! Aïe. Rentre chez toi.


Le lendemain matin, SANDRA prépare le petit-déjeuner. BORIS sort de la salle de bain, vêtu d'un peignoir.


BORIS

Je suis... content.


SANDRA

Quel bavard.


BORIS

(Indiquant le peignoir)

Le seul problème, c'est ça.


SANDRA

Mon peignoir?


BORIS

Oui.


SANDRA

Il vous plaît pas?


BORIS

Si, mais c'est

un peignoir d'homme.


SANDRA

Ah, vous avez peur

que je sois un homme.


BORIS

J'ai peur qu'il y ait

un homme quelque part.


SANDRA

Où ça? J'en vois pas.


BORIS

Vous êtes vraiment

obligée de partir?


SANDRA

Oui. Mais je vais revenir.


BORIS

Est-ce que je peux rester ici?

Dans votre peignoir,

à vous attendre?


SANDRA

Si vous voulez.


Le téléphone de BORIS sonne. Il se rend dans la chambre et regarde l'écran de son téléphone avant de répondre.


BORIS

(À lui-même)

Mais non, tu me déranges pas.


SANDRA passe par la chambre pour se rendre dans une autre pièce, alors que BORIS prend l'appel. SANDRA saisit des bribes de la conversation téléphonique au passage.


BORIS

Mais non, tu me déranges pas.

Sauf que maintenant,

tout a changé.

J'ai couché avec Sandra

et là, tout de suite,

je me sens vivant.

Le contraire de mort.

C'est fini, Laura.

Je te demande pardon.


SANDRA prend son chat, attentive à la conversation dans la pièce adjacente.


BORIS

Je n'irai pas à ton rendez-vous, là.

C'est ça, raccroche-moi au nez.


À son bureau, SANDRA mange une baguette de pain. LIERAC s'approche derrière elle.


LIERAC

J'aurais pu

vous inviter à déjeuner.


SANDRA

Une autre fois?


LIERAC

Vous aimez

la cuisine japonaise?


SANDRA acquiesce de la tête.


LIERAC

Bien, on ira au Japonais

de la rue Manin.


SANDRA

J'aime pas la rue Manin.

Elle est trop longue.


LIERAC

Vous êtes quand même

contente de travailler ici?


SANDRA

Mais oui, très contente.


Pendant ce temps, dans l'appartement de SANDRA, BORIS boit un café et fume une cigarette en sifflotant.


À la fin de la journée, alors que BORIS est endormi sur le canapé, SANDRA entre chez elle. BORIS se réveille.


SANDRA

Bonsoir.


BORIS

Salut. Je suis resté

comme on avait dit.


SANDRA

Ah, mais je suis contente

que tu sois resté.

Ça m'a donné du courage

de te savoir ici.

Je me suis sentie... plus libre.


BORIS

Moi aussi. Exactement pareil.

Une légèreté incroyable.

D'être là, sobre.

Une liberté volée.

Gratuite.

C'est super, j'ai travaillé

comme un prince.


Plus tard, SANDRA consulte un cahier de dessins de BORIS.


SANDRA

C'est toi.


SANDRA tourne les pages et s'arrête sur un dessin. En avant-plan, des jambes étendues sont dessinées. Le dessin représente la pièce d'un appartement du point de vue de la personne qui y est assise.


SANDRA

T'as dessiné tes pieds.


BORIS

Ça te plaît?


SANDRA

Ah oui, beaucoup.

C'est mon fauteuil.


BORIS prend le cahier des mains de SANDRA et signe le dessin.


BORIS

Pour Sandra.


SANDRA affiche un grand sourire. BORIS l'embrasse sur le front.


Plus tard, le couple fume une cigarette au lit. SANDRA éteint la cigarette. BORIS lui caresse le sein.


Le lendemain, BORIS parle à SANDRA qui jardine.


BORIS

La république de Venise.

L'inquisition.

Les intrigues, la délation.

Casanova se retrouve

à la forteresse.

Il est furieux.

Il veut se venger du salopard

qui l'a balancé.

Et là, c'est la classe absolue.


SANDRA

Et pourquoi il est en prison?


BORIS

Pour rien.

Pendant plusieurs semaines,

il se montre

d'une extrême courtoisie

avec Laurent, son gardien.

Tout en respect.

Tu m'écoutes?


SANDRA

Bien oui.


BORIS

Ça t'intéresse, je continue?


SANDRA

Bien oui.


BORIS

Bon.

Un soir, il lui offre du vin et

naturellement, Laurent s'enivre.

Pendant qu'il cuve,

Casanova s'évade,

retrouve son délateur,

le bat à grands coups de bâton!


Le sifflement d'une cocotte-minute se fait entendre dans la maison.


SANDRA

Attends, attends. Excuse-moi.


SANDRA entre à toute vitesse dans la maison pour arrêter le feu. BORIS poursuit son soliloque.


BORIS

Casanova retourne à la

forteresse avant l'aube.

Le matin, Laurent le trouve

dans son lit normalement.

Épatant, non?


Plus tard, SANDRA coupe des carottes. BORIS tient un bouquin.


BORIS

Écoute ça.

(Lisant un extrait)

«Ce terrible froid

me faisait trembler.

Ce qui me déplaisait

pour la seule raison

que le secrétaire pouvait

croire que je tremblais de peur.

Comme je suis sorti

du cachot incliné,

la révérence

était déjà faite.

Je l'ai regardé sans orgueil

et sans bassesse.

Sans me mouvoir

et sans parler.

Le Sir Cospecto immobile

aussi garda le silence.

Cette scène muette

de part et d'autre dura

deux minutes.»


SANDRA

Tu sais, samedi j'ai invité

des amis à dîner.

Patrick te plaira. Il est très

cultivé, très sensible.

Maya est super.

Tu verras, elle a

de très jolies dents.


Le samedi suivant, SANDRA, BORIS, PATRICK et MAYA sont à table et discutent.


PATRICK

Mais...

Il y a quand même quelque chose

qui me chiffonne.

Comment se fait-il...

alors que les conditions

semblent très favorables...

T'as tout ton temps.

Tu vis avec une cuisinière

merveilleuse

qui t'aime et t'admire.

Comment se fait-il donc

que t'aies tant

de difficulté à travailler?


BORIS

Je ne me l'explique

pas vraiment.


PATRICK

Enfin, j'imagine que t'as

des comptes à rendre.

Comme tout le monde.


BORIS

Beaucoup moins, heureusement.

Et toi, tu es content

de ton travail?


PATRICK

Oui.

Ça rapporte.

Comme j'aime beaucoup l'argent.

Mais, pour en revenir à toi,

je crois que la plupart

des artistes arrivent pas

à vivre de leur art.

Et on dit que les contraintes

favorisent la création.

Peut-être qu'il faudrait que

tu t'inventes des contraintes.


BORIS

Bien, oui. Je pourrais

aller en prison, par exemple.


SANDRA rigole.


PATRICK

Non, non.

Attends, je suis sérieux.

Peut-être que si t'avais

un travail ordinaire...

Enfin bon, je sais pas moi.

Mais t'as déjà essayé?


BORIS

J'ai déchargé des caisses

à Roissy quand j'avais 18 ans.

Ça m'a pas plu, j'ai arrêté.


PATRICK

Impressionnant.


BORIS

Et puis surtout, mes parents

m'achètent mes dessins

depuis que je suis tout petit.

Ce qui fait que j'ai jamais

eu besoin de travailler.


PATRICK

Oui, je comprends bien.

Mais bon, le seul problème,

c'est que...

T'as une petite baisse de

régime, de temps en temps.

Mais c'est pas grave, hein?

Ça arrive à tout le monde.


BORIS

Non, c'est pas très grave.


MAYA

Si on parlait d'autre chose?


PATRICK

Quoi? Je m'intéresse

au travail de Boris.

Ça me semble naturel.

Et puis, c'est très

instructif, hein.


BORIS

Je suis fatigué,

je vais me coucher.

Monsieur, mesdames.


BORIS se lève de table.


SANDRA

Boris?


BORIS

J'ai eu une dure journée.

Je suis crevé.

Bonne nuit, à plus tard.


BORIS quitte la pièce.


PATRICK

Qu'est-ce qui se passe?

Je voulais pas...


MAYA

Non, tu voulais pas,

mais tu as.


Un fracas se fait entendre dans l'autre pièce.


SANDRA

Tu reviens de Chicago,

Patrick. C'était comment?


PATRICK

Eh bien...


BORIS sort de la pièce pour repasser par la salle à manger. Il se rend à la cuisine.


PATRICK

Oui, c'était bien. C'était...


BORIS fouille dans un sac et en sort une boîte de pilules.


PATRICK

Bien, c'était Américain.


BORIS mène tout un boucan dans la cuisine, décachetant des pilules.


MAYA

Il est allé voir

les chutes du Niagara.


SANDRA

Et alors, c'était comment

les chutes du Niagara?


PATRICK

Hum...


MAYA

C'est immense.

Ça l'a bouleversé.

Tu te rends compte, ils...

ils ont mis des barrières

pour empêcher les gens

de se suicider.


BORIS fait couler de l'eau et prend des pilules, ce qui retient l'attention des autres.


PATRICK

Qu'est-ce que tu fais?


BORIS ne se soucie pas de leur présence.


MAYA

On va y aller?


PATRICK

Ahem... Oui.


SANDRA

Mais non, restez.


Cette nuit-là, BORIS fume une cigarette au lit en lisant «Casanova». SANDRA vient le rejoindre.


SANDRA

Pourquoi t'as été grossier?


SANDRA retire ses vêtements.


BORIS

T'es gonflée. Ton pote a

pas cessé de m'agresser.

J'ai été poli aussi longtemps

que possible.


SANDRA

Il s'intéressait à toi.


BORIS

Bien, voyons.


SANDRA

T'aimes pas les gens.


BORIS

Ta gueule. Si t'en as

d'autres des comme ça,

garde-les pour toi.


SANDRA

De toute façon,

j'ai bien senti

que ça te faisait chier

que j'invite des gens.


BORIS

C'est vrai.

Mais tu remarqueras

que je n'ai rien dit.


SANDRA rejoint BORIS au lit.


BORIS

Écoute. Visiblement, tes amis

et moi, ça le fait pas.

C'est pas la fin du monde.


SANDRA

Comment je vais faire?

Ne plus voir mes amis?


BORIS

Si, tu les verras. Sans moi.


SANDRA

Quand je sors, je sais bien

que t'es malheureux.

Alors, je m'ennuie.


BORIS

Bon, écoute. Désormais,

si tu sors, je dirai rien.

Et même, je m'efforcerai

de ne rien ressentir.

Comme ça, tu verras

que tu t'ennuies

parce que c'est ennuyeux

et que je n'y suis pour rien.


SANDRA

Ouais.


Le lendemain, SANDRA entre dans la boutique d'une station-service, où se trouve également un café. Elle se rend dans l'arrière-boutique.


SANDRA

Papa?


Le papa de SANDRA sort de la salle de bain.


PAPA DE SANDRA

J'arrive, j'arrive, j'arrive.

Ah bien, dis donc!

Mais t'as encore grandi.


SANDRA et son père s'embrassent.


PAPA DE SANDRA

Non, je plaisante.

Oh, t'as le nez gelé.

Alors? Ah, mais non,

t'es encore pas mal.

T'as trouvé facilement?


SANDRA

Ça a été.

Qu'est-ce que tu fiches ici?

Tu vends des hameçons?


PAPA DE SANDRA

Oui et des vers de terre.

Parce que, comme le

propriétaire est mort,

et que moi, bien je suis

encore bien vivant,

et puis un grand pécheur devant

l'Éternel, comme tu sais,

eh bien, je le remplace.

Je le remplace.

Je le remplace en attendant.


SANDRA

En attendant qu'il ressuscite?


PAPA DE SANDRA

Non, non. En attendant

que je réalise mon projet. Hé!


SANDRA s'allume une cigarette.


PAPA DE SANDRA

Non, non.

On fume pas ici! T'es folle?


SANDRA et son père discutent au comptoir du café. Son père est derrière celui-ci, essuyant des verres.


SANDRA

C'est quoi, ce projet?


PAPA DE SANDRA

Mon festival de danse.

J'ai trouvé le site,

c'est génial.

Quand tu verras ça.

Ah, c'est énorme.


SANDRA

J'espère que tu fais pas ça

en croyant que je vais

venir danser?


PAPA DE SANDRA

Pourquoi d'autre

est-ce que je le ferais?


SANDRA

Papa, c'est fini.

Je ne danse plus.


PAPA DE SANDRA

Oui, mais quand j'aurai

mon festival de danse,

tu redanseras.


SANDRA

Non. Jamais.

C'est pour ça

que tu m'as fait venir?


PAPA DE SANDRA

Oui. Pas que ça, hein?

J'ai aussi

une surprise, tu verras.


SANDRA et son père sont à présent dehors et discutent en marchant.


PAPA DE SANDRA

Alors, le petit banquier,

t'en veux toujours pas?


SANDRA

Non merci.


PAPA DE SANDRA

C'est vrai qu'il sentait

un peu fort la lavande.

Mais enfin, quand même,

il avait des belles pompes, non?


SANDRA

Ouais.


PAPA DE SANDRA

Bon, alors...


Le père de SANDRA s'arrête près d'une voiture.


PAPA DE SANDRA

T'aurais peut-être

préféré une montre,

mais enfin,

j'en avais pas, alors.

Allez...


Le père de SANDRA lui montre les clés de la voiture.


PAPA DE SANDRA

Elle est belle, non?


SANDRA

Elle est très belle.


PAPA DE SANDRA

Je vais te montrer

quelque chose.


Plus tard, SANDRA et BORIS se baladent en voiture. BORIS lui touche les cuisses en grognant.


SANDRA

(Amusée)

Arrête! Arrête!

Ah! Arrête!


SANDRA perd momentanément le contrôle de la voiture, mais le retrouve aussitôt.


BORIS

Des menaces de mort?


SANDRA

Boris, je t'aime tellement.


BORIS

Moi aussi, je t'aime bien.

T'es sympa.

Et puis, t'es facile

à dessiner. C'est super.


SANDRA

Est-ce que tu

pourrais m'épouser?


BORIS

Bien sûr. Donne ta main.


SANDRA

Bien, non, mais en vrai.


BORIS

C'est en vrai!

Donne ta main en vrai.


BORIS prend la main de SANDRA et l'appuie contre le pare-brise.


BORIS

Penche-toi

un petit peu. Bouge pas.

Là... là.


BORIS sort un feutre de sa poche.


BORIS

Je n'ai qu'à joindre...


BORIS dessine une bague au doigt de SANDRA.


BORIS

Faisons le tour...

Et voilà. Madame Palace.


BORIS et SANDRA arrivent au bord de la mer. SANDRA gare la voiture. Le couple s'enlace face à la mer, puis BORIS fouille dans le coffre.


BORIS

T'as pas vu le sac vert

avec les néos?


SANDRA

Non.


BORIS regarde dans la voiture, puis revient auprès de SANDRA.


BORIS

Comment j'ai pu?


SANDRA

C'est pas grave.

On va aller en acheter.

Le bateau part

dans deux heures.


BORIS entre dans une pharmacie et se présente au comptoir.


BORIS

Bonjour. Je voudrais

cinq boîtes de Néo-codion,

s'il vous plaît.


La pharmacienne s'adresse à son patron, monsieur FAUBERT, dans l'arrière-boutique, puis à BORIS.


PHARMACIENNE

Monsieur Faubert?

(S'adressant à BORIS)

Je peux pas vous vendre

ce produit, monsieur.


BORIS

Et pourquoi?


PHARMACIENNE

C'est pas moi qui décide.


BORIS

C'est en vente libre. Vous

êtes obligée de me le vendre.


PHARMACIENNE

Monsieur Faubert?


MONSIEUR FAUBERT vient parler à BORIS.


MONSIEUR FAUBERT

Monsieur, je suis commerçant.

Je fais ce que je veux

dans ma boutique.

Et je sais très bien pourquoi

vous voulez ce produit. Hein?


BORIS

Non, mais vous savez

que je vais être malade

comme un chien

et hurler de douleur?


MONSIEUR FAUBERT

C'est votre problème.


BORIS

Deux boîtes, s'il vous plaît.


MONSIEUR FAUBERT

Sortez, monsieur.


BORIS

Qu'est-ce que vous me

conseillez de faire?


MONSIEUR FAUBERT

Allez voir

votre vendeur habituel.


BORIS

Mais... je suis pas

du coin alors,

si vous aviez

une adresse.


MONSIEUR FAUBERT

Maintenant, c'est terminé.


MONSIEUR FAUBERT brandit un bâton de baseball et s'impatiente.


MONSIEUR FAUBERT

Vous sortez,

sinon j'appelle les flics!


BORIS

Appelez les flics!


BORIS balance le téléphone en bas du comptoir, puis sort de la pharmacie.


MONSIEUR FAUBERT

Appelez la police!


SANDRA entre à son tour dans une autre pharmacie.


SANDRA

Bonjour. Je voudrais une boîte

de Néo-codion, s'il vous plaît.


PRÉPOSÉE

C'est pourquoi?


SANDRA

La toux.


PRÉPOSÉE

Mais pour une toux sèche

ou une toux grasse?


SANDRA

Sèche.


PRÉPOSÉE

Bien, je vais vous donner

du Vicks, ça devrait

faire l'affaire.


SANDRA

Non, je suis habituée au

Néo-codion, je préfère vraiment.


PRÉPOSÉE

Vous savez, dans le coin,

on vend pas de la codéine

à des gens qu'on connaît pas.

On a des instructions. Je vous

demanderais de pas revenir.


SANDRA quitte la pharmacie et arrête une femme qui passe devant la pharmacie.


SANDRA

Bonjour, madame. Excusez-moi.

Est-ce que vous pourriez

acheter un médicament

pour moi à la pharmacie?


FEMME

Pourquoi on vous

le vend pas à vous?


SANDRA aborde ensuite un homme qui parle au téléphone.


SANDRA

Pardon, monsieur.

Excusez-moi. Vous pourriez

acheter un médicament

pour moi à la pharmacie?


HOMME

Euh... non.


SANDRA aborde une autre femme.


SANDRA

Pardon, madame.

Est-ce que vous pourriez

acheter un médicament...


SANDRA aborde un jeune homme qui est immobile près d'un immeuble.


SANDRA

Vous pouvez acheter

des médicaments pour moi?


JEUNE HOMME

Qu'est-ce que tu veux?


SANDRA

Du Néo-codion en cachets.


JEUNE HOMME

J'ai mieux encore.

Viens, je vais te faire voir

ce que j'ai en magasin.


Le jeune homme entraîne SANDRA en la tenant par le bras.


SANDRA

Qu'est-ce que vous faites?


JEUNE HOMME

Vous voulez quoi, toi et

ton copain? Un jet, deux jets?

Hein? N'aie pas peur.


SANDRA

C'est combien?


JEUNE HOMME

100 euros,

mais c'est pas de la rue.


Pendant ce temps, BORIS attend à la table d'un café. SANDRA vient le rejoindre. Elle lui montre ce qu'elle a réussi à trouver. BORIS prend la pilule et s'en va.


Plus tard, SANDRA et BORIS entrent dans un hôtel.


SANDRA

Il vous reste une chambre?


HÔTELIÈRE

Avec vue sur le port?


SANDRA

Oui.


HÔTELIÈRE

Quel est votre nom,

s'il vous plaît?


SANDRA

Monsieur et Madame Palace.


HÔTELIÈRE

Je vais vous donner la chambre

2 qui est au deuxième étage.

C'est par là.


SANDRA

Merci.


Une fois dans la chambre, SANDRA s'assoit près de la fenêtre. Elle est nue et prend la pose pour BORIS.


SANDRA

Tu sais, je pourrai pas

toujours vivre de t'admirer.

Je peux pas seulement

regarder... tes dessins.

Lire ce que t'écris.

Écouter tes pensées.

Je voudrais construire

quelque chose avec toi.


BORIS

Oui?

Construire quoi?

Tu devrais pas écouter

ces conneries.

C'est de la propagande.

Tu peux bouger si tu veux.

Ça me dérange pas,

au contraire.


SANDRA

Tu vas te remettre

à l'héroïne?


BORIS

Non. J'ai pas du tout envie.


SANDRA se lève et rejoint BORIS.


BORIS

Regarde.


SANDRA

C'est nous?


BORIS

En mieux.


Un autre jour, SANDRA arrive au travail en courant. Elle entre et s'adresse à son patron, LIERAC, dont le bureau est tout près de l'entrée.


SANDRA

Excusez-moi.


LIERAC

Je croyais que vous

étiez malade.


SANDRA

Je suis guérie.


LIERAC

Tant mieux, mais vous en

prenez pas un peu à votre aise?

Je suis désolé d'avoir

à vous le dire.


Le téléphone de SANDRA sonne. Elle prend l'appel.


SANDRA

Allô?

Oui et toi?

J'ai pas voulu te réveiller.

Attends.


SANDRA s'isole de l'autre côté d'une porte, puisque LIERAC semble écouter la conversation.


SANDRA

(À voix basse)

Boris, j'ai trouvé

une dent ce matin,

sur le bord de la baignoire.

Sur le bord de la baignoire.


VOIX DE LIERAC

(Accueillant une cliente)

Je vais la chercher.


SANDRA

Mais...


LIERAC frappe contre la vitre.


SANDRA

J'arrive.

Ça veut dire

que tu envisages qu'un jour,

tu n'auras plus de dents?


LIERAC

Vous avez une cliente.


SANDRA

Je dois raccrocher.


LIERAC

Oui, raccrochez.


SANDRA

Je t'appelle

dès que j'ai fini.


BORIS

Attends. Ce que j'ai à te dire

est très important.

Plus important

que ton client, bordel!

Je voulais te demander

pardon, mon amour.


La conversation prend fin.


BORIS termine un dessin représentant une femme nue, couchée devant une ville. BORIS inscrit «unités de friction» sur son dessin.


BORIS attend SANDRA à la sortie de son travail.


SANDRA

(Surprise)

Toi, ici.


BORIS

Pour te servir.


SANDRA

C'est pas hasard,

ou tu me cherchais?


BORIS

Je me disais, si par hasard,

elle passe, je la trouverai.

J'avais envie de te voir.


SANDRA

T'as quelque chose à me dire?


BORIS

Pas du tout. Et toi?


SANDRA

Moi? Non.


BORIS

Formidable. On va enfin

pouvoir se taire.

J'ai envie d'une bière.


SANDRA

Ah, tu bois

de la bière maintenant?


BORIS

Oui. J'aime bien

les petites bulles.


BORIS et SANDRA sont attablés dans un bar.


BORIS

Tu es vraiment très jolie.


SANDRA

Merci.


BORIS

Tu es même réellement

très lumineuse.


SANDRA

Je suis enceinte.

Ça doit être pour ça.


BORIS

C'est pas possible,

tu prends la pilule.


SANDRA

J'essaie de la prendre, mais

je la prends pas vraiment.


BORIS

Comment ça,

j'essaie de la prendre?

Qu'est-ce que ça veut dire?


SANDRA

Bien, je m'emmêle

les pinceaux.

J'y pense pas toujours,

si tu préfères.


BORIS

Qu'est-ce que c'est

que cette histoire?

Pourquoi tu me l'as pas dit?

Tu veux vraiment avoir un gosse?


SANDRA

Pourquoi pas?


BORIS

Mais pas maintenant.

Moi, je suis pas prêt.


SANDRA

Moi non plus.


BORIS

Pas du tout.


SANDRA

C'est pas une raison.


BORIS

Mais si, c'est une raison!


SANDRA

Bon, écoute, Boris, là, il y a

50 pingouins qui m'attendent

devant une porte à se battre

avec de fausses fiches de paye.

On se retrouve à la maison, puis

on en reparle ce soir, d'accord?


BORIS

Tu plaisantes? Je te suis,

je t'accompagne.

Tu me laisses pas comme ça.


Plus tard, SANDRA fait visiter un appartement à trois clients, pendant que BORIS attend, les bras croisés.


CLIENT

Dites? Ça fait pas

150 mètres carrés.


SANDRA

Si, si.

Ça fait 150 mètres carrés.


CLIENT

Intéressant.


SANDRA s'arrête devant BORIS, avant de poursuivre la visite.


SANDRA

T'as l'air malheureux.

T'es malheureux?


CLIENT

Et les cheminées,

on peut s'en servir au moins?


SANDRA

Non. Ça, on peut pas

les utiliser. Mais par contre,

il y en a dans toutes

les pièces, excepté le miroir.


Une cliente arrive à ce moment.


CLIENTE 1

Je suis une amie de monsieur Lierac.

Quel est le montant des charges?


SANDRA

C'est 600 euros.


CLIENTE 2

Vous êtes amie de

monsieur Lierac? Moi aussi.


BORIS profite du fait que les deux clientes parlent entre elles pour adresser quelques mots à SANDRA.


BORIS

Tu peux pas décider

ça toute seule.


SANDRA

Je peux tout à fait,

mais c'est pas ce

que j'ai l'intention de faire.


SANDRA s'éloigne, mais BORIS la retient par le bras et l'entraîne dans la salle de bain. Il verrouille la porte.


BORIS

Pas maintenant.


SANDRA

Pas maintenant,

ça veut dire plus tard?

Écoute, Boris, moi, je déciderai

jamais d'avoir un enfant.

C'est possible que comme ça.

À l'improviste.

Dans le flou artistique.


BORIS

Flou artistique.

Mais c'est n'importe quoi.

Écoute, je comprends ce que tu

dis. Et maintenant que je suis

au courant, je pourrais

peut-être m'habituer à l'idée.


SANDRA

Tu veux dire qu'on pourrait

plutôt garder le prochain?


BORIS

Je sais pas, oui.


SANDRA

Ou celui d'après, si t'as pas

eu le temps de t'habituer.


BORIS

Qu'est-ce que t'essaies

de me faire dire?

Dis donc. Je pense à un truc.

Comment ça se fait que t'as pas

encore de môme à ton âge

avec ta théorie à la con?


SANDRA

J'ai avorté plusieurs fois.


BORIS

Combien de fois?


SANDRA

Ça te regarde pas.


BORIS

Excuse-moi.

Je croyais naïvement

que c'était plus simple

de prendre la pilule

que d'avorter.


SANDRA

Bien, pas pour moi.


On frappe à la porte.


BORIS

Tu es violente.


SANDRA

J'arrive.

Tandis que toi, pas du tout.


BORIS

Excuse-moi, mais...

comment tu faisais pour décider

que celui-là, non.


SANDRA

C'était toujours imposé.


BORIS

Et là, ce qui s'impose,

c'est que tu veux cet enfant.


SANDRA

Je veux, je veux... Non.

Je veux rien du tout.

C'est pas fait pour être

voulu les enfants.

Même si on se quitte un jour,

jamais je regretterai d'avoir

eu un enfant avec toi.

Toujours, je serai fière.

Même si je ne t'aime plus.


On frappe de nouveau à la porte.


SANDRA et BORIS se regardent longuement sans rien dire.


Une fois de plus, on frappe à la porte. SANDRA ouvre et quitte la salle de bain. Le client aperçoit alors BORIS.


CLIENT

Oh, pardon.


SANDRA

C'est la salle de bain.


Un soir, BORIS est au lit. Il lit le «Nouveau Testament».


BORIS

Si c'est un garçon,

on l'appellera Zorobabel.


SANDRA

D'accord.


BORIS

Si c'est une fille...

On l'appellera Barbie.


SANDRA touche son ventre. Un foetus est dessiné sur sa peau.


SANDRA

D'accord.


SANDRA rejoint BORIS au lit.


Un soir, SANDRA est à l'extérieur d'un restaurant. Elle passe un coup de fil.


SANDRA

Boris? C'est encore moi.

Je suis au restaurant,

on a terminé l'entrée.

Je sais pas quoi faire.

Je suis avec tes parents,

ils parlent

que du mauvais temps.

Je suis fâchée d'avoir à leur

annoncer la nouvelle sans toi.

Rappelle-moi.


SANDRA retourne auprès des parents de BORIS.


Plus tard dans la même soirée, SANDRA, attend l'arrivée de BORIS à l'appartement en regardant par la fenêtre. Elle entend du bruit dans l'escalier et va voir ce qu'il en est. BORIS est raccompagné par un ami, ABEL. Le chandail de BORIS est maculé de sang.


SANDRA

Qu'est-ce qui s'est passé?

Qu'est-ce qui t'est arrivé?


ABEL

C'est rien, il a juste un peu

bu. Il tient pas bien l'alcool.


ABEL laisse BORIS à l'intérieur de l'appartement.


ABEL

OK. Salut, l'artiste! Salut.


SANDRA

Et le manteau, merci.

Excuse-moi.


SANDRA referme la porte. BORIS titube jusqu'à la salle de bain où il fait couler de l'eau. SANDRA se plante à côté de lui.


SANDRA

Je peux savoir

ce qui s'est passé?


BORIS

Je me suis fait attaquer

par une brute.

Où tu étais?


SANDRA

J'étais avec tes parents.

T'as oublié?


BORIS

Oui, j'ai oublié.

J'ai bu...

et je t'ai laissée

toute seule avec ces deux...

(Riant)

Comment ils ont pris

la nouvelle?


SANDRA

Ils se sont étranglés.

Tapés dessus pour faire

sortir les arêtes.

Puis finalement,

ta mère a conclu

que même dans le tiers-monde,

les gens arrivent

à élever leurs enfants.


BORIS

Progrès.

Je suis désolé.


SANDRA

Tu t'es fait attaquer

comme ça, pour rien?

Mais dis quelque chose,

que je comprenne.


BORIS

Je n'ai plus rien

dans les doigts...

Je n'ai plus rien dans la tête.


Le lendemain, SANDRA étend des vêtements à l'extérieur. BORIS vient la rejoindre.


BORIS

Je te remercie d'avoir lavé

mon linge avec le tien.


SANDRA

Qu'est-ce que tu racontes,

je l'ai lavé.


BORIS

Et ça?


BORIS montre son chandail maculé de sang.


SANDRA

Bien, je l'ai pas vu,

puis je suis pas ta bonne.

Je sais pas d'où tu sors ça,

mais moi, j'ai lavé ce

qui était dans le linge sale.


SANDRA prend un morceau de linge qui appartient à BORIS.


SANDRA

Et ça? C'est à moi, peut-être?


BORIS

En tout cas, c'est pas à moi.


SANDRA

Si c'est pas à toi,

c'est à qui?

C'est des trucs de mec,

t'es d'accord?


BORIS

Peut-être.


SANDRA

Pas peut-être! C'est sûr!

Alors, c'est à qui?


BORIS

Bien, justement,

je te le demande!


SANDRA

C'est ça, c'est mon amant

qui a dû l'oublier. D'ailleurs,

regarde dans le placard, je

crois que je l'ai oublié aussi.


BORIS attrape SANDRA par le bras.


SANDRA

Aïe! Mais ça va pas?

Tu me fais mal! Mais t'es taré?

Je suis sûre que c'est à toi.

Tu reconnais même pas

tes fringues

quand elles sont mouillées!

Mais qu'est-ce qui se passe?

Tu dérailles complètement!


BORIS lâche son emprise, puis s'éloigne. Il pointe du doigt SANDRA, qui soupire profondément, avant de s'en aller en poussant un cri de colère.


Plus tard, SANDRA entre dans l'appartement. BORIS enfile un manteau.


SANDRA

Tu pars?

Tu vas où?


BORIS

J'ai besoin d'air.


SANDRA

Qu'est-ce que je fais, moi?

Je fais quoi?

Pauvre con!

Taré! Camé!


BORIS sort de l'appartement.


Plus tard, SANDRA consulte un bottin téléphonique. Elle fait ensuite un appel.


SANDRA

Allô, Laure?

Bonjour, c'est Sandra.

Tu vois qui je suis?


Plus tard, dans un bar, SANDRA rencontre LAURE.


SANDRA

Salut.


LAURE

Salut.


SANDRA

Je te remercie d'avoir

accepté de me voir.


LAURE

Il y a pas de quoi.

Ça m'intéresse.


SANDRA

Une bière, s'il vous plaît.

(S'adressant à LAURE)

T'as des nouvelles?


LAURE

Non.

Mais tu devrais pas t'en faire.

Il va revenir.


SANDRA

Tu crois?

(Recevant sa bière)

Merci.


LAURE

T'es enceinte.

Il est pas complètement

irresponsable.


SANDRA

De toute façon, j'en ai marre.

Il veut rien. Il veut seulement

être là, qu'on soit ensemble

dans le même endroit,

comme si c'était possible.


LAURE

Toi, qu'est-ce

que tu voudrais?


SANDRA

Je sais pas.

Vous faisiez quoi

quand vous étiez ensemble?


LAURE

Rien. Enfin, rien de spécial.

Non. Le plus souvent,

il était gentil.

Sauf quand il arrivait

pas à travailler.

Là, il s'en prenait à moi.

Je trouvais ça injuste.

Mais quand je voyais ses

dessins, son travail...

Là, je n'avais plus aucun doute.

J'avais l'impression

de tout comprendre.

D'être face à la vérité absolue.


SANDRA

Tu voulais rien pour toi?


LAURE

Non.

Non, je pensais avoir

le maximum qu'on peut espérer.

Puis, il a des qualités,

quand même.

Il est sexy, il est tendre.


SANDRA

Il te manque?


LAURE

Non.

Non. Je crois que grâce à lui,

plus rien ne peut me manquer.

C'est déjà pas mal, hein?

Mais tu dois être contente.

C'est bien, non?

D'avoir un enfant avec Boris,

c'est bien.


SANDRA

Je sais pas.

Je sais pas quoi faire.


LAURE

Écoute...

De mon côté,

j'ai un peu réfléchi.

et...

Je pensais que, si tu veux, si

vous voulez bien, Boris et toi,

si vous me le permettez...

... je pourrais peut-être

vous aider à élever l'enfant?

J'ai de l'argent.

J'ai beaucoup d'argent.

J'ai du temps aussi...

Je pourrais être

une sorte de marraine.

Ça paraît complètement dingue.


SANDRA

Même pas.


LAURE

Moi, ça me plairait,

évidemment.


SANDRA

Pourquoi t'as autant d'argent?


LAURE

J'ai hérité. Mes parents.


SANDRA

En fait, t'es seule

comme un chien?


LAURE rigole.


De son côté, BORIS entre dans l'appartement de LAURE. Il retire son manteau et vide le contenu de ses poches sur la table. Il s'agit de sachet de drogue. BORIS fait jouer un air d'opéra sur la table tournante et attache sa ceinture autour de son bras. Plus tard, LAURE le trouve affalé dans le canapé.


LAURE

T'es là, toi?


BORIS

Sandra est une salope.

Elle m'a viré.


LAURE

C'est pas vrai. J'étais avec

elle jusqu'à maintenant.


BORIS

Merde...


BORIS se prend la tête et grogne. LAURE passe dans une autre pièce.


BORIS

Je peux rester?


VOIX DE LAURE

Si tu veux.


Plus tard, BORIS joue du piano, en grimaçant lorsqu'il joue une fausse note. LAURE vient le rejoindre.


LAURE

Qu'est-ce qui t'a pris?


BORIS

Cette petite

orgueilleuse voulait

que l'amour soit plus

fort que la dope.

De toute façon, elle a admis

qu'elle avait tort.


LAURE

Toi, qu'est-ce

que t'auras gagné?


BORIS

Rien.

J'aurai tout perdu.

Je perds toujours tout.


LAURE

Sauf ce que tu perds pas

qui, au contraire,

reste bien accroché.


BORIS

C'est vrai.

Malheureusement.


LAURE

Qu'est-ce que

tu comptes faire?


BORIS

Vendre mon appartement.

Acheter de la poudre.

Reprendre le travail.

Puis après, bien, je sais pas.


LAURE

Tu veux recommencer

dans le sens inverse?


BORIS

D'accord. D'abord, c'est ça.

Moi, je suis

comme tout le monde.

Je préfère être heureux

que malheureux.

En bonne santé...

plutôt que...

malade.

Mais je vois pas du tout...

Qu'est-ce que je fais?

Ouais...

Ouais...


BORIS sonne à la porte de l'immeuble où habitent PATRICK et MAYA.


VOIX DE MAYA

Oui?


BORIS

Oui, c'est Boris.


VOIX DE MAYA

Boris? Je t'ouvre.


BORIS

Non, non, non.

Je veux pas monter.

Il faut absolument

que je voie Sandra.

Elle est là?


Une sonnerie annonce que la porte est déverrouillée. BORIS monte à l'étage jusqu'à la porte de l'appartement.


MAYA

Bonsoir. Entre.


BORIS

Non, non, je veux pas entrer.


MAYA

Mais si, entre.


BORIS

Elle est pas là?


MAYA

Non, elle est

pas là. Descends.

Allez. C'est par là.


PATRICK

Salut, Boris.


BORIS

Salut.

D'accord, j'ai eu tort.

Il faut que je lui parle.

Hier, c'était hier.

Aujourd'hui, c'est aujourd'hui.


PATRICK

Eh oui. Et demain est un autre

jour, on connaît la chanson.


MAYA

Écoute, Boris.

Mets-toi un peu à sa place.

Tu lui fais pas que du bien.


BORIS

Qu'est-ce que t'en sais, toi?

Elle te l'a dit?


MAYA

Non, mais...

on a bien vu.

Elle a changé,

ce n'est plus la même.

Avant, elle était gaie,

drôle et...


BORIS

Bon, elle est où?

De toute façon,

tu me diras pas. C'est ça?

Je me demande bien

ce que je fous là, moi.


MAYA

Elle est chez une amie.


BORIS

Quelle amie?

Elle en a pas tant que ça.


MAYA

Écoute... pour le moment,

elle préfère ne pas te voir.


BORIS

Du coup,

elle est enceinte de moi...


PATRICK

Écoute, Boris,

on fait pas des enfants

n'importe comment, n'importe

quand avec n'importe qui.

Non, mais, Boris.

Tu m'as mal compris, là.


BORIS s'en va et rentre à l'appartement. Il s'installe à table et consulte un carnet qui traîne sur la table.


De son côté, SANDRA s'éveille à l'hôpital. Une amie est avec elle.


AMIE

Ça va mieux?


SANDRA

Pourquoi tu me demandes ça?


AMIE

Tout à l'heure,

t'as fait le cirque.


SANDRA

Ah bon?

Qu'est-ce que j'ai fait?


AMIE

Tu pleurais.

T'appelais ta mère.


SANDRA

D'accord.

T'as pas soif?


AMIE

Si. Mais on peut pas boire

avant d'avoir pété.


SANDRA et son amie rient.


AMIE

Je te jure.

(Se prenant le ventre)

Aïe. Arrête,

parce que ça fait mal.


SANDRA

T'es folle.


La porte de la chambre s'ouvre. BORIS entre.


BORIS

Je suis venu te chercher.


SANDRA

Tu crois que je vais

partir avec toi?

Qu'est-ce que tu proposes?

Paraître ou ne pas être.


BORIS

Je t'aime.


SANDRA

C'est tout?


BORIS

Qu'est-ce que tu veux?


SANDRA soutient le regard de BORIS.


SANDRA

De l'eau.


BORIS verse un verre à SANDRA et le lui donne.


AMIE

Moi aussi, s'il te plaît.


BORIS lui remplit son verre.


AMIE

Merci.


BORIS s'installe à la fenêtre et regarde SANDRA longuement sans rien ajouter.


De retour à l'appartement, SANDRA prend des poses à l'extérieur pour BORIS, vêtue d'un t-shirt et d'une petite culotte.


SANDRA

Ça, c'est grec.


BORIS

Ah non. Ça,

c'est pas grec, ça.


SANDRA

Ça, c'est grec.


BORIS

Non plus.


Puis, c'est au tour de SANDRA d'essayer de dessiner, tandis que BORIS prend la pose.


BORIS

Tu regardes bien et tu mets pas

ta main en travers, c'est tout.


SANDRA

D'accord. Hyper facile.

D'abord les contours

ou l'intérieur?


BORIS

Ha! Les deux en même temps.

C'est difficile, hein?


SANDRA

Mets-toi de profil.

Ah, bien, c'est plus facile.


À un autre moment, SANDRA joue de la flûte, nue, tandis que BORIS la dessine.


BORIS

Lève un peu le coude droit.

Pas trop.

Entre les deux.

Un peu plus. Voilà!


BORIS et SANDRA soupent à la chandelle à l'extérieur, le soir venu. BORIS leur sert du vin et SANDRA et lui lèvent leur verre.


BORIS

À...

À nos amours.


SANDRA cite un texte.


SANDRA

«Faut-il

qu'il m'en souvienne?

La joie venait toujours

après la peine.»

Guillaume Apollinaire.


Un jour, SANDRA marche dans la rue. Son téléphone sonne. Elle prend l'appel.


SANDRA

Oui, c'est moi.

L'hôpital?

Je sais pas... 5, 6h?

D'accord.


SANDRA accuse le choc, puis elle court en direction d'un appartement où elle s'adresse à un couple qui l'attendait.


SANDRA

Monsieur et Madame Bulgare?

Bonjour.

Excusez-moi, je dois

partir tout de suite.

Mon père a eu un accident.

Je vous laisse la clé.

C'est au quatrième gauche,

vous visiterez sans moi.

Vous rendrez les clés

à l'agence?


MADAME BULGARE

Oui, oui. Mais vous avez

peut-être besoin d'aide?


SANDRA

Non, je dois seulement

partir vite. Merci.


SANDRA entre chez elle. Elle parcourt rapidement les pièces, puis passe un appel. Elle se rend ensuite chez ABEL, l'ami de BORIS, puis frappe à sa porte.


VOIX DE ABEL

Oui, j'arrive, j'arrive.

Non, tu restes là, le chat.

Non, le chat! Tu restes là!


SANDRA

Salut.


ABEL

Salut.


SANDRA

Il est là, Boris?


ABEL

Non, il est pas là.

Quoi, tu le cherches?


SANDRA

Oui.


ABEL

Non, il est pas là,

je l'ai pas vu.


SANDRA

OK.


BORIS et LAURE sont chez elle avec un collectionneur qui consulte le cahier de dessins de BORIS.


COLLECTIONNEUR

Hum, hum... Ah oui, oui, oui.

Oui...


BORIS est nerveux. À un moment, il se lève. Le collectionneur fredonne en regardant les dessins, ce qui rend de plus en plus nerveux BORIS qui fait tomber un vase.


BORIS

Excusez-moi.


Le collectionneur lui sourit, puis continue de regarder les dessins.


Quelqu'un sonne à la porte.


LAURE

Excusez-moi.

Je reviens tout de suite.


LAURE ouvre la porte.


SANDRA

Bonjour.


LAURE

Bonjour.


SANDRA

Boris est là?


LAURE

Oui, avec un collectionneur.

Entre, entre.

Je vais le chercher.


LAURE va discuter à voix basse avec BORIS. BORIS va rejoindre SANDRA, tandis que LAURE s'assoit à côté du collectionneur.


LAURE

Alors?


COLLECTIONNEUR

Vraiment,

entre ces trois-là...

j'ai du mal à choisir.


LAURE

Je vous comprends.

Mais vous avez l'oeil.

Je crois que les trois

sont des dessins

que Boris aime beaucoup.


COLLECTIONNEUR

Oui, oui. Oui, oui.


BORIS et SANDRA discutent plus loin.


SANDRA

Tu peux vraiment pas abréger?


BORIS

Comment, si t'as une idée?


SANDRA

Je sais pas, moi.

Tu dis la vérité. Mon père est

mourant, tu dois m'accompagner.

Boris, je t'en prie. J'ai peur.

Pourquoi c'est si urgent?


BORIS

C'est engagé. Ça se termine.

Il faut que je sois là,

sinon, il achètera pas.

Ça va aller. Attends-moi.

Va prendre un verre

à la cuisine.


BORIS embrasse SANDRA, puis retourne au salon.


COLLECTIONNEUR

Il faudrait

que je me décide, hein?

Je sens qu'il faudrait

que je me décide.

Bon...


LAURE remplit le verre du collectionneur, qui n'arrive pas à faire son choix.


COLLECTIONNEUR

Bon, bien, de toute façon,

ma femme va m'engueuler.

Je prends ces deux-là.


BORIS

Prenez les trois.

Je vous en offre un.


COLLECTIONNEUR

Vraiment?


BORIS

Vraiment.


COLLECTIONNEUR

Ah bien, écoutez.

Je suis très touché.

Je vous remercie.


Le collectionneur dépose une liasse de billets sur la table.


LAURE

On y va?


COLLECTIONNEUR

Eh bien!


BORIS ramasse les billets, alors que LAURE raccompagne le collectionneur.


VOIX DE LAURE

C'est vraiment bien

que vous ayez pu venir.

Surtout, n'hésitez pas

à m'appeler

si vous voulez quelque

chose de nouveau.


VOIX DU COLLECTIONNEUR

Bon!


SANDRA, quant à elle, prend un verre dans la cuisine.


VOIX DU COLLECTIONNEUR

Oh, merci.

Boris, je suis ravi

d'avoir enfin pu vous connaître.


Le collectionneur, manteau sur le dos, discute avec BORIS dans le salon.


COLLECTIONNEUR

J'ai déjà acheté deux dessins

de vous chez Emerson.

Des minis, oh, superbes.

Et vous savez...

quand on collectionne et que

les artistes sont abordables,

on aime bien les rencontrer.

Ça nous flatte un peu.

Ça nous brosse

dans le sens du poil.

Allez, merci encore.


BORIS

Je vous accompagne.


BORIS raccompagne le collectionneur. SANDRA rejoint LAURE. Le temps passe et SANDRA continue de boire. LAURE consulte sa montre. Les deux femmes ne se parlent pas. BORIS revient au bout d'un long moment.


BORIS

On peut partir si tu veux.


LAURE

Tu peux conduire?


SANDRA hausse les épaules.


BORIS

Moi, je peux conduire.


SANDRA

T'as pas ton permis.


Plus tard, SANDRA conduit. BORIS dort à côté d'elle. Le téléphone de SANDRA sonne. Elle prend l'appel.


SANDRA

Oui?

D'accord.


SANDRA raccroche, puis range la voiture sur le côté de la route. BORIS se réveille.


BORIS

Tu veux sortir marcher un peu?


SANDRA laisse tomber sa tête sur le volant, actionnant le klaxon en continu.


Plus tard, SANDRA arrive au café de la station-service où travaillait son père. Une femme termine son café, puis quitte au moment où SANDRA entre.


FEMME

Merci.


TANTE DE SANDRA

Tu te demandes qui c'est?

Moi aussi.

Paraît qu'elle chante.

Ton père aimait bien

les artistes.

Bon, bien, c'est pas tout.

Il faut y aller, là, hein?


La tante de SANDRA fait signe à son fils qu'il faut y aller. Ce dernier se lève. Il tient une trompette.


TANTE DE SANDRA

Allez.

(S'adressant à SANDRA)

Viens, toi aussi.


SANDRA

J'arrive.


SANDRA se rend dans l'arrière-boutique. BORIS s'y trouve. Sa manche est relevée et une ceinture entoure son bras. BORIS baisse sa manche et retrouve SANDRA.


SANDRA

Boris, qu'est-ce que tu fous?

Tout le monde t'attend.


BORIS

OK, j'en ai acheté,

c'est vrai, mais c'est fini.

Il n'y en a plus.

J'en avais besoin pour être là.

Bien là, avec toi.

D'accord? C'est fini.


Un air de trompette joué par le cousin de SANDRA se fait entendre.


SANDRA

C'est mon cousin,

il est débile.

Enfin, un crétin.

Allez. Prends tes affaires,

on y va.


À l'extérieur de la station-service, la tante de SANDRA se rue sur son fils qui joue de la trompette.


TANTE DE SANDRA

Eh bien, celui-ci!

Tu te crois où?

Tu comprends pas

que mon frère est mort?


La tante de SANDRA lui donne des coups pour qu'il cesse de jouer, puis elle lui confisque sa trompette.


TANTE DE SANDRA

Ça, je le garde!


BORIS et SANDRA les rejoignent à l'extérieur.


TANTE DE SANDRA

Dis donc...

Sandra, tu...

tu as prévu quelque chose

à lire pour le cimetière?

Parce que ce qu'ils proposent,

les pompes funèbres,

c'est pas terrible.


BORIS

Moi, je vais dire ça:

Ô nuit.

Ô rafraîchissantes ténèbres

crépuscule, comme vous êtes

doux et tendres.

Les lueurs roses qui traînent

encore à l'horizon

comme l'agonie du jour

sous l'oppression

victorieuse de sa nuit.

Les lourdes draperies

qu'une main invisible attire

des profondeurs de l'Orient

imitent tous

les sentiments compliqués

qui luttent

dans le coeur de l'homme

aux heures

solennelles de sa vie.


BORIS fait un câlin à SANDRA.


Plus tard, BORIS rejoint un plongeur qui travaille dans un restaurant. Ils sont seuls en cuisine.


PLONGEUR

Tiens, un revenant,

ça va?

T'es pas venu juste pour m'aider

à faire la vaisselle?

T'as cinq minutes

ou t'es pressé?


BORIS

Pressé.


PLONGEUR

Allez, viens.


BORIS

Mais j'ai pas d'argent.

Je pourrai pas te payer.


PLONGEUR

C'est pas grave,

je te connais depuis longtemps.


SANDRA arrive au travail, où elle est accueillie par son patron, LIERAC.


SANDRA

Bonjour.


LIERAC

Sandra, il faut

que je vous parle.


SANDRA

Ah bon?


LIERAC

Oui. Sandra,

je peux pas vous garder.

Ce n'est plus possible.

Vous êtes en retard tous les

jours, vous oubliez les clés.

Vous passez votre vie

au téléphone à régler

des problèmes personnels.

Vous disparaissez,

vous plantez les clients.

L'agence ne peut plus

assumer votre désinvolture.


SANDRA

Je suis pas

du tout désinvolte.


LIERAC

Bon, je vous ai préparé

votre chèque, voilà.


SANDRA

Mon père est mort.


LIERAC

Je suis désolé. Le mien aussi.

Vous auriez pu téléphoner,

je sais pas.


SANDRA

J'ai téléphoné, j'ai laissé un

message. Il n'y avait personne.


LIERAC

C'est pas comme ça qu'on fait.

On ne pouvait pas vous joindre.

Personne ne savait

quand vous alliez revenir

ni même si vous alliez

revenir. Voilà.

Puis, je vous ai dit,

il y a tout le reste. Non.

Vous devriez faire attention

à vous, à votre vie.

Allez. Sans rancune.


À l'appartement, un soir, BORIS dessine. SANDRA enfile des chaussures et commence à danser, sans que BORIS ne lève les yeux de son dessin.


SANDRA

Tu danses avec moi?


BORIS

Oui. Mais attends

que je finisse ma phrase.


SANDRA s'assoit devant lui et attend, alors qu'il ne lève toujours pas les yeux de sa feuille.


À autre un moment, BORIS rencontre EMERSON à sa galerie d'art.


EMERSON

Boris. Je pensais pas

que vous viendriez.

Que vous voudriez vous planquer.

Mais là, en fait,

vous êtes très en avance.

Voilà le catalogue.


BORIS

Oui, justement, je...


Une femme salue EMERSON.


FEMME

Je suis vraiment ravie

qu'on se soit rencontrés.


EMERSON

Oui.


FEMME

J'y vais. Au revoir.


BORIS

Je suis pas sûr

de pouvoir venir.

Est-ce qu'on peut

se voir un moment?


EMERSON

Oui, allez-y. Vous avez

quelque chose à me montrer?


BORIS

Pas tout à fait. Mais bientôt.

Enfin, si vous m'aidez, parce

que là, j'ai besoin de vous.


EMERSON

Aïe.


BORIS

Aïe?


EMERSON

Je pense pas pouvoir faire

quelque chose de plus.

Enfin, de plus que ce que j'ai

déjà fait jusqu'à maintenant

en contrepartie

de vos promesses.

Les promesses de Boris.


BORIS

Je suis désolé.

J'ai pris du retard.

Mais là, je m'y suis remis,

je travaille comme un fou.

J'ai vraiment besoin d'argent.


EMERSON

Vous avez besoin de combien

pour vivre en ce moment?


BORIS

5000 euros par mois.


EMERSON

Vous avez recommencé

vos conneries?

J'en ai marre.

C'est lassant, répétitif.

Et vous me saoulez.

Vous me donnez juste envie

de changer de boulot.


BORIS

Je comprends, mais là, j'y

suis, je bosse, je suis content.

Mais ça me coûte très cher.

Et au bout du compte,

c'est vous qui allez en profiter

puisque vous allez les vendre.


EMERSON

Et en somme, vous avez besoin

de moi pour payer l'essence.


BORIS

Oui.


EMERSON

Vous vous foutez de ma gueule.

J'adore votre travail.

Quand vous travaillez. Mais ça

m'a déjà coûté assez cher.

Passez à la méthadone.

C'est remboursé à 100%.

Ça vous fera des vacances.

Et à moi aussi.


BORIS

S'il vous plaît, Emerson,

je suis dans la merde.

C'est la dernière fois.


EMERSON

C'est hors de question.


BORIS

Putain!


BORIS s'impatiente et crie.


BORIS

Putain!


EMERSON

Tu te calmes ou tu sors.


BORIS

Je sors.

Je sors d'ici, putain!

Je suis malade, je peux crever!


L'assistant d'EMERSON arrive.


EMERSON

Quel connard.


L'assistant pointe une projection vidéo au mur derrière eux.


ASSISTANT

C'est vraiment bien.


EMERSON

Tu le trouves bien?


ASSISTANT

Ah oui.


EMERSON

Ça vaut la peine.


BORIS et SANDRA discutent chez elle.


SANDRA

Tu dépenses 2000 balles

par jour et tu vends ton appart.

Au fait, tu comptes habiter où?


BORIS

Arrête.


SANDRA

C'est dégueulasse.


BORIS

Qu'est-ce qui est dégueulasse?

J'en ai besoin

en ce moment pour travailler.

J'en ai besoin

pour tenir, avec toi.

Pour affronter

une hostilité terrible.

Tu la sens pas?


SANDRA

Pourquoi tu me l'as pas dit?


BORIS

Je te l'ai

pas caché, non plus.

J'ai essayé quelques fois.

Mais j'avais honte.

Et peur.

Peur que tu le prennes comme ça.

Je suis content

que tu le saches.


SANDRA

J'ai oublié

que t'étais un [mot_etranger=EN]junkie[/mot_etranger].

BORIS

Je t'ai pourtant pas trompée

sur la marchandise.

Tu m'as même aidé à me

«shooter».


SANDRA

Quoi?


BORIS

Oui. Dans la main.


SANDRA

Mais... t'es cinglé ou quoi?

Ça va pas? J'aurais jamais fait

ça. Si j'avais fait...

Si je l'avais fait,

je m'en souviendrais.

Mais c'était pas moi.


BORIS

Si, c'était toi. Mais...

C'est pas la question.


SANDRA

Si, c'est la question!


BORIS

T'as oublié, c'est pas grave.

Ça arrive à tout le monde.


SANDRA

Si, c'est grave! C'est très

grave! Tu m'embrouilles.

C'est ton truc.

Ton truc pour qu'on ne sache

même plus de quoi on parle.

Ni ce qu'on fait là,

ni dans quel monde on vit,

ni en quelle année on est.

Tu me rends dingue.


BORIS

Je suis désolé.

T'as certainement raison.

T'as toujours raison.

Mais tu es une vraie mégère.


SANDRA part en courant et claque la porte.


Le soir, SANDRA revient chez elle. Son appartement est dans un désordre complet. BORIS est couché sur le canapé, une tasse sur lui. SANDRA la ramasse et la dépose sur la table, avant de s'attarder à un dessin de lui et d’elle.


À un autre moment, SANDRA est au lit. BORIS apporte dans la chambre un plateau de bougies allumées. Il le dépose près du lit où il y a déjà des dizaines et des dizaines de bougies allumées.


BORIS

Et voilà...


SANDRA

Tu veux pas arrêter

et venir te coucher?


BORIS

C'est tout ce qui t'intéresse?

Attends. Tu vas voir

comme on va être bien.


SANDRA lui tourne le dos. BORIS saute alors sur le lit et elle pousse un cri de surprise.


SANDRA

Boris, je n'en peux plus,

je suis à bout.

Il faut qu'on arrête.

Il faut qu'on se sépare.


BORIS

Qu'est-ce qui a?

Qu'est-ce qui se passe?


SANDRA

Je suis fatiguée.

Je veux dormir.


BORIS

Il est minuit. Ça va,

il est pas très tard.

Tu peux encore passer minuit,

non? Il faut que tu dormes?

Que tu fasses tes huit heures?

Et t'as raison.

Moi aussi, j'en ai marre.

T'as pas un grain d'imagination!

Tu me fais chier!

Tu veux que je parte?

Je pars. Salut. Amuse-toi bien.


BORIS s'habille.


BORIS

Dors bien.

Surtout, fais de beaux rêves.

Rêve que tu es une grande dame.

Avec un grand mari

jaloux et bricoleur.


SANDRA

Non, mais pas tout

de suite. Demain.


BORIS

Pourquoi?


SANDRA

Parce que j'ai peur, abruti.

J'ai peur pour toi.


BORIS

Alors, qu'est-ce que je fais?


SANDRA

Tu viens te coucher

et demain, tu pars.


BORIS

C'est débile.


SANDRA

Couche-toi. Ferme-la.


Le lendemain, BORIS ramasse ses affaires.


SANDRA

Tu pars?


BORIS

Tu ne peux plus

me supporter, je pars.


SANDRA

Non, mais attends...


SANDRA se met en travers de son chemin.


SANDRA

Non, mais attends...


BORIS

Laisse-moi passer.


SANDRA

Mais non, reste.


BORIS

S'il te plaît.


BORIS sort et referme la porte. Il frappe aussitôt.


BORIS

Ouvre-moi.

Je... J'ai oublié un livre.


BORIS entre dans l'appartement et s'assoit sur le canapé. SANDRA et lui échangent des regards sans rien dire. Au bout d'un moment, BORIS ramasse un livre et se lève. Il sort de l'appartement, refermant la porte.


Quelques instants plus tard, on frappe à la porte. SANDRA va ouvrir. Une factrice tient une lettre.


FACTRICE

Bonjour. Un recommandé pour

Boris Palace, vous le prenez?


SANDRA

Oui. Italia?


FACTRICE

Il va me falloir

une petite signature.


SANDRA

Merci!


SANDRA embrasse la factrice sur la bouche, puis descend l'escalier à toute vitesse. SANDRA court dans la rue et rattrape BORIS.


SANDRA

Boris! Boris! Boris!

T'es invité en Italie! Regarde.

Ils admirent ton travail,

ils te respectent.

Regarde, c'est écrit

«très respectueusement».


BORIS

C'est une formule

de politesse.


SANDRA

C'est pas grave,

il faut y aller.


BORIS

Je suis trop malade.

Je peux pas.

Je dois voir un médecin.


SANDRA

Mais non. D'ici là,

tu te soignes.

Tu te reposes, tu décroches.

Je m'occuperai de toi.

On ira à la méthadone,

ça va marcher.


BORIS

Tu veux que je parte.


SANDRA

Oui. Mais non.


SANDRA prend BORIS par la main et ils se dirigent vers l'appartement.


À un moment, BORIS et SANDRA sont dans le bureau d'un médecin.


BORIS

En fait, ce que je voudrais,

c'est pas décrocher.

Je veux rester protégé.

Mais, de manière vivable.

Je suis dépendant pour vivre,

pas pour mourir.

Je cherche un médecin

qui accepte ça.


MÉDECIN

On va vous aider.

Mais, au début, il faudra

venir tous les jours

parce qu'on ne vous donnera

la méthadone que pour 24h.

En plus, on vous en

donnera pas assez. Ça ira?


BORIS

(Rigolant)

Oui.


MÉDECIN

Et vous, vous êtes

complètement

(mot_etranger=EN]clean[/mot_etranger)

?

SANDRA

Oui.


MÉDECIN

Bon. Vous m'attendez

un instant?


Le médecin sort du bureau.


SANDRA

T'as été très bien.


BORIS

J'ai un peu trop rigolé, non?

Je me sens déjà mieux.


SANDRA

Je t'aime.


BORIS

Je sais pas comment tu fais.


Le soir, BORIS est au lit. Il transpire tellement qu'il doit changer de t-shirt. Une alarme retentit et il prend son médicament. SANDRA branche un téléviseur qui se trouve devant lui.


SANDRA

Tu peux appuyer

sur la télécommande

pour voir si ça marche?


BORIS

S'il te plaît, mon chien?


SANDRA

Appuie, s'il te plaît.


La télévision s'allume. SANDRA referme la porte de la chambre.


SANDRA

C'est bon, ça va?

T'as tout ce qu'il te faut?


BORIS

Sandra!


SANDRA revient dans la chambre et embrasse BORIS sur le front.


Le lendemain, BORIS prépare du thé. Il est avec une femme asiatique, MOMOKO.


BORIS

On va où, déjà?


MOMOKO

À Naples. Vous connaissez?


BORIS

On dit...

On dit voir Naples

et mourir, c'est ça?


MOMOKO

Euh... Je crois

que c'est à Venise.

Voir Venise et mourir.


BORIS

Oh. Asseyez-vous.

Moi, je crois que c'est Naples.

On verra bien.


SANDRA entre dans l'appartement.


SANDRA

Bonjour.


MOMOKO

Bonjour.


SANDRA

Alors, ça y est?

Tout est prêt?


MOMOKO

Oui.

Voilà vos billets

d'avion, Monsieur Palace.

Je pars avant vous, mais je vous

accueillerai à l'aéroport

et quelqu'un vous

conduira à l'hôtel.

Vous serez dans le plus

bel hôtel de Naples

et je pense

que vous serez satisfait.

Voilà.

Si vous avez des questions...


BORIS

Ah, est-ce que vous avez

pensé aux putes?


SANDRA rigole.


MOMOKO

Euh, non.


BORIS

Faudrait penser, Momoko.

Je compte sur vous moi, Momoko.


MOMOKO

Ah...


SANDRA sourit à BORIS.


Plus tard, BORIS se prépare à partir en enfilant un veston. SANDRA, quant à elle, est vêtue de son peignoir. Un coup de klaxon se fait entendre. SANDRA regarde à la fenêtre.


BORIS

Tu peux venir, si tu veux.

Ça me ferait plaisir

que tu viennes.


SANDRA

C'est gentil, mais je crois

que je déjeunerais, plutôt.

Tu m'écriras?


BORIS

Bien sûr.


SANDRA

Allez, disparais.


BORIS embrasse SANDRA et quitte l'appartement. Elle le regarde par la fenêtre monter dans le taxi, puis s'en aller.


À un moment, SANDRA mange un énorme bol de pâtes dans le salon. Elle entend des bruits en provenance de la porte. BORIS entre dans l'appartement.


BORIS

Bien, alors? Bonjour.


SANDRA ne bouge pas et ne parle pas. BORIS s'assoit à côté d'elle.


BORIS

Qu'est-ce qui se passe ici?

Je suis content de te revoir.

Je t'ai ramené...

une spécialité.


BORIS donne à SANDRA une boîte. Elle l'ouvre et découvre des chaussures qu'elle enfile.


BORIS

Ravissant.

Tu sais, j'ai beaucoup

pensé à toi, là-bas.

Je me demandais

ce que tu faisais.

Où tu étais.


Le soir venu, le couple est au lit. BORIS ne dort pas. Il embrasse SANDRA qui ne réagit pas.


Plus tard, elle fume une cigarette à la fenêtre, puis elle s'installe au salon et consulte le cahier de dessins de BORIS. Elle s'attarde à un dessin et en lit le texte.


SANDRA

Extrait de l'identité nationale

et le problème de la tourista

par Boris Palace.


Les dessins suivants représentent tous des portraits d'une femme nue. Sous les premiers dessins, le nom de «Cosima» est inscrit. SANDRA tourne rapidement les pages, puis referme le cahier. Elle se jette sur BORIS et le roue de coups.


BORIS

Ça va pas? Mais t'es cinglée?


SANDRA

J'ai vu tes dessins, ordure!


BORIS

Non, mais qu'est-ce que

tu racontes? Quels dessins?


BORIS essaie de la maîtriser.


SANDRA

Lâche-moi!


SANDRA pousse des cris de colère. SANDRA sort de la chambre. BORIS la rejoint. Elle lance les objets qui sont sur la table dans sa direction.


BORIS

Arrête! Mais t'es malade!


BORIS la prend dans ses bras.


SANDRA

Lâche-moi! Lâche-moi!


SANDRA se défait de l'emprise de BORIS et s'assoit sur le canapé, respirant difficilement. BORIS se rend dans la cuisine et prend une bière dans le frigo. Il la lance à SANDRA qui l'ouvre. La bière lui gicle sur le visage.


BORIS

Qu'est-ce qui te chiffonne?


SANDRA

Tu m'as trompée!


BORIS

Vraiment?


SANDRA

Oui!

N'essaie pas de me mentir!

Menteur! Baiseur!


BORIS

Tu as vu un carnet

avec des femmes à poil

et tu en déduis

que j'ai couché avec?


SANDRA

Tas de merde!


BORIS

Tu sais que je fais même

des dessins érotiques

de temps en temps?

Tu veux que te les montre?


SANDRA

C'est pas des femmes à poil,

c'est une fille,

elle s'appelle Cosima!

Cosima par-ci, par-là! Ah!


BORIS

Arrête, Sandra. Tu fais peur,

on dirait Sue Ellen de

Dallas.


SANDRA

Je vais me venger!


SANDRA hurle.


SANDRA

T'as mangé ton pain blanc.

Maintenant tu vas voir

ce qui t'attend!


SANDRA se rue sur BORIS et attrape un vase derrière lui. Elle le lui fracasse sur la tête.


BORIS

T'es malade!


BORIS repousse SANDRA qui tombe sur le sol. Il se penche sur elle.


Une autre fois, SANDRA est couchée à l'hôpital. BORIS est à côté d'elle, lorsqu'elle s'éveille.


SANDRA

Je veux que tu

me dises la vérité.


BORIS

La vérité, tu la connais.

J'ai couché avec une fille

dans une situation

qui rendait ça possible.

À l'étranger,

quand tu n'étais pas là,

que je me sentais revivre.


SANDRA

C'est pas ce

que je te demande.

La vérité, c'est

l'ensemble des faits

dans l'ordre chronologique.


BORIS

Pas du tout.

Pas du tout. La vérité,

c'est que je t'aime.

Que je suis content

de t'avoir retrouvée.

Triste de t'avoir blessée.

Mais je sais

que tu peux oublier.

Que tu peux faire cet effort.


SANDRA

Je ne peux plus

faire d'effort.

On doit se séparer.


BORIS

C'est ce que tu veux?


SANDRA

C'est pas moi qui veux.


BORIS

Ça peut pas être à cause

de cette connerie.

Non.

Bien sûr que non.

Tu veux que je sois parti

quand tu rentreras.


SANDRA

Non.


Un soir, BORIS et SANDRA font l'amour. Après, BORIS s'assoit dans le lit et allume la lumière.


BORIS

Eh merde...


SANDRA

Pourquoi tu dis ça?


BORIS

Non, je voulais dire...


BORIS s'allume une cigarette.


BORIS

Oh, et puis merde.

Tu sais, ça y est. J'ai trouvé.


SANDRA

Quoi?


BORIS

Un logement.

Il y a une chambre

au-dessus de la galerie.

Emerson me la prête.

En attendant.


SANDRA

En attendant quoi?


BORIS

En attendant... mieux.


SANDRA

Ah.


SANDRA lui tourne le dos.


SANDRA

Tu comptes partir quand d'ici?


BORIS

Demain.


SANDRA

Pourquoi on a fait l'amour?


BORIS

J'ai pas de réponse

à cette question.


SANDRA

Pourtant, on s'aime, non?


BORIS

Ça... l'amour, l'amour.

L'amour.


Texte narratif :
2 ans plus tard


Dans une galerie d'art, SANDRA feuillette un livre de dessins intitulé «Boris Palace: to be or not to be». En apercevant BORIS, elle se lève. SANDRA est enceinte.


BORIS

Tu es venue.


SANDRA

Bien, tu m'as invitée.

Je suis venue.


BORIS

Tu viens? Tu veux voir?


SANDRA

Non. Je préfère pas.

Je crois que si je voyais,

je m'évanouirais.


BORIS

C'est juste toi et moi.

T'es...

T'es vraiment belle.

On en mangerait.


SANDRA

Ça me gêne pas.


BORIS

(Indiquant son ventre)

Il y a quelqu'un là-dedans?


SANDRA

Oui.

Boris, est-ce qu'on se

retrouverait plus tard?


BORIS

Toi et moi?


SANDRA

Oui.

Boris et Sandra.

Maintenant...

retourne voir tes invités.

Moi, je t'attendrai

au Cadran à 10h.

Tu viendras? Je t'attendrai.

Tu viendras?


SANDRA embrasse BORIS sur la joue.


Plus tard, SANDRA est au Cadran, un café brasserie. Elle se lève et quitte l'endroit, seule. Elle hèle un taxi. BORIS, assis sur un banc à l'extérieur, la regarde s'éloigner en fumant une cigarette.


Générique de fermeture

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