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Vidéo transcription

Coup de chaud

Au coeur d’un été caniculaire, dans un petit village à la tranquillité apparente, le quotidien des habitants est perturbé par Josef Bousou. Fils de ferrailleurs, semeur de troubles, il est désigné par les villageois comme étant la source principale de tous leurs maux jusqu’au jour où il est retrouvé sans vie dans la cour de la maison familiale…



Réalisateur: Raphaël Jacoulot
Acteurs: Karim Leklou, Jean-Pierre Darroussin, Carole Franck
Année de production: 2015

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Générique d'ouverture


Texte informatif :
Ce film est inspiré de faits réels et publics. Il s'agit d'une oeuvre de fiction pour laquelle les lieux, les personnages et certains faits ont été largement modifiés par les auteurs.


Un homme, JOSEF BOUSOU, titube sous la pluie en tenant son ventre ensanglanté. Il s'arrête un moment, haletant, et reprend son chemin. Puis, il tombe au milieu d'une rue et reste recroquevillé par terre. Il peine à se relever, mais réussit et titube jusqu'à un portail grillagé. Il pousse le portail et se rend jusqu'à une voiture. Il se recroqueville au sol une seconde fois, haletant.


Un autre jour, dans un cimetière, JOSEF décroche un petit bibelot de chérubin sur la croix d'une sépulture. Il le regarde longuement. Puis, il se lève et le glisse dans sa poche. Il passe de sépulture en sépulture pour se faire un bouquet avec les fleurs qui y sont laissées.


Titre :
Coup de chaud


Dans un atelier, RODOLPHE BLIN finit d'installer un banc de scie alors que sa femme, BÉNÉDICTE BLIN le rejoint avec leur fille, CAMILLE BLIN, dans les bras.


BÉNÉDICTE BLIN

Ça va?


RODOLPHE BLIN

Hum?


BÉNÉDICTE BLIN

Tu t'en sors?


RODOLPHE BLIN

Hum.


BÉNÉDICTE BLIN

Bien, dis donc.

(Regardant tous les outils autour)

On aurait peut-être pas dû

commander tout ça d'un coup.


RODOLPHE BLIN

J'allais pas faire

les choses à moitié.

Tiens, je pense mettre

ton bureau ici.

(Montrant une section de l'atelier)

Qu'est-ce que tu en penses?


BÉNÉDICTE BLIN

(Déposant CAMILLE)

Oui, c'est bien.

Bien, oui.


RODOLPHE BLIN

Tu touches pas, Camille.

Ça coupe, hein.


RODOLPHE revient chercher CAMILLE près d'un outil tranchant et la prend dans ses bras.


CAMILLE BLIN

Je joue.


BÉNÉDICTE BLIN

Bon, allez, on mange.

On mange, on mange.


RODOLPHE BLIN

Chut, chut, chut. Allez.

T'as appelé Henri?


BÉNÉDICTE BLIN

Non, non. Pas encore.


RODOLPHE BLIN

Il faut qu'il puisse

se retourner si t'arrêtes

de travailler.


BÉNÉDICTE BLIN

Oui, mais je préfère

attendre un peu.

Il faut qu'on soit sûrs

d'être salariés tous les deux.


Les trois sortent de l'atelier et arrivent dans la rue devant leur maison.


RODOLPHE BLIN

Tu me remontres ta chambre?


CAMILLE BLIN

(Pointant une fenêtre)

Elle est ici!

Pour combien de dodos?


BÉNÉDICTE BLIN

Tous les soirs

maintenant, Camille.


CAMILLE BLIN

Tous les soirs?


BÉNÉDICTE BLIN

Oui, toujours!


CAMILLE BLIN

Pourquoi?


BÉNÉDICTE BLIN

Parce que!


Les trois entrent dans leur maison.


Dans une ferme de bovins, DANIEL HUOT-MARCHAND, un vétérinaire, et DIANE, une fermière, attachent une vache.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Tiens.

T'énerve pas, là.

Voilà, par là.

Tout va bien.

Allez.


DANIEL fait une injection dans le flanc de la vache. La vache bouge un peu.


DIANE

C'est rien, c'est rien.

C'est rien.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Voilà.


DANIEL s'approche d'un veau naissant couché au centre de l'étable.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Bon et toi, mon beau?


PAUL, un fermier, saute par dessus un muret et rejoint DANIEL.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Oh, il est en pleine forme.

Ça va, Paul? Pas trop fatigué?


PAUL

Ça va, ça va.

T'as vu le poids qu'il fait?


DIANE

On a cru qu'on n'y arriverait

pas là, hein?


DANIEL HUOT-MARCHAND

Vous avez fait au mieux.

Si tout le monde s'occupait

aussi bien de ses bêtes.

(S'adressant à DIANE)

Tu viens?


DANIEL et DIANE sortent de l'étable, laissant PAUL assécher le veau avec de la paille.


Dans la cour, DIANE raccompagne DANIEL à sa voiture.


DIANE

Je peux te payer

dans 15 jours?

Ça t'embête pas d'attendre?


DANIEL HUOT-MARCHAND

Mais non.


DIANE

Faut que je te parle

de Boibessot.


DANIEL HUOT-MARCHAND

(Nettoyant sa seringue)

Qu'est-ce qui se passe?


DIANE

Il déplace les piquets

entre nos champs

pour agrandir sa parcelle.

Tous les jours, je les remets

en place et quand je reviens,

il les a bougés.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Tu lui as parlé?


DIANE

Non, il en a rien a foutre

de parler. Ce qu'il veut,

c'est mes terres.

Il a déjà les trois quarts de

la commune et ça lui suffit pas.


DANIEL HUOT-MARCHAND

J'irai le voir.


DIANE

Merci.

Puis je t'ai pas dit…

Josef a encore fait

des siennes.

Il est passé au milieu

de mes vaches avec sa voiture.

Il se rend pas compte.

Il pourrait en blesser une.

T'as vu la vitesse où il roule?


DANIEL HUOT-MARCHAND

Je sais, je lui ai

dit 100 fois.


DIANE

J'ai une boîte de goupilles

qui a disparu.

J'ai dû en racheter.

Franchement, j'ai pas

que ça à foutre.


DANIEL HUOT-MARCHAND

J'irai voir sa mère.

Allez. Salut.


DIANE

Salut.


DANIEL ferme la porte de son coffre de voiture.


Dans un jardin, DANIEL mange à une petite table sous un parasol. JOSEF BOUSOU arrive au portail avec une boîte à chaussures.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Ah, Josef!

Qu'est-ce qu'il y a?


DANIEL rejoint JOSEF au portail.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Qu'est-ce que t'as

dans cette boîte?


JOSEF BOUSOU

Tu peux t'en occuper?


DANIEL HUOT-MARCHAND

Qu'est-ce que c'est?


JOSEF BOUSOU

Si tu t'en occupes,

je rentre ton bois.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Je mange, Josef.


JOSEF BOUSOU

Pourquoi tu manges tout seul?

Ma mère a dit que tu peux

manger avec nous.

Ça nous fera plaisir.


DANIEL soupire.


Dans la clinique vétérinaire de DANIEL, JOSEF dépose un hérisson sur la table d'examen.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Ça fait combien de temps

que tu l'as chez toi?


JOSEF BOUSOU

Je sais pas… trois semaines.


DANIEL prend le hérisson dans ses mains gantées.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Qu'est-ce que

tu lui donnes à manger?


JOSEF BOUSOU

Des vers et

des petits escargots.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Et à boire?


JOSEF BOUSOU

Du lait.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Faut jamais donner

de lait à un hérisson.

C'est du poison pour eux.

C'est pour ça

qu'il est comme ça.


JOSEF BOUSOU

Mais s'il a soif?


DANIEL HUOT-MARCHAND

De l'eau. De toute façon,

ils boivent pas grand-chose.

Je vais te préparer quelque

chose que tu pourras lui donner.

(Enlevant ses gants)

Et tu devrais

le remettre en liberté.

C'est un animal sauvage.

Tu peux pas le garder.


JOSEF prend le hérisson dans ses mains et le regarde attentivement. Puis, il le remet dans la boîte à chaussures. JOSEF aperçoit une radiographie.


JOSEF BOUSOU

C'est à qui, ça?


DANIEL HUOT-MARCHAND

C'est la colonne vertébrale

d'un chien.


JOSEF ouvre les tiroirs d'une commode.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Tu fouilles pas dans

mes tiroirs, s'il te plaît.


JOSEF BOUSOU

(Montrant un outil)

C'est quoi, ça?


DANIEL HUOT-MARCHAND

C'est un couteau de sabot.


JOSEF BOUSOU

Je peux le prendre?


DANIEL HUOT-MARCHAND

Non, tu peux pas le prendre.


JOSEF BOUSOU

(Glissant le couteau dans sa poche)

Oui, je peux le prendre…


DANIEL HUOT-MARCHAND

Repose-le, je t'ai dit.

Joue pas à ça avec moi.

Allez, repose-le.


JOSEF repose le couteau dans le tiroir.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Il faut que t'arrêtes, Josef.

Les gens se plaignent.

Tu continues à écouter

ta musique à fond.

Et c'est quoi,

cette histoire avec Diane?


JOSEF BOUSOU

Quoi?


DANIEL HUOT-MARCHAND

Qu'est-ce que t'as été faire

dans ses vaches?


JOSEF BOUSOU

Mais, je suis pas allé

dans ses vaches, moi.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Ah bon? Tu vois

qui ça peut être, alors?


JOSEF BOUSOU

Non. Si tu veux,

je me renseigne.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Tu fatigues tout le monde

avec tes conneries.


JOSEF reprend sa boîte de chaussures avec le hérisson.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Je te surveille, hein.


JOSEF BOUSOU

Je sais.


Plus tard, chez les BOUSOU, une petite fête familiale a lieu. La famille s'affaire à mettre la table dans le jardin. JOSEF joue au ballon avec un garçon.


ISABELLE

Ça suffit!


JOSIANE BOUSOU

Alors, Josef?


JOSEF BOUSOU

(Remettant des brochettes à SONIA)

Ça, c'est pour les petits.


JOSIANE BOUSOU

Josef?


JOSEF BOUSOU

Quoi?


JOSIANE BOUSOU

C'est toi qui as pris

le couteau de monsieur le maire?


JOSEF BOUSOU

C'est pas moi, je t'ai dit.

Fais-le.


JOSIANE BOUSOU

Écoute. Tu vas aller

rendre son outil à Daniel

et tu t'excuseras, surtout.

De toute façon, il faut que

t'ailles à la mairie

pour ta pension.


JOSEF mange des croustilles et écoute plus ou moins JOSIANE. Il fait le tour de la table et dérange ISABELLE.


JOSEF BOUSOU

Tu veux quoi?


JOSIANE BOUSOU

Yacine, tu restes

manger avec nous?


YACINE

Non, je peux pas aujourd'hui.


JOSEF BOUSOU

Tu vas où? Attends,

moi, je viens avec toi.


JOSIANE BOUSOU

(S'adressant à JOSEF)

Mais non, toi, tu ne vas

nulle part. Tu restes ici.

Daniel a dit que tu devais

te tenir tranquille.


JOSEF prend des brochettes dans une assiette et les tend devant SONIA en criant. SONIA lâche un petit cri, puis rit.


ISABELLE

C'est pour les enfants!


JOSEF prend une grillade sur la brochette et la mange.


JOSIANE BOUSOU

Tiens, voilà les hommes

qui arrivent.

Va ouvrir le portail, Josef.

Qu'est-ce qu'il manque, là?


JOSEF ouvre le portail à un camion conduit par THIERRY BOUSOU, accompagné de VIRGILE BOUSOU. Le camion entre dans la cour et se stationne. JOSEF monte sur le marchepied côté conducteur. THIERRY sort du camion.


THIERRY BOUSOU

Alors, qu'est-ce

que t'as foutu?


JOSEF BOUSOU

C'est moi qui ai fait

toutes les brochettes.


THIERRY BOUSOU

T'as bossé un peu?


JOSEF BOUSOU

Ouais.


THIERRY BOUSOU

T'as ramené

ce que je t'ai demandé?


JOSEF BOUSOU

Les bières, ouais.


JOSEF rejoint VIRGILE du côté passager. Ce dernier lui remet une décoration en fer forgé.


VIRGILE BOUSOU

Tiens. Je t'ai rapporté ça.


SONIA vient à la rencontre de THIERRY et ils s'embrassent.


Chez lui, DANIEL sort dans la cour et remarque son couteau sur le sol. Il le récupère et sourit.


Dans son atelier, RODOLPHE découpe des carreaux de verre. Les cloches d'une église retentissent. Puis, RODOLPHE aperçoit JOSEF dans l'embrasure de la porte de l'atelier.


RODOLPHE BLIN

Ça va?


JOSEF entre dans l'atelier et regarde tout autour.


JOSEF BOUSOU

Fait chaud, hein?

Comment tu t'appelles?


RODOLPHE BLIN

Bonjour.

Rodolphe.


JOSEF continue sa ronde d'inspection dans l'atelier. Il bouge des trucs sur une étagère.


JOSEF BOUSOU

T'es bien installé, hein?

(Revenant vers RODOLPHE)

T'as de la place.

Tu fais quoi, là?

Je te donne un coup de main,

si tu veux.

(Prenant un outil sur la table)

C'est quoi?


RODOLPHE BLIN

Un démonte-vitrier.


JOSEF dépose le démonte-vitrier sur la table et se dirige vers la fenêtre.


JOSEF BOUSOU

Tu donnes carrément chez eux!

T'as vu leur piscine?

T'as le droit

de t'y baigner, toi?


RODOLPHE BLIN

Non.


JOSEF BOUSOU

Moi, je voudrais bien

y aller avec mes neveux,

mais ils veulent pas.


RODOLPHE BLIN

Ils ont quel âge, tes neveux?


JOSEF BOUSOU

Jason, il a 9 ans,

Sarah, je ne sais plus.

Kevin, il a 5 ans. Et ma soeur

Isabelle, elle va avoir un bébé.


RODOLPHE BLIN

J'ai des vieux jouets de

ma fille qu'elle n'utilise plus.

Ça peut t'intéresser?

Tiens.

Si ça te dit.


RODOLOPHE ouvre un bac à jouets. JOSEF fouille son contenu.


JOSEF BOUSOU

C'est gentil.

À plus tard, hein!

Allez, au boulot.


JOSEF donne une tape dans le dos de RODOLPHE et sort avec le bac à jouets.


Plus tard, chez les BLIN, RODOLPHE est à l'ordinateur lorsque BÉNÉDICTE arrive. Ils se donnent un baiser.


RODOLPHE BLIN

Ça va?


BÉNÉDICTE BLIN

Il y a des clients

qui ont traîné à une table.

Je suis crevée.

(Enlevant ses chaussures)

T'as mangé?


RODOLPHE BLIN

Pas encore.


BÉNÉDICTE BLIN

Tu l'as couchée

à quelle heure?


RODOLPHE BLIN

Moins 10.


BÉNÉDICTE BLIN

J'ai l'impression

de ne plus la voir.

Il faut qu'on réfléchisse

à une autre solution de garde.


BÉNÉDICTE prend des enveloppes sur une commode et les inspecte.


RODOLPHE BLIN

Ma mère, ça la gêne pas

de la garder.


BÉNÉDICTE BLIN

Mais moi, ça fait trop de détours.

Je n'en peux plus des trajets.


RODOLPHE BLIN

On est trop justes

pour payer quelqu'un.


BÉNÉDICTE BLIN

J'ai posté le chèque

pour EDF ce matin.


RODOLPHE BLIN

Dis, tu veux pas regarder?

Je sais pas quoi mettre.


BÉNÉDICTE BLIN

C'est pour Lopez?


RODOLPHE BLIN

Oui. J'ai mis ça hors taxe,

mais je suis pas sûr.


BÉNÉDICTE s'assoit à côté de RODOLPHE et regarde l'ordinateur.


BÉNÉDICTE BLIN

Pourquoi t'as baissé

le prix des matériaux?


RODOLPHE BLIN

Pour faire un geste…


BÉNÉDICTE BLIN

Mais il t'a toujours

pas payé?

Tu l'as appelé?


RODOLPHE BLIN

Non, je veux pas être lourd.


BÉNÉDICTE BLIN

Il faut que t'appelles.

Si t'insistes pas,

il va rien se passer.


RODOLPHE BLIN

Bon, je mets quoi alors?


BÉNÉDICTE tape un nombre à l'ordinateur et va dans la cuisine.


Un autre jour, DIANE et PAUL marchent dans un champ de maïs. Ils passent près de LAURA et JEAN-LOUIS BOISBESSOT qui actionne une arroseuse sur son champ.


DIANE

Bonjour, Laura.


LAURA

Bonjour.


JEAN-LOUIS BOIBESSOT

Salut, Diane.


DIANE

T'as vu comment il frime

avec sa flotte?


PAUL ET DIANE marchent jusqu'à leur champ de maïs qui est beaucoup moins verdoyant que celui de LAURA et JEAN-LOUIS.


DIANE

(Touchant la feuille d'un plant de maïs)

Pousse pas.

Il va rien donner

s'il pleut pas.


En ville, DANIEL et FRANÇOIS, l'adjoint du maire, marchent vers le réservoir d'eau de la ville.


FRANÇOIS

Attends, il a jamais

fait aussi chaud.


DANIEL HUOT-MARCHAND

C'est vrai que t'étais pas vieux,

toi, en 1976.


FRANÇOIS

Euh, bien non.

Il faisait chaud?


FRANÇOIS ouvre la porte du réservoir. Les deux hommes montent les échelles du réservoir. FRANÇOIS est devant et DANIEL le suit jusqu'en haut. À la dernière échelle, FRANÇOIS monte et DANIEL reste en bas.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Tu vois quelque chose?


FRANÇOIS

Ouais.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Et à ton avis, il y a combien?


FRANÇOIS

Il n'y a plus grand-chose.

Le réservoir est à moitié vide.


La réponse de FRANÇOIS inquiète DANIEL qui soupire.


Plus tard, à la mairie, FRANÇOIS et DANIEL font le point sur le réservoir auprès du conseil.


DANIEL HUOT-MARCHAND

L'eau de l'étang

permettrait déjà

de remplir les abreuvoirs

dans les champs.

On a des tests d'expertise. Elle

est sans danger pour le bétail.


FRANÇOIS

L'option la plus raisonnable,

ce serait une pompe thermique.

Ça représenterait

un peu moins de 3000 euros.


FEMME

Quand même.


FRANÇOIS

C'est une charge

pour une petite commune

comme la nôtre.

Mais ça permettrait

de tenir quelque temps.


DIANE

Moi je suis pour.

Au prix où est l'eau…


VALÉRIE

Et c'est une installation

qui concerne que les paysans?


JEAN-LOUIS BOIBESSOT

Ah… Moi, j'en ai pas besoin.

Je vois pas pourquoi je paierais

pour une installation

que je vais pas utiliser.


DIANE

Tu peux être solidaire,

bordel. Tu la payes pas, ton eau.


JEAN-LOUIS BOIBESSOT

Personne l'a pris en charge

mon forage, je te signale.

À moins que tu veuilles

que je t'envoie la facture.


DANIEL HUOT-MARCHAND

S'il vous plaît.

De toute façon,

l'acquisition de cette pompe,

comme tout investissement

collectif d'intérêt général,

va être soumise au vote.


CONSEILLER

Faudra construire un abri

pour la protéger.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Justement, j'ai pensé

en parler à l'artisan qui

s'est installé dans le village.


CONSEILLÈRE

Tu vas quand même pas faire

appel à un artisan pour ça.


DIANE

Non, mais on peut

se débrouiller entre nous.

Je vais en parler

à Dominique Junot.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Bien. On passe au vote.

Qui est pour?


FRANÇOIS, DANIEL, DIANE, VALÉRIE et une CONSEILLÈRE lèvent la main et gagnent la majorité du vote. DIANE est heureuse et lance un regard amusé à JEAN-LOUIS, qui est fâché.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Eh bien, l'acquisition

de cette pompe est votée

par cinq voix contre quatre.


JEAN-LOUIS se lève et fume dans l'embrasure de la porte.


DANIEL HUOT-MARCHAND

L'ordre du jour étant épuisé,

est-ce que quelqu'un souhaite

évoquer un autre sujet?


DIANE

Oui, moi. Je voudrais

qu'on parle de Josef Bousou.

Il est revenu traîner

dans ma ferme

et il y a plusieurs dents

de la faneuse qui ont disparu.


CONSEILLER

Le bouchon d'essence

de ma camionnette s'est envolé.


JEAN-LOUIS BOIBESSOT

Il doit savoir qu'il a

pas intérêt à venir chez moi.

Parce que moi,

il m'a jamais rien fait.


DIANE

T'as juste de la chance.

Tu pourrais aller

fumer dehors, s'il te plaît?


DANIEL HUOT-MARCHAND

Qu'est-ce que tu veux

qu'on fasse, Diane?


DIANE

Je sais pas, moi,

mais ce n'est plus possible.

Pourquoi il respecte pas

les règles comme tout le monde?


DANIEL HUOT-MARCHAND

Il le fait pas exprès,

c'est pas de sa faute.


DIANE

C'est un peu facile, ça.

Il sait quand même

ce qu'il fait.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Il est pas méchant.


VALÉRIE

C'est vrai.


DIANE

Je commence à me demander.

Le jour où il fera

une vraie connerie,

faudra pas se plaindre.


Dans une rue, YACINE passe près de la voiture de JOSEF qui joue de la musique très forte.


JOSEF BOUSOU

Hé, petite tête!

(Sortant de sa voiture)

Tu veux faire un tour?


YACINE

Je peux pas, mais on se voit

après si tu veux.


JOSEF BOUSOU

Tu t'es fait beau, là.

T'as mis du gel?

Hein? Tu sens bon.

T'as mis de l'Axe ou quoi?

(Lui tendant un CD)

Tiens, c'est pour ta mère.


YACINE

OK, je lui donnerai.


JOSEF BOUSOU

(Prenant un porte-clés sur le sac de YACINE)

C'est quoi?

Tu me le donnes?


YACINE

C'est bon, hein.

Bon, allez, on se voit après!


JOSEF regarde YACINE s'éloigner. Il retourne s'asseoir dans sa voiture, mais regarde YACINE rejoindre d'autres amis.


YACINE

Salut.


LAURA

Salut.


MANON

Vous partez, alors, ou pas?


MICHAËL

Oui, en Corse.


LAURA

Vous avez de la chance.


MICHAËL

Enfin, c'est notre père

qui nous fait chier avec ça

depuis des années, alors…


JOSEF augmente le volume de la radio de sa voiture et secoue la tête sur le rythme.


MICHAËL

Ce sera sans moi.


MANON

Bien, pourquoi?


MICHAËL

Faut je cherche du taf.

Comme ça, je pourrai

me prendre un appart

à Villeneuve pour la rentrée.


LAURA

Tu pars, toi?


JOSEF passe en voiture devant le groupe d'amis. MICHAËL et DYLAN l'applaudissent. JOSEF sourit et s'éloigne dans la rue.


DYLAN LARCHER

J'espère qu'il a

de bons essuie-glaces.


MICHAËL

Pourquoi?


DYLAN LARCHER

(Imitant de se masturber)

Tu imagines tout le foutre

qu'il y a sur son capot.

«Je vous dépose

quelque part, les filles?»


MANON

Il est fou, c'est dégueulasse.


DYLAN LARCHER

(S'adressant à YACINE)

La grande classe, ton pote.


MANON

C'est ignoble.


MICHAËL

J'ai l'image, maintenant!


YACINE rit avec ses amis.


Au bout d'un champ, près d'une rivière, DIANE, PAUL, JEAN-LOUIS et DANIEL installent une pompe à eau.


DANIEL HUOT-MARCHAND

C'est bon, là, ça tient?

Je peux le mettre à l'eau?


JEAN-LOUIS BOIBESSOT

C'est bon.


DANIEL HUOT-MARCHAND

(Lançant un boyau à l'eau)

Allez!


DIANE

(Remettant un boyau à DANIEL)

Tiens, on y va.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Hop. Attrape!


DANIEL passe le boyau à FRANÇOIS par une ouverture dans la cabane protégeant le moteur de la pompe.


FRANÇOIS

Merci.

Un petit coup, là, encore.


PAUL

Bloque-le bien, sinon,

ça va te faire une prise d'air.


FRANÇOIS

(Resserrant le joint)

Comme ça, là?


PAUL

Oui.


DIANE

Il va y avoir assez

de débit, tu crois?


FRANÇOIS

Normalement, ça crache bien.

Faut pas que le niveau d'eau

continue de baisser,

sinon la valve

va boucher le filtre.


JEAN-LOUIS BOIBESSOT

Il n'y a plus qu'à espérer

qu'elle dure pas, cette chaleur.


DANIEL HUOT-MARCHAND

J'amorce! Allez.


Au loin, JOSEF stationne sa voiture et en sort pour observer l'installation de la pompe. Dans la cabane, FRANÇOIS tente de démarrer le moteur de la pompe, sans succès.


JEAN-LOUIS BOIBESSOT

Eh bien, on est pas

sortis de l'auberge!


DIANE

On peut savoir pourquoi

t'es venu à part pour critiquer?

Je croyais que

ça t'intéressait pas.


JEAN-LOUIS BOIBESSOT

On a bien droit de savoir

à quoi servent nos impôts, non?


Le moteur de la pompe démarre et l'eau sort du boyau tenu par DIANE qui lâche un petit cri de surprise.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Voilà à quoi ça sert!


DIANE

On pourra venir en chercher

autant qu'on veut?


DANIEL HUOT-MARCHAND

Il faudra organiser

un roulement.

Le mieux, c'est que

vous vous passiez la clé.

Et on gardera un double

à la mairie.

Il y en a bien deux, des clés?


FRANÇOIS

Oui, oui.


JEAN-LOUIS tourne la tête et aperçoit JOSEF accoté sur sa voiture au loin.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Tu me diras si on te doit

quelque chose pour le bois.


PAUL

Ah oui, ça,

c'est certain, oui.


Plus tard, près de l'enclos des vaches, DIANE remplit les abreuvoirs grâce à un gros réservoir d'eau tiré par un tracteur. Une dame plus âgée, ODETTE, la rejoint.


ODETTE

Salut, Diane.


DIANE

Bonjour, Odette.

Ça va?

Vous revenez du cimetière?


ODETTE

Oui, j'ai fait

ma petite promenade.

Ça demande du courage

avec cette chaleur.


DIANE

Je suis bien obligée

avec tout ce qu'ils boivent.

J'arrête pas d'aller chercher

de l'eau à l'étang.

On est bien à l'ombre.


DIANE s'assoit sur la remorque de son réservoir et sourit.


DIANE

J'ai cueilli des aubergines.

Je vais vous en donner.


ODETTE

Merci.


DIANE

Votre fils vient manger

un de ces jours?


ODETTE

(Riant)

Je ne sais pas, non.


DIANE

Il vient vous voir un peu?


ODETTE

Non, pas vraiment, non.

Il m'a oubliée.


DIANE

Faut pas dire ça, Odette.

Peut-être qu'il a pas le temps.


ODETTE

Tu crois?


DIANE

Je sais pas…


ODETTE

Pourtant…

un dimanche de temps en temps.


ODETTE fait une pause.


ODETTE

En tout cas, elles sont

bien belles, tes vaches.


DIANE

Oui, elles sont belles.


DIANE prend une grande respiration et met son chapeau. Elle continue de remplir les abreuvoirs.


Chez lui, JOSEF savonne sa voiture, très concentré, en écoutant de la musique électronique très forte. Puis, il relève la tête et remarque MANON près du portail. Il ferme la musique et rejoint MANON au portail.


MANON

Salut.

Je peux entrer?


JOSEF BOUSOU

Ouais.


JOSEF ouvre le portail et MANON entre dans la cour. JOSEF referme le portail derrière elle.


MANON

T'es tout seul?


MANON regarde tout autour.


MANON

Tu laves ta voiture?


JOSEF BOUSOU

(Montrant ses mains pleines de savon)

Regarde.


JOSEF regarde MANON attentivement.


JOSEF BOUSOU

Tu veux boire quelque chose?

Ma mère a fait de la limonade.


MANON

Je sais pas. Si tu veux, oui.


JOSEF BOUSOU

Tu veux pas rentrer

dans la cuisine?

Il fait plus frais quand même.


MANON

Non, je vais t'attendre ici.


JOSEF se rend dans la maison. MANON continue d'inspecter les alentours. Puis, elle entend des rires et se retourne pour découvrir MICHAËL et DYLAN de l'autre côté du portail.


Dans la cuisine, JOSEF verse des verres de limonade. Il retourne dans la cour, mais MANON n'est plus là et le portail est entrouvert. JOSEF est déçu.


Plus tard, dans la cour, VIRGILE trie des pièces mécaniques. Il se lève et rejoint JOSEF qui s'amuse, avec ses neveux, à construire un objet avec de la ferraille. La musique électronique de JOSEF se fait entendre.


VIRGILE BOUSOU

Hé, Josef.

Josef. Tu m'arrêtes ta musique.


VIRGILE entre dans la maison.


NEVEU

L'animateur en a fait un

au centre de loisirs.


JOSEF soupire.


NEVEU

Il dit que c'est

pour attraper les cauchemars.


JOSEF BOUSOU

Bien, il s'est foutu de toi.


NEVEU

Hum. On dirait bien.

(Remettant une ficelle)

Tiens.


JOSEF aperçoit SONIA et THIERRY assis à la table alors qu'ils s'embrassent. Il les regarde attentivement. JOSIANE arrive pour ranger la vaisselle sale.


SONIA

Attendez, je vais vous aider.


JOSIANE et SONIA prennent de la vaisselle sale et rentrent dans la maison. THIERRY se lève.


THIERRY BOUSOU

Hé, Josef,

Tu pourrais au moins changer

de disque. C'est gonflant.


THIERRY se penche dans la voiture et ferme la musique. Il revient vers JOSEF et les enfants.


THIERRY BOUSOU

(S'adressant au NEVEU)

Tu me laisses la place?


Le NEVEU se lève et entre dans la maison. THIERRY s'assoit à côté de JOSEF.


THIERRY BOUSOU

Qu'est-ce que tu fabriques, là?


JOSEF BOUSOU

C'est un élan.


THIERRY BOUSOU

Un élan? Quel élan?


JOSEF BOUSOU

Dans la forêt, l'élan.

Ha, ha!

Elle est belle Sonia, hein?

Comment tu fais, toi,

avec les filles?


THIERRY BOUSOU

Quoi, t'en as une en vue?


JOSEF détourne le regard, gêné.


JOSEF BOUSOU

Les filles…

Tu les fais rire,

elles aiment bien ça.


Plus tard, à l'épicerie, JOSEF mâche bruyamment sa gomme. Il prend une bouteille d'alcool sur un étalage. ODETTE le rejoint.


ODETTE

T'as pas trop chaud

avec ce blouson, Josef?


JOSEF BOUSOU

Ça me va, je suis beau gosse!


ODETTE

(Souriant)

T'es superbe!


JOSEF BOUSOU

(Se vaporisant de parfum)

Je vais à une fête. T'en veux?


ODETTE

Non.


JOSEF BOUSOU

Si, t'en veux!


ODETTE

Non, arrête, arrête!

Ha, ha, ha!


Plus tard, à la caisse, VALÉRIE emballe les achats de JOSEF.


JOSEF BOUSOU

Je voudrais une sucette aussi.


VALÉRIE

Tu veux quel parfum?


JOSEF BOUSOU

Hum, framboise.


VALÉRIE

(Remettant une sucette à JOSEF)

Tiens.


JOSEF BOUSOU

Merci.


VALÉRIE

Je te la donne.


JOSEF BOUSOU

Ah!


VALÉRIE

Ça fait 62,80 euros.


JOSEF sort des billets de ses poches et les remet à VALÉRIE.


VALÉRIE

Tu me donnes trop, là.


JOSEF BOUSOU

Hum.


JOSEF regarde ses billets.


VALÉRIE

Donne.

(Remettant un billet)

Ça, c'est pour toi.

63... 65.

(Remettant de la monnaie)

Voilà.


Plus tard, sur la route, la voiture de JOSEF avance en jouant de la musique forte. JOSEF rejoint un groupe d'amis qui boivent de l'alcool près d'une grange.


DYLAN LARCHER

Ah! T'es là, au final!


JOSEF BOUSOU

Ouais!

Ça va, tout le monde?

Ça va, Yacine?


JOSEF sort de sa voiture avec deux sacs d'épicerie.


MICHAËL

Elle est stylée, ta veste.


JOSEF BOUSOU

Ouais, t'aimes bien?


LAURA

Oui, elle est belle.


DYLAN LARCHER

(Prenant les sacs d'épicerie)

Putain, t'as tout trouvé.

Ça n'a pas coûté trop cher?


JOSEF BOUSOU

Non, ça va.

Tiens.

(Remettant la sucette à MANON)

Je t'ai pris une sucette.


MANON prend la sucette et sourit.


JOSEF BOUSOU

(Frappant doucement YACINE)

Hé, petite tête. Ha, ha!


JOSEF s'assoit dans le cercle d'amis.


DYLAN LARCHER

Bousou, vodka ou whisky?


JOSEF BOUSOU

J'ai pas le droit

de boire, moi.


MICHAËL

Tu peux trinquer quand même.


DYLAN LARCHER

Vodka ou whisky?


JOSEF BOUSOU

Whisky.


JOSEF regarde MANON qui fume. DYLAN sert un verre de whisky à JOSEF.


DYLAN LARCHER

(Remettant le verre à JOSEF)

Tiens, mon gars.


JOSEF BOUSOU

Tu connais l'histoire

du petit canard

qui apprend à respirer

par les fesses?


MANON

Non.


JOSEF BOUSOU

Tu veux je te la dise?


MANON

Si tu veux.


JOSEF BOUSOU

Un jour, le petit canard,

il s'est assis puis il est mort.


Tout le monde éclate de rire.


DYLAN LARCHER

Allez, cul sec, Bousou.


AMIS

Et glou, et glou,

et glou, et glou, et glou…


JOSEF termine son verre et MANON s'esclaffe.


AMIS

(Chantant)

♪ Il est des nôtres ♪

♪ Il a bu son verre

comme les autres ♪

♪ C'est un ivrogne ♪


DYLAN LARCHER

♪ Ça se voit rien

qu'à sa trogne ♪


Tout le monde rit. JOSEF et MICHAËL se donnent des gifles.


Plus tard, JOSEF allume la radio de sa voiture pour faire jouer de la musique électronique assez forte. JOSEF danse et boit en titubant dans le champ près de la grange.


Après un moment, il rejoint ses amis sur le côté de la grange. MICHAËL dessine avec une craie un pénis pénétrant un vagin sur la grange. YACINE et LAURA rient.


JOSEF BOUSOU

Ils sont où, les autres?

Hein?


JOSEF lance sa bouteille vide sur le mur. Celle-ci rebondit près de LAURA et éclate par terre. JOSEF rit. Puis, JOSEF entre dans la grange en titubant. Entre deux lattes de bois, il voit DYLAN embrasser MANON sur une vieille banquette de voiture.


Plus tard, derrière l'atelier, RODOLPHE installe un parasol au-dessus d'une petite table. Non loin de lui, DYLAN, MICHAËL et MICHEL s'amusent avec une balle et un bat dans un petit parc. BÉNÉDICTE rejoint RODOLPHE avec un plat de nourriture.


BÉNÉDICTE BLIN

Ça y est, elle dort.


RODOLPHE BLIN

Tu crois qu'on peut

la laisser toute seule?


BÉNÉDICTE BLIN

Oh, oui. Ça risque rien.


MICHEL

Tu vas te faire surprendre!

Tiens!


BÉNÉDICTE BLIN

Ils sont pénibles…


RODOLPHE BLIN

Hum.


BÉNÉDICTE BLIN

Pourquoi tu retournes

pas voir le maire?

Il y a sûrement des choses

à faire sur la commune, non?


RODOLPHE BLIN

Je veux pas l'emmerder

non plus.


BÉNÉDICTE BLIN

Il connaît les gens du coin.

Il pourrait parler de toi.

Ton ancien patron, il est sympa

de t'envoyer des clients,

mais tu peux pas

compter que là-dessus.


MICHAËL frappe la balle sur le mur près de BÉNÉDICTE et RODOLPHE.


DYLAN LARCHER

Ouais! Merde…


RODOLPHE BLIN

(Se levant, fâché)

C'est dingue.


RODOLPHE prend la balle et s'approche de DYLAN, MICHAËL et leur père, JEAN-FRANÇOIS.


RODOLPHE BLIN

Vous pouvez pas faire

attention, non?


MICHAËL

Excusez-nous, monsieur.


JEAN-FRANÇOIS

Ils ont pas fait exprès.


RODOLPHE BLIN

Pardon?


JEAN-FRANÇOIS

C'est des jeunes,

ils s'amusent.


DYLAN LARCHER

Vous pouvez nous

rendre la balle?


RODOLPHE les regarde, contrarié.


DYLAN LARCHER

S'il vous plaît.


RODOLPHE hésite un instant puis leur remet la balle.


MICHAËL

Merci!


DYLAN LARCHER

Bon appétit!


JEAN-FRANÇOIS, DYLAN et MICHAËL s'éloignent.


Dans un pré clôturé, PAUL et DIANE répandent du foin pour leurs vaches qui approchent et en mangent. Au loin, un chien guide des vaches jusqu'à eux.


Plus tard, DIANE déplace son réservoir d'eau en tracteur au bout d'un champ en suivant la rivière jusqu'à la cabane de pompage. Elle arrête son tracteur et se rend à pied dans la cabane. Elle ressort et tire sur le boyau plongé dans l'eau. Le boyau est déconnecté.


DIANE

Putain de merde!


Plus tard, DIANE sort de sa voiture et se rend chez JOSEF d'un pas déterminé. Au portail, elle inspecte la cour et aperçoit JOSEF.


DIANE

(Fâchée)

Viens ici, toi!


JOSEF BOUSOU

Quoi?


DIANE

Ils sont là,

ton frère et ton père?


JOSEF BOUSOU

Non.


DIANE

Ouvre cette porte.

Je veux parler à ta mère.


JOSEF approche du portail et croise les bras en souriant.


DIANE

(Criant)

Ouvre!


DIANE secoue violemment le portail.


JOSEF BOUSOU

On est fermés.


JOSIANE BOUSOU

Qu'est-ce qui se passe?

Qu'est-ce que vous voulez?


JOSIANE sort de la maison et rejoint JOSEF.


DIANE

Vous avez volé la pompe.

À cause de vous, on n'a

plus d'eau.


JOSIANE BOUSOU

De quoi vous parlez?


DIANE

C'est un bien de la commune.

Ça a coûté cher!

Je suis sûre que t'as piqué

les clés à la mairie.


JOSEF BOUSOU

Tu m'as vu?


DIANE

Non, mais je sais

que c'est toi!


JOSEF BOUSOU

Pas vu, pas pris.


JOSEF ricane.


JOSIANE BOUSOU

Josef!


DIANE

Regardez-le,

il se fout de ma gueule.

Non seulement il passe

ses journées à rien foutre,

mais en plus, il bousille

le travail des autres!

Pourquoi tu t'amuses

à nous pourrir la vie comme ça?


JOSEF BOUSOU

Je m'amuse pas.


JOSIANE BOUSOU

Allez-vous-en maintenant.


DIANE

(Défiante)

Tu vas voir.

Tu vas moins te marrer.


DIANE tourne les talons et s'éloigne sous le regard perplexe de JOSEF et JOSIANE.


Plus tard, un GENDARME fouille le tas de ferraille dans la cour des BOUSOU. DIANE patiente devant le portail. Elle lance un regard méprisant à VIRGILE qui fume une cigarette dans la cour.


VIRGILE BOUSOU

Hé!

Quand t'auras fini, tu me remets

tout ça en place, hein?


Le GENDARME continue sa recherche parmi la ferraille. Un moment plus tard, le GENDARME interpelle JOSEF devant DANIEL et JOSIANE.


GENDARME

Montre-nous tes poches.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Allez, Josef!


JOSIANE BOUSOU

Allez, fais ce que

Daniel te demande.


JOSEF remet le contenu de ses poches au GENDARME.


GENDARME

C'est tes clés, ça?

Ça ouvre quoi?


JOSEF BOUSOU

Bien, mes trucs.


GENDARME

Qu'est-ce que tu caches

dans cette main?


JOSEF BOUSOU

Rien.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Ouvre ta main, Josef.

Josef!


JOSEF ouvre la main dans laquelle il cachait une clé. Le GENDARME la saisit aussitôt.


JOSIANE BOUSOU

C'est toi qui as pris la clé?


JOSEF BOUSOU

Je l'ai trouvée.


GENDARME

Où?


JOSEF BOUSOU

Devant la mairie, elle était

sous le pneu de ma voiture.


Dans le sous-sol chez les BOUSOU, deux gendarmes, un ADJUDANT et son ADJOINT, inspectent le fouillis. Ils sont rejoints par JOSIANE et JOSEF. L'ADJUDANT ouvre un coffre. JOSEF cherche à s'approcher d'eux, mais JOSIANE le retient. L'ADJOINT soulève un matelas et trouve une cage avec un hérisson à l'intérieur.


JOSEF BOUSOU

Vous avez pas le droit.


GENDARME

Mon adjudant?


L'ADJUDANT remet un bibelot de chérubin dans le coffre et le referme.


ADJUDANT

C'est une espèce

protégée, madame.


JOSIANE BOUSOU

Qu'est-ce que j'en sais, moi?


ADJOINT

Bon, tu me laisses passer?


JOSEF BOUSOU

Non. Vous me le rendez.

C'est à moi. S'il te plaît!


JOSEF cherche à reprendre sa cage. Les gendarmes l'accotent au mur.


ADJOINT

Calme-toi!


JOSEF BOUSOU

(Se débattant)

Rendez-le-moi!


ADJOINT

Calme-toi!


JOSEF BOUSOU

C'est à moi!


JOSIANE BOUSOU

Josef!

Josef...


JOSEF se calme et les gendarmes quittent le sous-sol. JOSEF halète, perturbé.


Plus tard, JOSEF marche jusque chez ODETTE qui récupère ses vêtements sur la corde à linge.


JOSEF BOUSOU

Salut, ça va?


ODETTE

Bonjour, Josef.


JOSEF aide ODETTE à enlever les vêtements de la corde à linge. Il prend une serviette et la remet à ODETTE, l'air déprimé.


ODETTE

Merci.

(Fixant JOSEF)

Qu'est-ce que tu as?

Pourquoi tu traînes toujours

dans les rues à ne rien faire?

À faire que des bêtises?

À ta place, j'irais ailleurs.

Je chercherais du travail.

C'est bon pour les vieux

comme moi de rester ici.


ODETTE et JOSEF continuent d'enlever les vêtements de la corde à linge.


JOSEF BOUSOU

Tu t'ennuies pas toute seule?


ODETTE se retourne et le regarde, puis reprend sa besogne.


JOSEF BOUSOU

Tu sais ce que fait un canard

qui a le rhume des foins?


ODETTE

Non.


JOSEF BOUSOU

Foin, foin.


Les deux rient de bon coeur.


ODETTE

(Riant)

Où est-ce que tu vas

chercher tout ça?


JOSEF BOUSOU

(Désignant un panier)

Je l'apporte chez toi?


ODETTE

Non, non, ça va, merci.

Donne-la-moi.


Des cloches d'église retentissent. ODETTE s'éloigne et JOSEF la suit. Elle se retourne vers lui.


ODETTE

Où tu vas, là?

Rentre chez toi.


JOSEF reste planté là, le regard vide.


Dans sa cuisine, ODETTE est attablée et boit un verre d'eau. Elle regarde son assiette et soupire, puis semble préoccupée. Plus tard, elle termine de laver la vaisselle.


Plus tard, dans sa chambre, ODETTE défait son chignon, assise devant sa coiffeuse, et brosse ses cheveux. Dans le couloir, près de la porte de la chambre, JOSEF la regarde dans l'ombre. ODETTE se lève et enlève son peignoir. Au même moment, JOSEF entre et l'agresse. ODETTE tente de le repousser.


JOSEF BOUSOU

Tu veux faire l'amour?


ODETTE

Attends! Mais attends!

Attends, Josef!

Ne me touche pas!

Ne me touche pas!


JOSEF BOUSOU

Je t'aime.


ODETTE

Ne me touche pas, non!


JOSEF embrasse de force ODETTE qui se plaint et crie.


JOSEF BOUSOU

Je t'aime!


ODETTE crie et se débat alors que JOSEF continue de l'embrasser de force et de la serrer contre lui. ODETTE réussit à repousser JOSEF qui se sauve. Elle s'assoit, traumatisée et haletante. La porte d'entrée claque au loin.


Un autre jour, DANIEL, accompagné de ses conseillers et de FRANÇOIS, s'adresse à une foule amassée devant un monument.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Je souhaite tout d'abord

remercier l'équipe municipale.

Vous, les conseillers,

et toi aussi, François,

mon adjoint,

pour votre engagement

au sein de notre commune.

Je sais avec quel sérieux

chacun d'entre vous s'acquitte

des responsabilités

qui lui ont été confiées

pour la bonne marche

de notre village.

Mais je suis surtout

très heureux

que nous soyons ici, tous réunis

devant ce monument que…

qui a été inauguré

par mon grand-père.

Pour rendre hommage à…

À tous ces jeunes,

qui dans la fleur de l'âge,

ont fait le sacrifice

de leur vie

pour qu'aujourd'hui, notre

village soit libre et en paix.

Je sais aussi que…

pour beaucoup d'entre vous,

les temps sont durs.

La sécheresse vous inquiète.

Nous traversons

une période difficile.

Mais tâchons de rester

solidaires de…

de nous rassembler en cette

belle journée de 14 juillet.

Voilà. Je vous invite à…

à partager le verre de l'amitié.


Tout le monde applaudit.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Bien, allons-y.

Merci. Merci.

Je déteste faire

des discours comme ça.


HOMME

Mais c'était vrai. Tu t'en sors bien.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Je déteste ça.

Bon alors.


Plus tard, dans la rue, des enfants, dont CAMILLE, s'amusent. RODOLPHE les rejoint.


RODOLPHE BLIN

Camille!

Tiens. Tu veux

du jus d'orange un peu?


CAMILLE fait non de la tête.


RODOLPHE BLIN

Oh, attention à toi.

T'as pas soif?

Tu joues un peu?


CAMILLE BLIN

Oui!


RODOLPHE BLIN

Tu fais attention, hein?

C'est des grands.


RODOLPHE déambule dans un groupe d'adultes, dont MICHEL.


MICHEL

(S'adressant à deux femmes)

J'ai toujours dit que c'était

un pauvre type de toute façon.

Quand on pense

qu'il a pu trouver

une petite vieille

comme ça. Franchement.

Elle allait se coucher

quand il est entré…


CONSEILLER

(S'adressant à FRANÇOIS)

Il a été emmené

par les gendarmes?


FRANÇOIS

Ah oui, oui.

Pour les besoins de l'enquête.


CONSEILLER

C'est malheureux.


RODOLPHE se rend jusqu'à un petit buffet.


VALÉRIE

Hé, Odette, vous aviez pensé

à fermer la porte

de votre appartement?


DIANE

Je comprends pas comment

il a pu entrer chez vous.


RODOLPHE se retourne et regarde DANIEL, DIANE, VALÉRIE et ODETTE discuter ensemble.


ODETTE

C'est la porte d'en bas

qui ferme mal.


VALÉRIE

Qu'est-ce qu'il vous

a fait au juste?


DANIEL HUOT-MARCHAND

Ça va mieux,

maintenant, Odette?


ODETTE

Bien, je n'arrive

pas à dormir.


DIANE

Vous voulez venir à la maison

pendant quelques jours?

Moi, ça me ferait plaisir, hein.


ODETTE

Non, merci, c'est gentil.


RODOLPHE s'éloigne et rejoint BÉNÉDICTE.


BÉNÉDICTE BLIN

T'as entendu

ce qui s'est passé?


DANIEL rejoint RODOLPHE, BÉNÉDICTE et un CONSEILLER.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Rodolphe? Excusez-moi, madame.

Je voulais voir avec vous

pour qu'on sécurise

le cabanon de l'étang.


CONSEILLER

C'est bon alors. Ils vont

la remplacer, cette pompe.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Le dossier de l'assurance

est en cours

et ça devrait aboutir.

Vous seriez disponible?


RODOLPHE BLIN

Bien sûr.


DANIEL les quitte.


BÉNÉDICTE BLIN

Elle est où, Camille?


RODOLPHE BLIN

Elle joue, là-bas.


CONSEILLER

Elle est dégourdie.

Elle a quel âge?


BÉNÉDICTE BLIN

3 ans.


Un autre jour, RODOLPHE travaille sur la cabane de pompage. Il s'arrête un moment et entend de la musique électronique s'approcher. Il regarde autour, puis la musique s'éloigne. Il poursuit les réparations.


Plus tard, en ville, JOSEF traverse le petit parc derrière chez les BLIN.


Dans une piscine, YACINE et LAURA se baignent.


MICHAËL

Et c'est la bombe!


MICHAËL saute à l'eau et les éclabousse. LAURA crie. MICHAËL sort de la piscine.


Aux bords de la piscine, assis sur une serviette, DYLAN embrasse MANON.


MANON

Tu y vas en Corse

ou pas alors?


DYLAN LARCHER

Je suis là.


DYLAN embrasse MANON à nouveau alors que JOSEF les rejoint.


DYLAN LARCHER

(Apercevant JOSEF)

Tiens, qui va là?

T'es de retour, le malade?


JOSEF BOUSOU

Ça fait du bien

de se baigner, hein?


DYLAN LARCHER

Tu sais que t'as pas le droit

d'entrer ici, en fait?


JOSEF BOUSOU

Je fais ce que je veux.


DYLAN LARCHER

Non, non. Qu'est-ce que

tu lui voulais à la vieille?


JOSEF BOUSOU

Rien, j'y suis

même pas allé chez elle.


DYLAN rit.


DYLAN LARCHER

T'as pas peur, hein?


JOSEF BOUSOU

Mais je suis pas fou.


DYLAN LARCHER

C'était bien ou non?


JOSEF BOUSOU

(S'adressant à MANON)

Ça te va bien comme ça.


DYLAN LARCHER

Est-ce qu'elle mouillait?

Je veux dire, tu as…

tu as bien tamponné?


LAURA, MICHAËL et YACINE sortent de la piscine et les rejoignent.


DYLAN LARCHER

Elle a eu ce qu'elle voulait?


JOSEF BOUSOU

(Remettant un petit paquet)

Tiens, Manon. C'est pour toi.

Bien, prends-le.


DYLAN prend le paquet.


JOSEF BOUSOU

Oh! Rends-le-moi!


JOSEF tente de reprendre le paquet, mais DYLAN l'esquive.


JOSEF BOUSOU

Rends-le-moi! Rends-le-moi!

Arrête! Arrête, s'il te plaît!


MICHAËL

Passe, Dylan! Passe!


DYLAN ouvre le paquet et lance l'objet à MICHAËL. MANON observe, dérangée.


JOSEF BOUSOU

S'il te plaît! Arrêtez,

vous allez le casser, là!


YACINE

Passe! Passe!


JOSEF court vers MICHAËL qui lance l'objet à YACINE.


JOSEF BOUSOU

(Courant vers YACINE)

S'il te plaît, Yacine. Donne!


YACINE lance l'objet dans la piscine. MICHAËL applaudit. YACINE rit. JOSEF court vers la piscine.


DYLAN LARCHER

T'as pas intérêt de plonger!


DYLAN et MICHAËL attrapent JOSEF et le plaquent au sol.


JOSEF BOUSOU

Lâchez-moi!


MANON

Dylan, arrête. Dylan, arrête!


DYLAN se relève et MANON le pousse. JOSEF se relève aussi et crache au visage de DYLAN.


DYLAN LARCHER

Là, tu vas

me le payer, bâtard!


YACINE

Josef, va-t'en!

Va-t'en, Josef!


JOSEF s'enfuit en courant, poursuivi par DYLAN, MICHAËL et YACINE.


MICHAËL

Vas-y, dégage!


Dans la piscine, le petit bibelot de chérubin a coulé tout au fond.


À la mairie, les conseillers en sueur sont réunis autour d'une table.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Qu'est-ce qu'ils ont dit,

les gendarmes?


DIANE

Ils l'ont laissé

repartir en disant

qu'ils pouvaient rien faire.


CONSEILLÈRE

Qu'est-ce qui leur faut pour

qu'ils fassent quelque chose?


DIANE

Mais ils n'ont plus

aucun pouvoir, les gendarmes.

On l'a laissé faire depuis

des années. Il fait ses trucs,

il lui arrive rien. Moi aussi,

je peux me mettre à…

c'est facile, hein.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Enfin, s'ils ne l'ont

pas gardé,

c'est parce que pénalement,

ce n'est pas considéré

comme une agression sexuelle.


DIANE

Alors, j'aimerais bien

qu'on m'explique

à partir de quand ça commence,

une agression sexuelle.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Faut attendre d'avoir

un petit peu plus d'éléments.

On peut pas…

On va pas commencer

à s'enflammer.


DIANE

Oh, écoute, Daniel!

C'est bien beau d'être gentil,

mais on voit où ça mène.


JEAN-LOUIS BOIBESSOT

Il faut faire quelque chose.

Ça devient grave, là.


VALÉRIE

On peut aller voir

ses parents, peut-être,

et puis envisager une solution.


DIANE

Hum. Sa mère, elle fera rien.

Elle est toujours de son côté.

Son père, on sait

comment il est.


FRANÇOIS

Une procédure d'internement

forcé, ça se passe comment?


DANIEL hésite un moment.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Hum, il faut que l'individu

soit reconnu dangereux

pour lui et pour les autres.

On n'enferme pas quelqu'un

comme ça, simplement

parce qu'on craint

qu'il fasse quelque chose.


DIANE

Mais il arrête pas

d'en faire, des choses.


CONSEILLER

C'est vrai.


Dans un stationnement, JOSEF est assis sur un muret et lance des cailloux. Il fixe le vide un moment, l'air contrarié. Une voiture passe devant lui et il part à sa poursuite en courant.


La voiture se gare et JOSEF ouvre la porte du conducteur.


JOSEF BOUSOU

Salut.


BÉNÉDICTE BLIN

Bonjour.


BÉNÉDICTE sort et referme sa porte, intimidée. JOSEF la suit jusqu'à l'arrière de la voiture où elle ouvre le coffre. CAMILLE se met à pleurer.


JOSEF BOUSOU

(Prenant des sacs)

Je t'aide.


BÉNÉDICTE BLIN

Non, non, ça va, c'est bon.


JOSEF BOUSOU

(S'approchant de la fenêtre arrière)

Pourquoi tu pleures, toi?

Hein?


JOSEF ouvre la portière et prend CAMILLE dans ses bras.


BÉNÉDICTE BLIN

(Rejoignant JOSEF)

Laisse-la. Laisse-la.

Arrête, arrête! Lâche-la!

Lâche-la! Arrête!


BÉNÉDICTE prend CAMILLE dans ses bras.


JOSEF BOUSOU

Il est là, Rodolphe?


BÉNÉDICTE s'éloigne avec CAMILLE qui pleure dans ses bras. JOSEF récupère les paquets dans le coffre de la voiture et les apporte à RODOLPHE qui sort de la maison.


RODOLPHE BLIN

Qu'est-ce qui se passe?


JOSEF BOUSOU

Tiens, tes courses.

Je peux entrer?

Tu me fais visiter?


RODOLPHE dévisage JOSEF.


JOSEF BOUSOU

Les gens avant,

ils étaient pas sympas.

Ils m'ont jamais montré

comment c'est dedans.


BÉNÉDICTE BLIN

Au revoir, Josef.


RODOLPHE entre dans la maison et BÉNÉDICTE verrouille la porte derrière lui. JOSEF s'éloigne de la maison, déçu.


Plus tard, dans la grange au milieu d'un champ, DYLAN range sa moto, suivi de MANON.


DYLAN LARCHER

Ça va?


MANON entre plus loin dans la grange en contournant de la machinerie.


DYLAN LARCHER

Fais gaffe.


Un sifflement se fait entendre.


MANON

C'est quoi?


DYLAN LARCHER

Ça doit être une bête.

(Chuchotant)

Une horrible bête.


MANON

(Chuchotant)

Arrête.


DYLAN avance jusqu'à l'endroit où est la vieille banquette de voiture. MANON le suit, inquiète.


DYLAN LARCHER

Qu'est-ce qu'il y a?

Tu n'as plus envie?


MANON

Je sais pas…


DYLAN LARCHER

On en a parlé,

t'étais d'accord.

T'as la trouille?

Hein?


DYLAN glisse une main sous la camisole de MANON et l'embrasse.


DYLAN LARCHER

(Chuchotant)

Madame, elle a peur.


MANON

Non, j'ai pas peur.


DYLAN LARCHER

Ah, si.


MANON

Non.


DYLAN LARCHER

Tu l'as jamais fait, hein?

Oh, t'inquiète pas.

Viens.


DYLAN entraîne MANON sur la vieille banquette.


La nuit tombée, DYLAN reconduit MANON en moto jusque devant l'épicerie. MANON descend de la moto. DYLAN essaie de l'embrasser, mais elle le repousse.


MANON

Arrête.


DYLAN LARCHER

Excuse-moi, si j'ai…


MANON

Lâche-moi, lâche-moi.


Les lumières s'allument dans l'épicerie et VALÉRIE sort rejoindre MANON.


VALÉRIE

Tu viens d'où?

T'étais où?

On était morts d'inquiétude.

Qu'est-ce qu'il y a?


MANON se tourne brièvement vers DYLAN.


VALÉRIE

Il s'est passé quelque chose?


MANON pleure.


VALÉRIE

Quelqu'un t'a embêtée?


MANON fait oui de la tête.


VALÉRIE

Qui?


MICHEL

Qu'est-ce qu'elle a?


VALÉRIE

Je sais pas.

Qu'est-ce qui s'est passé,

Manon? Dis-moi.


VALÉRIE enlace MANON en sanglots. VALÉRIE et MICHEL dévisagent DYLAN, toujours sur sa moto.


Un autre jour, dans la cuisine des BOUSOU, DANIEL est attablé avec JOSEF alors que JOSIANE range des couverts.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Pourquoi tu veux pas me dire

ce qui s'est passé, Josef?

J'ai besoin de savoir

ce qui s'est passé avec Manon.


JOSIANE quitte la cuisine.


DANIEL HUOT-MARCHAND

C'est parce que t'as pas

de copine, c'est ça?


JOSEF BOUSOU

Je m'en fous, moi de ça.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Tu es sûr?


JOSEF fixe le vide devant lui. DANIEL soupire et lui remet une boîte.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Tiens, regarde

ce que je t'ai amené.

Tu te rappelles?

Ma femme te gardait les capsules

des flacons de médicaments.

J'ai retrouvé cette boîte

en faisant du rangement.


DANIEL ouvre une boîte à biscuits contenant des capsules de flacons de médicaments.


JOSEF BOUSOU

Qu'est-ce que tu veux

que j'en foute de tes merdes?

Fous-moi la paix.

T'as qu'à la pleurer au

cimetière, ta connasse de femme.


DANIEL serre les dents.


Plus tard, un gendarme et deux ambulanciers embarquent JOSEF dans une ambulance.


GENDARME

Du calme!


JOSIANE BOUSOU

Je sais que c'est pas bien ce

qu'il a fait à cette grand-mère,

mais c'est pas de sa faute.


DANIEL HUOT-MARCHAND

C'est de la faute à qui alors?


JOSIANE BOUSOU

Mais c'est sa tête.

Il a manqué d'oxygène

à la naissance. Vous le savez.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Et l'histoire

avec la jeune fille?

Il est très agité ces temps-ci.

Vous vous en rendez compte?


JOSIANE BOUSOU

Parce que tout le monde

l'emmerde!


DANIEL HUOT-MARCHAND

Au revoir, Josiane.


DANIEL regarde JOSEF qui lui renvoie un regard méprisant alors qu'un ambulancier referme la porte de l'ambulance.


Chez les BLIN, RODOLPHE installe CAMILLE dans son siège d'auto.


BÉNÉDICTE BLIN

Je suis en retard.


RODOLPHE BLIN

Tu dis à ma mère

que je passe la prendre à six heures?


BÉNÉDICTE BLIN

Tiens. Je peux pas continuer

à faire des détours comme ça.

On avait dit

que c'était temporaire,

le temps que tu t'installes.

(Embarquant dans la voiture)

T'as envoyé la facture au maire?


RODOLPHE BLIN

Oui.


BÉNÉDICTE BLIN

Et Monnier, il t'a payé?

Il t'a payé?


RODOLPHE BLIN

Oui.


BÉNÉDICTE BLIN

Combien?


RODOLPHE BLIN

1800.


BÉNÉDICTE BLIN

Pourquoi tu m'as rien dit?

Faut les mettre sur le compte.


CAMILLE babille. BÉNÉDICTE tente de démarrer la voiture.


BÉNÉDICTE BLIN

Chut, s'il te plaît, Camille.


Le moteur ne démarre pas.


BÉNÉDICTE BLIN

Tu fais quoi aujourd'hui?


RODOLPHE BLIN

Je vais à Servin. Je commence

le chantier des Jacquet.


BÉNÉDICTE BLIN

OK.


BÉNÉDICTE démarre la voiture et s'éloigne dans la rue. RODOLPHE la regarde partir. Il soupire et entre dans son atelier. Il bouge un document sur une table et regarde dehors par la fenêtre arrière.


Plus tard, RODOLPHE est devant l'épicerie. Il aperçoit son affiche d'entreprise retroussée sur le babillard. Il la punaise alors bien en place. Au passage, il entend une discussion venant de l'intérieur.


FRANÇOIS

Qu'est-ce qui s'est passé

exactement?

Vous savez pas où elle était?


VALÉRIE

Non, elle est pas rentrée.

Elle avait coupé son téléphone,

on savait pas quoi faire.

Il était 10 heures…


MICHEL

Non, il était au moins 10 heures et demie.


FRANÇOIS

Qu'est-ce qu'il lui a fait?


MICHEL

À ce que j'ai compris,

c'est simple,

Bousou s'est approché d'elle à

un moment où elle était seule…


RODOLPHE entre dans l'épicerie.


RODOLPHE BLIN

Bonjour.


VALÉRIE

Bonjour, monsieur.


MICHEL

S'il n'y avait pas eu le fils

Larcher, dans le coin,

je sais pas comment…

on l'aurait trouvée, la petite.


RODOLPHE BLIN

Je vais prendre une baguette,

s'il vous plaît.


FRANÇOIS

Vous l'avez emmenée

chez les gendarmes?


VALÉRIE

Non, elle veut pas.


MICHEL

Moi je vais y aller.


VALÉRIE

Michel, s'il te plaît.

(S'adressant à RODOLPHE)

3,80 euros.


RODOLPHE BLIN

Merci. Au revoir.


VALÉRIE

Au revoir.


RODOLPHE quitte l'épicerie.


Dans un champ, une moissonneuse-batteuse récolte du maïs qu'elle charge dans une benne tirée par un tracteur. DIANE regarde son champ, inquiète.


Plus tard, DIANE déambule toujours dans son champ, maintenant vide. De son champ, JEAN-LOUIS vient la rejoindre en marchant.


JEAN-LOUIS BOIBESSOT

Bonjour, Diane.


DIANE

(Désintéressée)

Bonjour.


DIANE fixe le vide devant elle un moment.


JEAN-LOUIS BOIBESSOT

Tu sais qu'il est revenu?

Ma gamine l'a vu

dans le village.


DIANE

C'est pas possible,

ils l'ont gardé que trois jours.


JEAN-LOUIS BOIBESSOT

Oui, je sais.

On nous laisse

nous démerder tout seuls.


DIANE s'éloigne de JEAN-LOUIS.


JEAN-LOUIS BOIBESSOT

Je voulais te dire, Diane…


DIANE se retourne vers JEAN-LOUIS.


JEAN-LOUIS BOIBESSOT

Je sais que c'est pas le moment

de t'emmerder avec ça,

mais mon offre tient toujours.

Je peux même la revoir

à la hausse.

Si tu veux bien prendre

le temps de discuter.


DIANE fait non de la tête, puis s'éloigne. Elle répond à son téléphone cellulaire.


DIANE

Oui, bonjour?


Plus tard, DIANE arrive en ville avec sa voiture. VALÉRIE la rejoint près de sa voiture.


DIANE

Il est où?


VALÉRIE

Il est là-bas, près du poteau.


DIANE prend une petite branche sur sa banquette arrière et va à la rencontre de JOSEF, accoté sur un poteau.


DIANE

Qu'est-ce que tu fais, là?

Va-t'en, on ne veut plus

te voir ici. Va-t'en!

T'as rien à faire ici.


JOSEF BOUSOU

T'as pas d'ordre à me donner,

t'es pas ma mère.


DIANE

Parce que tu crois que j'en

voudrais d'un gosse comme toi?


JOSEF BOUSOU

Ferme-la, t'en as pas.


DIANE soupire, indignée.


DIANE

Fous le camp.

(Frappant JOSEF avec sa branche)

Fous le camp! Fous le camp!

Fous le camp!


JOSEF BOUSOU

Manon! Manon!


JOSEF court vers l'épicerie.


JOSEF BOUSOU

Manon!


DIANE

(Frappant JOSEF)

Fous le camp! Fous le camp!


JOSEF entre dans l'épicerie.


VALÉRIE

(Retenant JOSEF)

Va-t'en, Manon!


DIANE

Casse-toi!


JOSEF prend une boîte sur l'étagère et la lance vers MANON.


JOSEF BOUSOU

Manon!


VALÉRIE

Va-t'en, Josef!


DIANE

Sors de là! Va-t'en!

(Frappant JOSEF)

Va-t'en! Va-t'en!


JOSEF prend une autre boîte et des tomates sur l'étalage extérieur et les lance sur DIANE. Puis, il prend la fuite en courant.


DIANE

(Poursuivant JOSEF)

Dégage!

Rentre chez toi!


Dans la cuisine chez les BOUSOU, JOSEF se rince le visage dans l'évier.


JOSIANE BOUSOU

Faut que t'ailles voir

les gendarmes, Josef.


JOSEF BOUSOU

Non.


JOSIANE BOUSOU

Il faut, Josef!

Eux, ils hésitent pas

à le faire.

Tout le monde est contre nous,

maintenant. Même le maire!


JOSEF BOUSOU

Je voulais pas.


MICHEL

(Arrivant dans la cour avec DIANE)

Bousou?

Josef!


JOSEF sort les rejoindre.


JOSIANE BOUSOU

Josef!


JOSEF BOUSOU

Je suis là.


MICHEL

Ça commence à suffire,

tes conneries.


JOSIANE BOUSOU

Qu'est-ce que vous voulez?


MICHEL

On ne veut plus voir votre

fils traîner dans le village.


JOSIANE BOUSOU

Sortez. Vous avez pas le droit

d'entrer chez les gens comme ça.


DIANE

Il se gêne, lui?

Et si j'entrais dans sa chambre?


JOSEF BOUSOU

Tu te ferais moins chier

qu'avec ton père. Ha, ha!


JOSIANE BOUSOU

Arrêtez! Arrêtez!


DIANE

(Frappant JOSEF)

Petite merde!


JOSEF BOUSOU

Lâche-moi!


MICHEL

Du calme!


JOSIANE BOUSOU

Arrêtez!


JOSEF BOUSOU

Ta gueule!


MICHEL

Petite ordure!


JOSEF BOUSOU

Ferme ta gueule!


MICHEL

(Frappant JOSEF)

Tiens!


JOSEF tombe par terre.


JOSIANE BOUSOU

Mais vous êtes fou?

(Aidant JOSEF à se relever)

Vous partez!


MICHEL

Si tu touches à un cheveu

de ma fille, t'es mort, Bousou.


DIANE

On ne veut plus te voir.

Je ne veux plus te voir.

Je t'interdis de mettre

les pieds dans le village.


JOSIANE BOUSOU

Vous pouvez pas

lui interdire de sortir.


DIANE

Maintenant, c'est moi

qui vais te surveiller.

Tous les jours, je passerai pour

vérifier que t'es pas sorti.

S'il faut, je ferai

des rondes devant chez toi.


JOSIANE BOUSOU

Vous êtes folle.


DIANE marche à reculons alors que JOSEF avance, l'air menaçant.


DIANE

Dans la maison, t'as le droit.

Ici, dans la cour,

t'as le droit.

Jusqu'au portail, t'as le droit.

Tu comprends ça?

Tu comprends?

Recule, je te dis.

Recule.


JOSIANE BOUSOU

Dégagez!

Sortez!


DIANE

Trou de cul.


JOSIANE BOUSOU

Sortez!

Vous sortez maintenant.


MICHEL et DIANE sortent de la cour. VALÉRIE les accompagne dans la rue. JOSIANE referme le portail. JOSEF fixe le sol quand JOSIANE le rejoint.


JOSIANE BOUSOU

On y va.

Viens, Josef. Viens.

Allez.

Allez, viens, viens, rentre.

Viens. Viens.

On rentre dans la maison.

Viens. Allez. Tout doucement.


JOSEF reste immobile et fond en larmes.


JOSIANE BOUSOU

Allez, viens.


Plus tard, derrière l'atelier de RODOLPHE, CAMILLE s'amuse dans le sable.


À l'intérieur de l'atelier, DANIEL s'apprête à signer un chèque.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Vous n'avez presque rien

compté comme main d'oeuvre.


RODOLPHE BLIN

C'est normal.

C'est pour le village.


DANIEL signe le chèque.


DANIEL HUOT-MARCHAND

On ne va pas

remettre de pompe.

L'étang est trop bas.

Je suis désolé. Je vous ai

fait travailler pour rien.

(Remettant le chèque à RODOLPHE)

Tenez.


RODOLPHE range le chèque dans un dossier et revient vers DANIEL.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Au revoir.


RODOLPHE BLIN

Au revoir.

Ça doit pas être facile

pour vous en ce moment.

Avec ce qui se passe.

Qu'est-ce que vous allez faire?


DANIEL HUOT-MARCHAND

Je sais pas.

Je suis un peu dépassé,

là, je crois.


DANIEL quitte l'atelier. RODOLPHE le regarde s'éloigner dans la rue, puis rentre dans l'atelier. Il jette un oeil par la fenêtre arrière.


RODOLPHE BLIN

Camille?


Il sort de l'atelier par la porte arrière, mais CAMILLE plus dans le sable, près de la fenêtre.


RODOLPHE BLIN

Camille!


RODOLPHE traverse le petit parc et rejoint JEAN-FRANÇOIS qui charge sa voiture avec MICHAËL.


RODOLPHE BLIN

Excusez-moi.

Excusez-moi.

monsieur fille était en train

de jouer, vous l'avez pas vue?


JEAN-FRANÇOIS

Non.


RODOLPHE BLIN

Je peux regarder chez vous?


JEAN-FRANÇOIS

Ouais…


RODOLPHE marche à l'arrière de la maison de JEAN-FRANÇOIS.


RODOLPHE BLIN

Camille?

Camille?


RODOLPHE contourne la piscine.


RODOLPHE BLIN

Camille! Qu'est-ce que

tu fais là?

Qu'est-ce que tu fais?


RODOLPHE rejoint CAMILLE qui est assise sur une balançoire.


CAMILLE BLIN

Je fais du cheval.


RODOLPHE BLIN

Oui, mais moi,

je te cherche partout.

Allez, viens.

Pourquoi tu te sauves comme ça?

Hein?


RODOLPHE prend CAMILLE dans ses bras et la ramène.


Dans la cour des BOUSOU, VIRIGLE met une boîte d'aliments et une glacière dans le coffre de sa voiture. SONIA et JOSIANE le rejoignent en lui apportant d'autres aliments.


JOSIANE BOUSOU

Il fait quoi, le gamin?


VIRGILE BOUSOU

Je sais pas.


JOSIANE rejoint THIERRY plus loin dans la cour.


JOSIANE BOUSOU

Il est passé où, ton frère?


THIERRY BOUSOU

(Regardant un coin de la cour)

Il est là.


JOSIANE s'approche d'une grosse boîte en bois derrière laquelle JOSEF est caché.


JOSIANE BOUSOU

Josef? Viens, on y va.


JOSEF BOUSOU

Je peux pas, je t'ai dit.


JOSIANE BOUSOU

Il y aura tes neveux,

on va s'amuser.


THIERRY et SONIA rejoignent JOSIANE.


JOSIANE BOUSOU

C'est pas bien que tu restes

seul ici, Josef.

Tu sais, on rentre que demain.

Tu restes tranquille alors.


JOSIANE s'éloigne.


THIERRY BOUSOU

Hé, frérot?

T'es sûr que tu veux pas venir?


JOSEF lance des cailloux sur une jante métallique. SONIA prend le bras de THIERRY, et les deux retournent à leur voiture. JOSEF fixe le vide devant lui.


La nuit tombée, JOSEF marche seul dans une rue du village. Il arrive au coin d'un bâtiment près de l'épicerie et voit MANON ranger des chaises d'extérieur. Puis, MANON rentre dans l'épicerie. JOSEF est pensif.


Dans sa chambre, CAMILLE est étendue dans son lit en sous-vêtements.


RODOLPHE BLIN

Tu mets quelle robe?

La rouge ou la bleue?

Elle est où, ta robe?


BÉNÉDICTE arrive dans l'embrasure de la porte.


BÉNÉDICTE BLIN

Qu'est-ce que vous faites?

Pourquoi t'es pas

en pyjama, ma puce?


RODOLPHE BLIN

(Regardant CAMILLE)

Parce qu'on va…


CAMILLE BLIN

Aux feux d'artifice!


RODOLPHE BLIN

(Se retournant vers BÉNÉDICTE)

Je t'en ai parlé, Bénédicte.

Les feux de Grandval.


BÉNÉDICTE BLIN

J'ai oublié.


RODOLPHE BLIN

Si on se dépêche, on a le temps.


BÉNÉDICTE BLIN

Arrête. Arrête, Rodolphe.


RODOLPHE BLIN

C'est juste à côté.


BÉNÉDICTE quitte la chambre.


CAMILLE BLIN

Mon doudou, il s'appelle Rosa!


RODOLPHE rejoint BÉNÉDICTE dans la salle de bain.


RODOLPHE BLIN

J'ai envie d'y aller, moi.

On fait jamais rien.


BÉNÉDICTE BLIN

C'est sûr. Depuis qu'on est

ici, on ne fait plus rien.


BÉNÉDICTE se lave les mains.


RODOLPHE BLIN

Qu'est-ce que t'as?


BÉNÉDICTE BLIN

Je suis passée à la banque.

Pourquoi tu m'as menti

pour le règlement de Monnier?

Tu croyais que j'allais pas

m'en rendre compte?


BÉNÉDICTE soutient le regard de RODOLPHE.


BÉNÉDICTE BLIN

T'étais à Servin aujourd'hui?

T'es allé voir Jacquet?


RODOLPHE BLIN

Oui.

Oui, j'y étais.

Tu me crois pas?


BÉNÉDICTE BLIN

Déjà que t'arrives pas à te

secouer pour trouver du boulot.

Si en plus, tu te mets à mentir.


BÉNÉDICTE quitte la salle de bain et va dans leur chambre. RODOLPHE la rejoint.


BÉNÉDICTE BLIN

Je suis pas sûre

qu'on a bien fait

de venir vivre ici, Rodolphe.


RODOLPHE BLIN

Pourquoi tu dis ça?


BÉNÉDICTE BLIN

Tu vois bien

que ça marche pas.

C'était plus simple

quand t'étais chez Ravier.

On n'avait pas tous ces soucis

et on avait du temps pour nous.


RODOLPHE BLIN

Tu dis ça

parce que t'es fatiguée.


BÉNÉDICTE soutient le regard de RODOLPHE un moment, puis détourne la tête et déboutonne son chemisier.


RODOLPHE BLIN

On reste ici alors.

(Soupirant)

On va se coucher comme des cons.

(Donnant un coup de poing dans le mur)

Putain!


RODOLPHE laisse un trou dans le mur et s'éloigne. BÉNÉDICTE sursaute.


Chez lui, DANIEL sort dans la cour pour regarder les feux d'artifice qui éclatent au loin. Soudainement, la pluie se met à tomber graduellement et le grondement d'un orage se fait entendre.


Plus tard, une pluie diluvienne s'abat sur le village.


Le lendemain, VIRGILE et JOSIANE reviennent chez eux en voiture. La voiture se gare et JOSIANE en sort.


JOSIANE BOUSOU

Le portail est ouvert.


JOSIANE ouvre les portes du portail. La voiture entre se garer. JOSIANE referme les portes du portail derrière elle. VIRIGLE sort de la voiture. JOSIANE ouvre la portière arrière de la voiture.


VIRGILE BOUSOU

Qu'est-ce que tu fais là?


JOSIANE se retourne et rejoint VIRGILE près de la voiture de JOSEF. JOSEF est étendu par terre, le chandail troué et ensanglanté. JOSIANE accourt près de JOSEF.


JOSIANE BOUSOU

Josef!

Josef!

Josef...

(S'adressant à VIRGILE)

Va appeler les pompiers!

Josef?


Plus tard, les pompiers arrivent et VIRIGLE leur indique où est JOSEF. Les pompiers rejoignent JOSIANE, à genoux près de JOSEF.


POMPIER 1

Madame. S'il vous plaît,

laissez-nous travailler.

S'il vous plaît, reculez.


JOSIANE sanglote. Les pompiers entourent JOSEF. L'un d'eux écoute sa respiration.


POMPIER 2

Il ne respire plus.

Il y a pas de pouls.

On commence un massage.


Un troisième pompier installe un masque de réanimation à JOSEF pendant que le second pompier lui fait un massage cardiaque.


JOSIANE BOUSOU

(Paniquée)

Josef! Josef!


POMPIER 1

Madame, laissez-nous

travailler.

Madame, s'il vous plaît.

Reculez.


Le premier pompier remet JOSIANE entre les mains de VIRGILE. JOSIANE pleure. Le second pompier compte ses compressions.


Une foule s'amasse autour du portail. Dans la cour, le corps de JOSEF sur une civière. JOSIANE caresse son visage en pleurant. Les thanatologues enveloppent le corps de JOSEF dans un sac blanc et l'embarquent dans une camionnette. VIRGILE enlace JOSIANE pour la consoler.


La camionnette sort de la cour et les gendarmes ouvrent un chemin parmi la foule. Dans la cour, le MAJOR et un GENDARME suivent JOSIANE et VIRGILE à l'intérieur de la maison.


À un autre moment, dans une rue du village, DIANE accompagne ODETTE. Elles rejoignent FRANÇOIS et JEAN-LOUIS.


DIANE

Ça va?


FRANÇOIS

Hum…


DIANE

Ils font quoi, là?


FRANÇOIS

Ils sont toujours avec Daniel.


DIANE

J'espère qu'on va passer

dans la matinée.


ODETTE

Pourquoi il faut qu'on réponde

encore à des questions?

On m'a déjà interrogée

à la maison.


JEAN-LOUIS BOIBESSOT

Ils veulent enregistrer

chacune des dépositions.

Vous devez entrer

donner votre nom

et après, ils viendront

vous chercher.

Allez, allez-y, Odette.


FRANÇOIS

Ça va, Jean-François?

Ils vous ont fait écourter

vos vacances exprès?


JEAN-FRANÇOIS s'approche.


JEAN-FRANÇOIS

Bien, on a pas eu le choix.

Ils ont trouvé des traces

dans notre jardin.


Les quatre se regardent en soupirant.


JEAN-LOUIS BOIBESSOT

(Terminant sa cigarette)

Bon, allez. On y va?


JEAN-FRANÇOIS, JEAN-LOUIS et FRANÇOIS entrent dans la gendarmerie. DIANE patiente un peu et entre elle aussi.


Dans un bureau de la gendarmerie, le MAJOR interroge DANIEL.


MAJOR

Vous avez déposé

plainte contre lui

pour le vol

d'un équipement communal.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Je n'ai pas déposé

plainte contre Josef.

C'était une plainte

contre X.


MAJOR

Et vous avez pensé

que ça pouvait être lui

qui avait volé

cette pompe?

Ou sa famille?


DANIEL HUOT-MARCHAND

J'avais besoin

que l'enquête se poursuive

pour faire jouer l'assurance.


Le MAJOR regarde ses documents en soupirant.


MAJOR

Et l'hospitalisation

que vous avez tentée contre lui?


DANIEL HUOT-MARCHAND

J'ai longuement hésité

avant d'entamer cette démarche.

Mais Josef avait changé et…

il était devenu agressif.

Et il y avait eu l'histoire

avec cette dame âgée.


MAJOR

Mais il a pas été condamné

dans cette affaire.

Son casier était d'ailleurs

quasiment vide.


Le MAJOR regarde à nouveau ses documents en soupirant.


MAJOR

Pourquoi l'hôpital

ne l'a-t-il pas gardé?

Il a eu une expertise

psychiatrique

lors de son hospitalisation.


DANIEL HUOT-MARCHAND

(Hésitant un moment)

Ils ont parlé de débilité…

débonnaire et affective.


Plus tard, DIANE est assise devant le MAJOR où était DANIEL.


MAJOR

Vous vouliez me parler

des agissements de Josef Bousou.


DIANE

Oui. Hum…

Bon, c'est quand

il a volé la pompe

que ça a vraiment

commencé à empirer.

On avait fait

un effort important

avec cet investissement.

C'était un peu…


MAJOR

Vous l'avez vu

voler cette pompe?


DIANE

Pardon?


MAJOR

Est-ce que vous l'avez vu

voler cette pompe?


DIANE

Non, mais on savait

que c'était lui.


MAJOR

Bien, c'est pas exactement

ce que je vous demande.

Je vous demande

si vous l'avez vu.


DIANE

Non. Mais on a retrouvé

la clé sur lui.


MAJOR

Mais ça, ça veut rien dire.

Est-ce que vous l'avez vu?


DIANE s'esclaffe.


MAJOR

Est-ce que vous pouvez

m'affirmer que c'était lui?


DIANE perd son sourire, déconfite.


Plus tard, MICHEL est assis devant le MAJOR où était DIANE. Il remue la jambe, nerveux.


MAJOR

Madame Josiane Bousou a affirmé

que vous aviez proféré des

menaces de mort contre son fils.

Vous auriez dit:

«Bousou, t'es mort».


MICHEL

Je me suis emporté

avec lui, oui, mais…

j'ai pas dit ça.


MAJOR

Vous vous souvenez

de ce que vous avez dit?


MICHEL

Je lui ai dit qu'il avait

pas intérêt à toucher

encore à ma fille,

ou quelque chose comme ça.


MAJOR

Et pourquoi votre fille

n'a-t-elle pas déposé plainte?


MICHEL

Elle voulait pas.


MAJOR

Pourquoi?


MICHEL

Pourquoi je l'aurais forcée?

De toute façon,

pour ce que ça servait.

On portait plainte,

il se passait rien.

Pourquoi personne

n'a jamais rien fait?


Dans la gendarmerie, VALÉRIE descend l'escalier et s'assoit près de MANON et DYLAN dans le couloir.


YACINE et sa mère entrent.


MÈRE DE YACINE

Bonjour.


VALÉRIE

Bonjour.


YACINE et sa mère montent l'escalier. MANON les regarde.


Dans le bureau de la gendarmerie, YACINE est assis devant le MAJOR et pleure.


MAJOR

Tu connaissais bien

la famille Bousou?


YACINE fait oui de la tête.


MAJOR

Depuis longtemps?


YACINE

Oui. Josiane me gardait

quand j'étais petit.


YACINE est incapable de regarder dans les yeux du MAJOR.


MAJOR

C'était qui pour toi

Josef Bousou?

C'était un ami?


YACINE

Je l'aimais bien, Josef,

mais il était lourd.


YACINE renifle.


MAJOR

Ça veut dire quoi

«il était lourd»?


YACINE

Chaque fois que je sortais,

il voulait me suivre.

Et je voulais pas tout le temps

qu'il vienne avec nous.

Je savais comment ils étaient,

les autres avec lui.


Plus tard, DYLAN est assis devant le MAJOR où était YACINE.


MAJOR

Qu'est-ce que tu penses,

toi, de ce qui s'est passé?


DYLAN LARCHER

Moi, je m'en fous

des histoires de ce bled.

Ce que je veux, c'est me casser.


MAJOR

Tu vis avec ton père

et ton frère, c'est ça?


DYLAN LARCHER

Han han.


MAJOR

Et ta mère?


DYLAN LARCHER

Ils ont divorcé,

je ne la vois plus, elle.


DYLAN déglutit et détourne le regard.


MAJOR

Tu peux au moins me dire

ce qui s'est passé

le soir où tu es allé

au séchoir à tabac avec Manon?

Ses parents ont dit

que tu l'avais défendue

lorsque Josef

a tenté de l'approcher.


DYLAN LARCHER

Ils disent ce qu'ils veulent.


MAJOR

Tu l'as défendue, oui ou non?


DYLAN LARCHER

Je ne sais plus, moi.


Plus tard, MANON est assise devant le MAJOR où était DYLAN.


MAJOR

Lors de son interrogatoire,

Thierry Bousou a supposé que…

Josef avait de

l'attachement pour toi.

Tu t'en es aperçue?


MANON ne répond pas.


MAJOR

Qu'est-ce qui s'est passé

le soir où tu es allée

au séchoir à tabac

avec Dylan Larcher?


MANON penche la tête et ne répond pas.


MAJOR

Tu sais que ton père nous a dit

que Josef avait essayé

de te faire du mal?


MANON regarde par terre et ne répond pas.


MAJOR

C'est ce qui s'est passé?


MANON

(Relevant la tête)

C'est mon père qui a dit ça.


MAJOR

Mais il t'avait fait

quelque chose?


MANON

Non.

Il était même pas là.


Dans un couloir surveillé par un gendarme, le CONSEILLER, la CONSEILLÈRE et DIANE sont assis sur des chaises. JEAN-LOUIS les rejoint.


JEAN-LOUIS BOIBESSOT

T'es pas encore partie?


DIANE

J'attends Odette.


BÉNÉDICTE, RODOLPHE et CAMILLE les rejoignent. CAMILLE fredonne. Ils s'assoient, CAMILLE sur les jambes de BÉNÉDICTE.


BÉNÉDICTE BLIN

Bonjour.


BÉNÉDICTE dépose son sac à main sur la chaise à côté d'elle. RODOLPHE fixe le vide devant lui.


Dans le bureau de la gendarmerie, RODOLPHE est assis devant le MAJOR.


MAJOR

Vos voisins sont partis

en congé le 14 août.

On a retrouvé sur place

une lampe torche appartenant

à Josef Bousou.

Vous n'avez rien vu?


RODOLPHE BLIN

(Secouant la tête)

Hum.


MAJOR

Et à quelle heure

votre femme est-elle rentrée?


RODOLPHE BLIN

22 heures.


MAJOR

Votre femme rentre

souvent aussi tard?


RODOLPHE BLIN

Oui, à cause de son travail.


MAJOR

Qu'est-ce que

vous avez fait ensuite?


RODOLPHE BLIN

On s'est couchés.


MAJOR

À quelle heure?


RODOLPHE BLIN

22 heures 30.


MAJOR

Vous vous souvenez

des horaires avec précision.

Alors, qu'est-ce que vous avez

fait entre 22 heures et 22 heures 30?


RODOLPHE BLIN

Rien de particulier.


MAJOR

Vous avez dîné?

Vous avez regardé la télé?

Vous avez discuté?


RODOLPHE BLIN

On s'est un peu disputé.

Oui, parce que moi,

je voulais aller aux feux

d'artifice à Grandval.

Et ma femme voulait pas.

Parce que…

elle était fatiguée.

Hum.


MAJOR

Et le lendemain,

vous n'avez rien remarqué?


RODOLPHE BLIN

Non. Le lendemain, on est

allés déjeuner chez mes parents.


Le MAJOR fixe RODOLPHE qui a les yeux pleins d'eau.


RODOLPHE BLIN

(Se levant d'un bond)

Je peux voir ma femme?


MAJOR

Veuillez rester

assis, monsieur.

S'il vous plaît.


RODOLPHE se rassoit et essuie ses larmes.


MAJOR

Vous me disiez être allés

chez vos parents.


RODOLPHE BLIN

Hum.

On y va presque

tous les dimanches.

C'est…


RODOLPHE soupire.


RODOLPHE BLIN

… c'est ma mère

qui garde la petite.


RODOLPHE essuie ses larmes et renifle.


RODOLPHE BLIN

Quand on a traversé le village,

il y avait les gendarmes

qui mettaient

des banderoles partout.


RODOLPHE pleure dans sa main. Il prend une grande inspiration et essuie ses larmes.


MAJOR

Qu'est-ce que vous vous êtes

dit à ce moment-là?


RODOLPHE BLIN

(Sanglotant)

Je me suis dit qu'il s'était

passé quelque chose.


RODOLPHE pleure dans ses mains.


MAJOR

Monsieur.


RODOLPHE pleure encore.


RODOLPHE se souvient de la nuit orageuse où il travaillait dans son atelier. En passant devant la fenêtre, il aperçoit JOSEF marcher dans le petit parc derrière. Le tonnerre gronde.


RODOLPHE marche sous la pluie avec un objet tranchant dans la main. Il s'approche de la piscine de son voisin JEAN-FRANÇOIS. Il aperçoit un faisceau lumineux derrière la maison.


RODOLPHE BLIN

Qu'est-ce que tu fais, là?


JOSEF revient vers RODOLPHE.


RODOLPHE BLIN

T'as rien à faire ici.


JOSEF court vers RODOLPHE et lui saute dessus, mais s'empale sur l'objet tranchant. JOSEF tombe par terre. Il se relève et se jette à nouveau sur RODOLPHE et s'empale une nouvelle fois. RODOLPHE donne un coup qui enfonce l'objet plus profondément. JOSEF tombe par terre et rampe. Il parvient à se relever et titube loin de RODOLPHE. Le souvenir de RODOLPHE se termine. Deux gendarmes se tiennent derrière lui dans le bureau du MAJOR.


MAJOR

Vous étiez proche

de votre voisin?


RODOLPHE BLIN

Non.

Je le connaissais quasiment pas.


MAJOR

Et alors, pourquoi

vous êtes-vous introduit

dans sa propriété?


RODOLPHE BLIN

J'étais inquiet.


MAJOR

Votre femme

et votre enfant dormaient.

Personne n'était en danger.

Donc, ce soir du 14 août,

vous avez pensé que

ce pouvait être Josef Bousou

qui se trouvait dans

le jardin de vos voisins?


RODOLPHE BLIN

Ouais…


MAJOR

Pourquoi?


RODOLPHE BLIN

Dès qu'il se passait

quelque chose

dans le village,

on pensait à lui.


MAJOR

Et à votre avis, que cherchait

à faire Josef Bousou

dans le jardin de vos voisins?


RODOLPHE BLIN

Je sais pas…


RODOLPHE fait une pause.


RODOLPHE BLIN

Peut-être prendre quelque chose.


Un gendarme menotte RODOLPHE et l'emmène en dehors du bureau. Au passage, RODOLPHE lance un regard à sa femme.


Un autre jour, JEAN-LOUIS marche dans un pré et se rend jusqu'à son champ de maïs. Il inspecte les plants qui ont bien poussé. Il arrache un épi et le coupe en deux. Il goûte à un grain.


Plus tard, JEAN-LOUIS cache le moteur volé de la pompe municipale dans une remorque.


Dans une étable, LAURA termine de donner du foin aux vaches et voit son père passer en tracteur avec la remorque. LAURA prend de grandes respirations, affectée.


Devant l'épicerie, DANIEL passe devant la terrasse où un groupe de gens, dont MICHEL, boivent un café.


DANIEL HUOT-MARCHAND

(Saluant MICHEL)

Bonjour.


MICHEL

Bonjour.


DANIEL poursuit son chemin et croise DIANE sortant de sa voiture.


DIANE

Bonjour, Daniel.


DANIEL HUOT-MARCHAND

Bonjour.


DIANE rejoint le groupe et s'assoit avec eux.


DIANE

Excusez-moi,

je suis en retard.


VALÉRIE

C'est pas grave.

Tiens, assieds-toi.


MICHEL

Tu prends quoi, Diane?


DIANE

Je sais pas, un café.


MICHEL

Manon? Tu nous emmènes

un café, s'il te plaît?


DIANE soupire, satisfaite.


CONSEILLER

T'as fait ta demande

de subvention sécheresse?


MICHEL

T'as pu t'arranger

avec Boibessot?


DIANE

Oui, je vais garder

mes pâtures.


VALÉRIE

Tu vends tes terres?


DIANE soupire.


DIANE

Hum… J'ai eu Bénédicte Blin.


FRANÇOIS

Comment elle va?


DIANE

Elle s'est installée

à Villeneuve chez une amie.

Elle veut pas rester ici

avec la petite.

Elle va mettre

en vente la maison

et puis l'atelier de son mari.

Je lui ai proposé de l'aider

pour le déménagement,

mais elle a pas voulu.


FRANÇOIS

Et lui?


DIANE

Il a été transféré à Nérac.


MANON sert un café à DIANE.


DIANE

Merci, Manon.


MANON

Je peux y aller?


VALÉRIE

Oui, vas-y.

À tout à l'heure.


MANON s'éloigne dans la rue. Plus loin, LAURA et YACINE la suivent derrière chez DYLAN.


YACINE

T'es sûre qu'ils sont pas là?


MANON

Non, ils sont repartis

en vacances.


Les trois font le tour de la piscine en inspectant le fond de l'eau.


LAURA

Il est là.


YACINE enlève son chandail et plonge dans la piscine. Il récupère le petit bibelot de chérubin et le remet à MANON.


Au cimetière, MANON, YACINE, LAURA et JOSIANE se recueillent devant la sépulture de JOSEF. Non loin d'eux, VIRGILE, THIERRY et SONIA les regardent. JOSIANE s'avance et installe le petit bibelot de chérubin sur la sculpture en fer plié au-dessus de la tombe.


Générique de fermeture

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