Image univers CinéTFO Image univers CinéTFO

CinéTFO

Retrouvez le meilleur du cinéma sur CinéTFO! Profitez de notre sélection de films offerts gratuitement pour (re)découvrir des classiques et des oeuvres incontournables du cinéma d'auteur contemporain. Pour la programmation en ondes, consultez le Passeport CinéTFO!

Partager

Vidéo transcription

Riens du tout

La vie d’un grand magasin parisien, les Grandes Galeries, dirigé par un nouveau PDG, M. Lepetit, qui va chercher à rentabiliser l’entreprise en basant sa politique sur le facteur humain.



Réalisateur: Cédric Klapisch
Acteurs: Fabrice Luchini, Daniel Berlioux, Marc Berman
Année de production: 1992

Accessibilité
Déterminer le comportement de la visionnneuse vidéo:

video_transcript_title-fr

Générique d’ouverture


DOMRÉMY (Narrateur)

T'imagines tous les gens

qu'il y a là-dedans?


Des images des toits de Paris le matin, défilent. Se font entendre des bribes de conversations entremêlées et les rumeurs de la ville.


DOMRÉMY se tient debout sur son balcon et regarde à l'horizon, en parlant à sa femme.


DOMRÉMY

J'aime pas être seul.


FEMME

Bien, t'es pas le seul.


DOMRÉMY

Ah!


Titre :
Riens du tout


FEMME

Allons, active. Habille-toi.

Et descends

la poubelle en partant.


DOMRÉMY

Et voilà:

poubelle, métro, boulot.


Différents employés des Grandes Galeries se rendent au travail le matin dans les rues et transports en commun de Paris.


Dans le métro, un homme, Jean-Luc LEFÈVRE, entre de justesse dans le wagon plein à craquer avant que la porte ne se referme. Il bouscule une femme en se précipitant à l'intérieur, la porte se ferme, la femme et lui sont coincés l'un à côté de l'autre.


FEMME

Ah! Toujours! On peut pas

faire comme tout le monde!


LEFÈVRE

Je fais comme tout le monde.


FEMME

(Soupirant)

Je travaille, moi.


LEFÈVRE

Bien, moi aussi,

je travaille, madame.


Le métro part.


Dans la rue, un homme, HUBERT, jogge près d'une femme joggant elle aussi, puis il l'accoste.


HUBERT

Vous courez souvent par ici?

Mademoiselle?


ROGER marche dans un quartier modeste et se fait accoster par un groupe de jeunes hommes.


JEUNE HOMME

Regardez, il y a Roger.

Tu vas où? Tu vas à la noce?


ROGER

Lâchez-moi.

Je suis comme d'habitude.


Un homme du voisinage lui crie après depuis son balcon.


LUCIEN

Hé! Hé, Roger!

Va bosser, fainéant!


ROGER

(Enfilant une écharpe)

Ta gueule, Lucien.


Dans un autobus, sur la plateforme arrière, deux femmes se parlent.


MADAME YVONNE

Aussi, je te le dis:

ils ont pas intérêt

à pousser mamie

dans les orties.


MICHELINE

Oh, ça, je te fais confiance.

Oh, regarde, il y a Martin.


MADAME YVONNE

Mais pourquoi je me tiens

sur la plateforme, hein?


À l'intérieur du tram est assis JACQUES MARTIN. Une femme âgée se tient debout à côté de lui.


MICHELINE

Et tu crois qu'il

laisserait sa place?


Dans une station de métro, une femme, VÉRONIQUE, sort. Elle ne tient pas la porte qui tombe sur un homme derrière elle. VÉRONIQUE met ses lunettes fumées, montant les escaliers.


HOMME

(Sarcastique)

Merci.


Dans un taxi, Michel PIZZUTTI, drague la chauffeuse.


PIZZUTTI

Et vous êtes mariée?


CHAUFFEUSE DE TAXI

Hum, non. Attendez,

c'est beaucoup plus compliqué.

Parce que tout d'abord,

il a fallu qu'il

m'enlève à ma famille.


Dans le métro, ROGER est assis tout près d'un joueur d'accordéon et le regarde.


JOUEUR D'ACCORDÉON

♪ Faut voir la gueule

des ballots ♪

♪ Quand ils vont au boulot ♪

♪ Que je te prends

mon petit métro ♪

♪ Que je te ferme

ma petite gueule ♪


Dans la rue, ISABELLE marche main dans la main avec son copain, JOHNNY. Une jeune femme, CLAIRE, les aperçoit depuis un café et sourit.


MADAME DUJARDIN roule en scooter difficilement.


MADAME YVONNE, MICHELINE et JACQUES MARTIN descendent de l'autobus et entrent dans les Grandes Galeries.


JACQUES MARTIN

Bon. Eh bien, alors…

Bonne journée,

hein, Madame Yvonne.


MADAME YVONNE

De même, Monsieur Martin.


JACQUES MARTIN

Vous aussi,

hein, madame…

Micheline.


Il s'éloigne.


MICHELINE

C'est ça.

(Riant, à MADAME YVONNE)

Ha! Tu parles! Ha!


EMPLOYÉ

Alors, Monsieur Pizzutti,

on arrive en taxi ce matin?


PIZZUTTI

Bien oui, j'ai cassé

mes patins à roulettes.


Les employés s'affairent dans la salle des employés. PIZZUTTI croise MADAME DUJARDIN.


PIZZUTTI

Bonjour.


MADAME DUJARDIN

Bonjour.


Deux femmes se font la bise. ISABELLE et JOHNNY arrivent.


HUBERT

Ça va.


VÉRONIQUE poinçonne sa feuille de temps, alors qu'HUBERT la salue.


Plus loin, deux vendeuses, PAT et VANESSA se parlent.


PAT

Oh, j'ai pas envie d'y aller.


HUBERT

Bonjour, Véronique.

Tu me fais la bise?


VÉRONIQUE fait la bise à HUBERT.


PAT

(Regardant HUBERT et VÉRONIQUE)

Il nous fait pas

la bise, à nous.


ISABELLE, JOHNNY, et PIZZUTTI rejoignent VANESSA et PAT, ils se saluent et se font la bise.


VANESSA

(S'adressant à PAT)

Bien évidemment,

on est vendeuses,

on n'est pas démonstratrices.


ISABELLE

(Embrassant PAT)

Ça va?


PAT

Ça va, ma chérie?


PIZZUTTI

(S'adressant aux filles)

Vous êtes un petit peu dures.


PAT

Tu la connais pas.


PIZZUTTI

Une fille que je connais pas?

Tu rigoles.


JOHNNY rit.


VANESSA

(Faisant la bise à PIZZUTTI)

Quel tombeur, celui-là!


MICHEL

Bon. Hé. On y va?


PIZZUTTI

(S'adressant à PAT)

Coquine.


ISABELLE

À tout à l'heure.


Ils vont dans le magasin.


HUBERT et FRED se parlent dans le hall d'entrée.


FRED

(Provocateur)

Bonjour, Hubert.

Tu me fais pas la bise?


HUBERT

(Montrant son poing)

Un jour, tu feras la bise

à celui-là, toi.


FRED fait un mouvement de baiser avec sa bouche de manière arrogante à HUBERT, puis ils vont ouvrir les portes du magasin, chacun d'un côté.


Sur le trottoir, CLAIRE marche, l'air contemplatif. Elle marche devant un stand derrière lequel AZIZ fait une démonstration pour un mélangeur.


AZIZ

(Dynamique)

Je prends un exemple:

la julienne de légumes.

Les ingrédients,

vous les connaissez:

tomates, carottes,

persil, oignon, etc.

Une simple pression

du doigt suffit.

(Appuyant sur un bouton du mélangeur)

Ce que vous obtenez,

ce n'est pas un mélange,

ce n'est pas un amalgame,

ce n'est pas une ratatouille,

ce n'est pas une ragougnasse,

c'est un nectar dans

lequel vous retrouvez

le goût de chacun

des ingrédients.


Dans les vestiaires, ISABELLE, VÉRONIQUE, PAT et VANESSA se préparent toutes devant un petit miroir. VÉRONIQUE est devant le miroir, alors que les autres essaient de se voir, derrière.


ISABELLE

Attends.


VÉRONIQUE

Si tu restais moins derrière,

peut-être que

ce serait plus facile.

Je mets la barrette et j'y vais.


Les autres rient entre elles de l'attitude de VÉRONIQUE.


ISABELLE

D'accord.

Ça y est?

Voilà, attends.

Excuse-moi.


ISABELLE pousse VÉRONIQUE pour se placer devant le miroir.


ISABELLE

J'ai les cheveux plats.

Ça m'énerve!


VÉRONIQUE

(Passant devant ISABELLE)

Excuse-moi, Isabelle.

Juste 30 secondes.

J'y vais de toute façon.

Je peux pas me permettre

d'être en retard.

Voilà, c'est bon.


ISABELLE

Nous, on peut?


VÉRONIQUE

Bien, vous l'êtes assez

souvent. Enfin…

(S'éloignant)

Allez. Au revoir,

les filles. Merci.


ISABELLE est bouche bée et amusée.


VANESSA

(Riant)

Ah!


PAT

Super pétasse!


Dans le hall, MAMADOU, un technicien d'entretien, passe l'aspirateur, alors que des clients s'affairent.


HUBERT

(S'adressant à MAMADOU)

Hé, la tortue!

Mets le turbo,

il y a des clients.


MAMADOU s'en va tranquillement.


HUBERT

Allez, s'il te plaît.


Au rayon quincaillerie, un client, MONSIEUR ROI pose des questions sur les marteaux à FRANÇOIS, qui prend des notes dans un cahier.


MONSIEUR ROI

Il est bien, celui-là?


FRANÇOIS

Euh, ça dépend pour quoi.


MONSIEUR ROI

Planter des clous.


FRANÇOIS

Oui, évidemment, des

clous, mais quel genre?


MONSIEUR ROI

Je sais pas, moi. Des clous.


FRANÇOIS

Non, parce que nous,

on a des marteaux de tapissier,

marteaux de vitrier,

on a un peu de la massette,

manche en bois,

manche en caoutchouc…

Ça dépend de l'usage, quoi.


MONSIEUR ROI

Moi, c'est pour tout.


FRANÇOIS

Bien, prenez-les tous, alors.


MONSIEUR ROI

Je vais réfléchir, monsieur.


FRANÇOIS

(Ne levant pas les yeux de son cahier)

D'accord. Oui,

c'est ça, réfléchissez.


Au rayon des vêtements pour dames, MAMADOU passe tout près de VÉRONIQUE, nonchalamment, en roulant son aspirateur, ce qui la dérange.


CLIENTE

Mademoiselle, s'il vous plaît?


VÉRONIQUE

Oui, madame.


VOIX FÉMININE

(Provenant du haut-parleur)

C'est la rentrée.

Profitez de nos promotions

sur les collections d'automne.


CLIENTE

Où est-ce que je pourrais

trouver des imperméables?


VÉRONIQUE

Alors, vous montez

au deuxième étage,

c'est tout de suite à gauche.


CLIENTE

Merci.


La façade des Grandes Galeries est présentée.


Dans une salle de réunion, plusieurs personnes sont rassemblées autour d'une table, dont Monsieur LEPETIT.


HOMME

Le client est roi.

Et le client, c'est vous,

c'est moi, c'est tout le monde.

Tout le monde est roi.


LEPETIT

Totalement.


HOMME

Aux Grandes Galeries,

la nouveauté, c'est pas du neuf.

Être moderne est

une vieille tradition.

Mais cette année,

il nous faut profiter

de notre centenaire

pour rajeunir radicalement.


LEPETIT

Totalement.

Pour réussir, je veux réunir,

je veux fédérer,

je veux associer,

je veux rassembler toutes les

énergies de tout le personnel.

Une stratégie globale

contre l'éparpillement,

l'émiettement… la division.

En un mot, la dispersion.


HOMME

C'est très bien,

Monsieur Lepetit.

Nous vous confions

la gestion de cette entreprise.

À vous de rassembler

nos employés.

Si dans an, la situation

n'est pas rétablie,

vous savez que

nous serons obligés

de fermer

les Grandes Galeries.


LEPETIT

Et licencier… totalement.


LEPETIT et SIMONE, la directrice de coordination, arrivent dans le rayon jouet et se tiennent derrière un garde-corps surplombant le magasin.


SIMONE

Tenez, monsieur le directeur.

Voici la liste.

Alors, tout est bien divisé.

Euh, en désordre, par étage,

vous avez là-bas l'ameublement,

au troisième étage,

vous avez…

la table…

tout ce qui concerne…

Voilà, les… le ménager,

l'électroménager.

Euh, là, vous avez

le prêt-à-porter,

la lingerie, la chaussure,

et en dessous,

vous avez la parfumerie.

Là-bas, la peinture.


Ils regardent plus bas, au rayon peinture, un client tient des pots de peinture et s'adresse à MADAME YVONNE qui parle avec MICHELINE.


CLIENT

S'il vous plaît.


MADAME YVONNE

Une seconde, monsieur!


CLIENT

Une seconde?


MADAME YVONNE

Oui.


MADAME YVONNE se retourne et continue de parler à MICHELINE. Contrarié, le client dépose les pots de peinture et s'en va.


MADAME YVONNE

Mais dites donc!

Ils ont une place...

(Tapant sur les couvercles)

… les pots de peinture, hein!

C'est encore Yvonne

qui va ranger tout ça.


LEPETIT semble déconcerté par ce qu'il vient de voir.


SIMONE

Les bas.


LEPETIT regarde en bas, le rayon bas, où une employée s'étire, baille et s'affale sur un présentoir. LEPETIT a un air déconcerté.


SIMONE

Le rayon sport.


Au rayon sport, un employé lance un ballon et fait tomber un présentoir.


SIMONE

Le rayon jouets.


Au rayon jouet, PIZZUTTI parle avec une cliente.


PIZZUTTI

Allez, on en commande 500.


CLIENTE

500?


PIZZUTTI

Non, 1000.


CLIENTE

1000?


PIZZUTTI

Mettez 150.

Cette année,

les nounours, non.


SIMONE

La haute couture.


LEPETIT regarde plus bas, une cliente s'adressant à une employée qui a les bras croisés.


CLIENTE

Enfin, c'est

quand même incroyable!

On me dit au rez-de-chaussée

que je trouve au cinquième,

et au cinquième,

on me dit qu'il faut

que j'aille au second!


EMPLOYÉE

Oui, je sais bien.

Mais on ne sait plus où c'est.


SIMONE

La musique est là-haut.


LEPETIT entend un accord de guitare, il regarde plus haut DOMRÉMY tenant la guitare et parlant avec des clients.


DOMRÉMY

Je peux pas vous la vendre,

c'est celle dont je me sers

pour mes compositions.

Ah, j'y suis habitué,

maintenant.

Non, mais prenez l'autre.

Elle est moins bien, mais

elle est moins chère aussi.


Les clients sont perplexes, puis regardent l'autre guitare.


SIMONE

Et puis, en dessous,

le bricolage.

Veuillez me suivre,

s'il vous plaît.


VOIX FÉMININE

(Provenant du haut-parleur)

Pour les fillettes,

ou les garçonnets,

tous les accessoires

de la rentrée scolaire

sont au rez-de-chaussée

des Grandes Galeries.


LEPETIT et SIMONE marchent dans le rayon jouets, SIMONE pointe dans différentes directions. Puis ils arrivent dans une salle, où une chorale chante.


CHORALE

(Chantant)

♪ L'amoureux

qu'elle a choisi ♪


SIMONE

Voilà le restaurant

du personnel.

Ah, c'est une tradition

qui remonte à la fondation

du magasin.

Aujourd'hui,

les jeunes n'y vont plus.

Et Mademoiselle Crécelle, qui les

dirige, part à la retraite.


MADEMOISELLE CRÉCELLE, se retourne vers eux, l'air impatient.


CHORALE

(Chantant)

♪ Roule roule ♪

♪ Autour de ses quais fleuris ♪

♪ Elle chante chante ♪

♪ Chante chante ♪

♪ Chante chante ♪


SIMONE

Entre nous, c'est…

c'est un peu ridicule

tout ça.


LEPETIT

Non, non, non.

Non, non, une seconde.

C'est très beau.

C'est très important.

Il y a un groupe.

Il y a un groupe.

Il faudra relancer

ce genre d'activité.


LEPETIT et SIMONE sortent du restaurant.


ROGER entre dans une salle d'attente et referme la porte. De la musique d'ambiance joue. ROGER regarde les autres personnes assises dans la salle.


ROGER

Bonjour.

Bonjour.


Quelques personnes murmurent «bonjour». CLAIRE est assise dans la salle. ROGER s'assoit. CLAIRE le regarde.


ROGER

Ça dérange quelqu'un

si je fais arrêter

la musiquette, là?


LEPETIT et SIMONE se tiennent dans l'ascenseur parmi plusieurs personnes. Une autre musique d'ambiance joue. LEPETIT a un regard un peu vide.


ROGER s'adresse à la secrétaire dans la salle adjacente à la salle d'attente.


VOIX DE ROGER

Dites, euh, vous pouvez

arrêter la guimauve?


Quelques personnes rient dans la salle d'attente.


VOIX DE ROGER

La musique, ouais.

Non, ça gonfle tout le monde.

Merci.


ROGER retourne s'asseoir, la musique cesse.


ROGER

Bien voilà.

Non, c'est vrai,

ils nous mettent des musiques

pour nous détendre, moi,

ça m'énerve, c'est incroyable.


LEPETIT et SIMONE sont toujours dans l'ascenseur, avec la musique d'ambiance. L'ascenseur arrête. Ils sortent à un étage administratif de l'immeuble. Ils regardent par la fenêtre.


SIMONE

La première chose

qu'il faut apprendre ici,

c'est la géographie.

(Pointant à l'extérieur)

Nous allons là-bas.


LEPETIT et SIMONE marchent dans un corridor.


LEPETIT

Vous… Non, mais

vous… vous savez où...

Vous savez où nous allons, là?

Parce que j'ai l'impression

qu'on est repassés déjà, là.


SIMONE

Vous savez, c'est…

un [langue_etrangere=EN]patchwork[/langue_etrangere] d'architecture.

LEPETIT

Hum.


Ils croisent Monsieur LEFÈVRE.


SIMONE

Ah, Monsieur Lefèvre! Monsieur Lepetit,

Monsieur Lefèvre, notre responsable

du comité d'entreprise.


Ils se serrent la main.


LEPETIT

Enchanté.


SIMONE

Euh, le bureau

de Madame Dujardin, par ici?


LEFÈVRE

Non, c'est plus

pratique par là.

La première chose

qu'il faut apprendre ici,

c'est la géographie.


Dans la salle d'attente, ROGER parle avec un autre homme.


VOIX FÉMININE

(Provenant du haut-parleur)

Monsieur Roger Blanchard est demandé

au bureau de Madame Dujardin.

Monsieur Roger Blanchard.


ROGER

(Se levant)

C'est moi.

(S'adressant à CLAIRE)

Vous pouvez me garder ça?


Il donne son écharpe à CLAIRE.


ROGER

Merci.

Si je reviens pas,

vous donnerez ça à un chômeur.


Dans son bureau, MADAME DUJARDIN fait passer un entretien à ROGER.


MADAME DUJARDIN

Vous n'avez travaillé

pour l'instant

qu'en intérim?

C'est bien vous?


ROGER

C'est bien moi, oui.

Enfin, c'est mon genre.

Je tiens pas en place.

Il faut toujours que

je me… que je change.

Mais j'ai changé maintenant.

J'ai décidé d'essayer

de me fixer.


MADAME DUJARDIN

Ah.


On cogne à la porte. LEPETIT, LEFÈVRE et SIMONE entrent.


SIMONE

Alors, voici Madame Dujardin,

notre responsable

de la formation et de

la répartition du personnel.


LEPETIT

(S'adressant à MADAME DUJARDIN)

Faites totalement comme si

nous n'étions pas là. Allez-y.


MADAME DUJARDIN

(Balbutiant)

Eh bien, comme

je vous le disais,

l'instabilité n'est pas de mise

à l'intérieur

du personnel de vente.

Euh, cependant, je pense qu'un

poste pourrait vous convenir,

plus particulièrement

à votre profil,

enfin, à votre [langue_etrangere=EN]background[/langue_etrangere],

si vous voulez.

Il s'agit d'un poste

de remplacement

que nous appelons ici

vendeur polyvalent.

Donc, chaque matin,

vous viendrez au bureau

de la répartition du personnel

pour un [langue_etrangere=EN]briefing[/langue_etrangere],

et ensuite,

vous serez affecté

pour remplacer

tel ou tel personnel manquant.


LEPETIT regarde MADAME DUJARDIN et autour de lui, perplexe.


MADAME DUJARDIN

Il s'agit donc d'un poste de…

de… remplacement,

qui vous permettra

de remplacer

le personnel manquant,

et enfin de…

Alors, qui dit

pluridisciplinarité

dit plus de discipline,

donc il va falloir, euh,

être extrêmement actif

sur la rapidité d'exécution.

Vous me suivez?


ROGER

Oui, je vous suis, oui.


MADAME DUJARDIN

Je crois aussi qu'il

faudra un certain temps

pour apprécier

la géographie du magasin.

Ce sera la principale

difficulté.


LEPETIT

Avez-vous demandé

à monsieur ce qui le motive

à venir travailler

aux Grandes Galeries?


MADAME DUJARDIN

Euh, non, mais

je comptais le faire.


ROGER

Ce qui me motive,

c'est le prix de mon loyer.


LEPETIT

L'entreprise, qu'est-ce

que ça éveille en vous?


ROGER

Surtout que ça va

me réveiller à 7 heures

tous les matins, mais bon.


LEPETIT

On n'a rien sans rien.

C'est ça, l'entreprise.

On va vous laisser travailler.

Je crois que nous aurons des

choses à dire à Madame Dujardin.

Bonne continuation.


ROGER

Merci.


Alors que LEPETIT, LEFÈVRE et SIMONE quittent le bureau, MADAME DUJARDIN fait oui de la tête et semble quelque peu déconcertée.


LEPETIT, LEFÈVRE et SIMONE marchent dans un corridor, puis entrent dans un bureau.


SIMONE

Voici Monsieur Jacques Martin,

dont je vous ai parlé,

notre directeur du personnel.

Je suppose, Monsieur Lepetit,

que vous aurez beaucoup

de choses à demander

à Monsieur Martin.


JACQUES MARTIN et LEPETIT se serrent la main.


LEPETIT

Absolument.

Vous avez un rapport

avec Jacques Martin,

le présentateur de télévision?


JACQUES MARTIN

Non. Par contre,

je suis l'arrière-petit-neveu

d'Arthur Martin, l'industriel.


LEPETIT

Tiens, c'est drôle.


JACQUES MARTIN

Pour ceux qui aiment rire.


LEPETIT

Je ris très peu, mais

j'apprécie beaucoup l'humour.


Dans une petite cabine, une femme parle dans un microphone, ce qui est transmis dans le haut-parleur.


FEMME

Eh oui, vous trouverez

de tout, aux Grandes Galeries.

Et pendant encore

12 minutes seulement…


Au rayon peinture, MADAME YVONNE discute avec MONSIEUR ROI, le client qui choisissait des marteaux plus tôt.


MONSIEUR ROI

Écoutez, des goûts et des

couleurs, ça se discute pas.


MADAME YVONNE

Oh, si, ça se discute, quoi!

Ça fait 32 ans que

j'en discute, alors…


MONSIEUR ROI

Alors, je peux pas acheter

les couleurs que je veux?


MADAME YVONNE

Si, mais c'est mieux

de les harmoniser.

Regardez, par exemple,

si on prend votre T-shirt,

à côté de ma robe,

vous trouvez pas que ça jure?


Non loin, un homme présente PIZZUTTI à ROGER.


HOMME

Monsieur Pizzutti.


PIZZUTTI

Bonjour.

C'est vous le… Suivez-moi.

On va juste au-dessus.


Plus bas, au rez-de-chaussée, LEPETIT continue de faire le tour du magasin en compagnie de LEFÈVRE et de SIMONE.


LEPETIT

Il n'y a qu'une

et une seule direction,

sinon, c'est la dispersion.


LEFÈVRE

Oui, ce n'est pas faux.

Quand tout est sens

dessus dessous,

on sait plus où on en est.


Dans l'escalier, MADAME DUJARDIN fait faire le tour du magasin à CLAIRE.


MADAME DUJARDIN

Alors là, euh…


CLAIRE

(Fonçant sur MADAME DUJARDIN)

Pardon.


MADAME DUJARDIN

Ce n'est rien… Il y a la

responsable de la décoration.

Euh, devant, vous avez, donc,

les vitrines de face…


CLAIRE voit ROGER, dans un escalier roulant plus loin et lui fait signe avec son écharpe. ROGER descend l'escalier qui monte en regardant CLAIRE. PIZZUTTI l'interpelle.


PIZZUTTI

Hé! Hé-oh. C'est pas là.

C'est juste au-dessus.


À un autre moment, dans une salle, LEPETIT montre une vidéo aux employés haut placés du magasin.


VOIX MASCULINE

(À la télévision)

Pareils aux organes vitaux

du corps humain,

les hommes et les femmes

doivent s'associer aujourd'hui

pour construire l'entreprise…


LEPETIT éteint la télé.


LEPETIT

Selon vous, pourquoi

je vous ai montré ce film?

Si j'ai décidé

de m'adresser d'abord

aux organes vitaux

de ce grand corps,

c'est par souci de méthode.

Vous êtes les organes vitaux

de ce grand corps.

Des questions?

Vous travaillez

dans un grand magasin.

Qu'est-ce qu'on trouve

dans un grand magasin?


LEFÈVRE

Un peu de tout.


LEPETIT

Exactement. Un peu de tout.

Et comment définir

ce tout en deux mots?

(Comptant 4 sur ses doigts)

Maison, loisirs,

travail, vêtements.

Ça en fait quatre. D'accord…

Vous savez…


À un autre moment, le discours de LEPETIT se poursuit, diffusé dans une télévision.


LEPETIT

(À la télévision)

… on a l'impression

qu'un grand magasin

c'est très, très compliqué.

Eh bien, moi, je vous dis non.

(Écartant les mains)

Les choses sont simples.


Une femme arrête la vidéo, elle se trouve avec LEPETIT, dans un bureau.


FEMME

Dans l'ensemble,

c'est très, très bien.

Il y a juste une contradiction

à ce moment-là

entre vos propos

et votre attitude.

Euh, regardez-moi.

Je suis votre interlocutrice.

Vous avez à me dire:

«Moi, je dis non. Les choses

sont simples.» Allez-y.


LEPETIT

Moi, je dis non.

Les choses sont simples.


FEMME

Oui, c'est bien.

Ça manque un peu de fermeté,

peut-être de conviction.

Vous voulez recommencer?


LEPETIT

Eh bien, moi, je dis non!

(Écartant les mains)

Les choses sont simples.


FEMME

Je voulais revoir ce geste.

Alors, ce geste,

avec la parole qui est:

«Moi, je dis les choses

sont simples»,

et ce grand geste, comme ça,

qui suggère 1000

autres possibilités,

c'est une contradiction.

Il faut rapprocher les mains.

Tout petit geste:

les choses sont simples.


LEPETIT

(Approchant les mains)

«Les choses…

les choses sont simples.»

Plus comme ça?


La femme rembobine la vidéo et la rejoue.


VOIX DE LEPETIT

(Provenant de la vidéo)

D'accord?


FEMME

Ah oui. Alors autre chose.

Euh, il faudrait absolument

vous débarrasser

de ce «D'accord»

qui revient tout le temps,

qui est agressif, paternaliste.

Et ça va pas. OK?


LEPETIT

OK.


À un autre moment, dans un amphithéâtre, LEPETIT donne un discours aux employés des Grandes Galeries, qui est projeté sur des dizaines d'écrans derrière lui.


LEPETIT

Coordination, d'accord,

mais comment?

En ayant à l'esprit

que la coordination

n'est pas l'affaire de tous,

mais l'affaire de chacun.

Je m'explique.

(Gesticulant)

Chacun doit avoir

la conscience aiguë

qu'un groupe

est toujours plus fort

que la somme des éléments

qui le composent.

Ce que j'aimerais

que vous compreniez,

c'est que vous n'êtes pas

dans les Grandes Galeries,

vous êtes les Grandes Galeries.


Dans l'audience, ROGER regarde ZAZA qui est assise à côté de lui et de FRED.


ROGER

Ça va, toi, espèce

de Grande Galerie?


ZAZA rit.


LEPETIT

Bientôt,

aux Grandes Galeries,

on devrait pouvoir

dire totalement:

«Personne n'est personne.»

Je vais m'expliquer.

Plutôt, je vais prendre

un exemple.

Mademoiselle.


Sur les écrans sont projetées des images de VÉRONIQUE, assise dans l'audience.


LEPETIT

Oui. Mademoiselle, vous.


VÉRONIQUE affiche un grand sourire.


LEPETIT

Oui, oui. Venez.

Pouvez-vous venir me rejoindre?

N'ayez pas peur, je ne vais

pas vous faire disparaître.

Bien au contraire.


VÉRONIQUE va sur la scène.


LEPETIT

Quels sont ceux qui connaissent

le nom de cette personne

et sa fonction

aux Grandes Galeries?

(S'adressant à VÉRONIQUE)

Bonjour, mademoiselle.


VÉRONIQUE

Bonjour.


LEPETIT

Répondez honnêtement.

Levez la main.

C'est très, très important.


Personne ne lève la main dans l'assistance.


LEPETIT

Bien.

Quels sont ceux qui

ne connaissent pas mademoiselle?


Tout le monde lève la main.


LEPETIT

Vous voyez. Mais,

cette forêt de bras

témoigne du problème majeur,

du problème fondamental,

du problème unique

de notre entreprise:

le manque de communication

entre les membres du personnel.


Dans l'audience, MADAME YVONNE parle à MICHELINE.


MADAME YVONNE

Il en a de bonnes,

si ça se trouve,

elle est engagée

depuis deux jours.


VÉRONIQUE

Bonjour, je m'appelle

Véronique Joffrin,

et je travaille aux

Grandes Galeries depuis deux ans

au rayon du

prêt-à-porter féminin

au rez-de-chaussée du magasin.


LEPETIT

Merci beaucoup, Véronique.

Vous voyez, ce

n'était pas compliqué...

(Souriant)

C'était simple.

Merci beaucoup.


VÉRONIQUE reste à côté de lui.


LEPETIT

Vous voyez, par cette

simple présentation,

Véronique n'est plus anonyme

aux Grandes Galeries.

Je crois qu'ensemble…

(S'adressant à VÉRONIQUE)

Vous pouvez retourner. C'est

très gentil. Merci beaucoup.


VÉRONIQUE descend de scène.


LEPETIT

Je crois qu'ensemble,

nous pouvons faire

qu'aucune personne

soit inconnue.

Nous allons nous connaître,

nous allons faire

ce bloc qui sera gagnant.

Je ne vous cache pas

que notre entreprise…

traverse une

situation difficile.

Que si nous ne réagissons pas,

dans… un an,

l'entreprise sera obligée

de fermer ses portes.

Alors, un pour tous…


FRED

… tous pourris.


HOMME

Chut.


LEPETIT

… tous pour un!

Et tous ensemble,

nous allons gagner!

Merci beaucoup.


Les gens applaudissent.


LEPETIT

Merci beaucoup.


ROGER se retourne vers CLAIRE qui est assise plus loin en arrière.


LEPETIT

Merci.


Après la présentation, HUBERT et VÉRONIQUE marchent à l'extérieur et parlent.


HUBERT

T'as remarqué

que j'ai levé les deux mains

quand il a demandé

si on te connaissait?


VÉRONIQUE

Ah non, j'ai pas vu.


FRED, ROGER et ZAZA les rejoignent.


FRED

Tiens, salut, Véronique!


VÉRONIQUE

On se connaît?


FRED

Ah, moi, je te connais,

en tout cas.

C'était juste pour me présenter,

je m'appelle Fred.

Je te dis ça

parce qu'il paraît

qu'on va participer à une grande

aventure tous les deux.


VÉRONIQUE soupire.


HUBERT

Laisse, je m'en occupe, moi.


Dans l'amphithéâtre, MADAME DUJARDIN et SIMONE rejoignent LEPETIT sur scène.


MADAME DUJARDIN

Quelle journée!

Bravo. Formidable.


LEPETIT

Je crois que ça a bien pris.


MADAME DUJARDIN

Oui, vraiment.

Puis maintenant, tout le monde

est sur les [langue_etrangere=EN]starting-blocks[/langue_etrangere].

SIMONE

Alors là, ils sont vraiment

prêts à se battre, hein.


Au même moment, à l'extérieur, FRED embête toujours VÉRONIQUE et HUBERT.


FRED

(Donnant une petite tape à HUBERT)

Quoi? Bon. Allez!


HUBERT

Tu me touches pas, hein.


FRED

Qu'est-ce qu'il y a?


HUBERT

Tu me touches pas.


VÉRONIQUE

Allez!


HUBERT

Tu me touches pas, c'est tout.

Je te touche, moi?


VÉRONIQUE et HUBERT s'en vont.


FRED

(Criant)

On est tous des potes.


PIZZUTTI passe près de FRED.


FRED

Pas vrai, Pizzu?

(Criant)

On est tous des potes!

On est tous des potes, hein!


ROGER

Allez, laisse

tomber. Viens.


FRED

Salut, Véronique!


FRED fait un petit bruit de baiser moqueur.


Dans l'autobus, ISABELLE, parle avec MADAME YVONNE et MICHELINE.


ISABELLE

Moi, j'ai pas envie

de me retrouver au chômage.


MADAME YVONNE

J'ai tout compris;

ils veulent

qu'on travaille plus,

c'est tout.

Ça fait 30 ans que j'entends ça.

C'est toujours la même chose.


ISABELLE

Mais c'est pas si simple!

Moi, je trouve ça vraiment bien,

cette idée de formation, pour

que les gens se rencontrent.


MADAME YVONNE

Tu me vois, moi,

prendre des cours?


ISABELLE

Mais oui!


MADAME YVONNE

(Riant)

Ça m'étonnerait.


À un autre moment, dans un gymnase, une monitrice fait faire des exercices aux employés, dont MADAME YVONNE qui semble exaspérée.


MONITRICE

Bien. Alors, maintenant, on va

faire un autre exercice, hein.

Vous allez tirer

sur vos muscles,

là, ceux-là, les zygomatiques.

Allez-y, tirez.


Les employés sourient.


MONITRICE

Et vous relâchez. D'accord.

Encore une fois, vous tirez…

(Souriant de manière exagérée)

vous tirez, vous tirez,

vous tirez. Et vous relâchez.

Vous tirez…

et vous relâchez.

Encore une fois.

Vous tirez…

Allez-y, tirez,

tirez, tirez…


Les employés font comme la MONITRICE.


MONITRICE

Relâchez.

Une dernière fois,

s'il vous plaît.


ROGER et FRED ne font pas vraiment l'exercice. FRED a un regard méprisant.


MONITRICE

Tirez…

Relâchez.

Alors, bien sûr, là, on l'a fait

de façon tout à fait technique.

Maintenant, ce qu'il faut,

c'est rajouter le mental.

Oui? Et le mental…

Faire intervenir

le mental, c'est quoi?

Le mental, c'est les yeux.

(Plissant les yeux)

D'accord?

Alors, on y va. Attention.

Les yeux, le sourire…

Souriez, souriez, souriez…

et relâchez.

Oui! Attention,

il ne faut pas

que ça fasse

complètement artificiel.


FRED regarde toujours la MONITRICE d'un air blasé et méprisant.


MONITRICE

Il y en avait, quand même,

c'était un peu trop.

Alors, si c'est trop,

le client le remarque,

et s'il le remarque,

il y croit pas. Attention à ça.

Donc, chez vous,

vous vous souvenez,

hein, vous vous entraînez.

Vous souriez, vous relâchez,

vous souriez, vous relâchez…

Et attention, le mental.

Le mental: les yeux.


Les employés sont maintenant divisés en trois groupes, formant trois cercles, et font un nouvel exercice.


Au milieu d'un des cercles se trouvent YVONNE et une jeune femme qui a les yeux bandés et qui touche les cheveux de MADAME YVONNE.


JEUNE FEMME

Ah, là, je crois

que je reconnais.


MADAME YVONNE

Ah, bien avec les cheveux,

c'est facile.


JEUNE FEMME

Ah, c'est Madame Yvonne.


MONITEUR 1

(Riant)

Il faut pas parler,

vous vous trahissez

tout de suite.

Dans cet exercice,

il faut se reconnaître,

mais bien évidemment

sans la parole.


Dans le cercle à côté, un autre exercice, ZAZA se laisse tomber mollement d'une personne à l'autre, sous les instructions du MONITEUR 2.


MONITEUR 2

Ayez confiance

en vos camarades.

Bien raide, bien raide. Voilà.

C'est bien.

C'est bien. Voilà.

Doucement, doucement.

Voilà. On l'accompagne,

on l'accompagne, allez.


Plus loin, PAT parle à FRED, VANESSA, ISABELLE et au MONITEUR 1.


PAT

Bien alors, moi,

quand j'étais petite,

j'étais toujours cachée

sous la table.

Enfin, surtout quand il y avait

du monde à la maison, quoi.

Et, euh, bien, j'avais

du mal à répondre…

aux questions

des grandes personnes.


VANESSA et FRED rient.


MONITEUR 1

Bon, c'est bien.

Continuez comme ça.

Surtout, n'hésitez pas à donner

des détails

très privés, très intimes.


FRED

Ouais! Très privés,

très intimes!


MONITEUR 1

Non, non, non, non.

Si vous voulez que quelque

chose d'intéressant se passe,

livrez-vous sans retenue, OK?


Dans un autre cercle, FRANÇOIS parle.


FRANÇOIS

Moi, à cette époque-là,

j'étais toujours avec

mon grand frère et ses amis.

Alors, évidemment, ça y allait,

quoi, les réflexions.

Et un jour… on était là,

moi, je les écoutais…

Et il y a un type

qu'ils connaissaient

qui est passé à bicyclette avec

une fille sur son porte-bagage.

Et pour eux, ce que ces deux-là

allaient faire, c'était clair.

C'est… Vous voyez

ce que je veux dire.

Et là, il y en a un,

un copain de mon frère, quoi,

qui a crié à l'autre:

«Où tu vas, Gérard?

Tu veux pas un coup de main?»

Et puis il y en a

un autre qui a dit…

«Surtout, te trompe pas

de trou.»

Et moi… à ce moment-là…

Excusez-moi…

ce sera un petit peu cru.

Mais je me suis mis en tête

que le sexe de la femme

avait deux trous

et… et qu'il y avait

un risque d'erreur.


MADAME YVONNE a un rire étouffé.


FRANÇOIS

Comme j'ai jamais osé demander

des précisions

à qui que ce soit,

bien, je crois

que ç'a dû retarder

de plusieurs années

ma première expérience sexuelle.

Voilà.


MONITEUR 1

Eh bien, voilà. Ça,

c'est très, très bon, François.

Alors, j'aimerais beaucoup

qu'on l'applaudisse

parce que c'est vraiment super,

ce qui vient de se passer.


Tout le monde applaudit.


MONITEUR 1

Bon. Maintenant, nous allons

reformer le grand groupe et…


Après l'atelier, les employés sortent du gymnase. MADAME YVONNE est hilare alors qu'elle raconte l'histoire de FRANÇOIS à ISABELLE, avec MICHELINE et VÉRONIQUE.


MADAME YVONNE

J'en pouvais plus de rire!

Il était en bicyclette

avec son frère aîné

avec son porte-bagage…

Et alors il lui a dit:

«Surtout, te trompe

pas de trou.»


ROGER parle à ZAZA qui lui touche l'épaule. CLAIRE marche plus loin derrière, les regardant, les bras croisés.


Plus tard, au restaurant des employés. ZAZA est derrière la caisse. VÉRONIQUE arrive pour payer. LEFÈVRE est derrière elle.


ZAZA

Alors, ça gazouille,

ma belle?


VÉRONIQUE

Ouais, super.

Je travaille bien, en ce moment.


ZAZA

Ah, parce que toi,

ça va quand tu travailles?

Moi, c'est le contraire, moins

j'en fais, mieux je me porte.


VÉRONIQUE

Pourtant, tu as l'air

en forme.


ZAZA

Moi, en forme?

Comme d'habitude,

c'est la déprime

totale. Mais on s'y fait.

Dis donc, depuis que t'es

célèbre, tu t'habilles en star.


VÉRONIQUE

Oh, tu sais,

avec ce que je vends,

je peux pas me permettre

d'être en tous les jours.


ZAZA

Bien sûr. Dis donc,

tu l'as eu où, ton

pin's?


VÉRONIQUE

Ah, c'est pas un

pin's, c'est une broche.


LEFÈVRE

Vous parlerez de ça plus tard,

il y a des gens à servir, ici.


ZAZA

Je croyais qu'il

fallait qu'on se parle.

Je communique, c'est

la nouvelle politique, non?


LEFÈVRE

Bon, écoutez, je n'ai

vraiment pas le temps.


ZAZA

Monsieur est pressé.


LEFÈVRE

Oui.

Monsieur est pressé.

Il a une heure pour manger

Et monsieur n'a pas forcément

envie d'écouter vos bavardages.

Tout ce qu'on vous demande,

c'est d'être efficace.


ZAZA

Efficace?

Il faudrait vous détendre

pendant l'heure du

déjeuner. Calmez-vous.


LEFÈVRE

Mais je suis

parfaitement détendu.

Mais je trouve que vous,

vous l'êtes un peu trop.


Derrière, le MONITEUR 2 intervient.


MONITEUR 2

Elle a le droit de s'exprimer.


ZAZA

Oui, chef. Bien, chef.


ZAZA donne sa facture à VÉRONIQUE, tout en soutenant un regard à LEFÈVRE.


VÉRONIQUE

Merci.


LEFÈVRE

Encaissez-moi.


ZAZA donne sa facture à LEFÈVRE.


LEFÈVRE

Merci.


MONITEUR 2

On a le droit de s'exprimer.

On a le droit de s'exprimer.


ZAZA

Eh bien, il faut croire

que non.


Assis plus loin, CLAIRE et ROGER regardent ZAZA à la caisse puis autour d'eux. LEFÈVRE passe tout près pour aller s'asseoir.


ROGER

(S'adressant aux gens assis à la cafétéria)

Hé, vous pouvez parler,

quand même, hein.

Il y a que la caissière

qui doit fermer sa gueule.

Hein, Zaza? Ouais!


CLAIRE

T'es vraiment un môme.


ROGER

Oh, ça va, la vioque!

(Prenant un pichet sur la table)

Tiens, tu veux de l'eau?


ROGER tend le pichet au-dessus de la tête de CLAIRE comme s'il allait le déverser.


CLAIRE

Vas-y. Fais-le.

Hein, tu vas voir.


ROGER

Mais parfaitement.


CLAIRE

Hum.


ROGER

Allez, ça va. Je suis pas

aussi con que ça, hein.


ZAZA lance un bout de pain à ROGER, mais celui-ci tombe sur la tête de LEFÈVRE. Furieux, LEFÈVRE se retourne, puis il ramasse le bout de pain et se rend à la caisse, où FRED est en train de payer.


FRED

On est tous des potes.


LEFÈVRE rend le bout de pain à ZAZA en la fixant du regard.


À un autre moment, ZAZA marche dans le rayon des meubles.


VOIX DE JOHNNY

(Provenant du haut-parleur)

Nous sommes

aux Grandes Galeries

Vous êtes

aux Grandes Galeries

Tout le monde est

aux Grandes Galeries


ZAZA est assise sur un divan dans le magasin avec ROGER, ils sont enlacés.


ZAZA

J'ai toujours eu

des problèmes avec les garçons.


ROGER

(Voyant JACQUES MARTIN arriver)

Merde, Martin!


VOIX DE JOHNNY

(Provenant du haut-parleur)

C'est un style

c'est une ambiance

C'est les Grandes Galeries.


JACQUES MARTIN

Non, mais ça va pas?

Allongez-vous,

tant que vous y êtes.

Et vous, mademoiselle,

vous n'avez rien à faire ici.


ROGER

Il n'y a pas de clients.


JACQUES MARTIN

Et les deux personnes,

là-bas?


ROGER se lève.


ZAZA

Qu'est-ce que je fais?

Je t'attends?


ROGER

Non. Laisse tomber.

Rentre chez toi.


À un autre moment, dans un corridor, LEPETIT marche avec LEFÈVRE et SIMONE.


LEFÈVRE

Il y en a beaucoup

qui prennent ça à la légère.


LEPETIT

Mais c'est la guerre, Lefèvre!

C'est la guerre!

Et c'est vous, les cadres,

qui devez leur faire comprendre.


LEFÈVRE

Oui! Bientôt, ils se

sentiront tous concernés.


LEPETIT

Vous savez,

quand les gens sont motivés,

rien ne peut les arrêter.


LEFÈVRE

Bien sûr.


À un autre moment, les cadres de la compagnie se trouvent au sommet d'un module de saut à l'élastique, sur une passerelle. C'est au tour de LEFÈVRE de sauter, il est très nerveux.


INSTRUCTEUR

Regarde devant, toujours.


LEFÈVRE

Oui.


INSTRUCTEUR

OK. C'est parti! Allez!


TOUS

Cinq, quatre, trois, deux, un!


LEFÈVRE plonge dans le vide, tous poussent des cris d'encouragement.


TOUS

Bravo, Jean-Luc!

Bravo, Jean-Luc!

Oh là!


C'est au tour de PIZZUTTI de sauter.


INSTRUCTEUR

Cinq, quatre,

trois, deux, un! Go!


INSTRUCTEUR

Allez!


TOUS

Bravo, Michel!


Les autres employés poussent des cris d'encouragement.


TOUS

Ouais!

Super!

Bravo!

C'est super! Bravo!

C'est incroyable!


C'est au tour de JACQUES MARTIN se sauter, il est très réticent.


INSTRUCTEUR

On avance, on avance, encore.

Super. Allez, Jacques.

Laisse. Non, Tu tiens

les barres, toujours.

Tu les laisses. T'avances

un peu les pieds.

Voilà. Super. Voilà. OK.


JACQUES MARTIN

C'est bon, là?


INSTRUCTEUR

Oui. Parfait.

Là, tu te redresses.

Tu te redresses.

On va faire un décompte. OK?


JACQUES MARTIN

Oui.


INSTRUCTEUR

Et c'est parti.

Tu regardes bien loin l'horizon

et tu pousses très fort

sur les jambes.


TOUS

Cinq, quatre, trois, deux…


JACQUES MARTIN

Attends, je veux pas le faire.


INSTRUCTEUR

C'est un défi à toi-même, OK?


JACQUES MARTIN

OK.


INSTRUCTEUR

Allez, on y va.


TOUS

Cinq, quatre, trois, deux…


JACQUES MARTIN

Non, non!

C'est trop débile!

C'est trop débile!

C'est trop con!

(Essayant de se défaire des sangles)

Attends, défais…

Oui, oui.


INSTRUCTEUR

Assieds-toi. Assieds-toi.


JACQUES MARTIN

(S'asseyant)

Pardon.


INSTRUCTEUR

C'est pas grave,

c'est pas grave.

Voilà. Ça va, là.

C'est bon?


JACQUES MARTIN

Oui, c'est bon.


INSTRUCTEUR

C'est dommage.


JACQUES MARTIN

(Riant)

C'est idiot, c'est tout.


C'est au tour de MADAME DUJARDIN de sauter.


MADAME DUJARDIN

Je… vais peut-être

pas regarder tout de suite.


INSTRUCTEUR

Prends les barres.

C'est bon, c'est bon.


MADAME DUJARDIN

Ah oui?


INSTRUCTEUR

C'est très simple.

Tu avances encore.


MADAME DUJARDIN

(Nerveuse)

Oui.


INSTRUCTEUR

Hé! Super!

Encore, Annick.


MADAME DUJARDIN

OK. Pas de problème.


INSTRUCTEUR

OK, Annick.

Maintenant, regarde devant.

Je fais un décompte. Il faut

juste pousser tout droit.


MADAME DUJARDIN

OK.


INSTRUCTEUR

Très simple. C'est parti.


TOUS

Cinq, quatre, trois, deux, un!


MADAME DUJARDIN saute et hurle.


Tous les autres l'encouragent. MADAME DUJARDIN arrive à la plateforme au sol, il s’agit d'un ponton sur un ruisseau où se trouvent d'autres instructeurs et PIZZUTTI. Elle est toujours suspendue à l'élastique et à la tête à l'envers.


INSTRUCTEUR

Ça va?


MADAME DUJARDIN

Pas de problème.


PIZZUTTI

Voilà! Bien voilà!

Tu fais partie

du club, maintenant.


MADAME DUJARDIN

(Riant)

Oui. Vous pourriez pas

me mettre à l'endroit?


En haut, sur la passerelle, l'INSTRUCTEUR attache des sangles aux pieds de SIMONE. SIMONE se tient au garde-corps et est paniquée.


INSTRUCTEUR

OK, Simone, on y va.

C'est ton premier saut?


SIMONE

Oui, Pierre.


INSTRUCTEUR

Allez, tu viens avec moi.


SIMONE

Oui, d'accord, oui.


INSTRUCTEUR

Tu vas attraper les barres.

On va regarder bien

loin l'horizon

et tu vas pousser très fort

sur les jambes, d'accord?

Allez, on y va.


SIMONE

Oui.


INSTRUCTEUR

Toi, tu regardes bien

loin l'horizon.


SIMONE

Attends. Parce que

j'ai le vertige.


INSTRUCTEUR

Il y a pas de problème.


SIMONE

Je peux pas.

Foutez-moi la paix.

(Pleurant)

Je peux pas. Je peux pas.

Je peux pas. Je peux pas.


INSTRUCTEUR

On regarde doucement?


SIMONE

Non, non, non!

Je peux pas! Je peux pas!

Je peux pas! Je peux pas!

Je peux pas! Je peux pas!


JACQUES MARTIN marche sur un pont suspendu pour quitter la passerelle de saut à l'élastique.


JACQUES MARTIN

(À lui-même)

C'est débile. Je suis désolé,

c'est complètement débile.

Il faut vraiment être con.

Complètement con, c'est tout.


Le cri d'un homme se fait entendre.


JACQUES MARTIN

C'est ça! Sautez, sautez…

Et ça saute. Bande de cons.

Putain, ça bouge,

ce truc, en plus.

Qu'est-ce que je fous là, moi?

C'est comme ça, et puis

c'est comme ça, c'est tout.

Oui.


La nuit, après l'activité du saut à l'élastique, les employés font du camping. SIMONE est assise, et parle à d'autres employés, dont JACQUES MARTIN qui est exaspéré.


SIMONE

(Riant)

Quand j'ai décidé

de pas sauter,

je me suis sentie…

soulagée. Soulagée!

Soulagée.


JACQUES MARTIN se lève et va dans sa tente, il passe près de PIZZUTTI et MADAME DUJARDIN qui rient assis ensemble. Plus loin, des employés chantent autour d'un feu.


JACQUES MARTIN

(Sortant la tête de sa tente)

Je suis content de voir

qu'il y en a

que ça fait rire d'être ici,

mais j'aimerais bien

un peu de silence.


PIZZUTTI

Oh, il vaut mieux en rire

qu'en pleurer quand même.


LEFÈVRE les rejoint, emmitouflé dans une couverture.


LEFÈVRE

Hé, venez voir,

il y a plein d'étoiles.


PIZZUTTI

Ah ouais!

(S'adressant à JACQUES MARTIN)

Tu regardes pas, toi,

ça te donne le vertige?


JACQUES MARTIN

C'est ça,

c'est ça, rigolez.


LEFÈVRE

Oh! Par là!


PIZZUTTI

C'est magnifique!


JACQUES MARTIN

Regarder les étoiles! Pff!


LEFÈVRE

Ah, le ciel est très dégagé.


JACQUES MARTIN

Vous êtes petits!


Plusieurs personnes regardent le ciel avec leur lampe frontale.


LEFÈVRE

Quand on voit ça, on se dit

qu'on n'est pas grand-chose.


PIZZUTTI

(Riant)

Moi, j'ai pas besoin de regarder

les étoiles pour savoir

que t'es pas grand-chose.


LEFÈVRE

Très drôle.


Un soir, DOMRÉMY contemple l'horizon sur son balcon.


FEMME

Tu viens te coucher?


DOMRÉMY

Tu sais, Armstrong,

à son retour,

il a dit que

le plus impressionnant,

ç'avait pas été de pas

de marcher sur la Lune,

c'était de voir

la Terre se coucher.

T'imagines?

T'es là, comme ça,

sur la Lune,

et hop! tout d'un coup,

tu… tu vois tout le monde.

Ah, ça, c'est vraiment l'osmose.


FEMME

Ouais… Viens te coucher!


À un autre moment, aux Grandes Galeries, LEFÈVRE s'adresse, enthousiasmé, à des employés.


LEFÈVRE

Alors, je vous résume:

propreté, qualité du service.

On va lancer

une grande opération

de nettoyage tous ensemble.

Et puisque vous avez

de nouvelles tenues,

eh bien, on va en mettre

un coup, les gars!


MAMADOU

OK.


Dans le rayon jouets, PIZZUTTI s'adresse lui aussi à des employés.


PIZZUTTI

Bon, il faudrait trouver

une idée d'animation amusante.


EMPLOYÉ

Euh, bien,

on pourrait donner

des cours de pétanque

aux touristes.


PIZZUTTI

Riant

Oui, par exemple.

C'est pas mal.


Dans un bureau, MADAME DUJARDIN s'adresse à des employés.


MADAME DUJARDIN

Évitez la réunionite.

Et puis surtout,

uniquement des petits [langue_etrangere=EN]briefings[/langue_etrangere]

pour «dispatcher».

Et enfin, on arrête

les «Il y a qu'à»

et les «Faut qu'on».

D'accord?


Dans le rayon des vêtements, SIMONE s'adresse à des employés.


SIMONE

Par le truchement du dialogue,

on peut se concerter,

trouver ensemble des idées

et créer des groupes.

Des groupes d'initiative.


VÉRONIQUE

Ah oui, ce serait bien

de travailler plus par groupes.


SIMONE

Bon, là, vous êtes d'accord?


TOUS

Oui.


Dans le rayon musique, plusieurs employés sont rassemblés, ZAZA voit LEFÈVRE arriver.


ZAZA

Ah non, pas lui! Sans

déconner! Je me casse.


DOMRÉMY

Bon. Tout le monde est là.

On va commencer.


ZAZA s'en va.


MADAME YVONNE

Bien, elle s'en va,

alors ça commence bien.


DOMRÉMY

Eh bien, d'accord…

Bon. C'est pas grave.

Alors, qu'est-ce que

vous avez envie de chanter?


MADAME YVONNE

Bien, avec Madame Crécelle,

on chantait «La Seine».


HUBERT

Moi, j'aimerais bien

quelque chose qui bouge.


JOHNNY

Oui, moi aussi.

Du rock'n'roll.


Tout le monde parle en même temps.


DOMRÉMY

Bon. D'accord, d'accord,

d'accord, d'accord.

Moi, moi, moi, moi,

moi, moi, euh.

Si vous faites

partie d'une chorale,

c'est pour chanter ensemble,

et si possible, la même chose.

Alors, on va chercher l'osmose.


DOMRÉMY commence des vocalises suivi du groupe d'employés.


À un autre moment, LEPETIT va de rayon en rayon et salue différents employés.


LEPETIT

(S'adressant à ISABELLE)

Tout se passe bien?


ISABELLE

Oui, merci.


LEPETIT

(S'adressant à JOHNNY)

Tout va bien?


JOHNNY

Tout va bien, monsieur.

(Parlant dans un micro)

Et n'oubliez pas, mesdames

et messieurs, à 15 heures,

notre grand défilé de mode

au rez-de-chaussée du magasin.


LEPETIT passe devant les ascenseurs et serre la main d'AZIZ, qui porte un uniforme de liftier. Puis LEPETIT va dans le rayon vêtements pour dames et serre la main de différentes personnes. Il passe devant PAT et lui fait un pouce en l'air.


PAT

Merci.


LEPETIT

Très beau stand.

Véronique, comment ça se passe?


VÉRONIQUE

Ça se passe très bien, merci.


LEPETIT

Aucun problème?


VÉRONIQUE

Aucun problème.


LEPETIT

Connexion?


VÉRONIQUE

(Souriant)

Connexion.


LEPETIT arrive près de la passerelle où se déroulera le défilé de mode.


HUBERT

Impeccable,

monsieur le directeur.


LEPETIT

Certitude?


HUBERT

Certitude.


LEPETIT

Je peux y aller?


HUBERT

Allez-y, monsieur

le directeur.


LEPETIT se retourne et parle en regardant en face de lui.


LEPETIT

Maintenant,

les gens se connaissent.

Avant, c'était

un bazar compliqué.

Moi, j'ai dit: «Halte là.

Les choses sont simples.»

Dans une grande entreprise

comme la nôtre,

on ne peut plus agir

sans esprit de corps,

sans souci

de… communication.


VOIX DE SIMONE

Coupez. Formidable.


LEPETIT

Ça y est… Ça…


En face de LEPETIT se révèle une équipe de tournage, avec SIMONE et JACQUES MARTIN.


SIMONE

(S'adressant à l'équipe de tournage)

Ça va? C'est bon?


CAMERAMAN

Très, très bien.


LEPETIT

On voit bien le magasin?


CAMERAMAN

Ah oui.


LEPETIT

On voit bien…

on voit bien les employés?


CAMERAMAN

Ah oui, très bien.


PRENEUR DE SON

Bon. On fait l'interview?


LEPETIT

Absolument.


LEPETIT fait maintenant une interview, devant la passerelle.


JOURNALISTE

C'est pour cette raison que

les Grandes Galeries s'attachent

à présent beaucoup

à la notion d'événement?


LEPETIT

Totalement, totalement.

Les Grandes Galeries

ne sont absolument pas

un lieu uniquement de vente,

mais également, et

c'est très, très important,

un lieu d'échange,

un lieu…

Je dirais un lieu de culture.

Nous avons choisi de commencer

par ce défilé, car la mode,

c'est l'activité phare

d'un grand magasin.

Le changement,

la nouveauté, la mode.

J'ajouterais le mot

de Jules Laflou:

«La mode, c'est ce qui permet

d'être différents

tous en même temps.»


JOURNALISTE

Je vous remercie.

Ce sera le mot de la fin.


LEPETIT

Oui, de Jules Laflou.


SIMONE murmure quelque chose à l'oreille de LEPETIT.


LEPETIT

(Pointant la passerelle)

Il y a un problème de sciure?


SIMONE murmure quelque chose à JACQUES MARTIN.


JACQUES MARTIN

(S'adressant à HUBERT)

On me dit qu'il y a

un problème de sciure.

Ce serait possible

de régler ça vite fait

avec quelqu'un?

C'est pas long, hein.


HUBERT

(Parlant dans un walkie-talkie)

Un technicien de surface

pour le plateau.


JOHNNY, qui présente le défilé, s'adresse au public en parlant dans un micro.


JOHNNY

Bonjour, mesdames,

bonjour, mesdemoiselles,

bonjour, messieurs.

Bienvenue à notre…


MAMADOU arrive sur la passerelle ce qui déconcerte un peu JOHNNY.


HUBERT

On se dépêche, Mamadou,

s'il te plaît.


MAMADOU aspire quelque chose avec un aspirateur. Tout le monde applaudit.


JOHNNY

Eh bien…

Eh bien, merci… merci

à notre technicien d'entretien.

Je disais donc, bienvenue

à notre grand défilé de mode,

ici, aux Grandes Galeries,

pour la collection

printemps-été 1992.


Tout le monde applaudit. Le défilé commence. Dans l'assistance, PAT et ISABELLE parlent des mannequins.


ISABELLE

Oh, tu sais, moi aussi,

j'aurais pu être mannequin.

J'ai trop de formes.

Il leur faut des planches.


PAT

Oh, arrête.

Elles sont vachement belles.


JOHNNY

Les deux premiers modèles

de notre collection.


ISABELLE

Ah, la robe!

J'aime bien la blanche.


PAT

Ah non. Moi,

je préfère la noire.


JOHNNY

Un ensemble de…


HUBERT et AZIZ parlent aussi des mannequins.


HUBERT

J'aime bien la blonde.


AZIZ

Ah non.

Moi, je préfère la brune.


JOHNNY

… asymétrique,

d'une transparence

diaphane, suggestive.

C'est une ambiance,

c'est un style,

c'est les Grandes Galeries.


Tout le monde applaudit.


À un autre moment, LEPETIT parle avec ses supérieurs dans son bureau.


HOMME

Les Japonais sont tout

de même aux aguets, Lepetit.

La NTM cherche un

espace comme le vôtre

pour installer un grand hôtel

Palais des Congrès.

Dans huit mois,

l'échéance s'achève.

J'espère que vous savez

ce que vous faites.

Pour l'instant,

il n'y a eu que des frais.


LEPETIT

C'était une mise en place.

Maintenant, tout est prêt.

Regardez, regardez, on a fait un

gros effort sur l'informatique.

Rien qu'avec la rapidité

de gestion financière,

on a prévu de réduire les frais

généraux, tenez-vous bien…


HOMME

De combien?


LEPETIT

De moitié.

(Flattant un ordinateur)

On va connecter

toutes les caisses du magasin.

Pour Noël, on saura en temps

réel le chiffre d'affaires…

l'emplacement

et la nature exacte

des transactions sur cet écran.


HOMME

Du concret, Lepetit.

Plus de concret.

Nous sommes vraiment

venus vous prévenir.

Sachez que le risque de

cessation d'activité persiste.


LEPETIT

Ma stratégie est de baser

tout sur le facteur humain.


C'est maintenant le temps des fêtes aux Grandes Galeries. MONSIEUR ROI est de retour et demande un renseignement à VÉRONIQUE.


MONSIEUR ROI

Bonjour. Je cherche

le rayon peinture.


VÉRONIQUE

Ah oui. Tout a changé ici.

Maintenant,

c'est au premier étage.

Demandez à voir Madame Yvonne

de la part de Véronique.

Vous serez bien reçu.


ISABELLE et PAT passent tout près, elles regardent VÉRONIQUE et échangent un regard complice.


MONSIEUR ROI

Merci.


VÉRONIQUE

Dites-lui bonjour de ma part.

Au revoir! Et Joyeux Noël.


Avec satisfaction, LEPETIT regarde tout le magasin, appuyé au garde-corps d'une mezzanine.


VOIX DE JOHNNY

(Provenant du haut-parleur)

Ah! Période exceptionnelle,

ventes exceptionnelles

aux Grandes Galeries.

Et n'oubliez pas, mesdames et

messieurs,

pendant encore

dix petites minutes,

vous pouvez profiter,

à notre rayon vidéo,

de nos promotions

sur les caméscopes.

Et au premier étage,

pendant toute la journée,

allez voir

notre animation folklorique

qui vous enchantera,

j'en suis sûr.


Sur la mezzanine d'en face, AZIZ et un autre homme portent un costume traditionnel grec et font une danse folklorique.


Au rayon horloge, ROGER fait écouter la sonnerie d'un cadran à un client.


CLIENT

Je peux écouter l'autre,

là-bas, avec le bouton rouge?

Celui-là, là,

je peux l'écouter?


ROGER active la sonnerie d'un autre cadran.


ROGER

Euh…


CLIENT

Ah, c'est…

Celui-là, je peux

l'écouter aussi?


ROGER fait sonner l'autre cadran alors que le précédent sonne aussi.


CLIENT

Il est dur, aussi, celui-là.

Celui-là, vous pouvez

réappuyer dessus?


LEPETIT regarde toujours le magasin avec fierté, derrière la rambarde. Plus bas, PAT se regarde les ongles puis elle regarde VÉRONIQUE aidant une cliente plus loin et secoue négativement la tête.


VOIX DE JOHNNY

(Provenant du haut-parleur)

(langue_etrangere=EN)

Ladies and gentlemen,

welcome to our friends

from offseas,

coming to the Grandes Galeries

in Paris.[/langue_etrangere]

VÉRONIQUE

Si jamais ça n'allait pas,

il y a aucun problème,

vous revenez me voir.


CLIENTE

Puis-je savoir

où sont les toilettes?


VÉRONIQUE

Oui, madame, alors, c'est

à gauche, après les torchons.


CLIENTE

Merci.


Une cliente demande un renseignement à PAT.


CLIENTE

Je cherche une jupe

pour ma fille.

Est-ce que vous auriez celle-ci

en 2, s'il vous plaît?


PAT

Euh, ça,

c'est bien pour vous.

Vous pouvez l'essayer.


CLIENTE

Non, mais c'est pour ma fille.

J'aimerais bien une taille 2,

s'il vous plaît.

Est-ce que vous l'avez?


VÉRONIQUE les regarde de loin. Une cliente anglophone demande un renseignement à VÉRONIQUE.


CLIENTE

Ah, excuse-moi.

(langue_etrangere=EN]Do you accept credit cards here?[/langue_etrangere)


VÉRONIQUE

(langue_etrangere=EN)

Oh, you have to go... to the[/langue_etrangere] caisse centrale.

CLIENTE

OK. Merci.


Plus loin, sa cliente demande toujours de l'aide à PAT, qui est blasée.


CLIENTE

Vous ne l'auriez pas colorée?

Je préférerais colorée.


PAT

Saumon et lilas.


VOIX DE JOHNNY

(Provenant du haut-parleur)

La vidéo, c'est très, très beau.

(langue_etrangere=EN]It is Christmas...[/langue_etrangere)


VÉRONIQUE est découragée en voyant que PAT n'est d'aucune aide à la cliente et décide de l'aider elle-même.


CLIENTE

Vous ne l'avez pas en rouge?


PAT

Non, madame, je vous ai dit,

saumon et lilas, c'est tout.


VÉRONIQUE

(Les rejoignant)

Si tu veux, je m'en occupe.

(S'adressant à la cliente)

Si vous désirez quelque chose

en rouge, j'ai un autre modèle.


À un autre étage, AZIZ danse toujours une danse folklorique grecque avec un autre homme.


JACQUES MARTIN se promène dans le rayon peinture. MADAME YVONNE parle à MONSIEUR ROI et semble exaspérée, mais en voyant MARTIN elle prend un ton plus jovial.


MADAME YVONNE

Mais bien sûr, monsieur.

Avec cette

centrifugeuse Polycolor,

vous pouvez obtenir plus

de 12 500 coloris différents.

Alors, avec cette variété,

vous pouvez trouver

votre bonheur.


JACQUES MARTIN les regarde.


MONSIEUR ROI

Ne me parlez pas de bonheur,

je n'en demande pas tant.

Vous n'auriez pas un nuancier,

un catalogue?


MADAME YVONNE

Mais si, bien sûr.


MONSIEUR ROI

Ah oui.


JACQUES MARTIN s'en va et MADAME YVONNE prend un ton plus familier.


MADAME YVONNE

Alors comme ça, vous êtes

parent à Véronique?


MONSIEUR ROI

Non, je ne la connais

pas du tout.


MADAME YVONNE

Mais je vous ai déjà vu.


MONSIEUR ROI

Ah ça, je suis déjà venu.


MADAME YVONNE

Ah!

(Chantant)

♪ Vous êtes déjà venu ♪

♪ Je vous ai reconnu ♪

C'est une chanson à Mistinguett.


AZIZ et l'homme dansent toujours. L'homme regarde sa montre.


AZIZ

Toi encore, ça va. Moi, j'ai

encore le père Noël à faire.


DANSEUR

Et t'es payé plus?


Dans les escaliers, CLAIRE ajoute de la fausse neige en aérosol à des décorations. Plus bas, JOHNNY parle dans un micro au rayon vêtements.


JOHNNY

Eh oui,

c'est les fêtes de Noël.

Et l'hiver vient de revêtir

son grand manteau blanc

sur notre ville,

ainsi que notre magasin,

qui lui, s'est paré…


CLAIRE échappe de la fausse neige sur JOHNNY qui relève la tête, surpris.


JOHNNY

Le magasin est paré,

et tombe la neige,

avec les grands manteaux,

les grands manteaux

qui sont au rayon prêt-à-porter.

Voilà. Tout le monde

est aux Grandes Galeries.


VÉRONIQUE aide une cliente, qui se regarde dans un miroir aux côtés de son mari.


CLIENTE

Oui, c'est vrai que

les accessoires, ça change tout.


VÉRONIQUE

Ah, l'accessoire,

c'est fondamental.


VOIX FÉMININE

(Provenant du haut-parleur)

La maman et le papa

du petit Benjamin…


Le mari de la cliente regarde partout autour de lui, inquiet.


FEMME

Benjamin?


VOIX FÉMININE

(Provenant du haut-parleur)

… sont demandés d'urgence

à la caisse centrale

du rayon jouets.


Au rayon électronique, MONSIEUR ROI regarde dans un caméscope à différents endroits dans le magasin. Il voit JACQUES MARTIN descendant les escaliers, puis CLAIRE descendant aussi les escaliers, puis JOHNNY parlant dans son micro.


JOHNNY

Eh oui, mesdames et messieurs,

oui, oui, tout à fait,

tout le monde est

aux Grandes Galeries.


À travers le caméscope, MONSIEUR ROI voit ROGER et ZAZA se disputant, et CLAIRE passant près d'eux. ZAZA donne des tapes à ROGER.


Un autre client regarde aussi dans un autre caméscope. Les deux clients se tournent au même moment, ils font face et se voient. Ils sont tous deux un peu embarrassés et cessent de filmer.


VOIX DE JOHNNY

(Provenant du haut-parleur)

Les parfums, les couleurs,

les refrains,

votre bonheur est à tous

les étages et à tous les rayons.

De tout, oui, de tout,

partout et pour tous.


Le PAPA DE BENJAMIN interpelle FRANÇOIS qui transporte des toutous.


PAPA DE BENJAMIN

Ah, s'il vous plaît?


FRANÇOIS

Qu'est-ce qu'il y a?


PAPA DE BENJAMIN

Je cherche le rayon jouets.


FRANÇOIS

Ah, le rayon jouets,

bien, j'y vais.

Venez avec moi,

si vous voulez. C'est par là.


Le PAPA DE BENJAMIN et FRANÇOIS passent tout près d'ISABELLE, PAT, VANESSA et d'une autre femme qui discutent, avant d'entrer dans l'ascenseur.


PAT

Tu viens avec nous?


ISABELLE

Non. Mais moi, je peux pas,

il y a trop de monde.


PAT

Si, si! Deux secondes!


ISABELLE

Mais je peux pas

quitter mon rayon.

Hé, François, t'es chargé,

dis donc!


FRANÇOIS

J'arrête pas.


PAT

Hé! Te trompe pas de trou.


FRANÇOIS: [Exaspéré

Oh!


Toutes les filles rient, la porte de l'ascenseur se ferme.


Au rayon jouets, BENJAMIN joue aux voitures électriques avec PIZZUTTI.


PIZZUTTI

Wouh!

C'est moi, le premier.


PAPA DE BENJAMIN

Benjamin!


PIZZUTTI

Ah, voilà ton papa.


PIZZUTTI prend l'enfant dans ses bras et le donne à son père.


PAPA DE BENJAMIN

Merci, hein.


FRANÇOIS

Ça va où, tout ça?


PIZZUTTI

Euh, bien, mets ça

sur le rayon des peluches.


FRANÇOIS

Moi, j'arrête, après.

J'en ai marre.


PIZZUTTI

Oui. Je t'envoie quelqu'un.

Gisèle, vous verrez

avec François pour les peluches?


GISÈLE

Oui, monsieur Pizzutti.


PIZZUTTI

Ouh, attention, le train.


PIZZUTTI arrive près d'un terrain de pétanque dans le rayon jouets, où se trouve un groupe de touristes chinois.


PIZZUTTI

Ah, la pétanque! Alors…

(Prenant le cochonnet par terre)

Vous voyez, ça,

c'est le cochonnet.

Ça, c'est la boule.

Vous envoyez le cochonnet…


Une femme traduit les propos en chinois à un des hommes du groupe.


PIZZUTTI

La boule.

(Approchant la boule du cochonnet)

Et vous vous approchez le plus

près possible du cochonnet.


PIZZUTTI approche la boule du cochonnet en sifflant.


Une femme demande de l'aide à VÉRONIQUE, il s'agit de la même femme qui parlait avec ISABELLE, PAT et VANESSA tout à l'heure.


FEMME

Mademoiselle?


VÉRONIQUE

Oui? Bonjour, madame.


FEMME

On m'a dit

de venir vous voir

pour des accessoires

un peu sophistiqués.


VÉRONIQUE

Oui, bien sûr.


Plus loin, ISABELLE, PAT et VANESSA les regardent, riant.


ISABELLE

(Personnifiant VÉRONIQUE)

«L'accessoire,

c'est fondamental.»

«Ça habille un corps,

ça décore.»


FEMME

Auriez-vous un jupon en toile

de jute et un soutien-gorge

en toile émeri pour aller

avec mes chaussettes en bois?


VÉRONIQUE voit les filles qui pouffent de rire plus loin.


VÉRONIQUE

C'est malin. Si vous croyez

que j'ai du temps à perdre.


FEMME

Merci pour l'amabilité.


Au rayon jouets, PIZZUTTI montre toujours la pétanque à un touriste chinois. En prenant un élan pour lancer la boule, le touriste, lance la balle par en arrière, qui arrive plus bas, près des pieds de VÉRONIQUE.


VÉRONIQUE

Qu'est-ce que c'est?


PIZZUTTI et le touriste sont un peu abasourdis, ne sachant pas où la boule est passée, et regardent plus bas. VÉRONIQUE regarde autour d'elle, furieuse.


VÉRONIQUE

Là, faut pas déconner, hein.


VÉRONIQUE rejoint ISABELLE, PAT, et VANESSA.


VÉRONIQUE

Vous allez arrêter

de me faire chier! Connasse!


VÉRONIQUE se bat avec ISABELLE.


ISABELLE

Mais elle est malade, ou quoi?

Hé! Hé!


VÉRONIQUE

Pétasse! Connasse!


PAT

Ça va pas?


ISABELLE

Mais t'es malade, ou quoi?


JACQUES MARTIN regarde ce qui se passe plus bas depuis la balustrade d'un étage supérieur.


VÉRONIQUE

J'en ai marre,

espèce de conne!


PAT

(Riant)

Oh, putain!


De leur côté, AZIZ et le danseur font toujours leur danse folklorique.


À sa caisse, MADAME YVONNE est confuse alors que des gens font la file. JACQUES MARTIN passe tout près.


MADAME YVONNE

Oh, Monsieur Martin,

s'il vous plaît,

j'ai… j'ai…

une annulation partielle

avec une partie déjà remboursée.

Qu'est-ce que je fais?

«Risette»?


JACQUES MARTIN

(langue_etrangere=EN]Reset? Reset,[/langue_etrangere)

non, surtout pas!


MADAME YVONNE

Non, mais parce

qu'ils ont déjà eu…


JACQUES MARTIN

Attendez,

j'ai pas le temps!


MADAME YVONNE appuie sur la touche [mot_etranger=EN]reset[/mot_etranger].


Au même moment, dans son bureau, LEPETIT montre en souriant fièrement l'écran d'ordinateur à son équipe de supérieurs. À l'écran s'affichent différents graphiques et montants qui diminuent de plus en plus. LEPETIT sourit de moins en moins, puis il clique frénétiquement sur la souris. Les montants et graphiques baissent complètement.


LEPETIT

Qu'est-ce qui se passe?

Bon. Là, ça ne

marche plus du tout.


De son côté, MADAME YVONNE s'adresse aux gens dans la file.


MADAME YVONNE

J'aurais peut-être

pas dû faire «risette».


Dans l'escalier, CLAIRE fait des signes de la main, à ROGER qui est toujours à servir des clients au rayon horloges.


ROGER

(Faisant signe à CLAIRE)

Oui.


CLIENT

J'en voudrais un

qui sonne plus fort.


ROGER

(S'adressant à son collègue)

Tu me remplaces?

Je fais la pause.


COLLÈGUE

J'arrive.


ROGER

Il va s'occuper de vous.


ROGER marche et passe devant HUBERT et VÉRONIQUE. VÉRONIQUE essuie ses pleurs et remet ses boucles d'oreilles.


HUBERT

Ça va?

De toute façon,

t'as bien fait,

elles avaient besoin

d'une bonne leçon, ces deux-là.

Hein? Tiens.

Je peux même leur dire

deux mots, si tu veux.


VÉRONIQUE

Non. T'es gentil,

mais laisse, ça va.


HUBERT

Non, je ne suis pas gentil.

C'est normal.

Véronique, tu sais,

je peux faire

beaucoup de choses

pour toi si tu veux.


VÉRONIQUE

(Énervée)

Non, t'es gentil,

mais laisse, Hubert! D'accord?

T'es très gentil,

mais laisse!


CLIENTE

Mademoiselle?


VÉRONIQUE

Oui, madame?


CLIENTE

Mademoiselle,

ça fait un quart d'heure

que je cherche

une vendeuse.


HUBERT voit un jeune homme mettant une montre dans sa poche plus loin.


Plus loin, JACQUES MARTIN parle avec ISABELLE, qui est en pleurs.


JACQUES MARTIN

Vous savez que vous n'avez

rien à faire dans ce rayon.

Est-ce que vous vous

rendez compte

de l'énormité de

ce genre de situation?

Et vous trouvez ça normal?


ISABELLE

Oui.


JACQUES MARTIN

Vous trouvez ça normal?


ISABELLE

Oui.


JACQUES MARTIN

Bon, bien, vous voyez.


HUBERT accoste le jeune homme qui a pris une montre.


HUBERT

Jeune homme,

s'il vous plaît.

(Le prenant par le bras)

Par ici. Par ici, vite! Allez.


Au rayon quincaillerie, ROGER croise FRANÇOIS qui transporte un mannequin en plastique.


ROGER

Ça va, François?


FRANÇOIS

Oui, ça va. Je te vois venir.

Alors, tu m'excuses,

je travaille, hein.


ROGER

Qu'est-ce qu'il y a?


FRANÇOIS

Ça va, ça va.


ROGER entre dans la salle des employés et rejoint CLAIRE.


ROGER

On est vraiment

des veaux, hein.


CLAIRE

Oh, tu vas pas commencer.

Hé, qu'est-ce que

t'as fait à Zaza?

Parce qu'elle va pas bien.


ROGER

Rien.

Rien. Je lui ai rien fait.

C'est peut-être pour ça,

d'ailleurs.


JOHNNY est assis juste derrière eux.


JOHNNY

Pardon. On peut avoir

un tout petit peu de silence?

Juste un peu…

un peu de calme. Merci.


HUBERT emmène le pickpocket dans un vestiaire, où est assis FRED.


HUBERT

Allez, avance.


PICKPOCKET

Je l'ai pas volée.


HUBERT

Fais voir ton ticket, alors.


PICKPOCKET

J'ai rien fait.


HUBERT

Ouais.

Tu me prends pour

un con, quoi. Hein?

Bon, écoute, soit les

Galeries portent plainte,

soit c'est moi qui

te file une correction.


PICKPOCKET

Je l'ai pas volée, je te dis!

T'es dégueulasse.


HUBERT

Tu me tutoies, maintenant?


HUBERT donne des claques au PICKPOCKET.


PICKPOCKET

Tu me frappes

parce que je suis blanc!


HUBERT

Quoi?


FRED s'interpose.


FRED

Tu vas pas frapper

un môme, quand même.


HUBERT

Quoi, monsieur veut faire

le gentil, c'est pas la peine.

T'es pas assez méchant, Fred.

(Riant)

T'es juste une grande gueule,

t'es même pas fait

pour ce boulot.


PICKPOCKET

Ah ouais!

Toi, t'es le gentil.

Lui, il est méchant.


HUBERT

Hé! Hé! Hé!


FRED

(Se retournant vers le pickpocket)

Je suis pas méchant, moi?


FRED donne une claque au PICKPOCKET.


HUBERT

Laisse-le.


FRED

Occupe-toi de tes affaires.


HUBERT

Qu'est-ce que

tu veux? Hein?

Qu'est-ce que tu veux?


HUBERT et FRED se battent.


FRED

Viens, viens! Viens!


HUBERT

Qu'est-ce que

tu veux, Fred?


HUBERT tient FRED par le col.


HUBERT

Qu'est-ce que

tu cherches, Fred?


PICKPOCKET

Vous êtes

complètement cons!


HUBERT

Ta gueule.


Ils se lâchent.


HUBERT

Voilà.


FRED

(S'adressant au PICKPOCKET)

Qu'est-ce que t'as dit, toi?


Dans la salle des employés, AZIZ et le danseur se parlent.


AZIZ

J'ai pas d'heures sup, moi.

Je suis pas aux Assédics,

je suis étudiant.


DANSEUR

Mais pour le père Noël,

qu'est-ce que t'as fait?

Combien ils t'ont payé?


AZIZ

Je suis pas payé plus.

Je suis stagiaire, je fais

ce qu'on me dit de faire.

Que ce soit père Noël,

magicien, vendeur de mixeurs…


DANSEUR

Attends, attends.

T'as fait le père Noël

et t'as pas été payé?


AZIZ

Je vais t'expliquer

tranquillement:

je suis étudiant, je fais un

DESS marketing et communication

je suis en stage en entreprise,

je fais ce que j'ai à faire.


DANSEUR

T'excite pas.

Deux secondes.

Pourquoi tu travailles

sans être rémunéré?


Plus loin, CLAIRE parle avec ROGER.


CLAIRE

Je trouve que

vous allez bien ensemble.

C'est toujours triste,

une histoire qui marche pas.


ROGER

Tu dis ça

par rapport à nous?


CLAIRE

Comment ça, nous?


AZIZ

Tu comprends pas ce

que je viens de te dire?

Je suis étudiant! DESS!


DANSEUR

Mais on s'en fout…


AZIZ

Je peux pas te dire plus!


DANSEUR

Moi, je m'en fous!


AZIZ

J'ai pas le même statut.


DANSEUR

C'est pas une question

de statut,

c'est une question d'éthique,

de déontologie.

Tu fais un travail,

t'es rémunéré pour.


AZIZ

Me parle pas de déontologie.


DANSEUR

Il y a plein de gens qui…

Il y a plein de gens

qui auraient voulu ce travail.


AZIZ

J'ai pris le boulot de

personne, c'est ma formation!


JOHNNY est exaspéré que tout le monde parle autour de lui dans la salle des employés.


ROGER

Tu voulais bien me parler de

quelque chose, tout à l'heure,

tu me faisais des signes.

C'est de ça

que tu voulais me parler?


CLAIRE

Non, je voulais juste

faire la pause avec toi.


ROGER

Ah bon?


CLAIRE

Ouais.


ROGER

T'as raison,

c'est plutôt agréable.


JOHNNY

Bon, arrêtez, on est

dans une salle de repos!


AZIZ

Et alors? On parle pas,

dans une salle de repos?


ROGER

Quoi, on parle pas

dans une salle de repos?


AZIZ

(S'adressant à JOHNNY)

Ouais! Ça me détend de parler.

Ça te détend pas, toi?

Moi, je parle à lui,

à elle, à lui…

Tu veux que je te dise

des poèmes? Voilà:

Je suis détendu.

«Quand le ciel bas et lourd

Pèse comme un couvercle.»

Voilà!


ROGER

Putain, il y en a marre!


JOHNNY

OK.


AZIZ

Alors, si t'es pas content,

tu vas faire un tour.

Nous, on est ici pour parler.

Je parle avec lui, avec elle.


ROGER

Parfaitement.


ROGER

Voilà!


JOHNNY

(Se levant)

D'accord. Merci.


JOHNNY s'en va en donnant un coup dans sa chaise.


ROGER

Non, mais c'est vrai, il y en

a marre, de fermer sa gueule.


AZIZ

Toute la journée, on se tait,

et ici, il faut se taire encore.


DANSEUR

Oui, mais c'est pas une raison

de faire le père Noël gratos.


AZIZ

Je fais rien gratos, je suis

étudiant, je suis stagiaire!


DANSEUR

Mais on s'en fout! T'as pas

à faire le truc gratuitement!

En plus, le père Noël!


CLAIRE

Et c'est vrai? Tu fais

le père Noël gratuitement?


AZIZ

(Criant)

Mais je suis payé! Je…


AZIZ se lève et s'en va.


À la cafétéria, CLAIRE parle à la caissière. Tout près, PIZZUTTI regarde autour de lui.


CLAIRE

Elle est pas là, Zaza?


CAISSIÈRE

Je sais pas. Elle était

là tout à l'heure.

Elle est pas marrante.

Elle fout rien en ce moment.


CLAIRE va s'asseoir.


PIZZUTTI

Hé, Claire,

tu te mets par là?


CLAIRE arrive près de ROGER qui est assis.


CLAIRE

Je peux m'asseoir là?


ROGER

Ouais. Super.


PIZZUTTI semble déçu, il cherche une autre place.


CLAIRE

T'es fatigué? C'est pour ça

que t'es de mauvaise humeur?


PIZZUTTI passe près de MADAME YVONNE et MICHELINE qui parlent, assises à une table.


MADAME YVONNE

D'abord, c'était pas

de ma faute.


MICHELINE

Mais non,

c'était pas de ta faute.


MADAME YVONNE

Je vais quand même

pas me mettre à prendre

des cours d'informatique

quatre mois avant la retraite!


MICHELINE

Ils veulent qu'on s'intéresse.


MADAME YVONNE

J'ai passé l'âge de faire

semblant de m'intéresser.

Et il faudrait que

ce soit intéressant

pour qu'on s'intéresse.


MICHELINE

Il faut qu'on s'intéresse.


MADAME YVONNE

Je sais pas

ce que t'en penses,

mais je trouve

qu'on travaille trop.


Tout près, FRANÇOIS croise AZIZ.


FRANÇOIS

Je vais pisser, ça ira mieux.


AZIZ

Je viens avec toi.


FRANÇOIS

C'est vrai que tu fais

le père Noël gratuit?


AZIZ

Mais c'est des conneries, ça!

Qui c'est qui t'a dit ça?


PIZZUTTI cherche toujours une place où s’asseoir. Il voit une femme assise toute seule et se dirige à sa table, en passant il salut DOMRÉMY, qui est assis avec FRED.


DOMRÉMY

Salut, Michel.


Un homme s'assoit à la place où PIZZUTTI allait. PIZZUTTI retourne vers DOMRÉMY.


DOMRÉMY

T'as remarqué qu'ils mettent

la musique de plus en plus fort.


PIZZUTTI

Ils ont remarqué que

les clients achetaient plus.


FRED

Qui, ils?


PIZZUTTI regarde FRED et soupire puis s'en va, DOMRÉMY s'en va aussi.


FRED

Ouais, on se fait tous baiser,

et pas que par les oreilles.

Un jour, on va tout péter.

Ils auront du bruit, comme ça.

(Hurlant)

Pow!


Le cri très fort de FRED fait sursauter tout le monde.


FRED

Bien quoi? Je m'exprime.


AZIZ sort en panique des toilettes, suivi de FRANÇOIS, qui porte ZAZA dans ses bras.


AZIZ

Appelez le SAMU!


FRANÇOIS

Calme-toi. Dégage une table.


AZIZ

On peut téléphoner?


FRANÇOIS

Tiens, tiens. Dégage la table.


MADAME YVONNE

Ma pauvre Zaza!


FRANÇOIS

On l'a trouvée dans la toilette.

Je crois qu'elle a

pris des cachets.


FRANÇOIS dépose ZAZA semi-inconsciente sur une table.


MADAME YVONNE

Non!


AZIZ

Appelez le SAMU!


PIZZUTTI

(S'approchant)

Qu'est-ce qui se passe?


AZIZ ET FRANÇOIS

Elle a avalé des cachets.


MADAME YVONNE

Non, pourquoi

t'as fait ça, Zaza?


Tout le monde de la cafétéria se rassemble autour de ZAZA.


ZAZA

À quoi bon?


MADAME YVONNE

Mais il faut pas dire ça!


ZAZA

À quoi bon?


MADAME YVONNE

Mais il faut pas dire

à quoi bon, Zaza!


AZIZ

Il faut pas dire à quoi bon.

Il faut pas qu'elle s'endorme.


FRANÇOIS

Non.


MADAME YVONNE

Zaza. Zaza, tu m'entends?


Dans la foule, CLAIRE regarde ROGER.


ROGER

Qu'est-ce qu'il y a?


CLAIRE

Rien.


MADAME YVONNE

Ma petite Zaza!


AZIZ

Il faut pas qu'elle s'endorme.

Il faut pas qu'elle

s'endorme, c'est tout!

OK, c'est bon? Ça va?


CAISSIÈRE

Oui, ils arrivent.


LEFÈVRE

Allez, laissez-lui de l'air!

Dégagez, s'il vous plaît!

Retournez à vos places.


AZIZ

Il faut pas qu'elle s'endorme.


LEFÈVRE

Chacun à sa place. De l'air,

s'il vous plaît!

Retournez à la caisse, vous.

Allez, à vos places!

Allez-y! Allez, allez-vous-en!

(Poussant MADAME YVONNE)

Ça va aller, on s'en occupe.


LEFÈVRE pousse FRED.


FRED

Ouais, ça va!

La faute à qui?


AZIZ

T'occupe pas de ça.


FRED

Chacun à sa place.


AZIZ

Réveille-toi.

Si elle s'endort, c'est foutu.

Il faut pas qu'elle s'endorme

jusqu'à l'arrivée du SAMU.

Ils arrivent?

Ils arrivent tout de suite.

(Tapant le visage de ZAZA)

OK. Là, tu me vois?

Tu me vois, là? Tu me vois?

Mais fais-lui un truc,

n'importe quoi!

OK, vas-y. Voilà.

Déboutonne. Déboutonne.

Il faut qu'elle respire.


Plus tard, LEFÈVRE se trouve dans l'ambulance avec ZAZA.


LEFÈVRE

Ça va aller.


À un autre moment, au rayon musique, DOMRÉMY fait une démonstration sur un piano à un client.


DOMRÉMY

Et si vous descendez la quarte

d'un demi-ton. Hop!

Vous avez l'accord parfait.

C'est l'accord parfait.


Le soir, ROGER fait un graffiti au-dessus de l'entrée des employés des Grandes Galeries.


Le lendemain, on peut lire le graffiti de ROGER qui dit «Grandes Galères». Des femmes arrivent à l'entrée et rient en voyant le graffiti. MAMADOU, nettoie le graffiti, alors que JACQUES MARTIN et LEFÈVRE regardent.


LEFÈVRE

C'est malheureux.

En fait, c'est toujours

les techniciens

de surface qui trinquent.


JACQUES MARTIN

Tss.


Un employé passe près de MAMADOU.


MAMADOU

Moi, je trouvais

l'idée spirituelle.


HOMME

Bien oui, c'est bien vrai

qu'il y en a qui sont pas cons.

Et en plus, c'est la vérité.

Parce qu'ici, la galère,

mon vieux.


MAMADOU

Ah oui, exactement.


Une réunion a lieu avec les cadres et LEPETIT.


SIMONE

Les stages ont été

bien accueillis,

dans leur ensemble,

il me semble.

Mais…

il y a tout de même

un climat un peu tendu.


LEFÈVRE

Oui.

On a assisté à certains

débordements spectaculaires

et très pénibles.


MADAME DUJARDIN

C'est exactement

la théorie de Jones:

«Dès qu'il y a fusion,

il y a friction potentielle.»


JACQUES MARTIN

(Chuchotant)

Jones.


PIZZUTTI

Il y a beaucoup

de gens se plaignent

à cause de la

musique trop forte.


MADAME DUJARDIN

Hum, hum.


LEPETIT

Vous connaissez l'origine

du mot «compagnon»?

Ce qui est intéressant

avec l'étymologie,

c'est que nous retrouvons

le sens profond des choses.

Le compagnon.

(langue_etrangere=LA]Cum panium… [/langue_etrangere)

est celui avec qui

on partage le pain.

Modernisé, il devient copain.

(Se levant)

Pour nous, il est essentiel

de connaître… Pardonnez-moi.

Il est essentiel de connaître

l'origine de nos actes.

(Haussant le ton)

Aujourd'hui, dans l'entreprise,

les gens ne savent plus

pourquoi ils se battent.

Et d'ailleurs,

très bonne question:

pourquoi se battent-ils?


LEFÈVRE

Pour ne pas perdre

leur emploi.


LEPETIT

Exactement.

Les gens travaillent pour

ne pas perdre leur travail.

Ça, c'est très important.

Parce que n'oublions pas que

si nous cherchons l'efficacité,

si nous voulons vendre

plus, c'est pour eux.

Et si, pour vendre plus,

la musique doit être plus forte,

la musique sera

plus forte. Pour eux!

Parce qu'aujourd'hui,

il faut faire beaucoup d'efforts

pour ne pas se retrouver

à ne rien faire.


À un autre moment, DOMRÉMY dirige la chorale des employés.


DOMRÉMY

Faites un effort.

Vous n'arriverez jamais

à chanter ensemble

comme ça!

Les hommes, vous êtes tout

le temps en avance sur le temps!

(Chantant)

♪ La la la la ♪

Essayez de vous écouter.

Chantez pas chacun dans

votre coin. Écoutez-vous.

C'est pas la peine

de hurler,

on chante moins fort

et on s'écoute, OK?

On reprend.


À un autre moment, dans un corridor, LEPETIT et SIMONE se tiennent près d'une affiche où on peut lire: «Marathon de Paris».


SIMONE

Voilà ce que j'ai organisé.

Il fallait une catharsis.


LEPETIT

Voilà une très bonne idée.


SIMONE

L’événement sportif

est une catharsis moderne,

ça va les…


LEPETIT

Absolument.

L'effort! C'est très

important, l'effort.


Un peu plus loin, PAT, ISABELLE et HUBERT prennent une pause-café et discutent.


HUBERT

Je cours tous les matins.


ISABELLE

Avant le travail?


HUBERT

Hum, hum. Vers 6 heures.


ISABELLE est impressionnée.


HUBERT

Ça t'épate, hein?


ISABELLE

Bien, carrément!


ROGER et FRED arrivent près de l'affiche du marathon.


ROGER

Ils veulent nous faire

courir maintenant?

En plus, ils vont tous y aller.


ROGER et FRED se tournent vers HUBERT et ISABELLE qui parlent.


HUBERT

L'année dernière, j'ai fini

dans les 30 premiers.


ISABELLE

C'est vrai?


HUBERT

Ah oui.

Alors, cette année, je me

suis entraîné tous les jours.


ISABELLE

Oh! On va aller

te supporter.


ROGER

Et ces cons-là,

ils se laissent faire.


FRED

Je peux te

dire qu'un jour,

je vais mettre un grand

coup de pied dans tout ça.


ROGER

Ils aiment les affiches,

on va leur en faire une.


VÉRONIQUE rejoint HUBERT, ISABELLE et PAT.


VÉRONIQUE

Bonjour.


ISABELLE

Dis donc,

il faut qu'on y aille nous.


HUBERT

Eh bien, je vais venir aussi.


Ils s'en vont, laissant VÉRONIQUE derrière.


À un autre moment, MADAME DUJARDIN parle avec VÉRONIQUE dans son bureau.


MADAME DUJARDIN

Et qu'est-ce qui a motivé

votre décision?


VÉRONIQUE

Cela va peut-être vous

paraître prétentieux, mais…

j'estime être la meilleure

du groupe.

Et je crois avoir

de réelles capacités

pour assumer un poste

à responsabilités.


MADAME DUJARDIN

Je le crois aussi.

Cependant, vous savez,

à ma place,

on entend beaucoup de bruits.

On «catche» du [langue_etrangere=EN]feedback[/langue_etrangere].

Et j'ai entendu dire

que vous aviez

un petit problème d'intégration

avec vos collègues.


VÉRONIQUE

Le problème

des gens médiocres est souvent

qu'ils essaient de camoufler

leur manque de professionnalisme

en mettant à l'écart

ceux qui en ont plus qu'eux.


MADAME DUJARDIN

Ce n'est pas

complètement faux.

On appelle ça le [langue_etrangere=EN]downtrend. [/langue_etrangere]

Dans votre curriculum,

vous avez indiqué

que vous avez avorté.

C'est un petit peu original

pour un CV.


VÉRONIQUE

Pour moi, c'était un enfant

ou les Grandes Galeries.


MADAME DUJARDIN

Hum. Vous avez

peut-être raison.

Personnellement,

j'ai beaucoup hésité.


VÉRONIQUE

Ah oui?


On cogne à la porte.


MADAME DUJARDIN

Oui?


PIZZUTTI

Pardon. Non, je te dérange.


MADAME DUJARDIN

Non, non, non.


PIZZUTTI

Il faudrait que je te parle.

Tu… tu serais

libre demain soir?


MADAME DUJARDIN

Euh, bien, justement,

je dois emmener mon fils

au restaurant, je…


PIZZUTTI

Parce que je fais une petite

bouffe à la maison, alors…


MADAME DUJARDIN

Ouais.

Euh, je t'appelle?


PIZZUTTI

OK.


PIZZUTTI referme la porte.


MADAME DUJARDIN

Bon. Alors…

Où en étions-nous?


À un autre moment, CLAIRE, ROGER et FRANÇOIS assemblent des mannequins à l'entrée du magasin.


FRANÇOIS

(S'adressant à ROGER)

Je traverse une période

de misère sexuelle.

C'est du jamais vu.

Du jamais vu.

Il y a du choix, hein,

au magasin.

T'as une nana, toi?

T'as une nana,

en ce moment?

Hein?


FRANÇOIS échappe un morceau de mannequin à terre.


ROGER

Tu fais tomber les trucs, là.


FRANÇOIS

Hein?


ROGER

Non, là, j'ai pas de nana.


FRANÇOIS

(S'adressant à CLAIRE)

T'as quelqu'un, toi?


CLAIRE

Non.


À un autre moment, JOHNNY parle dans son micro près du stand à parfum d'ISABELLE, qui affiche une moue triste.


JOHNNY

N'hésitez pas, en ce moment,

nous fracassons les prix

à tous les étages,

à tous les rayons.

Alors, allez-y

de votre petite promotion.

Et demain, dès demain,

le centenaire des Grandes…


Plus loin, ROGER et PIZZUTTI parlent près d'une maison de poupée.


ROGER

Je veux même pas imaginer

ce qu'ils vont inventer

pour le centenaire.


JOHNNY voit qu'ISABELLE est triste, il monte la musique et prend ISABELLE dans ses bras.


ROGER

Ah non, ils vont pas mettre

la musique encore plus fort?


PIZZUTTI

Ah, tu sais bien que c'est

pour faire gonfler les ventes.

Il y peut rien, lui.

C'est pas de sa faute.


AZIZ, FRANÇOIS et PAT sont attablés dans la salle des employés, ISABELLE arrive.


PAT

Attends. Isabelle,

viens voir. Vite.

Il y a Aziz qui a reçu

une lettre de Zaza.


ISABELLE

Ah ouais?


PAT

Allez.


ISABELLE

Si ça continue, je vais faire

comme elle, moi.


AZIZ

En tout cas,

je peux vous dire

qu'elle s'emmerde pas

en convalescence.


ZAZA est couchée nue sur une plage nudiste.


AZIZ (Narrateur)

(Lisant la lettre)

«Beau temps, mer belle.

«Vous ne devinerez jamais

qui j'ai rencontré sur

la plage l'autre jour.»


ZAZA reçoit un ballon au visage, un homme court après le ballon.


ZAZA

Mais qu'est-ce

que faites-vous là?


Il s'agit de LEFÈVRE, qui est aussi nu.


LEFÈVRE

Eh bien…

Je décompresse. Et vous?


ZAZA

Bien… bien,

je suis en convalescence.


LEFÈVRE

Ah oui, bien sûr, oui.

Ça va mieux?


ZAZA

Ça peut aller.


LEFÈVRE

(Pointant de la tête)

Ma femme…

Michèle.

Vous voulez vous joindre à nous?


ZAZA

Non, non.


LEFÈVRE

On joue au ballon, là.


AZIZ (Narrateur)

«Lefèvre!»


PAT (Narratrice)

Lefèvre sur

une plage naturiste!


AZIZ (Narrateur)

(Lisant la lettre)

«Il assez est différent

quand il est en vacances.

Sa femme est marrante.

On est devenues copines.»


ZAZA fait l'épicerie avec LEFÈVRE et MICHÈLE dans un supermarché nudiste.


MICHÈLE

Zaza, c'est super ici!

Il y a une grosse sélection

de produits naturels.

C'est vraiment formidable!


LEFÈVRE

C'est vrai, c'est

important, de retrouver

un vrai contact avec la nature.

Même pour se retrouver

avec soi-même.

C'est important

parce qu'on vit tellement

dans un monde de fous.


Le récit des vacances de ZAZA est maintenant terminé.


AZIZ, ROGER, FRED et PIZZUTTI s'affairent autour d'une affiche pour la fête du centenaire, dans un corridor du grand magasin. PIZZUTTI colle un carton sur lequel il est écrit «Carnaval» par-dessus le mot «Fête». FRED fait le guet.


ROGER

D'ici là, ils auront le

temps de trouver des costumes.


PIZZUTTI

T'es comme moi, t'es un peu

toc toc toi finalement.


FRED

Ah ouais, toi, t'es

vraiment un grand fêlé.


PIZZUTTI

Je suis peut-être

pas un fêlé,

mais j'ai pas envie d'être

comme tout le monde.


ROGER

Très peu de gens

sont comme tout le monde.


ROGER colle un carton sur lequel est écrit «déguisement obligatoire».


PIZZUTTI

Tu crois que ça va marcher?


ROGER

C'est évident que

ça va marcher.


FRED

Je veux!

Avec tous ces connards!


ROGER

Ils arrivent! Vite, vite!


PIZZUTTI, ROGER et FRED s'en vont, AZIZ reste. PAT et VANESSA entrent dans le corridor.


AZIZ

Vous avez vu?


PAT

C'est quoi? Obligatoire?


AZIZ

(Lisant)

«Carnaval.

Déguisement obligatoire.»

Ah, mais c'est super.


Plus tard, après le souper chez PIZZUTTI, ISABELLE lui fait la bise.


ISABELLE

Merci!


PIZZUTTI

C'était super.


ISABELLE

C'était très bien.


PIZZUTTI

Ah oui, merci.

Je te raconterai l'histoire.


ISABELLE

D'accord.


PIZZUTTI fait la bise à d'autres femmes, dont une femme d'origine asiatique.


PIZZUTTI

Au revoir.

Comment tu appelles, déjà?


FEMME ASIATIQUE

(mot_etranger=JA]Sayonara[/mot_etranger)

.

PIZZUTTI

Ah, c'est ça.


PAT

Tu te déguises comment,

Pizzutti?


PIZZUTTI

Demain? Je sais pas.

En homme marié, nu,

avec une alliance, par exemple.


Tout le monde rit.


FEMME

En tout cas, cette petite

soirée est très réussie.


PAT

(Prenant le chien dans ses bras)

Comment il s'appelle ton chien?


PIZZUTTI

Il s'appelle…


FEMME 2

(Faisant la bise à PIZZUTTI)

Écoute, la prochaine fois…


PIZZUTTI

Cette histoire,

j'ai rien compris.


FEMME 2

Ciao.


PIZZUTTI

Salut.


PAT

Comment il s'appelle

ton chien?


FEMME 3

Merci, Michel.


Le téléphone sonne.


PIZZUTTI

Salut. Pardon.

(Répondant au téléphone)

Allô?


MADAME DUJARDIN

Bonsoir, c'est Annick.

Excuse-moi de t'appeler

si tard, je…


PAT embrasse PIZZUTTI sur la joue.


PIZZUTTI

Attends une seconde.


PAT

(Chuchotant)

C'est qui?


MADAME DUJARDIN

Je te dérange?


PIZZUTTI

Non, tu déranges pas.


PAT essaie de faire la bise à PIZZUTTI.


MADAME DUJARDIN

Ah non, mais je vois bien que

visiblement, je te dérange.


PAT

Salut!


PIZZUTTI

Arrête! T'as une seconde, là?


MADAME DUJARDIN

Il y a pas de problème, je

te rappellerai une autre fois.


PIZZUTTI est pris entre la conversation au téléphone et les aux revoirs avec PAT.


PIZZUTTI

Juste, je…

Attends…

J'arrive.


PAT

(Fermant la porte)

Salut!


MADAME DUJARDIN raccroche. PIZZUTTI est pensif. Les filles, criant, descendent l'escalier de l'immeuble à logements de PIZZUTTI, alors que celui-ci regarde au loin par la fenêtre avec son chien. Il s'assoit sur le divan.


Le lendemain, aux Grandes Galeries, PIZZUTTI rejoint PAT et VANESSA. PIZZUTTI est déguisé en Al Capone et PAT en léopard.


PIZZUTTI

Hé, les filles!


VANESSA

Ah, Pizzutti!


PAT

Wow!


VANESSA

Ouh!


PAT

Vachement bien.


PIZZUTTI

Ma biche. Tu danses?


PIZZUTTI fait un baise-main à VANESSA. VANESSA s'évente avec sa main.


PIZZUTTI

Ouh là!


ISABELLE

Bonjour, messieurs, dames.


ISABELLE arrive costumée en fée. PIZZUTTI siffle.


PAT

Isabelle!


Plus loin, FRED, ROGER et AZIZ les regardent, rigolant.


FRED

(Pointant VÉRONIQUE)

Hé, regarde Blanche-Neige.

Tu veux mes mains?


PIZZUTTI arrive près de VÉRONIQUE, déguisée en Blanche-Neige.


PIZZUTTI

(langue_etrangere=EN)

Hey, darling. You smoke? You want a cigarette?[/langue_etrangere]

VÉRONIQUE

Non merci,

je ne fume pas.


PIZZUTTI

(S'approchant de VÉRONIQUE)

(langue_etrangere=EN]You wanna kiss me?[/langue_etrangere)


VÉRONIQUE

Non…


PIZZUTTI

Ah, c'est pour rigoler.


VÉRONIQUE rit doucement.


VÉRONIQUE

Ça va bientôt ouvrir.


PIZZUTTI

Oui. Il paraît que

t'es chef, maintenant, alors?


VÉRONIQUE

Oui. Depuis deux jours.


Plus loin, LEPETIT parle au micro.


LEPETIT

Juste… juste

un petit mot avant d'ouvrir.


ROGER

Le patron.


FRED

Ah, le patron, oui.


LEPETIT

Juste une seconde

avant d'ouvrir.

En ce qui concerne

les protestations,

sachez bien que

ce n'est pas nous

qui avons eu l'initiative

de ce carnaval.


ROGER, AZIZ et FRED rient.


ROGER

Tu m'étonnes.


LEPETIT

Je ne sais pas

de qui est la blague.

Je la trouve assez bonne.

Et je pense que les clients

apprécieront l'animation.

Ça sera peut-être un peu

moins drôle pour certains

de travailler dans

le costume qu'ils ont choisi.

Voilà. C'est tout.

Maintenant, tous à

vos postes. Bon courage.


PIZZUTTI rit.


PIZZUTTI

J'aimerais bien savoir

qui c'est qui a fait ça.


PAT

(Déçue)

Je l'ai loué super cher!


VANESSA

Bien, attends, c'est pas

grave, tu pourras le remettre.


ROGER

Il s'est bien démerdé.


FRED

C'est pas vrai…


Un peu plus loin, CLAIRE regarde ROGER.


FRED

C'est le roi

de la récup, lui, alors.

Tiens, un jour,

je lui dirai merde

à celui-là,

et dans les yeux.


De la musique joue.


VOIX DE JOHNNY

(Provenant du haut-parleur)

Eh oui, 100 ans,

100 ans encore

pendant quelques minutes.

Et toujours

cette éternelle fraîcheur

qui caractérise notre magasin.

Profitez de cet air de fête qui

vous montre, s'il en est besoin,

la jeunesse des Grandes Galeries.


Au rayon musique, DOMRÉMY aide un client, la musique est cacophonique.


CLIENT

Je cherche un clavier

équipé de prises MIDI

pour pouvoir le raccorder

sur un ordinateur,

un clavier

qui fasse polyphonique,

une multitude d'octaves,

si c'est possible.


Juste à côté, un client joue quelques notes sur un piano.


CLIENT

En fait, je recherche

un clavier assez performant.

Et si c'est possible,

une carte extension mémoire

pour pouvoir ajouter

des sons supplémentaires

à ceux existants.


DOMRÉMY

Euh, des sons encore…

Plus de sons, quoi?


CLIENT

Voilà.

Si c'est possible.


DOMRÉMY

Bien oui, celui-là,

il le fait, oui.


Plus loin, un homme essaie une guitare.


CLIENT

Il le fait.

C'est possible de l'essayer?


DOMRÉMY

Je vous en prie, allez-y.


CLIENT

Merci.


Plusieurs personnes jouent de différents instruments en même temps. DOMRÉMY croise ROGER.


DOMRÉMY

Je vais craquer, là.


ROGER

Je vais faire

une grosse connerie.


ROGER s'en va.


FRANÇOIS parle à ISABELLE à son stand.


FRANÇOIS

Vous pouvez pas me transformer

en prince charmant?


ISABELLE soupire.


FRANÇOIS

Bien pour une fée…


ISABELLE

Écoutez, la fée,

ça fait 150 fois

depuis ce matin

qu'on l'emmerde!

Alors des fois, la fée…


ISABELLE mime de la main qu'elle est à bout de patience.


ROGER descend au poste de JOHNNY et allume le micro.


JOHNNY

Hé! Qu'est-ce

que vous faites, là?

Arrêtez.


ROGER

(Parlant au micro)

S'il vous plaît, messieurs,

dames, s'il vous plaît.

Arrêtez.

On va arrêter tout ça.


JOHNNY

Faites pas le con.


ROGER

On va arrêter…

On va arrêter tout ça.

On va faire

une minute de silence.

On va arrêter de faire

du bruit qui sert à rien.

Une minute de silence,

s'il vous plaît.


JOHNNY

Vous allez vous faire virer

et moi avec.


ROGER

(Haussant le ton)

On arrête tout,

on fait une minute de silence.


JOHNNY

Ça, c'est une grosse connerie

que vous êtes en train de faire.


ROGER

Silence!

Silence!

(Hurlant)

Silence!


Au rayon peinture, MADAME YVONNE est avec MONSIEUR ROI. Elle est déconcertée.


MADAME YVONNE

Mais qu'est-ce qui se passe?


VOIX DE ROGER

Silence!

Silence!


Au rayon musique, des gens jouent toujours avec des instruments.


CLIENT

Je peux poser une question?


DOMRÉMY

Chut!

Silence.

On a demandé le silence.

Donc pas de bruit.


ROGER

(Parlant au micro)

Juste une minute.


On cogne à la porte du bureau de LEPETIT.


LEPETIT

Oui?


LEFÈVRE

Bonjour, monsieur.

Est-ce que vous pourriez venir

tout de suite?

Il y a un gros problème.


LEPETIT

Qu'est-ce qu'il y a?


LEFÈVRE

Suivez-moi, je vais

vous expliquer.


LEPETIT

Qu'est-ce qu'il y a, Lefèvre?


Dans le magasin, tout le monde est immobile et il n'y a aucun bruit, sauf VÉRONIQUE qui accroche des vêtements. VANESSA lui fait signe d'arrêter.


LEPETIT, SIMONE et JACQUES MARTIN arrivent au rayon peinture et observent depuis la balustrade. Au micro, ROGER sourit, satisfait, et le silence continue. CLAIRE regarde ROGER, esquissant un sourire.


SIMONE

(Chuchotant)

Que c'est beau, ce silence.


Le lendemain, ROGER est au bureau de LEPETIT.


LEPETIT

Vous comprenez bien

qu'après votre petite

plaisanterie d'hier,

on ne puisse

pas vous garder.


ROGER

De toute façon,

je comptais pas rester

aux «Grandes Galères».


LEPETIT

C'était de vous aussi,

le tag?


ROGER

Oui.

Je suis ravi de voir

que vous n'avez pas apprécié.


LEPETIT

Vous savez, les destructeurs

dans votre genre

sont souvent très,

très contents d'eux.

Moi, je ne prétends pas

détenir le système parfait,

mais au moins,

j'essaye de construire.


Ils se lèvent et se dirigent vers la porte.


ROGER

Eh bien, continuez

vos constructions.

Moi, je vais aller

détruire ailleurs.


LEPETIT

Au revoir, monsieur.


ROGER rejoint CLAIRE dans une vitrine.


CLAIRE

Salut.


ROGER

Ça va?


CLAIRE

Oui.


ROGER

Je viens te dire adieu.


CLAIRE

Oh, tu t'en vas?


ROGER

Je me suis fait virer.

T'es pas au courant?


CLAIRE

Ah, bien non!


ROGER

Bien, si.

J'aurai quand même tenu

presque un an dans une boîte,

c'est une performance.


CLAIRE

Bien, alors on ne va

plus se voir?


ROGER

Bien, je sais pas.


CLAIRE

Ah, c'est drôle, en fait,

je te connais à peine.


ROGER s'apprête à embrasser CLAIRE, mais des gens les regardent sur le trottoir en face.


ROGER

Bon. On se retrouve

au café tout à l'heure?


CLAIRE

Ouais.


ROGER

Tu viens, hein? Sûr?


CLAIRE

Oui.


ROGER est maintenant assis à la terrasse du café. Un SERVEUR s'approche d'un vieil homme assis à une table.


SERVEUR

Monsieur m'a appelé?


HOMME

Combien je vous dois

pour le café?


SERVEUR

Cinq francs, s'il vous plaît,

monsieur. Service non compris.


HOMME

Bon. Merci.


ROGER se lève et s'adresse aux gens attablés sur la terrasse.


ROGER

Excusez-moi, messieurs, dames.

Excusez-moi, s'il vous plaît.

Voilà. J'avais rendez-vous

avec une jeune fille blonde.

Euh, à 5 heures.

Elle a un ciré rouge,

normalement,

et elle s'appelle Claire.

Est-ce que si

jamais elle arrive,

vous pourrez lui dire

que je ne l'attends plus,

que j'en ai marre d'attendre,

que j'en ai marre de

ses rendez-vous foireux et…

et que c'est une belle conne?

Vous lui direz, hein!

Que c'est une belle conne!


HOMME 2

Ouais, c'est ça,

on lui dira, ouais.


HOMME 3

(Riant)

Ça va chauffer.


Dans son bureau, LEPETIT parle avec MADAME YVONNE, CLAIRE et PIZZUTTI.


LEPETIT

Je suis très sensible

que vous soyez tous attentifs

à la vie de ce jeune garçon,

mais quand il y a faute au

football, il y a carton rouge.

Ou il y a [langue_etrangere=EN]penalty[/langue_etrangere].

CLAIRE

Mais c'est stupide.

C'est qu'une question

de principe, alors.


Sur la terrasse, l'HOMME 3 raconte à CLAIRE ce que ROGER a dit tout à l'heure.


HOMME 3

Il a dit texto,

et ils sont témoins:

«Vous lui direz que

c'est une belle conne.

Et que j'en ai rien à foutre

de ses rendez-vous merdeux.»


HOMME 2

Non. Il a dit «foireux».


HOMME 3

Foireux.


CLAIRE

(S'éloignant)

Je vous remercie.


HOMME 3

De rien.


CLAIRE arrive dans le corridor d'un immeuble. Elle sonne à une porte. Une fillette ouvre.


CLAIRE

Bonjour. Est-ce que

Roger, il est là?


FILLETTE

Oui.


CLAIRE

Oui? Tu peux me l'appeler?


Une femme, la SOEUR DE ROGER, arrive dans l'embrasure de la porte, tenant un bébé.


SOEUR DE ROGER.

S'adressant à la fillette

Reste pas pieds nus

dehors, toi. Allez, file.


CLAIRE

Bonjour. Est-ce que Roger

est là, s'il vous plaît?


SOEUR DE ROGER.

Oui. Il est là, il est dans

sa chambre. Je l'appelle.


FILLETTE

Gégé! Gégé!

Il y a une dame pour toi.


CLAIRE

Merci beaucoup.


SOEUR DE ROGER.

Roger? Roger?


La SOEUR DE ROGER s'éloigne dans l'appartement. Quelques instants plus tard, ROGER arrive à la porte.


ROGER

Comment t'as trouvé

mon adresse?


CLAIRE

Eh bien, je l'ai trouvée

dans le fichier.


ROGER sort dans le couloir.


ROGER

Attends.

(Refermant la porte)

Viens.


CLAIRE

(Riant)

On t'appelle Gégé?


ROGER

Non, c'est juste les gosses

de ma frangine.

T'es pas venue au café

tout à l'heure.


CLAIRE

Si, mais je suis

venue en retard.


CLAIRE a un sourire coquin.


ROGER

Oui, en retard.

Et on t'a rien dit?


CLAIRE

Qui ça?


ROGER

Au café.


CLAIRE

Ah non. Pourquoi?


ROGER

Non. Pour rien.


La lumière dans le corridor s'éteint, puis se rallume. Des fillettes regardent ROGER et CLAIRE depuis l'embrasure de la porte.


SOEUR DE ROGER.

Vous voulez pas

plutôt rentrer?


ROGER

Ma soeur.

Bien, viens.


ROGER et CLAIRE sont maintenant couchés dans un lit.


CLAIRE

(Chuchotant)

Pourquoi tu voulais pas rester,

qu'on reste ici?


ROGER

Je sais pas.

En fait, je suis content

que tu sois restée.

J'avais peur que t'aimes

pas le papier à fleurs.


CLAIRE

J'aime pas

le papier à fleurs.


PIZZUTTI est assis chez lui dans le salon.


PIZZUTTI

Bien, vous allez être heureux,

maintenant, tous les deux.


En face de lui, son chien chevauche un autre chien plus grand, le nouveau chien se lève et repousse le petit chien. Le petit chien chevauche le grand chien de nouveau. PIZZUTTI semble blasé.


À un autre moment, ROGER et CLAIRE arrivent devant une série d'appartements parisiens cossus.


ROGER

Pourquoi tu tiens

tellement à m'emmener

chez tes parents?


CLAIRE

Comme ça.

C'est là.


ROGER

Cela dit, j'ai pas de mal

à imaginer la gueule qu'ils ont.


CLAIRE

Ça m'étonnerait.


ROGER et CLAIRE sont devant la porte, CLAIRE sonne. LEPETIT ouvre, souriant.


CLAIRE

C'est moi!


CLAIRE et LEPETIT se font la bise, ROGER se tient un peu derrière la porte.


LEPETIT

(Présentant sa main)

Bonjour.


ROGER arrive dans l'embrasure de la porte, et LEPETIT réalise qui il est, complètement déconcerté.


CLAIRE

(S'adressant à ROGER)

Viens, rentre.


ROGER

Bonjour.


Ils se serrent la main. MADAME LEPETIT fait la bise à CLAIRE.


MADAME LEPETIT

Bonjour, ma chérie.


CLAIRE

Roger, maman. Voilà.


MADAME LEPETIT

Bonjour, Roger.


ROGER

Bonjour, madame.


CLAIRE

Bon, bien…


MADAME LEPETIT

Eh bien, Roger, rentrez.

Donnez-moi votre blouson.


CLAIRE

(S'adressant à LEPETIT)

Bon, alors, tu fermes

la porte? Viens, allez.


LEPETIT ferme la porte, tout penaud.


Plus tard, ROGER, LEPETIT, MADAME LEPETIT et CLAIRE sont assis dans le salon et prennent le café. ROGER regarde un livre.


LEPETIT

(Parlant très fort)

J'aime le rock'n'roll,

par exemple.


ROGER

Ah ouais?


LEPETIT

Eh oui, j'aime le rock'n'roll

autant que vous.


ROGER

On aime tout pareil, alors.


LEPETIT

Vous savez, je suis

peut-être optimiste,

mais je pense

qu'il est possible

que parfois,

les gens tombent d'accord.


ROGER

Eh bien, moi, je crois

que c'est important

qu'il y ait des

gens pas d'accord.


LEPETIT

Ah, je suis

pas du tout d'accord.


MADAME LEPETIT

Désirez-vous un

peu de café, Roger?


ROGER

S'il vous plaît, oui.


LEPETIT

Une toute petite

goutte pour moi.


MADAME LEPETIT

Je crois qu'il en reste, oui.


ROGER

Non, c'est bien beau,

toutes vos théories.

Mais, allez-y, vous, vendre.

J'aimerais bien vous voir

vendre, j'aimerais bien

vous voir avec des clients.


LEPETIT

Mais totalement. Totalement.

Quand vous voulez.

Je me sens tout à fait

prêt à vendre.


Au rayon bagages des Grandes Galeries, LEPETIT montre une valise à une cliente, il a énormément de difficulté à tenir la valise et balbutie.


LEPETIT

Comme ça…

Voilà.

Attendez.

Ça… c'est un de mes…

Un de mes plus beaux…


VÉRONIQUE les rejoint.


VÉRONIQUE

Ça se passe bien?


LEPETIT

(S'adressant à VÉRONIQUE)

C'est dur.

(S'adressant à la cliente)

C'est vraiment

ce qui se situe…

Ça ne vous plaît pas non plus.


CLIENTE

Vous pouvez me montrer

quelque chose de plus grand?


LEPETIT

De plus grand…


Une autre cliente demande l'aide de LEPETIT.


CLIENTE 2

Et celui-ci, il fait combien?


LEPETIT

Écoutez, deux secondes,

je suis avec madame.

Je peux pas tout faire.

Il faut se mettre à ma place.


CLIENTE 2

Mais mettez-vous

à la mienne, enfin!


Plus loin, FRED observe LEPETIT, souriant, puis le rejoint.


FRED

T'es nouveau?


LEPETIT

Oui.


FRED

Tu vas voir, c'est chiant

et en plus, c'est mal payé.


LEPETIT

Ah bon? Bien alors,

pourquoi tu restes?


FRED

Ici ou ailleurs…

De toute façon, la boîte

va fermer, tu vas voir.


LEPETIT

Il faut pas dire ça.

Moi, je trouve que ça…

Je trouve que ç'a l'air

de plutôt bien marcher.


FRED hausse les sourcils.


LEPETIT

Il paraît qu'il y a eu

pas mal de changements,

non, cette année?


FRED

Ouais…

Maintenant,

c'est vachement mieux.


LEPETIT a un petit rire.


FRED

C'est le genre d'endroit

où on peut dire merde au patron.


FRED rit et s'en va, LEPETIT le regarde avec un sourire hésitant.


À un autre moment, LEPETIT parle au téléphone dans son bureau.


HOMME

(À l'autre bout de la ligne)

Si je peux vous donner

un conseil, Lepetit,

ne vous fatiguez pas trop.

Nous devons nous réunir

dans un mois et…


LEPETIT

Je sais, mais je vous rappelle

que les résultats

commencent à venir.

Tout change

très, très vite maintenant.

Il faut aller jusqu'au bout.


HOMME

C'est comme vous le sentez…


LEPETIT

Non, mais il s'agit pas

de moi, c'est un ensemble!

Vous verrez, le marathon

sera une étape décisive.

Je mise énormément

sur un succès médiatique.


Les employés des Grandes Galeries se réunissent dans un parc pour le Marathon de Paris. LEPETIT lui est en costume et donne des indications aux marathoniens. Tout le monde s'étire et s'échauffe pour la course.


LEPETIT serre la main de JOHNNY et de HUBERT.


Les employés portent un chandail Grandes Galeries et s'apprêtent à partir. LEPETIT, à l'arrière d'un scooter, passe près d'eux et les encourage.


Au même moment, MADAME YVONNE et MONSIEUR ROY arrivent devant une maison, en banlieue. MONSIEUR ROI tient la boîte d'un téléviseur.


MONSIEUR ROI

Voilà. On est arrivés.

Pour l'instant, on a rien.


MADAME YVONNE

On a déjà le poste.

Il faut qu'on se dépêche

de le brancher.


Le marathon bat son plein, HUBERT se trouve en tête de la course et VÉRONIQUE court plus en arrière..


ROGER et CLAIRE, main dans la main, rejoignent JOHNNY et ZAZA à un stand des Grandes Galerie au marathon.


JOHNNY

Bonjour.


CLAIRE

Bonjour.


JOHNNY

V.P. à l'intérieur. Ça va?


CLAIRE

Oui. Et toi?


JOHNNY

Oui, c'est parti.


ZAZA

Ça va, les amoureux?

Ça m'étonne pas

que tu sois du genre

à craquer sur les filles à papa.


ROGER

Hé, du calme.


ZAZA

Quoi, du calme?

T'as rien d'autre à foutre

que de venir me narguer? Hein?

Dépêche-toi, va la rejoindre,

ta petite bourgeoise,

elle peut pas attendre.


ROGER

Calme-toi.


ZAZA

(Frappant ROGER)

Me touche pas, toi.

C'est toi qui viens me faire

chier. Casse-toi, dépêche-toi.


MICHÈLE, la femme de LEFÈVRE s'interpose, puis met sa main sur l'épaule de ZAZA.


LEFÈVRE

Il faut accepter

la différence, Zaza.


MICHÈLE

Écoute, c'est

comme avec nous;

tu es différente,

mais tu es notre amie.


ZAZA

Non, mais ça va pas,

arrêtez vos conneries,

je suis pas votre amie.


MICHÈLE

Mais si, tu es

notre amie, Zaza.


ZAZA

Bien sûr que non.


LEFÈVRE

Zaza, tu es notre amie.


Au même moment, MADAME YVONNE et MONSIEUR ROI regardent le marathon à la télévision dans le salon vide de la maison de banlieue.


MADAME YVONNE

Ils ont commencé.

C'est Hubert qui mène. Regardez.


VOIX DU PRÉSENTATEUR

Un très bel athlète,

originaire de la Guadeloupe.


MADAME YVONNE

Vous le reconnaissez?

Vous l'avez vu au magasin.

Hubert.


VOIX DU PRÉSENTATEUR

… et que nous saluons

au passage.


MONSIEUR ROI dépose un tabouret devant la télé.


Dans la foule assistant au marathon se trouvent ISABELLE, PAT et VANESSA.


VANESSA

Regarde.


ISABELLE

C'est Hubert!


Les filles crient d'enthousiasme.


PAT

(Agitant la main)

Hubert!


La foule acclame les marathoniens.


LEPETIT arrive près d'HUBERT en scooter.


LEPETIT

Tout va bien, Hubert.

Je vous retrouve à l'arrivée.


Au même moment, FRED regarde le marathon à la télé.


FRED

Allez, allez, allez, on se

magne, là, l'homme au bandeau.

Allez! À fond les gamelles.

Allez, on sue,

on transpire. Allez!

Courez, bande de nazes. Courez!

Il y a bien un jour où

vous arrêterez vos conneries.


MADAME YVONNE et MONSIEUR ROI regardent toujours le marathon.


VOIX DU PRÉSENTATEUR 1

Rien ne peut les arrêter,

ils iront jusqu'au bout.

Ah, c'est formidable,

Jean-Paul.

Ils sont tous là, chacun

pour soi, mais tous ensemble.

Ah, c'est vraiment formidable,

de voir tous ces gens

qui vont au bout d'eux-mêmes.


MONSIEUR ROI prend MADAME YVONNE par l'épaule et l'embrasse.


VOIX DU PRÉSENTATEUR 2

Tout à fait, Jean-Pierre,

tout à fait,

c'est vraiment formidable.


ROGER et CLAIRE se parlent au marathon.


CLAIRE: [Contrariée

J'ai l'impression

qu'on n'ira jamais ensemble.


ROGER

Mais bien sûr

qu'on n'ira jamais ensemble.

Qu'est-ce qui va ensemble, ici?

Regarde-moi ce bordel.


ROGER sourit et prend CLAIRE dans ses bras.


PIZZUTTI court près de MADAME DUJARDIN, ils sont essoufflés et en sueur.


PIZZUTTI

Je…

(Toussant)

je voulais te dire…


Sur son balcon, DOMRÉMY imagine une chanson dans sa tête.


DOMRÉMY

(Chantant en pensée)

♪ Moi moi moi ♪

♪ Moi je suis moi ♪

♪ Moi moi moi ♪

♪ Moi moi moi je suis moi ♪

♪ Moi moi moi je suis moi ♪


Les coureurs des Grandes Galeries continuent le marathon parmi l'immense foule, HUBERT courant toujours en tête.


À la télévision, HUBERT et MAMADOU sont montrés courant côte à côte, se disputant la première place..


VOIX DU PRÉSENTATEUR 1

Hubert Saint-Pierre,

encore et toujours, qui

s'envole vers la victoire.

Plus que 400 mètres

avant l'arrivée,

alors que Mamadou Motoutou,

qui le remonte

et qui le dépasse,

à 200 mètres à présent

de l'arrivée.


MAMADOU court tout près d'HUBERT.


VOIX DU PRÉSENTATEUR 1

Les deux hommes sont

au coude à coude.

C'est formidable,

après 42 kilomètres,

de voir l'effort…


Dans le stand, des employés des Grandes Galeries regardent la télé.


LEFÈVRE

Je le connais, lui.

C'est Mamadou.


LEPETIT

(Enthousiaste)

C'est Grandes Galeries?


LEFÈVRE

Oui, Grandes Galeries.

Technicien de surface.


LEPETIT

Pourquoi il n'a pas le T-shirt

Grandes Galeries, Lefèvre?


LEFÈVRE

Je ne sais pas pourquoi.


VOIX DU PRÉSENTATEUR 1

Il prend la tête

et ne la lâchera plus,

car Hubert ne semble plus

pouvoir lutter contre Motoutou,

qui, oui, il remporte

cette quatorzième édition

du marathon de Paris!


Dans le stand les employés crient de joie.


MICHÈLE

Ouais! Ça y est!


VOIX DU PRÉSENTATEUR 1

Deux Français sur le podium,

c'est formidable!


VOIX DU PRÉSENTATEUR 2

Absolument, Jean-Pierre,

un très beau suspense

au [langue_etrangere=EN]finish[/langue_etrangere] pour

les deux leaders français.


VÉRONIQUE arrive au fil d'arrivée, accueillie par JACQUES MARTIN.


JACQUES MARTIN

Eh bien!

C'est très bien.

Voilà, bravo!

Vous voyez, vous êtes arrivée.

Ça va. Allez, ça va.


JACQUES MARTIN aide VÉRONIQUE à marcher, elle s’arrête et tousse et crache.


JACQUES MARTIN

Ouf! Ouh là.

Écoutez, enfin,

il faut pas vous mettre

dans des états pareils.


VÉRONIQUE se raccroche au cou de JACQUES MARTIN.


Plus loin, LEPETIT donne un chandail des Grandes Galeries à MAMADOU.


LEPETIT

Je suis ravi.

Vous auriez la gentillesse

de mettre ça,

s'il vous plaît, rapidement.

Vous avez été

extraordinaire, Mamadou.

Comment vous vous sentez?


MAMADOU fait oui de la tête.


LEPETIT

Très bien.

Vous le mettez bien droit

et vous le mettez…

Voilà. Pardon.

Voilà.

Vous le mettez bien droit.

Tenez, voilà.


MAMADOU enfile le chandail.


LEPETIT

Et là, je crois

qu'il y a la télévision.

(Prenant MAMADOU par l'épaule)

Eh bien, écoutez, cher ami,

nous avons cette chance

d'avoir Mamadou…


JOURNALISTE

Alors, c'est

un succès médiatique

pour les Grands Galeries?


LEPETIT parle aux journalistes, se tenant entre HUBERT et MAMADOU.


LEPETIT

Oui, absolument.

C'est incontestablement

un très, très grand succès

pour les Grandes Galeries,

pour un groupe.

Pour un groupe de gens motivés.

Ils ont gagné tous les deux,

ils viennent

des Grandes Galeries.

Les Grandes Galeries, à l'image

de l'entreprise moderne,

montrent que des gens motivés,

qui ne travaillent pas pour eux,

mais qui travaillent

pour l'entreprise,

en l'occurrence, les Grandes

Galeries, gagnent. Gagnent.

Et je pense que le mieux,

c'est d'abord de leur parler.

Ils ont gagné, ils viennent

des Grandes Galeries.

C'est merveilleux,

c'est émouvant.

Ils viennent d'un groupe,

ils ont gagné ensemble.


HUBERT et MAMADOU se serrent la main.


HUBERT

Bravo.


Les journalistes les applaudissent.


Le marathon est terminé, FRANÇOIS et AZIZ courent toujours alors que les rues vides se font nettoyer.


MAMADOU marche dans la rue, passant à côté de camion d'éboueurs. Il tient un sac de plastique et sourit, l'air satisfait.


À un autre moment, LEPETIT est en réunion avec ses supérieurs.


HOMME

C'est fini, Lepetit.

La vente a été décidée

définitivement hier.


LEPETIT

Comment ça?

Quelle vente?

Même avec les résultats?


HOMME

Vos résultats sont

exemplaires, Lepetit.

Nous sommes même étonnés

de voir comment vous avez,

en si peu de temps,

redressé cette entreprise.

Votre carrière est assurée.

Mais pour ne rien vous cacher,

la décision avait été prise

avant votre nomination.

Lorsque nous

vous avions vu,

nous étions

déjà en négociation

sur une cession des locaux

des Grandes Galeries.


LEPETIT est estomaqué.


HOMME

Vous nous avez permis

de ne pas perdre

trop d'argent

dans cette affaire.

Grâce à votre management,

nous avons pu revendre

ces locaux le double

du prix annoncé.


LEPETIT

(Doucement)

Et le personnel?


HOMME

Tous les licenciements…

Je dis bien tous

les licenciements

seront largement couverts

par les bénéfices

de l'opération.

Et c'est une aubaine

pour les petits actionnaires.


LEPETIT se lève de table.


LEPETIT marche dans une foule, sur le trottoir devant les Grandes Galerie, l'air mélancolique. Il rencontre JACQUES MARTIN à l'entrée du magasin.


JACQUES MARTIN

Ah!

Bien, allez, venez.

Ça va commencer.


Une foule de gens sont réunis au rez-de-chaussée du magasin, dont LEPETIT, FRED et JACQUES MARTIN. DOMRÉMY lève le doigt et dirige la chorale des employés.


CHORALE DES EMPLOYÉS

(Chantant)

♪ Moi je suis moi ♪

♪ Et toi t'es toi ♪

♪ Moi je suis moi

Et toi t'es toi ♪

♪ Moi je suis moi ♪

♪ Et toi t'es toi ♪

♪ Y a pas que toi ♪

♪ Qui peux dire moi ♪

♪ Y a moi aussi ♪

♪ Moi moi moi moi

Moi moi moi moi ♪

♪ Moi moi moi moi ♪

♪ Moi moi ♪


Les employés se tiennent dans l'escalier, tous bien mis. LEPETIT a l'air complètement abattu.


CHORALE DES EMPLOYÉS

(Chantant)

♪ J'aime pas être seul ♪

♪ Moi non plus moi non plus ♪

♪ T'es pas le seul ♪

♪ Moi non plus moi non plus ♪

♪ J'aime pas être seul ♪

♪ Moi non plus moi non plus ♪

♪ Je suis pas le seul ♪

♪ Moi non plus moi non plus ♪

♪ Moi moi moi moi ♪

♪ Moi moi moi moi moi ♪

♪ Moi moi moi moi moi moi ♪


DOMRÉMY, se retourne vers LEPETIT, tout sourire.


DOMRÉMY

C'est l'osmose, hein?


CHORALE DES EMPLOYÉS

(Chantant)

♪ J'aime pas être seul ♪

♪ Moi non plus moi non plus ♪

♪ T'es pas le seul ♪

♪ Moi non plus moi non plus ♪


LEPETIT quitte la foule discrètement. FRED se retourne et le regarde s'éloigner.


CHORALE DES EMPLOYÉS

(Chantant)

♪ J'aime pas être seul ♪

♪ Moi non plus moi non plus ♪

♪ Je suis pas le seul ♪

♪ Moi non plus moi non plus ♪

♪ Moi moi moi moi ♪

♪ Moi moi moi moi moi ♪

♪ Moi moi moi moi moi ♪

♪ Moi moi ♪


Début générique de fermeture


CHOEUR CHANTANT

♪ Moi moi moi ♪

♪ Moi je suis moi ♪

♪ Moi je suis moi ♪

♪ T'es toi ♪

♪ Moi je suis moi ♪

♪ Toi t'es toi ♪

♪ Il y a pas que toi ♪

♪ Qui peux dire moi ♪

♪ Il y a moi aussi ♪

♪ Moi moi moi ♪

♪ Moi je suis moi ♪

♪ Moi moi moi ♪

♪ Moi je suis moi ♪

♪ Moi je suis moi ♪

♪ T'es toi ♪

♪ Moi je suis moi ♪

♪ Toi t'es toi ♪

♪ Il y a pas que toi ♪

♪ Qui peux dire moi ♪

♪ Il y a moi aussi ♪

♪ Moi moi moi moi ♪

♪ Moi moi moi moi moi ♪

♪ Moi moi moi moi ♪

♪ Moi moi ♪

♪ J'aime pas être seul ♪

♪ Moi non plus moi non plus ♪

♪ T'es pas le seul ♪

♪ Moi non plus moi non plus ♪

♪ J'aime pas être seul ♪

♪ Moi non plus moi non plus ♪

♪ T'es pas le seul ♪

♪ Moi non plus moi non plus ♪

♪ Moi moi moi moi ♪

♪ Moi moi moi moi moi ♪

♪ Moi moi moi moi ♪

♪ Moi moi ♪

♪ J'aime pas être seul ♪

♪ Moi non plus moi non plus ♪

♪ T'es pas le seul ♪

♪ Moi non plus moi non plus ♪

♪ J'aime pas être seul ♪

♪ Moi non plus moi non plus ♪

♪ T'es pas le seul ♪

♪ Moi non plus moi non plus ♪

♪ Moi moi moi moi ♪

♪ Moi moi moi moi moi ♪

♪ Moi moi moi moi ♪

♪ Moi moi ♪


Fin générique de fermeture

Films

>Choisissez une option de filtrage par âge, fiction, ou saison

  • Catégorie Cinéma
  • Catégorie Documentaire
  • Catégorie Fiction

Résultats filtrés par