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Vidéo transcription

Sur les traces de Padejo

Padejo est un collectif de trois artistes torontois motivés par le plaisir de créer en collaboration. Après la peinture et le frottage, ils décident d’explorer un matériau inattendu : les ballons gonflables. Malgré les réticences de l’un d’entre eux, ils créent in situ trois installations de ballons à Sudbury, Toronto et Montréal. Avec le hasard, le ludique et l’éphémère comme philosophie de travail, ils sont peu soucieux du résultat, mais le public est captivé.



Réalisateur: Alexandre Loukos
Année de production: 2013

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Devant le Palais des congrès de Montréal, il fait gris. Un tapis de neige couvre le sol.


Texte narratif :
Février 2012 Palais des congrès de Montréal


À l’intérieur du palais les gens déambulent dans la salle des pas perdus où se trouve une forêt de sculptures évoquant des arbres roses.


Générique d’ouverture


Un homme, JOSEPH, ouvre sa valise et fouille dedans. Il sort des ballons qu’il gonfle avec une petite pompe. Un autre homme, PAUL, s’approche et le prend en photo.


Titre :
Sur les traces de Padejo


Sur le sol au milieu des troncs roses se trouvent toutes sortes de sculptures fabriquées avec des ballons noirs.


PAUL

OK, le problème ici, parce que

le cercle, c'est pas au centre.


Sur un mur, un anneau de métal est fixé.


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

La construction va tanguer de ce côté.


PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

Ça va aller?


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Oui.


JOSEPH et son assistant suspendent les structures gonflées et sculptées à l’aide de fils de nylon.


PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

On a besoin de cette longueur, non?


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Oui.


Un ballon éclate, ce qui a pour effet de défaire la sculpture.


DENIS

Il faut penser

qu'on va le voir…


JOSEPH

Oui, oui.


On monte la structure qui grandit au fur et à mesure que les segments gonflés sont joints les uns aux autres. Les trois hommes travaillent de concert.


DENIS

… comme ça.


HÉLÈNE, une amie du groupe, arrive.


DENIS

Es-tu bonne avec

les ballons, Hélène?


HÉLÈNE

Avec les ballons, oui.

Avec les noeuds, non!


Pendant qu’un deuxième assistant gonfle des ballons, HÉLÈNE les noue.


HÉLÈNE

Il faut en faire deux en plus.


DENIS

Le deuxième noeud est

plus dur encore, hein?


HÉLÈNE

Ah, mon Dieu…


DENIS

J'ai l'impression qu'il va

falloir faire plus de lignes.


Une véritable installation apparaît entre les troncs roses.


PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

C’est assez haut?


JOSEPH

Ça suffit, la hauteur,

pour maintenant?


DENIS

Ah oui, oui, oui.


PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

Ça suffit pour l’instant.


En entrevue, PAUL explique le projet.


PAUL

Padejo est le résultat

d'un échec partiel dans

un projet d'exposition qu'on a

organisé… avec BRAVO-Sud.


DENIS explique aussi l’historique du projet depuis son bureau.


DENIS

BRAVO-Sud qui est

un regroupement d'artistes

francophones de Toronto, et on

cherchait des projets communs,

des projets rassembleurs, et

une des idées qu'on avait eues,

c'était de créer des murales.


JOSEPH aussi raconte la genèse du projet. Ensuite à tour de rôle, les trois hommes explique leurs parcours, chacun dans son milieu.


JOSEPH

Quand on a reçu

l'invitation de faire une

murale, je pensais tout à coup

de le faire avec Paul,

peut-être une autre personne.


PAUL

Et l'idée, c'était

d'inviter… Tout le monde

travaillait ensemble

sur un tableau énorme,

qui encourageait le monde

d'explorer un peu en dehors

de leur pratique personnelle.

Les gens ont commencé

à arriver et curieusement,

tout le monde…

Bien, «curieusement»…

Tout le monde voulait

un morceau.

On voulait pas travailler sur

cette grande étendue. On voulait

un morceau de cette toile.

Donc, c'est ça, on a commencé

à couper. Et les gens ont

trouvé leur petit coin, essayé

de s'éloigner de tout le monde.

Et c'était une série

de projets isolés.

Et on était les derniers,

nous trois. On s'est dit:

C'était pas ça le but du projet.

C'est de travailler ensemble.

Donc, on a pris le morceau

qui restait…


DENIS

Paul, Joseph et moi,

on a décidé: Mais pourquoi

on travaillerait pas ensemble

plutôt que de se partager?

Et on a commencé à travailler

sur la même surface.


Pendant qu’ils racontent l’histoire du projet, des segments de la murale en question sont présentés.


PAUL

Mais même là, on a hésité

un peu. On a dit: «Bon,

on va diviser cette toile

en trois parties et puis chacun

va travailler sur sa propre

partie. Et on va travailler

pendant une heure et

on va voir le résultat.»


JOSEPH

J'avais toujours l'intérêt

de faire le travail collaboratif

avec d'autres et, en même temps,

il y a une espèce de peur,

parce qu'on sait pas comment

on fonctionne avec d'autres

parce que la fonction de faire

l'art, c'est très individuel,

c'est très personnel.


Dans une grande salle, un segment de murale est étalé sur le sol et les trois hommes travaillent chacun sur leur partie.


PAUL

Après 20 minutes, on a décidé

que c'était pas intéressant

du tout de travailler chacun

sa portion. L'idée, c'était

vraiment de travailler ensemble.

Donc, on a dit: «On va

travailler n'importe où

et on peut travailler

avec les gestes d'un autre, mais

il faut pas effacer ou détruire

les choses que l'autre a faites.

Il faut essayer de vivre avec.»


JOSEPH

Je crois que c'était 2003.

Et c'était une vraie

expérience d'énergie qui,

évidemment, nous a donné

l'encouragement de continuer.


DENIS

Et le premier produit a été

cette grande murale qui a été

exposée, qui a eu beaucoup

de succès. Et ça a été

pour nous le début d'un désir

de collaborer ensemble.


Les trois amis se prennent en photo, lors de l’exposition de la murale. Ensuite plusieurs photos de différents projets défilent.


PAUL (Narrateur)

Nos premiers projets, c'était

dans le contexte de BRAVO,

et puis, finalement, on a décidé

de continuer tout seuls,

de trouver nos propres projets.


En 2003, dans un grand espace, la murale commune intitulée «Le Mur/The Wall» est exposée.


PAUL

Le premier projet pour moi,

de Padejo comme collectif, qui

travaille pour soi ou pour…

reconnaître le propre potentiel

de l'idée, c'était le projet

de frottage, «Micro>Macro»,

où on a travaillé

dans le quartier de

«Distillery» à Toronto.


Plusieurs photos de l’exécution et de l’installation du projet de frottage «Micro>Macro» défilent. Dans un premier temps, les trois hommes travaillent sur une grande toile fixée sur des sols texturés et ils frottent des pastels pour obtenir des textures différentes dans la couleur.


JOSEPH

On est allés partout

dans la Distillery pour chercher

des surfaces intéressantes,

des surfaces avec des textures

et puis on a ramassé

les [mot_etranger=EN]rubbings[/mot_etranger] sur dix panneaux

qu'on a présentés comme

installation au Labo.


Les dix panneaux de techniques de frottage sont présentés à la verticale à la galerie Le Labo. L’exposition s’appelle «Micro>Macro» et a été présentée en 2007.


DENIS

La partie excitante

avec le travail collectif

de Padejo, c'est l'occasion

de travailler ensemble.

Par moments, on a des moments

où on travaille intensément

ensemble sur une période de

deux, trois mois, par exemple,

sur un projet. Ça dure

un certain temps, ensuite,

ça s'en va. Et c'est,

pour moi, la beauté de la chose.


Quelques photos montrent les trois hommes qui travaillent sur une même œuvre.


PAUL

Le plaisir, c'est pas en

attendant la prochaine vacance,

c'est le plaisir d'être

ensemble et de travailler

sur quelque chose.

Et le quelque chose,

c'est un mystère parce que

souvent, on a aucune idée…

De quoi il s'agit comme

produit final. C'est le plaisir

d'embarquer dans cette aventure.


DENIS roule dans une voiture sur un boulevard de banlieue. Une voiture de couleur vive passe tout près. JOSEPH et PAUL sont passagers dans la voiture et commentent le passage de la voiture de luxe.


DENIS

Regarde la couleur!


PAUL

Lamborghini!

(Propos traduits de l’anglais)

Denis, pourquoi n’as-tu pas

une voiture comme celle-là?

C'est comme

la voiture de Batman.


DENIS

Oui.


Plus tard, les trois amis marchent sur un sentier près d’un parc. Ils discutent entre eux.


Texte narratif :
Août 2008 Campus du Collège universitaire Glendon à Toronto


Les trois amis sont maintenant devant un des pavillons du campus.


Texte narratif :
Padejo explore le campus afin de concevoir une installation pour la galerie Glendon.


Les trois amis marchent d’abord dans les jardins anglais du campus. Puis ils arrivent devant une grande porte vitrée qui donne sur une terrasse en pierres.


DENIS

C'est vide, hein?


JOSEPH

Oui, parce que

ça recommence en septembre.


Ensuite, les trois amis discutent dans une cafétéria vide.


JOSEPH

À mon avis, c'est

une bonne idée de toujours

mettre des choses plus

ou moins Padejo, comme

le [mot_etranger=EN]rubbing[/mot_etranger]. Je crois qu'il

faut avoir quelques aspects

de [mot_etranger=EN]rubbing[/mot_etranger] dans notre

installation, n'importe où,

n'importe comment.


Pendant la discussion des parties des dix tableaux de frottages sont présentées en simultané.


PAUL

Les choses que j'aimais bien

dans le

(mot_etranger=EN]rubbing[/mot_etranger)

, c'était les

pistes, les pistes imaginaires

qu'on a créées. Et la piste

d'atterrissage m'intéresse parce

que c'est quelque chose qui,

dans l'abstrait, est énorme.

C'est composé

d'éléments tout petits.


Les trois hommes retournent à l’extérieur et explorent les environs avec un regard d’artiste. PAUL prend des photos. Il pointe des bornes en pierre et s’approche de JOSEPH.


PAUL

Tu vois ces trucs-là?

(Propos traduits de l’anglais)

La nuit, ces bornes

s’illuminent grâce au ruban

réflecteur.


Les trois hommes discutent de leurs idées dans la grande cafétéria déserte.


PAUL

Et cette idée de décollage

et atterrissage m'intéresse

beaucoup. Tu atterris à

l'université, tu atterris dans

une école, tu atterris quelque

part dans ton studio et tu pars.


Au cours de leur promenade dans les sentiers, JOSEPH et PAUL observent tout. DENIS est un peu plus loin à explorer l’environnement.


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Regarde, Denis!

C’est parfait!

Juste en face de la galerie.


JOSEPH

Je vois une vraie

(mot_etranger=EN]landing strip[/mot_etranger)


PAUL

Oui, c'est ça.


JOSEPH

… sur le gazon.


PAUL

Oui, oui.


Les trois hommes cherchent à visualiser leur piste d’atterrissage sur le parterre devant le campus.


PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

Il faut juste abattre ces arbres,

OK?


JOSEPH éclate de rire.


DENIS

Si on faisait quelque chose

avec les étudiants? Parce que

les étudiants sont très

participatifs ici. Également,

il y a une population qui reste.


PAUL

Ça, ça peut être intéressant.

Une équipe qui s'occupe

de la piste, de faire

la signalisation sur place.

Ça, c'est une bonne idée.


PAUL

C'est-à-dire de les intégrer

au projet. Parce que

cet espace-là est très utilisé.


Dans le parc, un grand espace gazonné est libre d’arbres.


JOSEPH

Ah oui, c'est très utilisé.


DENIS

On va là-bas?


JOSEPH

OK.

(Pointant un avion dans le ciel)

(Propos traduits de l’anglais)

Regardez, notre

premier atterrissage!


Le projet commence à prendre forme. Les trois hommes utilisent leur technique de frottage avec des murs sur lesquels des tiges grimpantes sont agrippées. Ils tendent de grands morceaux de papier épais et frottent le papier pour aller chercher les textures et les formes des tiges. Après avoir frotté un moment, ils déposent le papier sur le sol et cherchent de nouvelles textures à frotter pour créer leur première œuvre sur le site du campus.


PAUL

Wô!


DENIS

C'est un [mot_etranger=EN]landscape[/mot_etranger], hein?

Oui, oui, oui.


La tige centrale a laissé une marque qui dessine quasiment une route sur toute la longueur de la feuille.


DENIS

On te voit pas, Paul.

Faut te voir la tête.


Les ombres des trois hommes se profilent sur la grande feuille étalée sur le sol. DENIS prend les ombres sur le frottis en photo.


DENIS

Voilà.


Les trois hommes reprennent un sentier qui longe un terrain de soccer.


JOSEPH

Est-ce qu'on sait

où est-ce qu'on s'en va?


PAUL

Pas encore, mais comme Jo

nous a encouragés à faire dans

le passé, on a commencé avec une

activité.


En aparté, PAUL explique la démarche.


PAUL

C'est pour alimenter

le discours pour aller en

dehors, une approche plutôt

conceptuelle ou philosophique,

essayer de travailler

directement avec le terrain,

essayer de faire sortir

quelques pistes d'exploration.



Un gros arbre portant une marque creuse sur le tronc inspire PAUL et DENIS qui prennent un nouveau rouleau de papier pour faire le frottis. PAUL se joint à eux.


PAUL (Narrateur)

On va du concret

vers l'abstrait.


Les trois hommes font quasiment le tour du tronc de l’arbre avec la feuille et frottent chacun de leur côté.


PAUL

Et on a remarqué qu'en effet,

on passe beaucoup de temps

de parler. C'est amusant,

mais on n’arrive pas à conclure

quelque chose. Par contre,

quand on travaille

directement sur un dessin,

ça nous aide beaucoup plus.

On a plus de succès

comme équipe quand on met

les mains dans la pâte.


Les effets du frottis du gros arbre sont magnifiques. Ensuite les trois hommes forment un cylindre avec la feuille et l’illusion est presque parfaite. Un tronc de papier texturé se forme.


PAUL

Je me demande si on fait

quelque chose avec la lumière.


JOSEPH et DENIS prennent des photos de l’objet nouvellement créé.


JOSEPH tente de donner des formes différentes à son rouleau, un cône par exemple. Ensuite, avec JOSEPH, ils tiennent la feuille comme une bannière suspendue.


DENIS

En fait, les bannières…


JOSEPH tente de faire flotter au vent sa feuille, comme un drapeau.


PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

Allez, il nous faut un coup de vent.


Il laisse aller la feuille pour qu’elle flotte, sans grand succès. La feuille se dépose sur le sol dans une forme incongrue.


Puis DENIS et JOSEPH s’approchent du filet sur le terrain de soccer. En simultané, un retour sur l’expérience Glendon par JOSEPH et ses amis est présenté. Les trois hommes sont ensemble dans un atelier.


JOSEPH

Le frottage à Glendon

n'avait pas marché.

On avait déjà fait

beaucoup de frottage,

donc c'était pas tellement

très nouveau, très excitant.

Et aussi, on nous a dit que

ce serait difficile de faire

des interventions sur le gazon

de Glendon, donc on a laissé

tomber cette idée.


PAUL

Je pense pas que

c'est fini, Glendon.

C'est l'occasion à explorer.

Pour moi, c'est encore une

occasion de mettre ensemble

un projet. Je le garde comme ça.


Les trois hommes roulent à nouveau en voiture sur une route au coeur de la forêt. Tout près un train de marchandises circule sur une voie ferrée.


Texte narratif :
7 mai 2010 Sudbury, Ontario


Sur l’autoroute, la voiture circule vers la ville de Sudbury.


DENIS

À gauche?


DENIS

(Propos traduits de l’anglais)

Le Quartier des affaires…


PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

La gare de triage est là.


PAUL

On va tourner à gauche.


Texte narratif :
Padejo a trois jours pour créer une installation in situ à la F.A.A.S. (Foire d’art alternatif de Sudbury).


La gare de triage s’étend devant les trois hommes, quantité de wagons de toutes formes et de voitures alignés dans un stationnement parallèle. Des rangées de conteneurs de couleurs diverses forment une allée à visiter. PAUL raconte un peu la démarche pour cette installation.


PAUL (Narrateur)

Fait qu'à Sudbury,

on avait un espace

réduit et une idée de faire

un frottage, c'était hors

de question, parce que

le processus de création

était d'explorer l'endroit de

l'installation et on avait pas

le temps pour ça. Moi, j'étais

prêt à consacrer une semaine.

Joseph pouvait pas et Denis,

hors de question. C'était

peut-être deux ou trois

jours maximum, c'est tout.

Donc, il fallait trouver

quelque chose qui était possible

de faire en très peu de temps.


PAUL et les autres ouvrent des conteneurs vides. Ils sont aidés par les travailleurs du coin. JOSEPH raconte aussi le processus créatif de cette installation.


JOSEPH (Narrateurj)

On a passé pas mal de temps

à se rencontrer pour décider

ce qu'on va faire à Sudbury

et on a discuté ça et ça et ça,

et tout à coup, c'était Paul,

je crois, qui a introduit

l'idée de faire des choses

avec des ballons.


Dans le conteneur, les trois créateurs gonflent des ballons noirs pour en faire des sculptures éventuellement.


DENIS

Regarde. Ça commence

à prendre forme.


DENIS a déjà commencé à nouer les ballons, comme les clowns de foire font pour sculpter des animaux. Les ballons de PADEGO sont beaucoup plus gros et sont tous noirs.


DENIS

Hein? Tu peux les pousser

ailleurs, c'est cool.

Wow!


DENIS raconte comment l’idée l’a inspiré.


DENIS

J'ai trouvé qu'il y avait

quelque chose d'irrévérencieux

dans l'utilisation de ballons

pour des artistes

professionnels, dans le sens que

ce n'est pas un matériau noble.


JOSEPH

Les ballons, ce sont

des choses pour les parties,

pour les enfants. Je croyais pas

que peut-être ce sera possible

de créer quelque chose

assez sérieux et engageant,

artistique.


Un ballon crève à l’intérieur du conteneur, un bruit d’éclatement métallique accompagne l’éclat. JOSEPH réagit.


DENIS

C'est un outil qui est très

malléable. Ça ressemble beaucoup

à la sculpture. Tu peux

le tordre. Ça vient dans

des panoplies de couleurs

extraordinaires. Il y a

toutes les tailles

que tu peux imaginer.


PAUL

Et avec ça, on a commencé

vraiment à parler sérieusement

et j'ai proposé, ou quelqu'un

a proposé, des périodes

d'essai dans les studios

pour voir quel était l'enjeu

avec la technologie.


PAUL

On a dans le long

en noir aussi,

n'est-ce pas?


DENIS

Oui, pour le plafond.


PAUL

Mais sur le plafond,

on peut utiliser aussi...


DENIS

Moi, je…


Une locomotive entre en gare.


Les lumières du jour varient dans l’espace sombre du conteneur. Les trois hommes travaillent à leur œuvre.


PAUL

J'ai pas trouvé

la chorégraphie encore…

pour la manière de faire les

noeuds sans trop de grimaces…

Et de fausses… pour ce geste.


JOSEPH prend des photos.


À l’entrée du conteneur, une affichette annonce: «Le Labo PADEGO, Paul Walty, Denis Leclerc, Joseph Muscat Toronto installation». sur l’affiche le seul mot portant une majuscule est le mot «Labo».


Texte narratif :
Paul


Le centre-ville de Toronto apparaît, vu du lac Ontario. PAUL se présente. PAUL marche vers son atelier, c’est l’hiver ou le début du printemps.


PAUL (Narrateur)

Je suis un artiste visuel

torontois. J'ai cherché

toujours les occasions

de travailler avec les autres.

Et ça, en effet, ça vient d'une

autre expérience quand j'ai fait

mes études en archéologie.

Je croyais que la recherche

en archéologie, c'était

un travail de recherche

en équipe, mais la réalité,

et particulièrement en Amérique

du Nord, il y a un spécialiste,

un docteur en archéologie qui

amène une équipe d'étudiants,

de bénévoles, sur le terrain

pour faire le travail

et puis, à la fin de l'été, tout

le monde part et le spécialiste,

docteur, doit continuer l'étude,

mais c'est un travail

en solitaire. Et moi, je pouvais

pas prendre un chemin comme ça,

alors j'ai décidé de faire

quelque chose d'autre.

Et pendant toute ma vie,

mes premiers souvenirs,

c'est moi avec un crayon

en train de dessiner.

Alors, j'ai décidé,

peut-être que je vais

faire des études en art.


Dans l’atelier de PAUL, des dessins grand format sont exposés. Ils représentent des corps masculins très musclés inspirés des fresques grecques de l’antiquité et de la mythologie grecque. Plusieurs évoquent le Minotaure.


PAUL (Narrateur)

Je suis très inspiré par

les mythes, particulièrement les

mythes grecs. Mais pas toujours.

C'est les histoires

qui résonnent encore

pour moi dans le présent.


Une exposition s’appelle d’ailleurs «Le Labyrinthe parking» à l’entrée de laquelle, un homme taureau en carton semble faire le gardien.


Dans le stationnement, plusieurs dessins géants de Minotaures accompagnent des machineries. L’un d’entre eux est même dessiné sur la boîte d’une remorque.


PAUL (Narrateur)

Certaines continuent

à me stimuler, à m'inspirer.

Le labyrinthe, le Minotaure.

Mais aussi, une chose

qui m'a vraiment influencé,

c'est l'apprentissage

de la deuxième langue forcé.

Tous les deux, l'anglais

et le français, m'inspirent

avec des phrases.


Un des dessins de PAUL apparaît avec les mots «Flèche» et «Flesh». Les œuvres sont toutes en noir et blanc. PAUL est maintenant dans son atelier. Il crée.


PAUL (Narrateur)

Souvent, les phrases

qui m'arrivent tout d'un coup

comme ça, comme un éclat.

Et cette phrase, en général,

c'est des choses

qui me motivent à commencer

à travailler. Tout d'un coup,

j'ai l'énergie de commencer.

Le travail, c'est d'essayer

de rendre cette idée tangible.

J'ai quelque chose qui

m'inspire, qui me pousse, mais

c'est d'essayer de l'articuler

d'une façon visuelle.

Et des fois, il y a des virages.

J'arrive avec quelque chose que

j'aurais jamais pensé au début.

L'explication, les pensées, la

construction d'une raison d'être

de l'oeuvre viennent après.

C'est là où je commence

à essayer de peut-être analyser

le cheminement et le résultat.

Une chose à ne pas oublier,

c'est comment l'archéologie

m'a influencé. C'est que

les oeuvres contiennent

les virages, les erreurs,

les endroits où j'ai commencé

à repenser tout ce que

j'étais en train de faire.

Donc, c'est une archive

de toutes les démarches

dans ce cheminement

jusqu'à la chose finale.

Et j'aime bien ça. C'est de ne

pas détruire les vestiges…

de cet acte de création.


Dans son studio, PAUL photographie une de ses œuvres.


La voiture des trois hommes roule vers Sudbury. De nouveau dans le conteneur, les artistes sont au travail et continuent de gonfler et sculpter des ballons. Une jeune femme travaille avec eux. Un ballon éclate.


DENIS

Et voilà.


Les ballons tapissent les cloisons du conteneur. PAUL émet un commentaire inaudible.


DENIS

C'est parce que

je les pousse trop.


PAUL

Il est très agité.


DENIS

Je les pousse trop.

Je pense qu'on est

pas très rapides.

Ça prend le temps que ça prend.


PAUL

Moi, je sens pas un problème.

Je mets toute la responsabilité

sur tes épaules.


Les trois amis rigolent.


DENIS

J'ai les épaules larges.


JOSEPH

Les épaules!


Un autre ballon éclate. Les grappes de ballons sont fixées aux cloisons et couvrent de plus en plus les surfaces.


PAUL

Oh! [mot_etranger=EN]great[/mot_etranger]!

Plus tard, dans une cafétéria, les trois hommes discutent autour d’une table.


DENIS

C'est Paul qui a eu

l'idée des ballons.


PAUL

Je ne me souviens plus

pourquoi les ballons.

Je trouve souvent… Il y a

des choses qui m'arrivent

comme ça, ça sort du néant.


DENIS

C'était peut-être

ton [mot_etranger=EN]painkiller[/mot_etranger] que t'avais.

JOSEPH

(Riant)

Ah oui, c'est ça, c'était

après ta chirurgie, oui.


DENIS

C'est peut-être ça finalement.

C'est peut-être ton

(mot_etranger=EN]painkiller[/mot_etranger)

.

De nouveau dans le conteneur situé dans la gare de triage, les trois artistes poursuivent leur travail d’installation.


PAUL travaille en compagnie de la jeune femme.


PAUL

C’est amusant, hein?


JOSEPH vient chercher un ballon gonflé sur la table de travail.


PAUL

Qu'est-ce que tu fais là?


DENIS

Là, il est en train de peindre.


JOSEPH peint un des ballons.


DENIS

Joseph… Joseph, tu peux pas

t'empêcher, rapidement, de…


La discussion autour de la table se poursuit.


DENIS

Il faut que tu sortes… Il faut

que, très rapidement, tu trouves

quelque chose qui suscite ta

créativité et ton imagination.

Je veux dire, nous,

on était là en mettant

des ballons. Toi, finalement:

«Je veux des ballons longs.»


JOSEPH

Oui.


DENIS

C'est ta manière d'être,

de travailler comme ça.


JOSEPH

C'est vrai, c'est vrai.


PAUL

Je t'ai suivi parce que

j'ai commencé à travailler les

textures, mais comme un fond.

Donc, il y a un développement,

mais c'est plus discret que

les choses que tu fais devant.

Et cette texture est pas

uniforme, mais elle donne

un fond continu qui est

important à établir.


DENIS

C'est ta manière

de travailler, toi, c'est ça?

Moi aussi, je suis un peu

comme ça. C'est simplement ça.


Dans le conteneur, une discussion sur l’évolution du tapissage des parois a lieu.


PAUL

Il a raison. Il faut

construire une base

et on va jouer avec.


DENIS

On peut laisser les parties

du conteneur. Ça, il y a pas

de problème. Un peu comme si tu

prenais une toile, un canevas,

et tu la… Là, pour l'instant,

on va mettre du gesso.


JOSEPH

Voilà, oui.

Du gesso noir.


DENIS

Du gesso noir.


La discussion se poursuit dans la cafétéria sur les méthodes de travail.


PAUL

Moi, j'aime bien le frottage.


JOSEPH

Oui.

C'était «concernant» pour

moi le travail avec les ballons,

parce que les ballons sont

toujours associés avec

les parties, les clowns.

Et c'est difficile d'extraire

cette ambiance. On espère

qu'on fait… Qu'on fait ça

parce que déjà, il a l'air

très métallique maintenant.

Donc, on va voir.


Texte narratif :
Joseph


Lors d’une entrevue, JOSEPH se présente et parle de sa démarche artistique dans sa maison de banlieue. Sur les murs, plusieurs de ses œuvres sont exposées.


JOSEPH

J'ai commencé avec la peinture

il y a plus de 30 ans.

Mais de l'art, je fais

beaucoup plus que la peinture.

La technique mixte, la

photographie, la lithographie,

la construction en bois

de matériels différents.

Donc, je suis

un [mot_etranger=EN]Jack of all trades[/mot_etranger].

Mon père a travaillé dans

les arts décoratifs. Donc,

il y avait une influence

primaire quand j'étais jeune,

très jeune, donc je suis allé

au Collège d'art de l'Ontario

et c'est très drôle parce que

c'est là que j'ai rencontré

Paul Walty et c'est là que j'ai

commencé à faire des espèces

de réunions avec des artistes

visuels. Et on partageait

nos idées dans nos ateliers,

tout le temps. On a fait

des expos ensemble.


Pendant l’entrevue, JOSEPH travaille sur une nouvelle œuvre qui est en relief.


JOSEPH

Et j'ai réalisé à ce temps-là

que ça serait très difficile

de gagner sa vie avec

l'art, donc j'ai décidé

de faire aussi une année

de baccalauréat en éducation

juste pour être capable

d'enseigner à l'école

secondaire. J'ai enseigné

à l'Université de Toronto

aussi pour quelques années.

À mon avis, l'artiste

doit chercher de nouvelles

techniques, de nouvelles

expériences. J'aime explorer

de nouveaux matériaux.

Tant que des fois, je n'utilise

pas la peinture, mais…

(Propos traduits de l’anglais)

La peinture vient s’immiscer

tout le temps

(Retour aux propos français)

Ça doit renforcer soi-même sur

les techniques que j'utilise.

Il y a des influences aussi de

surréalisme. J'étais toujours…

(Retour aux propos français)

J’aimais beaucoup le surréalisme.

(Retour aux propos français)

Le mouvement surréaliste,

européen, Magritte, Delaunay,

De Chirico, Picasso,

dans un sens.

Il y a toujours des influences

qu'on est pas complètement

conscient de savoir.


Des parties d’une œuvre en relief sont mises en évidence pour montrer le détail de celle-ci. Des pièces sont enchevêtrées sur un plan plat et fixées à une toile. Au travers de ces pièces de formes diverses se trouve une petite maison qui semble être un thème récurant dans les œuvres de JOSEPH.


JOSEPH

La petite maison,

la petite cabane était

dans mon répertoire pendant

très, très, très longtemps.

Pour moi, c'est un symbole

de la présence humaine

dans l'environnement.


Plusieurs œuvres utilisant la même technique sont présentées.


JOSEPH

La présence humaine a toujours

deux côtés. Ça peut être

un avantage ou une menace.


Puis des œuvres très différentes qui explorent plutôt les lignes simples et qui sont monochromes sont présentées. Une œuvre est composée de cordes tendues en diagonale sur une représentation de ce qui pourrait être l’arche de Noé.


JOSEPH

L'arche de Noé, pour moi,

encore une fois, est

un symbole de la présence

humaine dans l'environnement.


La seconde œuvre est en deux sections: dans le bas de la toile se trouve l’arche de Noé et au-dessus se trouve un genre de nuage, pendant que des hachures diagonales évoquent la pluie. L’oeuvre, encore une fois, est monochrome.


JOSEPH

C'est toujours le même thème.

C'est-à-dire que la présence

humaine est très forte.

Elle doit toujours survivre

à la tempête causée

même par les humains.


Plusieurs œuvre évoquant l’arche de Noé naviguant dans la tempête se succèdent.


JOSEPH

Je suis d'origine maltaise

et Malte est une île.


D’autres œuvres sont présentées. Celles-ci sont plutôt colorées et évoquent l’île et les bateaux. Le thème de l’arche revient dans certaines de ces œuvres.


JOSEPH

On était toujours

entourés par des bateaux.

Pour moi, c'est plus que juste

un vaisseau de transport.

C'est une espèce de symbole

de partir de l'île pour

découvrir le reste du monde.


Plusieurs personnes sont regroupées devant le conteneur où l’installation de Padejo est en progression. Les surfaces sont pratiquement couvertes de ballons. JOSEPH gonfle des ballons.


JOSEPH

Voici la méthode

de [mot_etranger=EN]pumping[/mot_etranger]. Il y a

une méthode très scientifique.

(Pompant avec une petite pompe à ballon)

Un, deux, trois, quatre.

On l'enlève.

Puis on fait le noeud.

OK. Tu regardes mes doigts.

Ils sont tout écrasés.

Voilà!


PAUL siffle et applaudit.


PAUL

Encore! Encore!


DENIS

On fait clown un peu, là.


JOSEPH

(Chantant un air joyeux)

♪ Bom bom bom-bom ♪

♪ Bom bom bom ♪

♪ Bom bom-bom-bom bom-bom ♪

Beethoven?

Un peu de Beethoven peut-être?


DENIS

(Fredonnant)

♪ Ta tata ta ta ♪


DENIS

J’ai l’impression qu’on va

bien dormir ce soir.


JOSEPH

Oui.


JOSEPH continue de pomper les ballons et les dépose dans un grand sac.


DENIS

C'est fantastique!


La conversation de la cafétéria se poursuit.


DENIS

Les frottages, si on en fait

un peu l'historique, c'est aussi

très surréaliste comme méthode

de travail. Et les ballons,

c'est quelque chose

qui fait dada beaucoup

plus que surréaliste.

C'est comme une approche à l'art

qui est très antiart à cause

de tout ce qui est associé

aux ballons: les enfants,

les fêtes d'enfants, les clowns.


PAUL

Oui, oui.


DENIS

L'éphémère, le [mot_etranger=EN]cheap[/mot_etranger]!

Retour au conteneur. JOSEPH gonfle des ballons, pendant que PAUL et DENIS fixent ceux-ci sur les parois du conteneur.


JOSEPH

Je me demande

s'il y a une espèce de machine

qui fait les noeuds pour les

ballons? Est-ce que ça existe?


DENIS

Oui.

Mais c'est surtout

pour les ballons à l'hélium.

On va avoir fait 400 ballons.

Il nous en reste 1400.


JOSEPH

Est-ce que tu as compté

pour la perte aussi?


DENIS

J'ai calculé…

J'ai amené 10% de plus.


JOSEPH

Oui.


Texte narratif :
Denis


DENIS marche dans la ville de TORONTO. Il arrive au travail. En entrevue solo, dans son bureau, DENIS raconte son parcours et l’évolution de sa démarche artistique.


DENIS

Je suis installé à Toronto

depuis 1982.

Je suis le patron

d'une boîte de communication

en opération depuis plus

de 25 ans maintenant.

Comment je me définirais

à savoir entre ma profession

de graphiste

et ma pratique d'artiste...

C'est une question que je me

pose très souvent. J'arrive pas

à avoir de réponse définitive.

Quelque part, je commence à

croire qu'il faut d'abord donner

une bonne définition de ce que

c'est l'art, de ce qu'est l'art,

avant de pouvoir complètement

arriver à comprendre

où on se situe là-dedans.

Ce que je peux dire, c'est

que je suis un artiste visuel,

que ce talent, que ce

(mot_etranger=EN]know-how[/mot_etranger)

, bien, je l'applique

directement comme graphiste.

La peinture m'impressionne

énormément. Lorsque je vois

des tableaux faits par

des grands maîtres, je suis…

touché, bouleversé

personnellement par

la matière de la peinture.

Il y a eu une période

dans ma vie où j'ai

beaucoup aimé peindre.

L'acte de peindre est

un acte tangible qui est

très sexuel finalement.

C'est très particulier.

C'est quelque chose qu'on perd

d'ailleurs aujourd'hui avec

les ordinateurs. On gagne autre

chose, mais on perd ce contact

avec la matière comme artiste.

Actuellement, j'ai laissé tomber

cette pratique. Ça ne veut

pas dire que j'y reviendrai pas,

mais quelque part, j'arrive pas

à trouver en quoi la peinture

traditionnelle est actuelle.


Des œuvres de Denis sont présentées. Elles reflètent un monde onirique sous différentes formes.


DENIS

J'ai été longtemps

intéressé par le visage

humain, la forme du visage.


Un visage décomposé apparaît, comme dans une version pixelisée.


DENIS

Ensuite, je suis

passé graduellement vers

l'exploration de l'infiniment

petit à l'infiniment grand.


Ensuite, ce sont des œuvres très abstraites, pourtant très évocatrices, de différents univers qui sont proposées.


DENIS

Et c'est un peu

dans cette direction

que je suis actuellement.

Par exemple, la théorie

du chaos a quelque chose

de très intéressant dans

le sens qu'il y a des lois

qui sont sous-jacentes

à ce qui n'est pas régi.

Ce qui m'intéresse,

c'est ce qui sort des limites,

l'inattendu, l'accident.

Le processus plutôt

que la finalité.

L'inconnu, c'est-à-dire

l'inconnu de l'artiste.

Quelqu'un qui décide

de plonger sans savoir.

Pour moi, ce sont des approches

qui sont très excitantes

parce que plutôt qu'être

le renforcement de ce que

tu connais déjà, c'est une

manière d'aller vers un inconnu

ou d'ouvrir ses horizons.


Le visage décomposé revient.


Le projet du conteneur évolue. Les trois hommes sont toujours au travail. Un homme de Sudbury les regarde travailler en discutant avec eux.


DENIS

Ça a l'air des oeufs

d'aliens, hein?


PAUL

Oui, oui, c'est ça.


JOSEPH

Ça fait depuis 9 heures du matin.


DENIS

9 heures 30.


JOSEPH

Ça veut dire cinq heures.


DENIS

On a eu l'aide de deux

bénévoles pour nous aider

dans le soufflage des ballons.


HOMME

Vous allez-tu avoir

une danseuse qui va

faire une

(mot_etranger=EN]balloon dance[/mot_etranger)

?

Tu connais-tu ça, une

(mot_etranger=EN)

balloon dance[/mot_etranger]? T'as déjà vu ça?

DENIS

Oui, c'est bon.


HOMME

Tu veux la faire?


PAUL

OK.

Bien oui.


Les trains rentrent en gare.


Le conteneur est maintenant presque complètement tapissé de ballons.


Des bénévoles gonflent des ballons encore et encore. JOSEPH découpe des petites bandelettes de papier autocollant qui servent à fixer les ballons sur les parois. À la fin de la journée, PAUL et DENIS referment les portes du conteneur et les verrouillent pour la nuit.


La ville de Montréal apparaît.


Texte narratif :
Février 2012 Montréal, Québec


Au Palais des congrès de Montréal, les trois artistes de Padejo sont en train de monter l’installation dans la forêt rose. Des banderoles de ballons enchevêtrées sont suspendues aux troncs roses.


DENIS

On est pour la deuxième

journée de l'installation.

D'abord, il va falloir monter

tout ça plus haut à la toute

fin, mais il y a beaucoup

qui est laissé au hasard

actuellement parce qu'on est

pas assez avancés encore

pour pouvoir vraiment créer

une structure autoportante.


Les masses noires suspendues sont de plus en plus imposantes, des bénévoles participent à l’installation en gonflant et gonflant les ballons qui constituent l’immense sculpture.


JOSEPH

On a commencé à faire une

espèce de pont entre les deux

fils de ballons, comme ça.

Juste pour séparer les deux.

On va voir ce qui se passe

après ça. C'est toujours…

l'élément de surprise

parce que la structure

change tout le temps.


Texte narratif :
Padejo participe au circuit d’Art Souterrain pour la Nuit Blanche.


PAUL prend des photos.


PAUL

C'est trop sombre.


Les banderoles sont hissées pour laisser passer la lumière.


BÉNÉVOLE

Wô! T'as des mains

extraordinaires, là!


DENIS

Mais ça va être encore

plus haut que ça?


JOSEPH

Oui, oui.


DENIS

Ce qui se produit

c’est que c'est très large.


PAUL

Oui.


DENIS

Je ne sais pas,

lorsqu'on va pousser,

si ça va rester en largeur.


PAUL

J'ai l'impression que…


DENIS

Lorsqu'on va monter,

qu'est-ce qui va se produire?

Moi, j'ai l'impression

qu'il va falloir ce soir que

ça soit monté au plafond.


JOSEPH

Oui, OK.


PAUL

Oui.


DENIS

Alors, c'est pour ça qu'il

faut remplir, remplir, remplir.

Là, je me demandais

si on devait continuer…


JOSEPH fait des gestes des bras pour montrer le remplissage en hauteur ou en profondeur.


JOSEPH

Mais remplir

comme ça ou comme ça?


DENIS et JOSEPH reculent dans la salle des pas perdus du Palais des congrès.


PAUL

Moi, je trouve que

ce côté est plus intéressant

à cause de la lumière.


JOSEPH

(Parlant de la profondeur)

Oui, mais si on travaille

comme ça, les ballons

à l'arrière, je sais pas

s'ils seront visibles.

Le moyen plus visible,

c'est d'étendre les directions

partout et tout autour

aussi des colonnes.


PAUL

Toutes les choses qui sont

là-dedans, ça nous donne

une flexibilité. Qui peut

être rattaché aussi.


JOSEPH

Oui.


PAUL

On peut les laisser comme ça.

Moi, je trouve qu'il y a un

potentiel là. Le problème, là,

je trouve que c'est une masse,

qui est très bien tout proche.


PAUL parle de deux masses de ballons en particulier, l’une étant plus étendue sur la profondeur tandis que l’autre fait presque penser à une grosse araignée.


PAUL

Mais de loin, c'est moins

intéressant. Par contre, là,

peut-être moins intéressant plus

proche, mais c'est bien de loin.


JOSEPH

C'est bon d'avoir

quelques parties ouvertes,

quelques fenêtres.


De nouveau à Sudbury, les trois artistes sont sur le site de la gare de triage en compagnie d’autres hommes.


DENIS

OK, on y va?


Texte narratif :
8 mai 2010 Deuxième jour de l’installation


Les employés de la gare de triage retirent des barrières qui bloquent l’accès aux conteneurs.


JOSEPH ouvre les portes du conteneur.


DENIS

(Propos traduits de l’anglais)

Toujours là?


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Toujours là.


Une fois à l’intérieur du conteneur, JOSEPH se questionne en regardant la tapisserie de ballons sur les parois du conteneur.


JOSEPH

Est-ce que

c'est mon imagination,

est-ce qu'ils ont réduit de…


DENIS

Non.


JOSEPH

Non, ils sont… OK.


DENIS et PAUL expliquent comment le groupe fonctionne, lors des entrevues qu’ils ont accordées, chacun dans son univers de travail.


DENIS

Le fonctionnement

à trois, c'est un triangle.

La beauté du triangle,

c'est qu'il y aura toujours une

face quelque part. C'est-à-dire,

si tu pousses un triangle, il va

bouger, mais il va toujours

trouver une surface solide.


PAUL

Quelqu'un va commencer à

promouvoir une certaine activité

et dépendant du niveau de

négativité, on continue

ou on cherche autre chose.


DENIS

Tu dois travailler par

consensus. Donc, s'il y a

quelqu'un qui est pas d'accord,

bien, il y a deux personnes

qui doivent convaincre l'autre.

Et à ce niveau-là, c'est

très intéressant parce que

ça nous pousse à trouver des

solutions qui sont nouvelles.


PAUL

Moi, tout d'un coup, j'avais

l'idée des ballons. Maintenant,

je sais pas pourquoi. C'est

encore quelque chose qui

arrive comme ça, les ballons.

Les réactions, c'était oui et non.


Pendant les entrevues, le travail des trois artistes continue dans le conteneur de la gare de triage à Sudbury.


DENIS

Joseph, au départ, était pas

très hot avec l'idée. Mais

il a fallu le convaincre

et c'est ça qui est intéressant.

C'est-à-dire que ce

processus-là, ça nous a forcés

à trouver d'abord des arguments

assez forts pour convaincre

le troisième. Et ensuite,

lorsque Joseph a embarqué,

bien, tout était parfait.


Dans le conteneur, les trois amis s’amusent en travaillant.


PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

(Riant)

Arrête ça.


JOSEPH raconte à son tour comment il s’est intégré au projet d’installation avec les ballons, lors de son entrevue.


JOSEPH

J'avais jamais le doute

de faire… de laisser tomber

le projet, de sortir du groupe.

Si deux entre trois ont décidé

de faire quelque chose avec des

ballons, oui, je serais parti.

Il y a pas de problème comme ça.

Quand même, il y a des artistes

très sérieux qui font des choses

avec des ballons, mais ils font

des choses avec des ballons…

(Propos traduits de l’anglais)

Des pièces gonflables

faites sur mesure.

(Retour au français)

Pas travailler avec

des ballons qui existent

déjà pour les fonctions de

parties, événements comme ça.


Un groupe d’enfants entre dans le conteneur pour constater le travail des artistes.


PROFESSEUR

J'ai une idée,

vraiment bonne idée. On va

vous demander un service.

Vous avez à souffler chacun

un ballon et les artistes vont

l'accrocher, alors vous allez

faire partie de l'oeuvre.


PAUL, DENIS ET JOSEPH

Wow! Oui!


PAUL continue de parler du travail de Padejo, lors de l’entrevue.


PAUL

La chose qui m'étonne,

c'est pas en collaboration

de garder nos gestes personnels,

c'est de m'inspirer

de cette conscience collective

et trouver les autres

qui étaient à l'aise

avec ça. En anglais,

je pense à

(mot_etranger=EN]kindred spirits[/mot_etranger)

.

Les trois artistes travaillent dans le conteneur. PAUL commente.


PAUL (Narrateur)

Des gens qui avaient la volonté,

le désir, la curiosité

d'embarquer dans le projet

sans avoir de but et

de retombées personnelles.

On faisait ça parce que

c'était amusant et agréable.


Un bénévole gonfle des ballons dans le conteneur. PAUL lui tend un ballon.


PAUL

Voulez-vous

installer un ballon?


DENIS

Pour moi, c'est pas neuf,

parce que comme graphiste, comme

patron d'entreprise, le travail

collectif, c'est ce qu'on

fait tous les jours. C'est

un travail de groupe. C'est

jamais l'oeuvre de quelqu'un.


Une femme bénévole commente l’oeuvre.


FEMME BÉNÉVOLE

Star Trek. Les… Comment

ceux… Tu sais, qui sont

tous en unité, là…


DENIS

Les Borgs.


FEMME BÉNÉVOLE

C'est les Borgs.

Tu sais, les choses, là…


DENIS

Les trous partout, oui,

oui. Ça fait aussi araignée.


DENIS

Ça fait aussi araignée.


FEMME BÉNÉVOLE

Ça fait araignée.


DENIS

Ça fait alien.

L'importance pour moi

du collectif, c'est de créer

des occasions où on se

rencontre et on travaille.


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

J’ai besoin de ballons longs!


DENIS poursuit son commentaire en entrevue.


DENIS

Et ensuite, de voir

comment on se transforme

à la présence de l'autre.

On voit des modifications,

on commence à reconnaître

la manière de réfléchir

de quelqu'un.


Les trois artistes continuent leur création.


PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

Oh oui, c’est les Borgs!


DENIS

Les Borg!


JOSEPH est grimpé dans un escabeau et pose des ballons, l’un d’eux éclate. JOSEPH sursaute. À l’extérieur du conteneur, de plus en plus de gens s’agglutinent. D’autres conteneurs sont aussi ouverts.


PAUL

Le plafond, moi, je trouve…

(Propos traduits de l’anglais)

Ce n’est pas assez homogène.


Les ballons collés sur le plafond du conteneur sont différents de ceux des murs, certains sont très longs plutôt que ronds, on pourrait croire à un genre de réseau de tuyauterie.


PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

On en train de faire des

trucs qu’on devrait en couleur.


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

J’aime cette partie-là.

À mon avis, le plafond

devrait plus s’articuler que le mur.

C’est pour cela que je me suis

soucié de les relier.


DENIS

La chose à faire, c'est de terminer

le plafond. Et ensuite,

on va déterminer si on décide

de faire quelque chose

en couleur qui dépasse,

qui pend ou quoi que ce soit.

La raison pourquoi on avait

amené des ballons blancs,

c'était pour faire des axes ici.


Les trois hommes discutent de la suite des choses dans le conteneur.


PAUL

Oui, bien, la chose que

t'as dite tout à l'heure, où

il y a un élément en couleur

qui domine, au centre,

ou quelque chose comme ça, moi,

je trouve que si on fait ça,

je pense pas que c'est

une bonne idée de mettre des

petits détails partout. J'ai

l'impression que c'est juste…


DENIS

On verra, on verra

à ce moment-là.


JOSEPH, PAUL et DENIS sont à l’extérieur du conteneur et observent l’oeuvre avec un peu de distance.


JOSEPH

Il reste encore

pas mal d'espace.


PAUL

Oui.


Sur un grillage qui empêche l’accès aux rails de la gare de triage, une banderole annonce «Galerie Nouvel Ontario».


Texte narratif :
Le mauvais temps annoncé pour le lendemain se confirme. Padejo doit repenser sa stratégie.


Les trois hommes travaillent à l’intérieur du conteneur.


JOSEPH

J'ai dit rien, mais hier

soir, je me suis levé à 3 heures

du matin. Je suis venu ici.

J'ai gonflé un ballon rouge.


DENIS

Es-tu sérieux?


JOSEPH

Un ballon blanc.


PAUL commence à gonfler des ballons blancs, pendant que les parois sont tapissées de ballons très foncés. PAUL colle son ballon blanc, parmi les ballons foncés.


PAUL

Ça change tout.


DENIS

Oh [mot_etranger=EN]yeah[/mot_etranger].

PAUL

Ça change tout.


DENIS

Moi, ce que je pensais

faire avec le blanc,

c'est une frise en bas.


PAUL retourne au ballon blanc et le retire. Un ballon éclate au même moment.


PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

Ce n’était pas le bon.


Les ballons sont éclairés par des projecteurs.


PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

J’aime ça quand ça brille.


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Si on utilise des ballons blancs

ou en couleur…

au lieu de les placer sur les murs

ou le plafond…

on devrait peut-être les suspendre.


DENIS

(Propos traduits de l’anglais)

Ou les poser par terre.


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

En effet.


DENIS

(Propos traduits de l’anglais)

Je pense que c’est ce qu’on

devrait faire demain.

On pose dans le conteneur

les ballons qui restent.


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Libres?


DENIS

(Propos traduits de l’anglais)

Oui.


DENIS

(Propos traduits de l’anglais)

Demain, le temps sera

trop froid.

On ne pourra rien faire.


PAUL

La chose qui m'intrigue

beaucoup… Ça, c'est

fantastique. Vraiment

intéressant. Comme tout ça,

c'est le prélude de ça.


PAUL fait de grands mouvements de bras pour montrer tout le tapissage de ballons.


PAUL

(S’adressant à DENIS)

Et moi, je m'attendais pas

à ça. Moi, j'avais l'impression

que ça… Quand toi, tu voulais

faire des trucs en haut,

j'ai dit: «Oh, je pense pas que

c'est important.» Tu l'as fait.


DENIS

Mais c'est le

(mot_etranger=EN]ceiling[/mot_etranger)

qui est important.


PAUL

C'est l'oeuvre.


DENIS

C'est là que ça se passe.

C'est pour ça que ça, ici, si

on pouvait mettre de l'énergie

et en faire quasiment

un boudin qui tombe, c'est…


DENIS pointe le plafond où les ballons sont comme des serpentins et fait un grand mouvement circulaire.


JOSEPH

Hum, hum. Oui.


PAUL

Je suis tout à fait d'accord.


JOSEPH se remet à gonfler des ballons longs. Les deux autres commencent à vider l’espace des instruments de travail et de l’équipement.


PAUL

Est-ce qu'il faudrait

nettoyer le plancher ou non?


DENIS

C'est ce que

j'essaie de faire.


Après le nettoyage, l’espace apparaît dans toute sa magnificence. Le conteneur est tapissé par des ballons qui donnent un effet presque de caviar. Au plafond, les ballons longs en serpentins donnent un mouvement à la masse. Sur une des parois, seuls deux petits ballons blancs à demi gonflés changent la dynamique. Les détails de certains éléments apparaissent. Ailleurs dans une autre section, quelques ballons longs de couleur à demi gonflés viennent briser l’harmonie.


DENIS, PAUL et JOSEPH filment leur œuvre. Ensuite, PAUL installe une caméra sur un trépied à l’extérieur pour prendre des photos de l’ensemble.


PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

Le temps d’exposition est bon?


JOSEPH

Oui, je l’ai réglé.


Un HOMME arrive sur le site et regarde l’oeuvre presque finie.


HOMME

Wô!

(Propos traduits de l’anglais)

C’est beau.


JOSEPH règle la caméra sur le retardateur pour faire une photo de groupe avec ses deux collègues, PAUL et DENIS qui sont serrés l’un contre l’autre à l’intérieur du conteneur.


DENIS

Colle-toi parce qu'on gèle.


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Pour celle-ci, je vais utiliser

le flash.


Les trois hommes sont photographiés. DENIS rit.


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Aie l’air sérieux, nom de Dieu !


JOSEPH

Touché, hein?


Les trois hommes sont de nouveau à l’extérieur. Tout le matériel est appuyé sur le grillage.


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Cette installation

est à propos de toi!


JOSEPH s’adresse à l’HOMME ne disant ça, celui-ci éclate de rire.


DENIS

(Propos traduits de l’anglais)

Tu me prends pour David Geffen?


HOMME

(Propos traduits de l’anglais)

Elle est bien bonne celle-là!


JOSEPH

Touché, hein ?


HOMME

(Propos traduits de l’anglais)

Oui, en tant que producteur,

je suis très touché!


Tous rigolent.


Plus tard, PAUL est assis à l’extérieur du conteneur.


PAUL

Je suis fatigué.

Ça m'aide pas

parce que je suis enrhumé.


JOSEPH

On annonce de la neige,

10 centimètres de neige.


PAUL

Oui, oui, c'est ça.

J'ai pas vraiment

les vêtements pour la neige.

Ça va être amusant de voir

qu'est-ce qui se passe.

Si ça neige pas dans la journée.

Des vagues de neige dans…

Dans le conteneur,

ce serait assez amusant.


Texte narratif :
Octobre 2010 Toronto, Ontario


À Toronto, un édifice de pierres rouges se dresse. C’est le Gladstone House sur la rue Queen Ouest dans le district des arts et design. L’architecture de la bâtisse est de style italianisant, avec des arches aux fenêtres et des têtes de lion dans les voûtes des arches.


À l’intérieur de la bâtisse, les trois amis de Padejo gonflent des ballons blancs.


Texte narratif :
Padejo crée une installation pour Nuit Blanche au Gladstone Hotel


Les trois hommes racontent l’événement, assis autour d’une table.


JOSEPH

Le Gladstone était

beaucoup plus facile et

efficace parce qu'on avait

déjà fait une installation.

Je crois qu'à Gladstone,

on avait beaucoup moins de temps

qu'à Sudbury aussi. On a

travaillé beaucoup plus vite

pendant, mais la meilleure

chose, c'était qu'à Gladstone,

on avait du chauffage.


Pendant que les trois hommes racontent l'événement, des extraits d’archive montrent les trois hommes qui travaillent à l’installation avec des ballons de différentes formes noirs ou blancs.


DENIS

La réflexion

que je me suis faite aussi,

c'est qu'à Sudbury, c'était

vraiment un tapissage, hein.

Ce qu'on a fait, c'est qu'on a

pris des ballons et on les a mis

à l'intérieur d'un espace.

Gladstone, on a fait comme

une sculpture, finalement.

Il y avait beaucoup plus

de trois dimensions.

C'était plutôt un bas-relief.


JOSEPH

Oui, oui.


DENIS

Il y avait cet élément

où on avait les poteaux,

les éléments étaient accrochés

un à la suite de l'autre. On a

rempli l'espace beaucoup plus.


JOSEPH

Oui, c'était

(mot_etranger=EN]free-form[/mot_etranger)

.

DENIS

Oui. Et on avait aussi des

formes de ballons beaucoup plus

grandes. Et à ce niveau-là, on a

développé une nouvelle approche.

Notre vocabulaire visuel

était beaucoup plus riche

à Gladstone qu'à Sudbury.


JOSEPH

À Sudbury, le conteneur,

je crois, était trop grand.

Peut-être qu'on avait pas

assez de temps pour

faire justice au projet.


Pendant la conversation entre les trois hommes, l’installation prend forme au Gladstone Hotel.


PAUL

Le problème,

c'est une question d'échelle.

Parce qu'à Gladstone, il y avait

le même problème. On avait

une idée ambitieuse. Et puis,

finalement, les choses qu'on

a sauvées le jour ou la nuit,

c'était quand on a commencé

à gonfler les ballons beaucoup

plus grands. J'ai l'impression

qu'on avait un espace qui était

trop grand et pas assez de temps

pour le remplir. Et moi,

j'ai poussé ça parce que

je voulais qu'on prenne

un autre projet en main.

Parce qu'on travaille pas assez

ensemble. Donc, c'est un peu

avec un échéancier serré

qu'on va avoir l'occasion de

collaborer. Et on fait la même

chose maintenant. On cherche un

autre projet, quelque chose qui

nous oblige à prendre le temps.


À Gladstone, les ballons sont gonflés à l’aide d’un compresseur.


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Un ballon défectueux…


DENIS

À Gladstone,

il y avait un élément aussi

qu'il faut pas oublier:

la pièce nous appartenait

pas complètement.

On avait la sculpture

de Dustin à l'intérieur.


Une immense sculpture est suspendue au centre de la pièce.


DENIS

La sculpture qui faisait du

bruit, celle avec les battements

de coeur. Et lorsque

tu rentrais dans la salle,

c'est ce que tu voyais.

C'était la première chose.

Ensuite, lorsqu'on tournait

autour, on voyait l'intégration

des ballons, que j'aime

pas appeler «ballons»,

d'ailleurs. Je préfère appeler

ça des formes caoutchouc…


JOSEPH

Des vessies.


DENIS

Des vessies en latex, oui.

(Riant)

Il y avait un choix quelque

part. Il y avait un curateur

qui avait décidé que notre

installation, elle serait

partagée avec la sculpture

de Dustin. Si tu compares

les autres installations,

dans les autres chambres,

nous, on était quelque part

très objet, très orientés

vers quasiment la décoration

intérieure. Je sais pas comment

expliquer ça. C'était pas

le message qui était passé

par l'objet ou la

structure ou la peinture.

C'était un environnement

dans lequel tu circulais.


Cette fois les ballons forment des genres de bas-reliefs qui pourraient évoquer certaines frises dans les intérieurs d’un autre siècle comme le style rococo.


Pendant les entrevues de JOSEPH, PAUL et DENIS, ceux-ci commentent l’installation de Gladstone.


JOSEPH

On était tentés, vraiment,

d'utiliser des ballons en

couleur. Et ce qu'on avait fait

ici dans mon atelier comme

un essai, on a mis des ballons

jaunes, des ballons rouges. Et

c'était intéressant quand même.

Mais dans un milieu qui n'est

pas assez familier peut-être,

comme la chambre de Gladstone,

et aussi il y avait un autre

artiste dans la salle avec nous,

que les couleurs, je suis

certain qu'elles ne fonctionnent

pas. C'est pas correct.


DENIS

Joseph est très coloré.

Pour lui, il était important

qu'on travaille en couleur.

Mais c'est toujours la même

chose, hein. La couleur,

on a peur que ça ressemble à

un carnaval. Ensuite, Gladstone,

on était en noir et blanc. Parce

que c'était Nuit blanche. Nuit

blanche, donc noir et blanc.


L’installation se poursuit à Gladstone. PAUL gonfle des ballons.


JOSEPH

Encore un grand noir.


DENIS

(Propos traduits de l’anglais)

Tu veux des grands ballons noirs?


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Oui, s’il vous plait.


JOSEPH

C'était amusant, c'était bon.

Je crois que le résultat était très

intéressant. Je l'ai fait deux

fois. Je sais pas si je suis

disponible pour un troisième

festival de ballons, mais si

on décide de faire un troisième,

je crois que je serai d'accord.

Mais je préfère,

je préfère quelque chose

de tout neuf maintenant.


Pendant que les trois hommes travaillent, un grand ballon se dégonfle.


DENIS

(Propos traduits de l’anglais)

Trou d’un coup!


De nouveau à Montréal, dans la forêt rose du Palais des congrès, les trois hommes travaillent même la nuit. La noirceur de l’extérieur change complètement la perception de l’installation qui prend de plus en plus forme et qui est plus en hauteur.


JOSEPH descend d’un escabeau et s’éloigne pour observer le résultat. Puis avec DENIS ils fignolent une des sculptures suspendues.


DENIS

Tiens, on va l'accrocher ici.

Il va tomber sur la table.


JOSEPH

Non, non, je sais.


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

(S’adressant à PAUL et DENIS)

Avez-vous rêvé de ballons

la nuit dernière.


DENIS

(Propos traduits de l’anglais)

Non, pas encore.


Texte narratif :
9 mai 2010 Troisième jour de l’installation à Sudbury


La troisième et dernière journée de l’installation dans le conteneur commence dans une tempête de neige. Au matin, la neige couvre à peine le sol, il s’agit d’une petite neige glacée. Le vent souffle des rafales. Les trois hommes s’arrêtent dans un resto de bord de route pour prendre un petit déjeuner.


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Le petit déjeuner des champions!


Sur le site de la gare de triage, plusieurs personnes font la ligne le long du grillage qui les sépare des conteneurs. Ce sont les artistes qui travaillent dans tous les conteneurs.


Le groupe Padejo ouvre son conteneur.


JOSEPH

Tadam!


De l’extérieur les grains de neige qui tombent soufflés par le vent créent l’illusion de petits filaments blancs sur un fond de ballons noirs.


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Sais-tu ce que je fais en classe?

Je chante pour mes élèves.

Chaque fois qu’ils disent quelque

chose qui attire mon attention…

Je commence à chanter.

Ils adorent ça !

Et ils me disent:

«C’est pas une chanson,

ça, monsieur.»

Je dis: «Mais bien sûr

que si!»

Je vais sur YouTube

et je leur fais écouter

la chanson!


PAUL et DENIS rient.


PAUL

«C’est pas une chanson,

ça, monsieur!»


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Ils se réunissent pour faire

du rap et ça attire les foules.

Je trouve ça excellent.


PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

Ils improvisent, hein ?


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

C’est fabuleux.


Pendant que PAUL et JOSEPH discutent, DENIS, lui, est déjà au travail.


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Je suis épaté car ces jeunes

peinent à suivre leurs cours…


PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

Mais ils sont capables de faire

ça!


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Exactement!


DENIS

Il fait frette!

Je suis pas certain

si on va avoir beaucoup de gens.


Les trois amis se remettent à la tâche.


Le ciel est très gris et annonciateur de mauvais temps. La neige a cessé.


JOSEPH

Ce soir, on ferme

à quelle heure ici?


DENIS

On peut fermer à l'heure

qu'on veut, j'ai l'impression.

(Lisant)

Le vernissage des expositions

dans les conteneurs, c'est 18 heures.


JOSEPH

C'est à 18 heures ce soir.


DENIS

Ça veut dire 6 heures.


PAUL

Oui.


À 21 heures, il y a une soirée

performance de la FAAS.

On peut…


DENIS fait des bruits de bouche comme s’il éclatait des ballons.


JOSEPH

Combien de temps est-ce

que tu estimes pour décrocher?


DENIS

Ah, ça, en une heure,

c'est fini.


JOSEPH

Une heure? OK.


DENIS se tourne vers une personne qui arrive.


DENIS

Allô, allô.


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Entrez!


PAUL explique comment ils collent les ballons.


PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

On applique la colle sur le ballon

et on le colle avec les autres.

Certains ne sont pas collés

ensemble, alors que d’autres le sont.


PAUL explique maintenant comment ils collent les ballons à plusieurs autres personnes.


PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

Avec le dégonflage,

j’ai commencé à en rajouter.

Et il a fallu en rajouter encore.

Ce qui nous a plu,

c’est la profondeur.


JEUNE FEMME

(Propos traduits de l’anglais)

J’aime vraiment les ballons

longs, ils ont l’air vraiment [mot_etranger=EN]cool[/mot_etranger].

PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

C’est ce qui a donné aux

ballons un aspect organique.


DENIS

(Propos traduits de l’anglais)

Avant, ça ressemblait

plus à de la matière minérale.


JEUNE FEMME

(Propos traduits de l’anglais)

Ça ressemble à du Giger.


FEMME 2

(Propos traduits de l’anglais)

Regarde ça.


PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

Oui, c’est fabuleux!


OBSERVATEURS

(Propos traduits de l’anglais)

C’est génial !

C’est tellement beau…

C’est comme un trou d’air.


Au centre des ballons, un carré rouge lumineux attire le regard.


JEUNE FEMME

(Propos traduits de l’anglais)

C’est de là qu’on entend

la voix d’outre-tombe!


JOSEPH

Ce soir, avant de…


PAUL

Détruire.


JOSEPH

… de détruire les ballons,

peut-être on va insérer

un peu de couleur ici et là,

juste pour voir ce que

ça fait. On a les ballons.

Mais… je suis content

qu'on ait gardé ça en noir.


DENIS

On s'en est très bien sortis.

Regarde le plafond.


PAUL

Oui, oui.


DENIS

Regarde le plafond.

Ce qui fait la différence,

c'est les longs.


JOSEPH

Oui, exactement.


DENIS

C'est tout ça finalement

qui fait que… Je trouve

qu'on a bien fait.


JOSEPH

Ça a bien sorti, c'est vrai.


PAUL

Quand on avait fait

l'intervention chez toi, moi,

j'ai trouvé ça génial. J'avais

vraiment envie de faire ça ici.

Et là, j'étais tellement séduit

par le noir. On savait qu'il

y aurait des changements dans

les lieux parce qu'on réagit

toujours à tout ce qui est là.

On commence à percevoir

les choses qui sont uniques

à cet endroit. Alors, là,

je m'attendais pas du tout

au lien avec les mines.


DENIS

Ça, ça a été impressionnant.

Moi non plus… L'histoire

du noir et de la slague,

c'est vraiment une coïncidence.


Texte narratif :
Slague : résidu de roche extraite des mines de la région.


PAUL

Oui.


PAUL

L'intérêt de nos collègues,

les autres artistes qui sont

venus et qui ont participé

et aussi la participation

du public. Les enfants

et les adultes qui avaient

vraiment envie, qui avaient

aucun problème à nous aider

et ça m'a plu énormément.


DENIS

Quelque part,

les gens ont eu accès

au processus de création.

Mais c'est vraiment…

C'est l'exercice qui est important

pour nous. C'est pas le produit

final parce qu'en bout de ligne,

on s'en fout un peu, hein.


PAUL

Oui, mais quand même, c'est

un grand plaisir. Je vois ça,

je suis impressionné avec tout

ce qu'on est capables de faire

et tellement fier. Le résultat

là, c'est incroyable. J'adore.


JOSEPH

Ah oui, ah oui.


DENIS

Le fait que ça ressemble

à des histoires à la «Alien»,

est-ce que ça vous ennuie,

ça ou c'est pas important?


PAUL

Non.

Parce que moi, je le vois

pas comme ça. J'ai vu…


DENIS

C'est un commentaire

qui est arrivé très souvent.


PAUL

Oui, mais ça, c'est basé

sur le vécu des gens et ils ont

vu ce film et c'est comme ça

exactement. Oui, c'est Giger.

Pour moi, ça bouge.

Quelque part, j'ai l'impression

que ça pousse. Tu tournes et il

y a des choses qui ont changé.


JOSEPH

Ça bouge, c'est vrai, oui.


DENIS

Oh, mais ça change. Regarde,

depuis aujourd'hui, il y a

des choses qui ont réduit.


Certains ballons ont changé de forme, le froid ayant comprimé l’air. Ils sont plus petits et ont pris des formes de courges ou de poires.


JOSEPH

Il y avait un coup de vent

ce matin, et c'est quand

je fermais la porte,

parce que je pensais vraiment

que les ballons commençaient…


DENIS

Il y a quelque chose qui est

parti? Il y avait plusieurs…


JOSEPH

Non, mais les ballons

étaient tous en vibration.


DENIS

Ah oui?


JOSEPH

Ah oui, c'était…

Oui, c'était beau

et c'était un peu…

Ça créait un peu

d'anxiété aussi. Et tous

les ballons là étaient…

dansaient partout ici.


DENIS

C'est bien, ça.


JOSEPH

(Regardant vers le sol)

C'est mieux.


DENIS

J'ai fait ça ce matin

quand j'avais rien à faire.


À Gladstone, l’installation évolue. Quelques grappes géantes de ballons blancs gisent au sol dans un corridor. PAUL et DENIS les transportent dans un escalier.


PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

Attention aux accrochages!


PAUL et DENIS traînent leurs grappes dehors et les nouent à un fil. JOSEPH est dehors sur un balcon et tient l’autre bout du fil.


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Tu dois d’abord attacher le bas.


DENIS

Ah oui, en effet!


DENIS tient la structure légère et PAUL fixe la ficelle à un anneau.


DENIS

(Propos traduits de l’anglais)

La rondelle…


DENIS

OK, Jo.


JOSEPH hisse les deux grappes rassemblées le long de l’édifice. De loin, on dirait une forme humaine qui danse.


Lors d’une conversation autour d’une table, les trois hommes évoquent l’installation de Gladstone.


JOSEPH

À Gladstone, j'ai trouvé que

la sculpture de Dustin a ajouté

un élément de mystérieux.

Quand on rentre dans la chambre,

premièrement, on voit

l'installation de Dustin qui

était une espèce d'installation

audible au lieu de visible.

Tous les deux, mais…


La pièce de Dustin, est présentée.


PAUL

Le côté fort de notre oeuvre,

c'était la richesse de sa

texture, sa forme et l'autre

étaient minimalistes. Le côté

voluptueux était très attirant.

On est attiré par ses formes

qui étaient partout, partout.

Et il y avait une texture assez

curieuse et intéressante.


Pendant la conversation, différents points de vue de l’installation finale sont présentés. Une dentelle géante de ballons noirs sur fond de grappes de ballons blancs couvre les espaces fenestrés et certains murs.


JOSEPH

Moi, j'ai toujours regardé

les gens qui, tout à coup,

ont changé leur piste et sont

attirés par les ballons.


La visite commence. Un groupe de personnes se trouve à l’extérieur de l’édifice. À l’intérieur, c’est un événement vernissage. La pièce est pleine de gens qui discutent et grignotent.


JOSEPH

(S’adressant au public)

Après aujourd'hui,

je pensais que les ballons…

C'était la fin de la carrière

de «ballonique»,

mais l'enthousiasme, c'est

énorme, hein. La plupart

des gens qui viennent…

(Propos traduits de l’anglais)

C’est la meilleure chose

qu’ils ont vu ici!


Dehors, une foule fait la queue pour entrer, intriguée par les ballons qui flottent au vent devant l’édifice.


À Montréal, il neige devant le Palais des congrès.


Dans la salle des pas perdus, Padejo est au tout début de son installation dans la forêt rose.


PAUL

En tout cas, on va être

dans un espace qui est

beaucoup plus grand que

les espaces dans lesquels

on travaillait auparavant.

La chose qui est importante

maintenant est de prendre

la sculpture et la forcer en

dehors des limites imposées par

les éléments qui sont déjà là,

les soi-disant arbres rouges.


Plusieurs bénévoles gonflent des ballons pour aider les artistes. JOSEPH grimpe en hauteur pour fixer un long ballon rouler en spirale tout en haut d’une grappe, juste sous le plafond.


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Paul, soutiens mon dos,

juste au cas où je perds

mon équilibre…

C’est bon.


PAUL pose une main dans le dos de JOSEPH. Puis, JOSEPH redescend et prend de la distance pour voir ce que ça donne.


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Ça a l’air de quoi?


Les ballons sont enchevêtrés tout autour des arbres roses, comme un nid géant de chenilles.


DENIS

Je voudrais la mettre comme

ça, l'autre côté, juste pour

couvrir, pour cacher le fil,

le truc bleu.


JOSEPH

Comment on va l'attacher?


DENIS grimpe à son tour pour fixer d’autres formes gonflées et bonifier la forme.


DENIS

Ça m’en prend un gros.


JOSEPH

Un gros, oui.


PAUL

(Propos traduits de l’anglais)

C’est vraiment extra-terrestre…

(Retour au français)

C'est l'endroit où

l'on berce les petits monstres.


DENIS

Non, je trouve que

ça fait haricot.


PAUL

Ça fait quoi?


DENIS

Haricot.

Hier, on se disait: «Comment

est-ce qu'on peut utiliser les

ballons d'une façon différente

de ce qu'on avait fait

à Sudbury, par exemple,

et à Gladstone». Et on disait

que finalement, on faisait

la même chose ici.

Mais c'est pas vraiment vrai.


JOSEPH

D'abord, on a pensé

qu'on touchait pas les arbres.

On a commencé justement

au milieu. Mais c'est

impossible d'avoir

un projet comme ça réussit

sans intégrer l'espace.


DENIS

Et j'ai beaucoup aimé

ce que t'as fait

à la fin de la journée, Joseph.

Quand t'as décidé d'intégrer

des motifs plus réalistes

et de les mettre en avant de

l'installation. Ça permet aux

gens de d'abord s'identifier,

se sentir confortables

avec l'oeuvre, parce qu'ils

reconnaissent des formes

qu'ils peuvent suivre.


JOSEPH

Oui, oui.

La plupart des gens ont besoin

de quelque chose pour commencer

leur processus de penser à ce

qui se passe. C'est très facile

pour la plupart des gens

de demander:

«Qu'est-ce que vous dites?

Qu'est-ce que ça veut dire?»

Moi, j'avais toujours

le désir de mettre

des couleurs parmi le noir.


PAUL

Alors, à Sudbury, tu poussais

pour avoir la couleur. Cette

fois, t'as dit: «Non, non,

pas de couleur.» Les deux…

T'as semé la pagaille et puis

t'as ajouté des couleurs!


Quelques ballons blancs sont semés çà et là.


DENIS

Le blanc, c'est la partie

reliée au jeu finalement.

Paul, tu t'es amusé à demander à

des enfants, toi: «Dites-moi il

y a combien de ballons blancs.»


PAUL

Oui. Moi, je trouve

que depuis le début de ce

projet avec les ballons,

c'est ça qui m'a vraiment frappé,

c'est qu'on a une approche très

populaire. Ça me plaît beaucoup.


DENIS

Hum, hum.

Aujourd'hui, actuellement, je

pense que les gens comprennent

qu'il s'agit d'une canopée

d'un arbre. Là, ça va être

intéressant de voir les

réactions parce qu'on nous voit

pas faire des ballons.

On nous voit pas pomper quoi

que ce soit. Donc, ça va

prendre un certain temps

avant qu'ils reconnaissent

la nature des matériaux.


PAUL

Oui.


Le soir venu, les gens commencent à arriver devant l’installation.


VISITEUR

Quand je suis arrivé,

j'ai vu les ballons. Même

je les ai vus de l'extérieur,

passé la rue. J'ai pensé

à quelque chose de solide.


VISITEUR 2

(Propos traduits de l’anglais)

À première vue, de loin,

on n’imagine pas des ballons.

On dirait des éléments noirs

rattachés à quelque chose…

et je n’étais pas vraiment

sûr de ce que c’était.


VISITEUR 3

J'ai déjà vu souvent

ces arbres, cette forêt, qui a

l'air d'une forêt de bonbons.

Puis c'est un peu comme des

jujubes, de la réglisse noire.

Un autre bonbon qui vient

enrober la forêt. C'est

quelque chose de très ludique

et de très simple.


VISITEUSE

Ça a accroche la lumière,

le côté lustré,

les textures, les formes.

Il y a quelque chose

de très sensuel là-dedans.


VISITEUR 2

(Propos traduits de l’anglais)

Est-ce une sorte de

Champs Élysées

ou d’enfer de Hadès?


VISITEUSE

Ils sont accrochés sur quelque

chose de sacré, c'est-à-dire

une oeuvre publique.


VISITEUR

C'est pas pour la vie.

C'est une nuit seulement.

Ça endommage pas les colonnes.

Et je trouve le travail meilleur

que les colonnes, d'ailleurs.


VISITEUSE 2

Je trouve qu'il y a une belle

folie dans les assemblages et

aussi dans ce contraste avec les

arbres roses qu'on est habitués

à voir, bêtement,

quand même à Montréal

et qui nous amènent un regard

nouveau sur cette oeuvre-là.


VISITEUR 4

Je suis pas vraiment un fan

des arbres fuchsias, mais

je trouve que l'intégration de

l'oeuvre, elle est très belle,

bien réussie.


VISITEUR 3

J'aime le côté

(mot_etranger=EN]low-tech[/mot_etranger)

aussi. Il y a trop de monde

qui essaie de faire des choses

avec la technologie. Ici,

ils en sont pas victimes.


VISITEUR 5

Il y a plein d'interventions

avec des matériaux

(mot_etranger=EN]low-tech, trash[/mot_etranger)

, qui sont vraiment

époustouflants, impressionnants.

Je pense que ce projet-là

en fait partie aussi.


VISITEUSE 3

Parfois, en art contemporain,

tous les publics ne sont pas

habitués, ont pas forcément

la culture et restent un peu

bloqués devant. Là, il y a

vraiment, grâce aux ballons,

il y a vraiment un enthousiasme

autour de cette oeuvre.


VISITEUR 5

Il y a pas plus de prestige

à utiliser un matériau noble,

mais plutôt le prestige réside

plutôt dans la manière dont

on utilise le médium, point.


VISITEUR 4

J'ai été frappé

par les contrastes.

Le contraste de la matière

et le côté éphémère aussi.


PAUL conclut lors de son entrevue chez lui.


PAUL

J'aime bien l'éphémère.

Pourquoi? Parce que…

Peut-être que c'est encore

l'archéologie. On cherche

les témoins de notre histoire.

L'histoire, c'est une création

parce qu'il y a tellement

de peu de choses qui nous

restent. Et quand on voit

tout ce qui nous entoure,

on essaie d'imaginer: «qu'est-ce

qui va rester dans une centaine

d'années? Et qu'est-ce que

les gens dans le futur vont

construire comme histoire ?» De

nos jours, j'imagine que ça va

être assez loin de la réalité.

Pour moi, c'est un défi,

c'est de vivre les choses

qu'on est en train de vivre

et les remarquer, les savourer.

Pas vivre pour demain.

Vivre pour aujourd'hui.

Je crois, Padejo, en effet,

c'est l'exemple de ça.


À Sudbury, les goélands à bec cerclés se posent dans la gare de triage après que la neige ait fondu.


Les visiteurs crèvent les ballons avec des aiguilles. Ça fait une pétarade. Pendant ce temps, JOSEPH filme tout, les corps vides des ballons pendent du plafond. PAUL retire les cadavres de ballons des parois latérales. À la fin de la soirée, un tapis de membranes vidées de leur air couvre le sol du conteneur. DENIS pousse le caoutchouc vers le centre du conteneur avec ses pieds. PAUL les pousse avec un carton, ils n’ont pas de balai.


JOSEPH

(Propos traduits de l’anglais)

Bien joué.

As-tu eu de bonnes images?

C’est vraiment fantastique,

génial…


Titre :
Sur les traces de Padejo


Début générique de fermeture


Début du bêtisier


Des extraits de l’installation à Montréal sont présentés.


JOSEPH

Il faut rentrer dans notre…

(Propos traduits de l’anglais)

Comment t’appelles ça?


Dans les différentes installations, des ballons éclatent.


Des bénévoles aident les artistes à gonfler des ballons.


BÉNÉVOLE

Le deuxième noeud est

plus dur encore, hein?


VIEILLE DAME

Oh, mon Dieu!


DENIS

C'est bon pour l'arthrite.


VIEILLE DAME

Pour l'empêcher ou la donner?


DENIS

La donner.


JOSEPH

Je suis très heureux

que ce projet soit fini.


PAUL

Je suis triste que ça continue

pas. J'ai envie de passer toute

ma vie ici avec les ballons.

Avec mes amis.


JOSEPH

C'est bon de passer

à l'autre… la prochaine étape.


À l’Université, PAUL semble perdu dans un sentier de forêt.


PAUL

Alors, dis-moi. Maintenant,

où est-ce qu'on s'en va?


JOSEPH

Vers l'avenir.

Où la rivière nous porte.


PAUL

Denis, où est-ce qu'on va?


DENIS

Denis va tout droit.

Fais attention, derrière toi.


Les trois amis font une photo de leur dernière installation à Montréal, au même moment un gros ballon éclate. JOSEPH éclate aussi, mais de rire.


Fin bêtiser


Fin g/n/rique de fermeture

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