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Droit comme un F

En 1982, avec l´adoption de l´article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, la Constitution canadienne reconnaît aux minorités linguistiques le droit à l´éducation dans leur propre langue. Mais les minorités francophones hors Québec font alors face à une dure réalité : les infrastructures nécessaires pour recevoir une éducation française étaient presque inexistantes.

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Vidéo transcription

Gain de cause

Les parents demandeurs racontent avec émotion qu’ils ont entrepris des démarches judiciaires pour assurer un avenir en français à leurs enfants. C’est pour eux et pour leurs futurs petits-enfants qu’ils ont mené ce combat nécessitant un travail colossal.



Année de production: 2012

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[NARRATRICE:]
La question
des droits linguistiques
remonte à 1867, au tout début
de la Confédération du Canada.
Malheureusement,
le principe de dualité
linguistique est vite oublié.
L'anglais est imposé
dans les écoles,
et à partir de 1920,
l'enseignement du français
devient clandestin.
Ce n'est qu'avec
l'arrivée au pouvoir
de Pierre Elliott Trudeau,
50 ans plus tard,
que le bilinguisme reviendra
sur le devant de la scène.
Puisque les provinces
refusent le bilinguisme,
Trudeau ripostera avec la
Loi sur les langues officielles,
et surtout, en 1982,
il fera inscrire dans
la Charte des droits et libertés
le fameux article 23
qui protège les droits
linguistiques des minorités.
C'est une immense victoire
pour les minorités.
Mais le plus dur reste à faire:
obtenir le respect
de ces droits.
Ainsi débute une longue histoire
de combats juridiques.
Ce sont de rudes batailles
menées par des hommes
et des femmes
qui ne reculeront
devant aucun sacrifice
pour écrire en français
l'histoire de leur pays.
[Titre:] [Droit comme un F
Première partie
Gain de cause]
[Générique d'ouverture]
[Texte informatif:] [Edmonton, Alberta
1981]
[NARRATRICE:]
La première bataille importante
en francophonie minoritaire
débute avec un groupe de parents
qui, en demandant une école,
vont donner un nouveau souffle
à la francophonie en Alberta.
[PAUL DUBÉ
et ANGÉLINE MARTEL
marchent sur une rue.]
[PAUL DUBÉ:]
Ben, c'est le
fun de te voir,
après toutes ces années où
toi, tu vis très loin d'ici,
pis moi, je voyage de
moins en moins au Québec.
[ANGÉLINE MARTEL:]
C'est vrai,
tu voyages...
[NARRATRICE:]
Paul Dubé et Angéline Martel
reviennent, 30 ans plus tard,
sur cette histoire
qui a débuté en 1981,
un an avant que
l'article 23 soit inscrit
dans la Charte des droits
et libertés du Canada.
[PAUL DUBÉ
et ANGÉLINE MARTEL
arrivent devant une école.]
[ANGÉLINE MARTEL:]
Ç'a commencé ici.
[PAUL DUBÉ:]
Ç'a commencé ici...
[ANGÉLINE MARTEL:]
Mais j'ai une affection
particulière pour ces grillages.
Moi, j'ai emmené Daniel en 79
ici, à l'école Saint-Thomas.
L'école d'immersion...
enfin, elle n'est plus là,
l'école d'immersion.
Toi, tu as emmené Stéphane,
et moi, j'ai emmené Myriam
l'année suivante,
parce qu'ils commençaient
tous les deux
à la maternelle
à cette école.
Et on a commencé
à se parler
sur qu'est-ce
que nos enfants vivaient,
qu'est-ce que nous,
on vivait comme parents,
justement ici, devant
un grillage comme ça.
[PAUL DUBÉ:]
Les francophones mettaient
leurs enfants dans cette école.
On se disait: "C'est la
meilleure école d'immersion
"parce qu'il y a une majorité
de francophones qui sont ici."
Quand mon fils a eu 5 ans,
mon beau-frère au Manitoba,
qui était sous-ministre
en Éducation, qui me disait:
"Où tu mets
tes enfants?"
J'ai dit: "Ben,
dans cette école!"
Il m'a dit: "C'est pas
une école pour vous, ça!"
Pis c'est la première fois, dans
le fond, que j'ai eu ce déclic
que dans le fond,
les écoles d'immersion
n'étaient pas
pour nous.
J'y avais jamais
vraiment pensé, tu vois!
[ANGÉLINE MARTEL:]
Alors, quand mon fils
apprenait pas grand-chose
en français,
alors, j'ai dit à
l'enseignante d'immersion:
"Mais où est l'éducation
de mon fils? Il apprend pas!
"Il est en train
d'enseigner aux autres."
Et elle m'a répondu:
"Oh, vous inquiétez pas.
"Dans trois ans, les
autres l'auront rattrapé."
Alors, j'ai dit: "Mais ça donne
pas une éducation à mon fils."
[PAUL DUBÉ:]
Mais moi, je me souviens, en
très peu de temps, d'ailleurs,
au mois de septembre,
quand Stéphane était
en première année,
j'ai constaté
assez rapidement
que le matin, il ne
voulait plus se lever.
Un enfant dynamique,
plein d'énergie, tout ça...
[ANGÉLINE MARTEL:]
C'était la même
chose pour moi.
[PAUL DUBÉ:]
Il ne voulait plus se lever
parce que lui faire répéter:
"C'est un plancher, c'est
un plafond, c'est un mur".
Évidemment, ça...
ça l'emmerdait,
pour employer un terme
qu'on connaît bien.
Mais moi, ce qui a
été le grand déclic
qui a fait
que j'ai dit:
"Mais il faut absolument
changer les choses!",
c'est qu'un matin,
je le conduisais à l'école.
C'était peut-être
à la mi-septembre
ou un peu plus tard
en septembre.
Et puis, Stéphane,
il m'a dit...
il est assis à côté de moi
dans ma Coccinelle et il me dit:
"Papa, t'as vu
la bleue voiture?"
Alors, moi, j'ai dit... il y
avait des arbres tout le long.
J'ai presque eu un accident
parce que je me dis:
"Mais c'est
pas possible!
Pour la première fois de sa vie,
il faisait une faute de syntaxe,
une faute qu'un enfant
ne fait jamais,
dont c'est la langue première.
[PAUL DUBÉ
sort d'une école
en compagnie
de son petit enfant.]
[PAUL DUBÉ:]
Qu'est-ce que vous
avez fait aujourd'hui?
T'as fait
un peu de sport?
Parce que t'as le visage
un peu rouge.
[PETIT ENFANT1:]
J'ai joué
au basketball...
[JEAN-CLAUDE MAHÉ,
parent demandeur
pour la cause Mahé,
témoigne.]
[JEAN-CLAUDE MAHÉ:]
Paul, c'est un grand ami.
On s'est connus durant
les années universitaires.
Pierre Monod
m'avait toujours dit:
"Paul Dubé, c'est
l'étudiant le plus brillant
"que j'ai eu dans mes classes
"depuis que je suis
à l'Université de l'Alberta."
Et ça m'avait étonné,
parce que c'est pas souvent
qu'on s'attendait à ce genre
de compliment d'un des nôtres.
J'ai dit: "Tiens!
"Un francophone qui est le top
de sa classe, ça fait du bien."
[NARRATRICE:]
Jean-Claude Mahé
était à l'époque
le conjoint d'Angéline Martel,
qui avait 2 enfants.
Il suivait activement
l'actualité politique
et attendait
la venue de la Charte
et des nouveaux droits
pour les francophones
en situation minoritaire.
[JEAN-CLAUDE MAHÉ:]
Au début
des années 81, j'ai dit:
"Nous, on pense
à une école française.
"Est-ce que ça t'intéresserait?"
"Oui, oui."
Pis l'article 23 allait être
signé dans la prochaine année.
On s'est dit:
"Voici notre chance.
"C'est le temps maintenant
de faire des pressions
"pour franciser
le système scolaire en Alberta."
[Dans un bureau,
PAUL DUBÉ,
parent demandeur
pour la cause Mahé,
témoigne.]
[PAUL DUBÉ:]
Je dirais que
ce qui existait avant 1980,
avant le début de ces luttes,
c'était une francophonie
en pleine déconfiture,
c'est-à-dire
en période d'assimilation.
Les chiffres démontrent que
dans certains coins du pays,
on avait atteint des chiffres de
70% au niveau de l'assimilation.
Donc, c'est une population qui
ne pouvait pas se renouveler.
Et c'était une époque également
où l'immigration
était très faible.
[JEAN-CLAUDE MAHÉ:]
Et nous, on voulait une école
très, très moderne en pédagogie,
centrée sur l'enfant,
ouverte à tous les francophones,
pas simplement
aux Franco-Albertains.
Donc, nous, tout de suite,
ç'a surpris les gens
qu'on veuille pas
une école catholique,
mais une école non
confessionnelle, ouverte à tous.
[NARRATRICE:]
La première démarche
pour les parents
consiste à convaincre l'ACFA,
l'Association canadienne
française de l'Alberta,
de soutenir la création d'une
école francophone à Edmonton.
[Dans une école,
PAUL DUBÉ
parle avec ANGÉLINE MARTEL.]
[PAUL DUBÉ:]
Comment se fait-il
qu'on en n'ait jamais parlé,
à l'ACFA, de l'article 23?
Et tout le monde
en parlait.
À l'extérieur de l'Alberta,
tout le monde en parlait!
Il faut dire
que le conservatisme
albertain classique
n'est pas le monopole
des anglophones non plus.
Le conservatisme franco
albertain était très fort aussi.
[ANGÉLINE MARTEL,
parent demandeur
pour la cause Mahé,
témoigne.]
[ANGÉLINE MARTEL:]
En Alberta,
la distinction
entre l'immersion et l'éducation
en français n'existait pas.
Alors, un déclencheur...
un déclencheur légal,
qu'on a des droits,
on aura des droits.
Où sont les institutions
qui vont avec?
Ça a mené effectivement
à une demande
auprès de l'Association
canadienne-française
de l'Alberta
de se pencher sur la question
de l'ouverture
d'écoles francophones
pour les francophones.
Ensuite, bon,
une réponse assez...
assez... peu encourageante
de la part de l'ACFA,
nous a menée vers le ministre
de l'Éducation de l'époque.
[JEAN-CLAUDE MAHÉ:]
Notre première rencontre
avec le ministre de l'Éducation
de l'époque, David King,
était assez intéressante.
On a expliqué notre projet.
Il a été très impressionné.
Arrivés à la maison, nous,
on a écrit: "Procès-verbal."
Et le lendemain, on lui a
envoyé une belle lettre:
"Merci", ainsi de suite.
"Et voici ce sur quoi
nous nous sommes entendus:
"alors, que vous êtes
pour une école française,
"que vous êtes
pour une pédagogie moderne
"et que vous nous demandez
"de continuer à travailler
dans ce sens-là."
Quelques jours plus tard,
on reçoit sa réponse.
"Monsieur Mahé, nous avons
"quelques différentes
perceptions de cette rencontre.
"Et puis-je vous demander
"de retravailler avec
le ministère de l'Éducation
"dans les paramètres
qui existent aujourd'hui."
Alors, c'était
une façon très diplomate
de nous dire que
la discussion était terminée.
[Dans un bureau,
DAVID KING,
ministre de l'éducation
de 1979 à 1986
de l'Alberta, témoigne.]
[DAVID KING:] [Propos traduits de l'anglais] Je ne me souviens pas
de la rencontre.
Je sais qu'elle a eu lieu,
mais le gouvernement
a décidé que ces parents
devaient retourner
soit vers la commission scolaire
publique, soit vers celle
des écoles séparées,
et en venir à un accord
avec l'une des deux.
En Alberta,
contrairement au reste du pays,
nous avons un système parallèle
financé par les impôts.
Les parents ont été redirigés
vers l'une de ces commissions
pour en venir à un accord
sur l'éducation francophone.
[ANGÉLINE MARTEL:]
Refus du Conseil scolaire
catholique anglophone
à Edmonton, donc,
refus ensuite
du Conseil scolaire
public anglophone,
la même chose.
Retour chez
David King en disant:
"Vous nous avez dit
"d'aller voir les
2 conseils scolaires.
"On nous a refusés. Que
faisons-nous maintenant?"
[Dans une voiture,
PAUL DUBÉ
parle à un enfant.]
[PETIT ENFANT1:]
On fait les
centimètres, les mètres,
les centimètres cubes pis
les centimètres carrés.
Les kilomètres.
[PAUL DUBÉ:]
OK, et si
je te demandais...
si je disais que je
comprends rien à tout ça,
est-ce que tu
pourrais m'expliquer
toutes ces
choses-là?
[PETIT ENFANT1:]
Non.
[PAUL DUBÉ:]
Tu pourrais pas?
[JEAN-CLAUDE MAHÉ:]
Dans les années 80,
la situation francophone
en Alberta en était une de...
je dirais, quasi d'inconscience
de ce qui se passait.
Il y avait aucun débat.
Il y avait aucun projet.
Et il y avait aucune discussion
sur l'école française.
[NARRATRICE:]
Après un an de rencontres
et de discussions,
un groupe de 9 parents
s'organise et forme, en 1982,
l'Association
Georges-et-Julia-Bugnet.
C'est l'Association Bugnet
qui représentera les parents
dans les démarches juridiques
auprès du gouvernement
de l'Alberta.
[JEAN-CLAUDE MAHÉ:]
On a composé
le groupe Bugnet,
d'après l'auteur albertain
Georges Bugnet,
qui représentait aussi
un peu le cheminement
que mes grands-parents bretons
avaient fait.
Il avait milité à l'intérieur
des conseils scolaires.
Il avait été rédacteur
d'un journal francophone,
et il avait travaillé la terre.
Nous, on était
d'une génération...
on était tous,
Paul et moi et Angéline,
on venait de petites fermes,
de la terre.
Tous les postes décisionnels,
qu'ils soient
au ministère
de l'Éducation,
qu'ils soient
les avocats qui représentaient
le gouvernement dans les causes,
qu'ils soient l'ACFA
et ainsi de suite,
c'était très clanique, là,
c'était toujours la même famille
qui décidait de tout.
Nous, on arrive là-dedans,
puis c'est évident
que ç'a dérangé beaucoup
l'establishment en place.
[DAVID KING:] [Propos traduits de l'anglais] Le gouvernement
était très réticent
à initier quoi que ce quoi
qui concernait l'article 23,
à ce moment-là,
et ce, pour deux raisons.
Premièrement,
nous devions composer
avec les graves répercussions
du conflit national autour
des politiques énergétiques
de 1979, 1980 et 1981.
Nous commencions
à en voir les impacts négatifs
en Alberta.
Et il y avait aussi...
la loi 101 au Québec
et ses propres répercussions.
D'un point de vue politique,
le gouvernement n'était pas prêt
à prendre une telle initiative.
[NARRATRICE:]
À défaut
de financement public,
l'Association Bugnet
décide d'ouvrir, dès 1983,
une petite école
francophone privée
dans le but de démontrer
que le projet est viable
et répond aux besoins
de la communauté.
[JEAN-CLAUDE MAHÉ:]
On sollicitait des fonds
pour la première école privée.
Et on avait fait
ce petit document
avec la rose Bugnet et...
et l'école où on était situés.
[JEAN-CLAUDE MAHÉ
montre un dépliant.]
[JEAN-CLAUDE MAHÉ:]
Et la lumière
de l'école et de la rose
parlait de l'avenir.
Donc, on avait fait
une grande campagne
pour solliciter
des fonds pour l'école,
la première école française.
Puis c'était aussi une façon
de disséminer l'information
sur ce qu'allait être
une école française,
parce qu'à l'époque,
il y en avait pas.
Tout de suite, ç'a sollicité
plein d'inquiétude.
"Est-ce que nos enfants,
maintenant,
"ne seront plus bilingues,
"s'ils vont simplement
à une école française?"
Et toute cette question, cette
crainte de ne pas être bilingue
dans une province anglophone,
il fallait beaucoup,
beaucoup rassurer les gens
que c'était un bon projet.
[Devant une école,
PAUL DUBÉ
et ANGÉLINE MARTEL
discutent.]
[ANGÉLINE MARTEL:]
On savait pas avant
la dernière minute
si on pourrait ouvrir.
[PAUL DUBÉ:]
Surtout qu'on savait pas
si on avait les profs
2 semaines avant
le début des cours.
Et donc, il a fallu faire
des pieds et des mains
pour essayer de trouver
des personnes disponibles...
[ANGÉLINE MARTEL:]
Qualifiées.
[PAUL DUBÉ:]
... qualifiées et capables
d'apporter cette éducation
qu'on voulait
offrir à nos enfants.
[ANGÉLINE MARTEL:]
Ç'a été quand même
une année extraordinaire.
Je me souviendrai
toujours, toujours
qu'après 2 mois,
les élèves jouaient au coureur
des bois dans la cour.
Et je me souviens
toujours de Marie-Luce,
qui était la première,
et tous les autres
qui couraient par-derrière,
qui s'en venaient vers l'école.
Et je leur dis:
"Qu'est-ce que vous faisiez?"
"Ah, on jouait
au coureur des bois!"
C'est assez extraordinaire.
Et en français,
tout ça en français,
alors qu'ils avaient
l'habitude de jouer en anglais
dans les cours l'école.
Deux mois après,
ces petits étaient suffisamment
immergés en français,
et dans la tradition
et la culture française
pour être capables
de jouer au coureur des bois.
[MICHEL BASTARACHE,
avocat et juge
à la Cour suprême
du Canada de 1997 à 2008,
témoigne.]
[MICHEL BASTARACHE:]
L'école, c'est vraiment
l'élément clé
pour la continuité
du fait français
à l'extérieur du Québec,
et même au Québec.
Et dans ce sens-là,
on s'est retrouvés avec
un instrument très puissant
pour forcer
les gouvernements provinciaux
à se mettre à l'écoute
des minorités,
à comprendre la nécessité
de leur donner accès
à l'éducation dans leur langue,
mais dans des institutions
qui sont homogènes francophones.
[Dans une école,
ANGÉLINE MARTEL
et PAUL DUBÉ discutent.]
[ANGÉLINE MARTEL:]
Mon bureau de directrice
était ici,
avec la petite cloche.
Tu te souviens qu'on faisait
le nettoyage le soir.
On nettoyait toutes
les salles nous-mêmes.
Allons voir!
[Ils entrent dans une classe.]
[ANGÉLINE MARTEL:]
Alors, voilà!
C'était la classe
des petits 3, 4, 5.
C'est quand même
une classe
où il y a pas beaucoup
d'élèves, hein!
Il y a une
vingtaine d'élèves.
Nous, on en avait une quinzaine
dans cette salle de classe.
[PAUL DUBÉ:]
À peu près, oui.
[ANGÉLINE MARTEL:]
Un petit peu plus peut-être.
[PAUL DUBÉ
s'assoit sur un bureau.]
[PAUL DUBÉ:]
Asseyons-nous, ma chère.
[ANGÉLINE MARTEL:]
Un petit peu plus.
Alors, ça nous rappelle
bien des choses, hein?
[On voit des photos
d'époque d'enfants
et d'adultes dans des classes.]
[PAUL DUBÉ:]
Il y avait une sorte
d'excitation dans l'air
parce que c'était
tout neuf pour les enfants,
pis pour nous aussi,
on était un peu anxieux,
parce qu'on savait pas trop
comment ça allait marcher.
Et pis finalement, les choses
sont tombées en place,
pis l'école
a été lancée, puis...
[ANGÉLINE MARTEL:]
Alors, dans ce sens,
c'était un succès.
[PAUL DUBÉ:]
Oui, tout à fait, oui,
oui, parce que d'abord,
on a montré que
c'était possible.
Pis en plus, ç'a véritablement
mobilisé la communauté.
Les gens se sont dit:
"Mais qu'est-ce que c'est?"
Donc, les gens
se sont intéressés.
Pis moi, je me souviens
comment des jeunes
qui venaient chez nous,
qui étaient
plus ou moins engagés
dans la question du français,
qui baragouinaient
un peu la langue,
comment soudainement
ils étaient intéressés
puis qu'ils voulaient se mêler
à cette histoire
d'école française.
Ç'a été les
premières démarches
qui ont produit cette nouvelle
conscience collective
de la communauté.
[ANGÉLINE MARTEL:]
On était un groupe sans
peur et sans reproche,
dans le sens où
on a osé s'afficher,
on a osé s'affirmer.
On a même osé aller en cour,
et ça, c'était un interdit,
d'oser poser un défi
au système établi.
[PAUL DUBÉ
et un enfant
sont assis à une table
à pique-nique.]
[PAUL DUBÉ:]
Est-ce que vous vous parlez
en français ou en anglais,
quand tu contactes
tes copains de Airdrie?
[PETIT ENFANT1:]
Les deux.
[PAUL DUBÉ:] [En riant] Les deux!
[STÉPHANE DUBÉ arrive
et s'assoit à la table.]
[STÉPHANE DUBÉ:]
Salut! Ça va?
[PAUL DUBÉ:]
Salut, jeune homme. Oui! [À l'enfant] Tiens, ton papa
qui est arrivé.
[STÉPHANE DUBÉ:]
Alors, ça va bien?
[PAUL DUBÉ:]
Est-ce que toi,
tu te souviens
de mes engagements
dans la communauté
pour la langue, pour
les écoles et tout ça?
Les débuts, par exemple.
Parce que quand on a commencé,
admettons en 82,
toi, t'avais 6 ans.
[STÉPHANE DUBÉ:]
Je me souviens
que Jean-Claude et Angéline,
quand ils venaient,
c'était à la table.
C'était des discussions
longues, sérieuses.
Il fallait pas vous déranger.
[STÉPHANE rit.]
[STÉPHANE DUBÉ:]
Je me disais juste:
"Mon père est impliqué
dans des choses importantes
"pour que je puisse
parler en français."
[NARRATRICE:]
L'année même
de la création de l'école,
l'Association Bugnet
obtient une subvention
pour porter la cause
devant les tribunaux.
Elle se réclame principalement
de l'article 23
de la Charte des droits
et libertés,
qui reconnaît pour la minorité
le droit à l'instruction
en langue française.
[DAVID KING:] [Propos traduits de l'anglais] Nous détestons habituellement
les lois imposées par les juges,
sauf dans certains
contextes politiques
qui font en sorte
que nous les adorons.
La décision du gouvernement,
à ce moment-là,
a été de ne pas statuer lui-même
sur la loi,
mais de laisser les juges le faire.
Je crois que j'ai dit à M. Dubé
et aux autres,
à ce moment-là,
que s'ils choisissaient
la voie des tribunaux,
nous nous verrions en cour.
[JEAN-CLAUDE MAHÉ:]
Pour mener notre cause
devant les tribunaux,
et pour ouvrir notre école,
il nous fallait
des statistiques,
il nous fallait
quand même du concret.
Un de nos avocats
disait toujours:
"Moi, je vais vous aider
à comprendre le droit.
"Vous, vous allez m'instruire
dans votre cause."
Lui, il avait fait
toute sa recherche
du système majoritaire.
Il avait déjà tout découpé
les conseils scolaires,
le nombre d'écoles,
ainsi de suite.
Et il pouvait toujours dire:
"Dans le système anglophone,
"il y a des écoles
pour 50 élèves."
Alors, il disait toujours...
"What is good for the goose
is good for the gander."
Si 50 élèves, pour une école
anglophone, c'est suffisant,
50 élèves, pour une école
francophone, c'est suffisant.
Donc, on a obtenu, évidemment,
ces statistiques du ministère,
et on a commencé
à sonder la population.
[JEAN-CLAUDE MAHÉ
montre une feuille.]
[JEAN-CLAUDE MAHÉ:]
Une page. Ça tenait
sur une page, c'était simple.
Et c'était très scientifique.
On avait pris
le bottin téléphonique,
pis à chaque 2 pages,
on prenait un nom francophone
pis on allait les...
Puis, on avait émis
un communiqué de presse.
On aimait beaucoup
les communiqués, nous.
Ça envoyait l'information.
Mais la force d'un communiqué,
c'est que ça reste.
Et en 83,
on avait identifié
qu'il y avait 158 enfants
qui allaient s'inscrire
à notre école
et que si on avait
les sous en place,
on aurait pu en ouvrir deux.
Ça, c'est
dans l'espace de 6 mois.
[PAUL DUBÉ
discute avec
ANGÉLINE MARTEL.]
[PAUL DUBÉ:]
Il fallait convaincre des gens
d'envoyer leurs enfants ici.
Il a fallu qu'on contacte
des gens personnellement,
qu'on leur explique
au téléphone:
"Voici ce que c'est
qu'une école française,
"voici ce qu'on
va vous offrir.
"Si, pour vous, la religion
est une question importante,
"on va embaucher quelqu'un
qui est théologien".
Dans le fond, c'est
ce qu'on a fait.
[ANGÉLINE MARTEL:]
On l'a fait.
[PAUL DUBÉ:]
Donc, il y a toutes sortes
de choses qui ont été faites
et qui étaient quand
même du travail
qui se faisait par le
petit groupe de parents
qui a mené
ce dossier.
[ANGÉLINE MARTEL:]
Neuf parents, 9 parents.
[PAUL DUBÉ:]
C'est ça.
Il faut pas oublier que
quand on en parle comme ça,
c'est formidable,
mais il faut dire que quand
on était sur le terrain,
c'était du boulot.
[JEAN-CLAUDE MAHÉ:]
L'idée, c'était
de démontrer par un projet
qu'il était possible d'avoir une
école francophone à Edmonton.
Et deuxièmement, par le fait,
on se dit qu'une fois
que les gens l'auront vécu,
que le système public
en place l'accepte
on commence à ouvrir des écoles.
[NARRATRICE:]
Après un an de fonctionnement,
l'Association Bugnet ferme
les portes de sa petite école,
faute de financement.
L'association se lance alors
à fond dans le combat judiciaire
pour obtenir
du gouvernement albertain
la création d'écoles publiques
pour les francophones.
[JEAN-CLAUDE MAHÉ:]
Ne pas agir,
à l'époque
où la Constitution se signait,
ça aurait été de manquer
une chance inouïe.
[DAVID KING:] [Propos traduits de l'anglais] Le gouvernement prenait
pour acquis, à cette époque,
que les parents francophones
étaient probablement catholiques
et qu'ils trouveraient un accord
avec la commission scolaire
des écoles séparées
parce qu'elle était catholique.
Je ne crois pas que
nous savions, à ce moment-là,
qu'à l'intérieur de la communauté
francophone,
il y a une part importante
de gens qui sont athées,
tout comme il y a
de nombreux catholiques.
[PAUL DUBÉ:]
L'establishment
franco-albertain pensait
que la gestion
n'était pas une nécessité,
et qu'on pouvait céder, donc,
la gestion aux écoles
catholiques, par exemple.
Parce qu'eux
se sentaient sécurisés
dans le giron
des écoles catholiques.
Et c'est après
toute l'information,
tous les renseignements, toutes
les études qu'on a produites
qu'ils se sont réveillés
à cette question essentielle
de la gestion scolaire.
Parce que la recherche
nous le démontrait tellement
qu'on pouvait dire,
sans avoir peur de se tromper,
qu'effectivement, une école
française n'était pas française
tant que la gestion
ne nous appartenait pas
en tant que communauté.
[ANGÉLINE MARTEL:]
C'était pas acquis, c'était
pas acquis de comprendre
que pour avoir
une bonne éducation,
on doit décider pour soi-même
de ce que l'on fait.
[JEAN-CLAUDE MAHÉ:]
De la cour
de première instance en Alberta,
je nous vois encore
à ces portes vitrées,
on est trois qui marchons
en sortant, ainsi de suite.
Un journaliste est là,
pis il pose la question:
"Est-ce que vous allez gagner?"
Et Paul Dubé dit:
"Monsieur, c'est sûr
que nous allons gagner.
"Nous sommes
du côté de la vérité."
À ce moment-là, Paul
citait Camus encore,
un de ses auteurs préférés.
Une image
dans un débat comme ça,
c'était formidable.
[On voit des images
d'archives de PAUL DUBÉ,
ANGÉLINE MARTEL
et JEAN-CLAUDE MAHÉ
qui marchent à la sortie
de la cour.]
[NARRATRICE:]
Cette cause devient célèbre
sous le nom de cause Mahé.
Les codemandeurs,
Paul Dubé, Angéline Martel,
Jean-Claude Mahé
et l'Association
Georges-et-Julia-Bugnet,
défendent notamment
le droit des francophones
à gérer leurs écoles,
indépendamment de la commission
scolaire anglophone.
[Dans un vidéo d'archives,
on voit un jeune PAUL DUBÉ
qui parle.]
[PAUL DUBÉ:]
Tout ce qu'on veut,
c'est surtout
une déclaration de principe
disant que
les francophones ont droit
à exactement les mêmes choses,
les mêmes structures
administratives
que la majorité anglophone.
[NARRATRICE:]
En 1985,
les Franco-Albertains remportent
une première bataille.
La cour de première instance
reconnaît le droit
de la minorité
à l'instruction en français,
ainsi qu'un certain degré
de gestion par les francophones
de leurs établissements
scolaires.
Les codemandeurs
auraient pu s'arrêter là,
mais ils refusent de se
satisfaire d'une demi-victoire
et portent le jugement en appel
pour faire reconnaître
le droit des francophones
à la pleine gestion
de leurs écoles.
La cause Mahé se rend jusqu'à
la Cour suprême du Canada.
Ce n'est qu'en 1990,
après 8 ans de lutte,
que le jugement est rendu,
établissant un jalon important
dans l'interprétation
et la mise en application
des droits
des minorités linguistiques,
tels qu'ils avaient été décrits
par le fameux article 23
de la Charte
des droits et libertés.
[Dans un vidéo d'archives
d'une conférence de presse,
une jeune ANGÉLINE MARTEL
s'adresse aux médias.]
[ANGÉLINE MARTEL:]
Quand on est essaie
d'implanter un nouveau système,
on essaie de mettre en place
de nouveaux droits,
on part du principe pour voir
ce que l'on peut faire.
Le principe
est clairement établi.
Alors, ça, c'est une victoire.
Et on peut pas dire
le contraire,
parce qu'on n'avait rien
jusqu'à maintenant.
[ANGÉLINE MARTEL
s'adresse à des journalistes
à la sortie d'une cour.]
[ANGÉLINE MARTEL:]
C'est une journée merveilleuse!
On a gagné. [Émue] Ah...
Excusez-moi.
[MICHEL BASTARACHE:]
Heureusement, la Cour suprême
du Canada, dans cette affaire,
a eu une interprétation
très large et très généreuse
en se disant que la raison
pour laquelle
on avait adopté l'article 23,
c'était pour corriger
la situation.
Donc, il fallait être généreux
dans l'interprétation
parce que l'objet même,
c'était de changer le système
et de créer, finalement,
une opportunité
pour les francophones
de s'éduquer dans leur langue,
de maintenir leur culture,
et de participer pleinement
à la société
sans renoncer à ces valeurs.
[NARRATRICE:]
La décision de la Cour suprême
dans la cause Mahé
prend une dimension historique.
Les minorités linguistiques
peuvent désormais revendiquer
une éducation en français,
mais aussi la gestion de
leurs écoles partout au Canada.
[PAUL DUBÉ:]
Au milieu des années 90,
on comptait plus
de 630 écoles francophones,
31 conseils scolaires
et 150 000 à 160 000 élèves
qui avaient maintenant accès
à une éducation française
de langue première.
C'était quand même
des retombées importantes.
Quand on met ça
dans les communautés,
les petites communautés,
ça devient, en fait,
très, très important.
Donc, c'est une façon, en fait,
de revenir à sa francité
et de se redécouvrir francophone
et de ne plus avoir peur
de se dire francophone.
[PAUL DUBÉ,
STÉPHANE DUBÉ
et son enfant
sont assis à une table
à pique-nique.]
[PAUL DUBÉ:]
Est-ce que pour toi,
personnellement,
est-ce que c'est important,
est-ce que c'est nécessaire
qu'on poursuive ce désir
d'être francophone
dans un milieu
comme celui-ci?
[STÉPHANE DUBÉ:]
La langue française, pour moi,
c'est ma langue d'enfance,
tu sais, c'est la langue
qui me rattache à mes parents.
Comme exemple,
mon meilleur ami.
Philippe et moi, on se parle
presque uniquement en anglais,
sauf quand ça compte.
Quand on a quelque chose
d'important à se dire,
c'est en français
qu'on se parle.
[PAUL DUBÉ:]
Ça, ça, c'est un signe
très important.
[Texte informatif:] [Nouvelle-Écosse]
[NARRATRICE:]
Dans les provinces maritimes,
plusieurs batailles importantes
seront menées
par des groupes
de parents acadiens.
En Nouvelle-Écosse,
une bataille se met en place
pour que les Acadiens
obtiennent à leur tour
des écoles francophones.
Les parents demandent,
depuis le début des années 70,
des programmes en français
et un conseil scolaire.
Il existe déjà des écoles
primaires homogènes
dans certaines
régions francophones,
mais les écoles
secondaires mixtes,
avec peu de cours en français,
mènent à une assimilation rapide
chez les jeunes Acadiens.
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU,
parent demandeur
dans la cause Doucet-Boudreau,
témoigne.]
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU:]
Je me vois encore, là,
j'étais dans la cuisine,
puis j'avais mon tablier,
puis j'avais une grosse bedaine.
Pis j'étais toute excitée, on
allait avoir notre premier bébé.
Pis j'ai dit: "On est chanceux!
On est chanceux!
"À mesure
que notre enfant va grandir,
"ben, tu vois,
ça va aller très bien.
"Nos enfants vont finir à être
dans une école acadienne,
"une école française.
"Tout va être parfait!
"Eh ben qu'on est
'mosussement' chanceux
"de mettre un enfant
au monde en 81!"
Pis là, il y en a 2 autres
qui ont suivi par après.
Mon aînée, Lianne.
Ensuite, on a eu un petit garçon
qui s'appelle Émile.
Et notre troisième enfant
s'appelle Coralie.
Dans les 10 premières années,
le système scolaire avait
les écoles acadiennes
jusqu'en 6e année.
Ça, c'était correct.
Là, tout était en français,
tout allait bien.
Mais là, quand
mon enfant a commencé
à avoir 10 ans de vieille,
c'était beau, le début,
mais où ce qu'on avait le siège
arrière de l'auto, hein?
On avait le siège d'en avant
qui était parfait,
mais où est-ce qu'il y avait
notre siège d'en arrière?
Il était pas là.
[JEAN-LOUIS ROBICHAUD,
enseignant, témoigne.]
[JEAN-LOUIS ROBICHAUD:]
Pour comprendre
le point de départ
de toute cette histoire
en Nouvelle-Écosse,
je me réfère
à mon expérience personnelle.
En 1970,
j'ai commencé à enseigner à
l'école secondaire de la région.
Il y avait 1100 étudiants.
95% étaient acadiens,
parlaient le français.
Et dans cette école-là,
toute la programmation
se faisait en anglais,
sauf le cours de français.
Les mathématiques, par exemple,
on les enseignait en français,
mais à partir
d'un manuel anglais,
et les examens, les tests,
les devoirs étaient
faits en anglais.
À ma 2e année d'enseignement,
à la fin de l'année,
j'ai demandé
à la direction d'école
si on pouvait enseigner les
sciences humaines en français.
J'avais trouvé des manuels
qui correspondaient au programme
d'étude de la province.
On n'était pas
très chaud à l'idée,
mais on a accepté
de tenter l'expérience.
Il faut dire que les gens
ont eu très peur,
les autorités scolaires,
mais on a tenté l'expérience.
Les jeunes ont beaucoup aimé.
Ils étaient contents
de le faire comme ça.
Les résultats étaient
tous aussi bons
que lorsque ça se
faisait en anglais.
À ma grande surprise,
à la fin de l'année,
le bonhomme qui enseignait les
sciences humaines en 8e année
a dit: "Moi, j'aimerais
continuer en 8e année."
[MARIE-CLAUDE RIOUX,
directrice générale sortante
à la Fédération des parents
acadiens de la Nouvelle-Écosse,
témoigne.]
[MARIE-CLAUDE RIOUX:]
Et en 96, la Nouvelle-Écosse
n'avait toujours pas
un système d'écoles françaises
de la maternelle à la 12e année.
Les petites écoles
avaient le droit
d'avoir des écoles en français,
mais les écoles secondaires
étaient des écoles mixtes,
donc avec des cours en français
pis des cours en anglais.
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU:]
À un moment donné,
"provincialement",
on a formé le CSAP,
le Conseil scolaire
acadien provincial,
où nous, les parents qui étions
pour plus de français,
notre vision, c'était que tout
allait devenir en français.
Puisque c'était
un conseil provincial,
ils changeaient leur réunion
mensuelle de localité.
Alors, des fois, ils se
trouvaient au Cap-Breton,
d'autres fois,
disons à Antigonish
ou dans la région d'Argyle.
Et en novembre 96,
ils l'ont tenue à l'école
secondaire de Clare.
À la fin, ils ont dit: "On va
avoir des questions et réponses.
"Si vous avez quelque chose
que vous voulez nous poser,
"gênez-vous pas,
"c'est maintenant
le temps de le faire."
Alors, moi, je me suis levé la
main puis j'ai posé la question:
"Quand c'est que vous pensez
"qu'on pourra avoir
nos écoles acadiennes?
"Par ça, je veux dire
"lorsque toute la programmation
se passera en français."
Et la présidente m'a regardée
en pleine face et elle a dit:
"Je n'ai pas de
timeline
du tout à t'expliquer,
"parce qu'elle dit, en fin de
compte, on n'en a pas parlé."
Ben, pour moi,
c'était ben net et précis:
"On n'en a pas même parlé."
[NARRATRICE:]
Au moment où le conseil
scolaire acadien provincial
est fondé, en 1996,
les parents deviennent de plus
en plus conscients des droits
que leur confère l'article 23
parce qu'ils sont
au courant des causes
qui se déroulent
dans les autres provinces
et qui connaissent le succès.
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU:]
On pensait qu'à mesure
qu'une autre province ici
pis une autre province là
pis une autre province là
avait son éducation en français,
ben, on était rendu
qu'on était...
Nos écoles secondaires mixtes,
il n'y en avait plus, au Canada!
On en avait juste nous autres
en Nouvelle-Écosse!
Ben, on pensait qu'ils allaient
nous les enlever
pis ils allaient
nous donner ce qu'on voulait.
[JEAN-LOUIS ROBICHAUD
consulte des documents.]
[JEAN-LOUIS ROBICHAUD:]
Le 25 janvier 1999,
c'est-à-dire 3 ans après
la mise en place du CSAP,
on est encore
en train de demander
pour la désignation
d'une école homogène
avec une programmation
totalement en français.
[MARIE-CLAUDE RIOUX:]
Avant de commencer
officiellement mon emploi,
j'avais demandé de participer
à une conférence téléphonique
du conseil d'administration
pour voir la dynamique
du conseil, etc.
Pis ma présidente
m'avait répondu
de façon assez mystérieuse:
"Oui, je pense
que c'est une bonne idée.
"Pis tu risques d'aimer
cette réunion-là."
Alors, je me présente
à la réunion,
qui était par
conférence téléphonique.
Et c'était la réunion où la
Fédération des parents décidait
de poursuivre
le gouvernement en cour
pour obtenir
des écoles homogènes.
Donc, j'ai commencé
en plein dedans.
[Dans un vidéo d'archives,
on voit une jeune
MARIE-CLAUDE RIOUX
parler à un interviewer.]
[MARIE-CLAUDE RIOUX:] [Sur le vidéo d'archives] Moi, je travaille,
dans mon métier,
pour faire avancer la cause des
Acadiens de la Nouvelle-Écosse.
Parce que j'y crois pis je crois
qu'il faut qu'on avance.
On peut pas reculer, pis le
statut quo est pas acceptable.
42% d'assimilation!
[MARIE-CLAUDE RIOUX:]
Oui, le choix des demandeurs
a été quand même
relativement facile à faire,
parce que j'avais comme
premier avocat au dossier
Me Réjean Aucoin,
qui connaissait toutes
les régions acadiennes
de la Nouvelle-Écosse
et surtout les gens
qui habitaient ces régions-là.
Alors, c'est Réjean,
bien honnêtement,
avec lequel
j'ai fait la tournée,
qui identifiait les personnes
qui étaient susceptibles
d'accepter d'être codemandeurs.
Et c'est là où j'ai rencontré
pour la première fois
Glenda Doucet-Boudreau.
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU:]
La Fédération des parents
acadiens de la Nouvelle-Écosse
trouvait un demandeur
dans toutes les régions.
Ben, on en avait déjà une
dans la région de Clare,
on m'avait, moi.
Et j'ai été demander
à mon amie Alice Boudreau
de devenir
demanderesse avec moi.
J'ai pas vraiment réalisé
sur le coup combien ce que ça,
c'était important,
mais ç'a été très important.
Parce que la cour, là...
c'est gros, aller en cour.
L'avocat nous téléphonait:
"Bonjour, Glenda!
Comment ça va aujourd'hui?"
"Ben, ça va très bien." Et je
pensais: "Ah, d'autre travail!"
"Ça nous prendrait un document
"qui montre
telle et telle chose.
"En aurais-tu un de même?"
Puis là, on devait
aller trouver ça.
Ben, moi, je suis une maman
avec 3 enfants, là.
J'ai pas un beau bureau
avec des belles filières
avec une secrétaire qui vient
pis qui met tous
mes papiers en ordre.
Alors, des fois, il fallait
chercher pour des papiers.
Pis des fois,
ça prenait du temps.
[JEAN-LOUIS ROBICHAUD:]
Vous imaginez la paperasse
qu'on a générée
pendant toutes
ces années de lutte?
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU:]
Pis on a fait
du porte-à-porte.
On s'est donné une fin
de semaine à 5 personnes
à faire du porte-à-porte,
pour voir comment on pouvait
trouver de personnes
qui étaient d'accord
avec nous autres.
Ça fait que c'était
signer une pétition,
c'était une lettre qui disait
que ce serait correct
de donner à ceux qui veulent
leur éducation en français,
la chance de l'avoir.
Et on a eu au-delà
de 500 personnes
qui ont signé cette lettre-là
en fin de semaine.
On a vraiment essayé fort.
[JEAN-LOUIS ROBICHAUD
consulte une pile
de documents.]
[JEAN-LOUIS ROBICHAUD:]
Et ça continue.
Disputes, écritures, réunions...
[MARIE-CLAUDE RIOUX:]
Le CSAP était
responsable des écoles,
et le ministère
était responsable des cours.
Et les deux
se renvoyaient la balle.
Donc, on a décidé
d'emmener les deux en cour
pour régler la question.
[JEAN-LOUIS ROBICHAUD:]
L'école Jean-Marie-Gay,
c'était le lieu de rencontre
du comité de parents
de la Fédération des parents
acadiens de la Nouvelle-Écosse.
On a fini par se rencontrer là
pour réclamer des choses
du conseil scolaire
qu'ils étaient pas
d'accord de nous donner.
Alors, on faisait
une lutte au conseil scolaire
à partir de leur école.
Les problèmes fondamentaux
qui bloquaient l'obtention
d'écoles acadiennes,
il y avait
cette résistance populaire,
fondée peut-être
sur une ignorance des faits,
sur une méfiance.
Il y avait aussi
toute la structure,
que je dis politique.
Si on offre
les cours en français,
il faut développer
des programmes d'étude,
il faut développer
des instruments de mesure.
Ça faisait peur,
et franchement,
le ministère était
radicalement opposé à ça.
Le 3e élément
qui empêchait d'avancer,
ç'a été les politiciens locaux.
Devant une division
de la communauté comme ça,
ils ont choisi non pour
la raison, mais pour le bruit.
Et c'était les gens qui
s'opposaient à l'école homogène.
[MARIE-CLAUDE RIOUX:]
Quand on entame
une cause comme celle-là,
je pense que
la première chose à faire,
c'est de voir qu'est-ce
qui s'est passé ailleurs.
Le "ailleurs" était
très présent en Nouvelle-Écosse,
puisqu'il s'agissait
de l'Île-du-Prince-Édouard,
et la cause était
actuellement en cour.
On parle de la cause,
ici, Arsenault-Cameron.
Et on savait le prix que les
codemandeurs avaient eu à payer.
L'image officielle médiatique,
ç'a été la Fédération des
parents qui l'a prise en charge.
Donc, c'était beaucoup
ma présidente et moi,
puis ensuite, les présidents
qui se sont succédés,
qui intervenaient
devant les médias.
Donc, un message,
plutôt que les 6 codemandeurs.
Pis en plus, ben, nous,
ça les protégeait.
[Dans une foule,
une femme prend
la parole.]
[FEMME:]
Votre langage,
c'est pas notre langage!
Je parle acadien!
[La foule applaudit.]
[NARRATRICE:]
Partout au Canada,
les minorités
craignent la controverse
et s'inquiètent
de tout ce qui pourrait
modifier l'ordre établi.
En Nouvelle-Écosse,
le débat sur l'éducation en
français divise la communauté
et provoque beaucoup
d'évènements tumultueux.
[MARIE-CLAUDE RIOUX:]
On était
parfaitement conscients
que dans leurs régions
respectives,
et je sais que c'est le cas
pour Glenda entre autres,
que ç'a été
quand même difficile,
parce que dans les communautés,
les gens n'étaient pas en faveur
d'avoir des écoles françaises.
[Dans un vidéo d'archives,
GLENDA DOUCET-BOUDREAU
parle avec un interviewer.]
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU:]
Quand c'est une population
déjà à moitié assimilée
pis que tu
leur demandes:
"Est-ce que vous voulez
des droits davantage?",
des fois, ils ont
de la difficulté
à voir qu'ils
devraient dire oui.
[JEAN-LOUIS ROBICHAUD:]
Ç'a été vraiment pénible,
difficile, ardu, ç'a été dur.
[MARIE-CLAUDE RIOUX:]
Parce que
ce qu'on venait faire,
c'était de rompre un équilibre
qui était déjà fragile
au sein de la communauté.
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU:]
Il y a en eu,
de la grosse chicane.
[JEAN-LOUIS ROBICHAUD:]
Et la question
qui revenait toujours, c'était:
"Si on sépare les clientèles,
on brise la paix sociale."
Alors qu'on vivait
dans une situation
où il y avait
aucune paix sociale,
parce que c'était la dispute
sur une base quotidienne.
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU:]
C'était des Acadiens
qui disaient:
"Ben, on n'est pas en train
"de traiter
les Anglais correctement."
Puis nous, on disait:
"Ben oui, on veut traiter
les Anglais correctement.
"Il y aurait
une école française.
"Ceux qui veulent
aller à l'école française
"iront à l'école française.
"Il y aurait une école anglaise.
"Ceux qui veulent
aller à l'école anglaise
"iront à l'école anglaise."
[LIANNE BOUDREAU MALTAIS
se trouve au milieu
d'un corridor
dans une école.]
[LIANNE BOUDREAU MALTAIS:]
On est ici
à l'école secondaire
lorsque j'ai fait mes études.
Puis, ça, je me souviens, ici,
c'était comme la division,
avec le côté anglophone ici,
et puis, de l'autre côté,
le côté francophone.
Alors, ici,
c'était vraiment la ligne
qui divisait l'école en deux.
[JEAN-LOUIS ROBICHAUD:]
Une journée,
mon épouse est à la maison.
Quelqu'un a dit
qu'il y avait quelque chose
qui se passait
à l'école secondaire.
Elle arrive à l'école.
Un bonhomme
était venu à l'école,
avait incité
les élèves à sortir,
d'amener leur manuel de classe,
et on avait fait un gros feu
sur la pelouse
de l'école.
On brûlait
les manuels scolaires.
Et le conseil scolaire
n'avait même pas pensé
d'appeler la police!
C'était le bordel.
C'était vraiment le bordel.
[MARIE-CLAUDE RIOUX:]
Il y a eu des menaces de mort.
Il y a des sites web
qui ont été créés
avec des petites bombes
qui explosaient,
des messages
carrément diffamatoires
à l'endroit de ma présidence.
Ça prend des appuis.
Mon compagnon, mon mari, Rory,
a été le partenaire idéal.
Mais c'est quelqu'un
qui a fait de cette cause-là
la sienne également.
Quand j'arrivais, le soir,
il y avait un bon bain
chaud qui m'attendait.
Il préparait les repas.
Il a été d'une tolérance,
d'un appui considérables.
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU:] [Sur un vidéo d'archives] C'est juste un tout petit
groupe de parents
qui ne comprennent pas.
En réalité, c'est ça que c'est.
C'est un tout petit groupe.
La grande majorité des gens
comprend maintenant
que ça prend 2 écoles:
ça en prend une
pour les francophones
ça en prend une
pour les anglophones.
C'est juste
comme la religion!
[CORALIE BOUDREAU,
fille de
GLENDA DOUCET-BOUDREAU,
témoigne.]
[CORALIE BOUDREAU:]
Tout le monde savait
que j'étais la fille
de la femme qui faisait
tout ce travail-là.
Pis quand même si ma mère
était aucunement la seule
qui a travaillé
sur le cas de cour,
c'était son nom
qui était sur tout,
parce que tout va
en ordre alphabétique.
Et j'ai bien aimé être
à la fin de la liste
alphabétique des fois,
parce que ça faisait
qu'elle était plus connue
que tous les autres.
Alors, à l'école,
il y a toujours du
bullying.
Les enfants sont pas gentils.
Puis quand il y a un cas de cour
comme ça qui se passe,
ça fait les choses
plus difficiles.
Il y a certainement eu
plus de bullying
envers moi qu'envers d'autres,
probablement
à cause du cas de cour.
[MICHEL BASTARACHE:]
Les gens qui revendiquaient
ont eu raison
devant les tribunaux,
mais même ça,
c'était pas assez
pour légitimer
dans les yeux de tout le monde
l'action volontaire
qu'ils posaient.
Ce sont des volontaires qui
sacrifient beaucoup de temps
et beaucoup d'énergie
à essayer d'expliquer
leur point de vue.
Et ils doivent s'expliquer
non seulement
devant le gouvernement
et ses fonctionnaires,
mais devant la communauté
francophone elle-même.
[JEAN-LOUIS ROBICHAUD:] [Sur un vidéo d'archives] Il faut que
les écoles acadiennes
soient des écoles françaises.
Mais il faudra
qu'elles soient françaises
le jour où les parents
auront acquis l'expérience
qui leur permettra de l'assumer.
Et si on brusque les gens,
on risque de tout perdre.
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU:]
Pis là, il arrive la bonne
journée qu'on est en cour.
Puis ça, c'est vraiment gros.
L'avocat nous avait préparés,
mais c'est encore gros.
Puis les Acadiens, là, ils sont
doux, pis ils sont accueillants,
toujours gentils
envers des étrangers.
Puis l'avocat du ministère
et pis celui du CSAP,
ils étaient pas doux,
ces gens-là!
Pis quand ils demandaient
des questions...
Il y en a avait un, là, il...
[Elle soupire.]
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU:]
Tu pouvais voir dans ses yeux
qu'il nous aimait pas.
[MARIE-CLAUDE RIOUX:]
On a essayé à peu près
toutes les tactiques
pour nous faire lâcher prise.
Faut comprendre
que la Nouvelle-Écosse est
une province anglophone,
et donc que
les poursuites au civil
doivent se faire en anglais,
à moins que toutes
les parties y consentent.
La province
et le conseil scolaire
avaient tous les deux accepté
que la cause
se tienne en français.
La province a décidé
de changer d'idée
et a décidé de nous imposer
une audience en anglais.
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU:]
Et puis là, notre avocat avait
été ben strict avec nous,
pis il avait dit: "Il va essayer
de vous faire vous fâcher,
"puis vous devez pas
vous fâcher."
Ça fait que là, tu... [En riant] Ah, c'était difficile!
[MARIE-CLAUDE RIOUX:]
J'avais le bottin
des traducteurs pis je disais:
"J'ai besoin de votre aide.
"Pourriez-vous nous traduire
un pouce de documents?"
Ça se mesurait comme ça.
Pis ils disaient: "Aucun
problème. Envoie-nous ça."
Pis je leur disais: "Je suis pas
sûre si je peux vous payer."
"C'est pas grave,
ça nous fait plaisir.
"C'est pour la cause. On y va!"
Alors, ç'a été exceptionnel.
Comme quoi quand il y a
des grands défis,
il y a aussi
des grandes victoires,
une solidarité incroyable.
C'était des périodes de
montagnes russes constantes, là.
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU:]
Et à la fin, le juge,
il nous a regardés
et il nous a adressé
la parole directement,
et il nous a félicités
pour notre travail.
Il a dit qu'il comprenait que ça
avait été dur pour nous autres,
qu'on était en train
de regarder pour des droits.
Il nous a adressés
comme des simples parents:
"Vous avez jamais levé un matin
que vous vouliez venir en cour.
"Mais vous êtes
en train de défendre
"des droits pour vos enfants."
Même notre avocat, là, quand
on est sortis de là, il dit:
"Vous, là, vous savez pas,
"mais ça, ça se fait jamais,
jamais, jamais, là!"
Il dit: "Ça, c'est un bon signe.
Pis ça se fait jamais."
Pis il dit: "Le juge, là,
il vous a appréciés."
Ah, tu sais, on sort de là,
pis on marche... on marche...
on marche pas à terre,
on marche sur des nuages.
On était tellement contentes.
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU
est assise sur un fauteuil
avec un petit enfant.
Ils jouent avec un livre jouet.]
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU:]
Ah, maman, maman, le petit
requin est tout mélangé!
Qui a mélangé ça
de la pareille?
[PETIT ENFANT2:]
Moi.
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU:]
Toi?
Pourquoi tu l'as mélangé
de la pareille?
[MARIE-CLAUDE RIOUX:]
Le pire de la bataille,
on l'avait gagné.
Nous, on allait
d'abord et avant tout
pour avoir des écoles françaises
pour les Acadiens.
Le reste, cour d'appel,
Cour suprême,
c'était beaucoup plus se battre
pour une question de principe.
Ça faisait moins mal,
c'était moins lourd à porter
qu'en première instance,
où, là, c'était vraiment
la question
des écoles francophones,
programmation et écoles,
qui était l'enjeu.
[MICHEL BASTARACHE:]
L'affaire en Nouvelle-Écosse
est d'une très grande importance
parce que ce qui est arrivé là,
c'est que le juge a décidé,
de façon très claire,
que le gouvernement
devait construire
un certain nombre d'écoles.
Et là, le gouvernement
a tergiversé.
Les années passaient,
pis on était encore
au niveau de la planification,
puis ça finissait jamais.
Mais à chaque année,
on avait une classe
qui avait perdu, finalement,
son droit constitutionnel
à l'éducation dans sa langue.
[MARIE-CLAUDE RIOUX:]
On peut pas
repousser ça constamment.
Comment est-ce
qu'on peut empêcher ça?
Et c'est là qu'il a dit:
"Ben, on peut
peut-être demander au juge
"de garder juridiction
sur le dossier
"en utilisant l'article 24.
"Ça pourrait être
un genre de réparation
"pour s'assurer
que 23 soit respecté,
"que sa décision
soit respectée."
"Mais la province
aimera pas ça."
Évidemment, moi,
ça me faisait plaisir.
[Elle rit.]
[MICHEL BASTARACHE:]
Alors, ils forçaient
le gouvernement à comparaître
et à dire: "Voici où on est
rendus", et à s'expliquer.
Et s'ils étaient en retard,
ils pouvaient donner
d'autres ordonnances
pour les obliger à agir.
Alors, ç'a été contesté,
et cette affaire-là s'est rendue
jusqu'en Cour suprême du Canada,
où le jugement
a été très divisé,
mais où une majorité
a finalement accepté.
[MARIE-CLAUDE RIOUX:]
Mais la partie de l'exécution
de la décision a été très rapide
parce que le juge faisait
venir régulièrement
et la province et le CSAP
et leur demandait
de rendre compte des progrès
qui étaient faits
et nous demandait si on trouvait
que c'était satisfaisant.
Alors, il y a eu
2 ou 3 audiences,
si ma mémoire est bonne,
pis après ça, c'était
à notre satisfaction.
Et puis la décision
a été mise en oeuvre.
[MICHEL BASTARACHE:]
C'est une loi
qui oblige le gouvernement
à adopter des budgets,
à modifier ses lois,
à créer des institutions,
qu'il le veuille ou non.
Alors, les moyens juridiques
pour garantir
l'exécution des jugements
doivent être adaptés
à cette réalité.
Et c'est ça qu'on a obtenu
avec la décision
dans l'affaire Boudreau.
[JEAN-LOUIS ROBICHAUD:]
Et le jour
où on a divisé l'école
et que les Acadiens
ont eu leur école
et que ceux qui voulaient
une programmation anglophone
sont allés à l'école anglophone,
on a eu la paix sociale.
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU:]
Lianne, elle,
elle est devenue diplômée
de l'école secondaire
de Clare en 1999,
4 mois avant
d'aller en cour.
Émile, mon 2e enfant
dans la photo,
a été diplômé en juin 2001,
alors quatre mois
avant l'école homogène.
Et Coralie, ma plus jeune, là,
elle, elle est diplômée en 2003.
Enfin, une école homogène
française nouvellement rénovée.
Alors, de 3 enfants,
de la maman enceinte dans
sa cuisine qui dit à son mari:
"On est tellement chanceux!",
de 3 enfants,
il y en a une qui a pu graduer
dans une école complètement
homogène française.
[JEAN-LOUIS ROBICHAUD:]
À l'époque, lorsqu'on est
employé du ministère,
il est entendu, même si
on n'a jamais signé rien,
qu'on respecte la ligne
que le ministre
ou le sous-ministre ordonne.
Alors, à l'époque,
ben, il m'arrivait souvent
de ne point suivre la ligne
de ce que le ministre
ou le sous-ministre ordonnait.
Est-ce que ç'a eu un impact
sur ma carrière? Sûrement.
Mais... à long terme...
mes enfants ont eu
accès à l'éducation
que je voulais pour eux,
pis les générations
qui suivent aussi.
Et puis, je me dis, un jour,
lorsqu'on aura
des petits-enfants,
au moins, ils vont avoir accès
à ce système d'éducation.
[LIANNE BOUDREAU MALTAIS:]
Tout le monde sait
que je suis francophone.
Il y en a pas d'autres.
Quand même que
Hay River est perçue
comme étant
une communauté anglophone,
on a quand même une grande
population francophone.
Les patients
qui sont francophones
et pour qui c'est important
de parler en français
demandent pour avoir
des rendez-vous qu'avec moi.
Pis si je reconnais un nom
comme étant francophone
ou que je reconnais l'accent,
je vais demander à mes patients
s'ils préfèrent
qu'on change en français.
C'est une partie de qui je suis.
C'est ma culture. C'est moi.
Ça, je le vois jamais changer.
[MARIE-CLAUDE RIOUX:]
Au bout du compte, on sort
de là beaucoup plus forts
et beaucoup plus
conscients de qui on est
et du pourquoi c'est important
de préserver
notre identité francophone.
[MICHEL BASTARACHE:]
On a eu des études
scientifiques
qui nous ont permis de démontrer
que les enfants
dans des écoles homogènes
non seulement apprenaient
bien l'anglais,
mais qu'ils l'apprenaient mieux
que ceux qui se retrouvaient
dans des écoles d'immersion
ou des écoles bilingues.
Et la raison pour ça,
c'est que dans ces milieux-là,
on enseigne en français,
mais toute l'interaction
des enfants
puis l'interaction
avec l'administration
se fait en anglais.
Et, psychologiquement,
les enfants se rendent compte
qu'ils ont pas vraiment
besoin du français
pour socialiser,
pour s'intégrer,
pour fonctionner
dans la société.
Alors que dans
une école française,
ils sont dans
un milieu homogène.
Ils apprennent
à valoriser leur culture
et ils constatent
assez rapidement
qu'ils sont pas désavantagés
quand ils sont
ensuite mis en situation
où ils doivent interagir
avec les anglophones.
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU:]
J'en ai deux petits-enfants.
Alors, les deux vont avoir ça.
Dans quelle sorte d'école
qu'ils vont rentrer?
Pas une qui est divisée en deux
puis qu'il y a
des anglophones d'un côté
puis qu'il y a des francophones
de l'autre côté.
Ils vont avoir une école
acadienne française
de maternelle à douze.
Il en est pas question.
Ils sont là.
Il y a pas de chicane.
C'est de même que ça marche.
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU
se promène en forêt
avec ses enfants
et petits-enfants.]
[JEAN-LOUIS ROBICHAUD:]
Alors, il y a eu
beaucoup de victoires.
Mais à la fin,
c'était une victoire réelle
parce qu'on avait obtenu
ce à quoi on avait droit.
Puis on y avait droit
depuis longtemps.
C'est peut-être
la partie négative
de toute cette histoire.
C'est quand on pense
que dans notre région,
l'école homogène,
au niveau secondaire,
arrive vers l'an 2000,
alors que la Charte
date de 1981,
pis qu'on avait dû se traîner
devant tous les tribunaux
et tous les ministres
et tous les ministères...
pour quelque chose
qui était disponible
et qui aurait dû avoir lieu.
[NARRATRICE:]
La Nouvelle-Écosse
a gagné ses écoles,
et les voilà maîtres chez eux.
Mais la lutte n'est pas terminée
pour les francophones
hors-Québec,
et elle se continuera
dans plusieurs provinces,
avec toujours de nouveaux enjeux
autour de ce fameux article 23.
[JEAN-LOUIS ROBICHAUD:]
Les gens sont beaucoup
plus fiers de qui ils sont
depuis cette époque-là.
Maintenant, c'est difficile
de trouver des gens
qui nous diraient
qu'ils se sont opposés.
[GLENDA DOUCET-BOUDREAU:]
Ils ont tous perdu la mémoire.
Si vous allez sur la rue
et que vous commencez
à leur parler,
tout le monde va vous dire:
"J'étais pour
les écoles acadiennes
"et c'est formidable,
on les a et tout va bien!"
[Générique de fermeture]