Image univers La Petite Mosquée dans la prairie Image univers La Petite Mosquée dans la prairie

La Petite Mosquée dans la prairie

La Petite Mosquée dans la prairie décrit avec humour le quotidien d´une communauté musulmane dans le Saskatchewan.

Partager

Afin de visionner le contenu, il est nécéssaire d'installer un plugin

https://get.adobe.com/flashplayer/

Service public

Après une teinture un peu trop voyante, Layla décide de porter le hijab chez elle pour que son père ne remarque rien. Mais rapidement, il doute de ses motivations. Pendant ce temps, Dave Sharp, le patron de la chaîne de télévision publique de la ville, propose à Amaar d’animer une émission sur l’Islam. Ce dernier est contrarié quand il apprend que la chaîne a des quotas ethniques et qu’un rabbin anime une émission semblable…



Année de production: 2007

Accessibilité
Déterminer le comportement de la visionnneuse vidéo:

VIDÉO TRANSCRIPTION

AMAAR termine son sermon du vendredi devant la communauté à la mosquée de Mercy.


AMAAR

Enfin, je ne peux pas

terminer sans remercier

nos voisins non musulmans.

Car on ne peut organiser

de journée portes ouvertes

sans la participation

de toute la communauté.

Ce qu'apparemment on a réussi.


L'assemblée se lève. BABER s'approche d'AMAAR.


BABER

La meilleure des journées

portes ouvertes, Amaar.


AMAAR

On n'a eu aucun visiteur.


BABER

Mais oui, précisément.


Un étranger approche AMAAR.


DAVE

Pardon, excusez-moi.

Vous êtes le...


AMAAR

L'imam! Oui.

Bienvenue à la mosquée de Mercy.

Vous avez aimé le sermon?


DAVE

Oh... Non. Je viens d'arriver.

Je voulais pas me taper

tout le...


AMAAR

Oui...


DAVE

(Montrant sa carte)

Je suis Dave Sharpe,

le directeur d'antenne

pour la chaîne 96.


AMAAR

Je ne savais pas que Mercy

avait sa chaîne sur le câble.


DAVE

Eh oui.

On nous le dit souvent.

Bref. Accepteriez-vous

d'animer une de nos émissions?

Voilà le concept...

Quelque chose en rapport

avec les musulmans.


AMAAR

Quelque chose en rapport

avec les musulmans?

Ça, c'est du concept.


DAVE

On travaille encore

sur le titre.

C'est provisoire. Qu'en

dites-vous? Vous vous sentez

de nous faire quelque chose...

d'hypra musulman?


AMAAR

Je peux faire de l'hypra

musulman, oui.

À vrai dire...

Ça pourrait être

très important, oui.

Vous savez, c'est courageux

de faire ce genre d'émissions

vu le climat politique actuel.


DAVE

Exact. Oui, on a aussi

nos quotas ethniques

et notre juif a démissionné.


AMAAR

Ah... Parfait.

C'est flatteur. Hypra flatteur.


Générique d'ouverture


Titre :
La petite mosquée dans la prairie Service public


Au restaurant de FATIMA, RAYYAN et SARAH sont assises au comptoir. AMAAR entre et avance vers elles.


RAYYAN

(S'adressant à AMAAR)

Hé! J'ai entendu la nouvelle,

monsieur la vedette de la télé.


AMAAR

Wow! Vedette de la télé.

Plutôt personnalité des médias.

Expert! Oui, vedette de la télé,

c'est bien.


SARAH

Alors, Amaar, quel va être

le sujet de l'émission?


AMAAR

Vous savez, quelque chose

en rapport avec les musulmans.


RAYYAN

Wow! Ça paraît très... vague.


SARAH

Si vous permettez, en tant que

chargé de relations publiques,

je connais les arcanes de la télé.

Quel va être votre angle d'attaque?


AMAAR

Je penche pour une réflexion

profonde et sensible sur l'islam

et la spiritualité contemporaine

et dans une ambiance

accessible et reposante.


SARAH

Pas terrible comme attaque.


RAYYAN

Sauf si on s'attaque

à la télécommande pour changer.


AMAAR

J'apprécie votre contribution.

Enfin, je crois... Je suis déjà

passé sur une chaîne nationale.

Je pense pouvoir gérer

une chaîne locale.


RAYYAN

Quand êtes-vous passé

sur une chaîne nationale?


Le souvenir du moment où AMAAR a attrapé une balle pendant un match des Blue Jays de Toronto défile. Le moment ayant été télédiffusé.


AMAAR

(Attrapant la balle)

Oui! Oui!


AMAAR, RAYYAN et SARAH poursuivent leur conversation.


RAYYAN

Oh, un vrai petit

Philippe Gildas.


AMAAR

Hé, Gildas n'aurait jamais

rattrapé cette balle.


LAYLA, la fille de BABER est dans le jardin devant son école. Une amie, BRANDY, vient la rejoindre pendant que d'autres étudiants discutent par petits groupes.


BRANDY

(Parlant d'une autre fille)

Je hais cette Kelly Parker.


LAYLA

Vraiment? Moi,

je veux ses cheveux.


BRANDY

Elle les teint.


LAYLA

C'est pas vrai?


BRANDY

Je pourrais teindre

les tiens, tu sais?


LAYLA

Tu rigoles! Mon père ferait

une attaque si je les teignais.

Il a fait une attaque quand

j'ai commencé à les coiffer.


BRANDY

Juste un balayage léger.

Ton père n'y verra que du feu.


Une autre fille se joint à LAYLA et son amie.


AUTRE FILLE

Salut! Ça va, les filles?


KELLY PARKER passe devant elles.


AUTRE FILLE

Je hais cette Kelly Parker.


L'autre fille s'en va.


LAYLA

(S'adressant à son amie)

Personne ne m'a jamais

détestée comme ça.

Allez, on va les teindre!


AMAAR et DAVE sont au studio de télévision locale.


AMAAR

(Parlant du mur derrière lui)

Je crois qu'on a

un problème, là.


DAVE

Hum?


Sur le mur, derrière un lutrin où AMAAR fera son élocution télévisuelle, une ménora est surmontée des mots : Judaism Journal.


DAVE

On n'a pas le budget pour

un nouveau décor.

C'est pas un drame. Hein?


AMAAR

Peut-être, mais ça peut prêter

à confusion parce que...


DAVE

(Marchant vers la caméra)

Trois, deux...


AMAAR

Non, non, mais il y a écrit...


Un signal sonore annonce le début de l'enregistrement.


AMAAR

(S'adressant aux auditeurs)

Assalamu alaykum.

Bonjour, et bienvenue

aux Horizons islamiques.


Un thème musical klezmer démarre et une vignette apparaît, on peut y lire Judaism Journal. AMAAR reste sans voix.


AMAAR

Euh... Oui.

Ceci est un programme spirituel

d'un nouveau genre.

Pourquoi? Parce que je ne suis

pas là pour vous parler.

Je suis là pour parler

avec vous.

Tout d'abord, mettons-nous un

peu plus à l'aise. N'est-ce pas?


AMAAR quitte le lutrin et s'assoit sur une chaise qui grince. Une fois encore AMAAR s'interrompt quelques secondes.


AMAAR

L'islam est une religion

qui repose sur...

L'islam...


À chacun de ses mouvements sur la chaise, un petit grincement se fait entendre, l'enthousiasme d'AMAAR s'estompe à chaque grincement.


AMAAR

L'islam...


Après un autre grincement, AMAAR retourne derrière le lutrin.


AMAAR

L'islam est une religion

qui repose sur des piliers.

À la différence du fauteuil

sur lequel je suis assis.

Sur lequel j'étais

censé m'asseoir.


LAYLA est chez elle avec BRANDY. Elle porte un bonnet sur la tête, pour la teinture.


LAYLA

J'espère qu'on n'a pas

dépassé le temps de pose.


BRANDY

C'est de l'eau oxygénée.

C'est pas grave

si ça pose longtemps.


LAYLA

Bien sûr que si.


BRANDY

T'es sérieuse?


LAYLA se regarde dans le miroir après avoir rincé ses cheveux. De grandes mèches blondes délavées parsèment sa chevelure noire.


LAYLA

Va-t'en d'ici, Brandy.


BRANDY

J'aurais peut-être mieux fait

de m'entraîner sur une poupée.


LAYLA

Tu ferais mieux de disparaître

tout de suite.


LAYLA est découragée.


Dans le studio d'enregistrement télévisuel, AMAAR conclut son émission en regardant sa montre.


AMAAR

Et voilà pourquoi...

je pense que les Roughriders

peuvent gagner cette saison.

Voilà. C'est tout pour aujourd'hui.


AMAAR appuie ses bras sur le lutrin qui descend sur son pivot télescopique.


AMAAR

Et j'ai hâte...


AMAAR tente de relever le lutrin et toutes ses fiches tombent sur le sol.


AMAAR

... de vous retrouver...

sur Horizons islamiques.


Le thème klezmer revient avec la vignette du Judaism Journal. AMAAR fait un sourire niais, tellement il est dépassé par les événements.


DAVE

Et on coupe!


AMAAR

C'était quoi, ça?

Vous m'aviez dit que ça devait

durer 30 minutes.


DAVE

J'ai dit ça?

Je voulais dire 60.


De retour à la mosquée, AMAAR croise le RÉVÉREND MCGEE qui change de direction en l'apercevant.


AMAAR

Révérend McGee.


RÉVÉREND MCGEE

Oh...


AMAAR

Vous avez vu l'émission?


RÉVÉREND MCGEE

Euh pourquoi?

L'émission, c'était aujourd'hui?


AMAAR

Je vous ai envoyé

un mail à ce sujet.

Et vous m'avez dit «Bonne

chance pour l'émission.»

quand je suis parti au studio.


RÉVÉREND MCGEE

Vous... Vous savez quoi?

Cette chaîne ne fait pas partie

de mon bouquet satellite.

Je ne regarde pas

vraiment la télévision.

Je n'ai pas de télé.

Il faut que je file.


Le RÉVÉREND s'éloigne en sifflotant l'air du thème musical klezmer.


AMAAR entre dans la salle de prière où BABER est justement en train de se relever.


AMAAR

Assalamu alaykum, frère Baber.


BABER

Alaykum salam.

J'ai vu votre émission

sur ma télé.


AMAAR

C'est vrai? Qu'est-ce que

vous en pensez?

Personne n'ose me dire

la vérité.


BABER

Bien, moi, j'ose.

C'était terrible.


AMAAR

Vraiment?

Bon, je sais j'ai un peu ramé

à la fin-


BABER

Vous avez ramé dès le début.


AMAAR

Vous n'avez pas trouvé

ça éclairant?


BABER

J'ai trouvé ça «obscurant».


AMAAR

Je pense que vous maîtrisez

mal notre idiome.


BABER

C'est vous l'idiome.

Vous pouvez pas parler une heure

dans le vide et espérer

que les gens vont vous écouter.


AMAAR

Ce n'est pas si différent

de ce que je fais ici.


BABER

C'est vous qui l'avez dit,

pas moi.


LAYLA parle au téléphone à BRANDY. Elle porte un hijab.


LAYLA

Ça va, Brandy.

Je crois savoir comment

contourner le problème.


La porte d'entrée se ferme.


LAYLA

Il faut que je raccroche.


BABER entre et aperçoit sa fille portant le hijab.


BABER

Hamdoulila!

Enfin, tu te décides

à porter le hijab.


LAYLA

T'arrêtes pas de me dire

de le porter.

J'ai eu envie de faire un essai.


BABER

Ah! Je suis si fier de toi.

Ce soir, on dîne dehors.


LAYLA

On devrait rester à la maison.

On l'a achetée après tout.

Autant l'utiliser.


BABER

C'est grotesque!

Comment les gens sauront-ils

que tu es enfin devenue humble

si on ne te montre pas

partout? Allez!

Viens. Viens, viens.

Ha, ha!


AMAAR marche à l'extérieur de la mosquée et croise SARAH et RAYYAN.


AMAAR

Génial! Je voulais

vous parler.


SARAH

Oh, je savais que ça

arriverait.

Vous avez raison

de venir me voir.

La télévision

est un monde cruel.


AMAAR

En fait, je voulais

parler à Rayyan.


SARAH

Comme j'ai dit: l'approche,

l'accroche et accrochez!


AMAAR

(S'adressant à RAYYAN)

Euh... Dites, vous voulez être

mon invitée à la prochaine?


RAYYAN

Oh, je sais pas trop.

La télé, c'est pas mon truc.


SARAH

Le machin, le truc, le bidule.


AMAAR

Évidemment, ce serait

juste pour une fois.


SARAH

Un machin bidule

chouette du genre...

«En direct de la Mecque»...

«Les musulmans

parlent aux musulmans»...


AMAAR

Personne ne sera en direct

de la Mecque. Vous acceptez?


RAYYAN

D'accord, je viendrai

sur l'émission.

Mais c'est juste pour ne pas

avoir à la regarder.


SARAH

Oui! Mon bébé

va passer à la télé.


BABER et LAYLA font leur entrée au restaurant de FATIMA.


BABER

(S'adressant à FATIMA)

Qu'est-ce que vous en dites?

Elle porte bien le hijab, non?


LAYLA

Arrête!


BABER

Tout le monde dit adieu

aux oreilles de Layla.

Elles sont parties pour de bon.


FATIMA

Moi, je trouve qu'il est

superbe, Layla.

Et d'un seul coup, tu as

l'air d'une... d'une adulte.


BABER sort de la salle à manger et FATIMA profite du moment pour interroger LAYLA.


FATIMA

(Parlant tout bas)

Bon, alors qu'est-ce que tu as?


LAYLA

Rien. J'ai pensé

que le moment était venu

pour moi d'accepter

mes origines.


FATIMA n'est pas dupe, elle soulève légèrement le foulard et voit les mèches blondes dans la chevelure de LAYLA.


FATIMA

Et camoufler

ton horrible teinture!


LAYLA

Attends, écoute. Tu ne dois

rien dire à mon père.


FATIMA

Layla, pour ton père,

c'est une histoire sérieuse

et très importante.

Quand tu ne le porteras plus,

il va être effondré.


LAYLA

Bien sûr. Donc,

tu ne lui diras rien.


À la radio locale, FRED TUPPER parle au micro pour son émission quotidienne.


FRED

À mon époque,

les chaînes locales

se résumaient à deux choses:

une grosse dondon

qui faisait du yoga

et pendant les Fêtes de Noël,

une cheminée.

Mais cette pâtée pour chien!

J'ai vu des vidéos

d'entraînement d'Al Qaïda

de bien meilleure qualité.

Et en plus de ça, vous avez vu.

Le titre appelle à la mosquée,

mais le mur du fond parle

de synagogue.

Comment savoir si nos juifs

et nos musulmans

n'ont pas conclu une espèce

d'alliance contre nature?


AMAAR entre dans son bureau et entend les propos de FRED à la radio.


FRED

(Parlant à la radio)

Oh, ce serait pas

la première fois.

Enfin, peut-être que si,

mais quand même.


AMAAR se dépêche de fermer son poste de radio.


YASIR est debout dans le cadre de la porte.


YASIR

(S'adressant à AMAAR)

J'ai l'impression

que vous avez besoin

d'un nouveau décor, frère Amaar.


AMAAR

Il y a pas de budget

pour un nouveau décor.


YASIR

Oh, mais c'est pour ça que je

vais vous en faire un gratuit.


AMAAR

Gratuit gratuit

ou gratuit à la Yasir?


YASIR

Gratuit. Mais étant de facto

le «sponsor» de l'émission,

un sympathique petit merci

au début du «show»

serait le bienvenue.


AMAAR

Je ne suis pas sûr

que ce soit convenable

pour une émission sur l'islam.


YASIR

C'est mieux avec une ménora?


AMAAR

D'accord.

Et votre nom au générique,

à la fin de l'émission?


YASIR

Conclu.


AMAAR

Génial!

Alors, voilà ce que j'ai en tête.


AMAAR sort une tablette de son tiroir.


AMAAR

Un truc à la CNN avec

des panneaux coulissants

et sur les panneaux

coulissants, il y aurait...


YASIR

Un poste de télé.

Très bien!


AMAAR et YASIR sont au studio. DAVE entre avec un nouveau fauteuil.


DAVE

Joli décor.


YASIR

Merci.


AMAAR

(S'adressant à YASIR)

Est-ce que c'est moi

ou est-ce que

c'est légèrement moins élaboré

que ce qui était convenu?


Sur un panneau, les mots : Islamic Horizons sont écrit, sans rien d'autre.


YASIR

C'est pas encore fini.


AMAAR

Vous avez dit:

«Considérez que c'est fait.»


YASIR

Ce que vous ne faites pas.

Donc, si quelqu'un ne respecte

pas le contrat, c'est vous.


YASIR tend une tasse à AMAAR. La tasse porte le logo de sa compagnie avec son nom YASIR HAMOUDI écrit dans le logo.


AMAAR

(Lisant les mots sur la tasse)

Constructions Hamoudi?

Yasir, vous n'avez pas mentionné

ceci dans notre accord.


YASIR

(Versant du liquide dans la tasse)

Ah oui? Avais-je

mentionné me lever

à 7h du matin pour

balayer la sciure?


RAYYAN entre dans le studio à ce moment.


RAYYAN

Euh...

Dites-moi, Amaar, est-ce que

j'ai mis trop de mascara?

Je crois que j'ai mis

trop de mascara.


AMAAR

Oh... Ça se voit même pas

que vous avez mis du mascara?


RAYYAN

(Se tournant vers DAVE)

Oh! J'ai pas mis

assez de mascara.


DAVE

Dix secondes.


AMAAR

Allons, ne soyez pas

nerveuse comme ça.


Deux fauteuils sont posés côte à côte. Il n'y a plus de lutrin. AMAAR s'assoit et RAYYAN aussi. AMAAR tient sa tasse avec le logo bien visible.


AMAAR

Détendez-vous et

laissez-vous guider.


RAYYAN

D'accord. Je vais essayer.


DAVE

Dans 3... 2...


Le signal annonce le début de l'enregistrement.


Une musique arabe accompagne la vignette Islamic Horizons.


AMAAR

Assalamu alaykum.

Bienvenue à nouveau

à Horizons islamiques.


AMAAR boit une gorgée et pousse un cri de douleur. RAYYAN prend le relais pendant qu'AMAAR se penche en se tordant sur sa chaise.


RAYYAN

Bonjour, je suis

Rayyan Hamoudi.

Au... cours de cette émission,

nous allons étudier de plus près

la vie quotidienne

des musulmans.


AMAAR

(Se tournant en marmonnant)

Sérieusement, j'ai mal!


À la sortie des classes, LAYLA semble avoir gagné en popularité. Elle affiche maintenant ses mèches blondes, sans gène.


ÉTUDIANTE

À plus!


BRANDY sort de l'école et rejoint LAYLA.


BRANDY

Je t'avais dit

que ça rendait bien.


LAYLA

Je n'ai jamais dit

que c'était moche,

mais que mon père disjoncterait.


BRANDY

Et alors?


LAYLA

Au contraire. Je porte

le foulard chaque fois

que je suis à la maison

et il nage en plein bonheur.


BRANDY

(Parlant de KELLY PARKER)

Oh, vise-moi ça.

Voilà Mlle Regardez-moi.


KELLY

(S'adressant à LAYLA)

J'adore tes nouvelles mèches.


BRANDY

Oh, j'y crois pas!

Elle est trop gentille.


LAYLA

Oui!


Pendant l'émission, AMAAR soulage sa langue avec des morceaux de glace, pendant que RAYYAN s'adresse aux auditeurs.


RAYYAN

Il peut être si

difficile à notre époque...

de prendre le temps

ou bien de réunir

l'argent pour

le pèlerinage à la Mecque.

Nous sommes tous si débordés.


AMAAR

(Crachant un morceau de glace)

Oui... mais...

Le hadj est l'un des palais

fondamentaux de notre foi.


RAYYAN

Pilier.


AMAAR

Quoi?


RAYYAN

(S'adressant à AMAAR)

Un pilier de notre foi.

Vous avez dit «palais».

Ou peut-être vous pensiez au

palais brûlé de votre bouche?


AMAAR

Je...


DAVE

On enchaîne.


RAYYAN

(S'adressant à l'auditoire)

Voilà. Et ce sera tout pour

l'émission d'aujourd'hui.


AMAAR

Mais c'est à moi de dire ça.


RAYYAN

(Se levant)

Donc, merci de nous

avoir rejoints

aujourd'hui sur Horizons

islamiques. Mashallah!


AMAAR

(Se levant aussi)

Mais sans plus attendre,ma pensée du jour.


DAVE

Et on coupe!


AMAAR

Oh, c'est pas vrai!


DAVE

(S'approchant de RAYYAN)

Dis donc, vous avez été extra.

Bien meilleure que ce qu'on voit

sur cette antenne en général.

Vous voulez coanimer l'émission?


RAYYAN

Je... J'accepte.


DAVE

Génial!


AMAAR

Hé hé...

Un seul présentateur suffit.


DAVE

Ah... Alors, j'engage

la petite.


AMAAR

D'accord.

Non, deux, c'est mieux.


RAYYAN se tourne vers AMAAR avec un regard exprimant le doute.


BABER et LAYLA discutent pendant le repas, à la maison.


BABER

Quand Amaar a dit:

(Imitant AMAAR)

«Je me suis

brûlé la langue...»


LAYLA

Pauvre Amaar!

Est-ce qu'il va bien?


BABER

Je crois que tu n'as pas

compris la chute de l'histoire.

Tu sais, Layla,

tu n'es pas obligée de porter

le hijab ici à la maison.


LAYLA

C'est pour m'y habituer.

Je l'enlèverai plus tard.


À un autre moment, LAYLA fait des exercices en gardant son hijab. BABER passe près d'elle.


BABER

Tu devrais peut-être

le mettre à laver.


LAYLA sort son foulard du sèche-linge. BABER passe et la remarque. Elle porte une serviette enroulée autour de la tête.


LAYLA

C'était une bonne idée.


BABER commence à douter de sa fille. Plus tard, il accompagne sa fille en voiture à l'école.


LAYLA

(Saluant son père)

Merci de m'avoir accompagnée.


BABER

Je t'en prie. Bonne journée.


LAYLA fait quelques pas dans l'allée qui mène à l'école et se retourne pour voir son père partir, mais celui-ci roule très lentement pour guetter les agissements de sa fille. Après s'être convaincu qu'il n'y a rien, BABER poursuit son chemin. Aussitôt qu'il est hors de vue, LAYLA retire son foulard.


Au restaurant de FATIMA, RAYYAN et AMAAR prennent un petit dessert au comptoir.


FATIMA

(S'adressant à RAYYAN)

Voilà.

Miss célébrité.

Qui aurait pu penser

que je connaîtrais

une telle vedette

de la télévision?


AMAAR

Et moi alors?


FATIMA

Oui, vous la connaissez aussi.


RAYYAN

Merci, Fatima.

Tu gardes les cartes et les

lettres hein, s'il te plaît.


AMAAR

(Intrigué)

Vous recevez des cartes

et des lettres?


RAYYAN

Oh non, pas vraiment.

Juste quelques emails.

Une demi-douzaine, pas plus.

Qu'est-ce qu'il y a?


AMAAR

Rien. Absolument rien.

J'aurais préféré que vous

m'en parliez avant d'accepter

de coanimer.


RAYYAN

Je savais pas que j'avais

besoin de votre bénédiction.


AMAAR

Pas une bénédiction.

Plutôt une... permission.


SARAH entre dans le restaurant en hurlant.


SARAH

Ah! Elle est là! Oh!

(Embrassant RAYYAN)

Oh, tu as été parfaite,

hier, ma chérie.

Juste parfaite!


RAYYAN

Oh, maman...


SARAH

Ceci dit...

tu devrais t'arranger

pour t'asseoir à gauche

pour montrer

ton meilleur profil.


RAYYAN

Oh, je ne savais pas

que j'avais un mauvais profil.


SARAH

Si! Et aussi, chérie...

Il faut faire un peu attention

parce que tu butes sur les «P»

dans certains mots.


AMAAR

Oui, c'est vrai.


RAYYAN accepte difficilement la critique.


Plus tard, BABER discute avec FATIMA au restaurant.


BABER

Elle ne l'enlève jamais

à la maison

et je la soupçonne de ne pas

le porter ailleurs.

Aujourd'hui, à l'école, elle a

bien attendu que je m'en aille.


FATIMA

Moi, j'attends toujours

que tu t'en ailles.


BABER

Qu'est-ce qu'elle peut

bien cacher?

Elle s'est fait

percer les oreilles?

Un suçon. Un suçon percé.


FATIMA

Oh ça suffit, tu es trop bête.

Elle s'est juste décoloré

les cheveux.


BABER

Quoi?

Ma fille chérie,

elle s'est maquillé la tête

comme un vulgaire camion?


FATIMA

Ne fais surtout pas

quelque chose de stupide.


BABER

Il est de mon devoir de faire

quelque chose de stupide.


AMAAR approche de RAYYAN qui relit des notes, dans le studio de télé.


AMAAR

Assalamu alaykum.


RAYYAN

Alaykum salam.


AMAAR

À propos de ce matin,

j'ai été... stupide.


RAYYAN

Et qu'est-ce qui a changé

depuis le déjeuner?


AMAAR

En fait, je suis très

heureux que...

Ce que je veux dire,

c'est que je vois bien

que vous apportez

un certain «truc»

à tout ce... truc.

Voilà. Je l'ai dit.


RAYYAN

Je suis pas sûre

que vous l'ayez dit,

mais j'accepte vos excuses.


YASIR entre dans le studio et dépose une casquette à l'effigie de sa compagnie sur la tête d'AMAAR.


YASIR

Vous, vous faites du «L».

(Constatant que la casquette est à la bonne taille)

C'est ça?

Oh... C'est ça.


AMAAR

Encore un logo? Non!


YASIR

Quoi? Vous préférez du médium?


RAYYAN

Papa, je crois qu'il dit non

à la casquette en général.


YASIR

Donc, on est d'accord.

On commence avec

la casquette et on voit

si ça marche.

(Chuchotant à AMAAR)

À elle, je lui en ai pas

donné, car c'est vous la star.


DAVE

Vingt secondes!


Pendant l'émission, AMAAR porte la casquette, son visage est masqué par l'ombre créée par la visière. RAYYAN parle et AMAAR écoute.


RAYYAN

Certes, pour les non-musulmans,

ça peut sembler excessif

de prier...


SARAH et YASIR sont dans le studio. SARAH fait de grands signes à RAYYAN.


SARAH

(Chuchotant)

Sourire! Sourire!


RAYYAN

... cinq fois par semaine...

Je veux dire, par jour.


AMAAR

Oui, mais ils voient la salat

comme une interruption.

Pff! Une seconde.


AMAAR retire sa casquette.


RAYYAN

Euh... Oui.

Il est important

d'être conscient

de ne jamais oublier de...


SARAH continue de faire des grands gestes, ce qui perturbe le discours de RAYYAN.


RAYYAN

Je ne... Je n'ai...

... Nez? Non...

Cercle... Un grand cercle. Quoi?


DAVE

Et on coupe!


AMAAR

(Se levant, outré)

Mais pourquoi je me soucie

même d'avoir une pensée du jour?


DAVE

(S'adressant au groupe)

Bon, écoutez...

Je veux pas jouer

les rabat-joie, ça, c'est sûr,

mais vous n'avez pas

vraiment fait d'efforts.


SARAH

Et une émission avec

des appels d'auditeurs?


DAVE

C'est une grande idée!


SARAH

Je peux être la productrice.


DAVE

Oh, ça me botte, ça!


SARAH

Oui!


AMAAR

(S'adressant à RAYYAN)

C'est moi ou ce type prend

ses décisions à la va-vite?


Le lendemain, BABER marche avec LAYLA jusqu'à l'école, la raccompagnant jusqu'à la porte.


LAYLA

Merci encore de m'avoir

accompagnée.


BABER

Mais c'est un plaisir.


LAYLA

Et voilà. C'est la porte.

Je crois que je peux

continuer seule, hein.


BABER

Bien sûr que tu peux.

Tu es très intelligente.

Une fille futée,

rusée et maligne.


LAYLA

Je vais ouvrir

la porte maintenant.


BABER

Bien oui. Sauve-toi.

Va voir tes amies.

Avec ton hijab.


LAYLA

D'accord. Pourquoi tu es venu?


BABER est devant la classe de LAYLA et s'adresse au groupe.


BABER

Bonjour, les enfants.

Je suis votre intervenant

extérieur de la journée.

Je suis économiste.

Qui peut me dire

ce que c'est, hum?

Vous, là-bas,

avec le charmant

couvre-tête traditionnel.


LAYLA

Quoi?


BABER

Non? Je vais donc

vous expliquer.

L'économie, comme vous

le savez...


KELLY

(Chuchotant dans la classe)

Layla, j'adore ton foulard.

Tu l'as trouvé où?


LAYLA se retourne en souriant.


BABER

L'économie est une

vaste toile limitée seulement

par notre imagination et la loi

de l'offre et de la demande.


C'est le moment d'un nouvel enregistrement de l'émission Horizons islamiques. SARAH suit RAYYAN en tenant un écritoire, un chronomètre et elle porte un casque de communication.


SARAH

Souviens-toi chérie. Tu dois

regarder «dans» la caméra

et pas «vers» la caméra.


RAYYAN

Je ne sais même pas

ce que ça veut dire.


YASIR de son côté apporte un téléphone et discute avec AMAAR.


YASIR

On peut pas avoir

d'appels sans téléphone.

Et on peut pas avoir

un téléphone sans piédestal.


AMAAR

Oui, mais comment

on explique ce décor?


YASIR a ajouté son logo au-dessus du nom de l'émission sur le panneau de décor.


YASIR

Il fallait financer

le piédestal.


L'émission se déroule. RAYYAN et AMAAR sont assis de part et d'autre du téléphone.


RAYYAN

Allez, revenons aux appels.

(Appuyant sur un bouton)

Allez-y. Nous vous écoutons.


VOIX MASCULINE

Oui, bonjour. J'ai installé

une fosse septique dans ma cave

et je crois qu'elle est bouchée.


AMAAR interrompt l'appel et s'adresse à l'auditoire.


AMAAR

À nouveau, et j'insiste

bien là-dessus,

nous souhaitons répondre

à des questions relatives à l'islam.

L'islam.


RAYYAN

L'islam.


AMAAR

Oui? Oui, allez-y.


VOIX MASCULINE

Bonjour, je suis

musulman pratiquant.


AMAAR

Génial! Qu'est-ce qui

vous amène?


VOIX MASCULINE

Je crois que le plancher

de la véranda

à l'arrière de ma maison

est pourri.


YASIR se précipite devant la caméra pour répondre à l'auditeur.


YASIR

Deux secondes!

Ce genre de choses est

un problème grave.

Chez Constructions Hamoudi,

nous pouvons vous poser

une nouvelle véranda à un prix

remarquablement bas.


SARAH

(Chuchotant)

Sourire.


BABER et LAYLA mangent un dessert au comptoir du restaurant de FATIMA.


LAYLA

Je n'arrive pas à croire

que tu sois venu

à l'école pour m'humilier.


BABER

Ma fille, mais qu'est-ce

que tu veux dire?

Y'a-t-il quelque chose

que tu cachais

à tes petits camarades?


LAYLA

Oui. Bien sûr! Toi.


BABER

Ça suffit! Je sais que tu

portes le hijab à la maison

uniquement pour camoufler

tes cheveux peints.


LAYLA

Donc, tu étais au courant

et tu m'en as même pas parlé?


Dans la salle à manger, RAYYAN et AMAAR discutent.


RAYYAN

C'est un cauchemar.

Qui aurait cru que la télévision

pouvait être si humiliante?


AMAAR

Oui. Qui l'aurait cru?


La suite du souvenir d'AMAAR au stade de baseball défile. AMAAR tient la balle dans son gant de baseball et salue la foule, mais la balle tombe par terre. Un enfant assis près de lui saisit la balle et la montre aux spectateurs. AMAAR se remémore avec douleur ce moment. SARAH le sort de sa torpeur en entrant dans le restaurant.


SARAH

(S'adressant à AMAAR et RAYYAN)

Oh, hé, dites...

Écoutez, j'ai pensé à un moyen

de «booster» un peu

cette émission.

Et si on la faisait en public?

Vous savez, comme ça se fait.


AMAAR

Très bonne idée, c'est ça.

Oui. Comme ça se fait.


RAYYAN

Non! Pas de public, maman.


SARAH

C'est moi la productrice,

chérie.

Oh, mais au fait, on passe

à 90 minutes quotidiennes.


RAYYAN

Si seulement il y avait

un moyen de tout saborder.


Soudain BABER hausse le ton.


BABER

Mais quelle insolence!

Je vais te supprimer

ton Internet

et ton téléphone,

voire même tes timbres postes.


BABER parle à l'émission de RAYYAN et AMAAR.


BABER

Une fois encore,

je vais répéter

la liste des choses

que je déteste.

La décadence.

La décadence occidentale.

Le démon et les battes

de cricket mal «designées».


DAVE

D'accord.

On va encore recevoir plein

d'appels de gens furieux.

Alors, on laisse tomber.


SARAH fait un signe de marquer une pause à BABER.


DAVE

(Regardant SARAH)

Oui, l'émission est arrêtée.


BABER

(Ne comprenant pas le geste)

Mais qu'est-ce que...


Le lendemain, BABER raccompagne LAYLA en voiture à l'école. BABER s'adresse à elle avant qu'elle ne descende.


BABER

Ça suffit. Tu n'es plus

obligée de porter le hijab.

Il est plus important pour moi

que ta petite tête soit

pleine de bonnes pensées.


LAYLA

D'accord.


BABER

Tu ne veux pas l'enlever?


LAYLA

J'ai décidé de le porter

encore. Kelly trouve ça cool!


BABER

Quoi? La fille qui est

assise à côté de toi

avec le décolleté

pigeonnant et le nombril?


LAYLA

Des tas de filles

dans la classe ont un nombril.


BABER

Layla.


LAYLA descend son foulard.


LAYLA

OK.


BABER

Tu es une bonne petite.


LAYLA

Salut.


BABER

Au revoir.


LAYLA sort de voiture et guette son père s'éloigner. Puis elle remet son foulard sur sa tête.


À la mosquée, RAYYAN rend visite à AMAAR.


RAYYAN

Assalamu Alaykum.


AMAAR

Alaykum salam.

Qu'est-ce qui vous amène ici?


RAYYAN

Je sais pas. J'avais

peut-être du temps à perdre.


AMAAR

L'émission vous manque, hein?


RAYYAN

Pitié.

Je crois que mes 15 minutes de

célébrité ont duré 14 de trop.

Je me demande par quoi

il nous a remplacés.


À la télévision, c'est FATIMA qui anime: Cuisiner avec FATIMA.


FATIMA

(S'adressant à l'auditoire)

Et voilà, mes enfants.

Voilà comment on fait

un succulent curry au mouton.

Et quelle meilleure façon

que de l'apprécier dans...


Sur le panneau de décor, seul le nom de l'émission est changé, le logo de Hamoudi construction est toujours bien visible.YASIR est dans le studio pour surveiller que FATIMA fait bien le placement de produit.


YASIR

... un intérieur luxueux...


FATIMA

... conçu par nos amis

de Construction Hamoudi.

Oh, puis non.

Ils ne le méritent pas.


FATIMA quitte le plateau. YASIR se tourne vers le cameraman.


YASIR

Non, laissez tourner

la caméra.

Comme ça, on voit encore

le panneau.


YASIR mange le plat cuisiné par FATIMA.


Générique de fermeture

Épisodes de La Petite Mosquée dans la prairie